ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

19-11-12

Passé refoulé

Ca fait un mois et demi que la rentrée nippone a officiellement démarré, et je suis loin d'avoir vu tous les pilotes qui m'intéressaient. Mais puisque j'ai un peu de temps, ce soir, et que vous aussi... vous avez un peu de temps ? Bon, alors vous voyez bien, on a le temps d'évoquer un autre pilote japonais de l'automne. Aujourd'hui, place à une série dramatique avec Osozaki no Himawari, une série qui... Hein ? Qu'est-ce que c'est que ce bruit ?

SifflementDrCox

Euh, oui, je sais plus si je vous ai dit, mais dernièrement je m'envoie quelques épisodes de Scrubs derrière la cravate (je vais finir la saison 3, en fait), pendant les trajets et les pauses déjeuner, ce genre de choses. Donc aujourd'hui, le rôle de ma conscience sera interprétée par Perry Cox.

FaitCentFois

Bah c'est pas vraiment un quatrième mur, au sens où ce blog n'est pas une fiction, mais c'est vrai que ce genre de technique de narration postmoderniste, c'est un peu usé, même si personnellement ça me fait toujours rire quand j'en vois dans une série, mais là encore j'insiste, ce blog n'est pas une série et d'ailleurs...

RienOublie

Non, je vois pas... Ah ! Si, peut-être. Tu veux dire qu'avant de parler de nouveautés de la rentrée automnale, je pourrais profiter d'avoir un peu rattrapé mon retard sur la saison estivale et parler d'un pilote tant que je l'ai en tête, avant de l'oublier et/ou de passer aux épisodes suivants ?
C'est pas faux.
Alors si vous le voulez bien, on va remettre le post sur Osozaki no Himawari à une prochaine fois, et aujourd'hui, on fait un sort à Soumatou Kabushikigaisha, d'accord ? Il vous reste un peu de temps ? Alors on se lance. Ah, et merci Dr Cox, vous êtes un mentor pour moi.

SoumatouKabushikigaisha

De toutes les séries nippones de cet été que j'avais mises de côté à cause de mes problèmes de connexion de juillet-août, Soumatou Kabushikigaisha est la seule qui me donnait des regrets. Il faut dire que c'était vraiment un pitch de rêve, jugez plutôt : imaginez qu'une société ait la possibilité d'enregistrer toute votre vie, de vos premiers pas à votre dernier soupir, en camera subjective, et de la transférer sur DVD. Mieux encore : vous avez une chance de voir ces videos, si une succursale de cette entreprise croise votre chemin.
Regarderiez-vous un tel film ? Si vous pensez que vous n'avez rien à en apprendre, vous vous trompez...

Reprenant la structure de nombreuses séries d'anticipation japonaises de ces dernières années,  Soumatou Kabushikigaisha fonctionne sur une formule destinée à se répéter d'épisode en épisode, comme une anthologie procédurale. Le pilote propose donc d'apprendre à connaître cette étrange société à travers un personnage qui n'est pas voué à être le héros pendant toute la série ; en réalité, le seul personnage ostensiblement écrit pour être présent chaque semaine est une étrange femme, assez avare de ses paroles, qui officie en tant qu'hôtesse et accueille les clients qui vont venir voir le film de toute une vie : la leur. Ce personnage n'est pas voué (contrairement aux maîtres de cérémonie de séries comme The Quiz Show ou LOVE GAME) à avoir une intrigue servant de fil conducteur, et à première vue dans ce pilote, cette étrange femme est surtout là pour aider à installer l'ambiance.
Pour le pilote, notre héros sera Takahiro, un jeune homme qui revient dans sa province natale avec sa fiancée, qu'il souhaite présenter à sa mère en vue des noces prochaines. Et si sa vie semble parfaite, c'est peut-être aussi un peu parce qu'elle l'est : sa mère est une crème de femme, sa fiancée s'entend à merveille avec elle, et globalement il est quand même bien content de passer quelques jours dans la maison de son enfance, ça lui rappelle plein de souvenirs, certains plus clairs que d'autres, qu'il partage avec sa dulcinée, trop ravie de découvrir plein de choses sur l'enfance de son bien-aimé.

Donc évidemment ça ne pouvait pas durer.
Lorsque l'un de ses amis d'enfance mentionne une étrange société, l'information pique la curiosité de Takahiro, qui comble du hasard tombe sur une enseigne de l'entreprise juste après en avoir discuté. Entre alors en scène l'étrange hôtesse, qui lui explique qu'il peut regarder le film de sa vie s'il le souhaite.
...Mais ce qu'il va découvrir pendant ce visionnage dépasse tout ce que la téléphagie m'aura jamais montré !

Ce qui est intéressant dans Soumatou Kabushikigaisha, c'est d'abord le ton. Presque totalement dénué de musique, extrêmement authentique dans sa façon d'écrire les échanges entre les personnages impliqués, et doté d'une ambiance feutrée qui n'insiste pas sur le mystère, mais installe parfaitement le contexte dans lequel le DVD va être vu et compris, le pilote fait un formidable travail. On est loin de la réalisation m'as-tu-vu de séries tout aussi conceptuelles, genre Clone Baby. C'est d'ailleurs ce qui renforce les effets du scénario, ce naturel apparent... c'est terrifiant, quand on y pense.

Mais surtout, la façon dont Soumatou Kabushikigaisha traite son sujet mérite plus d'une salve d'applaudissements. Déjà parce qu'elle refuse d'emblée de s'enfoncer dans des questions mythologiques : on ne saura pas comment ces enregistrements sont faits, personne ne pose la question ; on prend le DVD pour ce qu'il dit, et non pour ce qu'il implique. La société a-t-elle recours à des pratiques douteuses ? Pas de jugement éthique non plus. Quant aux problématiques soulevées par l'enregistrement de la vie d'une personne, sur ce que cela signifie pour sa vie privée et pour celle de ses proches, on n'abordera pas plus le sujet. En réalité, une question n'a même pas été soulevée : que peut bien avoir à y gagner l'entreprise (et/ou l'hôtesse), puisque le visionnage a l'air d'être gratuit, il se fait dans une suite tout confort avec rafraîchissements à volonté, et euh, bon, ce truc de filmer la vie des gens, ça doit bien avoir un coût. Mais ce n'est pas du tout mentionné, pas une fois.
Pour quelqu'un qui, comme moi, attendait d'une telle série qu'elle aborde des sujets de fond, curieusement, ça n'a pas du tout été une déception (même si un jour j'aimerais bien voir une série d'anticipation capable d'exploiter quelques uns des riches sujets évoqués dans The Final Cut). On sait d'emblée, on le sent, que ce DVD (ou plutôt, si on veut être précis, ces DVD, puisqu'il y en a un par an... punaise, une année de ta vie réduite à 4 Go, ça doit faire un choc quand même) est surtout un outil pour nous raconter quelque chose d'autre, pour offrir la possibilité de plonger dans les souvenirs, de questionner la nature et la texture de ces souvenirs. Il faut vraiment prendre Soumatou Kabushikigaisha comme une parabole, et ne pas s'attarder sur ce côté pratique qui n'est pas du tout la vocation de la série. Elle a décidé de prendre une autre direction, et puisqu'elle s'y engage fort bien, je n'ai pas de réclamation sur les problématiques évitées.

