ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

25-08-12

It's all just a little bit of history repeating

SemaineRusse

Imaginez, bon, je sais pas, moi : disons, une blogueuse spécialisée dans les séries de la planète, mais qui ne parlerait pas souvent de la Russie. C'est un tort, mais ça arrive. Bien. Maintenant imaginez que, par une regrettable coïncidence, cette même blogueuse ne soit pas vraiment portée sur les séries historiques...
Naturellement, c'est là une éventualité totalement hypothétique ; mais elle expliquerait plutôt bien pourquoi jusque là, vous avez très peu entendu parler dans ces colonnes (ou les quelques autres où il m'est arrivé de sévir) de séries historiques russes. C'est un tort que je m'apprête aujourd'hui à corriger alors que je vous ai concocté, pour l'avant-dernier jour de notre semaine russe (eh oui, déjà), une petite rétrospective de fond sur les rapports étroits que la télévision russe (et à plus forte raison, la télévision soviétique) entretient avec les livres d'Histoire.

Il faut commencer par préciser qu'en Russie, plus que dans la plupart des pays, le cinéma et la télévision ont toujours été très proches. Au lieu d'être le parent pauvre de l'audiovisuel, la télévision a rapidement bénéficié de moyens similaires à ceux consacrés jusqu'alors au grand écran... parce qu'elle était publique et parce qu'elle dépendait donc d'un gouvernement qui avait besoin d'imposer la parole officielle sur un très large territoire (et si possible jusque dans chaque salon).
En fait, lorsque la télévision commence à se développer en Russie, les premières fictions télé ne sont pas des séries produites selon les spécificités de ce medium ; à la place, ce sont des films de plusieurs heures, découpés en plusieurs tranches. Ecrits d'un seul tenant, ces téléfilms un peu à part ne prennent pas en compte, comme aujourd'hui, les propriétés d'un visionnage en plusieurs fois (avec la structure d'un épisode), mais constituent une grande fresque coupée brutalement au bout d'1h30, et pour laquelle il faut revenir à la même heure un autre soir pour reprendre le fil. Si sur le plan de l'écriture, la télévision doit donc tout au cinéma, c'est aussi le cas pour les budgets et pour tout un contigent de professionnels du cinéma qui ont été encouragés à travailler pour le petit écran.

Or, le cinéma russe est lui-même proche de la littérature russe, principalement classique ; une littérature nationale qui, comme chacun sait, est très riche.
Les adaptations de grands romans sont nombreuses, souvent couronnées de succès, et il y a un savoir-faire en la matière qui s'est peaufiné depuis les balbutiements du cinéma russes ; à l'instar d'Anna Karenine, adaptée sur grand écran en Russie sous la forme de film muet en 1911 et 1914, puis de façon plus bavarde en 1935 et 1953. La télévision n'a à cette époque pas encore de fresque à proposer sur les petits écrans, mais les spectateurs russes sont déjà bien habitués à voir ces grands classiques (pas forcément à la portée du premier lecteur venu) adaptés par des scénaristes et incarnés par des acteurs. Qui plus est, alors qu'il est si difficile, dans l'après-Guerre, pour les auteurs, de passer le cap de la censure, se tourner vers les classiques littéraires approuvés de longue date par le Gouvernement soviétique est une solution plus simple.

Alors quand la télévision se met à produire de véritable séries, il n'est que naturel qu'une bonne part d'entre elles soient également tournées vers le passé, non seulement en raison de l'idéologie politique du moment (je vous en touche un mot plus bas dans ce post), mais aussi parce que c'est ce que les films ont toujours fait.
Depuis lors, les liens qu'entretient la télévision avec l'Histoire russe ne se sont jamais vraiment distendus, et vous allez voir que les plus grands tournants de la fiction russe ont bien souvent été marqués par des period dramas.

Alors évidemment, il y a d'une part les adaptations de romans, et elles sont nombreuses, même encore aujourd'hui. Mais les sérries historiques ne se cantonnent pas à des adaptations, et c'est aussi, voire surtout, de ces séries historiques-là que je vous propose de parler aujourd'hui.

BednaiaNastya

Ce n'est, par exemple, pas vraiment une surprise si je vous dis que la toute première telenovela russe, Bednaia Nastya, est justement une série historique.
Là où copier purement et simplement les recettes des telenovelas sud-américaines modernes aurait pu suffire, la série est plutôt inspirée par le succès international de la telenovela brésilienne Escrava Isaura (première telenovela diffusée en Union Soviétique dans les années 70), au concept similaire : prendre un contexte historique propre à la romance, insérer une héroïne qui commence bien mal dans la vie, et lui faire rencontrer le prince charmant...
Située au 19e siècle, Bednaia Nastya est l'histoire d'une charmante créature, Anastasia, née de l'union pas franchement consacrée d'un Prince russe et d'une servante ; elle est confiée à la garde du Baron Korf, un ami de son père, qui l'élève en secret. Le fils de notre Baron, Vladimir, a donc grandi avec elle mais ne la voit pas vraiment d'un bon oeil dans la maisonnée. Arrivée à l'âge adulte (où évidemment elle est devenue une belle blonde d'une grande innocence ; c'est une telenovela), Nastya, c'est son surnom, va faire son entrée dans la haute société de Saint-Pétersbourg et découvrir les nombreuses turpitudes de la vie de l'élite, entre mensonges, trahisons, et même meurtre à l'occasion. Diffusée en 2004, la série s'impose vite comme un véritable phénomène ; elle est ensuite vendue dans de nombreux pays, dont la Chine.

Entre les costumes, les décors somptueux des intérieurs, les tournages extérieurs on location, et tout le reste, les 127 épisodes de Bednaia Nastya coûteront la bagatelle d'environ 11,8 millions de dollars, un record. Pas étonnant qu'en dépit du succès national comme international de la série, la chaîne STS ait hésité à investir dans une suite, bien que celle-ci avait été annoncée rapidement. Prématurément sans doute.

Pour la "petite histoire" (si vous me pardonnez ce jeu de mots), Bednaia Nastya sera également la première série produite par la société Amedia. Amedia, mais si, vous connaissez ! C'est la même boîte de production qui a ensuite produit les immenses séries à succès Maia Prekrasnaia Niania, ou Zakrytaia Shkola... et qui est également en partenariat avec HBO pour installer la chaîne en Russie.

