Canalblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
ladytelephagy
Publicité
6 juillet 2010

Lucky lady

Ah, mon ami Louis... ça fait quoi ? Un peu plus d'un mois ? Non, deux déjà ? En tous cas tu m'avais manqué, et j'attendais avec impatience ton retour. Mais de retour, on ne peut pas exactement parler, car entre Lucky Louie et Louie, contrairement aux apparences, le ton comme l'intention sont radicalement différents.

Lucky Louie était un sitcom (tourné devant un public), Louie est une comédie en single camera.
Lucky Louie utilise les dialogues pour distiller quelques touches de cynisme et d'absurde, Louie propose des séquences de pur stand-up et n'hésite pas à passer une minute ou deux à insister là où ça fait mal.
Lucky Louie faisait la part belle à la famille et l'entourage proche, Louie est nombriliste.

Les séries sont radicalement différentes en dépits de plusieurs éléments a priori proches sur le papier, mais au moins on peut se dire qu'elle attireront peut-être un public différent, ce qui me semble une excellente nouvelle pour Louis C.K., mon nouveau chouchou depuis le printemps. Surtout que finalement, les deux ont quand même ceci de commun qu'elles plaisent beaucoup à votre serviteur.
Et si Louie a ravi mon cœur, c'est grâce à deux caractéristiques qui pourtant ne donnaient pas la série gagnante : le stand-up et le parti pris des histoires racontées.

LouieFX

Maintenant, pour être totalement honnête avec vous, je suis bien obligée d'admettre que lorsque j'ai vu ce bon Louie faire son numéro au micro, mon premier réflexe n'a pas exactement été d'applaudir à tout rompre. Je suis peut-être vieux jeu, ou juste traumatisée par un Seinfeld que je n'ai jamais vraiment su apprécier, mais séries et spectacles de stand-up devraient toujours, dans mon esprit, se maintenir à une raisonnable distance l'un de l'autre. Attention, n'allez pas mal interpréter mes propos : j'adore le stand-up. Depuis plusieurs mois j'ai même pris la mauvaise habitude de cagouler ici et là des CD de comiques américains (actuellement, je me délecte du savoureux "Letting go of God" de Julia Sweeney... une ancienne cast member de SNL ; on ne se refait pas !). Simplement, les faits sont là : dans une série, pour moi, ça ne marche pas. D'ailleurs à des fins documentaires et suite à la question de l'un d'entre vous, j'ai revu le pilote de Seinfeld récemment, promis on en reparle très vite. Ne me lancez pas sur Kenan & Kel, là, même le pouvoir de SNL ne peut rien pour cette série à mes yeux.

Ces séquences en stand-up donnent de prime abord un côté cheap à notre affaire. D'ailleurs pendant un bon moment, je n'étais même pas certaine qu'il y ait réellement un public face à Louie/Louis, ce qui certes aurait semblé absurde (et contraire à ce que je perçois de la méthodologie de l'homme), mais sérieusement, ça faisait mauvais effet dans un premier temps. Il faut reconnaître que notre comique a de surcroît un humour particulier, il ne cherche pas la réplique hilarante, et ses anecdotes ont un côté profondément banal, mais c'est en fait justement de là qu'il tire sa force, étrangement. Je n'ai pas forcément envie de rire aussi fort que le public, mais en tous cas je passe clairement un excellent moment à l'écouter (gaffe, Louis, tu vas finir par te faire cagouler avec ce genre de conneries... ah bah voilà, c'est fait, bravo).
Le mélange entre humour et point de vue pessimiste à l'extrême fonctionne bien sur moi, en général, il faut le reconnaître.
Vous parlez quand même à quelqu'un qui a regardé Titus en entier. Deux fois. Voilà, quoi...

Mais une autre spécificité de Louie réside dans sa structure. Le pilote se présente en effet comme suit :
- Louie se rend dans un club pour faire son act
- Louie raconte un truc super général sur sa vie quotidienne
- Louie glisse sur un sujet plus particulier, mais également banal
- on passe à une séquence hors du club explicitant la situation de ce sujet en particulier
- on finit sur un truc complètement absurde
- on revient sur Louie dans son club qui raconte un autre truc sur sa vie quotidienne
- arrivée d'une autre séquence hors du club explicitant ce nouveau sujet
- autre fin complètement absurde
- retour sur Louie qui conclut et sort du club

Le coup de génie, c'est que tout est réaliste, mais pas trop.
A chaque fois, on a cette fin de séquence complètement ahurissante dont personne ne s'étonne, ni Louie ni les éventuels personnages autour de lui. C'est hallucinant. J'avais les globes oculaires qui roulaient sur mes genoux. On parle d'une série dont le principe est de parler de la vie quotidienne, de banalités et de choses que tout le monde expérimente ou a expérimenté, avec un personnage terre à terre, maladroit et incroyablement ballot quand il s'y met, qui n'a rien de spécial... pour toujours trouver une chute surréaliste et totalement incroyable. C'est juste magique, cette recette, parce que 99% de ce qui se dit ou ce qui se passe est tellement réaliste qu'on s'identifie à fond, et tout d'un coup, BAM !

Bilan ultra-positif, donc. Et puis, Louis est célibataire, roux, et a la quarantaine.
Les gars, je crois que je suis amoureuse.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Louie de SeriesLive.

Publicité
18 juillet 2010

So little time, so much to do

Cette semaine, je n'étais pas en vacances, et pourtant je n'ai pas travaillé. Ce sont les joies de la vie en cabinet ministériel : quand un ministre saute, il faut se trouver un nouveau boulot. Et encore, ça, finalement, c'était facile, et en fait en une semaine, ç'aura été plié. C'était la minute ladymnistration.
Mais du coup, je me suis retrouvée avec une semaine relativement libre sur les bras (si l'on soustrait les entretiens et les quelques sorties qui étaient prévues), et c'était peut-être le plus gros défi : savoir comment j'allais téléphagiquement l'occuper.

Il fallait me voir lorsque je suis rentrée de mon dernier jour de boulot, à la fin de la semaine dernière : j'avais pleeeeein de projets. Un peu comme une gamine à qui on annonce qu'elle pourra passer une semaine dans un parc d'attraction : "et je vais enfin me refaire l'intégrale de Jack & Bobby que je voulais me faire, et je vais revoir The Starter Wife, et je vais finir Will & Grace, et je vais regarder un film ou deux, et je vais trier mes génériques, et je vais faire plein de fiches, et je vais rédiger les trois articles que j'ai en projet pour SeriesLive, et je vais ranger mes classeurs sur la documentation téléphagique que j'ai entassés depuis plusieurs semaines, et je vais essayer de glisser une petite intégrale de The No. 1 Ladies' Detective Agency, et je vais finir la saison de V que j'ai un peu snobbée, et puis ya plein de pilotes qui vont tomber...!"
Ah, elle était enthousiaste, la lady, ya pas à dire. Elle avait un planning dans la tête, ça allait être tout-à-fait idéal, des vacances avant les vacances, le pied total.

Hier, j'essayais au moins de ranger mes génériques (le problème c'est qu'à chaque fois qu'un disque dur me plante, je les recagoule sans forcément bien les nommer), et je suis tombée sur le générique de Mad Men. "Aaaargh", me suis-je étranglée, "yavait ça aussi : j'ai acheté le coffret de la saison 1 et il est toujours sous blister !".

No1

Bilan.
Eh bah, bilan, bien-sûr, j'ai rien fait de tout ça. Si, j'ai fait quelques fiches sur SeriesLive, je suis relativement à jour dans mes pilotes occidentaux (mais en Asie je suis à la bourre), et puis j'ai attaqué l'avant-dernière saison de Will & Grace... mais à part ça ? Les classeurs de documentation téléphagique jonchent mon bureau, je n'ai eu le temps que pour un article sur SeriesLive, et je ne parle même pas des séries que je voulais regarder, je comprends pas comment je me suis débrouillée mais j'ai pas du tout touché à la moindre d'entre elles.
Tout ça c'est la faute de la crémaillère de ma sœur ce weekend, c'est des heures que j'aurais pu mettre à profit et en fait rien du tout.

Non, bon, ne blâmons pas les faux coupables. La vérité c'est qu'évidemment, ce programme était bien trop gros pour tenir en une semaine. Mais j'étais tellement contente de cette période de temps libre imprévue, et j'ai l'impression d'en avoir si peu profité ! Admettons-le, faire des fiches de séries étrangères prend un temps fou, parce qu'il s'avère (je sais, c'est choquant au plus haut point) que je ne parle ni espagnol, ni hindi, ni hébreu, ni... bah, estonien. Alors forcément ça prend un temps fou de croiser les informations, les traductions automatiques, les quelques sources anglophones... rien que trouver les noms de certains acteurs peut prendre une demi-heure ! Je ne suis pas vraiment étonnée.
Juste déçue.

Aaaargh ! Si peu de temps, et tellement à faire ! La téléphagie est une frustration sans nom.
Ce serait cool si je pouvais me faire virer de mon nouveau boulot, aussi. Ça me laisserait du temps...

14 juillet 2010

Sunny with a chance of boring

Ah l'été ! Oui, l'été, cette saison-même pendant laquelle tout est différent. Nouvelles séries, nouveaux univers, nouveaux horizons inexploités... et puis, plein de séries qu'on aurait aussi bien pu voir le reste de l'année. Comme The Glades, par exemple. Bon alors, en fait, c'est simple, si vous aimez les séries policières pas trop compliquées pendant la saison "normale", mais que vous en avez marre des mêmes villes encore et toujours, eh bien voici The Glades qui se passe sous le soleil de la Floride. Moui, comme Les Experts Tbilissi, bon. Nan mais, tout de suite, je vous sens négatifs, là... Bref The Glades, c'est la même chose que d'habitude, mais pas au même endroit que d'habitude, et ça c'est exactement ce qu'on cherche dans une série d'été, n'est-ce pas ?
Non ?
Ah. Vous non plus, hein...? Bon. Je pressens le post ravageur.

TheGlades

Chez A&E, on est des petits malins. On a bien compris que s'il fallait braconner sur les terres des networks, c'était pendant les vacances, quand les séries qui rameutent du peuple sont en hiatus. Et c'est probablement la raison derrière l'achat de The Glades, qui picore à tous les râteliers. Par exemple, le coup du flic pas très conventionnel et qui tape sur les nerfs de tout le monde, mais super doué, on ne nous l'avait pas fait du tout avec The Mentalist. Oh mais pardon ! Là c'est différent, car Jim Longworth a la particularité de... de... eh bien, il pose des questions. Vous admettrez que c'est pas courant, pour un flic. Bon, et il se repose sur les preuves aussi. Aha ! Ça c'est très anticonformiste ! Sans compter que, pour capitaliser sur une mode dont je parlais récemment avec Memphis Beat, on a ajouté un truc qui fait vaguement couleur locale, puisque le premier crime se déroule au coeur des Everglades, et que vu le titre de la série, on devine que ça ne va pas s'arrêter là. C'est bien, ça donne l'impression de voyager tout en contenant les spectateurs locaux, c'est vraiment la marotte télévisuelle du moment, ça.

Mais dans le fond, le téléphage averti a vite une overdose de tous ces éléments tellement familiers. Et l'intrigue peu stimulante n'arrange rien à l'affaire : il suffit de voir comment les rebondissements s'enchaînent sans nous émouvoir, comment les personnages nous désintéressent totalement de leur vie, comment les pistes explorées ne suscitent pas le moindre intérêt. Alors, forcément, quand survient le petit retournement final, on n'en a plus rien à faire, surtout que ça semble passablement cliché. Pour résumer : si je m'étais intéressée à l'épisode, je l'aurais probablement vu venir, mais je n'en étais même pas là.

Reste Jim qui cabotine, et cabotine, et cabotine encore ; et il a raison d'en faire des tonnes, la série ne tient que sur ça, sur ces quelques passages pendant lesquels le héros va se rendre indubitablement irritant, mais tellement drôle finalement. Essentiellement parce qu'on n'est pas convaincus qu'il se rende compte du niveau de ridicule de son manège pour se rendre intéressant. Mais on le sait que tu es le héros de la série, on le sait Jim, cesse d'en faire des tonnes, tu vas te la taper la petite Kiele !

Je veux bien que l'été soit une période pendant laquelle on se détend, et pendant laquelle on accepte d'être juste un peu moins regardants. Je regarde Royal Pains et (presque régulièrement) Drop Dead Diva, au nom du ciel, vous pensez que je ne le sais pas ? Mais enfin, soyons clairs... la saison d'été a vu le jour pour qu'on évite les rediffusions, alors est-ce vraiment raisonnable de nous fourguer des polycopies pareilles ? Je vous le demande.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche The Glades de SeriesLive.

22 août 2010

L'œil et le bon

Oeil_1

Producteur, producteur exécutif, réalisateur, showrunner... tout ces mots ne me parlaient pas du tout, il y a 15 ans, lorsque j'ai commencé à regarder les séries, et non plus à me contenter de les voir. Alors, quelle que soit la personne qui se cache derrière la magie d'une série réalisée avec une certaine recherche esthétique, je disais qu'il y avait "un œil derrière la caméra". Depuis, je connais un peu mieux la définition de ces titres parfois ronflants, mais cette expression reste la plus évocatrice d'une réelle identité visuelle.

Les séries desquelles ont peut dire qu'il y a un œil derrière la caméra sont rares, en définitive. La plupart du temps on reste dans une mise en images sommaire, scolaire, quelque chose de classique. Certaines séries se font une spécialité d'avoir l'air absolument passe-partout. Oh, je ne dis pas que c'est le cas de toutes. Je dis que c'est le cas de beaucoup.

Une série avec de bons éclairages, une réalisation maîtrisée et une identité immédiatement reconnaissable à l'œil nu, c'est ce qu'on trouve en général dans le haut du panier. Il y en a pas mal, mais comme ça demande plus de travail, plus de moyen, plus de temps, ce n'est pas ce qu'il y a de plus courant. Comme vous le savez, je me suis remise à Mad Men, et si je reconnais bien volontiers qu'il y a une certaine recherche esthétique, celle-ci passe plus par les recherches du département stylisme que par la réalisation, qui reste très simple. Ce n'est pas un reproche. Mad Men a beaucoup d'autres qualités après tout.

Mais je compare régulièrement la recherche faite autour de la série avec celle exécutée autour d'un sketch de SNL avec January Jones. Conçu pour renvoyer à Mad Men, sur la forme, il est infiniment plus abouti dans la recherche des couleurs, du grain. Personnellement je ne pourrais probablement pas prendre Mad Men au sérieux, avec les thèmes sombres qui semblent se profiler (faut qu'on en reparle d'ailleurs), si la série employait le même chemin esthétique que ce sketch. Mais dans l'absolu, l'un est plus travaillé que l'autre, c'est évident.
Faudra que je vous le mette, un jour, ce sketch, d'ailleurs. Même pour moi qui n'apprécie pas January Jones (et ce bien avant qu'elle ne se pique de s'approprier Jason Sudeikis... ce qui évidemment n'arrange pas son cas), c'est une perle.

Alors, plus rare, il y a les séries dont instinctivement je dis qu'il y a un œil derrière la caméra. Celles où la recherche est poussée, aboutie, travaillée. Il y en a une poignée. Une poignée qui vont au-delà de ce qui est raisonnable d'exiger d'une série de 10 ou 20 heures. Chacune dans son style accomplit quelque chose qu'on ne croirait possible qu'au cinéma. A tort.
Des séries comme Carnivàle, Pushing Daisies, Mousou Shimai... et Capitu.

Sans avoir trouvé le moindre sous-titre, me voilà à regarder le deuxième épisode.
Je crois que je suis amoureuse.

Il faut vraiment que je vous raconte.

13 décembre 2012

Pour le meilleur, et rien que le meilleur

Quand je vous disais qu'il me restait des pilotes dans un coin, je ne plaisantais pas : j'en ai PLEIN ! Et d'ailleurs tant mieux, parce que la vie sans pilote m'est inconcevable. Place cette fois à une nouveauté lancée le mois dernier par la chaîne câblée TBS ; comme toujours, sitôt que mon camarade whisperintherain aura rattrapé son retard, un lien apparaitra au bas de ce post pour que vous puissiez comparer nos points de vue sur ce pilote.

WeddingBand

C'est une plutôt bonne saison que nous fait TBS, et le fait est suffisamment rare pour être noté. Après Sullivan & Son (dont je reconnais aisément qu'elle ne plaira pas à tout le monde ; mais franchement, à qui peut plaire Men at Work en comparaison ?!), la chaîne a lancé une série du nom de Wedding Band, lançant pour la première fois dans une série d'une heure depuis le pénible Glory Daze. C'est d'autant plus une prouesse que TBS ne commande que des comédies, et que Wedding Band était commandée à l'origine comme une comédie d'une heure, une façon d'aborder le format assez exceptionnelle ; force est de constater que le pari est réussi.

Vous connaissez le terme de "tear jerker" ? Eh bien Wedding Band est un méchant "smile jerker". Je n'avais pas réalisé à quel point c'était devenu rare ces derniers temps de sourire de bout en bout pendant une série, et plus encore une série d'une heure, mais c'est bel et bien ce qui s'est produit devant ce pilote. J'en suis ressortie avec une banane incroyable !

Il me faut préciser, à ce stade, que je suis extrêmement friande d'amitiés masculines à l'écran (quand elles sont bien écrites), bien que je regrette qu'on soit si rarement capables de trouver un équivalent parmi les amitiés féminines. En gros, une amitié entre mecs (ou mixte) est souvent écrite de façon plus vraie, plus sincère, quand une amitié entre femmes passe par tous les archétypes possibles et simplistes qu'on connait depuis au moins Carrie Bradshaw et sa clique ; ça va quand une série les emploie, on peut décréter que cela fait partie de son style, mais quand tout le monde s'y met, c'est insupportable tant c'est cliché.
La bande de potes de Wedding Band (ah ah) a ce petit quelque chose de sincère, de chaleureux et de vibrant qu'ont les meilleures bandes de potes ; sans aller jusqu'à avoir le sens aigu de l'authenticité de Men of a Certain Age (certainement la meilleure série sur une amitié masculine de ces dernières années), la comédie d'une heure est capable de trouver ce petit quelque chose qui rend non seulement ses personnages sympathiques de façon indépendante, mais surtout, en groupe. La dynamique fonctionne très bien, immédiatement, et cela permet immédiatement de ne pas prendre le monde dans lequel ces quatre gars évoluent pour un truc absolument ringard et miteux.