Mais une question se pose, par contre : à quoi bon voir notre propre vie telle que nous l'avons vue ? On sait déjà ce qu'on a vu et vécu !
Eh bien justement non, et c'est aussi ce que raconte Soumatou Kabushikigaisha. Dans ce pilote, les souvenirs de Takahiro vont être évoqués plusieurs fois, alors qu'il parle avec sa fiancée ; mais ces souvenirs sont parfois vagues, flous, incomplets. La perception sur le moment, et le souvenir qu'il reste d'un évènement, sont clairement deux choses distinctes. C'est bien ce sur quoi compte la série, et effectivement, cette façon de considérer la friabilité des souvenirs va être le pivot du pilote. La prochaine fois que vous retournez dans votre ville natale et/ou chez vos parents, le souvenir (même flou) de ce pilote risque de vous faire passer un sale quart d'heure de doutes et de sueurs froides...

Mais bien-sûr, Soumatou Kabushikigaisha, c'est avant tout un thriller, pas juste une réflexion philosophique. On attend de la série qu'elle étonne, qu'elle bouleverse. Je vous confirme qu'elle y parvient, c'est même un peu trop efficace pour les âmes sensibles (dont je suis). En fait, même si on a vu arriver une bonne partie de la conclusion avant que Takahiro ne comprenne ce qu'il a vu sur le film, il reste une glaçante conclusion qui fait pleinement son effet.

Je suis admirative. Des séries à concept, au Japon, on en voit tous les 3 à 6 mois en moyenne maintenant, on pourrait croire que tout a été fait, dit, tenté. Bon, je veux dire, soyons clairs : passé le brio de The Quiz Show et l'efficacité de FACE MAKER, on peut plier les gaules et rentrer chez soi, tout a été dit. Eh bien non, et chaque fois je parviens à être éblouie par la façon dont ces séries maîtrisent à la fois un pitch original, un ton bien à part, une fascination évidente pour la nature humaine, et un soucis de vérité criant. Le mélange de tout ça donne des séries qui pourraient, si elles manquaient d'imagination, être des séries policières toutes bêtes, mais qui grâce à leur inventivité et leur audace, parviennent à donner à des histoires classiques une tournure passionnante, troublante, et surprenante. Soumatou Kabushikigaisha est la digne héritière de ces excellentes séries, et la preuve qu'on peut encore vraiment innover, même dans une niche qui semble parfois un peu bouchée (mais sitôt que j'oublie l'existence de Clone Baby, la moitié de mes doutes sur le genre disparaissent).

Nan mais, j'ai bien fait de parler du pilote de Soumatou Kabushikigaisha ce soir. Maintenant, je vais me dépêcher de rattraper la suite... et vous devriez en faire autant.

Posté par ladyteruki à 23:33 - Dorama Chick - Permalien [#]

14-09-12

Le prix à payer

Combien de fois par jour entendons-nous au moins une personne, qu'il s'agisse de l'un de nos contacts dans la communauté téléphagique ou de télambdas, décréter que "c'est toujours la même chose", que "l'originalité est morte", que "tout n'est plus que remakes et adaptations"...? Combien de fois, sincèrement ? Et on est d'accord ou pas avec ce type de constat, il n'empêche que nous avons tous, ne serait-ce qu'une fois, par fatigue, découragement ou tout simplement parce que nous étions dans une période creuse pendant laquelle nous n'avions pas forcément été attentifs à ce qui se passe dans le monde de la télévision, dit quelque chose dans ce genre.

Fort heureusement, j'ai une super nouvelle : ce sont rien que des conneries. Des séries originales, novatrices et intrigantes, il y en a des tonnes. J'espère parfois vous en faire découvrir une ou deux, à l'occasion d'un de mes posts quotidiens ou d'un autre. Aujourd'hui est, je le crois, l'un de ces jours. Pour tout vous dire, je ne m'étais plus autant amusée devant une série depuis...!!!
Depuis... bon, 4 jours, devant Srugim. Mais pas de la même façon, pas du tout.
En tous cas, aujourd'hui, je m'apprête à vous parler d'une série canadienne que je ne connaissais pas du tout il y a encore 24h, intitulée The Booth at the End.

TheBoothattheEnd-TheMan

Imaginez un diner. Le plus classique possible, avec les banquettes alignées, le jukebox qui murmure dans un coin, la serveuse qui passe de table en table pour resservir du café, la totale, quoi.
A la banquette du fond est assis un homme, l'air austère, et pas très bavard. Les gens qui entrent dans le diner viennent souvent à lui, s'installent à sa table, échangent quelques mots, parfois commandent un plat ou une boisson, puis partent. Quel est donc cet homme et que veulent ces gens ?

C'est justement ça, le propos de The Booth at the End : ce que veulent les gens. Ils ont en effet entendu que...? Et ils viennent confesser à l'homme ce qu'ils veulent en espérant qu'il exauce leur voeu. Mais les choses ne sont pas si simples : lorsqu'on veut quelque chose, il faut faire quelque chose pour l'obtenir. Chaque fois qu'une personne lui dit ce qu'elle souhaite dans la vie, ce dont elle a besoin, il leur confie une mission à accomplir. Ce n'est qu'à la condition que cette tâche soit menée à bien, et qu'il sache tous les détails de la préparation, que le voeu sera réalisé.
Mais l'homme étrange, qui n'a pas de nom, n'est pas un faiseur de miracles. C'est dans son mystérieux carnet (qu'il ouvre au hasard) qu'il trouve les missions à confier. Ce n'est pas lui qui décide. En fait il ne décide de rien. Il est juste leur interlocuteur, l'homme de main, en quelque sorte, de cet étrange carnet où il couche également noir sur blanc ce que lui disent ses visiteurs.

The Booth at the End est, vous l'aurez compris, une étrange série hors-norme. Déjà de par son format : les épisodes durent une demi-heure, mais sont en réalité constitués de petites vignettes qui durent environ deux à trois minutes ; chacune de ces vignettes suit une entrevue avec un personnage. Les personnages sont récurrents : ils peuvent passer plusieurs fois dans un même épisode, ou ne pas être vus pendant quelques épisodes d'affilée. Ainsi, en dépit du fait que son concept soit idéal pour une série d'anthologie, The Booth at the End est une série complètement feuilletonnante : non seulement il faut impérativement regarder les vignettes, et donc les épisodes, dans l'ordre chronologique, mais impossible de suivre un seul personnage (en cela, The Booth at the End diffère d'une série qui aurait pu être similaire, In Treatment).
Grâce à cette structure très efficace, The Booth at the End propose une incroyable dynamique qui fonctionne parfaitement, et se montre incroyablement envoûtante, alors qu'en réalité, la série se passe intégralement dans le diner.
Concept idéal pour une websérie, The Booth at the End est pourtant une série qui a été diffusée à la télévision canadienne (sur Citytv) ainsi que sur plusieurs chaînes FOX internationales (notamment en Israël, en fait c'est même en lisant une news sur sa diffusion dans ce pays que j'ai découvert son existence, oh douce ironie du sort), dont apparemment en France mais je n'ai pas trouvé les détails ; elle a également été mise à disposition, aux USA, par Hulu. En dépit de son découpage en épisodes d'une demi-heure, elle serait pourtant parfaitement acceptable sous la forme d'une diffusion découpée par vignettes, si jamais une chaîne se disait que short ne voulait pas nécessairement dire com.

Mais au-delà de sa forme, la série brille aussi, et surtout, par son contenu. Ecrite comme un thriller fantastique, The Booth at the End n'est pas sans rappeler les séries fantastiques à concept nippones, telles que The Quiz Show ou FACE MAKER, qu'on a déjà évoqué dans cette colonne (n'hésitez pas à cliquer sur les tags au bas de ce post, ça les châtouille mais ils aiment ça). Il y est avant tout question d'utiliser les outils fantastiques comme des leviers pour lever le voile sur la conscience humaine. Ainsi, se révélant incroyablement dense, profonde et captivante, The Booth at the End est aussi un incroyable thriller, une série dramatique émouvante, et une série sur l'horreur humaine dans toute sa splendeur.