Ce premier succès ouvrira la voie à plusieurs autres ; la seconde telenovela russe, Adioutanty Lioubvi, sera située dans un contexte similaire, dans laquelle un couple qui s'aime est séparé par une mère ambitieuse, qui marie sa fille à un Comte, tandis que l'homme qu'elle aime s'enrôle au service du tsar....
Des séries comme Bednaia Nastya renvoient une image idéalisée du passé, bien-sûr : on y verse plutôt dans la crinoline, et pas trop dans l'interrogation sociale sur ce que c'était que de vivre sous le règne des tsars, par exemple. Parfaites héritières d'Anna Karenine (qui est, ironiquement, l'un des rares grands romans russes à n'avoir pas été adapté pour la télévision dans son pays natal), de nombreuses séries russes romantiques s'inspirent des tourments sentimentaux, des intrigues des puissants, ou des drames humains.
La reconstitution est là pour sublimer ces histoires, les placer dans un contexte qui fait rêver, et qui en appelle à une certaine nostalgie. Mais ce n'est pas le seul type de séries historiques qui passionne la Russie.

Krepost

Une conséquence de la passion de la télévision russe pour l'Histoire, c'est que la télévision (comme le cinéma, d'ailleurs) propose de très, très nombreuses séries de guerre ; et le phénomène n'est pas récent, loin de là. Il faut dire que l'Histoire russe regorge de batailles, de conquêtes et de guerres civiles propres à alimenter à l'envi ce courant, et que c'est en plus l'occasion de glisser un peu de patriotisme dans une série.

Krepost, dont nous avons déjà eu l'occasion de parler à l'occasion des TEFI 2011, remplit parfaitement tous les offices d'une série de guerre. La mini-série, qui est en fait une version re-montée et prolongée du film Brestkaia Krepost, s'attarde sur le siège de la forteresse de Brest, qui a duré une semaine en 1941. Krepost s'ouvre sur deux éléments narratifs plutôt classiques, mais efficaces : des images d'archives (qui reviendront ponctuellement au cours de la série), d'abord, et surtout, un survivant de la prise de la forteresse qui raconte à son petit-fils ce qu'il a vécu pendant la bataille, à l'occasion d'une visite du memorial aujourd'hui situé dans les murs de la forteresse (et accessoirement, la direction du musée a participé à la vérification de la véracité des faits historiques égrennés dans la série).
A la suite de cette introduction, le pilote nous propose le traditionnel avant/après : la vie au fort, lequel fonctionne comme une petite ville de garnison pour l'instant assez peu concernée par la guerre, et qui prospère dans l'insouciance ; puis, avec l'arrivée de l'armée allemande, la bataille elle-même. Si l'on ne trouve dans ces ingrédients que rien de très classique, en revanche il faut admettre que la réalisation est plus que solide, et efficace en diable. Brestkaia Krepost est un film ambitieux dont on sent qu'il a bénéficié d'un budget conséquent.

Même quand on sait comment ça finit, ce qui est le propre d'une fiction sur une bataille historique, impossible de ne pas se tordre d'inquiétude pour les personnages et notamment Sacha, jeune héros de Krepost. Loin de présenter les Russes en vainqueurs évidents (phénomène auquel on peut, par exemple, assister dans la très patriotique Band of Brothers, où en dépit des pertes et des souffrances il ne fait aucun doute dés le départ que la Easy Company est faite de héros), Krepost s'attache à d'abord penser à l'armée russe comme à des victimes innocentes, puis à des underdogs. C'est quelque chose que la série accomplit notamment grâce à sa figure centrale, Sacha, un cadet qui n'a même pas encore atteint l'âge d'avoir du poil au menton, et qui porte sur l'assaut de la forteresse un regard perdu et dévasté... mais qui va bien être obligé de participer à la bataille, et ainsi devenir un héros, bien que malgré lui.
La technique est éprouvée, et elle fonctionne, à plus forte raison parce qu'Alexandr Kott, le réalisateur, a l'oeil pour saisir aussi bien des images très tendres que les pires horreurs. C'est d'ailleurs un goût pour le drame qui est très russe, qui provient, là encore, de la littérature classique.

On dit que l'Histoire est toujours écrite par les vainqueurs. Mais on n'est même pas obligés de décrire une période où l'on est vraiment le vainqueur pour faire une série à la gloire de la nation... et quoi de mieux pour (ré)écrire l'Histoire que d'utiliser la fiction ? C'est après tout une méthode de propagande qui a fait depuis longtemps ses preuves. Par exemple, vous vous rappelez sans doute qu'on a déjà évoqué Vyzyvaem Ogon na Sebya, qui était à la fois la première série diffusée à la télévision soviétique, et un hymne à la gloire des actions de Résistance d'une jeune femme qui monte une cellule afin de saboter l'aviation de l'occupant allemand...

Le plus fort, c'est qu'il n'est pas non plus nécessaire, pour une série de guerre, de montrer à l'écran des images de bataille au front. Par exemple, la mini-série Kursanty s'intéresse à 5 cadets recrutés par une école d'artillerie en 1942, et suit leur préparation de trois mois avant de partir pour la bataille de Stalingrad... qu'on ne verra donc pas.
A la place, la série s'intéresse à la notion de "chair à canon" : ayant inconsciemment intégré le fait qu'ils ont de grandes chances de ne jamais revenir, nos héros vont donc vivre au maximum leurs derniers mois de liberté. A noter que des DVD de cette série sont apparemment sortis aux USA, sous le titre The Cadets, et avec sous-titres donc. Je vous tiens au courant dés que j'ai mis la main dessus, on en reparlera si le coeur vous en dit.

PiotrPerviyZavieschanie

L'autre grande répercussion de la passion russe pour l'Histoire sur petit ou grand écran, c'est le nombre de biopics proposés chaque année aux spectateurs, et à plus forte raison, des biopics de personnalités politiques.
C'est sans doute ce qui pose le plus de questions, à l'heure où la parole officielle est encore très voire trop présente dans les médias russes.

On l'a dit, se tourner vers un passé lointain est une solution régulièrement adoptée par la télévision russe. On peut à titre d'exemple citer Piotr Perviy. Zavieschanie (ci-dessus), un biopic sur Pierre Ier, alias Pierre le Grand, diffusé par Rossiya 1 au printemps 2011. Comme son titre l'annonce (zaviet signifie "le testament"), la mini-série retrace les dernières années de son règne : sentant la fin proche, le tsar tente de construire sa légende, mais aussi de préparer sa succession. Délaissé par ses compagnons les plus fidèles qui commencent à préparer leur reconversion auprès du futur monarque, il ne trouve de loyauté qu'auprès d'une belle jeune femme qu'il n'aura pas le temps d'épouser avant sa mort, en 1725. La série a coûté plus de 2,7 millions de dollars... pour moins de 4h de programme !

