ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

12-01-13

Guts lacking

Bon alors, je vous la refais brièvement : défi avec whisperintherain, regarder tous les pilotes, review systématique. J'oublie quelque chose ? Non, je crois qu'on a tout. Mais sincèrement à ce stade, vous connaissez l'histoire. Rappelons quand même, parce qu'on est entre gens civilisés, qu'au bas de ce post se trouvera très bientôt un lien vers le post équivalent de mon camarade whisper, à propos du pilote abordé aujourd'hui.
Voilà, on est parés. Vous êtes prêts ? On est partis !

RipperStreet

A partir de quand n'est-il plus pertinent de regarder des séries policières ? Ce moment n'est-il pas passé depuis longtemps, d'ailleurs ? Suis-je encore capable de me mettre devant un pilote de ce genre sans avoir le sentiment d'en vomir quasiment chaque minute ?
Oh, l'emballage peut changer ; c'est même très souvent le cas. Loin de moi l'idée de prétendre que regarder Les Experts et Ripper Street revient au même, évidemment. Mais, de la même façon que s'enfoncer un clou dans la main et se cogner le petit orteil dans un meuble, les deux sont tout aussi douloureux. Aujourd'hui, je vous chante donc l'homélie de l'orteil, mais ne nous faisons point d'illusions : sans le clou dans la main, la douleur serait probablement plus supportable...

Ripper Street se déroule en 1889, et cela fait six mois que Jack l'Eventreur a disparu des radars. Sauf qu'on ne sait pas pourquoi. Qu'est-il arrivé à Jack the Ripper qui le fasse cesser ses atroces meurtres sur des prostituées ? Tant qu'on ignore qui il est, il est possible à chaque instant qu'il réapparaisse. C'est l'angoisse qui dort dans les ruelles sales du district de Whitechapel, et celle qui anime également l'inspecteur Reid, un homme qui a poursuivi le criminel avant de se retrouver le bec dans l'eau. Mais quand une nouvelle prostituée est retrouvée morte, présentant de nombreuses marques laissant penser que Jack a repris du service, le quartier succombe sous la terreur et la colère. A charge pour Reid, aidé de son fidèle homme de main Drake, et avec la participation de l'ex-chirurgien américain Jackson, de déterminer si Jack l'Eventreur a bel et bien repris du service, ou si au contraire, on a ici affaire à un vulgaire copieur désirant maquiller son crime.

Le problème numéro un de Ripper Street, c'est paradoxalement son ambiance. Oui, c'est soigné, détaillé, on s'y croirait ; mais justement c'est très énervant parce qu'on se perd généralement dans le volet reconstitution. C'est la raison pour laquelle le pilote est si long à démarrer : le production en fait des tonnes, au détriment du scénario qui est épouvantablement basique pour ce qui concerne à la fois l'exposition et le lancement de l'enquête. Ce qui n'aide pas du tout cette impression, c'est que, si on a regardé Copper quelques mois plus tôt, les deux séries semblent avoir été tournées dans les mêmes décors ; du coup c'est bien la peine de frimer, c'est du déjà vu de A à Z !
Mais forcément, pour moi qui suis allergique à la fois aux séries policières et aux séries historiques, j'étais mal barrée.

Une bonne partie du pilote sera ensuite consacrée à reposer une dizaine de fois, sur un ton différent et par le biais de divers personnages (le légiste "officiel", un journaliste...) la question essentielle et incontournable : Jack the Ripper est-il responsable du meurtre de cet épisode ?
Mais à force de poser la question, celle-ci se vide de tout son sens. Car les personnages ont, en définitive, beaucoup de mal à tous donner la mesure de la gravité de la question.
Et pire encore : si c'est bien Jack, alors quoi ? Qu'est-ce que ça change pour l'enquête ? Ne faut-il pas faire preuve de la même tenacité, du même soucis du détail, de la même patience pour comprendre tous les tenants et aboutissants des circonstances de la mort de la défunte, avec peut-être, l'espoir de ne pas dénicher un tueur, mais LE tueur... Alors après, c'est peut-être l'accent qui m'a destabilisée et j'ai laissé s'échapper une réplique capitale à la compréhension de l'enjeu, c'est possible aussi. Mais si, pour la population de Whitechapel, le retour de Jack signifie que l'on n'est plus en sécurité nulle part (surtout si l'on pratique le sexe tarifé), pour Reid et son équipe, cela donne exactement le même résultat.

J'ai dit que Ripper Street n'était pas Les Experts, un peu plus tôt. Ce n'est qu'à moitié vrai : comme l'a fait également Copper, la série s'ingénie à truffer cette enquête de références plus ou moins explicites à l'état des technologies à disposition de la police à l'époque, et évidemment à avoir recours à la médecine légale, devenue un véritable incontournable de la plupart des procedurals modernes. Ces rappels sont certes bien vus pour la plupart, et parfois même très bien mis en image (comme lorsque le photographe est présent pour immortaliser la scène du crime), mais ils fonctionneraient infiniment mieux si... on n'avait pas vu dix variations de la même chose depuis une douzaine d'année. La nécessité d'en passer par là pour Ripper Street comme pour n'importe quelle autre série est indiscutable : c'est un acte de paresse scénaristique qui évite d'avoir à trouver de vrais indices, et donc de faire fonctionner la déduction des héros (un écueil que Sherlock a brillamment évité à plusieurs reprises, et c'est l'une des rares séries à avoir seulement essayé). Au lieu de ça, une petite incision ou deux et pouf ! Une piste. C'est magique. Ripper Street fonctionnant dans une atmosphère de peur ou au moins d'inquiétude, il aurait été intéressant qu'au lieu de marteler la problématique de la preuve, la série oppose les tentatives du détective Reid pour penser calmement, alors que lui-même, ni personne autour de lui, ne parvient à rester calme devant la perspective que Jack l'Eventreur frappe à nouveau. Mais au lieu de choisir la voie plus ardue, mais tellement plus payante dramatiquement, Ripper Street tombe dans le médical, laissant passer une belle occasion de tirer son épingle d'un jeu qui ressemble avec les ans à une motte de foin.

Il faudra attendre la toute fin de l'épisode pour que Ripper Street tire partie de ce qui a pourtant été mis en place dés le début du pilote, et offre une magnifique confrontation entre trois hommes hantés par le cas de Jack l'Eventreur... 55 minutes pour en arriver là ? La scène est formidable, mais elle arrive bien trop tard. Surtout qu'entre temps, l'intrigue sordide et limite raccoleuse n'aura vraiment pas fait s'élever le niveau de l'épisode. Et dans l'intervalle, la question de la fascination pour Jack l'Eventreur, ou au contraire, les modalités permettant éventuellement à un criminel de copier ses méthodes et semer le doute même dans l'esprit des policiers ayant suivi la piste du célèbre boucher de l'East End, ce qui aurait tout de même permis de tirer partie du sujet prétendument choisi par la série.