Parce qu'osons le dire, être dans un groupe qui joue dans les mariages et autres fêtes, c'est quand même bien ringard. Les personnages n'en ayant qu'une conscience vague (ils se trouvent ringards par rapport à d'autres groupes spécialisés également dans les évènements familiaux, mais pas forcément dans l'absolu), il était nécessaire que les spectateurs se placent immédiatement dans un état d'esprit similaire, afin de ne pas les prendre pour des losers : ils ne se ressentent pas vraiment comme tels. Tommy, Barry, Eddie et Stevie font quelque chose qu'ils aiment, et qui leur apporte une vraie satisfaction personnelle ; c'est d'ailleurs tout l'objet de la fabuleuse introduction du pilote, alors que Stevie intègre le groupe et que les trois autres lui donnent les règles qui permettent à la fois de faire passer le meilleur moment possible à leur public, et comment eux aussi passer un super moment (si possible, pour ceux d'entre eux qui sont célibataires, en trouvant une jolie demoiselle d'honneur à charmer à peu de frais). Cette introduction fonctionne parfaitement, parce qu'elle condense toute l'optimisme de la série, toute la joie débridée des personnages pour leur activité, et en même temps, possède un rythme parfait, ponctué par plusieurs chansons qui terminent de donner au tout un tour incroyablement convivial et festif.
Ce qui m'a aussi plu dans Wedding Band, c'est que ces mecs-là, ils ne font pas vraiment le boulot de leurs rêves ; ils sont parfaitement conscients, d'une part, que c'est une sorte de sous-rêve (ça se sent bien pour Tommy qui se rêve en rockeur le reste de la semaine, ou dans leur réaction quand Stevie leur explique qu'il préfère jouer avec eux que d'apparaitre sur des albums de stars), et surtout parce que c'est uniquement leur job du weekend, ils ont une vie à côté, mais qu'ils l'aiment et s'y donnent à fond (à l'instar de Barry et son inventivité débridée dés qu'il s'agit de rajouter des effets spéciaux à leur numéro). Pour quelqu'un qui tente de commence à tenter de vivre un peu de sa passion depuis cet automne, cet angle m'a particulièrement touchée ; c'est avec une belle énergie qui se dégage du point de vue des héros sur leur métier secondaire. Clairement, ils ne peuvent pas tout-à-fait en vivre, mais c'est ce qui les fait vivre...

Dans tout cela, l'intrigue de ce premier épisode n'est pas forcément des plus originales, mais elle se laisse regarder. L'ex de Tommy (la seule à l'avoir plaqué, ce qui en dit long sur ce tombeur) vient le voir pour lui annoncer qu'elle va se marier, et qu'elle aimerait qu'il joue à son mariage (QUI FAIT CA ?!), l'occasion à la fois d'en apprendre un peu plus sur ce personnage, de l'étoffer un peu (ce qui est fort utile car cela le sort de son cliché ; espérons que par la suite chaque personnage fasse l'objet d'une intrigue similaire même s'ils ne sont pas mariés à Megan Fox dans la vie) et d'offrir quelque chose d'un peu plus dramatique, ou disons, dramédique, que si la fine équipe se contentait d'arpenter les mariages pour faire de la musique et se taper les demoiselles d'honneur. Bien que ne prenant pas du tout son intrigue au sérieux, comme le prouveront les développements épiques de cette mésaventure, Wedding Band prouve aussi qu'elle a du coeur et la capacité de faire un peu plus que jouer au clown, et c'est appréciable à voir. C'est aussi l'occasion de voir à quel point les liens entre les personnages sont forts (à travers la façon dont Eddie tente de mettre Tommy en garde contre lui-même), bien que cet angle-là ne soit pas forcément le plus important de la storyline. Mais enfin, les ingrédients sont là pour faire la démonstration, fort utile dans ce pilote, que Wedding Band a aussi du coeur, même si elle prend tout sur le ton de la plaisanterie.

Enfin, ce qui termine de donner un tour positif à ce premier épisode, c'est qu'outre les quatre personnages masculins, la série met en place deux autres, féminins (les organisatrices de mariage de Rutherford Events) également hauts en couleur, et permettant de sortir un peu du cercle des quatre copains. Cela augure aussi de frictions à venir qui ne manqueront pas d'apporter du piquant et des rebondissements, évitant à Wedding Band de plonger dans la routine grâce à ces deux figures qui se posent comme des employeurs un peu à part. C'est plein de potentiel, d'autant que le personnage de Rachel, plein d'insécurités, fonctionne vraiment dans chacune de ses scènes (celui de Roxie Rutherford, pour l'instant plus froid, un peu moins, mais nul doute que cela peut changer). En dépit de la tournure que prend la toute fin du pilote (et encore), il semble assez clair qu'il ne sera pas vraiment question avec ces deux femmes, au fil de ces multiples mariages, de questions amoureuses, a contrario de ce que faisait The Wedding Bells il y a quelques années en arrière, employant les mariages pour parler des émois de ses héroïnes.
Imaginez ça : une série qui se passe dans des mariages, mais qui ne fait pas de la comédie romantique son argument principal ! Comment ne serais-je pas charmée ?

Avec son cocktail de bonne humeur, ses personnages sympathiques et sa belle énergie, Wedding Band m'a donné une énergie folle ! J'avais vraiment le sourire du début à la fin, ce qui, pardonnez que je me répète, est éminemment rare par les temps qui courent. Ce n'est évidemment pas une révolution à bien des égards (concept, narration, etc.), mais c'est définitivement une série qui peut rapidement se tailler une place de choix dans l'emploi du temps de tout téléphage aimant passer un moment positif avec une vraie bande conviviale de personnages attachants. Je m'attendais, en toute franchise, à un résultat bien différent, moins équilibré sans doute, et au final, sans aller jusqu'à avoir un coup de coeur, je dois dire que je suis charmée.
Je n'ai pas encore abordé le deuxième épisode, mais soyez sûrs que ça ne va plus tarder !

Challenge20122013

Publicité
30 novembre 2012

[DL] Intersexions

Alors que je m'envoie quelques épisodes de Known Gods çà et là (rappelez-vous, on en a parlé il y a à peine 10 jours), je dois admettre que c'est très, très difficile pour cette série sud-africaine de me ravir autant que l'a fait Intersexions (bon, là vous avez une excuse, ça fait quelques semaines). J'aurai peut-être plus de chance quand je tenterai le coup sur le service de VOD Wabona (entre Yizo Yizo et The LAB, il y en aura forcément au moins un pour me chavirer) mais pour le moment, on en est là : les comparaisons avec Intersexions restent cruelles.

Si je continue Known Gods, c'est d'abord parce que ce n'est pas non plus nul, simplement ce n'est pas l'absolu coup de coeur. Ensuite, parce 99% des dialogues sont compréhensibles (le 1% restant, j'arrive pas à définir si c'est moi qui ai des loupés avec l'accent ou si c'est carrément de l'afrikaans) alors tant qu'à faire auant regarder une série étrangère que je comprends sans sous-titres. Et puis, je l'admets sans honte, parce que quand j'ai acheté Known Gods, j'avais aussi commandé le DVD de la série Dryfsand en me disant qu'au pire, si je n'étais pas convaincue par l'une plus que l'autre, j'alternerais les visionnages. Sauf que Kalahari n'est pas clair sur les séries qui ont des sous-titres ou pas, et Dryfsand est en afrikaans et n'en a pas (cruelle découverte que ça a été, d'ailleurs) (si quelqu'un parle l'afrikaans et veut me racheter mon DVD de Dryfsand ?). Ce sont les limites des achats à l'aveugle, dirons-nous, mais tant qu'il sera difficile de trouver des épisodes de séries sud-africaines sur internet, je procèderai ainsi.
Donc du coup, j'avance dans Known Gods un peu plus vite que prévu, quoi. Chais pas si vous suivez la logique mais dans ma tête ça a du sens. Je vous l'accorde, j'ai de la fièvre depuis lundi, bon, bref.

Alors au nom de la nostalgie, j'ai décidé d'uploader le générique d'Intersexions, ce soir. Parce que je l'ai rippé depuis mon DVD alors autant que ça serve au plus grand nombre. Vous me connaissez, je suis comme ça. Et puis, surtout, parce que la saison 2 n'est pas encore diffusée en Afrique du Sud, alors le DVD, vous pensez... il faut donc que je prenne mon mal en patience.
Patientez donc avec moi, on se tiendra compagnie !

Intersexions
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

J'adore le thème musical d'Intersexions. Ce petit air au piano est super simple, mais il entre dans la tête comme rien. Il sert aussi pour le menu des DVD et, à force d'écrire mes posts en ayant le DVD qui tourne dans le salon pendant que je suis à l'ordinateur, eh bien, il m'est devenu très naturel, ce petit air, c'est le genre de musique qu'on identifie facilement à un univers de fiction et auquel on s'attache. On connait tous ça.
C'est une mélodie légère, qui est très éloignée, si on y réfléchit, du sujet assez difficile qui est celui de la série. J'aime ce choix, très éloigné de ce à quoi on pouvait s'attendre pour une série s'attaquant à un thème si sérieux ; il reflète bien, finalement, le parti-pris de toute la série, qui est de ne pas faire de la simple pédagogie mais de travailler sur une véritable oeuvre de fiction qui, en dépit de son angle sérieux (et effectivement subventionné par des organismes prenant la question très au sérieux, qui espèrent ainsi attirer l'attention du spectateur sur des problèmes de santé et de société), est bien décidé à offrir quelque chose qui soit accessible, agréable, et qui s'autorise un univers de fiction, et pas juste de jouer aux messages de prévention.

C'est aussi ce que disent les images de ce générique.

Et puis, avec ce générique, j'ai appris quelque chose, figurez-vous, alors j'en profite pour partager.
En fouinant dans le générique de fin, j'ai découvert que le générique d'Intersexions était dû à une société indépendante de la production de la série ; j'avoue avoir été surprise parce que je ne pensais pas qu'il y ait là-bas, comme aux Etats-Unis, un pan de l'industrie télévisuelle dédié à l'effort autour des génériques. Il y a plein de pays qui n'ont pas recours à ce genre de prestataires, j'ignorais que l'Afrique du Sud faisait partie de ceux qui déploient autant d'efforts pour leurs génériques, et ça fait plaisir à apprendre ! C'était une donnée intéressante à prendre en compte sur le fonctionnement de l'industrie locale, en tous cas.
Il faudra que je pense à vérifier ce qu'il en est pour Known Gods, d'ailleurs. Mais avec son côté légèrement Game of Thrones (pas au sens où il y a une immense mappemonde en 3D, mais parce que ça m'a rappelé la façon dont les maisons sont un thème si fort de l'univers de la série), ça ne m'étonnerait pas que la conception vienne également d'un tiers. Bon, du coup, si vous voulez voir le générique de Known Gods, vous savez à qui demander.

Et surtout, si vous voulez voir le pilote d'Intersexions, vous savez aussi quoi faire : j'avais dit que si j'avais 5 commentaires de volontaires sous le post du pilote, je le mettrais en ligne... et il y a 4 commentaires actuellement qui disent être intéressés.

27 novembre 2012

Poigne de fer

C'est fou ce que la nostalgie peut faire faire. Ca, et la tentation d'un pilote encore jamais vu, à laquelle nous savons tous que je ne sais pas résister.
Plus tôt ce mois-ci, j'ai repensé, pour la première fois depuis des années (et ptet même une décennie) à Witchblade. J'avais même été surprise de n'avoir jamais eu ne serait-ce que l'idée d'aller jeter un oeil au pilote ; "c'est bizarre que je l'aie totalement zappé, quand même", m'étais-je dit en essayant de recoller les quelques souvenirs flous que j'avais de la lecture de l'unique comics jamais eu en ma possession. Donc évidemment, ça devait arriver, j'ai fini par le cagouler.

Une décennie plus tard, voici donc ma review du pilote de Witchblade, ou plutôt le téléfilm qui sert de pilote, diffusé par TNT pendant l'été 2000. Parce que je le devais quand même un peu à l'adolescente que j'étais et qui avait réussi à acheter UN numéro de Witchblade, et même pas le premier.
Le problème, dans ce genre d'opération, c'est qu'on pense n'avoir que des souvenirs vagues, sauf que plus l'épisode avance, plus il y a des choses qui reviennent à la surface ; or ces choses sont tantôt un élément permettant de mieux comprendre l'intrigue, tantôt des choses qui se passent bien plus tard et qui ne font qu'ajouter à la confusion.

Alors histoire qu'on parte tous du même pied, voilà de quoi parle ce pilote de Witchblade : Sara Pezzini est une femme-flic au caractère bien trempé, mais qui reste particulièrement touchée par la mort brutale de son père il y a plusieurs années ; il était flic, comme elle, et son partenaire est aujourd'hui le chef du precinct où bosse Sara, parce que dans les fictions le monde est toujours petit. Quand l'épisode commence, elle est sur une autre enquête qui la touche de près, et qui en apparence n'a rien à voir : son amie d'enfance, Maria, qui avait un peu mal tourné (drogue, prostitution...) vient d'être retrouvée morte dans une chambre d'hôtel, froidement abattue. Sara est convaincue que la pire crapule de New York, un homme du nom de Tommy Gallo, en est le responsable.
Bon, déjà je sais pas si c'est parce que j'ai de la fièvre et une bronchite de l'Enfer, mais j'ai pas du tout compris comment le nom de Gallo est venu sur le tapis. Pourquoi lui ? Aucune idée. Mais Sara est totalement obsédée par cette idée alors, euh, ok, on te suit ma grande.
Avec son partenaire Danny (le seul qui puisse supporter de bosser avec elle), elle décide donc de prendre Gallo entre quatre z'yeux, et se retrouve, en voulant courser son garde du corps, dans un musée. Et dans ce musée, elle va tomber sur un étrange gant, qui va s'avérer être le fameux witchblade, une arme qui l'a choisie et qui ne va plus la quitter, et qui va, à vrai dire, la sauver, lorsque le garde du corps pète une conduite de gaz et fait exploser l'endroit.

C'est là qu'enfin les choses démarrent vraiment. Car Sara est très vite troublée par d'étranges rêves, des visions perturbantes, et tout un tas d'autres manifestations qui ne font rien pour la rendre plus cohérente que d'habitude. Elle est également suivie par un homme mystérieux (dont on apprendra en cours de pilote qu'il s'appelle Nottingham, et qu'il bosse pour un encore plus énigmatique milliardaire du nom de Kenneth Irons, très intéressé par le gantelet), qui ne s'exprime que par énigmes sibyllines, semblant en savoir long sur le witchblade, mais bien décidé à ne lâcher que le strict nécessaire, et encore.
Bien que pas tout-à-fait dans son état normal, et on la comprend, Sara décide d'embarquer Danny dans une filture aux abords du Rialto, un ancien théâtre désaffecté où elle est convaincue de trouver un moyen de lier Gallo au meurtre de Maria. Bonne pioche : Gallo lui-même se montre, et alors qu'ils s'infiltrent dans le bâtiment dans l'espoir de trouver quelque chose qui incriminera le gangster, Danny et Sara sont découverts. S'en suit une fusillade pendant laquelle Danny est tué, mais Sara, grâce au witchblade, survit. C'est donc un nouveau deuil pour notre héroïne, et là, elle est sûre de péter une durite ; elle se voit même parler au fantôme de Danny après l'enterrement ! Mais quand, suivant le conseil du fantôme qu'elle croit être une hallucination, elle demande à l'ex-partenaire de son père (accessoirement son boss, si vous avez suivi) s'il n'y aurait pas des fois un secret qu'il lui cache, elle découvre... qu'elle a été adoptée. Cela aurait-il un rapport avec le witchblade (qui lui permet donc apparemment de parler aux morts aussi) ? Pas le temps de se poser de questions, car l'affrontement final avec Gallo l'attend...

Witchblade

Wow ! Tout ça.
Et pourtant, même si le scenario est assez simpliste, et en dépit de quelques longueurs, je vous le concède, j'ai trouvé ce pilote diablement efficace. Vraiment, j'étais emballée, et ce en dépit de la longueur (1h34, ce qui à une époque n'était pas ahurissant, mais on a perdu l'habitude des pilotes à durée double).
Il faut aussi se remettre dans le contexte : on est à mi-chemin entre la fin des années 90 (l'héroïne est en jeans trop grands, en cuir, et/ou en vinyle 90% du temps, la musique rock est partout, de tics de réalisation venus de l'univers du clip, etc...) et le début des années 2000 (avec ce que cela comporte d'effets à la Matrix, de montage poussé à son paroxysme, et ainsi de suite). Et on a, en matière de réalisation, quelque chose que je n'hésiterai pas à qualifier de meilleur des deux mondes. Sans compter qu'on était en pleine vague de séries surnaturelles, avec énormément de mystères et de secrets, et que ménager ses effets, on savait faire, on était en pleine vague X-Files après tout ; là encore, Witchblade s'inscrit profondément dans cette tendance.
Pour moi qui ai passé plusieurs années de mon adolescence devant The Crow, par exemple (oui, ma mère était fan, on regardait toutes les rediffs), on est un peu dans le même esprit, visuellement, pour vous donner un point de comparaison. Il y a quelques vrais moments de bravoure, même si certains effets (au stroboscope, notamment) vieillissent un peu mal, mais clairement, pour un téléfilm/backdoor pilot, il y a eu de la recherche esthétique, du travail au storyboard, et énormément de temps passé à trouver LE plan qui va faire un effet de folie.
Résultat, ce pilote est incroyablement bien fichu, et on oublie la majorité de ses petites bévues lorsqu'on voit ce que ça donne.

Ce n'est pas tant que la forme permette de faire oublier les aléas du fond, d'ailleurs. C'est simplement que, d'une part, il y a énormément de choses à raconter en une heure et demie, et que ça implique quelques raccourcis (l'enquête policière est un peu reléguée au second plan, mais depuis quand c'est le genre de choses dont je me plains ?), et surtout que, d'autre part, il y a une vaste mythologie à mettre en place, mais que les mecs, ils font un backdoor pilot, et ils ne veulent rien lâcher. Ce sont les règles du jeu.
Alors au lieu de ça, on va passer énormément de temps avec notre personnage central. Sara Pezzini étant une plaie béante, on a largement de quoi s'occuper. Loin de la caricature du personnage dur qui ne s'en laisse pas compter, on sent que c'est surtout une nana qui a méchamment morflé, et qui d'ailleurs n'a pas fini. La mort de sa meilleure amie, puis de Danny, les souvenirs agités par son boss, sans compter cette histoire de gantelet aux pouvoirs surnaturels, ça n'est pas très bon pour sa santé mentale. On va donc vivre ces traumatismes les uns après les autres à ses côtés ; même si on comprend un peu plus vite qu'elle c'est qu'est le witchblade, en tous cas dans les grandes lignes, on ne peut qu'apprécier la façon dont se déroulent ses cauchemars, ou les diverses manifestations du pouvoir de cette arme unique, capable de voir dans le passé, par exemple. Et le plus beau c'est que, même si ça semble super utile pour un policier, l'arme est très peu tournée vers le bénéfice professionnel de Sara ; elle ne s'en sert que lorsqu'elle est poussée dans ses retranchements, et physiquement attaquée. C'est fort sympathique parce que sinon elle aurait vite fait de résoudre toutes les enquêtes du precinct et ce ne serait plus marrant du tout.

