ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

14 juin 2013

Rosario, Consuela, et toutes les autres

Depuis 10 mois que mon camarade whisperintherain et moi-même épluchons les pilotes de la saison, on a vu défiler... ma fois, d'un peu tout. Ma règle d'or, en la matière, est que, quelle que soit la qualité de la série, je prête une attention soutenue à son pilote, que je lui donne une chance ; d'abord parce que juger un pilote est suffisamment brutal pour ne pas en rajouter, ensuite parce qu'il faut être capable d'écrire une review derrière ! Mais parfois, rien à faire : on a beau mettre toutes les chances de son côté, l'esprit vagabonde, le regard part sur le côté de l'écran, et la concentration est perdue. Je me suis toujours refusée à écrire sur un pilote auquel je n'ai pas su accorder mon attention, mais il faut vraisemblablement une première fois à tout, puisque Devious Maids est l'objet de la review du jour.

DeviousMaids

Intellectuellement, je comprends la démarche derrière Devious Maids : Lifetime, qui a toujours couvé d'un regard jaloux Desperate Housewives (Army Wives...), s'est dépêchée de trouver une nouvelle façon de recycler le concept, chose qui a été simplifiée lorsqu'ABC a lâché le projet Devious Maids développé par Marc Cherry et produit par Eva Longoria. Katching !
Mais le résultat est loin d'être à la hauteur des espoirs de la chaîne câblée.

Dans un fabuleux article que, si vous êtes sur Twitter, vous ne pouvez qu'avoir vu passer, Alisa Valdes, auteur et scénariste, revient de façon brillante sur tout ce qui cloche dans Devious Maids (indice : il y est question de représentations racistes). Enfin, non, pas tout : elle ne mentionne pas qu'on s'ennuie pendant le pilote, mais tout le reste, elle le pointe à la perfection. Je ne saurais que vous en recommander la lecture, nécessaire.
J'avais lu l'article avant de découvrir le pilote ; mais ce que Valdes ne mentionne pas, car elle n'a sans doute pas reçu de DVD en avant-première de la part de la production, c'est que ce racisme est parfaitement assumé par la série. A plusieurs reprises, les personnages riches et/ou blancs utiliseront des expressions ou auront des répliques montrant clairement leur racisme envers leurs employées, sans que celles-ci ne leur adressent autre chose qu'un regard noir, rendues incapables de se défendre par leur statut social. C'est-à-dire que Devious Maids ne fait même pas l'effort de donner la parole à ses héroïnes. Au mieux, l'une d'entre elles se vengera par le biais du bébé de son employeur, rendant ainsi sa vengeance mesquine aux yeux du spectateur.

Dans Devious Maids, l'exposition qui est faite ne tient compte à aucun moment... des héroïnes qui ont donné son nom à la série ! Elles n'ont pas tellement de personnalité, et pourraient en réalité facilement n'être qu'un personnage travaillant dans plusieurs maisonnées différentes, interchangeables ou presque. Comme toutes les employées de maison de séries avant elles, Rosario, Consuela, et toutes les autres, elles sont là pour mettre en vedette, souligner par un regard ou une petite remarque sarcastique ou cinglante, que les emploeurs sont étranges. Des patrons et patronnes qui sont hauts en couleurs (sauf lorsqu'il est question de peau), et font, en réalité, tout le sel des scènes : la série porte finalement sur eux, leur grain de folie, leur absence de sens des réalités. Les anonymes qui balayent leur salon ne sont là qu'en observatrices neutres, ou même négligeables. La série n'a que faire de la révélation atroce qu'elle fait à la fin de son cold open, rien à faire de nous encourager à partager les tourments d'une mère séparée de son fils ; les musiques badines sont là pour nous dire que, derrière l'incompréhension des maîtres, c'est eux qu'il faut observer, c'est là que ça se passe. Et aucun commentaire ne sera vraiment fait pour les condamner, car leurs dysfonctionnements sont la raison pour laquelle il y a des choses à raconter. De quoi faire mentir le titre de la série !
D'ailleurs, on sent bien le glissement de sens entre Devious Maids, le nom de la série de Lifetime, et Ellas Son... La Alegría del Hogar, le nom de la série mexicaine d'origine : la première donne le mauvais rôle aux employées (elles sont déviantes), le second se traduit par "elles sont... la joie en la demeure".

Alisa Valdes a raison sur le fait que des comportements similaires dans la série d'origine (que je n'ai pas vue, donc j'ignore à quel degré ils sont présents) étaient uniquement à attribuer à une question de lutte des classes, puisque TOUT le cast est hispanique ; quand ici, son discours ne prend pas le même sens du fait des différences d'origine entre les employées et la plupart des employeurs. Le seul employeur latino, d'ailleurs, est totalement relégué au second plan dans ce pilote, et c'est son assistante personnelle, une blonde au fort accent de Bavière, qui renforce le phénomène d'opposition blancs/latinos dans Devious Maids.
Accessoirement, et pour votre culture perso, Valdes mentionne que Devious Maids est adaptée d'une telenovela, c'est par contre inexact : Ellas Son... La Alegría del Hogar était une série hebdomadaire de 13 épisodes.

Alors, avec des idées commes celles-là, c'est entre autres grâce à Devious Maids que la telenovela a un si bel avenir sur le sol américain... mais pas dans le sens où Lifetime le souhaiterait.

Rappel des faits : d'après le bureau du recensement américain, c'est 16,7% de la population étasunienne qui se déclare hispanique ou latino ; les chiffres officiels de 2011 comptabilisent 52 millions de résidents. Autant de spectateurs potentiels qu'on imaginerait les chaînes prendre au sérieux, à plus forte raison quand on sait la popularité des networks hispaniques comme Univision et, dans une moindre mesure, Telemundo, MundoFox et Azteca America.
Depuis quelques temps, Univision, en particulier, nous fait une énorme poussée de croissance. Il y a trois ans, pour la première fois, le network a réussi à battre les networks concurrents diffusant des programmes en anglais sur la tant convoitée tranche des spectateurs ayant entre 18 et 49 ans ; on étant en octobre 2010, et depuis, ça n'a fait que progresser. Le succès d'Univision s'est encore confirmé pendant la saison écoulée, lorsque le network a battu, pendant les sweeps, le network NBC. Ne tirons pas sur l'ambulance : ce n'est pas simplement la crise que traverse NBC qui en est à l'origine ; Univision est le seul network ont les audiences progressent aux USA (même CBS est en baisse, quoique légère).
Chacun de ces networks hispaniques accomplit une grande partie de ses audiences les meilleures grâce à la diffusion de telenovelas. Ce ne sont même pas nécessairement des fictions originales, car une bonne partie sont des fictions d'import venue du continent sud-américaine. Cependant, le volume des commandes est en croissance, généralement en co-production avec des pays d'Amérique du Sud, histoire de diviser les frais tout en s'appuyant sur le savoir-faire d'une industrie qui a fait ses preuves, ô combien.

Or, c'est précisément le public cherché par Lifetime ! S'il y a encore du budget sur la chaîne câblée après avoir payé des accessoires en toc pour Project Runway pour des études de marché, ou juste pour un abonnement à Variety, on devrait y savoir que ce n'est pas un public à négliger. Mais s'adresser au public hispanique ne se fait pas n'importe comment.
Comment attirer durablement le spectateur hispanique quand c'est pour le montrer sous un jour si peu favorable ? Quand c'est pour prouver qu'on ne le comprend pas ?

En commandant une série aussi peu fine dans sa démarche, aussi bien sur le marché des femmes (le public de Desperate Housewives dans sa dernière saison représentait environ un tiers de celui de la première...) que sur celui des hispaniques, Lifetime fait finalement le jeu des networks comme Univision. C'est grâce à l'échec répété de l'ensemble des chaînes de langue anglophone aux Etats-Unis, en particulier ceux qui seraient les plus à même de les concurrencer sur un public spécifique, que les networks hispaniques peuvent y croître et y multiplier les bons résultats.