Et je crois que le pire dans tout ça, c'est quand je lis que les épisodes de Ripper Street ne sont pas feuilletonnants ! Apparemment, il y a des gens qui estiment qu'écrire une histoire ne serait-ce que vaguement cohérente sur une saison de 6 épisodes, c'est trop compliqué. Quant à ce que laisse présager le trailer du deuxième épisode, diffusé à la suite du pilote, on voit mal comment les évènements seront à nouveau liés à Jack l'Eventreur. En somme, le but de la série est surtout de prendre un point de départ comme prétexte, mais de virer au cop show classique derrière. On était en droit d'espérer mieux, non ?

Alors je le répète : je ne suis sûrement pas la personne qu'il faut venir voir pour se faire une opinion objective (si pareille chose existe) d'un pilote de série policière. Je n'ai jamais été très enthousiaste vis-à-vis du genre, mais je sens bien que ça ne fait que s'aggraver avec les années, et surtout, avec les ersatz qui fleurissent. Très, très peu de ces séries trouvent vaguement grâce à mes yeux, et je suis bien consciente du fait que, chaque fois que je démarre un pilote dans lequel je sais qu'il y aura une enquête au moins, je le fais en serrant les dents et en partant du mauvais pied. Alors forcément, je me cogne l'orteil.
Mais je crois sincèrement que, même en mettant mon antipathie envers les séries policières de côté, Ripper Street manque de personnalité et de courage. Libre à vous évidemment de le vérifier par vous-mêmes, mais vous n'y allez pas avec ma recommandation.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:42 - Review vers le futur - Permalien [#]

27-08-12

She kills Copper

En cette rentrée, whisperintherain et moi-même avons convenu d'un petit défi à deux : nous regarderons absolument chaque pilote de cette saison, et nous rédigerons, chacun de notre côté, un post pour absolument chacun de ces pilotes. C'est l'occasion de tester la première série originale de BBC America, Copper, à l'affiche de laquelle on trouve des noms aussi peu anodins que Tom Fontana ou Barry Levinson. Tout un programme.
Comme c'est désormais la tradition, à la fin de ce post, vous trouverez le logo de ce défi, sur lequel il vous suffira de cliquer pour accéder à la critique du pilote de Copper écrite par whisper (sitôt qu'elle sera en ligne), et ainsi lire nos deux avis sur ce même épisode.

Copper

Parfois, quand je m'attaque à la rédaction d'un post, je m'imagine quelle est votre réaction en l'abordant. Peut-être que certains d'entre vous commencent la lecture en se disant : "ah, voyons ce qu'elle en a pensé"... et j'aime, en prévision de ces circonstances, attendre la fin de mon post avant de délivrer une conclusion. Je sème des éléments positifs, avance des arguments négatifs, tant et si bien qu'il faut lire les derniers paragraphes pour connaître mon opinion définitive sur un pilote. Une fois de temps en temps, écrire ma review sous forme de jeu de piste m'amuse, que voulez-vous.
Ce ne sera pas le cas aujourd'hui. Non, aucun suspense, alors que mon post commence ainsi :

Je voulais vraiment aimer Copper.

Voilà, tout est dit, vous pouvez rentrer chez vous.
Levinson et Fontana, c'était l'équipe de la série Oz. Deux noms qui, mis ensemble, envoyaient de la magie téléphagique. J'avais cessé de croire à leurs talents en solo (notamment après que Fontana nous ait pondu Borgia), mais j'espérais qu'en travaillant à nouveau en duo, ils seraient capable de produire de la fiction de qualité.
Mais il n'y avait pas que ça. Le contexte historique de Copper me plaisait, et quand on sait que je n'aime pas trop les séries historiques, ni même ne suis captivée par l'Histoire, ça n'était pas anodin. Un peu de la même façon que sur le papier, Hell on Wheels m'avait séduite (là aussi ce fut d'ailleurs une sacrée déconfiture), le décor new-yorkais de Copper me faisait rêver. J'aime quand une fiction s'intéresse aux vagues d'immigration aux Etats-Unis, je me rappelle avoir dévoré la mini-série Ellis Island quand j'étais plus jeune par exemple, ça me fascine, il y a un côté typiquement rêve américain (avec tout ce que cela inclut de rêves déçus !) et de cosmopolite qui me ravit. Et puis, pour être également amatrice de séries policières en uniforme, notamment à New York (je vous dois d'ailleurs un bilan de NYC 22 mais, je viens de retrouver le net, alors ça va me demander un peu de temps pour boucler tous mes rattrapages), la perspective de voir comment la communauté irlandaise et la police métropolitaine se sont liées avait quelque chose d'excitant.

C'étaient d'ailleurs les seuls éléments que j'avais : le duo Levinson/Fontana, et le contexte historique. Comme c'est mon habitude, afin de garder la découverte pour le pilote, j'avais évité les affiches, les trailers, et même la page Wikipedia, histoire de vraiment prendre la série comme elle viendrait. Mais j'avais en tous cas envie de me mettre devant le pilote, ça c'est sûr.

Alors du coup, je dois dire que j'ai eu du mal à réprimer des grognements de mécontentement devant le pilote de Copper, déjà parce que l'écriture n'a rien de l'intelligence de Oz, mais ça à la rigueur, j'aurais dû savoir que c'était trop en demander, et surtout, oh oui, surtout : ce n'est qu'une putain de série policière à la con comme on en a déjà cent à la télé.
Et à mesure qu'on avançait, je me mettais un peu plus en colère (et je jurais un peu plus comme un charretier). Les problèmes avec la hiérarchie, la visite chez le médecin légiste : on a eu droit à la totale des clichés de la série policière moderne. D'accord, à l'issue de ce pilote, il est clair que la série s'oriente vers quelque chose d'un peu feuilletonnant, et pas versun bête procedural. Mais ça ne sauve pas les meubles pour autant. L'objet de mon ire, ce n'est pas les procedurals (ou disons, pas seulement), c'est aussi que les enquêtes policières, même menées sur plusieurs épisodes à la Forbrydelsen (ou feu The Killing) et Bron/Broen, eh bah yen ras le képi, c'est plus tolérable. Si vous n'avez rien de nouveau à raconter, alors dans ce cas-là ne racontez rien du tout.
Et tout cela avec un manque de finesse insultant. Que celui qui, à mi-parcours de l'enquête, n'a pas déjà deviné qui est le meurtrier de la petite victime de ce pilote, se déclare immédiatement : il faut absolument se cotiser pour lui acheter un cerveau. L'intrigue est visible comme le nez au milieu du visage et délayée sans raison, simplement parce que nom d'un chien, il faut que l'épisode dure 43 minutes, même si en réalité 20 minutes suffisent.
Il existe encore, même après une douzaine d'années d'invasion de poulet, des séries capables de nous surprendre, nous émouvoir ou nous captiver, tout en proposant des enquêtes et/ou des mystères. C'est le cas de Sherlock qui y parvient formidablement, avec un talent sans pareil pour jouer les prestidigitateurs et nous offrir des intrigues ayant l'air complexes ; même quand elles ne le sont pas, les éléments sont maniés de telle façon qu'on y voit que du feu, et à vrai dire, on s'auto-convainc même d'être aussi intelligents que Sherlock Holmes. Mais rien de tout ça ici, alors que Copper est dans l'indigence la plus totale, non seulement sur le fond de notre affaire que sur la façon dont elle est menée par son héros.

