ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

26-07-13

La fin d'une ère

Dans de nombreux pays, le hiatus estival implique que l'actualité télévisée porte en fait généralement sur l'automne. Quelles séries se préparent à revenir, quelles nouveautés vont débuter dans quelques semaines...
Cela implique que je vous prépare plusieurs posts Love Actuality dans le même ordre d'idées, et qui, dans les semaines qui viennent, nous permettront de faire les présentations avec une série qui vous semblera étrangement familière en Russie, une seconde au concept totalement improbable en Colombie, et quelques autres encore que vous découvrirez en temps voulu cet été, ne gâchons pas la surprise.

Mais pour commencer, je vous invite en Turquie, avec la série que désormais vous connaissez tous pour m'entendre en parler depuis deux ans maintenant : Muhteşem Yüzyıl.
Si jamais vous êtes exposé au soleil plus que de raison et qu'une insolation vous a causé une amnésie temporaire, ne craignez rien ! Vous pouvez aisément vous rafraîchir la mémoire en lisant mon post sur le pilote, celui sur la controverse entourant la série, ou tout simplement en suivant le tag à la fin de cet article pour éplucher toutes les archives de ce blog au sujet de la série. Promis, je ne jugerai pas.

Muhteşem Yüzyıl, qui met donc en scène le désormais internationalement célèbre sultan Süleyman Ier, aura connu une existence pour le moins chaotique, ce qui n'a nullement fait entrave à son énorme succès à la fois en Turquie et à l'étranger ; c'est une plutôt bonne nouvelle si on y pense.
Entre la polémique entourant régulièrement la série (généralement en raison de réactions de conservateurs), la mort de sa créatrice Meral Okay l'an dernier, les problèmes rencontrés par certains membres du cast (et non... des... moindres), et tous les trucs auxquels je ne pense pas là tout de suite, on peut dire sans trop se tromper que tout n'aura pas forcément été facile pour la série historique, en dépit de ses très bonnes audiences et de ses ventes de droits pléthoriques à l'international.

MuhtesemYuzyil-FinalSeasonSüleyman 1er, un homme au goût sûr en matière de femmes. De chapeaux, un peu moins.

Seulement voilà : toutes les bonnes choses ont une fin. Et Star TV, qui diffuse actuellement la série depuis qu'elle l'a rachetée l'an passé à Show TV (qui l'avait initialement lancée en 2011), a prévu que Muhteşem Yüzyıl s'achève à l'issue de la saison 4, laquelle commencera à être diffusée pendant la première quinzaine de septembre, et ce jusqu'au printemps. Ca laisse un peu moins d'un an à Star TV pour trouver avec quoi remplacer cet énorme succès dans ses grilles...

Il y en a en revanche qui n'ont pas attendu que le corps soit froid pour s'activer. La chaîne Kanal D a en effet annoncé avoir mis en projet une nouvelle série, Fatih, dont on ignore pour le moment quand elle sera lancée.

Mais ça se trouve c'est une totale coïncidence, vous allez me dire ce que vous en pensez : Fatih retracera l'histoire d'un sultan de l'Empire ottoman, Fatih Sultan Mehmed (ou le sultan Mehmed pour les intimes), qui a vécu au milieu du 15e siècle et qui est considéré comme l'un des deux plus importants sultans de l'histoire turque... je vous laissez deviner qui est l'autre. La différence résidant essentiellement dans le fait que Süleyman, techniquement son arrière-petit-fils, a vécu 23 ans de plus que Mehmed, et tient le record du règne le plus long de l'Empire ottoman.

Point Histoire : Mehmed II est en particulier entré dans l'Histoire pour avoir pris Constantinople aux Byzantins et fait de la ville la capitale de son empire ; rappelons qu'elle est encore aujourd'hui la plus grande métropole turque sous le nom d'Istambul. Par-dessus le marché, Mehmed était un homme très lettré : il parlait plusieurs langues dont le latin, organisait des débats théologiques dans son palais, s'entourait d'artistes européens et arabes, a fait ouvrir une université, était passionné par les mathématiques, l'astronomie et la poésie, et était plutôt laïc puisqu'il autorisait ses sujets à pratiquer la religion de leur choix tant qu'ils se soumettaient à son autorité. Il a régné deux fois, d'abord à l'âge de 12 ans lorsque son père lui a cédé son trône (une période de deux ans, pendant laquelle il a contré avec succès une croisade, quand même), puis son père a repris le pouvoir, et ensuite, une seconde fois, à partir de 19 ans et jusqu'à sa mort, deux décennies plus tard. Au privé, il s'est marié 7 fois (dont une fois à une ancienne esclave), a eu 5 enfants, et certains historiens occidentaux prétendent qu'il était bisexuel (mais je doute qu'on retrouve ce dernier point dans la série !).
Guerrier émérite, homme de culture et vie personnelle trépidante ? Un personnage intéressant dont on imagine toutes les possibilités qu'il offre sur un plan scénaristique...

