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ladytelephagy
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6 juillet 2012

Hey girl, whatcha doing ?

Alors, expliquez-moi : ça marche comment, l'exorcisme ? Est-ce que je peux faire quelque chose pour ne plus être possédée par ce satané générique ? Par exemple, si je dédie un post entier à sa première saison, New Girl arrêtera-t-elle de me poursuivre, du lever au coucher ?
En tous cas, ça vaut le coup d'essayer.

Voici donc mon bilan de la première saison de New Girl, profitez-en, je ne suis pas certaine de faire des bilans pour beaucoup de comédies cette saison. Sauf si vous m'en demandez d'autres en commentaires, car je suis très sensible aux requêtes dans ce domaine ; à vous de voir.

WhosThatGirl

On aura rarement vu une héroïne principale aussi insupportable que celle que l'on voit en Zooey Deschanel (et pourtant on a quelques échantillons déjà pas piqués des hannetons dans le panorama télévisuel américain ; mais attendez, Next Caller arrive à la rentrée, là, en matière de comédien pas drôle, on devrait avoir de la compétition, de la vraie !), regroupant à la fois les pires clichés, souvent sexistes qui plus est, et les gesticulations les plus improbables pour faire croire qu'on a affaire à une originale, quand il semble assez évident qu'on est en réalité en présence avec une créature à la limite du handicap mental. On dit qu'il vaut mieux faire envie que pitié, eh bien je préférerais presque envier Jess que de la voir faire systématiquement pitié comme ici.
Dans New Girl, en dépit du titre de la série, de son héroïne omniprésente (y compris auditivement), et des frivolités de son insssuportable générique, les véritables héros sont les garçons, dont je pourrais prétendre avoir retenu les noms, mais je n'en ai en réalité mémorisé que deux et que donc, dans un souci d'équité, à partir de maintenant, je vais appeler Riri, Fifi et Loulou. Débrouillez-vous pour suivre.

Riri, Fifi et Loulou vivent donc dans un immense loft plus improbable qu'un appartement de Friends, avec quelque chose comme 712m² au sol et une salle de bains probablement héritée d'un quelconque club de sport qui devait loger dans le bâtiment précédemment.
En fait, bon, déjà les ennuis commencent puisqu'à ce moment-là, c'est un cousin de Loulou qui habite avec Riri et Fifi dans le pilote, à la suite de quoi il est débarqué sous un prétexte presque plausible, afin que Loulou puisse prendre sa place tandis que le cousin réintègre Happy Endings. Ça y est, c'est déjà compliqué ! C'était pourtant pas le but.
Enfin bon, donc là-dessus débarque Jess, seule fille dans un univers viril où on se gratte les couilles de concert devant des matches, et quelle fille en effet !

Jess est une espèce de femme-enfant (mais avec des besoins d'adulte) totalement inadaptée à la société ; au moment du pilote, je pensais qu'elle était supposée être un peu geek et pas très féminine, le prétexte initialement invoqué étant qu'elle sort d'une longue relation de 6 ans (SIX ANS !) et qu'elle ne sait plus draguer. Mais entendons-nous bien, ce n'est pas du tout ça : elle est féminine ; aussi féminine que peut l'être, mettons, Charlotte aux Fraises. C'est-à-dire qu'elle est girly, mais que personne de sain d'esprit n'aurait envie de l'accueillir dans son lit.
Comme je le disais plus haut, son personnage de manic pixie dream girl croisée hipster (un tourne-disques, vraiment ?!) est totalement inopérant dés qu'il s'agit d'être drôle, ce qui est un comble. Qu'il s'agisse de l'attitude, des obsessions musicales ou autres, ou de ses accessoires de l'impossible (crochet, bâton de parole, etc.), tout tombe à plat ; le pire est probablement cette façon de parler qui s'apparente au niveau de langage d'une enfant de 5 ans et qui ne m'a pas arraché le moindre rictus, pas même mâtiné de haine. Il n'y a pas eu la moindre ligne de dialogue en sa faveur, non plus.

Dans tout ça c'est donc aux garçons de nous sauver la mise. Et en l'occurrence, la mission est remplie avec brio.
Un brin trop stéréotypés au départ, ils vont bien vite s'enrichir tant sur le plan des gags (avec quelques running gags savoureux pour Fifi, notamment) que sur celui de l'émotion. En fait de voir leur vie éclairé par ce petit bout de femme-enfant, Riri, Fifi et Loulou ont hérité d'une colocataire irritante, et se mettent à régulièrement organiser la résistance, lui faisant front autant que possible, sans pour autant la brusquer parce qu'on n'est pas des bêtes.
Le revirement est très agréable. Là où chaque fois, Zooey Deschanel se ramène dans une scène, la frimousse enfarinée, dans l'espoir d'avoir l'air pétillante, elle se fait péter les genoux (ou l'équivalent sitcom, la salve de vannes désabusée). A défaut d'être drôle dans le sens espéré, la scène devient donc jubilatoire. Ça m'a d'ailleurs rappelé la dynamique autour de Whitney, où chaque fois que l'héroïne du même déboule avec ses névroses à deux dollars, elle se fait durement rabrouer par son compagnon, qui l'aime malgré ce qu'elle est. C'est exactement le cas ici, puisque Riri, Fifi et Loulou se sont attachés à Jess, mais la préfèrent muette et immobile. Cela nous fait donc un point commun.

NewGirl-Loft

Même si la raison pour laquelle il se sont liés à leur nouvelle colocataire nous échappe totalement, difficile pourtant de nier que Riri, Fifi et Loulou l'ont totalement intégrée dans leur bande, ainsi que la belle Cece dont je pensais au départ qu'elle aurait un rôle bien plus anecdotique, et qui promet quelques unes des plus belles surprises en matière de character development.
Et c'est ainsi que New Girl accomplit en réalité sa plus grande réussite. Il y a les gags qui marchent (merci Fifi, donc), les gags qui ne marchent pas (tout ce qui touche directement à Jess), mais surtout, il y a l'impression de faire rapidement partie d'un petit clan, d'un véritable groupe, vivant, mouvant, dont les limites se redéfinissent régulièrement mais donc l'attachement reste immuable et tangible quoi qu'il arrive. Dans une comédie avec une bande de "copains", il est rare que cet ingrédient soit si bien retranscrit, et vous êtes probablement en train de penser à 712 exemples, là, tout de suite, de sitcoms qui vous affirmaient avec culot que leurs personnages étaient amis et où c'était tellement tenu pour acquis que ça ne se ressentait en réalité jamais. Eh bien, je vais oser la comparaison suprême : depuis Friends, je n'avais pas ressenti cette impression de voir une véritable petite bande de véritables amis, comme j'ai pu la sentir dans New Girl. Les relations entre les cinq personnages sont parfaitement écrites, leurs liens sont palpables, et cela sans jamais verser dans le sirupeux ou dans le graveleux. Ce sont des copains tout-à-fait authentiques, qui se vannent, qui s'engueulent (j'ai absolument adoré le choc de cultures entre Riri et Fifi, illustré dans une escalade épique), qui s'amusent ensemble, qui ne passent pas forcément leur temps à se raconter leurs vies mais qui font mieux : ils la partagent au quotidien. Le plus appréciable, c'est que les garçons se connaissent sur le bout des doigts, et ça, c'est la force vive de la série.
Alors au final, le registre dans lequel New Girl brille le plus, c'est celui de l'émotion. L'épisode de Noël, ou celui pendant lequel, sur la fin de la saison, Riri se découvre une grosseur suspecte, comptent parmi quelques unes des plus belles séquences de la saison.
Pas de la saison de New Girl. De la saison 2011-2012.
Hasard ou coïncidence, ce sont souvent des scènes qui mettent le moins Zooey Deschanel en avant qui réussissent le mieux à nous toucher ; je dis ça comme ça. Ce qui aurait dû être un bête vehicle devient un ensemble show où, moins on la voit, et moins on l'entend, plus la scène est réussie.

Ce n'était peut-être pas l'intention de départ, mais ce qui compte, c'est le résultat !

NewGirl-IllbehomeforXMas

Ne vous enthousiasmez pas trop vite. Je n'ai hélas pas complètement fini ma liste des défauts de la première saison, même si vous savez à présent que ce bilan aura été plus positif qu'espéré.

Il est entendu que, quasiment dés le départ, le but des scénaristes était de dangereusement shipper le couple Jess/Riri, sachant que Loulou était disqualifié d'avance parce que black, et Fifi était un métrosexuel totalement impensable pour elle, mais qu'évidemment, il fallait à tout prix inclure une histoire de ce type, car aucune série avec une héroïne célibataire dans un milieu masculin ne peut s'en priver.
C'est la loi.

New Girl
avait donc intuitivement semé les ingrédients nécessaires très tôt dans la saison, si ce n'est dés le pilote. Cela étant fait, il s'est agi ensuite de jouer à vont-ils-ne-vont-ils-pas régulièrement, notamment en incorporant des éléments perturbateurs, incarnés dans le cas présent par des histoires amoureuses de passage, vouées dés le départ à échouer. Pour Riri, ce sera notamment une avocate, ainsi que son ex avec laquelle il a une longue tradition de relation on/off, tandis que Jess va aller se perdre dans les bras d'un collègue enseignant, puis d'un riche quinquagénaire.
La principale caractéristique de ces personnages est qu'ils forment systématiquement avec nos protagonistes l'exact opposé de ce que serait un couple Jess/Riri : par exemple, l'avocate est un peu rigide, et quand elle laisse tomber le masque, s'avère être un petit peu violente et obsédée par le boulot ; ou le prof est un pleurnicheur pas sexy du tout qui est un peu trop semblable à Jess pour que ça ne fonctionne.

Il y a des passages pendant lesquels on se dit "tiens, Riri est encore en train de se taper des étudiantes de fac, il ne devrait pas utiliser toute cette belle énergie à se rapprocher de Jess, plutôt ?", à un point tel qu'on se demande presque si on n'est pas devenu plus royaliste que le roi (pourtant, Dieu sait que moi, shipper, c'est vraiment pas dans mon ADN). Quand ça devient du sérieux avec l'avocate, on se cale les fesses au fond de son fauteuil en attendant que ça foire, parce que ça ne peut que foirer, c'est l'évidence-même ; tout va bien, la relation est plutôt saine et bien écrite, mais de quoi se moque-t-on, ça ne durera pas. Et puis la rupture intervient et, ah, je me disais bien aussi : nous y revoilà. On va faire ça plusieurs fois pendant la saison, prétexte pour nos deux tourtereaux qui s'ignorent de voir que non seulement ça ne colle pas pour eux, mais qu'en plus ça aurait tendance à rendre l'autre jaloux.
Les jeux vont donc durer assez longtemps à ce rythme d'un pas en avant, deux voire trois pas en arrière. Mais chaque pas en avant confirme qu'on ne s'était pas fait d'idée, et que les scénaristes ont bel et bien l'intention de mettre ces deux-là à la colle.

NewGirl_JessNick

Alors, forcément, quand arrive le moment du final de la saison, on a un peu l'impression qu'on se moque de nous.
Le final avait absolument mis tout en place pour que les choses avancent, ne serait-ce qu'un peu. Qu'au moins une prise de conscience vague se fasse d'un côté ou de l'autre. Quitte à ne pas concrétiser avant une autre saison, les temps sont durs, il faut se garder une poire pour la soif pour négocier le prochain renouvellement. Juste une petite miette. Histoire de nous accrocher un peu.
Mais rien du tout.
D'ailleurs, pire encore, sans même parler du cache-cache amoureux, tout est fait pour que la saison se finisse de façon à ce qu'il n'y ait absolument aucun progrès entre le début de la saison 1 et le début de la saison 2. En gros, en-dehors du pilote, et encore (histoire de savoir pourquoi Jess emménage avec Riri, Fifi et Loulou, et qui est Cece), les spectateurs de la prochaine saison n'auront besoin d'avoir vu aucun épisode de la première, et surtout pas le final qui s'apparente à une ode au statu quo. Ce qui est de mon point de vue d'autant plus désagréable qu'avec l'ambiance d'amitié sincère si soigneusement mise en place, on aurait pu s'attendre à ce qu'on nous titille un peu la fibre émotionnelle pour nous faire revenir.

Donc, pour moi qui déteste autant les histoires de romances, les vont-ils-ne-vont-ils-pas, et toute cette sorte de choses, c'est très agaçant.
Bien-sûr, bien-sûr, je le comprends bien : faire intervenir un couple au sein du loft fragiliserait l'équilibre au sein de la colocation (Cece, parce qu'elle vit à l'extérieur, a droit à un laisser-passer, mais ça ne fonctionne que par son statut d'électron libre), et ferait courir un risque à la série, celui de faire passer Fifi et Loulou au second plan, alors que Fifi est vital du point de vue de l'humour et Loulou est la nécessaire voix de la raison.
Mais en même temps j'ai envie de dire que quand on lance un axe pour sa série, surtout si tôt, on est supposé être préparé à assumer derrière ; j'espère que les têtes pensantes derrière New Girl ont un plan pour l'après, mais surtout, j'espère que l'après, c'est pas dans trois ou quatre saison saisons.

...Ah oui, parce que je vous ai pas dit.
En fait, du coup, je vais sans doute probablement peut-être si ça tombe regarder la saison 2. Vu que j'ai regardé le début de 2 Broke Girls cette année, et que j'ai en général un sitcom par an que je regarde distraitement, je me dis que finalement, je pourrais faire pire que New Girl dans mon planning comédie...

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19 juin 2012

Minuit dans le désert du Bien et du Mal

Pour des raisons qui vous apparaitront très vite lors du prochain SeriesLive Show, je me suis offert voilà quelques jour un gigantesque marathon Carnivàle. Enfin, "gigantesque"... évidemment, la série ne comporte que deux saisons, mais vu que je me les suis envoyées en moins de 4 jours, je me permets d'employer cet adjectif.
Au moment de commencer ce marathon, je me suis calée dans mon sofa, un bon verre de jus d'orange pulpé à la main, salivant par avance de ce qui m'attendait. Je me suis lancée dans ces deux saisons avec le sentiment que j'allais m'éclater devant plusieurs heures de très, très bonne télévision. Mais j'achève ce même marathon avec infiniment plus de réserves que je ne l'avais commencé, tout simplement parce que j'ai réalisé en cours de route que j'avais un peu idéalisé la série, entre autres avec les années et l'absence de revisionnages.

C'est d'autant plus perturbant pour moi que j'ai déjà eu l'occasion de vous recommander cette série en deux occasions au cours de la première saison du SeriesLive Show, et que je m'aperçois que je ne l'avais pas forcément fait de façon objective (si tant est que l'objectivité ait quoi que ce soit à voir avec le SeriesLive Show). Mais ça m'a vraiment mise mal à l'aise, rétroactivement.

En tous cas je vais tâcher de faire de mon mieux pour vous parler de la série avec le moins possible de spoilers. Voilà qui n'est pas une mince affaire, aussi sachez en vous lançant dans la lecture de ce bilan des deux saisons, que vous pourriez vous retrouver face à une information non-sollicitée, et qui m'aurait échappé. Je n'aime pas faire ça, et m'efforce en général de l'éviter... mais dans le cas d'un mystery show comme celui-ci, il faut avouer qu'il n'y a parfois pas le choix si on veut pouvoir parler de quelque chose !

Carnivale-Promo

Le premier épisode de Carnivàle fait pourtant partie de mes absolus favoris. Avec une petite trentaine ou quarantaine d'autres, guère plus. Ce qui vu le nombre de pilotes que je regarde chaque année, a plus de signification qu'il n'y parait. Et justement il m'arrive de revoir le pilote de Carnivàle une fois de temps en temps, et je crois qu'une partie de ma bonne disposition vis-à-vis de la série lui est due (mais une partie seulement, le générique et surtout la saison 2 ayant leur part de responsabilité).

Située dans un Sud moite et poussiéreux (c'est comme ça que j'aime mon Sud, je ne vous le cache pas), la série s'ouvre sur la révélation que depuis la nuit des temps, deux êtres naissent sur Terre, l'un représentant les ténèbres et l'autre la lumière. Nous allons alors immédiatement fait connaissance avec deux hommes : Ben Hawkins, un orphelin recueilli par un cirque ambulant dans ce premier épisode, et Justin Crowe, un pasteur méthodiste résidant en Californie. On comprend immédiatement que ces deux hommes sont séparés par absolument tout (leur milieu social, leur âge, leur entourage... et plusieurs milliers de kilomètres), mais on ignore qui est qui, au sens qu'il est impossible de distinguer qui représente les ténèbres, et qui représente la lumière.
Ce qui est certain, c'est que tous les deux sont affligés de pouvoirs qui les dépassent : Ben peut soigner les blessés et ressusciter les morts, et le frère Justin a la révélation qu'il est doté d'un pouvoir de vision juste un peu trop concret. Pour Ben, ce don est un fardeau : sa mère l'a traité comme s'il était le Diable lui-même et lui a d'ailleurs interdit de la toucher alors qu'elle était mourante ; l'âme en peine, il va l'enterrer au début de ce pilote. Justin est quant à lui immédiatement certain que ces visions lui sont envoyées par nul autre que Dieu, lequel attend de lui qu'il accomplisse de grandes choses hors de sa petite paroisse tranquille, et notamment avec les centaines de réfugiés qui s'entassent dans des camps de fortune le long des routes.

Outre l'exploration du background de chacun de ces deux opposés, le pilote va également faire une grande place à l'exposition des différents personnages constituant le cirque, les "carnies". Soyons sincères, rien que de par le nom de la série, on savait bien lequel de ces deux points de vue aurait le plus de temps d'antenne, et ça ne rate pas. Ainsi nous faisons la découverte de Samson, le nain qui gère le cirque sous les ordres d'un Management qui se tient caché ; Jonesy, le contremaître éclopé au grand coeur ; Lodz, un aveugle doté lui aussi de quelques pouvoirs surnaturels (mais moindres que ceux de Ben et Justin) ; Appolonia, une femme plongée dans une sorte de stase mais capable de voir l'avenir ; Sofie, sa fille unique, qui lit les cartes et est la seule à pouvoir communiquer avec sa mère ; la famille Dreyfuss, qui gère le spectacle de danse exotique ; et quelques autres. De son côté, le frère Justin a une soeur sèche comme une trique avec laquelle il vit, et pour laquelle il éprouve en dépit du bon sens une tentation qu'il soigne à coups d'autoflagellation (et ce n'est pas une image)

Voilà donc pour le décor, et l'épisode inaugural s'ingénie à le poser avec beaucoup d'intelligence, mais aussi un grand sens du rythme. En effet, les silences sont nombreux, souvent pesants ; la saleté et la poussière, la misère, la mort, la faim, sont partout dans cette Amérique de la Grande Dépression, et Carnivàle fait d'entrée de jeu un travail formidable pour nous embarquer dans cet univers qui semble plongé dans la consternation. C'est comme si l'Amérique entière avait basculé dans le chaos et en était ressortie muette de terreur et de découragement.
Pour quelqu'un qui ne goûte que rarement les charmes d'une reconstitution historique, et c'est le cas de votre serviteur, le travail fait ici est formidable parce qu'il dépasse le simple soucis de faire "typique" (vêtements, voitures, et même vocabulaire d'époque, devraient aller sans dire, après tout, sans qu'on ait l'impression de tomber dans la surenchère), pour rendre vraiment le sentiment d'une ère de désolation.
Carnivàle prend le pouls de l'Amérique, ou en tous cas est capable de faire illusion. Mais après tout, l'illusion, c'est son truc, à la série.

Car où que l'oeil se porte, il est toujours un peu question de magie : celle exercée par le frère Justin Crowe, d'inspiration chrétienne (du moins en est-il convaincu), qui fait échos aux miracles et aux différentes façons qu'a Dieu de se manifester auprès de quelques élus ; et celle qui se pratique dans tant de roulottes de la caravane de l'étrange, où on tire les cartes, on interprète les signes, on communique par la pensée, et on parle à un Management mystérieux, entre autres petites choses totalement banales et acceptées par tous. Dans le monde de Carnivàle, la réalité a tellement perdu les pédales qu'il ne reste que le supernaturel comme repère. C'est la seule chose que personne ne remettra jamais en cause de toute la série, qui est l'héritière, de bien des façons, de X-Files. Deux mots sur cette parenté un peu plus tard.

Un excellent pilote, donc.
Les problèmes commencent seulement ensuite. Car les ingrédients posés d'entrée de jeu par Carnivàle sont loin d'être les pistes que la série s'offre ensuite d'explorer, en tous cas pas avant avoir pris de longs chemins de traverse. C'est là que le bât blesse.

Ainsi, après avoir un temps joué avec ses deux protagonistes centraux, Ben et Justin, et nous avoir fait croire que nous montions vers une confrontation, la première saison abandonne totalement cette idée en cours de route. Après s'être croisés en rêve (ce qui évidemment, dans un monde où tout est ésotérique, n'est tout de même pas anodin), les chemins de ces deux héros vont totalement se séparer ; c'est d'autant plus énervant qu'il est plus ou moins suggéré qu'ils ont un lien avec deux hommes qui se seraient croisés pendant la Première Guerre Mondiale (qui étaient peut-être les deux envoyés des ténèbres et de la lumière précédents, allez savoir), avant de totalement laisser tomber cet axe également. Tout ce à quoi cela va servir, c'est de pousser Ben Hawkins à s'interroger sur l'identité de l'un de ces deux hommes, Henry Scudder, qui apparemment n'est pas un inconnu pour le personnel du cirque. Mais le mystère, s'il semble résolu très vite pour le spectateur, met des plombes à être explicité dans la série, et plus encore, à ouvrir sur quelque chose de concret. Et alors que Ben s'interroge sur le mystérieux Scudder, traînant encore plus la patte que Jonesy, pendant ce temps, c'est l'évolution de Justin Crowe qui avance à vitesse grand V.
C'est assez perturbant puisque Ben s'était imposé dans les premiers épisodes comme le "héros" de l'histoire (de par sa découverte de la caravane, son point de vue naïf et perdu, son air de chiot fragile, etc... les outils d'ordinaires employés pour introduire un personnage central auquel les spectateurs se lient dans un pilote), c'est finalement Justin qui va bénéficier des développements les plus nombreux, les plus captivants, et à travers lui, sa soeur également. Il y a vraisemblablement quelque chose qui va de travers quand votre héros ne sert plus qu'à errer entre les tentes en ayant l'air de ne pas savoir que faire de sa personne, tandis que le personnage a priori montré comme le plus rebutant se révèle être incroyablement captivant et, finalement, plus aimable. On s'attendrait intellectuellement à ce que la plus grande ambiguïté soit entretenue sur le rôle de chacun dans l'équilibre cosmique en présence, mais affectivement, on n'a en réalité pas tellement le choix.

