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ladytelephagy
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7 novembre 2012

Née sous X

Depuis quelques jours, j'ai du monde à la maison, et du coup, je regarde des films. Ouais je sais, à moi aussi ça fait bizarre. Je n'avais plus regardé autant de films en si peu de temps depuis mon fameux défi cinématographique ! Qui plus est, ce n'est pas exactement le genre de films que je regarderais si j'étais seule.
On a en effet commencé avec la trilogie X-Men, avant d'embrayer sur les prequels/sequels variés sortis à ce jour.

Les deux premiers X-Men, je les avais vus, en réalité, dés leurs sortie, c'est d'ailleurs la raison pour laquelle ils ne figurent pas dans mon Secret Diary of a Cinephile ; à l'époque du premier, je fréquentais un geek, et à l'époque du second, je re-fréquentais le même geek (j'étais en réalité surprise qu'on ne se remette pas ensemble au moment de la sortie du troisième !). Le dernier opus de la trilogie, en revanche, n'étant trainée sur place par aucun tiers, m'avait complètement échappé, et les spin-offs encore plus. Il faut dire que je suis assez peu portée sur les films de superhéros : je n'ai jamais vu aucun Spiderman, peut-être un vieux Batman dans un coin (genre avec Michael Keaton...), et ma tentative de me frotter à l'univers d'Iron Man avait été un échec plus tôt cette année (et pourtant j'étais malade, donc vulnérable), pour n'en citer que quelques uns.

Pourtant, je ne suis pas complètement fermée au monde des superhéros.
Séquence souvenirs.

Quand j'étais adolescente, je ne me rappelle plus comment j'avais fait mon compte, mais j'avais réussi à avoir un peu d'argent et je m'étais acheté, en cachette, deux comics dans une librairie près de mon lycée. En cachette parce que chez mes parents, si la lecture était considérée une perte de temps, la lecture de bande-dessinées était considérée comme un aveu de crétinerie. De toutes les choses qui étaient non grata dans ma famille, la BD était l'une des pires (avec l'usage du téléphone et le concept de l'achat d'un lecteur CD ; pour ceux qui se demandent, grandir au 14e siècle c'est moyennement fun). L'un des comics était un numéro de X-Men, l'autre de Witchblade. C'étaient des numéros achetés au hasard, sans rien connaître de la mythologie de l'un ou de l'autre (je crois que le Witchblade était un des tous premiers, mais pour l'exemplaire de X-Men, il était clair que je n'avais pas la moindre idée de l'univers dans lequel les personnages évoluaient)... mais j'ai quand même pu apprécier certaines choses, notamment de la part des personnages dont je pouvais saisir l'essence, à défaut de connaître leur background complet.
Je ne connaissais rien au monde des comics, je ne savais par exemple pas pourquoi à l'intérieur d'un même numéro, plusieurs styles de dessin apparaissaient, j'ignorais même que plusieurs histoires étaient menées de front, chacune à raison de quelques pages ; à mon époque, on n'avait pas Wikipedia (de toute façon, si vous croyez que mes parents auraient pris un abonnement à internet...), donc on faisait nos expériences sur le tas, sans avoir la possibilité d'accéder à une illusoire science infuse permise par un accès immédiat à des réponses à 99% de nos questions. Donc j'ai acheté le deux numéros, je les ai lus, et j'ai tiré mes propres conclusions. Et c'est comme ça que j'ai compris que je ne pourrais jamais me lancer dans les comics, parce que cela exigeait des achats réguliers et que ce n'était pas possible pour moi.
J'ai eu une pensée pour cet achat quand Witchblade, la série, est apparue sur les écrans ; comme en plus l'héroïne était une actrice de Brooklyn South, ça m'intéressait d'autant plus. Au final, je n'ai jamais pu voir Witchblade mais dans le fond ce n'était pas si grave, vu les retours que j'en avais ; d'ailleurs j'aurais sûrement eu plein d'occasions de le faire depuis que je peux me lancer dans des recherches pour trouver des épisodes, depuis que j'ai un accès libre à internet, et je n'ai même jamais esquissé l'ombre d'une requête google.
Mais pendant les mois qui ont suivi, je me suis penchée sur le style de dessin des comics, je l'ai décalqué, copié, intégré dans mes propres dessins (je dessinais énormément pendant le collège et le lycée), et finalement, c'est quand même devenu une part de ma popculture, même si c'était de loin et sans avoir eu le temps de m'attacher émotionnellement aux histoires. A l'impossible nul n'est tenu.

Pourtant, les versions ciné des X-Men ne m'avaient jamais attirée, essentiellement parce que j'avais l'impression que c'était juste une excuse pour faire des films d'action à gros budget, mais aussi évidemment parce que j'avais loupé le coche de l'affectif.
Quand j'avais été les voir, les deux premiers films m'avaient très peu captivée, je crois que grosso-modo je pionçais à moitié (l'autre moitié était venue avec son copain et était occupée différemment...). J'avais aussi de très forts a priori, et ça n'aidait pas.

Alors finalement, ce revisionnage cinématographique un peu forcé (mais c'est souvent le cas avec les films, il faut que je me pousse un peu, c'était d'ailleurs toute la raison de mon défi de 2010) m'a permis d'accorder un peu plus d'attention, avec un esprit un peu plus ouvert, aux films, et à l'univers X-Men en général.
C'est de cet univers dont j'avais envie de parler aujourd'hui, parce que c'est la première fois que je lui ai prêté de l'attention, et que j'ai désormais une vue d'ensemble sur tous les films sortis à ce jour.

XMen

Comment le thème de l'acceptation de la différence m'avait-il à ce point échappé lorsque j'avais vu les deux premiers films ? De toute la franchise, ils sont pourtant les plus explicites sur ce thème, et les plus intéressants à ce sujet.
Car ce que ce revisionnage des deux premiers opus m'a fait comprendre, c'est que la franchise X-Men n'est pas qu'une façon de se faire facilement des dollars en montrant des superpouvoirs, comme je le soupçonnais initialement. De véritables thèmes sont abordés, et non au titre de simple prétexte (j'insiste : je parle des 2 premiers films de la trilogie), mais bien comme axe central de l'intrigue et de la réflexion de chaque film. Revoir ces deux premiers films m'a permis de prendre la mesure des enjeux : il ne s'agit pas de bons et de méchants mutants, il s'agit de mutants qui veulent exister au grand jour mais qui n'ont pas la même méthode pour y parvenir, les uns étant dans le court terme et la mise devant le fait accompli, les autres dans le long terme et la diplomatie prudente. Dans le contexte de ces deux films, les histoires personnelles des mutants sont assez peu travaillées (à l'exception de l'enfant chéri Wolverine), car ce qui compte, c'est la doctrine, in the grand scheme of things. La thèse n'est pas sacrifiée au nom de l'efficacité, c'est l'efficacité qui vient servir et renforcer la thèse. Sans aucun doute, avec mes outils de spectatrice d'aujourd'hui, je trouve que ces deux premiers films sont bons ; pardon si j'ai l'air de débarquer mais, comme on dit, il vaut mieux tard que jamais. Aucune scène d'action n'est gratuite, il y a un vrai scénario, et les personnages sont forts. Difficile de ne pas s'attacher à au moins l'un d'entre eux (même si certaines choses ne changent pas : mon seul souvenir positif de X2, c'était Alan Cumming...), de ne pas sentir qu'il y a chez presque tous quelque chose de profond à découvrir sur leur passé ou leurs conflits intérieurs. Tout ça dans des films à gros budget et donc gros spectacle, la prouesse mérite d'être soulignée, même avec une douzaine d'années de retard !
Le troisième opus de la trilogie me laisse plus mitigée. Peut-être que pour lui aussi je changerai d'avis dans une prochaine décennie, mais pour le moment je l'ai trouvé assez creux, sa thématique étant moins engagée et les scènes d'actions épouvantablement longues, en particulier le fameux combat final. Sa conclusion me laisse également sceptique, mais je reviens là-dessus à la fin de ce post.

N'ayant aucune sorte d'affinité avec celui qui semble être le chouchou de la franchise (et donc, je le présume, des spectateurs), le prequel sur Wolverine m'a laissée de marbre. L'histoire de X-Men Origins: Wolverine ne trouve de l'intérêt que vers la fin, au moment de la découverte du programme Weapon X, sur l'île ; mais le reste est bavard et dénué d'intérêt, le face à face entre les deux frères étant rapidement épuisé par le premier quart du film, et lorgnant sur la redite lassante ensuite. Le projet Weapon X méritait d'ailleurs d'être approfondi, au moins dans ses intentions, mais comme on aura un spin-off sur Deadpool, on devrait avoir une chance de se remettre de la déception.

Mais la plus grande des frustrations découle de X-Men: First Class. Voilà un prequel qui était d'une grande nécessité pour placer plus précisément sur la carte le professeur Xavier comme ce bon vieux Magneto. Quelques problèmes, cependant : un cast très inégal (Patrick Stewart est d'accord avec moi), des personnages totalement inutiles (hello Betty Draper), d'autres tristement sous-employés (à quand le spin-off sur Mystique, au nom du ciel ?!), des séquences particulièrement fastidieuses (quand chacun apprend laborieusement à améliorer ses compétences), et d'autre éminemment ridicules ("je te vois dans le sous-marin, je te vois plus, je te vois dans le sous-marin..."), de nombreuses incohérences destabilisantes avec les autres films de la franchise (et je ne parle pas juste de petits bugs mineurs comme la couleur des yeux de Charles Xavier), et globalement, une mauvaise exploitation du potentiel de réécriture historique (pourquoi s'attaquer à la crise des missiles de Cuba si c'était pour en faire ça ?). Ah, et Kevin Bacon, qui devrait peut-être y aller mollo sur les prescriptions de marijuana.
Il y a de bons moments, une tentative relativement honnête d'explorer un versant plus littéral de l'acceptation de l'identité mutante, mais globalement, ça reste boîteux. Clairement il s'agit ici de faire un coup double, à savoir rajeunir le cast ET la cible, mais on peut être jeune et avoir un minimum d'exigence de qualité (du moins je l'espère). Un travail totalement salopé m'aurait à la rigueur plus contentée, au sens où au moins, je ne ressentirais pas la frustration d'avoir failli, mais failli seulement, assisté à un film intéressant. Là c'est un peu ni fait, ni à faire, mais ça a quand même était fait, et dans le doute, il valait peut-être mieux s'abstenir, mais bon, c'est fait, c'est fait hein...
Par comparaison, X-Men: The Last Stand apparait comme plus honnête dans ses intentions que X-Men: First Class : on ne cherche pas à y faire passer des vessies pour des green lantern (ah zut, c'est la franchise concurrente), on est dans le divertissement au sens le plus classique du terme.

XMen_FirstClass

Après avoir passé environ une semaine et la bagatelle de 5 films devant la franchise X-Men, ma curiosité envers celle-ci est donc renouvelée.
En fait pour la première fois, j'ai l'impression d'être en mesure d'apprécier le potentiel de cette immense saga, qui s'écrit aux USA depuis les années 60 sur divers medias, à commencer évidemment par la bande-dessinée. S'il ne m'a jamais échappé que X-Men était un objet culturel d'importance outre-Atlantique, je commence à peine à comprendre pourquoi.

Le problème, c'est que picorer de la lecture sur Wikipedia pendant deux ou troix heures ne fait que souligner un grave problème de l'univers X-Men : sa densité. Ce qui fait même sa richesse pour le curieux d'aujourd'hui est aussi le plus gros frein à sa découverte. Il aurait fallu baigner dedans depuis toujours, ou au moins y entrer tôt, mais désormais, pour moi qui ai passé trois décennies à ne voir ces histoires se dérouler que de loin, et leur succès me rester étanger, il semble un peu tard pour vraiment comprendre la complexité de cet univers, de ses personnages, de ses mythologies.
Je ressens envers X-Men la même chose qu'envers Star Trek : il est clair pour moi à présent qu'il y a énormément de choses à voir (et d'autres probablement à survoler, voire même zapper totalement) et à appréhender dans les histoires que veut raconter cette franchise, mais la tache est d'une telle ampleur que le rattrapage ne sera jamais possible. C'est comme appréhender toute une gamme de mythes et légendes d'une autre culture : même si la curiosité me ronge, impossible de vraiment m'en imprégner, parce que je n'ai pas été éduquée dedans ; néanmoins c'est justement cette consistance qui m'attire (tout comme j'étais, enfant, attirée par les mythologies du monde, par les centaines d'espèces de dinosaures, ou comme je le suis aujourd'hui par la perspective de pouvoir cartographier les séries de la planète).
Et du coup, j'hésite à m'engager dans une véritable documentation sur le sujet, alors que je suis convaincue désormais d'avoir énormément de concepts et d'histoires qui pourraient m'intéresser, me divertir, me nourrir, et que j'enrage un peu de passer à côté en ne regardant que les films (dont certains passent à côté de leur objectif).

Alors, comme j'avais fait pour Star Trek, je me suis dit que le plus court chemin vers la compréhension d'un univers foisonnant et intimidant, c'était la littérature. Une bonne grosse encyclopédie spécialisée, ou un ouvrage de fond sur la symbolique de... la symbo... la... quoi ?
Si mes recherches sont exactes (et à ce stade je n'ai pas de raisons d'en douter, j'y ai passé un temps non-négligeable), il existe un seul livre consacré à l'univers X-Men, et encore, il fait partie d'une collection (et évidemment c'est uniquement en anglais, mais je n'attendais pas de la France qu'on y écrive une abondante littérature sur un comics, le genre étant très largement déconsidéré sous nos latitudes ; un peu comme chez mes parents !).
Bien que potentiellement intéressant (la franchise telle que je l'ai vue semble aborder suffisamment de sujets pour justifier de l'existence de pareil ouvrage), cet essai ne m'aidera pas à "rattraper le temps perdu" comme le ferait un encyclopédie ou une quelconque oeuvre récapitulative (ou au moins quelques chronologies des storylines majeures et/ou des personnages).

C'est ce qui m'amène à vous reparler de la fin de X-Men: The Last Stand. La façon dont s'achève le film, laissant en suspens plusieurs problèmes dont l'un, non des moindres, est la mort d'un personnage important (pour ne pas citer de nom et des fois qu'il y ait encore plus retardataire que moi !). Sur le coup, à la fin du film, je suis restée interdite par le culot de la franchise cinématographique de tuer un personnage aussi important pour la franchise dessinée. Je me suis justement demandé si c'était conforme à l'original, ou s'il s'agissait d'une nouvelle liberté prise par l'adaptation ; j'ai donc été me cogner la (longue) biographie du personnage, et je n'ai pas trouvé de trace de pareil évènement.
J'aurais aimé un ouvrage aussi complet (néanmoins synthétique) et pratique que ma très chère bible de Star Trek (au sujet de laquelle j'ai une amusante anecdote, d'ailleurs) pour m'aider à trouver plus simplement cette information. Et bien d'autres. Juste pour me mettre un peu à niveau.

Au terme de cette aventure d'une semaine (ou d'une vie, selon le point de vue), j'ai l'impression d'avoir eu un second rendez-vous avec quelqu'un que je ne pourrai jamais vraiment fréquenter. Ca s'est bien mieux passé que notre première sortie, mais même si je tombais amoureuse, il me serait impossible de vivre cette passion dans une configuration qui me semble satisfaisante.
Par ricochets, je me demande pour combien d'univers on se retrouve, sans forcément en prendre conscience, dans la situation où on a le choix entre une appréciation superficielle d'un monde (cela peut convenir à certains, mais moi, vous le voyez, ça me frustre) et une connaissance pointue d'un domaine qui a demandé des heures de suivi pendant des années juste pour appréhender correctement le sujet, ses richesses et ses nuances (sans même parler de se proclamer expert). L'investissement que demandent des passions comme celles que peuvent avoir les fans de comics pour l'univers de Marvel est énorme... et ne concerne qu'une franchise ! Ce n'est même pas comparable avec la téléphagie au sens large, qui est une imbrication de visionnages à court et à long terme d'un patchwork de séries différentes ; on parle d'une oeuvre, et une seule, qui exige une attention soutenue (et via un seul media, les autres étant incomplets ou pauvres) rien que pour en posséder les tenants et aboutissants.

La prochaine fois que quelqu'un me demandera comment je connais tant de séries et mémorise un grand nombre de choses à leur sujet, je lui parlerai de cette porte entr'ouverte sur la constellation X-Men, et combien je ne suis qu'un petit scarabée à côté de ces gens qui connaissent de bout en bout la vie de Jean Grey et de Charles Xavier...
On est tous l'amateur d'un autre fandom.

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17 octobre 2012

People you're dying to meet

"Our lives intersect into a vast network. In sex, there are no strangers."
C'est ainsi que commencent la plupart des épisodes de la première saison de la série sud-africaine Intersexions, que j'ai achevé de regarder aujourd'hui, avec cette voix-off, pendant le générique, qui nous rappelle à la réalité des MST, et en particulier (puisque c'est le sujet non-dissimulé de la série) du VIH.
Il n'y a pas 15 jours que j'ai reçu le DVD de ma toute première série sud-africaine, et je ne vous cache pas être ravie d'avoir commencé à découvrir les séries dramatiques locales avec celle-ci. A l'heure où vous lirez ces lignes, je serai probablement sur kalahari en quête d'une autre fiction sud-africaine à expérimenter...! C'est vous dire si le bilan d'Intersexions s'apprête à être positif, si vous me pardonnez l'expression ; alors, pour l'heure, revenons sur la première saison de cette grande fresque.