Ce n'est évidemment pas la première fois que la vie de ce grand homme est portée à l'écran, vous pensez bien. Début 2012, Fetih 1453 était LE film du box office turc, et reste le long-métrage le plus coûteux de l'histoire du pays (jusqu'au prochain, quoi). Du coup je vous ai mis l'affiche ci-dessous, pour vous faire une idée. N'allez pas croire d'ailleurs que Fetih 1453 n'a été lancé que pour profiter du succès de Muhteşem Yüzyıl, puisque la production du film a duré plus de trois ans. On peut en revanche débattre sur l'idée que le succès final du film en salles peut éventuellement être lié à l'engouement pour l'empire ottoman, que connaît à nouveau le public turc depuis plus de deux ans.

Fetih1453La biographie de Mehmed II ne mentionne rien à propos d'un éventuel sens de humour.

Kanal D semble donc avoir trouvé avec Fatih un projet parfait, jouant à la fois sur le regain d'enthousiasme du public envers les fictions historiques, et l'appel d'air provoqué par l'annulation de Muhteşem Yüzyıl.
Mais comme on l'a vu avec Veda, dans le monde de la télévision, rien n'est jamais totalement certain. Pour peu que les spectateurs ait l'impression d'une redite, ou que le budget soit trop pingre, ou tout autre phénomène jusque là imprévisible, Fatih pourrait aussi bien être le prochain gros bide de la télé turque.

On va donc patiemment attendre de voir ce que donnera cette nouvelle fiction avant de décréter que la relève de Muhteşem Yüzyıl est assurée. Ca pose dans tous les cas plein de questions sur le futur de la fiction turque, puisque beaucoup de dramas historiques avaient vu le jour suite au succès des aventures de Süleyman 1er, et que l'exportation de séries avait connu un boom dont Muhteşem Yüzyıl était le cheval de tête. Nul doute qu'on aura encore beaucoup de mutations à observer, dans un panorama qui n'en manque pourtant pas.

En attendant, mon prochain post vous emmènera en Australie, au Cambodge et à Singapour... en une seule fois !

Posté par ladyteruki à 04:28 - Love Actuality - Permalien [#]

26-11-12

Heureux le grain de sable

En tant que téléphages ayant roulé notre bosse, on a tous l'impression, je pense, cycliquement, d'avoir atteint un degré d' "expertise" qui nous permette de prédire avec exactitude quelle série va trouver le succès, et surtout, quelle série est vouée à disparaitre dans les limbes, quelques semaines après le début de sa diffusion, sans laisser de trace... Et ce, bien souvent, avant même que les choses ne commencent factuellement à sentir le roussi.
A chacun ses outils pour le faire : certains analysent les grilles des chaînes, d'autres se réfèrent aux personnes impliquées devant ou derrière la camera, d'autres encore jugent sur pièce une fois qu'ils ont vu le pilote. Quelle que soit votre méthode... vous êtes surs de ne jamais avoir un taux de 100% d'exactitude.

Il n'y a jamais d'évidence en la matière. La qualité d'une série ne présume ni de sa réussite, ni de son échec, et inversement. Il n'y a même pas de séries pour lesquelles c'est tellement évident que c'est tout vu, parce que certaines merdes se ramassent quand d'autres continuent de brasser des fortunes 400 vanity cards plus tard. Parce que certaines réussites sombrent dans le néant, et d'autres parviennent à trouver leur public (trop fréquemment injustement taxé d'incapacité à regarder de "bonnes" séries).
Il n'y a que des cas particuliers.

Même lorsqu'on a son système et qu'on le pense infaillible (parce que plus le téléphage est expérimenté, plus il fait l'erreur de croire qu'il maîtrise son sujet), on se retrouve toujours comme deux ronds de flan à assister à l'annulation d'une série que rien ne prédestinait à être boudée par le public. C'est parfois à un tel point qu'on croirait que le sort s'acharne juste pour nous prouver qu'on s'était crus incollables sur l'industrie de la télévision !
Et le pire, c'est que pareil contexte est similaire quel que soit le pays ! (pourvu que ce pays pratique l'annulation, ce qui n'est par exemple pas le cas du Japon, exceptions mises à part, par définition)
Quand bien même une série a toutes les cartes en main pour fonctionner... parfois, elle ne fonctionne simplement pas.

Veda

C'est par exemple le cas de la série turque Veda, annulée la semaine dernière.
Ce weekend, me demandant ce qui avait pu ne pas coller, je me suis mise en quête du pilote... Je n'ai trouvé que les premières minutes (tous les fichiers sur lesquels je suis tombée s'obstinaient à être corrompus, mais je n'ai pas encore dit mon dernier mot et j'insisterai le weekend prochain), mais Veda a toutes les apparences d'une série qui aurait pu, qui aurait dû trouver son public.

