ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

05-06-13

Israeli Horror Story

Avec les années, les Israéliens se sont fait une petite réputation. On leur prête bien volontiers un style ultra réaliste et austère ; loin de moi l'idée de vouloir contredire les faits : beaucoup de séries israéliennes (en particulier celles qui parviennent au spectateur européen) répondent en effet à cette définition. Mais toute règle a ses exceptions, et face à tous les Nevelot, Oforia et autres Srugim, voici l'une de ces exceptions : Hamagefa, un drama en 6 épisodes lancé courant avril sur HOT3.
Enfin je dis "drama", mais ce n'est pas évident au premier coup d'oeil, tant la série a pris pour principe de tout tourner en dérision, voire au grotesque.

Tout n'est qu'étrangeté dans Hamagefa. Une étrangeté au goût volontairement révoltant. Âmes téléphagiques fragiles s'abstenir.

Hamagefa ("le fléau", "l'épidémie", murmurent les traducteurs automatiques) se déroule dans un immeuble de standing où la population la plus privilégiée qu'on puisse imaginer vit dans son entre-soi. L'élite se complait dans un bâtiment vertigineux, entourée de quelques petites mains qu'elle fait mine de tolérer, afin que leur présence n'entâche pas leur existence insouciante.
Sauf que cette prétendue insouciance, qui évidemment ne masque que grossièrement des intrigues de caniveau dans lesquels les humains se complaisent toujours lorsqu'ils sont plongés dans l'oisiveté, n'aura qu'un temps, car un sombre jour, alors que se prépare un bal d'importance dans la résidence, un virus mystérieux s'introduit dans l'immeuble ultra-select, par l'entremise d'un étrange liquide visqueux et verdâtre, de toute évidence peu rassurant. Après avoir rapidement fait une première victime, le virus est signalé aux autorités qui décident de mettre le bâtiment en quarantaine séance tenante, alors que la grande soirée de gala a à peine commencé. Désormais, la haute société est réellement coupée du monde, mais de plaisir il n'est plus question... sauf que, dans leur tour d'ivoire, les résidents veulent à tout prix prolonger la fête, faisant dans un premier temps mine d'ignorer la catastrophe qui leur tombe dessus.

Si tout cela vous semble clair, ce n'est pas forcément aussi évident devant le pilote. La série s'ouvre sur un monologue cryptique sur fond de limaces, puis se lance dans une longue scène mystérieuse se déroulant dans l'immeuble après sa mise en quarantaine, au cours de laquelle nous suivons un étrange personnage portant un costume de lapin à faire hurler Anya de terreur, déambulant dans les couloirs déserts et inquiétants de la résidence.
Qui se cache sous les oreilles pelucheuses ? Pourquoi cet individu se cache-t-il, d'ailleurs ? L'épisode ne le dévoile que très lentement, soignant plus son atmosphère outrancière que son déroulement, à grand renfort de musique grandiloquente et de lumières poussiéreuses, et avec de nombreuses images en surimpression pour renforcer l'aspect surchargé du tout, apparemment pas encore assez de mauvais goût. Bien malin le téléphage occidental curieux qui y comprendra quelque chose dés le premier visionnage !

Nous allons progressivement découvrir que les personnages de Hamagefa, comme l'indique assez clairement le générique qui suit immédiatement les aventures du léporidé, sont clairement dans l'exagération eux aussi. Chacun est une caricature ambulante, de la richissime mémère avec son Youki, au chirurgien esthétique cupide qui consulte à domicile et se fait une clientèle sans sortir du bâtiment, en passant par l'obséquieux manager de la résidence... et le jeu des acteurs est, de façon ostensiblement volontaire, à l'avenant. Tout ça dans des tenues improbables (il suffit pour s'en assurer de jeter un oeil à la livrée de la réceptionniste ou à l'uniforme de l'infirmière) et des décors kitschissimes mettant la rétine au défi. Hamagefa est difficile à adorer au premier abord, et le pire, c'est que c'est voulu.

En s'inspirant joyeusement d'une certaine idée du film d'angoisse classique (et en premier lieu La tour infernale, de toute évidence, jusque dans le style made in Hollywood des années 70), et en surfant sur la mode des épidémies et zombies de tous poils qui n'en finit pas de s'étendre sur les écrans de tous les pays, Hamagefa s'en donne à coeur joie. Mais il faut justement dépasser cet esthétisme excessif pour comprendre tout l'intérêt de la série.

Hamagefa

Car il est inutile d'étudier le pilote de Hamagefa pendant des heures, pour comprendre le sujet de la mini-série est avant tout une critique sociale des "huiles" (pun not intended) de la société, qui persistent à poursuivre leurs pompeuses cérémonies quand tout s'effondre.
En soulignant le ridicule de leur mode de vie, par des procédés volontairement dénués de tout charme, le créateur Yammi Wisler ambitionne de montrer à quel point les efforts désespérés de ses protagonistes sont voués à l'échec pour tous ceux qui observent la situation avec un tant soit peu de recul. Alors que l'épidémie empire, les contre-vérités faciles à croire s'effritent (tel le manager qui assure que ceux qui n'ont pas été en contact avec des étrangers à l'immeuble n'ont rien à craindre ; le propos n'est pas innocent). Les aisés habitants de l'immeuble commencent à se retourner les uns contre les autres, comme dans la plupart des farces politiques, comme le découvrira notre pauvre lapin rose.

Une prise de liberté sur la forme qui n'a pas fait l'unanimité en Israël, loin de là. La série s'est attiré quelques critiques lapidaires. Wisler, interrogé dans la presse, ne s'en émeut pas : à la base, il n'aime pas la télévision, il a refusé de travailler avec la chaîne câblée HOT3 avant de finalement se lancer dans Hamagefa, et il a surtout voulu voir jusqu'où la prétendue liberté de ton que lui avait vendu la chaîne pouvait aller. Il a voulu faire une expérience, point barre. Il ne cherche pas le succès ou la reconnaissance ; quelque part, on se dit, tant mieux pour lui...
Au terme de 3 années de développement dans cet esprit je-m'en-foutiste assez rare à la télévision, et d'un cynisme rarement égalé, Hamagefa a donc finalement vu le jour, n'en déplaise jusqu'à ses propres interprètes, dont certains ont eu beaucoup de mal à accepter de surjouer pour servir la vision de l'auteur, preuve que l'intention de Yammi Wisler est incomprise jusque dans ses rangs.

De par l'originalité de son ton qui opte pour la caricature extrême digne de la plus cheap des comédies afin de servir un propos profondément politique, mais aussi à cause de son choix de narration, Hamagefa, je ne vais pas vous mentir, n'est pas franchement facile à suivre en VOSTM, comme c'est souvent le cas pour les séries basées sur les dialogues et la comédie (fût-elle feinte). Aussi faut-il espérer que ce curieux ovni soit récupéré d'une façon ou d'une autre par des fées sous-titreuses.
Rien n'est moins sûr : la bizarrerie de Hamagefa est unique, mais il n'est justement pas du tout garanti que son intention soit comprise, et moins encore appréciée, par une chaîne ; pour preuve, même HOT3, au moment de la diffusion, a pris des précautions pour promouvoir sa série, dirons-nous diplomatiquement.

Voilà, c'est tout ; la fiction israélienne peut reprendre une activité normale.
D'ailleurs, pour prendre la relève de Hamagefa, ce 12 juin, HOT3 lance une nouvelle série, Ptzuim Barosh, un thriller violent mettant dos à dos deux amis... Vous pouvez voir la bande-annonce ci-dessous, et ainsi constater qu'on est beaucoup plus en terrain connu...

Posté par ladyteruki à 16:30 - Review vers le futur - Permalien [#]

31-12-12

Remix

Des bilans de saison, j'en ai posté quelques uns ces derniers temps, mais je voulais vous en proposer un autre, plus complet, en l'honneur de cette fin d'année. Voici donc ma review... de mon année 2012.

Si vous voulez la version courte, disons que le pilote de 2012 avait commencé sur les chapeaux de roue. Plein de personnages fascinants et attachants se sont vite distingués, tels que Smash, Äkta Människor, House of Lies ou encore 30° i Februari, et ont vite pris une place particulière dans mon coeur. Je ne vous cache pas qu'au printemps, l'ambiance était retombée, avec beaucoup moins de coups de coeur, et des séries qui progressivement s'éteignaient, nombre limité d'épisodes oblige. Narrativement, 2012 a connu un méchant coup de mou pendant l'été, d'abord parce qu'il n'y avait pas grand'chose à se mettre sous la dent, mais aussi à cause d'une rupture brutale d'internet ; je me suis alors retrouvée avec pas mal de rediffs sur les bras, mais c'était peut-être pas plus mal, comme on va le voir si vous vous sentez de lire la version longue ! Clairement, toute la série 2012 n'aura pas été au niveau de son premier épisode, mais malgré ce rythme très inégal, je suis quand même en mesure de dire que le bilan a été positif.
Bon alors, qu'est-ce qu'on fait, on se lance dans la revue de détail ? Allez, suivez-moi. Mais mettez des chaussures de marche.

Etant donné que la rentrée américaine 2012 aura été l'occasion de lancer un gargantuesque défi avec whisperintherain, et qu'en outre, je sais plus si j'ai pensé à le mentionner, mais il s'avère que j'adore les pilotes, il y a eu dans les parages, cette année, énormément de reviews de pilotes de séries d'absolument tous les horizons.
Evidemment, loin de moi l'idée de vouloir toutes les répertorier, mais voici celles qui, en tous cas à mes yeux, ont été les plus importantes. Pour les (re)lire, il suffit de cliquer sur l'image !

Smash-promoL'un de mes tous premiers, si ce n'est le premier coup de coeur de 2012, aura été Smash. Aucun doute possible à ce sujet, je me suis immédiatement attachée à la série, en dépit des quelques défauts qui étaient éventuellement les siens dés le départ, et qui ont manqué d'être corrigés (empirant même, parfois) pendant le reste de la saison. Le pilote de Smash aura été, sans doute possible, l'un des plus exhaltants, et l'attente entre sa disponibilité et sa diffusion aura qui plus est permis à mon excitation de monter crescendo, un fait suffisamment rare pour être noté vu ma personnalité un rien volage !

30graderiFebruaryCela en dit long sur mon année téléphagique quand l'une des séries que je considère comme les plus importantes est une série suédoise, regardée en VOSTM, et en quasi-simultané avec la diffusion originale sur SVT. Et, non, je ne parle pas d'Äkta Människor, en dépit de mon attachement pour cette série d'anticipation qui est une vraie réussite, mais de 30° i Februari, qui m'aura sincèrement émue et touchée, et dont je tente comme je peux de faire le deuil de l'absence de sous-titres anglais sur les DVD (ce qui entre nous soit dit est illusoire : je ne m'en remettrai jamais). Et comme quasiment seuls les crime dramas scandinaves ont les honneurs des sorties en DVD dans nos contrées (Äkta Människor étant l'exception qui s'apprête à confirmer la règle), mes espoirs d'un jour pouvoir me faire une intégrale digne de ce nom sont très, très minces. Ce sont les risques du métiers, je suppose. Mais même avec une compréhension imparfaite de la série (fort heureusement, il y a un peu d'anglais de temps à autres, et surtout, elle repose en grande partie sur l'observation de ses personnages), il est juste impossible pour moi de vous citer un défaut de la série, je n'en ai trouvé aucun ! Par voie détournée, ça m'a aussi rappelé combien il est important qu'un jour, même si c'est dans dix ans, je parle un Suédois immaculé qui me permette de me mettre devant ce genre de perles sans ciller (Kommissarie Winter en étant une autre). Oui, il y a d'excellentes séries partout dans le monde, et non, je ne peux pas apprendre toutes les langues de la planète, mais le rêve que je nourrissais, adolescente, d'apprendre le Suédois, n'est que ravivé par ce genre de séries. Un jour...

WoodleyWoodley, c'était un peu la petite perle sous-estimée de mon début d'année, et même si j'ai tenté de partager cette découverte avec quelques proches et que ça s'est avéré être un échec (ma frangine, rei, m'a dit qu'elle avait l'impression de regarder Mr. Bean, et dans sa bouche ça ne sonnait pas bien du tout !), je conserve un souvenir ému de cet épisode inaugural parfaitement réussi, drôle et poétique, et pourtant, profondément triste : tout ce qu'il faut pour me charmer, donc. Souvenir qui n'a d'ailleurs pas matière à en être un, puisque je me suis ruée sur les DVD après avoir vu le final, qui n'a fait que confirmer les impressions du premier épisode...

BuzzAldrin-TitleLa première review de Buzz Aldrin n'aura, en réalité, pas été celle d'un pilote mais celle des trois premiers épisodes (sur 4). Vous me pardonnerez cette tricherie, mais la série aura tant compté pour moi, se classant aisément parmi les plus marquantes de l'année, que n'en faire aucune mention aurait été criminel. D'ailleurs régulièrement, ...alors que je n'ai cagoulé puis acheté les épisodes qu'au printemps ! Ca en dit long sur l'impact de la série, laquelle a en outre frappé mon imaginaire et stimulé, une fois de plus, mes désirs de Scandinavie. Un jour, ce qui va se passer, c'est que je vais vraiment partir m'installer dans les îles Færoe, et puis c'est tout.

