ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

14-01-13

Coming home

Nous interrompons notre programme pour une ode spoilerisante au season premiere de House of Lies.

HouseofLiesOnFire

Commençons par le négatif.
Bon, yen a pas. Commençons par le positif alors.

Rha House of Lies, c'était bon !!! Même quand la série donne dans le passage quasi-obligé du season premiere (comme les trous à combler, ici en mode The Hangover en plus trash, évidemment ; ou comme les nouvelles têtes... et très franchement, difficile de ne pas se réjouir de la présence de Beth fucking Armstrong !), House of Lies conserve toute sa personnalité, son énergie, son style. Et bien-sûr ses personnages, qui immédiatement se remettent à plaisanter et s'envoyer péter comme dans la première saison ; avoir trouvé cette dynamique si efficace entre eux, si vite, c'était magnifique, mais réussir à retrouver cet exact équilibre avec une telle facilité apparente (presqu'aussi facilement qu'emballer Cat Deeley), ça tient vraiment de l'exercice d'équilibrisme.
Le cynisme de Marty, les sarcasmes de Jeannie, l'ego surdimensionné de Doug et la mesquinerie joueuse de Clyde s'expriment si facilement qu'on se retrouve très vite comme en famille... une famille dysfonctionnelle qu'au 17e siècle on aurait certainement soigné par un bûcher, mais qu'importe. Ils sont bons, ces salauds, ils sont brillants, ils sont tarés. Et ils le savent, en plus.

Evidemment, dans le domaine privé, Marty n'en a pas fini avec sa relation avec son fils. Et comme il a grandi, Roscoe, mais comme il est aussi tellement lui-même, immédiatement, dans sa façon incroyable de répondre à son père et de lui parler d'égal à égal (alors qu'il est en train de lui rappeler qu'il est un enfant). Les troubles avec Roscoe, évidemment, s'étendent à ceux que Marty rencontre avec Monica, une Monica qu'on a vue faire tant de chemin, en filigrane de la saison 1, et qu'on a envie de croire, désespérément, parce qu'on sait qu'elle est un Sheila et qu'on l'a immédiatement adorée pour sa fragilité. Elle semble recomposée dans ce début de saison, mais cela ne veut pas dire que tout est résolu avec Marty, parce que même quand l'entourage de Marty marche droit, c'est lui qui ne percute toujours pas comment être un humain fonctionnel. Avec la mise au pied du mur imposée par son ex-femme et son fils, nul doute que notre consultant va avoir quelques audits internes à se faire passer...

House of Lies n'oublie pas qu'elle nous a laissés, voilà quelques mois, avec la meilleure scène de fin de l'histoire des scènes de fin (je n'ai jamais autant écouté de Diddy de toute mon existence que depuis que je me suis découpé cette scène pour l'écouter en boucle ; si on pouvait tatouer plusieurs minutes de video sur son corps, j'aurais une fesse droite House of Lies), et exploite merveilleusement cela. Il ne s'agit à aucun moment de glisser la chose sous le tapis, ou d'en repousser la conclusion. Pas du tout ! En essayant de se souvenir de leur nuit alcoolisée, perdue dans les brumes des shots de tequila, Marty et Jeannie commencent lentement à reconstituer le puzzle. Et je me suis trouvée à hurler d'excitation et de surprise à la fin de ce nouvel épisode, quand Jeannie a tilté... est-ce qu'on pense à la même chose ? A quel point est-ce géant, sérieusement ? Si les allusions sont celles que je crois, ça va être une saison d'enfer, une saison pendant laquelle Jeannie comme Marty vont devoir sérieusement se botter l'arrière-train. Et vous savez quoi ? On a beau battre des mains quand nos quatre zouaves embobinent un client, c'est quand même pour ça qu'on regarde House of Lies. Pour regarder des gens intelligents avoir cruellement conscience qu'il faut arrêter les conneries, mais qu'ils ne savent pas comment (et que du coup ils en font plus encore).

On sent d'emblée que la série a décidé de vraiment se donner à fond dans une structure feuilletonnante, cette saison.
Il lui avait fallu plusieurs épisodes l'an dernier pour s'y engager totalement, utilisant son concept pour donner des épisodes complètement barrés mais relativement indépendants, avec seules quelques scènes de continuité avec l'intrigue çà et là. Mais rapidement l'histoire de la fusion (et toutes les storylines attenantes, comme celle de Jeannie) avait orienté la série vers une plus rigoureuse continuité, aboutissant à l'un des meilleurs season finale de 2012, sans mentir.
Ici on sent bien que ce ne sera plus trop le cas, ou alors plus de la même façon. Il ne s'agit pas de se pointer chez les mormons et de repartir avant la fin de la semaine en ayant mangé plusieurs billable hours et du maïs, mais d'instaurer un fil rouge sur le plan professionnel, très vite, très efficacement avec le mystérieux client qui leur tombe dessus. C'est génial parce que c'est typiquement l'histoire qui est obligée de mal tourner pour l'équipe à un moment ou à un autre, mais que ça n'arrive pas dans la première demi-heure de la saison. Et ça n'empêche pas éventuellement de prendre une autre direction en cours de route. Si le trailer d'avant-goût de la saison est une indication, cependant, le pod va passer pas mal de temps à Vegas. Je dis tant mieux ! Quelle autre ville américaine est mieux taillée pour ces serpents de consultants qu'une ville-casino au milieu du désert ?

Alors en un mot comme en cent (ou cinq mille, vous me connaissez), disons simplement que House of Lies revient au top de sa forme, avec tout ce qui faisait que la première saison avait fini en apothéose, et dans ses manches, de quoi ne pas nous laisser nous reposer sur nos lauriers. La routine ne s'installe pas, dans cette série, mais elle sait évoluer et s'adapter pour garder le meilleur.
Et là tout de suite, j'ai très envie de revoir l'épisode une troisième fois ce soir (bah, oui : une fois pour la découverte, une fois pour écrire le post, une fois pour applaudir, non ?), mais surtout je ressens beaucoup de peine pour ceux qui ont lâché la série au tout début de la première saison. Ces motherfuckers ratent quelque chose de grand !

Posté par ladyteruki à 22:47 - Review vers le futur - Permalien [#]

12-01-13

Guts lacking

Bon alors, je vous la refais brièvement : défi avec whisperintherain, regarder tous les pilotes, review systématique. J'oublie quelque chose ? Non, je crois qu'on a tout. Mais sincèrement à ce stade, vous connaissez l'histoire. Rappelons quand même, parce qu'on est entre gens civilisés, qu'au bas de ce post se trouvera très bientôt un lien vers le post équivalent de mon camarade whisper, à propos du pilote abordé aujourd'hui.
Voilà, on est parés. Vous êtes prêts ? On est partis !

RipperStreet

A partir de quand n'est-il plus pertinent de regarder des séries policières ? Ce moment n'est-il pas passé depuis longtemps, d'ailleurs ? Suis-je encore capable de me mettre devant un pilote de ce genre sans avoir le sentiment d'en vomir quasiment chaque minute ?
Oh, l'emballage peut changer ; c'est même très souvent le cas. Loin de moi l'idée de prétendre que regarder Les Experts et Ripper Street revient au même, évidemment. Mais, de la même façon que s'enfoncer un clou dans la main et se cogner le petit orteil dans un meuble, les deux sont tout aussi douloureux. Aujourd'hui, je vous chante donc l'homélie de l'orteil, mais ne nous faisons point d'illusions : sans le clou dans la main, la douleur serait probablement plus supportable...

Ripper Street se déroule en 1889, et cela fait six mois que Jack l'Eventreur a disparu des radars. Sauf qu'on ne sait pas pourquoi. Qu'est-il arrivé à Jack the Ripper qui le fasse cesser ses atroces meurtres sur des prostituées ? Tant qu'on ignore qui il est, il est possible à chaque instant qu'il réapparaisse. C'est l'angoisse qui dort dans les ruelles sales du district de Whitechapel, et celle qui anime également l'inspecteur Reid, un homme qui a poursuivi le criminel avant de se retrouver le bec dans l'eau. Mais quand une nouvelle prostituée est retrouvée morte, présentant de nombreuses marques laissant penser que Jack a repris du service, le quartier succombe sous la terreur et la colère. A charge pour Reid, aidé de son fidèle homme de main Drake, et avec la participation de l'ex-chirurgien américain Jackson, de déterminer si Jack l'Eventreur a bel et bien repris du service, ou si au contraire, on a ici affaire à un vulgaire copieur désirant maquiller son crime.

Le problème numéro un de Ripper Street, c'est paradoxalement son ambiance. Oui, c'est soigné, détaillé, on s'y croirait ; mais justement c'est très énervant parce qu'on se perd généralement dans le volet reconstitution. C'est la raison pour laquelle le pilote est si long à démarrer : le production en fait des tonnes, au détriment du scénario qui est épouvantablement basique pour ce qui concerne à la fois l'exposition et le lancement de l'enquête. Ce qui n'aide pas du tout cette impression, c'est que, si on a regardé Copper quelques mois plus tôt, les deux séries semblent avoir été tournées dans les mêmes décors ; du coup c'est bien la peine de frimer, c'est du déjà vu de A à Z !
Mais forcément, pour moi qui suis allergique à la fois aux séries policières et aux séries historiques, j'étais mal barrée.

Une bonne partie du pilote sera ensuite consacrée à reposer une dizaine de fois, sur un ton différent et par le biais de divers personnages (le légiste "officiel", un journaliste...) la question essentielle et incontournable : Jack the Ripper est-il responsable du meurtre de cet épisode ?
Mais à force de poser la question, celle-ci se vide de tout son sens. Car les personnages ont, en définitive, beaucoup de mal à tous donner la mesure de la gravité de la question.
Et pire encore : si c'est bien Jack, alors quoi ? Qu'est-ce que ça change pour l'enquête ? Ne faut-il pas faire preuve de la même tenacité, du même soucis du détail, de la même patience pour comprendre tous les tenants et aboutissants des circonstances de la mort de la défunte, avec peut-être, l'espoir de ne pas dénicher un tueur, mais LE tueur... Alors après, c'est peut-être l'accent qui m'a destabilisée et j'ai laissé s'échapper une réplique capitale à la compréhension de l'enjeu, c'est possible aussi. Mais si, pour la population de Whitechapel, le retour de Jack signifie que l'on n'est plus en sécurité nulle part (surtout si l'on pratique le sexe tarifé), pour Reid et son équipe, cela donne exactement le même résultat.