A l'occasion des upfronts, les networks hispaniques ont eux aussi annoncé les séries qui constitueraient leurs grilles l'an prochain. Univision a par exemple officialisé un remake de Breaking Bad (sous le nom, qu'au passage je trouve très sympa, de Metástasis), un pour Gossip Girl moins savamment intitulé Gossip Girl Acapulco, et évidemment, des non-remakes telles les telenovelas La Madame, mettant en scène la patronne d'une organisation d'escort girls (un projet qui vient donc manger sur les plates-bandes de The Client List, et produit par la compagnie à l'origine du succès La Reina del Sur), La Tempestad, Mentir para Vivir, ou encore la série dramatique La Selección, qui se penche sur une équipe de football.
Dans cette nouvelle grille, donc, des telenovelas, mais aussi des séries dramatiques et d'autres s'adressant aux jeunes adultes voire aux adolescents. Le groupe Univision va également lancer en décembre prochain El Rey, un nouveau network hispanique à destination du public masculin cette fois. Voilà des exécutifs qui, eux, comprennent leur cible... et savent l'étendre au lieu de le diminuer.

Challenge20122013

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13 juin 2013

Apathique qui, comme Ulysse...

Avec tous ces pilotes dont on s'est régalés dimanche, venus des quatre coins de la planète, on en oublierait presque qu'il y a des choses à déguster par chez nous. Dans le cadre du défi de pilotes avec whisperintherain, et aussi parce que je poursuis ma tentative de réconciliation avec la fiction française (une quête qui ressemble parfois au tonneau des Danaïdes), me voilà donc aujourd'hui à vous parler d'Odysseus, qui commence dans quelques minutes sur arte. Vous avez pile le temps de lire la review, et ça commence ! Alors ne perdons pas notre temps en introductions, voulez-vous ?

Odysseus-arte

Il était grand temps qu'une chaîne française s'essaye à une fresque historique (ou assimilée) de l'ampleur d'Odysseus.
De nombreuses chaînes de par le monde ont bien compris que ces séries ont tous les ingrédients pour séduire divers publics ; en Espagne, des succès comme Hispania montrent qu'il y a énormément de potentiel pour faire une fiction à la fois accessible et intéressante (les Espagnols ayant, il est vrai, élevé la série historique mainstream au rang d'art), et de la Grande Bretagne au Japon, en passant par l'Australie ou le Brésil, il existe assez peu de contrée qui n'ait pas SA grande série historique populaire du moment.
Le concept n'est d'ailleurs pas si nouveau pour arte : en diffusant Rome et The Tudors, elle avait trouvé de plutôt bonnes représentantes de ce qu'il est possible de faire afin de cultiver à la fois une certaine forme de culture... et une forme de ture tout court, disons. En tous cas, sortir des fictions historiques à la papa (ou à la Dayan) proposées par France Télévisions ne pouvait qu'être une bonne idée, et ce n'est pas l'inspiration qui manquait en la matière.
A ces déjà très bons augures (ah, erreur de mythologie, au temps pour moi), encore faut-il ajouter qu'arte se donne énormément de mal pour faire remonter le niveau des fictions parmi les chaînes non-payantes ; Ainsi Soient-Ils était par exemple une bonne surprise de l'automne 2012.
Du coup, Odysseus, de par son ambition intrinsèque, celle, plus large, d'une chaîne et, osons le dire, les espoirs d'un pays tout entier (ne venez pas me raconter le contraire, j'ai vu les pilotes de Tiger Lily et Caïn), avait intérêt à assurer derrière.

Sur pas mal de choses, c'est le cas, d'ailleurs. Le pilote (puisqu'aujourd'hui, je ne poste que ma traditionnelle review de pilote) d'Odysseus est, pour commencer, plutôt pas moche. On peut prétendre que ce n'est pas important, mais s'il y a bien un genre qui ne peut pas avoir l'air cheap et tourné pendant des RTT à la Baule, c'est la série en costumes ! De ce côté-là, Odysseus tient bien ses promesses, même si ce n'est pas forcément de façon ultra impressionnante ; on est fixés assez rapidement, il n'est pas question dans cet épisode d'exposition de nous en mettre plein les yeux pour nous éblouir avec des reconstitutions gigantesques en technicolor. C'est pas Westeros, ici ! L'absence de faste dans les décors souligne, qui plus est, la volonté de dépeindre un royaume en crise. Mais, ponctuellement, notre épisode inaugural nous tout de même offre quelques moments de bravoure, à l'instar de cette séquence dans le temple d'Artémis qui laisse augurer de très bonnes choses pour l'avenir. C'est en tous cas la preuve que le sens esthétique et l'inspiration ne sont pas absents de la série, à défaut d'en être des traits caractéristiques.
D'autre part, fonctionnant comme un ensemble show équilibré, ce premier épisode nous présente des personnages divers ; alors qu'on aurait pu craindre que l'attente du retour hypothétique d'Ulysse nous force à passer le plus clair de notre temps avec Pénélope et Télémaque, il apparait rapidement que les enjeux sont beaucoup plus variés, offrant une vue de la Grèce antique vue aussi bien à travers les yeux des puissants, des citoyens tout-venants, et des esclaves. Aucun axe ne s'annonce, à ce stade, comme particulièrement fascinant, et moins encore inédit, pour la téléphage peu réceptive aux fictions en costumes que je suis, mais il faut admettre qu'on a en tous cas pas le temps de s'ennuyer ; cette partie de la narration souligne, en outre, la volonté de curiosité dont arte s'est toujours réclamée ; quitte à réécrire l'Histoire, autant le faire de tous les points de vue possible.

Mais, hélas, vous le savez, aucune review de pilote n'est jamais dénuée de critique. Sauf celle d'Orphan Black, peut-être. Mais Orphan Black, c'est spécial.
Le premier, et non des moindres, est qu'Odysseus, au stade de son pilote, souffre de quelques défauts tous français, hélas, comme son rythme et la mollesse de certains de ses acteurs. Ces défauts vont de paire mais ne font pas tout à fait un ; il est possible à une série de manquer de rythme et d'avoir pourtant un cast parfait, mais je ne suis pas en mesure de vous dire ça au stade du pilote, pas en vous regardant dans les yeux en tous cas. Tout le monde n'est pas forcément à blâmer, mais le propre d'un ensemble show est que la série est aussi bonne que le plus médiocre des acteurs de la distribution. Et il y a un ou deux acteurs qui m'ont un peu fait serrer les dents, il faut le reconnaître. En face de ça, il y a aussi des personnages bien portés, à défaut d'être forcément les plus riches scénaristiquement, mais le pilote compte quelques minutes épouvantablement longues.
Le blâme en revient, en partie, il est vrai, au propre d'un épisode d'exposition. Tout le monde connaît l'Odyssée, tout le monde connaît l'histoire de Pénélope, et certains éléments pourraient être présentés de façon un peu plus dynamique sachant cela ; d'autres séquences, ayant pour but de poser à plat les motivations de chacun, semblent incontournables sur le fond mais sont totalement dispensables sur la forme. Quand en plus l'acteur a une diction hâchée d'écolier récitant du Prévert, ça devient vite de la torture.

Mais, bizarrement, ce n'est pas ce que je retiendrai de plus contrariant avec ce premier épisode, mais plutôt la façon dont ce premier épisode semble se complaire dans une certaine neutralité. Les mondes antiques seraient d'ordinaires plutôt propices à stimuler l'imagination, mais cela semble dramatiquement manquer à cette présentation presque objective de faits s'alignant les uns après les autres, presque froidement.