Unite9Dans un automne foisonnant de reviews de pilote (lesquelles sont consultables dans la catégorie Review vers le futur, dédiée à ce qui n'est pas encore diffusé sous nos lattitudes, sinon on ne s'en sort pas), quelques séries ont tiré leur épingle du jeu. La québécoise Unité 9 était de celle-là, confirmant que la télévision québécoise nous en remontre régulièrement, même si, diantre, on le savait déjà et c'était pas forcément la peine de nous mettre le nez dedans. Mais quel panache, quelle excellence dans la façon dont Unité 9 révèle ses personnages à eux-mêmes, et prend le contrepied absolu de tous les clichés sur les séries carcérales, a fortiori féminines (Capadocia, qui s'est éteinte cette année, a des vertus, mais pas celles du réalisme). En offrant un univers et des personnages ancrés dans le réel et l'authentique comme, de vous à moi, seuls les Québécois savent faire (mais après tout, à chacun ses points forts), la série s'est taillée la part du lion à la fois dans mon coeur, et dans les audiences de son pays natal. Et je dis que c'est amplement mérité !

SoumatouKabushikigaishaAprès un premier semestre assez peu dédié aux séries asiatiques (il y a bien eu Cleopatra na Onnatachi, mais la baudruche s'est très vite dégonflée, d'ailleurs je voulais initialement en faire un post de bilan pour étudier l'anatomie de cet échec, mais je n'en ai pas trouvé le courage), sans vraie grande raison pour tout vous avouer, je me suis reprise en main à l'automne, en revenant à la fois sur les pilotes de la saison qui a commencé début octobre, mais aussi sur quelques autres séries, soit achetées en DVD, soit tout simplement exhumées de mes archives des mois précédents. Soumatou Kabushikigaisha a certainement été l'un des plus impressionnants, avec sa formule intelligente, sa narration impeccable, et son excellente réalisation. Mon Dieu, rien que d'y penser, j'en ai des frissons !

OsozakinoHimawari-580

Dans un autre registre, et toujours chez nos amis nippons, Osozaki no Himawari est une chronique plus humaine, mais qui m'a touchée... écoutez, c'est bien simple, comme l'avait fait Buzz Aldrin. Il y avait donc du niveau. Sauf que seuls les Japonais sont capables de fournir en un temps record une série profondément ancrée dans l'air du temps et en même temps, délictatement subtile et humaine ; rien que pour ça, mon amour pour les séries nippones est indestructible, parce que quoi qu'il arrive, il se trouve toujours une série pour vous réduire le coeur en bouillie. Pour des raisons essentiellement techniques, je n'ai pas fini la saison, mais nul doute que quand je lui aurai fait un sort, ça va se finir en post de bilan !

2012 n'a pas été qu'inédits, loin de là, et j'ai tenté mon lot de rediffusions, de fouilles archéologiques et/ou de re-visionnages, comme chaque année. Cela fait partie de mes petits plaisirs, il faut l'admettre, que de tenter des pilotes plus anciens, les séries achevées voire oubliées, ou même de me recoller devant un pilote déjà regardé par le passé, juste pour le plaisir de vérifier si j'en pense la même chose ! Il y a aussi eu, comme toujours avec moi, des petites "phases" assez sympathiques, aussi, comme la semaine russe, le moment où je me suis intéressée aux séries d'espionnage (de Covert Affairs à Spy, en passant par Spooks et Get Smart ; hélas je n'ai jamais réussi à cagouler le pilote de I, Spy et du coup ça m'a coupée dans mon élan), je me suis bien amusée à butiner des pilotes selon des thèmes ou des destinations originaux, en tous cas pour moi puisque jusque là, j'avais vu très peu de séries d'espionnage par exemple. Et en plus de tout ça, un peu de lecture et de cinéma... voire les deux en même temps ! Franchement, on s'est pas ennuyés.
Comment tout ça a tenu en une seule année ?!

En dépit de ma réputation, qui je le reconnais est méritée, de pilotovore... eh bien, en y réfléchissant, j'ai cependant réalisé que j'avais regardé énormément de saisons complètes et d'intégrales cette année. Mais qui a vraiment besoin de dormir plus de 4 heures par jour, hein, qui ?

Carnivale-PromoRegardée dans le cadre de ce bon vieux SeriesLive Show, l'intégrale de Carnivàle n'aura pas été un marathon de tout repos. D'abord, parce que la série est très exigeante, impliquant une concentration de chaque instant alors que l'ambiance a aisément de quoi vriller les nerfs (ça n'aide pas que je sois une petite nature). Mais aussi parce que la seconde saison aura été épouvantablement longue. J'ai rarement éprouvé de telles difficultés à finir un marathon, mais il n'en reste pas moins que Carnivàle est une excellente série dont on parle trop peu... au moins la première saison. Je suis contente de l'avoir vue, tout comme je suis soulagée d'en être venue à bout ; j'espère bien ne plus jamais vivre ça.

NoWonderWhytheWonderfallsC'était l'un de mes objectifs du mois de mars : me refaire la première et unique saison de Wonderfalls ; après un visionnage du pilote couronné de succès, l'intégrale est passée comme une lettre à la poste en une semaine ! L'univers de Fuller est toujours un ravissement sans pareil pour moi, je ne m'en lasse pas... et pourtant, cette intégrale a été l'occasion de (re)découvrir des défauts de la série qui m'avaient échappé avec le temps. Il y a une raison pour laquelle Wonderfalls n'a eu qu'une saison, même si elle aurait probablement été capable de s'améliorer avec le temps (on ne le saura jamais), que la diffusion chaotique d'origine n'a probablement pas aidées. Mais Wonderfalls reste une vraie petite merveille pleine de tendresse, de bonnes idées et de bons sujets, même parfois traités de façon brouillonne, et elle constitue en outre une pierre angulaire du Fullerverse, tant elle cristallise de choses sur son créateur.

Apparences-TitleLe Québec a connu une très bonne année sur ce blog, il faut bien le dire. L'année avait commencé sur les chapeaux de roues avec Apparences, un thriller familial du meilleur goût, captivant, intelligent, formidablement bien filmé et interprété... Si on ferme les yeux et qu'on arrive à mettre de côté l'accent, on a presque l'impression d'assister à ce qu'une excellente série française pourrait être ! Ca fait rêver, non ?

Cloudstreet-MonologueDiffusée en 2011, Cloudstreet était déjà devenue une sorte de monstre sacré à mes yeux. Mais la première fois, je n'avais pas osé m'atteler à une review. C'est au moment d'un revisionnage qui m'avait laissée sur les genoux, dans le plus excellent sens du terme, que j'ai finalement remonté mes manches et tenté de lui rendre justice. Inutile de préciser que la tâche est surhumaine, et qu'en-dehors d'un visionnage, il n'existe aucun moyen de célébrer convenablement le génie et la beauté de Cloudstreet. Ecrire sur Cloudstreet est une tâche ingrate, mais il faut que quelqu'un s'en charge, parce que vous laisser passer à côté serait criminel de ma part. Et d'ailleurs rien que d'en parler, j'ai envie de me re-faire une intégrale. Ah, si je m'écoutais...

FamousinaSmallTownUne brutale rupture de connexion internet m'a poussée à me tourner vers mes DVD de Gilmore Girls cet été, dans un de ces marathons impromptus qui semblent avoir jalonné l'année (et qui d'ailleurs m'a poussée à achever d'acquérir tous les coffrets). La surprise de cette intégrale aura été de découvrir que, si lorsque j'avais découvert la série, j'avais adoré Lorelai, avec les années, je suis dorénavant bien plus portée vers Rory (les questionnements amoureux de sa mère ayant fini de m'insupporter vers la fin, allergie à la romance aidant). C'était intéressant de découvrir que mon point de vue avait changé sur mon "personnage préféré", alors que j'ai toujours la même tendresse pour la série, laquelle est parvenue, avec une efficacité rare, à aborder des sujets familiaux sans jamais tomber dans l'excès de chamallow (sauf lors des soirées Charlie et la Chocolaterie, évidemment). C'est ça, une série qui vieillit bien, une série qu'on continue d'aimer même si les raisons pour le faire changent...

TheStarterWife-Promo

Aurais-je regardé les DVD de The Starter Wife sans le visionnage de Smash ? Et plus encore, aurais-je seulement eu l'idée de jeter un oeil au prix des coffrets ? C'est à cela qu'on voit que Smash a décidément été importante cette année... The Starter Wife, idéale pour l'été, aura été un petit marathon sans prise de tête, valant principalement pour la présence lumineuse de Debra Messing et la mini-série, la saison qui suit étant à oublier totalement. D'ailleurs, pouf, à partir de demain, la saison 1 de The Starter Wife, on n'en parle plus jamais, jamais, jamais !

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C'était l'un de mes derniers marathons de l'année (avec Jack & Bobby qui se concluera l'an prochain). Scrubs, que je n'avais jusque là jamais vue en intégralité, m'aura bouleversée. Et m'aura aussi rappelé combien les intégrales sont importantes pour avoir une vision à la fois large et détaillée d'une série, car tant de choses nous échappent lors d'un visionnage hebdomadaire ou, pire, ponctuel... Si je devais parler d'un coup de coeur de la fin de l'année, Scrubs serait probablement celui-là, avec ses pitreries, certes, mais aussi et surtout son constant soucis d'innover, du moins si l'on exclut la dernière saison pour ABC, et son sens aiguisé de la narration, retournées régulièrement comme une crêpe sous les yeux ébahis de votre serviteur. Le final de la saison 8, qu'à des fins de préservation de notre santé mentale collective, nous allons estimer être le series finale, est également l'un des plus réussis et, en dépit du fait que ça fasse 15 jours que je l'ai regardé, il m'arrive encore d'avoir une larme à l'oeil en y pensant... La séparation d'avec Scrubs est vraiment difficile, et même si c'est sur le tard, on peut dire que la série compte vraiment à présent.

Piemarathon-1x01-TitleVous l'aurez peut-être remarqué, 2012 aura aussi été l'occasion d'une tentative de marathon Pushing Daisies, surnommé le Piemarathon, mais les plus observateurs parmi vous auront remarqué que je ne suis pas allée au bout. La raison en est simple : je n'ai jamais vu le dernier épisode de Pushing Daisies (non, jamais), et comme je n'arrivais pas à me décider pour savoir si, cette fois, j'allais le regarder et réellement "laisser partir" la série, j'ai tout simplement fini par abandonner le marathon pendant la saison 2, plutôt que de me retrouver à devoir faire un choix. Dans ma logique tordue (et en réalité totalement dictée par les sentiments, donc illogique), ça a du sens, même si je suis bien consciente que ce soit un peu dérisoire, la série n'en étant pas moins annulée pour autant. Peut-être trouverai-je un jour le courage de finir ce marathon. Ou bien, me connaissant, vais-je regarder le pilote encore plusieurs fois, finir par me lancer dans une nouvelle intégrale de la série, et m'interrompre encore avant la fin ; c'est beaucoup plus mon genre, sachant combien j'ai du mal à admettre la fin de cette série. Etrangement, probablement un peu par associations d'idées même si ce n'est pas la seule raison, c'est aussi pour cela que je n'ai pas [encore] vu Mockingbird Lane...

TheonlyeasydayisyesterdayJ'avais aussi commencé à regarder SPACE 2063, après environ 16 années d'attente pour posséder les DVD (gloire d'ailleurs à ma toute première carte bancaire, elle aura été joyeusement étrennée pendant l'année !), mais j'ai fini surtout par revoir mes épisodes préférés. Une intégrale plus sérieuse et moins émotive sera probablement dans les cartes l'an prochain... et vu que j'ai aucun soucis avec le final de la série, je sens bien arriver les reviews épisode par épisode. Et puis d'ailleurs, regarder SPACE 2063 en 2013, ça prend tout de même une signification toute autre, non ?

Il y a eu beaucoup, beaucoup d'autres séries, évidemment. Il est impossible de toutes les citer, ces intégrales plus ou moins plannifiées (souvent moins que plus, en réalité) qui ont jalonné l'année... D'ailleurs même les tags de Canalblog abdiquent devant le nombre ! New Girl, Revenge, la saison 2 de Downton Abbey (là encore dans la souffrance), la première saison de Srugim (vu que j'ai conscience d'être seule à regarder cela, je ne me suis pas apesantie sur les saisons suivantes), Girl vs. Boy, Outland, la première saison d'Intersexions (en attendant, avec impatience, la suivante...), Sherlock, Call the Midwife, et bien d'autres : autant de saisons et/ou de séries que je me suis enfilées d'un trait, et qui sont autant d'exemples qui me donnent envie de vous dire que 2012 a quand même été une p*tain d'année !
Je vous laisse cliquer sur "Outils de recherche avancés" pour remonter les tags qui vont bien, et en apprendre plus sur ces bilans, si le coeur vous en dit. Il y a quelques temps, Eclair m'avait fait remarquer que je n'écrivais pas beaucoup de bilans de saison ; je pense m'être améliorée depuis !