J'ai dit que Ripper Street n'était pas Les Experts, un peu plus tôt. Ce n'est qu'à moitié vrai : comme l'a fait également Copper, la série s'ingénie à truffer cette enquête de références plus ou moins explicites à l'état des technologies à disposition de la police à l'époque, et évidemment à avoir recours à la médecine légale, devenue un véritable incontournable de la plupart des procedurals modernes. Ces rappels sont certes bien vus pour la plupart, et parfois même très bien mis en image (comme lorsque le photographe est présent pour immortaliser la scène du crime), mais ils fonctionneraient infiniment mieux si... on n'avait pas vu dix variations de la même chose depuis une douzaine d'année. La nécessité d'en passer par là pour Ripper Street comme pour n'importe quelle autre série est indiscutable : c'est un acte de paresse scénaristique qui évite d'avoir à trouver de vrais indices, et donc de faire fonctionner la déduction des héros (un écueil que Sherlock a brillamment évité à plusieurs reprises, et c'est l'une des rares séries à avoir seulement essayé). Au lieu de ça, une petite incision ou deux et pouf ! Une piste. C'est magique. Ripper Street fonctionnant dans une atmosphère de peur ou au moins d'inquiétude, il aurait été intéressant qu'au lieu de marteler la problématique de la preuve, la série oppose les tentatives du détective Reid pour penser calmement, alors que lui-même, ni personne autour de lui, ne parvient à rester calme devant la perspective que Jack l'Eventreur frappe à nouveau. Mais au lieu de choisir la voie plus ardue, mais tellement plus payante dramatiquement, Ripper Street tombe dans le médical, laissant passer une belle occasion de tirer son épingle d'un jeu qui ressemble avec les ans à une motte de foin.

Il faudra attendre la toute fin de l'épisode pour que Ripper Street tire partie de ce qui a pourtant été mis en place dés le début du pilote, et offre une magnifique confrontation entre trois hommes hantés par le cas de Jack l'Eventreur... 55 minutes pour en arriver là ? La scène est formidable, mais elle arrive bien trop tard. Surtout qu'entre temps, l'intrigue sordide et limite raccoleuse n'aura vraiment pas fait s'élever le niveau de l'épisode. Et dans l'intervalle, la question de la fascination pour Jack l'Eventreur, ou au contraire, les modalités permettant éventuellement à un criminel de copier ses méthodes et semer le doute même dans l'esprit des policiers ayant suivi la piste du célèbre boucher de l'East End, ce qui aurait tout de même permis de tirer partie du sujet prétendument choisi par la série.

Et je crois que le pire dans tout ça, c'est quand je lis que les épisodes de Ripper Street ne sont pas feuilletonnants ! Apparemment, il y a des gens qui estiment qu'écrire une histoire ne serait-ce que vaguement cohérente sur une saison de 6 épisodes, c'est trop compliqué. Quant à ce que laisse présager le trailer du deuxième épisode, diffusé à la suite du pilote, on voit mal comment les évènements seront à nouveau liés à Jack l'Eventreur. En somme, le but de la série est surtout de prendre un point de départ comme prétexte, mais de virer au cop show classique derrière. On était en droit d'espérer mieux, non ?

Alors je le répète : je ne suis sûrement pas la personne qu'il faut venir voir pour se faire une opinion objective (si pareille chose existe) d'un pilote de série policière. Je n'ai jamais été très enthousiaste vis-à-vis du genre, mais je sens bien que ça ne fait que s'aggraver avec les années, et surtout, avec les ersatz qui fleurissent. Très, très peu de ces séries trouvent vaguement grâce à mes yeux, et je suis bien consciente du fait que, chaque fois que je démarre un pilote dans lequel je sais qu'il y aura une enquête au moins, je le fais en serrant les dents et en partant du mauvais pied. Alors forcément, je me cogne l'orteil.
Mais je crois sincèrement que, même en mettant mon antipathie envers les séries policières de côté, Ripper Street manque de personnalité et de courage. Libre à vous évidemment de le vérifier par vous-mêmes, mais vous n'y allez pas avec ma recommandation.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:42 - Review vers le futur - Permalien [#]

09-01-13

Être et avoir été

whisperintherain et moi-même, vous le savez, relevons depuis 5 mois maintenant le défi de l'impossible : reviewer un maximum de pilotes de la saison. Cela inclut, c'était inévitable, des pilotes français, et à la faveur d'une invitation par France 2, je suis en mesure de prendre sournoisement de l'avance sur mon petit camarade, qui ne découvrira le pilote de Tiger Lily qu'à la fin du mois sur la chaîne publique (sitôt qu'il aura reviewé le pilote, évidemment, un lien apparaitra au bas de ce post). Ouais, victoire ! ...Ou bien ?

TigerLilyCrédit photo : Visual Press Agency

En tant qu'habituée de la télévision internationale, je ne me lasse pas de constater combien les télévisions de la planète sont dans une démarche constante d'inspiration mutuelle ; et ça donne des résultats très excitants. Prenez le cas de Borgen, par exemple ; la série est née suite à l'immense impact d'A la Maison Blanche sur son scénariste qui avait été impressionné par la qualité de la série, DR reconnaissant sans honte ensuite avoir voulu lancer "a Danish West Wing". De la même façon, la production de Koselig Med Peis ne s'est pas cachée d'avoir été emballée par Six Feet Under, et d'avoir eu l'idée de s'en inspirer. Ou, tiens, pour changer de coin, il y a aussi Mesudarim, qui se passionne pour la dynamique entre les personnages d'Entourage. Et les exemples sont évidemment nombreux, notamment au Japon où, à absolument chaque saison, on trouve des concepts largement inspirés par des séries étrangères (généralement américaines) totalement revisitées ; on a eu l'occasion de l'évoquer au moment du pilote de W no Higeki.
Pourtant, bien malhonnête celui qui prétendra que ces séries sont des pâles copies des fictions qui les ont inspirées ! Contrairement à de simples et bêtes ressucées, ces séries prennent au contraire la mesure d'un succès américain (mais ça peut se produire également dans l'autre sens), et y apportent quelque chose de "personnel". C'est comme si la série américaine d'origine avait écrit une partition que chacun peut interpréter avec son instrument et son tempo personnel, transformant finalement la mélodie tout en gardant quelques arrangements d'origine.
Téléphagiquement, le processus ne manque pas de poésie à mes yeux. Quand c'est bien fait.

Lorsque Tiger Lily commence, il semble très, très difficile de mettre de côté l'immense paternité de Desperate Housewives ; comment ignorer les similitudes, en effet ? L'épisode commence avec une voix-off suave évoquant celle, policée mais blasée, de Mary-Alice. A la différence que de suicide il n'est ici pas question, et qu'au contraire, les héroïnes de Tiger Lily commencent une aventure dont on pourrait dire qu'elle va vérifier s'il y a une vie après la jeunesse (spoiler alert : oui).
Cependant, pour ses intrigues sur le passé musical des protagonistes, pour la (modeste) présence de flashbacks, et pour les préoccupations quotidiennes de ses héroïnes (comme la personnalité de certaines d'entre elles), Tiger Lily n'est pas qu'une pâle copie. Mais de Desperate Housewives, clairement, elle a hérité beaucoup.
On en conclut ce que l'on veut, tout dépendra de vos sentiments à l'égard de Desperate Housewives, précisément.

Mais d'abord, revoyons l'action au ralenti : Tiger Lily est le nom d'un groupe de rock des années 80, constitué par 4 jeunes femmes, toutes amies. Mais ça, c'était dans les années 80 ; âgées aujourd'hui de 45 ans, Rita, Rachel, Muriel et Stéphane ont poursuivi leur existence sans devenir les rock stars qu'elles se destinaient à être. Comme le leur rappellera un article des Inrocks dans le pilote, leur album fait pourtant partie des incontournables, et elles auraient pu aller loin. Alors qu'est-ce qui a foiré ? Leur manager Theo a trouvé la mort dans un accident d'avion, et elles ont décidé que le groupe disparaîtrait avec lui. Chacune est donc passée à autre chose.
Enfin, pas tout-à-fait. Si aujourd'hui, Rachel est une mère de famille parfaite (bien que limite éprouvante), et Muriel une célèbre présentatrice de talk show tentant de mener de front sa carrière et sa vie familiale, avec sa compagne et le garçon qu'elles ont adopté, de leur côté, Rita et Stéphane s'en sont un peu moins bien tirées. Rita vit dans le passé amoureux qui était le sien jusqu'à la mort de Theo, qui accessoirement est également le père de son jeune adulte de fils ; et Stéphane, elle, seule qui soit encore passionnée par la musique et qui s'est brisée à la suite d'un enchaînement assez catastrophique d'accidents de la vie, pleure au contraire l'excitation de leur carrière musicale. Tandis que les deux premières sont des femmes au niveau de vie plutôt aisé, mais passablement frustrées par les inconvénients de leur succès apparent dans la vie, ainsi que le montrera non sans brio l'excellente séquence d'ouverture du pilote, les deux autres, plus humbles, tentent de faire contre mauvaise fortune bon coeur, même si clairement, elles ne sont pas tout-à-fait heureuses non plus, ayant dû à regret faire une croix sur ce qui importait le plus au monde à leurs yeux voilà 25 ans.

De ses origines à Wisteria Lane, vous le voyez, Tiger Lily a donc hérité d'une formule (quatre femmes dans la quarantaine) et d'une tonalité taquine, parfois douce-amère, ainsi que d'une certaine promptitude à quelques ponctuelles exagérations à vocation humoristique. Mais la comparaison s'arrête là, car nous avons ici affaire à des personnages au mode de vie un peu moins glamour et surréaliste.
Cela rend certains des personnages éminemment émouvants et sympathiques. Si je devais n'en citer qu'un seul, ce serait assurément celui de Rita, dont le coeur et la patte ont été cassés, mais qui n'a pas un tempérament de perdante, et garde une certaine disponibilité émotionnelle envers ses amies ; certainement le plus nuancé de tous les personnages, Rita offrira quelques très jolies scènes à ce pilote, que je vous laisse découvrir. Ses trois consoeurs sont ponctuellement plus caricaturales, mais parfois, je me suis dit que c'était à dessein, comme pour la calme et souriante Rachel dont je devine/suppose qu'elle va progressivement se décoincer un peu. Elles sont, ce qui ne gâche rien incarnées par trois actrices plutôt solides voire franchement touchantes par moments, ainsi que par Lio.

Ce qui lie ces 4 femmes qui aujourd'hui n'ont plus rien en commun, c'est donc leurs jours de gloire voilà 25 ans, qui les ont tenues solidement liées aux autres malgré les changements, les regrets et les rancoeurs (et quelques secrets, mais chut !). Il y a cependant assez peu de scènes proposant aux quatre héroïnes d'interagir toutes ensemble, préférant au mieux favoriser les binomes, ou tout simplement les suivre une par une, ce qui cristallise bien à quel point ce qui les lie est à la fois fort et ténu. Cependant, leur lien d'amitié, bien qu'assez peu exploré finalement (mais l'amitié à 45 ans, c'est forcément différent de l'amitié à 20 ans), est plutôt bien introduit par le symbole récurrent du tatouages qu'elles arborent toutes, et qui est plutôt bien exploité dans le pilote.