Les personnages qui viennent voir l'homme mystérieux débarquent en effet pour une seule raison : on leur a dit qu'ils obtiendraient ainsi ce qu'ils souhaitent. Inutile de préciser que quand ils arrivent, ils ne comprennent pas tout de suite les règles du jeu. Par exemple, ce n'est pas l'homme qui "fait" que leur souhait se réalise : il est juste l'arbitre, en quelque sorte ; ils doivent venir à lui pour connaitre la chose à accomplir, pour reporter régulièrement sur l'avancement de leur mission, mais il n'intervient pas de quelque façon que ce soit en-dehors de ces règles. Cela occasionne énormément de frustration de la part des visiteurs de notre homme, qui pensent qu'ils peuvent négocier avec lui, voire même le forcer à arrêter le cours des choses. Ce à quoi il s'entêtera à leur répéter que ce sont eux qui remplissent la mission et font que le voeu se réalise ; s'ils veulent tout arrêter parce qu'ils ne s'en sentent pas capables, ils n'ont qu'à le faire... par contre ça signifie qu'ils n'auront pas ce qu'ils veulent. Evidemment, ce n'est pas facile à entendre pour ses interlocuteurs qui espéraient trouver en lui une solution.
Les cas qui lui sont présentés sont très variés au cours de ces deux saisons (la seconde date à peine du mois dernier). Une vieille femme veut que son mari soit guéri de son Alzheimer, un célibataire veut que la belle blonde en page centrale tombe amoureuse de lui, une jeune fille veut résoudre les problèmes d'argent de son père... La mission que le carnet trouve pour eux semble n'avoir aucun lien avec leur désir initial : la jeune fille doit aider quelqu'un qui est enfermé depuis de nombreuses années à sortir de chez lui, le célibataire doit protéger une petite fille pendant de longues semaines, la vieille dame doit faire exploser une bombe dans un lieu public.
Eh oui, pas de trip type Anges du Bonheur, les missions ne sont pas toujours faciles, et encore moins positives. Plutôt le contraire, en fait.

Car The Booth at the End se fait au contraire forte d'étudier les cas de conscience que cela soulève chez les différents visiteurs de la banquette. Les conversations avec notre homme sont toujours extrêmement profondes, intelligentes, et surtout d'un inconfort aigu, déplaisant. Ce père qui doit tuer une petite fille pour que son fils soit sauvé de sa leucémie trouvera-t-il la force de tuer la gamine de 4 ans qu'il a trouvée comme cible "parfaite" ? La bonne soeur qui a cessé d'entendre Dieu (on parle décidément beaucoup de lui sur ce blog ces derniers temps !) acceptera-t-elle de tomber enceinte afin de communier de nouveau avec Lui ?
Mais plus que l'idée, un peu karmique, qu'il faut donner pour recevoir, The Booth at the End fait aussi un épatant travail en liant certaines intrigues les unes aux autres. Pas toutes, heureusement, sans quoi cela pourrait paraître excessivement tordu. Mais suffisamment pour qu'on regarde parfois l'homme étrange avec effroi : puisqu'il sait que ces deux personnes vont se croiser, comment peut-il réussir à garder son calme ?
Il y a, toutefois, une certaine poésie dans la façon dont la série s'aventure sur le terrain des causes, des conséquences, et des réactions en chaîne, et dans la façon dont les épisodes lient, progressivement, certains Destins les uns aux autres. De ce côté-là il est absolument impossible de ne pas se laisser surprendre plusieurs fois.

La question de la responsabilité, mais aussi de l'identité, sont centrales dans une série comme celle-là. Les personnages se demanderont ainsi, à plusieurs reprises : qui suis-je pour faire ça ? Ou, plus terrifiant... qui suis-je pour ne pas le faire ?
Evidemment c'est aussi la question de la responsabilité de notre homme flegmatique qui se pose. D'abord parce qu'il est toujours un peu choquant de voir le visage de cet homme rester neutre en dépit des horreurs qui lui sont dites. Et puis parce que, avare de ses mots, il ne cherche jamais à laisser perdurer le trouble : il est prêt en permanence à clarifier les règles du jeu ("I don't like the rules", lui dira l'un de ses interlocuteurs... "Then don't play the game", lâchera l'homme comme une évidence innocente), à rappeler à chacun que tout peut être arrêté à tout moment, et qu'ils ont l'entier choix du moyen pour arriver à leurs fins. Et la différence est d'importance, car l'énoncé de leur mission est souvent bref, limite sybillin, et c'est leur propre interprétation qui sera parfois la cause des tourments des personnages. Mais ces tourments seront aussi l'occasion pour nous de plonger dans les ténèbres de l'âme humaine, et la série ne rate absolument aucune de ces plongées terrifiantes.
L'homme assis sur cette banquette est-il le Diable qui offre un pacte ? Une sorte d'intermédiaire avec Dieu ? Ou quelque chose d'autre... L'un des suppliciés lui lancera un acide "you're a monster", auquel il répondra placidement : "you might say I feed monsters". Ce qui est sans doute le plus glacial qu'on pouvait imaginer. Et dans le fond, voulons-nous vraiment percer son mystère ? Au fur et à mesure que la série avance, un autre face à face se profile, et il n'est pas non plus très joyeux...

Avec ses dialogues fins, intelligents et jamais dans la surenchère de mystère, ses personnages pléthoriques à la psyché complexe mais toujours captivante, et son personnage central qui, progressivement, prend de l'épaisseur en dépit de son mystère, The Booth at the End est une superbe expérience de fiction, qui se double, de surcroît, d'une intéressante initiative online. Ainsi, sur le site officiel de la série, vous avez accès à une intrigue totalement inédite, sous forme de jeu, pourvu de tenter, vous aussi, d'obtenir ce que vous voulez en échange d'une mission à remplir...

Alors ? A quel point voulez-vous ce que vous voulez ?

Posté par ladyteruki à 22:07 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

02-01-11

¡Arriba! ¡Arriba!

L'année commence, la saison nippone aussi (depuis quelques heures), il était donc grand temps que j'en finisse avec ma flemmingite des fêtes de fin d'année et que je me préoccupe un peu de vous parler de ce qui nous attend pour la nouvelle saison nippone. Naturellement, un bilan circonstancié apparaitra prochainement sur SeriesLive afin de jeter un regard d'ensemble à la saison automnale qui vient de s'écouler.
Mais comment résister à l'envie de parler de ce qui nous attend ? On est une pilotovore, ou on ne l'est pas, que voulez-vous...