Et puis, 2012 aura aussi eu des retournements de situation totalement imprévisibles !!! Eh oui, car contre toute attente, j'aurai testé un nombre jusque là inégalé de séries françaises, dans le souci de me réconcilier avec la fameuse "fiction française" (coup de tonnerre, frissons dans l'assemblée, cri d'effroi d'une femme qui s'évanouit, tout ça). Bon, reconnaissons-le, ça n'a pas toujours été chose facile, et il m'est arrivé de me résigner.
Mais entre Le Visiteur du Futur, Kaboul Kitchen, Hénaut Président, Ainsi Soient-Ils, dans le camps des bonnes nouvelles, mais aussi Mafiosa, Clash, Workingirls, du côté des échecs en ce qui me concerne, jamais je n'ai donné leur chance à autant de séries françaises, et je dis tant mieux, car c'est quand même le dernier bastion de mes vieilles habitudes géographiquement sectaires en matière de téléphagie.
Là encore, les tags explosent, alors n'hésitez pas à aller faire votre marché dans les archives (encore une fois en cliquant "Outils de recherche avancés" puis en abusant de la fonction de recherche de votre navigateur).

LesRevenants-PosterJ'aurai même fini sur un absolu d'excellente série française, Les Revenants, dont je m'achète le DVD en janvier (bon, j'ai un peu remis l'achat de quelques jours par rapport à ce que je m'étais promis, mais surtout parce que je me suis quand même déjà bien gâtée en 2012 !!!) et qui est certainement... j'ose à peine le dire... un coup de coeur français ? Ca fait bizarre à écrire, je ne vous le cache pas. J'espère que, vu la mini-polémique qui a suivi sa diffusion, le final (que je n'ai pas encore vu) ne me découragera pas de mon enthousiasme nouveau. L'an prochain, je m'attaque, c'est dit, à Engrenages, avec peut-être une retentative d'Un Village français, j'espère que mon petit nuage ne va pas se transformer en vapeur d'eau...

Mais probablement que ce qui restera comme le temps fort de cette année 2012, c'est l'aspect communautaire ; désormais, ce blog vit une part non-négligeable de son activité... sur Twitter. Entre les réflexions à chaud qui ne méritent pas forcément un post (déjà que j'écris quotidiennement, si en plus je me mettais à écrire sur tout ce que je regarde !) et les échanges autour de sujets de débat, comme ça a été le cas avec nombre d'entre vous au fil des mois, il va sans dire que désormais, Twitter et le blog sont devenus inséparables et complémentaires.
Plus encore, l'année aura été rythmée par des évènements téléphagiques de groupe. C'est une tendance qu'on peut tous observer, mais regarder des séries tout seul n'est tout simplement plus possible de nos jours. Et tant mieux ! D'ailleurs, quand on se sent seul, on ne sait plus comment le gérer, alors que les téléphages de ma génération ont pourtant bien connu ça ; c'était avant l'adsl et les réseaux sociaux, évidemment. Aujourd'hui, non seulement on peut parler de ce qu'on regarde, mais on peut partager les visionnages. Et ça change tout.

OzmarathonAinsi, le désormais fameux Ozmarathon, né à la toute fin 2011 mais dont l'essentiel a en réalité été regardé en 2012, aura jalonné toute l'année. C'est une expérience collective de la EmCrew, avec whisperintherain, LL, Elvr et Aur0re, qui nous demande de développer des trésors d'organisation, mais s'avère toujours payant parce qu'il rend chaque épisode dix fois plus appréciable pour l'avoir lancé au même moment aux quatre coins du pays, et pouvoir en deviser en direct sur Twitter (ou en léger différé pour ceux d'entre nous qui affectionnent le plein écran par-dessus tout). Le Ozmarathon trouvera une conclusion en 2013, et ça me déchire rien que d'y penser. D'ailleurs, c'est pas pour rien que j'écris moins vite mes reviews, ça me pèse d'arriver au bout...

Smash-5678Smash, encore ! Le SmashEnsemble, comme il se surnomme, a réuni des téléphages différents et variés (l'équipe a été un peu plus mouvante que pour le Ozmarathon, parce que certains d'entre nous ont préféré suivre la diffusion en direct quand les autres ont scrupuleusement suivi le Black March). Définition-même de l'expérience sociale réussie et enrichissante, les visionnages collectifs du SmashEnsemble ont permis de décupler l'effet de certaines chansons, de deviser gaiement des intrigues (ou des personnages insupportables, oui Leo, c'est de toi qu'on parle), ou plus simplement de passer 45mn devant un épisode... puis 2h à se remémorer les meilleures scènes ! De toutes les fois où j'ai regardé des séries avec d'autres téléphages sur Twitter, le visionnage de la première saison de Smash compte parmi les plus excitants et amusants. On recommence en saison 2, hein, dites les gars ?

En 2013, un truc que je voudrais essayer de mettre en place, c'est un visionnage similaire à celui du Ozmarathon ou de Smash, mais au lieu d'être sur Twitter au moment de lancer l'épisode simultanément, les participants se rejoindraient sur Skype, par écrit et/ou oral. Nous faisons si rarement l'expérience du ressenti des autres téléphages... Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais dans mon entourage, il n'y a pas de téléphages (même si j'en forme quelques uns en ce moment, et que l'un d'entre eux, à qui j'ai fait regarder Réttur et qui a découvert le pilote de Bron/Broen avec moi, me donne de solides espoirs), et du coup ça m'intéresserait de voir comment chacun vit ses visionnages, à condition bien-sûr d'être entre téléphages qui ne s'auto-censurent pas. Moi par exemple, je sais que j'applaudis quand quelque chose est vraiment, vraiment drôle, ou parfois à la fin d'un numéro musical vraiment réussi ; d'autres jurent probablement comme des charretiers ou poussent des soupirs ou Dieu sait quoi. Les téléphages s'investissent comme nuls autres dans leur visionnage, émotionnellement, et j'aimerais tourner cela en expérience commune ; l'épisode importe peu, je n'ai pas d'idée arrêtée, mais je pense que ce sera amusant et intéressant. J'espère pouvoir organiser ça avec des téléphages de bonne volonté prêts à donner d'eux-mêmes... pour la science !

Alors évidemment, 2012, c'était ça et bien plus encore. Plein de découvertes, de trouvailles, de coups de coeur, d'intégrales, d'achats, de news (d'ailleurs pas d'inquiétude, les world tours reviennent en 2013, même si je me suis un peu laissée distancer par les boulots en cette fin d'année), avec évidemment, ce que cela comporte de coup de blues, d'accès de rage ou de désespoir, parce qu'aucune année n'est parfaite... mais quand on est téléphage, elles sont toujours fascinantes !

Pour finir ce post, je voudrais vous adresser mes meilleurs voeux pour la nouvelle année. Vous avez été des lecteurs formidables (même si les commentaires sont toujours trop rares à mon goût, enfin j'dis ça...), passionnés, intéressants, ouverts et toujours curieux, et il s'avère que, eh bien, c'est comme ça que j'aime les téléphages de mon entourage, voilà tout. Bah ouais, j'vous aime, allez, comme ça c'est dit !
J'espère que votre année télévisuelle a été aussi riche que la mienne, et je vous invite à partager vos temps forts et vos meilleurs souvenirs en commentaires, si le coeur vous en dit... Et surtout, sur-tout, je vous souhaite une excellente année 2013, avec plein de bonnes choses sur votre écran, bien-sûr, mais aussi dans votre vie.

Bon et puis, de toute façon, on se retrouve demain pour un nouveau post quotidien, alors, hein, on ne se perd pas de vue. Ciao 2012 !
PS : ce post a été programmé à l'avance mais il n'en a pas moins été fait avec amour... ne lui en veuillez pas juste parce qu'il est conçu in vitro !

Posté par ladyteruki à 22:00 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

11-12-12

A fleur de peau

Contrairement à ce que semblent penser les Américains, les séries israéliennes ne valent pas que pour leur ambiance de thriller. On compte aussi de solides dramas et dramédies, avec un talent rare pour capturer des émotions vraies.
Par le passé, sur ce blog, quelques unes de ces séries ont été évoquées, parmi lesquelles Srugim, par exemple (un petit bijou que je vous recommande une nouvelle fois, en passant), ou d'autre beaux morceaux de bravoure comme Kathmandu, ou Nevelot. J'ai aussi eu l'occasion de jeter un oeil à un bout de pilote de Shvita (les plaisirs du streaming m'empêchant d'en voir le bout), et vraiment, on passe à côté d'une somme de séries incroyables de par le manque actuel de sous-titres (heureusement, vous pouvez consulter les posts évoquant ces séries en allant faire un tour parmi les tags). Un jour, peut-être...
...Peut-être pas si lointain pour certaines de ces séries, d'ailleurs.

Mais pour aujourd'hui, il faudra se contenter de VOSTM, mes amis. Pour autant, je crois la série du jour capable de parler de choses suffisamment universelles pour que la barrière de la langue ne pose problème que dans une infime minorité de scènes de son pilote, et je compte bien sur vous pour ne pas vous laisser rebuter pour si peu.
Oforia, puisque c'est son nom, a démarré le 30 novembre dernier sur la chaîne câblée HOT3, et il s'agit d'une série sur l'adolescence, mais dont on n'est pas bien sûr en la voyant qu'elle s'adresse tout-à-fait aux adolescents...

Oforia-Logo

Oh, il ne fait nul doute, lorsqu'on aborde Oforia, que son créateur Ron Leshem (journaliste et écrivain de son état) a vu Skins. C'est une évidence tant Skins a transformé la façon dont on aborde les séries sur les adolescents à la télévision, tentant de dépeindre de leur intimité comme leurs excès, si ce n'est même d'employer les seconds pour approcher la première. Et c'est aussi une évidence sur la forme, même si on doit plutôt celle-ci à la réalistrice Dafna Levin.
Mais comme beaucoup de grandes séries inspirées, Oforia nait des vagabondages de l'esprit de son créateur, à partir de ce que Skins a éveillé en lui ; il n'est pas question de simplement adapter officieusement ses méthodes ou son esprit : les problématiques abordées par Oforia dépassent la simple chronique. Oforia veut aller plus loin. Comme ses personnages, d'ailleurs.
Il faudra juste me pardonner si je n'ai pas retenu leurs noms, parce que, euh, en VOSTM et avec uniquement des sources en hébreu, j'atteins mes limites, je le confesse.

Ils ont une moyenne d'âge de 17 ans. Ils ne sont pas tous amis, loin de là. Certains ne se connaissent pas.
Ce qui les caractérise tous ? Le détachement. Les personnages d'Oforia vivent dans l'un de ces curieux mondes dans lesquels les adultes n'existent pas, au point qu'on serait en droit de se demander s'il n'y a pas un scénario à la Jeremiah là-dessous. Ce n'est pas un défaut, cependant ; l'absence absolument totale d'adultes ne se vit pas comme un travers de la série, mais simplement comme une partie de son propos. Livrés à eux-mêmes, les protagonistes n'ont donc rien qui les retient de plonger dans les excès.
Et c'est justement cet extrême détachement et la facilité des excès qui fait de ces personnages ce qu'ils sont.

Deux d'entre eux vivent ensemble ; l'un est un ancien enfant obèse devenu beau gosse avec l'âge, qui a décroché un rôle dans une telenovela adolescente et en tire un immense orgueil. Malheureusement pour lui, son orgueil est aussi profondément atteint par son manque de maturité sexuelle (il se soupçonne à vrai dire d'être impuissant, alors que ce n'est pas le désir qui manque) ; il vit avec son frère aîné de quelques années, un véritable jouisseur qui accumule les coups d'un soir et se préoccupe de l'éducation de son frangin comme des chemises qu'il ne prend pas le temps d'enfiler entre deux conquêtes.
Avec eux vit également l'un de leurs amis ; lui aussi a 17 ans, il est maigrichon et a un physique légèrement ingrat, mais il est aussi le petit chimiste de la bande, et prépare de nombreuses drogues dans un laboratoire qu'il a entièrement constitué dans la cuisine de la maison, en s'inspirant de videos trouvées sur internet ; une scène épique le mettra face à un gamin qui ne doit pas avoir plus de 12 ans, qui lui sert de revendeur, et auquel il dévoile sa panoplie : poppers, amphétamines, héroïne... les tiroirs débordent de substances non seulement prohibées, mais surtout, rarement propres à garder les pieds sur terre. Sauf que lui, la drogue, il la fabrique à la maison, mais il n'en consomme pas ; au contraire, il est plutôt raisonnable comme garçon, il ne boit même pas de bière et baisse les yeux lorsqu'il voit une fille impudique.
Il y a aussi cette fille. Elle est grosse, n'ayons pas peur des mots. Elle le sait. Tout le monde le sait. Elle va sur Chatroulette et personne ne prend même le temps de lui dire bonjour. Alors avoir une vie sexuelle, vous pensez. Sauf qu'elle a craqué sur un type, un inconnu (on va comprendre que c'est le fameux jouisseur), et qu'elle s'est mis en tête de coucher avec ce beau gosse ; sauf que voilà, elle n'a aucune expérience, et il le sait. Fort heureusement, elle a un meilleur ami gay qui vient d'emménager avec un couple de mecs trentenaires, et se tourne vers lui en dernier recours...
L'autre fille de la série est jolie, il n'y a aucun doute. Mais elle plane totalement. Son regard ne se fixe plus sur grand'chose, ou quand il le fait, c'est de façon blasée. Elle passe ses journées dans la petite piscine hors-sol sur le toit de son immeuble, aborbée dans la contemplation du ciel. Les garçons la rencontrent alors qu'ils viennent lui vendre de la drogue toute chaude sortie du four. Et pendant qu'ils trempent de longues heures dans la piscine, ils découvrent progressivement les marques à son poignet. Et elle s'en fiche, vraiment. Elle les aime, ces lignes sur son bras gauche, dans le fond ; ils racontent son histoire.
Et puis il y a ces deux garçons. Deux frères, sûrement. Ils sont partis pour l'Amérique du Sud. Ils cherchent quelqu'un. Une femme. Ils connaissent quelques mots d'Espagnol, mais clairement ils sont perdus. On n'est pas sûrs qu'ils puissent trouver.