En l'espace d'un seul épisode, loin des tracas des housewives, nos amazones sur le retour vont individuellement évoquer de très nombreux thèmes l'air de rien plutôt sérieux, comme la vie de couple, la chirurgie esthétique, le mariage homosexuel, l'adoption, les doutes sur les aptitudes parentales, la religion, la solitude, la prison, la vieillesse, et j'en oublie forcément. J'ai bien dit en un seul épisode. Preuve s'il en fallait que Tiger Lily n'a pas exactement choisi la facilité non plus, même si sa façon d'exploiter ces sujets n'est pas toujours de la plus grande finesse, ni forcément très dramatique.
Quand la productrice de Tiger Lily en dit pour la décrire qu'il s'agit d'une série "souriante", on est en droit de craindre le pire, d'ailleurs. On est en France, après tout, pays où le cynisme a été érigé en valeur suprême ; où l'on a passé les dernières années et un peu plus à blâmer les bons sentiments pour la qualité de nos séries (mais comme en France, on confond régulièrement "feelgood" et niais, forcément...). Il s'avère que certains personnages incarnent assez bien cet esprit sans prise de tête si cher au pays de l'exception culturelle (bah quoi ?! "Soleil levant" c'était déjà pris...), mais d'autres, au contraire, parviennent ponctuellement à s'aventurer sur ces thématiques avec délicatesse ; au final, l'exercice d'équilibrisme est souvent irrégulier, mais il a le mérite d'exister !

Outre quelques dialogues parfois épouvantables et remplis de tics bien français, et même en faisant abstraction d'une actrice dont on se demande sérieusement ce qu'elle fait là, Tiger Lily est parfois très fragile dans sa construction.
Ainsi, l'épisode sous-entend ou évoque régulièrement des faits s'étant déroulés 25 ans en arrière, qu'il ne prend ni le temps d'élaborer, ni de vraiment rendre intrigants (puisqu'il serait parfaitement acceptable d'en repousser l'exploration à l'un des épisodes ultérieurs). A moins que j'aie loupé quelque chose, la façon dont Rita s'est blessée à la jambe ou les problèmes passés de Stéphane sont par exemple totalement passés sous silence, alors qu'on devine qu'il s'agit de quelque chose de fondateur pour ces personnages, qui permettrait de les présenter de façon assez complète. Et en choisissant de repousser très longtemps le moment où elle va nous dire qu'en réalité il y a quelques secrets à révéler sur l'ex-vie de star de ses héroïnes, Tiger Lily ne se rend pas service ; pour que le spectateur se pose des questions, encore faut-il qu'il sache qu'il y a des choses qu'on lui cache (c'est pervers, je vous l'accorde), ce qui n'est pas du tout le cas ici.
Ce que le pilote ne vous dit pas, non plus, car il faut avoir vu le deuxième épisode pour cela, c'est que Tiger Lily fait aussi le choix de ne pas mettre en avant les mêmes personnages de ce quatuor d'un épisode à l'autre. Le pilote fait ainsi la part belle à Rachel, qui va passer au second plan ensuite ; d'ordinaire, j'aime bien ne parler que du pilote dans... une review du pilote, mais il s'avère que cette structure porte préjudice au premier épisode : je l'avais mal compris, pensant sincèrement que Rachel était l'héroïne. Mais si Tiger Lily avait trouvé un moyen d'expliciter son intention de changer le focus d'un épisode à l'autre, j'aurais beaucoup mieux accepté que Stéphane soit par exemple si peu approfondie dans le pilote. De fait, je pourrais avoir envie d'en savoir plus sur ce personnage, mais rien ne m'y encourage à l'heure actuelle.

Pour finir, on peut regretter que si peu de cas soit fait, en définitive, des flashbacks et autres avatars des années 80, qui au lieu de peupler le monde de Tiger Lily, semblent n'y faire que de très, très brèves apparitions. Que la musique ne tienne pas une grande place dans la série, soit (la chaîne trouvait que le rock était trop segmentant, parait-il... quelqu'un peut me dire ce qui ne l'est pas ? Parce que les bras m'en sont tombés !) ; ça veut dire que les personnages ne vont pas se lancer avec un nouvel entrain dans leurs rêves musicaux comme le faisait Rita Rocks, ce que j'espérais un peu, mais je peux le comprendre. Ou alors ce n'est pas pour cette saison, possible aussi.
Que les années 80 soient reléguées à deux scènes par épisode, c'est beaucoup plus dommage... C'était quand même un très bon argument de vente pour Tiger Lily, à la fois pour clamer sa particularité, et pour jouer sur les souvenirs de ses personnages (et donc, hellooo, de ses spectateurs, il faut tout leur dire). En ayant vu deux des six épisodes, je pense ne pas trop m'avancer en disant que les espoirs d'amélioration sont assez minces, et c'est à mes yeux en tous cas une vraie faiblesse. Ca n'aurait pas changé grand'chose au ton, d'ailleurs, simplement accentué l'effet avant/après.

Du coup, personne, je le crains, ne vous parlera de Tiger Lily avec l'excitation qui a été celle, cet automne, des spectateurs d'arte puis Canal+. La série est loin de faire partie des plus pénibles fictions françaises qu'il m'ait été donné de voir, mais si vous pensiez que "jamais deux sans trois" et qu'on allait dégoter la perle de l'année pour France 2, vous êtes en route pour quelques déconvenues. Pendant la projection du pilote, certains membres du public étaient pourtant plus hilares que moi, preuve que j'ai peut-être encore un fond de biais envers les séries françaises (ou envers le jeu de l'une des actrices, dont on ne soulignera jamais assez le désastre qu'il représente).

Si ses intentions sont généralement saluables, bien que parfois teintées d'un poil d'opportunisme, Tiger Lily manque parfois un peu de jus, et de rigueur.
Mais, et c'est là qu'on revient à sa cousine américaine, la série a aussi plusieurs atouts pour se rendre relativement sympathique aux yeux d'un grand public forcément moins téléphage que moi. J'attends par contre au tournant l'inévitable nuée de commentaires qui seront faits sur la prise de position radicale de cette série (diffusée par une chaîne publique) au sujet du mariage pour tous. Rendez-vous le 30 janvier prochain pour voir à quel point...

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:31 - Review vers le futur - Permalien [#]

02-01-13

Perçons ensemble le mystère féminin

Est-il possible, à votre avis, d'écrire une série basée sur les sujets de genre sans se montrer sexiste ? Est-ce humainement envisageable ? Sincèrement, c'est un rêve inaccessible, ou bien ?
Je ne parle même pas forcément de séries qui vont tomber aussi bas que Work It parce que, bon, il en faut quand même, faut rien exagérer. Mais est-il imaginable qu'un jour, on ne parle pas des genres juste pour en renforcer les stéréotypes ? C'est l'interrogation qui est la mienne au visionnage de la série néerlandaise Lieve Liza.

LieveLiza

L'histoire de cette dramédie est celle de Mark, un journaliste sportif qui ne s'intéresse qu'au foot, et qui apprend un jour que son poste qui est désormais responsable de la rubrique dédiée aux affaires de coeur dans un magazine "lifestyle", comme on dit, héritant d'une longue tradition d'agony aunts tenant anonymement la rubrique intitulée "Chère Liza" (d'où, naturellement, le titre de la série).
Le problème c'est que Mark tient à son image de macho, aussi bien vis-à-vis de ses amis que de sa copine Suus, et qu'il va donc tenter de cacher son nouveau boulot aussi longtemps que possible. Pourtant, en répondant au courrier des lectrices (forcément des lectrices) qui lui demandent des conseils, pensant s'adresser à "Liza", Mark va mieux comprendre les femmes de son entourage, et notamment sa petite amie, à laquelle lentement mais sûrement il devient plus attentif.

Mieux comprendre les femmes. Arrêtons-nous là-dessus. Que veulent les femmes, au juste ?
Parce que ce sont forcément des créatures étranges dont il faut pénétrer les secrets les plus tordus et les plus cryptiques, dont il faut découvrir les étranges rites, les curieux espoirs incompréhensibles, n'est-ce pas ? Eh bien, pour autant que Lieve Liza soit concernée, les femmes veulent porter des couleurs criardes, trouver l'église de leurs rêves pour leurs noces, et sortir les soirs de match (les soirs de match ! Femme, es-tu folle ?!). Alors évidemment, il faut bien toute une série à Mark pour comprendre comment fonctionnent ces être bizarres, et cette série sera Lieve Liza, qui au prétexte de faciliter la communication entre les sexes, ne fait que renforcer les clichés les plus absurdes.
Ainsi, dans les bureaux de la rédaction du magazine "lifestyle", il n'y a que des femmes surlookées, qui boivent du thé à la menthe fraîche et des petits capuccinos dans des bureaux bariolés, et qui se préoccupent de choses aussi vitales que, euh, eh bien, bon. Aucune chose vitale parce que quand même restons sérieux. En revanche, dans le milieu du journalisme sportif, où les bureaux sont gris et où tout le monde (c'est-à-dire uniquement des mecs) vient bosser en austère costume trois pièces, on prépare rien de moins qu'une interview de Maradonna (et non Madonna comme cette conne de rédac'chef "lifestyle" le croit), légende internationale de ce noble sport qu'est le foot.
Voilà, le monde est d'une simplicité enfantine, il suffisait de demander.

Fort heureusement, Mark va s'ouvrir à tout cela grâce à sa fameuse colonne "Lieve Liza", et au contact de ses collègues féminines... Lui qui jusque là ne pensait qu'à sa petite personne et au foot, va progressivement s'ouvrir aux préoccupations des femmes de son entourage ; on pourrait alors penser que je fais vraiment ma féministe enragée de bas étage, et se dire que Lieve Liza ambitionne quand même, au final, de réconcilier hommes et femmes, même si pour cela, sa situation de départ a dû établir une démarcation caricaturale entre hommes et femmes (une situation de départ où les femmes prennent un petit verre de vin rouge sur leur terrasse dans un maquillage impeccable, quand les hommes se retrouvent dans un bar qui sent la transpiration avec une bière à la main).
Sauf que non, désolée. Mark, dans ce pilote, prend les femmes plutôt en pitié qu'il ne les comprend ; il entre dans leur monde comme s'il s'agissait vraiment des antipodes du sien, pas comme s'il s'agissait du même monde qu'hommes et femmes partagent. Lieve Liza ne gomme pas les différences arbitraires qu'elle a construites pour montrer que Mark vit dans un monde rempli de cliché, elle les renforce ; son personnage principal apprend simplement à être à l'aise dans les deux. Vous me direz que c'est déjà bien... mais on est quand même supposés s'être affranchi de ces clichés il y a une ou deux décennies minimum, non ? Enfin, bon, certes, il faut admettre que globalement, Lieve Liza, en dépit de sa réalisation plutôt propre qui lui permet de n'être pas totalement confondue avec un épisode d'un sitcom AB Prod quelconque (il s'en est fallu du peu), semble quand même vivre dans le passé. A en juger par les couleurs chatoyantes et la bande-son (le bar où Mark et son meilleur pote se retrouvent propose comme musique de fond du Ricky Martin et du Lou Bega...), Lieve Liza n'est pas d'un fol enthousiasme quant à son appartenance à l'année 2012 (le pilote ayant été diffusé en décembre dernier).

Alors les filles, on leur explique ? On leur donne le vrai secret des gonzesses ? Le truc qui permettra à tous les hommes d'enfin comprendre comment on fonctionne dans nos têtes ? OK, approchez-vous, je vais tout vous dire.