Au final, le witchblade est avant tout une malédiction. Car à cause de lui, et des bouleversements que ce gantelet a occasionné, toute la vie de Sara est fichue par terre. Elle ne sait pas qui elle est, elle possède un pouvoir qui la dépasse, et par-dessus le marché, de temps à autres, le witchblade lui impose SA volonté, SON instinct de tuer, quelque chose que, plus que les pouvoirs eux-mêmes, il faudra que Sara contrôle, ce qui n'est évidemment pas sa plus grande qualité. Le witchblade peut-il "dévorer" Sara ? Que se passera-t-il si c'est l'arme qui finit par manipuler la guerrière ? Et dans tout ça, Sara fera-t-elle une dépression, ou a-t-elle une chance de trouver, un jour, le repos ? Va-t-elle totalement péter les plombs ? Et si elle le fait, qui sera en mesure de l'arrêter ?
C'est là que le pilote voulait nous amener, à ressentir le désarroi d'un personnage qui pourtant en a vu d'autres, et qui désormais peut basculer, une sorte d'animal paniqué qui a désormais de sacrées griffes ! Les éléments mythologiques ont dont plutôt une belle vocation dramatique, dressant un portrait tout en souffrances plus que d'une histoire de pouvoirs magiques millénaires. Et forcément, moi, ça me parle, ce genre de choix.

Witchblade-Comics

Malgré tout, quelques bémols. Et vous allez voir que, oui, même quand on a lu un malheureux numéro il y a près de 15 ans, on peut faire la chieuse et jouer à la puriste du dimanche.

D'abord, l'un des intérêts de Witchblade, ne nous mentons pas, était... l'esthétisme. Oui, voilà : formulons-ça comme ça !
Dans la version dessinée, comme vous pouvez le voir ci-dessus, Sara Pezzini est caliente de chez caliente, elle ne porte que des tenues minuscules et/ou moulantes, et il faut bien le dire, elle est un peu exhib' sur les bords. Pour notre plus grand bonheur. Dans la version télé, Yancy Butler est, euh... rha, comment le dire de façon diplomatique ? Un peu... distante. Sèche. Froide. Aussi bandante qu'un réfrigérateur. Pardon je m'emporte. Mais pas loin. En tous cas certainement pas pupleuse, disons ça. Et surtout elle reste habillée au maximum, ce qui est quasiment contre nature, vu que dans la version dessinée, dés que le witchblade se manifeste, Sara souffre de brucebannerite aiguë et ses vêtements implosent (et pas uniquement parce qu'ils sont trois tailles trop petits, mais on va y revenir).
Mais il faut le dire, personne ne fait beaucoup d'efforts de toute façon ; bon, il y a bien David Chokachi qui tente de se mettre torse-nu à un moment, mais l'héroïne s'endort séance tenante, c'est vous dire le degré d'érotisme de la chose. Et pourtant, Chokachi est le seul à ressembler à peu près à son alter ego dessiné (il faut dire qu'il n'est à peu près embauché que pour ça vu la teneur du rôle ; si jamais vous regardez le pilote, il faudra qu'on discute de la scène au club, par exemple !). Nottingham, qui est supposé être une énorme montagne de muscles ténébreuse, est ici planqué dans un manteau quadruple épaisseur (Toronto en février, c'est pas chaud, je le reconnais) et jette des regards de temps à autres par-dessous son bonnet, inutile de dire qu'on ne la sent pas trop, la chaleur avec Sara... Quant à Irons, c'est une vaste plaisanterie, l'acteur est maigrichon et n'impressionne personne. Déception, vous dis-je.

Bon, mais plus sérieusement, il y a un vrai problème à mes yeux : l'apparence du witchblade. Alors je comprends bien, la postprod, ça coûte un bras (ah ah), mais un vulgaire truc de métal, ça fait un peu miteux. Je crois que l'une des images les plus fortes que j'avais mémorisées de Witchblade, c'était celle ci-dessus (je me suis mise en chasse pour l'occasion, pas peu fière d'avoir mis la main dessus...). Le witchblade est dans la bande-dessinée une arme quasi-végétale, comme des ronces qui émergent du corps de Sara et qui la recouvrent, faisant péter ses vêtements au passage (et la faisant saigner aussi, si je me souviens bien ; un peu comme Wolverine, pour ceux qui suivent). Bon, ok, je le redis : c'est pas facile à faire, j'en conviens. Mais pourquoi opter pour une sorte de "tout l'un ou tout l'autre", et se retrouver avec un truc métallique ? On perdu une donnée importante du witchblade au passage ; car dans la version télé, cela ressemble surtout à une armure. Et une armure, c'est bien. Alors qu'une plante mutante qui vous pousse dans le corps, c'est plus ambivalent, quand même, ça vous blesse autant que ça vous protège... bon, moi je suis déçue qu'on perde une partie de cette dimension, quand même, voilà.

Mais surtout, et là je vais être totalement et absolument sérieuse... le pilote a beau être efficace et plutôt réussi, eh bien, je ne sais pas si j'ai envie de voir les 23 épisodes qui suivent. En fait, je crois qu'en regardant le pilote de Witchblade et en essayant de m'imaginer regarder ça pendant quelques semaines (ouais, c'est pas tout ça, mais j'ai mon marathon Scrubs à finir, en plus, vous savez, de tout le reste), c'est que ça doit sembler un peu répétitif et/ou longuet. Paradoxalement.
Et alors que j'essayais, plus tôt ce mois-ci, d'imaginer ce que donnerait une série "live" des X-Men, notamment parce que le livre X-Men and Philosophy laissait entrevoir des thématiques fascinantes qui ne pourraient jamais être approfondies dans un film comme elles pourraient l'être dans une série, soudain je me suis dit que, ouais, mais non. Parce que si on y réfléchit, des superhéros sans scènes de baston, c'est rare (et d'ailleurs le pilote de Witchblade en contient une ou deux qui ne m'ont pas captivée, fidèle à mon habitude). Or ça donnerait un tour très répétitif à notre affaire. C'est aussi pour ça que je suis contente d'en avoir fini avec les années 90, d'ailleurs, parce que mon Dieu, qu'est-ce qu'on en a bouffé des scènes d'action de tous poils...

Reste que pour une raison qui m'échappe, visionner ce pilote, qui n'a pourtant pas vieilli tant que ça visuellement (vraiment sur des détails, c'est promis), m'a fait opérer un voyage dans le passé. J'ai repensé à plein de séries que je regardais alors (au rayon séries fantastiques, mais aussi à Brooklyn South du fait de la présence de Yancy Butler ; et puis, David Chokachi est, dans l'esprit de tous les téléphages ayant connu les années 90, associé à Alerte à Malibu), des comics que j'avais tenté de lire, tout ça tout ça, et c'était assez sympa de faire ce voyage.
Dans ma fuite en avant pour voir toujours plus de pilotes (soit très exotiques, soit très anciens), j'en oublie parfois qu'il y a à peine 10/12 ans, on faisait des choses pas trop mal. Je crois d'ailleurs qu'on l'oublie tous assez facilement, dans l'ensemble, ces séries qui ne sont pourtant pas si vieilles ; elles ont la malédiction de n'être pas assez datées pour être des classiques, et pas assez récentes pour être mentionnées de temps à autres. C'est chose faite pour Witchblade, au moins. C'est déjà ça.
Bon, mais maintenant, je me demande si je vais pas me remater le pilote de The Crow, dites donc...

Et tout ça à cause d'un visionnage de la trilogie X-Men...

9 novembre 2012

La musique dans la peau

Un jour, il faudra que je rencontre Luiz Fernando Carvalho, et que je lui demande : "au juste, ça fait quoi de se lever le matin, d'enfiler ses chaussons pour trainer jusqu'à la salle de bains, et de regarder dans le miroir en se frottant les yeux, et de se rappeler tout d'un coup qu'on est un génie ?". Parce que je suis curieuse, vraiment ; et parce que je soupçonne aussi qu'être Luiz, ce soit une révélation quotidienne.
On parle quand même d'un homme capable à la fois d'avoir une patte, reconnaissable entre mille, identifiable au premier coup d'oeil, et pourtant, en constante réinvention.

Quand on a vu quelques séries de Luiz Fernando Carvalho, ou qu'au moins on y a jeté un oeil (je n'ai pas vu en intégralité des séries comme A Pedra do Reino ou Os Maias, par exemple), on finit par attendre de lui l'excellence, rien de moins. Mais peut-être aussi rien de plus. Au sens que l'excellence, au bout d'un moment, bon bah, on pense qu'on s'habitue, quoi. Qu'au final, le talent de l'ami Luiz peut être résumé à des gadgets qui reviennent d'une oeuvre à l'autre : dans Capitu, s'inspirer de tels arts, et adopter telle charte graphique ; dans Afinal, o Que Querem as Mulheres?, choisir d'autres inspirations, et une autre palette de couleur. On en oublierait presque que le travail Luiz ne se réduit pas à cela.
Suburbia est l'occasion de se souvenir qu'aussi incroyable que Luiz puisse être lorsqu'il pousse la recherche esthétique à l'extrême, ce n'est pas sa seule vertu, et que son talent est aussi de capturer des émotions, voire même des sensations. On peut être chaviré par le style incroyable de Capitu ou les couleurs sublimes d'Afinal, o Que Querem as Mulheres?, en fait il est difficile de faire autrement, mais le travail va bien au-delà.

Peut-être que la clé, c'est l'origine de cette mini-série, justement ; inspirée par une proche du réalisateur récemment décédée, Suburbia a une forme de sincérité, d'authenticité. Il ne s'agit nullement de bâtir un monument graphique en hommage à une femme chère à son coeur, mais plutôt d'essayer de passer du temps avec elle, à respirer à son rythme, à comprendre ce qui la fait vibrer... et, comme pour coller au plus près, la plupart des artifices ont été mis de côté. Ne restent que l'élégance et un sens de l'image inimitable.

Suburbia-Logo

Ce qui n'aide pas forcément Luiz, c'est que, dans Suburbia, il est difficile de construire une unité stylistique comme dans d'autres oeuvres précédentes du réalisateur brésilien. La série commence dans un univers, passe dans un deuxième, en aborde un troisième et s'oriente, en fin d'épisode, vers un quatrième.

Caméléon sans le savoir, l'héroïne de cette mini-série, Conceição, commence en effet sa vie au creux des montagnes de l'Etat de Minas Gerais, dans une famille plus pauvre que pauvre qui gagne péniblement sa vie en fabriquant du charbon de bois, un métier dangereux et pas franchement lucratif. L'épisode commence alors que l'unique cheval détenu par la famille va être abattu pour être manger ; l'animal n'est pas spécialement charnu, mais c'est toujours ça de pris. Cependant, ce superbe équidé élancé s'avère aussi être le meilleur ami de la petite Conceição, une beauté aux grands yeux qui supplie de toute son âme qu'on épargne l'animal... son père n'aura pas le coeur de tirer, et le cheval sera sauvé. Cette première séquence, entre violence triviale et émotion douce (le regard du paternel baissant sa carabine vaut tout l'or du monde), est un peu la profession de foi de Suburbia, mais nous ne le savons pas encore, alors que nous accompagnons Conceição dans ses retrouvailles avec son partenaire de toujours.
Malheureusement, la vie dans une carrière de charbon de bois n'est pas que victoires, et le sentiment d'invincibilité que ressent la petite fille avec son cheval va être de courte durée, interrompu qu'il est par un accident qui coûte la vie à son frère, et qui manque de la priver de la sienne (si ce n'était pour sa mère qui la ramène des morts aussi sûrement que le fait Oriel pour Fish dans Cloudstreet). Effrayée, la matriarche l'encourage à partir chercher une vie meilleure à Rio de Janeiro, armée d'à peine un petit balluchon, d'une Vierge noire tendrement emaillottée dans un petit mouchoir rouge, et d'une coupure de journal pour toute boussole. Je vous laisse imaginer la séparation avec le cheval, de quoi transformer vos joues en marais salant.

Quittant le charbon pour le béton, Conceição, je vous la fais courte, va passer par la rue mais surtout le foyer pour enfants, dont elle s'échappera vite fait (s'éloignant ainsi d'une jeune fille bien décidée à faire pleinement usage des douches collectives), avant d'être malencontreusement percutée par une voiture en évitant les policiers à sa recherche.
Le spectateur, totalement sous le charme de l'innocente créature, n'en finit pas de se demander si les problèmes vont un jour s'arrêter pour l'héroïne... quand la jeune femme qui l'a percutée avec sa voiture décide de la prendre sous son aile. En échange du gîte et du couvert, Conceição vivra avec elle et son compagnon comme jeune fille au pair, en quelque sorte ; les années passant, elle s'occupera également des deux enfants de sa bonne samaritaine. C'est en effet dans ce foyer qu'elle grandit, au son de la radio et en regardant les émissions musicales à la télévision, dansant dans la cuisine, heureuse.

Ah, que tout cela est merveilleux ! A ce stade, Conceição est notre petite chérie, notre adorée, et la voir resplendissante est savoureux. On est prêts à regarder toute une série dans laquelle elle trouverait le bonheur à chaque épisode un peu plus.
Mais il n'existe pas de série dans laquelle les personnages sont un peu plus heureux à chaque épisode. Ca ne fait pas une série, le bonheur.

Après avoir découvert le quartier populaire coloré de Madureira avec son amie, collègue, et un peu mentor, Vera (une femme pieuse qui aujourd'hui s'occupe d'une vieille dame, mais qui n'a peut-être pas toujours eu une vie aussi rangée), Conceição s'apprête à vivre une adolescence radieuse et épanouie avec les ados du coin, ondulant au son des meilleures chansons du moment. Cette innocence n'aura qu'un temps...

      

Le pilote de Suburbia oscille en permanence entre cette violence et des passages d'une grande candeur. C'est ce qui en fait une oeuvre si rafraîchissante. En accompagnant pas à pas notre Conceição aux yeux curieux et au grand sourire, la camera nous aide à voir le monde comme elle : il n'y a pas de danger, il n'y a que des découvertes à faire. Conceição ne sait même pas qu'elle est belle, qu'elle l'a toujours été, qu'elle le devient chaque jour un peu plus. Elle ne voit pas le regard des autres sur elles ; nous le percevons, comme elle, de façon confuse, ou, surtout, lorsqu'il est trop tard. Une adolescente de la rue qui jette un oeil plein de convoitise dans sa direction, une femme qui fait un peu la tête lorsque son mari s'approche de la jeune fille, des garçons qui lui font la cour en dansant : Conceição ne saisit pas ce que les autres voient en elle. Pourtant, elle en fait parfois les frais. Il lui arrive d'avoir l'instinct nécessaire pour se protéger, mais...

Beaucoup de choses, encore, attendent Conceição. Beaucoup de musique, aussi : c'est la promesse de Surburbia, après tout (et vous le savez d'autant mieux si vous avez regardé la bande-annonce). En suivant le Destin de cette personne à l'âme si bien faite et à l'enveloppe corporelle toute assortie, Suburbia ne veut pas nous raconter quelque chose de tragique.
Son utilisation des couleurs, des lumières, de la musique (rarement une série signée Luiz Fernando Carvalho aura fait autant de place à la musique, non en termes de quantités, mais bien dans la façon de la mettre en valeur, mieux, de la vivre) est trop exaltée pour cela. Mais sans jamais trop en faire. S'il fallait choisir un ingrédient esthétique qui soit au centre des choix pour Suburbia, ce serait probablement... la peau. Caressée par la camera, léchée par la lumière, aspergée de cendres, constellée de gouttes de laits, ruisselante d'eau, moite de sueur : dans Suburbia, l'héroïne a la peau noire, et le réalisateur cherche mille façon d'en souligner la beauté, la nuance, la souplesse, l'élasticité, et mille autre propriétés fascinantes. Luiz semble totalement subjugué par le jeu des muscles sous cette peau, la façon dont les yeux l'illuminent, l'éclat qu'elle prend sous des habits colorés, et mille autre détails qui témoignent de la subjugation du réalisateur pour son sujet (un envoûtement d'autant plus louable que les séries mettant en scène des héroïnes de couleur ne sont pas légion, même au Brésil où pourtant les Afro-Brésiliens, les Aguda, représentent 11% du pays). La seule chose que Conceição possède vraiment, c'est sa beauté ; on peut tenter de lui ravir bien des choses, mais pas cela...

Conceição est promise, on peut en être sûrs au visionnage de ce pilote, à une vie passionnante... mais pas déprimante ! Bien-sûr, il y a eu, il y a, et il y aura de véritables passages tragiques, mais Suburbia n'est pas le constat d'une existence ruinée, d'un potentiel gâché, peut-être même voué au néant par sa naissance modeste. Comme une petite pousse verte entre deux dalles de béton, l'héroïne de cette mini-série est une force vive que rien ne peut vraiment piétiner, j'en suis sûre après cet épisode.

Ce n'est pas par le parcours de Conceição, ni par les péripéties racontées, que Surburbia se distingue de tant d'autres histoires similaires, c'est par son envie de dépeindre avant tout un être qui, au travers de ses différentes vies, va toujours persister à exister. C'est une bien belle ode à la solidité de chacun que chante Suburbia, et l'air est en plus très doux aux oreilles du téléphage exigeant.

Alors, pardonnez mon langage, mais Suburbia... PUTAIN, C'EST BEAU.
Et comme aucune série avant elle.

8 novembre 2012

C'est tout dans la tête

Mes tentatives pour me réconcilier avec la télévision sud-coréennes sont assez aléatoires. Pour un White Christmas, combien de Kkotminam Ramyeongage ?
Mais alors que je faisais des fouilles en matière de séries venues de Singapour et de Hong Kong (des fictions asiatiques susceptibles de parler anglais, donc... j'ai notamment mes vues sur The Kitchen Musical qui finira bien par sortir en DVD un jour vu son succès), je suis tombée sur le DVD de Brain, une série sud-coréenne dont j'avais entendu du bien, et dont le pitch tendait à indiquer que de romance il n'y aurait point ! Or la romance systématique, c'est ma pomme de discorde avec la Corée du Sud ! Pire : ma kryptonite ! Ni une ni deux, j'ai commandé le DVD, à plus forte raison parce qu'il comportait des sous-titres anglais.

Brain

Brain se déroule dans l'hôpital universitaire de Chunha, qui forme [évidemment] la crème de la crème des médecins de demain ; en particulier, son service de neurochirurgie est très prisé par les étudiants en médecine souhaitant se spécialiser. L'épisode commence un peu comme les plus grands procedurals de la planète, avec une très classique entrée en matière qui nous permet d'assister à une exceptionnelle performance d'un nageur dans une piscine de la ville ; tandis que l'athlète fait l'admiration des simples péons venus faire trois brasses dans le grand bain, sur le côté, un homme un peu rondouillet s'effondre : il sera notre patient, naturellement, et nous l'accompagnons alors qu'il est emmené de toute urgence à Chunha, où sa rupture d'anévrisme doit être traitée dans les meilleurs délais.
Jusque là rien que de très classique, mais quand c'est le jeune résident Dr Ganghun Lee qui décide de l'opérer au lieu d'appeler un senior, une partie du personnel médical tique un peu.

Sûr de lui, Ganghun Lee va donc se dépêcher de faire libérer une salle d'opération, se préparer consciencieusement, et opérer accompagné de ses internes, lesquels sont ébahis par son assurance, son audace et son sang-froid même quand les choses commencent à mal tourner.
Car elles tournent mal. Subitement, une hémorragie l'empêche de finir d'oblitérer l'anévrisme ; alors que le patient se vide de son sang, le Dr Lee semble incapable de trouver la source de ce saignement, inquiétant tout les jeunes internes et les résidents massivement agglutinés dans la salle d'observation. Bien qu'il poursuive son opération sans ciller, un autre résident, le Dr Seo, décide de discrètement avertir le professeur Kim, un expert mondialement renommé qui consacre une grande partie de son temps à la recherche sur les tumeurs. Pendant que les internes, les résidents, et désormais le professeur, assistent avec angoisse à la tournure de l'opération, le Dr Lee a fait appeler le chef du service, le Dr Go ; quand ce dernier arrive, Lee a quasiment tout réglé : il ne reste plus qu'à installer la petite pièce métallique finale qui achèvera de fermer l'anévrisme.

