ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

09-01-13

Être et avoir été

whisperintherain et moi-même, vous le savez, relevons depuis 5 mois maintenant le défi de l'impossible : reviewer un maximum de pilotes de la saison. Cela inclut, c'était inévitable, des pilotes français, et à la faveur d'une invitation par France 2, je suis en mesure de prendre sournoisement de l'avance sur mon petit camarade, qui ne découvrira le pilote de Tiger Lily qu'à la fin du mois sur la chaîne publique (sitôt qu'il aura reviewé le pilote, évidemment, un lien apparaitra au bas de ce post). Ouais, victoire ! ...Ou bien ?

TigerLilyCrédit photo : Visual Press Agency

En tant qu'habituée de la télévision internationale, je ne me lasse pas de constater combien les télévisions de la planète sont dans une démarche constante d'inspiration mutuelle ; et ça donne des résultats très excitants. Prenez le cas de Borgen, par exemple ; la série est née suite à l'immense impact d'A la Maison Blanche sur son scénariste qui avait été impressionné par la qualité de la série, DR reconnaissant sans honte ensuite avoir voulu lancer "a Danish West Wing". De la même façon, la production de Koselig Med Peis ne s'est pas cachée d'avoir été emballée par Six Feet Under, et d'avoir eu l'idée de s'en inspirer. Ou, tiens, pour changer de coin, il y a aussi Mesudarim, qui se passionne pour la dynamique entre les personnages d'Entourage. Et les exemples sont évidemment nombreux, notamment au Japon où, à absolument chaque saison, on trouve des concepts largement inspirés par des séries étrangères (généralement américaines) totalement revisitées ; on a eu l'occasion de l'évoquer au moment du pilote de W no Higeki.
Pourtant, bien malhonnête celui qui prétendra que ces séries sont des pâles copies des fictions qui les ont inspirées ! Contrairement à de simples et bêtes ressucées, ces séries prennent au contraire la mesure d'un succès américain (mais ça peut se produire également dans l'autre sens), et y apportent quelque chose de "personnel". C'est comme si la série américaine d'origine avait écrit une partition que chacun peut interpréter avec son instrument et son tempo personnel, transformant finalement la mélodie tout en gardant quelques arrangements d'origine.
Téléphagiquement, le processus ne manque pas de poésie à mes yeux. Quand c'est bien fait.

Lorsque Tiger Lily commence, il semble très, très difficile de mettre de côté l'immense paternité de Desperate Housewives ; comment ignorer les similitudes, en effet ? L'épisode commence avec une voix-off suave évoquant celle, policée mais blasée, de Mary-Alice. A la différence que de suicide il n'est ici pas question, et qu'au contraire, les héroïnes de Tiger Lily commencent une aventure dont on pourrait dire qu'elle va vérifier s'il y a une vie après la jeunesse (spoiler alert : oui).
Cependant, pour ses intrigues sur le passé musical des protagonistes, pour la (modeste) présence de flashbacks, et pour les préoccupations quotidiennes de ses héroïnes (comme la personnalité de certaines d'entre elles), Tiger Lily n'est pas qu'une pâle copie. Mais de Desperate Housewives, clairement, elle a hérité beaucoup.
On en conclut ce que l'on veut, tout dépendra de vos sentiments à l'égard de Desperate Housewives, précisément.

Mais d'abord, revoyons l'action au ralenti : Tiger Lily est le nom d'un groupe de rock des années 80, constitué par 4 jeunes femmes, toutes amies. Mais ça, c'était dans les années 80 ; âgées aujourd'hui de 45 ans, Rita, Rachel, Muriel et Stéphane ont poursuivi leur existence sans devenir les rock stars qu'elles se destinaient à être. Comme le leur rappellera un article des Inrocks dans le pilote, leur album fait pourtant partie des incontournables, et elles auraient pu aller loin. Alors qu'est-ce qui a foiré ? Leur manager Theo a trouvé la mort dans un accident d'avion, et elles ont décidé que le groupe disparaîtrait avec lui. Chacune est donc passée à autre chose.
Enfin, pas tout-à-fait. Si aujourd'hui, Rachel est une mère de famille parfaite (bien que limite éprouvante), et Muriel une célèbre présentatrice de talk show tentant de mener de front sa carrière et sa vie familiale, avec sa compagne et le garçon qu'elles ont adopté, de leur côté, Rita et Stéphane s'en sont un peu moins bien tirées. Rita vit dans le passé amoureux qui était le sien jusqu'à la mort de Theo, qui accessoirement est également le père de son jeune adulte de fils ; et Stéphane, elle, seule qui soit encore passionnée par la musique et qui s'est brisée à la suite d'un enchaînement assez catastrophique d'accidents de la vie, pleure au contraire l'excitation de leur carrière musicale. Tandis que les deux premières sont des femmes au niveau de vie plutôt aisé, mais passablement frustrées par les inconvénients de leur succès apparent dans la vie, ainsi que le montrera non sans brio l'excellente séquence d'ouverture du pilote, les deux autres, plus humbles, tentent de faire contre mauvaise fortune bon coeur, même si clairement, elles ne sont pas tout-à-fait heureuses non plus, ayant dû à regret faire une croix sur ce qui importait le plus au monde à leurs yeux voilà 25 ans.

