ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

03-09-13

Derrière chaque porte

Parmi les séries qui n'ont pas instinctivement mes faveurs, il y a encore et toujours les séries britanniques. J'ignore pourquoi, mais je n'ai pas le réflexe de les regarder, quand bien même leur existence ne me rebute pas sur le papier. Une partie de ce comportement est due à l'accent. L'autre partie n'est couverte par aucune bonne raison. Remédions donc à cela avec le pilote de What Remains, lancée il y a quelques jours sur BBC, et qui donc, entre encore dans le cadre du défi de la saison 2012-2013.

WhatRemains

En théorie, What Remains a tout du crime drama le plus classique. L'épisode commence avec une formule qui ressemble comme une goutte au procédé de la franchise Law & Order : mise en contexte des derniers instants de la victime, puis découverte de son corps par des personnes hors de tout soupçon, et enfin, arrivée des enquêteurs prenant désormais le dossier en charge. La seule chose qui manque est donc le crime lui-même, et à travers lui le criminel : jusque là, comme je le disais, rien d'épatant.

C'est peut-être ce qui rend les premières minutes de ce pilote un peu longuettes, d'autant que contrairement, pour reprendre mon exemple, à Law & Order, il n'est pas question ici de s'appuyer sur un montage efficace et une exposition rapide des passages obligés, mais bien de lentement décortiquer toute cette introduction à l'intrigue, nous invitant plutôt dans une immersion ralentie dans les eaux sombres de What Remains, que dans un plongeon dans le grand bain.
Dans ses premières minutes, What Remains évoque énormément de séries scandinaves, c'est assez frappant non seulement de par la narration, mais aussi par la réalisation, s'appuyant sur des couleurs froides et/ou étouffantes, d'excellents jeux autour de l'obscurité, et un sens du détail qui fait honneur à bien des fictions ces dernières années. Même la musique est résolument empruntée à des Bron/Broen, des Forbrydelsen ou des Kommissarie Winter, un accompagnement feutré, discret, mais élégant, qui enveloppe l'atmosphère au lieu de tenter de la définir à lui seul.

On va très vite s'apercevoir que ce qui fait l'intérêt de What Remains, et accentue la parenté avec les séries scandinaves sus-citées (et plusieurs autres), c'est qu'en réalité, malgré son enquêteur qui se traîne de scène en scène en se creusant les méninges pour accéder à l'épiphanie finale, What Remains n'est pas seulement un crime drama. C'est tout simplement un excellent drama. Et ça, vous pensez, ça me fait plaisir.

Car ce sur quoi le détective Harper va porter son regard, ce ne sont ni les preuves, ni les indices, ni les détails du crime. Ces éléments, bien que présents comme l'exige la loi depuis un peu plus d'une décennie, seront rapidement balayés par le scénario (les restes de la victime sont trop décomposés pour apporter quelque renseignement que ce soit), mais aussi par notre vieux flic qui s'intéresse, avant tout, à l'humain, non au crime.
On le sent plus inquiet de savoir qui est la victime, comment elle vivait, pourquoi sa disparition n'a interpellé personne pendant plusieurs années, que par la perspective de coffrer un criminel. Là encore, le scénario très vite règle la question : il n'y aucune preuve matérielle d'un meurtre, ça pourrait très bien ne pas en être un. Mais en persistant dans son enquête sur la victime, et non vraiment sur le crime à proprement parler, Harper démontre que pour lui, il importe peu que la victime ait été tuée ou qu'elle ait succombé à un accident. Ce qu'il veut, c'est juste reconstituer ses dernières heures. Comprendre la défunte, pas fondamentalement comprendre le décès.

Mais c'est justement à travers le portrait de la victime, et par les connexions que Harper tente d'établir avec d'autres êtres humains, que What Remains se montre la plus brillante. Car la défunte, une trentenaire obèse et solitaire, n'avait pas de proche, pas d'ami : la série ne s'appelle pas Who Remains, personne n'a été laissé derrière. Et Harper de s'interroger : comme une femme de cet âge, dans cette situation, n'a-t-elle même pas des amis qui l'attendent quelque part, un téléphone pour être jointe par des tiers, un ordinateur pour rompre la solitude chez elle ?
En l'absence d'élément de réponse ouvrant l'enquête sur l'extérieur, Harper va donc se concentrer sur la demeure de la défunte, une propriété divisée en une poignée d'appartements où tout le monde se connaît, mais personne ne semble s'apprécier.
What Remains raconte donc la vie de ces habitants, chacun derrière leur porte, au mieux indifférent, au pire vaguement hostile au voisinage. Une animosité généralement mesquine, comme c'est souvent le cas entre voisins, reposant sur rien, ou si peu, si ce n'est le fait que des gens qui n'ont rien de commun et encore moins compatibles partagent un espace commun qu'il faut hélas partager.

La banalité que décrit What Remains n'est pas ennuyeuse, elle est révélatrice de ce que nous avons tous vu ou vécu à un moment : la façon dont chacun vit derrière sa porte, échangeant quelques mots sur le pallier ou dans les escaliers si vraiment c'est nécessaire, vivant sous un même toit, ne souhaitant rien tant que de ne pas être en contact avec d'autres, et surtout pas le vieil homme acariâtre ou les "lesbiennes" à l'étage. Surtout, imaginer qu'on est seul dans le bâtiment... sauf que la victime est la preuve (mais pas vivante) que cette solitude vient avec un prix.

L'individualisme que dépeint What Remains, et qui se traduit chez tous les habitants de la maison, en un sentiment terrible de solitude et/ou d'étouffement, n'est ni évidemment approuvé, ni totalement critiqué. C'est d'abord un fait donc Harper s'étonne : comment la victime pouvait-elle à ce point être seule au monde ? Il y a des théories pour l'expliquer mais ce n'est pas l'important. L'important, surtout, ce n'est pas que ce soit condamnable, ou qu'il s'agisse d'une dérive de notre société moderne.
L'important, c'est que c'est profondément triste.
S'il y a bien une émotion qui ressort de ce pilote, c'est clairement que chaque voisin, planqué derrière sa porte en espérant frayer le moins possible avec les autres, et garder sa petite vie pour lui, vit une expérience misérable, à son échelle.

Sans totalement opter pour le huis clos (plusieurs scènes suivent la vie privée de Harper, qui, c'est un peu cliché, prend sa retraite dans le pilote), What Remains se déroule essentiellement entre les murs de cette demeure. C'est là que se jouent de cafardeuses individualités. A ce titre, le bâtiment revêt rapidement une importance capitale : il ne s'agit pas simplement de donner un cadre à la tragédie banale qui se joue, mais bien d'offrir une enceinte, symbolisée par les espaces encaissés du bâtiment (et notamment la montée d'escalier, qui est incroyablement bien exploitée dans cet épisode), à la prison que chacun se construit dans son propre appartement. Oui, chaque habitant ou presque cache, derrière sa porte, un secret.
Mais ce n'est pas tant après ce secret que court What Remains, les secrets font simplement partie de la panoplie d'artifices de l'aspect crime drama, qui n'est lui-même qu'un outil narratif pour explorer cette résidence qui n'a rien d'extraordinaire ni d'étrange. La série ambitionne avant tout de raconter comment construire sa vie derrière sa porte nous fait choisir un seul côté de celle-ci, nous coupant de l'extérieur, nous privant d'air frais et, par extension, d'échanges sains avec le monde.