Pire encore, la première saison se fait forte d'ajouter de nombreuses intrigues au sein du carnaval... dont on a, n'ayons pas peur des mots, rien à battre. Ainsi, les amours de la jeune Sofie nous sont totalement indifférents, d'autant que vu les tous premiers épisodes, on aurait juré qu'elle aurait plus d'interactions avec Ben ; on va pourtant les souffrir très longtemps et, à cause d'elles, on va devoir se coletiner toutes les pièces rapportées, à savoir Jonesy, mais aussi toute la famille Dreyfuss. C'est insupportable d'inintérêt. Si encore il s'agissait d'explorer la place du sexe dans une société pourtant ultra-réprimée, ou l'éveil de Sofie à la sexualité... pourquoi pas. Mais il y a des moments où on a franchement l'impression que ça vire au soap, point barre. Et on était pourtant certains d'être venus là pour autre chose.

Quelque chose comme le subtext religieux et ésotérique, par exemple. Le point fort de Carnivàle, c'est évidemment la mobilité de sa caravane de l'étrange, arpentant le Sud des États-Unis sur commandement du mystérieux Management : que veut-il ? Pourquoi veut-il conduire Ben en particulier sur ce chemin ? Qu'attend-il du jeune homme ? Autant de questions dont on croit dur comme fer pendant un long moment qu'elles seront, au moins en partie, abordées. Or Carnivàle doit énormément à X-Files, parce que non seulement elle insiste pour montrer des phénomènes étranges (avec notamment une façon de les montrer qui rappelle vraiment beaucoup l'esthétique de la série de Chris Carter), mais parce qu'elle se fait aussi une règle de poser sans cesse plus de questions auxquelles elle n'a nulle intention de répondre, ou en tous cas pas dans un avenir immédiat ce qui est au moins aussi grave.
Et ainsi, les sous-entendus, les rêves, les paraboles, les références bibliques, les signes étranges et inquiétants vont se succéder, sans jamais conduire à faire vraiment avancer le Schmilblick.

Mon passage préféré de la première saison, qui se déroule à Babylon, est l'exemple à la fois des meilleurs et des pires penchants de la saison. Babylon est une ville crainte par tous les carnies, qui n'y établissent jamais leur campement, et encore moins leurs attractions. Mais cette fois-là, Babylon est la prochaine étape : ainsi en a décidé le Management.
Effectivement, Babylon s'avère être glaçante : la caravane s'y arrête pour découvrir qu'il n'y a absolument personne en ville, si ce n'est le tenancier du bar local. A part ça, pas un chat. Et pourtant, le lendemain de leur arrivée, le carnaval grouille de badauds étranges, un peu trop raides, un peu trop calmes. De véritables zombies, osons le dire (et je n'emploie plus ce mot à la légère !). Mais derrière cette mésaventure digne d'un film d'horreur se cache une analogie biblique qui hélas scellera le sort de l'une des danseuses exotiques de la revue du carnaval. La conclusion de cette sombre affaire nous donne une histoire très intéressante s'étalant sur plusieurs épisodes, avec une véritable tragédie que permet à la communauté de resserrer ses liens, mais aussi une vision d'horreur sincère lorsque Samson découvre ce qu'il est advenu de la défunte danseuse. Cet arc vaut vraiment la peine d'être vu, c'est très impressionnant.
Alors qu'est-ce qui cloche dans cette excellente intrigue ? Eh bien, elle n'accomplit rien par la suite. Quels enseignements ont été tirés ? Aucun. Quel apport à l'intrigue de la lutte entre le Bien et le Mal ? Pas le moindre.

En gros, on a l'impression que la série a l'intention de nous trimbaler.
Alors le voyage est agréable, c'est pas la question : excellente écriture, les personnages sont ultra-solides, ça il n'y a pas de problème. Simplement on nous balade. Et au final c'est très désagréable, parce qu'on voit bien que le potentiel est là. Mais il ne se réalise pas.

Avec des arcs plus ou moins longs (Carnivàle, en dépit de son pitch basé sur le concept itinérant, est complètement feuilletonnante, un épisode reprenant généralement quelques minutes ou heures après là où le précédent nous avait laissés), la première saison parvient à instaurer une ambiance fantastique, dans tous les sens du terme, mais elle ne s'en sert pas pour nous raconter quelque chose. On dirait qu'il n'y a pas de vue à long terme, ou, plus probable mais aussi plus condamnable : à trop long terme. Comme si toute la première saison n'était qu'une longue exposition (mais quand même déséquilibrée entre les deux héros). C'est à se taper la tête sur les murs.

La première saison s'achève, comme on avait finit par s'en douter, par une petite remise en question de qui-qui-est-le-gentil-et-qui-qui-est-le-méchant, qui use un petit peu parce qu'on avait bien compris que rien n'était jamais tout l'un ou tout l'autre dans la série, et que notamment le petit Ben ne pouvait pas être indéfiniment irréprochable (...il n'y a que ceux qui ne font rien, qui ne font rien de mal, je suppose). Cependant l'effet est moindre parce qu'on avait quand même vaguement conscience que les rôles étaient définis, et on se laisse gentillement berner pour le plaisir de la chose, mais sans être totalement dupe quant à la place ultime de chacun.
Même si on se laisse volontiers émouvoir par les revirements du frère Justin et de sa soeur, voire même les tourments affrontés par Ben, cela se fait sans grande surprise. Qui plus est, les images ultimes de ce season finale sont avant tout là pour nous donner envie de revenir, mais sans nous donner une bonne raison, plaçant artificiellement plusieurs personnages entre la vie et la mort. C'est presque insultant en fait.

Carnivale-Justin

L'autre raison qui faisait que je chantais si facilement les louanges de Carnivàle, c'est sa saison 2, sans l'ombre d'un doute. Et là encore ça s'explique facilement (nos souvenirs d'une série obéissant souvent à la règle du "c'est le dernier qui a parlé qui a raison").

Ladite saison commence sur d'excellentes résolutions : arrêter de nous faire mariner, et donner plusieurs orientations définitives, ainsi que répondre à un grand nombre de questions, afin de céder la place à une narration moins poussive. Les enjeux sont donc clairs au bout de un à deux épisodes maximum : on sait qui représente quoi, qui veut quoi, qui est prêt à faire quoi.
En réparant clairement les erreurs commises dans la saison 1, et qui avaient pris corps plus spécifiquement dans le final, cette nouvelle salve d'épisodes lance ainsi ce que j'aurais envie d'appeler le coeur de l'intrigue de la série. Enfin ! Le jeu du chat et de la souris touche à sa fin : cette fois, on sent rapidement que Ben et Justin sont voués à se rencontrer, et que rien ne saurait nous faire dévier de ce but. Et parce que c'est très clair, il n'y a donc plus aucune raison de laisser ce pauvre Ben dans cet état d'indécision et de rejet permanent ; la saison 2 est vraiment la saison pendant laquelle Ben, même quand il est encore un peu perdu, prend de l'épaisseur. Et quand il ne l'est pas, il se révèle être un personnage surprenant, et aussi intéressant que sa contrepartie. D'accord, Justin a pris de l'avance et il restera très certainement le personnage le plus complexe aux yeux des spectateurs, mais Ben s'en sort infiniment mieux pendant cette seconde saison. Qu'il s'agisse de rencontrer des personnages qui vont le ralentir (ainsi l'épisode du masque, qui pourrait presque être un stand-alone) ou au contraire de connaître d'incroyables révélations sur son identité (notamment lorsqu'il fait la connaissance de sa "famille"), Ben montre qu'il en a dans le ventre et qu'il a finalement pris son Destin en main. Je confesse que ça m'a arraché quelques soupirs de soulagement.

La progression géographique de la caravane se fait à l'avenant. Le traitement du Management rend les choses d'autant plus claires : l'objectif, c'est clairement Justin Crowe et la communauté qu'il a établie en Californie.
Cette précipitation, si elle n'est pas immédiatement perçue concrètement par les employés du carnaval, va néanmoins semer le trouble dans les rangs. Clairement, la révolte gronde, et pas seulement parce que Lila la femme à barbe se montre incapable d'avaler la vérité qu'on lui a sortie lorsqu'elle s'est interrogée sur la disparition de Lodz. Les secousses sont ressenties jusque dans la famille Dreyfuss, où les problèmes d'argent ne font qu'exacerber les difficultés de management en général, et celles du Management en particulier. C'est du coup l'occasion pour Samson de se montrer sous un jour sans cesse plus humain, un portrait de lui qui avait été brossé rapidement dans la première saison mais qui va être poussé toujours plus loin alors qu'il veille, plus que jamais, sur les siens, inquiet de leur sort bien plus que du sien propre, devenant au passage l'un des personnages les plus appréciables de la troupe du cirque.
Dans cette ambiance troublée et désorientée, les amours de Jonesy continuent de nous occuper pendant une bonne partie de la saison, pourvoyant comme d'habitude, avec les questions financières des Dreyfuss, des intrigues soapesques à peine plus captivantes que pendant la première saison. Mais comme cette fois il se passe des choses concrètes entre Ben et Justin, on le prend moins mal.

Le personnage de Sofie prend une route infiniment plus intéressante que dans la première saison. Brisée par les évènements qui se sont déroulés à l'issue de celle-ci, elle tente de se reconstruire en mettant derrière elle tout ce qui a trait à la divination, et en travaillant de ses mains. Mais ce n'est pas assez pour distancer le passé, et elle finit par abandonner le carnaval pour se trouver une autre vie. Dans l'intervalle, son rapprochement avec Ben est probablement la chose qu'on s'attendait à voir se produire dans la première saison ; mais le temps ayant passé, difficile de dire si c'est une bonne chose, ou juste un évènement qui était voué à se produire (au moins pour contenter les spectateurs).
Qui plus est, l'évolution de Sofie va réellement apporter, enfin, une nouvelle dimension à la série, sur un plan mythologique cette fois, et c'est la première fois qu'un carnie semble capable d'interférer dans l'équilibre des forces. Il est cependant dommage de voir cet axe être l'objet de tant d'attentions à ce moment un peu tardif, quand cette simple idée était, au mieux, évoquée de façon très allusive au début de la série.

En-dehors de ces considérations terre-à-terre sur les évolutions des histoires de chacun, force est de constater que Carnivàle possède parfaitement ses outils, et qu'elle a bien plus à offrir qu'une intrigue supernaturelle à tiroirs. C'est très certainement dans cette seconde saison que ces qualités sont les plus palpables.

Comme le montre sa mythologie et notamment la mission révélée à Ben par le Management, Carnivàle a un grand sens de l'Histoire.
Sa façon de dépeindre une période sombre pour les États-Unis (beaucoup moins représentée à la télévision que bien d'autres) n'en est que la partie émergée de l'iceberg, mais déjà rien que là, avec quel brio ! La première saison y met certainement plus les formes, pour faciliter l'immersion, mais l'ensemble des 24 épisodes permet de se rendre compte, à divers degrés, de la vie qu'il était possible de mener alors. Et le constat est déprimant : pauvreté, famine, crasse ; la vie n'a plus de prix, alors tout est permis ; partout, des actes de désespoir et/ou les faibles qui s'en prennent aux encore plus faibles (les enfants, donc) ; la médecine est hors de portée car hors de prix (le cas particulier de la psychiatrie, exploré rapidement, ne peut que vous arracher des hurlements de damné), le gouvernement est aux abonnés absents, les rares politiques sont corrompus. Pas étonnant que seule la religion semble réussir à s'imposer dans pareil panorama.
Carnivàle fait partie de ces rares séries à imbriquer un moment de l'Histoire dans une continuité : la première saison fait de nombreuses allusions à la Première Guerre Mondiale ; la seconde saison se tourne ponctuellement vers l'avenir. L'impression de cause à effet est rarement aussi bien rendue.

En filigrane, Carnivàle prend aussi le temps de parler de l'ancêtre de son propre média. Essayez de compter le nombre de fois où l'on voit un tourne-disque ou une radio dans la série, c'est édifiant.
La musique est omniprésente, mais les épisodes emploient à part égale un soundtrack original et des titres authentiquement connus à l'époque ; et quand ils ne tournent pas sous la forme de vinyle dans les tentes, les caravanes et les maisons, ce sont les personnages qui fredonnent ou chantent ces tubes. Rien que Love Me or Leave Me laisse une impression durable sur le spectateur à chacune de ses apparitions pendant une scène. Outre la récurrence de cet outil pour "faire vrai", qui serait à rapprocher des pratiques de la plupart des séries ayant des prétentions historiques, cette universalité de la musique, mêlée au caractère hollywoodien du carnaval lui-même, semble aussi être une sorte de réflexion sur la consommation mainstream de l'art qui, indirectement, permet à Carnivàle d'exister.
Pour ajouter encore à cette image, le pouvoir des médias est quant à lui fustigé plus qu'à son tour, notamment via le journaliste Tommy Dolan, mais il est certain qu'alors que le pays n'est encore couvert que très difficilement de façon nationale par la radio, tout moyen de communiquer aux masses est à étudier avec le plus vif intérêt. Sauf que dans Carnivàle, l'intérêt équivaut à la méfiance.
Difficile de ne pas associer à ces thèmes, secondaires mais omniprésents, les convictions de Daniel Knauf, qui a eu plusieurs fois l'occasion d'exprimer vivement son désamour pour certains traits de l'usine de l'entertainment hollywoodien.

D'ailleurs, le rapport que la série entretient avec la sexualité est également captivant, dans une Amérique où tout est à la fois permis, parce que plus personne ne veille aux bonnes moeurs et que la misère ouvre les portes à bien des choses, et où tout est réprouvé, parce que l'ancrage chrétien est encore dans la plupart des esprits.
L'exemple le plus simpliste serait probablement celui du "coochie show", le spectacle de striptease de la famille Dreyfuss ; les femmes de la famille, notamment, semblent tenter de définir en permanence la limite de leur intimité, tout en ayant pleinement conscience que cette limite définit aussi celles de leurs finances. Tout en tenant en haute estime leur art (elles passent énormément de temps à travailler leurs chorégraphies, inventant de savants numéros alors qu'il n'est pas vraiment besoin de faire preuve de nouveauté quand on fait plusieurs centaines de kilomètres entre deux représentations), elles sont pleinement conscientes de la nature de leur travail, de leur valeur et de ce que cela implique pour leur vie personnelle. Même rodée à toutes les situations, Rita Sue elle-même fait par exemple preuve de sensibilité à plusieurs reprises dans ce domaine.
Mais bien plus encore, aucune fornication n'est innocente dans Carnivàle ; l'innocence ayant été balayée par une bourrasque de sable bien avant le début de la série. Qu'il s'agisse de la tentation du frère Justin Crowe, dont les manifestations, pas forcément toujours concrètes pour le spectateur, n'en sont pas moins terrifiantes ; de la terrible culpabilité qui suit immédiatement la défloration de Sofie ou de Ben ; des penchants sordides de certains personnages tertiaires comme Templeton dans la saison 1 ; ou la récurrence du thème de la prostitution ; le sexe a toujours un côté pervers. Et évidemment, la symbolique de Babylon n'aura échappé à personne...

Tous ces axes et quelques autres font de Carnivàle une série très riche, allant bien au-delà de la mission initiale qu'elle s'était fixée à travers son combat glacial du Bien contre le Mal.

Carnivale-Ben

Bon alors, non, j'exagère : ce marathon Carnivàle a tout de même été constitué de plusieurs heures de très, très bonne télévision.
Il est clair que Carnivàle a de nombreuses qualités. Mais c'est la première fois, et je dis bien, l'absolue première fois, que confrontée à un marathon pour le SeriesLive Show (et en deux ans j'en ai fait quelques uns), je m'asseois devant ma télé en me répétant "allez, un épisode de plus et après je m'offre le dernier Suits", ou que je hurle littéralement d'impatience quand ce que je croyais être la fin de l'épisode s'avère être la fin de son acte 2. J'avais réellement envie parfois qu'on m'achève. Ou qu'on me permette de télécharger les épisodes dans mon cerveau, pour les comprendre clairement, sans avoir besoin à passer toutes ces heures devant mon écran. MOI ! Je ne sais pas si vous vous rendez compte.

Il y a eu des moments où Carnivàle s'est avéré être une torture, parce que même quand il s'agissait de faire avancer l'intrigue principale, les intrigues secondaires étaient absolument insupportables, à l'instar de celle de Lila. Beaucoup de lignes ont été lancées avec la volonté visible de nous faire mordre pour plusieurs saisons, et vu que la série a été annulée à temps pour que l'équipe finisse correctement la saison 2, je prends la fin ouverte comme un affront personnel, et plus encore, certaines promesses (notamment relatives à Lodz) comme de véritables insultes.
Carnivàle est, à n'en pas douter, une série intelligente, complexe et exigeante. Mais elle en est un peu trop consciente et elle se pavane dans son impression du supériorité jusqu'à l'écoeurement. Je ne me rappelais pas avoir ressenti une telle impression pendant mon premier visionnage de l'intégrale de la série, et c'était assez dérangeant parce que je conservais un excellent souvenir de celle-ci, comme je l'ai dit.

Était-ce la frustration ou autre chose, j'étais aussi particulièrement sur les dents pendant ce marathon. Je crois que l'impression permanente d'être sollicitée intellectuellement pour trouver mes propres conclusions à partir des éléments jetés magnanimement une fois par épisode, additionnée à l'ambiance angoissante de la série, n'y sont pas pour rien.
Il y a peut-être tout simplement des séries pour lesquelles il est plus sage de ne pas dépasser la dose maximale recommandée sur une période de temps définie...

Ce n'est même pas vraiment que Carnivàle m'ait filé les jetons, d'ailleurs. Bon, c'est clair que j'étais pas rassurée le premier soir (pendant mon premier visionnage intégral de la série, il y a cinq ou six ans, je me souviens avoir refusé catégoriquement de regarder les épisodes de nuit ; niveau planning je me souviens que ça avait été assez problématique parce que j'avais regardé la série en hiver), mais j'ai toujours été une petite nature sitôt qu'il y a un peu d'horreur dans une série, ça n'est pas nouveau.
De ce point de vue, il m'a semblé intéressant de noter des parallèles non seulement avec plusieurs monstres de X-Files (l'épisode pendant lequel Ben est chargé de recruter un nouveau monstre est à ce titre parlant ; en outre difficile de regarder Carnivàle sans penser une seule fois à l'épisode Humburg), mais aussi à American Horror Story.... dont j'ai vu trois épisodes (avant de dormir toutes lumières allumées et refuser tout net d'aller plus loin), donc la comparaison vaut ce qu'elle vaut, mais disons que la généalogie télévisuelle m'est apparue comme assez nette pendant ce visionnage. Rien que l'arc à Babylon a de quoi filer les jetons aux plus aguerris d'entre nous. Et je ne suis pas aguerrie du tout, alors...

Ce n'est donc même pas vraiment là que le problème se logeait. Le problème, c'était tout le reste. Et je crains de l'avoir un peu occulté avec les années.
Peut-être que dans le fond, les mystery shows ne sont pas pour moi, et que je n'ai pas la patience. C'est une possibilité.

Carnivale-TarotCards

Mais peut-être aussi que la mésaventure de Carnivàle, annulée au bout de 2 saisons quand elle ambitionnait d'en compter 6, devrait nous amener à nous interroger sur les modalités de pareilles séries.

Le syndrome X-Files (que des téléphages plus jeunes croient avoir découvert avec Lost, ne sont-ils pas adorables), qui consiste à étirer indéfiniment une intrigue étrange sur le plus long terme possible (au risque à certains moments de passer pour une bande de prestidigitateurs plutôt que des scénaristes agiles), en l'étoffant même avec le temps au lieu de simplement se diriger vers une résolution des premières questions posées, touche ses limites avec le système de renouvellement à l'américaine, en tous cas si la chose est faite sans souplesse.

La règle ne devrait-elle pas être qu'on ne doit pas avoir les yeux plus gros que le ventre ?
C'est une chose d'avoir une vue à long terme ; suffisamment de séries en manquent pour qu'on ne reproche pas cette qualité à une fiction dont le showrunner sait précisément ce qu'il veut. Mais c'en est une autre de ne pas savoir se servir de la structure d'une saison, pour augmenter graduellement le niveau de profondeur de l'intrigue. Plutôt que de lancer de nombreuses pistes qui aboutissent à ce qu'on imagine être la conclusion six ans plus tard, il serait plus sain de ne jamais ouvrir une parenthèse qu'on n'est pas sûrs de pouvoir refermer, et donc, de procéder uniquement par palliers, ou par couches, plutôt que de tirer un fil d'Ariane qui ait une chance d'être coupé trop brusquement en cas d'annulation. Plus concrètement, un bon mystery show ne devrait poser aucune question qui ne trouve réponse dans un season finale ; quitte à ce que cela débouche sur d'autres interrogations dans la saison suivante. Or c'est une précaution prise par très très peu de séries répondant à ce genre.
En cela, la supériorité des mini-séries est nette (même si on se souviendra que par exemple The Lost Room n'avait pas su se servir de son format pour tout mettre à plat avant de fermer boutique), et les systèmes télévisuels non-basés sur le renouvellement, tels que l'Asie, prennent nécessairement de l'avance lorsqu'il s'agit de boucler une boucle. Mais il me semble qu'un juste milieu devrait être trouvé entre ces deux extrêmes, qui permette à la fois de tabler sur plusieurs saisons (on ne va pas changer le système américian, il faut donc savoir s'y adapter), et de ne pas forcer la main du spectateur pour s'engager sur le long terme. L'histoire a prouvé qu'un tel rapport de forces ne se conclut pas toujours au profit de la série, et Carnivàle a notamment fait les frais de sa gourmandise en décourageant ceux qui trouvaient que les choses tardaient à se développer. La lenteur et l'obscurité des objectifs a sans doute détourné au moins autant de monde que la complexité des intrigues ou l'extrême noirceur des personnages.

En tous cas on devrait certainement trouver le moyen d'éviter que de bonnes séries (ou disons, des séries prometteuses et avec d'excellents ingrédients), puissent survivre sans brader leur complexité, tout en s'adaptant au public. C'est encore ce dernier qui devrait être le roi, et non la série qui doit lui imposer sa loi. Les séries américaines ne vivent pas dans un contexte où on est certain dés le pilote que la sixième saison sera assurée, et c'est un phénomène qu'il est impératif de prendre en compte.

Carnivàle, par son aveuglement à la Lodz (une prétendue clairvoyance à long terme masquant une ignorance du danger immédiat), a définitivement pâti de son obstination, claire jusqu'au series finale qui, très ouvert, retentit aussi fort qu'une claque sur la joue d'un petit garçon australien.
Il a été évident pendant plusieurs épisodes que de nombreuses intrigues avaient vocation de remplissage ; ces mêmes axes soapesques, une fois l'annulation annoncée, auraient dû être sucrés pour mieux faire place nette en vue de la conclusion. Mais il est des showrunners obtus, et clairement on en a un dans les coulisses du chapiteau de Carnivàle.