Outre le fait qu'Odysseus a fait le choix d'écarter une bonne partie des questions d'ordre sexuel (probablement aux fins de conserver le créneau en primetime), se cantonnant à quelques représentations dénudées de notre nouvel ami Télémaque (un TRES sympathique garçon), il est légèrement déstabilisant de voir que le seul sang qui coulera dans ce premier épisode sera celui d'un sanglier. C'aurait pu être une profession de foi que de décréter qu'il s'agissait de montrer un peuple antique comme aussi civilisé que le nôtre plutôt que comme des brutes répondant à leurs instincts, mais ça semble n'être pas tout-à-fait le cas, sans quoi ces comportements à peu près dignes (bon, ça ripaille quand même un peu, faut bien s'occuper pendant 20 ans) seraient compensés par une certaine élévation intellectuelle ou spirituelle qu'on ne retrouve pas. L'invocation des Dieux, proche du syndrome de Tourette dans ce premier épisode, aurait pu être développée en dévoilant un système de croyances raffiné par exemple, ce n'est pas le cas.
On a l'impression que la volonté de faire quelque chose de diffusable en première partie de soirée a plutôt résulté en des coupes sombres dans le scénario plutôt que débouché sur une vraie réflexion sur la façon dont cet univers fonctionnait.

Mon plus gros reproche s'adressera cependant à l'histoire et au point de vue choisis : le sort d'Ithaque en attendant le retour improbable de son roi. Quelle jolie métaphore à filer que voilà, lorsqu'un period drama peut se piquer de raconter comment un royaume va surpasser une crise à la fois matérielle (il n'y a plus rien à manger, ou presque, sur l'île) et morale (il n'y a plus de roi, plus personne en qui espérer un changement).
Ce n'est pas que j'attende beaucoup de suspense de la part d'une fiction tirée d'une des histoires les plus célèbres au monde, évidemment, et on sait tous ce qu'il advient d'Ulysse, le roi dont tous attendent le retour ou la preuve de la mort. Mais là encore, rien ne laisse présager qu'Odysseus va se saisir de cette occasion pour dire quelque chose. Prendre une position. Faire autre chose que nous dire "sacrée Pénélope, elle a trouvé une super combine". D'ailleurs, on ne se dit même pas "sacrée Pénélope", parce qu'il est assez difficile de sympathiser avec elle, ou tout autre personnage ; l'émotion est, je le répète, assez absente de cette mise en place objective des protagonistes et de leur problématique respective.

Il manque un peu de vie, en somme, dans cette fresque. Mais l'espoir ne fait cependant pas tout-à-fait défaut, aussi nous retrouverons-nous très bientôt pour un post de bilan...

Challenge20122013

Je suis contente de moi, j'ai pas placé ma blague sur le fait qu'il manque ma Zotrienne préférée dans la série ; c'est pas l'envie qui m'en manquait pourtant.

Posté par ladyteruki à 20:30 - Review vers le futur - Commentaires [1] - Permalien [#]

10 juin 2013

Goûtu onirisme

Hey, franchement, quand vous décidez de passer près de 15 heures dans un gigantesque #pilotmarathon (oui, ça a commencé à 10h du matin...), comment vous vous voyez finir la journée ? En apothéose, non ? Alors quel autre choix pouvais-je faire que de me diriger vers LA série qui met tous les téléphages de ma timeline d'accord sur Twitter ? Cap sur le pilote de Hannibal, donc, pour conclure cette journée forte en émotions.
...Pauvre whisperintherain qui va maintenant devoir passer sur le grill à son tour !

Hannibal

Le "buzz". Un petit mot qui circule à la vitesse de la lumière, comme, prétendûment, le concept sur lequel il porte. Le buzz, c'est le bouche-à-oreilles, non, plus discret encore, c'est ce petit bourdonnement dans le fond de votre tête qui semble souffler en permanence le titre d'une série qu'il faut absolument que vous regardiez. Mais qui vous a dit cela ? Tout le monde et personne à la fois.
C'est comme ça qu'un dimanche soir, on se met devant Hannibal. En jetant, sans même avoir vu les premières images du pilote, des coups d'oeil derrière soi (il faut vraiment que j'installe des rétroviseurs à mon bureau !). Pas rassurée. Je suis une chochotte, Bryan Fuller ne va faire qu'une bouchée de moi, c'est sûr !

Et puis finalement, non, ça va. Je m'attendais à pire. Le pire est peut-être à venir, c'est possible aussi. C'est très possible aussi. Mais, anesthésiée par le buzz, je serais presqu'un peu déçue de n'avoir pas plus été mise au défi. De n'avoir pas senti une petite remontée acide, quelque chose...

Attendez, non, stop. On arrête tout. QUOI ?!
Depuis quand est-ce que l'on recherche dans une série : le dégoût ? A quel jeu terriblement malade et dangereux joue-t-on quand on guette le moment où Hannibal, ou n'importe quelle autre série, va devenir vraiment écoeurante ? Je ne vous parle pas des litres de sang, ou des éventuelles scènes un peu choquantes, non, le spectateur qui se met devant Hannibal attend vraiment qu'on lui sorte le grand jeu. On ne s'attable pas devant une fiction sur un cannibal à l'intelligence perverse pour regarder des flaques de sang ! On veut des hauts le coeur, on veut détourner sincèrement les yeux, on veut pouvoir dire qu'on a quand même regardé une scène particulièrement atroce. Se met-on réellement devant Hannibal pour se faire peur, ou plutôt pour guetter quand le pire va se produire ?
Le pilote de Hannibal se joue de ces attentes. Avec un délice qui n'est pas moins pervers, on nous conduit à attendre, avec le même état d'esprit malsain que celui des deux protagonistes principaux, le moment où OH MON DIEU NON, le moment où le tabou va être franchi. Et ces séquences-là, Hannibal rechigne à les servir tout de suite, pour les servir sous forme de scènes de cuisine ou de gastronomie raffinées. Vous avez voulu être révulsés ? Pas de chance, Hannibal a sorti l'argenterie.
C'est qu'on est taquin, dans le cerveau de Fuller... Joueur, c'est sûr. Un peu mauvais aussi, dans le fond.

Au milieu de tout ça, Hannibal délivre dans un tout autre registre. Un registre qui n'a que peu à voir avec la dégustation d'organes humains. C'est, une fois de plus, dans le monde de l'imaginaire que Bryan Fuller va chercher ses délires, et non dans l'ostensible.
Curieusement, c'est le "gentil" qui se révèle le plus ignoble à suivre au quotidien pour le spectateur, en la personne de Will Graham. Torturé, mais surtout doté d'un cerveau fonctionnant de façon un peu atypique (il se décrit comme proche de l'autisme et d'Asperger), Will est capable de penser comme des sociopathes... comprendre qu'il est capable de partager une partie de leur fonctionnement, et même de leurs fantasmes. L'aspect cauchemardesque de Hannibal se loge là-dedans. Dans ces séquences qui échappent au contrôle de Will, et où il ressent la pulsion de destruction (mais de destruction animée de sentiments, et avide d'une certaine beauté, en un sens) de ceux qu'il traque.

Le pilote va passer beaucoup plus de temps à nous effrayer au sujet de Will, et des images proches de l'hallucination qui lui apparaissent, qu'à nous rappeler que Lecter représente un danger. Après tout, le second sait se tenir et se contrôler, quand le premier est totalement victime de ses visions, de ses pulsions, de ses envies, et même de son propre corps, comme ses suées le prouvent. C'est assez brave d'en avoir fait le "gentil", celui sur lequel le spectateur fait mine de compter pour rétablir la vérité et peut-être même la Justice, quand il apparait comme plutôt évident qu'il ne fait pas le poids face à un Dr Lecter méticuleux, attentif, pesant le moindre de ses mots, et au regard scrutateur.