Le voilà, notre secret : en vérité, les femmes veulent la même chose que les hommes !
Elles veulent réussir leur vie privée et professionnelle, faire quelque chose qu'elles aiment, trouver quelqu'un qui les aime, et basta. Elles aiment bien le sexe aussi, le matin elle se lèvent avec la vessie pleine tout pareil, tout comme vous ça les agace quand elles ne peuvent pas faire ce qu'elles veulent alors qu'elles avaient prévu un truc (comme un match... car certaines aiment le sport, même !), et, de surcroit, elles n'affectionnent pas toutes les tenues acidulées et les macarons (ou en tous cas peut-être quand même pas tous les jours à l'heure du thé, d'ailleurs de nos jours qui prend le thé ?!), et ne passent forcément pas leurs débuts de soirée à faire de jolis colliers avec des perles colorées, assise devant leur coiffeuse vintage !
Voilà, vous savez tout.
Eh oui, surprise : le mystère féminin, une fois percé, n'est rien d'autre que le mystère de l'autre. NEWSFLASH : l'autre est comme vous, sauf que c'est pas vous, c'est un autre !

Je sais pas, ça a du sens ce que je dis ? Dites-moi si c'est pas limpide, hein, parce que je me répète de bon coeur, vraiment. Et si c'est pas encore clair pour tout le monde, il y a même urgence à le reformuler autant de fois que possible jusqu'à ce que ça atteigne le cerveau.

Pourquoi Lieve Liza n'imagine même pas qu'une rédactrice en chef d'un magazine ne soit pas capable de faire la différence entre Madonna et Maradonna (surtout qu'elle a visiblement bien connu les années 80) ? Pourquoi Lieve Liza est convaincue que les mecs ont besoin de cours accélérés de gonzessitude pour être compréhensifs avec nous ? D'ailleurs de vous à moi, je me fiche d'être comprise par les hommes plus que par les femmes, je veux juste être respectée par tout le monde pareil et vivre ma vie peinarde, alors si un Mark veut débouler dans le coin avec des airs compatissants après avoir lu trois pages de BIBA, il va être bien reçu...
Combien de temps encore on va supporter ces séries débiles qui décrédibilisent les hommes (ces gnous incapables de penser plus loin que leur nombril, leur bière et leur foot) autant que les femmes (ces êtres incompréhensibles qui se prennent de passion pour la mode, les couleurs fluos et le mariage) ? On devrait pourtant être capables d'avoir d'autres séries sur ce thème, ou, soyons fous, plus du tout de séries sur ce thème, comme ça c'est réglé.

OK, donc Lieve Liza, c'était en décembre 2012. Voilà ce qu'on dit : maintenant que tout le monde est dans la confidence du fameux "mystère féminin", on arrête toutes ces conneries, et on décide enfin d'en finir avec les clichés stupides. A JAMAIS.
2013 sera le début d'une nouvelle ère. On dit ça ? Allez on dit ça.

Posté par ladyteruki à 23:41 - Review vers le futur - Permalien [#]

28-12-12

Doctor Whoverdose

En téléphagie, il y a toutes sortes de marronniers négatifs et généralistes. La rentrée : "c'est pourri, ya aucune bonne nouveauté". Les Emmy Awards : "de toute façon toutes les récompenses sont faussées". Les premières annulations : "normal, la rentrée était pourrie". Et ainsi de suite. Tous. Les. Ans.
Et puis, il y a les marronniers qui ne portent que sur une série, et qui ressortent immanquablement alors que la diffusion reprend après un hiatus. Rules of Engagement : "je savais même pas qu'elle existait encore, cette série". How I met your mother : "nan mais, cette saison, c'est la dernière, obligé". Doctor Who : "ce ne sera jamais plus pareil". Tous. Les. Ans. Voire même un peu plus souvent.

Le pire, c'est que Doctor Who semble être l'une des rares séries que de plus en plus de monde regarde, mais en sachant de moins en moins pourquoi. Quand on lit la plupart des réactions à chaud sur Twitter, par exemple, on peut sentir combien sont nombreux ceux qui ont de plus en plus de mal, ou qui décident de regarder le bon côté des choses volontairement pour ne pas lâcher une série qu'ils suivent depuis de longues années.
C'est vrai même pour quelqu'un qui n'a démarré la série que sur le tard, comme votre serviteur ; ça fait un bout de temps maintenant que je sens bien que je continue en tirant la langue et en me forçant. Ce qui est étrange, parce que je n'ai pas coutume de me forcer à regarder une série ; au contraire, mon fonctionnement est tout l'opposé, et je fonctionne uniquement à l'envie, n'hésitant pas à arrêter une série dés qu'elle me déplaît ou simplement me lasse. Curieusement, Doctor Who est l'exception.
Je ne sais pas trop pourquoi je continue d'attendre que quelque chose se passe, que l'étincelle revienne, parce que clairement, attendre une telle chose pendant deux saisons, ce n'est pas réaliste. Quand une série a un coup de mou, ça ne dure pas deux saisons. Deux saisons, ce n'est pas un petit problème passager qui va s'améliorer la semaine prochaine ; deux saisons, c'est une raison nette et objective d'abandonner. Et pourtant non.

Une bonne partie du temps que je passe devant Doctor Who, je le passe partagée entre l'espoir et l'imagination. Et c'est peut-être bien la raison pour laquelle je continue de la suivre, parce que peu de séries provoquent ce genre d'expérience, même si ce résultat n'est obtenu que via des insuffisances.

Ainsi, chaque développement de Doctor Who me fait espérer que les choses vont s'arranger, qu'il y a quelque chose de grand après le prochain virage, que la révélation qui ne manquera pas d'arriver ultérieurement sera celle qui donnera du sens à des mois et des mois de visionnages laborieux. Ca a été vrai en saison 6, mais plus encore pendant la première partie de la saison 7 ; j'attendais que les éléments en place se combinent en une espèce de Transformers narratif qui prend vie une fois les pièces emboitées dans le bon ordre, et chaque fois que je croyais deceler un indice menant vers une conclusion palpitante, je trouvais une raison de persister. Bon, d'accord, cet épisode-là était décevant. Mais à la fin de la saison, ça va être immense. Comment Moffat procède-t-il pour nous laisser croire qu'il a quelque chose dans sa manche ? Par quel tour de passe-passe est-il parvenu à donner l'illusion d'avoir un plan sur le long terme ? On devrait pourtant savoir que ce n'est pas le cas, mais l'illusion est parfaite.

Mais surtout, et je crois bien que Doctor Who est la seule série actuellement en mesure de m'offrir cela, mon imagination est incroyablement stimulée à chaque épisode. Anticiper une hypothétique conclusion d'un (souvent tout aussi hypothétique) arc narratif à long terme me donne envie de me lancer dans des conjectures et des suppositions folles, et comme je vais en évoquer quelques uns, je recommande à ceux qui ne sont pas à jour de leur visionnage d'éviter le prochain paragraphe, pour cause de potentiels spoilers.
Je me rappelle encore quand je me délectais de l'idée, ou plutôt devrais-je dire la conviction, que Rory et Amy allaient partir en claquant la porte, en se retournant contre le Docteur. J'ai passé une bonne moitié de la saison 6, et, sans mentir, toute la saison 7 à ce jour, à y croire dur comme fer. Quand tout un épisode de ladite saison 7 a tourné autour des différences devenues impossibles à concilier entre le mode de vie des Pond et celui du Docteur, je me suis dit : le divorce est consommé. Il y a un moment où ils vont trouver qu'il va trop loin, ou qu'il fait n'importe quoi, ou tout simplement qu'ils ont passé l'âge, et un jour, le TARDIS va se planter dans leur salon et ils refuseront d'y monter. Et ça va être déchirant parce que ça ne voudra pas dire qu'ils n'aiment plus le Docteur, mais Amy/Wendy aura grandi sans plus attendre les visites de Peter Pan. Bon sang, vraiment j'étais sûre de mon coup ! Toutes les fois où le Docteur en avait fait des tonnes sans se soucier des conséquences, toutes les fois où Amy, Rory et même River l'avait rappelé à l'ordre, toutes les fois où il était à fond dans son délire sans prendre garde aux sentiments de ses propres amis... vraiment j'y croyais à fond. D'ailleurs, cette façon de rappeler que Rory est infirmier, un soigneur, quand le Docteur a perverti son propre nom et donc son titre, ça ne pouvait qu'avoir du sens ! Et puis, la fin du premier volet de la saison 7 est venue, avec son enfilade de scènes exagérément dramatiques, mais pas émouvantes, et cette façon complètement pauvre et surtout soudaine de se débarrasser fort opportunément de Rory et surtout Amy... je ne comprenais pas. Est-il possible d'être le showrunner d'une série à la mythologie riche, de l'étoffer régulièrement dans des épisodes, et de pourtant décider de ne se servir d'aucun des éléments plantés antérieurement lors de ce qui devrait être le plus important épisode de la saison, et l'un des plus importants de la série ? Ce n'est pas simplement l'histoire de cet épisode qui m'a déçue, mais carrément l'impression que je ne regardais pas la même série que celui qui en écrit une bonne partie. Je peux tolérer les revirements de situations abracadabrants, pourvu qu'ils portent une émotion qui ait du sens ; mais qu'on cherche à me faire pleurer pour me faire pleurer, sans s'appuyer sur ce qui se dit dans les épisodes précédents, au nom de l'effet de surprise, a tendance au contraire à me faire me rebiffer totalement.

Le Doctor Who de Moffat joue avec mon accoutumance, et l'entretient avec ce qu'il est plus honnête de qualifier de produits coupés. Mais une fois de temps en temps, juste une fois, il y a une vraie pillule de LSD pure, et là je décolle.

C'est précisément comme ça que je savais bien avant le départ d'Amy et Rory que j'allais continuer Doctor Who. Je le savais parce que j'étais tombée sous le charme de celle qui était annoncée comme un nouveau Companion, et qui a été introduite en début de saison 7, Oswin. Après avoir vu son épisode d'inauguration, c'était acquis que j'allais laisser, encore une fois, une chance à Moffat de me coller au plafond. Je trouvais le personnage riche, et émouvant. J'étais fascinée par sa nature, laquelle a des implications profondément dramatiques pour le Docteur.
Cette fois, ce ne sera plus jamais pareil. ET TANT MIEUX.

Ce qui nous amène au Christmas Special.
Et donc aux spoilers à tout va.

DoctorWho-Snowmen

J'étais là, j'étais prête. Je me suis mise devant mon écran en y croyant dur comme fer. Que pensez-vous qu'il soit arrivé ?
Déception. Encore et toujours, la déception.
La déception de voir toujours les mêmes artifices employés, de retrouver des trous dans le scénario (dont on prétendra qu'ils sont faits exprès, bien-sûr), d'assister à des séquences d'hystérie totale, même ; je ne sais pas quelles drogues consomme Moffat, mais il faut plannifier une intervention, là.