Mais le pire, je crois que c'est justement la façon dont Copper nous sert son exposition en pensant dur comme fer qu'il suffit d'avoir des décors (ou l'illusion de décor) épatants, des figurants en hâillons et des pubs irlandais où on chante en agrippant sa pinte de bière, pour planter le décor. La présentation du personnage central, le capitaine Corcoran, est une compilation des plus abrutissants clichés qui soient. Pour le rendre, je suppose, un peu plus abordable, on lui a inventé une femme qui a mystérieusement disparu, par exemple ; on imagine que ça doit un peu le travailler, surtout que ça ne fait que deux mois, au lieu de ça il se tape la moins excitante de toutes les prostituées du bidonville de Five Points, qui est son attitrée. Et quand un personnage essaye d'interroger la raison de cette préférence, il se fait renvoyer dans les cordes, laissant le spectateur sans la moindre explication. Ecoutez, on vous dit qu'il est tout triste, mais prenez-le pour argent comptant et arrêtez de poser des questions, quoi !
Les scènes d'exposition de Copper sont toutes dans cet esprit. On s'y hâte de mettre les choses en place en les tenant comme évidentes. Ce sont des clichés éculés dont on n'a même pas l'impression que les scénaristes ont l'intention de les développer. Les personnages n'ont qu'une dimension (quand ils ont une dimension tout court, parce que le meilleur ami de Corcoran n'existe que parce qu'il a un oeil en verre) et ne sont là que pour jalonner l'intrigue policière vue et revue d'avance.

Alors dans mon dernier paragraphe, il n'y aura aucune sorte de surprise, pas aujourd'hui. Il n'y aura que de la colère. Je pensais que ce qui avait encouragé BBC America à se lancer dans la production de séries, c'était afin de profiter du succès grandissant des séries britanniques outre-Atlantique (un succès qu'elle avait en plus dû partager avec PBS, diffuseur aux USA de séries comme Downton Abbey), pour imposer la marque BBC sur le territoire américain. Même produite sur le sol US, une série de BBC America aurait dû répondre à ces standards, non ? Au lieu de ça, BBC America nous a fait du CBS, mais du CBS vaguement câblé parce que faire une série historique, ça donne l'impression d'être sérieux et ambitieux. Eh bien non. Pas du tout.
Et le pilote de Copper est certainement la déception la plus rageante parce qu'on ne comprend pas ce qui a pu clocher, entre BBC America qui aurait quand même pu s'appuyer sur le savoir-faire des grandes soeurs britanniques, Levinson et Fontana qui sont supposés connaître leur boulot, et le contexte historique absolument unique qui donnait une longueur d'avance à la série. Avec toutes les cartes en main, Copper a quand même trouvé le moyen d'échouer lamentablement.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 16:56 - Review vers le futur - Permalien [#]

25-06-12

Merci d'avoir ruiné ça pour moi

Depuis quelques années, j'essaye de faire de mon mieux pour laisser à toutes les séries que je découvre une chance de me séduire aussi équitable que possible. C'est d'autant plus intéressant qu'avec, entre autres, mes excursions dans diverses contrées du monde, je découvre de plus en plus de séries, et que ma façon de les découvrir a évolué.

Quand on se "contente" de la télévision américaine, finalement, on peut assez facilement échapper à un certain nombre d'idées préconçues. Il me suffit personnellement d'éviter au maximum les news, les trailers et les reviews, et en général ça se passe plutôt bien. Il arrive même que je lance un pilote sans avoir la moindre idée de qui sera au générique, mais ça, c'est vraiment les jours de grâce ; la moyenne c'est en général que je connais à peu près de quoi ça va causer et qui est devant et/ou derrière la camera, et je m'arrange comme ça. Eviter les reviews est d'ailleurs assez facile, étrangement. Parfois ça m'étonne encore, pour tout vous dire.
Mais quand il s'agit de télévision non-américaine, autant jouer carte sur table tout de suite : n'espérez pas de surprise. Comme l'accès à l'information est loin d'être aussi pléthorique qu'en matière de séries US, le simple fait de tenter de connaitre l'existence d'une série étrangère s'accompagne généralement de la réception de tous un tas d'informations qui font que vous ne pouvez plus être ignorant de grand'chose une fois que le pilote est à portée de mimine. Aussi paradoxal que ça puisse sembler être, la surinformation sur les séries américaines protège.

Cependant, quel que soit mon degré d'accès à des informations sur une série, je tiens à essayer de commencer chaque pilote avec l'esprit le plus ouvert possible. Ca ne veut pas dire que j'embrasse toutes les séries avec amour dans l'harmonie et les chants d'oiseaux ; lancez-moi sur Whitney, mettons, et vous allez voir ce que la série va prendre. Mais ça signifie que j'essaye de commencer chaque pilote avec aussi peu d'idées arrêtées que possible sur ce que l'épisode va m'offrir. Je l'écorche vif seulement ensuite.
C'est par exemple comme ça que je ne ressens pas le plus petit embryon d'hostilité envers Elementary alors que j'ai ressentis quelques uns de mes plus gros orgasmes téléphagiques de 2012 devant Sherlock (et pourtant Dieu sait que j'ai pris un pied monstrueux pendant le premier semestre 2012 !). Rien à faire, j'arrive pas à être dans un autre état d'esprit que "on verra bien ce que ça donne, attendons avant de juger". En fait j'en suis à un tel stade d'attitude zen sur ce genre de choses, que je me surprends à ne pas sautiller d'impatience à l'idée que Last Resort arrive à la rentrée. Ce pitch est fait pour moi, je devrais trépigner d'impatience au point que c'en deviendrait ridicule, et pourtant, je m'en tamponne méchamment le coquillard actuellement. Du jour où un preair se baladera dans les profondeurs d'internet, soyez sûrs que je vais me jeter dessus comme une crève-la-faim, mais je fais ça pour tous les pilotes, alors ça n'est pas un critère. Non, pas d'anticipation enthousiaste ni d'attente au tournant, je ne suis que paix et sérénité. J'attends les pilotes.

