ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

02-01-13

Perçons ensemble le mystère féminin

Est-il possible, à votre avis, d'écrire une série basée sur les sujets de genre sans se montrer sexiste ? Est-ce humainement envisageable ? Sincèrement, c'est un rêve inaccessible, ou bien ?
Je ne parle même pas forcément de séries qui vont tomber aussi bas que Work It parce que, bon, il en faut quand même, faut rien exagérer. Mais est-il imaginable qu'un jour, on ne parle pas des genres juste pour en renforcer les stéréotypes ? C'est l'interrogation qui est la mienne au visionnage de la série néerlandaise Lieve Liza.

LieveLiza

L'histoire de cette dramédie est celle de Mark, un journaliste sportif qui ne s'intéresse qu'au foot, et qui apprend un jour que son poste qui est désormais responsable de la rubrique dédiée aux affaires de coeur dans un magazine "lifestyle", comme on dit, héritant d'une longue tradition d'agony aunts tenant anonymement la rubrique intitulée "Chère Liza" (d'où, naturellement, le titre de la série).
Le problème c'est que Mark tient à son image de macho, aussi bien vis-à-vis de ses amis que de sa copine Suus, et qu'il va donc tenter de cacher son nouveau boulot aussi longtemps que possible. Pourtant, en répondant au courrier des lectrices (forcément des lectrices) qui lui demandent des conseils, pensant s'adresser à "Liza", Mark va mieux comprendre les femmes de son entourage, et notamment sa petite amie, à laquelle lentement mais sûrement il devient plus attentif.

Mieux comprendre les femmes. Arrêtons-nous là-dessus. Que veulent les femmes, au juste ?
Parce que ce sont forcément des créatures étranges dont il faut pénétrer les secrets les plus tordus et les plus cryptiques, dont il faut découvrir les étranges rites, les curieux espoirs incompréhensibles, n'est-ce pas ? Eh bien, pour autant que Lieve Liza soit concernée, les femmes veulent porter des couleurs criardes, trouver l'église de leurs rêves pour leurs noces, et sortir les soirs de match (les soirs de match ! Femme, es-tu folle ?!). Alors évidemment, il faut bien toute une série à Mark pour comprendre comment fonctionnent ces être bizarres, et cette série sera Lieve Liza, qui au prétexte de faciliter la communication entre les sexes, ne fait que renforcer les clichés les plus absurdes.
Ainsi, dans les bureaux de la rédaction du magazine "lifestyle", il n'y a que des femmes surlookées, qui boivent du thé à la menthe fraîche et des petits capuccinos dans des bureaux bariolés, et qui se préoccupent de choses aussi vitales que, euh, eh bien, bon. Aucune chose vitale parce que quand même restons sérieux. En revanche, dans le milieu du journalisme sportif, où les bureaux sont gris et où tout le monde (c'est-à-dire uniquement des mecs) vient bosser en austère costume trois pièces, on prépare rien de moins qu'une interview de Maradonna (et non Madonna comme cette conne de rédac'chef "lifestyle" le croit), légende internationale de ce noble sport qu'est le foot.
Voilà, le monde est d'une simplicité enfantine, il suffisait de demander.

Fort heureusement, Mark va s'ouvrir à tout cela grâce à sa fameuse colonne "Lieve Liza", et au contact de ses collègues féminines... Lui qui jusque là ne pensait qu'à sa petite personne et au foot, va progressivement s'ouvrir aux préoccupations des femmes de son entourage ; on pourrait alors penser que je fais vraiment ma féministe enragée de bas étage, et se dire que Lieve Liza ambitionne quand même, au final, de réconcilier hommes et femmes, même si pour cela, sa situation de départ a dû établir une démarcation caricaturale entre hommes et femmes (une situation de départ où les femmes prennent un petit verre de vin rouge sur leur terrasse dans un maquillage impeccable, quand les hommes se retrouvent dans un bar qui sent la transpiration avec une bière à la main).
Sauf que non, désolée. Mark, dans ce pilote, prend les femmes plutôt en pitié qu'il ne les comprend ; il entre dans leur monde comme s'il s'agissait vraiment des antipodes du sien, pas comme s'il s'agissait du même monde qu'hommes et femmes partagent. Lieve Liza ne gomme pas les différences arbitraires qu'elle a construites pour montrer que Mark vit dans un monde rempli de cliché, elle les renforce ; son personnage principal apprend simplement à être à l'aise dans les deux. Vous me direz que c'est déjà bien... mais on est quand même supposés s'être affranchi de ces clichés il y a une ou deux décennies minimum, non ? Enfin, bon, certes, il faut admettre que globalement, Lieve Liza, en dépit de sa réalisation plutôt propre qui lui permet de n'être pas totalement confondue avec un épisode d'un sitcom AB Prod quelconque (il s'en est fallu du peu), semble quand même vivre dans le passé. A en juger par les couleurs chatoyantes et la bande-son (le bar où Mark et son meilleur pote se retrouvent propose comme musique de fond du Ricky Martin et du Lou Bega...), Lieve Liza n'est pas d'un fol enthousiasme quant à son appartenance à l'année 2012 (le pilote ayant été diffusé en décembre dernier).