Le mélange n'aboutit pas au résultat anticipé, c'est certain. Mais c'est tant mieux. Le raffinement de la réalisation parachève l'impression de se faire trimbaler par un showrunner qui prend un plaisir morbide à nous donner envie du pire, tout en nous permettant d'attraper, du bout des lèvres, quelques morceaux de cauchemar esthétisé : "vous voulez de l'horreur ? Vous voulez vous écoeurer un peu vous-mêmes de regarder Hannibal ? Eh bien soit, mais même ça, vous ne l'aurez pas de la façon attendue".
On s'en délecte, on s'en lèche les babines à l'idée d'en déguster une nouvelle bouchée. Mais de vous à moi, je n'aime pas trop la téléphage que Hannibal révèle. Il n'y a pas de rétroviseurs pour garder un oeil sur celle-là...

Challenge20122013

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09 juin 2013

Aveu d'impuissance

Le #pilotmarathon touche progressivement à sa fin, et il est clair maintenant que je n'aurai pas de temps pour tous les pilotes que je voulais voir aujourd'hui. Et j'avais pourtant fait du tri. Mais je soupçonnais que The Fosters me mettrait du baume au coeur, et ai préservé sa place dans mon planning. Résultat ? Eh bah résultat, c'était une bonne idée... enfin, peut-être pas pour vous qui allez devoir lire cette review à présent.

TheFosters

Depuis ce matin que le #pilotmarathon a commencé, j'ai plaisanté, j'ai décortiqué, j'ai râlé... mais je n'avais pas encore pleuré. Grâce à The Fosters, c'est désormais chose faite, et à vrai dire je ne sais pas si la série méritait tant que ça que je m'épanche. The Fosters n'a pas vraiment les atouts d'une grande. Mais voilà, c'est une série familiale sur la famille.

Depuis quelques mois, c'est quelque chose de douloureux pour moi. Je ne voulais pas en parler, et pour tout dire, je ne voulais pas en parler avec moi-même. Pendant un temps, ça m'a même détournée des séries, je ne pouvais plus rien regarder, avec ou sans histoires de famille. Approcher une série a, pendant plusieurs semaines, été absolument impossible. Et alors qu'aujourd'hui je regarde tant de pilotes, je sais aussi que j'en laisse passer énormément depuis le printemps, où les choses n'ont vraiment pas été faciles pour moi. La reprise avec l'univers des séries a été très difficile.
Très lente aussi. Pendant un moment j'ai vaguement tenté de reprendre les séries que j'avais mises en pause, les marathons que j'avais commencés, mais la vérité c'est que même ça, c'était au-dessus de mes forces. Je me suis réfugiée, avec énergie, dans des marathons Brothers & Sisters et The Cosby Show, pourtant. Paradoxalement, les thèmes qui m'avaient détournés de la télévision, qui me faisaient mal, me permettaient d'y revenir quelques mois plus tard.
C'est laborieux, encore. Il y a des jours où je regarde plusieurs épisodes du Cosby Show avec une irrationnelle jalousie. Mais j'en regarde tout de même plusieurs. Parce que la famille fait partie de ces thèmes, pour moi, qui sont à la fois pénibles et incontournables. Une famille, on en a tous une ; quand bien même elle ne fait pas forcément partie de notre vie, et de la même façon, les séries familiales, même quand je voudrais ne pas en voir, je suis attirée par elles.
En ce moment, Brothers & Sisters m'offre une famille de papier glacé, soapesque mais délurée, dont les dispute quasi-systématiques se font toujours en dérapage contrôlé. Et à côté de ça, la tendresse, la patience, l'intelligence de The Cosby Show, c'est mon family porn à moi, comme d'autres raffolent de food porn.

Je suis une victime facile pour une série centrée sur une famille. Les familles dysfonctionnelles me fascinent : ne dit-on pas que chaque famille malheureuse l'est à sa façon ?
Mais je suis encore plus une cible facile à atteindre quand la série porte sur une famille aimante. Je me fiche que les personnages suintent de bons sentiments ; j'ai quand même regardé, au plus fort de ma dépression il y a quelques années, les 5 premières saisons de 7 à la Maison exactement pour cette raison. C'est ma science-fiction à moi. Je me repais dans ses scénarios improbables. Dans ces scènes qui, il y a encore peu, me semblaient impossibles. Plus inimaginable que des phasers aux yeux de l'adolescente que j'ai été ? Un dîner pendant lequel personne ne pleure. Il m'arrive encore parfois, même plus de 15 ans après, d'être surprise par la façon dont un parent de télévision réagit sans violence (voir aussi : la batte de baseball), et pourtant, je suis plutôt fonctionnelle, comme adulte, aujourd'hui. Même en sachant qu'il y a des tas de familles plus équilibrées que la mienne de par le monde, j'ai toujours cette fascination pour les fois où les parents vont se comporter gentillement. Et je me gave de ces images, régulièrement. Je suis fâchée avec elles, mais j'en ai un tel besoin. Ca compense pour les cauchemars et les flashbacks ; un peu. Quelques minutes.

Alors devant la douceur de The Fosters, je plie une fois une plus. Je peux me vanter d'être quelqu'un d'un peu exigeant téléphagiquement, de temps à autres ; mais devant une série sur une famille pleine de bonnes intentions comme The Fosters, tout esprit critique s'envole.
The Fosters a le charme supplémentaire d'avoir pensé à m'inclure, comme l'avait fait The OC il y a quelques années (qu'est-ce que j'avais aimé les premiers épisodes de The OC, avant qu'elle ne me lâche et se détourne progressivement des troubles de Ryan pour s'orienter vers ses affaires de coeur). Un personnage qui ne connait pas les dîners où on ne pleure pas se trouve dans ce décor un peu trop joli, un peu trop beau pour y croire. Je ne sais pas comment ce personnage est perçu par la plupart des gens qui regardent ces séries ; pour moi, c'est la plus sûre façon d'entrer dans la série et de m'y glisser comme sous un duvet chaud, l'exact même procédé qui fait que le Dr Carter nous fait entrer aux Urgences. Mon avatar dans un monde impossible. Et quand ce personnage se craquèle, laisse échapper une larme ou simplement une petite émotion qui dit qu'il est touché par cette famille qui l'accueille et lui montre qu'on n'a pas toujours à avoir peur de la maison, je ne sais pas résister. Je ne sais pas non plus garder les joue sèches.

Je n'ai aucune force pour avoir du recul devant une série comme The Fosters. J'ai envie de dire que je l'apprécie alors qu'honnêtement, je ne sais pas si elle le mérite, avec son intrigue en coton et ses personnages super gentils. Mais je m'en fiche !
Est-ce que je regarde toujours la télévision pour de bonnes raisons ? Sans doute pas. Je la regarde pour plein de raisons, et l'une d'entre elles, l'une des premières d'entre elles, c'est que je cherche dans mes séries une catharsis. A la fois appuyer sur la plaie qui n'en finit pas de me faire savoir qu'elle ne veut pas cicatriser, et soulager un peu la douleur ; temporairement, artisanalement.

De vous à moi, je crois que je sais très bien que The Fosters n'est pas une grande série, n'est même pas spécialement une bonne série. Mais elle a fonctionné sur moi parce qu'elle m'a saisie par mon talon d'Achille.
Et je suis supposée vous en écrire une critique ?

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:03 - Review vers le futur - Commentaires [1] - Permalien [#]

Monsters are not born, they're made

Pardonnez-moi, mon père, parce que je n'ai pas tout regardé. Je sais, c'est péché. Mais entre nous, regarder le pilote d'une série australienne de 692 épisodes, c'est un peu tenter le Diable, quand même ! Sans compter que je ne pense pas avoir déjà regardé de séries australiennes datant des années 70 et qu'il vaut peut-être mieux tenter les années 90 ou 80 avant, histoire d'y aller progressivement. Alors du coup, non, je n'ai jamais vu Prisoner, la série carcérale qui est à l'origine de la naissance de Wentworth (je recommande plus que vivement la lecture de mon petit post historique sur le sujet, d'ailleurs).
Alors, vous me pardonnez, mon père ? Promis, je réciterai trois "Je vous salue Mary Tyler Moore pleine de grâce" pour faire amende honorable.