Evidemment, c'est un Christmas Special : il ne faut pas en attendre autre chose qu'un conte fantastique adapté à l'esprit des fêtes de fin d'année, une aventure juste un peu plus familiale que les autres. On peut s'y autoriser tout un tas de choses folles parce que, bon, c'est le Christmas Special, mais justement ce n'est que le Christmas Special ; c'est toujours comme cela que Moffat envisage son épisode annuel, pourquoi devrions-nous le considérer autrement ? Alors plein de choses sont superficielles dans cet épisode, comme dans ceux qui l'ont précédé, et des personnages secondaires sont de retour pour participer à la plaisanterie, parce que c'est un peu maintenant ou jamais, et que dans le fond, un Christmas Special n'a pas besoin d'être canon de bout en bout, alors tant pis s'il y a des raccourcis (qui a ressucité Strax ?) ou des personnages qui se limitent à leur titre et quelques bons mots (la Silurienne lesbienne et son épouse). A Noël, c'est permis. Comme le vin chaud à la cannelle, en somme.

Mais ce n'est pas ça qui est décevant, c'est plutôt de voir les pirouettes qu'effectue déjà Moffat pour nous inciter à continuer la fuite en avant.
Encore une fois, il veut nous donner de l'espoir, et il nous laisse imaginer mille choses en truffant son épisode de petits détails supposés nous stimuler. On les repère et on s'en régale, on se dit que ça augure de plein de choses pour la suite. Ne devrions-nous pas être échaudés à présent ? Evidemment, on se dit qu'il ne serait pas juste de faire un procès d'intention à Moffat : peut-être que cette fois, il a vraiment une vue sur le long terme, un projet pour son nouveau personnage, une histoire à raconter.
Et pourtant tout nous dit le contraire.

Par exemple, Clara va passer une large partie de l'épisode à minauder ; Jenna Louise-Coleman n'est pas en faute, assurément, et elle a ravi mon coeur avec son énergie et son répondant, mais le problème est que l'épisode ne repose absolument que sur cela. Qui plus est, face à un Docteur désabusé et meurtri, le personnage de Clara "Oswin" Oswald, puisque tel est apparemment son nom, revêt un visage plus pervers. La vitalité de Clara mais aussi la storyline entamée par son existence vont pousser le Docteur à se reprendre, et par la même occasion, quitter l'époque où il se stationnait sans plus rien attendre ni vouloir faire, et l'encourager à reprendre ses voyages dans l'espace et surtout le temps, à la recherche de la clé du mystère que cache cette étrange jeune femme. Vous l'aurez compris, on est en plein dans les articulations classiques autour de la manic pixie dream girl, le Docteur ayant besoin d'être sauvé de l'apathie, et seule une jeune femme péchue et prompte à flirter le tirant de sa misanthropie et son immobilisme.
De par la légèreté induite par l'exercice du Christmas Special, on va de surcroit assister à un épisode qui ne va pas entrer dans le détail des émotions du Docteur (les plus nostalgiques de l'ère Amy/Rory devraient même en être un peu froissés, tant notre Time Lord s'arrête peu sur le sujet), et qui va même balayer, comble de l'horreur, tout ce qui était dramatique chez Oswin, et qui avait rendu immédiatement sympathique ce personnage, a disparu en Clara.
Mais les émotions, dans un épisode dont la conclusion repose sur une seule larme versée, de toute façon, on sait où se les mettre, hein...

Globalement, ce Christmas Special m'a donc mise très en colère, parce qu'en dehors de quelques gimmicks créés de toute pièce sans raison apparente, si ce n'est prouver que Moffat sait créer des gimmicks sur commande (comme réussir à placer le mot "pond" dans l'épisode et notamment dans un dialogue-clé, sans jamais lui donner de sens), il n'y a rien. Mais même le talent de Moffat pour les gadgets narratifs a de sérieux coups de fatigue, comme dans cette conversation "à un mot" qui ne revêt aucun intérêt en substance, ou dans cette curieuse idée de reprendre obstinément et plusieurs fois la phrase "winter is coming" sans aucune véritable référence réelle à Game of Thrones, ni sens nouveau, un peu comme si, en gros, Moffat balançait des catchphrases comme d'autres souffrent de Tourette.
On peut voir que le Docteur est peut-être blessé par la perte de ses deux amis, mais on peut aussi voir qu'il n'a tiré aucune leçon de tout cela. Il est toujours aussi égoïste et arrogant, il l'est même plus que jamais alors qu'il se permet d'être odieux avec Strax sans aucune raison... si ce n'est celle qui devient de plus en plus évidente : son complexe de supériorité. Et depuis Demon's Run, on nous promet que ce sera adressé, et ça ne l'est toujours pas. L'opportunité n'était-elle pas idéale de le faire, alors que les "monstres" de cet épisode de Noël relèvent du prétexte ?
UNE SEULE ! Je n'ai eu le droit qu'à une seule scène sincèrement drôle et émouvante, quand Clara découvre le (nouveau) TARDIS, lance quelques répliques bien trouvées et intéressantes, et surtout, parvient à toucher le Docteur. On a failli tenir quelque chose... qui s'échappe aussitôt. Une seule éclaircie de deux minutes et trente-sept secondes (j'ai compté). Si au moins elle n'existait pas, j'arriverais à arrêter Doctor Who, mais elle est là, et c'est vraiment le plus frustrant de tout !

Car c'est justement pour ces quelques miligrammes de coke téléphagique que je continue de revenir, et j'entrevois toute la perversion de ma relation à Doctor Who depuis quelques saisons. Quelques rachitiques scènes soudain touchées par la grâce ponctuent des épisodes généralement d'une grande facilité, pour ne pas dire d'une épouvantable flemmardise. Mais dans ces scènes d'exception, je vois des promesses, quand clairement, l'expérience a prouvé que je me contente d'halluciner des éléphants bleus.
Il n'empêche. D'ici le prochain épisode, comme d'habitude, je vais me perdre en conjectures et en hypothèses, qui non seulement ne se révèleront jamais vraies, mais ne seront même pas supplantées par les trouvailles que Moffat nous tirera au dernier moment de son chapeau. Et je suis très, très en colère d'avoir ce genre de relation avec une série. Mais je suis aussi très, très sous le charme de Clara Oswin Oswald. C'est tant pis pour moi. Rendez-vous au printemps pour continuer ma relation d'amour/haine avec le dealer le plus ingénieux de la télévision britannique, donc.

Posté par ladyteruki à 22:13 - Review vers le futur - Permalien [#]

23-12-12

Passé imparfait

whisperintherain a un peu du mal, en ce moment, avec notre défi. Combien je le comprends. Quand on voit certaines des séries qu'il faut s'enfiler cette saison, ça a de quoi démoraliser... Allez, on est partis pour une nouvelle séance de masochisme...
*soupir*

Labyrinth

"Ok, ça ne peut pas être très difficile...
Tout ce que j'ai à faire, c'est reprendre l'histoire d'un bouquin qui exploite un sujet à la fois historique et mystique se déroulant entre deux époques. C'est comme avoir une chance d'adapter le Da Vinci Code ! ...Sauf que c'est pas le Da Vinci Code, et c'est pour la télé, bon. Mais quand même, tous les éléments y sont, la conspiration, les mystères archéologiques, tout ! Ah nan mais je vois ça d'ici ! Je vais aussi rajouter quelques scènes de sexe parce que, eh bien, Game of Thrones est passé par là... l'enfance de l'art, vraiment ! Je vais même avoir du mal à n'écrire qu'une mini-série en deux parties, tellement ça s'annonce captivant !
...
Bon, eh bien, puisqu'écrire Labyrinth s'annonce tellement simple, je vais me faire un ptit café d'abord, moi..."

C'est ainsi que, je présume, a commencé la plus grande séance de procrastination de l'histoire de la procrastination (vous ne le saviez pas jusque là parce que le livre sur l'histoire de la procrastination n'a pas encore été publié, naturellement).

L'idée semblait simple, trop simple. Les éléments s'emboitaient parfaitement, entre le matériau d'origine, la richesse des légendes cathares et la dramatique persécution dont ses représentants ont été les victimes, les fantasmes divers autour des mouvements religieux secrets capables de s'infiltrer dans les institutions d'un pays... c'était trop beau, vous comprenez. Trop facile.
Le problème c'est qu'écrire sans douleur, c'est loin d'être motivant. Ecrire sans effort, ce n'est pas vraiment écrire. Et je ne dis pas ça parce que le post que vous avez sous les yeux est ma troisième version de la review de Labyrinth.

Résultat ? Eh bien résultat, le premier des deux volets de Labyrinth est... rha, comment le décrire ? Comment vous expliquer que... En fait, là, tout de suite, je ne vois qu'un mot.
Snoozefest.

Car avec tous les éléments en présence, comment est-il concevable d'écrire une exposition aussi bavarde, poussive et molle ? Ca défie l'entendement ! Je ne sais pas si ça vient du bouquin (mais si c'est le cas, ce n'est pas une excuse) ou d'autre chose, mais très sincèrement, je ne comprends pas comment expliquer qu'une femme vivant dans le présent, et une autre vivant en 1200 et des brouettes, reliées par quelque breloque retrouvée dans des fouilles archéologiques, et mettant à jour à la fois le sort tragique des Carthares et l'existence d'une communauté cathare encore active, bien que secrètement, de nos jours, puisse conduire à un enchaînement de scènes du plus profond ennui.
Que ce soit téléphoné, passe encore : l'une des héroïnes est une jeune femme qui n'a rien à faire là, qui n'a même aucune notion du contexte historique des fouilles sur lesquelles elle passe quelques jours, va mettre le doigt dans l'engrenage (et accessoirement dans une bague) d'une terrible machination. C'est cliché, mais admettons. Pour avoir regardé mon lot de fictions produites par Robert Halmi dans ma prime jeunesse, je ne vais certainement pas m'élever contre ce procédé simpliste consistant à plonger une héroïne candide (c'est le terme poli pour "ignorante") dans un thriller mystique. Mais s'il ne peut pas toujours exiger l'originalité, le spectateur a au moins le droit de réclamer quelque frisson.
Or l'exposition de Labyrinth est d'une paresse incroyable, les deux héroïnes passant leur temps à papoter avec Pierre, Paul et Jacques pendant, allez, une bonne moitié de l'épisode... Sauf que l'épisode dure 91 minutes ! Donc c'est à celle qui va réussir à mieux endormir le spectateur, lequel croyait naïvement qu'il allait se passer quelque chose. Grave erreur. Il faudra attendre la toute fin de ce premier épisode pour assister à la moindre scène d'action (spoiler alert : les Cathares se font massacrer), alors que dans l'intervalle, l'héroïne dans le présent lance des regards affolés toutes les dix secondes, et celle dans le passé... euh, aussi, mais pour d'autres raisons.