Alors les filles, on leur explique ? On leur donne le vrai secret des gonzesses ? Le truc qui permettra à tous les hommes d'enfin comprendre comment on fonctionne dans nos têtes ? OK, approchez-vous, je vais tout vous dire.

Le voilà, notre secret : en vérité, les femmes veulent la même chose que les hommes !
Elles veulent réussir leur vie privée et professionnelle, faire quelque chose qu'elles aiment, trouver quelqu'un qui les aime, et basta. Elles aiment bien le sexe aussi, le matin elle se lèvent avec la vessie pleine tout pareil, tout comme vous ça les agace quand elles ne peuvent pas faire ce qu'elles veulent alors qu'elles avaient prévu un truc (comme un match... car certaines aiment le sport, même !), et, de surcroit, elles n'affectionnent pas toutes les tenues acidulées et les macarons (ou en tous cas peut-être quand même pas tous les jours à l'heure du thé, d'ailleurs de nos jours qui prend le thé ?!), et ne passent forcément pas leurs débuts de soirée à faire de jolis colliers avec des perles colorées, assise devant leur coiffeuse vintage !
Voilà, vous savez tout.
Eh oui, surprise : le mystère féminin, une fois percé, n'est rien d'autre que le mystère de l'autre. NEWSFLASH : l'autre est comme vous, sauf que c'est pas vous, c'est un autre !

Je sais pas, ça a du sens ce que je dis ? Dites-moi si c'est pas limpide, hein, parce que je me répète de bon coeur, vraiment. Et si c'est pas encore clair pour tout le monde, il y a même urgence à le reformuler autant de fois que possible jusqu'à ce que ça atteigne le cerveau.

Pourquoi Lieve Liza n'imagine même pas qu'une rédactrice en chef d'un magazine ne soit pas capable de faire la différence entre Madonna et Maradonna (surtout qu'elle a visiblement bien connu les années 80) ? Pourquoi Lieve Liza est convaincue que les mecs ont besoin de cours accélérés de gonzessitude pour être compréhensifs avec nous ? D'ailleurs de vous à moi, je me fiche d'être comprise par les hommes plus que par les femmes, je veux juste être respectée par tout le monde pareil et vivre ma vie peinarde, alors si un Mark veut débouler dans le coin avec des airs compatissants après avoir lu trois pages de BIBA, il va être bien reçu...
Combien de temps encore on va supporter ces séries débiles qui décrédibilisent les hommes (ces gnous incapables de penser plus loin que leur nombril, leur bière et leur foot) autant que les femmes (ces êtres incompréhensibles qui se prennent de passion pour la mode, les couleurs fluos et le mariage) ? On devrait pourtant être capables d'avoir d'autres séries sur ce thème, ou, soyons fous, plus du tout de séries sur ce thème, comme ça c'est réglé.

OK, donc Lieve Liza, c'était en décembre 2012. Voilà ce qu'on dit : maintenant que tout le monde est dans la confidence du fameux "mystère féminin", on arrête toutes ces conneries, et on décide enfin d'en finir avec les clichés stupides. A JAMAIS.
2013 sera le début d'une nouvelle ère. On dit ça ? Allez on dit ça.

Posté par ladyteruki à 23:41 - Review vers le futur - Permalien [#]

25-09-12

The sitcom that time forgot

Bon, je sais que je dis ça toutes les semaines ou presque, mais là, ça y est, le coup d'envoi de la rentrée américaine est donné. On va crouler sous les pilotes, on va se vautrer dans les season premieres, ça va être une orgie téléphagique de toute beauté. Toujours dans l'esprit du défi que whisperintherain et moi-même nous sommes lancé, je continue donc à reviewer chaque pilote de la saison. 
Aujourd'hui, c'est au tour de Partners, dont les critiques assassines m'avaient fait redouter le pire...