Quotidienne


- Sakura Shinjuu (Fuji TV)
L'histoire : La romance contrariée d'un japonais et d'une coréenne sur fond de distillerie dans le fin fond du Japon.
L'avis : On retrouvera une actrice coréenne dans ce soap romantique assez peu alléchant de mon point de vue...
>  Du lundi au vendredi à 13h30 à partir du 5 janvier

Lundi


- Taisetsuna Koto wa Subete Kimi ga Oshiete Kureta (Fuji TV)
L'histoire : Deux professeurs qui sont sur le point de se marier voient leur histoire bouleversée lorsque l'un d'entre eux a une aventure... avec une élève.
L'avis : Je note que Fuji TV tente de changer un peu le principe de base de ses romances du lundi soir pour nous offrir ce qui a tout l'air d'être une radiographie d'un couple qui se détruit. Ou d'un triangle amoureux, si on est pessimiste.
>  Le lundi à 21h à partir du 17 janvier

Mardi


- CONTROL (Fuji TV)
L'histoire : Une enquêtrice à la vie personnelle chaotique fait équipe avec un professeur en psychologie pour résoudre des crimes particulièrement violents.
L'avis : J'ai arrêté d'écouter à partir du mot "enquêtrice".
>  Le mardi à 21h à partir du 11 janvier

- Quartet (TBS)
L'histoire : Une unité spéciale est lancée, avec des jeunes au lourd passé travaillant pour la police en s'infiltrant dans divers milieux peu recommandables...
L'avis : Oui, moi aussi j'ai vu 21 Jump Street. En tous cas j'adore le look de Saki Fukuda pour la promo, pour ce que ça vaut.
>  Le mardi à 01h à partir du 18 janvier

- FAKE (NHK)
L'histoire : Une quarantenaire célibataire à la vie personnelle en jachère a le don de distinguer le mensonge de la vérité...
L'avis : J'avoue n'avoir pas trop compris dans quelle mesure ce don va être employé : enquêtes ou pas ? Le personnage principal bossant dans une fac, ça semble assez flou. Mais c'est ce qui conditionnera mon intérêt pour la série.
>  Le mardi à 22h à partir du 4 janvier

- Shijuukunichi no Recipe (NHK)
L'histoire : Après avoir divorcé de son mari, une femme retourne vivre chez son père, qui vient de perdre son épouse. La maison devient progressivement le point de chute de plusieurs personnes au parcours très différent.
L'avis : J'avoue que côté drame, ça peut valoir le coup de tomber sur cette espèce d'auberge espagnole. J'aimerais bien voir ce que ça va donner...
>  Le mardi à 22h à partir du 15 février

- Utsukushii Rinjin (Fuji TV)
L'histoire : Le face à face de deux femmes, l'une célibataire et mystérieuse, l'autre mariée et heureuse... l'une étant sur le point de gâcher la vie de l'autre.
L'avis : Ah, des séries pour rappeler aux spectatrices nippones que le célibat c'est le mal, il en faut une par saison, c'est contractuel.
>  Le mardi à 22h à partir du 11 janvier

Mercredi


 - Misaki Number One! (NTV)
L'histoire : Une hôtesse de club nocturne très populaire prend en charge un poste d'enseignante suite à une promesse faite à un ancien professeur.
L'avis : Mais faut arrêter avec ces personnages aux professions improbables qui deviennent profs, on-s'en-bran-leuh ! C'est quoi cette obsession typiquement nippone ?
>  Le mercredi à 22h à partir du 12 janvier

Jeudi


- Gaikoukan Kuroda Kousaku (Fuji TV)
L'histoire : Officiant dans plusieurs pays du monde, un diplomate, aidé de sa coéquipière, doit veiller au bien des Japonais vivant à l'étranger.
L'avis : Ah tiens, c'est un peu plus original que la moyenne, tout ça. J'espère qu'il ne sera pas trop question de terrorisme (contrairement à ce que certains résumés laissent penser) et qu'on aura une série un peu plus intelligente que la moyenne. Faut en profiter, pour une fois qu'un pitch permet à une série de ce genre d'aller plus loin que d'ordinaire... ce serait dommage.
>  Le jeudi à 22h à partir du 13 janvier

- Honboshi (TV Asahi)
L'histoire : Ancien psychologue, un détective semble capable de distinguer quand une personne ment, et quand elle dit la vérité, rien qu'en l'observant.
L'avis : Si FAKE ne s'en charge pas, c'est donc Honboshi qui tentera de repomper les idées de Lie to Me. Comme c'est excitant.
>  Le jeudi à 20h à partir du 20 janvier

- Jidankoushounin Gouta Keshi (NTV)
L'histoire : Un diplomate s'est recyclé comme négociateur et utilise ses compétences acquises dans sa carrière précédente pour, avec l'aide de son assistante, libérer les personnes prises en otage.
L'avis : Euh... QUOI ?! Deux diplomates la même saison, le même soir, sur deux chaînes concurrentes ? Heureusement que celle-ci a l'air plus tournée vers l'action, sinon ça serait franchement gros.
>  Le jeudi à 23h58 à partir du 6 janvier

- Kokuhatsu (TV Asahi)
L'histoire : Un avocat qui ne travaille que comme commis d'office se bat pour établir la vérité, sans se soucier d'être payé. Pourtant, c'est ce même tempérament qui a causé la mort de son épouse, le mettant en froid avec sa fille.
L'avis : Autant j'aime particulièrement la perspective de s'envoyer un legal drama japonais derrière la cravate cette saison, autant le background du personnage ne me rend pas la série très sympathique. Mais bon, yaura Miki Maya...
>  Le jeudi à 21h à partir du 13 janvier

Vendredi


- Akuto (TV Asahi)
L'histoire : Une équipe de flics que rien n'arrête, et surtout pas la morale, voit arriver un nouveau chef de service particulièrement droit dans ses bottes.
L'avis : Oui, moi aussi j'ai vu The Shield.
>  Le vendredi à 21h à partir du 21 janvier

- Bartender (TV Asahi)
L'histoire : Un barman de génie, qui a remporté le plus éminent concours en la matière en Europe, tente de faire carrière au Japon.
L'avis : Wow. Ca c'est du pitch. Ça me fait tout chaud à l'intérieur, un truc aussi bateau qu'on essaye quand même de nous vendre. Sérieux, faut des couilles pour baser une série sur... rien.
>  Le vendredi à 23h15 à partir du 4 février

- Heaven's Flower (TBS)
L'histoire : En 2060, dans un monde dévasté où plus rien ne pousse, une froide tueuse à gages fait la rencontre d'un policier.
L'avis : Série d'anticipation + romance + casting improbable = must see de la saison. Au moins le pilote. C'est vraiment trop bizarre pour être ignoré.
>  Le vendredi à 00h20 à partir du 14 janvier

- LADY (TBS)
L'histoire : Après avoir été formée par le FBI, une profiler prend ses fonctions dans la police japonaise.
L'avis : Une série avec un titre comme ça, je me sens obligée de regarder, même si j'ai un mauvais pressentiment.
>  Le vendredi à 22h à partir du 7 janvier

- URAKARA (TV Tokyo)
L'histoire : Des chasseuses de prime sexy ont pour modus operandi, au lieu d'abattre leurs cibles, de les faire tomber amoureux.
L'avis : Le groupe féminin de pop coréenne KARA se colle à la série douteuse de TV Tokyo cette saison. Bah c'est du joli.
>  Le vendredi à 00h15 à partir du 14 janvier

Samedi


- Deka Wanko (NTV)
L'histoire : Une jeune recrue de la police à l'odorat particulièrement développé surnommée Wanko ("clébard") résout des enquêtes.
L'avis : Vous pensiez que c'était miteux ? Attendez d'apprendre que le personnage considère un chien policier comme son adversaire le plus féroce. Mon Dieu, même moi je peux pas défendre ça.
>  Le samedi à 21h à partir du 15 janvier

- Shakking 2 (WOWOW)
L'histoire : Après avoir emprunté une somme folle, un homme, aidé de son entourage, commence à monter des plans invraisemblables pour extorquer de l'argent à des gens malhonnêtes, et rembourser ce prêt avec leur argent sale.
L'avis : C'est grave si j'ai pas vu le premier ? Je vais ptet essayer de me pencher dessus, j'aime bien ce que je lis.?
>  Le samedi à 12h à partir du 8 janvier

- TARO no Tou (NHK)
L'histoire : Un biopic dédié à un artiste contemporain, né dans une famille d'artistes.
L'avis : A ma connaissance, les biopics sont rares au Japon, j'espère donc pouvoir suivre celui-là.
>  Le samedi à 21h à partir du 26 février