Intersexions-PeopleYourDyingToMeet

Intersexions est, de par son format, une anthologie dramatique (répondant ainsi sans le savoir à mes voeux en la matière), bien qu'utilisant des éléments feuilletonnants à la fois pour lier ses épisodes les uns aux autres, ainsi que pour conclure sa saison, grâce au couple incarné par Mandisa et Kabelo.
...Vous vous souvenez d'eux ? Dans le pilote, ils étaient sur le point de se marier, lorsque Mandisa a appris que son ex, le célèbre DJ Mo, était mourant, à l'hôpital, à cause du SIDA. Etait-elle infectée par DJ Mo ? Avait-elle infecté son fiancé ? Et maintenant qu'elle était enceinte ? On s'était arrêtés là.
Mais Intersexions n'a pas pour objectif de simplement remonter la piste de l'infection. Il ne s'agit pas d'une enquête déguisée, dans laquelle on essayerait de savoir qui a contaminé qui, qui est le "sujet 0". La série s'appuie sur un fait, et un seul, celui explicité clairement lors de son générique : nous vivons nos vies amoureuses de façon complexe, nous avons plusieurs partenaires, parfois de façon responsable, parfois non, et la vérité, c'est que nous pourrions tous, à un moment, être infectés. Si nous ne prenons pas garde. En nouant ses intrigues, en jouant avec de très, trèèès nombreux sauts temporels, la série veut montrer combien il est difficile, en réalité, de pointer un coupable et des victimes.

La grande force d'Intersexions est que son propos pédagogique bénéficie d'une excellente utilisation des possibilités dramatiques de sa formule, et inversement. En optant pour l'anthologie, la série se permet ainsi d'explorer des personnages très différents. Nous ne resterons pas dans le monde des avocats et des attachés de presse, qui est celui de Kabelo et Mandisa. Nous allons plonger dans toutes les couches de la société, voyager dans tous le pays. Des riches et des pauvres, des citadins et des campagnards, des gens mariés et d'autres libres comme l'air, et même, des personnages libres et d'autres en prison (visiblement une thématique récurrente à la télévision sud-africaine, vu ce qu'on sait de Yizo Yizo)... Toute la société est concernée. Et ça rend Intersexions d'autant plus fascinante à regarder que les richesses des intrigues sont multiples, et qu'elles touchent sûrement chaque spectateur au moins une fois ; pour découvrir en accéléré la société sud-africaine, c'était aussi particulièrement idéal !
Mais non seulement leur statut et leur situation varient, mais les personnages que nous découvrons à mesure que nous tirons le fil de ces ramifications sont variés, et leur rapport à la sexualité l'est lui aussi ; il y a les prudents et les délurés, les méfiants et les naïfs, les jaloux et les libérés, les infectés qui se soignent et ceux qui s'ignorent, et pourtant, il n'y a pas, ou rarement, de méchant désigné, pas de stigmatisation des comportements.

Ce qui est fascinant, c'est que la variété des contextes n'est jamais utilisée comme un prétexte pédagogique : dramatiquement, les épisodes vont jusqu'au bout. Intersexions va soulever, à travers ses portraits, des questions autour du viol, par exemple, ou de la prostitution. Ses personnages apparaissent dans un, deux, parfois trois épisodes de la série, mais généralement sous un angle différent ou avec une importance variable (le personnage central d'un épisode peut passer au second plan dans l'épisode suivant, avant de passer le relai à une autre intrigue et disparaitre tout-à-fait). Les épisodes sont ainsi regardables indépendamment, mais prennent une force décuplée s'ils sont vus ensemble et dans l'ordre.

Comme tant d'anthologies, Intersexions est aussi un puissant exercice de style, capable de faire se dérouler un épisode sur une durée de 6 mois, et l'autre, en l'espace d'une heure. Et du coup il y a des réussites incroyables sur le plan formel ! L'un de mes épisodes favoris de ce poin de vue est celui au début duquel Charlie se réveille à côté d'une inconnue ; ils ne se souviennent de rien, ont-il couché ensemble, et si oui, se sont-ils protégés ? Le temps de se rhabiller, ils essayent de refaire le chemin ensemble, ce qui donne une version dramatique de The Hangover particulièrement efficace et rythmé. Ou c'est au contraire dans la lenteur et la douceur que Tshepo et Dalitso passent les mois sans jamais se toucher, si ce n'est une promesse, du bout du petit doigt... la beauté de cet épisode est au moins aussi incroyable.
Parfois le style est réaliste, quasi-documentaire, comme dans l'épisode se passant dans un lycée ; parfois, le monde d'Intersexions se pare de couleurs et de beautés et nous montre une romance provinciale touchée par la grâce.
Sur le fond, on est moins dans la variation que dans un sens prononcé de l'équilibre. La plupart des épisodes trouvent un juste milieu entre l'émotion et le propos préventif. Un seul épisode sera un peu plus ouvertement pédagogique (son objectif étant de rappeler que les médecines traditionnelles ne peuvent pas rivaliser avec un antirétroviral), mais le fera sans paternalisme excessif. Il faut saluer la façon dont Intersexions s'adresse à ses spectateurs comme à des personnes normales, pas des enfants ou des irresponsables...
Je pourrais continuer des heures sur les qualités de la série, chaque épisodes ayant son lot de réussites.

Mais après cette expérience émouvante, intéressante, parfois totalement imprévisible, le plus étonnant est d'arriver à la fin du 24e épisode, qui revient à Mandisa et Kabelo, et boucle la boucle. De quoi laisser circonspect : qui est donc le personnage du 25e épisodes ?
Tenez-vous bien (ou sautez le paragraphe si vous comptez voir la série) : notre voix-off, c'est HIV. Ce personnage, qui met sa voix suave au service de l'horreur, va apporter un nouvel éclairage sur les histoires que nous avons vues. Lui, il sait où est le virus : il est passé par ici, il repassera par là ! Et en remontant tout le réseau d'Intersexions, nous allons apprendre pourquoi certains personnages n'ont pas attrapé le virus, ou ne l'ont pas transmis, mais aussi pourquoi d'autres ont fait "sa rencontre". Rétrospectivement, le spectateur frémit devant certaines connexions dont il n'avait pas mesuré l'importance... Mais notre ultime héros, lui, se régale de cela : "Thanks guys, for making Russian roulette your favorite sport !", s'exclame-t-il en s'amusant de nos comportements risqués. Le message contenu dans cet épisode est explicite, et s'appuie sur des faits autant que sur les intrigues, accomplissant ainsi, pour la première fois, la mission d'information de la série sans s'appuyer sur les avantages de la fiction ; on est ici dans le docudrama, en fait, à la différence que le double language (c'est le virus qui s'exprime, et qui emploie énormément de sarcasmes pour cela) permet d'éviter, une fois encore, d'avoir l'impression d'assister à un cours magistral. Mais cela permet aussi au spectateur qui a pu se laisser emporter par l'émotion, l'efficacité ou toute autre avantage, de se recentrer sur la thématique du virus...

Alors au final, Intersexions réussit sur la forme comme sur le fond, dans l'émotion comme dans la prévention, avec ses personnages comme ses situations, et accomplit en 25 épisodes un petit exploit, que je me sens obligée de saluer, ne serait-ce parce que j'ai fini la série en applaudissant (oui, j'applaudis certaines séries, vous faites jamais ça, vous ?). Vraiment, c'était de la belle ouvrage, et il est clair pour moi qu'Intersexions a tout d'une grande, et n'a rien à envier aux séries que je connaissais déjà. Parfaitement aboutie, pensée, accomplie (il y a visiblement des personnes, si j'en crois le générique, qui ont veillé à la cohérence des épisodes entre eux, notamment), Intersexions a parfois, évidemment, quelques faiblesses : c'est le propre de toute anthologie, qui ne peut plaire de la première à la dernière minute. Mais elle accomplit, en dépit des difficultés inhérentes à son principe et sa forme, une véritable prouesse. Le défi a été relevé, et remporté. J'espère que la seconde saison, actuellement en préparation, sortira également en DVD parce que, en ce qui me concerne, c'est comme si c'était déjà dans l'avion.

Autre avantage non-négligeable, ce post me fera une transition toute trouvée pour vous parler du pilote de la mini-série suédoise Torka Aldrig Tårar Utan Handskan. J'aime autant vous prévenir, ça va être un peu hardcore...

PS : un truc que j'ai oublié de préciser, lorsque j'ai parlé des DVD d'Intersexions l'autre fois : l'Afrique du Sud, c'est de la zone 2. Voilà voilà, héhé, juste une donnée à garder en tête pendant que vous vous tâtez pour savoir si vous voulez voir le pilote avec sous-titres anglais. Il vous suffit en effet de commenter juste là pour débloquer l'accès au pilote : il manque UNE demande ! Enfin moi je dis ça...

24 octobre 2012

Abuse me

Un mot sur les épisodes de ce début de 4e saison de The Good Wife, qui semblent mettre quelques spectateurs mal à l'aise. Que ce soit via Twitter, sur des sites que je lis (parfois n'ayant aucun rapport avec les séries), ou même suite à un passage sur Tumblr, j'ai vu passer des commentaires allant de lassés à effarés, quant à l'intrigue de Kalinda.
Ce que je n'ai pas souvent lu, ce sont des propos positifs en réaction à cette storyline. Je veux bien que vous me donniez les liens à côté desquels j'ai pu passer, mais en attendant, je voulais dire un petit quelque chose sur cette histoire, parce qu'elle m'a beaucoup plu.

Naturellement, à partir de la capture, c'est le festival du spoiler, hein, vous l'aurez compris. Pas de bol pour ceux qui suivent la diffusion française. Aha, non je déconne ; yen a qui font ça ?!

AbuseMe

Pour ceux qui roupillent dans le fond mais font semblant de suivre la manoeuvre, en revanche, ou encore ceux qui ont un disque dur tellement chargé le lundi matin qu'étrangement la nouvelle saison de The Good Wife passe à la trappe depuis plusieurs semaines à leur corps défendant, voilà un petit résumé de ce qui se passe.
On savait que Kalinda avait un mari quelque part dans le monde, et qu'elle évitait consciencieusement de le croiser parce qu'elle le considère dangereux ; or le voilà qui réapparait dans sa vie, ce qui évidemment n'augure pas du meilleur pour elle. Leurs retrouvailles se font dans la violence, et vas-y que je tente de t'étouffer, et vas-y que j'en ai autant à ton service. Mais en parallèle de cette violence, il y a aussi du sexe débridé.
Clairement, on est dans la représentation extrême de quelque chose d'extrême, je crois qu'on sera tous d'accord.

Si j'en crois mes lectures, on peut relever deux types de griefs pour le moment.
D'une part, il y a l'ennui. Parce qu'apparemment, on peut s'ennuyer d'une intrigue secondaire qui se déroule dans seulement deux épisodes et demi d'une saison qui pour le moment compte quatre épisodes diffusés (celui de dimanche n'a en effet accordé aucune seconde à cette intrigue ; je suppose que ça a dû en soulager quelques uns). Et parce qu'apparemment, si on traite une intrigue comme celle-ci sur un peu de longueur, ça sent trop l'insistance ; évidemment on aurait sauté à la gorge des scénaristes s'ils avaient bradé ça en un épisode, mais passons.
D'autre part, il y a l'inconfort, voire le dégoût. La phrase qui revient le plus souvent, avec ses variations, est : "ce n'est pas la Kalinda que nous connaissons/aimons/désirons" (rayez la mention inutile, oops il n'y en a pas). Comment une femme aussi forte que Kalinda peut-elle se laisser ainsi marcher sur les pieds ? Pourquoi ne se débarrasse-t-elle pas de l'époux maltraitant comme elle l'a fait tant de fois par le passé avec d'autres gêneurs ? Ce dégoût s'accompagne aussi d'un "problème" de forme, puisque jamais la série (pourtant pas spécialement frigide jusqu'à présent) n'avait été aussi loin dans sa description des moeurs de l'un de ses personnages.

J'avoue que si je comprends un petit peu, disons, intellectuellement, ces arguments, je suis incapable de partager ces opinions. La relation abusive entre Kalinda et Nick m'a semblé très adroitement écrite, et même, touchante, par moments.

Kalinda, on le sait, a toujours vécu dans le rapport de forces. C'est ce qui la fait, pardonner le terme, bander. Qu'il soit mental, avec plusieurs de ses conquêtes et notamment féminines ("je te prends et je te jette, ensuite tu me diras combien je t'ai blessée et on recommencera"), ou physiques, par exemple avec Blake, avec lequel on retrouvait d'ailleurs énormément de schémas d'attraction-répulsion qu'on constate avec Nick.
La seule différence, c'est que comme les chats, quand Kalinda a décidé qu'on allait cesser de jouer, c'est vraiment fini, et les souris ont intérêt à flairer le vent tourner et détaler sans insister. Kalinda aime bien fixer la limite elle-même : elle ne se fait jamais débarquer d'une relation, même superficielle ; c'est toujours l'inverse. C'est elle qui s'en va, surtout si elle sent qu'elle va s'attacher. On l'aime aussi un peu pour ça, l'air de rien, pour cette façon indépendante et fière de jouer toujours en solo, dans le fond, ou d'arrêter les frais quand elle sent que justement il se passe un truc qui dépasse les joutes verbales et le sexe sans conséquence. De savoir poser ses limites (même quand elles sont arbitraires), de les assumer, et de les imposer aussi aux autres, avec une batte de baseball s'il le faut.
Avec Nick, il est évident qu'elle a du mal à dire stop. C'est justement une première. On devine qu'elle a sans doute mis énormément de temps à se barrer la première fois, et si l'intrigue dure deux épisodes et demi (une éternité, donc ?) c'est justement pour nous dire que cette fois, il ne lui suffit pas de claquer la porte, parce que Nick n'est pas comme les autres, il a un pouvoir sur elle. En fait, techniquement, c'est même l'inverse, au sens où les comportements que nous avons observé de la part de Kalinda par le passé découlaient justement du syndrome chat échaudé ; cette storyline étant l'occasion de revenir indirectement sur les causes du comportement du personnages dans les saisons précédentes, et de l'expliquer et l'approfondir.

Ce pouvoir, à quoi est-il dû ? Aucune idée. C'est également ce qui est avancé par certains comme un problème dans cette relation.
Qu'on ne soit pas capables de le voir en tant que spectateurs est un choix qui semble logique. Les scénaristes de The Good Wife pourraient choisir de l'expliciter, pour nous rassurer sur Kalinda : elle voit quelque chose chez cet homme qui justifie, à un certain degré au moins, son attachement à lui. Mais tout justement, s'ils choisissaient de le faire, les scénaristes rendraient Nick un poil sympathique, un poil seulement... mais ce serait déjà un poil de trop. Nous ne voulons pas voir Nick avec les yeux de Kalinda, surtout pas. L'idée est de décrire cette relation abusive pour nous montrer l'abus, pas le justifier. Il s'explique mais ne doit pas se comprendre, sous peine de perdre son effet d'une part, et surtout, devenir complètement malsain.
J'irai même jusqu'à dire que le concept de cet arc est précisément de nous faire prendre du recul vis-à-vis de Kalinda, et de nous faire dire : "ok meuf, là, stop, désolé mais je peux plus te suivre sur ce coup".
Parce que jusqu'à présent, on l'a sans doute un peu trop regardée en héroïne, d'ailleurs, même quand elle faisait des choix contestables, et que juste une fois, il s'agit de ne pas la trouver complètement badass, de se dire qu'elle a pété une durite. Ce n'est peut-être pas fidèle à l'image que nous souhaiterions conserver de Kalinda, mais c'est une façon humaine de s'attarder sur l'approfondissement de ce personnage, parfois un peu too much. Pardon Kalinda je t'adore, pardon, je retire ce que j'ai dit.