Partners

Ne perdons pas de vue ce que signifie réellement le terme : "mauvais". Ce terme est synonyme de Brothers, ou de Work It. A contrario, le terme "mauvais" n'est pas synonyme de "peu original", ou de "déjà vu cent fois notamment dans une série précédemment créée par la même équipe".
Quand les gens (généralement les journalistes donnant leur avis à l'issue du TCA press tour) commencent à dire qu'une série est mauvaise, je forme toutes sortes d'images dans ma tête, histoire de me préparer au pire (voilà pourquoi, ladies and gentlemen, il faut éviter le buzz du printemps sur les séries de l'automne, entre parenthèses). Mais ce que je commence à imaginer n'a rien à voir avec ce qu'est au final le pilote de Partners. Rien du tout.

Alors oui, la situation de Partners, on l'a déjà vue quelque part, et pour cause : c'est celle esquissée dans Will & Grace chaque fois que les deux protagonistes éponymes étaient en couple au même moment. Une relation totalement platonique qui rivalise involontairement avec deux autres qui ne le sont pas. Et ce n'est pas surprenant d'avoir affaire à cette histoire ; ça fait des années, mais littéralement des années et des années, que Kohan et Mutchnick tentent de la vendre à une chaîne... parce que c'est la leur !
Vous attendez de ces mecs-là de l'originalité ? Vous allez être déçus : ils font partie de ceux qui appliquent à la lettre l'adage "write about what you know". C'est comme tenter une série de Fran Drescher et espérer qu'elle n'y déverse pas 80% de contenu autobiographique et 20% de gags visuels ! Pour autant, est-ce que c'est mauvais ? Non. C'est juste totalement prévisible. Il y a une nuance.

Mais qui a besoin d'imprévisibilité dans toutes les séries qu'il regarde ? Il y a des séries qui nous surprennent, des séries qui nous émeuvent, des séries qui nous réchauffent simplement le coeur... un bon menu téléphagique annuel est toujours varié ! On ne regarde pas toutes nos séries pour la même raison. Sans quoi personne ne serait capable de regarder à la fois Portlandia et The Good Wife. Non ? Que moi ? Ah.
En fait j'aurais même envie de dire qu'en matière de sitcoms, il n'est pire ennemi que l'originalité du pitch. Regardez ce qui se passe quand on essaye de changer des formules famille/groupe d'amis/boulot : c'est presque invariablement un aller simple pour l'Enfer. Les pitches les plus originaux en matière de sitcom donnent de véritable cauchemars : Cavemen, par exemple, ça c'est un pitch original, hein ? CQFD. Tiens, Work It, qu'on mentionnait plus haut, c'était plutôt original, aussi, comme idée. Et vous voulez qu'on parie sur The Neighbors ? Pour une comédie en single camera, peut-être que la prise de risque est moins grande, mais pour une multi-camera, il vaut mieux rester dans les clous, et enrichir non pas la situation mais les personnages et leurs réactions. C'est ça, l'intérêt d'un sitcom !

Mais le plus important, pour un sitcom, c'est d'être drôle, je crois qu'on sera tous d'accord là-dessus. Et si on enlève la question de la situation prévisible, qui n'est pas un critère d'humour, il faut admettre qu'il y a de bonnes répliques dans Partners. Elles sont efficacement écrites, même si elles sont parfois délivrées de façon exagérée (notamment par Urie). J'ai ri plusieurs fois, à voix haute, du genre à faire trembler les murs de l'immeuble. Dieu sait que ça m'arrive très sporadiquement avec un sitcom.
Alors oui, ayant englouti une intégrale de Will & Grace il y a deux ans à peine (en moins de deux mois), je suis forcément bon public pour la formule, et ça joue probablement. Je suis très contente de retrouver la recette d'un sitcom qui avait su me faire rire : c'est suffisamment rare pour que je sois prête à renouveler l'expérience quand l'occasion s'en présente.

Et puis, il s'avère que je les trouve aussi attendrissant que les héros de Will & Grace, ces deux gars. J'aime bien leur dynamique, quand bien même elle n'apporte rien de nouveau au paysage télévisuel... elle fonctionne ! L'énergie personnelle des créateurs de Partners transparait à travers les scènes, et quand un pilote renvoie une impression de sincérité et d'authenticité, on ne peut pas réellement lui en vouloir de ne pas sortir des chantiers battus. Moi, en tous cas, je ne le peux pas.