Mais évidemment, les séries historiques russes peuvent aussi se prendre de passion pour une Histoire plus récente, et notamment le 20e siècle, qui a donné énormément de personnalités historiques d'importance, à plus forte raison quand on a un message politique à faire passer. Ainsi, Deviat Jiznei Nestora Makhno est l'adaptation d'une biographie de Nestor Makhno, une figure de l'insurrection ukrainienne, en 1918, par exemple ; d'une façon générale, un nombre important de séries s'intéresse aux deux Guerres mondiales, plus rarement à l'entre-deux guerres.

La Guerre Froide a également fourni autant sinon plus de sujets à la télévision russe, qu'à la télévision américaine, comme par exemple la série d'action KGB v Smokingie, une série d'espionnage de 2005 située dans les années 70, dans laquelle une employée du KGB est envoyée en mission, intervenant sur des opérations du Mossad ou de la CIA. La série dure pendant une saison de 16 épisodes sur la chaîne REN.

Car naturellement, inutile de s'attacher à prendre pour héros une personne ayant réellement existé : il suffit d'inventer une fiction dans laquelle le héros croisera de grandes figures de l'Histoire, ou assistera à des évènements importants. On peut par exemple (mais cette liste, vous le devinez, n'aura vraiment rien d'exhaustif) mentionner Ruskiy Perevod, une mini-série en 8 épisodes diffusée en 2007, dans laquelle un jeune étudiant en langues orientales devient un interprète pour le ministère de la Défense, et est envoyé au Yémen. Couvrant la période de 1984 à 1991, la série plonge son héros dans le Yémen marxiste alors en pleine tentative de réunification, avant de l'envoyer en Libye.

Et puis, pour finir, la série historique, c'est un fait universel, se mêle facilement à certains genres, et c'est quand même bien pratique... surtout quand ces genres sont le policier, le judiciaire, et assimilés ! Ainsi, Jizn i Prikliouchenia Mishki Yaponchika (photo ci-dessous), dont les 12 premiers épisodes ont été diffusés fin 2011, qui s'intéresse à une sorte de Robin des Bois sévissant à Odessa en 1917. Plus qu'un gangster, un gentleman, Mishka Yaponchik a vraiment existé, et faisait de ses braquages et cambriolages de véritables performances d'artiste, avec des scénarios complexes. Il a règné pendant 3 années sur Odessa avant que l'Armée rouge ne s'empare de la ville et qu'il ne devienne révolutionnaire.

JizniPriklioucheniaMishkiYaponchika

On pourrait continuer longtemps à lancer des exemples, évidemment. Comme je le disais, l'Histoire russe est abondante, et tout aussi abondamment documentée par de nombreux romanciers, biographes et historiens.

Pour nous, spectateurs occidentaux qui avons grandi avec des fictions françaises, britanniques ou américaines, les différentes séries historiques russes revêtent d'ailleurs un intérêt supplémentaire : nous avons rarement eu l'opportunité d'adopter, même temporairement, le point de vue russe sur de nombreux évènements de l'Histoire, des campagnes de Napoléon à la Guerre Froide, en passant par la Seconde Guerre Mondiale.
Les rares occasions se sont généralement présentées à nous via des fictions occidentales, ou, plus rarement, des co-productions avec la Russie. En 2007, c'était le cas de War & Peace, adaptation de l'incontournable roman éponyme de Tolstoi, et résultant d'un partenariat franco-italo-allemand. Les 4 épisodes ont apparemment été diffusés sur France 2. Mais c'est plus l'exception que la règle, et les Russes sont, finalement, un de ces nombreux peuples dont nous connaissons mal l'Histoire.

Espérons qu'avec le temps (et peut-être un petit peu cet article ?), il sera plus facile d'accéder aux très nombreuses séries historiques produites chaque année par la Russie... j'espère en tous cas que cette balade vous aura plu.
On se retrouve demain pour la dernière journée de notre semaine russe, ne manquez cela sous aucun prétexte !

Posté par ladyteruki à 19:26 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

26-10-11

L'objectivité, c'est pas patriotique !

NankyokuTairiku

Rarement une série nippone aura parlé aussi frontalement de la position du Japon après la Seconde Guerre Mondiale que Nankyoku Tairiku : la série s'ouvre sur un constat de défaite, de déshonneur, d'échec amer et de populations en déroute. D'un ton misérabiliste, le pilote de cette grande fresque va avant tout nous parler de l'honneur perdu du Japon, et de comment une expédition au Pôle Sud va lui permettre de le retrouver.
Le premier épisode ne recule donc devant aucune façon de nous montrer à quel point le Japon est un pauvre pays méprisé par le reste de la planète, plongé dans une crise touchant à la fois ses finances et son moral. S'il y a, certes, une indéniable vérité historique derrière cela, le ton victimisant d'une bonne partie de l'épisode a de quoi faire sursauter plus d'une fois tant la déformation est patente.

Car Nankyoku Tairiku ne veut pas vous raconter une histoire à la Croc-Blanc et vous émouvoir en tant que spectateur, comme, je l'avoue, je l'avais cru au départ. Nankyoku Tairiku veut vous parler en tant que Japonais. Pour le spectateur étranger, le gaijin, qui a forcément un peu de recul vis-à-vis du patriotisme nippon (du moins faut-il le lui souhaiter), l'expérience est forcément un peu déroutante de se retrouver pris dans ce récit bourré de parti-pris. Un bon exemple, c'est la convention à Bruxelles qui est supposée déterminer quels sont les pays qui feront partie de l'expédition internationale au Pôle Sud : les Occidentaux présents sont tous méprisants et/ou ouvertement insultants, les pauvres Japonais y sont tournés en ridicule puisqu'ils ont eu le culot de venir... au final, la scène s'arrêtera là et la narratrice se contentera de dire que, finalement, l'équipe japonaise fera bien partie de l'expédition. Comment ? Pourquoi ? On l'ignore, mais la scène d'humiliation préalable a été longue et éloquente. Je suspecte des pratiques pas très reluisantes pour faire accepter à la communauté internationale la participation du Japon à cette aventure, sans quoi on peut être sûrs que l'épisode aurait passé 10 bonnes minutes sur les discours pleins de passion des protagonistes prouvant qu'ils sont animés de nobles intentions et qu'au final ils méritent qu'on les laisse se lancer dans cette noble expédition.
N'ayez pas de regret : des speeches dans ce genre, on en aura quelques uns dans le (long) pilote de Nankyoku Tairiku, chacun nous rappelant à chaque fois combien il a fallu de courage, d'abnégation et de fort sentiment patriotique pour en arriver là. Là encore, l'envie est très forte de lever les yeux au ciel devant pareil étalage d'intentions dégoulinantes de beauté.