Pendant toute cette scène, il est clair que le spectateur, qui s'est aussitôt rangé du côté du Dr Seo (l'attitude hautaine et arrogante de Lee empêchant toute affectivité), est convaincu que cette enflure de Dr Lee va avoir la monnaie de la pièce. Pour avoir été trop sûr de lui, trop empressé à conduire sans supervision une opération minutieuse et sensible, il va tout perdre, c'est certain. C'est dans l'ordre des choses : il faut être humble, travailler dur, et attendre d'être prêt ; Ganghun Lee a voulu aller trop vite, il va récolter ce qu'il a semé.
Mais le Dr Lee a une longueur d'avance sur nous. Sur tout le monde. Et non seulement il est sûr de lui, et d'un sang-froid hallucinant, mais en plus, il a raison ! Quand le Dr Go débarque, le patient se porte comme un charme, il ne reste plus qu'à faire une petite manipulation minable, indigne d'un chef de service. La réaction ne se fait pas attendre : le Dr Go décrète à voix haute que pareille tâche n'est pas digne de lui, que Lee est suffisamment compétent pour s'en charger vu qu'il a parfaitement mené l'opération jusque là (il ignore que quelques minutes avant son entrée dans la salle d'opération, le patient pissait le sang...), et que désormais, Lee pourra faire ses opérations sans supervision : il a sa bénédiction.
Et devant le service tout entier, excusez du peu.

Soudain il apparait que l'intention de Brain n'est pas de parler de médecine, mais de l'ambition des médecins.

Ganghun Lee a parfaitement joué son coup (certes avec un max de culot et peut-être une petite part de chance) pour être désormais reconnu comme un médecin accompli par la hiérarchie.
Avec cette entrée en matière un peu longue, en apparence un peu scolaire dans le déroulement des séquences (on pensait assister à une opération comme une autre, ensuite on se dit que ça se trouve on est là pour assister à un rappel à l'humilité d'un chirurgien...), et dont on ne nous passe pas le moindre détail médical explicite puisque la camera observe plus l'opération que les médecins (en cela, cela m'a un peu rappelé le début de Before and After Seonghyeongoekwa, ne s'embarrassant pas de montrer les manipulations dans toute leur crudité), Brain établit en fait les bases d'un système politique interne à l'hôpital, où l'arrivisme compte autant que les compétences.

La suite du pilote sera consacrée à insister en ce sens, en montrant non seulement comment désormais Ganghun Lee va se considérer arrivé, et va user de son pouvoir avec les jeunes médecins placés sous son autorité, mais aussi comment le Dr Seo va progressivement se placer sur sa route, comment le Dr Ko va au contraire encourager son poulain, et comment, dans tout ça, le très compétent et très humain Pr Kim va se montrer être un exemple de praticien dévoué.

Cela ne veut pas dire, à aucun moment, que le Dr Lee ne compte que sur ses dents longues pour progresser professionnellement. Derrière son ambition se cache également beaucoup de travail et de renoncement.
Même s'il n'est pas le "gentil" de notre histoire, Ganghun Lee est notre héros, ou plutôt évidemment un anti-héros. Ce n'est pas un monstre comme le Dr Kelso (oui je me suis jeté quelques épisodes de Scrubs derrière la cravate, récemment), ce n'est pas un homme profondément blessé comme la figure emblématique de Dr House (même si évidemment, le point de départ de sa volonté de faire de la médecine s'explique par son background, on ne peut pas y échapper). Et j'ai apprécié que Brain prenne vraiment un parti original et personnel dans sa façon d'aborder un personnage qui, clairement, n'attire pas la sympathie ni de son entourage (mais il s'en fiche), ni des spectateurs (et ça c'est plus compliqué, déjà).
Sa mère et sa soeur, par exemple, sont devenues des étrangères pour lui ; ce n'est pas vraiment qu'il les méprise, simplement il ne veut pas avoir de connexion ni de temps pour elles. Il n'a tissé de lien avec personne à l'hôpital, si ce n'est le Dr Ko, mais c'est évidemment à dessein ; cela ne se traduit même pas par une quelconque forme d'obséquiosité, car Ganghun Lee veut essentiellement se faire remarquer pour ses compétences, il est simplement très habile lorsqu'il s'agit de les mettre en avant, on l'a vu. Et puis, alors qu'il semble n'avoir pas cligné de l'oeil une seule fois depuis des heures et des heures, il est clairement impliqué dans une amélioration constante de ses capacités, un entretien régulier de sa résistance physique, et une mise à niveau permanente de ses connaissances médicales. Ganghun Lee n'est pas un surhomme, mais c'est un homme tout entier dédié à son but. Il est peut-être insupportable pour ses internes ou les autres résidents, mais il se veut irréprochable et travaille de façon acharnée à atteindre une certaine sorte de perfection.
En décidant de tout sacrifier, de tout occulter au nom de son ambition, Ganghun s'ampute d'une part d'humanité pourtant inhérente à son rôle de soignant. C'est aussi ce que cherche à dire Brain, qui nous rappelle, via la présence du Dr Seo et du Pr Kim, que le contact avec les patients est important aussi ; à défaut de faire toute la différence dans la guérison d'un patient, cela fait en tous cas toute la différence dans la relation qu'a le malade avec celui qui le soigne.

Naturellement, ce n'est pas un simple boulevard qui s'ouvre au Dr Lee dans ce premier épisode. Des rappels à la réalité lui seront, à coup sûr, assénés, à bien des égards.
D'abord parce que la situation financière du service de neurochirurgie va inciter la hiérarchie à braquer les projecteurs sur le Pr Kim, afin de s'assurer que ses recherches font de lui le centre d'attention de l'hôpital, attirant ainsi une certaine réputation et donc une certaine clientèle. En volant ainsi, sans le vouloir, la vedette à Lee, Kim va forcément réveiller la bête qui sommeille, mais d'un oeil seulement, derrière l'apparence maîtrisée de Ganghun Lee.
Et puis, le vernis est voué à se craqueler, nécessairement. La faute n'a pas été commise au début du pilote par Lee : ça n'est que partie remise. Il suffira d'une fois, d'une seule, d'une seule petite faute, même mineure : être un peu trop arrogant, trop sûr de sa supériorité, ne lui sera jamais pardonné maintenant qu'il a tout fait pour s'élever si haut et si vite.

Brain-Promo

Comme la plupart des séries sud-coréennes, Brain ne peut pas s'empêcher, outre la problématique posée par le comportement de Ganghun Lee, d'être un ensemble show : c'est dans son ADN. On trouve donc, dés ce pilote, et avec la certitude qu'ils vont se développer, d'autres axes narratifs et d'autres pistes de réflexion.

Il y a d'abord l'incontournable personnage féminin. Ah oui, au singulier ! Mais l'avantage c'est qu'elle est multifonctions, puisque la jolie Dr Jihye Yun va à la fois servir d'enjeu romantique (je vous laisse deviner l'expression sur mon visage), de personnage un peu plus humain et naturel (limite chouineuse de mon point de vue, mais je me sais assez réfractaire au surjeu de certaines actrices asiatiques) et d'argument sur, justement, la place des femmes dans un monde très masculin.
Jihye (que tout le monde appelle par son prénom, au passage) est à la fois en formation dans le service de neurochirurgie, et assistante du Pr Kim, qu'elle respecte et qui, apparemment, la respecte également ; ils partagent une relation de connivence, bâtie autour des recherches qu'elle l'aide à effectuer et qui sont en net progrès. Malheureusement, Jihye est aussi une femme au tempérament assez peu rangé, qui n'hésite pas à toujours dire ce qu'elle pense et laisser s'exprimer ses émotions, qu'il s'agisse d'instinct, d'inquiétude... ou de colère. Clairement, on est dans un classique des personnages féminins de Corée du Sud ces dernières années, dans lesquelles bien-sûr la jeune femme n'a pas la langue dans sa poche et ne comprend pas toujours le sens du mot diplomatie. Une personnalité qui ne pouvait que faire des prodiges face au self-control entretenu par le Dr Lee, qui tente de la remettre à sa place !

On assistera donc à une scène assez glaciale pendant laquelle, une fois de plus, elle a protesté ouvertement contre sa façon de traiter ses subalternes, et Lee lui assène une cinglante vérité : "Vous venez à une réunion de spécialistes sur deux ou trois, et vous n'êtes jamais là quand je viens pour observer. Alors vous êtes occupée, bien. Mais si vous faites l'impasse sur les réunions, vous devriez travailler encore plus dur. Est-ce que vous le faites ? Non. Vous êtes une résidente de troisième année, et pourtant vous faites des erreurs sur les dossiers des patients. Vous donnez les mauvais ordres, et vous ne répondez jamais à mes questions. Les femmes comme vous, je les connais. Vous vous arrangez pour vous glisser dans un domaine principalement masculin simplement grâce à l'agressivité et la chance. Et vous demandez des droits, et l'égalité, prenant tout ce que vous pouvez, mais fuyant les responsabilités, en faisant faire aux autres ce que VOUS êtes supposée faire". Allez, mange. Cette critique aux relents un peu sexistes semble d'abord déplacée ; mais venant du Dr Lee sans coeur, faut-il être surpris ? D'autant que très vite, le Dr Yun s'est positionnée comme un personnage sympathique, avec lequel l'identification est, comparativement, beaucoup plus facile.
Mais à mesure que l'épisode progresse, les propos du Dr Lee prennent un sens nouveau. Même si ce n'est pas conscient, le Dr Yun profite des bonnes prédispositions de certains médecins à son égard, qui lui accordent plus d'attention : le Pr Kim, qui visiblement la considère comme un atout dans ses recherches, et qu'elle accompagne également pendant ses rondes ; et le Dr Seo, qui visiblement a un faible pour elle et qui est prêt à croire tout ce qu'elle dit sans la remettre en question. Et finalement, c'est vrai : en tant que femme, Jihye tire partie d'une certaine part de privilèges, quand bien même elle ne fait rien tout spécialement pour se les attirer.
Derrière la question amoureuse ainsi effleurée se cache donc une problématique intéressante... OUF !

Il faut aussi ajouter à ces deux personnages toute une galerie d'internes (généralement d'une docilité à toute épreuve face au panache de Ganghun Lee), de résidents, et d'infirmières, esquissant les relations professionnelles de tout un hôpital.
Dans cette série médicale, l'enjeu n'est justement pas le volet médical : il est acquis, parce que l'hôpital de Chunha est l'alpha et l'omega de la formation médicale, que tout le monde ici a un niveau minimum. Nous ne nous intéressons pas, ou si peu, aux patients : leur sort nous importe uniquement lorsqu'en dépendent les influences fluctuantes des médecins. L'enjeu n'est pas de souffrir avec eux, ni même d'espérer qu'ils guérissent ; d'ailleurs, lorsqu'on suppose (qu'on espère ?) secrètement que Ganghun Lee va tout foirer pendant l'hémorragie, on en viendrait presque à vouloir que le patient claque sur la table d'opération.

La question que pose Brain, c'est : qu'est-ce qui fait un bon médecin ? Tout est, vraisemblablement, dans l'équilibre.
Le Dr Ganghun Lee a, c'est évident, bien des qualités pour être l'un des meilleurs, et l'une d'entre elles, non des moindres, est qu'il ne souhaite rien plus au monde. Mais même l'excellence de sa technique, son sang-froid incomparable et son sens aiguisé de la hiérarchie hospitalière ne suffisent pas vraiment. A contrario, constamment dans l'émotionnel, le Dr Jihye Yun ne peut prétendre aux honneurs tant qu'elle n'apprend pas le contrôle, justement. Les recherches pointues et prometteuses du Pr Kim avancent, certes, mais en se détournant en partie des opérations, il n'est pas assez ostensiblement brillant, alors que le Dr Go cherche clairement des "stars" à mettre en avant auprès des VIP...
A travers son regard sur la politique interne des hôpitaux, Brain veut poser la question d'un idéal qui semble impossible à atteindre précisément si on s'y dédie. Que faire de tout cela quand il faut aussi s'auto-former, se perfectionner, entretenir un semblant de vie sociale et/ou familiale, et, chose non-négligeable, dormir ? Cette dernière question sera soulevée en filigrane par de mini-scènes insistant sur un interne qui passe son temps à s'endormir sur son travail... pour l'instant il n'a mis personne en danger, mais qui sait ?

Une parenthèse, comme c'est la coutume, sur mon fournisseur du jour. Il s'agit de HMV Hong Kong, choisi sans grande raison particulière si ce n'est tester le service en vue d'achats futurs (il y a aussi des séries nippones qui trainent sur le site, et toujours avec des sous-titres anglais, je ne vous dis que ça). En dépit de son impraticabilité, puisqu'il faut apparemment parcourir la rubrique séries sans possibilité de trier les résultats ni même un système de classement alphabétique (seule solution si vous savez ce pour quoi vous venez : la fonction recherche), et qu'en plus les séries de plusieurs pays sont mélangées dans cette même catégorie, on y trouve un grand choix qui a de quoi mettre l'eau à la bouche.
Sur le volet financier, le coffret de Brain a coûté 42,27€, frais de port compris. La commande a été livrée en très exactement 8 jours, ce qui est pas mal vu le kilométrage effectué. L'objet majeur de mon admiration ira cependant à l'emballage : le coffret était dans du papier à bulle, fermement arrimé dans un carton à la Amazon, avec en plus une enveloppe renforcée pour faire le transport par-dessus le marché. Mieux, on peut pas.
Si le coffret en lui-même est un bel objet (boîte cartonnée et dépliable avec une fermeture aimantée, très belles illustrations reprenant la plupart des posters promotionnels de la série, il me faut quand même préciser l'encodage un peu pourri, mais aussi l'image au 4/3, qui d'après ce que j'ai lu est la façon dont ça a été diffusé à Hong Kong donc passe pour cette fois (quand on achète à l'étranger, c'est le jeu ma pov'lady !). M'enfin au moins, vous êtes prévenus.
Mais en mettant de côté ce léger soucis (et puis ça se verrait ptet moins sur ma télé que sur mon ordi, j'ai pas encore essayé), ça valait quand même le coup de faire cet achat, ne serait-ce que pour les sous-titres anglais d'excellentes facture. Je confesse avoir eu peur de tomber sur des fastsubs, j'avais du mal à croire qu'il s'agisse d'un DVD "officiel" (fut-il édité dans un autre pays que celui qui a vu naître la série), mais force est de reconnaître que c'est un investissement relativement fiable ; il faut dire que je suis relativement peu regardante sur la qualité d'image. Donc banco, je recommande.

L'univers de Brain s'avère foisonnant, passionnant, et complexe. Les quelques facilités sont facilement excusées par la volonté claire de poursuivre une discussion sur l'exercice de la médecine. On dit souvent de cette discipline, et en particulier la chirurgie, est soumise à une rude compétition... c'est ce que veut aussi nous raconter Brain, et grâce à cette course à la réussite, l'excellence et la reconnaissance, le pilote promet d'aborder des questions sensibles.
C'est une belle promesse, et je n'ai, au stade de ce premier épisode, aucune raison de douter qu'elle ne sera pas tenue. On en reparle dés que j'ai fait un sort aux 19 épisodes suivants.

14 septembre 2012

Le prix à payer

Combien de fois par jour entendons-nous au moins une personne, qu'il s'agisse de l'un de nos contacts dans la communauté téléphagique ou de télambdas, décréter que "c'est toujours la même chose", que "l'originalité est morte", que "tout n'est plus que remakes et adaptations"...? Combien de fois, sincèrement ? Et on est d'accord ou pas avec ce type de constat, il n'empêche que nous avons tous, ne serait-ce qu'une fois, par fatigue, découragement ou tout simplement parce que nous étions dans une période creuse pendant laquelle nous n'avions pas forcément été attentifs à ce qui se passe dans le monde de la télévision, dit quelque chose dans ce genre.

Fort heureusement, j'ai une super nouvelle : ce sont rien que des conneries. Des séries originales, novatrices et intrigantes, il y en a des tonnes. J'espère parfois vous en faire découvrir une ou deux, à l'occasion d'un de mes posts quotidiens ou d'un autre. Aujourd'hui est, je le crois, l'un de ces jours. Pour tout vous dire, je ne m'étais plus autant amusée devant une série depuis...!!!
Depuis... bon, 4 jours, devant Srugim. Mais pas de la même façon, pas du tout.
En tous cas, aujourd'hui, je m'apprête à vous parler d'une série canadienne que je ne connaissais pas du tout il y a encore 24h, intitulée The Booth at the End.

TheBoothattheEnd-TheMan

Imaginez un diner. Le plus classique possible, avec les banquettes alignées, le jukebox qui murmure dans un coin, la serveuse qui passe de table en table pour resservir du café, la totale, quoi.
A la banquette du fond est assis un homme, l'air austère, et pas très bavard. Les gens qui entrent dans le diner viennent souvent à lui, s'installent à sa table, échangent quelques mots, parfois commandent un plat ou une boisson, puis partent. Quel est donc cet homme et que veulent ces gens ?

C'est justement ça, le propos de The Booth at the End : ce que veulent les gens. Ils ont en effet entendu que...? Et ils viennent confesser à l'homme ce qu'ils veulent en espérant qu'il exauce leur voeu. Mais les choses ne sont pas si simples : lorsqu'on veut quelque chose, il faut faire quelque chose pour l'obtenir. Chaque fois qu'une personne lui dit ce qu'elle souhaite dans la vie, ce dont elle a besoin, il leur confie une mission à accomplir. Ce n'est qu'à la condition que cette tâche soit menée à bien, et qu'il sache tous les détails de la préparation, que le voeu sera réalisé.
Mais l'homme étrange, qui n'a pas de nom, n'est pas un faiseur de miracles. C'est dans son mystérieux carnet (qu'il ouvre au hasard) qu'il trouve les missions à confier. Ce n'est pas lui qui décide. En fait il ne décide de rien. Il est juste leur interlocuteur, l'homme de main, en quelque sorte, de cet étrange carnet où il couche également noir sur blanc ce que lui disent ses visiteurs.