Alors le pilote de Partners, au moins en ce qui me concerne, il n'a rien à se reprocher. Un peu de surjeu ça et là, sans doute. Bon. It comes with the territory. Je ne suis pas encore très convaincue par l'un des personnages (Wyatt, dont je n'avais même pas retenu le nom tant il est sous-employé et sans intérêt dans ce premier épisode, et qui mériterait peut-être qu'on insiste sur son côté un peu simplet), mais pour le reste, allez hop ! On est repartis comme en 1998 !

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 19:54 - Review vers le futur - Permalien [#]

14-08-12

Anemic Practice

Vous le savez désormais, en cette rentrée, whisperintherain et moi-même avons convenu d'un petit défi à deux : nous regarderons absolument chaque pilote de cette saison, et nous rédigerons, chacun de notre côté, un post pour absolument chacun de ces pilotes. C'est donc la suite de cette grande aventure et, à la fin de ce post, vous trouverez bien évidemment un icône sur lequel il vous suffira de cliquer pour accéder à la critique du pilote de whisper (je l'ajouterai lorsqu'il l'aura rédigée ; nous ne les posterons pas nécessairement de façon absolument simultanée), et ainsi lire nos deux avis sur un même pilote... Aujourd'hui, c'est le pilote d'Animal Practice que je me propose de passer en revue.

AnimalPractice

Et je pense pouvoir dire avec la plus grande certitude que je n'avais plus autant pas-ri depuis Work It. Du coup, je salue la performance, parce que c'est pas donné à tout le monde de tomber à ce niveau.

Comme dans toute grande comédie, le coup de génie vient du cast. On parle quand même d'une série dans laquelle Tyler Labine est embauché et où il parvient à ne pas être l'acteur le plus nul de la distribution ; ça force le respect. Mais plus encore : on dira ce qu'on voudra de Justin Kirk (moi, ma maman m'a appris que si on n'a rien de gentil à dire, il vaut mieux se taire ; d'un autre côté à quoi ça servirait d'avoir un blog, c'est vrai), mais dans le cast, on compte UNE véritable réussite, le symbole de tout ce qui fait que les casting directors méritent leur salaire au centuple : Dr Rizzo le singe.

Avoir pensé au singe, c'est vraiment brillant. Sans lui, Animal Practice serait un fiasco total, et vaudrait un Brothers ou un Cavemen... mais avec, wow ! Là ça deviendrait presque drôle. Je vous dis, c'est littéralement du niveau de Work It, étant donné que le singe est interprété par une femelle capucin ! Imaginez le travail de composition qu'il y a derrière.
D'accord, les gags avec le singe ont été vus cent fois, et à la place du capucin, j'en toucherais deux mots à mon agent parce qu'il y a du typecasting là-dessous, mais enfin, admettons-le, ce sont les seules fois où on n'a pas envie de descendre dans les locaux de NBC avec du gaz sarin.

Donc, je récapitule : les gags sont convenus, en plus d'être atroces ; l'intrigue est famélique ; le contexte n'a rien de drôle a priori et confirme cette intuition pendant l'épisode ; et pour finir le cast est à la ramasse. Même les 10 tonnes de mascara et les battements de cils de Joanna Garcia n'y peuvent rien, c'est foutu.
Vous comprendrez que dans ces conditions, je ne vais pas y passer la nuit : Animal Practice, l'une des ignobles bouses de la saison, point barre.
Oh, ce ne sera sans doute pas la seule. Ne doutez pas qu'un sort à peine plus enviable leur sera réservé, en temps voulu, ici même.

...Pendant ce temps, j'imagine que, quelque part, Amy Huberman rit sous cape d'avoir réussi à échapper aux griffes d'Animal Practice. Well done.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 19:47 - Review vers le futur - Permalien [#]

22-01-12

Ennui ferme

Il n'y a pas beaucoup de séries dont, cette saison, je puisse dire que je n'ai pas vu l'intégralité du pilote. En dépit de la nausée qu'ils ont provoquée, les pilotes de Rob! ou Work It, par exemple, ont été vus de bout en bout. D'accord, je l'ai regretté, mais au moins j'ai tenu.
Pour The Firm, c'est une toute autre histoire.

Peut-être que j'aurais dû regarder le film avant. Ou peut-être que ça n'aurait rien changé. Mais je n'arrivais à m'intéresser à rien, ni à l'histoire, ni aux personnages.