Dans un contexte télévisuel où les séries historiques tiennent le haut du pavé (vais-je mentionner une fois de plus Muhtesem Yüzyil ?), à plus forte raison parce qu'il parle d'un passé dont les spectateurs turcs sont supposés tirer une grande fierté (l'empire Ottoman ; voir aussi : Muhtesem Yüzyil), et montrant des bouleversements du plus haut romanesque (j'ai pas les chiffres sous la main, mais avec le nombre de soaps que la Turquie a produits et même exportés ces dernières années, on peut s'autoriser à penser que les spectatrices aiment ça), c'était gagné d'avance. Pire encore, Veda était l'adaptation d'un roman à succès... bien-sûr à succès, comme si on adaptait souvent les autres pour du primetime !

Vous allez me dire : "ok, sur le papier, d'accord. Sur le papier, Last Resort était génialissime, après tout. Mais une fois qu'on voit ce que ça donne, on obtient quoi ?"... Eh bien un résultat drôlement décent, figurez-vous !
Une intrigue pas trop mal fichue (après tout, il y a un bouquin derrière), pour commencer, ce qui n'est pas négligeable. Niveau thématiques, on retrouve des questions de classes (limite Downton Abbey par moments), une romance impossible (rapport aux questions de classes), et de grands changements sociaux et politiques auxquels s'identifier. Ajoutez à cela des acteurs plutôt solides dans l'ensemble, les brebis égarées n'étant pas à un niveau qui pousse au suicide ; une réalisation réussie et aussi soignée que les plus gros hits du moment ; et surtout une reconstitution filmée de façon superbe (décors, costumes, la totale : les années 20 à Istambul, on s'y croirait), et très franchement tout est là. Tout ça, plus de très jolies filles dans de jolis vêtements avec de jolis bijoux. Bon, la musique est légèrement too much, mais c'est le cas de Muhtesem Yüzyil aussi. Non mais vraiment, qu'est-ce qui fait que la série n'a pas fonctionné ? Et quand la production a reçu l'ordre de Kanal D de faire des ajustements pour essayer d'attirer un peu plus le public, ça n'a pas plus marché non plus, pourquoi ?
Alors à qui la faute ? Aux grilles ? Peut-être ; je suis pas encore experte en grilles des chaînes turques après tout, mais si c'est le cas, clairement, une production aussi réussie (et probablement coûteuse) méritait d'être déplacée pour être sauvée.
Dans tous les cas, le petit bug, le minuscule incident, le grain de sable dans une horlogerie si bien huilée, a causé son annulation...

Mais il ne s'agit pas ici, pas vraiment, de parler spécifiquement de Veda. C'est sans doute plus facile de parler de l'annulation d'une série à laquelle je n'ai jamais eu l'occasion de m'attacher, aussi.
Simplement, ce genre d'aventure me rappelle combien le sort d'une série n'est jamais joué d'avance. Intellectuellement, je crois que nous le savons tous ; les chaînes et networks eux-mêmes le savent bien, qui parfois semblent commander des séries en dépit du bon sens, juste pour faire un pari sur l'avenir, de jouer leur case horaire à pile ou face.
Parfois, ce pari est perdu. Mais personne ne peut s'enorgueillir de toujours savoir de quel côté la pièce retombera.
Je trouve l'aventure de Veda, comme tant d'autres, nous fait faire l'expérience d'une forme d'humilité, à nous qui passons peut-être juste un peu trop de temps à essayer de comprendre comment cette industrie fonctionne. Peut-être qu'à un moment, une fois de temps en temps, il faut se souvenir que personne n'en maîtrise réellement les rouages ; que tous les livres, les sites, les news, soigneusement potassés et/ou mémorisés, ne changeront rien au caractère ponctuellement imprévisible de cette industrie.

Et quelque part, même si je trouve ça triste pour ces bonnes séries qui sont annulées (et triste pour toutes ces mauvaises séries qui survivent, quand même, un peu, dans le fond), j'ai l'impression que cette imprévisibilité me ramène à quelque chose d'appréciable dans ma façon d'appréhender l'industrie des séries, au sens où l'effet de surprise ne disparait jamais vraiment. Au sens où parfois, j'arrive à trouver ce court moment pendant lequel je me dis que je ne peux être blasée, jamais, du fonctionnement du milieu télévisuel. Et au sens où, l'espace d'une seconde, j'arrive à me retrouver dans la peau de la lady d'il y a 15 ans, qui avait l'impression de ne rien savoir et d'avoir un océan de choses à apprendre et à comprendre sur l'univers de la télévision.
C'était, paradoxalement, très appréciable, d'être cette spectatrice ; je ne rendrais tous mes bouquins spécialisés et ma collection de favoris sur internet pour rien au monde, mais je suis contente de la retrouver de temps en temps, cette spectatrice, et de ressentir avec elle l'émerveillement d'une vaste mécanique dont on ne connaîtra jamais le secret de chaque rouage.

Posté par ladyteruki à 23:45 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]