A vrai dire, qu'ils n'aient pas de nom à ce stade pour moi est presque mieux que si j'étais capable de les nommer parfaitement. Ils sont ces personnages, et ils ne sont personne en particulier. Ils sont tout le monde.
En effet, pour la première fois depuis longtemps, et alors que je n'ai mais alors, aucun point commun avec ses personnages, j'ai regardé Oforia en ayant des bouffées de souvenirs remontant brutalement. Des bruissements, de vagues impressions, sont revenues par vagues, et pour moi dont les souvenirs sont essentiellement photographiques, retrouver l'espace d'une seconde une sensation, un sentiment, un état d'esprit, était à mon sens la preuve d'une vraie réussite de la part de l'épisode.

Oforia-Cast

Mais je vous l'ai dit, Oforia n'est pas qu'une simple chronique à la manière de Skins (d'ailleurs, les souvenirs que j'ai gardés du pilote de Skins sont ceux d'un épisode qui s'offrait aussi des moments de beauté et de poésie, et bien malin ou pervers celui qui en dénichera dans le premier épisode d'Oforia).
Oforia est l'histoire d'une pendule arrêtée. Pour ces quelques adolescents, on le comprend par une rapide scène à la fin du pilote, quelque chose s'est passé. Et ce quelque chose les a poussés dans une fuite. Dans Oforia, tout le monde cherche à s'échapper : de sa virginité, de son mal-être, mais surtout de soi-même. La série ne veut pas juste raconter les troubles d'adolescents parmi tant d'autres, elle veut expliquer pourquoi cela sont cassés, par quelque chose qu'ils tentent par tous les moyens d'occulter. Et si ce n'était pour cette scène... ils y parviendraient presque.

Le sentiment diffus et perturbant que tout cela distille n'est pas de l'ordre du thriller, pas du tout. Mais offre quelque chose d'infiniment plus feuilletonnant que le simple déroulé de la vie de ces personnages que quelque chose a figé et pourtant projetés ailleurs. Il s'agit d'explorer les manifestations de cette échappée, de comprendre les divers symptômes, sans vraiment saisir la cause. Quel est le mal qui ronge ces héros ? Pourquoi cette séquence de quelques secondes suffit-elle à rendre l'ensemble si étouffant ?

Pour le savoir (et, je l'admets, mise sur le trailer des épisodes suivants, diffusé à la fin du pilote), une fois n'est pas coutume quand je rédige un post sur le pilote, j'ai regardé le deuxième épisode, diffusée vendredi dernier. Il y a encore l'une de ces scènes, fugace, elle aussi. Mais juste un peu moins. Et suffisamment pour nous faire comprendre qu'Oforia ne prétend pas faire le portrait de jeunes, mais de ces jeunes.
Oforia, en dépit de sa capacité à parler de quelque chose dans lequel, je pense, on parviendra tous à reconnaître au moins un petit quelque chose, n'est pas une voix d'une génération ; c'est un drama intense qui a décidé de prendre les choses à rebours. De ne pas nous dire : "attention, là il y a eu un évènement terrible, et on va essayer de comprendre son incidence sur les personnages" mais qui au contraire nous donne à observer le fil de la vie de ces protagonistes, et de nous laisser l'occasion de deviner qu'il y a eu cassure. On en saura plus, les trailers de fin d'épisodes sont formels, sur ce qui s'est passé.
Quelques recherches sous Google permettent même d'en savoir un peu plus grâce à une bande-annonce sous-titrée en anglais, mais l'oeuvre d'Oforia n'est pas d'en faire le centre de son intrigue. C'est à un point tel qu'on dirait qu'elle refuse de se transformer en thriller, quand bien même elle en aurait tous les ingrédients.

Le plus fort, c'est qu'Oforia parvient à montrer toutes sortes de comportements ayant largement dépassé le stade de "borderline", sans jamais les juger. Du chimiste introverti à la petite grosse qui se rêve en fille facile, de l'accidentée de la vie au bogoss du quartier, la série nous apprend à les embrasser. On sait qu'ils sont cassés, irréparables sans doute, comme de jolis jouets neufs qu'on a maltraités dés le matin de Noël ; on les aime quand même. On souhaiterait juste comprendre (et pas simplement découvrir) pourquoi.

L'émotion permanente, mais pas exagérée, d'Oforia, son ton à la fois quasi-documentaire et profondément élégant, son choix trivial de montrer ses personnages dans toute leur nudité et leurs besoins naturels, et pourtant de les sublimer, sa façon de panacher les thèmes difficiles en parvenant à ne pas verser dans un pathos inutile, ses personnages pléthoriques et l'ombre qui planne, angoissante et pourtant diffuse, sur le background commun de ces héros, font d'elle un véritable coup de poing.

En fait, ça fait deux-trois heures que je tourne autour du pot, et que je me dis que, puisque j'ai réussi à trouver une bonne source pour dégoter les épisodes (pour cela, je vais vous donner l'astuce, il suffit d'un combo SuperDown + Download Helper, et je suis une téléphage comblée), je suis à ça de suivre une série israélienne sans sous-titres pendant l'intégralité de sa diffusion. Ce qui dans mon cas serait une première. Je ne suis pas obligée de prendre une décision ce soir, évidemment, je suis sans doute encore trop sonnée par la claque, mais... wow ! Oforia. Voilà une série qui n'a pas volé son nom.

Posté par ladyteruki à 21:13 - Review vers le futur - Permalien [#]

27-10-12

It's a rich men's world

A Livia, il y a quelques temps, j'avais promis que je lui permettrais de voir le pilote de la série israélienne Mesudarim, dont j'ai acheté les DVD l'an dernier. Chose promise, chose due, j'ai donc rippé mon DVD (avec les sous-titres anglais fournis). Bon, à partir de là, je suppose qu'il y a plusieurs options. Soit je lui envoie le lien discrètement, soit... voyons, est-ce que je pourrais procéder différemment ? Est-ce que, par exemple, il y aurait moyen que d'autres téléphages curieux puissent se faire une opinion sur cette dramédie ?

Bon allez, c'est bien parce que c'est vous, voilà donc un post La preuve par trois, qui, normalement, si vous connaissez le truc (ou au pire, que vous savez que sur ladytelephagy, cliquer un peu partout donne régulièrement de bonnes surprises), devrait vous permettre de faire connaissance avec les 4 potes de cette série bien sympa.
Pour ceux qui, dans le fond, ne se rappellent plus quel est le concept des posts La preuve par trois, rappelons qu'outre une petite surprise à la fin (qui très sincèrement n'est plus vraiment une surprise après pareille intro !), l'idée est de présenter un épisode, ici le pilote de Mesudarim, en trois passages et donc en trois captures, et pas une de plus.
Note : apparemment, certains ont trouvé que la qualité du rip de Srugim n'était pas top. Eh bien, à côté du rip de Mesudarim, c'était de la HD ! Mais dans ce cas précis, ça vient de la qualité du DVD lui-même, où l'image est entrelacée (une capture directe du DVD dans mon post sur le pilote vous le confirmera). Forcément, avec ça on fait pas de miracle ; surtout que mon logiciel de rip semble désentrelacer un peu grossièrement. Cependant, comme je ne pense pas qu'il existe d'autre façon de voir Mesudarim, ou Srugim for that matter, à l'heure actuelle, sans directement acheter le DVD vous-même, c'est un peu à prendre ou à laisser. Mais si vous laissez juste à cause de la qualité de la video, sachez que je vous juge. Oooh oui, je vous juge.

Mesudarim-1
Tout commence donc pour Guy, Tomer, Erez et Berlad quand leur société de jeux video, sur laquelle ils travaillent depuis 10 ans, est sur le point d'être vendue à un groupe d'investisseurs américains (rappelons que la série est partiellement inspirée par le sort de Mirabilis, qui avait vendu ICQ à MSN pour une somme indécente). Cette vente doit leur rapporter un paquet, du moins, ils l'espèrent, mais la vente n'est pas encore faite et l'épisode commence alors que les quatre amis attendent, l'estomac noué, l'appel qui peut changer leur vie.
Contrairement à la majorité des pilotes, Mesudarim ne cherche pas tellement à se lancer dans l'exposition de ses personnages immédiatement, mais plutôt de la situation et de leur dynamique. La personnalité de chacun est un peu vue à la louche, car pour le moment, ce qui se passe est plus rassembleur qu'autre chose, et ce qui les réunit autour de ce téléphone est plus important que ce qui les différencie dans la vie. Mais à travers leur dynamique se dessinent déjà des informations importantes, comme le statut de Guy et Tomer qui semblent les deux tempéraments forts du groupe. Pour moi qui suis généralement friande d'amitiés masculines à l'écran, je dois dire que cette scène d'ouverture est aussi particulièrement savoureuse de par la façon dont cette amitié semble immédiatement très tangible dans la façon dont les personnages se parlent. Comme pour Srugim, les dialogues soulignent vraiment un côté très naturel et authentique, il ne s'agit pas d'une amitié plaquée-parce-que-les-scénaristes-ont-dit, mais de quelque chose d'immédiatement tangible et réaliste. C'est sans doute bien plus intéressant que d'explorer le caractère de chacun, à ce stade.

Mesudarim-2
La seconde partie du pilote, qui débute avec le générique (dans le pilote, ce générique fonctionne comme un outil narratif à part entière ; d'ailleurs j'en ai profité pour reuploader le générique, que vous pourrez retrouver ici), consiste donc à prendre le temps de découvrir les personnages. Pour cela, nous allons suivre leur première journée en tant que nouveaux riches. Et ils vont faire la même chose que vous et moi si nous touchions un gros pactole : s'assurer que l'univers entier sait désormais que leur statut a changé. Ou plutôt, c'est Tomer qui semble le plus décidé à faire valoir son nouveau statut, les autres le suivant dans ses coups de tête. Ils vont donc payer une petite visite au banquier qui gèrait leurs prêts, s'offrir un déjeuner dans l'un des plus chers restaurants de la ville, etc... Vous pouvez également voir dans la capture ci-dessus que Tomer se paye une nouvelle voiture.
C'est là justement que le propos de Mesudarim commence : il ne s'agit pas seulement de raconter la vie de 4 copains, ou de 4 copains riches. Il s'agit de parler de 4 copains nouvellement riches. Et chacun, à la lumière de sa personnalité et de sa vie "avant", va réagir différemment ; on sent aussi progressivement monter l'inquiétude autour du comportement de Tomer, jusqu'à une apothéose que je vous laisse découvrir. Chacun commence à faire ses premiers achats, monter ses premiers plans. La question "et maintenant ?" commence à poindre son nez, et sous couvert d'échanges vifs et drôles, nos amis commencent à sentir qu'être pêté de thunes, c'est sans aucun doute génial, mais ça les met aussi face à certaines choses, à travers les gens à qui ils veulent faire profiter de leur argent...

Mesudarim-3
A la fin du pilote de Mesudarim, toute l'exposition est faite. Situation, dynamique, personnages, perspectives... Tout y est. Et tout ça dans une atmosphère d'amitié sincère mais pas prise de tête. C'est ce que symbolise très clairement la dernière scène finale, de par l'endroit où elle se déroule comme des réactions de chacun. A ce stade, tout le monde est dans ses habits, et on a quelques pistes sur ce qui se déroulera probablement dans les épisodes suivants.
Désormais le spectateur sait exactement à quoi il a affaire, et l'épisode lui propose de finir son travail de mise en bouche par un aperçu de ce à quoi ressemble l'ambiance au sein de ce petit groupe, pendant une soirée tranquille entre potes, alors que ceux-ci ont atteint un stade plus calme que pendant les premières heures de leur fortune nouvelle.
Ferez-vous ce chemin avec eux ?

Je l'ai fait pendant une saison (je me suis promis de regarder la seconde un jour, évidemment j'ai jamais pris le temps, mais l'envie ne m'a pas manqué) et je ne le regrette pas. A présent, c'est à vous de voir si vous voulez tenter de faire un bout de chemin avec ces quatre gars.
...Et bien-sûr, n'hésitez pas à me donner votre avis sur ce pilote : plus il y a de points de vue, mieux c'est !

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Posté par ladyteruki à 22:52 - La preuve par trois - Permalien [#]

05-10-12

It's not who you've slept with...

A peu près chaque semaine, des DVD débarquent dans ma boîte aux lettres. Je fais mes commandes en général au même moment du mois (coups de tête non inclus), et ensuite, ce sont les délais de livraison qui font le reste, et jouent au Père Noël. J'avoue que je ne me lasse pas de la sensation de découvrir chaque semaine minimum un nouveau paquet dans ma boîte, à plus forte raison quand il s'agit de deviner d'où il vient sans regarder les cachets de la poste (sinon c'est tricher). "C'est peut-être Intersexions... ou Capadocia ? Non, c'est trop tôt pour Capadocia... quoique ?".