Allez, Carnivàle reste une bonne série, répétons-le encore une fois pour la route. C'est la déception, lorsque je compare avec mon souvenir cristallisé de la série, qui s'exprime, lorsque je me plains de son final, qui parvient à donner quelques conclusions acceptables.

Mais alors que j'ai érigé le revisionnage en outil ultime me permettant de redonner à certains pilotes une chance, j'avoue être surprise de tomber, pour ce qui semble être la première fois, sur une série à laquelle ce nouveau marathon fait plus de tort que de bien. Oui, un téléphage change avec le temps : toujours plus de découvertes, et bien-sûr l'âge et la maturité de la personne elle-même, font que tout revisionnage a le potentiel de vous faire changer d'avis par rapport à l'intégrale précédente.
Mais je crois que je tenais pour acquis que ce phénomène ne peut que se faire de façon positive, pour un pilote qu'on n'a pas aimé et qu'on voit avec un oeil plus clément la fois d'après (du mois faut-il l'espérer). Dans le cas de Carnivàle, érigée par beaucoup de téléphages de bon goût comme une pépite méconnue, et alors que mes souvenirs lui étaient si favorables, je n'avais pas vu la déception venir.

Cela ne lui retire pas son mérite, ou si peu. Mais tout revisionnage a aussi une part d'affectif, et je n'aurais pas su écrire ce bilan sur Carnivàle sans mentionner ma déception...

29 mai 2012

She'll be back

Canada-logo

Il y a une douzaine d'années, j'étais encore une téléphage raciste, et ne jurais que par la télévision américaine. Je ne voulais entendre parler de rien d'autre, et je n'avais que mépris pour les séries venant des autres pays de la planète. Mais alors que Canal+ a commencé à diffuser des séries de science-fiction comme Starhunter et Invasion Planète Terre, j'ai commencé à considérer que le Canada avait un domaine d'expertise : la science-fiction. A cette époque marquant le tournant entre la fin des années 90 et le début des années 2000, c'était en effet dans la SF et le fantastique que l'on voyait le plus souvent apparaitre, tout au bout du générique de fin, un logo avec la fameuse feuille d'érable.
Depuis lors, je suis bien obligée de reconnaître que je n'ai pas toujours été tendre avec les séries de genre canadiennes, à l'instar de Lost Girl dont je ne vous ai jamais caché qu'elle m'insupportait. Mais j'ai quand même gardé cette sorte de foi dans la fiction canadienne à ce sujet. Sans compter que tant d'auteurs et d'acteurs canadiens travaillé sur des séries US de science-fiction ou fantastiques (qui elles-mêmes ont souvent choisi le territoire canadien comme attache géographique), que cela semble presque naturel de retrouver certains visages et de leur accorder ma confiance.

Inutile de vous dire que quand le pilote de Continuum a commencé sur le visage de Tony Amendola, on était déjà quasiment en terrain conquis. Et pourtant ce premier épisode a tellement plus à offrir qu'une foule de noms et de visages connus des amateurs de science-fiction (Amendola, Davis, Webster, Knudsen, Doig... j'ai aussi brièvement cru reconnaître Janet Kidder), tant son univers se pose immédiatement comme incroyablement cohérent, et palpitant.
Dans un genre qu'ils semblent avoir fait leur, les Canadiens ont trouvé le moyen de doser dans cet épisode inaugural l'action (un ingrédient fondamental de leur petite recette secrète) et la réflexion avec un bon sens de l'équilibre.

Continuum

Parmi les éléments qui m'ont le plus enthousiasmée, le monde de Kiera en 2077, qui occupe un bon tiers de l'épisode de l'épisode, est captivant. J'étais d'ailleurs soulagée, à la fin du pilote, d'assister à un "flashback" s'y déroulant : c'est la promesse que cet univers ne sera pas tout-à-fait abandonné (ce qui était mon plus gros regret à propos de Terra Nova, en-dehors bien-sûr du fait que je regardais Terra Nova) et sera exploité, vraisemblablement à des fins mythologiques.

Mais ce qui est certainement la plus grande réussite de Continuum, c'est d'avoir imposé, en dépit d'un épisode rythmé, rempli d'action et de choses à mémoriser pour pénétrer son univers dense, un personnage féminin central complexe, et suffisamment émouvant. Loin de n'être qu'un prétexte à l'intrigue, comme certaines séries ont un peu tendance à le faire, Kiera est immédiatement un personnage dont le background et les sentiments jouent une grande part dans l'émotion de l'épisode. En dépit de son grand sens de la Justice et du devoir, elle n'est pas froide et n'a rien d'une machine (c'est important pour le personnage principal d'une série qui n'aurait pas existé sans la franchise Terminator...), ses sentiments vis-à-vis notamment de son fils ne paraissent pas plaqués, et il se dégage quelque chose de très, très bouleversant de sa première conversation avec Alec, lorsqu'elle découvre où elle est tombée et quelles sont ses chances de se tirer de là vite fait.

Continuum-Kiera

Alec est d'ailleurs un poème à lui seul. Outre sa charmante petite cachette dans la grange, il est prometteur à bien des égards, notemment un que la fin du pilote se charge de nous dévoiler avec beaucoup d'intelligence (nous poussant d'ailleurs à pousser un "ah" de soulagement, puisqu'en voyant cette scène on en comprend mieux une autre). J'ai également apprécié qu'il semble, a priori, géographiquement très éloigné, ce qui nous garantit une relation purement virtuelle pendant un bon moment entre ce deux-là. De surcroît, au lieu d'être l'habituel geek qui a raté sa vie, Alec a tout l'air de vivre dans une famille plutôt saine et qui l'encourage, et à ce titre on peut dire que c'est une véritable première dans la façon de faire le portrait d'un geek de télévision.

Les possibilités technologiques offertes par les attributions de Kiera (la combinaison, contrairement aux apparences, n'en étant pas la plus précieuse ; l'histoire des souvenirs téléchargeables me semble bien plus intéressante, notamment parce qu'il y a une scène qui mérite quelques explications dans ce que regarde Alec dans cet épisode) ouvrent la voie, également, à des axes intéressants, non seulement dans la façon de résoudre les "affaires policières", mais aussi pour explorer le personnage et son background.

Continuum-WTC

Pour le moment, la seule chose qui semble un peu brouillonne tient dans les motivations de Liber8. De ce côté-là, j'avoue que c'est internet qui a permis d'améliorer ma compréhension des tenants et des aboutissants de cette partie de l'intrigue, tant leur portrait m'a semblé un peu caricatural. Evidemment, lorsque les deux tours se sont effondrées au tout début du pilote, il semblait clair que l'analogie terroriste allait entrainer, certainement, quelques dommages collatéraux. Mais peut-être qu'il nous manque un personnage faisant partie (ou infiltré) dans cette organisation pour mieux lui donner du relief. Avec un peu de bol, on reverra peut-être Tony Amendola.
L'avantage c'est que même si, dans le pire des cas, on a droit à un épisode centré sur chaque criminel, la saison comptant 10 épisodes et les criminels n'étant qu'au nombre de 7, cela nous laisse de l'espoir pour éviter une trop forte proceduralisation. On devrait donc pouvoir affiner la question.

Cependant, ce qui est le plus important pour une série de science-fiction, c'est probablement... tout le reste. Ce que la série a à dire ; de la même façon que Caprica voulait parler d'éthique ou que Falling Skies a refusé de parler de la condition humaine. Et de ce côté-là, j'avoue qu'il y a pas mal d'espoir, plus en tous cas que je n'aurais pu l'imaginer avant de lancer le pilote. La question du rachat des gouvernements par de grandes corporations, qui est à l'origine de l'univers dans lequel vit Kiera, part notamment d'un constat à la fois social, politique et économique intéressant par les temps qui courent.

Si cela est développé, Continuum a des chances de devenir plus qu'une bonne série de SF : une GRANDE série de SF.
Et nous savons tous combien ces choses-là sont devenues rares de nos jours.

20 mai 2012

Hell ride

"Le massacre de Milperra s'est déroulé dans une banlieue paisible de Sydney, le jour de la fête des pères, le 2 septembre 1984. Sept personnes ont trouvé la mort et bien plus ont été sérieusement blessées."
(Intro, Bikie Wars - 1x01 : Pilote)

Le pilote de Bikie Wars s'ouvre sur une présentation sobre et monocorde de l'enjeu de la série... et cet enjeu ne se produira pas sous nos yeux, du moins peut-on l'imaginer, avant le 6e et dernier épisode. On est venus là pour la baston, le sang, l'adrénaline, on est chaud-bouillants... et il faut remettre tout ça à dans 6 semaines. Imaginez la frustration.
C'est tout le défi que doit relever Bikie Wars, que vous avez élu cette semaine comme pilote australien le plus attirant : faire monter progressivement l'ambiance pour en arriver au massacre en question.

BikieWars-logo

Ces 47 premières minutes de la série seront donc consacrées à un jeu d'équilibriste. Il s'agit de nous donner envie de nous intéresser aux enjeux sans nous offrir ce bouquet de violence qu'en spectateurs un peu voyeuristes historiens captivés nous voulons pouvoir observer. Ces enjeux résident, comme la tagline de la série l'indique ("Brothers in Arms"), dans le questionnement sur la loyauté et la camaraderie au sein de l'univers des bikers. C'est parfait pour un épisode d'exposition, d'ailleurs (et il sera toujours temps de se préoccuper du reste ensuite), donc pour le moment l'équilibre est trouvé.
La fin de l'épisode lâchera d'ailleurs un peu de cette violence que nous sommes venus chercher, histoire de nous donner un aperçu bref mais intense du fameux massacre pour lequel nous avons signé.

Le reste de l'épisode est essentiellement consacré à une introduction à un club de bikers en particulier, les Comancheros, qui sont en pleine phase de recrutement, un peu comme une armée fait le plein de chair à canon avant de partir au front, et qui en particulier recrute Anthony Spencer, dit Snoddy, un ancien militaire un peu perdu que le groupe a littéralement ramassé sur le bord de la route. Si on intronisation se fait plutôt en douceur, vu que le chef des Comancheros l'a rapidement pris en affection, cela ne signifie pas que cette arrivée se fait sans remous, Snoddy ne faisant pas l'unanimité au sein du clan. Et surtout, Snoddy semble rapidement s'autoriser une petite vie privée bien à lui au lieu de faire complètement corps avec son club, ce qui le distance un peu des Comancheros. Les pions sont donc placés pour que la partie commence, et que la place de Snoddy au sein de son bikie club serve l'évolution de l'histoire pour en arriver à ce qu'on imagine être le feu d'artifices final.

Deux ingrédients surtout permettent à Bikie Wars de nous faire patienter sans trépigner.

Et le premier, non des moindres, est Callan Mulvey. Comme personnellement je n'ai jamais réussi à m'asseoir pendant l'intégralité d'un épisode d'Underbelly (tous opus confondus), et que je confesse avoir à moitié pioncé devant le pilote de Rush, eh bien Bikie Wars était l'occasion de retrouvailles avec l'acteur de Hartley, coeurs à vif, et je dois dire que, avec presque seize années de retard, je viens de comprendre ce que mes copines lui trouvaient ! Héros incontestable de ce premier épisode (et vraisemblablement des suivants), il incarne à la perfection le héros typique de ce genre de fictions : le regard sombre, le mot rare, un côté force brute et un petit coeur d'angelot blessé. C'est la définition d'un héros attachant, non ? On le croirait tout droit sorti d'un manuel pour scénaristes. D'accord, ça manque d'originalité, mais le fait que ce soit Mulvey, lui-même gros accidenté de la route de la vie, qui lui donne corps, permet au personnage de Snoddy de prendre immédiatement beaucoup de consistence. Alors du coup on ne proteste pas, on dévore la bête du regard ; c'est très animal tout ça ne nous le cachons pas. De toute façon, depuis le départ, on savait qu'on ne regardait pas Bikie Wars pour jouer les intellectuels !

Callan

Le second, qui n'a pas moins de mérite même si ses manifestations sont plus inégales, c'est l'ambiance. Musicalement déjà, le martelage de rock est constant et nous plonge dans le bain de cette communauté mi-bikers, mi-hippie. La première journée que passe Snoddy avec les Comancheros est à ce titre très révélatrice de l'univers de ces clubs. Je crois que c'est en voyant cette scène que j'ai, paradoxalement, mis le doigt sur l'ambiance qui était diffusement distillée dans les pages de Puberty Blues, probablement parce qu'on parle de la même époque, du même pays, et de la même volonté de vivre en-dehors de la société. C'est justement ce qu'on attend d'une série comme Bikie Wars, le sentiment de liberté qui s'apparente au mouvement est très bien décrit. Les bikers sont des brutes, certes, mais des brutes avec des idéaux. On pense ce qu'on veut de leur mode de vie mais je l'ai trouvé bien mieux retranscrit que dans Sons of Anarchy, qui de par son thème est difficile à ne pas évoquer, mais qui n'a aucun point comment avec Bikie Wars : SAMCRO est un club en réalité sédentaire et baignant dans le trafic, bref, un club de bikers moderne auquel il ne reste que les motos et les tatouages, et dont le mode de vie a perdu toute spécificité. Ce n'est pas un reproche : c'est une évolution plutôt naturelle des mouvements bikers ; outre quelques litres de flotte, ce sont après tout 30 années qui séparent le contexte des deux séries.
Mais en tous cas Bikie Wars transmet bien tout ça, non seulement avec les scènes de groupe, qui dépeignent tous les degrés de la camaraderie en cas de fête comme en cas de baston, mais aussi les séquences plus solitaires, notamment quand Snoddy prend sa moto seul ou avec sa conquête Lee, et profite simplement du voyage. Je ne suis pas fan des deux-roues à la base, mais je dois dire que j'ai trouvé les oscillations de sa bécane sacrément reposantes ; ces moments-là étaient bienvenus, en dépit de tout ce qu'on attend de la série, pour entrer dans la philosophie bikers, où il ne s'agit pas de rouler vite, mais de prendre du plaisir sur la route.

BikieWars-Fete

Et après tout, n'est-ce pas essentiel pour comprendre la façon dont les choses vont tourner par la suite ?
Car oui, on est venus à Bikie Wars pour voir des motards se foutre sur la gueule à coups de battes et de chaînes, mais derrière toute cette brutalité, c'est l'esprit d'un mouvement que la série veut rendre de façon aussi fidèle que possible. Pour le moment, le pari est réussi, mais évidemment, Bikie Wars a droit à un laisser-passer parce qu'il s'agit d'un pilote. Les épisodes suivants parviendront-ils à éviter le remplissage en attendant le massacre lui-même ? Il n'y a qu'une seule façon de le savoir.

12 mai 2012

Non-identifiée

"A quel personnage t'identifies-tu le plus ?"
C'est une question qui est régulièrement posée dans toutes sortes de discussions à teneur téléphagique. Mais je n'ai jamais de réponse. Je n'en ai jamais eu.
Ce qui s'en approche le plus pour moi, c'est de citer des personnages qui m'ont servi de modèle ou d'idéal à un moment donné, notamment vers la fin de l'adolescence. Mais je ne m'y reconnaissais pas, et ça ne m'a jamais effleurée.

Ca n'a jamais été un problème à mes yeux, d'ailleurs. Mais j'ai souvent observé que de nombreux téléphages, et quasiment tous les télambdas, cherchaient au contraire à s'identifier à des personnages ou des situations pour pouvoir les suivre, et c'est définitivement la différence que je ressens comme étant la plus prononcée dans ma façon de vivre ma téléphagie et celle de la plupart des gens que je connais.
Je ne regarde pas de la fiction pour qu'on y parle de moi, ce n'est pas ce que je recherche ; j'y cherche et trouve aussi bien du divertissement que de l'émotion brute, un exercice de style qui me permet de découvrir des thèmes originaux sur le fond ou une façon originale d'innover sur la forme, et je suis en quête, dans mes visionnages, d'énormément d'exotisme, pas juste au sens géographique (cette donnée-là dans ma consommation est plutôt récente, comparativement), mais au sens où regarder la télévision, depuis toujours, et aussi cliché que cela puisse paraitre, est pour moi une fenêtre sur le monde. L'idée est d'essayer de se glisser dans la peau d'un personnage qui mène une vie qui ne soit pas la mienne, et qui m'offre une opportunité de ressentir par procuration des choses que je ne vivrai jamais (et le plus souvent : tant mieux !), pas de trouver un personnage qui exprime des choses dans lesquelles je me retrouve. Les personnages qui m'intéressent sont ceux avec qui j'aurais envie de discuter dans la vraie vie, pour échanger des impressions ou des expériences, pas ceux qui me renverraient un miroir, car j'ai l'insupportable prétention de croire que je suis capable d'introspection sans ça.

Je regarde des séries pour savoir, pendant 45 minutes en moyenne, ce que c'est que d'être une mère de famille nombreuse mariée à un pasteur, le héros d'une guerre qui se déroulera quand j'aurai 82 ans, et une actrice sur le retour alcoolique. Et quand l'épisode est fini, je reviens à ma vraie vie, à mon vrai moi, et je me sens enrichie par ces expériences dans ma compréhension du monde et des gens, même de façon minime (ou carrément illusoire, car parfois, juste parfois, une série n'est jamais qu'une série).

L'absence d'identification n'a jamais été un problème à mes yeux. Cependant j'ai bien observé que c'était une position moyennement partagée, et que la plupart des téléphages cherchent au contraire l'identification, que c'est même une nécessité pour s'intéresser au sort d'un personnage.
C'est encore plus prononcé pour les publics adolescents, d'après mes observations. Et quelque part je le comprends, même si je n'en ai jamais fait l'expérience, parce que c'est une période où on a envie de penser qu'on n'est pas seul à faire certaines expériences, où on essaye de calibrer notre comportement sur une norme, et que les séries participent à cette norme à divers degrés.

Quand j'étais adolescente, la télévision était physiquement difficile d'accès en la présence de mon père, de sorte que lorsqu'il était au boulot, ma mère nous laissait nous jeter sur la télévision comme des affamées, et on regardait n'importe quoi qui soit diffusé pendant le créneau horaire. Et j'ai grandi à une époque où ces créneaux horaires étaient majoritairement occupés par des séries. C'est aussi simple que ça. Si j'avais eu 100% Mag à la télévision à l'époque, eh bien aujourd'hui peut-être que je suivrais la dernière tendance de scrapbooking à partir de boîtes de camembert, et on ne serait pas là à parler séries.
Je ne suivais pas de série en particulier parce qu'on n'était pas en position de faire des plans sur l'avenir, et les horaires de mon père étant ce qu'elles étaient, on n'était jamais sûres de regarder le lundi la suite d'un épisode diffusé le vendredi, mais globalement, il y avait quand même des séries qui avaient nos préférences, même dans ce contexte.

L'une d'entre elles était Angela, 15 ans. C'était la seule teenagerie que je regardais à l'époque. Plus tard, je suis passée à côté de Dawson, notamment, qui ne m'a jamais intéressée mais qui semblait émouvoir toute ma génération. A partir de là, c'était quand même bien foutu pour moi, j'ai quitté le nid familial pour aller vivre ma vie, et les histoires adolescentes m'ont encore moins captivée, même si je me suis intéressée à Coeurs Rebelles (surtout pour les histoires de viol et de drogue, soyons honnêtes) ou La Famille Green (que j'appréciais énormément pour y suivre trois générations de la même famille), donc pas vraiment en terrain adolescent au sens strict.

Angela

Cet après-midi j'ai revu plusieurs épisodes d'Angela, 15 ans, et cela faisait quelques années qu'une telle chose ne s'était pas produite. Comme je viens d'avoir 30 ans, et qu'à un ou deux ans près, j'avais alors l'âge d'Angela Chase, je pensais que je m'étais peut-être identifiée à elle et qu'en revoyant la série, j'allais retrouver l'adolescente que j'étais, ses émotions, ses questions.

Pas du tout. En regardant les épisodes, je me suis souvenue, de façon à vrai dire assez brutale, de ma propre adolescence ; c'était probablement un mécanisme de mémoire étrange qui me ramenait des images et des anecdotes de cette époque, par association d'idée ou quelque chose, je ne sais pas. Mais en tous cas ces souvenirs n'avaient rien de commun avec les expériences d'Angela, ou de ses amis ; non plus que ses relations avec ses amis, ou ses rapports à ses parents, ou même à sa frangine. Et ne parlons même pas de Jordan Catalano.

Je trouve toujours qu'Angela, 15 ans est la série adolescente la plus réaliste que je connaisse ; lors d'un débat, je ne sais plus qui m'avait dit, une fois, que c'était générationnel. Mais visiblement non, je ne m'y suis pas reconnue, et cette série n'était pas ma réalité. Et c'est certainement pour ça qu'elle compte parmi les rares séries adolescentes que je tiens en estime, parce qu'elle arrive à me sembler authentique malgré l'absence d'identification. Téléphagiquement, c'est ce qui fait sa valeur.
Mais humainement ? Cet après-midi, j'ai trouvé très triste de ne même pas être capable de m'identifier à Angela, 15 ans.

Si je n'y arrive pas avec cette série-là, alors avec laquelle ?
Alors ça m'a renvoyée à mon absence d'identification, et à mon problème avec les séries adolescentes en général. Est-ce que par hasard ces deux phénomènes seraient liés ?

Je n'ai jamais compris l'attrait de Dawson auprès des adolescents de ma génération (parmi lesquelles, notablement, mon ex petit-ami de l'époque). Par la suite, j'ai trouvé Skins, qui pourtant semblait parler aux adolescents de sa génération, très extrême et superficielle ; je me suis dit que j'étais simplement trop vieille pour que ça me parle et je suis passée à autre chose. Je n'ai pas insisté. Et la plupart des séries adolescentes, notamment Gossip Girl que j'utilise toujours comme exemple du pire, me semblent toujours mauvaises.
Ce soir j'ai aussi regardé le pilote de Clash, et là encore, j'ai trouvé que c'était un peu n'importe quoi, une sorte de fantasme de l'adolescence complètement déconnecté des vraies problématiques. Mais qu'est-ce que j'en sais, moi, des vraies problématiques d'ados ? J'ai 30 ans ! Alors peut-être que Clash voit juste, en réalité...

Et si au fond, le problème était simplement que je ne me retrouve pas dans ces personnages ? Que je n'ai trouvé aucune série adolescente qui me parle de l'adolescente que j'étais ? C'est peut-être ça, l'origine de mon soucis avec les séries adolescentes. C'est que je n'en trouve pas qui me parle de moi.
Il n'y a qu'une façon de régler ça : trouver une série avec un personnage auquel je m'identifie. Je ne sais pas si cette série existe. Je ne l'ai jamais cherchée. Mais ça ne m'attire pas du tout de me mettre à sa recherche, en fait.