Mais parfois, cette jolie position de hippie est quand même un peu difficile à maintenir, soyons honnêtes. Quand vous avez connu quelques uns de vos premiers émois téléphagiques devant A la Maison Blanche (et c'est le cas pour nombre de ma génération de téléphages), la perspective d'une nouvelle série d'Aaron Sorkin, à plus forte raison sur HBO, fait quand même un peu frétiller de la télécommande (une télécommande métaphorique, qui utilise encore ces engins de nos jours ?!). La découverte d'A la Maison Blanche sur France 2 a coïncidé pour moi la pleine période où, libérée des contraintes qui me séparaient d'un accès décent à la télévision (comprenez : je n'avais plus à partager ma télévision avec mes parents), je pouvais enfin faire des centaines de découvertes, et la série s'est tellement insérée dans mon existence alors que mon critère pour garder un mec était de tester sa réaction devant le pilote d'A la Maison Blanche. J'exagère, mais pas de beaucoup.
Bon alors sur la fin, bon, j'ai un peu fauté et j'ai jamais vu les deux dernières saisons (sue me), mais vous voyez ce que je veux dire.

Donc, The Newsroom semblait être une raison de faire entorse à la règle et de me sentir toute émoustillée à l'idée de commencer une nouvelle série de Sorkin.
Le plan pendant longtemps a été d'essayer de temporiser cet enthousiasme en évitant comme toujours tout ce qui pouvait ressembler aux trailers, aux news et aux reviews. Je ne suis actuellement pas capable de vous dire s'il y a eu des trailers, qui est au générique de The Newsroom en-dehors de Sorkin ou même en guest, et...

TheNewsroom

...Et échec total sur les reviews. Je pratique pourtant Twitter depuis plus de 3 ans mais rien à faire, en dépit d'une technique jusque là irréprochable pour éviter les influences extérieures, impossible d'échapper au raz-de-marée de retours négatifs, pour ne pas dire incendiaires. L'échec critique (ou supposé tel) est absolument partout.

Mais je crois que le pire, c'est que ça s'apparente presque à du bashing à ce stade. Parce que je ne lis même pas vraiment que The Newsroom est mauvais.

Ce weekend j'ai craqué. Deux fois.
Quand j'ai appris que le pilote avait leaké avec quelques heures d'avance, j'ai supplié l'ami Doctor Bluth de me fournir ma dope. Je n'y tenais plus. Mais qu'est-ce qu'ils avaient donc tous à se lâcher comme ça sur The Newsroom ? Avec la bonne prescription, je me suis donc ruée sur le preair... que j'ai aussitôt effacé. Non, non lady, tu peux attendre quelques heures que le pilote soit diffusé. Si tu te précipites dessus, tu ne seras pas objective. Essaye de comprende ce qui se passe autour de cette série pour que tout le monde unanimement joue à la piñata avec. Merci quand même, Docteur, mais finalement, ça va passer tout seul.
Quelques heures plus tard, j'ai cédé et lu un papier sur la série, paru sur The Globe and Mail. Une interview de Sorkin par Sarah Nicole Prickett. Enfin, pas vraiment : l'entrevue avec Sorkin était soit brève, soit étonnamment silencieuse, car Prickett se contente de taper à bâtons rompus sur l'homme, en ne rapportant presqu'aucun de ses propos et en ne parlant presque pas du pilote. Du coup à part faire un procès d'intention à Sorkin, on n'en saura pas plus. The Newsroom est-elle une mauvaise série ? On ne le saura pas. On n'en a pas l'impression. On sait juste que le simple fait de se passionner pour un personnage masculin dans un contexte de media mainstream est sexiste, paternaliste et rétrograde. Vlan dans les dents.

Ces deux mésaventures de ce weekend ont eu énormément de conséquences sur moi et mon espoir de prendre les choses avec distance et, autant que faire se peut, objectivité.

Mais d'objectivité il ne peut plus être question. Comment faire preuve d'objectivité en lisant le flot de commentaires à la limite du haineux ? Soit on se laisse influencer par eux et on aborde le pilote de The Newsroom avec méfiance, en cherchant la preuve que ces commentaires sont exacts et fondés ; soit au contraire on se laisse influencer par eux et on regarde le pilote de The Newsroom en y cherchant la preuve que la série est bonne en dépit de ce qu'en disent les critiques (qui ont souvent l'air de fonder leur réprobation sur autre chose que la qualité intrinsèque du pilote). Comment dompter mon esprit pour échapper à cette polarisation, dans pareil contexte ?

Est-ce que Sorkin est vraiment un enfoiré sexiste, paternaliste et rétrograde ? Peut-être, qu'est-ce que j'en sais... Est-ce que son succès commence à faire un peu chier ? J'en sais rien, je suppose, mais il y a des envieux partout et tout le temps, alors pourquoi maintenant... Est-ce que ses séries dévoilent une façon d'envisager la société, la politique et la nature humaine qui soit légèrement teintée de conservatisme ? Possible, personne n'a jamais dit que c'était incompatible avec la pensée libérale...
Mais Sorkin écrit aussi des choses absolument brillantes, quand même, bordel.

Et le problème majeur de la plupart des séries fortement conservatrices à la télévisions, c'est qu'elles puent du script.
Vous prenez les Anges du Bonheur ou The Secret Life of the American Teenager et vous avez tout compris. Elles ne sont pas les seules (au contraire, c'est vraiment de la caricature de série conservatiste, j'en suis bien consciente), parfois certaines sont un peu moins pires, mais grosso-modo, on en est là. Les idées y sont simplifiées, les rôles des sexes dans la société, la totale. Les séries conservatrices n'ont même pas besoin que les reviews écrites par des libéraux les écorchent, elles se font du tort à elles-mêmes parce que la majeure partie du temps, les scénaristes conservateurs veulent véhiculer leurs idées de la façon la plus simpliste possible, pensant visiblement s'adresser à des cons.
Alors si un type comme Aaron Sorkin arrive à faire de la grande télévision en employant certaines idées un peu passéistes des conservateurs, mais grand bien lui fasse, on en a besoin, de comme lui !
Parce qu'en réalité, des mecs capables d'écrire d'aussi bonnes choses (fussent-ils un peu trop contents d'en être capables ; la télévision intelligente, c'est redevenu un gros mot, ou quoi ?), même du côté des gens totalement modernes sur toutes les idées de société, on n'en a pas non plus des millions. On peut avoir des idées modernes et ne toujours pas savoir écrire une série. Qu'est-ce qui est préférable ?

Je refuse une télévision qui refuserait d'aborder certains concepts, certaines postures, certains réflexes, au prétexte que c'est pas assez moderne. La bonne télévision n'est pas forcément la télévision qui partage nos idées (ou pas toutes). Et j'ai envie de croire qu'on peut apprécier la fine écriture de Sorkin sans partager toutes ses idées. On n'a pas de couteau sous la gorge, il me semble. On peut avoir adoré Bartlet et ne pas avoir été d'accord avec toutes ses décisions (rien que l'histoire de la sclérose, bon...). Pour autant, le personnage était brillamment écrit, et permettait d'articuler plein de concepts qui ont poussé des millions de télespectateurs à réfléchir sur des sujets auxquels ils n'auraient pas forcément consacré beaucoup de réflexion sans la série. Si cela nécessite un scénariste un peu paternaliste, qu'il en soit ainsi !