What Remains réussit son aspect criminel sans trop se fouler, pour le moment, sacrifiant aux passages jugés incontournables pour une fiction du genre, pour surtout prendre le temps de traîner le pas dans cette montée d'escalier si familière
Car elle l'est, familière, ô combien ! J'ai toujours vécu ma vie de célibataire dans des grandes villes ; dans les appartements que j'ai habités, il m'arrivait de ne pas savoir qui étaient mes voisins, ou, parce que je pensais le savoir, de les éviter avec soin. What Remains a épouvantablement fait mouche ! Non que j'ai particulièrement peur de disparaître un jour sans que personne ne s'en aperçoive (dites, vous vous en rendrez compte, vous, n'est-ce pas ? Promettez-moi...), mais parce que derrière ma porte, je suis, résolument, toute seule. Toute personne célibataire vivant en appartement, j'en suis sûre, connaît cette crainte, cette agonie, même ; certains trompent la peur en surdéveloppant leur vie sociale, d'autres tente de l'apprivoiser avec les moyens du bord. Il n'y a pas de réponse, et What Remains n'en propose pas. Elle nous met simplement face à l'une des plus grandes peurs de notre époque de communication et d'urbanisation : la solitude qui fait de vous un anonyme dont l'absence ne sera jamais remarquée.
On en viendrait presque à espérer pouvoir blâmer un horrible tueur psychopathe.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:23 - Review vers le futur - Permalien [#]

10-05-13

Soyons curieux maintenant, avant qu'il ne soit trop tard

Aujourd'hui, j'avais initialement prévu de vous faire un post sur Hatufim. Ou plutôt à sa gloire. Pour féliciter arte, qui outre les excellentes séries scandinaves qu'elle ne cesse de nous proposer, s'attache à nous rendre curieux sur plein de pays, dont Israël, un formidable pays pour les séries comme j'ai eu l'occasion de vous le dire à peu près 712 fois dans ces colonnes. Mais après avoir lu les retours sur la diffusion d'hier, j'ai décidé de mettre mon post de côté, et d'aborder une autre question que souligne la diffusion de la série.
Et puis, après tout, combien de fois avez-vous déjà lu des articles comparant Hatufim à Homeland cette semaine ? Comme si vous aviez besoin du mien en plus. Mais au pire, je l'avais fait là.

Hatufim-Portraits

Quelles que soient les qualités de Hatufim (et elles sont nombreuses), quel est foncièrement l'intérêt de diffuser une série dont le remake fait déjà tant parler ? La réponse est dans l'objectif qualitatif, pour ne pas dire téléphagique, qui est clairement celui d'arte depuis quelques années : proposer de bonnes séries, à la fois en gardant un oeil sur le monde et les tendances, à la fois en faisant son affaire de son côté sans s'embarrasser de suivre le troupeau. C'est un pari, peut-être pas quotidien, mais disons, trimestriel. Parfois ça marche, comme avec Äkta Människor.
Et parfois, ça donne Hatufim, 496 000 spectateurs hier soir.

Ouch. Oui, ça fait mal. Mais ça ne fait pas simplement mal parce que moins d'un demi-million de Français aura vu les premiers épisodes de cette excellente série. Ce ne fait pas simplement mal parce que "l'invasion" de séries israéliennes n'est pas pour demain après des résultats comme celui-là. Ca fait mal parce que, concrètement, le public des séries d'arte réagit au buzz. Or le buzz de Hatufim ne travaillait pas pour lui, d'abord parce qu'il y en avait très peu (le succès d'Äkta Människor, c'est aussi une campagne démentielle), ensuite parce que tous ceux qui en ont parler, tous, absolument tous, je prends l'absolu pari que vous ne trouverez pas d'exception à cette règle, ont comparé Hatufim à Homeland.
C'est-à-dire qu'on est parti du principe à la base qu'on allait regarder une histoire déjà très familière aux spectateurs, et que le jeu consistait à montrer les différences entre les deux versions, donc à partir du principe que la connaissance de Homeland par les spectateurs était telle que les spectateurs pouvaient en tirer des conclusions. ...On a quasiment fait passer Hatufim pour le remake !
Homeland, qui de surcroît, jusque là, n'a été diffusée en France qu'en crypté par Canal+, et dont le premier épisode a rassemblé sur la chaîne cryptée 1,3 million de spectateurs. Donc une portion de ces spectateurs allait forcément partir du principe que, bon, j'ai déjà vu une fois, ça va. Une autre portion n'a peut-être pas eu vent de la diffusion de Hatufim (c'est-à-dire que Hatufim ne fait pas les gros titres depuis plus d'un an et demi dés qu'on parle de séries, et n'a pas reçu d'Emmy Award). Et puis une portion a aussi décrété que les séries israéliennes, on veut bien être curieux, mais faut pas pousser quand même (j'en ai dans mon entourage... ou plutôt avais, les funérailles sont lundi).

La question de savoir si arte aurait finalement dû ne pas diffuser Hatufim ne se pose pas : c'est un choix éditorial en parfait accord avec l'identité que s'est forgée la chaîne, ces dernières années, dans le domaine des fictions acquises à l'étranger, c'est-à-dire le choix de la qualité et de l'intérêt intrinsèque de l'oeuvre, par opposition à ses chances évidentes de succès commercial. Personne n'a le sens de la prise de risque noble comme arte en matière de séries. Mais il lui faut déployer tout un couteau suisse de promotion pour réussir son pari ; or du point de ce point de vue, Hatufim était poignardée d'avance.

Par-delà le problème de Hatufim (la sortie en DVD fin mai devrait finalement atténuer nos peines ; vous avez de la chance, j'ai pas eu autant de bol avec Kommissarie Winter l'an dernier), la question qui se pose aussi est celle de l'avenir d'une série originale quand son remake nous est parvenu.
Des séries comme Ta Gordin, Rake ou Réttur deviendront obsolètes du jour où leur adaptation (quand elle voit le jour) aura achevé sa première minute sur les écrans américains.

Parce que telle est encore la loi, dans un monde où, ironie du sort, les séries américaines s'inspirent de toujours plus de nationalités différentes : les USA ont toujours le dessus. Au moins commercialement, ce qui est amplement suffisant. arte a beau essayer de nous ouvrir l'esprit à d'autres espaces, d'autres possibilités télévisuelles, pour le moment, USA is the new black.

Il n'est pas suffisant qu'une chaîne comme arte (mais qui d'autre ?) s'aventure sur des terrains comme Hatufim. Il faut qu'elle débroussaille le champs des possibles et déniche elle-même, sans doute en augmentant encore la prise de risques, les perles de demain dont les exécutifs américains s'arracheront les droits quelques mois plus tard. Dégainer par exemple Penoza avec Red Widow qui passe sur les écrans américains (sans même parler de sa réussite ou non outre-Atlantique), ce serait déjà avoir perdu le pari.
Il faut, pour éviter le piège tendu par le parallèle Hatufim/Homeland, qu'arte diffuse sans attendre les Oforia, les Pressa, les SON, les Arven Efter Veronika (bon enfin, non, arte peut attendre la diffusion danoise pour cette dernière, on n'est pas des bêtes). Ou bien qu'elle choisisse des séries quasiment impossibles à adapter, comme Blackstone, Intersexions, Cloudstreet ou 30° i Februari. Il faut prendre une longueur d'avance. Il n'y a pas le choix.

Soyons curieux maintenant.

Posté par ladyteruki à 23:47 - Zappeur, Zappeur n'aies pas peur ! - Permalien [#]

08-07-12

Déviation obligatoire

La tentation à laquelle il est impossible de résister : la perspective de découvrir un pilote sur grand écran. Peut-être est-ce une séquelle du complexe des téléphages par rapport aux cinéphiles, mais rien à faire, regarder une série projetée à une salle entière, ça a toujours un charme supplémentaire. Alors, projetée dans le cadre tout en dorures et velours rouge d'un théâtre, vous imaginez bien que ça fait son petit effet.
C'est la raison pour laquelle, en dépit d'un agenda insupportable ces derniers temps, j'ai décidé de me fendre d'un aller-retour express à Fontainebleau histoire d'attraper au vol la projection de Bron/Broen, sachant qu'il m'était proprement impossible de faire mieux cette année. Série Series, rendez-vous est pris pour l'an prochain. Normalement, sans élections présidentielles, je devrais pouvoir m'organiser plus facilement, d'ailleurs.

Avec sous le bras un apprenti téléphage de mes connaissances, sur lequel je reviendrai d'ailleurs dans un post ultérieur car mes opérations de contagion ont repris, je me suis donc aventurée en pleine cambrousse, puisque Fontainebleau est à peu de choses près l'autre bout du monde pour moi qui n'avais encore jamais pris un TER de ma vie, et je suis donc allée voir la coproduction suédoise/danoise ce samedi.