A cela vient s'ajouter une musique grandiloquente, soulignant le moindre geste comme un acte d'un héroïsme inoui. L'omniprésence de la musique "à la Disney" est là pour renforcer les scènes faibles (elles sont nombreuses) et donner envie au spectateur japonais de gonfler le torse sur son canapé.

Mais les pratiques disneyennes ne s'arrêtent pas là. Tout est fait pour vous tirer des larmes et rendre les choses plus tragiques encore. On trouvera donc des références aux Japonais (civils ou non) morts pendant la guerre, avec une utilisation vraiment trop évidente du Yamato, des histoires à faire pleurer dans les chaumières sur le courage du papa du héros, un cuisant échec qui hante ledit héros, des ouvriers qui travaillent sous la pluie, et bien-sûr un chien mort (c'était ça ou un chaton, mais vu le contexte...),  plein de chiens bien kawaii qui tirent la langue à qui mieux-mieux, des enfants pauvres qui donnent leur maigre sou pour soutenir l'expédition, et des enfants qui laissent partir leur chien au Pôle Sud "parce que c'est ce qu'il veut" alors qu'ils le considéraient comme leur père (I kid you not). Putain, c'est beau.

Non. Non-non. Ce n'est pas fini. Le bilan est déjà bien lourd mais il n'est pas encore exhaustif.
Il faut aussi mentionner le VILAIN MECHANT. Un vrai de vrai, avec le regard en biais et les cheveux gominés, qui veut absolument causer du tort au héros, et donc à l'expédition, et en fait au Japon tout entier. Trahison !!! On aura sans doute le temps plus tard de le perdre sur la banquise (...ce con de héros est bien fichu de le sauver) mais pour le moment, en 1h46 de pilote (je vous le disais, il est long), impossible de s'en défaire ; alors qu'il est fonctionnaire au ministère des Finances, il va trouver le moyen de se taper l'incruste dans l'expédition. C'est apparemment une version voyage du VILAIN MECHANT habituel : où que vous alliez, il vous suit et vous pourrit la vie.

Je ne passe pas à la conclusion sans évoquer aussi le love interest, la soeur de la défunte femme du héros (car bien-sûr sa femme est morte pendant la guerre, qu'est-ce que vous croyez ?), qui bien-sûr n'a jamais eu l'idée d'ouvrir sa bouche pour dire qu'elle était amoureuse de lui, et à qui, lui, n'a jamais eu les tripes d'aller dire qu'effectivement il l'aime bien. Comme par hasard. Et maintenant que le héros est parti au Pôle Sud, la jeune femme, qui est institutrice et gentille et douce, va hériter de la si enviable position de la nana qui attend et qui s'inquiète, le truc qu'on adore voir dans une série, eh bah là elle en a pour plusieurs épisodes, jusqu'à ce qu'il revienne, et qu'il reparte, et qu'il revienne... Vous saisissez le concept. Alors comme Haruka Ayase est une aussi grande actrice que je m'appelle Cunégonde, l'essentiel des fonctions du personnage féminin est donc d'avoir l'air inquiet et d'entrouvrir la bouche pour dire quelque chose dont on sait qu'elle ne le dira pas, en réalité, avant plusieurs heures de la série.

On arrive donc au moment où je conclus sur le pilote, et là vous pensez que tout est dit. Mon Dieu, qu'est-ce que ce doit être s'il en reste !? Eh bien figurez-vous qu'en dépit de mon mauvais esprit, je n'ai pas détesté Nankyoku Tairiku. Simplement, il faut beaucoup se concentrer pour ne pas voir tous ses travers, et ça n'a pas été chose facile pendant le visionnage de ce pilote.
Mais des séries qui mettent en valeur des actes (plus ou moins) héroïques avec une touche patriotique plus ou moins prononcée, on en a déjà vu, y compris voir surtout aux USA. Alors du coup, je suis un peu rôdée. Et personnellement, eh bien, certes, je ne me laisse pas aussi facilement emporter par le sentiment patriotique d'un pays où je n'ai jamais posé un orteil, mais ça ne m'empêche pas de passer un bon moment, pourvu de mettre au maximum mes sarcasmes de côté.
Avec son cast indigent (seul Takuya Kimura brille avec le brio qui est le sien), l'histoire cousue de fil blanc, les dialogues gorgés de guimauve jusqu'à la nausée et, ah oui, j'ai failli oublier les effets à la con (genre quand l'un des chiens mord la main du héros et qu'on voit pas DU TOUT que c'est une vulgaire main en plastique), il s'avère que Nankyoku Tairiku est quand même une bonne fresque familiale, regardable par le plus grand nombre, petits et grands, un vrai rendez-vous grand public.
Et qui fonctionne quand même vachement mieux pourvu d'être Japonais et d'avoir envie de se faire caresser dans le sens du poil...

A vrai dire, je crois sincèrement que le pilote de Nankyoku Tairiku était ce que la série pourrait nous faire de plus pénible : maintenant qu'à la fin de l'épisode, l'expédition est en route (mais en doutiez-vous ?), il va falloir que notre héros, ses toutous, ses amis et son vilain méchant de voyage, bravent le froid, la neige et la glace, comment ça je me répète, et il y a de fortes chances pour que tout le monde n'en revienne pas. Et là, les beaux discours, ça ira bien 5mn, mais c'est tout. Et donc, cette partie-là devrait être intéressante. Je l'espère. Je ne reste que pour ça.
Mais si vous ressentiez déjà des poussées d'urticaire simplement devant Band of Brothers (ça s'est vu), franchement, ne tentez pas Nankyoku Tairiku, ça pourrait avoir des conséquences dramatiques.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Nankyoku Tairiku de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 22:53 - Dorama Chick - Permalien [#]

29-09-11

Le petit dinosaure et le wall-e des merveilles

TerraNova

Quand j'étais petite, Spielberg, c'était un nom qui en jetait. Ca évoquait de grandes productions intelligentes mais sans être rébarbatives, de grands films devenus des classiques (même si je n'en avais pas vu la plupart), et un goût certain pour les effets spéciaux qui ont l'air naturels (par opposition à ce que peut évoquer le nom de Michael Bay). Du bon divertissement.
Quand j'étais adolescente, Spielberg, c'était un nom qui inspirait le plus grand respect. C'était Band of Brothers. C'était la grâce et le chaos tout à la fois. C'était la marque de l'excellence. Et dans une moindre mesure, il n'y a pas si longtemps, cette excellence se retrouvait dans The Pacific.
En 2011, Spielberg est un nom creux.