Il a été dit également que Nick était, à l'arrivée, beaucoup plus inoffensif que ce qu'on nous avait décrit notamment pendant la saison 3. Kalinda avait en effet à plusieurs reprises, pendant la saison précédente, signifié plus ou moins explicitement son inquiétude quant au retour du mari dans sa vie, ainsi que son apparition perverse dans celle d'Alicia. Et au final, Nick n'est effectivement pas un gros dur capable de faire de la concurrence au pires des mafieux, mais plutôt un petit connard.
Mais c'est parce que nous avons appris à nous fier à l'objectivité, voire la froideur de Kalinda, que nous avions pris sa description pour argent comptant. Or, dés ce début de saison, on sent bien que lorsqu'il s'agit de son cher époux, Kalinda lâche complètement la rampe : transparente au boulot (quand elle fait l'effort de s'y présenter), l'esprit ailleurs, obsédée par lui, elle n'est clairement pas dans son état normal. Il n'est pas dangereux en général, il ne va pas faire égorger quiconque lui déplaît ; il est dangereux pour Kalinda. Parce qu'il a une emprise sur elle que nul autre n'a. Qu'elle le craint alors qu'elle ne craint personne. C'est justement parce qu'elle est Kalinda, un personnage fort, indépendant, quasi-indestructible (elle s'est pris de méchants coups par le passé), qu'elle tombe dans une relation comme celle-là avec Nick. Pas parce qu'il a le pouvoir de détruire qui lui chante, mais parce qu'il a le pouvoir de la détruire elle. Elle le voit comme le grand méchant loup parce qu'il est capable de faire s'écrouler sa maison de paille à elle. Et le pire c'est que les techniques de Nick n'impressionnent effectivement qu'elle, comme en témoigne son manque de motivation pour s'en prendre à Alicia : du moment qu'il a Kalinda, il ne cherche à nuire à personne d'autre.
D'ailleurs, si Nick ne s'en est pas pris à Alicia, se contentant de l'effrayer, c'est précisément parce qu'il n'est pas dangereux en général, mais seulement pour une proie, Kalinda, qu'il a tenté d'atteindre par tous les moyens à sa disposition. Il ne s'agit pas de faire de Nick une sorte d'anti-Peter, un homme surpuissant et charismatique, s'imposant par son autorité naturelle ou un pouvoir de nuisance incontesté ; il s'agit de montrer que le rapport de force se déroule uniquement entre Kalinda et Nick.

Alors au final, pourquoi j'applaudis des deux mains (quitte à écraser mon cornet de crème glacée) cette intrigue ?
Parce que rarement une situation d'abus aura été dépeinte dans une série, et moins encore avec autant d'intelligence. Parce que l'abus auquel nous assistons n'est pas tant physique (Kalinda n'a pas arrêté pour autant de se rebiffer, et de rendre coup pour coup ou presque), que psychologique. On est dans l'incroyable description d'un ascendant, d'une emprise. Essayons de réfléchir vite fait au nombre de séries qui ont traité le sujet (en-dehors de quelques procedurals abordant le problème... en vue de le résoudre en 45 minutes), et voyons combien l'ont fait en profondeur, en voulant nous expliquer où était la perversion, en voulant nous raconter la complexité de ce problème.
Elle est précisément là, la perversion. Dans le fait que la victime de l'abus n'est pas une faible femme influençable par le premier venu, en quelque sorte "née pour être victime". Par le fait qu'elle est bloquée dans une zone où elle pourrait partir, mais où elle ne le peut pas. Dans le fait que la victime tente d'attirer l'attention du dominant par tous les moyens, avec ce que cela comporte de conséquences négatives, parce que l'excitation des conséquences positives est la plus forte.
Cela ne signifie évidemment pas que c'est une description fidèle de toutes les situations d'abus au sein d'un couple. Mais c'est une description fidèle de nombreuses d'entre elles, qui jusque là n'avaient pas été explicitées à la télévision, et qui pourtant permettent de sortir de la caricuture, du takafoktu, et des autres évidences lorsqu'on parle de violence au sein du couple.

Evidemment, je mentirais si je faisais comme si cette intrigue ne me touchait pas personnellement. Parce que j'ai vécu deux situations abusives, l'une en tant qu'enfant, l'autre en tant que femme, et que dans ces deux relations, les rôles n'étaient pas forcément les mêmes. Dans l'une, oui, j'étais la victime facile, celle qu'on montre dans Urgences juste avant d'appeler les services sociaux, et c'est une situation facile à décrire dans une fiction... et facile à appréhender également pour une personne extérieure à ce phénomène. Dans la seconde, c'était plus compliqué. Parce qu'effectivement je me trouvais des excuses pour ne pas partir (certaines avaient même l'audace d'être valables). Parce qu'effectivement je provoquais une partie des évènements (et du coup ça rendait beaucoup plus facile la culpabilisation, voire même le sentiment de mériter ce qui m'arrivait ensuite). Parce que j'avais besoin que cette personne consacre autant de temps et d'attention à mon existence qu'elle en représentait à mes yeux, et que la forme m'importait peu. Bref, c'est compliqué.
Alors oui, je suis contente qu'une série se pique d'aborder ce sujet, qui nécessite de la nuance et du temps pour être correctement exploré.

Et je trouve que The Good Wife fait un travail remarquable pour montrer que subir des mauvais traitements, ça n'est pas nécessairement une situation blanche ou noire. Mais pour expliquer cela, il faut du temps, il faut une sensation de malaise, il faut suivre les actions répétées des deux parties en jeu, qui se cherchent, qui se provoquent physiquement (que cela se concrétise dans la pratique par de la violence ou du sexe est finalement assez indifférent aux premiers concernés), qui tentent de s'accapparer l'attention pleine et entière de l'autre, et, dans le cas de deux personnalités fortes, qui vont changer constamment la polarité dominant/dominé histoire de prolonger les effets de cette relation perverse. Mais aussi qui, tout simplement, prouvent qu'on n'en a pas moins de caractère juste parce qu'on est dans une relation abusive, et qu'on veut quand même parfois poser des limites, or l'enjeu est de montrer ce n'est pas possible dans pareil contexte, que le pouvoir qu'on cède à l'autre nous dépossède de la possibilité de garder le contrôle. C'est la différence entre une relation sado-masochiste et une relation abusive, en somme (au temps pour les comparaisons maladroites avec Fifty Shades of Grey évoquées par certains).
"Si tu arrêtes de vouloir t'imposer à moi, c'est que tu t'es lassé, donc tu t'en vas ; or personne ne me quitte, je m'en vais. Sauf que là je ne le peux pas/plus. Alors on continue, mais parfois ça va trop loin". Et ainsi de suite.

Les détracteurs de cette intrigue ont raison, dans le fond.
Ce n'est pas voir Kalinda sous un angle flatteur. Ce n'est pas voir une intrigue dans laquelle nous ayons envie de sympathiser avec la victime. C'est un peu chronophage comparé à, vous savez, les centaines d'autres intrigues originales de ce début de saison (ah, on me dit dans l'oreillette qu'on parle encore de potentielles coucheries de Peter, au temps pour moi). Et c'est extrême.
Mais ce sont pour toutes ces raisons que les scénaristes font du très bon boulot avec cette intrigue. J'espère qu'ils ne vont pas faire machine arrière comme avec certaines autres belles idées par le passé, qui n'ont abouti à rien de concret (relation d'Alicia et Will, arrivée d'Eli Gold dans le cabinet, sort de Cary Agos...), et qu'ils vont aller au bout de ce qu'ils avaient en tête de nous dire avec cette intrigue. A ce titre, l'épisode de dimanche m'a donné quelques sueurs froides.

Oui, ça fait mal de voir Kalinda diminuée comme ça, parce qu'on la tenait en haute estime. Mais moi, quand les séries me font du mal, j'aime ça. Chers scénaristes, abusez (de) moi...

13 octobre 2012

The color of money

Suite de notre challenge sur les pilotes de la saison ; whisperintherain et moi nous trouvons tous deux dans la position où ce challenge ressemble au tonneau des Danaïdes, mais ça devrait finir par se tasser. Je crois. En tous cas cette semaine, deux pilotes de la CW nous attendaient et, eh bien, quand il faut y aller, il faut y aller.
Lançons-nous donc dans celui qui a la meilleure réputation des deux, avec Arrow. Comme toujours, la review de mon camarade whisper sera en lien au bas de ce post sitôt qu'elle sera rédigée.

Arrow

Il y a eu une époque où la télévision américaine regorgeait de séries policières, notamment des séries procédurales, et même si, de mon point de vue, ce ne fut pas forcément la meilleure décennie de l'histoire de la télévision (en particulier sur les networks), il faut quand même admettre que la télévision américaine avait quelque chose de réconfortant. C'est vrai, ça rassure de se dire que la police, le FBI et Dieu sait qui d'autre, veille sur la population, s'assurant avec le plus grand professionnalisme qu'aucun crime ne reste impuni, et que tout sera mis en oeuvre pour que la population puisse dormir sur ses deux oreilles. Il a beaucoup été dit que ces séries étaient une réaction de la télévision américaine au 11 Septembre, inspirant aux spectateurs et tout simplement aux citoyens désarçonnés par une attaque sur leur propre sol, un sentiment de protection : oui, on veille sur vous, oui, on remuera chaque pierre jusqu'à trouver les coupables, oui,  il y a une Justice et elle fera son travail.
Pas étonnant qu'il y ait aussi peu de nouveautés policières cette année aux USA. On a tourné cette page, il faut croire. Ainsi, Arrow rejoint Nikita et surtout, bien-sûr, Revenge, parmi les séries présentant des héros qui ne croient plus en rien, et certainement pas que quelqu'un veille sur eux.

Bien-sûr, les histoires de vengeance n'ont pas attendu les saisons récentes pour voir le jour ; les intrigues conspirationistes non plus. Et à vrai dire il est difficile de parler d'une tendance étant donné l'échantillon [encore] faible de séries employant ce nouveau point de vue. Parlons plutôt d'une petite famille qui s'agrandit, pour le moment.
Mais il ne peut être tout-à-fait une coïncidence que le pouvoir financier soit devenu le nouveau criminel contre lequel les institutions ne peuvent rien (institutions qui, dans ces séries, se font allègrement manipuler par les puissants, au lieu d'être corrompues par eux, c'est déjà ça). Alors, qui est-ce qu'il reste pour se charger de rétablir un semblance de justice ? Le héros. Et lui seul. Il apparait alors comme hautement ironique que sa couleur totem soit celle des biffetons. Il ne peut vraiment faire confiance à personne. Il met d'ailleurs une belle énergie à ne plus rien ressentir ; il ne peut pas se permettre d'avoir un défaut dans sa cuirasse. Il affiche une froideur un peu feinte qui n'est évident qu'une façade (il faut que le spectateur continue de s'attacher à lui), et poursuit son oeuvre en cachette.

Arrow est évidemment, en plus d'un personnage solitaire et revenchard, un superhéros issu de l'univers des comics ; il a donc tout un tas de propriétés typiques de ce genre de personnages à la Bruce Wayne, mettant sa propre fortune au service de son travail de rétablissement de la Justice (c'est à cette seule condition qu'il est tolérable d'avoir un héros riche), et bénéficiant d'une aura un peu mystérieuse qui excuse tous les raccourcis et les invraisemblances (le type revient sur le sol américain avec une énorme malle, dans un navire battant pavillon étranger, et celle-ci n'est jamais passée une fois au scanner ; mais bien-sûr).

Mais si Oliver, le protagoniste d'Arrow, est un peu un cliché ambulant, on s'en accomode très bien, parce que c'est aussi le genre qui veut ça, et qu'au moins, c'est bien fait.
Il faut dire que la série ne fait pas dans la demi-mesure. Ici, pas d'effets spéciaux cheap ou de petite phrase un peu trop cinglante pour être prise au sérieux. Presque pas. Le pilote rivalise aisément avec les production cinématographiques analogues (et il y en a), ce qui est encore plus louable pour un budget de télévision. Pour une série de superhéros, par définition bourrée d'action, le pilote d'Arrow s'en sort la tête haute, et c'est cette efficacité avant tout qui fait plaisir.

...A condition d'être friand du genre. Mais dans mon cas, quand si peu de choses me plaisent en général dans les séries d'action, j'avoue avoir eu du mal à trouver mon content sur le plan émotionnel (personnage emmuré dans le silence oblige) ou dramatique. Certes, l'histoire de l'île paraît prometteuse, et apparaît de façon suffisamment récurrente pendant cet épisode inaugural pour qu'on puisse espérer des flashbacks non seulement nombreux mais aussi intéressants, dans les prochains épisodes, mais j'avoue ne rien trouver ici qui pique ma curiosité, même sur ce terrain.

L'épisode, en toute objectivité, mérite probablement une bonne partie des louanges que je lis depuis sa diffusion, notamment via Twitter. Mais il ne me convainc pas à titre personnel, parce qu'Arrow n'est tout simplement pas une série faite pour moi, quand bien même je ne trouve pas grand'chose à lui reprocher (ou quand mes reproches relèvent d'un manque d'intérêt pour son genre). Mais je félicite la CW pour son succès critique et, apparemment, public, un fait suffisamment rare pour la chaîne pour être noté.

Challenge20122013

23 septembre 2012

Nuit blanches

Outre les pilotes, certaines séries commencent à reprendre (à partir de la semaine prochaine, je vais commencer à me sentir concernée, mais pour le moment ça va). Et cette semaine, j'ai vu quelques tweets passer au sujet d'Up All Night.
Autant, il y a des séries que j'abandonne sur le côté de la route sans même me retourner, on peut m'inonder de tweets sans que ça ne me fasse même ciller, autant parfois... Eh bien, c'était l'une de ces fois. Et j'ai essayé de me souvenir pourquoi j'avais arrêté de regarder Up All Night.

Allez lady, sans tricher ! Sans regarder sur le blog, sans aller fouiller dans les tags, juste de mémoire, sérieusement : es-tu capable de te rappeler pourquoi tu as arrêté Up All Night au bout de quelques épisodes à peine ?
Eh bien la réponse est non. J'avais clairement le souvenir d'avoir apprécié le pilote, pourtant. Peut-être un peu moins le deuxième épisode. Le troisième n'est qu'un gros flou dans ma tête... Alors j'ai décidé de tout simplement revoir le pilote, et d'aviser.

UpAllNight-Promo

Quatorze épisodes plus tard, ça y est, je suis en mesure de mettre le doigt dessus. C'est Maya Rudolph. Vraiment, faut passer au déca.
Alors la bonne nouvelle c'est que justement, au fur et à mesure que la saison avance, elle se calme. J'ai presque envie d'envoyer un texto à mon moi d'il y a environ un an et de lui dire : "it gets better". Mais je craindrais qu'elle ne l'interprète pas correctement. Bon, je n'ai pas encore fini la saison, mais, clairement, ça s'arrange, et même quand Rudolph en fait des caisses comme c'est son habitude, il y a encore moyen d'apprécier les moments de tendresse authentiques de cette excellente dramédie.

Parce que, outre les excellentes performances d'Applegate et Arnett (qui entre parenthèses sont incroyablement bien assortis), il faut quand même dire que le charme d'Up All Night, il est dans le délicat et fragile équilibre entre comédie classique et grâcieuse chronique de la vie de parent. Et moi qui ne suis pas parent, qui n'ai même pas envie, mais alors, pas l'embryon de l'ombre d'une envie de l'être, je trouve ça prodigieusement facile de me glisser dans la peau de ces parents et de vivre avec eux les premiers mois de la vie de leur fille.
En fait, si je devais avoir un enfant, le mieux serait qu'il soit constamment dans un écran et que je puisse le mettre sur off, exactement comme un épisode d'Up All Night. Vraiment c'est le compromis parfait pour me faire accepter la présence d'enfants dans mon salon.

Ce qu'Up All Night accomplit, c'est de traduire quelque chose de très trivial, l'essence-même du quotidien et des tracas de la vie de couple. Et pourtant, la série parvient à traduire des sentiments universels, telle que l'espoir de ne pas abandonner ce que l'on aime chez soi-même, ce qu'on aime chez l'autre, et ce que l'on aime dans son couple. C'est une façon adorable de chercher le compromis, mais en voulant en lâcher le moins possible. C'est exactement ce que je voudrais que le pilote de The New Normal transmette au moins une fois, quelque chose de plus accessible. S'adresser aux spectateurs en tant qu'humains, pas en tant qu'électeurs. C'est tellement plus facile de se mettre du côté des parents d'Amy lorsque ceux-ci nous paraissent touchants.
Il parait d'ailleurs que les épisodes suivants de The New Normal sont plus émouvants mais... quand quelqu'un qui a vu le pilote n'est pas parti en courant, je me méfie de son avis pour la suite.

Du coup, encore un ou deux jours à ce rythme, et j'ai fini la saison d'Up All Night, et je pourrai embrayer sur la suivante. Ce qui est génial parce que comme ça je reprends le rythme de diffusion de la série, ni vu ni connu...!

Et maintenant je vous laisse, parce que c'est juste la plus importante soirée de toute l'année ! Emmy Awards, me voilà ! D'ailleurs si vous hésitiez encore, n'hésitez pas à me rejoindre sur Twitter où je commenterai la soirée en direct...

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12 septembre 2012

[DL] De Vijfhoek

Il y a des pays dont j'ai toujours l'impression de ne pas parler assez, mais depuis quelques mois, j'essaye de m'y mettre. La Belgique et les Pays-Bas sont de ceux-là, et même si je ne suis pas encore totalement au point à leur sujet (mais j'y travaille, juré), j'avais repéré deux séries en cette rentrée : De Geheimen van Barslet et De Vijfhoek.
Je pensais qu'elles démarraient toutes les deux en ce mois de septembre mais, après quelques recherches (et pas mal de frustration parce que j'étais convaincue que le pilote avait déjà été diffusé), je me suis aperçue que De Geheimen van Barslet serait lancée sur Ned2, au Pays-Bas, le 6 octobre seulement (; e Pilot Watch a d'ailleurs été corrigé en conséquence.
De Vijfhoek, elle, a bel et bien démarré à la date prévue sur la chaîne belge één, soit le 4 septembre dernier, et c'est d'elle que je vais vous parler ce soir.