Au bout d'environ 20 minutes, constant que mon esprit avait commencé à vagabonder ailleurs depuis un bon moment, j'ai essayé de me replonger dans l'épisode. C'est à ce moment que j'ai réalisé que je n'avais réellement enregistré que les yeux bleus de l'interprète principal et l'impression que Molly Parker avait eu recours à de la chirurgie (allez, ma grande, tu ne me feras pas croire le contraire, j'ai vu du Twitch City et Swingtown). Tout le reste m'avait totalement échappé. Je l'avais vu, aucun doute possible, mais pas regardé.
Et là, il ne me restait plus qu'à admettre que la partie était perdue.

En soi, The Firm n'a pas l'air d'être une mauvaise série. La réalisation n'a pas l'air mauvaise, le casting, eh bien, on a vu pire je suppose, et l'histoire ne me rebutait pas, mais quand, après 20 minutes, on n'est capable de se rappeler que de deux images, ça ne sert à rien d'insister.
Pour moi, le pilote de The Firm, c'est donc ça :

EnnuiFerme-1

EnnuiFerme-2

Et rien d'autre. C'est dire si c'est pas un tag que je risque de réemployer souvent.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture (dont moi) : la fiche The Firm de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 22:21 - Review vers le futur - Permalien [#]

13-01-12

Are you there, shitty sitcom? It's me, NBC

Cela vous paraitra probablement étrange de la part de quelqu'un qui aime lire des autobiographies, mais peu de choses m'énervent autant que les séries ostensiblement commandées pour s'intéresser au passé d'une personne célèbre. Je trouve que c'est un manque effroyable d'imagination, une technique de vache à l'ait insupportable. Everybody Hates Chris, par exemple, n'est pas drôle ET épouvantablement égocentrique. Are you there Chelsea? : même chose.

Vodka

On est d'accord qu'il y a des nuances, et/ou des exceptions. Et jamais vous ne me verrez reprocher à Rude Awakening ou Titus leurs vertus biographiques, ce sont même de véritables plus à mes yeux, amplement commentés dans ces colonnes. Mais derrière la démarche de ces derniers, il y a moins la volonté de mettre la personnalité en avant, qu'une réelle expérience (et une vision de l'humour toute personnelle). Are you there Chelsea? est au contraire totalement artificielle, aussi bien dans son sujet que dans sa façon de le traiter. On n'y décèle aucune personnalité, ce qui est un comble !

Ce genre de série m'évoque, au mieux, les 712 pitches de films et de séries qui, chaque année, se déroulent à Hollywood ou New York ; dans ces séries-là, systématiquement, le personnage principal est une scénariste qui ne parvient pas à vendre son projet et fait des petits boulots (The Minor Accomplishments of Jackie Woodman), le personnage central est un humoriste divorcé à la vie personnelle en déroute (Louie), le héros est un acteur sur le retour (The Paul Reiser Show), etc... Les mecs ne se fatiguent même pas à faire semblant de se trouver un contexte un peu original, une profession imaginaire, un itinéraire bis. Ils s'interprètent eux-mêmes, à un tel point qu'on se demande si ce ne serait pas plus simple de se lancer dans une émission de télé réalité... (quoique, Fat Actress et The Comeback dansaient sur la ligne de démarcation entre les deux).

Ces travers autobiographiques, Are you there Chelsea? en fait la démonstration sans que, toutefois, la célébrité qui en est à l'origine ne passe devant la caméra, ce qui permet de faire mine de prendre de la distance. Ce devrait donc être une plutôt bonne nouvelle.
Le problème que j'ai, et qui m'empêche de trouver que c'est une bonne idée, c'est que je trouve que de toutes les actrices de la création, Laura Prepon est probablement la moins drôle. Depuis That 70s Show, j'ai toujours l'impression qu'elle est incapable d'interpréter la moindre scène sans se tordre de rire, et très franchement, une actrice qui rit avant d'avoir prononcé la moindre blague drôle, ça me coupe tout, un vrai tue-l'amour. Mais plus tard, j'ai aussi découvert qu'elle ne m'apparait pas plus crédible dans des rôles plus sérieux, genre October Road. Elle n'est donc pas drôle, pas touchante, et dans une série sur une nana qui veut reprendre sa vie en main, l'un comme l'autre font gravement défaut.

Il est vrai que pour ne rien arranger, Are you there Chelsea? n'a pas vraiment hérité des meilleurs dialogues de la création. On est dans la veine de 2 Broke Girls, la passion pour les vannes débitées d'un air mutin par Kat Dennings en moins (ce qui est quand même le seul véritable à-peu-près-atout de ladite comédie), c'est sans âme.