Quand il est associé à une série, on dirait qu'il n'y a plus rien à en attendre. Bien-sûr, quand son nom est associé à un projet, ce n'est pas toujours au même titre, objectivement je le sais bien, mais normalement on s'attendrait à ce qu'il cherche à produire quelque chose d'aussi bon que s'il le réalisait lui-même, parce qu'il a une réputation à maintenir. Mais non. Après Falling Skies, voilà Terra Nova. Et les mots me manquent pour vous exprimer combien je suis déçue par quelqu'un en qui j'avais confiance.

Ce qui s'est passé, c'est que déjà, j'ai adoré l'univers du début du pilote. Je n'étais même pas certaine de voir de quel monde les humains de Terra Nova arriveraient, et j'ai découvert un endroit noyé dans le chaos, certes caricatural en ces temps où plus personne ne recule devant des scénarios catastrophe pour le futur de notre planète, mais définitivement porteur de sujets que j'aimerais un jour voir une série aborder (PS : il est question d'adapter à nouveau du Asimov pour le cinéma ; les enfants, c'est pour la télévision qu'il faut l'envisager !). Rien que la question de minimiser la population de toute la planète est intéressante (rappelez-vous, j'ai déjà évoqué des sujets similaires), ce serait captivant plutôt que d'en faire un vulgaire prétexte qui sera balayé au bout de quelques minutes de pilote. Mais bon, pendant ce temps je me dis qu'il n'y a toujours pas de série qui fasse ce que j'écris avant que qui que ce soit ne le lise, alors c'est tout bon pour moi dans le fond.
Enfin voilà, grosse déception finalement parce que l'univers de Terra Nova qui m'a plu, c'est celui que les personnages quittent. Mais d'ici à ce qu'une chaîne ait le courage de ne pas forcément tomber dans le message d'espoir sur l'avenir, et de nous montrer une série d'anticipation où on soit dans la merde et où, plutôt que de fuir les problèmes, il faille les gérer, c'est pas demain la veille.

L'autre gros problème de ce pilote, c'est que chaque fois qu'il y est question de dinosaures, on a l'impression que le script de la scène a été pompé dans le premier Jurassic Park (j'ai même pas vu les suivants), accouchement du triceratops en moins, mais patience, c'est une série après tout. Les gentils herbivores à qui on donne à manger, le vilain carnassier qui s'attaque aux gens dans la voiture, c'est INSUPPORTABLE. Et la promo qui disait qu'on n'avait jamais rien vu de pareil, eh bah, manquent pas de toupet les marketeux de la FOX.
C'est tellement vu et revu que moi, la scène de la bagnole (la scène inteeeeeeerminable de la bagnole, devrais-je dire), je l'ai regardée en mangeant et vous pouvez-me croire, pas un instant je n'ai eu la fourchette en suspens. Terra Nova, la première série d'action et de suspense avec laquelle les cardiaques ne risquent rien ! C'est pas avec des scènes qu'on a l'impression de connaître par coeur qu'on va se mettre en émois...

Les gens qui avaient regardé les promos de Terra Nova et suivi le projet semblaient surtout craindre un côté trop gentillet, trop familial. C'est vrai qu'il y a deux personnages franchement chiants (les deux filles : l'une parce qu'elle n'est là qu'à titre de prétexte, on l'a dit, et l'autre parce que son super-cerveau n'aura de l'intérêt que plus tard dans la série, je le sens bien comme ça, et qu'en attendant il va falloir se la taper quand même), mais tout à fait entre nous, s'il y avait une meilleure alchimie dans le cast, à commencer par les parents, ça ne serait pas tellement un problème. Mais comme de toute façon leur dynamique est vite balayée d'un revers de la main derrière des histoires clichés (voir aussi : adolescent récalcitrant), on n'aura pas le temps d'apprécier le fait que cette famille est unique et qu'il y a une bonne raison de la suivre.
On va vite découvrir que les personnages ne cherchent pas à sortir de la caricature, aucun. C'est vrai pour notre petite famille et pour les autres. C'est assez assomant, dans l'ensemble. Et du coup la série n'est pas vraiment gentillette, pas autant que les personnes dont j'avais lu les réactions semblaient le craindre, mais ça reste très unidimensionnel. Evidemment, ce n'est qu'un pilote (il faudrait mettre ce disclaimer chaque fois qu'on parle d'un pilote même si ça devrait tomber sous le sens), cela dit on a vite le sentiment que la série ne se cherche pas du tout de ce côté-là, de la même façon que le ton de Falling Skies était très similaire et n'a jamais eu l'envie ensuite d'aller vers quelque chose de plus complexe et développé. Il faudra vraisemblablement en faire notre deuil : il n'y a guère de place pour la nuance dans les personnages qui peuplent ces séries.

Parce qu'il faut bien vivre, Terra Nova introduit rapidement une petite mythologie avec les Sixers, ce groupe dissident qui ne va pas manquer de venir foutre le bordel du côté de Terra Nova, et ce dés le pilote. Le problème ce n'est pas que cette mythologie soit introduite dés le pilote (surtout vu qu'il a une durée double), c'est qu'elle soit aussi développée pendant la seconde partie alors qu'on méritait un meilleur traitement. Les spectateurs étaient en droit d'avoir leur content d'installation, de visites, et pourquoi pas, d'initiation avec les filles quand elle vont à la journée d'orientation (mais les scénaristes eux-mêmes reconnaissent que ce sont des boulets vu qu'à chaque fois qu'il se passe quelque chose, elles ne sont pas dans le coup), pour comprendre comment fonctionne Terra Nova, comment les gens y vivent, comment la colonie fait pour s'agrandir, etc... D'ailleurs un truc tout bête mais, est-ce réellement une colonie ? Je n'ai pas bien compris leurs objectifs : les gens qui sont envoyés dans le passé, ils sont supposés faire quoi ? Se multiplier ou pas ? Comment ils espèrent faire venir les milliards d'autres êtres humains à ce rythme ? EN 7 ans, il n'y a eu que 10 missions ? Mais euh, je sais pas, ça les panique pas un peu ?

Bon et tant qu'on en est à poser des questions... J'ai compris l'histoire des timestreams (même si la réponse à cette question a tardé à être explicitée), mais ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi avoir choisi de revenir 65 millions d'années en arrière. Je veux dire, oh, les mecs, vous le saviez qu'il y avait des dinosaures à l'époque, non ? Vous pouviez pas préférer les origines de l'Homme, tout simplement, une fois que les grands lézards avaient débarrassé le plancher ? C'était quand même plus tranquilou.
Réflexion faite, ça a peut-être été dit à un moment où je finissais mes pâtes, absorbée dans la contemplation de ma sauce à la tomate faite maison. C'était tellement captivant, ce pilote...