Wentworth

Parfois la téléphage s'effraie de toujours regarder un peu la même chose. 
Pour vous donner un exemple : quand on me dit "la série met en scène un flic qui...", eh bah ça y est, mon cerveau se met en mode autopilote, je me laisse gagner par l'ennui, alors que finalement ça ne veut rien dire, il y a de bonnes séries avec des flics. Je crois. Bon là je vois pas d'exemple, mais c'est principalement par mauvaise foi. Ca doit forcément exister.
Toujours est-il que parfois, certains sujets peuvent nous inciter à nous tenir à l'écart d'une série, simplement par peur de la redite.
Alors, quand Wentworth dit vouloir accompagner les débuts d'un personnage (fut-il emblématique de Prisoner) dans une prison pour femmes, pardon, mais la téléphage a tendance à réprimer un baillement voire même carrément se braquer. Déjà que, quand la téléphage a tenté Unité 9, la téléphage a été surprise de ne pas y voir une redite de Capadocia... faut ptet voir à pas trop tenter le sort.

Et finalement, même avec énormément de points communs, Wentworth finit par faire vivre une expérience assez différente de celle qu'offre Unité 9.
Ne vous laissez pas abuser par le fait que les choses commencent de façon similaire ; le fait que Bea Smith, comme Marie Lamontagne, soit envoyée en prison, dans un bloc où vivent en commun plusieurs prisonnières, au sein d'un univers dont elle ne connait rien et qu'elle observe avec de grands yeux effarés, n'est que le point de départ à partir duquel les deux séries vont pas mal diverger.
D'abord parce qu'on ne ressent pas du tout l'humanité d'Unité 9, sa prison moderne où les prisonnières se comportent en groupe de façon à peu près civilisée. Ensuite parce qu'on n'est que très peu dans l'exposition ; là où Unité 9 prenait son temps pour parler des premières heures de détention (il avait fallu attendre le 2e épisode, après tout, pour entrer dans le vif du sujet), détaillant la honte, la peur et l'humiliation par le menu, Wentworth s'active afin de présenter sommairement le contexte. L'incontournable séquence de fouille sera en effet présente dans le pilote, mais elle n'a pas du tout les mêmes effets que dans le glacial second épisode d'Unité 9.

Mais surtout, la violence de Wentworth, sans atteindre les sommets d'un Capadocia (ou d'un Oz, pour parler aussi du pendant masculin), est bien plus présente que dans la série québécoise. On s'y sent oppressé, ébloui, désorienté en permanence ; la réalisation se donne du mal pour ça, il faut le dire, jouant sur les éclairages comme les couleurs, ainsi qu'en s'appuyant sur des musiques efficaces en diable, là où Unité 9 se contentait d'un réalisme finalement un peu tristounet par comparaison.
Dans ce monde forcément effrayant, Bea va donc vivre des premières heures bien loin de celles que lui connaissent les spectateurs australiens qui ont gardé d'elle le souvenir d'une meneuse, d'une battante ; elle est le mouton qui vient se faire manger la laine sur le dos par celles qui savent, celles qui maîtrisent les codes.

Le fait que Wentworth soit un "prequel moderne" (comme c'était le cas pour Bates Motel qu'on a pu évoquer plus tôt cet après-midi, d'ailleurs) finit par avoir un sens en soi, en fait : montrer comment, de pauvre victime déphasée, Bea Smith va devenir la chef officieuse de la prison, est déjà un témoignage en soi. C'est comme si les scénaristes disaient : vous savez ce qu'elle va devenir, le rôle de Wentworth est donc non seulement de vous dire comment elle va le devenir, mais aussi, à travers cette évolution, de vous indiquer qu'elle va devoir faire le deuil d'une part d'humanité. Prendre de l'influence ne se fera pas en un jour, et pas sans y laisser des plumes ; le seul pilote, déjà, montre combien Bea est soumise aux influences, aux manipulations, aux punitions, aux accusations. Vu la tournure que prend la fin de cet épisode inaugural, ça ne va pas s'arranger de si tôt ! Et c'est finalement le tragique message de Wentworth, qu'une série carcérale sans l'aspect "prequel" ne pourrait pas dire de la même façon, et en tous cas certainement pas si vite : on n'entre pas en prison en ayant la carrure pour mener les autres prisonnière. Cela s'apprend. Et chaque étape de cet apprentissage coûte.
Bien-sûr, Oz nous dit parfois ce genre de choses, mais jamais de façon aussi nette et crue, et certainement pas de façon aussi définitive. Le fait que Wentworth s'inscrive dans une narration qui la précède de trois décennies lui donne tout son sens, souligne toute sa cruauté.

Dans tout ça, quelques regrets tout de même. D'abord, la façon dont, peut-être, la violence est peut-être trop rapidement présente dans cet épisode ; pardonnez que je me répète, mais les derniètes minutes de cet épisode inaugural sont très éprouvantes, non seulement parce que le téléphage est tenu en haleine, mais aussi, voire surtout, parce que sa confusion est entretenue. Ensuite parce que cela devient peut-être un peu trop rapidement, justement, une question de pouvoir : en-dehors de Bea, les personnages seront assez peu fouillés. Certains, comme Franky Doyle, n'ont pas besoin de l'être beaucoup : les spectateurs australiens qui connaissent leurs classiques savent bien qui est Franky, un autre personnage important de la mythologie Prisoner. Mais c'est beaucoup plus dommage pour la plupart des autres, réduits à quelques passages un peu stéréotypés (comme la petite vieille qui s'est mis en tête de rétablir la paix dans le bloc H, ou la mère qui vit là avec sa petite fille en bas âge...). Evidemment, cela n'empêche nullement ces personnages de se développer progressivement : on parle bel et bien d'un pilote ici, tout n'est pas joué. Mais il ressort une impression de superficialité, voire peut-être même de gratuité, qui ne donne pas envie. Dans un registre similaire, Capadocia donnait plus de substance à ses héroïnes.
Enfin, et il faut le noter (je vais aller lire quelques reviews maintenant que j'ai vu le pilote, je pense que plusieurs critiques australiens doivent l'avoir relevé), il y a une certaine victimisation de Bea Smith ; les raisons de son incarcération ont changé, et ce n'est pas innocent. Au lieu, comme dans Prisoner, d'avoir étranglé la maîtresse de son mari et abattu celui-ci, Bea s'est ici rebiffée contre un mari violent qu'elle a cherché à empoisonner au gaz de pot d'échappement. Une fois, juste une fois, j'aimerais qu'on essaye de m'inciter à me mettre dans la peau d'une vraie criminelle, pas d'une criminelle avec des circonstances atténuantes qui justifieraient presque le spectateur plaide pour qu'on relâche la pauvre femme.

L'expérience Wentworth vaut donc la peine, même si, comme moi, vous n'avez pas fait l'effort de regarder la série originale Prisoner. Il ne faut cependant pas vous attendre à une claque, ou en tous cas, pas une claque durable : les effets de ce pilote s'autodétruisent quelques minutes après son visionnage, vous laissant, à la place du souffle coupé qui était le vôtre au terme du pilote, avec une curieuse impression de vide. La vérité se situe sûrement quelque part au milieu...