Le problème de Labyrinth, c'est aussi... son sujet. En bouquin, ça se trouve, ça passe très bien (j'en sais rien, je ne lis quasiment plus de fiction, c'est pas pour me cogner ce livre-là). Mais en série, ou en film d'ailleurs, aborder le sujet d'un mouvement secret, c'est hyper glissant. Je vous dis pourquoi ? PARCE QU'IL EST SECRET !
Bah oui, si tu en dis trop, ya plus de secret ! Et si tu n'en dis pas assez... eh bien en fait, c'est souvent l'option choisie. Résultat des courses, Labyrinth nous montre des gens au visage fermé qui font des mystères, qui se passent des coups de fil secrets où on se parle à demi-mots, et se réunissent secrètement pour des cérémonies... évidemment secrètes. Mais forcément mauvaises aussi, hein. Dans ce secret de polichinelle (l'épisode est truffé de références inquiétantes à l'organisation secrète dirigée par une femme... que tout le monde connaît vraisemblablement sauf l'héroïne), il faut donc essayer de maintenir une ambiance intrigante, mais sans en dire trop parce qu'on attend vraisemblablement le deuxième volet pour expliquer ce que tous ces Cathares veulent en réalité.
C'est un peu comme regarder les plus épuisants épisodes de X-Files, vous savez, les mauvais, sur la grande conspiration dont les scénaristes ne semblent pas eux-mêmes avoir une idée très précise, sauf que c'est encore plus condamnable que X-Files parce que là, c'est juste de la paresse. Se forcer à entretenir le suspense pour une série qui espère être renouvelée, c'est une chose, le faire bêtement et de façon creuse sur une mini-série en deux parties, c'en est quand même une autre.

Là-dessus, encore faut-il ajouter que le cast est à chier. Vous pouvez me lancer vos cailloux, je n'en retirerai pas un mot. Jessica Brown Findlay est toujours aussi scolaire (sérieusement quand je la vois jouer la comédie, j'ai l'impression de regarder une série française !), Vanessa Kirby est... blonde au-delà de tout doute, Emun Eliott et Tom Felton n'expriment leurs personnages respectifs que grâce à la graisse de leurs cheveux, et Tony Curran joue les vilains méchants à la perfection (être roux lui permettant de faire l'économie de son jeu), bref, c'est un savant mélange entre incompétents et compétents atteints de flemmingite aigue. Je me fiche complètement de savoir qui a joué dans quelle franchise ciné immense, qui est au générique de l'une des plus grosses séries britanniques du moment, qui a été Vincent Van Gogh, et qui est mon chouchou dans Threesome, même tarif pour tout le monde. Personne pour remonter le niveau.
A cela encore faut-il ajouter les horribles aléas qui accompagnent invariablement toute fiction se déroulant en France (un parfait exemple en est les deux hommes de main qui n'écoute que Ca plane pour moi à fond dans leur Peugeot...) et il y a de quoi saturer très vite...

Donc, 91 minutes à ce tarif-là, c'est inhumain. Pourtant les histoires en pays cathare, ça pourrait être intéressant, mais pas dans le cas de Labyrinth. D'ailleurs, à part le motif sur la bague, j'ai pas tout-à-fait compris pourquoi la série s'appelle Labyrinth, parce que de labyrinthe, point (mais comme je vous le disais plus haut, snoozefest oblige, j'ai parfois un peu piqué du nez.
91 minutes de ma vie, hein... Combien d'heures j'ai perdues à jamais devant des merdes cette année, ça vaut la peine de poser la question, quand même.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 22:49 - Review vers le futur - Permalien [#]

22-12-12

Impossible de trouver un titre sans faire de jeu de mots

whisperintherain et moi-même, vous le savez, nous sommes lancé pour défi de regarder absolument chaque pilote de la saison, et d'ensuite écrire une review sur absolument chacun des pilotes vus. Je vous avoue qu'il y en a pour lesquels c'est plus facile et plus motivant que pour d'autres... Deception, par exemple, ne me fascinait pas vraiment. Mais puisque le preair est sorti, je me suis dit : bon, une fois que c'est fait, c'est plus à faire. Si vous aussi vous hésitez à regarder le pilote, voilà qui pourrait bien vous aider à prendre, à votre tour, une décision...

Deception

Ah, ces riches ! Qui détesterait-on s'ils n'étaient pas si riches ?
Qui d'autre pourrait bien avoir des secrets de famille, des luttes internes et une incroyable faculté commune à lever le coude ? C'est, après Revenge, ce que Deception s'apprête une fois de plus à explorer (Deception, la série américaine de NBC qui commencera le 7 janvier, à ne pas confondre avec Deception, la série irlandaise de TV3 qui commencera... le 7 janvier !).

Et si je mentionne Revenge, c'est parce que la parenté saute aux yeux. Rien que les plans sur la cossue demeure des Bowers donne bien le contexte, dans tous les sens du terme, de Deception, qui a trouvé le moyen d'avoir, elle aussi, pour héroïne, une jeune femme extérieure à une famille puissante.  Joanna, c'est son nom, va s'insérer l'air de rien dans le quotidien de ces gens, qui cachent, à n'en pas douter, un lourd secret ; les souvenirs et les émotions passées vont évidemment s'en mêler.
Cette fois, au lieu de vraiment accomplir une revanche, il s'agit de trouver l'explication de la mort d'un des membres de la famille, Vivian, qui était à l'adolescence la meilleure amie de Joanna et dont la mort semble peu accidentelle ; par rapport à Revenge, ici on est du "bon" côté de la barrière puisque Joanna est également détective pour la police, et qu'elle est envoyée sur les lieux par un agent du FBI qui veut utiliser ses liens avec les Bowers. Il n'y a donc aucune sorte d'ambiguité morale (non que Revenge ait beaucoup exploré celle d'Emily, il est vrai), rendant instantanément suspect à peu près n'importe quel membre de la famille d'entrée de jeu. Je ne suis pas certaine qu'ajouter un contexte d'enquête policière soit une trouvaille intéressante, sans même parler du fait que je suis fatiguée de tous ces flics qui ont envahi mon écran depuis douze ans, mais au moins ça permet quelques petites variation par rapport à Revenge, notamment le fait que Joanna est épaulée par une équipe et non plongée seule dans les mystères de la somptueuse villa Bowers.

Sortis de ça, on n'a pas tellement affaire à une série d'une folle originalité. Les riches sont, comme toujours, des gens qui n'ont que des problèmes, quand Joanna est une fille gentille et adorable, et c'est normal, puisqu'elle est moins riche (sa mère travaillait pour les Bowers). Ils boivent beaucoup, abusent de substances variées, ils se détestent les uns les autres au point de se sauter à la gorge le soir-même de l'enterrement de Vivian, n'attendant même pas que le corps soit froid pour s'envoyer les pires horreurs à la tronche, et évidemment ils gèrent un empire (pharmaceutique, cette fois) qui n'est pas non plus tout blanc. Vous savez : comme font les riches.
Ainsi, Deception tente d'insérer des intrigues par-dessus l'enquête de Joanna mettant en scène les différents membres de la famille ; ces intrigues secondaires, en toute logique, devraient densifier les épisodes afin de rendre plus compliquée l'investigation sur la mort de Vivian. Mais pas du tout. Le coix de Deception, même si ça semble plus une marque d'incompétence qu'un choix, est d'évoquer toutes sortes d'intrigues qui sont incroyablement évidentes, au moins pour le spectateur, et qui empêchent de vraiment se poser de vraie question. Il n'y a, en réalité, pas grand suspense sur les origines de Mia, et ce sont environ deux bons tiers du pilote qui vont faire semblant de maintenir le mystère autour de la question en vain, parce que Joanna est, voyez-vous, beaucoup plus stupide que les spectateurs, ce qui augure d'énormément de choses pour la suite ! Même la question de la mort de Vivian est à moitié résolue à l'issue de cet épisode inaugural !
Alors, évidemment, il est possible qu'il y ait plein de retournements de situation (celui qui s'est débarrassé de l'arme du crime en pleurant n'est pas forcément celui qui a tué Vivian, admettons) ou de suspense qui vienne se greffer là-dessus (le père de Mia va peut-être débarquer et réclamer sa garde), mais pour l'instant, en n'ayant vu que le pilote, ça donne plutôt l'impression que les spectateurs vont en savoir systématiquement plus long que l'héroïne sur ce qui se passe dans la vie des Bowers, et ça fait un peu peur. Où le suspense quand la moitié des secrets de la maisonnée ont été percés en 45 minutes ?

A l'issue de ce premier épisode, c'est à se demander pourquoi quelqu'un pourrait choisir de regarder Deception quand tout est déjà fait dans Revenge ...en mieux !
Bon, d'accord, pas tout : Deception fait un peu moins cheap... mais comme sa distribution est aussi bien moins haute en couleur (moins de très mauvais élèves, pas vraiment de premier de la classe), ça revient à dire qu'à choisir, autant regarder Revenge avec ses défauts, que Deception avec son soucis de ne prendre absolument aucun risque.
Et pour que je recommande de regarder Revenge, il en faut.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 22:59 - Review vers le futur - Permalien [#]

18-12-12

En famille

Dans le cadre du défi que whisperintherain et moi nous sommes fixés, il y a des hauts et des bas. Des séries traitées immédiatement, d'autres pour lesquelles, pour diverses raisons, on prend notre temps. Sincèrement, une série avec Jenna Elfman n'est jamais dans mes priorités. Mais je vais tout de même vous parler de 1600 Penn, dont le pilote a été diffusé par NBC en avant-première hier soir, parce que... eh bien parce que comme ça, c'est fait, voilà.
Mais si vous voulez quand même en savoir plus, eh bien comme toujours, la bannière au bas de ce post vous emportera chez mon camarade whisper qui devrait, je crois, reviewer l'épisode aussi. Un jour ou l'autre, nécessairement. Sinon il perd le défi, alors, héhé...

1600Penn

On est entre adultes, alors on peut se dire les choses honnêtement, hein. Non ? Quelques oreilles sensibles pourraient trainer dans le coin ? Bon, laissez-moi trouver une façon délicate d'aborder le sujet.
...
J'y suis : Noël !
Et en plus c'est de saison.

Mais si, vous savez, Noël en famille ! Ca rate pas, absolument chaque année !
Tout le monde est de relativement bonne humeur (bien qu'une partie de cette bonne humeur soit feinte, parce que la fatigue et les indigestions ne donnent pas nécessairement le sourire), on se retrouve, on fait un grand dîner de réveillon, ou éventuellement un déjeuner de Noël selon les traditions familiales de chacun (si vous êtes un personnage d'A Moody Christmas, par exemple), il y a des embrassades, des souvenirs, des "oh comme tu as grandi", des bons moments à partager, des cadeaux bien-sûr (dont des DVD de séries, en tous cas je vous le souhaite), bref, l'ambiance générale est aux sourires et tous les membres de la famille sont fréquentables, ou ont la bonne grâce de faire semblant de l'être.
Tous ? Non ! Un membre de la famille résiste à l'humeur ambiante.
Mais si ! Vous le connaissez ! C'est ce vieil oncle qui a bu un coup de trop avant de venir et qui a l'alcool ronchon, ou cette grand'mère qui passe son temps à juger la qualité de la nourriture avec la mine écoeurée, ou encore cette cousine qui reste vissée sur son smartphone en envoyant des textos excédés qu'elle ponctue de soupirs ostensiblement poussés pour tester les limites des adultes présents !
Chaque année, à tous les coups, il y a UN trouble-fête qui casse les pieds à tout le monde, qu'on regarde en coin en réprimant une furieuse envie de l'étrangler et en se reversant un verre de punch ou de champagne. On l'aime, hein, mais franchement il pourrait faire un effort ; parce que sincèrement, entre nous, s'il ne change pas de tête tout de suite, ça va mal finir.