BronBroen-Lights

Je dois dire que ce n'était d'ailleurs pas sans appréhension. Je savais que Livia avait énormément aimé Bron/Broen (qu'au nom de l'exactitude, je me refuse à appeler The Bridge vu que d'une part, ce n'est pas son titre, et qu'on est tous capables d'apprendre un titre original avec un tant soit peu de bonne volonté ; d'autre part, il y a déjà une série canadienne qui s'appelle réellement The Bridge, c'est pas la peine d'entretenir la confusion sans raison valable ; et pour finir, quand les remakes anglophones vont pleuvoir, on sera bien contents d'avoir appris à faire la distinction, comme on la fait pour Forbrydelsen et The Killing), mais étant par réflexe un peu réfractaire aux séries policières et polars de tous poils, je m'étais dit qu'il serait toujours temps d'y revenir plus tard, un jour où je serais bien disposée.
Et une projection dans un théâtre, c'est franchement la meilleure disposition qu'on puisse imaginer.

En tous cas, c'est le genre de cas qui vous fait réaliser à quel point suivre l'actualité d'une série sans la regarder pour autant vous permet tout de même d'en savoir long sur son univers, et je dois dire que j'étais finalement très à l'aise en démarrant ce pilote, où j'avais déjà quelques repères. Quand on est allergique au genre policier, c'est une situation qu'on est bien content de trouver.

Mais en commençant le pilote de Bron/Broen pourtant, des termes tels que "à l'aise" ou "content" sont assez déplacés. Impossible de ne pas immédiatement plonger dans l'ambiance diffusement dérangeante de la découverte de corps au beau milieu (l'exact milieu, en fait) du pont reliant la Suède au Danemark.
Les premières minutes s'égrènent en nous dévoilant progressivement des détails plus sordides et triviaux, tant à propos du crime qu'à propos de l'un de ses enquêteurs, Saga Norén. C'est résolument elle qui a les faveurs du scénariste (Björn Stein, jusque là plutôt réalisateur qu'auteur), puisqu'on nous familiarise très tôt avec sa personnalité, un élément très important de ce pilote mais qui lui permet de prendre le dessus sur son collègue danois Martin Rohde, lequel va se dévoiler plus progressivement et donc nous rester opaque pendant une bonne partie de ce pilote, se montrant uniquement sous le jour du "gentil flic" un peu unidimensionnel.

BronBroen-Saga

Saga Norén est en effet autiste. Je ne l'avais jamais lu en ces termes, mais c'était évident d'emblée. Pas autiste comme un grand nombre de flics qu'on a pu voir à la télévision ces dernières années, d'ailleurs, qui sont en réalité plutôt des caractériels asociaux qu'autre chose, mais une personne donnant tous les signes de l'absence totale de réponse émotionnel à des stimulus pourtant forts, comme peut l'être une intervention urgente au beau milieu de la nuit, la découverte du corps d'une femme politique en vue, le sentiment d'urgence d'une situation de vie ou de mort ou encore les détails ignobles révélés pendant ladite intervention. Il est clair et net que cette femme est inanimée à l'intérieur, qu'elle n'est qu'un cerveau, une tête qui a emmagasiné les règles selon lesquelles travailler, mais pas le fait qu'elle travaille avec des humains. Son absence de réponse la rend très froide d'une part, et pourtant, d'une certaine façon, presque attendrissante, comme si le spectateur se dépêchait de ressentir pour deux ce qui lui échappe à elle.
Par la suite, l'épisode va nous donner une vision plus large du "handicap" de Saga (très franchement, d'un point de vue professionnel, ça semble être plutôt un avantage tant elle se montre efficace et dédiée à son job), nous donnant également des occasions de considérer l'autre personnage, Martin, un homme tout ce qu'il y a de plus normal, doté d'empathie et humain, et ainsi trouver un meilleur équilibre entre ces deux personnages. Mais au départ, c'est réellement Saga qui impressionne.
C'est un choix d'autant plus intéressant que, malgré la fascination certaine de cet épisode inaugural pour la jeune femme, le pilote tranche ici avec une convention communément répandue qui veut qu'en général, on invite le spectateur à entrer dans l'univers de la série aux côtés d'un personnage attirant un minimum la sympathie, parfois même la pitié, et ici on n'a rien de tout cela.

L'univers de Bron/Broen est d'autant plus difficile à intégrer de gaîté de coeur qu'il est également très sombre. Pas simplement parce qu'on commence par la découverte d'un corps, mais bien parce qu'il s'agit là d'une monde qui suinte la désolation.

Le rendu de l'image, qui, comme le montrent les diverses captures de ce post, est baigné dans les ténèbres, participe énormément à cela. Il existe une multitude de séries différentes en Scandinavie, et au moins autant de façons de montrer ces pays nordiques, mais celle-ci se fait forte de matérialiser absolument tous les clichés en matière d'absence de lumière, de nuits qui semblent durer une éternité, et de villes figées dans le froid.

Le crime, découvert en pleine nuit, est en partie le fautif, je suppose : l'enquête commence à l'heure où le reste de la population dort, les rues sont inanimées, même le poste de police est désert. Mais d'une façon générale, tout est pesant dans l'atmosphère de Bron-Broen, dont même les scènes en intérieur, qui pourrait être baignées par la lueur des néons, semblent étouffantes, accentuant l'ambiance claustro de bien des plans.
La conversation entre Saga et Martin, lorsqu'il la visite dans son bureau au commissariat a beau être hilarante, il reste toujours un arrière-goût de malaise parce que tout est plongé dans cette lumière verdâtre qui en réalité n'éclaire pas grand'chose.

BronBroen-Chaise

Le plus surprenant dans le premier épisode de Bron/Broen, c'est probablement la façon dont la série ne s'enquiert pas beaucoup de vous laisser totalement dans le flou.
Ainsi, il sera révélé assez tard dans le pilote que Martin vient de subir une vasectomie : le problème c'est qu'il y a eu plein de scènes au préalable pendant lesquelles cette explication aurait été salvatrice, notamment quand il rentre chez lui auprès de sa femme. Mon petit camarade comme moi-même avions au départ mal interprété sa façon de se frotter l'entrejambe en poussant de gros soupirs, je suis obligée de l'admettre... Ce n'est qu'une information parmi beaucoup d'autres qui ne nous est pas dévoilée, vraisemblablement à dessein, pour nous désorienter autant que nous intriguer, mais qui participe à l'univers dense de la série.

Les intrigues secondaires sont tout-à-fait dans cet esprit.
Sur le pont, alors que la police découvrait le corps, une femme a demandé à Saga de laisser passer l'ambulance de son mari, en attente d'une greffe. Dans la plupart des séries, cette séquence serait juste là de façon anecdotique : soit afin de mettre en évidence la personnalité de Saga (et lancer une mini-intrigue sur la façon dont Saga va déposer une plainte contre Martin pour avoir laissé passer l'ambulance tout de même), soit tout simplement pour accentuer l'impression de chaos en pleine nuit sur le pont. Mais pas du tout. Quelques minutes après que l'ambulance soit passée, nous allons retrouver cette femme, à l'hôpital, faisant tout son possible pour que son mari bénéficie des meilleurs soins possibles. De tout le pilote, il ne sera pas fait allusion à une seule connexion entre cette question très médicale (choix du chirurgien, conditions du patient, etc...) et le corps retrouvé sur le pont, ce qui forcément ne manque pas de laisser le spectateur un peu désemparé, puisqu'il n'est même pas possible de formuler la moindre hypothèse sur les raisons pour lesquelles cette intrigue est présente tout au long du pilote.
C'est d'ailleurs ce qui fait tout le charme des fictions non-américaines, après des années de formatage US : l'effet de surprise ; ça m'a un peu rappelé la bonne surprise que j'avais eue devant le pilote polonais de Naznaczony qui, tout en reprenant des codes bien connus, parvenait à désarçonner le spectateur.
Plus intrigant encore, l'autre axe secondaire de l'épisode s'intéresse à une femme qui est dans une situation critique : sur le point d'être virée de son appartement avec ses deux enfants, et alors que son mari dépense leur argent en boisson et en drogues (il sera également mentionné qu'il bat son épouse comme ses deux enfants), elle fait appel à un étrange homme plein de mystère (Magnus Krepper, toujours aussi magnétique que dans Kommissarie Winter, même avec une moustache de l'impossible toute droit issue des années 70). Il m'a fallu aller sur la fiche Wikipedia pour découvrir que, contrairement à ce que je croyais, cet étrange bonhomme n'est pas du tout l'homme de main d'un réseau de prostitution (ma première hypothèse) ou l'adjoint du propriétaire de l'appartement de cette famille (ma seconde hyposthèse), mais un assistant social. Inutile de dire que la déroute est totale, puisque non seulement on ne voit pas le lien avec l'enquête principale, mais en plus, on ne comprend pas vraiment qui sont les personnages.