The Booth at the End est, vous l'aurez compris, une étrange série hors-norme. Déjà de par son format : les épisodes durent une demi-heure, mais sont en réalité constitués de petites vignettes qui durent environ deux à trois minutes ; chacune de ces vignettes suit une entrevue avec un personnage. Les personnages sont récurrents : ils peuvent passer plusieurs fois dans un même épisode, ou ne pas être vus pendant quelques épisodes d'affilée. Ainsi, en dépit du fait que son concept soit idéal pour une série d'anthologie, The Booth at the End est une série complètement feuilletonnante : non seulement il faut impérativement regarder les vignettes, et donc les épisodes, dans l'ordre chronologique, mais impossible de suivre un seul personnage (en cela, The Booth at the End diffère d'une série qui aurait pu être similaire, In Treatment).
Grâce à cette structure très efficace, The Booth at the End propose une incroyable dynamique qui fonctionne parfaitement, et se montre incroyablement envoûtante, alors qu'en réalité, la série se passe intégralement dans le diner.
Concept idéal pour une websérie, The Booth at the End est pourtant une série qui a été diffusée à la télévision canadienne (sur Citytv) ainsi que sur plusieurs chaînes FOX internationales (notamment en Israël, en fait c'est même en lisant une news sur sa diffusion dans ce pays que j'ai découvert son existence, oh douce ironie du sort), dont apparemment en France mais je n'ai pas trouvé les détails ; elle a également été mise à disposition, aux USA, par Hulu. En dépit de son découpage en épisodes d'une demi-heure, elle serait pourtant parfaitement acceptable sous la forme d'une diffusion découpée par vignettes, si jamais une chaîne se disait que short ne voulait pas nécessairement dire com.

Mais au-delà de sa forme, la série brille aussi, et surtout, par son contenu. Ecrite comme un thriller fantastique, The Booth at the End n'est pas sans rappeler les séries fantastiques à concept nippones, telles que The Quiz Show ou FACE MAKER, qu'on a déjà évoqué dans cette colonne (n'hésitez pas à cliquer sur les tags au bas de ce post, ça les châtouille mais ils aiment ça). Il y est avant tout question d'utiliser les outils fantastiques comme des leviers pour lever le voile sur la conscience humaine. Ainsi, se révélant incroyablement dense, profonde et captivante, The Booth at the End est aussi un incroyable thriller, une série dramatique émouvante, et une série sur l'horreur humaine dans toute sa splendeur.

Les personnages qui viennent voir l'homme mystérieux débarquent en effet pour une seule raison : on leur a dit qu'ils obtiendraient ainsi ce qu'ils souhaitent. Inutile de préciser que quand ils arrivent, ils ne comprennent pas tout de suite les règles du jeu. Par exemple, ce n'est pas l'homme qui "fait" que leur souhait se réalise : il est juste l'arbitre, en quelque sorte ; ils doivent venir à lui pour connaitre la chose à accomplir, pour reporter régulièrement sur l'avancement de leur mission, mais il n'intervient pas de quelque façon que ce soit en-dehors de ces règles. Cela occasionne énormément de frustration de la part des visiteurs de notre homme, qui pensent qu'ils peuvent négocier avec lui, voire même le forcer à arrêter le cours des choses. Ce à quoi il s'entêtera à leur répéter que ce sont eux qui remplissent la mission et font que le voeu se réalise ; s'ils veulent tout arrêter parce qu'ils ne s'en sentent pas capables, ils n'ont qu'à le faire... par contre ça signifie qu'ils n'auront pas ce qu'ils veulent. Evidemment, ce n'est pas facile à entendre pour ses interlocuteurs qui espéraient trouver en lui une solution.
Les cas qui lui sont présentés sont très variés au cours de ces deux saisons (la seconde date à peine du mois dernier). Une vieille femme veut que son mari soit guéri de son Alzheimer, un célibataire veut que la belle blonde en page centrale tombe amoureuse de lui, une jeune fille veut résoudre les problèmes d'argent de son père... La mission que le carnet trouve pour eux semble n'avoir aucun lien avec leur désir initial : la jeune fille doit aider quelqu'un qui est enfermé depuis de nombreuses années à sortir de chez lui, le célibataire doit protéger une petite fille pendant de longues semaines, la vieille dame doit faire exploser une bombe dans un lieu public.
Eh oui, pas de trip type Anges du Bonheur, les missions ne sont pas toujours faciles, et encore moins positives. Plutôt le contraire, en fait.

Car The Booth at the End se fait au contraire forte d'étudier les cas de conscience que cela soulève chez les différents visiteurs de la banquette. Les conversations avec notre homme sont toujours extrêmement profondes, intelligentes, et surtout d'un inconfort aigu, déplaisant. Ce père qui doit tuer une petite fille pour que son fils soit sauvé de sa leucémie trouvera-t-il la force de tuer la gamine de 4 ans qu'il a trouvée comme cible "parfaite" ? La bonne soeur qui a cessé d'entendre Dieu (on parle décidément beaucoup de lui sur ce blog ces derniers temps !) acceptera-t-elle de tomber enceinte afin de communier de nouveau avec Lui ?
Mais plus que l'idée, un peu karmique, qu'il faut donner pour recevoir, The Booth at the End fait aussi un épatant travail en liant certaines intrigues les unes aux autres. Pas toutes, heureusement, sans quoi cela pourrait paraître excessivement tordu. Mais suffisamment pour qu'on regarde parfois l'homme étrange avec effroi : puisqu'il sait que ces deux personnes vont se croiser, comment peut-il réussir à garder son calme ?
Il y a, toutefois, une certaine poésie dans la façon dont la série s'aventure sur le terrain des causes, des conséquences, et des réactions en chaîne, et dans la façon dont les épisodes lient, progressivement, certains Destins les uns aux autres. De ce côté-là il est absolument impossible de ne pas se laisser surprendre plusieurs fois.

La question de la responsabilité, mais aussi de l'identité, sont centrales dans une série comme celle-là. Les personnages se demanderont ainsi, à plusieurs reprises : qui suis-je pour faire ça ? Ou, plus terrifiant... qui suis-je pour ne pas le faire ?
Evidemment c'est aussi la question de la responsabilité de notre homme flegmatique qui se pose. D'abord parce qu'il est toujours un peu choquant de voir le visage de cet homme rester neutre en dépit des horreurs qui lui sont dites. Et puis parce que, avare de ses mots, il ne cherche jamais à laisser perdurer le trouble : il est prêt en permanence à clarifier les règles du jeu ("I don't like the rules", lui dira l'un de ses interlocuteurs... "Then don't play the game", lâchera l'homme comme une évidence innocente), à rappeler à chacun que tout peut être arrêté à tout moment, et qu'ils ont l'entier choix du moyen pour arriver à leurs fins. Et la différence est d'importance, car l'énoncé de leur mission est souvent bref, limite sybillin, et c'est leur propre interprétation qui sera parfois la cause des tourments des personnages. Mais ces tourments seront aussi l'occasion pour nous de plonger dans les ténèbres de l'âme humaine, et la série ne rate absolument aucune de ces plongées terrifiantes.
L'homme assis sur cette banquette est-il le Diable qui offre un pacte ? Une sorte d'intermédiaire avec Dieu ? Ou quelque chose d'autre... L'un des suppliciés lui lancera un acide "you're a monster", auquel il répondra placidement : "you might say I feed monsters". Ce qui est sans doute le plus glacial qu'on pouvait imaginer. Et dans le fond, voulons-nous vraiment percer son mystère ? Au fur et à mesure que la série avance, un autre face à face se profile, et il n'est pas non plus très joyeux...

Avec ses dialogues fins, intelligents et jamais dans la surenchère de mystère, ses personnages pléthoriques à la psyché complexe mais toujours captivante, et son personnage central qui, progressivement, prend de l'épaisseur en dépit de son mystère, The Booth at the End est une superbe expérience de fiction, qui se double, de surcroît, d'une intéressante initiative online. Ainsi, sur le site officiel de la série, vous avez accès à une intrigue totalement inédite, sous forme de jeu, pourvu de tenter, vous aussi, d'obtenir ce que vous voulez en échange d'une mission à remplir...

Alors ? A quel point voulez-vous ce que vous voulez ?

23 août 2012

[DL] Zakon i Porjadok: Odel Operativny Rasledovany

SemaineRusse

Les journées précédentes de notre semaine russe ont été chargées ! Si vous n'avez pas encore jeté un oeil à notre semaine d'étude de la télévision russe, alors voici, à mi-parcours, ce qui s'est passé dans les épisodes précédents :
- bah, déjà, on a fait les présentations dans une lettre d'intention,
- ensuite, on a regardé un documentaire sur un showrunner américain qui va bosser sur l'adaptation de sa série en Russie,
- et puis, tant qu'on était là, on a testé le pilote de l'adaptation en question.
La problématique récurrente, vous le voyez, aura été la question de l'adaptation et du remake. Alors aujourd'hui, prenons une courte pause pour parler un peu d'autre chose : l'implantation d'une franchise télévisuelle mondialement connue.

Cette franchise, c'est celle de Law & Order, la série procédurale de Dick Wolf mêlant, eh bien, un versant policier et un versant judiciaire. Vous n'êtes pas sans savoir que certains pays ont eu droit à leur version de la fameuse série : en France, d'abord (et quand la France est la première à faire quelque chose, il faut le dire) avec Paris Enquêtes criminelles, orientée vers l'esprit de New York Section Criminelle, mais aussi la Grande-Bretagne avec Law & Order: UK, tout simplement, et... la Russie, donc. Ah, ça, vous le saviez peut-être un peu moins.

En 2007 naissait ainsi Zakon i Porjadok: Odel Operativny Rasledovany, s'inspirant plutôt du concept de New York Unité Spéciale, mais sans en reprendre les scénarios. L'idée est, comme pour les autres versions internationales, de favoriser l'aspect franchise, mais de permettre une adaptation conforme au système judiciaire de chaque pays, et la série a donc sa propre équipe de scénaristes qui, toujours en s'inspirant de faits réels, écrivent les scripts sur la base du canevas de la franchise. Après une commande initiale de 12 épisodes, Zakon i Porjadok: Odel Operativny Rasledovany a trouvé le succès. Mieux encore, la même année, un spin-off a été lancé, Zakon i Porjadok: Prestupni Umiciel, qui trouve son origine plutôt du côté de New York Section Criminelle. La boucle est bouclée ! Les deux séries en sont à l'heure à actuelle à quatre saisons de diffusion chacune sur la chaîne privée NTV.

Mais comme aujourd'hui, on a dit qu'on faisait relâche, voyons plutôt le générique de Zakon i Porjadok: Odel Operativny Rasledovany ; un exercice de style sympathique qui, j'en suis sûre, vous amusera autant que moi, puisqu'il s'agit de jouer au jeu des 7 erreurs !

ZakoniPorjadok
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Avis personnel qui n'engage que moi, mais je trouve certaines photos présentées dans ce générique plus sensationnalistes que celles de la version américaine. Vous me direz ce que vous en pensez.

Le point de détail qui tue dans ce générique, c'est que si le  panneau de titre de fin de générique reprend (évidemment) les mêmes codes que celui de la franchise américaine, il est amusant de constater que les couleurs... représentent le drapeau russe ! Bien joué, non ?

26 mai 2012

[DL] Dance Academy

Pour être tout-à-fait sincère avec vous, depuis que je vous en ai parlé, j'ai revu le pilote de Bunheads deux fois : hier matin, et ce soir. Et je vous confirme que j'adore toujours autant cet épisode. C'est exactement ce que le docteur avait prescrit, si je puis dire. Si pendant ce long weekend de Memorial Day vous manquez d'inédits, aller choper le preair et régalez-vous, vraiment, si vous ne l'avez pas encore fait, je vous le recommande. Enfin vous faites ce que vous voulez, hein. Mais c'est pas comme si les pilotes excellentissimes nous pleuvaient dessus en ce moment. C'est une période creuse, alors il faut vraiment saisir la moindre opportunité de se faire plaisir. Je me permets d'insister encore mais, hein, bon. Quand même. Allez c'est bon, j'arrête.

En tous cas Bunheads m'a rappelé une autre série sur la danse : Dance Academy. L'occasion pour moi de ressortir ma casquette d'amatrice de l'Australie puisque la série est en effet une co-production avec la chaîne allemande ZDF, jamais dernière lorsqu'il s'agit de participer à l'élaboration de séries pour la jeunesse.
Alors oui, le mot est lâché : "série pour la jeunesse". Je sais bien qu'on n'est pas entraînés à apprécier les séries, surtout quand elles sont regardables par des préados sans que leurs parents ne ressentent le besoin de les enfermer dans une tour jusqu'à leur 21 ans. Mais l'Australie (entre autres) regorge de séries pour la jeunesse vraiment épatantes, et j'ai déjà eu l'occasion de vous parler notamment de My Place et Lockie Leonard, par exemple. Eh bien à l'instar de ces deux-là, Dance Academy a vraiment su s'attirer d'excellentes critiques, et une multitudes de nominations et récompenses, venant de professionnels adultes (un Australian Directors Guild Award pour un épisode sa première saison) comme du public adolescent (un Kidscreen Award l'an dernier). En avril dernier, Dance Academy a achevé sa seconde saison dans la joie et l'allegresse alors que le développement de la saison 3 était déjà mis en chantier, et la série est diffusée dans de nombreux pays, dont les Etats-Unis...ou la France, sur Canal+ Family.

Mais pardon : mon intention n'était pas de vous offrir un cours magistral sur la série, mais bien de vous montrer le générique de cette série, alors voilà !

DanceAcademy
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Cela étant, le générique de Dance Academy est tout ce que je ne souhaite pas à celui de Bunheads de nous offrir quand, cela ne fait aucun doute dans mon esprit, il apparaitra (parce que je ne doute pas un seul instant que cette petite série pleine de fraîcheur ne nous fasse pas le plaisir d'avoir un truc plus long que 10 secondes).

Il y a d'une part le problème des images en elles-mêmes. C'est cliché, mais on n'y échappe probablement pas. Vient ensuite le problème de l'habillage, supposé faire jeune alors que, bon, ça va, on a bien vu qu'il ne s'agissait pas que de ballet (= ringard) et que ça sert à rien d'en rajouter.
Mais le problème majeur de ce générique, c'est sa chanson totalement impersonnelle. Si vous avez vu la série (personnellement je me suis contentée du pilote, ce qui explique pourquoi j'ai le générique sous la main), vous savez que Dance Academy est quand même bien plus qu'un vague Fame revu et corrigé. Il y a énormément de sensibilité dans cette série ; pas une sensibilité à la Angela, 15 ans avec des états d'âme en pagaille, mais plutôt une émotion sincère autour de la danse, l'envie de danser, la grâce que représente cet art, etc... Des éléments qu'on ne retrouve pas un instant dans le thème musical de la série, qui de grâce est totalement dépourvu.

De mon point de vue, le générique de Dance Academy est un échec parce qu'il manque de devenir un symbole de l'identité de la série. Donc voilà, tout le mal que je souhaite à Bunheads, c'est de ne pas avoir ce genre de générique. Même si celui de Gilmore Girls n'était pas extraordinaire d'un point de vue visuel, son thème musical et les émotions qu'il portait faisaient que le générique est devenu un porte-drapeau efficace de la série ; j'espère que c'est une leçon qui n'aura pas été oubliée par Amy Sherman-Palladino...
Voilà, j'arrête avec Bunheads, on en reparlera quand la diffusion aura officiellement commencé, mais restez dans le coin : demain, je vous donnerai une occasion de découvrir le premier épisode de Réttur... avec sous-titres, bien-sûr !

18 février 2012

No b(r)other

Brotherhood

En attendant que le cagoulage d'Awake soit fini, j'ai lancé l'un des pilotes de ma "pile à téléphager" un peu au hasard. Je n'avais même pas fait le rapprochement, mais visiblement, ce samedi sera placé sous le signe de Jason Isaacs.

Brotherhood est typiquement le genre de pilote dont je me rappelle avec une cinglante précision des premières minutes, et rien du reste... parce que je ne suis jamais allée au bout dudit pilote. Mais ça ne peut pas faire de mal de se forcer, surtout quand on a une bonne motivation (on en reparle dans quelques jours) et l'habitude de se plier de bonne grâce à l'exercice du revisionnage de la seconde chance.
Le plus dur, c'est donc, quand les souvenirs du pilotes s'évanouissent, indiquant ainsi avec une étonnante exactitude à quel moment j'ai interrompu mon premier visionnage, de tenir bon et de rester assise devant la suite du pilote de Brotherhood.

Il faut dire que peu de choses m'intéressent aussi peu que les histoires mafieuses. Ou peut-être que c'est une idée que je me fais mais très sincèrement, des Soprano à Underbelly, en passant évidemment par Boadwalk Empire, ou plus récemment The Straits, le thème m'a rarement captivée, pour ne pas dire jamais. J'ai tenté, hein, mais non. Enfin, presque : je n'ai pas tout tenté puisqu'en dépit de son excellente réputation, je n'ai jamais été fichue de réunir le courage nécessaire à me mettre devant Un Flic dans la Mafia.

Ici, je suis cependant reconnaissante pour plusieurs choses, maintenant que je suis, avec quelques années de retard, parvenue au bout de cet épisode inaugural. D'abord parce qu'au moins, pour une fois on parle de réseaux irlandais et pas des presque incontournables mafieux italiens immortalisés par Le Parrain. Rien de tel que d'emprunter aux clichés du genre pour me lasser.
Et puis, le démarrage de l'épisode en question n'est pas tant destiné à parler de mafia que de la frontière (forcément floue) entre le Bien et le Mal. Ici, on a donc une opposition de deux personnages, deux frères : l'un est un politicien qui trempe dans tout un tas de combines, mais qui a toutes les apparences du gendre idéal, l'autre est un criminel qui n'hésite pas à faire justice lui-même pour venger les faibles, mais qui a un casier épais comme un bottin. Leurs introductions respectives montrent immédiatement et avec un certain brio toute l'ambivalence de leur position sociale, tandis que l'un pose pour des reportages sur sa famille parfaite, l'autre a été en cavale pendant 7 ans, se faisant passer pour mort. Les frères Caffee sont ainsi très différents, mais en même temps, sur le plan strict de la moralité et de la légalité, il n'y en a pas un pour rattraper l'autre. Aucun frère ne vaut plus que l'autre dans l'absolu.

Le soucis, c'est qu'après avoir formidablement bien posé ces deux personnages, le pilote de Brotherhood fait... eh bien, tout ce qui me déplaît dans les séries s'intéressant à des activités mafieuses : et vas-y que je discute business avec untel, que je négocie avec tel autre, que j'en menace un troisième, etc. C'est long, c'est sans imagination, et soit dit entre nous, je n'en ai rien à péter.
Il m'aura fallu attendre la fin du pilote, avec son petit twist de conclusion, pour vaguement éveiller mon intérêt, mais vaguement seulement puisqu'en réalité il se contente d'expliciter ce qu'on a toujours su sur quel frère est "gentil" et quel autre est "méchant" au sens dramatique du terme.

Problème supplémentaire pour un pilote : non seulement celui de Brotherhood tourne un peu en rond, mais il ne lance pas vraiment de pistes excitantes pour l'avenir. On est dans l'exposition totale et narrativement, peu de fils rouges sont lancés et c'est là que le bât blesse : la relation entre les deux frères est classique, les affaires de chacun également, et ce n'est pas la peine d'espérer grand'chose de l'ami d'enfance, l'épouse de l'un ou la mère des deux. Chacun des protagonistes est exactement là où on l'attend et n'offre pas vraiment de surprise ni, pire encore, de profondeur.

Peut-être que je suis tellement insensible aux histoires de mafia que je n'ai pas vu les beautés de Brotherhood. Possible.
Peut-être tout simplement que ce n'était pas une série pour moi. En tous cas, les chances pour que je m'essaye une troisième fois à cette série à l'avenir sont d'autant plus ténues que maintenant j'ai vu le pilote jusqu'à la fin, et que je sais très précisément ce qui m'a détournée de la série. Bon, cela dit, l'essentiel, c'était quand même d'insister et d'en arriver jusque là, et c'est déjà pas mal.