Ce qui m'intéressait, c'était que le pitch de De Vijfhoek me faisait penser à ceux d'un grand nombre de séries diffusées sur la chaîne nippone WOWOW. Il y avait un côté "radiographie d'un problème de société" qui me plaisait bien.
Pour ceux qui ont la flemme d'aller regarder dans le grand world tour de cet été pour se remémorer quoi il s'agissait, puisqu'on en avait déjà parlé, rappelons que, logée dans un quartier de Bruxelles, De Vijfhoek s'intéresse à un grand probjet de construction qui se trame dans les bureaux d'une grande compagnie. Alors que les habitants ne soupçonnent pas les grands bouleversements qui les attendent, le projet progresse...

Vous imaginez bien que c'est la mort dans l'âme que j'ai donc récupéré le pilote de De Vijfhoek, et comme j'ai décidé de faire une pause de quelques jours avant d'attaquer la suite de Srugim (essentiellement parce que je vais avoir quelques jours de congès, et que j'ai l'intention de me faire la saison 2 d'une traite à cette occasion !), j'ai donc jeté un oeil au premier épisode. Eh bien écoutez, vraiment on s'y croirait. C'est une série de WOWOW, sauf qu'elle est diffusée par één. Et les acteurs ne sont pas asiatiques. Sinon, c'est la même ! Les mêmes techniques narratives, la même volonté d'offrir plein de points de vue différents...

La construction de ce premier épisode est efficace en diable, à défaut d'être surprenante. Comme nous sommes invités dans les bureaux de la Leroi Building Company, nous savons ce qui se trame. Les habitants du quartier, eux, pas du tout.
Ils mènent leur vie sans rien remarquer, avec leurs propres petits problèmes, mais nous, nous repérons les détails avant-coureurs ; l'absence de suspense est ainsi compensée par une impression de compte à rebours invisible. Nous savons que tous ces préoccupations "anodines" ne sont rien, comparés à ce qui attend le quartier, mais nous sommes les seuls dans la confidence. C'est pourtant ce qui explique que, tournés vers leurs soucis personnels, les locaux ne sentent rien venir, et cela accentue, de fait, l'impression d'inéluctabilité : on sent que, quand ils vont s'inquiéter, il sera presque trop tard. C'est évidemment le but, et la série ne s'en cache pas.
Nul doute cependant que De Vijfhoek sème déjà tous les éléments nécessaires pour la réplique, notamment avec le personnage de la nana qui vient d'être reçue au barreau mais qui finalement décide de devenir journaliste (je vous l'accorde c'est pas très subtil) ; mais, comme les autres habitants du quartier, elle est pour le moment dans le flou.

Bonus non-négligeable, De Vijfhoek se déroule dans un quartier multilingue, cosmopolite, où les personnages se parlent en flamand comme en français. La vie du quartier est bien décrite, avec sa petite brasserie, la petite boutique du commerçant arabe du coin, le petit kiosque à journaux... Tout cela rend le quartier très vivant et réaliste. Ce qui est, forcément, nécessaire, afin de pouvoir compatir avec les habitants contre le grand capital. Eh oui, ce genre de séries laisse rarement le choix quant à la prise de position finale du spectateur, même en offrant un point de vue large, mais quand même subjectif sur la question.
Mais qu'est-ce que vous vouliez, vous ranger du côté des riches, peut-être ?!

Si le premier épisode de De Vijfhoek est pour le moment un peu mou (beaucoup, beaucoup d'exposition...), le trailer annonçant la suite des opérations est quant à lui plus alléchant. Et puis, ce sont en tout 13 épisodes qui ont été commandés, donc on a le temps d'être surpris par la tournure des choses.

DeVijfhoek
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Pour ce qui concerne le générique, puisqu'on est un peu là pour ça quand même, en fait il est musicalement divisé en deux parties. D'abord un côté très pop, avec une voix féminine qui fait des vocalises ; et puis, au bout de 19 secondes... je ne vous en dis pas plus, je vous laisse le découvrir. Mais je trouve que ça correspond assez bien à l'identité du quartier.
Identité que l'on retrouve, en filigrane, à travers des lumières, des images subliminales de plans, et surtout, le logo, qui reprend subtilement la forme d'un pentagone... ça tombe bien, c'est la traduction du titre de la série !

Sans être un générique inoubliable ni même très original, celui de De Vijfhoek lui ressemble bien, et dure quand même 30 secondes, ce qui est quand même un minimum. En tous cas la série part avec les bonnes cartes dans sa manche.

4 septembre 2012

Moins douce que le miel

En découvrant Revenge, je m'étais promis de retenter le coup avec l'arrivée de l'été, une saison qui semblait bien plus propice, à bien des égards, pour apprécier ce thriller soapesque. Et j'avais raison, en fin de compte. Après avoir regardé, voilà 10 jours, le pilote pour la seconde fois, je me suis dit que plus vite c'était fait, plus vite c'était fini, et j'avais embrayé sur les épisodes suivants.
Revenge se situe dans cette étrange zone dans laquelle on classe les séries dont on ne peut décemment pas dire qu'on les aime, mais qu'on prend plaisir à suivre et qu'on ne déteste même pas vraiment. On est simplement conscient, en les suivant, qu'on pourrait passer notre temps à regarder quelque chose d'une qualité supérieure, soit sur le plan de l'écriture, soit de l'émotion, que les options pour le faire ne manquent pas, mais que, bon, voilà, maintenant qu'on a commencé, c'est quand même dommage d'arrêter.
Une zone un peu bâtarde qu'on ne peut même pas assimiler à du guilty pleasure (mais, ressentant très rarement de honte quel que soit le programme que je regarde, je ne suis toujours pas certaine de comprendre le concept de guilty pleasure, alors...) mais qu'on est physiquement incapable de qualifier de plaisir tout court...

En tous cas, toujours est-il que 10 jours plus tard, cette première saison est finie pour moi, et très franchement, je ne saurais toujours pas dire, arrivée à ce point, pourquoi je me suis tapé les 22 épisodes. Peut-être parce qu'une fois de temps en temps, je regarde des séries qui marchent plutôt que celles qui se font annuler comme des malpropres ? Qui peut dire. Mais en tous cas, l'heure est au bilan, et voici donc mon post sur cette première saison de Revenge, avec ses qualités, ses défauts, et ses défauts. Pardon si je me répète...

Revenge

Revenge est donc cette histoire classique de la personne seule contre tous qui cherche absolument à se venger des riches qui ont fichu sa vie en l'air (toujours des riches, forcément). Amanda Clarke n'avait en effet que 9 ans quand un soir, une unité anti-terroriste est intervenue dans la maison qu'elle partageait avec son père, arrêtant celui-ci avant de la confier aux services sociaux. Passée d'institution en institution, la petite fille grandit avec la conviction que son père est un terroriste ; elle ne le reverra plus. Devenue adulte, elle retourne sur les lieux du drame, les si huppés Hamptons. Son but ? Obtenir réparation de la famille qui a causé la perte de son père : les Grayson. Toute ressemblance avec la famille Gracen de Profit est évidemment fortuite. Ou bien ?
A partir des éléments que son père lui a laissés au moment de son émancipation, Amanda, devenue Emily Thorne, va donc lentement remonter la piste des Grayson, qui sont les véritables coupables ; leurs complices, un à un, vont tomber dans ses pièges successifs... mais ce n'est jamais assez.
Tant qu'elle n'aura pas été jusqu'au bout de son plan avec les Grayson, elle ne trouvera pas satisfaction. Et encore.

La saison va se dérouler en plusieurs étapes. La première sera de rayer un à un les pions "intermédiaires", ceux qui ont été utilisés, manipulés ou parfois même menacés par les Grayson, afin de faire porter la responsabilité de leurs actes à David Clarke, le père d'Amanda, puis de le faire disparaître. Cette séquence éliminatoire prend une poignée d'épisodes ; c'est un peu répétitif mais fort utile pour commencer à rassembler les pièces du puzzle. Car en effet, si Emily semble au courant de toute l'affaire, ce n'est pas du tout le cas des spectateurs, qui sont condamnés à apprendre de façon épisodique ce qui s'est réellement passé en 1991, quand les Grayson ont blanchi l'argent d'un groupe terroriste avant de faire porter le chapeau à Clarke ; pour couvrir cette couverture, il leur a ensuite fallu continuer à intriguer, aggravant leur cas.
Une fois les premiers éléments posés, et les personnages mineurs mis sur la touche afin à la fois de prouver le brio d'Emily et nous servir d'introduction à la mythologie de la série, Revenge se calme progressivement dans son trip auto-assumé Dix petits nègres, pour se recentrer sur la famille Grayson. On passe alors dans une autre phase, plus longue, pendant laquelle Emily semble s'infiltrer avec aisance dans la riche famille Grayson. Cela passe apparemment par une riche idée : faire en sorte que le fils aîné des Grayson tombe sous son charme, se fiancer à lui et...
Le problème majeur de Revenge, c'est justement ça : cette vengeance en cheval de Troie. Emily va passer le plus clair de son temps à avoir le regard haineux et à clamer à qui veut l'entendre (ou plutôt au seul habilité à l'entendre, son "ami" Nolan) que telle un Cylon, elle a un plan, et qu'elle finira par les avoir. Par se venger. Par obtenir un semblant de justice pour son père.
Mais quel est ce plan ? Aucune idée. C'est d'ailleurs ce qui fait la différence entre un vrai thriller et un simple soap : ce dernier se réserve la possibilité d'inventer un retournement de situation à la dernière minute, même extravagant, pourvu de prolonger un peu les choses au besoin. Il est clair que les scénaristes n'ont qu'une vague idée de l'objectif qui est celui d'Emily... Pourquoi veut-elle épouser le fils de la famille Grayson, par exemple ? C'est un axe central de la saison et pourtant on comprend mal en quoi cela lui permettra de se venger des Grayson mieux qu'elle ne l'a fait avec les autres gêneurs sur son passage. En fait le plan semble passablement ridicule : Emily/Amanda a le choix entre, disons, tuer l'un, l'autre ou les deux enfants de la famille Grayson d'une part, ou d'autre part coucher avec leur fils, risquer d'en tomber amoureuse, se coletiner la vie de famille de cette dynastie suspicieuse, pour... euh...? Pour arriver à quoi, en fin de compte ? Je suis bien incapable de le dire et j'ai vu toute la saison ! Les ressources qu'elle déploie, autant sur le plan de la manipulation, de la recherche que de la surveillance technique, lui sont à première vue bien plus utiles que se marier avec l'héritier de la famille ; ce n'est pas la meilleure façon d'obtenir des informations, comme son équipe avec Nolan le prouvera en de nombreuses reprises.
Sans ce manque de vue à long terme, Revenge pourrait aisément faire pardonner les axes les plus soapesques de son intrigue, comme les relations amoureuses de certains personnages secondaires, par exemple. Mais l'équilibre n'est pas préservé pendant ce tronçon longuet pendant lequel Emily semble piétiner sans raison.

L'avant-dernière partie de la série est pire encore. En introduisant un acte totalement parasite (la mort d'un des personnages secondaires qui n'avait pas vocation à faire partie de la mythologie centrale), la série décide de s'empêtrer dans une intrigue qui, pour le coup, ne pourrait pas hériter plus de la tradition des soaps. Qui est le meurtrier ? Est-ce le vrai meurtrier qui va être puni par la Justice ? Pourquoi donc en passer par là ? Eh bien probablement parce qu'à l'issue de la commande initiale, l'équipe de Revenge a reçu confirmation que des épisodes supplémentaires avaient été commandés, et que ce n'était absolument pas prévu. Alors forcément, on colle un patchwork d'intrigues histoire de gagner du temps jusqu'au final.

C'est dans cette dernière ligne droite que Revenge réussit réellement sa mission. D'abord avec ce qui reste probablement l'un des meillers épisodes de la saison, avec l'orchestration brillante de plusieurs flashbacks. Ensuite parce qu'enfin, plusieurs pièces placées depuis le tout début de la saison, et que c'est précisément ce qu'on attendait. Mais tous les éléments ne sont pas clairs, et certainement pas tous résolus parce que, eh bien, on va encore gagner du temps jusqu'à la saison 2. Fort heureusement, les pistes lancées pour cette seconde saison ne sont pas forcément décevantes, et permettront probablement d'éviter tout risque de répétition. Vu ce qu'on sait des scénaristes, c'est rassurant de savoir qu'au moins, on n'aura pas à tourner en rond, quand bien même cette fichue vengeance ne devrait pas s'accomplir avant une décennie.

Puisque son scénario n'est pas exactement d'une originalité à toute épreuve, que ses détours tordus sont plus souvent des prétextes que la preuve d'une intention claire sur le long terme, et que la mythologie, bien que complexe, ait tendance à pouvoir être artificiellement complexifiée au besoin, l'un des atouts dont Revenge avait besoin, c'est d'un cast solide.
De ce côté-là, il y en a vraiment pour tous les goûts. Emily VanCamp, pour commencer, démarre la saison en bien mauvais état ; peu convaincante lorsqu'il s'agit d'être venimeuse, elle a également tendance à répéter toujours les mêmes expressions lorsqu'elle complote dans le dos des Grayson. Cela s'arrangera fort heureusement en cours de saison, mais il manque tout de même quelques grammes de charisme dans son cocktail d'élégance, de finesse et de duplicité, qui feraient d'elle une héroïne comparable à d'autres grandes figures de la télévision. Jamais vraiment capable de décoller, et d'une scolarité insupportable lorsqu'il s'agit de lire un monologue sur un prompteur pour fournir l'abondante voix-off des épisodes, Emily VanCamp manque d'envergure. Ce n'est absolument pas le cas, en revanche, de sa némésis Victoria Grayson, qui a une aura de folie. On peut ricaner devant son visage refait, mais Madeleine Stowe sait donner le change, même avec une bouche passée au hâchoir. Au point même qu'elle est capable de donner le change quand ça ne sert à rien du tout. Battements de cils courroucés, pincement méprisant des lèvres, et petit sursaut des pommettes plein de fauceté, sont au programme au permanence même quand il n'y a rien à dire. Fort heureusement, Victoria Grayson est l'un des deux personnages les mieux écrits de la série ; elle a notamment droit aux seules séquences d'émotion réellement touchantes ; son drame personnel, c'est d'être tombée amoureuse de David Clarke alors qu'elle était mariée à Conrad Grayson, un homme prêt à tout pour sauver sa famille, son nom et son patrimoine. Peut-être que si elle avait quitté son mari plus tôt, on n'en serait jamais arrivés là, mais on ne le saura jamais parce que Victoria Grayson, que voulez-vous, tient aussi quand même à son standing. Et c'est un personnage rongé par le remords, mais aussi une femme qui pleure encore l'amour véritable dans sa vie, que nous offre Stowe. Ca me ferait un peu mal d'estimer qu'elle mérite une nomination aux Emmys, cela dit, et je crois que j'ai encore du mal à avaler que dans quelques jours, elle puisse prétendre au titre, mais enfin, elle a du mérite.
Quel est donc l'autre personnage génial de Revenge ? Mesdames et Messieurs, sous vos yeux ébahis : Nolan Ross. Plus âgé qu'Emily, il devient à la fois une sorte de voix de la raison, son geek de service (il en faut toujours un maintenant, c'est la loi, vous savez bien), et son animal de compagnie. Incarné par un Gabriel Mann qui sait apporter énormément de nuance à un personnage qui aurait pu jouer sempiternellement les faire-valoir, Nolan va dévoiler une grande vulnérabilité, un sens génial de la formule et de l'humour en général (je ris encore en pensant au "Revengenda" !), et va également démontrer un attachement et une loyauté sans limite envers Emily qui va mettre environ 20 épisodes avant de lui rendre la pareille. Hélas pour Gabriel Mann, il n'a pas la bouche pulpeuse de Madeleine Stowe, et il n'est nommé nulle part cette année.
Mention également honorable à la petite Emily Alyn Lind qui incarne une jeune Amanda très réussie et pour qui on signerait volontiers pour un épisode entier à ses côtés, si seulement les lois sur le travail des enfants le permettaient.
Et puis, il y a les mentions déplorables pour contrebalancer ce tableau d'honneur. Et il faut bien avouer que le cast de Revenge regorge de personnages qui n'ont pas hérité des meilleurs acteurs, à moins que ce ne soient l'inverse. Ca n'aide pas à se débarrasser du désagréable goût de trop peu de la série, et amplifie au contraire l'effet soap au rabais (ajoutez à cela les décors bling bling ; les effets spéciaux, heureusement progressivement abandonnés, pas très fins ; et l'abondance de soirées de l'ambassadeur, et vous touchez le jackpot). Ashley Madekwe, Josh Bowman et Nick Wechsler comptent parmi les très, très mauvais élèves de la classe. Certes leur rôle est ingrat, m'enfin faut ptet pas tout mettre sur le dos des scénarios, hein.