Aujourd'hui, la surprise était de taille : ma première série sud-africaine ! Une série dont j'avais entendu parler depuis bien longtemps, qui me rendait curieuse, et qui semblait être un véritable phénomène dans son pays d'origine : Intersexions. Vous pensez bien que ce n'est pas un DVD qui a eu le temps de prendre la poussière, et j'ai donc regardé le pilote presque le soir-même !

Intersexions

En préambule de ce visionnage du pilote d'Intersexions, plein de questions, pourtant.

D'abord, il s'agit bel et bien de ma toute première série sud-africaine. J'ai lu énormément de choses, consulté des sites et des bases de données à n'en plus finir, écumé le web à la recherche d'un petit épisode de soapie égaré par mégarde... depuis maintenant deux ans, je suis attirée par plein de séries sud-africaines, et je n'avais réussi à mettre la main sur aucune ! Quelle frustration ! Le problème, j'ai remarqué, quand je découvre ma première fiction d'un pays donné, c'est que grosso-modo, elle donne le ton pour la suite. J'aurais commencé le Brésil sur une telenovela, j'aurais peut-être fui, mais j'ai été déflorée par Capitu et l'empreinte est là à vie, avec un biais favorable à peu près quoi qu'il arrive. Le danger était donc d'être non seulement écoeurée de mon acquisition faite à l'aveugle, qui pouvait potentiellement me déplaire, mais aussi de toute la fiction sud-africaine dans son ensemble, parce que la première impression compte énormément. Ce qui aurait été gênant parce qu'il y a plein de choses qui piquent ma curiosité ! C'est donc, de façon injuste mais inévitable, toute la fiction sud-africaine que je m'apprêtais à jauger ainsi.
Autre problème : en-dehors de son pitch et quelques news, je n'avais aucune idée du niveau de production de la série en particulier, de la qualité du jeu des acteurs, et même pas... de la langue ! Rappelons que l'Afrique du Sud reconnait (j'ai vérifié) 11 langues officielles, dont l'Afrikaans sur lequel je vous avoue que je suis pas trop-trop au point, et que je n'ai trouvé nulle part l'information me permettant de savoir dans quelle langue la série était tournée. Il était à peu près évident qu'il s'y trouverait soit une piste, soit des sous-titres anglais (ce sur quoi je vais revenir), mais la langue de tournage était une grosse inconnue. Et quand il faut aussi apprivoiser une nouvelle langue (vous en avez fait l'expérience avec Srugim), on ajoute encore un niveau de difficulté.
En corollaire du problème de la langue, il y avait tout bonnement les questions culturelles. L'ex-élève française que je suis n'a été préparée à rien ou si peu en matière de culture africaine ; bon, quelques rudiments d'Histoire (Nelson Mandela essentiellement), mais à part ça ? L'Afrique du Sud, un pays plutôt conservateur en matière de moeurs, ou au contraire plus libéré ? Dans une série sur les relations amoureuses et a fortiori sexuelles, quels sont les rôles accordés à chacun dans un couple, par exemple ? Puisque je n'en savais rien, il allait falloir s'adapter...
Mais ce n'est pas tout : ensuite, je ne connaissais la série que de réputation, mais justement, qui dit qu'une série produite par une chaîne publique, en partie avec l'argent de l'institut John Hopkins, et afin de parler du HIV et du SIDA, allait me plaire ? C'est un sujet quasi-pédagogique, j'aurais pu m'ennuyer comme un rat mort. J'étais donc attentive mes réactions, me demandant si le sujet n'était pas trop aride, ou si, au contraire, il n'allait pas me rebuter. Pas de méprise : je suis toujours amatrice de drama, mais il y a drama et message-d'information-et-de-prévention-déguisé-en-drama, si vous voyez ce que je veux dire...
Bon et puis, enfin, venait la qualité de la série elle-même. Outre tout ce que je viens de citer, il y avait tout simplement la question de regarder ce pilote comme un pilote, pas comme un échantillon... Et concilier tous ces points n'était pas forcément une évidence a priori !
Cela faisait donc bien des défis à relever.

Résultat ? Eh bien ce pilote m'a très agréablement surprise.
Apparemment conçue comme une anthologie, Intersexions commence lorsque Mandisa se prépare à épouser Kabelo, lequel est un homme d'une générosité qui n'a d'égale que la profondeur de son porte-monnaie, et la traite comme une princesse. Mais alors que Mandi et sa meilleure amie Cherise se réjouissent de cette journée parfaite (surtout que leur firme de relations publiques a également décroché un gros contrat), elles entendent à la radio que DJ Mo, un animateur de radio très populaire, annonce publiquement avoir le SIDA et être sur son lit de mort. Le visage décomposé de Mandisa dit tout : elle a vraisemblablement eu une histoire avec lui.
Comme en deux minutes, l'exposition est rondement menée (Mandisa et Cherise discutent du mariage à venir, puis Mandisa parle brièvement à Kabelo au téléphone), on sait pas mal de choses : que Kabelo est donc riche, qu'il adore sa future épouse, que celle-ci mène une vie professionnelle bien remplie avec Cherise, mais aussi que Mandi n'est plus vierge (elle promet des choses coquines à son fiancé au téléphone avec un air entendu). On ne trouve donc pas déplacé qu'elle ait connu d'autres hommes avant son futur mari dans ce contexte, on y est même très bien préparés, de sorte qu'on tombe quasi-immédiatement des nues lorsqu'on apprend, là, avant même la 3e minute (générique compris), que l'ex de Mandisa est sur le point de mourir du SIDA.

Là où notre héroïne va nous surprendre, c'est que, contre l'avis de Cherise, elle ne dit rien à son promis (lequel va mal interpréter son émotion pendant la cérémonie, forcément), même alors qu'elle n'est pas sûre d'être elle-même en bonne santé. Les jours qui suivent le mariage, celui-ci n'est absolument pas consommé, Mandisa ayant toujours une bonne excuse.
La façon dont la culpabilité la ronge peut paraitre un peu longue par moments, mais elle est aussi assez bien vue. Bloquée dans une situation où elle ne cesse de s'angoisser, mais où elle est incapable de dire ou faire quoi que ce soit, Mandisa n'a ainsi absolument pas pris rendez-vous pour se faire tester. Il y a une sorte de cocktail déni/dépression qui me semble assez compréhensible ; on sent bien l'horreur que la jeune femme ressent, et en même temps son impossibilité à prendre le risque qu'on lui confirme qu'elle a raison d'avoir peur. C'est un passage de l'épisode qui nous donne l'occasion de nous attarder énormément sur le visage de l'héroïne (qu'elle a fort joli mais c'est pas le sujet), déchiffrant toutes les nuances de l'angoisse, tandis qu'elle camoufle tant bien que mal sa terreur à son époux. Quand elle réalise qu'elle est peut-être enceinte, évidemment, ça ne s'arrange pas... et la réaction ravie du mari sera de courte durée, vous vous en doutez.

Intersexions-Mariage
La mariée est extatique.

A la fin de 24 minutes de torture, Mandisa se prend finalement par la main et va faire les tests. J'avoue que cette scène a été un peu baclée puisque l'infirmière qu'elle rencontre lui explique, en gros, le concept de la série, mais que toute l'attention de la camera est focalisée sur les réactions de Mandi. Difficile de compatir et d'apprécier le message en même temps. Pourtant le dialogue est bon, c'est la réalisation qui ne le met pas en valeur :
"Doctor, I don't sleep around. All the men I've slept with can be counted in one hand.
- It's not only about who you have slept with. What is important is : do you know who your previous lovers have slept with ?".
L'épisode se conclut sur cette interrogation effrayante (qui peut vraiment être certain de savoir y répondre ?), un tremplin vers ce qui sera, si mes sources sur la série ne m'ont pas trompée, le maillon suivant de la chaîne. Après tout, le générique n'énonce-t-il pas brutalement cette réalité moderne : "In sex, there are no strangers" ?

Ah oui, parce que finalement, je ne vous ai pas dit : Intersexions est en anglais. Souvent. Disons, pendant un mot sur trois ? Les dialogues sont en effet un panachage de langues que je ne prétendrai pas avoir reconnus.
Fort heureusement, les épisodes sont d'office sous-titrés en anglais (ouf !). Je suis donc d'autant plus ravie d'être certaine d'absolument tout comprendre...

Justement, passons si vous le voulez bien à la "review" de mon dealer en DVD du jour. N'ayant pas trop d'inspiration, j'ai opté pour à peu près la première solution que me proposait Google lorsque je faisais la recherche pour les DVD de la série, et c'est tombé sur kalahari.com. Parfois je vous avoue avoir l'impression de vivre dangereusement, mais bon, c'était un coup à tenter, il faut bien une première fois à tout, même quand personne ne peut vous recommander un service pour l'avoir utilisé. Eh bien dorénavant, chers amis, je suis cette personne qui vous recommande kalahari. Le choix n'est pas très vaste, les DVD pas toujours bien rangés (par exemple on ne trouve pas Intersexions parmi le listing des séries locales... whoops !), les descriptions techniques très épurées, mais au final, ça fonctionne. Commandé le 8 septembre dernier, les délais annoncés étaient un rien optimistes (9 jours... soit les délais prévus pour la livraison sur le territoire sud-africain). J'ai donc commencé à compter les jours, et le DVD est arrivé aujourd'hui. Niveau délai c'est pas tellement ça, donc, mais ça ne veut pas dire que ça vienne de kalahari. Niveau emballage, rien à redire : Amazon ne ferait pas mieux. Carton ultra épais, DVD parfaitement arimé, rien à redire (d'ailleurs l'éditeur lui-même est d'une intéressante prévenance, glissant une rondelle de papier entre le DVD et le boîtier afin de minimiser encore le risque que le DVD tourne sur lui-même pendant le transport et/ou se raye contre le boîtier). Alors au final, en-dehors du presque mois de délai, franchement, ça va.
Bon, côté prix maintenant, parce que je sais ce que c'est. Le DVD d'Intersexions était en promo ce jour-là : 165,75 rands, au lieu de 188,95 rands en ce moment (environ 3€ de différence... il n'y a pas de petit profit !). Ironie du sort, les frais de port à l'international étaient plus cher que le DVD lui-même (ce sont les risques du métier), soit 180 rands tout rond. J'ai donc payé au total 345,75 rands, soit 33,04€ euros ; étant donné que je considère qu'une saison en-dessous de 35€, frais de port compris, est une affaire, vous me voyez donc comblée. Kalahari, je ne viendrai plus chez eux par hasard !

Encore une belle aventure téléphagique en perspective, donc, j'ai hâte de remonter les maillons de cette chaîne et comprendre comment chaque personnage, est relié, souvent sans le savoir, aux autres, même si c'est à cause d'une terrible maladie. Le SIDA est, comme chacun sait, un fléau qui fait particulièrement rage en Afrique, mais il ne fait aucun doute que la thématique de la transmission du virus, du passé sexuel de chacun, et des précautions à prendre ou des vérités à annoncer, n'a rien de typiquement local, bien au contraire. On connait tous quelqu'un. Ou quelqu'un qui connait quelqu'un. Ou on a tous eu au moins une frayeur.
Le sujet, sans être traité avec pathos pour le moment (on est loin des derniers épisodes de Corky et de [dit-elle en sanglotant rien qu'à cette pensée] la mort de Jesse, car Intersexions fait le choix d'être plus mesuré et de prendre de la distance), est on ne peut plus actuel et universel. Peut-être même vais-je réaliser au cours de ce visionnage qu'il y a des évidences qu'à force d'être inondés de messages de prévention, on a mis de côté avec les années (ce serait ironique si ça se produisait) !
Après tout, combien de fois les séries nous parlent-elles du VIH ou du SIDA sur la durée, toutes nationalités confondues ? Il y a eu des intrigues d'Urgences, je suppose quelques unes dans Dr House, ça semble inévitable, et évidemment Kamisama, Mou Sukoshi Dake, mais le pari d'Intersexions est d'explorer un terrain sur laquelle peu de séries s'aventurent, et donc, d'exploiter un sujet sur lequel les téléphages ne sont pas incités à réfléchir ou même ressentir des choses très souvent. Pour quelqu'un qui aime les séries dramatiques, l'occasion de trouver de nouveaux sujets est donc parfaite, car le potentiel effleuré dans le pilote peut conduire à énormément d'histoires intéressantes autant que touchantes. Et puis, peut-être qu'un peu de pédagogie ne serait pas plus mal, pour une petite remise à niveau...!

Le format particulier d'Intersexions (il ne s'agit certainement pas d'une comédie, et même pas d'une dramédie, mais le pilote dure 24mn montre en main) s'adaptera en plus très bien à un visionnage "bouche-trou", par exemple lorsqu'il ne reste que quelques minutes à épisode US pour terminer de cagouler et que je ne veux pas me lancer dans quelque chose de trop long en attendant. Que des avantages que je n'avais même pas prévus !