Eh bien 1600 Penn, c'est exactement ça : une famille pas forcément drôle, mais disposée à faire semblant de l'être le temps d'un épisode, et UN personnage qui à tous les coups va menacer l'équilibre fragile avec son caractère à la con.
Ce personnage, c'est évidemment le pitoyable fils aîné de la très présidentielle famille Gilchrist, il est lourd, pas drôle, et absolument omniprésent dans ce pilote, ce qui rend les choses d'autant plus douloureuses que je n'avais ni punch, ni champagne à portée de main. A côté de ce personnage insupportable, les autres semblent presque appréciables, en dépit de Bill Pullman qui singe Martin Sheen (il est allé jusqu'à adopter la même coiffure et gagner 20kg !) et de Jenna Elfman qui, eh bien, est Jenna Elfman. En-dehors de l'adolescente un brin hystérique et franchement arrogante, dont l'intrigue est la seule chose qui laisse supposer une structure feuilletonnante, les deux autres enfants sont totalement transparents (même avec la "révélation" finale de l'épisode), donc irréprochables par définition. Vraiment, seul le personnage de Josh Gad vient plomber l'ambiance. Mais avec quelle persistance !

Il s'avère que cette année, pour Noël, je ne me farcis aucune réunion de famille, et ce on-ne-peut-plus volontairement. Alors vous pensez bien que 1600 Penn, je ne vais pas me la coltiner pendant toute une saison (si elle a la chance, et nous la malchance, de vivre aussi vieille).

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:14 - Review vers le futur - Permalien [#]

13-12-12

Pour le meilleur, et rien que le meilleur

Quand je vous disais qu'il me restait des pilotes dans un coin, je ne plaisantais pas : j'en ai PLEIN ! Et d'ailleurs tant mieux, parce que la vie sans pilote m'est inconcevable. Place cette fois à une nouveauté lancée le mois dernier par la chaîne câblée TBS ; comme toujours, sitôt que mon camarade whisperintherain aura rattrapé son retard, un lien apparaitra au bas de ce post pour que vous puissiez comparer nos points de vue sur ce pilote.

WeddingBand

C'est une plutôt bonne saison que nous fait TBS, et le fait est suffisamment rare pour être noté. Après Sullivan & Son (dont je reconnais aisément qu'elle ne plaira pas à tout le monde ; mais franchement, à qui peut plaire Men at Work en comparaison ?!), la chaîne a lancé une série du nom de Wedding Band, lançant pour la première fois dans une série d'une heure depuis le pénible Glory Daze. C'est d'autant plus une prouesse que TBS ne commande que des comédies, et que Wedding Band était commandée à l'origine comme une comédie d'une heure, une façon d'aborder le format assez exceptionnelle ; force est de constater que le pari est réussi.

Vous connaissez le terme de "tear jerker" ? Eh bien Wedding Band est un méchant "smile jerker". Je n'avais pas réalisé à quel point c'était devenu rare ces derniers temps de sourire de bout en bout pendant une série, et plus encore une série d'une heure, mais c'est bel et bien ce qui s'est produit devant ce pilote. J'en suis ressortie avec une banane incroyable !

Il me faut préciser, à ce stade, que je suis extrêmement friande d'amitiés masculines à l'écran (quand elles sont bien écrites), bien que je regrette qu'on soit si rarement capables de trouver un équivalent parmi les amitiés féminines. En gros, une amitié entre mecs (ou mixte) est souvent écrite de façon plus vraie, plus sincère, quand une amitié entre femmes passe par tous les archétypes possibles et simplistes qu'on connait depuis au moins Carrie Bradshaw et sa clique ; ça va quand une série les emploie, on peut décréter que cela fait partie de son style, mais quand tout le monde s'y met, c'est insupportable tant c'est cliché.
La bande de potes de Wedding Band (ah ah) a ce petit quelque chose de sincère, de chaleureux et de vibrant qu'ont les meilleures bandes de potes ; sans aller jusqu'à avoir le sens aigu de l'authenticité de Men of a Certain Age (certainement la meilleure série sur une amitié masculine de ces dernières années), la comédie d'une heure est capable de trouver ce petit quelque chose qui rend non seulement ses personnages sympathiques de façon indépendante, mais surtout, en groupe. La dynamique fonctionne très bien, immédiatement, et cela permet immédiatement de ne pas prendre le monde dans lequel ces quatre gars évoluent pour un truc absolument ringard et miteux.

Parce qu'osons le dire, être dans un groupe qui joue dans les mariages et autres fêtes, c'est quand même bien ringard. Les personnages n'en ayant qu'une conscience vague (ils se trouvent ringards par rapport à d'autres groupes spécialisés également dans les évènements familiaux, mais pas forcément dans l'absolu), il était nécessaire que les spectateurs se placent immédiatement dans un état d'esprit similaire, afin de ne pas les prendre pour des losers : ils ne se ressentent pas vraiment comme tels. Tommy, Barry, Eddie et Stevie font quelque chose qu'ils aiment, et qui leur apporte une vraie satisfaction personnelle ; c'est d'ailleurs tout l'objet de la fabuleuse introduction du pilote, alors que Stevie intègre le groupe et que les trois autres lui donnent les règles qui permettent à la fois de faire passer le meilleur moment possible à leur public, et comment eux aussi passer un super moment (si possible, pour ceux d'entre eux qui sont célibataires, en trouvant une jolie demoiselle d'honneur à charmer à peu de frais). Cette introduction fonctionne parfaitement, parce qu'elle condense toute l'optimisme de la série, toute la joie débridée des personnages pour leur activité, et en même temps, possède un rythme parfait, ponctué par plusieurs chansons qui terminent de donner au tout un tour incroyablement convivial et festif.
Ce qui m'a aussi plu dans Wedding Band, c'est que ces mecs-là, ils ne font pas vraiment le boulot de leurs rêves ; ils sont parfaitement conscients, d'une part, que c'est une sorte de sous-rêve (ça se sent bien pour Tommy qui se rêve en rockeur le reste de la semaine, ou dans leur réaction quand Stevie leur explique qu'il préfère jouer avec eux que d'apparaitre sur des albums de stars), et surtout parce que c'est uniquement leur job du weekend, ils ont une vie à côté, mais qu'ils l'aiment et s'y donnent à fond (à l'instar de Barry et son inventivité débridée dés qu'il s'agit de rajouter des effets spéciaux à leur numéro). Pour quelqu'un qui tente de commence à tenter de vivre un peu de sa passion depuis cet automne, cet angle m'a particulièrement touchée ; c'est avec une belle énergie qui se dégage du point de vue des héros sur leur métier secondaire. Clairement, ils ne peuvent pas tout-à-fait en vivre, mais c'est ce qui les fait vivre...

Dans tout cela, l'intrigue de ce premier épisode n'est pas forcément des plus originales, mais elle se laisse regarder. L'ex de Tommy (la seule à l'avoir plaqué, ce qui en dit long sur ce tombeur) vient le voir pour lui annoncer qu'elle va se marier, et qu'elle aimerait qu'il joue à son mariage (QUI FAIT CA ?!), l'occasion à la fois d'en apprendre un peu plus sur ce personnage, de l'étoffer un peu (ce qui est fort utile car cela le sort de son cliché ; espérons que par la suite chaque personnage fasse l'objet d'une intrigue similaire même s'ils ne sont pas mariés à Megan Fox dans la vie) et d'offrir quelque chose d'un peu plus dramatique, ou disons, dramédique, que si la fine équipe se contentait d'arpenter les mariages pour faire de la musique et se taper les demoiselles d'honneur. Bien que ne prenant pas du tout son intrigue au sérieux, comme le prouveront les développements épiques de cette mésaventure, Wedding Band prouve aussi qu'elle a du coeur et la capacité de faire un peu plus que jouer au clown, et c'est appréciable à voir. C'est aussi l'occasion de voir à quel point les liens entre les personnages sont forts (à travers la façon dont Eddie tente de mettre Tommy en garde contre lui-même), bien que cet angle-là ne soit pas forcément le plus important de la storyline. Mais enfin, les ingrédients sont là pour faire la démonstration, fort utile dans ce pilote, que Wedding Band a aussi du coeur, même si elle prend tout sur le ton de la plaisanterie.

Enfin, ce qui termine de donner un tour positif à ce premier épisode, c'est qu'outre les quatre personnages masculins, la série met en place deux autres, féminins (les organisatrices de mariage de Rutherford Events) également hauts en couleur, et permettant de sortir un peu du cercle des quatre copains. Cela augure aussi de frictions à venir qui ne manqueront pas d'apporter du piquant et des rebondissements, évitant à Wedding Band de plonger dans la routine grâce à ces deux figures qui se posent comme des employeurs un peu à part. C'est plein de potentiel, d'autant que le personnage de Rachel, plein d'insécurités, fonctionne vraiment dans chacune de ses scènes (celui de Roxie Rutherford, pour l'instant plus froid, un peu moins, mais nul doute que cela peut changer). En dépit de la tournure que prend la toute fin du pilote (et encore), il semble assez clair qu'il ne sera pas vraiment question avec ces deux femmes, au fil de ces multiples mariages, de questions amoureuses, a contrario de ce que faisait The Wedding Bells il y a quelques années en arrière, employant les mariages pour parler des émois de ses héroïnes.
Imaginez ça : une série qui se passe dans des mariages, mais qui ne fait pas de la comédie romantique son argument principal ! Comment ne serais-je pas charmée ?

Avec son cocktail de bonne humeur, ses personnages sympathiques et sa belle énergie, Wedding Band m'a donné une énergie folle ! J'avais vraiment le sourire du début à la fin, ce qui, pardonnez que je me répète, est éminemment rare par les temps qui courent. Ce n'est évidemment pas une révolution à bien des égards (concept, narration, etc.), mais c'est définitivement une série qui peut rapidement se tailler une place de choix dans l'emploi du temps de tout téléphage aimant passer un moment positif avec une vraie bande conviviale de personnages attachants. Je m'attendais, en toute franchise, à un résultat bien différent, moins équilibré sans doute, et au final, sans aller jusqu'à avoir un coup de coeur, je dois dire que je suis charmée.
Je n'ai pas encore abordé le deuxième épisode, mais soyez sûrs que ça ne va plus tarder !

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 11:14 - Review vers le futur - Permalien [#]

11-12-12

A fleur de peau

Contrairement à ce que semblent penser les Américains, les séries israéliennes ne valent pas que pour leur ambiance de thriller. On compte aussi de solides dramas et dramédies, avec un talent rare pour capturer des émotions vraies.
Par le passé, sur ce blog, quelques unes de ces séries ont été évoquées, parmi lesquelles Srugim, par exemple (un petit bijou que je vous recommande une nouvelle fois, en passant), ou d'autre beaux morceaux de bravoure comme Kathmandu, ou Nevelot. J'ai aussi eu l'occasion de jeter un oeil à un bout de pilote de Shvita (les plaisirs du streaming m'empêchant d'en voir le bout), et vraiment, on passe à côté d'une somme de séries incroyables de par le manque actuel de sous-titres (heureusement, vous pouvez consulter les posts évoquant ces séries en allant faire un tour parmi les tags). Un jour, peut-être...
...Peut-être pas si lointain pour certaines de ces séries, d'ailleurs.