Dimanche


- Dr. Irabu Ichirou (TV Asahi)
L'histoire : Médecin à la carrière en déroute, méprisé par tous, le Dr. Irabu Ichirou est un personnage immature et bizarre, avec une étrange obsession pour les piqûres.
L'avis : Des... piqûres ?! Ah non alors ! Aucune chance que je regarde une série d'horreur !
>  Le dimanche à 23h à partir du 30 janvier

- Gou (NHK)
L'histoire : Le destin hors du commun d'Oeyo, également connue sous le nom de Gou, une jeune femme amenée à épouser le second shogun de l'ère Tokugawa.
L'avis : Pas facile de passer derrière Ryoumaden, mais c'est le 50e taiga de NHK, ça se fête !
>  Le dimanche à 21h à partir du 9 janvier

- Fuyu no Sakura (TBS)
L'histoire : Un homme dans la trentaine, solitaire, qui s'occupe de sa mère dans un bled paumé, fait la rencontre d'une femme mariée quarantenaire venue se ressourcer en cherchant des cerisiers qui fleurissent en plein hiver.
L'avis : Plus sirupeux que ça, ça va être difficile, j'ai chopé une carie rien qu'en lisant le résumé.
>  Le dimanche à 21h à partir du 16 janvier

- School! (Fuji TV)
L'histoire : Après avoir passé 20 dans le bâtiment, un homme accepte de devenir enseignant dans l'établissement où il a étudié.
L'avis : J'en ai marre des gens qui s'improvisent prof !!! *pleure* *se roule par terre en hurlant* *tape des pieds*
>  Le dimanche à 21h à partir du 16 janvier

- The Music Show (Fuji TV)
L'histoire : Un drama reproduisant l'ambiance en temps réel (et de façon apparemment "interactive") d'un télé-crochet musical.
L'avis : Par le créateur de The Quiz Show. J'ai hâte, putain, vous avez pas idée. Le pilote a été diffusé il y a quelques heures, j'essaye quand même d'attendre les sous-titres avant de me ruer dessus...
>  Là, maintenant, aujourd'hui, ça a commencé à 23h30 !

HeavensFlower

Outre The Music Show, qui, entre autres de par la parenté assumée avec The Quiz Show, me semble original et alléchant, il y a quelques dorama qui attirent mon attention, dont Heaven's Flower (en espérant que ce soit mieux que Clone Baby qui occupait la case précédemment), Shakking 2, TARO no Tou, Akuto mais seulement si c'est vraiment hardcore, et Shijuukunichi no Recipe. Le reste... on verra bien. On a souvent des surprises après tout, et il faudra notamment voir ce que donnent nos deux diplomates.

Bon, et puis, les vacances que je m'étais auto-octroyées sur SeriesLive touchant à leur fin, je vous invite à aller jeter un œil régulièrement dans la rubrique Séries du Monde où on parlera de toutes ces séries-là et bien d'autres...

Posté par ladyteruki à 17:04 - Dorama Chick - Permalien [#]

02-12-10

Contact prolongé

Au juste, je ne me rappelle plus trop bien pourquoi je n'étais pas allée au bout du pilote d'Untouchable. Certainement parce qu'au vu des premières images, j'avais eu l'impression de signer pour l'un de ces procedurals où l'ont remplace le fic par autre chose, histoire de faire genre "moi ? une série policière ? ah bah non, non alors, regardez, la preuve : mon personnage principal est une journaliste !". Ne riez pas, ça s'est déjà vu, hein. Donc en cherchant bien, je pense que l'explication est à chercher par là.

A la faveur d'un rangement, me voilà à me poser la plus épineuse question qui soit pour un téléphage atteint de collectionnite aiguë comme moi : je grave ou je jette ? Certes, dans 99% des cas, la réponse n'est pas favorable à la poubelle. Mais pour prendre une décision éclairée, ne valait-il pas mieux, au moins, regarder le pilote jusqu'au bout ? Ce qui fut dit fut fait, et me voilà, près d'un an après la diffusion de la série, devant le pilote pour une deuxième fois, celle-ci décisive, normalement.

Untouchable

Vous savez quoi ? Il n'est pas si mal, le pilote d'Untouchable. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'il est parfait mais il est globalement prometteur.

Deux bons côtés, en essence :
- d'une part, le personnage de Ryouko Narumi n'est pas aussi prévisible qu'il n'y parait. C'est un peu énervant ces personnages gauches, gaffeurs, toujours dépassés par tout ce qui leur arrive. Finalement, notre journaliste n'est pas si empotée que ça, elle est même carrément dégourdie quand il le faut. Et puis, elle est sacrément butée, surtout. L'interprétation de Yukie Nakama n'est pas franchement mirobolante, mais tout compte fait, le personnage est bon ;
- d'autre part, et c'est certainement le plus important de ces deux points, le pilote d'Untouchable dépasse largement le seul domaine de l'enquête déguisée en reportage. C'est une vraie série sur le rapport entre la société japonaise et ses médias.

Je ne sais pas si les épisodes suivants seront aussi bons, parce que ça tenait en grande partie au sujet du premier épisode, dans lequel une femme médiatique tenant une chronique à la télévision annonce des catastrophes qui ont la curieuse faculté de se réaliser, et qui sont en rapport avec une entreprise de construction. L'épisode passe une partie du temps à hésiter entre dénonciation des abus de certaines entreprises peu scrupuleuses, et à soupçonner la chroniqueuse d'organiser des accidents mettant en difficulté la société de construction, dans le seul but de faire monter sa côte d'amour médiatique. Au bout du compte, ce ne sera pas aussi simple que ces deux axes semblent l'annoncer...
Mais surtout, les graines d'un arc mythologique sont semées avec brio, de façon à permettre au spectateur d'en deviner une partie, tout en lui donnant l'occasion de s'exclamer sur la fin : "mais c'est pas vrai, c'était là, sous mon nez !", bref, histoire à la fois de construire quelque chose de fin et en même temps de ne pas s'interdire quelque chose de plus classique, voire grand public.
Quand se croisent plusieurs zones d'influences, forcément, on n'est pas loin des thèmes conspirationnistes, mais avec la presse en toile de fond, c'est franchement prometteur.

Au passage, l'éthique (journalistique ou autre), la religion et les connivences entre cercles de pouvoir en prennent pour leur grade, l'air de rien, sans dénonciation frontale d'une pratique ou d'une autre, simplement par quelques situations au cours desquelles l'attention du spectateur n'est pas braquée sur l'aspect critique, mais plus sur l'action. Les séries japonaises, lorsqu'elles s'y risquent, sont très fortes à ce petit jeu qui consiste à souligner les travers de la société nippone sans froisser personne ni même pointer quoi que ce soit du doigt trop ostensiblement. Et c'est, au final, bien plus fin, comme procédé.

Au bout du pilote, Untouchable n'est pas une révolution, mais c'est le genre de dorama qui répond parfaitement à l'expression "divertissement intelligent". Un peu dans le genre de Hanchou, elle aspire en même temps à quelque chose de pointu et à une vocation mainstream, tout en pratiquant, comme l'a fait The Quiz Show, une sévère radiographie des médias japonais. Tout ça en restant accessible et pas prise de tête.
Rares sont les séries trouvant le bon équilibre. Untouchable y parvient plutôt bien.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Untouchable de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:29 - Dorama Chick - Permalien [#]

30-08-10

Romance parachutée

Les spectateurs nippons commencent à déserter la case du lundi à 21h. Hasard ou coïncidence, je ne sais, mais en tous cas il s'avère que j'en fais autant. A bien y réfléchir, je ne l'ai même jamais beaucoup fréquentée, cette case. Tsuki no Koibito n'a pas su capter mon attention, j'avais détesté le pilote de Buzzer Beat, et je suis infoutue de me rappeler du nom de la série qui occupait le créneau l'hiver dernier, sans avoir à consulter mes fiches. Ah, voilà, Code Blue. Pas mieux, mais dans un autre registre.