Vous savez quoi ? Dans le fond, je préfère continuer à aller chercher des personnages qui ne me ressemblent pas, plutôt que de tenter de me réconcilier avec les séries adolescentes.
Mais je suis contente d'avoir l'opportunité de me poser ce genre de questions rien qu'en regardant des séries. Et finalement, c'est peut-être ça que je cherche le plus dans ma téléphagie.

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29 avril 2012

Zone de compression

Ces derniers temps j'écoute pas mal ma playlist de génériques. Il faut dire qu'avec pas moins de 500 titres rien que pour le format video (et bien plus au format audio mais comme vous le savez, je préfère joindre l'agréable à l'agréable), avec mon adoration pour les lectures aléatoires, ça peut durer très longtemps avant que je ne me lasse.
Ces génériques, s'il m'arrive très souvent de les découper moi-même, ont aussi été accumulés parce que j'ai tendance à faire mon marché dés qu'il y a une video qui traine. C'est comme ça que j'ai des génériques de séries que je n'ai même jamais vues, genre Brooklyn Bridge (que je n'ai par contre qu'au format audio, l'appel est lancé).

Personal Affairs était de celle-là. Une intro intrigante, un générique sympa, et, après visite de la page Wikipedia, plein de bonnes raisons d'y jeter un oeil. Voire même deux, étant donné la présence Archie Panjabi (juste avant The Good Wife) et Ruth Negga (avant son arrivée dans Misfits et bien avant Love/Hate).
...Ah, je vois que j'ai toute votre attention. Vous comprenez mieux que cette série ait eu la mienne.
Hélas les quelques avis que j'avais glanés sur la série n'étaient pas très brillants, mais c'est quand la dernière fois que ça m'a empêchée de regarder un pilote ? Hein ? Voilà, c'est ce que je disais.

PersonaAffairs

Alors certes, bon, d'accord : c'est pas la série du siècle. Mais soyons honnêtes, il y a plein de bonnes idées dans Personal Affairs. C'est même son plus gros problème.
En une heure dix, ce qui me semble être une durée pas banale pour un épisode britannique (mais je ne suis pas une experte en séries britanniques, vous n'êtes pas sans le savoir), on aura en effet droit non seulement à l'exposition [très] détaillée des nombreux protagonistes et de leurs dynamiques, mais aussi à des histoires amoureuses, conjugales et/ou sexuelles en pagaille, au moins un mystère, une compétition pour de l'avancement, une tentative de meurtre, une grossesse, et j'ai l'impression de déjà en oublier. Tout ça en faisant la part belle à la comédie, qui s'exprime essentiellement à travers les dialogues entre les 4 assistantes se partageant le bureau ; cependant, quelques effets rappellent, au choix et selon votre humeur, soit le grain de folie d'Ally McBeal, soit les comédies nippones les moins délicates (ces manifestations sont très présentes au début de l'épisode, rassurez-vous, ça se calme ensuite).

Pour quiconque travaille dans un bureau (et plus encore comme assistante), nul doute que le sujet de départ a du potentiel ; les rapports entre lesdites assistantes et leurs patrons, ou les patrons des copines, sont d'ailleurs assez bien vus, même s'ils sont montrés sous un angle exagéré à des fins comiques. Sans travailler dans le même milieu, j'ai reconnu certaines choses qui, bien qu'outrancières, avaient un fond de vérité.

Mais ce n'était pas assez, même pour un simple épisode d'exposition, visiblement. Et il faut dire que l'horloge tourne : seuls 6 épisodes avaient été commandés, et de toute évidence, le scénario avait des ambitions qui méritaient plutôt une dizaine, voire une douzaine d'épisodes.
Pire encore, le fameux mystère, pourtant introduit avant même l'arrivée du générique, traine énorméménent la patte, précisément parce que plein d'autres choses sont abordées et le relèguent régulièrement au second plan (ce qui tue un peu le concept de suspense si vous voulez mon avis). Il faudra attendre qu'une demi-heure soit passée pour que le "coup d'envoi" de cette intrigue soit officiellement donné après avoir semé plusieurs indices, et malgré cela, à la fin de l'épisode une autre demi-heure plus tard, on n'en aura pas appris une miette, en dépit du fait que les héroïnes passent à plusieurs reprises dans la pièce-même où s'est déroulé le passage-clé, et où il semble si évident qu'un énorme indice les attend. Mais que voulez-vous, intrigues amoureuses, professionnelles, conjugales, que sais-je, il y a plein d'autres choses à aborder.

Avec juste un peu plus de temps (et sans nécessairement sacrifier sur sa forme ni son rythme), le pilote de Personal Affairs aurait pu donner une série délicieusement et démesurément farfelue, un peu comme le fait GCB sur un sujet différent. Mais GCB a justement reçu une commande de 10 épisodes.C'est un privilège dont Personal Affairs ne jouissait pas, et qui l'a poussée à compresser toutes ses idées un peu de la même façon que je fais mes valises avant de partir en vacances : avec toutes les chances pour que la valoche, remplie jusqu'à la gueule, explose en plein vol.
Ironie du sort, finalement BBC Three n'aura diffusé que 5 épisodes de Personal Affairs en procédant à un montage express des deux derniers épisodes pour les faire tenir dans une diffusion unique de 50 minutes. Rarement une série aura donc aussi bien témoigné de l'ambiance de stress de la vie moderne que Personal Affairs, du coup.

23 avril 2012

Watch and veep

Comprenons-nous bien : j'ai vu le pilote de Seinfeld et quelques épisodes par hasard, et je n'ai jamais trouvé ça drôle. J'ai vu le pilote de The New Adventures of Old Christine, et je n'ai pas trouvé ça drôle. Peut-être que si j'avais vu un épisode de Saturday Night Live où elle apparait dans un sketch, j'aurais ri, mais ce n'est pas le cas. Toujours est-il que je n'ai jamais compris le hype autour de Julia Louis-Dreyfus, je ne la trouve pas drôle.
Attendez, si. Ca me revient. Il y avait un épisode du Late Night with Conan O'Brien où elle était invitée, et où ils avaient mis en scène une petite blague avec Tina Fey et Jack McBrayer, et là je crois que j'ai ri. Essentiellement à cause de Conan mais ça compte quand même, n'est-ce pas ?
Nan mais voilà, c'est tout. En-dehors de ça, Julia Louis-Dreyfus, je ne comprends pas ce qu'elle a de si génial.

Et ça ne va pas commencer avec Veep.
Je sais, je sais. Quand je vous dis d'emblée ce que je pense d'un épisode que j'ai regardé, ça tue un peu le suspense. Mais disons que c'est comme un pansement. Voilà. Je l'ai arraché d'un coup, et comme ça, la douleur est aussitôt partie qu'elle était apparue.

Le problème de Veep n'est pourtant pas seulement la présence de Julia Louis-Dreyfus. Etrangement. Le problème, c'est le côté humiliant de la série. Et ça j'ai déjà pu vous le dire, ça me hérisse le poil, c'est limite pavlovien.
Ca me rappelle immédiatement ce que j'ai pu ressentir devant The Comeback, ça fait appel à plein de souvenirs téléphagiques dont même la psychothérapie et l'hypnose ne parviennent à me soulager, c'est vraiment atroce.

Je regarde le pilote de Veep et j'ai la sensation extrêmement désagréable de sentir comment les épisodes suivants vont tourner : à chaque fois, il va se passer une catastrophe, ou quelqu'un va faire une bourde, et on regardera le cabinet de la vice-présidente s'embourber un peu plus dans la catastrophe ou la bourde, elle y compris, dans une suite de séquences embarrassantes. Et visiblement, très brouillonnes et bavardes.
Parce que c'est un peu comme si on avait pris la forme d'A la Maison Blanche, avec les tirades longues comme le bras et débitées à une vitesse record, mais qu'on avait décidé d'en pervertir tout le reste : personne ne se sort grandi, intelligent (ou drôle) dans cet épisode qui est juste dédié à l'humiliation absolue de son héroïne, à laquelle il ne reste plus ensuite qu'à rabaisser le reste de son staff.

La sensation de diminution intellectuelle et émotionnelle qui en résulte est... comment dire ? Impressionnante, je crois qu'on peut employer ce mot ? Mais certainement pas drôle. Pas à un seul moment.
Et sur moi, ce genre de sensation a l'effet d'un repoussoir. Je ne comprends sincèrement pas comment on peut rire de ça alors qu'il n'y a en réalité pas de dialogue drôle, pas de gag, pas de performance comique, rien. Juste l'humiliation des personnages et peut-être aussi vaguement du spectateur. On n'est pas dans un mockumentary sur la forme, mais pas loin, voyez, et mon problème avec le mockumentary c'est quand même sa grande parenté avec la télé réalité, et pour moi vraiment c'est la boîte de Pandore, ça m'horrifie qu'on puisse chaque semaine revenir voir quelqu'un s'humilier, même volontairement et fictivement, devant une caméra. C'est dégradant intellectuellement pour tout le monde, voilà ce que j'en pense. Je sais, je suis une vieille peau rétrograde qui ne comprend rien à la télévision d'aujourd'hui et qui ne sait pas s'amuser, je retourne voir mes épisodes de The Yard, tiens.

Le problème c'est que les séries politiques font partie de ces quelques genres télévisuels (avec les séries légales) qui peuvent se passer de tout, sauf d'intelligence. Une série politique n'est pas obligée d'être sérieuse, elle n'est pas obligée de traiter son sujet avec déférence, mais elle est obligée d'être intelligente. Les comédies politiques intelligentes existent. Veep n'en est pas une.

Ce n'est pas que la faute de Julia Louis-Dreyfus, cela dit. Mais c'est sûr, ça n'aide pas.

Veep

28 février 2012

Absence makes the heart grow fonder

Quand j'ai réalisé hier que Showtime s'était contentée de rediffuser les épisodes de House of Lies à ce jour sans terminer son marathon par un inédit, je vous avoue que j'ai sérieusement perdu le sourire.

HouseofTruth
C'est comme ça que j'ai réalisé que House of Lies était devenue en quelques semaines l'une de mes séries préférées de ce début d'année (déjà fort riche en découvertes et en émotions) : en découvrant que je me faisais unbe véritable joie de finir mon lundi avec un épisode de la série. C'était devenu, un peu sans que je m'en rende compte, l'un de mes rituels, histoire de commencer la semaine du meilleur pied possible tout en prenant le mien.

Oh j'avais bien remarqué que je me marrais comme une petite folle pendant les épisodes, notamment grâce aux échanges rythmés et un peu corsés de l'équipe de Kaan, entre deux vols à l'aéroport, ou en salle de réunion au lieu de bosser, et oui, d'accord, j'avais compris depuis plusieurs semaines que plusieurs des personnages me plaisaient énormément, notamment Clyde, Monica, April dont j'étais ravie de constater la persistance dans la série après un rôle dans le pilote que tout condamnait à l'éphémère, Marty lui-même, Doug, et peut-être même un peu Greg et Jeannie. Nan mais en fait, tout le monde quoi. Mais il y a une différence entre s'amuser énormément devant une série et l'adorer. Et c'est sans doute la raison pour laquelle House of Lies ne me venait pas spontanément à l'esprit quand il s'agissait de chanter les louanges de ce début d'année, et de dresser une liste des merveilles qui font actuellement battre mon coeur.

Et là, paf ! Grosse sensation de manque.
Alors je me suis moi aussi envoyé une intégrale. Ya pas de raison. Et il n'y a pas à dire, j'adore cette série, surtout quand je mets les épisodes bout à bout pendant 24h. Le seul épisode que j'aime moins que les autres est le troisième, trop vulgaire à mon goût (oui, même quand on aime House of Lies il peut y avoir des limites au bon goût), mais pour le reste je me suis méchamment marrée.

C'est tragique qu'il m'ait fallu attendre ce marathon inopiné pour m'en rendre compte, franchement, mais oui, House of Lies est à ajouter à la longue, très longue liste des excellentes séries que je découvre en cette mid-season, avec Smash, Äkta Människor, 30° i Februari, Touch, Apparences ou encore Woodley.
Liste non-exhaustive, du coup ; les coups de coeur ont été nombreux en janvier et février.

Ca va me faire tout drôle quand la diffusion va s'interrompre, même si une deuxième saison est d'ores et déjà prévue ! Mais en même temps, vu la gueule de ce début d'année, j'ai plutôt confiance en ce cru 2012 et je me dis que même en avril, je ne devrais pas avoir trop de mal à me régaler.
Je vous ai déjà dit que je trouvais qu'on avait une p*tain d'année ?! C'est vraiment l'éclate en ce moment !

18 novembre 2011

Alors n'y allons pas par quatre chemins

Il faut toujours se méfier des souhaits. Un jour vous clamez partout que vous aimeriez bien vous mettre un peu plus à la comédie britannique...
...et puis vous tombez sur Life's too short et vous comprenez votre douleur.

Episodesaretoolong

Ah alors ça, j'aime autant vous dire que la journée de la gentillesse, c'est fini, hein. Parce que quand je vois des atrocités pareilles, je ne me sens plus gentille du tout, ni envers la série, ni envers les lecteurs, ni envers moi-même. Tout-à-fait, j'ai eu des pulsions morbides devant cet épisode, en fait j'ai ressenti l'envie de m'énucléer avec une pelle à tarte.

Il faut dire qu'entre les accents British (bon, ça, c'est un problème que j'ai, à la limite on va dire que c'est ma faute ; à la limite), l'humour pas drôle, et les blagues à la con sur la taille de l'acteur, déjà j'étais servie. Je soupçonne aussi que Gervais ait choisi Warwick Davis d'abord pour la renommée sur le déclin, ensuite pour les blagues pourries avec les nains (la seule qui m'a fait vraiment rire c'est celle sur la chanson que le nain ne connait pas), et surtout pour qu'on se sente un peu mal de cracher sur la série, en raison de ce sentiment que nos parents nous ont tous appris : la peur de dire du mal des handicapés et assimilés. Bah même pas peur.
Rien qu'avec tout ça, Life's too short partait très, très mal.

Mais surtout. HORREUR. Un mockumentary.
Je vous ai raconté il y a peu comment un mockumentary m'a traumatisée à vie. Personnellement, entre The Comeback et Life's too short, pour moi c'est bonnet blanc et blanc bonnet, il y en a juste un qui a rétréci au lavage. A part ça c'est quand même la même chose, d'où mes glapissements de terreur devant le pilote de Life's too short, et pas uniquement à cause de la pelle à tarte.

Comme je suis une personne studieuse, j'ai aussi tenté Extras, que je n'avais pas vue, et j'ai vite compris pourquoi. Mockumentary. Et ptet qu'un jour je me collerai à la version britannique de The Office, un jour où je me hais à un tel point qu'être hantée par les souvenirs du pilote de la version américaine ne suffisent plus à augmenter me punir. Saloperies de mockumentaries, allez tous brûler en Enfer. C'est vraiment infâme ce goût que peuvent avoir des fictions pour se rapprocher au plus près de la télé réalité. Si je voulais de la télé réalité, je regarderais de la télé réalité. D'autant qu'il n'y a aucune surprise, peu ou pas de character development, dans ce genre-là. C'est le genre soit de l'humiliation sempiternelle, soit du soulignement infini de le contraste entre les actes et les paroles. C'est tout. Il n'y a jamais plus loin.

Le seul mockumentary que je tolère est Modern Family. Je ne le trouve pas tellement drôle non plus, mais il a le mérite de ne pas me retourner l'estomac parce qu'il y a un côté un peu plus affectif. C'est vraiment l'exception qui confirme la règle.

Rien que d'en parler je suis fâchée. Alors parlons d'autres choses, de choses drôles, de séries sympas. Pour continuer dans la vague comédies de cette semaine, il y a par exemple le SeriesLive Show, où vous apprécierez mon professionnalisme et mon sens de la retenue dans le traitement de la news sur Life's too short.
Le nombre de séries misérables que cette émission m'aura fait regarder, quand même. Parce que l'air de rien, sans SeriesLive Show, il n'y aurait jamais eu de traumatisme The Walking Dead...

6 décembre 2011

Top 5 des génériques à jouer avec les ongles

La fin de l'année arrive et avec elle, ses incontournables classements.
Sur l'air de : "les 5 séries annulées en cette rentrée qu'on regrette au mois de décembre (mais qu'on ne mentionnera plus jamais dés janvier)", "10 séries incontournables (parce que tout le monde en parle mais pas parce qu'elles sont bonnes)", etc... Sans parler du malheureusement inévitable "Top 25 de mes séries préférées de l'année (comportant 80% des séries qui figuraient au top de l'année dernière)".
Dans la même veine, je vous propose aujourd'hui un classement des génériques à jouer avec les ongles. Oui m'sieurs-dames.
A ridicule, ridicule et demi.

Pour tous ceux qui se demandent comment manifester leur impatience tout en revendiquant leur goût pour les séries, le générique à jouer avec les ongles est un classique : il permet non seulement de marteler finement des génériques auprès du péquin moyen, ce qui est une magnifique opportunité de contagion, mais aussi de faire ce que les Français font le mieux, c'est-à-dire râler, ici avec une touche non-négligeable d'aggressivité passive qui vous couve de sa rassurante aile protectrice.
La petite mémé qui met trois plombes à choisir sa baguette à la boulangerie ? Symphonie d'ongles sur la vitre des pâtisseries. Le collègue ou prof qui vous tient la jambe alors qu'il est l'heure de rentrer ? Hymne à la laque L'Oréal sur le bureau. L'odieux connard qui parle hyper fort au téléphone dans le métro bondé ? Concerto en kératine mineure sur la barre métallique. Les possibilités sont infinies et vous avez un luxe d'opportunités dans la vie de tous les jours.

Cependant, il faut se rendre à l'évidence : certains génériques sont particulièrement difficiles à interpréter, même quand on leur porte une grande affection sur un plan téléphagique et qu'on s'y entraine nuit et jour. Essayez de jouer la mélodie du générique d'A la Maison Blanche ou de Twin Peaks, le résultat est méconnaissable. A cela il faut encore ajouter votre niveau de dextérité et les conditions dans lequelles vous vous décidez à pianoter nerveusement...

Alors voici donc le Top 5 des génériques à jouer avec les ongles. Parce que c'était vital, de toute évidence.

game_of_thrones_mea 1

Game of Thrones


Niveau de difficulté : 2
Intérêt téléphagique : 5
Il mène notre classement tout simplement parce que le tapoter une fois, c'est le tapoter toute la journée, d'autant qu'il se prête parfaitement à des manifestations d'impatience. Nul ne saurait se montrer imperméable à son rythme parfait, et l'aspect plus mélodique de ce générique, avec ses cordes enivrantes, parvient à ne pas vraiment manquer. Mais si vraiment vous le souhaitez, il n'est pas impossible d'utiliser un grattement prolongé de l'ongle pour tenter de reproduire toutes les sonorités de ce générique d'excellence.
 
Oz-MEA 2

Oz


Niveau de difficulté : 3
Intérêt téléphagique : 5
Le générique de la série carcérale est basé sur des percussions et c'est ce qui lui vaut d'être si bien classé. Cependant, il demande une véritable pratique et un entrainement soutenu, sans lequel le tapotement d'ongles vire à la cacophonie. L'idéal reste quand même d'avoir deux mains de libres pour interpréter à la fois le rythme de fond, répétitif, et le thème principal. Ou bien d'être particulièrement dextre et de réussir à avoir une coordination index/majeur permettant d'interpréter les deux avec une seule main.
 
PresidioMed-MEA 3

Presidio Med

Niveau de difficulté : 1
Intérêt téléphagique : 2
Un générique d'une interprétation simple, pourvu d'avoir un bon sens du rythme. Les répétitions sont toutefois quasiment inutiles tant le générique de Presidio Med est parfaitement conçu pour les situations stressantes (comme le sont beaucoup de génériques de séries médicales ; par contre, Urgences est d'un niveau de difficulté au moins équivalent à 5 du fait de sa mélodie lente). Le véritable inconvénient du générique de Presidio Med réside en réalité dans sa confidentialité, à laquelle, fort heureusement, les tags de ce blog peuvent vous aider à remédier.
 
Treme-MEA 4

Treme


Niveau de difficulté : 2
Intérêt téléphagique : 3
Extrêmement satisfaisant du point de vue de l'aura téléphagique qu'il confère instantanément, le générique de Treme n'est pourtant pas très difficile à interpréter, notamment sur la fin. Outre son extrême maniabilité, il se montre également parfait dans les situations de frustration intense puisqu'il monde crescendo.
 
six_feet_under 5

Six Feet Under


Niveau de difficulté : 4
Intérêt téléphagique : 5
Car qui n'a pas rêvé un jour d'envoyer ad patres le coupable d'un contretemps ? Six Feet Under se montre une fois de plus digne de sa réputation d'excellence en proposant ici un outil merveilleux pour dire le fond de votre pensée sans le dire, par mesure de sécurité. Il y a toutefois un "mais", et c'est ce qui vaut à ce générique de n'être que 5e de notre classement : l'intro du générique est particulièrement ardue à rendre de façon reconnaissable, et l'ensemble nécessite forcément deux mains pour un rendu optimal, ce que toutes les situations ne permettent pas.

Pensez-vous qu'un autre générique aurait trouvé sa place dans le classement ? Faites-le savoir en commentaire !

15 novembre 2011

The token comedy

Il y a des comédies qui sont drôles, et qu'on regarde avec plaisir. Il y a celles qui ne sont pas drôles, mais alors pas du tout, si bien que passé le pilote on n'y revient jamais. Et il y a les autres comédies.
Celles qu'on ne trouve pas drôles, mais dont on n'irait pas jusqu'à dire qu'elles sont mauvaises. D'après mon expérience, on en regarde une par saison, parfois deux ; plus si vraiment on aime bien se faire lobotomiser en se réfugiant derrière l'excuse qu'on a eu une dure journée. Ah oui, la journée de la gentillesse c'était dimanche, les hostilités ont repris depuis !

L'an dernier, ma comédie "je ris pas mais c'est pas comme si ça me dérangeait", c'était Mike & Molly. Mais après avoir passé la saison à me demander pourquoi je cagoulais l'épisode chaque semaine, trouvant en général une réponse dans deux répliques de Katy Mixon, j'ai pris la résolution de ne plus me trépaner volontairement devant cette série qui même sur le plan de la tendresse, avait de sérieuse lacunes. De grosses lacunes, dirais-je si j'étais mauvaise langue. Bon vous avez raison, c'est pas la peine de cacher ma nature profonde, oui, c'étaient de GROSSES lacunes.
Cette année, cette série, c'est 2 Broke Girls.