24 avril 2013

Un litre de larmes

BlogFestivalSeriesMania

Il est des choses difficiles à aborder ; en temps normal, et à la télévision. A mesure que les séries ont repoussé les limites des sujets traités, et de leur traitement lui-même, les spectateurs ont considéré comme normal que les fictions abordent des problématiques complexes et douloureuses. Il en est pourtant encore qui ont du mal à faire leur place sur les écrans, et ce, dans la plupart des pays de la planète.
Certains ont essayé. Aux États-Unis, on se souvient d'Angels in America en 2004, adaptée de la pièce du même nom, et couverte de récompenses ; avec un effort de mémoire, certains peuvent également évoquer Life Goes On de 1991 à 1993 (diffusée en France sous le titre de Corky, un enfant pas comme les autres), la première série à avoir mis en avant un personnage, d'abord secondaire, puis central, malade du SIDA, puis à avoir chroniqué les évolutions de sa maladie Ailleurs, c'est le mélodrame Ichi Rittoru no Namida qui, au Japon, en 2005, a participé à l'éveil d'une génération à des problèmes qui restaient tus dans les médias grand publics ; plus récemment, l'impressionnante série sud-africaine Intersexions, gigantesque patchwork d'expériences autour du virus, a su se distinguer par la versatilité et l'originalité de son ton. Lentement, frileusement, la télévision accepte de parler de ce qui fait mal dans les problématiques du SIDA.
Il manquait un point de vue européen, peut-être : le voici depuis l'hiver dernier avec Torka Aldrig Tårar Utan Handskar, mini-série en 3 épisodes présentée hier pendant le festival Séries Mania, sous le nom de Don't ever wipe tears without gloves.

2013-04-24 - Torka 1

Créée par Jonas Gardell, auteur suédois qui a publié son premier roman à 22 ans, mais également scénariste, comédien de stand-up et activiste, Torka Aldrig Tårar Utan Handskar est avant tout une page d'Histoire.
On retourne dans les années 80, à Stockholm ; bien que l'homosexualité y soit décriminalisée de longue date (depuis 1944 en fait), et ne soit plus considérée comme une maladie (depuis la toute fin des années 70), on n'y vit pas son orientation sexuelle au grand jour, les mentalités ayant du mal à changer tout-à-fait. Mais la capitale est devenue le point de ralliement d'une grande partie de la communauté gay de l'époque, et c'est justement comme cela que Benjamin et Rasmus finissent par s'y croiser ; ils sont jeunes, ils sont beaux, et ils pensent avoir toute la vie devant eux. Malheureusement, l'histoire d'amour va virer à Love Story...

Puisant dans son expérience (et le roman en trois volets qu'il prépare en parallèle du script de cette mini-série), Jonas Gardell livre donc une chronique d'une époque, chose que souligne la voix-off qui ouvre les épisodes et clôt la série. Torka Aldrig Tårar Utan Handskar met un point d'honneur à replacer chaque chose dans son contexte. Au spectateur moderne, bombardé d'informations, il pourra paraître incongru que les personnages ne parlent ni ne pensent aux maladies, ou à la protection. Mais qui pour le leur dire ? D'autant que Benjamin vient d'une famille de Témoins de Jéhovah où le péché occupe une place fondatrice, et que Rasmus, fils unique, est couvé par sa mère jusqu'à l'étouffement, celle-ci ne soupçonnant même pas que son petit garçon puisse avoir une vie amoureuse. Inlassablement, Gardell insiste sur le fait que le spectateur de 2012 connaît tous les spoilers sur le virus du SIDA, mais que les héros de 1983 n'en sont qu'au pilote ; tous les voyants seraient au rouge aujourd'hui quand défilent à l'écran certaines situations, mais aucun moyen de retourner dans le passé et avertir Benjamin et Rasmus...

La mini-série est pourtant loin d'être une simple expérience pédagogique. C'est dans une mémoire à la fois intime et collective que Gardell pioche pour sa chronique. En témoignent les nombreux souvenirs qui s'enchevêtrent dans la narration ; rarement une fiction télévisée aura tant jonglé avec la conception du temps. Basculant sans la moindre transition (parfois en un seul plan presque subliminal) d'un moment à l'autre de la chronologie de l'histoire, Torka Aldrig Tårar Utan Handskar bombarde d'émotions, de sensations, d'évocations ; la série ne commence pas avec la rencontre de ses deux héros, elle commence dés leur enfance, alors que les deux petits garçons, ignorant évidemment l'un l'existence de l'autre, s'examinent dans leur reflet respectif, et découvrent qui ils sont. Ces souvenirs jalonnent la narration, comme d'autres "flashforwards" sur la fin, brutale, de certains personnages (la série s'ouvre même sur l'un d'entre eux, dans la douleur la plus nue). Bien qu'elle exige du spectateur une attention et une implication émotionnelle de chaque instant, cette structure lunatique possède une grande efficacité.

C'est un foisonnement d'expériences qu'offre Torka Aldrig Tårar Utan Handskar, donc, d'émotions puisées à tous les âges de la vie, qui racontent comment les identités se découvrent, se testent, s'assument, s'épanouissent, mais ne se changent pas.

Ce que ses personnages principaux, mais aussi leurs amis (visages affectueusement familiers au bout d'à peine un épisode pour le spectateur), exprime, c'est combien il est difficile, dans le Stockholm des années 80, de trouver une communauté, d'y être accueilli, et à l'aise. C'est réaliser aussi à quel point il est difficile d'exister en-dehors de cette communauté. C'est découvrir qu'on n'existe pas aux yeux de la famille de son partenaire après le décès de celui-ci. C'est avoir la gorge serrée quand de faux prétextes sont invoqués pour expliquer les morts aux amis et voisins. C'est lire les propos homophobes dans les journaux. C'est lutter sur tous les fronts à la fois, juste pour pouvoir aimer.

Voilà qui nous sommes, explique Jonas Gardell en filigrane de Torka Aldrig Tårar Utan Handskar, et voilà ce qui a fait de nous ce que nous sommes.
A travers ses deux héros, ses personnages secondaires, et ses visages anonymes aussi, la mini-série raconte comment une communauté a survécu à sa guerre. La communauté gay de Stockholm a fait son Vietnam, à travers ceux qui ont réussi à revenir vivants - mais pas indemnes. D'ailleurs, les spectateurs non plus.
Bien-sûr, l'expérience de cette communauté lui est propre ; difficile pourtant, à travers l'accumulations d'expériences aux sensations authentiques (plus encore pour ceux qui ont vécu les années 80), d'oublier que nous pouvons tous nous retrouver dans les personnages et leurs douleurs. Au-delà de la maladie et de ses implications, Torka Aldrig Tårar Utan Handskar parle aussi d'être soi, et de ce que cela coûte. Rompre les liens avec son éducation ou ses parents, accepter de se mettre au défi émotionnellement, admettre de se lier à des gens qui pourtant vont nous quitter... Loin d'être une série au sujet ciblé, au public-cible ultra-réduit, Torka Aldrig Tårar Utan Handskar incite chacun à être, pleinement, sans retenue, même s'il y a un prix à payer ; s'il n'y a qu'une leçon à retenir de son final, c'est bien celle-là ! Car quelle peut bien être l'alternative ?

Pour que les générations qui, fort heureusement (et par un hasard de calendrier, un peu plus depuis hier), ne connaîtront pas les mêmes tragédies dans une même mesure, Torka Aldrig Tårar Utan Handskar mériterait d'être vue par le plus grand nombre ; on attend avec impatience qu'une chaîne française s'en empare.

8 février 2012

Coming outer space

On pourrait soupçonner un tantinet d'opportunisme derrière le pitch d'Outland : parler de geeks, c'est à la mode, et lancer une série gay, ça a un petit côté "moi j'ose le faire", moins qu'avant, certes, mais à plus forte raison sur une chaîne publique.

Outland

Outland est pourtant un projet dont on a l'impression qu'il est quand même très authentique, essentiellement parce que son créateur John Richards parle de ce qu'il connait.
...Et puis parce qu'une série gay réalisée avec trois bouts de ficelle, ça fait toujours plus authentique que si elle avait un budget monstre.

Eh oui, il faut le dire, Outland n'impressionne pas des masses de prime abord. D'accord, l'appart de son héros est parfaitement décoré (je veux le même en violet !) mais globalement, ça ressemble à une série tournée avec quelques dollars en poche, un scénario simpliste et des copains acteurs. Lesquels ne brillent pas nécessairement par leur talent, mais on le mérite de se montrer rapidement sympathique.

Si je parle de scénario simpliste, c'est essentiellement parce que l'histoire de ce premier épisode n'est pas franchement épatante. Le pilote passe 20mn à nous montrer un personnage central et ses copains dévoiler lourdement leur personnalité quand d'autres séries auraient su le faire en moins de temps, afin d'offrir une intrigue drôle et rythmée. Rien de tout cela ici, alors que le protagoniste central passe le plus clair de l'épisode à faire une crise d'angoisse (qui dure environ 6h d'après mes calculs) et que ses potes meublent comme ils peuvent dans le salon avec le plan Q que notre héros ne pourra pas concrétiser. Là comme ça, ça ne fait pas envie.

La force de ces personnages, c'est qu'ils seraient tous, dans une autre série, une caution gay, le quota gay, appelez ça comme vous le voulez : le gay flamboyant et maniéré, la lesbienne qui en impose, le gay issu de la culture cuir et clous des années 90, et le petit gay de bonne famille, auraient sans hésité joué les seconds couteaux caricaturaux dans une comédie hétéro. Mais ici, rassemblés ensemble, ils forment une petite communauté improbable mais vite attachante. Personne n'est là à titre de prétexte, simplement, comme beaucoup de personnages de comédies, ils sont un peu caricaturaux. La nuance a son importance.
Je confesse une tendresse particulière pour les grands yeux de Toby (incarné par Ben Gerrard), un personnage qui trouve le moyen d'être à la fois snob et attachant.

Difficile d'évoquer Outland sans parler des références geek, également. On a ici une bandes de geeks de science-fiction, me faut-il préciser, qui vont donc mentionner Doctor Who (abondamment !), un pseudo-Star Trek (problème de droits ?), Blake's 7... sans compter une hilarante référence à Rencontres du Troisième Type dans le frigo (vous verrez). L'appartement du héros est peuplé de produits dérivés qui en allècheront plus d'un !
Mais au-delà de ça, on n'est pas dans le name dropping comme peut le faire The Big Bang Theory : la science-fiction est vécue comme une addiction plutôt qu'autre chose, et comme un fardeau par le personnage principal, plutôt que comme une fierté. D'ailleurs Outland, derrière son aspect humoristique ou disons, léger, est une véritable réflexion sur la condition d'outsider, quelle qu'en soit la raison. "Ce n'est pas le lycée !", lance l'un des protagonistes à un autre qui rétorque "mais si, c'est le lycée, c'est TOUJOURS le lycée !", preuve qu'il y a aussi une certaine souffrance derrière le sujet choisi ici ; elle s'exprime pour le moment de façon un peu maladroite, mais j'apprécie ce regard différent, loin de l'étendard pro-geek ou pro-gay, pour raconter quelque chose de plus dense, à la fois spécifique et universel.

Outland est, en définitive, une comédie qui a un fort capital, mais qui a un peu raté son entrée en voulant trop prendre le temps de s'installer. Il faudra probablement attendre un épisode de plus pour accompagner ces geeks gays avec entrain...

16 juillet 2011

En petite vertu de la loi

Crownies

"When I first came here, you advised me to have a glass of champagne every night, so I could have a glass after a case without it looking like a celebration. Because prosecuting isn't about winning or losing, you said, we're not representing the victim, we're not obliged to feel for the victim or feel we have to give our best for them, but we do, David. We do."
(Janet King, Crownies - 1x01)

Si comme moi, vous êtes coutumier des legal dramas, Crownies ne vous surprendra pas vraiment. Je comprends pourquoi ABC1 en a commandé directement 22 épisodes : ça se mange sans faim ! Le produit est parfaitement calibré, la formule a été testée et approuvée par le passé, il n'y a, à vrai dire, pas tellement d'enjeu (et du coup je m'explique mal les audiences très tièdes de son lancement).
Mais on ne regarde pas toujours une série pour son originalité. En fait, il y a des tonnes de séries qu'on regarde tout en sachant qu'elle empruntent des sentiers balisés, et pour autant on ne les trouve pas moins agréables. C'est le cas de Crownies, qui rappellera de nombreuses séries du même genre, parmi lesquelles The Deep End, à la différence notable qu'on a ici affaire à des procureurs et non des avocats travaillant en cabinet.

La structure est donc la même : un groupe de jeunes (et bien-sûr beaux) procureurs se lance dans le métier, et en apprend les avantages et les inconvénients au fil de leurs expériences. Fort heureusement, le poncif du "j'arrive dans mon nouveau boulot" nous a été épargné, et nos jeunes sont déjà bien intégrés dans les bureaux du procureur lorsque commence le pilote, qui suit la journée précédant le pot de Noël du bureau (je vous avoue que même en travaillant dans le public, jamais je n'ai vu un pot de Noël à thème comme celui-là ; je commence à me dire que j'aurais dû passer les concours de la magistrature, plutôt). Se mêlent donc des préoccupations décontractées, des répliques amusantes et des taquineries entre collègues du même âge, et les véritables cas légaux auxquels nos jeunes (et nos moins jeunes) sont confrontés.

De ce côté-là, on est un peu dans la demi-teinte. La répartition est très irrégulière dans le premier épisode, bien que s'arrange avec le deuxième (c'étaient en effet deux épisodes qui étaient proposés pour la soirée de lancement ; en l'absence d'une séparation nette entre le deux, je vais donc traiter dans ce post des deux épisodes).

Ainsi, c'est surtout la belle rousse Erin qui est au centre des attentions scénaristiques avec deux affaires similaires que son mentor l'encourage à ne pas mener au procès. Mais la rouquine a encore un petit coeur qui bat sous sa peau de porcelaine (ai-je mentionné que la créature en question est un ravissement pour l'oeil ?) et elle persiste malgré tout. Le côté idéaliste de la jeune femme est assez classique mais donne une touche humaine aux intrigues, ce qui fait plaisir vu le ton badin de beaucoup d'autres axes du pilote.
Les autres affaires sont assez rapidement survolées, entre Ben qui se voit confié un dossier très important et top secret, mais dont le contenu sera vite balayé par le scandale entourant le trajet du dossier lui-même (en fait, c'est l'axe que va emprunter, à ce qu'il semble, une bonne partie de la saison, l'occasion de donner aussi de bonnes scènes au personnage de Janet, cf. citation ci-dessus), Lina qui bosse sur une affaire touchante mais qui touche à sa fin (la plaidoirie a eu lieu avant le début du pilote, on est en attente d'un verdict), et Tatum dont je ne suis pas certaine d'avoir compris à quoi elle sert sinon être blonde et ravissante.
Par contre, si l'on en sait peu sur le déroulement des dossiers de Richard dans un premier temps, on a droit à une suite de petites scènes très touchantes mettant en exergue la difficulté que c'est pour lui de devoir faire de la paperasse sur des affaires glauquissimes. On ne le verra pas les traiter, les plaider, les régler ni quoi que ce soit, on n'est même pas sûrs qu'il fasse autre chose que remplir des cases (le passage devant un juge se fera, par contre, pour le 2e épisode, avec un dossier n'ayant rien à voir, et ce sera un epic fail de toute beauté), par contre l'accumulation de dossiers ignobles est très bien rendue. Richard, épuisé, supplie qu'on lui donne autre chose que des crimes sexuels, n'importe quoi. "De la drogue, pourquoi pas ? J'adore la drogue !" s'exclame-t-il en espérant en finir avec les plaintes pour viol et inceste. Le pilote lui donne assez peu de scènes, ce qui souligne son tempérament doux, effacé et raisonnable, mais ces petites touches sont un plus considérable pour présenter à la fois le personnage et les réalités de la profession.

Alors après, je ne vous le cache pas, il y a un peu de fesses. Et encore, moins que ce que le trailer laissait présager. C'est vraiment le côté le moins agréable de la série, qui donne l'impression que les histoires de coucheries devaient être explicitées un peu plus souvent qu'à leur tour pour plaire au public (je ne serais pas étonnée si c'était en fait le truc qui avait refroidi le public, pas forcément habitué à ça dans une série légale). Non que ces scènes soient épouvantablement explicites (même s'il y a un peu de racolage dans la façon de profiter de la plastique impeccable de Tatum, et dans une moindre mesure Erin et Lena), mais enfin, voilà, ça fait un peu remplissage grossier pour faire jeune et hype et attirant.
Je n'en ai pas vu l'intérêt, même dans le cadre du fameux axe tournant autour du dossier qui ne doit pas sortir du bureau du procureur (et qui bien-sûr va se retrouver dans la presse). Je me fiche un peu de qui couche avec qui, surtout dans le cas de Lena où vraiment j'ai pas compris du tout l'intérêt de la scène. Et si untel couche avec unetelle, la drague est tellement évidente en amont (cf. Ben, Julie et le bonobo ; regardez, vous comprendrez) que c'était pas la peine de montrer après que ces deux-là avaient concrétisé tant c'était évident. C'est en ça que la gratuité a tendance à titiller les nerfs ; j'espère qu'on se passera de ces scènes à l'avenir maintenant qu'on a compris les dynamiques (notamment du côté de Tatum où on n'a vraiment pas besoin qu'on nous mette le nez dessus pour percevoir ce qui se passe), mais j'ai comme un doute.
Je vous rassure, ça ne baise pas non plus dans tous les coins, mais ça manque de subtilité, voilà tout.

Dans la légèreté ambiante de la série (l'omniprésence de Tatum, alors que concrètement je n'ai aucun souvenir de l'avoir vue bosser dans aucun des deux épisodes, et l'arrogance permanente de Ben, y contribuent fortement), le drame est donc exploré avec prudence. Et après tout ce n'est pas plus mal : il ne s'agit pas de jouer les montagnes russes. Bien que j'aime beaucoup quand une série légale nous offre des moments bouleversants dans une affaire, je dois reconnaître qu'il est plus équilibré de ne pas partir dans du drame trop sombre vu la tonalité générale des autres scènes. D'un autre côté il n'y a pas de gag à proprement parler non plus, pas de gros délire, pas de bizarrerie incroyable ; c'est vraiment de la dramédie pure, parfaitement à mi-chemin. On apprécie ou pas, mais il n'empêche, c'est plaisant d'avoir su trouver le ton juste.

Certains personnages sont donc plus appréciables que d'autres, plus approfondis que d'autres, plus agréables visuellement que d'autres (plusieurs des acteurs sont des anciens, même de façon fugace, du soap Home and Away ; alors après c'est vrai aussi que l'interprète de Ben était dans Cloudstreet, ça n'augure en rien de leur talent, mais enfin les moches courent pas les couloirs du bureau du procureur, quoi)...
Rien de révolutionnaire dans la série Crownies, c'est certain. Mais un légal drama agréable, porté par un cast sympathique et une écriture qui n'a pas à rougir, ça fait toujours plaisir.