Suis-je une bonne cible pour la romance nippone ? On peut raisonnablement en conclure que non.
Mais ça ne m'a jamais empêchée d'en tester quand même ! Juste histoire de voir si c'est toujours d'actualité, par exemple. Parfois les goûts peuvent changer... Certes, dans le cas de NatsuNiji, ça n'a pas bougé, mais c'était à tenter.

NatsuNiji

Au départ, il y a une histoire intéressante, celle d'un acteur raté, fils d'un autre immensément connu, et qui semble totalement désabusé. Le Japon manque cruellement de séries sur le show business (sinon, c'est possible que je sois simplement passée à côté, alors faites tourner les recommandations en commentaire), et rien que cette partie du pitch m'aurait suffit. Je sais bien que le monde des médias nippons tremble comme une feuille à l'idée d'offusquer les puissants de ce milieu (c'est-à-dire, concrètement, les jimusho, soit les agences de management d'artistes), et qu'il y a peu d'autocritique et de vitriol à en attendre, mais nonobstant, ce serait intéressant d'avoir quand même une vue des coulisses. The Quiz Show est l'exception qui semble confirmer la règle. Il était bien ce dorama, quand même... ça fait quelques temps que j'ai pas vérifié si les sous-titres des derniers épisodes étaient sortis, tiens...
Bref, au moins avoir quelques histoires de personnages qui y font leurs premiers pas, ou sur le tournage d'un show... non, vraiment, rien du tout ? Bon, encore quelque chose qu'il faudra aller chercher plutôt chez les Coréens.

J'en étais ? Oui, NatsuNiji. Donc, autant se rendre à l'évidence, la partie professionnelle n'est pas conçue pour nous couper le souffle, ce qui est d'autant plus dommage que quelques menus éléments peuvent s'avérer attirants sur le coup.

Le problème, c'est que Fuji TV voulait une comédie romantique, et qu'elle voulait que ça soit accrocheur. A charge pour les scénaristes de se débrouiller avec ça, et de proposer des trucs vendeurs.

Alors qu'est-ce qu'ils ont fait, les scénaristes ? Une scène de saut en parachute. J'imagine bien la prod en train d'argumenter : "Oui c'est cher, mais s'ils s'étaient rencontrés autrement (dans un bus, par exemple, ou en se percutant au coin d'une rue), ça n'aurait pas eu le même effet !". Bon, Fuji TV signe le chèque.
La scène n'a ni plus ni moins d'intérêt que n'importe quelle autre du même type mais dépourvue de parachute ; la dynamique des personnages est strictement la même qu'à l'ordinaire, le garçon est témoin/victime des humeurs de la fille, laquelle a une grande gueule.

Et il faut dire que dans le genre grande gueule, on peut difficilement trouver mieux que Yuuko Takeuchi, qui avait brillé par cette qualité dans Lunch no Joou, et qui surtout, présente l'immense avantage de revenir des États-Unis où elle a pu figurer dans plusieurs épisodes de Flash Forward (bien-sûr que c'est un bide, mais pouvoir se vanter d'avoir figuré dans une fiction américaine est une arme dans la compétition féroce que se livre les artistes nippons, et dans ce contexte ça suffit). Bon, l'engager coûte ce que ça coûte, mais j'imagine bien la prod en train d'argumenter : "Oui elle est chère, mais avec une autre actrice on n'aurait pas pu introduire la question de la différence d'âge ! Et puis cet été, Yuuki Amami et Miki Maya étaient déjà prises, alors...". Bon, Fuji TV signe le chèque.

Alors au bout du compte, quand on fait le calcul, on a l'impression que NatsuNiji, si elle n'est pas médiocre (vraiment, elle ne l'est pas), n'apporte rien au genre. Peut-être que sa façon de traiter l'histoire sera bonne, peut-être que les éléments qui semblent survolés trop rapidement au profit de la romance vont être mieux abordés par la suite, mais au vu du seul pilote, c'est trop décourageant. On a l'impression de voir ce qu'on a toujours vu : un petit mec pas bien assuré qui va apprendre la vie grâce à une nana forte en gueule mais avec de vraies souffrances. Tout ça c'est bien gentil mais on l'a vu mille fois.

Je les comprends, les spectateurs japonais qui trouve qu'on se moque d'eux ! Je ne suis pas loin de le penser aussi ! Si chaque saison, on reprend les mêmes éléments en changeant juste les professions des personnages et les acteurs pour les interpréter, il y a franchement de quoi bouder.

Alors, bon, je sais, je ne suis pas du tout une bonne cible pour ces comédies romantiques. Elles m'agacent quasiment par principe, et puis j'ai la sensation qu'on me bourre le mou et ça m'agace. Ça se trouve, avec le temps, la série NatsuNiji s'améliore, s'affine, s'aventure à proposer quelque chose de plus que cette histoire d'amour stéréotypée. C'est possible. C'est à espérer, même. Mais je n'ai pas la patience pour le vérifier.
Songez que cette saison, le Japon offre l'excellent Atami no Sousakan, le convainquant GOLD (les sous-titres ne vont hélas pas assez vite pour que je puisse entretenir mon enthousiasme des premiers jours), l'honorable Gakeppuchi no Eri, etc... Qu'ai-je besoin de m'encombrer avec Natsu no Koi wa Nijiiro ni Kagayaku qui n'est même pas prometteur ? Surtout que rien que le titre prend de la place pour pas grand'chose...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Natsu no Koi wa Nijiiro ni Kagayaku de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:31 - Dorama Chick - Permalien [#]

20-08-09

Le jeu de l'amour et pas du hasard

C'est très impressionnée que je ressors de la découverte de LOVE GAME, un dorama dérangeant que je ne voulais pas voir trop vite, pour éviter l'impression de déjà vu qui aurait pu en ressortir si, par exemple, j'avais regardé cette série juste après The Quiz Show. C'est vrai que les pitches peuvent sembler similaires : LOVE GAME suit les aventures de Sae, jeune femme mystérieuse qui organise d'étranges jeux ; en effet, elle propose de l'argent, une somme absolument astronomique, en échange de quoi le joueur doit accomplir la mission qui lui est donnée. Pour vous donner un exemple, dans le pilote, il s'agit pour le joueur de faire signer les papiers de divorce à sa femme en moins de huit heures (évidemment sans lui dire qu'il s'agit d'un jeu). Un jeu dangereux, sans nul doute.
Mais là où LOVE GAME et The Quiz Show diffèrent, c'est que The Quiz Show, en singeant les émissions de divertissement, en est un également. LOVE GAME n'est pas du tout dans l'amusement, et ne vous décrochera pas le plus minime des rictus.

On s'attend donc à ce que LOVE GAME soit une série sur la manipulation : comment le joueur (qui n'est même pas volontaire, au passage) va-t-il réussir à gagner cet argent ? Parviendra-t-il à convaincre son épouse sans briser leur couple ?
Sauf que pas du tout. On comprend bien vite que ce joueur n'a pas été choisi au hasard, et tenter de gagner la récompense n'est qu'une façon pour Sae (et le mystérieux homme qui assiste à ce jeu par caméras interposées) d'appuyer sur la détente, de donner la pichenette nécessaire pour que certaines vérités sortent au grand jour.