Broke
Je regarde chaque nouvel épisode en me demandant ce que je fais là. Les blagues sont outrancièrement pas drôles. Kat Dennings en fait des tonnes (ça fait deux-trois semaines que pendant l'épisode, je me mets à fantasmer sur une façon que pourrait trouver le scenario pour la plonger dans un coma profond et nous faire des vacances). Beth Behrs est effrayante (c'est FORCEMENT une perruque !). Les scénarios donnent bonne réputation aux fanfictions écrites par les gamines de 12 ans. Les seconds rôles donnent réellement envie qu'on leur file un couteau pour se faire harakiri. Et pas de Katy Mixon en vue.
Mais que voulez-vous, en début de semaine il y a tellement de dramas qu'un peu d'humour, ça fait un bien fou après un Homeland.

Ce n'est pas drôle. Mais c'est un peu moins pas drôle que d'autres séries que je supporterais encore moins en début de semaine.
Plus tard, les choses s'arrangeront avec Raising Hope ou Suburgatory. Mais le lundi, c'est le jour où je ne rigole pas. Et il faudra bien s'y faire puisque mes débuts de semaine vont bientôt être dépourvus de Death Valley ou de Threesome pour réellement s'amuser (incidémment, ces deux séries ont connu cette semaines un certain relâchement, certes relatif, mais tant mieux, le season finale de ces deux séries n'en sera que meilleur).
Chaque semaine je me dis que je vais arrêter. Et chaque semaine je cagoule l'épisode en me disant que j'ai trop besoin de me marrer, même devant quelque chose de pas drôle.

Mais bon, ce n'est pas grave d'avoir une série comme ça dans mon menu. Quand il y en a une, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes.

13 octobre 2011

Bon boulot sur toute la ligne

Il y a des trucs que vous ne vous attendez pas à écrire dans une review, jamais ; "la nouvelle série de MTV est super", "j'adore l'humour de Damon Wayans", ou encore "il n'y a pas de comédie plus drôle que Whitney". Jusqu'au jour où l'une de ces choses devient vraies et remet en question tout l'ordre de l'univers.
C'est ainsi que je vous concocte un post sur la première saison d'Awkward. ! Si on m'avait dit.
En attendant, voilà une autre chose que je ne m'attendais pas à écrire dans une review : "j'ai envie de suivre un sitcom black".

Non que les sitcoms blacks ne soient pas drôles. Non, sincèrement, ce n'est pas ça ; c'est juste que la plupart d'entre nous (je suis et reste convaincue que les téléphages s'exprimant sont en majorité blancs) n'est pas dans la cible, et culturellement (à plus forte raison parce que les Afro-Américains sont une culture à part entière), et je soupçonne que si ces séries marchent bien, c'est parce qu'elles trouvent leur public. Ce public, ce n'est pas moi.
Et pourtant, je me suis sincèrement posé la question hier devant Reed between the Lines.

ReedBetweentheLines
Le titre était pourri. Les acteurs pas très intéressants. Le pitch tenait sur du papier à cigarettes. Regardez-moi ça, même la photo est bateau ! Tout indiquait que ce serait nul. Eh bien devinez quoi, pas du tout.

Le mérite en revient aux acteurs principaux et notamment Tracee Ellis Ross. Imbuvable dans le pilote de Girlfriends (que j'avais regardé l'été dernier, dans ma période "testons des séries blacks" consécutive au visionnage de Single Ladies), elle apparait comme sympathique dans Reed between the Lines. Son personnage n'est pas une bonne femme insupportable, ni bitchasse ni matrone, qui sont un peu les modèles qu'on trouve dans les comédies de ce genre. De son côté le personnage de Malcolm Jamal Warner n'est pas spécialement original mais, au moins, il a le mérite de n'être pas désagréable, le genre de mec distant qu'on n'apprécie pas souvent dans ces séries.

Et surtout, c'est fou, mais il se dégage une grande impression de naturel. La connivence entre le couple principal (les deux docteurs Reed) est palpable, et rend les diverses situations d'intimité totalement crédibles ; l'humour des situations et, plus souvent, des dialogues, ne s'en porte que mieux, on dirait que le couple rit ensemble, et non qu'ils veulent nous faire rire.
Plus épatant encore, les enfants s'en tirent bien, là où les rôles sont souvent attribués à des petites frimousses sans grand talent et ayant en général tendance à surjouer. La fille ainée, en particulier, parvient à être drôle sans jamais en rajouter, et c'est un immense soulagement. Le personnage le plus caricatural est celui de l'assistante de Carla, mais on le voit peu dans le pilote et ça ne gâche même pas la scène, dans laquelle Ross s'en sort si bien que ce n'est pas grave du tout. Les autres personnages secondaires sont très décents, par ailleurs, et notamment l'acupuncteur avec qui elle partage le cabinet, qui converse sur le même mode.
Et c'est certainement le plus important, en fait : les dialogues restent agréables même quand ils ne sont pas hilarants, parce que personne ne force, personne ne tente à tout prix d'avoir l'air drôle. Pour un peu, si elle était tournée dans d'autres conditions, Reed between the Lines pourrait tout-à-fait se passer des rires du public, mais ils sont relativement peu présents (volume sonore modéré, pas d'omniprésence fatigante) ce qui rend le problème quasiment anecdotique.
Au milieu de tout ça, l'intrigue, sans être très innovante, ne vire pas à la grosse farce insupportable, à l'exception d'une scène, vers la fin, un peu limite, mais fort heureusement vite écourtée.
L'épisode se clot sur une scène sympathique sans être touchante ni exagérément fleur bleue (Carla sort le grand jeu à Alex, un peu façon Whitney... et parvient à rendre la scène sympa, tendre et décontractée, sans en faire un truc aussi odieux et même limite sexiste que Whitney). La conclusion de l'épisode est bonne, disons les choses comme elles sont.

Le capital sympathie des personnages est tel que je me suis vraiment dit que ça me plairait bien de continuer l'aventure. Je vous avoue que c'est une première, en particulier après les expérience frustrantes, pour ne pas dire désastreuses, qu'ont pu être Are we there yet? et autres Meet the Browns.

Peut-être que Reed between the Lines n'est pas tant un sitcom black qu'un sitcom avec des blacks, et que les spécificités culturelles sont gommées. Mais en tous cas, c'est un sitcom sympathique, ça ne fait aucun doute. Personne ne vous braque un flingue sur la tempe pour rire, personne ne vous inflige une galerie de personnages insupportables et exagérés, personne n'a envie de gagner son salaire avec un scénario usé jusqu'à la corde (la façon dont on entre dans la vie professionnelle de Carla est sympathique, j'attends le tour d'Alex la semaine prochaine car sa pratique a l'air originale aussi), bref, c'est un sitcom, tout court. Loin des qualificatifs chromatiques et des sous-entendus qualitatifs qui s'y rattachent, Reed between the Lines est juste l'occasion de passer un bon moment avec des personnages qui ont tout compris à ce que le mot "naturel" veut dire.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Reed between the Lines de SeriesLive.

3 décembre 2010

Laisse-moi rester femme

C'est souvent que j'admets n'avoir pas spécialement des goûts de gonzesse. Le simple emploi du terme "gonzesse" indique d'ailleurs bien ma disposition d'esprit vis-à-vis d'une certaine catégorie de séries qui me semblent totalement hors de ma zone d'intérêt, en première ligne desquelles on trouve les romances (ce qui explique que jamais je ne vous parlerai d'autant de séries coréennes que de séries japonaises, par exemple), les teenageries glamour avec plein de vêtements dedans (sans rire, vu de l'extérieur, le phénomène Gossip Girl semble plus une équation racolage + défilé de mode qu'autre chose) et ainsi de suite. Malgré mes cheveux longs, mes ongles laqués et, bien-sûr, ma carte d'identité, rien dans mes goûts téléphagiques n'indique que je sois de sexe féminin.

Alors, m'étais-je dit, c'est sans doute que je suis plus du genre à apprécier les séries masculines.
Lors de l'enregistrement de ce dernier SeriesLive Show en date, j'ai réalisé mon erreur. Avoir regardé Oz avec passion, avoir englouti trois saisons de Rescue Me en quelques semaines (oui, je m'en tiens aux DVD...) et autre goût prononcé pour les amitiés viriles à la Men of a Certain Age (merde on est vendredi, j'avais oublié...), ne fait pas de moi quelqu'un qui a des goûts de mec.

La preuve : j'étais totalement hors du coup ! Sons of Anarchy, 24, The Shield... je n'ai jamais dépassé 5 épisodes sur ces séries. Non parce qu'elles ne me plaisaient pas mais parce qu'elles ne me plaisaient pas assez.

TheSeriesLiveShow_MEA
The SeriesLive Show - 1x05 : Bad blood

Alors, j'ai posé quelques questions, et j'ai écouté. C'est plaisant aussi d'écouter, même quand on est censé animer le débat. Mes camarades du SeriesLive Show étaient tellement enthousiastes sur ces séries qu'ils animaient d'ailleurs très bien la conversation, même quand elle partait dans tous les sens. Dans le fond, je n'aime pas forcément regarder les "séries de mecs", mais j'aime bien en entendre discuter tout ce petit monde. Même quand les débats ne volent pas haut, même quand on a un peu l'impression que ces messieurs vont se mesurer dans les toilettes à la fin du débat, c'est vraiment agréable de sentir une telle énergie.

Des amateurs de séries qui parlent des séries qu'ils aiment... un podcast ne devrait-il pas toujours être comme ça ?

3 juin 2011

Time machine

Comme en ce moment je suis le nez jusque là dans les cartons (hélas pour l'instant je ne sais pas où ils iront, mais bon, au moins ils seront prêts pour quand je pourrai enfin décamper), j'avais besoin de pouvoir regarder quelque chose qui puisse se suivre sans sous-titres. En attendant que mes coffrets de Gilmore Girls m'arrivent, exit donc Mesudarim, et évidemment hors de question s'envoyer du dorama derrière la cravate, j'ai donc opté pour une série qui réponde à ce critère de langue, mais aussi qui me fournisse de nombreuses heures de divertissement, puisque mes 800 VHS et mes Dieu-seul-sait-combien DVD ne se mettront pas en boîte en une heure, et qu'il y a aussi tout le reste à trier. Mais pourquoi garde-t-on toutes ces fiches de paie, bordel ?!

Bref tout ça pour dire que je me suis lancée dans une intégrale de Roseanne, ou disons intégrale de ce que j'ai vu que j'ai jamais que les 4 premières saisons, youpi chouette j'ai plus qu'à acheter la suite en import et d'ailleurs je vais ptet m'y mettre, rapport aux posts précédents, bref.
Intégrale de Roseanne, donc.

RoseanneFamily
Jusque là, Roseanne, c'était au coup par coup. Un épisode ici, un épisode là... histoire de rire un peu mais pas franchement avec l'idée de se faire une intégrale, juste d'apprécier les nombreuses perles qui émaillent cette série si finement drôle et toujours d'actualité (on a déjà eu l'occasion d'en parler plusieurs fois, donc vraiment, suivez les tags, c'est pour votre bien, ya même un pilote qui s'y balade).
Vraiment, le concept d'intégrale, ça change tout. Regarder (ou, je le confesse, écouter) les épisodes à la suite, et découvrir les auto-références que je n'avais jamais captées avant, pas forcément appuyées mais non moins appréciables... On a beau savoir que ce sont deux démarches totalement différentes, là je me prends de plein fouet les effets de l'intégrale, où l'ont sent certains sujets comme étant plus sensibles que quand on a vu les épisodes à plusieurs jours, voire semaines, d'intervalle.

Et du coup, au lieu de simplement profiter gentillement de l'épisode, je me plonge dans le charme anachronique de la série et je n'avais pas vraiment réalisé jusque là à quel point ça pouvait être quelque chose de si efficace pour retourner dans les années 80.
Alors attention, à partir de là, ceux qui sont nés dans les années 90 vont être un peu désorientés, mais je vais vous parler d'un temps que les moins de 20 ans, tout ça tout ça.

Il se dégage de Roseanne une atmosphère qui me ramène en enfance. Et pourtant ma famille n'avait rien à voir avec les Conner, mais on sent que c'est, déjà, le témoignage d'une autre époque. L'état d'esprit est foncièrement différent. On retrouve l'atmosphère moins parano, moins hygiéniste aussi. On réalise qu'il y a eu depuis des évènements qui ont changé notre société.
De toute évidence, il y a les vêtements, les coiffures, les accessoires, les jouets, tout ce qui semble totalement s'inscrire dans cette époque révolue. Bien-sûr. Mais c'est tellement bien plus. Je respire totalement l'air des années 80. Et c'est d'autant plus troublant qu'elles n'ont pas du tout ressemblé aux soirées ciné et aux dîners bruyants de la série. C'est vraiment l'empreinte d'une époque plus que le portrait factuel des "moeurs" de cette décennie.

C'est le genre d'expérience, entre la trouble nostalgie et le plaisir téléphagique pur, qui me rappelle pourquoi j'ai tant de mal avec les séries historiques. Comment une série tournée aujourd'hui pourrait-elle saisir tout cela ? Ce serait forcément avec une profusion exagérée d'accessoires et de couleurs et de jeans troués et de gros blousons, non en fait j'en sais rien mais ça ressemblerait forcément à de la caricature, comme le font les séries supposées se dérouler dans les années 70 et qui en fait sont "trop" dans les années 70, il fallait juste se calmer sur la reconstitution et essayer de saisir l'air du temps.
C'est le genre d'expérience qui, par association d'idées, me rappelle pourquoi j'ai du mal à me mettre devant Life on Mars, par exemple.

Parce que Roseanne est bien plus qu'un sitcom, c'est une série dans laquelle tout de suite on sent une grande authenticité et où on n'a pas l'impression d'être là juste pour quelques gags ou répliques bien senties. C'est peut-être la raréfaction des séries dont les personnages travaillent en milieu ouvrier (Une Maman Formidable en était une autre, et j'aimerais bien que les DVD finissent par sortir d'ailleurs) ; aujourd'hui quand on veut montrer des travailleurs pauvres, on ne montre plus que des vendeurs, comme l'a tenté Working Class (que je regretterai un peu mais qui est loin de toucher la même corde sensible, reconnaissons-le). Peut-être que la société a trop changé pour qu'on ait des personnages qui travaillent de leurs mains (pour autant que je réfléchisse, seuls les Chance de Raising Hope sont dans ce cas aujourd'hui)

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Roseanne de SeriesLive.

14 mai 2011

Mères au foyer désespérées

Il m'aura fallu un peu tâtonner, mais j'ai trouvé le premier dorama solide de la saison printannière.
Et pourtant le sujet était casse-gueule, car peu de séries japonaises peuvent se vanter de se frotter au monde de la petite enfance et/ou de la maternité sans mièvrerie. Pour nous sauver tous, voilà donc Namae wo Nakushita Megami, une série qui ne payait pas de mine et donc le pitch laissait présager du pire comme du meilleur. Souffrez donc que je coupe court au suspense : l'option retenue, c'est le meilleur.

Namae
Pourtant, tout commence plutôt mal, par une scène d'enlèvement. En fait, la scène est très bien filmée, mais elle est quand même un peu cliché : celle d'un enfant qui se perd dans la foule et qu'une femme profite pour enlever ; tout cela sans voir un seul visage, avec un côté suspense un peu irritant, car à la base, on n'attendait pas un thriller sur l'enlèvement d'enfant, mais bien un catfight entre mères au foyer qui se font la guerre par enfants interposés.
Si elle agace, cette scène surprenante va en fait donner le ton : la série ne joue pas dans un registre doucereux, mais va en permanence tenter de nous déstabiliser. Et la plupart du temps, elle y parviendra, en fait.

La phase suivante est dédiée à nous faire croire au conte de fées moderne de la femme épuisée par ses responsabilités de mère alors qu'elle mène une vie professionnelle intense, et qui va se ranger (à la demande subtile mais appuyée de son époux) pour s'installer dans un nouveau quartier et devenir une mère au foyer comme tant d'autres. La charmante Yuuko n'est visiblement pas sûre que cette vie soit pour elle, elle a même encore le souhait de travailler, mais elle se dit qu'une vie meilleure, parce que plus simple, l'attend dans leur nouvel appartement.
Et c'est là que la voix off entre en jeu. Elle est importante cette voix off parce qu'elle est l'un des deux héritages majeurs du pilote de Desperate Housewives, que la prod de Namae wo kNaushita Megami a de toute évidence étudié avec intérêt. Je ne suis pas en train de vous dire, toutefois, qu'on assiste ici à une ressucée. Je crois plutôt que, de la même façon que Borgen a étudié A la Maison Blanche, et que Koselig Med Peis a étudié Six Feet Under, pour affiner leur rendu respectif, Namae wo Nakushita Megami a pioché dans le pilote de Desperate Housewives quelques idées sous-exploitées et a décidé d'en faire bon usage.

A la façon d'Utsukushii Rinjin, c'est du statut social de la mère au foyer dont va finalement parler la série, sous couvert de rebondissements provoqués par les aspects thriller, là aussi.
Car l'héroïne, Yuuko, s'apprête à découvrir qu'autour de la classe de maternelle de son fils, il existe une sorte de société secrète constituée par l'élite des mamans de la classe, et qu'une fois qu'on approche ce club très fermé, on n'en sort pas indemne. Apprenant à ses dépens qu'on n'éduque pas un enfant pour le rendre heureux, mais pour s'attirer l'admiration et la reconnaissance sociale de ses pairs, Yuuko va vite déchanter sur le monde si paisible qu'elle pensait intégrer en quittant le monde professionnel.

Car elle a raison, Yuuko : quand on pousse trop son enfant, c'est plus souvent une question d'ego que d'autre chose. Et derrière les sourires de façade et les après-midi passés à un thé à la main, toutes ces mamans ne rêvent que d'une chose, exister aux yeux des autres mères. Quoi qu'il faille faire pour cela.
Les personnages que rencontre Yuuko ont ainsi chacune leur envie de paraitre, leur image soigneusement pensée et affinée, jusqu'à la caricature de soi-même, même s'il fallait en crever de chagrin une fois seule. Torture infligée au nom des applaudissements qu'on attend de la part d'une communauté de gonzesses dont on sait très bien que, une fois le dos tourné, elles se lâcheront sur votre compte comme vous l'avez fait sur le leur, mais qu'importe. Pourvu de recevoir des félicitations par devant, qui se soucie de ce qui se dit par derrière...

Adieu le monde convivial d'Utsukushii Rinjin, ici c'est le nid de serpent. Et Yuuko, qui n'est pas une oie blanche mais qui ne pense pas à mal, va certainement s'offrir encore de belles déconvenues d'ici le final. Elle n'est pas assez méfiante, ça se sent. Et les alliées qu'elle pense trouver au sein de ce groupe, on le devine, ont certainement des intentions cachées, elles les cachent simplement mieux que d'autres qui paraissent plus antipathiques à Yuuko.
Pourtant, les mères qui semblent les plus vicieuses à l'égard de Yuuko sont aussi celles qui ont, certainement, le plus de souffrances inexprimées. En reine des abeilles, Reina Motomiya est par exemple parfaite en apparence, avec cette façon qui semble toute japonaise d'humilier les gens en restant la plus polie du monde, et pourtant c'est aussi le personnage le plus touchant du groupe. Il y a là les bases pour une exploration glaciale de plusieurs questions, et on sent d'ailleurs dés le pilote que la série va s'y engouffrer sans tabou, comme en témoigne le message que laisse Reina sur internet, le seul endroit de la planète où elle peut être anonyme, donc où elle peut cesser de faire semblant.

Eh oui, ce que dit Namae wo Nakushita Megami, et c'est la première fois que c'est aussi criant dans un dorama que je vois, c'est aussi que le rêve doré de la maman qui prend soin de son enfant et qui est heureuse ainsi, il a vécu. L'illusion tombe en lambeaux pendant tout l'épisode, et plus particulièrement à la fin du pilote, où il se prend une bonne claque. C'est même violent pour le spectateur, parce que même si on se doutait qu'il se passait des choses pas très claires, on n'aurait pas imaginé que l'héritage de Desperate Housewives soit aussi celui-là.

Cependant, le dorama Namae wo Nakushita Megami n'est pas exempt de défauts, à ce stade. La réalisation, notamment, pose problème : on sent une volonté d'essayer de sortir des poncifs du genre, de trouver un rythme et une réalisation nerveuse mais permettant aux échanges de garder leur rythme lent, mais les effets semblent plus surchargés qu'autre chose, c'est notamment visible à la toute fin du pilote où il y a lâchage sur les plans tournés dans tous les sens et les effets de filtres. Ca partait d'une bonne intention, mais après tout s'il y a bien quelque chose à retenir de Namae wo Nakushita Megami, sur la forme comme sur le fond, c'est qu'il faut se méfier des bonnes intentions. Ponctuellement, la réalisation en fait donc trop et c'est très dommage, car la plupart du temps ça reste tout de même très correct.
Et puis, il y a encore et toujours le rôle du mâle. Si on me disait que Fuji TV ne s'attend pas à ce que la série soit regardée par un seul père, je ne serais pas plus choquée que ça. Là encore, comme dans Utsukushii Rinjin, les pères sont trop loin, trop déconnectés de ce qui se passe dans la vie de leur épouse. ils sont soit des dangers potentiels, soit des gens extérieurs aux préoccupations des mères et ne comprennent rien à rien. Même si d'une certaine façon je conçois que ce soit aussi une réalité, j'aimerais que se développe une relation moins caricaturale dans les prochains épisodes, et il ya suffisamment de couples pour qu'au moins un me donne satisfaction à un moment ou à un autre. Même celui de Yuuko est à ce stade trop caricatural.

Mais je l'ai dit, Namae wo Nakushita Megami, parce qu'elle a décidé de ne pas faire de quartiers, et parce qu'elle fait preuve d'une certaine ambition, montre qu'elle a du potentiel. Je serai donc devant ce printemps, et ne saurais que trop vous conseiller d'en faire autant si vous voulez voir de gentilles maman se planter quelques poignards dans le dos.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Namae wo Nakushita Megami de SeriesLive.

13 mai 2011

Guide de survie à l'usage du téléphage aventureux

Ami téléphage, tu es perdu. Nan mais je le sens bien, tu peux me le dire à moi. Tu es perdu parce que tu voudrais bien mais enfin quand même des fois tu peux point. C'est un sentiment que tout téléphage a connu à un moment donné, que ce soit parce qu'il est éperdument tombé sous le charme d'une série impossible à trouver en cagoule ni DVD, parce que son coup de coeur du moment s'est fait annuler, ou encore parce que la CW est toujours à l'antenne. D'ailleurs, parfois, ce sentiment s'accompagne d'un profond désespoir. Et c'est normal.