Eh oui, sans âme. J'aimerais pouvoir retrouver ce sentiment que j'ai quand je revois des épisodes de Rude Awakening, où l'alcoolisme et la vie de débauche sont vus avec un humour véritable, personnel, et en même temps touchant quand l'occasion se présente. J'aimerais pouvoir dire qu'une autre série est capable de faire quelque chose de bien sur un thème similaire. J'aimerais pouvoir vous dire que, wow, c'est vraiment drôle et original ! Mais non, c'est du sitcom bête et méchant, sans aucune plus-value.

Nan mais alors ok, si on veut la jouer comme ça, à faire des autobiographies à la con parce qu'on n'ose pas faire des trucs plus originaux par frilosité, alors d'accord. Je vous annonce donc la sortie de ma biographie, Are you there, strawberry milkshake ? It's me, lady, prochainement dans toutes les bonnes librairies. Les droits d'adaptation sont à céder.

Quand à la prière au Dieu du sitcom pourri, on l'a vu avec How to be a Gentleman, Whitney et Work It, tous les networks le prient, en ce moment. Pour l'heure, je n'ai pas encore regardé Rob!, mais je vous avoue mon très relatif optimisme.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Are you there, Chelsea de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 12:49 - Review vers le futur - Permalien [#]

06-01-12

Band of Sisters

Quand il s'agit de s'évader hors des USA, mais de rester dans le cadre de la fiction anglophone, nombreux sont les téléphages qui optent en premier lieu pour la Grande-Bretagne. Bien qu'y était venue tard (principalement pour cause d'allergie à l'accent), je ne saurais le leur reprocher car on y trouve d'excellentes séries. Pour ma part je vous ai souvent entretenus de séries australiennes. Je suis notamment bien consciente de vous devoir deux posts de The Slap, et j'ai même eu envie de me refaire une "intégrale" de Cloudstreet. A l'occasion, on a pu évoquer des séries néo-zélandaises également (hélas, j'ai toutes les peines du monde à cagouler le deuxième épisode de The Cult).
Un pays qui, par contre, semble condamné à être sous-représenté ici (et malheureusement quasiment partout ailleurs) est le Canada. Il faut dire que beaucoup de séries canadiennes destinées au grand public semblent recycler des recettes toutes faites, de Lost Girl à Combat Hospital, en passant par les policières King ou Endgame, très peu des séries récentes que j'ai testées ces derniers mois m'ont convaincue. Des séries plutôt de niche, comme Todd and the Book of Pure Evil, ou évidemment The Yard, un peu plus, par exemple. Mais globalement, je suis statistiquement peu charmée par les séries canadiennes.

Alors quand je découvre Bomb Girls, je suis doublement ravie. D'abord parce que c'est une bonne série, et ça fait toujours plaisir de découvrir une bonne série. Et ensuite parce que c'est une bonne série canadienne, et ça fait encore plus plaisir de découvrir une bonne série canadienne.

BombGirls

Bomb Girls s'intéresse donc à ces femmes qui, pendant la Seconde Guerre Mondiale, ont pris le chemin des usines, notamment d'armement, tandis que les hommes partaient, vous l'avez deviné, sur le front. Des femmes qui n'avaient jamais connu que la vie au foyer commençaient alors à travailler, à gagner leur propre argent, à porter des pantalons, à gérer leur vie amoureuse comme bon leur semblait... Eh oui, Bomb Girls est une vraie série sur la libération de la femme, rien à voir avec les mijaurées américaines du début de saison qui ont fait mine d'aborder le sujet pour ensuite s'en écarter.

D'ailleurs, la réplique-phare du pilote de PanAm pourrait tout aussi bien s'appliquer aux personnages féminins de Bomb Girls :

"They don't know that they're a new breed of women".

A la différence que même les hommes autour d'elles n'en ont pas conscience. En fait, les hommes dans Bomb Girls font bien sentir à nos héroïnes que tout cela ne durera que ce que vivent les bombes, et qu'ensuite, ce sera un retour à la normale, qu'elles reprendront leur place.
Rétrospectivement, ça pourrait faire sourire, puisque ce que ces femmes vont changer, plus jamais on ne pourra le leur retirer, mais quand on vient de se coltiner Work It, croyez-moi, ça arrache plutôt une moue de dédain, voir un geste de recul devant la violence verbale décomplexée de certains personnages. Et pourquoi, après tout, ces personnages masculins se cacheraient-ils d'avoir une opinion arrêtée de la place de la femme dans la société ? Ils n'ont rien connu d'autre.