BronBroen-Magnus

Pendant tout l'épisode, le cerveau va donc s'efforcer de rattacher artificiellement tout cela, ces quelques éléments qui ne font pas sens (pas encore, faut-il supposer) à la découverte du corps. C'est très perturbant... sans être tout-à-fait désagréable.

Ces seuls éléments, sans même parler de l'enquête elle-même (comparativement, cette dernière serait presque moins intéressante, passé le détail sordide de la mise en scène du corps dont je ne vous révèle pas tout), suffisent à donner envie de revenir.
Bron/Broen n'a pas encore de date de diffusion sur arte, mais il faudra surveiller ça pour n'en pas louper une miette, à n'en pas douter. A choisir, je suis plus intéressée par ce pilote que par celui de Forbrydelsen, pour lequel l'enthousiasme était rapidement tombé et que je n'avais jamais poursuivi. Ici, le personnage de Saga Norén, l'ambiance incroyable de la série, sa réalisation soignée, son excellent cast et sa structure surprenante (ainsi qu'un grand talent pour les scènes d'adrénaline, comme le montre la scène finale du pilote dans la voiture, pendant laquelle j'ai dû me retenir pour hurler) réunissent tous les ingrédients pour scotcher le spectateur à son siège sans jamais lui rendre les choses faciles ; c'est à peu de choses près ce que j'attends d'un polar intéressant, par opposition à toutes les séries policières interchangeables qu'on a l'impression de voir sur les écrans.

D'après la masterclass qui a suivi à Série Series, la seconde saison de Bron/Broen serait actuellement en cours d'écriture (avec une nouvelle affaire), et le début du tournage est prévu pour octobre, tandis qu'un remake serait en projet entre la Grande-Bretagne et la France (bon, ça on le savait), ainsi qu'aux USA. A ce rythme, Bron/Broen va vite faire partie des séries scandinaves incontournables...

Posté par ladyteruki à 21:10 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

19-04-12

Identité, s'il-vous-plaît

Il ne vous aura pas échappé qu'arte est en train de devenir LA chaîne des téléphages curieux. Ce qui la rend encore plus riche à mes yeux, c'est que même si les séries scandinaves sont en train de connaître un buzz certain (et la diffusion de Borgen l'a bien montré), et qu'elle en a bien profité ces derniers mois, la chaîne ne se contente pas de suivre la "mode" de la fiction scandinave. Elle continue de piocher des séries de qualité un peu partout dans le monde.
Outre la diffusion de la mini-série britannique The Promise, qui commence demain (et que je n'ai pas vue mais dont j'ai entendu grand bien... et grand mal, d'ailleurs, la série ayant été qualifiée de propagande anti-Israël dans plusieurs de mes lectures), arte s'est ainsi décidée à diffuser la première saison d'une série australienne, East West 101.

EastWest

"You're either an Arab or a cop".
C'est la problématique centrale que pose East West 101, alors que le pilote que vous allez découvrir dans un peu plus de deux heures (parce que vous allez me faire le plaisir de ne pas louper ça, hein, évidemment) va s'ouvrir sur un plan assez parlant d'un jeune garçon arabe écrivant consciencieusement le mot "identité" sur un cahier d'écolier.

La série repose énormément sur son personnage central, Zane Malik, un flic qui est entré dans la police pour toutes les raisons classiques que vous imaginez, à savoir un traumatisme et un désir de vengeance, et quelques unes que vous n'imaginiez pas : il pense mettre son double-héritage culturel au service de son métier. Le problème c'est que, derrière le colosse au regard sombre, se cache en réalité un idéaliste qui n'a pas compris que dans le monde actuel, à plus forte raison après le 11 Septembre (intéressant d'ailleurs d'aborder les problématiques typiquement post-11 Septembre dans une série qui n'est pas américaine), ce qu'il voit comme un avantage est perçu par nombre de ses contemporains, à commencer par son supérieur, comme un gros désavantage. Voire une menace.

Zane est capable de parler arabe et de s'attirer le témoignage ou l'aide de témoins et de familles ? D'accord, mais cela ne compense pas, jamais vraiment, la méfiance qui subsiste à son égard, comme s'il était un sous-flic simplement parce qu'il est arabe. Dans un pays multiculturel comme l'Australie dont, à l'instar des Etats-Unis, la genèse repose sur l'immigration, le propos est d'une cruelle lucidité sur l'ambiance de peur et de repli qui domine de nombreuses nations du monde.
A travers les personnages que rencontre Malik, c'est aussi un portrait en creux de l'Australie qui se dessine : ses lois sur l'immigration, mais aussi le quotidien des immigrés dans la société australienne. Le pays d'accueil vu par ceux qui tentent d'y trouver une place : c'est ce qui se dit en filigrane, et ça ne fera pas plaisir à entendre. Mais il faut l'entendre. Et le propos n'a rien d'exotique vu de chez nous : East West 101 pourrait aussi bien se passer dans un autre pays occidental tant ce qui y est décrit n'a rien d'original. Hélas.

Ainsi on verra (brièvement) dans le pilote de ce soir des scènes de violence qu'on a déjà vues cent fois dans les journaux et magazines d'information, qui vous évoqueront sans doute les émeutes de 2005 par exemple. Cette non-originalité, le fait de créer pour la fiction des images vues et revues dans les médias lorsqu'elles se sont véritablement produites, pourrait sembler être un défaut, mais est au contraire nécessaire pour les besoins de la démonstration. Après tout, la fiction est supposée aussi avoir le don de prendre du recul... et de nous en faire prendre par la même occasion. A mon avis, on a bien besoin de regarder une série comme celle-là quand les débats sur l'immigration ont été si récurrents dans les récents débats électoraux, notamment.

Et tant que j'en suis à parler réalisation, au niveau du rythme, autant Kommissarie Winter vous offrait jusqu'à la semaine dernière une pause contemplative et poétique du jeudi soir, autant là, attendez-vous à une réalisation plus nerveuse et quelques scènes stimulant votre adrénaline.
East West 101 nous parle de la réalité, un monde où on ne sait jamais trop comment une intervention va finir parce que les esprits sont aussi chaotiques que les situations... et cela se ressent à travers des séquences électriques et étouffantes. Entre Erik Winter et Zane Malik, il y a un monde, au propre comme au figuré.

Donc voilà : East West 101, ce soir sur arte. Ne loupez pas ça. On y parle énormément de nous tous.

EastWest101

Posté par ladyteruki à 18:13 - Zappeur, Zappeur n'aies pas peur ! - Permalien [#]

12-04-12

Plaisirs d'hiver

ErikWinter_DefinitiondeCool

Quatre jeudis s'approchant de la perfection téléphagique viennent de passer. Kommissarie Winter vient d'achever sa diffusion sur arte, et, je l'ai dit et je le répète, cette chaîne mérite à elle seule le montant de ma redevance en ce moment. Qu'il s'agisse de Borgen, ou d'East West 101 (mais on va forcément en reparler), de The Slap ou encore d'Äkta Människor, acquises par la chaîne en ce début d'année, arte est LA chaîne de la découverte téléphagique par excellence. Ce serait moi qui déciderais de ses achats que je ne choisirais pas autrement. Mon Dieu qu'on se régale. Nan mais je dis pas souvent du bien de la télévision française, alors il fallait que ma déclaration d'amour à cette chaîne soit claire nette et précise. Cette déclaration n'a rien de nouveau mais souffrez que je me répète, d'autant que la chaîne bosse vraiment dur pour nous surprendre tout en saissisant l'air du temps.