Huis clos angoissant, flashbacks pleins de rebondissements, et surtout, conclusions glaciale, sont les ingrédients d'un LOVE GAME qui gagne à être connu. Voilà une série qui n'hésite pas à mettre au supplice les clichés : l'homme aux dents longues devient la victime, la gentille femme au foyer qu'il croyait connaître est une inconnue, rien n'est plus à sa place. Ne pas gagner l'argent ? Ça va très vite devenir bien secondaire...

Avec une caméra plus audacieuse que dans la plupart des dorama, une bande son empruntant par moments à Oz (et ça marche super bien), et des acteurs plutôt crédibles (même si l'actrice qui joue Sae en fait visiblement des tonnes avec son regard pénétrant, comme elle n'apparait que ponctuellement ça marche bien), LOVE GAME est une vraie bonne surprise.

Du coup j'ai hâte de voir le prochain épisode de cette série qu'on pourrait qualifier d'anthologie si le générique ne laissait pressentir que Sae a des choses à nous dévoiler aussi.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche LOVE GAME de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:50 - Dorama Chick - Permalien [#]

10-08-09

Des mots sur l'indicible

Avec un peu d'obstination, quelques outils techniques et beaucoup de patience, j'ai fini par voir Aishiteru ~Kaiyou~, une série dont le pitch m'obsédait depuis des semaines, et plus important encore, voir le pilote avec une traduction. En général, quand un pitch est aussi appétissant, la série aussi difficile à trouver, et l'effort long et douloureux, on finit par s'apercevoir que ça n'en valait pas du tout la peine. Aishiteru ~Kaiyou~ est l'exception qui confirme la règle.

Je rappelle pour ceux qui ont la flemme de cliquer sur les tags (mais à leur place je ne m'en vanterais pas) que ce dorama, sorti ce printemps au Japon, suit la vie de deux familles qui doivent surmonter une terrible épreuve : le petit garçon de l'une a tué le petit garçon de l'autre. Inutile de vous dire qu'une histoire comme cella-là ne laisse aucune place à l'échec. Et il n'y en aura justement pas, autant tout de suite annoncer la couleur.

Si l'introduction du pilote, une fois de plus, sacrifie à un certain conventionnalisme dans la présentation des faits (c'est dommage, mais éphémère), le reste se montre d'une incroyable justesse. En toute honnêteté, je recommande tout simplement de zapper cette intro, elle n'apporte rien à personne. Je sais que normalement ça ne se fait pas, et d'ailleurs je ne dis pas ça souvent, mais ce serait certainement salvateur (un peu comme pour celle de The Quiz Show - il y aurait de toutes façons long à dire du pénible effet de flashback qu'utilisent de nombreuses séries de part et d'autre du Pacifique), vu que l'effet des passages suivants s'en trouve un peu amoindrit. Mais enfin bref, que vous commenciez par le prologue ou non, ce à quoi vous allez être confronté, c'est à deux vies épouvantablement normales.

On se lève, on fait partir les enfants à l'école, les parents partagent la lourde tâche d'éduquer et subvenir aux besoins du foyer, ont leurs amis, leur famille... tout est normal. Tout se passe comme n'importe où ailleurs. Les enfants sont adorables mais causent du soucis, les mamans sont gentilles et un peu possessives, les papas sont stoïques et un peu en retrait... Ce n'est pas parfait, c'est juste normal.

Et puis l'horrible se produit. L'un des petits garçons disparait. Et le pire c'est qu'il disparait de façon atrocement anodine. La maman s'inquiète. Les parents s'inquiètent. La famille s'inquiète. Et puis à un moment la police s'inquiète. Jusqu'à ce qu'on retrouve le petit corps plein de sang. C'est atroce, mais ça arrive. Le drame est entré dans l'une des familles et n'en ressortira plus. La soeur fait une crise de nerfs. La mère se sent coupable. Le père tente de tenir bon. La police est désemparée devant la douleur de la famille. Que voulez-vous dire ? Que voulez-vous faire ? De toutes façons, sans un mot, la mère a tout compris.

Les adultes s'inquiètent. On cherche le meurtrier d'un petit garçon. On emmène soi-même les enfants à l'école, on les incite à plus de prudence, on a le coeur serré lorsqu'ils sortent de la maison. Vous avez entendu parler du meurtre ? Il y a un monstre dehors, vous vous rendez compte ? Il faut trouver l'auteur d'un crime aussi odieux, pensez donc, un petit gosse de 7 ans... Heureusement qu'on a encore nos enfants, nous.
Et puis il s'avère, mais personne n'ose y croire, que le dernier à avoir vu la victime, c'est un autre petit garçon, qui n'a aucun mal à avouer ni à donner, résigné mais étonnamment lucide, l'emplacement des preuves qui peuvent l'incriminer. Il ne fait aucun doute que ce petit garçon est le tueur. Mais personne n'arrive à l'accepter.

La police semble hésiter à vraiment enclencher la procédure (l'interrogatoire est reporté sans problème). Les parents du petit tueur de 10 ans sont démunis. Ce ne peut pas être lui, dit la mère, c'est un bon garçon, ce n'est pas possible. C'est de ta faute, tu ne l'as pas assez surveillé, dit le père, on aurait mieux fait de ne pas l'avoir. C'est juste inconcevable pour les adultes. Un petit garçon vient de saboter toutes leurs certitudes.
Pourquoi a-t-il tué ce petit garçon ? La question n'est même pas là. Tous ces adultes habitués à voir les enfants comme l'innocence-même, à envisager que tout l'univers peut se ranger dans des petites boîtes bien propres, ne parviennent même pas à réfléchir aussi loin.

Chacune de ces scènes pleines de silences, de sous-entendus, de larmes, est d'une perfection assez incroyable. Tout le monde est désorienté à propos de ce meurtre, pour ce qu'il représente de totalement inconcevable. Le principe de réalité a pourtant bel et bien rattrapé la proprette petite société japonaise qui se plaît à vivre dans des maisons aux parquets cirés en pensant que ça les protège de l'indicible.
Sauf que ne pas mettre de mots sur le mal ne l'empêche pas de se produire.

Vous l'avez compris, je suis tombée sous le charme terrible de Aishiteru ~Kaiyou~, et j'ai hâte de voir la suite de cette autre exploration de l'inconnu. A côté, les astronautes de la semaine dernière, c'étaient des rigolos.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Aishiteru ~Kaiyou~ de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 07:47 - Dorama Chick - Permalien [#]

09-08-09

ありがとう, Eske-さん

Et d'ailleurs en parlant de dorama japonais, plusieurs de mes fiches ont été postées aujourd'hui par Eske (puisse ses séries favorites être renouvelées à l'infini), donc si ce n'était encore fait, n'hésitez pas à aller voir les fiches de ces séries dont je vous ai déjà parlé :

- Lunch no Joou (fiche SL)
- Yakou no Kaidan (fiche SL)
- Innocent Love (fiche SL)
- The Quiz Show (fiche SL)
- Futatsu no Spica (fiche SL)

Merci à lui pour participer à l'éducation des téléphages français, et rendez-vous avec de prochaines fiches très bientôt !

Posté par ladyteruki à 13:13 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

25-06-09

C'est votre dernier mort ?

En toute honnêteté, même en la fréquentant plus ou moins depuis plusieurs années, j'ai toujours pensé que la fiction japonaise était incapable de s'essayer à la création de séries "à concept". Ce n'était d'ailleurs pas un reproche dans mon esprit, juste la certitude qu'il existe là une particularité culturelle. J'avais tort, mais il aura fallu attendre The Quiz Show pour me le prouver. The Quiz Show m'a semblé être un parent de 24, et pourtant, à première vue, on pourrait avoir l'impression de compter les pommes et les oranges. La série américaine repose sur la peur, l'actualité internationale, et compte sur l'adrénaline, tandis que la série japonaise repose sur le divertissement, la culture télévisuelle, et se montre bavarde. Alors quoi ?
Alors, The Quiz Show a l'excellente idée de se dérouler quasiment en temps réel.