La panoplie de personnages de Bomb Girls reste relativement classique : on a l'oie blanche, Kate, qui échappe aux maltraitances de son père, un prêcheur tyrannique, et a besoin de ce travail à l'usine pour maintenir son indépendannce ; il y a à l'inverse Gladys, fille d'un fabricant d'armes riche qui l'a fiancé à un jeune Américain tout aussi riche, et qui intègre l'usine à l'un des rares posts administratifs ; il y a Betty, la forte tête indépendante et bosseuse qui forme les nouvelles arrivantes ; et enfin, il y a Lorna, la matriarche qui veille sur les ouvrières tout en gagnant la croûte de sa maisonnée et en attendant le retour de ses deux fils au pays. Collègues, amies, soeurs, ou peut-être autre chose encore, ces femmes travaillent à la fois pour leur pays, pour ceux qui sont au loin, et pour elles-mêmes.

Les profils n'ont rien de follement original, et les intrigues sont relativement attendues vu le contexte, mais les protagonistes sont variées juste ce qu'il faut pour que l'expérience de chacune offre un regard différent sur les étapes importantes franchies par ces femmes. D'autant que, pour atténuer le stéréotype, les actrices les campent avec beaucoup de conviction qui les rendent instantanément sympathiques.
Il me parait difficile de nier qu'il n'y a rien d'extraordinairement novateur dans Bomb Girls. Mais peu de séries ont su, jusqu'à présent, ce pencher sur l'arrière, cette facette de la Seconde Guerre Mondiale qui a pourtant eu tout autant d'impact que ce qui se passait au front. Bomb Girls offre de très jolis portraits, des intrigues bien menées, une bonne dose d'émotion et une photographie de l'époque qui nous transporte immédiatement.

La réalisation, bien que parfois légèrement trop propre, parachève l'excellent travail. Bomb Girls est une série qui a l'ambition de faire du bon boulot, en s'en donnant les moyens, mais sans en faire trop. Son bon goût la sauve du pathos ou de la simple reconstitution pour lui permettre de systématiquement parvenir à son objectif : raconter avec beaucoup de justesse et un peu d'émotion comment des femmes ont pris leurs vies en main. Juste avant d'aller arracher les cojones de ces Messieurs, donc.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Bomb Girls de SeriesLive. Pour le moment un peu sommaire, je vous l'accorde.

Posté par ladyteruki à 11:14 - Review vers le futur - Permalien [#]

En l'espèce, menacée

Il m'a fallu dix bonnes minutes, à la fin du visionnage, pour arrêter de pleurer et commencer à rédiger mon post sur Work It.

WorkIt

Ainsi donc, c'est à ça qu'on en est rendus ? A une époque où de plus en plus de séries nous disent combien il est difficile de trouver un boulot actuellement (Hung, Jane by Design, ou, à présent, Work It), et d'ailleurs grand bien leur fasse, il faut que l'une d'entre elles se pique de prétendre que c'est plus facile pour des femmes ?
SERIEUX ?

Au début de la saison, la guerre des sexes a été déclarée avec les comédies Last Man Standing, Man Up!, et How to be a Gentleman, qui nous ont affirmé dans un appel à l'aide déchirant que les hommes étaient une espèce menacée. On ne regrette pas celles de ces séries qui ont disparu. Rendez-vous compte, les femmes sont tellement bien dans leur peau de nos jours qu'elles forcent les hommes à... euh... rien. Mais c'est très menaçant cette façon qu'elles ont de le faire !!! De... ne pas le faire. Enfin bon, vous m'avez comprise.

Maintenant, Work It nous sort un pitch dans lequel les seules alternatives au chômage, c'est soit récurrer les toilettes d'un fast food, soit se déguiser en femme pour bosser dans la vente ?! C'est comme si les trois premières séries avaient été la mise en garde : attention, messieurs, vous êtes en train de vous faire émasculer, si vous ne prenez pas garde vous allez devenir des femmes... LITTÉRALEMENT ! Et voilà, Work It tombe quelques mois plus tard comme pour murmurer : "on vous avait prévenus pourtant".