Du coup, pour un coup d'essai...! Je recommande de tenter Intersexions (méfiez-vous des videos mises en ligne par SABC sur Youtube... c'est la toute fin de la saison 1 !), et pour vous prouver ma bonne volonté, je vais même vous dire : si au moins 5 personnes disent en commentaire ci-dessous être intéressées par le pilote... j'exaucerai leur voeu. Vous avez toutes les cartes en main pour vous décider...

Posté par ladyteruki à 01:43 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

04-10-12

Copy/Paste ?

CopyPaste

A l'heure actuelle, l'acquisition des droits de diffusion d'une série est devenue presque aussi important que les droits d'adaptation. Désormais le business du "format" est une composante vitale du marché télévisuel, alors qu'il y a encore une à deux décennies, on se contentait en général de diffuser des séries étrangères (dans beaucoup de cas, cette série étrangère avait tendance à être américaine). Le format qui pose sa valise à l'autre bout du monde était l'exception, non la règle.
Aujourd'hui, les flux des fictions sont plus massifs et complexes, et d'ailleurs le maillage entre pays est également plus dense et varié que jadis.

Les formats d'émissions unscripted (ou prétendues telles) comme les jeux télévisés ou la télé réalité tiennent, en la matière, le haut du pavé, mais plus les années passent, plus les séries s'y mettent.
On le sait bien : non seulement ce procédé est supposé minimiser la prise de risques (...insistance sur "supposé"), mais ça coûte infiniment moins cher quand les scénarios sont déjà écrits, prêts à traduire (si on l'a acheté dans un pays de langue différente, problème que n'ont même pas les pays d'Amérique latine, par exemple), et même souvent livrés avec un responsable quelconque de la série originale qui intervient en soutien sur le développement du remake (souvenez-vous de l'ami Philip Rosenthal).
Alors, dans un contexte financier qui n'a cessé de devenir plus austère (le pivot de la crise ayant été marqué par la grève des scénaristes américains de 2007, à partir de laquelle l'une des plus grosses industries télévisuelles du monde a resserré les cordons de la bourse pour ne plus jamais les relâcher), ce ne sont pas des détails, loin de là. Mais évidemment, il y a aussi le fait qu'à l'heure de la mondialisation, d'internet et de tous les clichés sur le village global que je vous épargne, les marchés soient devenus totalement perméables entre eux. Impossible de ne pas remarquer quand une série trouve un succès retentissant dans son pays natal, puis chez les voisins, et que le phénomène s'étend progressivement ; et dans ce cas-là il faut savoir attraper le train en marche.

Bon, sur la théorie je crois qu'on sera tous globalement d'accord : une série a de plus en plus de chances de connaître différentes formes sur la planète. Mais toutes les séries peuvent-elles être adaptées ? C'est ce qui m'intéresse aujourd'hui.

Que peut-on adapter ? Eh bien, naturellement, il n'y a pas de solution miracle : si l'équation magique existait, ça se saurait ! Certains succès énormes dans leur pays d'origine, ou même à l'étranger lors de la diffusion sur une chaîne locale, se transforment en vautrage de toute beauté dés que l'adaptation pointe son nez (comme Las Chicas de Oro ou Cheers l'ont douloureusement rappelé en Espagne, par exemple). Il n'y a pas de règle pour assurer le succès d'une adaptation dans un autre pays.
Le pire, c'est que même pour les idées à ne pas suivre, il n'y a pas de règle non plus ! On pourrait cependant lancer quelques pistes sur les messages d'alerte signalant une adaptation partant d'un très mauvais pied ; il est recommandé de :
- ne pas ressuciter les séries américaines qui ont déjà plus de 10 ans, probablement parce que les spectateurs ont eu trop de temps pour s'attacher à l'original, qui a fait le tour du monde 10 fois dans l'intervalle. Ce conseil ne vaut pas systématiquement, par contre, si le remake reste sur le sol des USA (des séries comme 90210 ou Dallas s'en sont tirées, par exemple, Wonder Woman et autres Charlie's Angels n'ont pas eu cette chance) ;
- ne pas adapter une série présentant de trop lourdes ressemblances avec des séries locales ayant du succès. Par exemple, on se doute qu'adapter RIS aux USA relèverait du masochisme le plus certain ! Dans une moindre mesure, on peut se demander comment une série qui, sur le papier au moins, ressemble à une version legal drama de Dr House, saura attirer le public a priori ; l'adaptation de Réttur, si elle aboutit, sera intéressante à observer à cet égard ;
- ne pas miser sur un cast "copycat", en particulier pour les comédies et dramédies, qui nécessitent du talent et pas juste de ressembler à l'original (ne riez pas dans le fond, ça s'est vu plus d'une fois !) ;
- prendre en compte les différences culturelles, au lieu de transposer bêtement d'une terre à l'autre en changeant les noms propres.

Le dernier point est le plus difficile à déterminer, forcément. Et c'est évidemment le plus vital, sinon c'est pas drôle.
Les différences culturelles peuvent parfois être difficilement perceptibles. Un remake Asie/Amérique ? Les différences seraient évidentes (mais l'expérience serait intéressante à observer ; pour l'instant, elle s'est limitée à des films de genre cependant). Mais un remake Australie/Amérique ? Oh, allez, les deux parlent anglais (enfin, bon, parfois j'en suis seulement à moitié sûre...), c'est la même culture, allez hop, emballé c'est pesé. Sauf que non, évidemment : c'est plus compliqué que ça.

Mais surtout c'est un point totalement incompris par beaucoup de remakes, notamment dans le domaine de la comédie ou la dramédie : il ne s'agit pas seulement d'être capable de constater les différences culturelles et d'adapter le matériau à la culture d'arrivée. Il faut aussi réfléchir calmement à la question : si on procède à l'ablation de cette particularité culturelle, ou à la greffe de nouveaux éléments... peut-être que la série ne fonctionnera plus. Et ce n'est pas parce qu'une série est capable d'aborder un sujet universel qu'elle peut être adaptée de façon universelle...

Du coup, avoir du succès (public et/ou critique) lors de la diffusion originale n'est pas du tout une garantie d'adaptabilité ; en fait, j'aurais tendance à dire le plus souvent : au contraire.
Prenons un exemple évident, tiens. En dépit des immenses qualités de Srugim, on est tous d'accord pour dire qu'une telle série rencontrerait de trop lourds changements si elle devait débarquer sous une nouvelle forme dans un autre pays. Srugim est le genre de série condamnée soit à l'acquisition en vue d'une diffusion, soit à ne jamais traverser les frontières de son pays d'origine qui pourtant lui a prêté une grande attention pendant 3 saisons. Un grand nombre de séries sont dans son cas, et parfois ce serait bon que les projets soient mis en développement en gardant ce rappel à l'esprit...
De la même façon, j'aimerais pouvoir dire que 30° i Februari est une série tellement formidable et universelle qu'elle est entièrement adaptable par tout le monde... mais non. Oui, ce qu'elle inspire est totalement universel ; non, à part peut-être quelques voisins scandinaves, personne ne peut adapter la série. Et c'est tentant, forcément, parce que c'est un immense succès : c'est la fiction qui a fait les meilleures audiences de 2012 en Suède à ce jour, les critiques ont été dythirambiques (à raison si vous voulez mon avis), les récompenses ont souligné la qualité du travail effectué... et pourtant, ça ne fonctionnerait pas, pas du tout. Imaginez par exemple mal l'Espagne commander une version locale d'une série dans laquelle le froid (entre autres) chasse plusieurs personnages vers un pays ensoleillé comme la Thaïlande ! Clairement, le succès de l'original n'est pas un critère...

Il est évident qu'on ne vit pas dans un monde où les diffuseurs (ou les producteurs, d'ailleurs, ne mettons pas toujours tout sur le dos des exécutifs des chaînes) valorisent uniquement la création originale. Celle-ci a encore sa place, mais composer avec le catalogue existant, en perpétuelle expansion, des autres pays, est au moins aussi important.
Evidemment on peut considérer qu'il s'agit d'un échec créatif, peut-être même que c'est un mauvais signe pour la télévision (ne dit-on pas la même chose des remakes et des franchises au cinéma ?), mais il y a aussi du bon à en tirer. Certaines adaptations trouvent une vie bien à elles, comme c'est le cas de Wilfred qui a su partir du même postulat de base que l'original australien, pour arriver à un résultat "personnel" (souvenez-vous). Si la série est renouvelée pour une troisième saison, elle sera même forcée, ayant dépassé l'espérance de vie de son ancêtre, de se débrouiller totalement toute seule.
Mais même en admettant totalement qu'une adaptation n'est pas un aveu d'échec, et qu'un remake n'est pas mauvais par principe (un préjugé qu'il peut être difficile de surmonter quand on voit certaines horreurs engendrées par la pratique en question, je l'admets), toutes les séries ne peuvent pas voyager. Et beaucoup ne devraient tout simplement jamais devenir des formats.

Alors, tout ça pour dire : bonne chance au projet de remake américaine de Rake. Il en aura bieeen besoin.
Ah et euh, j'oubliais, le MIPCOM c'est dans 4 jours, et j'accepte les dons. Mais c'est bien-sûr sans rapport avec le post qui précède, ahem.

Posté par ladyteruki à 18:10 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

22-09-12

[DL] Ta Gordin

Israël semble avoir le vent en poupe aux USA. Jusque là, peu de projets de remakes US avaient réussi à faire séduire un large public (In Treatment est resté assez confidentiel, The Ex-List et Traffic Light ont été de cuisants échecs...), mais grâce à Homeland, et son buzz retentissant, les lignes sont en train de bouger. D'abord c'est Hatufim qui en a profité, obtenant même une commercialisation en DVD puis une diffusion en Grande-Bretagne ; désormais les vannes sont ouvertes pour plein d'adaptations.

Les Américains choisissent peut-être un peu mieux les projets à adapter, aussi : sont dans les tuyaux des versions américaines pour Asfur, Timrot Ashan (ça fait un bout de temps, mais pendant un moment on n'en entendait plus trop parler) et maintenant Ta Gordin. J'en oublie probablement. Je suppose aussi que Clyde Phillips va déterrer son projet d'adaptation de HaEmet HaEroma dans la foulée, enfouie dans un tiroir de HBO. C'est Ben Silverman qui doit être content, lui qui depuis trois ans fait son marché dans les formats locaux unscripted et parfois scripted...
J'ai l'impression que, de la même façon que les Américains adaptent uniquement des polars scandinaves, ils ont découvert un filon avec Hatufim, celui du thriller, et désormais ils vont s'ingénier à épuiser le filon comme si la télévision israélienne n'avait rien d'autre à proposer. Hey, je ne me plains pas : ça va apporter un éclairage sur la fiction israélienne, peut-être faciliter l'accès à certaines séries du catalogue, et je dis tant mieux. De la même façon que la fiction scandinave est devenue juste un chouilla plus accessible maintenant que les chaînes achètent des séries... même si ce sont quand même souvent les mêmes genres qui reviennent. L'essentiel c'est d'entrouvrir la porte, après tout.

Et puis, pour fréquenter ce blog et m'avoir vue me répandre sur certaines horreurs commises par des remakes, vous le savez : une adaptation, ça se choisit avec précaution, on ne peut pas tout adapter. Et quand bien même, encore faut-il savoir comment l'adapter.
Pour le moment, les comédies ou dramédies israéliennes n'ont pas fait leurs preuves, ce qui tend à indiquer qu'Asfur ou Zanzuri ne sont pas des succès assurés, et peut-être même que ces projets ne verront jamais le jour (dans le cas de Zanzuri, c'est même à espérer parce que nom d'un chien que c'est mauvais). J'ignore où en est le développement du remake de Hahaim Ze Lo Hakol pour CBS, mais l'absence de news depuis plusieurs mois est à mon avis également de cet ordre.
Il y a aussi des séries israéliennes qui sont vraiment incroyables, avec des pitches réellement originaux, mais qui sont impossibles à adapter hors de leurs frontières. On a parlé récemment de Srugim ou de Kathmandu, et ce sont de parfaits exemples de ce problème, avec Yehefim dont il faut que je vous cause à l'occasion ; une grande part de ce qui fait leur intérêt (la question religieuse) est justement ce qui fait que ces séries sont difficilement exportables en tant que formats. En revanche, il y a des dramas qui pourraient très bien faire la transition, comme Nevelot (d'ailleurs on avait vu le générique ici, si vous voulez) ou Blue Natali (c'était en projet à un moment ou j'ai rêvé ça la nuit ?) qui sont les premières à me venir à l'esprit. Peut-être même qu'à la place de Dani Hollywood, la CW devrait essayer d'adapter HaNephilim, aussi.
Cependant, si Timrot Ashan (dont la qualité de l'original est indiscutable) et/ou Ta Gordin réussissent leur implantation aux USA, on pourra considérer que l'essai est transformé, et d'autres s'engouffreront alors peut-être dans la brèche...

Du coup, pour célébrer cette perspective réjouissante, aujourd'hui je vous propose le générique de Ta Gordin, un bon petit thriller d'espionnage où, encore une fois, se pose la question du patriotisme : entre trahir ou servir la Nation, il faudra choisir. Comme je vous le disais, les projets US jouent la carte de la sécurité après Homeland...