Ami téléphage, tu viens me lire tous les vendredis et tu ne sais toujours pas comment diable on peut voir la moitié des séries dont je te parle. Et des fois, on va être honnêtes, tu te demandes si je les invente pas un peu, quand même, ces titres pas possibles. Heureusement que j'ai pris l'habitude de mettre des photos parce que franchement c'est à se demander.
Ami téléphage, tu es bien tombé. Aujourd'hui, mon projet de post est tombé à l'eau devant le génie qu'a déployé Livia à mieux parler du pilote de Borgen que je ne le ferai jamais, et de fait, j'ai un peu de temps pour t'apprendre deux ou trois combines.

Et pendant que j'y pense, ami téléphage, tu devrais sans doute mettre cette page dans tes favoris, ou t'en faire tatouer l'url quelque part. Je dis ça, c'est pour ton bien.

Alors comme ça, ami téléphage, on veut cagouler des séries qui ont 1% de chances de passer un jour sur nos chaînes françaises ? Je ne te jetterai pas la pierre. Je dirais même que si yen a plusieurs des comme toi, et surtout, qu'après tu en parles autour de toi, eh bah ça fait du buzz et les séries finissent par arriver en France. Enfin, on est en droit d'espérer que ça finisse comme dans un joli conte de fées téléphagique, disons.
Alors voilà quelques combines pour réussir à cagouler sans trop de problèmes à peu près n'importe quelle série de la planète sauf en Afrique du Sud partant du principe que pour ce qui est anglophone, normalement, tu maîtrises les bases.

1 - Il te faut un titre

Déjà. Ami téléphage aventureux, ce que tu veux faire c'est très bien, mais c'est comme se lancer dans une expédition sur l'Anapurna : tout ça c'est bien gentil mais tu n'y vas pas les mains dans les poches après avoir été acheter ta baguette de pain, sur un coup de tête. Non, une aventure, ça se prépare un minimum. Que Google ou autre soit ton ami, il y a très peu de chance pour qu'il t'aime au point de te dégoter une série philippine simplement parce que tu as tapé "série philippine téléchargement". Evidemment ya des exceptions mais si tu commences à compter sur les exceptions, t'es pas rendu, mon pauvre ami téléphage.

Parce que, comme tu t'en doutes, ami téléphage, quand tu cherches une série dans une autre langue, bah faut pratiquer cette autre langue. Ca peut paraitre évident mais ça ne l'est pas pour tout le monde ! Alors comme ça, c'est clair.

Donc pour avoir des pistes, une idée comme une autre c'est d'aller du côté de Séries du Monde (oui nan mais je vais pas t'orienter sur la concurrence, en plus tu vas voir pourquoi), et d'aller y grapiller des titres qui tentent. Ce qu'il y a de bien sur Séries du Monde, comparé à pas mal de sites de la concurrence, c'est que les fiches y sont faites avec amuuuuur, que quelqu'un de bien intentionné à ton égard, ami téléphage, y a écrit des résumés et des synopsis et des machins, et que souvent, ya des news. C'est un peu le but du machin je te l'accorde. Mais donc plutôt que de miser sur la gueule du titre, tu peux essayer de voir de quoi que ça cause. Ce qui est pas mal quand on est aventureux mais pas trop, si tu veux.

Mais quand même, ce qui reste vital, c'est qu'outre un titre à peu près prononçable (nan mais j'ai dit à peu près, quoi... pis bon un jour je te ferai un cour sur la prononciation de quelques titres dans le monde, c'est toujours fun), tu as aussi systématiquement le titre original (à l'exception de quelques séries en hindi où là, vraiment, je sèche, sauf si quelqu'un m'apprend comment on fait un copier/coller d'un texte à partir d'une image), et que c'est de CE titre-là dont tu as en réalité besoin, ami téléphage, si tu te cherches une cagoule.

Donc il te faut un titre. Vas-y, pioches-en un, tu feras le test en même temps. Nan celui d'à côté si ça te fait rien, celui-là ça va être trop coton. Voilà, parfait. Ah super en plus, j'ai adoré le pilote. Donc ami téléphage, on passe à la suite...

2 - Il te faut des mots-clé

Alors pardon mais là, ami téléphage aventureux, ce que je te donne, c'est juste un peu les clés du royaume. Une fois que tu as ça, je deviens inutile. C'est dire à quel point je garde pas jalousement mes secrets de fabrication.

Donc pour pouvoir aller à la pêche à la cagoule, il te faut d'une part le titre de la série... et de quoi faire le tri dans les trois millions de résultats qui en découlent quand tu le passes dans un moteur de recherche, oui même avec des guillemets pour faire ça proprement. Ya une technique, qui vaut ce qu'elle vaut, et qui consiste à simplement indiquer 1x01 ou s01e01 derrière ton titre et à prier très fort. Des fois ça marche. Des fois on a un virus. Testé et désapprouvé.

Alors en complément de cette option, voici les clés du royaume. Le tableau ci-dessous, qui n'est certes pas exhaustif m'enfin tu vas ptet arrêter de te plaindre quand je te file des trucs gratos, te permet de mettre derrière le titre de la série les mots qui vont faire des merveilles.

Pays Episode Saison Série
Espagne Capitulo Temporada Serie
Allemagne Folge
(pluriel : Folgen)
Staffel
(pluriel : Staffeln)
Serie
(pluriel : Serien)
Italie Episodo
(pluriel : episodi)
Stagione
(pluriel : stagioni)
Serie
Danemark Afsnit Sæson TV-serie
Suède Avsnitt Saesong TV-serie
Japon Kai
Season
シー ズン
Dorama
ドラマ
Corée Episode
에피소드
Season
시즌
Deurama
드라마
Turquie Bölüm Sezon Dizi
Russie Эпизод Сезон Сериал
Serbie Epizoda Sezona TV Serija
Grèce Επεισόδιο Περίοδοι Σειρά

Bon, vu l'ampleur des communautés anglophones voire francophones pour les séries asiatiques, il y a des termes dont tu ne te serviras pas tous les matins, ami téléphage, m'enfin, ça peut pas nuire de s'éduquer un peu, quoi.

A partir de là tu peux décider de lire la fin de ce post, ou disparaitre dans les méandres d'internet et ne plus jamais revenir me voir, considérant que je n'ai plus rien à t'apporter, ami téléphage. C'est un peu dommage pour nous deux mais c'est ton droit le plus strict.
Quelque part j'ai fait ce que je pouvais pour te faire grandir, comme un petit oiseau que j'aurais couvé avant de le voir s'envoler au-delà du nid téléphagique... Allez, bonne chance !
Nan attends, reste quand même un peu, tu prendras bien un dernier ver ?

3 - Il te faut des repères

Parce que des fois le grand internet ça va bien non mais, il reste quand même quelques astuces pour trouver des cagoules. Et puisque pour ça, rien ne remplace le bouche à oreille, je me suis dit que j'allais quand même t'en dire un mot, ami téléphagique. Amène tes esgourdes.

Ainsi donc, côté cagoulage direct, pour les séries espagnoles (et même quelques autres séries en Espagnol, mais venues d'Amérique du Sud), tu peux compter sur l'incontournable SeriesYonkis. Du jour où je l'ai trouvé je l'ai plus jamais lâché, celui-là. En Allemagne, mais par contre c'est moins facile d'y trouver des trucs épatants parce que la navigation est aussi pourrie qu'une chanson de Lady Gaga, il y a Serienjunkies (pas celui-là, un autre). Alors tu feras juste attention, primo ya des postérieurs pour payer l'hébergement, et deuzio ya des mots de passe, hein. Mais si t'es débrouillard tu peux même y dégoter des séries islandaises (merci Wax d'ailleurs) ; le pilote était pas trop mal puisqu'on en parle. Pour les séries israéliennes, ya un blog pas mal si on sait ce qu'on cherche, qui s'appelle (ah alors attention, le nom est trompeur) World Release. J'y ai dégoté le pilote de Pilpelim Zehubim, on en reparlera.

Pis du côté des trackers, pour l'Asie ya évidemment l'incontournable d-addicts, pour l'Irlande même si ya pas grand'chose en séries, c'est pas mal de glisser un oeil du côté de irishbitz, c'est là que j'avais dégoté Love/Hate dont on parlera sur SeriesLive dans quelques heures, et pis tu vas pas me croire mais tout simplement, dans la baie des pirates, ya plein de séries scandinaves.

Alors après, oui, c'est sans sous-titres, hein, mais bon, j'ai jamais prétendu avoir la science infuse. Je te trouve hyper exigeant, ami téléphage, pour quelqu'un à qui je viens de remettre les clés du royaume. Eh bah je te voyais pas comme ça, en fait.

Bon si tu veux du sous-titres, ya des séries d'un peu partout en streaming (une fois n'est pas coutume) sur Viki, tu peux même trier par pays et tu verras qu'en fait yen a quand même beaucoup d'asiatiques, une belle panoplie de séries philippines... mais pas seulement (tu pourras par exemple mater des épisodes de Maia Preskrasnaia Niania).

KoseligMedPeisSijeveux
Et je mets une photo et un lien de Koselig Med Peis si je veux, en plus les Gullruten c'est ce soir.

Ami téléphage, pour finir, et puisque tu es encore là, tu seras pas resté pour rien, saches que je mets aux enchères 3 invitations pour un tracker avec rien que des cagoules australiennes et néo-zélandaises.
Les modalités de jeu sont ultra-simples, tu vas voir : il faut aller sur le post de Paper Giants et faire, dans les commentaires, une critique de la série d'au moins 10 lignes (ou : mettre le lien vers une critique de la série que tu aurais rédigée sur ton propre blog, mais toujours dans la mesure où elle fait au moins 10 lignes), et à partir de là, c'est premier arrivé, premier servi. Enfin, pour les 3 premiers d'entre vous, quoi.
Date limite de participation : vendredi prochain. Pense juste à bien mentionner ton email quand tu postes ton commentaire, ce serait ballot.

En plus franchement, cagouler deux épisodes d'une mini-série autralienne, ça ne nécessite même pas d'avoir appris tout ce que je t'ai expliqué aujourd'hui. C'est cadeau, moi je dis.

20 septembre 2010

C'est bon d'avoir le choix

Dans les mois à venir, j'envisage de déménager. Je ne sais pas encore où mais, quand je rentre chez moi et que le perron de mon immeuble est jonché de cadavres de bouteilles, j'en ressens l'impérieuse nécessité. Je ne sais pas encore où, mais je commence à me demander comment. Après 5 années passées dans cet appart, je réalise que la capacité d'entassement des DVD et des VHS a pris des proportions effrayantes.
Ce soir, dans mon train (le 3e, celui qui m'amène réellement dans ma ville... je vous ai dit que j'envisageais de déménager ?), claquée comme c'est pas permis et tentant de lutter contre le sommeil, un combat que j'ai tout de même fini par perdre d'ailleurs, j'ai commencé à fantasmer à l'idée d'embaucher pour cela des déménageurs.

Sérieusement, c'est un filon : une société de déménageurs spécialisés dans le déménagement des téléphages. Ils viendraient chez vous, trieraient vos VHS, rangeraient vos DVD dans le bon étui (oh, ça va hein, on me la fait pas à moi, vous n'avez jamais trouvé la saison 1 de The Practice dans le coffret de la saison 3 Babylon 5, peut-être ? Moi non plus : j'ai pas la saison 3 ; mais on sait tous que ce genre de choses se produit), ils vous mettraient tout ça dans des petits cartons au format parfaitement adapté, emmèneraient les cartons dans votre nouvel appart, et vous rentreriez du boulot, le soir, comme une fleur, et trouveriez votre telephage-o-thèque impeccablement rangée comme si vous-même y aviez passé tout un samedi.

Tout ça c'est bien joli mais un problème se pose. Un problème plus grave encore que l'absence cruelle de cartons aux mensurations impeccables pour contenir des coffrets DVD (car vous l'aurez remarqué, il y a toujours un espace de quelques centimètres carrés absolument impossible à remplir, qui fait que vous allez entendre pendant toute la durée du déménagement les coffrets DVD bouger dans leur boîte, et que, la peur au ventre, vous allez vous imaginer devoir racheter le coffret collector Oz qui a coûté un bras).
Ce problème, c'est LA HONTE.
Réfléchissez : si ce sont des experts en déménagement téléphagique, en tout état de cause, ils connaissent leur boulot. Et que vont donc penser les déménageurs lorsqu'ils verront, je sais pas moi... que j'ai sur VHS l'intégrale de la première saison de Washington Police, amoureusement enregistrée sur France 2 à l'époque ?
D'ailleurs qu'est-ce qu'elle fait là, cette saison de Washington Police ? Comment je me suis retrouvée avec une merde pareille dans ma telephage-o-thèque ? Et toute la saison en plus ? Nan mais manquerait plus de trouver la première saison de 7 à la m-... eh merde.

WashingtonPolice

J'y repensais hier, en fait, quand je vous ai parlé de choix : aujourd'hui j'ai la sensation de mieux choisir les séries que je regarde, parce que j'ai la sensation d'avoir une vue d'ensemble de ce qui existe.
Et j'ai justement repensé à toutes les séries que je regardais quand je n'avais pas le choix. A l'époque où j'ai enregistré ces fameux épisodes de Washington Police, je n'avais pas le choix, je regardais ce qui passait, parce que je n'avais pas le câble ni le satellite, parce que je n'avais même pas d'ordinateur pour tenter une cagoule, ni rien. Je m'étais attachée à cette série et je suis incapable de vous dire pourquoi aujourd'hui. Sitôt sa diffusion interrompue, je l'ai oubliée instantanément, et ça fait des années que je n'en ai pas revu le moindre épisode, que l'idée ne m'a même pas effleurée.
Alors pourquoi ? Qu'avait donc cette série, sinon le mérite d'être là ?

Eh bien c'était ça, uniquement ça, le fait qu'elle était disponible par le seul moyen que je connaissais. Dieu merci ! Dieu merci j'ai aussi eu la chance de croiser le chemin d'excellentes séries ! Sinon aujourd'hui, peut-être que j'en serais réduite à idolâtrer chaque semaine NCIS, convaincue qu'il s'agit de la meilleure série au monde ! (bon ok, c'était un tacle gratuit)

Instinctivement, je jette un œil à ma telephage-o-thèque et je me dis : mais la vache, j'avais des goûts pourris ! Mais en fait ce n'étaient pas mes goûts. J'avais juste faim de séries et je faisais avec ce que je trouvais. C'était le marasme, et si je n'avais pas commencé à cagouler, je n'en serais pas sortie, voyons les choses en face. J'aurais découvert une fois de temps en temps des séries bluffantes, mais d'une façon générale, je n'aurais jamais vraiment profité de l'offre télévisuelle. J'aurais pris ce qu'on me donnait.
Fort à parier que je n'aurais jamais été une téléphage, mais juste une télambda. Rien de honteux à cela.

Mais combien j'aurais raté !

PS : pas de post sur Boardwalk Empire ce soir. Vous voulez vraiment que je me lance dans cette série alors que je suis dans un état pareil ? Après tout le ramdam qu'on en a fait ces derniers mois, que je regarde la série alors que je suis au bord de l'évanouissement ? C'est bien ce qu'il me semblait.

16 juillet 2010

Est-ce que j'ai ronflé...?

RizzoliIsles

Pfff... Cet été, j'essaye de me motiver, mais j'ai du mal. J'ai l'impression qu'entre Rizzoli & Isles, Memphis Beat, The Glades... les chaînes se sont donné le mot pour vraiment faire le minimum. C'est pas que les séries soient mauvaises, c'est qu'il y a un tel air de déjà vu !

Rizzoli & Isles repose sur un certain nombre de poncifs usés jusqu'à la corde, qu'on attendrait d'habitude d'une série de network. Mais maintenant, même le câble cherche à s'adresser au plus petit dénominateur commun...
Nous voilà donc avec, sur les bras, un tandem d'enquêtrices diamétralement opposées, l'une est une fliquette (aaaah, les fliquettes, on en aura bouffé ces dernières années ; eh bah c'est pas encore fini) au caractère bien trempé, un peu dure à cuire et pas très raffinée, et l'autre est une scientifique (aaaah, les scientifiques, on en aura bouffé ces dernières années ; eh bah c'est pas encore fini) au tempérament plutôt doux, toujours sage et tirée à quatre épingles.
Et plutôt que de se creuser pour leur trouver un contexte un peu original, leurs enquêtes s'annoncent comme particulièrement classiques. Dans le pilote, il s'agit de mettre la main sur un serial killer également un nécrophile. Certes, c'est pas spécialement le truc qu'on voit tous les jours, mais néanmoins on a l'impression d'en avoir un peu fait le tour.

L'enjeu du pilote est de nous montrer à quel point Rizzoli s'est construite autour de sa première rencontre avec le criminel, et il y a eu un moment, rapide mais bien réel, pendant lequel j'ai pensé que peut-être, la gestion à la fois de cette enquête revenue sur le tapis et du traumatisme, seraient l'objet de toute la série. Attention, spoiler après la virgule, mais non, le gaillard sera mis hors d'état de nuire à la fin du pilote. Dommage, ça nous aurait permis de trouver quelque chose d'un peu différent de l'habituel procedural.

Quelques petits échanges vaguement pétillants, un love interest inséré vite fait dans l'épisode, une famille qui peine à s'imposer comme un vrai piment mais pourtant voulue telle, des collègues qui sont en permanence éclipsés par le duo (alors que l'ancien partenaire et le partenaire actuel ont tous les deux des éléments a priori intéressants dans leur relation avec Rizzoli)... c'est affligeant. Il ne manque vraiment que le patron bourru pour que le tableau soit complet.

Si au moins Rizzoli & Isles avait été une série avec au moins UN élément original... je sais pas... disons, une série où les deux héroïnes sont lesbiennes, par exemple... on aurait pardonné le reste (comme pour Nikki & Nora), mais même pas.
Heureusement que j'ai été charmée par Huge et Louie pendant cette saison estivale, sinon, franchement, je serais horriblement négative. Oui, plus que je ne le suis actuellement. Et encore, il va falloir que je vous parle de Haven, aussi... Non, ça me déprime trop, remettons ça à un prochain post, ok ?

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Rizzoli & Isles de SeriesLive.

11 septembre 2008

La Meglodie du bonheur

En cette rentrée télévisuelle, tout le monde vous parle de True Blood, Fringe ou 90210. Il parait que ce sont les séries les plus attendues (et comme tout bon commercial le sait : la demande, ça se crée) de la saison, en-dehors de Dollhouse qui arrivera plus tard. Bah, moi, comme série de la rentrée, j'attendais notamment Privileged. C'est comme ça.
Et je ne l'attendais pas simplement parce qu'en ce moment, je m'envoie trois épisodes de Reba par jour et que l'actrice Joanna Garcia avait obtenu le rôle principal de Privileged. C'est sûr que ça ne gâche rien mais ça ne se limitait pas à ça. Non, c'est juste que je me suis dit qu'on aurait peut-être droit à, enfin, un peu de maltraitance sur tous ces gamins riches qui pullulent à la télé en ce moment. Qu'on allait mater tous ces petits péteux et les remettre à leur place d'ados pas finis.

Je ressors de ce pilote avec une vision beaucoup moins tranchée du sujet. Pas vraiment refroidie, mais pas complètement extatique non plus. Et, comme j'ai pitié de vos bourriques virtuelles qui doivent avoir les paniers pleins de True Blood, Fringe ou 90210, justement, bah je vous en parle en rubrique La preuve par trois, comme ça vous n'aurez pas d'excuse pour ne pas avoir jeté un œil à cette série dont assez peu de monde a parlé. Si vous n'avez pas encore compris l'astuce de cette rubrique, j'ai un email, ok ? Allez, on y va.

Privileged_1
Première impression : bonne. L'intro était gentille et picotait un peu, ce n'était pas extraordinaire mais ça faisait une entrée en matière honnête. Seconde impression : excellente !!! Debi Mazar et Joanna Garcia dans la même scène ?! Faites entrer Fran Drescher et je suis une téléphage comblée ! Troisième impression : mais au fait, Debi et Joanna ont-elles vraiment tourné cette scène ensemble ? Regardez la façon dont c'est filmé : à aucun moment il n'y a de vraie scène avec ces deux-là. Comme si Debi avait été obtenue au dernier moment (en fait ce n'est probablement pas le cas, toutes les scènes de ce type sont, dans le pilote, filmées de cette façon scolaire, c'est même un peu irritant à la longue). Et puis quel est ce personnage horriblement larmoyant qu'est devenue Megan subitement, elle qui semblait si intelligente et sympa dans la première scène ? J'attendais un personnage sûr de lui, pas misérable et maladroit !
C'est en voyant cette scène affligeante que j'ai compris que Privileged n'allait pas juste être la bonne partie de rigolade que je m'étais imaginée. Mais notez que ça ne m'a pas découragée pour autant, ce n'est donc pas tragique.

Privileged_2
Et c'est là, un peu avant la 9e minute, qu'est arrivé mon premier fou-rire. Déjà la chambre des filles est au-delà du descriptible, kitschissime comme dans mes cauchemars les plus fous, mais en plus, que Sage tire au taser, avec son bandeau sur les yeux, pour se rendormir pendant que Meg agonise sur le tapis angora, c'était divin. On sent d'ailleurs très bien, dés ce pilote, qu'on tient avec les frangines un duo bien pensé : j'ai trouvé Rose délicieuse, et Sage formidablement vénéneuse, et pour autant, ça ne les empêche pas d'être très dépendantes l'une de l'autre et d'avoir une relation intéressante. A ce titre, deux scènes-clés : quand Megan et Rose discutent de la fac, et quand Sage vient épingler Megan avec son sourire de pire garce de l'année (dans une scène qui a vraisemblablement été refaite si on en croit le trailer). Chacune des deux le fait pour une bonne raison, et la raison, c'est la relation entre les deux sœurs. Ce pourrait être intéressant de voir comment les deux vont évoluer, à la fois ensemble et séparément.