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 21:39 - Review vers le futur - Commentaires [2] - Permalien [#]


Sans honte aucune

On ne peut quand même pas tester des pilotes de chefs d'oeuvre tout le temps. Et tant mieux ! Après tout, qui voudrait sans cesse tomber sous le charme d'une nouvelle série ? Bon, si, oui, sûrement que dans les premiers temps ce serait chouette. Mais après ? Après ça deviendrait lassant. Après on se plaindrait qu'on ne peut plus mitrailler un pilote en plein vol. Après ça serait tellement toujours bon qu'on finirait par s'ennuyer. Un peu comme moi devant la deuxième saison de Game of Thrones, par exemple, tiens.
Je sais pas pourquoi je parle de Game of Thrones parce que, comme vous allez voir, avec cette nouvelle série du #pilotmarathon, on est un peu à des années-lumière...

HittheFloor

Il y a deux étés de ça, ce qui ne nous rajeunit pas, je vous parlais avec emphase et joie du pilote de Single Ladies.
Attendez, non. Je suis en train de réécrire l'histoire, là. La vérité c'est en tous cas que je vous en parlais. Juste un peu. Bon d'accord, beaucoup. Pas à la folie, mais presque. Et plus je regardais, plus je me marrais comme une petite folle devant les répliques de Keisha, perpétuellement over the top. Le sens de la formule qui atterrira dans un gif sur tumblr dans quelques heures : c'est ça, le génie d'une série originale de VH1. Et à partir du moment où on le sait, pourquoi pas ?

Hit the Floor va en réalité plus loin que Single Ladies. Là où cette dernière se contentait d'allumer gentillement avec quelques scènes légèrement sensuelles (en tous cas, en début de première saison, ça s'est ensuite pas mal assagi), Hit the Floor montre des filles qui se trémoussent en short minuscule et ultra-moulant.
Quand une série circule avec les feux d'allumage en mode plein phare, on se doute qu'elle ne va pas faire dans la dentelle ; Hit the Floor ne prétend pas avoir inventer la weave à couper le beurre. C'est tellement assumé qu'on ne voit pas de raison de bouder son plaisir. Et surtout, les performances sont quand même suffisamment à la hauteur pour qu'on n'ait pas l'impression d'assister à un spectacle de danse exotique ; techniquement, c'est même vachement impressionnant par moments, même si clairement, certaines actrices sont visiblement des danseuses de formation, et pas d'autre (et encore, certaines sont plus ballet, d'autres plus hip hop). Ca donne un spectacle qui a de la gueule, voilà la vérité.
Et après tout, si elles sont contentes de se trémousser en short minuscule et ultra-moulant, qui suis-je pour leur contester ce droit ?

Alors, après, je confesse bien volontiers que j'ai vu A Chorus Line trois fois depuis dimancher dernier (pendant l'un de ces visionnages, ma soeur a gentillement glissé un "et pourquoi t'avais arrêté la danse, déjà ?", c'est ça, remue le couteau dans la plaie), que je suis un peu en manque de Single Ladies parce que je n'ai toujours pas trouvé de date pour la diffusion de la saison 3 (en fait Hit the Floor a l'air d'avoir récupéré la case cet été, ça pue méchamment), et toutes sortes d'autres raisons qui font que le pilote avait ses chances de fonctionner sur moi. Plus les phrases over the top, genre celle-ci. Un régal pour votre serviteur !

J'aimerais dire que j'ai honte ; j'aimerais, sincèrement, passer pour une téléphage de bon goût auprès de tous en permanence. Mais en même temps je m'en fiche un peu de votre opinion, parce que je me tape sur les cuisses pendant que des danseuses pas fâcheuses à regarder se regardent en chiens de faïence et s'organisent des dance battle pour un oui, pour un non.
Et puis, ça serait lassant. Dans mon menu, il y a de la place pour du Orphan Black comme du Hit the Floor. D'ailleurs ça ne vous ferait pas de mal, à vous non plus, tiens ! Allez, zut à la fin, c'est l'été après tout. Ne regardez pas par la fenêtre, continuez de me lire. Et l'été, c'est le moment de se détendre un peu, que diable ! Alors Hit the Floor pour cet été ? Adjugé.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 19:41 - Review vers le futur - Commentaires [0] - Permalien [#]

Héroïne

On respire un grand coup... inspirer... expirer... recommencer l'opération : inspirer... expirer... Il est temps de parler du nouveau pilote de ce #pilotmarathon, Orphan Black. J'ai pensé à dire que j'étais plutôt contente de ce marathon pour le moment ?

OrphanBlack

Je n'ai pas un esprit très scientifique à la base. Les gens qui me parlent de connexions neuronales, de signal électrique qui influe sur mes émotions ou mon comportement, ou Dieu sait quoi d'autres, je les prends rarement au sérieux, avec le sentiment qu'ils passent à côté d'une expérience humaine au nom d'une connaissance scientifique déshumanisante.
Mais là, tout de suite, je suis dans l'un de ces moments où j'aimerais bien être un peu plus rationnelle, plus curieuse du fonctionnement de mon cerveau, et savoir quel est le procédé qui met le téléphage dans cet état.

Quel état ? Mais si, vous savez. Ce moment où vous finissez un épisode et où votre tête est en ébullition, votre coeur bat la chamade, et vos mains agrippent les accoudoirs (si vous êtes vraiment coutumier de la chose, vous devez même avoir creusé des encoches dans votre fauteuil, à force). Sous votre crâne, c'est un peu le 14 juillet, vous pouvez sentir le feu d'artifices partir en un immense bouquet final. La raison ? Vous venez de regarder un épisode épatant. Ca m'arrive souvent avec les pilotes, mais moi je suis pilotovore, il faut dire ; ça peut se produire avec absolument n'importe quel épisode en tous cas. Et en tous ca, en cet instant précis, vous ressentez cette soif de voir plus.
Plus. Plus. Encore plus !

Je n'ai jamais touché aux drogues, Monsieur l'Agent, mais je pense que ça doit ressembler à ça après un bon trip à l'héroïne. Et vu qu'il est plus facile de se procurer des séries que de l'héroïne, je trouve que c'est un bon deal, dans le fond.

Qu'est-ce qui est en jeu à ce moment-là ? D'où vient cette excitation ? Comment le câblage de notre caboche permet-il que nous soyons si désireux de nous plonger dans un nouvel épisode ?
Ce serait intéressant de le savoir, et de comprendre ce qui fait qu'à cet instant le téléphage ne s'appartient plus vraiment. Pendant quelques secondes à quelques minutes, selon plusieurs facteurs (tel que son degré de téléphagie et la qualité de l'épisode en question), il a fusionné avec la série, il ne peut penser à autre chose, tout ce qu'il veut, c'est en voir plus, plus, encore plus !

Ce qui me fait peur, lorsque je vois une série qui me plonge dans cet état, ce n'est pas de ne pas savoir sur quel bouton l'épisode a appuyé pour me plonger dans un océan de délice et d'anticipation. Je suis une victime consentante. Quel que soit le procédé utilisé, je m'en fiche... pourvu qu'on recommence bientôt ! Très bientôt ! Ce qui m'intrigue en revanche, ce qui m'inquiète, ce qui très franchement me rend parfois même anxieuse au plus haut point, c'est de chuter. Que le deuxième épisode soit moins euphorisant que le premier. Que cette envie de plus, plus, encore plus, retombe comme elle est venue. Que peut-être je me sois menti sur l'efficacité de ce premier épisode.