Oh non, je comprends très bien. Le travestissement à des fins comiques n'a rien de machiste, n'est-ce pas, cela fait des décennies qu'on l'emploie sans aucun problème et ça ne veut rien dire... en général dans les plus mauvaises comédies qui soient, mais qu'importe. Et puis c'est vrai d'ailleurs, Work It est, tout simplement, une mauvaise comédie, pas drôle, avec des gags fatigués, des acteurs sans panache, des dialogues creux. C'est ça l'essentiel de son crime, n'est-ce pas ? Et puis c'est pas sexiste, regardez, à la fin le mari réalise qu'il a pas traité sa femme comme il aurait dû, rho, si c'est pas mignon.
Eh bien non, désolée. Je n'arrive pas à regarder Work It comme je peux regarder 2 Broke Girls, en me disant que c'est simplement nul. Je trouve ça insultant, et pas juste pour mon intellect.

D'ailleurs Work It non plus ne cherche pas à faire mine de relativiser. Dans son explication des forces en puissance sur le marché du travail, la série est très claire dés son intro : les raisons pour lesquelles ses deux héros se transforment en femmes pour obtenir un boulot ne sont pas circonstancielles (et donc plus excusables de mon point de vue). C'est parce que l'univers [du travail] est dominé par les femmes, si bien que ce sont elles qui vont bientôt employer les hommes comme gigolos. D'ailleurs, le pouvoir de la sexualité féminine est si fort que c'est la raison pour laquelle la société d'adoption des héros n'embauche que des femmes : seuls leurs charmes sont capables de convaincre les médecins d'acheter les médicaments de l'entreprise ! Work It a explicitement décidé que this is a women's world et que les hommes étaient réellement en danger ; le propos est clair, et il est assumé.
Et il est surtout honteusement mensonger.

Ne me lancez pas sur le côté insultant qu'il y a à imaginer que pas une de ces 4 femmes n'a remarqué qu'il s'agissaient d'hommes, ou que l'épouse de l'un des héros n'a même pas percuté que ses fringues avaient curieusement gagné trois tailles (et que son mari s'était épilé les jambes). Je n'irai même pas sur ce terrain.

Jamais je ne me suis sentie aussi féministe que depuis que ces comédies ont débarqué en masse cette saison. Avant, je n'avais pas l'impression d'être susceptible à ce sujet, je n'avais pas l'impression d'être solidaire de qui que ce soit, je n'avais pas l'impression d'avoir quelque chose à défendre. Mais je découvre ces pilotes un à un, depuis quelques mois, on en est déjà à 4 quand même, et je trouve que c'en devient révoltant. A chaque pilote supplémentaire je me sens dépassée par l'impression que ces comédies ont une espèce de mission perverse ; que, même, leur absence d'humour réel leur sert de protection ("ne monte pas sur tes grands chevaux, ce n'est pas sexiste, c'est juste pas drôle !").
J'aimerais m'en défendre, me raisonner, me dire que ce ne sont que des séries de merde, mais je n'y arrive plus, il y en a trop d'un coup, et elles sont toutes tellement peu subtiles dans leur approche, que ça m'inquiète, que je le veuille ou non.

En regardant le pilote de Work It, j'ai aussi repensé à Three's company. Quand j'avais découvert le pilote de cette série des années 70, je m'étais fait la réflexion que c'était très intéressant : le personnage principal était supposé se faire passer pour gay afin d'avoir le droit d'emménager avec des filles, mais pourtant à aucun moment il n'endossait le stéréotype du gay. Et pourtant, quarante ans plus tard, quand un homme se déguise en femme, il faut absolument qu'il soit une "femme" aux dents phosphorescentes, en jupe et talons hauts, et qui parle de façon maniérée.
Et ça, ça m'aurait fait rire, en fait. Que l'un ou l'autre des mecs conduits à se travestir fasse mine d'être une femme au sens le plus stéréotypé du terme, et qu'il soit regardé comme un extra-terrestre par les autres. Qu'il fasse une blague sur la mécanique et que l'une de ses interlocutrices lui réponde. Qu'il déballe une salade rachitique à midi et que les autres aillent déjeuner à la pizzeria (parce qu'elles vont passer toute la journée à courir de cabinet médical en cabinet médical). Là j'aurais totalement admis le principe du travestissement à des fins comiques.

...Evidemment, je n'ai pas pleuré pour de vrai à la fin de Work It. Nous autres les filles ne nous mettons pas à pleurer à tous bouts de champs. Certaines d'entre nous s'y connaissent même un peu en mécanique. Mais sans perpétuer les clichés sexistes sur le femmes, de quoi pourrait-on bien rire, hein ?
On va finir par ne plus être capables de répondre à cette question.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Work It de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 02:35 - Review vers le futur - Permalien [#]


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