Avec Kommissarie Winter, qui clairement n'avait pas bénéficié du même plan de communication que Borgen (et qui, à l'approche des élections, n'avait pas vraiment d'argument d'actualité pour attirer du monde), arte n'a pas forcément emporté l'adhésion massive du public, mais pour le téléphage exigeant, ce que nous espérons être dans les parages, il y avait de quoi être comblé. C'était de la qualité, indéniablement.
Eh oui, une nouvelle fois, je m'apprête à jeter des fleurs à Kommissarie Winter, l'une des rares séries policières pour lesquelles j'en redemande (fait quasiment unique, en réalité), mais la série le mérite. En huit épisodes racontant seulement quatre enquêtes, on a eu l'occasion de méchamment prendre notre pied. Je m'apprête à vous expliquer pourquoi parce que je sens bien que vous n'étiez pas religieusement positionné devant votre écran le jeudi soir. Et je vous en veux presque pas pour ça.

Parce que Kommissarie Winter n'est pas facile d'accès. Quand, le mois dernier, la série s'est ouverte sur un enchaînement de séquences quasiment dénuées du moindre dialogue pendant plus de 5 minutes consécutives (c'est long en télévision), forcément, on sentait qu'on n'était pas dans Les Experts Göteborg. L'efficacité était hors de question depuis le départ : les silences, les plans contemplatifs appuyés, tout ça n'est pas vraiment la manifestation d'une série grand public. Mais même si cela peut paraitre un peu surprenant quand on est habitués à ce qui est devenu le cahier des charges de la plupart des séries policières populaires de ces dernières années, il est bon d'insister. De se laisser porter. D'accepter de monter avec Winter dans sa bagnole et de le suivre le long de ce pont qui est le début d'une grande aventure...

Tout l'art de la série, au travers de 4 enquêtes, sera de se montrer d'un esthétisme parfait sans jamais sacrifier son contenu. La série joue sur la lumière plus que la couleur, souligne des sens improbables comme le toucher, reste d'une immense modération en matière de musique (le thème principal de la série sert également d'insert song, et en dehors de celui-ci, toute utilisation perceptible de la musique a forcément du sens)... bref, on expérimente la série au plus près, au lieu de simplement lui donner l'apparence d'un produit bien pensé. L'idée motrice qui est à l'origine de ce délicat résultat, c'est la volonté de toujours tout voir avec les yeux d'Erik Winter (énorme travail sur les yeux de Magnus Krepper pour nous faire adopter son regard), et de nous inviter à ressentir également les choses avec lui : la musique qui va l'obséder, la pluie qui va le tremper, le relief d'un papier-peint qui va l'intriguer...
Cela donne un résultat à la fois d'une grande poésie, parfois même morbide au besoin, ainsi que quelque chose de très intime aussi bien dans le partage des émotions du héros que dans l'expérience qu'on fait de la série, mais aussi un outil formidable pour suivre l'enquête. D'ailleurs, quand des collègues de Winter prennent le relai d'une partie d'une affaire donnée (Fredrik dans le premier cycle, Lars dans l'avant-dernier), le principe sera réutilisé afin de personnifier au maximum le travail exécuté par les policiers (ou leur vie privée, le cas échéant).

La vie privée de Winter tient d'ailleurs un grand rôle dans la série. En à peine 4 enquête, ça a même de quoi surprendre. On entre dans son intimité avec l'impression que son monde (son épouse, leurs deux filles) devrait être un refuge, mais est aussi très vulnérable au "dehors". Il y a un véritable contraste, souligné par le fait qu'aucune scène en famille n'est totalement abandonnée à l'innocence ; je vous l'avais assez bien retranscrit lorsque je vous avais parlé du pilote. Et ça s'exprime ensuite de façon variée, mais avec toujours l'impression qu'il y a la famille d'une part, et la menace de l'autre.
En fait, en l'espace de 8 épisodes, Kommissarie Winter va même s'amuser à jouer de ce principe. On prend vite l'habitude de voir Winter lui-même lier sa vie personnelle et/ou son passé à son enquête (quitte à être proprement imbuvable chez lui ou mettre méchamment en danger sa santé mentale, comme lorsqu'il fait des efforts désespérés pour se rappeler d'une enquête sur laquelle il a travaillé lorsqu'il débutait sa carrière). Si bien qu'à un moment, excédé, le spectateur regarde la troisième enquête en se disant "nom d'un chien, mais c'est encore lié à Winter ?!" et pas du tout. Comment ces gens, en 4 enquêtes, ont réussi à créer des fausses pistes de ce genre, en exploitant les traits de son personnage pour nous conduire à tirer des conclusions hâtives, relève du génie.

ErikWinter_Nuit
Mais ce qui est encore plus impressionnant, c'est la subtilité que Kommissarie Winter déploie lorsqu'il s'agit du sujet-même de ses enquêtes. Ainsi, la première affaire soulèvera des questions relatives à l'immigration, la place de la femme, l'extrêmisme, la vie dans les quartiers défavorisés, etc... mais la série se contente juste d'attirer notre attention sur un sujet. Elle ne le traite pas. Elle n'en disserte pas. Pour se faire un avis, aucun personnage ne va commencer à porter de jugement sur ci ou sur ça ; Winter se contente de poursuivre son obsédante quête de l'explication (pas vraiment la vérité, d'ailleurs, juste l'explication qui lui permet de comprendre pourquoi le crime a eu lieu), ouvrant des portes pour le spectateur qui peut décider soit d'y jeter un oeil et d'y découvrir des tas de choses intéressantes, ou d'en faire l'abstraction pour se contenter de l'enquête. Pas de leçon de morale.
Quand un personnage a été violé, on ne parle pas de viol, on montre le crime (avec une retenue la plus digne possible sans sacrifier l'émotion). On ne cherche pas ensuite à appuyer en disant que le viol c'est mal. On espère que les spectateurs, s'ils n'en étaient pas arrivés à la conclusion eux-mêmes, ont au moins su lire dans les yeux de Winter tout le mal qu'il pensait de cette sordide affaire.
C'est certainement ce qu'il y a de plus reposant dans Kommissarie Winter : cette façon de nous donner l'impression de faire l'expérience des enquêtes sans jamais en expliciter les tenants et les aboutissants. Et c'est sans doute aussi ce qui explique que Kommissarie Winter ne deviendra jamais un succès d'audiences international. La série ne peut s'apprécier entre deux portes, et n'offre sans doute pas le même niveau de moralisation de la plupart des séries policières. Il faut savoir lire les silences. Tous les publics n'ont pas envie de cela, et ça se conçoit.

Quelques uns des décors de la série Quelques uns des décors de la série Quelques uns des décors de la série Quelques uns des décors de la série Quelques uns des décors de la série

Mais pour les spectateurs qui feront l'effort de se plonger sans peur dans les silences, et les plans montrant un Winter dubitatif tentant de mettre de l'ordre dans ses pensées, la récompense est sans égale. Kommissarie Winter est un véritable bijou, plein d'émotions, plein de pistes de réflexion, plein de simples merveilles dont on se régale entre deux scènes sans concession, parfois violentes, parfois stressantes, parfois très graphiques, parfois choquantes par leur pouvoir de suggestion.
Car la capacité de Kommissarie Winter à vous donner l'impression d'être Erik Winter est à double tranchant...

Posté par ladyteruki à 23:54 - Zappeur, Zappeur n'aies pas peur ! - Permalien [#]

24-03-12

[DL] 30° i Februari

BlackMarch

L'une des séries dont j'aurai eu le plus de mal à me passer pendant le Black March est la toute première que j'avais décidé de regarder intégralement en VOSTM, un procédé jusque là réservé aux pilotes (mais la structure de la série, qui emploie pas moins de 3 langues au long de ses épisodes, permet peut-être cela plus facilement que d'autres). 30° i Februari est un véritable coup de coeur, et même si nous avons été séparées alors que je n'ai eu le temps de cagouler que 3 épisodes, je sais déjà que cette série compte. Et pas uniquement parce que je me suis arrêtée sur un sacré cliffhanger.
Alors, outre les premiers épisodes, que je me suis refaits depuis mon lit de mort (ouais, j'ai toujours une crève d'enfer), je vous avoue que j'ai eu tendance à regarder le générique de la série juste un peu plus souvent que la moyenne, ce mois-ci.