Voyez, déjà, je sens que d'objectivité il n'est plus question. Et c'est là que je m'aperçois que j'ai mis un doigt dans l'engrenage : désormais, si je regarde le pilote de The Newsroom, je vais en attendre plein de bonnes choses... Dans le fond, peut-être que les critiques avaient raison ? Désormais, le visionnage du pilote de The Newsroom sera forcément entaché par les avis qui l'ont précédé, par l'impression de lâchage un peu injuste qui en ressort (toute unanimité est douteuse, non ?), et par mon histoire avec A la Maison Blanche notamment. La moitié de mon plaisir à aborder ce pilote a été gâchée.
Et, oui : j'ai dit "si".

EDIT : cet article a été préparé à l'avance, because ce soir, c'est enregistrement du podcast !

Posté par ladyteruki à 23:10 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

08-05-12

The London Complex

Ca faisait longtemps que je n'avais pas râlé, et étonnamment aujourd'hui, je vais me faire l'avocate de la fiction française (sort of). Faut croire que depuis que j'ai vu Hénaut Président, le changement c'est résolument maintenant, héhé.

C'est dans un article sur le final de la première saison de Homeland (diffusé avant-hier soir devant environ 4 millions de spectateurs) que je me suis trouvée confrontée à un paragraphe d'une rare violence :
"For British television, the brief relief at not being found wanting in comparison with Scandinavian shows (The Killing, Borgen, The Bridge) will be tempered by another round of cringing contrasts with America. And, while the alleged inferiority of British TV drama can be exaggerated – shows such as Sherlock, Life on Mars and Downton Abbey are envied in the US - the viewer and reviewer reception of Homeland here does raise issues that commissioners in this country need to consider."

Je ne suis pas experte en "fiction française", loooin de là, et je n'ai à vrai dire jamais caché mon aversion (et mes tentatives souvent infructueuses pour en sortir) envers nombre des séries nées sur notre sol. Mais je n'ignore pas que les débats font rage depuis de nombreuses années pour essayer de tirer celle-ci vers le haut. On prend les British en exemple (c'est souvent eux), et on se répète que la BBC fait ci, la BBC fait ça, et pourquoi France Télévisions n'en fait pas autant ? Il suffit de voir les nombreuses réactions suscitées par cette interview (qui figure parmi les plus retweetées de ma revue de presse téléphagique de ces derniers mois, difficile de ne pas y voir un signe) pour comprendre que nous aussi, nous nous comparons énormément à nos voisins pour mieux nous déprécier, parfois à l'excès.

Je ne suis pas experte en "fiction britannique" non plus, même si j'y travaille bien plus que pour les séries issues de mon propre sol. Mais force est de reconnaître qu'il y a énormément de bonnes fictions qui nous viennent d'outre-Manche, et que cet exemple pour sortir la "fiction française" de sa "crise" est bien plus réaliste que celui, longtemps employé et encore bien trop désigné comme modèle, de l'industrie télévisuelle américaine, totalement démesuré et hors de propos.
Mais dans le paragraphe ci-dessus, je me suis pris comme un coup dans les dents. Les Britanniques complexent quand même énormément sur l'état de leur fiction par rapport aux séries américaines (et, récemment, scandinaves) ! Rien que la petite liste proposée de séries ne pouvant être taxées d'inférieure ne semble justifier la qualité des fictions citées que par leur validation par les Américains ! On ne s'en sort pas.

Donc ils complexent sur leur fiction ; pendant ce temps, nous on complexe sur la nôtre... Et on n'en finit pas se dévaloriser les uns par rapport aux autres, quel chaîne de négativité, c'est incroyable.

LesPetitesBetesneMangentpaslesGrosses

Le comble de l'ironie, c'est quand même que l'auteur de cet article est parti d'un constat sur Homeland... une série qui est l'adaptation d'une fiction israélienne, Hatufim. Comme quoi les séries américaines ne sont visiblement pas le Saint-Graal... Je veux dire, à quel moment on arrête de se comparer aux petits copains et d'essayer de leur ressembler ? C'est visiblement un cercle vicieux.

OK alors, bon, vous savez quoi ? Et si on arrêtait de tous se flageller !
La télévision de la planète est riche en possibilités, certes, et avoir accès à sa diversité est un plaisir pour quiconque apprécie la bonne fiction. Je suis la première à le dire. Mais ça n'avance pas beaucoup le Schmilblick de passer son temps à prendre le meilleur de la télévision du voisin (bizarrement, jamais le pire) et de se dire qu'on est incapable de faire aussi bien.
C'est la leçon que, moi petite Frenchie, je tire du paragraphe cité ci-dessus : si les Anglais ont un complexe d'infériorité, alors toutes ces histoires de comparaisons n'ont aucun sens.

Pardon de réagir en tant que spectatrice française qui a beaucoup de mal avec la télévision française, mais cette ambiance constante de haine de soi n'aide vraiment pas à aborder la "fiction française" avec le sourire. Si on commençait par sortir du misérabilisme, pour commencer ?

On peut en finir avec les conversations de vestiaire et ranger le double-décimètre ? Apprécions ce que nous avons à sa juste valeur, au lieu de constamment rabaisser nos productions au prétexte qu'elles ne sont pas aussi bonnes que celles du voisin (quel qu'il soit). A force de débattre de la qualité de notre fiction, j'ai l'impression qu'on a fini par créer une sorte d'écoeurement de principe. C'est déjà pas facile de lutter contre les a priori qui se construisent à force d'expériences malheureuses, si en plus on baigne dans une morosité permanente parce que le voisin fait mieux, on ne va jamais y arriver.

Je dis souvent que ma prochaine grande aventure téléphagique sera celle de la fiction française. Faudrait juste qu'elle se libère de ce débat permanent sur son état, pour devenir un plaisir à nouveau.
Pardon pour le coup de gueule, mais je trouve qu'on n'est pas aidés.

Posté par ladyteruki à 17:16 - Point Unpleasant - Permalien [#]

06-05-12

The sign of the six

C'est extrêmement déplaisant, ces saisons courtes. Alors d'accord, proportionnellement parlant, ça donne l'impression de plus de génie à la minute que si la saison était plus longue, mais trois épisodes par saison, Seigneur, c'est insupportable. Bien contente d'avoir attendu un peu et de m'en être enfilé deux en une semaine parce que je ne vous raconte pas les effets de manque et de frustration sans ça. Limite j'aurais ptet encore dû attendre un peu, tiens.
Eh oui, rappelez-vous, le weekend dernier, c'était le bon temps ; je n'avais vu qu'un seul épisode de Sherlock. Et maintenant, le temps a passé, les saisons se sont écoulées, et j'ai tout rattrapé. Tout cela ne nous rajeunit pas. Je vais donc à présent me joindre en parfaite connaissance de cause au flot intarrissable de compliments sur la série, et je ne suis au juste pas certaine d'avoir quoi que ce soit à ajouter qui n'ait déjà été dit cent fois mais... comme disent les British : it bears repeating.