Privileged_3
Le rôle d'Anne Archer semblait de prime abord purement anecdotique, un peu comme celui de Debi Mazar, à ceci près que c'est quand même Anne Archer et qu'on ne va pas la sous-employer, ce ne serait pas rentable vu qu'on a réussi à la booker, probablement à prix d'or, à la dernière minute (cf. trailer). Et puis, comme la majorité des personnages de la série, on s'aperçoit assez rapidement qu'elle est plus intelligente qu'il n'y parait. Et j'ai beaucoup aimé cette scène pendant laquelle Laurel et Megan semblent commencer à tisser un lien grâce à ce qui les unit : leur souhait de faire ce qu'il y a de mieux pour les deux sœurs, autant que possible. D'une façon générale et à l'exception notable de deux des personnages masculins (avec en tête, Marco le quota coloré, cuisinier de son état qui, comble du cliché, est forcément gay, sinon c'est pas drôle), tout le monde s'avère bien moins simpliste qu'on ne l'aurait pensé au départ. A commencer par Megan, qui se montre sous un jour moins optimiste lors d'une discussion sur la plage, puis ferme avec Sage Baker alors qu'on aurait juré qu'elle se laisserait impressionner. Il y a aussi les deux frangines, qui en dépit d'une superficialité affichée, et même revendiquée, sont toutes les deux très futées, Rose étant plus sensible mais aussi d'un tempérament curieux et ouvert, et Sage ayant ce type d'intelligence qui fait qu'on n'a pas envie de se la mettre à dos. Laurel, elle aussi, bien qu'elle clame n'accorder d'importance qu'aux apparences (et Megan en a pris bonne note : serait-elle également un peu vicieuse, notre petite prof ?), parvient à se montrer sous un jour complexe. Bref, c'est pas pour rien que Privileged n'est pas une comédie de 20mn : la série, sous ses dehors badins, a vraiment la possibilité d'offrir de bons personnages et peut-être même de bonnes intrigues.

Disons que je suis contente à 80% de ce que j'ai vu, ce qui n'est déjà pas si mal. Vous me direz où vous vous situez ; mais vu que vous attendiez probablement moins que moi de ce pilote, votre appréciation sera probablement plus clémente, non ?

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Privileged de SeriesLive.
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10 décembre 2012

Agent zéro zéro

Ah, une petite vieillerie, ça faisait longtemps !
Puisqu'en ce moment je suis à fond dans les séries d'espionnage, j'en ai profité pour tenter le pilote de Get Smart, qui se situe plutôt du côté des comédies. Etant donné que les dramas sérieux sont généralement la norme sitôt qu'on parle d'espions et d'agents secrets (seule la notable exception de la pétillante The War Next Door me vient à l'esprit, et je n'avais pas encore testé Karei Naru Spy), un peu de changement m'a fait le plus grand bien après Covert Affairs ou Hunted.

La première chose qui m'a surprise... c'est le format. Allez savoir pourquoi, je m'étais convaincue que les épisodes de Get Smart duraient plutôt dans les 45 minutes. De toute évidence, j'avais oublié que les années 60 étaient beaucoup moins flexibles sur les questions de format, par rapport à aujourd'hui, où les dramédies sont venues brouiller les lignes. A cette époque, une comédie faisait presque toujours 25 minutes, à prendre ou à laisser. C'est dommage, j'en étais presque déçue en fait ; j'aurais apprécié volontiers un épisode plus long.

Mais revenons aux fondamentaux. Get Smart narre les aventures de Maxwell Smart, un espion répodant au nom de code 86. Il est considéré, pour des raisons qui échappent au commun des mortels, et au spectateurs aussitôt 2 minutes d'épisode révolues, comme l'une des valeurs sûres de son agence appelée CONTROL, ce qui aurait tendance à jeter un lourd discrédit sur celle-ci, si vous voulez mon avis.
L'ennemi juré de Smart, c'est la terrible organisation KAOS, une sorte de ligue de superméchants si j'ai bien compris. Mais en réalité, cela importe peu : les aspects mythologiques sont assez inutiles dans le contexte d'une comédie.

GetSmart

Dans le pilote, voici donc Smart envoyé sur une nouvelle mission : un savant a été kidnappé, et la formidable machine destructrice qu'il avait inventée a été dérobée. A charge pour Smart de rétablir l'ordre dans le chaos (ah ah) qui pourrait résulter de ce mauvais coup de KAOS, et de sauver le scientifique par tous les moyens. Pendant tout l'épisode, en réalité, le mystère sera absent. Qui a permis à KAOS de pénétrer le laboratoire du savant ? On le saura en quelques secondes alors que le complice de KAOS lancera des oeillades appuyées et machiavéliques à la camera sitôt Smart le dos tourné. Mais dans le contexte de Get Smart, on s'en fiche ! Cela ne fait que souligner l'incompétence pathologique de Smart.

Soyons honnêtes, Maxwell Smart n'est pas simplement un gros nul (c'est comme ça qu'il parvient à être attachant). Comme beaucoup de héros de son temps, il est aussi profondément naïf et fondamentalement malchanceux. Par exemple, quelles étaient les chances que la phrase secrète qu'on lui a donnée afin de reconnaître l'agent 99 dans un lieu public, soit précisément celle qui fait les gros titres des journaux ce jour-là ? Bon, alors disons que la poisse n'arrange rien. Car peu de personnages de séries méritent moins leur patronyme que Smart, vous allez le voir.
Heureusement, il peut compter pendant cette mission sur deux autres agents, un qu'il connaît et avec lequel il a justement demandé à retravailler, l'agent K-13, qui accessoirement est un chien, et la fameuse agent 99. Dont Smart va réaliser à peu près à mi-épisode qu'elle est une femme. Je vous le disais, ce n'est pas une flèche. C'est l'agent 99 qui a l'esprit suffisamment vif pour conduire la mission (et l'agent K-13 pour lui sauver la vie), et qui va orienter Smart dans la bonne direction.
Du côté de la dynamique entre les personnages, ma déception vient en réalité de 99, de la part de laquelle j'attendais un peu plus. Elle est visiblement supposée être plus maligne et plus débrouillarde que Max Smart, mais, peut-être parce que ce ne sont que les années 60 (quoique, c'est l'époque de Chapeau Melon et Bottes de Cuir), ou peut-être parce qu'il ne s'agit que du pilote, elle n'en est pas au point où elle est assez mise en avant. Je m'attendais à ce qu'à plusieurs reprises, ce soit elle qui se porte au secours de son coéquipier, mais elle est quand même là dans le rôle du faire-valoir.

Le plus ennuyeux vient probablement des rires enregistrés ; plus que l'image en noir et blanc, ou que le type d'humour de la série, c'est ce qui rend la série moins appréciable pour le spectateur moderne (en l'occurrence une spectatrice qui pourtant, n'a pas de problème pour regarder une série un peu ancienne). Get Smart vieillit assez mal de ce point de vue, et c'est dommage car sur le reste, l'épisode reste plaisant, et j'ai même rie deux ou trois fois à voix haute, ce qui n'arrive pas si souvent. Même les gags un rien prévisibles pourraient fonctionner un peu mieux sans ces rires qui donnent l'impression de regarder le gentillet Ma Sorcière Bien-Aimée.
Le fait que Get Smart donne, au stade de son pilote, tous les signes de la série absolument pas feuilletonnante (l'époque veut aussi ça, je vous l'accorde), n'est pas très rassurant sur les capacités de la série à s'améliorer sur certains aspects. Quel besoin d'améliorer le personnage de 99, par exemple, si d'épisode en épisode on peut reprendre la même formule encore et encore ?

Pour culture téléphagique, il me semblait important, dans ma période "séries d'espionnage", de regarder Get Smart. Mais ce n'est pas une série que son pilote m'encourage à regarder ensuite. Il y a des séries parmi ses contemporaines qui méritent bien plus qu'on leur consacre du temps. Cependant, j'ai passé un bon moment, et si vous avez une petite demi-heure à tuer, je recommande de tout de même tenter le coup.

Et au fait, quelqu'un a vu le film avec Carell et Hathaway ? Ca vaut quoi ? Je crains le pire...

7 décembre 2012

Une série sachant chasser...

Des pilotes, quand il n'y en a plus, il y en a encore. L'avantage d'avoir traîné les pieds pour quelques uns des pilotes de la rentrée (qu'il s'agisse de les reviewer ou carrément de les regarder), c'est qu'au moins, je suis certaine de ne jamais être à court de pilotes même en plein mois de décembre. Who am I kidding ? Je trouve des pilotes toute l'année ! Mais dans le cadre de notre défi, avec whisperintherain, je sais pas, ça donne une dimension à part que de savoir que j'ai encore des pilotes récents sous le coude.
Mon camarade, n'en doutons pas un instant, devrait prochainement parler lui aussi de ces pilotes mis entre parenthèses, et au bas de ce post, vous trouverez l'habituel lien vers son blog afin de comparer nos points de vue. Mais pour le moment, il est l'heure pour moi de vous parler de Hunted.

Hunted

Mais d'abord, un petit aparté sur les réseaux sociaux. Il n'est de secret pour personne que j'ai une nette préférence pour Twitter, dont l'activité permanente et excitante me semble correspondre à mes attentes ; pour picorer un maximum d'infos et d'avis au rythme de 100 tweets à la minute, j'aime bien y passer du temps. J'aime aussi y passer juste une tête, quand de temps, je n'ai point. Pendant un petit moment cet automne, ça a été le cas, je fais des apparitions très sporadiques (emploi du temps complexifié oblige), et du coup, j'ai eu le sentiment de tomber sur des fragments très parcellaires de retours sur certaines séries. L'une d'entre elles était Hunted. En gros, j'ai eu l'impression que chaque fois que je venais faire un tour de clic sur Twitter, il y avait quelqu'un pour dire quelque chose du genre de "Pas très convaincant #Hunted". C'était laconique, expéditif, et pas vraiment encourageant.
Et le plus fou, c'est que de petites phrases comme celles-là, vagues, ont un énorme pouvoir sur l'esprit. Pour moi qui n'ai pas toujours (on a pu le voir cette semaine) de passion pour les séries d'espionnage, ça a été radical : j'ai reporté autant que possible le moment où je pourrais me mettre devant le pilote de Hunted.
Bien plus destructeur que la critique assassine : la petite phrase désabusée. Carnassier. C'est bien plus difficile de s'en distancier que du post lapidaire, en fait. J'avais jamais remarqué à quel point.

Alors, puisque cette semaine, tout d'un coup, je me découvre une curiosité pour les séries d'espionnage (ne nous mentons pas, ça m'aide bien aussi pour le boulot ; vous savez, le nouveau), j'ai décidé de me prendre par la main et de tenter Hunted. Et au terme de ce post, je vous le promets : il n'y aura pas de petite phrase vague, que des jugements nets, dont vous pourrez ensuite faire ce que vous voudrez. C'est mon engagement solennel du jour.

Hunted commence sur une affaire assez floue, au coeur de Tanger. Notre héroïne, Sam Hunter (har har har), est en mission d'infiltration auprès de ce qui semble être un malfrat francophone (mais au vu de l'accent, pas convaincue qu'il soit français), et dont l'objectif est de se rapprocher de lui, ce qui naturellement implique une relation charnelle, afin de pouvoir libérer un scientifique qu'il retient en otage pour on ignore quelle raison. La mission se déroule plutôt bien, le scientifique est libéré, mais au moment de prendre le large, la vie privée de Sam la rattrape : elle a en effet une aventure avec un membre de son équipe, Aidan, et tous les deux commencent à caresser l'idée de tout plaquer (et peut-être élever des chèvres dans le Larzac, ils précisent pas), d'autant que Sam a une nouvelle importante à annoncer à Aidan : elle porte leur enfant. Mais juste avant l'heureuse annonce dans un lieu connu seulement d'eux deux, où ils s'étaient donné rendez-vous, des hommes débarquent pour tuer Sam. Elle s'en sortira, mais pas leur enfant...
Un an plus tard, Sam, qui avait totalement disparu de la circulation, refait surface, reprend son ancien job dans l'espionnage, et semble bien décidée à savoir qui a commandité son exécution, et probablement à se venger...

Autant le dire tout de suite : Hunted est extrêmement brouillonne. Et/ou pas adaptée à mon cerveau lent. Mais franchement, le début d'épisode est si peu bavard qu'il m'a fallu un bon quart d'heure avant de connaître le nom de l'héroïne, et pire encore, avant de savoir quel était son boulot. Parce que posons les choses clairement : s'il faut 15mn au spectateur (fusse-t-il une spectatrice qui se traine une bronchite insupportable depuis deux semaines) pour comprendre que Sam Hunter n'est pas espionne pour un pays, mais pour une compagnie privée, on a quand même un soucis. Et j'ajouterai que si je n'avais pas dégainé Wikipedia avant de rédiger mon post, je ne serais même pas capable de donner le nom de cette compagnie privée. Alors à partir de là, il faut bien admettre que l'exposition de Hunted a, comment, dire, quelques légères lacunes.
Ces lacunes sont soulignées, pendant les premières scènes qui ouvrent le pilote, par une totale confusion des objectifs. L'idée est sans doute de nous surprendre à peu près autant que la proie de Sam est surprise lorsqu'elle découvre avoir été piégée, mais très sincèrement, c'est frustrant côté spectateur. La suite du pilote suggère qu'en réalité, cette première mission pourrait trouver des explications et des approfondissements par la suite, mais ce n'est même pas garanti, ça peut tout-à-fait être moi qui extrapole à partir d'une coupure de journaux.
Certes, il est très facile d'expliquer pourquoi l'exposition de Hunted est floue : la série a voulu ne pas tomber dans le piège de la voix-off. Et il faut admettre que d'une façon générale, ça fonctionne bien d'un point de vue esthétique, au sens où, plutôt que de privilégier une explication verbale des évènements ou des objectifs, on tombe dans quelque chose d'assez léché, ponctué à plusieurs reprises de séquences type clip video qui sont du plus bel effet. Mais on voit bien les limites de ces effets quand ils sont mal maîtrisés, et ces limites s'expriment dans l'impression de totale ignorance du spectateur d'une bonne partie des enjeux.

Ca ne rend pas service au pilote de Hunted, donc, et ce de façon double. D'abord, à cause du sentiment de confusion, je l'ai dit. Et ensuite, voire surtout, parce que ce procédé (ou cette non-maîtrise du procédé) a une répercussion perverse sur le mental du spectateur : celui-ci va scruter chaque scène, chaque plan, pour en tirer une substantifique moëlle de contexte. Or, aiguiser l'esprit d'observation et de critique du spectateur le désengage totalement sur un plan émotionnel, pour l'amener à se focaliser sur un aspect plus cérébral du visionnage ; en soi ce n'est pas un tort... sauf quand l'ouverture du pilote, c'est-à-dire le moment absolument critique pendant lequel le spectateur se forge sa première impression, est constituée de plusieurs scènes d'action. Au lieu de laisser l'adrénaline monter, le spectateur, qui était en quête de sens, découvre des mecs qui préfèrent hurler sur l'héroïne libérant l'otage, plutôt que de lui tirer dessus à bout portant, par exemple. Et du coup ça semble horriblement téléphoné.
On ne le dit pas assez, mais écrire un pilote (plus que n'importe quel autre épisode d'une série), c'est de la manipulation mentale. On est supposé anticiper ce qui se passe chez le spectateur pour le faire accrocher à un univers dont il ignorait tout quelques minutes plus tôt. Comment peut-on mener un spectateur par le bout du nez quand on l'oriente dans la mauvaise direction, qu'on l'oblige à réfléchir et analyser, alors qu'on lui fourgue des séquences d'action ? Il y a clairement un gros problème dans la façon dont Hunted envisage de faire passer son message initial sur la série. Je soupçonne que les messages que j'ai attrapé au vol sur Twitter ne soient pas sans rapport avec cette énorme maladresse.

Curieusement, une fois que cette partie à Tanger est révolue, pourtant, le spectateur comme la série semblent trouver leurs marques et fonctionner de façon plus synchronisée. Il y a encore, c'est net, des zones d'ombres (et pas juste parce que l'héroïne elle-même est en quête d'une certaine vérité), mais c'est moins grave, et surtout, la fin de la séquence Tanger s'est conclue sur un ressort si dramatique que le spectateur noue enfin des liens émotionnels avec Sam, et s'embarque avec elle en prenant moins de précautions et de distance. Sincèrement, il aurait fallu commencer par emmener le spectateur sur ce terrain-là dés le début, mais le mal est fait, que voulez-vous.
En perdant son enfant dans la fusillade... hop-hop-hop ! Quoi ? Perdre son enfant, vous dites ? En fait, je n'en suis pas convaincue au terme de ce pilote. Déjà parce que, étant moi-même détentrice d'un utérus, je ne vois pas trop en quoi une perforation de la hanche entraînerait forcément la perte d'un enfant. Et Sam aura beau nous montrer, d'abord son abdomen ensanglanté, puis son épouvantable cicatrice un peu plus tard dans l'épisode, eh bien ça ne veut absolument rien dire. Et surtout, nous avons eu droit à un saut dans le temps d'un an ; il peut s'être passé absolument n'importe quoi. Le fait que Sam se soit vraisemblablement entraînée pendant un an afin d'accomplir sa vengeance ne signifie pas qu'elle n'a pas eu d'enfant. J'aurais même tendance à dire que les troubles psychologiques dont elle fait montre pendant le pilote (cauchemars/flashbacks répétés et mêlés) tendent plutôt à indiquer que le seul deuil de son enfant n'est pas la cause de son état un an après la fusillade. Mais même en ayant ce doute à l'esprit, cette partie du pilote a su plus remporter mon adhésion, tout simplement parce qu'on prend le temps de s'arrêter sur la psychologie du personnage, son tempérament, et en filigrane, son plan, et c'est quand même diablement plus intéressant.

La troisième partie du pilote, une fois que Sam a réintégré son poste dans la fameuse organisation privée Byzantium (je vous le dis comme une évidence, mais rappelons que sans Wikipedia, au bout de 45mn de pilote, je serais toujours incapable de donner le nom de la compagnie qui emploie l'héroïne de la série !), est plus classique. Tout en utilisant les éléments avancés dans les deux parties précédentes, c'est-à-dire l'expérience traumatisante de Sam à Tanger et sa volonté de trouver qui a causé la fusillade qui a failli lui coûter la vie, Hunted revient à une mission d'espionnage plus classique, dans laquelle Sam doit s'infiltrer dans la famille d'un riche criminel. Pour cela, son équipe va feindre l'enlèvement du petit-fils de la cible, faisant de Sam la bonne samaritaine qui le sauve d'un kidnapping imminent ; conformément au plan, Sam est ensuite prise en pitié par le fils de la cible qui l'embauche pour devenir la tutrice de l'enfant (dit comme ça, ça parait effectivement un peu gros, mais quand on regarde l'épisode, ça passe). Sam doit en effet se faire passer pour une jeune veuve qui cherche un travail et une nouvelle vie, ce qui est parfait pour le fils et le petit-fils de la cible qui ont perdu, respectivement, une épouse et une mère. La séquence pendant laquelle les deuils se répondent est relativement bien construite, d'ailleurs, pour que la mission reste imbriquée dans les traumatismes de l'héroïne de Hunted ; mais il manquait peut-être un petit supplément d'âme pour faire verser une larme au spectateur.

Dans le fond, Hunted n'est pas mauvaise. D'un point de vue visuel, elle s'en tire très bien, par exemple ; son intrigue n'est pas trop capillotractée à ce stade non plus (même si on peut aisément imaginer que les choses vont se corser ensuite), si bien qu'on n'a pas l'impression d'être plongé dans un monde surréaliste. Les troubles qui agitent Sam dépassent le simple traumatisme de la fusillade dont elle n'aurait jamais dû réchapper, et ses cauchemars sont assez éloquents sur le nombre de raisons qui peuvent faire d'elle un personnage torturé, et donc dramatiquement intéressant.
Cependant, outre l'exposition floue dont j'ai déjà parlé, Hunted souffre d'un autre soucis : son mutisme obstiné. En cherchant l'effet de style, les passages dénués de dialogues, et les séquences de flashback, la série voudrait paraitre dramatique, mais elle se montre en fait assez imperméable à plusieurs reprises. On aimerait vraiment ressentir la rage, la douleur, ou simplement l'obstination de Sam. Quelle que soit l'émotion qu'on souhaite montrer, il faudrait... la montrer. La rendre tangible (sans jeu de mots). Au lieu de ça, on ne ressent jamais vraiment l'émotion jusqu'au bout, quand bien même l'ensemble fait sens. Il s'en est fallu de peu parce que la réalisation est bonne, l'écriture pas si piteuse que ça (des maladresses ne signifient pas une incapacité totale), et...

Et, eh bien, il y a la question du casting. J'ai toujours eu des sentiments mêlés envers Melissa George. C'est difficile de déterminer, parfois, si notre idée d'un acteur ne découle pas directement de notre idée d'un de ses personnages qui nous a marqués. Dans mon cas, j'ai découvert Melissa George avec Voleurs de Charme et ALIAS (deux rôles d'espionne, au passage), des rôles pas franchement sympathiques, osons le dire, mais pas non plus profondément antipathiques; mais en jouant une "peste" ou une "ennemie", clairement Melissa George n'était pas là pour se faire des copains parmi les spectateurs. Sa prestation dans In Treatment, loin d'être mauvaise ou dépourvue de nuance, m'avait profondément mise mal à l'aise ; c'est assez récurrent dans mon rapport à la série, cependant, donc une fois de plus je n'en avais pas rendu George responsable. Pour finir, son personnage dans The Slap était loin d'être voué à l'adoration du public, mais son interprétation m'en avait semblé solide. Mais si, en fin de compte, je m'étais trompée ? Si Melissa George était en fait bien moins capable de subtilité que je le pensais ?
La question mérite d'être posée car, déshabillée de ses dialogues, Sam Hunter est réduite aux expressions de Melissa George, et... ça ne fonctionne pas. Le courant ne passe pas. On sent bien que ce qui lui arrive est atroce, mais de là à en avoir le coeur serré, il y a un énorme pas à franchir. Et vu que le reste n'est pas systématiquement à blâmer, il faut peut-être envisager la possibilité que ce soit, pour tout ou partie, la faute de l'actrice.

L'avantage de Hunted reste cependant, si j'en crois ce pilote, que la série est bien plus feuilletonnante que la plupart des autres séries du genre, comme justement Covert Affairs dont on parlait plus tôt cette semaine (d'ailleurs j'ai regardé deux épisodes de plus de Covert Affairs, je confirme que ce n'est pas aussi répétitif que je le craignais, mais l'aspect formulaic fait que Covert Affairs ne comptera jamais parmi les séries prioritaires sur ma liste). Si la question de la vengeance n'est pas d'une originalité inouïe, il faut quand même admettre que suffisamment d'éléments sont en place autour de ça pour donner une série assez intéressante à suivre, voire peut-être même passionnante si elle se décoince sur l'aspect adrénaline et/ou émotion. Ce qu'elle ne semble pas en mesure d'accomplir pour le moment n'est pas néncessairement hors de portée pour le futur... Car aux traumatismes d'enfance, à la vengeance, aux peines de coeur (en retournant bosser pour Byzantium, Sam retrouve Aidan), à la mission d'infiltration, il faut encore ajouter des intrigues d'espionnage typiques, comme le fait qu'il y a probablement une fuite au sein de l'équipe (juste une théorie : se pourrait-il que cette fuite boive du lait non-pasteurisé ? Je me comprends) ou simplement les cas de conscience que posent une mission d'infiltration touchant à un enfant au psychisme fragile.
Quand on y réfléchit, Hunted a quand même un diable de potentiel ! Il y a vraiment de quoi faire une série foisonnante, à condition évidemment de ne pas se perdre dans tous ces axes.