30GraderiFebruari
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Dés que j'ai progressé en Suédois, vous pouvez être sûrs que je fais de 30° i Februari mon premier projet de sous-titrage. C'est peut-être dans longtemps, mais c'est une promesse. Parce qu'hélas personne ne semble s'en charger, et qu'il faut apparemment qu'une série suédoise penche du côté de la science-fiction pour que les gens s'y intéressent (bien-sûr que je suis contente d'avoir parlé d'Äkta Människor autour de moi et d'avoir trouvé des gens réceptifs dans mon entourage téléphagique, mais que voulez-vous, ce n'est jamais assez). Je trouve ça très triste ; j'aimerais connaître la formule magique qui permet de faire prendre la mesure aux gens de ce qu'ils ratent, mais comme par définition ils le ratent, eh bien...
En attendant je savoure la douce mélancolie de ma série suédoise préférée du moment (et pourtant, Dieu sait qu'entre Äkta Människor, dont j'ai hâte de découvrir le final, et Kommissarie Winter sur arte, je suis gâtée !). Tant pis, pour le moment je n'ai personne avec qui partager mon enthousiasme.

Posté par ladyteruki à 23:30 - Médicament générique - Permalien [#]

22-03-12

Les pages manquantes

Il y a ce programme, sur mon ordinateur, qui s'appelle adsltv. Je l'ai installé il y a au moins 2 ans maintenant, depuis que je ne regarde plus la télé ou presque. Il est supposé me donner accès aux chaînes de mon abonnement Freebox de base, c'est-à-dire qu'il n'y a même pas la TNT. Je ne le mets jamais à jour, non plus. Je l'allume une fois l'an (en 2011, c'était pour m'aventurer un dimanche soir sur ules chaînes arabes, c'est comme ça que j'avais tenté Lahazat Harega) et à chaque fois je me dis "à quoi bon le mettre à jour, je le rallume dans un an, au mieux !". Je pourrais regarder plein de choses à la télévision, en fin de compte, mais je n'y pense jamais bien que le petit logo soit dans ma barre de lancement. Pauvre adsltv qui pourrait être tellement mieux mis à profit, mais que je délaisse...
Pourtant ce soir ce petit programme compte parmi les choses les plus précieuses de mon ordinateur. Grâce à lui, j'ai pu voir la seconde partie de "Vänaste Land", la première enquête de ce cher Kommissarie Winter. Plus d'un an et demi après être tombée amoureuse de la première.

Wintercameback

J'ai enfin la résolution de l'enquête, la clé qui permettait de comprendre ce que signifiaient les silences, les visages fermés, les yeux de verre et de béton. Ca m'aura pris du temps, mais ça y est.
Et la semaine prochaine, vous pouvez être sûrs que je serai là, au rendez-vous. Deux fois le même mois, adsltv va pas comprendre ce qui lui arrive, là.

Naturellement j'ai aussi revu la première partie, avec l'émotion des retrouvailles et l'angoisse de ne pas ressentir la même chose que lorsque j'avais vu le pilote pendant Scénaristes en Séries, puis quand je l'avais cagoulé, quelques heures après mon retour. Peut-être que c'était de voir l'épisode sur grand écran qui rendait les choses plus percutantes. Peut-être que comparé à En God Nummer To, n'importe quel épisode aurait paru incroyablement fantastique. Peut-être qu'ensuite, avec le temps, j'avais idéalisé les choses, c'est si vite arrivé...

Et pourtant ce soir, je me suis repris la même claque, les mêmes émotions, la même vague d'admiration dans la figure. Cette introduction violente mais presque intégralement plongée dans le silence, par exemple. Ce thème musical incroyablement doux, aussi. Le visage tordu et dur de Winter. Les contrastes entre sa vie heureuse, avec les siens, et la brutalité du monde où il enquête. Refaire le chemin une fois de plus, et reconnaître la moindre scène, le moindre plan... Jusqu'au moment où le deuxième épisode est un inédit et où on se laisse à nouveau porter par la puissance de la réalisation, la force des errances, la dureté de l'environnement, et où on tente de comprendre.
Et cette fois j'ai compris, cette fois j'ai enfin vu la fin de cette enquête. Et je peux le crier sans craindre d'avoir été influencée par une suite de circonstances atténuantes : oui, Kommissarie Winter est une série incroyable, forte, émouvante, intelligente, dure, magnifique. J'ai le coeur qui déborde d'avoir pu retrouver l'épisode que j'ai tant aimé, et plus encore de découvrir le suivant et d'y avoir trouvé les mêmes qualités.

Vivement la semaine prochaine pour une nouvelle soirée.
Vivement aussi que, d'une façon ou d'une autre, je dégote des DVD avec des sous-titres français ou anglais, et que je revive cette expérience encore plusieurs fois dans ma vie, de fêter des retrouvailles intenses avec une série de qualité qui me chavire de cette façon.

Kommissarie Winter m'a tout l'air sur le point d'entrer très officiellement dans mon panthéon personnel.

Posté par ladyteruki à 23:13 - Zappeur, Zappeur n'aies pas peur ! - Permalien [#]

Winter is finally coming !

BlackMarch

Vous savez quel est le grand défaut de Kommissarie Winter, qu'arte diffuse à compter de ce soir sous le titre Les Enquêtes du Commissaire Winter ? De ne pas avoir de sortie en DVD avec des sous-titres anglais ou français à ce jour.
C'est le SEUL défaut.
Et il peut être aisément corrigé. [insérer ici un gros clin d'oeil appuyé en direction d'arte]

Je trouve infiniment dommage qu'arte ne fasse pas autant de bruit autour de Kommissarie Winter que de Borgen, alors que la série n'en est pas moins très méritante (mais Borgen, à quelques semaines des élections, forcément ça fait plus de buzz, normal).
Puisqu'il faut donc tout faire soi-même ici, je vais donc vous rappeler qu'il FAUT regarder Kommissarie Winter, série à laquelle j'ai déjà abondamment jeté des fleurs dans ces colonnes, ainsi que les tags au bas de cet article vous le rappelleront. Ce n'est pas une série policière comme les autres, et vous n'êtes pas sans savoir que venant de moi qui déteste la plupart des séries policières, c'est un vrai compliment.

A l'occasion de Scénaristes en Séries, voilà ce qui semble maintenant faire une éternité, j'avais eu la chance de découvrir le pilote de la série, et d'approcher Trygve Allister Diesen, réalisateur de "Vänaste land", première enquête en deux parties de notre cher commissaire. Cet homme, absolument charmant au demeurant, s'est avéré bien plus bavard au sujet de la série qu'Åke Edwardson, l'auteur des romans dont la série est tirée, et je me suis dit que je n'allais pas garder cette rencontre jalousement pour moi. Je vous propose donc aujourd'hui nos échanges. (vous l'aurez compris, contrairement à la dernière fois, cette interview n'a rien de fictif)
Je vous épargne le moment pénible pendant lequel il a tenté laborieusement de m'apprendre à prononcer son nom sans buter dessus, et passe directement aux questions relatives à la série. Croyez-moi, c'est pour votre bien.