Pourtant, les premières scènes de The Quiz Show ne relèvent guère du génie. On a d'une part un étrange bonhomme en proie à un cauchemar, et d'autre part un chanteur populaire qui enregistre une performance live pour une émission musicale. Non seulement le lien entre les deux protagonistes en question reste indéfini pendant de longues minutes, mais ça n'excite guère le spectateur. L'ennui plane, osons le dire.

Mais c'est là qu'arrive notre élément perturbateur en la personne d'un étrange Monsieur Loyal qui vient inviter le chanteur, qui se nomme Andou, à une émission intitulée The Quiz Show (comme le monde est bien fait). Tandis qu'il l'y invite en lui expliquant le principe de l'émission (je vais y revenir), le spectateur a le regard qui brille, oui, la lumière jaillit : en arrière-plan, souriant, sur une affiche géante, Satoru Kamiyama, le jeune homme aux cauchemars. C'est lui le présentateur de l'émission. Les choses se précisent et notre intérêt est ravivé.

The Quiz Show (l'émission) repose plus ou moins sur le principe de Qui veut gagner des millions, à une nuance près mais elle est de taille : au sommet de la pyramide, au lieu d'un gain en argent, c'est un rêve qu'on peut gagner. La production de l'émission promet en effet la réalisation de votre rêve le plus fou, quel qu'il soit. Andou, qui rêve de se produire au Budoukan (la plus importante salle de concert au Japon) avec comme choristes Madonna et Beyoncé, rien que ça, a appris au début de l'épisode que son agence de management le lui refuse. Il voit donc dans cette émission une merveilleuse opportunité d'enfin atteindre le zénith de sa carrière.
C'est là qu'entre donc en scène Kamiyama, le présentateur de l'émission. Et c'est aussi là que commencent les réjouissances de part et d'autre de l'écran. Nous allons en fait assister en direct à The Quiz Show, comme sont censés le faire les spectateurs de l'émission. Mais cela se fera à une différence près : nous allons également avoir un aperçu des coulisses. Le réalisateur Honma, la productrice Saejima, et quelques autres, veillent au bon déroulement de l'émission.

Laquelle se présente comme une copie conforme des émissions japonaises en général : générique, logo, réactions du public dans les gradins, et surtout, présentateur... tous sont d'une ressemblance frappante. En cela, The Quiz Show fait appel à la culture télévisuelle du spectateur japonais (ou la votre si vous êtes un petit curieux), et ce dernier relâche donc sa vigilance de par tous les signaux familiers qui lui sont envoyés. The Quiz Show se présente comme l'une de ces émissions inoffensives de pur divertissement dont on n'a pas besoin d'attendre qu'elle révolutionnent la face de la télvision. Son présentateur (en contraste avec sa première scène dans la série, mais vous êtes le seul à le savoir) est affable, un peu clown sur les bords mais de bonne compagnie, et d'une grande prévenance envers son célèbre invité. Sauf que progressivement, le présentateur comme les questions posées vont se faire plus ambigus. Andou est mis mal à l'aise à mesure qu'il avance dans le jeu. Kamiyama se fait insistant, puis plaisante, puis lui lance une pique particulièrement agressive, si bien qu'Andou a de plus en plus de mal à saisir ce qu'il se passe.

Ce qu'il se passe, c'est que les questions qui d'abord portaient sur la musique en général, et la carrière d'Andou en particulier, se dirigent progressivement vers la mort de l'ancien partenaire d'Andou, un nommé John, avec qui il formait il y a à peine deux ans un duo en pleine gloire. Petit-à-petit, Kamiyama amène Andou à évoquer les conséquences de la disparition de John... et tout doucement, il envient aux circonstances-mêmes du décès. S'il veut obtenir son rêve, Andou va devoir donner labonne réponse aux questions indiscrètes du présentateur...

The Quiz Show tombe parfois dans l'écueil de quelques maladresses prévisibles mais pas dramatique (à mon avis, il était redondant de laisser les scènes d'introduction, c'est-à-dire le cauchemar et l'enregistrement du live, car elles atténuent l'effet recherché), mais on peut lui reconnaître bien des qualités.
D'une part, le présentateur Kamiyama est impeccablement interprété et écrit, par exemple ; l'acteur (membre du groupe Arashi) s'y montre brillant, comme l'est également l'interprète de Honma (qui lui est membre du groupe Kanjani8) qui parvient à nous surprendre une fois ou deux. D'autre part, suivre l'émission en temps réel est une idée brillante et bien exploitée, qui rend bien les enjeux palpables. Enfin, le tout donne une version autrement plus originale de l'éternelle enquête que nous connaissons habituellement sous le format policier ou judiciaire. Ici, la quête de la vérité se fait en plus sous le couvert d'un jeu, un jeu légèrement malsain mais personne ne s'en aperçoit au départ. Voilà finalement un clin d'oeil à la real tv qui vaut son pesant de cacahuète.

Petit paragraphe pour ceux qui ont envie d'en savoir un peu plus sur le fonctionnement de l'industrie du divertissement au Japon (les autres peuvent aller aux louanges du paragraphe final directement)... Le pilote de The Quiz Show a aussi l'étonnante particularité d'entretenir un double discours sur la façon dont musique et télévision cohabitent au Japon. Ainsi, on trouve au générique de The Quiz Show de nombreux chanteurs (j'en ai cité deux, qui ont les rôles principaux, il y a également Aya Matsuura dans un rôle plus mineur), et plusieurs mentions du "jimusho", à savoir l'agence de management artistique qui, il faut le dire, est toute puissante (ainsi le Johnny Jimusho est une agence absolument omnipotente en ce qui concerne les artistes masculins, il y sera fait mention dans les explications des sous-titres). Sauf qu'ici, le jimusho n'est pas du tout considéré comme l'organisme bienveillant qui mène la carrière des artistes avec de la bonne volonté, mais plutôt comme la société tentaculaire qui a droit de vie et de mort, et à qui la production de l'émission doit rendre des comptes si quelque chose se passe mal avec l'un de ses poulains, ici Andou. Bref, le ton n'est pas du tout complaisant, et ces quelques indices sont très, très intéressants pour qui se captive pour le sujet.

The Quiz Show, tel que je vous le présente ici, n'est pourtant pas une nouveauté. Il s'agit en fait, et c'est exceptionnel, de la seconde saison de l'émission. La première (je n'ai pas eu la possibilité de la voir pour le moment) était apparemment différente, cependant, puisque les personnages principaux étaient différents (et interprétés par d'autres acteurs), et le jeu légèrement aussi. Cette nouvelle saison, qui tient donc du spin-off, n'en est pas moins très intelligente par l'emploi qu'elle fait du média, ou plutôt des médias auxquels elle touche. Comme il serait évidemment très mal perçu d'attaquer de plein fouet certaines organisations du milieu médiatique, la série joue de son concept pour dénoncer quelques petites choses sans oublier de mener l'interrogatoire tambour battant, à la fois pour brosser des portraits effrayants des personnages qui gravitent dans ce monde (le chanteur puissant, le réalisateur qui privilégie l'adrénaline au politiquement correct, le présentateur en proie à des hallucinations, la productrice soumise...) et pour servir des intrigues sur un mode relativement nouveau.
En bref, The Quiz Show, c'est bon, mangez-en. Attention aux noyaux, c'est tout...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche The Quiz Show de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 12:11 - Dorama Chick - Permalien [#]


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