Sans aller jusqu'à mollement dire que Hunted n'est "pas très convaincante", il est clair que son pilote a quelques défauts, et non des moindres, mais elle n'a pas non plus les signes avant-coureurs du désastre télévisuel. Je ne sais pas, moi : on me donne le choix entre Hunted et Undercovers, bon, c'est tout vu, quand même ! Et comparé à ALIAS, pour reprendre la thématique de l'héroïne qui fait cavalier seul dans un monde truffé d'espions, Hunted a vraisemblablement bien plus de choses consistantes à raconter d'entrée de jeu.
En mon âme et conscience, je ne peux pas dire que le pilote de Hunted est bon, pourtant. Il manque des ingrédients pour vraiment pouvoir dire que Hunted est une bonne série. Il ne manque vraisemblablement pas une vue à long terme (ce qui peut être le piège pour une série d'espionnage), mais il manque un peu de poudre de perlimpimpin pour faire en sorte que le spectateur ferme ses jolis yeux et se laisse emporter.

Je ne sais pas, au juste, comment appeler cette petite chose qui fait qu'on va avoir envie de se lancer à corps perdu dans une série qui a plein d'idées, qui est bien foutue et à laquelle on a envie de pardonner les moments d'égarement, mais cette petite chose, Hunted n'en fait pas la démonstration pendant son pilote, et c'est ce qui fait qu'il est si difficile de lui pardonner ses fameux moments d'égarement, quand bien même il semble plutôt injuste de lui en tenir rigueur quand on voit le niveau général de la série.
C'est peut-être de cela que Sam Hunter devrait avant tout se mettre en chasse. Ca résoudrait pas mal de problèmes...

Challenge20122013

22 octobre 2012

C'est grave, docteur ?

En matière de téléphagie, une qualité essentielle est la résilience : ce n'est pas parce qu'un pilote et/ou une série sont mauvais, qu'il faut se laisser abattre et perdre tout espoir. D'autres pilotes, d'autres séries attendent, et seront mieux. Peut-être. Mais si on ne dépasse pas les mauvaises expériences, comment aller vers les bonnes ? Oui, la CW m'a maltraitée ce weekend avec le pilote de Beauty and the Beast, est-ce une raison pour snober un autre pilote ce soir ? Ca se trouve, il est bon !
whisperintherain connaîtra, à son tour, ce sentiment, et dés qu'il aura parlé de la série, vous trouverez au bas de ce post un lien vers sa propre review ; alors n'hésitez pas à revenir plus tard pour comparer notre capacité à nous remettre de nos traumatismes téléphagiques, dans l'espoir toujours de trouver mieux.
On appelle aussi ça de l'inconscience.

EmilyOwensMD

L'hôpital, c'est tout comme le lycée. Vous savez ce qui est également tout comme le lycée ?
Le lycée.

Ce n'est peut-être que moi, hein, mais si vous avez besoin de répéter pendant plus d'un tiers de votre pilote (via la voix-off de l'héroïne ET un cas rencontré) combien l'hôpital, c'est comme le lycée, peut-être qu'il faut arrêter les frais, peut-être que le concept n'est pas assez fort par lui-même, et surtout, peut-être qu'il faut arrêter de chercher à le vendre sur une cible si spécifique. Les adolescents (public de base de la CW même si avec des Arrow ou des Nikita, ça a tendance à se modifier) ont assez peu de chances de se sentir concernés par l'univers hospitalier. Ca ne veut pas dire qu'ils ne peuvent pas l'apprécier (combien d'entre eux regardent Grey's Anatomy, après tout ?), mais ça veut certainement dire que l'identification ne jouera pas. Alors il est inutile de mener une guerre perdue d'avance.

Pourtant, courageusement, Emily Owens, M.D. va s'acharner sur sa comparaison. L'hôpital c'est comme le lycée. Il y a des profs froids, des profs sympas, des bullies et des types sur lesquels on flashe. C'est comme le lycée ! Vos rapports avec vos parents conditionnent la façon dont vous travaillez. C'est comme le lycée ! Vous êtes là pour apprendre, mais vous êtes tellement certains de tout savoir que vous ne prêtez l'oreiller qu'en cas d'absolue nécessité. C'est comme le lycée, on vous dit !

J'ai un secret à vous confier sur le lycée : je l'ai quitté il y a 12 ans. Du coup, pour les séries médicales, je peux être dans la cible ; pour les séries adolescentes, pas tellement.
Oh naturellement, pour moi non plus l'identification n'est pas un pré-requis, loin de là. Mais c'était la seule option qui restait, alors qu'Emily Owens M.D. donnait également dans un autre genre qui m'attire peu : la comédie romantique. Si ça m'intéressait, je regarderais encore Grey's Anatomy, puisque la comparaison est difficile à ne pas faire.

Le problème d'Emily Owens M.D., c'est que la comparaison avec le lycée est la seule chose qui lui apporte vaguement de l'originalité.
Je ne sais pas pourquoi tant de séries optent pour un personnage central gauche, par exemple ; je comprends l'efficacité du procédé, il n'est d'ailleurs pas éloigné de celui qu'on évoquait avec TOKYO Airport et les séries japonaises à vocation professionnelle, mais il est tellement suremployé qu'à un moment il faut opter pour autre chose. On peut très bien trouver un personnage qui ne soit pas antipathique mais qui soit un peu sûr de lui, par exemple ; ce pilote tentera désespérément d'en mettre en place deux (également des personnages féminins, comme quoi rien n'est impossibles), mais ils sont bloqués dans la zone des personnages secondaires sur lesquels Emily peut s'appuyer pour avancer. On aimerait bien qu'elle s'assume un peu plus mais on n'est pas tombés dans la bonne série.
Peut-être que si, juste une fois, on suivait une Christina Yang ou une Cassandra Kopelson, on accepterait plus facilement de vivre perpétuellement dans le même univers, pourvu de le voir avec un regard nouveau. On pourrait explorer les fragilités du personnage, ses premières déconvenues, ses incontournables bourdes, mais on éviterait de proposer encore et toujours le même regard naïf, limite un peu gros bêta, sur l'univers médical et/ou amoureux, qui semble être devenu la norme dans tant de séries de ce type. Pas étonnant qu'à côté, j'ai moins de grief à formuler contre le personnage central de The Mob Doctor : quels que soient les défauts de la série, au moins son héroïne a des tripes et du répondant.

Enfin bon, on n'est jamais gagnants à comparer les navets entre eux, de toute façon. Clairement, Emily Owens M.D. voulait faire du Grey's Anatomy pour la CW, c'est très exactement ce qui a été fait, et c'est très exactement la raison pour laquelle la série n'avait aucune chance avec moi.

...Mais c'est pas grave ! Résilience. Demain est un autre pilote.
Challenge20122013

2 octobre 2012

Chambre avec vice

Courageusement, whisperintherain et moi-même poursuivons notre défi : regarder puis reviewer absolument chaque pilote de la rentrée. Ne nous laissons pas effrayer par l'ampleur de la tache, et passons donc à un nouveau pilote de cette rentrée américaine. Après les eaux profondes de Last Resort, voici maintenant d'autres ténèbres autrement plus urbaines, avec 666 Park Avenue...
Comme c'est la tradition, le lien au bas de ce post vous permettra d'accéder au blog de whisper ; ce lien sera mis à jour sitôt qu'il aura mis en ligne sa propre review.

666ParkAvenue

La soirée du dimanche soir sur ABC ne me fait pas rêver ; pour prendre la relève d'une série qui s'était dégonflée assez rapidement à mes yeux (Desperate Housewives, vite passée de critique des banlieues huppées à simple soap dramédique) et qui faisait tenir la soirée debout, désormais la chaîne mise sur une combo Once Upon a Time / Revenge / 666 Park Avenue. C'est bien, parce que les formats d'une heure cheap du network sont tous regroupés le même soir ! Et pourtant, 666 Park Avenue, sans jouir du meilleur pilote de tous les temps (loin s'en faut) parvient à donner un semblant de sérieux à cette soirée peu crédible en termes de qualité.

A mesure que la rentrée approchait, j'avais eu l'impression que la série serait essentiellement une chronique de la vie parfois un peu perturbante des habitants d'un building cossu de New York, où se dérouleraient des phénomènes étranges ; la situation semblait idéale pour utiliser la vie privée de ces différents voisins de pallier pour servir une fois de plus un soap, sauf que cette fois, on aurait quelques frissons de temps à autres...
A ma grande surprise, 666 Park Avenue n'est pas si soapesque que ça, et le fantastique n'est pas du tout un prétexte. Le pilote nous montre une série lorgnant sur le thriller surnaturel, assumant relativement bien son choix de genre, et c'est, il faut l'admettre, l'un des deux objets de mon réconfort à l'issue de ce premier épisode. Le pilote ne perd qu'assez peu de temps à disserter de la vie privée des uns et des autres (la seule notable exception étant le couple Brian/Louise, mais apparemment à dessein si on en croit la tournure des évènements) et se focalise énormément sur les caractéristiques redoutables des Doran, ainsi que sur l'emprise du couple sur les jeunes protagonistes de la série.

Le problème de 666 Park Avenue réside, si vous me passez l'expression, justement dans ce couple. Incarné par un Dave Annable aux airs éternels de ravi de la crèche et une Rachael Taylor très décorative mais pas franchement charismatique, ce duo nous promet quelques heures d'insupportable télévision. Le cliché des provinciaux qui débarquent dans la grande ville et qui est facile à berner et manipuler est insultant pour les provinciaux autant que pour les spectateurs ; du coup, la naïveté confondante des personnages augure du pire. Vu qu'à eux deux, ils cumulent tout juste le quart d'un QI d'huître, c'est pas demain la veille qu'ils vont comprendre ce qui se trame entre les murs du Drake. Pourtant, Jane est dépeinte comme une femme intelligente, mais seulement quand il s'agit de béton et de mosaïque, apparemment ; pour le reste elle est totalement stupide. D'un autre côté elle est blonde, certes. Mais ça n'excuse pas tout (et puis c'est même pas une vraie blonde).

Fort heureusement, Terry O'Quinn sauve les meubles. Son interprétation est comme toujours juste, il n'en fait pas des tonnes dans le mystère, et qui plus est, son personnage de Mister Doran est écrit sans lourdeur. Au lieu de prendre des airs énigmatiques, Doran passe à l'action à plusieurs reprises lors de cet épisode inaugural, ne laissant absolument pas planer le doute quant à sa véritable nature.
Ce qui en revanche est intéressant, c'est que les profils de ses "victimes" varient énormément. Pour un homme qui contracte un "bail" pour une raison noble, d'autres sont sans doute moins innocents. Le vice n'est pas l'apanage du propriétaire... En cela, le procédé n'est pas si éloigné de ce qu'explorait The Booth at the End (avec un concept sans doute plus propice à la complexité cependant), dans lequel aucun des co-contractants n'est vraiment tout blanc.
Mais ce qui évite d'avoir l'impression que le personnage est inutilement insondable est aussi, précisément, ce qui donne envie de se heurter brutalement et répétitivement la tête contre les belles pierres du Drake : comment pouvons-nous nous passionner pour la découverte progressive de l'identité de Doran par Jane, si nous savons tout d'entrée de jeu ? Jane ne semble-t-elle pas d'autant plus agaçante ? Evidemment, elle n'assiste pas aux scènes qui nous ont indiqué qui est Doran, on ne doute donc pas plus de son intellect que nécessaire, mais pour autant, cela ne change rien à l'impression de lenteur qui se dégage lentement des investigations de la jeune femme.

Mais peut-être que 666 Park Avenue a prévu ce problème, et qu'il y sera donné un tour de vis rapidement ; à ce stade, il n'est pas encore certain que la série va entièrement reposer sur la façon dont Jane va lentement comprendre quels genres de phénomènes se produisent dans l'immeuble. Il n'y a pas de quoi être défaitiste : pour l'instant, les deux personnages centraux sont stupides, mais les scénaristes ont l'air d'être en plutôt bonne possession de leurs moyens. Certes, ce ne sont pas des dialoguistes de génie, mais enfin, ce pilote est suffisamment bien ficelé pour ne pas craindre, à ce stade, qu'on se fasse trimbaler sempirternellement. Même s'il y a quelques lourdeurs, essentiellement dues au fait que les héros en savent moins que les spectateurs (ce qui implique toujours un problème de rythme et d'impatience), le pilote n'est pas de mauvais augure en ce domaine.

Un mot sur la réalisation, également : elle est plus léchée que ce que j'attendais. Par rapport aux effets spéciaux atroces de Once Upon a Time, ou au visuel toc de Revenge, il est clair à mes yeux que ça remonte le niveau de la soirée. Sans que l'apparence de l'épisode ne soit l'objet d'attentions aussi soutenues que pour certaines autres séries fantastiques (American Horror Story vient à l'esprit), il y a une volonté visible de soigner à la fois le contexte huppé de l'immeuble, et de montrer une série qui ne lésine pas trop sur les moyens lorsqu'il s'agit des angles plus fantastiques. Pas d'écran vert malheureux, pas de maquillage cheap... je m'attendais à pire et j'ai à plusieurs reprises été rassurée. 666 Park Avenue n'est pas un bijou, et n'impose pas forcément un style ultra-personnel d'entrée de jeu, mais il n'y a en tous cas, le résultat est élégant et efficace. Rien de pire pour une série fantastique qu'avoir des visuels qui décrédibilisent tout (I'm looking at you, Once Upon a Time) !

J'ai parlé plus haut de deux choses qui m'avaient réconfortée dans le pilote de 666 Park Avenue. La seconde, et non des moindres, est que je n'ai pas eu peur. Il y a des gens qui recherchent ça, grand bien leur fasse, en ce qui me concerne c'est vraiment un soulagement que de ne pas avoir eu besoin de regarder l'épisode avec une alèze sous les fesses. J'apprécie que ce premier épisode repose sur un fantastique qui ne cherche pas à vous faire attraper votre ours en peluche en appelant votre mère, le visage baigné de larmes, mais plutôt à bâtir une ambiance, un personnage même, calmement. Certes, on doit cela en partie au fait qu'on est sur un network, mais 666 Park Avenue n'est pas une série d'horreur ni d'épouvante, et ça fait du bien d'avoir du fantastique sans serrer les miches ; cependant, la scène dans la cave était plutôt réussie même sans faire piailler les spectateurs comme des fillettes, preuve d'un sens de la mesure fort appréciable pour la froussarde pathologique que je suis (et ça s'est aggravé ces dernières années, donc merci). Et j'ai regardé l'épisode de nuit, en plus ! Nan vraiment, c'est gentil d'avoir pensé aux chochottes comme moi.

Pour autant, est-ce que je vais poursuivre 666 Park Avenue ? Le plus fou c'est que je n'arrive pas à trouver d'éléments totalement négatifs, mais que je n'en ai pas envie plus que ça.
C'est vrai qu'il y a le fait que les deux benêts auxquels on est supposés se lier pour entrer avec eux dans l'univers du Drake sont assez insupportables, ce qui n'aide pas. Sans doute que sans eux, mon impression serait plus positive ; la perspective de suivre les deals de Mr Doran aurait revêtu de l'intérêt, sûrement.
Cette nuit, à l'issue de mon visionnage, j'étais assez pessimiste. Mais c'est à l'écriture de ce post que j'ai réalisé que je n'avais pas vraiment de grief contre le pilote ; simplement il ne m'a pas enthousiasmée. 666 Park Avenue n'est peut-être, tout simplement, pas mon genre. J'ai rarement été très enthousiaste pour une série fantastique (la science-fiction a, comparativement, plus souvent mes faveurs), après tout, et ces choses-là ne se forcent pas. Peut-être me laisserai-je tenter à nouveau dans quelques mois, à la faveur d'un trou dans mon emploi du temps téléphagique (mais certains disent que ces choses-là sont des mythes urbains ; on connait quelqu'un qui connait quelqu'un qui connait quelqu'un, mais le trou dans l'emploi téléphagique n'a jamais vraiment existé). Mais ce n'est pas garanti.

En tous cas, même si je ne reviens jamais à la série, disons qu'on se quitte bons amis. Je n'ai aucune envie de la réduire en charpie, je suis juste pas envoûtée. Vu le contexte, c'est peut-être pas plus mal, d'ailleurs !

Challenge20122013

21 juin 2012

[DL] Bunheads

D'après mes standards, tout ce qui dure plus de 10mn et comporte des plans plus variés que le simple titre de la série, peut être considéré comme un générique. Mais le terme "opening credits" n'est peut-être pas applicable au générique de Bunheads, qui ne propose le nom d'aucun de ses acteurs, scénaristes ou producteurs pendant cette petite video.

Il y avait pourtant assez de temps pour le faire, puisque Bunheads nous gratifie d'un petit thème musical et d'un mini-clip de 23 secondes, ce qui par ces temps de vaches maigres en matières de génériques pourrait presque passer pour un record absolu (d'ailleurs celui de Pretty Little Liars, sur la même chaîne, dure 3 secondes de moins). Que cette brièveté ne vous abuse pas : on est loin des panneaux tous simples, ou même de l'enchaînement de photos (style diaporama à la Suburgatory) de beaucoup de séries. Bonus supplémentaire, les images ne sont pas tirées de la série, ce qui témoigne d'un véritable effort pour nous offrir un petit quelque chose qui vaille la peine d'être évoqué dans cette rubrique.

Bunheads
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Mes craintes pour ce générique ont presque toutes été devancées : Bunheads dévoile ici un générique plein de charme, d'élégance et de légèreté, qui retranscrit finalement assez bien son esprit. Qui plus est, j'apprécie le choix d'une musique aussi emblématique de l'univers du ballet, tout en lui apportant une tonalité plus moderne, plus vive, plus neuve. Le résultat, bien différent de ce qu'on pouvait imaginer en gardant Gilmore Girls à l'esprit (mais à un moment, il faut bien couper le cordon), ne manque pas de charme, je crois qu'on en conviendra tous.
On peut par contre trouver une source d'étonnement dans le fait que Kelly Bishop en soit totalement absente alors qu'il parait certain que sa présence dans la série n'est pas secondaire.

J'en profite pour passer un appel : passé le pilote, je n'ai jamais pris la peine de cagouler les épisodes suivants de la plupart des séries récentes made in ABC Family (genre Jane by Design, Switched at Birth et autres The Lying Game), ont-elles un générique ?

20 avril 2012

Fontaine de jouvence

Il est un fait que l'Australie nous a offert de sacrées bonnes surprises en ce début d'année : Outland (dont j'ai hélas toutes les peines du monde à trouver les derniers épisodes), Miss Fisher's Murder Mysteries, et Woodley. Et encore je vous ai pas encore parlé de Danger 5, j'attends d'avoir avancé (je n'ai eu le temps que de voir le premier épisodes), mais vous n'allez pas être déçus là non plus.  Ah ça, The Straits mis à part, l'Australie a bien commencé sa saison !
Mais ça, c'est la moyenne. Or si d'un point de vue général, l'impression est plutôt bonne, quand on se penche sur le cas de Woodley, je deviens purement et simplement extatique. C'est une véritable petite merveille dont j'ai, hélas trop brièvement, vanté les mérites dans le SeriesLive Show de ce soir, alors permettez que, au terme de son dernier épisode, je vous fasse un petit post de bilan pour vous encourager à découvrir cette série vraiment pas comme les autres.

FrankWoodley

J'avais vraiment envie de continuer mon post sur le même ton. Envie de vous dire comment, en l'espace d'à peine 8 épisodes, Woodley a su faire preuve de toutes les qualités nécessaires aux comédies immortelles : une énorme dose d'humour, des personnages attachants en diable, et de l'émotion comme dans vos rêves téléphagiques les plus fous.

Comment Woodley est un vibrant hommage au spectacle vivant à travers son interprète principal impressionnant et unique en son genre : Frank Woodley danse, saute, jongle, fait des pirouettes et des cascades ; il devient plus ou moins littéralement un clown, un acrobate, un équilibriste, un Pierrot de la lune est un homme élastique, un véritable athlète dans un corps comme désarticulé et pourtant incroyablement agile, fait de maladresses autant que d'adresse prodigieuse ; ce n'est pas un rôle que l'on attribue, c'est un rôle qu'on est, et que seul Frank Woodley pouvait être, c'est certain.

Comment les épisodes sont très différents, certains très mélancoliques, d'autres presque entièrement basés sur le slapstick.

Comment Woodley possède un art consommé de la narration, et est capable de raconter dans ses épisodes de véritables histoires en 24 minutes avec presque pas de dialogues mais sans jamais être superficielle.

Comment Woodley a aussi su mettre en place dés le pilote un cadre très clair au sein duquel la moindre situation ultérieure prend un tour plus touchant, sans qu'il ne s'agisse une mini-série à proprement parler : Woodley est conçue pour que les épisodes soient regardables indépendamment, tout simplement parce que la série est destinée à toute la famille.

Comment Woodley parle aussi bien aux petits, qui s'amuseront des singeries de son interprète (et de bon coeur, je le soupçonne), qu'aux adultes à travers des thèmes dans lesquels chacun se reconnaîtra, qu'il s'agisse de la peur de grandir, de perdre ce qui nous est cher, ou tout simplement l'impression que le monde est une taille trop grand pour nous.

Comment le charme magique de Woodley opère grâce à son esthétique rétro et sa musique inoubliable, rendant instantanément la série unique et pourtant intemporelle.

Comment Woodley est une série enchanteresse aux épisodes versatiles, enfin, qui donnent envie au spectateur même blasé de retomber en enfance pour avaler goulûment pitreries et idées fantasques dans des univers aussi fascinants que la mode, le cirque, ou même une maison-témoin, avec le même don pour les épisodes "à thème" que Pushing Daisies.

Mais même en prenant sur moi, j'ai du mal à chanter les louanges de Woodley là maintenant tout de suite. Pas alors que son ultime épisode m'a déchiré le coeur. C'est que, voyez-vous, Woodley est vraiment la comédie la plus douce-amère que je connaisse, et étant donné ses audiences, elle ne connaîtra probablement jamais de saison 2. Alors la voir finir comme ça ? Je suis trop triste.
Là, maintenant, tout de suite, j'ai envie de bouder un bon coup et d'aller pleurer en secouant très fort les épaules, le visage enfoui dans les bras de Fuzzby. Mais c'est normal, c'est parce que devant Woodley, je suis une petite fille.
Mais une petite fille qui va commander un DVD australien dans quelques semaines.

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