TrygveAllisterDiesen

lady - Donc, vous êtes le réalisateur de Kommissarie Winter ?
Trygve Allister Diesen - Le réalisateur et "concept director", oui, j'ai réalisé les deux premiers épisodes, et établi d'identité de la série. Je n'ai pas écrit la série, mais en Scandinavie, on a ce qu'on appelle un "concept director" qui est là pour créer l'identité visuelle, et définir le ton de la série.

lady - Et c'est justement un ton très spécifique...
Trygve Allister Diesen - Oh, merci ! C'est ce que j'ai essayé de faire.

lady - Comment êtes-vous venu à ce projet ?
Trygve Allister Diesen - Sur un appel téléphonique. [rire] Non, je travaillais sur autre chose, et ils m'ont envoyé le livre d'Åke Edwardson. Ils avaient vu ma mini-série, qui s'appelle Torpedo...

lady - Quelque chose de complètement différent...
Trygve Allister Diesen - Oui, tout-à-fait ! C'était plus proche de The Shield, c'était beaucoup plus sombre, plus réaliste, plus brutal, et plus dur, avec un ton totalement différent, mais ils avaient vu Torpedo et m'ont dit qu'ils voulaient me rencontrer, que je lise le livre et que je voie si je pouvais en faire une série. Et j'ai aimé le livre. Et j'ai aimé les producteurs. Et l'acteur est monté à bord... et tout d'un coup on était en train de tourner. C'est comme ça que ça s'est passé. En tant que réalisateur, c'est vraiment un gros engagement, ça a pris près d'un an de faire ces deux épisodes, c'est le plus gros projet de ma vie ; du casting à la post-production, tout ça prend du temps, et ça demande beaucoup de patience. Je crois que John Huston disait que le métier de réalisateur, c'est trouver le meilleur script possible, embaucher les meilleurs acteurs possibles... et trouver la meilleure chaise possible. C'est vrai ! Une grande partie de ce métier consiste à trouver avec qui on veut travailler, puis de les inspirer pour qu'eux fassent de leur mieux, et ensuite de s'en attribuer tout le mérite.

lady - J'étais vraiment très touchée, hier lors de la projection. C'est probablement l'un des meilleurs épisodes qu'on ait pu voir ce weekend. Ce n'est pas une série d'enquêtes comme les autres... Est-ce la raison pour laquelle vous avez voulu travailler sur cette série ?
Trygve Allister Diesen - Absolument. Et c'est la raison pour laquelle nous avons passé tellement de temps sur le casting pour Erik, le personnage principal. Magnus Krepper a été approché à peu près en même temps que moi, je pense. Alors quand je suis arrivé, il s'agissait de savoir si nous voulions travailler ensemble, et j'ai trouvé très intéressant de travailler avec lui, il n'est pas un acteur comme les autres. Il est suffisamment courageux pour se montrer faible, il ne ressent pas le besoin de se montrer comme quelqu'un de fort tout le temps, comme un "macho". C'est aussi un "macho", un homme viril de temps en temps, mais il peut également montrer la peur, il peut également montrer le désespoir ; certains acteurs ne peuvent pas le montrer, ils veulent être le héros, et ça, ça rendait notre personnage plus réel et plus intéressant à regarder. Et plus attirant, aussi. C'était un niveau d'authenticité dont on avait besoin, parce qu'elle est également très contagieuse, parce que les autres acteurs ont adopté cela. Et en tant que réalisateur, on a besoin d'abord de pouvoir faire travailler les acteurs ; mais ensuite, d'être aussi inspirés par eux.

lady - C'est parce que vous avez énormément travaillé avec les silences, et les échanges de regards ?
Trygve Allister Diesen - Il y a tellement de séries qui se contentent de parler tout le temps, tout est verbalisé, tous les conflits sont explicités, le contexte et le subtext ont besoin d'être énoncés... Talk is cheap. C'est tellement facile de montrer les personnages en train de parler de quelque chose plutôt que de montrer ce quelque chose. Le dialogue est pour moi la façon la plus faible de raconter une histoire, mais je trouve tellement plus intéressant de montrer un sujet par des images. Cela dépend plus de la façon dont on perçoit les choses. Alors nous avons effectivement beaucoup travaillé sur les regards, comme j'avais aimé le faire avec d'autres acteurs par le passé. Le jeu consiste à prendre le script, prendre un stylo, et voir tous les mots qu'on peut enlever. Et c'est là qu'on voit toutes les choses qu'on peut exprimer différemment. Un bon cinématographe peut dire autant de choses, et évidemment je devais m'assurer que tout était dit et que je ne laissais rien de côté. Mais quand on réalise, on doit se demander ce qu'on peut montrer sans avoir à le dire. C'est plus intéressant, et plus engageant pour le spectateur aussi.

lady - Les regards qu'on sent, c'est aussi ceux de ce ghetto. Il y a des yeux en permanence...
Trygve Allister Diesen - Complètement, et c'était intéressant du point de vue d'Erik. Dans le livre, c'est un homme qui vient d'une bonne famille, il a des goûts coûteux, il aime des vins très chers et il conduit une Mercedes... Donc pour lui, pour ce personnage, entrer dans ce monde si différent où sa présence est déplacée, c'est être comme un poisson hors de l'eau. Il fallait donc le retranscrire même si ce n'est pas dit comme ça dans le livre. Et c'est ce que nous voulions montrer, la façon dont il détonne. C'est pour cela que tout le monde le regarde.

lady - En parlant plus tôt avec l'auteur [Åke Edwardson], il m'a dit qu'il avait voulu travailler sur deux choses : le silence, et SURTOUT PAS de constat social !
Trygve Allister Diesen - Sur le silence, je suis complètement d'accord. Si on peut avoir un bon silence, et qu'on a un bon acteur, il faut l'utiliser. C'est ce que j'ai fait plusieurs fois, notamment en ne montrant pas la personne qui dit quelque chose, mais plutôt la façon dont l'interlocuteur réagit à cette phrase, pour montrer plutôt ce que cela signifie pour quelqu'un d'autre que celui qui parle. La réaction primait sur l'action. On essaye de comprendre ce que les personnages pensent. Et pour Erik, les choses sont internes, la plus grande partie des dialogues a lieu dans sa tête. On ne montre pas ça en le montrant en train de parler sans arrêt, il faut trouver d'autres façons d'entrer là-dedans, avec des flash, ou bien ces moments quand il observe en réfléchissant, ou bien quand il écoute de la musique...

lady - Quelle est cette obsession pour la musique ?
Trygve Allister Diesen - Dans le livre, c'est un grand fan de jazz. On a pensé que c'était important pour cette enquête, alors on a repris cela. Dans la scène d'ouverture, on a cette musique, pendant ce meurtre atroce, et ça l'interpelle profondément. Ça, par contre, ce n'était pas dans le livre, mais ça nous permettait de reprendre le sentiment d'intensité et d'émotion. Même si ça vire à l'obsession. C'est parce qu'il veut comprendre ce qui s'est passé, et le public, lui, veut comprendre comment Erik réfléchit. Donc tout s'emboîte.

lady - Est-ce qu'il veut comprendre qui a tué, ou est-ce qu'il veut comprendre pourquoi ?
Trygve Allister Diesen - Il veut surtout comprendre pourquoi. Et ça, c'est ce que nous avons essayé de faire. C'est cette obsession qui est captivante pour le spectateur, même si elle est douloureuse. Si on veut juste s'asseoir et manger du popcorn, alors il faut regarder Les Experts. On n'a pas cherché à faire une histoire qui soit divertissante pour tout le monde ; si on veut plaire au plus petit dénominateur communn, alors on fait de la soupe. Avec Kommissarie Winter, on a voulu mettre le public au défi, et je pense que le public veut plus que le plus petit dénominateur commun, aussi.

lady - On entend beaucoup parler de séries policières scandinaves, notamment pendant cet évènement. Evidemment, il n'y a pas que des séries policières, mais pensez-vous que ce soit quelque chose de typique ?
Trygve Allister Diesen - Oui, du fait de notre longue tradition littéraire en la matière. Et puis, c'est un genre qui attire beaucoup de bons auteurs, alors les séries vont là où sont les bons auteurs. Mais une autre raison, c'est que les histoires criminelles voyagent mieux, au cinéma et à la télévision ; il y a un public pour ces histoires-là, qu'elles soient bonnes ou mauvaises. C'est comme l'horreur, il y aura toujours un public pour l'horreur. D'ailleurs peut-être que ça me plairait de faire une série comme True Blood. Ce serait peut-être amusant de faire quelque chose avec des zombies, je ne sais pas, des zombies qui font du snowboard...? Mais pour l'instant je travaille sur deux films, après on verra. On ne sait jamais à l'avance dans quels projets on va se lancer, mais je sais que je peux faire des choses très différentes, et m'attaquer à des genres différents. Par contre, la comédie c'est très difficile...

Imaginez : déjà que j'étais tombée amoureuse de la série, il a fallu que son réalisateur me susurre ce genre de choses à l'oreille... J'étais comblée.

Winterisfinallycoming
Donc voilà, vous savez que faire ce soir. Que je ne vous prenne pas à faire autre chose que regarder Kommissarie Winter !