Je me demande comment la version américaine (apparemment baptisée M.I.C.E.) va gérer le problème de la langue russe dans les épisodes ; dans la série originale, les dialogues en russe sont fréquents, assez longs, et les spectateurs israéliens peuvent les suivre avec des sous-titres (cela étant, je n'ai encore jamais vu un épisode de série israélienne diffusé sans sous-titres, donc les spectateurs sont habitués...), mais j'imagine mal ça dans une série américaine, pourtant il semble difficile, vu le pitch, d'y couper.
Cela dépendra peut-être de la chaîne qui achètera le projet puisque pour le moment cette information m'a échappée ou est tout simplement inconnue ; une chaîne du câble pourra envisager une série réellement bilingue, un network, ça semble très difficile. Mais de toute façon, le pilote de la série est bien trop bavard pour un network.

Bon, je vois que je m'étends sur le sujet, faut m'excuser, c'est l'enthousiasme... mais on avait dit qu'on parlait du générique de Ta Gordin, hein ! Alors on y va.

TaGordin
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !


Très sincèrement, ce n'est pas le générique préféré de ma collection. Essentiellement parce qu'il est assez opaque sur l'esprit de la série. On peut y piocher quelques indices sur ce qui se dit dans Ta Gordin, en matière d'espionnage, mais très franchement, ça reste très difficile d'accès tant le générique couvre des choses très variées et parfois même contradictoires en apparence.

En revanche j'aime beaucoup la musique. C'est le genre de titre un peu hybride qui reste en tête, qui est un peu électronique, un peu mystique, et qui fonctionne incroyablement bien. Ca reste bien en tête (mais c'est impossible à fredonner), aussi. Je trouve ça efficace en diable. D'ailleurs ça me rappelle un peu, dans un style musical différent, ce qui est accompli à première vue par le générique de Homeland (si l'on omet le fait que le générique de Homeland a aussi pour fonction de nous faire entrer dans la tête de Carrie), assez brouillon mais entêtant quand même.

Alors, de la même façon que Ta Gordin pourrait prochainement être repris sur les écrans américains parce que, tout d'un coup, d'autres ont envie de dupliquer le modèle qui a réussi pour Homeland, on n'est pas vraiment dans la surprise avec ce générique, pas plus qu'on ne l'est, à vrai dire, avec la série elle-même. Pour autant, puisque les USA se sont décidés à piocher dans le catalogue israélien pendant quelques temps (ça durera le temps de la période de grâce de Homeland, je présume), c'est quand même bien sympa d'entendre un peu parler des originaux.

D'ailleurs je me suis souvenue cette semaine que j'avais promis à Livia de mettre le premier épisode de Mesudarim (avec sous-titres) à sa disposition... Et dés que j'ai fini Srugim, je fais un sort à mon DVD d'Avoda Aravit, aussi. Alors, vous le voyez, on n'a pas fini de parler de séries israéliennes dans le coin !

Posté par ladyteruki à 16:24 - Médicament générique - Permalien [#]

17-09-12

Curés à la bonne

Que mon frère whisperintherain me pardonne : j'ai énormément de mal à contenir mon enthousiasme sur la série de ce soir. Au point que je publie mon post bien que sachant pertinemment qu'il n'en fera pas de même avant quelques semaines, dans le cadre de notre petit défi de la saison.
C'est pas très classe, je vous l'accorde, mais vous me connaissez : quand un pilote me plaît, j'ai du mal à me mettre en pause, il faut que je vous en parle. Mais dés qu'il le fera, promis, le lien au bas de ce post vous conduira directement à sa critique de l'épisode. En attendant, je vais vous choquer, mais le pilote dont je brûle de vous parler est... français. Je sais, à moi aussi ça fait un choc.

AinsiSoientsIls-Promoarte

Il est assez rare que j'éprouve de l'anticipation pour une série française. J'ai beau essayer de me réconcilier avec notre bonne vieille fiction nationale, c'est encore assez difficile pour moi de m'enflammer pour une nouveauté, la notion de réconciliation primant en général sur le reste. Et puis en toute franchise, assez peu d'idées me semblent originales (ajoutez à cela mon allergie au poulet et vous avez tout compris).
Il y a donc encore beaucoup à faire avant que je ne cesse d'avoir un a priori négatif sur les séries françaises...

Avec Ainsi Soient-Ils, pour la première fois, il en est autrement. Déjà parce que je trouve l'histoire foncièrement différente de celles qu'on nous propose en général, et que le souci qui semble avoir occupé ses scénaristes n'a pas semblé déterminé par la facilité ; au contraire, il semble qu'ils aient été inspirés par l'envie de créer une vraie série dramatique originale, en trouvant un contexte riche et plein de potentiel. Et puis, à cette première sensation, s'est ajouté évidemment le buzz autour de la série (critiques élogieuses, récompense, renouvellement...), qui m'a plutôt conforté dans l'idée qu'on tenait peut-être là une vraie bonne série pour laquelle on ne regretterait pas de s'être enthousiasmés.
Pour finir, il faut évidemment admettre que j'ai passé une bonne partie du mois de septembre à réfléchir aux questions de religion, grâce à Srugim, par un hasard du calendrier, et que je suis donc dans la période idéale pour regarder des séries touchant de près ou de loin à la spiritualité, mais ne doutez pas qu'on va bientôt en reparler.
Du coup, je peux le dire : j'étais impatiente de voir le pilote d'Ainsi Soient-Ils. Voeu exaucé grâce à la machine promotionnelle d'arte qui n'a jamais semblé si bien huilée.

Bon, après tout ça, encore fallait-il qu'Ainsi Soient-Ils ne soit pas une magistrale déception. Avouez que ça l'aurait foutu mal !
Eh bien pas du tout. Bien qu'un peu longuet et doté d'un cast maladroit (surtout niveau diction, mais j'ai toujours un soucis avec 90% des acteurs français à ce niveau-là, alors c'est sans doute moi), ce premier épisode nous offre très exactement l'exposition qu'on était en droit d'attendre d'une série dramatique solide.

Ainsi, quatre jeunes gens sont reçus au séminaire des Capucins, apparemment la crème de la crème catholique, afin de faire leurs classes pour accéder à la prêtrise. Un cinquième, au parcours plus chaotique, tente également de rejoindre le séminaire. Comme c'est son boulot, le pilote s'attache à nous montrer les différentes personnalités de ces jeunes hommes qui s'engagent dans une voie qui, les avertit-on, n'est pas encore certaine d'être la leur : on prendra la mesure de leur engagement pendant cet apprentissage, justement.
Le discours prononcé à l'occasion de leur arrivée, en ouverture du pilote, est, je l'espère, représentatif de ce que nous pourrons attendre de la série : il s'agira pour chacun d'éprouver sa foi, d'en tester les ressources, et de s'interroger sur sa vocation. Le séminaire équivaut à une longue signature du contrat avec Dieu, et les jeunes protagonistes sont ici pour prendre le temps de lire les clauses en petits caractères, et de bien vérifier s'ils sont prêts à faire certains sacrifices.

Tous nos jeunes héros, justement, ne sont pas égaux devant le scénario.
Yann, le Breton pieu de la tête aux pieds, a droit à un meilleur développement, de par les moqueries dont il lui arrive de faire l'objet, ou tout simplement parce que la camera prend le temps de s'isoler avec lui. Ce sera moins le cas de ses trois compagnons Emmanuel, Guillaume et Raphaël, lesquels, bien qu'ayant droit à un rapide passage en revue de leur background, n'ont pas encore la chance de nous sembler très émouvants. C'est différent pour José qui, de par son cas un peu particulier (il sort de prison et rejoindre le séminaire est pour lui l'opération de la dernière chance), a droit également à une exposition plus détaillée. Ca s'arrangera sûrement par la suite pour les autres laissés pour compte, ce serait étonnant que certaines pistes aient été lancées sans qu'on ait l'opportunité de les exploiter ensuite.

C'est d'ailleurs assez caractéristique de cet épisode inaugural ; le premier épisode pose des bases de façon assez classique, je dirais même de façon superficielle si je voulais être sévère. Lorsqu'on aborde ce premier épisode, Ainsi Soient-Ils apparaît comme un peu manichéenne pour son autre intrigue : le gentil directeur du séminaire pauvre comme Job face à l'arriviste et revanchard président des évêques dépensant des fortunes pour sa communication, c'est un peu gros, il faut l'admettre. Pour relativiser, je me dis que cette vision un peu binaire des choses va probablement se complexifier à mesure que la série progressera ; de par son poste de supervision des séminaristes, le père Fromenger, en particulier, aura peut-être l'occasion de nous montrer un visage plus sombre. Peut-être.
Pour être honnête, ce n'est certainement pas l'intrigue qui me captive le plus dans Ainsi Soient-Ils, je crains qu'elle ne polarise un peu les positions des personnages (et/ou des critiques...), au détriment de ce qui fait la richesse de l'idée d'origine.

En revanche, dés ce pilote, on sent bien le poids des traditions, ce qui me semble essentiel quand on parle d'une série sur la religion, on l'a vu avec Srugim. Pour le moment la religion dans Ainsi Soient-Ils semble être plutôt quelque chose qui se vit en commun, de par des cérémonies au sein du séminaire, ou d'une hiérarchie à une plus grande échelle. En tant qu'athée, j'ai hâte que les personnages nous invitent aussi, à titre plus individuel, à partager leur foi autant que leurs doutes (en fait c'est à celle seule condition que je comprendrai la valeur de leurs doutes, justement). Il ne faudrait pas que les personnages vivent leur foi comme une évidence ou une habitude, ce serait contradictoire avec la problématique de leur engagement. C'est vraiment ce qui m'importe le plus dans la série, pour être honnête.

En espérant que les bonnes résolutions du pilote allaient tenir, j'ai lancé le suivant... Bon, il y a quelques défauts, c'est net, et on en reparlera à l'occasion du bilan de saison. Mais jamais je n'avais eu l'impression de ressentir ce genre de potentiel pour une série française. Quoi que je pense à l'avenir de la série, on ne pourra jamais m'enlever ça, cette satisfaction de regarder un pilote français plaisant...

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 21:54 - Review vers le futur - Permalien [#]

14-09-12

Le prix à payer

Combien de fois par jour entendons-nous au moins une personne, qu'il s'agisse de l'un de nos contacts dans la communauté téléphagique ou de télambdas, décréter que "c'est toujours la même chose", que "l'originalité est morte", que "tout n'est plus que remakes et adaptations"...? Combien de fois, sincèrement ? Et on est d'accord ou pas avec ce type de constat, il n'empêche que nous avons tous, ne serait-ce qu'une fois, par fatigue, découragement ou tout simplement parce que nous étions dans une période creuse pendant laquelle nous n'avions pas forcément été attentifs à ce qui se passe dans le monde de la télévision, dit quelque chose dans ce genre.

Fort heureusement, j'ai une super nouvelle : ce sont rien que des conneries. Des séries originales, novatrices et intrigantes, il y en a des tonnes. J'espère parfois vous en faire découvrir une ou deux, à l'occasion d'un de mes posts quotidiens ou d'un autre. Aujourd'hui est, je le crois, l'un de ces jours. Pour tout vous dire, je ne m'étais plus autant amusée devant une série depuis...!!!
Depuis... bon, 4 jours, devant Srugim. Mais pas de la même façon, pas du tout.
En tous cas, aujourd'hui, je m'apprête à vous parler d'une série canadienne que je ne connaissais pas du tout il y a encore 24h, intitulée The Booth at the End.

TheBoothattheEnd-TheMan

Imaginez un diner. Le plus classique possible, avec les banquettes alignées, le jukebox qui murmure dans un coin, la serveuse qui passe de table en table pour resservir du café, la totale, quoi.
A la banquette du fond est assis un homme, l'air austère, et pas très bavard. Les gens qui entrent dans le diner viennent souvent à lui, s'installent à sa table, échangent quelques mots, parfois commandent un plat ou une boisson, puis partent. Quel est donc cet homme et que veulent ces gens ?

C'est justement ça, le propos de The Booth at the End : ce que veulent les gens. Ils ont en effet entendu que...? Et ils viennent confesser à l'homme ce qu'ils veulent en espérant qu'il exauce leur voeu. Mais les choses ne sont pas si simples : lorsqu'on veut quelque chose, il faut faire quelque chose pour l'obtenir. Chaque fois qu'une personne lui dit ce qu'elle souhaite dans la vie, ce dont elle a besoin, il leur confie une mission à accomplir. Ce n'est qu'à la condition que cette tâche soit menée à bien, et qu'il sache tous les détails de la préparation, que le voeu sera réalisé.
Mais l'homme étrange, qui n'a pas de nom, n'est pas un faiseur de miracles. C'est dans son mystérieux carnet (qu'il ouvre au hasard) qu'il trouve les missions à confier. Ce n'est pas lui qui décide. En fait il ne décide de rien. Il est juste leur interlocuteur, l'homme de main, en quelque sorte, de cet étrange carnet où il couche également noir sur blanc ce que lui disent ses visiteurs.