Enfin bon, pour le moment, je ne suis pas convaincue par cette fable écologique avec des morceaux de gros monstres dentu dedans (un peu comme si Jurassic Park s'était invité chez Wall-e), mais un peu à la façon de Falling Skies, j'ai envie de voir ce que ça va donner parce qu'il peut y avoir un ou deux thèmes intéressants s'ils sont biens développés (ils ne le seront pas, et ce sera tant pis pour moi, mais je DOIS le vérifier par moi-même). Ce ne sont pas forcément les aspects que je redoutais le plus qui se sont avérés plombants, mais plutôt l'impression que derrière les moyens colossaux, il n'y a pas beaucoup d'âme. Encore et toujours le même problème des mecs qui, parce qu'ils ont plein de fric pour s'en donner à coeur joie sur la forme (et je le leur concède, pour l'instant ça a plutôt de la gueule), pensent qu'ils sont dispensés de construire quelque chose de vraiment puissant sur le fond.
Je conçois qu'on donne dans le "grand public", mais il fut un temps où il n'était pas impossible de proposer plusieurs niveaux de lecture pour que tout le monde ait son content. C'est aujourd'hui devenu rare, et les deux séries accolées au nom de Spielberg cette année l'ont prouvé.
En 2012 viendra l'heure de Smash. Avec un peu de bol, il va se resaisir. Mais si, vous allez voir. Il faut y croire.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Terra Nova de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 13:00 - Review vers le futur - Permalien [#]

05-09-10

[DL] Jeonwoo

Allez, vous n'avez pas démérité, c'était sur la ligne, mais vous avez réussi le challenge du jeu des génériques. Et ça fait plaisir que l'édition internationale de ce jeu fonctionne aussi, je vous sens curieux, ça me plaît, j'vous ai à la bonne. Alors voilà une nationalité qui n'a pas été représentée dans le jeu ce weekend : la Corée du Sud.

Je n'ai pas encore parlé de la série ici (bien que j'aie tenté un truc sur SeriesLive, hélas ça n'a pas paru motiver les commentaires, en dépit d'un nombre de lectures très correct), mais j'ai bien l'intention de le faire sitôt que j'aurai le temps de souffler un chouilla. Jeonwoo est l'une des deux séries prenant pour contexte la guerre de Corée, cet été. J'avoue n'avoir trouvé le temps d'en tester aucune des deux, comme ça ya pas de jaloux, mais a priori j'ai une nette préférence pour celle-ci.

Jeonwoo
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Le générique confirme la réputation de "Band of Brothers coréen" que la série s'était attirée avant même d'être à l'antenne. Grosso-modo, si vous avez vu la bande-annonce, vous avez vu l'essentiel de ce générique, moins l'effet sur le titre et les plaques qui se baladent partout. Ya vraiment pas de quoi hurler au plagiat, mais la parenté reste forte. Quelque part, c'est tant mieux, non ? Ça donne envie même à ceux qui ne sont a priori pas attirés par une fiction coréenne, mais qui aiment les séries de guerre. Enfin, j'espère. Vous me direz.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Jeonwoo de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:19 - Médicament générique - Permalien [#]

17-08-10

[Day 17] Mini format, grande série

MemeDay_17

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Band of Brothers de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 20:00 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]


23-03-10

[DL] The Pacific

Difficile de ne pas penser à Band of Brothers devant ce générique, quand même. Difficile parce que, d'abord sur un plan musical, il faut bien admettre que c'est bonnet blanc et blanc bonnet (j'ai juste beaucoup plus de mal à fredonner le générique de The Pacific que celui de Band of Brothers, sans doute parce que ce dernier comportait quelques chœurs pour accompagner la mélodie).

ThePacific
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Ah, et puis évidemment, le fait que l'un utilise la photographie et l'autre le dessin pour offrir des portraits en noir et blanc (ou presque) ne peut pas éveiller quelques vagues réminiscences, au minimum. Le ralenti, l'alternance de plans larges de scènes d'action et de gros plans statiques de nos héros... Le résultat est certes réussi, mais il semble aussi un peu trop facilement garanti.

Prise de risque : zéro.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche The Pacific de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 06:42 - Médicament générique - Permalien [#]

L'ennemi sans visage

Il m'a fallu 15 à 20 minutes, au bas mot, pour faire taire cette petite voix qui dans ma tête, pendant le pilote de The Pacific, répétait en boucle "Band of Brothers, Band of Brothers, Band of Brothers"... et comment la faire taire plus vite, en effet, quand tout dans la production de cette nouvelle mini-série persiste à répéter les mêmes ingrédients : les témoignages de vétérans, la musique, le générique... les codes sont intégralement repris.
Dans un premier temps, c'est d'ailleurs assez gênant. D'où cette petite voix lancinante impossible à réduire au silence. Peut-être aurait-il tout simplement fallu assumer le côté spin-off de la chose ? D'autant qu'il est difficile d'oublier l'excellence de l'illustre aîné...

The Pacific met du temps à prendre ses marques et à s'en différencier. Le tournant est pris au moment du débarquement... Alors que le découragement du spectateur est à son comble, enfin, l'épisode offre un retournement inattendu et coupe le cordon. Nous y voilà enfin, il fallait attendre que les Marines aient posé le pied sur leur île du Pacifique.

ThePacific_pilot1

Et quelle île. Contrairement à Band of Brothers qui n'hésitait pas à frapper d'un grand coup avec une ambiance propre aux séries de guerre assez tôt dans le pilote, ici, The Pacific entretient une atmosphère oppressante pour les personnages (et donc pour le spectateur)...
L'ennemi est tout près, mais il semble aussi trop loin. Aucun contact. Un rendez-vous manqué avec l'action. Puis un autre. Et à chaque fois, la perte des rares repères qu'on peut avoir quand on est en guerre à des milliers de kilomètres de chez soi. Même quand ils se battent à quelques kilomètres de la côte, ils semblent invisibles, ces fichus Japs. On craint de les voir partout mais ils ne sont en fait nulle part. On voudrait apercevoir leur éclaireur, mais ce n'est que le vent dans les arbres.

Et quels arbres. The Pacific, c'est aussi, de façon totalement inattendue, une ode contemplative à la nature des îles du Pacifique. Ce qui remplace les filtres incroyables de Band of Brothers, c'est cette fascination authentique pour la verdure environnante. Plusieurs fois, les soldats se trouvent absorbés dans les images un peu hypnotiques que forment les arbres se balançant doucement dans le vent las qu'on imagine tiède et moite. Le tableau ne saurait être complet sans quelques cris d'animaux et d'oiseaux.
La nature semble pure, comme jamais touchée par l'homme, et c'est ce qui rend le voyage si angoissant, car cette nature en apparence vierge amplifie le sentiment de s'aventurer dans l'inconnu. C'est aussi ce qui rend les quelques images d'horreur, fugaces, comme les quelques soldats exécutés en plein milieu de la forêt. On a retrouvé le paradis perdu, et il faut pourtant s'attendre à subir la violence humaine à tout instant.
C'est l'une des grandes forces du pilote de The Pacific, sa plus belle preuve d'éloquence. C'est presque dommage de l'avoir bêtement explicité ensuite dans la lettre.