Posté par ladyteruki à 00:33 - Love Actuality - Permalien [#]

09-02-12

Velkommen !

BorgenEnfin

Cela ne faisait que quelques semaines que je m'intéressais à la télévision scandinave. Après avoir travaillé sur des articles présentant les télévisions suédoise, norvégienne et danoise, j'avais appris énormément de choses et, surtout, j'avais déjà fait quelques découvertes téléphagiques, parmi lesquelles Kodenavn Hunter ou Blomstertid, mais je n'avais pas encore tous mes repères, et certainement pas encore de véritable source d'information (me contentant à l'époque d'écumer les programmes de TV Planeten, par exemple, pour me faire une idée de ce qui était diffusé au Nord). J'ignorais complètement l'existence de Borgen, disons-le, qui n'était alors diffusée que depuis quelques semaines sur DR1. Mais heureusement, Scénaristes en Séries s'apprêtait à y remédier.

De ce déplacement, et notamment grâce à la nuit des pilotes (à moi En God Nummer To Question 10 !, Lulu og Leon, et Alamaailma Trilogia !), je suis revenue avec deux véritables coups de coeur : Kommissarie Winter, qui m'a foudroyée sur place, et Borgen, qui m'a fascinée.
Vous pouvez retrouver mes impressions sur le pilote de Borgen ici, et pour Kommissarie Winter.

Après avoir fait partie des premiers petits veinards en France à avoir découvert la série politique danoise, je n'ai pas pu m'arrêter là, j'étais trop sous le charme pour passer à autre chose. J'en ai parlé, et parlé, et parlé autour de moi (je ne savais pas que la diffusion sur arte tarderait tant à venir...), et surtout j'ai fait des pieds et des mains pour mettre la main sur le coffret DVD de la première saison. J'ai aussi incité mes petits camarades du SeriesLive Show (Livia n'était pas difficile à convaincre, je lui avais déjà inoculé le virus) à donner sa chance au pilote, et cela a donné une émission passionnante à enregistrer.

Le parcours de la série parmi les téléphages n'a pu que me faire plaisir, tandis que la date de lancement sur arte approchait, ENFIN !
Accessoirement, je vous rappelle qu'arte a également acquis les droits de Kommissarie Winter, ce qui en fait ma chaîne française préférée de tout l'univers, hésitant même à réinstaller adsltv.

J'ai vu le buzz autour de Borgen grandir, notamment en Grande-Bretagne puis aux USA. D'ailleurs, glorie à la vague d'intérêt pour la fiction scandinave outre-Manche, qui sert de banc d'essai à la France et permet d'ouvrir toujours plus de portes aux séries nordiques dans l'hexagone ; il y a eu les diffusions hélas confidentielles d'Oskyldigt Dömd, de Blekingegade, de Forbrydelsen, de Lærkevej (toutes bel et bien diffusées en France sans grand bruit), maintenant Borgen a une chance de vraiment changer la donne. Bientôt Bron/Broen, avec de la chance ? Peut-être même peut-on espérer qu'une chaîne va s'intéresser à Äkta Människor ? Quelque chose est en train de se passer et j'assiste à cette transition avec délice.

Ce soir, je ne serai pas à temps chez moi pour regarder Borgen sur arte, mais il y a des chances pour que vous, si.
Je vous envie un peu d'avoir cette découverte à faire, d'être encore vierge de son visionnage, si je puis dire. Vous allez passer une super soirée... Car n'hésitez pas : joignez-vous à l'aventure de cette série incroyable qui a conquis le monde, et découvrez pourquoi ceux qui la regardent ne tarissent pas d'éloges à son sujet. Unanimement, d'ailleurs.

Faites-vous une faveur, regardez Borgen. Ne loupez pas le coche de la fiction scandinave.

MeilleureSerie

Posté par ladyteruki à 15:00 - Zappeur, Zappeur n'aies pas peur ! - Permalien [#]

25-01-12

Letter to me

Si je pouvais m'écrire une lettre, et l'envoyer dans le passé à la lady de 15 ans...

Déjà, pour prouver que c'est bien moi, je lui dirais de regarder dans le petit sac en vinyle, à gauche sur le bureau, où, cachés au milieu des petits bibelots sans importance, on trouve des coupures du Télé Z avec des résumés d'épisodes de trois lignes à peine de SPACE 2063, et personne ne sait qu'ils sont là à part moi.

LetterToMe
Ensuite je lui dirais : je sais combien il est difficile de se séparer de cette série, même s'il n'y aura jamais de saison 2, ne t'en fais pas, tu ne vas pas l'oublier. Les portes qu'elle a pu t'ouvrir ne vont plus jamais se refermer. Il y aura d'autres séries, bien d'autres, capables de faire battre ton coeur. Rien ne sera plus jamais comme avant, tu as raison, mais pas dans le sens que tu crois.

Bien-sûr pour le moment, il t'est difficile de trouver des séries qui aient le même effet. Ne serait-ce que parce que c'est difficile de regarder des séries tout court ! Mais dans quelques années, tu vas te tirer de là, et les séries, comme le reste, seront à ta portée, enfin. Ne te décourage pas et continue de lire et regarder et écrire autant que tu le peux, c'est le début, c'est ta porte de sortie même si tu ne le sais pas.

Si j'avais un conseil à te donner : ne te prive de rien, et surtout pas pour des prétextes idiots, au nom de préjugés stupides et de généralisations à la louche. Tu crois que seules les séries américaines sont dignes de ton attention, mais si tu savais ! En fait, L'Odyssée imaginaire est canadienne, par exemple ! Ca t'en bouche un coin, hein ? Et encore, tu n'as rien vu.

Si j'avais une requête à te faire, ce serait, pitié, d'être rigoureuse avec tes VHS. Là tu n'en as même pas 10, elles sont cachées dans un coin, derrière le tas de vieux Télé Loisirs, eh bien étiquette-les, prends l'habitude, maintenant, très vite, de les répertorier, je t'en conjure !

Il y a tant de choses devant toi.
Bien-sûr, dans 15 ans, il y aura des séries comme Whitney ou Alcatraz, qui te donneront l'impression que rien, en fait, ne change. Mais, et ces titres ne te disent rien pour le moment, il y aura aussi Pushing Daisies, Capitu, Kommisarie Winter, Mousou Shimai... Rien que dans trois ans environ, il y aura Rude Awakening ! Je t'envierais presque d'avoir toutes ces découvertes devant toi, si je ne savais pas qu'en matière de téléphagie, on a toujours des dizaines de découvertes devant soi. C'est ce qui est merveilleux et perturbant à la fois, lady : ça ne s'arrête jamais.
Tu verras, ça n'ira qu'en s'améliorant. Tu es loin de vivre les plus belles années de ta vie en ce moment. Il y a des tas de gens qui t'attendent, avec qui discuter, avec qui échanger des découvertes, avec qui aller plus loin. Des rencontres, des expériences, des contacts, des tentatives, des challenges. Ce n'est que le début.

Ce truc dont tu entends parler, internet ? Du jour où tu y auras accès, tout va changer. Entre réaliser que tu n'es pas la seule à penser que ce ne sont pas "que des séries" (ou pire, "tes séries, là") et comprendre les possibilités qui vont se dévoiler grâce à cet outil, il va se passer encore quelques années, mais ta patience va être récompensée, tu verras ! En fait, il faudra même que tu apprennes à t'en passer...

Et le plus fabuleux c'est que, pour le moment, tu te sens seule, mais plus tard, regarder un épisode d'une série avec quelqu'un que tu aimes, ce ne sera pas rare du tout ! Tu vois pour le moment, tout est pourri, eh bien il y a plein de bons moments à venir, promis.

Bon bah, voilà, c'est à peu près tout. Enfin, tout ce que je peux te dire : le reste, c'est spoiler ! On se revoit dans 15 ans. Je verrai ton reflet dans l'écran quand j'essuierai mes larmes au moment de l'écran noir, ok ?

PS : il n'y a pas que les séries dans la vie. Appelle ta grand'mère. Et parle-lui des Feux de l'Amour, au pire.

Posté par ladyteruki à 18:00 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]