Alors du coup, à l'arrivée comme au départ, Revenge n'est pas une grande série. Il n'y a pas eu de véritable effort pour dépasser les apparences convenues, faciles, et un peu cheap, de son pilote. Elle se prend sans doute un peu trop au sérieux pour y parvenir, aussi. J'avais l'impression de pouvoir suivre le cheminement de pensée des scénaristes, et de ne pas avoir l'impression qu'ils s'éclataient. Pourtant, y a-t-il plus jouissif qu'une série sur la vengeance ? Plus libérateur ? Plus décomplexé ?
Revenge a une énorme marge de progression si elle veut entrer dans le panthéon des séries qui méritent vraiment leur succès. Il y a pire dans la vie que de devoir le vérifier en regardant la deuxième saison de Revenge, mais je ne pense pas le faire sur des semaines et des semaines, j'aurais vraiment l'impression de polluer mon emploi du temps téléphagique avec une série peu signifiante. On se donne donc rendez-vous l'été prochain pour le retour de la vengeance.

20 mars 2010

Justify my letdown

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Aaaaaaah, ok ! J'y suis ! Non mais, en fait, il y a eu incompréhension. Moi, bêtement, je pensais que les critiques extatiques sur Justified étaient... justifiées. C'est là qu'il y a eu malentendu ! Mais ok, c'est bon, je comprends mieux. En fait, tout le monde dit du bien de Justified parce qu'on n'a pas beaucoup mieux à se mettre sous la dent.

Non parce que, soyons-clairs. Quand je lis des choses comme :

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Subtil, Justified ? Oui, évidemment, si on a regardé NCIS: LA juste avant, je suppose qu'on peut parler de subtilité sans trop se risquer. Mais si une telle subtilité existe, ce n'est pas dans le scénario.

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Quand j'ai lu ce post, j'ai cru pour de vrai qu'il y avait une étude sociologique dans Justified ! Les trucs qu'on serait prêts à croire en cette morne saison, quand même.

Parce que si je veux bien reconnaître que dans le genre sévèrement burné, Justified fait partie des séries qui ne nous prennent pas pour des bœufs avides d'action décérébrée, en revanche, crier au génie est très largement exagéré.

Le "western moderne" dont je lis tant de bien depuis quelques jours (permettez-moi de pouffer), il est avant tout stylistique. Si on est effectivement loin de l'univers d'un Deadwood, comme le souligne Adam, on en est pas moins dans un exercice entièrement tourné autour du cosmétique : accents, vêtements, musique... tout est pensé pour indiquer clairement qu'on est dans le Sud, le vrai, celui qui n'a pas encore bien percuté sur cette histoire d'États-Unis d'Amérique, et reste bloqué dans sa vision pré-Sécession du monde. L'univers est merveilleusement troussé, il n'y a pas à dire. Mais ça reste totalement superficiel. Plaqué. Le scénario reste celui du petit gars qui revient contre son gré au pays, et cette histoire-là, on nous l'a faite dix, quinze, cent fois.

Et si le portrait de cette Amérique profonde est bien dépeint, il est triste de constater qu'il ne porte aucun propos, aucun thème. Techniquement, je le redis, il n'y a rien à redire, mais il n'y a rien non plus à en dire. Au contraire, les thèmes sont abordés avec négligence ; tenez, c'est bien beau des supremacists, mais encore faut-il les doter d'un peu plus que de beaux tatouages et de mines patibulaires. Je ne dis pas qu'une mise au pilori était nécessaire, il était possible de ne pas dire juste bêtement que les extrémistes c'est des méchants, et une apologie inconditionnelle semble trop politiquement incorrecte pour être espérée ;  Justified pouvait très bien se refuser à les traiter en méchants absolus ou en chevaliers incompris, et apporter de la nuance. Pourvu d'en dire quelque chose, au moins. Ne pas avoir l'air de s'en servir comme d'un vulgaire artifice pour faire couleur locale. C'est tout ce que je demandais.

Le problème derrière Justified, c'est qu'on sent qu'il y a quelqu'un qui aime beaucoup ses personnages et son ambiance, mais que le scénario remplit le strict minimum de ses offices. Le personnage principal Raylan est aux petits oignons, on sent que c'est écrit pour le présenter sous toutes les coutures, appuyé par la prestation effectivement charismatique de ce bon Olyphant. Quant à Boyd et Ava, bien que bénéficiant de moins de temps d'antenne, ils ont tout le temps nécessaire pour se rendre à la fois attachants et un peu rebutants, et pour nous donner envie de les voir interagir le plus possible avec Raylan.
Mais le reste ? Le reste est creux. Passé le retour à la terre natale (qui est réglé, grosso-modo, dans le premier quart d'heure), il n'y a pour ainsi dire pas d'histoire. Juste une confrontation entre deux vieux potes qui sont désormais chacun d'un côté de la barrière. C'est intéressant mais insuffisant.

Pour crier au génie, il faudrait, quand même, un peu, je trouve que c'est un minimum, une histoire. Sans quoi, Justified n'est que poudre (à canon) aux yeux.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Justified de SeriesLive.

28 février 2010

Fear is the mind killer

Ma grand'mère, qui était une femme fort sage, me disait souvent que l'Enfer est pavé de bonnes intentions. Le sens profond de ce dicton populaire vient de me frapper.
Je vous présenterais bien COMA, mais enfin, rien de ce que je pourrais dire sur le pitch n'apporterait grand'chose de plus que ce qu'en disait Livia il y a quelques heures et ce qu'en dit la fiche de SeriesLive. Mais enfin, soulignons qu'il s'agit d'une série d'angoisse, voire d'horreur. Et que je me suis rappelé à quel point je n'aimais pas ça.

COMA

Alors après, il faut le dire, COMA est une série sacrément bien gaulée. Enfin, je vous parle du pilote, hein, parce que j'ai pas eu les burnes de regarder la suite.
Prouvant une fois de plus que les séries coréennes savent piocher leur inspiration dans le cinéma (chose que, quand même, les séries japonaises font très rarement), on a ici un produit fini remarquablement bien travaillé, tant sur le plan de la réalisation que du scénario. On sent la maîtrise.

Il y a eu de nombreux passages pendant lesquels je pensais (espérant sans doute conserver un semblant de contrôle de moi-même) à Kingdom Hospital ; et pourtant, hormis le fait que la série se passe dans un hôpital lugubre, les points communs sont limités (pas de fourmilier géant dans COMA par exemple...). Mais l'ambiance est similaire : on ne comprend pas tout, mais on sait qu'on ne se marre pas DU TOUT.

COMA parvient même à utiliser un gadget suremployé ces dernières années, le flashback, sans griller toutes ses cartouches et se décrédibiliser. Au contraire, les aller-retours entre le présent et le passé sont fluides, efficaces, et en même temps suffisamment cryptiques pour qu'on ne comprenne pas tout tout de suite. De la même façon (mais j'ai cru comprendre à la lecture du post de Livia que ce n'était pas forcément le cas de tous les épisodes), les ingrédients angoissants ne sont pas de l'ordre de l'explicite, et en même temps on n'a pas cet horrible sentiment de se faire balader, juste que la production connait son sujet.

Mais enfin, au bout du compte, COMA est le genre d'expérience un peu trop secouante qui fait que je me refuse à dire trop de bien de la série. Alors oui, le casting est bon, la réalisation est bonne, le scénario est bon, le... tout ce que vous voulez. Mais je déteste cette série du plus profond de mon âme.

C'est tout juste si je ne préfère pas aller regarder le pilote de NCIS: LA, à la place de suivre la série.
...
Nan, je déconne. Même mon masochisme a ses limites.

Je suis ressortie du visionnage du pilote de COMA avec une puissante envie de hurler, de pleurer, et de me détester. Je sais pas pourquoi je m'impose des trucs pareils.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche COMA de SeriesLive.

22 février 2010

David Vincent les a vus (ah, tiens, il prend le RER lui aussi ?)

Ce matin, dans un train. Deux jeunes femmes discutaient. Petite vingtaine.
L'une, blonde, cheveux longs, voix grave et timbre assuré de la nana qui a l'air féminine mais a des antécédents de garçon manqué. L'autre, brune, cheveux mi-longs attachés, voix discrète et intonations étouffées.
Leur conversation a commencé à attirer mon attention quand la blonde a lancé le plus naturellement du monde à sa compagne : "et tu regardes quoi en ce moment ?".

Ah. Tiens.
"Et tu regardes quoi en ce moment" est le cri de ralliement de tous les téléphages du monde. Seul un téléphage aurait l'idée de poser cette question. Laquelle, en dépit de sa formulation en apparence simple, cache deux sous-entendus révélateurs : d'abord que la personne à qui on s'adresse est coutumière du fait de regarder quelque chose (donc il s'agit bien de téléphagie volontaire), mais aussi d'autre part, que l'action de regarder se fait sur une période de temps étendue (si on parlait de films, on dirait "qu'as-tu regardé dernièrement", donc il ne s'agit pas de quelque chose qui se regarde en deux heures).
"Et tu regardes quoi en ce moment", c'est notre mot de passe secret, celui par lequel nous nous reconnaissons aussi sûrement que si notre petit doigt restait raide en toutes circonstances.

J'ai mal entendu la réponse de la brune. Grosso-modo, il était question de ne pas regarder grand'chose.
"Ah... t'es plus trop série ?" fait la blonde d'un air entendu. Ça se confirme.
La brune enchaîne avec une brumeuse explication, couverte par le bruit du train, mais s'achevant sur les mots "The Vampire Diaries".

Bon alors les enfants, je crois que c'est clair, j'en ai repéré deux. Deux spécimens de téléphages. Leur goûts ne sont (clairement) pas les miens mais enfin, pour faire la démarche de cagouler une série de la CW qui n'a connu que très peu d'écho dans les médias français, c'est quand même bien qu'il y a quelque chose qui dépasse le comportement du télambda.
Je vous l'avais bien dit, on se reconnait entre nous.

Mine moitié pensive, moitié offensive de la blonde qui contre-attaque : "moi je regarde Skins. Tu regardes Skins ?". A ce stade je ne suis même pas convaincue qu'il y ait une eu point d'interrogation. On entend une négation timide en face. "C'est bien, Skins. Et puis ça va vite, ça fait que 10 épisodes par saison. Moins, même, pour une saison."
Oho ! La blonde a l'air d'en avoir dans la télécommande. C'est visiblement elle le téléphage Alpha. Si elle calcule en nombre d'épisodes, c'est qu'elle est téléphagiquement entreprenante. Elle a certainement l'habitude de calculer le temps que va lui demander le visionnage d'une intégrale, et peut-être même est-elle rodée aux tours et détours de la contagion.
"Et je commence aussi True Blood". Deux séries en parallèle ? Ça se confirme.
"C'est sur des vampires aussi, c'est pas mal". Ni vu ni connu j'te contamine. Et moi je dis Madame.

L'air de rien, elle a quand même bien pris ses mesures : tu aimes les teenageries, je te suggère Skins. Non, plutôt le côté vampires ? Bouge pas j'en ai aussi en stock. Il ne sera pas dit qu'on va laisser la téléphagie s'éteindre en toi, petite brunette.

Quelques mètres plus loin, lady, admirative, se disait qu'elle avait trouvé son maître. Et a fini de rédiger le prochain post à destination de son blog téléphagique, avec un petit sourire en coin.

Ils sont parmi nous.
Et ils ont un plan.


Etilsontunplan

24 janvier 2010

Si tu tombes neuf fois, toujours te relever dix

Pauvres, pauvres télespectatrices japonaises ! Elles font l'objet d'un matraquage manifeste qui, s'il n'était pas aussi lourdement opéré, ferait quasiment rire de par ce qu'il traduit de désespoir dans l'industrie médiatique. Celle-ci semble s'accrocher à tout prix à une certaine vision du rôle de la femme dans la société, où chacune se doit d'être toute entière lancée vers le mariage et la maternité, alors qu'inexorablement, la société change et que les choses ne sont plus aussi nettes. On a déjà discuté de ce problème en de nombreuses occasions.

Magerarenai Onna prend le même postulat de départ, et se présente comme une nouvelle démonstration de sceller le sort des femmes par des modèles médiatiques rigides. Et ça n'a rien de nouveau... ou bien ?

MagerarenaiOnna

Magerarenai Onna se traduit par "la femme qui ne plie pas", et il est vrai que le personnage principal, Saki, est l'illustration-même de notre expression "avoir un balai dans le cul". Ou, en langage plus recherché : psycho-rigide.

Et c'est vrai que c'est pas une rigolote, la Saki. Jamais un sourire... d'ailleurs, peu ou pas d'expression du tout. Elle a raté l'examen d'entrée au Barreau par neuf fois déjà, oui, neuf années de suite, neuf années pendant lesquelles elle n'a rien fait d'autre qu'étudier. Et alors que le bon sens dicterait à n'importe quelle personne sensée d'en prendre son parti et de faire sa vie autrement, Saki persiste.

Au moment du pilote, Saki prépare donc son dixième concours d'entrée, et travaille à temps partiel comme clerc dans un cabinet d'avocats. Sa vie est réglée comme du papier à musique et, sincèrement, ça relève quasiment de la pathologie lourde à ce stade. On a un peu l'impression d'avoir trouvé la fiancée japonaise de Monk ! Les plats préparés à l'avance pour chaque repas de la semaine et empilés sagement dans des Tupperware carrés dans le frigo, le carnet où sont notées quotidiennement les heures passées à travailler comme autant de lignes strictement identiques, l'exactitude avec laquelle chaque activité de sa journée commence à une heure bien précise...

Pourtant, passés les clichés de rigueur et de pointillisme, on comprend que Saki a, en fait, optimisé chaque instant de son existence pour se consacrer au maximum à ses révisions. Chaque seconde compte, et ainsi chacune est économisée dans ce but. L'existence entière de Saki est pensée dans le détail afin d'atteindre cet objectif qu'elle s'est fixé (et on devine qu'en neuf ans, sa technique en ce domaine a largement eu l'occasion de s'affiner).

Au bout de la moitié du pilote, le spectateur occidental commence toutefois à ressentir des pulsions d'homicide.
Sur l'air de :" si les chaînes japonaises se sortaient un peu la tête du cul, elles verraient qu'un tel personnage n'a pas nécessairement besoin d'être la fille impossible à marier qui fait le désespoir de sa maman, c'est pas croyable ça, les commanditaires de Magerarenai Onna sont aussi informés sur l'état de la société japonaise que TF1 sur celui de nos contrées !"
Voir Saki en indécrottable célibataire rigide relève en effet du cliché le plus navrant de la télévision japonaise. Quand on lui dit qu'une femme doit se marier et avoir des enfants, on a l'impression de lire dans son regard qu'elle se demande si elle pourrait concilier contractions et révisions, qu'elle en conclut que non, et qu'elle laisse tomber cette ridicule histoire de bonheur féminin. Alors sa maman, son patron, son petit ami, son ancienne camarade de classe, y vont chacun de leurs allusions plus ou moins fines sur ce qui rendrait Saki heureuse, et comme elle ne marque aucune émotion et semble ne jamais prendre de plaisir à rien, toute tendue qu'elle est vers son objectif, Saki accrédite la thèse du "elle est complètement barrée cette gonzesse qui ne veut pas se marier, faut surtout pas devenir comme elle". Et ça c'est rageant.

Car en plus ces deux états n'ont rien d'antithétiques : Saki aurait aussi bien pu accepter de se marier à Masato, et aurait optimisé leur vie de couple de façon à tout de même préparer son fichu examen tout en faisant tourner la maison. Mais non, il nous fallait une mauvaise élève, on est allés jusqu'au bout de la démonstration, quitte à en faire des tonnes.

On en arrive donc comme ça à la moitié du pilote et, je vais être honnête avec vous, là, j'ai décidé d'arrêter les frais. Plus précisément, quand la maman de Saki est tombée malade et que Saki, allant la visiter, entend sur le répondeur de sa mère que celle-ci a récemment eu une conversation avec une amie où elle confiait avoir vraiment envie que Saki se marie et lui donne des petits-enfants. Le seul truc qui pourrait ajouter du pathos à la situation serait que Saki se découvre un ovaire paresseux histoire de vraiment mettre la pression.
Et donc là, c'est le drame.
Saki s'en retourne dans la neige, pensant à son papa qui est mort quelques minutes après avoir enfin décroché l'examen du Barreau qu'il avait eu beaucoup de mal à décrocher (parce qu'en fait elle ne le veut même pas pour elle-même mais au nom de son père, ce fichu examen), et là arrive Masato qui lui présente une bague et lui propose de l'épouser, et on vivrait ensemble, et on s'occuperait de ta mère, et tu repriserais mes chaussettes pendant que j'ouvre mon propre cabinet, et ce serait magnifique.

Donc voilà, c'est là que, découragée par la télévision japonaise et ses odieux clichés sexistes, j'ai décidé que j'avais suffisamment subi ces conneries avec les  foutaises sur la célibataire mal-aimable qui heureusement va rentrer dans le rang grâce à un gentil garçon, et j'ai déclaré que Magerarenai Onna et moi, on n'étais pas copines. L'effet d'accumulation avait eu raison de moi.