Le pilote d'Orphan Black est bon, sincèrement. Son héroïne est tout de suite très sympathique, son univers se pose à la fois comme accessible et dense, et le personnage faisant office de comic relief fonctionne à merveille, ce qui aurait pu ne pas marcher voire même décrédibiliser une partie de l'univers sombre qu'Orphan Black essaye de construire.
Alors ce premier épisode est bon... Mais est-il fantastique ? Pourquoi lorsqu'il s'est terminé, me suis-je écrié, tout en désincarcérant mes doigts de mes accoudoirs : "nooooon, me laissez pas comme ça" ? Est-ce parce qu'on me l'a vendu comme étant bon que je suis dans cet état ? Je peux être influençable, parfois. Pour bien faire, il faudrait que je vérifie. Peut-être que la seconde fois est moins bonne. Peut-être que le troisième épisode n'est pas aussi efficace.
Ou quand le désir de garder un esprit critique annule toute possibilité d'avoir un esprit critique.
Il faut que j'en voie plus pour me prononcer. PLUS. PLUS ! ENCORE PLUS !

J'ai fini ce pilote il y a presqu'une demi-heure, et je ne redescends pas. Des expériences comme celle-là valent bien tous les bad trips du monde devant Clone Baby.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 18:13 - Review vers le futur - Commentaires [2] - Permalien [#]

Même pas peur

Il est de notoriété "publique" que je suis facilement impressionnable. Les quelques posts dans lesquels j'ai évoqué The Walking Dead le confirment, en cas de doute. Et du coup, c'était pas trop mon année, entre The Following, Hannibal, Hemlock Grove et autres Bates Motel, sans parler de la nouvelle saison d'American Horror Story, j'avais de grandes chances pour dormir lumières allumées pendant une bonne partie de la saison. Jusque là, en-dehors de The Following (dans laquelle le plus atroce était sûrement le scénario), je ne m'étais pas trop risquée à aller regarder ce qui s'était fait dans le domaine du gore et/ou de l'horreur. Mais à la faveur du #pilotmarathon, j'ai décidé de me prendre en main, et me voilà à toquer à la porte du Bates Motel...

BatesMotel

C'EST TOUT CE QUE T'AS, NORMAN BATES ?
Evidemment, je m'attendais à bien pire : c'est le propre des petites natures. On commence à nous dire que quelque chose est malsain, on nous le vend comme sûrement un peu choquant, et on nous rappelle que c'est prequel d'un célèbre film d'épouvante (que je ne me suis, pour les mêmes raisons, pas amusée à regarder ; déjà pas courageuse, alors téméraire...), et tout de suite on se fait des idées. On prend des précautions. On programme une touche d'appel rapide pour les urgences. On pose des miroirs autour du bureau pour garder un oeil sur la porte d'entrée. On camoufle un ours en peluche près de l'écran de l'ordinateur. Ce genre de menus détails auxquels on reconnaît les chochottes comme moi, quoi.
...Et finalement, en-dehors, attention au spoiler après la virgule, d'une scène de viol insoutenable (j'aime à penser que c'est le propre d'une scène de viol, à la rigueur), vraiment ça s'est très bien passé.
Fin du spoiler.

Ah, je ne dis pas qu'on s'éclate, dans Bates Motel. Faut ptet quand même pas pousser. Mais enfin, même la relation mère-fils malsaine, finalement, on s'y fait. C'est atroce à dire, mais une fois qu'on a compris la dynamique entre les deux personnages, on ne voit même plus qu'à moitié le problème.
D'ailleurs, maintenant qu'on en parle, je crois que ma tolérance aux familles profondément dysfonctionnelles est inversement proportionnelle à ma tolérance aux scènes de violence, à la réflexion. Pas encore décidé de ce qui était pire...

Mais enfin, voilà, finalement, en-dehors d'une scène un peu difficile (et je doute qu'il s'en passe une comme ça à chaque épisode, en plus), j'avoue mal comprendre l'intérêt de Bates Motel. Encore une fois, je n'ai pas vu le film, et ça m'aiderait sans doute à saisir des enjeux que je ne vois pas pour l'instant (sans même parler des références qui apparemment pullulent dans ce premier épisode, d'après ce que j'ai cru lire çà et là), mais sans avoir vu le film, je me dis que je ne comprends pas le soucis.
Peut-être que le soucis devrait venir d'une séparation entre Norman et Norma, d'une fissure, d'une rupture brutale. Mais comme ceux-ci passent leur temps à se réaffirmer leur tendre romance mère-fils, bon, non, je les trouve finalement plutôt pépères.

Ah ah ah, c'est tout ce que t'as, Norman Bates ? Si c'est comme ça, je commence Hannibal !
...Arrêtez-moi, je vais me faire du mal.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 16:44 - Review vers le futur - Commentaires [2] - Permalien [#]

180 degrés de séparation

Le #pilotmarathon continue avec cette fois une série britannique. J'ai l'impression que ça fait des lustres que je n'ai pas regardé de pilote de série britannique ; je ne sais pas trop pourquoi, au juste, j'ai tant de mal avec les séries de ce pays, quand j'en compte plusieurs parmi celles que je suis avec plaisir. Mais me mettre devant une série britannique, la première fois, reste quelque chose d'assez peu naturel. Voyons donc si nous pouvons arranger ça à la lumière de cette journée spéciale !

LoveandMarriage-ITV

On m'avait vendu Love & Marriage comme une comédie. En tous cas, tout ce que j'en avais vu semblait crier que la série britannique serait, sinon une comédie, à la limite une dramédie. Et pendant une solide demi-heure, c'était vrai. Sauf que ce pilote durait en réalité trois quarts d'heure...

Love & Marriage commence comme une version toute britannique de Modern Family, tournant autour de la dynastie des Paradise, une famille de la middle class on ne peut plus normale. Autour du couple central des parents, formé par Pauline et Ken, gravitent les couples de leurs enfants. La comparaison avec Modern Family se fait essentiellement parce que la série opte pour un format de pseudo-mockumentary, les personnages se présentant à l'écran, sur un canapé, pour parler de leur couple (il y a fort à parier toutefois que l'angle varie pendant les 5 autres épisodes de la série). Si cela facilite l'exposition, et permette de présenter à la fois les personnages et leurs dynamiques de façon efficace, on ne peut pas dire qu'on hurle à l'originalité devant ce procédé éculé.
Et pendant les minutes qui suivent, alors que les couples se succèdent et, forcément, ne se ressemble pas, il est difficile de s'ôter de l'idée que Love & Marriage a trouvé le moyen de parler de familles modernes sans forcément en faire des privilégiés aux préoccupations irréalistes (c'était l'un de mes griefs avec Modern Family). Le ton reste celui de la comédie, même quand les personnages semblent mal à l'aise dans leur vie, à l'instar de Pauline qui vit une grosse journée : c'est la dernière fois qu'elle va au travail, elle sera à la retraite le soir-même, et ne trouve aucun soutien de la part de son mari qui ne semble même pas avoir percuté. Après avoir fait son pot de départ, elle rentre ensuite chez elle où elle a pour mission non seulement d'aider ses enfants, pourtant adultes, à organiser leur vie, mais où elle officie également en tant que traiteur en préparant les petits fours pour le baptême de l'une de ses petites filles le lendemain. Et s'il apparait clairement que le personnage est contrarié, Love & Marriage le traite plutôt à la légère pendant, donc, les deux tiers de l'épisode.

Même si on a plus ou moins vu arriver l'élément perturbateur qui vient mettre fin à ce joyeux bazar, bien malin pourtant celui qui prétendra avoir vu venir le virage à 180° qu'opère le pilote suite à cet évènement.
Ce n'est pas simplement la goutte d'eau, c'est une véritable prise de conscience que le pilote va s'ingénier à dépeindre à la suite de cette scène dramatique (et sincèrement glaçante, le rire du spectateur devenant un hoquet nerveux), avec une intelligence qu'en toute honnêteté on ne soupçonnait pas la série de déployer. Devant incroyablement dramatique, Love & Marriage se décide alors, une bonne fois pour toutes, à prendre Pauline au sérieux, et les spectateurs aussi du coup. Ce qui se produit par la suite, ma foi, est plutôt prévisible aussi, mais c'est avant tout réussi ; Pauline décide de tout plaquer et de s'occuper d'elle. Elle emménage donc avec sa soeur, plantant son mari que rien n'a l'air de vraiment toucher, mais aussi ses enfants. "I'm not going to be a daughter, or a wife, or a mom anymore", décrète notre retraitée avec beaucoup de cran. Le volte-face est peut-être un peu gros, mais il fonctionne, parce que sur le ton de la rigolade, on a eu tout le temps de mesurer à quel point Pauline était une étrangère pour sa propre famille.