IntimateSherlock-1

Sherlock est, comme son nom l'indique, un hymne au célèbre détective. Le portrait n'a rien de flatteur, car sous les apparences de l'acuité et de l'intelligence se cache le profil d'un grand malade. Si ce n'était pas très grave, voire même franchement classe, d'être un homme, disons, distant, à l'époque de Sir Arthur Conan Doyle, à l'ère de la socialisation constante, c'est le plus grave des défauts, et la série se délecte de cet élément, l'incorpore aussi bien dans ses dialogues les plus légers que dans ses axes les plus dramatiques. Le final de la saison 2 tient justement au fait que Sherlock ne maîtrise aucune des normes qui lui permettraient de vivre en société, John agissant comme son interface avec le monde, son traducteur, sa zone tampon, son auxiliaire de vie... parfois au sens le plus strict du terme quand Watson en est réduit à sortir le téléphone de la poche de Sherlock à sa place. On fait ici plus que flirter avec l'idée que Holmes est totalement inadapté...

Mais à l'instar du docteur Watson qui s'attache à ce personnage pourtant souvent insupportable (au point de le frapper avec tout son amour dans le début de la deuxième saison), nous aussi apprenons à aimer ce grand bonhomme détestable. C'est un procédé pourtant cent fois employé, surtout ces dernières années, pour rendre l'antipathique sympathique, et pourtant cela fonctionne, grâce à la seule chose qui différencie Sherlock Holmes de tous les génies désagréables de la télévision moderne (et il y en a). Parce qu'admettons-le, tout comme Watson, nous sommes fascinés par la créature brillante qu'est Sherlock. Comment ne pas tolérer tout de ce personnage à l'esprit absolument génial ?
C'est la plus grande réussite de la série, au fond : réussir à écrire un personnage dont l'intelligence ne soit pas qu'une caractéristique, mais un véritable trait de la personnalité du protagoniste, s'exprimant constamment et de façon plausible. On réfléchit avec Sherlock et on s'attend à ce que ses fulgurances aient du sens, même quand on n'est pas capable de le devancer (une fois de temps en temps, le scénariste a pitié et nous laisse cependant prendre une scène ou deux d'avance sur lui). Contrairement à tant d'enquêteurs de sa génération télévisuelle, Sherlock réfléchit en temps réel, et ne nous met pas face à des épiphanies cosmétiques qui ne sont là que pour faire avancer la trame ; l'intelligence du personnage est réelle, et elle est humaine. C'est en choisissant de nous faire entrer dans sa tête, et non dans son coeur, que Sherlock parvient à construire un personnage réellement envoûtant, pas en lui inventant des failles ou en décrétant qu'on l'aimerait malgré tout.

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Le mérite n'en revient pas tout-à-fait exclusivement à l'écriture, bien-sûr. La prestation de Benedict Cumberbatch est à peu près tout ce qu'on vous aura dit qu'elle serait : fine, passionnante, magnétique. Tout, sauf sexy car, pardon, mais quand je vois Cumberbatch dans la peau de Sherlock Holmes, je vois un serpent. Depuis le début, mais encore plus depuis le plan ci-dessus.

Souvent extrêmement intériosé, parfois plutôt excentrique, limite outrancier, le Sherlock de Cumberbatch dont la force réside dans le regard, constamment en mouvement. Avec lui, tout se joue dans les yeux et c'est assez terrifiant, le regard de cet acteur qui suit le cours des pensées de son personnage et leur donne vie pour mieux vous aider à accompagner la progression de l'épisode. Feindre une telle intelligence avec succès, tout en assurant le show au propre comme au figuré, n'est pas à la portée de n'importe qui, et il faut admettre que je ne vois pas beaucoup d'autres acteurs britanniques capables d'apporter autant de substance à ce personnage, sans jamais tenter de le rendre un seul instant plus charmeur.

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Et après tout, le charme, c'est ailleurs qu'il se joue. C'est John Watson, alias Martin Freeman, qui en est le dépositaire. Il est l'atout coeur de la série et joue de son côté ours en peluche (ou hérisson, me dit-on) pour nous donner notre dose de soupirs attendris. John Watson est sa mine déconfite, John Watson l'homme à femmes, John Watson le pauvre laquais sous-évalué.

En dépit de cela, John Watson est cent fois plus pervers que Sherlock. C'est un fait établi dans le pilote, en tous cas, même ses manifestations sont plus variables par la suite. Watson n'a pas l'intelligence de Sherlock, il n'a pas son don d'observation, et très honnêtement, il ne sert pas à grand'chose dans le domaine médical non plus puisque les quelques rares passages en laboratoire sont toujours exécutés par le maître lui-même. Mais il se repaît de l'intelligence de son comparse. Il assiste à ses performances et s'en régale, et se faire traiter comme un larbin n'est pas cher payé. D'ailleurs Watson essaye à intervalles régulier de se faire remarquer, mais ce n'est visiblement pas pour son intellect que Sherlock le garde à son service. On est dans une superbe relation voyeuriste/exhibitionniste.

Son attachement grandissant envers son idole, bien-sûr, sera une autre raison de suivre Sherlock. C'est une jolie et tendre histoire d'amitié qui se joue ici (mais il est vrai que je n'ai jamais eu un tempérament de shipper) et qui s'exprime de multiples façons. La loyauté de Watson, parfaitement caractéristique, nous donne l'opportunité de pardonner à Sherlock les pires des excès, qu'en tant que spectateurs nous aurions pu trouver agaçants sans le regard complaisant du docteur.

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Tout grand héros a besoin d'une puissante némésis.
Ma première rencontre avec Sherlock Holmes, comme, je pense, pas mal de téléphages de ma génération, a été par le biais d'un dessin animé qui mettait énormément en avant l'opposition avec Moriarty. J'attendais énormément de ce personnage, et ne vous cacherai pas que la mention de son nom, la toute première fois, a déclenché un tonnerre d'applaudissements de mon côté de l'écran (le premier d'une longue série, pas forcément en rapport avec ce génie du mal d'ailleurs).