Passent plusieurs jours. Un soir que j'ai mal à la tête mais pas envie de dormir, je me dis, comme ça, que je pourrais regarder un truc pas trop intéressant histoire de passer le temps, et que mes 10g d'anti-migraineux fassent effet. Grand bien m'a pris (pas juste pour les médicaments). Car c'est très tard que la série Magerarenai Onna montre ce qu'elle a dans le ventre.
Sans vouloir vous spoiler, disons simplement qu'après avoir longtemps joué avec l'idée d'un mariage entre Saki et Masato, et vas-y que j'essaye des robes, et vas-y qu'on va réserver une salle de réception, le pilote décide d'enfin dévoiler une information capitale, mais jusque là complètement invisible à l'œil nu : oui, Saki est un être humain. Complexe. Intéressant. Peut-être que le personnage ne plie pas mais ça ne signifie pas qu'il n'a aucun doute.

L'issue de cet épisode connaît alors un très bon moment alors que Saki, au téléphone avec sa maman, fait face à ses projets d'avenir. L'examen au Barreau, pas plus que le mariage, ne sont des garanties de bonheur, et le monde autour d'elle se charge bien de ne pas lui rendre la vie facile quel que soit son choix. Mais Saki démontre soudain que la rigueur à laquelle elle s'était astreinte ne l'empêche pas de craindre pour son avenir. Alors qu'on l'imaginait sûre d'elle et de son objectif, on comprend que son obstination ne signifie pas forcément qu'elle est certaine d'avoir raison alors que le monde a tort à son sujet.

Il faut beaucoup, beaucoup de patience, pour aller au bout du pilote de Magerarenai Onna. Beaucoup. Cela demande de survivre au visage de marbre de Saki pendant pas loin de 50 minutes (sur presqu'une heure d'épisode, ça fait beaucoup), de surmonter courageusement le cabotinage de Riko, proprement insupportable pendant 99% de son temps d'antenne, et surtout de serrer les dents chaque fois qu'un imbécile se croit en droit de faire remarquer à Saki qu'il sait mieux qu'elle ce qui la rendrait heureuse. De nombreuses minutes de frustration, voire de colère, sont à prévoir. A plus forte raison si vous avez le malheur d'être une femme. Mais finalement, ça en vaut assez la peine.

Magerarenai Onna nous permettra-t-elle enfin de faire le ménage dans tous les énervants clichés sur le bonheur de la femme japonaise ? Il est permis de l'espérer. Et personnellement, je suis d'avis que si la série poursuit son chemin, maintenant que je sais qu'elle est capable de plus de nuances qu'à ses débuts, elle pourrait même s'avérer nécessaire.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Magerarenai Onna de SeriesLive.

22 janvier 2010

Dans la ligne de mire

Elle vous avait manqué ? Le soir, dans votre lit froid, vous vous retourniez sans trouver le sommeil, désespérant de sa disparition ? Ne perdez pas espoir : la première Twittereview de l'année se tiendra demain, soit le samedi 23 janvier, à 17h00 ! Pas tapantes, parce qu'on n'est pas des machines...

Vos deux revieweuses préférées s'attaqueront à Human Target, et comme de nombreuses Twittereviews avant elle, celle de ce samedi promet du saignant ! D'après ce que j'ai entendu dire, la série n'est pas aussi convaincante que prévu, ce qui fait tout-à-fait mon affaire quand on sait que les séries précédemment écorchées vives par nos soins ont été Make it or Break it ou HawthoRNe !

Comme toujours, mais en début d'année il est parfois bon de rappeler les bases, la Twittereview s'effectue en direct, sur Twitter (qui l'eût cru ?), par nos bons soins, sur la base d'un épisode que nous n'avons vu ni l'une ni l'autre, en l'occurrence ici, le pilote de Human Target, donc. Si vous voulez suivre nos réactions à chaud, au fur et à mesure, n'hésitez pas à nous suivre !

Twittereview_icon           Logo_bigger

Et si en plus, vous avez envie de vous joindre à nous, aucun problème ! Plus on est de fous, etc... Nous donnerons le compte à rebours pour que vous puissiez lancer l'épisode en même temps que nous !

3 décembre 2009

And that rhymes with "P" and that stands for "piemaker"

Ce soir, au lieu de vous parler d'une comédie musicale que je connais depuis plusieurs années je vais vous en présenter une que j'ai découvertes il y a quelques jours à peine. Oh j'en avais souvent entendu parler mais il y a tant de comédies musicales... et je n'avais jamais vraiment percuté que celle-ci avait eu une adaptation filmée récente. Jusqu'à ce que...

C'est quoi le nom du film ? The Music Man
C'est plutôt quel genre ? Musical vieillot
Qui on connaît là-dedans ? J'ai vu Matthew Broderick au générique, ça ne m'a pas faite frémir. J'ai aussi vu Victor Garber (ALIAS) et Molly Shannon (Kath & Kim), et même si c'étaient des habitués de la télé, ça ne m'a pas émue. Et puis... j'ai vu Kristin Chenoweth (Pushing Daisies, pour ceux qui l'ignorent encore). On se demande bien ce qui m'a décidée.
Ça date de quand ? 2003, ce qui ne nous rajeunit pas même s'il y a un progrès par rapport à hier
En résumé, de quoi ça parle ? D'un escroc qui se rend à River Cityafin d'y jouer une fois de plus sa petite arnaque.

TheMusicMan___1 TheMusicMan___2 TheMusicMan___3 TheMusicMan___4 TheMusicMan___5

En moins résumé, de quoi ça parle ? River City, dans l'Iowa, est une petite bourgade charmante où il est rare que des voyageurs descendent du train. Aussi Harold Hill attire-t-il l'attention en venant s'installer. Il se présente comme un professeur de musique, venu former un orchestre (ce qui tombe bien puisque le 4 juillet approche), mis en réalité, après avoir vendu instruments et uniformes, il s'enfuit avec l'argent de ses victimes. Il va cette fois trouver sur son chemin la libraire de River City, également prof de piano à ses heures, qui n'est pas dupe.
Et ça finit comment ? En fanfare.

Pourquoi c'est bien ? N'ayant pas vu la première adaptation ciné de la comédie musicale, je prends cette version de The Music Man en novice, et je dois admettre y avoir retrouvé l'ambiance de films comme Mary Poppins. Non seulement à cause des numéros musicaux et des robes, mais aussi pour l'abord finalement assez naïf et enfantin, quoique parfaitement charmant pour les adultes, que propose cet univers coloré et plein de musique. Si un certain nombre de chansons ne sont pas nécessairement mémorables, il en reste deux ou trois dans le lot qui valent largement le détour. En particulier, le début du film est très accrocheur !
Pourquoi c'est pas bien ? Eh bien, comme je l'ai dit, beaucoup de chansons sont assez moyennes. Du point de vue du divertissement, la question ne se pose pas, mais du point de vue musique, ça reste assez banal. Le solo de Kristin Chenoweth sur "Goodnight, my Someone" est assez évocateur de ce genre de défauts : on ne peut rien reprocher techniquement, mais à mon sens, une comédie musicale doit laisser des chansons dans la tête pour les 10 jours qui suivent (c'est un minimum). Or là, j'ai fini le film, et tout ce qui me restait, c'était le souvenir du timbre de Kristin, mais certainement pas l'air de sa chanson. C'est le cas de beaucoup et c'est très dommage.

Ah, les joies du cinéma ! On a échappé au pire, ç'aurait pu être Sarah Jessica Parker à la place de Kristin Chenoweth dans le rôle principal. Je ne pense pas avoir déjà entendu SJP chanter mais je suis quand même certaine qu'on aurait perdu au change.
La réplique qui tue : Dialogue entre un vieil ami qui tient aujourd'hui un hôtel à River City et Harold : "So, what's the new picture ? [Harold esquisse les gestes d'un chef d'orchestre] ...Oh you're not back in the band business ? I heard you was in steam automobiles !
- I was.
- What happened ?
- Somebody actually invented one."
Bah ouais c'est couillon, c'est sûr.
La scène qui tue : J'ai aussi regardé The Music Man pour ce passage (j'aime bien Kristin, mais elle ne fait pas tout non plus). En l'occurrence, si vous me connaissez un peu, vous devinerez pourquoi. Aussi n'est-il pas très étonnant que j'ai littéralement exulté devant ce morceau de bravoure de Matthew Broderick (il a pris des cours de plongée en apnée pour préparer ce rôle, je suis sûre). "Trouble" est un titre entrainant, basé plus sur le rythme que sur la musique (en cela, le morceau répond à la perfection à la scène de début, dans le train... celle-là aussi il faudrait vous la mettre mais enfin, la règle, c'est une scène qui tue, pas une hécatombe), amusant, et qui a le mérite de montrer Harold sous son vrai jour, homme à la fois affable et escroc doué, qui pour lancer son commerce, n'hésite pas à faire passer une pauvre table de billard comme l'incarnation de la déchéance prochaine des jeunes de River City. Accessoirement, j'ai envie de dire que ce stratagème est aujourd'hui plutôt utilisé en politique...

TheMusicMan___Extrait

Une note ? CagoulesCagoulesCagoules
Amusant, rythmé, coloré, rempli de visages connus... The Music Man remplit son office mais n'a pas les caractéristiques requises pour devenir un chef d'œuvre dont on parlera dans une décennie ou deux.
Bilan : Le problème de The Music Man, c'est que finalement c'est une comédie très américano-centrée (le 4 Juillet, le côté conquête de l'ouest...) et que ni son histoire, ni ses chansons, n'ont vraiment eu la possibilité de se faire connaître chez nous hors des cercles d'initiés. Bien que connaissant "Trouble" depuis quelques années, ainsi que "Pick-a-little, talk-a-little" (qui entre parenthèses donne l'impression de déguster des macarons, tant c'est frais et coloré), je me suis trouvée assez désorientée dans cette comédie musicale dont je ne savais rien. Vous allez me dire : bah oui, faut bien commencer à découvrir les choses à un moment. Et je vous l'accorde. Sauf que comme je l'ai dit, c'est vraiment très américain.
Ce qui est un avantage comme un inconvénient pour The Music Man, c'est son côté tous publics. En ce qui me concerne, ça n'a pas été un soucis. En ce moment je suis fatiguée, j'ai découvert ce film un soir où je n'avais fait que 12h de boulot dans ma journée, c'était parfait. C'était amusant, j'ai battu des mains pendant 2h12 (eh oui, 2h12 les enfants, rien que ça), et ensuite je me suis endormie en souriant un peu, c'était déjà pas mal, je n'en demandais guère plus. Mais a contrario des quelques comédies musicales dont j'ai déjà pu vous parler depuis que cette semaine thématique a commencé, The Music Man n'apporte pas grand'chose qui aille au-delà du simple plaisir immédiat. Plaisir de voir Kristin Chenoweth s'ébattre musicalement dans un rôle qui semble être fait pour elle, certes, plaisir de découvrir en Matthew Broderick un petit gars plutôt sympa, aussi, plaisir de regarder un film plein de chansons et de malice... oui mais après ? Après rien. On n'a pas de sujet de réflexion ni d'émerveillement, comme peuvent l'être respectivement West Side Story ou Cats. L'émotion est elle aussi assez basique, l'arnaque, l'histoire d'amuuuur, les intrigues en ville... on ne se sent pas tellement sollicité, en fait.
Je pense que si The Music Man a une telle réputation de classique de la comédie musicale, ce n'est pas pour ses qualités intrinsèques mais probablement aussi en grande partie parce que les chansons se sont incrustées dans la culture américaine, et qu'elle utilise des éléments typiquement américains. Les étrangers n'ont à mon avis qu'assez peu de chances d'y trouver là une révélation. En même temps, c'est aussi à ça que servent les comédies musicales, et j'insiste, je n'ai pas perdu mon temps. Simplement, la hiérarchie s'impose d'elle-même.

13 novembre 2009

[DL] Code Blue

Dites, je pense à un truc, là... quelqu'un a regardé Trauma suffisamment longtemps pour voir à quoi ressemble le générique ? J'sais pas pourquoi je pense à ça maintenant.
Bon, allez, générique de Code Blue ! Je vous avoue que pour moi, ce générique cumule absolument tout ce qu'un générique doit précisément NE PAS faire. C'est fantastique de laideur, de grandiloquence, d'insistance inutile sur le visage de Tomohisa Yamashita (sans doute l'une des pires lubies d'adolescente japonaise que j'aie croisées) ; l'usage de filtres est moche comme tout (il donne un air malade aux médecins, un comble), le final où tout le monde regarde passer l'hélico est à pleurer de pitié... n'en jetez plus !

CodeBlue
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Et la musique ! La musique ! Pas de méprise, j'aime Mr. Children (on leur devait déjà, sur le même ton, le générique d'Orange Days... et là ça collait à l'ambiance), mais pour une série médicale d'intervention et d'action, c'est complètement à côté de la plaque. Le manager de Mr. Children mérite une médaille pour avoir réussi à vendre cette chanson comme générique à la prod, c'est sublime. Quand on voit le niveau du pilote (j'ai pas envie de me farcir la suite juste pour confirmer le diagnostic, mais s'il y a parmi vous des suicidaires, ne vous gênez pas pour moi hein, regardez toute la série), on se demande bien ce que cette chanson fout là. A part pour que YamaP prenne ses yeux de cocker amorphe, franchement, ça pose question.

Eh oui, sur ce blog, on ne vous ment pas, chers lecteurs : les dorama japonais, c'est pas toujours de l'or en barre. Ici, s'il y a une barre, c'est celle qu'on se tape en regardant ce générique pathétique.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Code Blue de SeriesLive.

27 août 2009

La chair est faible... mais abondante

Ah mes côtes, ah j'ai mal. Oh non, il faut vraiment que je partage ce fou rire, c'est pas possible. Ohlala, j'ai des crampes, c'est atroce ! Allez lady, on se reprend. C'est pas le tout, mais j'ai une mission cette semaine, faire connaître les séries japonaises, et il me faut l'accomplir sans me laisser distraire ! Cela dit, aujourd'hui, je vais vous parler de Shimokita GLORY DAYS, et je pense que je vais avoir toute l'attention du lectorat masculin. Pour cela, nul n'est besoin de vous expliquer le pitch, ou de vous parler de la réalisation, non, je vais aller droit au but : les captures.

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Rapidité, efficacité, rentabilité.

Un mot quand même pour ceux qui parviennent à détacher leurs yeux des captures disposées ci-dessus. Les filles et les gays, je suppose.

Depuis bientôt 5 ans que je fais tourner Teruki Paradise, j'ai fiché des centaines (ou peut-même même quelques milliers, mais je n'étais pas seule donc...) de videos que je représente par trois captures, dont il est de notoriété publique que je les choisis soigneusement, voire même tendancieusement, de façon à appuyer ma critique, à souligner mon propos, à donner une vision la moins objective possible du résultat final.
Eh bien sachez que ce n'est absolument pas le cas avec les captures ci-dessus. Shimokita GLORY DAYS est vraiment une série pleine de nichons rebondis et de petites culottes. Dans le genre comédie coquine, ça se pose là, et j'avoue ne jamais avoir vu d'équivalent occidental à ce qui me semble être une spécificité, sinon japonaise, au moins asiatique : être capable de rire (grassement, certes) tout en affriolant vaguement le spectateur. Il est vrai que devant Dante's Cove on rit aussi, mais c'est pas voulu, et surtout c'est pas assumé puisque fait sous couvert du fantastique...

Pour que les moins lubriques d'entre vous aient un peu de nourriture pour l'esprit, sachez que les jeunes donzelles qu'on voit dans cette série sont moins des comédiennes que des jolis popotins sur pattes.
Au Japon, on appelle ça une gravure idol. Petit cours de civilisation japonaise : la gravure idol pose dans des tenues courtes, son uniforme de prédilection étant le bikini, et son choix d'orientation de carrière va de la pose-mignonne-coquine à complètement-à-poil-en-page-centrale. Les gravure idols sont partout, et surtout dans les magazines, mais aussi dans des photobooks, soit des albums de photos où se succèdent poses lascives et poses de carrément mauvais goût, selon les orientations professionnelles toujours. La gravure idol s'élève en batterie, il y en a plus que les mains ne peuvent toucher ne peuvent compter, aussi est-il normal qu'elles s'essayent à la diversification. De toutes façons, au Japon, on se diversifie presque toujours, les chanteuses sont mannequins à l'occasion, les mannequins sont actrices, les actrices sortent des albums, les gravure idols jouent dans des fictions de seconde zone, les jeunes chanteuses font des photobooks, les actrices de porno sortent des singles, c'est le bordel, tout va bien. Donc ici, le cast est rempli de gravure idols plus ou moins fréquentables (j'adore la fiche de D-addicts qui stipule "merci de ne lister que les films qui ne sont pas pour adultes" XD ), qui sont donc tout-à-fait dans leurs attributions, non, aucun talent pour la comédie n'a été malmené pendant ce tournage. Vous voici éduqués.

Outre ses nymphettes en chaleur qui se tripotent les unes les autres, et qui se pavanent quasi à poil devant le premier venu pour voir à quel point il est salace (zavez de la chance d'être tombées sur un JD-like, mesdemoiselles, complètement empoté et avec des lèvres toutes aussi improbables, d'ailleurs), on trouve dans Shimokita GLORY DAYS ce qu'il faut de musiques bidons, d'effets sonores complètement à la ramasse (miaulements de chattes, soupirs lascifs...), d'intrigues indigentes (j'ai même honte d'appeler ça des intrigues), et alors, le top du top : les filles ont à la fin de l'épisode un "corner" (une rubrique, quoi) où elles présentent une œuvre de littérature tout en se déshabillant devant la caméra. Grandiose.