ThePacific_pilot2

L'explosion de violence sur la fin de l'épisode n'en devient, du coup, que plus terrible.
Jusque là, l'ennemi, c'étaient des injures raciales, des appareils, des ombres furtives qu'on pensait voir entre deux branches. Autant dire un ennemi sans visage. Pendant la scène de combat, aucun corps à corps, tout se fait à distance, chaque camps canardant l'autre au mieux en espérant éviter le combat.

Et puis vient cet homme, ce Japonais. C'est le premier dont on voit le visage. Et ce visage est marqué par la démission. Ce visage dit qu'il y en a marre de ces conneries. Ce visage est celui d'un humain complètement désemparé. C'est là que The Pacific sacrifie à ce qui est le passage obligé de toute série de guerre, l'instant suprême de doute, et le fait avec talent et poigne.

ThePacific_pilot3

La marge de manœuvre de cette mini-série, pour se distinguer réellement de celles qui l'ont précédée, est assez réduite. Mais même sans ça (et au vu de ce pilote, il n'est pas dit qu'on doive s'en passer), The Pacific est la promesse d'une fiction de guerre rondement menée, intelligente et tonitruante à la fois. Une série de guerre comme on les aime, quoi.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche The Pacific de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 06:37 - Review vers le futur - Permalien [#]

05-11-09

Passé pas simple

Lorsqu'on regarde une fiction, on la regarde pour elle-même. Mais parfois, il arrive qu'on ne puisse s'empêcher de penser à une autre, d'établir la comparaison. Pour une raison qui ne nous apparaît pas forcément de façon évidente, d'ailleurs.
Avec Fumou Chitai, ça a été le cas. Plus l'épisode avançait et plus je pensais à Band of Brothers.

Pourtant, si toutes les deux parlent de guerre, elles n'en parlent pas du tout de la même façon. Pas seulement parce qu'il ne s'agit pas de la même guerre, mais surtout parce que le contexte comme le propos sont fondamentalement différents. Alors, quoi ?

Fumou Chitai raconte l'histoire de l'officier Iki, haut gradé qui reçoit la mission, au lendemain de la reddition sans condition japonaises, d'aller ordonner à des troupes stationnées sur le continent d'y cesser le feu et de se rendre. A l'origine, telle était la mission d'Iki ; ensuite, une fois les troupes rentrées dans le rang (même si ce devait être la tête basse), il ne lui restait plus qu'à rentrer au Japon.

Mais ce n'est pas du tout comme ça que les évènements vont tourner pour lui. En fait, il est amené à se rendre aux Russes, et devient un prisonnier guerre. Ou plutôt, un prisonnier politique, puisque d'une part la guerre est de toute évidence finie, et d'autre part, son incarcération par les Russes a un sens bien particuliers. Ceux-ci veulent en effet poursuivre l'Empereur japonais pour crimes de guerre ; aussi ils font pression sur des officiers tels que notre Iki pour qu'ils révèlent des informations incriminantes.

Mais notre soldat tient bon, ne lâche rien, pas même quand on le ramène sous bonne garde au Japon et qu'on lui donne une chance de revoir sa femme et ses deux enfants. On ne trahit pas pour si peu ! Mais du coup, Iki est envoyé en camps de travail. Et quand je dis camps, je dis mouroir, soyons clairs. Le destin, hélas, de bien des hommes de son époque.

Sauf que Fumou Chitai a un ingrédient bien particulier, c'est que tout cela, Iki se le remémore alors qu'il a bel et bien survécu à 11 ans de goulag en Sibérie, et qu'il est revenu au Japon, dans sa famille. Enfin ! pourrait-on dire. Mais le plus dur reste à faire car il est revenu abimé, physiquement et surtout moralement. Et surtout, Iki comme le Japon doivent désormais se reconstruire. Notre homme va donc intégrer une grande firme privée, puisqu'il refuse de retournée dans l'armée (ou ce qui tenait lieu d'équivalent à l'époque).

FumouChitai_standalone

Bien que sobre visuellement (on est loin des filtres et effets visuels de Band of Brothers), Fumou Chitai est esthétiquement très léché.
Mais surtout, la série décrit les horreurs de la guerre, les vraies, les psychologiques, avec une précision d'horloger. Comment ne pas comprendre l'impression que donne Iki de flotter dans sa vie, une fois revenu chez lui ? Imaginez : 11 années de sa vie ! Il revient et le pays est transfiguré, sa femme travaille (elle les fait même vivre le temps qu'il se retape), son fils ne le connaît pas... Comment pourrait-il trouver sa place dans cette société ?
C'est tout l'enjeu.

Je le confesse, j'aime les fictions sur l'après-guerre. D'ordinaire, les séries prenant le Vietnam pour contexte s'y montrent les plus efficaces pour définir l'ampleur d'un traumatisme d'après-guerre. Ici, on est dans la même optique, et ça m'a plu. L'homme est cassé, inadapté, et pourtant tout son entourage semble voir l'homme du passé, ou peut-être l'homme du futur vu le pari que sa firme fait sur lui...

Une des nouveautés les plus impressionnantes de l'automne 2009, Fumou Chitai a ce petit quelque chose, réservé à un petit nombre de séries : elle laisse une empreinte. Une empreinte dans la neige, où se déroulait la captivité d'Iki en Sibérie, et une empreinte sur le spectateur, qui se souviendra un peu mieux et plus clairement de ce morceau d'Histoire, grâce à une fiction de talent.

Ah, nous y voilà. Maintenant je comprends le rapport avec Band of Brothers.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Fumou Chitai de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:04 - Dorama Chick - Permalien [#]

08-07-09

[DL] Jesse

Nan mais en fait, je regarde Christina Applegate depuis vachement longtemps ! Je me rappelle que lorsque France 2 a diffusé Jesse, c'était pendant l'été 2002 je crois, et... enfin ma vie ne vous intéresse pas mais en gros c'est aussi l'été où, sous le choc de la découverte de Band of Brothers, j'ai voulu lancer avec ma soeur un fanzine et ces deux séries étaient justement au sommaire. C'est dire si on n'est pas plus jeunes après avoir parlé de Jesse.