Je ne sais pas encore si je tiendrai la longueur (j'ai tendance à avoir de plus en plus du mal avec l'âge), et donc j'ignore si je regarderai Crownies au rythme de sa diffusion ; récemment j'ai eu un peu de mal à continuer Winners & Losers pour cette raison. Je préfère mes séries australiennes avec une douzaine d'épisodes, que voulez-vous ? Mais ça ne retire rien à son plaisant mérite.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Crownies de SeriesLive.

15 décembre 2010

Tout un cinéma

C'est l'angoisse. Si j'en crois mon planning (voir le Pilot Watch ci-contre), aujourd'hui a été diffusé en Corée du Sud le tout dernier pilote de l'année, celui de President. Ça me met à l'envers. Le prochain pilote (qui sera d'ailleurs également coréen) est pour le 1er janvier 2011. Permettez que je me répète, pour m'assurer que tout le monde a bien compris la portée de ce que je viens de dire : les pilotes, pour 2010, c'est fini.

Alors bon, délais de sous-titrage aidant, je n'ai pas vu mon dernier pilote de l'année. Plutôt crever !!! Mais n'empêche que là, j'ai un méchant coup de blues. Pas de pilote. Vivre dans un monde sans pilote pendant 15 jours, sérieusement, ça me déprime.

Et si j'ai du mal à le vivre, c'est parce que je n'ai rien sur le feu. Je veux dire que je suis à jour de mes visionnages hebdos pour les séries que je suis, et que côté intégrales, bah, j'ai fini tout ce que j'étais en train de m'envoyer derrière la cravate, comme Party Animals par exemple. Bien-sûr j'ai un épisode de la seconde saison de The Circuit qui cagoule (honteux qu'elle n'ait pas gagné aux AFI Awards, cette série, d'ailleurs), mais j'en ai encore pour un jour ou deux, à vue de nez et si tout se passe bien. Donc là, bah... c'est le néant. Rien.
Je m'emmerde, en fait, pour tout vous dire.

On va pas revenir sur le fait que c'est votre faute, parce qu'on a épuisé le sujet avant-hier. Mais c'est quand même votre faute pour ne m'avoir pas recommandé jusqu'à présent de série suffisamment longue pour me faire, chais pas moi, une ou deux semaines, c'est pas trop demander, quand même ?!

Arrivée à ce stade, je vous avoue que j'ai les fils qui se touchent. A un tel point que, quand quelqu'un a mentionné devant moi, l'autre jour, une intégrale d'Urgences, j'ai presque été tentée. C'est vous dire l'ampleur du court-circuit.

Nan pis franchement, Noël est pourri. Mes parents m'ont spécifiquement indiqué qu'ils refusaient que je mette des DVD, CD ou livres sur ma liste de Noël. J'ai comme l'impression que je n'aurai pas le DVD de Borgen, du coup. C'est pas que je comptais dessus mais un peu quand même (je l'ai jouée cette année comme je l'avais jouée il y a deux ans avec la première saison de Pushing Daisies, la subtilité en moins pour que ça marche... eh bah ça marche toujours pas). Ça veut dire que même les inédits de Borgen sont hors de question cet hiver. C'est l'angoisse.

Le problème c'est que j'ai pas trop d'idée de truc à commencer. En fait je suis un peu démotivée.

CommeauCinema

Et du coup, j'ai repris mon Secret Diary of a Cinephile dont l'activité était au ralenti depuis quelques temps. J'avais vu des films, mais essentiellement tirés de ma videothèque (A Chorus Line, Soldier's Girl...), ou même pas de film du tout, notamment cet été où je crois que j'ai dû en voir deux à tout casser, vu que mon énergie a été un peu consacrée à autre chose.
Avec un peu de bol, ça va ptet me motiver pour un post Comme au cinéma, d'ailleurs. Ya eu quelques films sympas ces derniers temps, mais le temps libre vient à manquer pour ces posts qui demandent pas mal de boulot supplémentaire.
Naturellement je commence aussi à songer au bilan de cette expérience d'un an.

Ouais, c'est pas la grande forme aujourd'hui. Heureusement dans une heure, je vais aller voir ce que vous avez choisi comme cadeau de Noël, et je suis sûre que ça va me remonter le moral.
Ça va me remonter le moral, hein, dites ?

10 juillet 2011

Get (almost) real

Il faudra certainement plusieurs heures, peut-être des jours de réflexion, avant de réussir à comprendre ce qui peut me fasciner chez LisaRaye McCoy/Keisha dans Single Ladies, mais les faits sont là, et ils sont têtus, les bougres.

En cherchant à me documenter à son propos, j'ai découvert qu'elle avait sa propre émission de télé réalité (mais qui de nos jours n'a pas la sienne ?) depuis un an et demi, intitulée si sobrement et poétiquement : LisaRaye: The Real McCoy. Il y en aurait donc des fausses ? Nenni, c'est juste que vous allez ainsi apprendre à connaitre sa VRAIE personnalité, ô joie ; désolée pour le suspense, mais c'est la même que celle de Keisha dans Single Ladies.

C'est donc la deuxième fois que je vais vous parler de télé réalité, alors qu'après l'expérience Jersey Shore (suivez les tags si vous êtes téméraires), j'avais promis qu'on ne m'y reprendrait plus, mais on va faire comme si on n'avait rien vu.

TheRealLR
Parce qu'en fait il y a des sous-genres dans la télé réalité. Enfin, je vous dis ça, vous êtes certainement au courant, mais comme je suis vieille et pas du tout dans le coup (la meilleure preuve c'est que j'utilise cette expression), pour moi c'est une découverte. Donc :

- il y a les trucs trash, sur la jeunesse débauchée (mais c'est trop lol, alors c'est pas grave) de telle communauté, ou tel coin pathétique de la planète (trois coins pathétiques dans le cas de Jersey Shore puisque pour faire plus exotique, la bande était récemment envoyée en Italie pour essayer de voir s'il existe des MST strictement européennes à rapporter en souvenir aux copains restés au pays, qui seront, à coup sûr, épatés), ou tout simplement d'une tranche d'âge, pourquoi se compliquer la vie. L'idée est de partir d'un cast nombreux pour que, si 90% de la fine équipe ne fait rien pour divertir le public, il reste toujours quelques cas au sein du cast pour toujours faire un truc débile, vulgaire et/ou ridicule (en fait, je voulais dire "et", je ne sais pas d'où sort ce "ou"). On tente de nous faire croire qu'on va voir là quelque chose de vrai, presque un commentaire social sur la population concernée, mais en fait ils en rajoutent tous des tonnes et n'ont rien de naturel. Un impératif, et un seul : il faut que ça nique.
Ca, je connaissais déjà, c'est par là qu'on a tous commencé, avec Loft Story, et je vous avoue qu'instinctivement, quand je parle de télé réalité, c'est à ça que je pense ; et je n'en pense pas que du bien, loin de là.

- il y a également la version à peu près artistique : les émissions de télé réalité héritières des radio et télécrochets. En général c'est assez inoffensif pour ce que j'en ai vu, seulement voilà, moi ç'a m'a toujours fait puissamment chier de voir des gens se faire humilier par un jury en espérant qu'il y en aura un qui sache moins mal chanter/danser/jongler/faire le beau que les autres. C'est comme mon problème avec The Comeback : l'humiliation ne me fait pas rire, ni vraie, ni imitée. Et j'avoue mal comprendre cette obsession de vouloir devenir chanteur/danseur/singe savant/toutou (on en parlé à l'occasion de Victorious, là encore ça se passe dans les tags).

- il y a aussi les jeux, genre Koh Lanta, et je vous avoue qu'à mes yeux, c'est un peu plus haut encore sur l'échelle de valeur de la télé réalité, parce que certes, les candidats se mettent souvent dans des situations impossibles pour pas grand'chose, mais c'est toujours mieux que s'humilier totalement, il y a un certain goût de l'effort derrière, comme par exemple dans Pekin Express, où on est tous conscients que la prise de risque est en réalité totalement sous contrôle, mais où les mecs tentent de faire quelque chose de constructif pour gagner quelque chose. Ils font mieux illusion que les autres, dirons-nous.

- il y a, enfin, la télé réalité people. Ce sont des produits directement adressés aux gonzesses, et qui leur proposent de suivre une célébrité de leur choix (et il est pléthorique) et tenter de compatir à ses petits malheurs, genre valise égarée (I kid you not). Contrairement à ce qu'on a vu dans la version trash classique, on se base ici non pas sur un groupe diversifié, mais sur une personnalité qui doit assurer le show seule à tout prix, si bien qu'on est dans le total culte de la personnalité, tous les personnages secondaires étant forcément à la botte de la célébrité, aussi méconnue soit-elle. C'était un genre qu'en fait je n'avais jamais approché.

Une précision intéressante, c'est que ces genres peuvent se mélanger entre eux. Exemple : on a vu avec Star Academy que l'à peu près artistique pouvait entrer en collision avec le trash, ou qu'un jeu comme L'île de la tentation pouvait être trash, ou encore, le trash avec le people dans La ferme chais plus quoi. En fait on peut tout faire en version trash et c'est ce qui donne si mauvaise réputation à la télé réalité, en général. Beaucoup de trash font en revanche semblant d'être des jeux.

Je sais, je sais : pour vous, rien de nouveau. Mais personnellement je me suis soigneusement tenue à l'écart de la télé réalité depuis Loft Story.
Oh, n'allez pas croire : j'ai regardé Loft Story. Et à l'époque j'en disais du bien. J'enregistrais les épisodes en prime (pas la quotidienne, quand même), et je disais en rigolant que c'était comme regarder une série, puisque l'un était aussi scripté que l'autre. Mais quand la première saison de Loft Story s'est achevée, j'ai tourné la page de la télé réalité et n'y suis plus revenue. Pour moi, c'était une expérience qui n'était pas supposée se renouveler : on avait essayé quelque chose de nouveau à la télé, on avait vu les réactions, vu les conséquences, pesé le pour et le contre, vu à peu près tout ce que ça pouvait donner comme divertissement. Il était temps de tourner la page après cette saison. Mais les audiences en ont décidé autrement. Moi par contre, je ne voyais pas l'intérêt d'aller plus loin et n'ai dés lors offert que mon mépris à ces émissions qui semblaient toujours plus débilitantes. Je n'aime pas avoir l'impression d'être prise pour une conne, et encore moins le prouver en regardant un truc débile juste pour en dire du mal. No offense, guys, c'est juste comme ça que je le ressens.

Une fois de temps en temps je me dis que je devrais peut-être regarder une télé réalité récente pour voir où on en est, mais déjà ma télé est débranchée depuis un bail, et d'autre part ya vraiment rien qui m'attire si je m'en réfère aux pitches. Ou ce qui tient lieu de.

J'ai eu l'autre jour une conversation intéressante avec Tony qui me soutenait que c'était une question de génération, et que ma génération avait aimé les sitcoms, la suivante aimait la télé réalité, et le fait que je n'aime pas était juste dû à mon grand âge (il l'a tourné plus diplomatiquement que ça, je vous rassure). Je ne suis pas convaincue de ça. On trouve des quantités de gens plus âgés que moi qui dévorent de la télé réalité (aux dernières nouvelles, mes parents en regardent... j'attends comme une délivrance le jour où on me confirmera que j'ai bien été adoptée).
Je crois que la différence tient plus dans le niveau d'exigence téléphagique, outre le fait que chacun a son échelle personnelle en la matière, et qu'avec surprise, j'ai découvert que Tony abhorait le sitcom dont les rires du public lui semblent faux (le comble de l'ironie quand on regarde de la télé réalité en la savourant pour sa fausseté, justement). Je ne critique pas l'échelle des valeurs de Tony, je dis juste qu'elle me surprend.
En tous cas je tiens à préciser que les sitcoms, j'y suis venue sur le tard hormis pour Une Nounou d'Enfer (et suis restée assez difficile en la matière), donc je ne pense pas qu'il y ait un effet générationnel.

Enfin bon. Donc, j'avoue, je n'avais jamais donné dans le people, alors que j'avais vu des extraits des autres genres à l'occasion (ma soeur, Dieu lui pardonne, pratiquant régulièrement le "je regarde mais pour me moquer, cela dit t'avise pas de critiquer". Hm-hum).
J'ai donc tenté LisaRaye: The Real McCoy, et je vous avoue que... bah c'est pathétique aussi, mais différemment, et surtout c'est pas trash, ce qui est déjà ça (mais on a vu que le trash pouvait se combiner avec tout alors je suppose que si on est en manque, on doit pouvoir se trouver une célébrité qui nous en donne pour notre pognon quand même).

Du coup, je me sens éduquée, même si ça ne m'a pas spécialement plu. Pour la première fois, à cette occasion, je me suis forcée à me poser et arrêter de simplement vitupérer contre un genre télévisuel qui me répugne, et je crois pouvoir dire que désormais, il y a des types de télé réalité dont je dirai moins de mal que d'autres.
Du moment qu'on ne me force pas à les regarder.

29 mai 2011

SL Digital Shorts presents...

Ne croyez pas qu'il n'y ait pas eu d'activité sur les télévisions de la planète cette semaine. C'est juste la rédactrice qui était un peu dépassée par les relations persos, les cartons, les changements de boulot... Vraiment j'en suis désolée.
Cependant, ne vous en faites pas : les news devraient reprendre demain, et progressivement retrouver un rythme décent.

En attendant, voilà quelques unes des petites choses qui ont eu lieu cette semaine dans le monde :

Lundi ZettaiReido-MEA Retour aux affaires pour Zettai Reido
La série policière de Fuji TV reviendra après un peu plus d'un an d'absence.

ElsecretodePuenteViejo-MEA Antena3 prolonge El secreto de Puente Viejo
La telenovela d'Antena3 lui a permis de renouer avec le succès... elle n'est pas décidée à la lâcher !
Mardi TeamBatistanoEikou-MEA Fuji TV bipe la Team Batista pour une nouvelle saison
Un... deux... trois... on réanime !
Mercredi viking1 MGM TV sort les drakkars!
par Fanny
Les créateurs des Tudors et de Camelot revisitent une fois de plus l'histoire pour nous livrer un drama épique sur les Vikings.
  World En bref : l'actu des télés du monde
J'veux du soleil !
Vendredi SarangeulMideoyo-MEA Audiences coréennes : silence, ça pousse...
La plupart des séries ont connu une amélioration ces deux dernières semaines... mais toutes les séries ne sont pas égales devant ce phénomène !

En peu de temps, on aura quand même pas mal vu du pays : Japon, Espagne, Brésil, Inde, Italie, Mexique... et grâce à l'intervention de Fanny, une news sur une co-production entre l'Irlande et le Canada ! D'après ce que je vois, on devrait encore pas mal voyager la semaine prochaine, d'ailleurs. Ca commencera d'ailleurs dés demain avec un pays dont il a déjà été question, mais qui ne fait pas partie de nos habitudes... vous verrez bien !

Comme d'habitude, n'hésitez pas à vous servir de cet espace pour me faire part de vos remarques. Je n'ai jamais connu le fin mot du succès des audiences espagnoles de la semaine dernière (il est vrai que cette semaine je n'aurais pas eu le temps de m'y atteler), mais si vous avez des préférences, ou même simplement des théories expliquant pourquoi certaines news fonctionnent mieux que d'autres, n'hésitez pas. L'idée, c'est que la rubrique vous fasse envie...

27 décembre 2010

Nostalgie de l'inconnu

Pas motivée. J'ai pas envie de me lancer dans le visionnage de quoi que ce soit en ce moment : il faut dire que j'ai le sentiment d'être téléphagiquement en vacances (à défaut de l'être encore professionnellement) et que du coup, je ne me mets pas la rate au court-bouillon côté séries. Je finis quelques visionnages (en ce moment, Mirador, dont j'aurai probablement fini la saison avant la fin du mois), mais l'essentiel du temps passé devant un écran est plutôt dédié aux films en cette fin de décembre.

La vérité c'est aussi que quand je cherche quelque chose à regarder, en ce moment, j'ai envie de voir des "vieilleries". Des pilotes vus il y a des lustres, ou même que j'ai loupés, et auxquels je voudrais offrir une séance de rattrapage.
Le problème c'est que question accessibilité, on a vu mieux.
Ainsi, ces derniers jours, on a pu me voir (mais uniquement les ayant-droit qui m'ont placée sous surveillance) chercher à cagouler le pilote de séries aussi célèbres que Dr Vegas (en plus on peut y voir Amy Adams apparemment), Stark Raving Mad, The Beat... Je sais pas, une poussée de nostalgie, mais portant sur quelque chose que je ne connais pas (ou que j'ai oubliée, je suis quasiment sûre d'avoir vu le pilote de The Beat lorsqu'il a été diffusé parmi quelques autres pilotes sur Jimmy ; soit ça, soit je deviens complètement folle).

Là comme ça, je me doute que ça ne va pas attirer les foules en masse sur mon blog de citer ces séries, mais je sais pas, elles sont logées dans un coin de ma mémoire, je trouvais que les fêtes étaient le bon moment pour tenter de s'y mettre...
...et rien. Impossible de mettre la main dessus. Et ça m'énerve parce que je suis apparemment capable de trouver le pilote d'une série polonaise ou israélienne, mais un bête pilote américain, un truc qui a moins de 10 ans, non.

Nostalgie

En désespoir de cause, je me rabats sur ce que je trouve par hasard pendant mes fouilles, même si ça n'était pas ce que je cherchais. J'ai le pilote de The Jury qui cagoule à l'heure où nous parlons, par exemple. Mais bon, c'était pas vraiment ce que j'avais envie de voir, ça m'agace.
Alors, bon, voilà. Ce soir, j'ai pas le moral, je suis frustrée. Naturellement je pourrais cagouler des trucs plus accessibles, et d'ailleurs je me prive pas pour tout vous dire, j'ai regardé le X'Mas Special de Doctor Who hier par exemple, mais le cœur n'y est pas. La culture de l'immédiateté sur internet a ses limites, au bout du compte, quoi qu'on en dise. Du même coup, la curiosité aussi.

16 novembre 2010

Dangereuse empathie

A quel point ce que nous regardons a une influence sur nous ?
On parlait il y a peu des émotions qu'on ressent devant les séries qu'on regarde. Et c'est nécessaire de laisser l'empathie fonctionner pour profiter pleinement de ce qu'on regarde. Je reprends l'exemple de ma sœur rei : rien ne rentre, rien ne sort. Blindage maximal. Pourtant, cette émotion que nous avons devant une scène, si nous la goutons avec plaisir pendant quelques minutes, surtout quand l'épisode a été un temps fort, ne peut-elle pas aussi nous mettre dans une forme de danger ?

Je prends l'exemple de la peur, parce que c'est certainement ce à quoi je suis la plus sensible... et je tiens à remercier entre autres The Walking Dead pour ça.