Désormais, quand on me dira que les séries japonaises, c'est pour les gonzesses, je pourrai brandir Shimokita GLORY DAYS comme parfait contre-exemple. Pas sûr que ça réhabilitera la réputation de la fiction nippone, mais qu'on ne me dise pas que les dorama c'est rien que des histoires pour faire pleurer dans les chaumières !!! Vous comprenez bien que vraiment, je ne pouvais pas m'empêcher de mentionner un truc pareil ! Évidemment, ça n'est pas la série qui va captiver le public téléphage de nos latitudes, m'enfin admettez que si vous n'aviez pas connu cette série, vous auriez un peu moins souri aujourd'hui !

Et pour ceux qui... j'ose ? Non... si ? Allez, si : la fiche Shimokita GLORY DAYS de SeriesLive.

PS : gloire aux Japonais ! Ce sont les seuls au monde qui, quand ils se glissent dans une maison par effraction, pensent à ôter leurs chaussures avant d'entrer ! C'est vrai, c'est pas parce qu'on veut molester des jeunes filles qu'il faut saloper le plancher...

9 juillet 2009

[DL] Brooklyn South

En substance : c'est ça que j'aime chez les flics en uniforme. Il y a à boire et à manger : de l'action, de la proximité, de la tendresse et de l'adrénaline. Et puis, j'ai beau adorer la franchise Law & Order, mais Manhattan, ça va bien un temps alors que Brooklyn, c'est quand même autre chose. Et ce générique rend ce district très concret, même pour qui n'y a jamais posé les pieds. Les ruptures de rythme du thème musical soulignent les différentes facettes de cet univers, et nous le rendent familier. Un excellent résultat.

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Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Si vous vous étiez déjà demandé d'où venait ma fixette sur Jon Tenney, avec les génériques postés ces derniers jours, vous ne devriez même plus vous poser la question. Entre La Famille Green et Brooklyn South, vous avez (quasiment) tout compris. Il vous manque peut-être aussi un épisode d'une autre série, mais ça, j'en fais mon affaire...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Brooklyn South de SeriesLive.

6 août 2009

Houston, dame desu

Hm ? Plaît-il ? On me dit que Futatsu no Spica n'est pas la version live action de l'anime Gunbuster. Au temps pour moi, mais pour ma défense, il fallait vraiment le savoir. Le principe est en effet le même : une jeune fille dont le père était astronaute, décide de devenir astronaute elle-même. Par contre c'est vrai que les tenues sont un peu plus sexys dans Gunbuster...
Alors, comment devient-on astronaute ? Pour une fois, la parole est au Japon dans ce nouveau post La preuve par trois.

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Tout commence il y a 9 ans avec, je vous le donne en mille, un décollage qui tourne mal (j'étais étonnée de ne pas en voir dans Defying Gravity, d'ailleurs). Eh oui, l'espace, c'est dangereux. Et ce n'est pas facile d'y aller. A l'école qu'intègre Asumi, on ne se gène pas pour le faire remarquer. Alors qu'ils ne sont que lycéens, les personnages principaux sont soumis à une éducation quasi-militaire qu'il est bon de voir. Comme dans beaucoup de dorama "professionnels", il y est question d'effort, mais, une fois n'est pas coutume, d'effort pas toujours couronné de succès. De compétition et d'élimination. Devenir astronaute, ce n'est pas si simple (même si tenir le rôle principal aide, évidemment). Et l'être non plus.

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Si quelques scènes (a contrario de Defying Gravity, elles sont ultra-minoritaires et secondaires à souhait) nous rappellent qu'on va une fois de plus avoir droit au sempiternel love interest (et tout aussi sempiternel triangle amoureux), ainsi qu'aux problèmes liés à l'âge des personnages (et notamment la réaction des parents de chacun d'entre eux), on a tout de même plus souvent droit à des scènes plutôt dure sur l'entrainement qui attend tout ce beau monde, même si pour l'instant ils se plaignent mais sont relativement pépères. Le corps professoral est d'ailleurs captivant, car il représente assez bien la dureté du métier (en fait, le prof le plus cool n'est pas pris un seul instant au sérieux par le spectateur qui le trouvera instantanément trop idéaliste). La question des connexions de cet univers relativement fermé va également être intégrée à l'histoire progressivement et avec brio, montrant à quel point la conquête spatiale est, une fois de plus, un environnement des plus hostiles à l'homme, et pas juste parce que ce dernier n'est pas fait pour respirer à pleins poumons dans le néant, si vous voyez ce que je veux dire...

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Si vous avez lu Ender's Game (à défaut de pouvoir le voir un jour au cinéma), vous ressentirez probablement le même intérêt que moi pour cette longue phase du pilote, qui en casse un peu le rythme mais lui donne aussi un caractère insoupçonné, lorsque 5 des étudiants doivent faire face à un teste, et que ce n'est pas leur réussite au test qui compte mais la façon de le réussir. Atmosphère étouffante, stress de l'horloge qui défile, esprits qui s'échauffent, le huis clos est à son comble, et diablement efficace. S'il ne fait pas grand doute sur l'issue de ce test d'aptitude (qui gère avant tout l'aptitude au travail en équipe), au moins le passage se montre particulièrement intéressant. D'ailleurs, en réagissant d'abord comme des enfants, à se disputer, puis en essayant de devenir rationnels, nos cinq cobayes vont faire la démonstration de ce qui va certainement leur être le plus difficile à surmonter : leur immaturité. Ca fait d'ailleurs un peu mal au coeur de voir ça...

Sans être révolutionnaire (notamment dans sa réalisation), Futatsu no Spica nous offre un point de vue peu abordé. Il faudra une somme d'efforts, de travail, de connaissances... et aussi de compétences humaines, pour que son héroïne ait une chance de partir dans l'espace comme elle le souhaite. Et j'ai bien dit une chance. D'ordinaire, on t'envoie tout ça sans sourciller dans l'espace et au-delà, trois petits essais en vol, et c'est fait, mais ici on ne prend pas le premier des as du forage pour aller dans l'espace, on crée bel et bien une élite qui va devoir faire un nombre inquantifiable de sacrifices (à commencer par leur propre jeunesse) pour accomplir ce but.
Si Futatsu no Spica ne délivre pas un message particulièrement différent de nombreuses autres séries se déroulant dans une profession donnée, je trouve quand même que c'est l'une des rares fois où on nous montre qu'être astronaute n'est pas une partie de plaisir, et pas à la portée du premier venu. Et personnellement, je trouve qu'il fallait quand même le dire, à un moment.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Futatsu no Spica de SeriesLive.
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2 juin 2009

There's gotta be more

La journée avait été moite. Mais en dépit de la chaleur, j'avais résolu de m'aventurer dans les rayons de la FNUC. Ondulant entre les bancs de néophytes ("ah, oui, j'adore cette série... comment elle s'appelle déjà ?"), je me frayai un chemin vers le coffret qui m'avait fait envie toute la journée. Que dis-je ? Depuis quasiment six mois.

Essuyant la sueur qui perlait sur mes tempes du revers de la main, je manquai de perdre courage. C'est alors que je le repèrai au milieu de la foule. Il était en face de moi, à trois, ou peut-être quatre mètres. Comme promis, il arborait un bleu rafraîchissant et mentholé. En le reconnaissant, je marquai l'arrêt. Tout en me mordillant la lèvre inférieure pour réprimer un sourire gourmand, je repris presqu'aussitôt mon chemin, orientant mes pas résolus mais déjà apaisés vers lui. Arrivée à sa hauteur, je tendis doucement le bras, mes doigts courrurent à la surface gantée de plastique, remontant langoureusement vers son sommet pour mieux m'en saisir ensuite. Je ne pus alors réprimer mon plaisir plus longtemps, et un sourire ravi de plein contentement s'afficha sur mes lèvres.
Là, dans ma main, le coffret de Life saison 1.

La suite aurait pu rester dans l'intimité de ma chambre, entre mon lecteur DVD et moi. Après des semaines où l'attente avait atteint son paroxysme, mettant un à un les sous dans la cagnotte et guettant le calendrier, ma satisfaction était totale, puisque Charlie Crews allait enfin rentrer avec moi. Hélas, cet orgasme téléphagique devait connaître un coitus interuptus.

VousAvezAimeDrHouse_NeQuittezPas

Glurps.
Un vrai tue-l'amour.

Euh, ah bon ? C'est sûr, ça ? Et de quelle façon je vous prie ? En-dehors de la diffusion consécutive des deux séries à un moment, comment TF1 justifie-t-elle un tel slogan ?

Car du maussade, revêche, et auto-destructeur Gregory House, comment peut-on passer au lumineux, emphatique et miraculé Charlie Crews ? C'est comme passer des forces de mort aux forces de vie. L'un est en fait l'antithèse de l'autre.
House suspecte que tout le monde ment, Crews veut laisser le bénéfice du doute au présumé innocent. House se contrefiche de son existence qu'il ment en danger tous les quatre matins, Crews croque les plaisirs simples de l'existence en reprenant sa vie en main.
Bon, d'accord, les acteurs sont tous deux Britanniques, je vous concède déjà ça.

Il aurait peut-être fallu commencer par mieux vendre la diffusion sur TF1 plutôt que de courir béatement après la vente de DVD basée sur cette seule publicité mensongère. Laisser Life dans l'ombre de House... voilà bien l'oeuvre d'une chaîne qui ne regarde toujours pas ce qu'elle commercialise, par quelque biais que ce soit. D'un autre côté on parle de la chaîne qui a maltraité Twin Peaks au-delà de toute tolérance à la douleur, alors, Life...

J'ai cligné des yeux et la rage est retombée d'un coup. La tête me tournait encore, mais j'ai tenu bon sur mes jambes.
...
Le coffret sur le coeur, j'ai marché vers les caisses.

21 août 2009

[DL] LOVE GAME

J'ai parlé dans le post précédent des emprunts musicaux que LOVE GAME fait à Oz, il me faut ici ajouter que le générique a plus qu'une parenté avec celui de Las Vegas (j'aurais envie de dire que c'est la voix qui marque le plus gros de la distinction, puisqu'on a remplacé les murmures aguicheurs par une chanteuse japonaise qui crie - je vous rassure, je n'aime pas cette chanson plus que vous, d'ailleurs). Impression renforcée, comme on s'en doute, par l'univers de ce générique, accentuant le concept "partie de poker" de la série.

LOVEGAME
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Mais ce qui est définitivement intéressant ici, c'est de constater qu'il n'y a pas que les séries à vocation dramatique qui savent réussir un générique. Ce dont je me permettais de douter, c'est le moins qu'on puisse dire. L'idée est bonne, on joue habilement avec le concept de LOVE GAME, on en profite pour attiser le mystère (ou voulu tel) autour de l'héroïne principale, et comme c'est un générique de fin (on est au Japon, c'est souvent celui-là qui vaut le coup d'oeil), on place quelques extraits de l'épisode passé MAIS ! Sans spoiler. Il faut le dire, c'est bien pensé.

Personnellement je trouve que ce générique est un argument en soi pour découvrir la série. Maintenant que vous avez ce post, vous savez comment faire...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche LOVE GAME de SeriesLive.

19 août 2009

L'homme-concept idéal

Il y a des séries dont on sait d'avance qu'on n'y accrochera pas, parce que leur pitch est contraire à nos convictions. C'est un peu comme quand un communiste regarde The $treet, en fait. Alors quand je découvre une série intitulée "l'homme idéal", je fronce les sourcils et je me fais une raison : entre nous, ça ne va pas marcher.
Pour faire un pilote de Zettai Kareshi, il vous faudra une héroïne charmante mais malheureuse en amour, transformée en célibataire complètement aux abois (ce qui rejoint hélas ma complainte sur le célibat à la télévision), et devenue complètement par hasard (c'est toujours par hasard... bis) la cliente-pilote d'une étrange société qui lui promet de lui fournir le petit ami idéal, avec piles et batteries car c'est un robot. Donc forcément, ça laisse sceptique.

D'ailleurs quand on a vu Kimi wa Pet, ledit Zettai Kareshi a un sérieux goût de redite : un garçon bizarre fait son entrée dans la vie d'une célibataire qui doit cohabiter avec lui, ce qui va changer sa vie. Qui plus est, on retrouve aussi ici l'idée de l'homme soumis aux désidératas de la femme, sauf qu'au lieu de se prendre pour un toutou, le petit ami idéal peut se ranger dans sa boîte (il est aussi livré avec une fonction de mise en veille). Bah quoi ? C'est qu'un appareil d'électro-ménager après tout !
Les japonaises m'ont l'air d'avoir un sérieux contentieux à régler, si j'en crois ces séries...

ZettaiKareshi

De toutes façons, il est hyper mal pensé, ce produit. Pas près du tout pour une commercialisation à grande échelle. Notre robot est quand même du genre à lancer à Riiko, là, comme ça : "Eh, Riiko, je t'aime, si on faisait l'amour ?". Le module de psychologie féminine n'est clairement pas au point, hein... Sans compter que vu la finesse du programme, le sexe avec ce robot, ça doit méchamment manquer de préliminaires !
Notre robot n'ayant clairement pas lu le même magazine que Fred (ceux qui comprendront l'allusion comprendront pourquoi j'ai trop honte pour en dire plus), il n'a pas non plus compris que ce qui marche avec les filles, c'est de paraître inaccessible et, surtout, oh oui surtout, de ne pas être trop collant. Or là, le robot, c'est de la glue sur pattes, ce qui a pour prévisible effet de rendre sa propriétaire complètement dingue. Alors d'accord, si avoir un robot-namoureux à la maison, ça reste relativement utile pour rendre d'autres mecs jaloux (surtout si on a coché le physique "mannequin" dans le bon de commande), ou quand il y a un sprint à piquer en quinze secondes chrono et que ce sont les seules jambes bioniques à 20km à la ronde, le reste du temps, avouons-le, c'est carrément pas gagné. Surtout sur la japonaise typique qui n'est pas trop une grande fan de la promiscuité.

M'enfin je sais pas, moi, ça semble pourtant évident dés la première seconde : l'homme parfait a pour principale qualité de ne pas être parfait ! Ce sont ses défauts qui le rendent attirant, attachant, qui font qu'on le garde à la maison (et qu'on ne le fait pas dormir dans les waters...).
Ça semble tomber sous le sens, et c'est ce qui rend Zettai Kareshi assez longuet à regarder. Heureusement, la prestation plutôt bonne de son duo de tête d'affiche (et surtout le robot, duquel je m'attendais à une prestation plus banale) sauve un peu notre affaire, m'enfin si le pitch ne vous séduit pas, sachez qu'il n'y aura pas grand'chose pour récupérer le coup.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Zettai Kareshi de SeriesLive.

27 septembre 2009

Série noire

Appelez-ça une séquelle si vous voulez, mais pendant tout le pilote de Bored to Death, je me suis surprise à imaginer ce que cette série aurait donné avec une réalisation à la Pushing Daisies. Pour moi il est assez évident qu'il y a eu un gros loupé par là, et que c'est ce qui tue tout le fun de ce pilote.

J'aurais bien vu, donc, le personnage principal de Bored to Death, un écrivaillon en mal d'inspiration qui décide sur un coup de tête de se prendre pour un détective, vivre dans un univers un peu moins réaliste, même s'il aurait pu être le seul dans son délire. Ç'aurait beaucoup mieux fonctionné, en définitive, et surtout ça n'aurait pas été totalement incongru de jouer le jeu à fond, vu que de toutes façons il fume de la marijuana (et boit aussi un peu). Délires en noir et blanc, bande-son plus radicale, imagination débordante... tout était possible. Mais aucune de ces pistes n'a été réellement empruntée. Les allusions à l'imaginaire des détectives privés (se payer une chambre sous le nom de Philipe Marlowe, le livre de Raymond Chandler que Jonathan trimbale partout avec lui, les tentatives de jouer au gros dur qui boit du whisky dans le bar...) sont si fugaces et si mal exploitées que l'univers de Bored to Death reste épouvantablement lisse, ce qui aurait pu compenser avec les répliques assez peu piquantes que Schwartzmann assène en ayant fier de lui alors que ça laisse le spectateur totalement froid. Ce que la série n'avait pas sur le fond, elle aurait au minimum pu l'avoir sur la forme...

Detective_1 Detective_2
On aurait pu espérer ça... ...à la place il faudra se contenter de ça.

HBO aurait pu annoncer là un remake de Philip Marlowe, elle aurait à peine plus déçu, en fin de compte. Mais l'originalité, l'inventivité et les réalisations burnées ne sont pas vraiment à l'ordre du jour en cette rentrée, je m'en aperçois en ce funeste dimanche de découvertes automnales...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Bored to Death de SeriesLive.

27 septembre 2009

Ne vous inquiétez pas, nous sommes infirmières

Et c'est bien ce qui m'inquiète !

Mercy

Cette épidémie de blouse blanche n'est pas prête de s'arrêter mais il est encore plus terrifiant de voir à quel point des Mercy, Nurse Jackie et autres HawthoRNe présentent des univers très proches. Sérieusement, si on prenait des scènes se déroulant à l'hôpital dans chacune des trois séries, et qu'on les mélangeait, je ne suis même pas certaine que je saurais différencier quel passage provient de quelle série. Effrayant.