Non, Love & Marriage ne veut pas simplement parler des couples de plusieurs générations. Même si le pilote en fait le choix tardivement, la série semble tendre vers quelque chose de plus fin, de plus intéressant : le parcours d'une femme qui veut tout simplement apprendre à se connaître, à apprécier sa vie, pour elle-même. C'est forcément touchant, à défaut d'être, je le répète, original.
Reste que le brutal changement de ton laisse assez difficilement imaginer ce à quoi il faut s'attendre par la suite. Love & Marriage ne compte pour le moment que 6 épisodes, de toute façon ; ça ne devrait pas être très dur de vérifier ce que la série finit par accomplir.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 13:48 - Review vers le futur - Commentaires [0] - Permalien [#]

Down Under Abbey

Changement de registre, et accessoirement de continent, avec un nouveau pilote qui nous vient cette fois d'Australie : A Place to Call Home, dont vous vous souvenez peut-être que nous l'évoquions depuis plusieurs mois parmi les projets australiens. Alors que la série était initialement prévue pour la fin 2012, la voilà qui a finalement commencé en avril. Avec un peu de chance, voilà qui remontera le niveau du #pilotmarathon...

APlacetoCallHome

Parfois on a l'impression de pouvoir deviner ce qui s'est dit dans les bureaux des exécutifs d'un network. C'est tellement évident.
Par exemple, chez Seven Network, en Australie, on a regardé les ventes des droits de Downton Abbey, les récompenses ramassées un peu partout, bref, on a regardé le phénomène Downton Abbey, et on s'est dit : "hey, pourquoi yen a toujours que pour les Britanniques ? Nous aussi on pourrait faire ce genre de série !". Un petit coup de fil à Bevan Lee, créateur des succès Packed to the Rafters et Winners & Losers, et voilà, l'affaire était entendue. Par un curieux hasard, car ce ne peut être qu'un hasard, la série a été lancée dans la case précédemment occupée par... Downton Abbey.

Cela ne signifie pas que le résultat, A Place to Call Home, soit une vulgaire copie. De la même façon que de nombreuses séries japonaises savent s'inspirer du meilleur de la télévision étrangère sans pour autant perdre de vue leur identité ou leur tradition télévisuelle, A Place to Call Home s'inspire profondément des recettes de Downton Abbey, mais ne la copie pas ; en piochant quelques idées ailleurs (un côté "médecine de proximité" vu dans Call the Midwife, par exemple), mais surtout en trouvant un contexte et un esprit ancrés dans l'identité australienne, A Place to Call Home trouve un parfait juste milieu. La seule chose qui semble lui manquer, vous l'aurez compris, est le goût du risque, mais la prise de risque est loin d'être un prérequis pour une série.

Mais au fait, de quoi parle cette série ? D'une infirmière, Sarah Adams, qui revient en Australie après 20 ans d'absence. Ces deux décennies sont assez brumeuses pour le spectateur au début du pilote (le voile est levé progressivement sur le passé de Sarah, mais de façon, reconnaissons-le, un peu brouillonne et confuse, cherchant à créer du mystère de façon peut-être un peu trop visible), mais visiblement, le personnage est blessé, et il devient rapidement clair que Sarah se dédie toute entière à sa profession dans l'espoir de penser le moins possible à son passé. Sarah fait la connaissance, dans le bateau de croisière qui l'amène chez elle, et où elle officie comme infirmière (étant entendu qu'elle ne pourrait s'offrir la croisière par ses propres moyens), de la famille Bligh, plus qu'aisée, qui rejoint sa cossue demeure en Nouvelles Galles du Sud.
Elizabeth, la matriarche de la famille Bligh ayant la santé un peu fragile, et le caractère robuste de façon inversement proportionnelle, Sarah a l'occasion de se distinguer par sa capacité à tenir tête à la têtue vieille femme, ce qui rend Sarah immédiatement sympathique aux yeux de George Bligh, son fils aîné. Lorsqu'à son retour à Sydney, auprès de sa mère, Sarah ne rencontre pas le succès escompté, elle contacte George qui lui offre donc de venir travailler dans l'hôpital que sa famille a fait construire, et qui est gérée par le docteur Duncan. Voilà donc Sarah plongée dans la vie des Bligh, espérant pouvoir commencer la sienne et ainsi tourner une nouvelle page.

Ce qui donne énormément d'intérêt à A Place to Call Home, c'est l'apparente légèreté de beaucoup de scènes, pas seulement au niveau du ton mais aussi de la narration, offrant un rude contraste avec la densité des personnages. Au stade du pilote, on ne connaît que rarement les vraies raisons de leurs tourments, mais ces personnages sont tous rongés par quelque chose, leur complexité est palpable en dépit des dialogues badins. Cela donne immédiatement l'impression non pas vraiment qu'ils cachent de lourds secrets, mais qu'il s'offrent tous, plutôt, un visage plaisant, gardant leurs souffrances pour eux-mêmes. C'est une façon intéressante et fine d'écrire les personnages d'une série qui, sans ce genre de nuances, virerait au primetime soap raté à la Deception.
Sarah, par exemple, se présente d'abord comme une infirmière, puis une nonne, puis une ex-nonne. On apprend au cours du pilote qu'elle a abandonné la religion catholique toute entière pour se convertir au judaïsme (une problématique intéressante, et à ma connaissance inédite dans une série dramatique ; contredisez-moi en commentaires). Il manque plusieurs années de sa vie sur son CV, également. Pour autant, elle ne semble pas avoir quelque chose à cacher, elle le cache plus à elle-même qu'aux autres ; la nuance est de taille. D'autres personnages, tel l'autre fils d'Elizabeth, le torturé James, vivent une situation similaire, par exemple. Ils veulent aller de l'avant mais ne le peuvent pas, parce que ce qui encombre leur âme les retient ; pour une série qui se suit de façon plutôt légère, A Place to Call Home fait donc un brillant travail pour ne pas vider ses héros de leur substance.

Le pilote de A Place to Call Home, à mesure qu'il progresse, tire de plus en plus partie des grands espaces, sortant de l'asphyxie claustrophobe qui est parfois celle de Downton Abbey pour nous montrer une Australie à la fois domptée et encore un peu sauvage, parfaite métaphore des transitions que vivent les personnages. La comparaison peut sembler redondante, mais il est visible (et c'est ce qui participe à l'identité propre de la série) qu'un effort a été fait non seulement pour jouer sur le côté historique, les toilettes, les beaux décors, mais aussi un côté plus naturel, plus libérateur. A Place to Call Home montre des personnages qui se libèrent, lentement, parfois malgré eux, de l'étau des conventions, et avoir choisi pour cela les années 50 est absolument parfait. J'ajoute que musicalement, ça fait aussi énormément de bien !

Bref, sans se consummer d'ambition, A Place to Call Home offre un spectacle peu osé, mais certain d'avoir à offrir plus, bien plus, qu'une pâle copie d'un succès international, avec de l'émotion peut-être rare, car dissimulée sous des échanges polis et des conversations parfois peu profondes, mais authentique.
C'est pour ça que le #pilotmarathon existe, voyez-vous. Pour rattraper mon retard sur des perles que j'ai laissé échapper ces derniers mois.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 12:36 - Review vers le futur - Commentaires [1] - Permalien [#]


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