Quand une scène se finit, je peux sentir tous les muscles de mon cou complètement contractés dans une boule dure à la base de ma nuque, mes dents serrées, mes orteils recroquevillés... et ça me prend une infinie minute à tout désentrelacer calmement. Si des dents sont impliquées dans l'affaire, en général je me suis de surcroit ruée sur la première source de lumière venue et je serre la chose la plus pelucheuse à portée de main (parfois un oreiller, parfois un chat) en essayant de ne pas hurler. Osons le dire, je n'en mène pas large pendant plusieurs minutes. Je me souviens avoir été dans un piteux état longtemps après la fin de Jekyll (dents), avoir été à l'envers pendant une semaine après Dead Set et The Walking Dead (dents), avoir fait des cauchemars longtemps après COMA (...ah ? pas de dents ?). J'ai donc bien emmené ces émotions au-delà de la sphère du visionnage.

BlinkEmpathie

Si ça marche pour la peur, ça le fait sans doute pour d'autres choses mois évidentes.
Après avoir vu quelque chose de particulièrement beau, être de bonne humeur voir exagérément positive (merci Pushing Daisies... avouez, ça faisait longtemps), par exemple, semble un effet plutôt désirable...

Mais au final, il faut sans doute apprendre à dresser la barrière qui permet à la série de ne pas trop entrer en collision avec nos émotions. Le tout-émotif n'est pas non plus une bonne solution. Si vous pleurez la mort d'un personnage trop longtemps, ça devient inquiétant.
C'est ce que des psys sont en train de dire à propos de Packed to the Rafters, d'ailleurs, dont un personnage est décédé il y a deux semaines, et qui semble provoquer un vrai travail de deuil auprès de nombreux spectateurs australiens. Preuve si besoin était que la télévision touche vraiment à quelque chose d'intime en nous, et que ça peut être effrayant sous un certain angle et/ou à un certain degré.

Pour autant, et justement parce que nos vies ne sont pas remplies d'autant d'émotions à forte amplitude, nous recherchons ces émotions fortes, et espérons des évènements-clé d'une série qu'ils nous donneront satisfaction. C'est quand nous ne ressentons pas de frisson durable que nous sommes déçus. Quand nous sommes atteints par les émotions de l'histoire, quand, finalement, nous sommes vulnérables, nous en redemandons. C'est à ça qu'on nous distingue des télambdas, dans le fond.
Et parfois, ça fait peur, justement...

8 décembre 2010

Oy to the internet world

Avant de commencer la revue des pires requêtes ayant mené à ce blog depuis quelques semaines, je voudrais poser une question. Une question qui me semble d'une importance capitale, et qui, si vous y répondez, étendra ma compréhension de l'univers et me permettra de donner du sens à l'absurde. La pièce manquante du puzzle.

Oy

Pourquoi les gens font-ils des requêtes du genre de "skyblog une nounou d'enfer" ?
D'une, le concept même d'un blog sur une série qui s'est achevée voilà plus de 10 ans m'échappe totalement. De deux, la spécificité de la demande me laisse abasourdie : ya des gens qui ne veulent lire que sur un skyblog ? Pourquoi, qu'offre donc cette plateforme de si exceptionnel ? A priori, si la série vous plait, et que vous cherchez un blog, n'importe quelle plateforme devrait convenir. Mieux encore, j'irai jusqu'à dire que ce n'est pas spécialement sur Skyblog que j'irais spontanément chercher un blog à longévité exceptionnelle. Ça doit arriver mais ça n'est certainement pas la norme.
Et pour finir, sur un plan tout-à-fait personnel, je ne conçois pas qu'on cherche un blog sur UNE série. Un site de fan, passe encore, mais un blog ? "Aujourd'hui j'ai regardé le 3x14 pour la 712e fois, c'était bien marrant !". "Je réfléchissais l'autre jour à une relation entre Fran et Maxwell. Ils ne concluront jamais, c'est impossible, on a bien vu ce que ça a donné pour Tony et Angela, jamais la production d'Une Nounou d'Enfer ne ferait la même erreur". "Vous avez remarqué que Fran a refilé ses fringues à Maggie ?" Oui, on a remarqué. On a légèrement eu le temps.

Sérieusement, je veux bien une explication.
Bon allez, passons au nerf de la guerre.

petits pois et connotation sexuelle
Ah. Bon.

série télévisée sur M6 le samedi soir 00h00 3 ou 4 ans ça se passe au lycée et l'héroine a une amie morte qui apparait

C'est HYPER spécifique, quand même. Et sinon c'est Hex et c'est plutôt la came de Naka que la mienne.

episode des anges de la ville
Non seulement je n'étais pas sûre que quelqu'un l'ait vu, mais que quelqu'un s'en souvienne, alors là ça m'en bouche un coin.

corée chirurgie esthétique
Oh bah non, ça se saurait.

kathryn morris bouche / kathryn morris magersüchtig / kathryn morris anorexique
Je comprends pas toujours pas cette obsession. Surtout avec des critères de recherche qui ne renvoient pas l'impression d'une grande admiration...

top des conneries américaine
Non seulement faut les lister, mais faut les classer en plus ?!

teen font une partie de basket nue canalblog
Si c'est du foot, c'est pas la peine, ça m'intéresse pas.
Idem si c'est sur overblog (voir aussi : début de ce post)

WOW SEX ALERTE A MALIBU
Des scènes de sexe, je n'ai aucun souvenir. Mais des camel toe, il y en avait un paquet.

la série scandale à l'amirauté
C'est vraiment de pire en pire.

combien y a t il d applaudissement dans le generique de friend
J'en compte 5, ça veut dire qu'il y a un des Friends qui n'y a pas droit, c'est triste. Je mise sur LeBlanc.

Bon, je vous laisse... juste un dernier petit mot pour vous prévenir que vous n'avez plus qu'une semaine pour voter afin de remporter un cadeau de Noël. Je dis ça, je dis rien. Si en fait, ce que je veux dire, c'est que c'est pas drôle, le post qui pour l'instant est sur le point de gagner fait partie de mes unaired et j'ai rien à enregistrer du coup. Pis je suis pas du genre flemmarde moi, quand je propose de vous offrir un cadeau, c'est pas pour ressortir mes fonds de tiroir, quoi.

12 février 2012

Audition (Time 2 Rock)

Permettez que je revienne un peu sur notre SeriesLive Show de vendredi consacré aux séries qui parlent de célébrité, parce que c'est un thème qui revêt énormément d'intérêt à mes yeux.

C'est l'une de mes marottes, depuis quelques années, que de lire des autobiographies de personnes célèbres ; quand je réussis à avoir un peu de budget hors-achats DVD, je suis toujours contente de m'en offrir une, et à vrai dire s'il n'y avait pas la question des finances, je ne serais même pas vraiment regardante sur son auteur (genre je serais même capable d'acheter celle de Sela Ward qui a l'air plus niaise qu'un épisode de 7 à la Maison) (et j'ai regardé 5 saisons de 7 à la Maison).

Si je veux être honnête, je me dois de préciser que les biographies m'importent peu, je les vois plus comme des fictions et je n'aime pas (plus) lire de fiction ; ce que je recherche entre autres dans l'autobiographie, c'est la façon dont la personne va se dépeindre, souvent involontairement, et prendre du recul (ou pas) sur son parcours. La façon dont la personne se dépeint est alors aussi importante que ce qu'elle cherche à exprimer, on est dans un magnifique mariage entre l'être et le paraitre ; il me semble avoir lu le terme de "personal storytelling" pour désigner ce phénomène, si je ne m'abuse.
En prime, j'éprouve une vraie fascination pour un certain nombre de thèmes qui sont alors soulevés, dont notamment la façon dont les gens se construisent hors et dans la célébrité.
Mais comme mon adoration pour A Chorus Line a pu aussi le démontrer, je ne dédaigne pas non plus les chroniques un peu misérabilistes d'années de vaches maigres, et les sempiternelles errances professionnelles quand on commence au bas de l'échelle. Ca fait partie du package que de lire Brett Butler nous raconter comment elle vivait sans argent en passant de comedy club en comedy club, car même si on trouve rarement dans ces passages des observations originales, ils permettent de mieux saisir la réalité des choses.

Du coup, on était vraiment dans un thème qui a toute mon attention, cette semaine ; on nous permet d'explorer plein de choses et qu'avec The L.A. Complex et Smash, on a deux séries en ce moment qui se chargent plutôt bien de nous parler d'un certain nombre de sujets relatifs à ces trajectoires.

AuditionTime2Rock

Dans ce contexte, jusque là, j'avais tenu mes distances avec les blogs de personnes travaillant dans le show business. Principalement parce que, ignorance is bliss, j'en connaissais assez peu (en gros je garde un oeil sur celui de Sherilyn Fenn et ça s'arrête là) mais je n'avais jamais spécialement fait la démarche d'en chercher même si j'ai évidemment eu vent du Masked Scheduler (suite à l'annulation de Lone Star) et que j'avais lu un post d'un showrunner de The Sarah Connor Chronicles qui se rapportait à la fameuse "bulle". Mais disons que spontanément, voilà quoi.
Même sur Twitter, je suis finalement assez peu de célébrités, les parquant en général dans une liste que je consulte une fois l'an.

Mais quelque part entre le hasard de mes préparations de l'émission et des recherches dans le cadre d'un world tour à venir, je suis tombée sur quelques blogs qui ont piqué mon intérêt, et qui cristallisent tout ce qui m'intéresse dans les autobiographies.

Si vous vous intéressez aux VRAIES coulisses de la célébrité, et pas juste aux gossips, je vous recommande notamment The Working Actress. Une fois qu'on a dépassé l'envie de décrypter qui elle est (elle a un rôle secondaire dans un show qui est un hit cette saison), on découvre une chronique globalement honnête, l'anonymat aidant, du quotidien d'une actrice pas super connue, mais qui commence à se défendre.
Plus gaie sur la forme mais incroyablement plus triste sur le fond, il y a The Actor's Diet, où le quotidien d'une actrice américano-asiatique qui ne travaille pas beaucoup et qui explique chaque jour tout ce qu'elle mange, ça vire à l'obsession, même quand elle interview d'autres acteurs (genre Keiko Agena, Daniel Dae Kim...) il y est question de bouffe, de régime... Mais je crois que ça dit quelque chose de très important aussi, tout en évitant le ton de tragédie grecque qu'on pourrait imaginer dans pareil cas.
Un peu plus artificiel (parce que tenu à plusieurs mains, notamment) mais pas moins intéressant : Backtage Unscripted est écrit par des acteurs pour des acteurs et a ses vertus.
Voilà pour mes découvertes récentes.

Cependant, parmi les blogs plus connus, je voudrais attirer votre attention sur ce post de Ken Levine, qui dit aussi quelque chose qu'on a sans doute besoin de savoir sur la pilot season, même si le post lui-même date un tantinet.

C'est sûr, il n'y a pas encore de série qui dise ces choses-là, mais on s'en approche quand même plus avec The L.A. Complex et Smash qu'avec les Hannah Montana et consorts, qui ont fait croire à toute une génération de préados que la célébrité, ce n'était que de l'amusement.

Et si vous avez des recommandations, n'hésitez pas.

27 octobre 2010

Chienne perdue sans collier

Aujourd'hui, c'est jeudi, et jeudi, c'est Canada. Ah zut ça rime pas. Bon tant mieux, vu que je n'avais pas l'intention d'en faire absolument un rendez-vous rigide (n'ayant pas la rigueur de Livia, par exemple), ça m'arrange, dans le fond. Mais pour le moment ça ne va pas m'empêcher de vous parler de Lost Girl, la série dont le pitch ne m'attirait pas, le casting non plus, et que je ne me suis pas précipitée pour regarder. Bah figurez-vous qu'il y en a qui bossent, ici !

Lost Girl, c'est donc l'histoire d'une succube (oï, ça commence mal) qui peut donc aspirer l'énergie des gens par le toucher, et qui ne s'en prive pas jusqu'à ce qu'elle réalise qu'il existe toute une communauté d'autres créatures dotées de pouvoirs (ouhloulou mais qu'est-ce que je fais là, moi ?), divisée en deux clans, celui du bien et celui du mal, apprenant alors qu'elle va devoir choisir (où j'ai mis mon paracétamol, déjà ?).
De fait, dans la collection "je regardes des séries dont le pitch tient sur du papier à cigarettes", ça se posait là. Et vu l'ambiance vaguement fantastique, après une semaine Merlin, ce n'était pas vraiment le plein dépaysement.

LostGirl

En fait, Lost Girl serait plutôt à rapprocher de Mutant X de par son utilisation perverse du scénario : yen a un parce qu'il le faut, mais on n'a pas prévu de s'en servir. L'idée c'est surtout de faire en sorte que le pilote pivote autour de deux axes : d'une part le fait que Bo, l'héroïne, est capable de faire ce qu'elle veut des gens qu'elle touche (et le potentiel d'intrigues et scènes pseudo-sexy qui en découle), et d'autre part, de l'action. Tout ça avec un peu de magie parce que c'est toujours plus facile de faire passer la médiocrité avec de la magie depuis que Charmed a ouvert la voie.

Forte de cette ascendance particulièrement pauvre intellectuellement, mais sur laquelle il n'y a pas le moindre doute quant à son attrait sur les spectateurs les plus influençables (ceux-là mêmes que je tente désespérément de protéger de la faillite intellectuelle dés que je le peux), Lost Girl s'aventure donc là où toutes les séries de la fin des années 90 et du début des années 2000 sont allées, et en fait des tonnes en plus, à grand renfort de phrases se voulant mordantes et drôles, et démontrant surtout qu'il y a définitivement des gens qui regardent trop Les Experts Miami.

Au milieu de tout ça, difficile d'avoir de l'intérêt pour l'univers des fae, d'autant qu'on nous plonge dedans sans vraiment chercher à nous y intéresser. Ça fait un peu "ce sont des gens qui ont des pouvoirs, ça va quoi, on va pas y passer la nuit !", alors que construire un peu la mythologie permettrait de conserver l'illusion qu'il y a un enjeu dans cette lutte du bien contre le mal. Mais l'idée n'est pas, rappelons-le, de ne surtout pas trop insister sur le côte "histoire", mais seulement sur le résultat final, c'est-à-dire un divertissement sans intérêt mais qui bouge et qui fait du bruit.

Vous voulez vous abrutir ? Très bien, à votre guise, une fois de temps en temps ça ne fait pas de mal. Regardez donc Lost Girl ! Mais avec toutes les bonnes séries qu'il y a là-dehors, faites-moi au moins le plaisir de compenser avec, je sais pas moi, mettons, un épisode de Atami no Sousakan, par exemple.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Lost Girl de SeriesLive.

24 septembre 2010

What is (the fuss about) The Event ?

Bon, voilà, ça y est, je l'ai vu votre pilote de The Event, vous êtes contents maintenant ? Votre matraquage ("what is The Event ?", eh bah euh, une série pourquoi ?) dés que j'allais sur un quelconque site d'information téléphagique anglophone, ça commençait à me gonfler. Si vous vouliez en rajouter dans la promo pour vendre votre série dans 200 pays, c'est gagné. Si vous vouliez en rajouter dans la promo pour faire monter artificiellement l'attente des spectateurs, c'est gagné.
Par contre, si vous vouliez en rajouter dans la promo parce que votre produit valait le coup, vous vous êtes plantés.

Quand on crée de la demande, il faut que derrière, l'offre suive. Or The Event est pénible de bout en bout. Sa narration décousue, destinée à artificiellement créer un effet de compte à rebours totalement inutile, qui laisse présager d'une suite de mises en haleine factices assez usante. Épisode un : compte à rebours avant un micro-évènement. Épisode deux : compte à rebours avant le micro-évènement suivant. Et ainsi de suite jusqu'à ce que tous les spectateurs soient morts d'une crise d'apoplexie à force d'attendre qu'il se passe le vrai Event. Une recette qui symbolise, en gros, l'accomplissement de saisons et de saisons et de saisons de thèses conspirationnistes et autres mystères insolubles, genre X-Files, Lost, ou plus récemment Flash Forward et Persons Unknown. On notera à la lecture de cette liste que le genre est casse-gueule, c'est un peu la consécration ou le néant qui attend The Event avec une technique pareille.
Je penche pour le néant.

Tout ça donne l'impression de brasser du vide. De mon point de vue, attention aux spoilers dans les deux prochains paragraphes, les scénaristes semblent avoir procédé comme suit :

Phase 1 - L'histoire : dans le pilote, un jeune homme voit sa future épouse disparaitre mystérieusement, tandis que le père de celui-ci, attaqué par un groupe mystérieux, est contraint à un détournement d'avion (il est pilote de ligne) afin de percuter la maison de vacances du Président des USA, lequel est sur le point de donner une conférence de presse importante sur la libération de prisonniers mystérieux, sur conseil d'une mystérieuse scientifique. Un mystérieux agent tente d'arrêter le jeune homme pour de mystérieuses raisons.

Phase 2 - On reprend les mêmes, on mélange, et on recommence : alors en fait le jeune homme monte dans l'avion et l'agent tente de l'arrêter. Mais ça rate et le jeune homme est soulagé, l'avion décolle. On retourne dans le passé pour voir le jeune homme demander la main de sa belle à son beau-père. Les amoureux partent en vacances pour qu'il puisse faire sa demande dans un lieu paradisiaque. Retour dans l'avion, après le décollage, le jeune homme brandit une arme et veut entrer dans le cockpit, un marshall embarqué à bord tente de l'intercepter. Retour en arrière, on voit le Président fêter l'anniversaire de son fils dans sa maison de vacances en Floride, mais ses conseillers demandent une réunion. Retour en arrière, le Président a eu connaissance d'un rapport sur une prison où 97 personnes sont détenues illégalement, il veut la faire ouvrir. Retour dans l'avion, le jeune homme explique qu'en fait il veut sauver la vie des passagers et que le pilote ne doit pas crasher l'avion... Oh puis attend on va remettre un coup sur la demande en mariage, et puis là on va découvrir que finalement la scène dans l'avion n'était pas finie... Bref on passe son temps à revenir d'avant en arrière avec un petit chrono pour vous dire quand on recule mais jamais quand on avance, ce qui rend l'expérience désagréable plus qu'excitante (ce que je suppose être le but initial de la production).

TheEvent

Si je comprends parfaitement le but de l'exercice, la méthode a de quoi émousser la patience de plus d'un téléphage consciencieux : pour faire trainer les choses, on joue avec la chronologie. C'est peut-être spectaculaire dans une certaine mesure, mais c'est quand même drôlement irritant.

Vous l'aurez compris, la machine The Event n'aura pas pris sur moi, et le fait que j'ai eu du mal à échapper à sa promo (alors même que j'évite les news et trailers de tous poils depuis le printemps) n'a pas aidé, au contraire. Il va donc se passer un gros évènement qui va totalement m'échapper. C'est pas grave, je le prends avec philosophie : contrairement à ma difficulté à prendre du temps pour regarder Mad Men qui me donne d'amers regrets, je sais ce que je rate en arrêtant de regarder The Event dés maintenant, et je le fais sans le moindre petit pincement au cœur. Je l'ai dit, cette saison, je vais être sélective sur les séries au long cours ; c'est pas pour m'embarquer dans un festival de poudre aux yeux et perdre mon temps à essayer d'excuser l'absence de fond par l'excès de forme.
Désolée, Bill, j'étais pourtant contente de te retrouver.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche The Event de SeriesLive.

Publicité
ladytelephagy
Publicité
Archives
Publicité