Mes attentes ont été comblées, et bien plus encore. James Moriarty est un personnage nerveux, imprévisible, en apparence chétif, et à la drôle de voix, mais il s'avère être exactement l'opposant qu'on attend de lui. En fait, le portrait de ce criminel dérangé et dérangeant est si incroyable, qu'on en vient presque à lui en vouloir à la fin de la deuxième saison de commettre l'impardonnable.
Moriarty est le Hyde derrière le Jekyll de Holmes, l'autre facette d'une même pièce, un message d'avertissement. Rarement deux entités prévues pour être similaires mais en opposition auront été aussi bien dépeintes dans une série.
Plus incroyable encore, grâce à l'interprétation parfaite d'Andrew Scott, Moriarty vole régulièrement la vedette ; on le guette, on l'attend, on se régale de chacune de ses apparitions pourtant de mauvais augure.

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Le danger, quand on s'attaque à un individu aussi célèbre que Sherlock Holmes pour l'intégrer dans le monde moderne, c'est de vouloir faire trop daté ou trop moderne. Sherlock parvient, et c'est à la fois surprenant et naturel quand on connait le talent de son équipe créative, à trouver parfaitement le juste milieu.
Le look de ses protagonistes ou de leur garçonnière a un côté intemporel. Et pourtant, rarement une série aura utilisé avec autant d'intelligence les outils modernes, et en premier lieu les SMS. De ce côté-là, c'est la réalisation qui fait toute la différence. Le choix de rarement montrer des écrans, mais de ne pas nous priver des messages envoyés, et donc de trouver des façons d'intégrer les textes aux images de l'intrigue (ils tournent dans l'espace, s'affichent sur les murs, s'échappent de multiples façon), est parfaitement calculé pour n'être jamais ni en décalage, ni ridicule. C'est un cas particulier qui illustre en réalité la tendance générale de la série à parfaitement se montrer moderne sans jamais l'être de façon ostentatoire. Pas de démonstration de force ici, pas d'envie de prouver qu'on est moderne, juste une façon d'employer naturellement des outils. Sherlock Holmes est un homme de notre époque, même si ses goûts en matière de papier peint pourraient nous faire penser le contraire. Et chaque fois que la série emploiera le plus petit bout de technologie, ce sera toujours avec bon sens et mesure.
D'ailleurs la réalisation est impeccable en toutes circonstances. C'est fou ce qu'on arrive à faire avec la bonne équation de talent, de budget et de talent, non ?

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Alors forcément, seulement six épisodes comme ça, même un peu longuets (j'ai du mal avec le format 90 minutes, je ne vous le cache pas ; il y a plusieurs raisons pour lesquelles je ne suis pas cinéphile, la durée en est une), ça a quand même un sévère goût de trop peu.

Du coup, au lieu d'être indignée par le projet Elementary, je vous avoue que je n'ai qu'une hâte, c'est voir une autre série se frotter au mythe de Sherlock Holmes. Je ne sais pas si c'est parce que je n'ai pas eu envie d'ériger une statue en l'honneur de Benedict Cumberbatch, ou simplement parce que la nuance d'un Watson au féminin me laisse penser qu'on n'aura pas qu'un simple remake officieux de la série britannique, mais je suis toute disposée à être surprise par cette nouvelle vision du personnage et de ses enquêtes, sans lui faire de procès d'intention.
Hey, après tout, c'est bien ce que vous m'avez poussée à faire avec Sherlock, hein. Et je n'ai pas eu à le regretter une seule seconde.

...En tous cas, pas jusqu'à ce que je me retrouve dans l'épouvantable situation de devoir attendre les prochains épisodes.

Posté par ladyteruki à 23:48 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

28-04-12

Want to see some more ?

Comme il est difficile d'aborder une série qui a très bonne presse auprès de la communauté téléphage !
Vous connaissez ça par coeur alors je vous résume la problématique très vite : critiques dithyrambiques, hashtags et slogans en pagaille, et quand les fans commencent à se donner un surnom, n'en parlons même pas ; c'est là que l'enthousiasme général commence soit à vous agacer, soit à vous donner une idée démesurée de la qualité de la série. Voilà comment on se destine à l'échec téléphagique. Si seulement on en entendait un peu de mal, tiens ! ce serait bon signe !

Circonstances aggravantes pour Sherlock en ce qui me concerne : trois épisodes par saison, c'est juste pas possible. J'attends d'une série un minimum d'accoutumance, et trois épisodes, c'est en gros ce qu'il faut pour démarrer une addiction et vous laisser immédiatement ressentir les symptômes de manque pour toute une année. C'est un truc bien British, ça, tiens, les saisons super courtes espacées d'un an ou plus. Insupportable, je crois que je ne m'y ferai jamais.

Ce n'est donc qu'après avoir bien mesuré mon saut dans le vide que je me suis lancée ce weekend : six épisodes, c'est un peu plus raisonnable déjà, et très franchement, la pression téléphagique commençait à nécessiter une résolution dans un sens ou dans l'autre.
Soit la série m'avait été survendue et au terme de ce pilote, on n'en parlerait plus jamais, soit la série méritait son succès critique, et je m'apprêtais à signer pour 6 épisodes, avec une attente de seulement 7/8 mois d'ici la suite (si on part du principe d'une diffusion en janvier). Bon, on commence à être dans un rythme téléphagique dont je peux m'accomoder. Il n'y avait rien à perdre, donc. C'était le bon moment ; ne restait plus qu'à regarder l'épisode et en tirer les conclusions, dans un sens ou dans l'autre.

Iwanttobelieve

Bon bah je vais être honnête avec vous, Sherlock, ça déchire.

J'avoue que j'ai trouvé l'épisode un peu long, notamment certaines parties qui semblaient délayées interminablement au cours de l'enquête ; paradoxalement, le face-à-face de conclusion a duré longtemps mais ne m'a pas donné cette sensation d'étirement artificiel.
Après le saisissant portrait qui est fait du personnage, comment peut-on croire un seul instant que le spectateur puisse comprendre certaines choses avant Sherlock Holmes ?! It's so out of character. Mais c'est à vrai dire le seul défaut de cet épisode inaugural.

Et puis, ces longueurs ne sont heureusement pas trop handicapantes, d'autant qu'elles sont en général meublées par des dialogues formidables. Pour la défense de cet épisode, il n'y a pas que ces scènes un peu longuettes qui sont pourvues de pareil atout : TOUTES les scènes ont des dialogues formidables. C'est pétillant, sarcastique, et constamment intelligent... et c'est véritablement ça, la force de la série, de toute évidence.

Mais il s'agit d'une intelligence qui n'a rien à avoir avec celle dont on peut se repaître dans la plupart des autres séries, vous savez, comme l'intelligence du Président Bartlet dont on se gorge comme de jus d'orange pulpé (non ? que moi ?), mettons, une intelligence saine et agréable, qui vous réchauffe le cerveau et vous donne l'impression de vous enrichir intérieurement.
Non mon Dieu mais quelle horreur.
Ici, au contraire, les personnages sont aussi dérangés l'un que l'autre (Holmes n'a juste pas envie de le cacher ; paradoxalement c'est probablement celui qui apparaît comme le moins malsain des deux), c'est précisément pour cela qu'on les aime, et surtout c'est ce qui les autorise à dire absolument tout ce qui leur passe par la tête sans s'offenser l'un l'autre, bien que cela énerve passablement les plus communs des mortels. En somme, les merveilleux dialogues peuvent exister parce que la personnalité des protagonistes les encourage à être prononcés, mais grâce à ces dialogues si fins, précisément, se construit une excellente dynamique entre les personnages qui entretient la fascination.
Une fascination qui n'a rien de positif ni d'enrichissant, et qui ne fait pas vraiment appel aux meilleures facettes de votre personnalité. Et quel bonheur, justement.