Mais pour aujourd'hui, il faudra se contenter de VOSTM, mes amis. Pour autant, je crois la série du jour capable de parler de choses suffisamment universelles pour que la barrière de la langue ne pose problème que dans une infime minorité de scènes de son pilote, et je compte bien sur vous pour ne pas vous laisser rebuter pour si peu.
Oforia, puisque c'est son nom, a démarré le 30 novembre dernier sur la chaîne câblée HOT3, et il s'agit d'une série sur l'adolescence, mais dont on n'est pas bien sûr en la voyant qu'elle s'adresse tout-à-fait aux adolescents...

Oforia-Logo

Oh, il ne fait nul doute, lorsqu'on aborde Oforia, que son créateur Ron Leshem (journaliste et écrivain de son état) a vu Skins. C'est une évidence tant Skins a transformé la façon dont on aborde les séries sur les adolescents à la télévision, tentant de dépeindre de leur intimité comme leurs excès, si ce n'est même d'employer les seconds pour approcher la première. Et c'est aussi une évidence sur la forme, même si on doit plutôt celle-ci à la réalistrice Dafna Levin.
Mais comme beaucoup de grandes séries inspirées, Oforia nait des vagabondages de l'esprit de son créateur, à partir de ce que Skins a éveillé en lui ; il n'est pas question de simplement adapter officieusement ses méthodes ou son esprit : les problématiques abordées par Oforia dépassent la simple chronique. Oforia veut aller plus loin. Comme ses personnages, d'ailleurs.
Il faudra juste me pardonner si je n'ai pas retenu leurs noms, parce que, euh, en VOSTM et avec uniquement des sources en hébreu, j'atteins mes limites, je le confesse.

Ils ont une moyenne d'âge de 17 ans. Ils ne sont pas tous amis, loin de là. Certains ne se connaissent pas.
Ce qui les caractérise tous ? Le détachement. Les personnages d'Oforia vivent dans l'un de ces curieux mondes dans lesquels les adultes n'existent pas, au point qu'on serait en droit de se demander s'il n'y a pas un scénario à la Jeremiah là-dessous. Ce n'est pas un défaut, cependant ; l'absence absolument totale d'adultes ne se vit pas comme un travers de la série, mais simplement comme une partie de son propos. Livrés à eux-mêmes, les protagonistes n'ont donc rien qui les retient de plonger dans les excès.
Et c'est justement cet extrême détachement et la facilité des excès qui fait de ces personnages ce qu'ils sont.

Deux d'entre eux vivent ensemble ; l'un est un ancien enfant obèse devenu beau gosse avec l'âge, qui a décroché un rôle dans une telenovela adolescente et en tire un immense orgueil. Malheureusement pour lui, son orgueil est aussi profondément atteint par son manque de maturité sexuelle (il se soupçonne à vrai dire d'être impuissant, alors que ce n'est pas le désir qui manque) ; il vit avec son frère aîné de quelques années, un véritable jouisseur qui accumule les coups d'un soir et se préoccupe de l'éducation de son frangin comme des chemises qu'il ne prend pas le temps d'enfiler entre deux conquêtes.
Avec eux vit également l'un de leurs amis ; lui aussi a 17 ans, il est maigrichon et a un physique légèrement ingrat, mais il est aussi le petit chimiste de la bande, et prépare de nombreuses drogues dans un laboratoire qu'il a entièrement constitué dans la cuisine de la maison, en s'inspirant de videos trouvées sur internet ; une scène épique le mettra face à un gamin qui ne doit pas avoir plus de 12 ans, qui lui sert de revendeur, et auquel il dévoile sa panoplie : poppers, amphétamines, héroïne... les tiroirs débordent de substances non seulement prohibées, mais surtout, rarement propres à garder les pieds sur terre. Sauf que lui, la drogue, il la fabrique à la maison, mais il n'en consomme pas ; au contraire, il est plutôt raisonnable comme garçon, il ne boit même pas de bière et baisse les yeux lorsqu'il voit une fille impudique.
Il y a aussi cette fille. Elle est grosse, n'ayons pas peur des mots. Elle le sait. Tout le monde le sait. Elle va sur Chatroulette et personne ne prend même le temps de lui dire bonjour. Alors avoir une vie sexuelle, vous pensez. Sauf qu'elle a craqué sur un type, un inconnu (on va comprendre que c'est le fameux jouisseur), et qu'elle s'est mis en tête de coucher avec ce beau gosse ; sauf que voilà, elle n'a aucune expérience, et il le sait. Fort heureusement, elle a un meilleur ami gay qui vient d'emménager avec un couple de mecs trentenaires, et se tourne vers lui en dernier recours...
L'autre fille de la série est jolie, il n'y a aucun doute. Mais elle plane totalement. Son regard ne se fixe plus sur grand'chose, ou quand il le fait, c'est de façon blasée. Elle passe ses journées dans la petite piscine hors-sol sur le toit de son immeuble, aborbée dans la contemplation du ciel. Les garçons la rencontrent alors qu'ils viennent lui vendre de la drogue toute chaude sortie du four. Et pendant qu'ils trempent de longues heures dans la piscine, ils découvrent progressivement les marques à son poignet. Et elle s'en fiche, vraiment. Elle les aime, ces lignes sur son bras gauche, dans le fond ; ils racontent son histoire.
Et puis il y a ces deux garçons. Deux frères, sûrement. Ils sont partis pour l'Amérique du Sud. Ils cherchent quelqu'un. Une femme. Ils connaissent quelques mots d'Espagnol, mais clairement ils sont perdus. On n'est pas sûrs qu'ils puissent trouver.

A vrai dire, qu'ils n'aient pas de nom à ce stade pour moi est presque mieux que si j'étais capable de les nommer parfaitement. Ils sont ces personnages, et ils ne sont personne en particulier. Ils sont tout le monde.
En effet, pour la première fois depuis longtemps, et alors que je n'ai mais alors, aucun point commun avec ses personnages, j'ai regardé Oforia en ayant des bouffées de souvenirs remontant brutalement. Des bruissements, de vagues impressions, sont revenues par vagues, et pour moi dont les souvenirs sont essentiellement photographiques, retrouver l'espace d'une seconde une sensation, un sentiment, un état d'esprit, était à mon sens la preuve d'une vraie réussite de la part de l'épisode.

Oforia-Cast

Mais je vous l'ai dit, Oforia n'est pas qu'une simple chronique à la manière de Skins (d'ailleurs, les souvenirs que j'ai gardés du pilote de Skins sont ceux d'un épisode qui s'offrait aussi des moments de beauté et de poésie, et bien malin ou pervers celui qui en dénichera dans le premier épisode d'Oforia).
Oforia est l'histoire d'une pendule arrêtée. Pour ces quelques adolescents, on le comprend par une rapide scène à la fin du pilote, quelque chose s'est passé. Et ce quelque chose les a poussés dans une fuite. Dans Oforia, tout le monde cherche à s'échapper : de sa virginité, de son mal-être, mais surtout de soi-même. La série ne veut pas juste raconter les troubles d'adolescents parmi tant d'autres, elle veut expliquer pourquoi cela sont cassés, par quelque chose qu'ils tentent par tous les moyens d'occulter. Et si ce n'était pour cette scène... ils y parviendraient presque.

Le sentiment diffus et perturbant que tout cela distille n'est pas de l'ordre du thriller, pas du tout. Mais offre quelque chose d'infiniment plus feuilletonnant que le simple déroulé de la vie de ces personnages que quelque chose a figé et pourtant projetés ailleurs. Il s'agit d'explorer les manifestations de cette échappée, de comprendre les divers symptômes, sans vraiment saisir la cause. Quel est le mal qui ronge ces héros ? Pourquoi cette séquence de quelques secondes suffit-elle à rendre l'ensemble si étouffant ?

Pour le savoir (et, je l'admets, mise sur le trailer des épisodes suivants, diffusé à la fin du pilote), une fois n'est pas coutume quand je rédige un post sur le pilote, j'ai regardé le deuxième épisode, diffusée vendredi dernier. Il y a encore l'une de ces scènes, fugace, elle aussi. Mais juste un peu moins. Et suffisamment pour nous faire comprendre qu'Oforia ne prétend pas faire le portrait de jeunes, mais de ces jeunes.
Oforia, en dépit de sa capacité à parler de quelque chose dans lequel, je pense, on parviendra tous à reconnaître au moins un petit quelque chose, n'est pas une voix d'une génération ; c'est un drama intense qui a décidé de prendre les choses à rebours. De ne pas nous dire : "attention, là il y a eu un évènement terrible, et on va essayer de comprendre son incidence sur les personnages" mais qui au contraire nous donne à observer le fil de la vie de ces protagonistes, et de nous laisser l'occasion de deviner qu'il y a eu cassure. On en saura plus, les trailers de fin d'épisodes sont formels, sur ce qui s'est passé.
Quelques recherches sous Google permettent même d'en savoir un peu plus grâce à une bande-annonce sous-titrée en anglais, mais l'oeuvre d'Oforia n'est pas d'en faire le centre de son intrigue. C'est à un point tel qu'on dirait qu'elle refuse de se transformer en thriller, quand bien même elle en aurait tous les ingrédients.

Le plus fort, c'est qu'Oforia parvient à montrer toutes sortes de comportements ayant largement dépassé le stade de "borderline", sans jamais les juger. Du chimiste introverti à la petite grosse qui se rêve en fille facile, de l'accidentée de la vie au bogoss du quartier, la série nous apprend à les embrasser. On sait qu'ils sont cassés, irréparables sans doute, comme de jolis jouets neufs qu'on a maltraités dés le matin de Noël ; on les aime quand même. On souhaiterait juste comprendre (et pas simplement découvrir) pourquoi.

L'émotion permanente, mais pas exagérée, d'Oforia, son ton à la fois quasi-documentaire et profondément élégant, son choix trivial de montrer ses personnages dans toute leur nudité et leurs besoins naturels, et pourtant de les sublimer, sa façon de panacher les thèmes difficiles en parvenant à ne pas verser dans un pathos inutile, ses personnages pléthoriques et l'ombre qui planne, angoissante et pourtant diffuse, sur le background commun de ces héros, font d'elle un véritable coup de poing.

En fait, ça fait deux-trois heures que je tourne autour du pot, et que je me dis que, puisque j'ai réussi à trouver une bonne source pour dégoter les épisodes (pour cela, je vais vous donner l'astuce, il suffit d'un combo SuperDown + Download Helper, et je suis une téléphage comblée), je suis à ça de suivre une série israélienne sans sous-titres pendant l'intégralité de sa diffusion. Ce qui dans mon cas serait une première. Je ne suis pas obligée de prendre une décision ce soir, évidemment, je suis sans doute encore trop sonnée par la claque, mais... wow ! Oforia. Voilà une série qui n'a pas volé son nom.

Posté par ladyteruki à 21:13 - Review vers le futur - Permalien [#]