ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

09-08-11

Le freak, c'est chick

En 11 épisodes de champagne, de soirées dans l'espace VIP, de robes chatoyantes et de papotages au boulot, les gonzesses de Single Ladies auront offert un constat bien triste de ce que veulent les femmes. Elles veulent : se marier à tout prix (Val), se trouver un mec riche qui subviendra à tous leurs besoins et surtout au reste (Keisha), et se libérer sexuellement et professionnellement sans que le petit mari n'en prenne trop longtemps ombrage (April). Bref, elles veulent tout, sans rien en échange, sans rien avoir à donner, juste parce qu'elles estiment qu'elles le méritent bien. Si les nanas ne vous exaspèrent pas déjà, un visionnage de Single Ladies devrait donc rapidement pouvoir arranger ça.
Mais, pire encore, Single Ladies offre un constat tragique de la façon dont les hommes ont tendance à réagir à tout cela. Et ils ont tendance à ne pas le vivre avec la classe espérée : ils s'enfuient (Quinn), ils mentent (Malcolm), ils font du mal à dessein (Darryl).
Charmante galerie de personnages en vérité.

Mais après tout, Single Ladies n'a jamais eu pour vocation de rendre ses personnages sympas. En fait, elle n'essaye même pas, et c'est certainement l'un de ses traits les plus saisissants. Elle préfère compter sur l'identification pour faire pardonner les défauts. Ainsi, Val est la fille qui veut absolument se marier et ne cherche un homme que dans ce but, dans lequel les désespérées du mariage se retrouveront si facilement. Keisha est une calculatrice vénale, une voleuse et même une pétasse de première, mais elle a le sens de la petite phrase, elle a du tempérament, et surtout elle est toujours là pour aider quand on a besoin d'elle. April est au quotidien douce, raisonnable et conciliante, ça permet d'oublier qu'elle pensait pouvoir se taper le maire sans qu'il n'y ait de conséquence sur son mariage ou sa vie publique, et que pendant tout ce temps elle a menti à son mari (certes étouffant) et même ses amies comme une arracheuse de dents ; une fois libérée de son mari, elle devient une emmerdeuse patentée au boulot où elle a décrété qu'elle allait avoir une promotion quoi qu'il arrive.

Du coup, obsédées par le mariage, l'argent et la réussite, elle sembleraient finalement bien exécrables vues de l'extérieur. On n'aura pas beaucoup l'occasion de les découvrir sous ce jour puisqu'un maximum de scènes les font interagir les unes avec les autres, leur permettant de se renvoyer mutuellement l'image de filles sympas, drôles, spirituelles, intelligentes et même fragiles. Comme une vraie bande de gonzesses, elles ont l'impressionnante faculté de se poser comme victimes même quand ce sont elles qui foutent la merde dans leur propre vie.

Single Ladies décomplexe ses spectatrices. Les travers, les exigences et les excès des filles deviennent acceptables grâce à l'ambiance de camaraderie détendue des personnages. Là où Sex & the City (incontournable référence du genre, et en fait mère de toutes les séries chick) offrait une chronique oscillant avec à peu près élégance entre loufoquerie, tendresse et romance sexy, Single Ladies se prend au sérieux en permanence et légitime les actions de ses héroïnes (et donc de ses spectatrices) en les faisant passer pour de pauvres Cendrillons qui ont chacune un plan pour assurer leur avenir grâce aux hommes : l'une en se trouvant un mari enchaîné à vie, l'autre en se trouvant un mécène au portefeuille en corne d'abondance, la dernière en progressant dans son métier en jouant les harpies sur quiconque ne lui offre pas sa promotion dans la seconde. Qu'au passage elles semblent se comporter comme des enfants et/ou des garces n'a aucune espèce d'importance. La fin justifie les moyens.
Comme si elles devaient trouver un plan pour se défendre, comme si leur existence terriblement compliquée impliquait l'élaboration de mécanismes sociaux de défense (en fait, d'attaque), les héroïnes de Single Ladies envisagent leurs relations aux hommes comme des garanties à verrouiller pour sécuriser leur avenir émotionnel, financier ou professionnel.

Et si le message terriblement sexiste de Single Ladies passe si bien, c'est donc grâce à son univers bling bling. Car comble de l'ironie dans un univers où les héroïnes agissent comme si leur sécurité était en jeu, l'argent n'est jamais un problème, seulement une question. Les appartements sont chics et chichement décorés, les dîners sont hors de prix et toujours en bonne compagnie, les robes sont pléthoriques et parfaitement accessoirisées. C'est que ces dames ont leur standing, voyez-vous, et qu'un homme incapable de les traiter comme des reines ne mérite, au mieux, que d'être considéré comme un jouet sexuel. Il faut voir la mine ravie de Val quand l'une de ses conquêtes (avec qui elle n'a encore jamais concrétisé) la baigne et la met au lit comme une petite princesse, des générations de féministes se retournent dans leur tombe. L'homme, une fois qu'on lui a mis le grappin dessus, a intérêt à obéir au plus futile et infantile des caprices.

Conçue pour un public féminin, urbain, et élevé dans une certaine culture des rapports hommes/femmes (admirez l'euphémisme), Single Ladies véhicule des images sexistes, limite avilissantes (pour tout le monde), mais avec un alibi glamour inattaquable, et à l'aide de répliques over the top hilarantes (plus ou moins exprès). Regardée avec de la distance, la série est amusante, et sans conséquence.
Mais je me méfierais comme de la gale d'une nana dont ce serait l'une des séries préférées (comme on peut en lire d'édifiantes preuves sur Twitter les soirs de diffusion). Fort heureusement, ce genre de bestioles a peu de chances d'être croisée parmi les téléphages francophones, puisque je doute que nous ayons été bien nombreuses à suivre la première saison.

Le plus triste, c'est que je regarderai probablement quand même la seconde, car nulle part ailleurs on ne trouve de sorties aussi tragi-comiques que celles de Keisha...

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Et pour celles qui manquent cruellement de culture : la fiche Single Ladies de SeriesLive.
Bonus : on n'aura ptet pas à se payer Val l'an prochain !

Posté par ladyteruki à 23:54 - Review vers le futur - Permalien [#]
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