Jesse
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Quand on voit ce générique aujourd'hui, on a tout de suite l'impression de voir l'ancêtre de Ce que j'aime chez toi, non ? Je trouve ça absolument frappant. Je me demande ce que j'en pensais à l'époque où je l'ai découvert... c'est dur de se souvenir.
Comme j'ai dû regarder trois épisodes différents pour parvenir à ce résultat (et pourtant c'est pas la panacée), j'ai eu une vague de nostalgie. Je ne me rappelais pas à quel point les frères de Jesse étaient drôles ! Bon, certaines choses ont vieilli, mais dans l'ensemble c'est sympathique. Encore une série où l'héroine est abimée par la vie mais essaye d'en rire. Voir Michael Weatherly jouer les ex-maris indignes, c'était assez puissant, quand même...
Qui saura dire pourquoi je suis prise d'une subite envie de farfouiller pour trouver le générique des Anges de la Ville ?

Et pour ceux qui manquent cruelllement de culture : la fiche Jesse de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 19:56 - Médicament générique - Permalien [#]

10-06-09

La bande originale de ma vie - Part. 1

C'est quelque chose qui m'était totalement sorti de l'esprit : mon adoration de jadis pour les CD en rapport avec les séries. Aujourd'hui que j'ai un port USB qui me maintient en permanence connectée à mon ordinateur (ou celui du boulot, ou celui de mes proches...), j'ai perdu de vue l'état d'esprit qui régnait alors...

Vous admettrez que ce n'est pas pareil, quand même. J'y repensais quand je suis tombée sur les Chroniques musicales de Critictoo (qui portent pour le moment majoritairement sur des séries récentes), une rubrique à laquelle, j'avoue, je n'avais encore pas fait attention. Je me suis alors rendu compte que découvrir tout un album, chose que je ne fais plus depuis bien longtemps, et découvrir une chanson ici, une chanson là, au fur et à mesure des cagoulages, c'est sensiblement différent. Alors j'ai essayé de me souvenir de ce que j'avais ressenti en abordant certains des CD que j'avais achetés, évidemment en rapport avec les séries.
En voici donc quelques unes que, avant d'avoir un chez moi informatique, j'écoutais sur mon bon vieux lecteur CD...

Aujourd'hui : les B.O. de série

Sex and the City 
Music from the HBO Series
sexandthecity_CD

Ce n'est qu'une fois qu'on a acheté le CD qu'on se demande pourquoi (c'est dommage mais c'est comme ça). Il ressort de l'ensemble une telle impression de disparité... Parce que quand même : Tom Jones, Trisha Yearwood et Missy Eliott, vous avouerez qu'il n'y a pas beaucoup d'homogénéité. En fait, ce qui apparait, c'est que la série n'a pas vraiment d'univers musical bien à elle, se contentant de piocher çà et là dans la pop culture. Je pense que je m'attendais à des variations autour du générique, et pour celui-ci il faudra attendre qu'arrive la 13e piste, soit le générique par Groove Armada, qui réponde à cette demande. C'est bien peu. Bref, un CD complètement opportuniste que je n'écoute plus depuis longtemps.

Music from
Malcolm in the Middle

malcolm_CD

Exactement le contraire du précédent ! Non seulement on retrouve à la perfection l'esprit de la série (et notamment la 1e saison), mais en plus tout en étant différents les uns des autres, chacun des titres parvient à être à la fois drôle et entraînant. Bref le point commun de ces chansons n'est pas seulement d'avoir utilisées pour la série, mais d'appartenir au même univers. On ressort de cette écoute avec un sourire en banane et l'envie de se replonger dans la série, car si les chansons n'ont souvent pas été utilisées plus d'une poignée de secondes, on se rappelle immédiatement dans quel contexte elles ont servi. Une vraie réussite ; encore aujourd'hui j'écoute cet album avec plaisir, ce qui vu son âge tient un peu du miracle, quand même.

Farscape : Music from
the Original Soundtrack
farscape_CD
 

Un CD qui n'usurpe pas le titre de "bande originale". Là où les deux précédents se contentaient d'offrir une compilation de chansons glanées çà et là (avec un succès variable, comme je vous l'ai dit), la BO de Farscape consiste uniquement en chanson composées spécialement pour la série. La cohérence de l'univers musical du CD sonne donc comme une évidence. Le bémol, c'est que du coup ça manque un peu de variété... Tous les morceaux ne se ressemblent pas, évidemment, mais ils sont tellement dans le même esprit qu'il faut vraiment rester l'oreille collée au lecteur CD pour discerner quand une chanson finit et une autre commence. Un peu usant à la longue.

Gene Roddenberry's Earth Final Conflict : original soundtrackefc_CD  

Pour moi, l'acquisition de ce CD se posait comme une évidence, vous l'imaginez. Le CD d'une série, c'est typiquement le genre d'objet dérivé qu'on achète pour le simple plaisir d'avoir un objet estampillé de sa série favorite, un peu à l'aveuglette, mais sans verser dans l'inutile puisque, bah, c'est de la musique, on va l'écouter. C'est pas comme une statuette ou un goodies quelconque qui prendra la poussière. Et la surprise, c'est justement par ce biais de redécouvrir un univers musical enivrant, un peu ésotérique, et souvent teinté d'influences irlandaises (qui s'expliquent fort bien vu le contexte). Mais pour les mêmes raisons qui font qu'on l'a acheté, ce CD est à déconseiller aux non-fans. Et puis à la longue, il fait un peu disque de relaxation, sincèrement...

Band of Brothers
Music from the HBO miniseries
bandofbrothers_CD
 

On a beaucoup comparé Band of Brothers à une fresque cinématographique (certaines raisons étant plus objectives que d'autres), eh bien pour ceux qui se sont déjà farci un album intégral autour d'un film, on est effectivement dans la même veine ici. C'est magistral, c'est orchestral, mais au final assez peu original sur la longueur, j'avoue que je ne l'avais acheté que pour le générique et pour le quatuor à cordes n°14 de Beethoven (qui ouvrait le fabuleux épisode Why we fight), qui sont, d'ailleurs, à l'heure d'aujourd'hui, les deux seuls titres dont je me souviens dans cette BO. Et les seuls que je réécoute volontiers, aussi. Le coeur tordu de douleur, mais c'est un détail.

C'est ça aussi, l'Opération COLLECTION. Des CD que j'aimais chiner dans les bacs d'occasion, comme ce vieil album de Code Quantum, ou dénicher à l'arrière d'un rayon improbable, comme pour Soul Food.
Parfois, ça me fait un pincement au coeur que le numérique soit entré dans ma vie...

Au prochain épisode, les compilations...
Non, le post du jour ne parlera pas de Fringe, n'insistez pas.

Posté par ladyteruki à 21:12 - Opération COLLECTION - Permalien [#]


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