Regarder Sherlock, c'est avoir l'impression pendant 90 minutes d'être plongé dans le grand bain acide de l'intelligence aiguë de ses personnages, et se prendre au jeu. L'illusion fonctionne ; vous avez l'impression d'être leur égal, de partager un peu leur mépris pour les esprits lents qui peuplent l'arrière-plan, de posséder la même acuité, de célébrer morbidement avec ces héros pervers la joie de découvrir la clé d'un mystère macabre.

De fait, tout est un jeu, et rien n'est sérieux, avec Holmes et Watson. On prend un pied monstrueux, au sens propre du terme, en essayant de se mettre à la place de ceux qui commettent des monstruosités. On s'attend au pire et on s'en délecte ; et quelle déception, aussi, quand les gens ne sont pas aussi diaboliques qu'on se l'imaginait, preuve en sera faite à la fin de l'épisode.
En faisant appel à ce que notre cerveau a de meilleur (l'esprit de déduction) et de pire (chaque avancée est forcément doublée de Schadenfreude), Sherlock nous offre une parenthèse pendant laquelle nous pouvons nous permettre d'être tout ce que nous nous efforçons d'éviter de paraître le reste du temps.
Tout ça avec un sens de l'image et du montage irréprochables, et un cast au sommet de son art, histoire de vraiment se régaler à tous les niveaux.

Sherlock, c'est vraiment la série qui est méchamment intelligente, et qui ne vous en veut pas si vous avez l'impression pendant une heure et demie de l'être aussi.
Six épisodes ? Mouais. Ca va à peine me faire le weekend, ça.

Posté par ladyteruki à 23:43 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

04-04-12

White April

Le Black March, ça ne vous aura pas échappé, est maintenant fini. Et tout le défi est de se remettre dans le bain. Déjà qu'il n'est pas forcément facile-facile de suivre un programme téléphagique dense et d'y inclure les nouveautés et/ou pilotes (surtout quand comme moi, on est bien volage en la matière), mais ajoutez à cela un mois de séries à rattraper et ça confine à la folie douce.
Mais agréable, alors on va pas se plaindre.

So far, so good. J'ai pu voir trois pilotes (GCB, Magic City et Bent dont je vous ferai le post si je me déteste), ce qui m'est déjà fort agréable. Il a également été plus rapide de récupérer mon retard sur des séries de format court, et je suis donc à jour avec Happily Divorced, Woodley (dont je suis désormais certaine de faire l'acquisition du DVD à un moment tant cette série est géniale) et House of Lies que je me suis dépêchée de rattraper pour être fin prête au moment du season finale, comme vous le savez. Sont également bien avancés mais pas encore totalement au point Suburgatory et Portlandia.
Rendons grâces au weekend prolongé qui s'annonce, puisque Äkta Människor et The Good Wife seront aussi au programme. On verra pour la suite. Faut quand même avouer qu'il y a du monde dans mon planning, à plus forte raison parce que j'ai bien l'intention d'achever mon Piemarathon (mais je n'ai pas envie de le faire en étant bousculée).

WoodleyCircusWoodley, le petit bijou

Au niveau des évènements de groupe, c'est-à-dire notre Ozmarathon et les séances du Smash Ensemble, on joue pour le moment avec les disponibilités donc ça me fait gagner du temps, si je puis dire. Ce sont des moments conviviaux que j'ai hâte de retrouver, pourtant.

En plus de tout cela, mes intentions téléphagiques sont de reprendre un peu l'exploration des séries britanniques : j'ai un pilote de Sherlock qui n'attend que ça, et j'ai également mis de côté Call the Midwife. On verra bien ce que ça donne mais ça me fera du changement, ça fait depuis la fin de l'année dernière que je n'ai pas eu de coup de coeur pour une série britannique, et ça fait long.
J'ai aussi fait mon marché et déniché une intégrale de saison 1 d'une série française à 3€ à la FNUC, je n'ai jamais vu la série ni d'Eve ni d'Adam (elle n'a à ce jour jamais été mentionnée sur ce blog), et j'ai hâte de pouvoir la déshabiller de son film plastique et tester ce qu'elle vaut. Saurez-vous deviner de quoi il s'agit ?
Si on ajoute la préparation du SeriesLive Show, qui est toujours l'occasion de se rajouter des visionnages en plus (je vous mitonne d'ailleurs un bilan de série pour vendredi, vous m'en direz des nouvelles)... je ne chôme pas, et j'adore ça !

En somme, le mois d'avril est vraiment un moment de joie, de bonheur, de retrouvailles et de petits poussins. Vous saisissez l'idée générale, quoi.
L'une des conséquences indirectes et, ma foi, insoupçonnées du Black March, c'est que je me lance à corps perdu dans plein de séries de toutes parts, pour rattraper ce que j'ai manqué, et que je m'éclate. Je ne doute pas qu'il y aura des conséquences moins positives (certaines séries vont finir abandonnées au bord de la route faute de temps, c'est prévisible) mais pour l'instant, c'est que du bonheur.

Posté par ladyteruki à 23:42 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

02-01-11

[DL] Sherlock

Le premier générique de l'année sera donc britannique (que de chemin parcouru !). Pas forcément le meilleur générique que j'aie vu, mais un bon générique quand même, essentiellement grâce à son thème musical vu que, visuellement, c'est pas absolument sublime. En fait j'aime bien ce qui se dégage des plans de façon individuelle mais, ensemble, ils forment quelque chose d'un peu brouillon et déstabilisant. On ne sait, au juste, pas très bien à quoi s'en tenir avec cette série si on ne l'a pas encore vue.

Sherlock
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Étrangement, je ne sais pas trop pourquoi au juste parce que ça n'a pas grand'chose à voir, mais le générique de Sherlock me fait regretter qu'il n'y en ait pas pour Party Animals (ça doit être le plan du titre, allez savoir). Il y a des séries auxquelles on aimerait bien pouvoir repenser avec un petit générique dans les oreilles, Sherlock a cette chance (et en a besoin vu la distance qui séparera les deux saisons), Party Animals ne l'a pas. Voilà, c'était le paragraphe mélancolique du jour, mais vraiment, ces séries britanniques, elles ont des saisons trop courtes et pas assez de génériques. C'est dit.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Sherlock de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 15:45 - Médicament générique - Permalien [#]


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