The Booth at the End est, vous l'aurez compris, une étrange série hors-norme. Déjà de par son format : les épisodes durent une demi-heure, mais sont en réalité constitués de petites vignettes qui durent environ deux à trois minutes ; chacune de ces vignettes suit une entrevue avec un personnage. Les personnages sont récurrents : ils peuvent passer plusieurs fois dans un même épisode, ou ne pas être vus pendant quelques épisodes d'affilée. Ainsi, en dépit du fait que son concept soit idéal pour une série d'anthologie, The Booth at the End est une série complètement feuilletonnante : non seulement il faut impérativement regarder les vignettes, et donc les épisodes, dans l'ordre chronologique, mais impossible de suivre un seul personnage (en cela, The Booth at the End diffère d'une série qui aurait pu être similaire, In Treatment).
Grâce à cette structure très efficace, The Booth at the End propose une incroyable dynamique qui fonctionne parfaitement, et se montre incroyablement envoûtante, alors qu'en réalité, la série se passe intégralement dans le diner.
Concept idéal pour une websérie, The Booth at the End est pourtant une série qui a été diffusée à la télévision canadienne (sur Citytv) ainsi que sur plusieurs chaînes FOX internationales (notamment en Israël, en fait c'est même en lisant une news sur sa diffusion dans ce pays que j'ai découvert son existence, oh douce ironie du sort), dont apparemment en France mais je n'ai pas trouvé les détails ; elle a également été mise à disposition, aux USA, par Hulu. En dépit de son découpage en épisodes d'une demi-heure, elle serait pourtant parfaitement acceptable sous la forme d'une diffusion découpée par vignettes, si jamais une chaîne se disait que short ne voulait pas nécessairement dire com.

Mais au-delà de sa forme, la série brille aussi, et surtout, par son contenu. Ecrite comme un thriller fantastique, The Booth at the End n'est pas sans rappeler les séries fantastiques à concept nippones, telles que The Quiz Show ou FACE MAKER, qu'on a déjà évoqué dans cette colonne (n'hésitez pas à cliquer sur les tags au bas de ce post, ça les châtouille mais ils aiment ça). Il y est avant tout question d'utiliser les outils fantastiques comme des leviers pour lever le voile sur la conscience humaine. Ainsi, se révélant incroyablement dense, profonde et captivante, The Booth at the End est aussi un incroyable thriller, une série dramatique émouvante, et une série sur l'horreur humaine dans toute sa splendeur.

Les personnages qui viennent voir l'homme mystérieux débarquent en effet pour une seule raison : on leur a dit qu'ils obtiendraient ainsi ce qu'ils souhaitent. Inutile de préciser que quand ils arrivent, ils ne comprennent pas tout de suite les règles du jeu. Par exemple, ce n'est pas l'homme qui "fait" que leur souhait se réalise : il est juste l'arbitre, en quelque sorte ; ils doivent venir à lui pour connaitre la chose à accomplir, pour reporter régulièrement sur l'avancement de leur mission, mais il n'intervient pas de quelque façon que ce soit en-dehors de ces règles. Cela occasionne énormément de frustration de la part des visiteurs de notre homme, qui pensent qu'ils peuvent négocier avec lui, voire même le forcer à arrêter le cours des choses. Ce à quoi il s'entêtera à leur répéter que ce sont eux qui remplissent la mission et font que le voeu se réalise ; s'ils veulent tout arrêter parce qu'ils ne s'en sentent pas capables, ils n'ont qu'à le faire... par contre ça signifie qu'ils n'auront pas ce qu'ils veulent. Evidemment, ce n'est pas facile à entendre pour ses interlocuteurs qui espéraient trouver en lui une solution.
Les cas qui lui sont présentés sont très variés au cours de ces deux saisons (la seconde date à peine du mois dernier). Une vieille femme veut que son mari soit guéri de son Alzheimer, un célibataire veut que la belle blonde en page centrale tombe amoureuse de lui, une jeune fille veut résoudre les problèmes d'argent de son père... La mission que le carnet trouve pour eux semble n'avoir aucun lien avec leur désir initial : la jeune fille doit aider quelqu'un qui est enfermé depuis de nombreuses années à sortir de chez lui, le célibataire doit protéger une petite fille pendant de longues semaines, la vieille dame doit faire exploser une bombe dans un lieu public.
Eh oui, pas de trip type Anges du Bonheur, les missions ne sont pas toujours faciles, et encore moins positives. Plutôt le contraire, en fait.

Car The Booth at the End se fait au contraire forte d'étudier les cas de conscience que cela soulève chez les différents visiteurs de la banquette. Les conversations avec notre homme sont toujours extrêmement profondes, intelligentes, et surtout d'un inconfort aigu, déplaisant. Ce père qui doit tuer une petite fille pour que son fils soit sauvé de sa leucémie trouvera-t-il la force de tuer la gamine de 4 ans qu'il a trouvée comme cible "parfaite" ? La bonne soeur qui a cessé d'entendre Dieu (on parle décidément beaucoup de lui sur ce blog ces derniers temps !) acceptera-t-elle de tomber enceinte afin de communier de nouveau avec Lui ?
Mais plus que l'idée, un peu karmique, qu'il faut donner pour recevoir, The Booth at the End fait aussi un épatant travail en liant certaines intrigues les unes aux autres. Pas toutes, heureusement, sans quoi cela pourrait paraître excessivement tordu. Mais suffisamment pour qu'on regarde parfois l'homme étrange avec effroi : puisqu'il sait que ces deux personnes vont se croiser, comment peut-il réussir à garder son calme ?
Il y a, toutefois, une certaine poésie dans la façon dont la série s'aventure sur le terrain des causes, des conséquences, et des réactions en chaîne, et dans la façon dont les épisodes lient, progressivement, certains Destins les uns aux autres. De ce côté-là il est absolument impossible de ne pas se laisser surprendre plusieurs fois.

La question de la responsabilité, mais aussi de l'identité, sont centrales dans une série comme celle-là. Les personnages se demanderont ainsi, à plusieurs reprises : qui suis-je pour faire ça ? Ou, plus terrifiant... qui suis-je pour ne pas le faire ?
Evidemment c'est aussi la question de la responsabilité de notre homme flegmatique qui se pose. D'abord parce qu'il est toujours un peu choquant de voir le visage de cet homme rester neutre en dépit des horreurs qui lui sont dites. Et puis parce que, avare de ses mots, il ne cherche jamais à laisser perdurer le trouble : il est prêt en permanence à clarifier les règles du jeu ("I don't like the rules", lui dira l'un de ses interlocuteurs... "Then don't play the game", lâchera l'homme comme une évidence innocente), à rappeler à chacun que tout peut être arrêté à tout moment, et qu'ils ont l'entier choix du moyen pour arriver à leurs fins. Et la différence est d'importance, car l'énoncé de leur mission est souvent bref, limite sybillin, et c'est leur propre interprétation qui sera parfois la cause des tourments des personnages. Mais ces tourments seront aussi l'occasion pour nous de plonger dans les ténèbres de l'âme humaine, et la série ne rate absolument aucune de ces plongées terrifiantes.
L'homme assis sur cette banquette est-il le Diable qui offre un pacte ? Une sorte d'intermédiaire avec Dieu ? Ou quelque chose d'autre... L'un des suppliciés lui lancera un acide "you're a monster", auquel il répondra placidement : "you might say I feed monsters". Ce qui est sans doute le plus glacial qu'on pouvait imaginer. Et dans le fond, voulons-nous vraiment percer son mystère ? Au fur et à mesure que la série avance, un autre face à face se profile, et il n'est pas non plus très joyeux...

Avec ses dialogues fins, intelligents et jamais dans la surenchère de mystère, ses personnages pléthoriques à la psyché complexe mais toujours captivante, et son personnage central qui, progressivement, prend de l'épaisseur en dépit de son mystère, The Booth at the End est une superbe expérience de fiction, qui se double, de surcroît, d'une intéressante initiative online. Ainsi, sur le site officiel de la série, vous avez accès à une intrigue totalement inédite, sous forme de jeu, pourvu de tenter, vous aussi, d'obtenir ce que vous voulez en échange d'une mission à remplir...

Alors ? A quel point voulez-vous ce que vous voulez ?

Posté par ladyteruki à 22:07 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

12-09-12

[DL] De Vijfhoek

Il y a des pays dont j'ai toujours l'impression de ne pas parler assez, mais depuis quelques mois, j'essaye de m'y mettre. La Belgique et les Pays-Bas sont de ceux-là, et même si je ne suis pas encore totalement au point à leur sujet (mais j'y travaille, juré), j'avais repéré deux séries en cette rentrée : De Geheimen van Barslet et De Vijfhoek.
Je pensais qu'elles démarraient toutes les deux en ce mois de septembre mais, après quelques recherches (et pas mal de frustration parce que j'étais convaincue que le pilote avait déjà été diffusé), je me suis aperçue que De Geheimen van Barslet serait lancée sur Ned2, au Pays-Bas, le 6 octobre seulement (; e Pilot Watch a d'ailleurs été corrigé en conséquence.
De Vijfhoek, elle, a bel et bien démarré à la date prévue sur la chaîne belge één, soit le 4 septembre dernier, et c'est d'elle que je vais vous parler ce soir.

Ce qui m'intéressait, c'était que le pitch de De Vijfhoek me faisait penser à ceux d'un grand nombre de séries diffusées sur la chaîne nippone WOWOW. Il y avait un côté "radiographie d'un problème de société" qui me plaisait bien.
Pour ceux qui ont la flemme d'aller regarder dans le grand world tour de cet été pour se remémorer quoi il s'agissait, puisqu'on en avait déjà parlé, rappelons que, logée dans un quartier de Bruxelles, De Vijfhoek s'intéresse à un grand probjet de construction qui se trame dans les bureaux d'une grande compagnie. Alors que les habitants ne soupçonnent pas les grands bouleversements qui les attendent, le projet progresse...

Vous imaginez bien que c'est la mort dans l'âme que j'ai donc récupéré le pilote de De Vijfhoek, et comme j'ai décidé de faire une pause de quelques jours avant d'attaquer la suite de Srugim (essentiellement parce que je vais avoir quelques jours de congès, et que j'ai l'intention de me faire la saison 2 d'une traite à cette occasion !), j'ai donc jeté un oeil au premier épisode. Eh bien écoutez, vraiment on s'y croirait. C'est une série de WOWOW, sauf qu'elle est diffusée par één. Et les acteurs ne sont pas asiatiques. Sinon, c'est la même ! Les mêmes techniques narratives, la même volonté d'offrir plein de points de vue différents...

La construction de ce premier épisode est efficace en diable, à défaut d'être surprenante. Comme nous sommes invités dans les bureaux de la Leroi Building Company, nous savons ce qui se trame. Les habitants du quartier, eux, pas du tout.
Ils mènent leur vie sans rien remarquer, avec leurs propres petits problèmes, mais nous, nous repérons les détails avant-coureurs ; l'absence de suspense est ainsi compensée par une impression de compte à rebours invisible. Nous savons que tous ces préoccupations "anodines" ne sont rien, comparés à ce qui attend le quartier, mais nous sommes les seuls dans la confidence. C'est pourtant ce qui explique que, tournés vers leurs soucis personnels, les locaux ne sentent rien venir, et cela accentue, de fait, l'impression d'inéluctabilité : on sent que, quand ils vont s'inquiéter, il sera presque trop tard. C'est évidemment le but, et la série ne s'en cache pas.
Nul doute cependant que De Vijfhoek sème déjà tous les éléments nécessaires pour la réplique, notamment avec le personnage de la nana qui vient d'être reçue au barreau mais qui finalement décide de devenir journaliste (je vous l'accorde c'est pas très subtil) ; mais, comme les autres habitants du quartier, elle est pour le moment dans le flou.

Bonus non-négligeable, De Vijfhoek se déroule dans un quartier multilingue, cosmopolite, où les personnages se parlent en flamand comme en français. La vie du quartier est bien décrite, avec sa petite brasserie, la petite boutique du commerçant arabe du coin, le petit kiosque à journaux... Tout cela rend le quartier très vivant et réaliste. Ce qui est, forcément, nécessaire, afin de pouvoir compatir avec les habitants contre le grand capital. Eh oui, ce genre de séries laisse rarement le choix quant à la prise de position finale du spectateur, même en offrant un point de vue large, mais quand même subjectif sur la question.
Mais qu'est-ce que vous vouliez, vous ranger du côté des riches, peut-être ?!

Si le premier épisode de De Vijfhoek est pour le moment un peu mou (beaucoup, beaucoup d'exposition...), le trailer annonçant la suite des opérations est quant à lui plus alléchant. Et puis, ce sont en tout 13 épisodes qui ont été commandés, donc on a le temps d'être surpris par la tournure des choses.

DeVijfhoek
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Pour ce qui concerne le générique, puisqu'on est un peu là pour ça quand même, en fait il est musicalement divisé en deux parties. D'abord un côté très pop, avec une voix féminine qui fait des vocalises ; et puis, au bout de 19 secondes... je ne vous en dis pas plus, je vous laisse le découvrir. Mais je trouve que ça correspond assez bien à l'identité du quartier.
Identité que l'on retrouve, en filigrane, à travers des lumières, des images subliminales de plans, et surtout, le logo, qui reprend subtilement la forme d'un pentagone... ça tombe bien, c'est la traduction du titre de la série !

Sans être un générique inoubliable ni même très original, celui de De Vijfhoek lui ressemble bien, et dure quand même 30 secondes, ce qui est quand même un minimum. En tous cas la série part avec les bonnes cartes dans sa manche.

Posté par ladyteruki à 22:17 - Médicament générique - Permalien [#]