Fort heureusement, Nurse Jackie conserve la pôle position, grâce à sa très bonne écriture et son excellent personnage central.
Et pour le cas où vous tombiez par hasard sur un épisode avec plein d'infirmières dedans et que vous ne parveniez pas à distinguer où vous êtes, c'est assez simple : dans Nurse Jackie, le cast est excellent, dans HawthoRNe, le cast est indigent, et dans Mercy, le cast est nul à 95%. Je ne sais pas qui est le génie qui a donné le rôle principal à Taylor Schilling mais j'espère que ce type ne vit pas des castings qu'il organise, parce que sinon il doit manger des pâtes tous les soirs, le pauvre. Nan, mais sans rire, le charisme de cette nana est négatif, son jeu fade, sa voix épouvantablement monocorde, ses grands yeux vides... je continue ? C'est une horreur. Ce qui nous sauve vaguement de la débâcle, c'est Michelle Trachtenberg, qui bien qu'ayant hérité du rôle ingrat de l'oie blanche idéaliste qui va se manger la réalité en pleine face, parvient à accomplir quelques scènes à peu près convaincantes, ce qui dans le cadre de ce pilote équivaut à l'excellence.

Alors voilà le topo : dans le pilote de Mercy, il y a une scène drôle (Veronica et son frère se cuitant en douce), une scène qui donne quelques frissons (Sonia se faisant attaquer par un patient), deux scènes touchantes (Veronica discutant à cœur ouvert avec une patiente cancéreuse et surtout Chloe faisant son possible pour soulager la douleur de la mère d'un patient), et c'est tout ce qui mérite vaguement de l'attention (principalement par défaut) dans cet épisode. C'est vraiment peu, et très franchement, sachant que je voulais aujourd'hui regarder un grand nombre de pilotes de l'automne, j'ai l'impression que je n'aurais pas pu plus mal employer 43 minutes de ma journée.
Mais c'est vrai aussi que ce n'est que le deuxième pilote du jour, il ne faut jurer de rien...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Mercy de SeriesLive.

9 août 2009

Comedy done right

Il y a plusieurs raisons qui m'ont fait tester Seigi no Mikata. La première, c'est que je souhaitais savoir à quoi ressemblait récemment le jeu de Mirai Shida, qui y tient le rôle principal, puisqu'à la rentrée elle jouera dans Shoukoujo Seira, c'est-à-dire Princesse Sarah, où elle tiendra le rôle-titre. Et puis du coup, en faisant mes recherches sur son parcours, je suis tombée sur la photo promotionnelle de Seigi no Mikata, et alors là, franchement, je l'ai trouvée géniale.

SeiginoMikata_promo

Le problème, c'est qu'une bonne photo de promo, ça ne fait pas tout. Aussi, c'est avec un sens aiguisé du sacrifice que je me suis lancée dans le pilote. Et franchement, en dépit de mes appréhensions (principalement dues à des séquelles de mon visionnage de Joou no Kyoushitsu), j'ai bien ri.

Certes, Seigi no Mikata est assez typique des comédies japonaises, mais au lieu de se contenter de sortir des gags qui ne font plus rire personne tant ils sont codifiés, elle a vraiment mis du cœur à l'ouvrage, et ne se prive d'aucune excentricité. En choisissant de ne pas se limiter à de la comédie gentillette, en allant au bout de son concept, en ne lésinant pas sur ses effets (musique, montage...), Seigi no Mikata atteint son objectif : nous faire rire sans retenue sans pour autant nous prendre pour des spectateurs au Q.I. négatif.

Et pourtant ce n'était pas garanti : l'histoire de cette petite adolescente malmenée par sa sœur à qui tout réussit, ça sentait quand même bien le réchauffé. D'ailleurs au début, entre l'adolescente encore mal dégrossie et l'altière grande sœur d'une perfection sans nom, on fronce un peu les sourcils. Mais fort heureusement, les stéréotypes ne dureront pas. C'est ça qui fait que Seigi no Mikata marche si bien : le personnage de Makiko, la grande sœur, est en fait truffé de vices, et le pilote va s'acharner à les montrer un par un.

On nous présente Makiko comme une personne que tout le monde trouve parfaite, mais en fait son entourage se rend bien compte que la rose a des piquants. Simplement elle inspire bien trop la crainte pour que qui que ce soit le lui fasse remarquer : le père qu'elle appelle par son prénom et dont elle dépense la paie dans de grands restaurants, le patron qu'elle envoie bouler comme le dernier des moins que rien, bref, tous ceux qu'elle juge inférieurs à elle. Et yen a un paquet. Colérique, méprisante, gloutonne, en fait elle n'a rien du tout de la princesse que tout le monde fait mine de voir en elle. Makiko n'a que sa beauté pour la servir. Une beauté qui lui permet de mener tout le monde par le bout du nez, mais qui ne laisse personne durablement dupe.

C'est ce tempérament qui fait du pilote de Seigi no Mikata un régal : la petite sœur Youko n'est pas du tout la seule à voir tout ça, seulement elle est aux premières loges dés qu'il s'agit d'en faire les frais, et s'en plaint plus ouvertement que les autres. En fait, même ses autres victimes n'admettent pas facilement que Makiko a sale caractère, comme s'ils craignaient d'abimer son image. Lors d'une scène où ils se sont réfugiés hors de la maison pour manger une glace, Youko et son père reconnaissent implicitement que la vie à la maison est rendue difficile par la jeune femme ("ça va, tu n'as pas été repérée ?"), mais rien à faire, personne n'agit.

Le pire des travers de Makiko, c'est son égoïsme patent. Chaque scène où elle se sert d'un de ses atouts (beauté, force de caractère, ou tout simplement sa popularité auprès de son entourage), pour qu'on exécute le moindre de ses caprices, est un délice. Par exemple, quand elle a le béguin pour quelqu'un, elle se sert de sa petite sœur Youko comme appât à garçons en lui imposant de se perdre dans la foule, de s'inscrire à des clubs sportifs, ou même... de se fracturer un os (ça, c'était pour le chirurgien orthopédique). Vous voyez le truc ?

Appat

Le plus drôle, et c'est quelque part terrible, c'est de suivre toutes les tortures que Makiko impose à son entourage en général, et sa petite sœur en particulier. On aimerait bien prendre la petite en pitié mais c'est vraiment trop drôle de la voir malmenée en permanence ! Elle pourrait être simplement égoïste, elle est aussi profondément malfaisante, ouais, juste pour le plaisir, elle fait de mauvais coups ou des vengeances mesquines.

L'enjeu principal, c'est de voir si Makiko finira par avoir un retour de karma à un moment où un autre, si le monde va arrêter de la mettre sur ce piédestal, et si enfin elle va apprendre à se regarder un peu moins le nombril. La manipulation aura forcément ses limites... d'un côté ce serait dommage pour le spectateur, mais de l'autre, on ne peut décemment pas laisser ce personnage en liberté à la fin de la série, ce serait contre les lois de la nature.

Voilà qui promet en tous cas 10 épisodes de réjouissance parfaitement rythmée, orchestrée, écrite, et interprétée (Yu Yamada m'a toujours été antipathique, mais là au moins je sais pourquoi), bref, de la comédie bien faite.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Seigi no Mikata de SeriesLive.

5 août 2009

Sunshine

On a vu avec I Dream of Jeannie qu'être astronaute permettait de faire craquer les filles (pour résumer), mais Defying Gravity voit les choses avec un tant soit peu moins d'optimisme. Retour aux affaires pour notre semaine spéciale astronautes, et un nouveau post La preuve par trois pour comprendre un peu plus ce qu'est l'essence de la conquête de l'espace...

Depuis quelques jours, les impressions que je lis sur Defying Gravity sont plus que tièdes. Et il y a de nombreux points sur lesquels je suis d'accord. Le plus évident, ce sont les amourettes entre les personnages. Qu'ils en aient, bon, ça semble inévitable surtout sur une série qui espère décrire une mission de 6 ans (à ce que j'ai entendu dire, 6 semaines ce serait déjà un miracle au vu des audiences), mais leur incorporation au scénario est épouvantablement cosmétique. Love interest, couple maudit, tout y est. Le ton général est lui aussi assez superficiel, preuve qu'il ne suffit pas d'un scénario relativement réussi pour accomplir le miracle d'un pilote impeccable. Et enfin, certains acteurs laissent fortement à désirer (et hélas, le personnage principal interprété par un toujours plus inexpressif Ron Livingston, en est le pire exemple).

Mais je vous propose de dépasser ces inconvénients, dont je ne nie pas l'existence ni le fait qu'ils nous gâchent un peu la nôtre, pour approfondir un peu ce que le pilote a à offrir sur notre thème de la semaine.

DefyingGravity___1
Le pêché originel.
Il en faut un. En fait on en aura vraisemblablement deux, mais le second ne nous est pas dévoilé immédiatement ni frontalement. Ainsi donc, notre Donner a abandonné l'amour de sa vie sur Mars, contraint et forcé, et ne s'en est jamais remis. On a tout loisir de goûter sa déchéance : c'est une homme plus bas que terre (mais son père, avec qui il vit, creuse encore), il est au bout de sa carrière, il est désabusé, sortez les violons. Il en faut un comme ça dans toutes les séries du genre (voir aussi Armaggeddon, oui, le film, des fois je vois des films), des losers au grand coeur, le mec qui a tout raté et qui porte son fardeau. Car la conquête spatiale, c'est avant tout une industrie, et même de la politique comme on le voit assez vite : les astronautes ne vont pas simplement toucher les étoiles, ils ont des comptes à rendre sur Terre en premier lieu, et ceux qui restent les pieds cloués au sol n'hésitent pas à les briser si cela sert leurs intérêts. Inutile de dire que la beauté de l'espace, elle passe largement au second plan quand on s'est fait rompre comme une alumette. Oui, ce que nous rappelle Defying Gravity, c'est qu'un astronaute reste un homme soumis à son humanité.

DefyingGravity___2
Le paradis perdu.
Le sort s'acharne contre l'équipage d'Antares et c'est normal, puisque chacun défie sa nature, et certains ont même défié les lois de la nature (et croyez-moi, ya un bébé qui n'est pas né et qui n'est pas prêt à se laisser oublier si facilement). Quand pour le personnel de l'expédition, tout cela était l'accomplissement d'un rêve, l'aboutissement d'un engagement énorme, la récompense de sacrifices immenses, la mission va en forcer plus d'un sinon tous à déchanter progressivement. En dépit de toutes les comparaisons qui ont été faites avec Grey's Anatomy, on est bien obligés d'admettre que la situation même de cette expédition spatiale rend le contexte plus complexe et plus sombre, la catrastrophe plus imminente pour les protagonistes eux-mêmes. Ils ne risquent pas des vies, ils risquent leurs vies, et on sent bien que c'est à tout les niveaux que les choses sont fragiles : la santé, le mental, probablement aussi l'équipement. Rien n'est acquis. Tout peut virer au cauchemar.

DefyingGravity___3
La rédemption.
S'il n'y est pas question de religion chrétienne, la religion et les croyances ne sont pas moins présentes de ce pilote. Une opposition entre ces convictions et la raison (Ajay était censé être le plus solide mentalement de tous, et c'est lui qui pête un câble) soulève un point essentielle de la conquête de l'espace : dans l'absolu, le projet est un idéal de l'humanité, mais en pratique, seuls les cerveaux les plus cartésiens peuvent réaliser ce rêve. Les autres sont voués au rebut. Et pourtant au final, notre héros damné finit par rempiler pour une nouvelle mission et est envoyé sur Antares en renfort. Le final de l'épisode est empli de spiritualité, d'espoir, de foi, et les contigences venues de la Terre s'envolent ; le voyage vers Venus peut enfin commencer. Et comme dans toute série de science-fiction, si on ne part dans l'espace, ce n'est que pour parler mieux d'humanité.

Je suis donc infiniment moins pessimiste vis-à-vis de cette nouvelle série que beaucoup que j'ai lus avec attention. Sur beaucoup de choses, je le répète, ils n'ont pas tort. Mais les défauts qu'ils attribuent à Defying Gravity ne me semblent pas venir de son scénario lui-même, mais plus de sa réalisation. Il me semble que dans les axes abordés lors de ce pilote, on trouve un grand potentiel, et une capacité à entrer dans l'abstrait qui est toute louable. Mais désormais, plus que la gravité, c'est la superficialité que la série va devoir défier, en évitant les écueils qu'une diffusion sur un network rend plus difficiles à éviter encore. Defying Gravity parvient en tous cas à laisser espérer un peu plus qu'un Grey's Anatomy dans l'espace, avec une mythologie du complot qui se met vaguement en place et surtout un sens de l'introspection dépassant largement les monologues creux d'un médecin névrosé. Je n'ai pas grand espoir de voir la série réaliser son potentiel, mais elle en a parce qu'elle a su capturer la substance de son sujet.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Defying Gravity de SeriesLive.
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30 juillet 2009

Le Gong sonne toujours deux fois

On parle de plus en plus de la reunion des acteurs de Sauvé par le Gong. Ce qui n'était au départ qu'une blague parmi tant d'autres, dans un talk show américain parmi tant d'autres, a servi de test et devant l'écho enthousiaste rencontré, a permis à la reunion de se mettre en branle. J'avoue qu'au départ, j'étais assez sceptique quant aux probabilités que ça se produise véritablement, mais apparemment ça va bel et bien être le cas, même si Tiffani Thiessen fait mine d'entretenir le suspense (avec brio cela dit).

ShitTonofStuff

Crédit : funnyordie.com

Je dois bien avouer que ces reunions, ça me rend assez perplexe.

Si je parviens à comprendre qu'on cherche à faire un épisode ou un téléfilm de suite, genre "10 ans après, que font nos personnages bien-aimés" (et cela sans être systématiquement partisane de la pratique), le concept de reunion me laisse par contre assez froide.

J'ai pourtant regardé A Nosh to Remember, la reunion d'Une Nounou d'Enfer. Et osons le dire, j'ai pleuré comme un bébé pendant tout le long. Sur l'air de : "bouhou, c'est Fran ! bouhou elle fait des pâtes ! oh arrêtez, maintenant Charles vient de sonner à la porte, bouhouhouhouhou !". Vous voyez le genre. Mais pendant que vaquais à mes midinettes occupations, mon cerveau continuait de réfléchir. Et il trouvait tout cela un peu trop facile... les acteurs qui viennent discuter des bons moments passés sur la série, les extraits en guise de flashbacks nostalgiques, bah ouais, et pourquoi pas tout le monde qui s'embrasse avec les yeux humides ?! Ah, ça aussi ils l'ont fait, au temps pour moi. En somme, pas l'ombre d'un contenu inédit. Une arnaque bien camouflée, mais une arnaque quand même.
On trouvera difficilement fan plus passionnée que moi envers cette série, et pourtant, j'étais déçue. Oui, déçue. Même en y voyant un intérêt qu'on pourrait qualifier de documentaire, en tant que lectrice de Fran Drescher, pour voir à quoi ressemblait la fameuse maison toute blanche sur la plage et ce genre de choses, il y avait objectivement peu de raisons de sauter au plafond, objectivement parlant. Mais j'aime pas dégoûter les autres donc allez vérifier par vous-même ce que vous en pensez.

Il doit pourtant bien y avoir un intérêt à ce type d'exercice, mais je ne vois juste pas lequel. Ma distance vis-à-vis des reunions s'explique peut-être par le fait que je ne suis pas attirée par les acteurs en tant que personnes, ni par ce qu'ils pensent, mais seulement par les personnages qu'ils interprètent. Et que les voir "au naturel" me captive finalement peu. Je ne mélange même pas l'acteur et le personnage, non, c'est juste que l'acteur a sa vie et que je n'ai pas très envie qu'elle soit mêlée à la mienne.
Et cette façon de voir n'est pas contradictoire avec l'affection que j'ai développée pour certains d'entre eux, au point de lire leurs ouvrages autobiographiques ou de me rendre à une dédicace, ni de baser tout un post sur leur filmographie, a contrario de ce qu'on pourrait croire. Pour moi, ces opérations permettent de comprendre comment ils font leur travail d'acteur, d'où ils tirent ce qu'ils ont à offrir à ces personnages que j'affectionne. Mais à la base, je n'ai aucune envie de savoir avec qui ils couchent ou leur sauce préférée pour les pâtes.

Sauf que ces reunions ne donnent pas lieu, ou je ne suis pas tombée sur les bonnes, à une réflexion de ce type. On y reste dans l'émotionnel au mieux, la superficialité au pire, et on n'est pas plus avancés. C'est si pratique de ressortir les archives qui ont marché il y a 10 ou 15 ans, plutôt que de se donner du mal. L'ambiance est là, mais c'est bien tout.

Et surtout, je trouve ça très réducteur pour le cast lui-même, convoqué au nom d'un succès passé et condamné à ne vivre que par lui. C'est sans doute le dernier élément d'une longue liste qui me détournent des reunions...
Bon et puis, de vous à moi... Sauvé par le Gong...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Sauvé par le Gong de SeriesLive.

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