De ses origines à Wisteria Lane, vous le voyez, Tiger Lily a donc hérité d'une formule (quatre femmes dans la quarantaine) et d'une tonalité taquine, parfois douce-amère, ainsi que d'une certaine promptitude à quelques ponctuelles exagérations à vocation humoristique. Mais la comparaison s'arrête là, car nous avons ici affaire à des personnages au mode de vie un peu moins glamour et surréaliste.
Cela rend certains des personnages éminemment émouvants et sympathiques. Si je devais n'en citer qu'un seul, ce serait assurément celui de Rita, dont le coeur et la patte ont été cassés, mais qui n'a pas un tempérament de perdante, et garde une certaine disponibilité émotionnelle envers ses amies ; certainement le plus nuancé de tous les personnages, Rita offrira quelques très jolies scènes à ce pilote, que je vous laisse découvrir. Ses trois consoeurs sont ponctuellement plus caricaturales, mais parfois, je me suis dit que c'était à dessein, comme pour la calme et souriante Rachel dont je devine/suppose qu'elle va progressivement se décoincer un peu. Elles sont, ce qui ne gâche rien incarnées par trois actrices plutôt solides voire franchement touchantes par moments, ainsi que par Lio.

Ce qui lie ces 4 femmes qui aujourd'hui n'ont plus rien en commun, c'est donc leurs jours de gloire voilà 25 ans, qui les ont tenues solidement liées aux autres malgré les changements, les regrets et les rancoeurs (et quelques secrets, mais chut !). Il y a cependant assez peu de scènes proposant aux quatre héroïnes d'interagir toutes ensemble, préférant au mieux favoriser les binomes, ou tout simplement les suivre une par une, ce qui cristallise bien à quel point ce qui les lie est à la fois fort et ténu. Cependant, leur lien d'amitié, bien qu'assez peu exploré finalement (mais l'amitié à 45 ans, c'est forcément différent de l'amitié à 20 ans), est plutôt bien introduit par le symbole récurrent du tatouages qu'elles arborent toutes, et qui est plutôt bien exploité dans le pilote.

En l'espace d'un seul épisode, loin des tracas des housewives, nos amazones sur le retour vont individuellement évoquer de très nombreux thèmes l'air de rien plutôt sérieux, comme la vie de couple, la chirurgie esthétique, le mariage homosexuel, l'adoption, les doutes sur les aptitudes parentales, la religion, la solitude, la prison, la vieillesse, et j'en oublie forcément. J'ai bien dit en un seul épisode. Preuve s'il en fallait que Tiger Lily n'a pas exactement choisi la facilité non plus, même si sa façon d'exploiter ces sujets n'est pas toujours de la plus grande finesse, ni forcément très dramatique.
Quand la productrice de Tiger Lily en dit pour la décrire qu'il s'agit d'une série "souriante", on est en droit de craindre le pire, d'ailleurs. On est en France, après tout, pays où le cynisme a été érigé en valeur suprême ; où l'on a passé les dernières années et un peu plus à blâmer les bons sentiments pour la qualité de nos séries (mais comme en France, on confond régulièrement "feelgood" et niais, forcément...). Il s'avère que certains personnages incarnent assez bien cet esprit sans prise de tête si cher au pays de l'exception culturelle (bah quoi ?! "Soleil levant" c'était déjà pris...), mais d'autres, au contraire, parviennent ponctuellement à s'aventurer sur ces thématiques avec délicatesse ; au final, l'exercice d'équilibrisme est souvent irrégulier, mais il a le mérite d'exister !

Outre quelques dialogues parfois épouvantables et remplis de tics bien français, et même en faisant abstraction d'une actrice dont on se demande sérieusement ce qu'elle fait là, Tiger Lily est parfois très fragile dans sa construction.
Ainsi, l'épisode sous-entend ou évoque régulièrement des faits s'étant déroulés 25 ans en arrière, qu'il ne prend ni le temps d'élaborer, ni de vraiment rendre intrigants (puisqu'il serait parfaitement acceptable d'en repousser l'exploration à l'un des épisodes ultérieurs). A moins que j'aie loupé quelque chose, la façon dont Rita s'est blessée à la jambe ou les problèmes passés de Stéphane sont par exemple totalement passés sous silence, alors qu'on devine qu'il s'agit de quelque chose de fondateur pour ces personnages, qui permettrait de les présenter de façon assez complète. Et en choisissant de repousser très longtemps le moment où elle va nous dire qu'en réalité il y a quelques secrets à révéler sur l'ex-vie de star de ses héroïnes, Tiger Lily ne se rend pas service ; pour que le spectateur se pose des questions, encore faut-il qu'il sache qu'il y a des choses qu'on lui cache (c'est pervers, je vous l'accorde), ce qui n'est pas du tout le cas ici.
Ce que le pilote ne vous dit pas, non plus, car il faut avoir vu le deuxième épisode pour cela, c'est que Tiger Lily fait aussi le choix de ne pas mettre en avant les mêmes personnages de ce quatuor d'un épisode à l'autre. Le pilote fait ainsi la part belle à Rachel, qui va passer au second plan ensuite ; d'ordinaire, j'aime bien ne parler que du pilote dans... une review du pilote, mais il s'avère que cette structure porte préjudice au premier épisode : je l'avais mal compris, pensant sincèrement que Rachel était l'héroïne. Mais si Tiger Lily avait trouvé un moyen d'expliciter son intention de changer le focus d'un épisode à l'autre, j'aurais beaucoup mieux accepté que Stéphane soit par exemple si peu approfondie dans le pilote. De fait, je pourrais avoir envie d'en savoir plus sur ce personnage, mais rien ne m'y encourage à l'heure actuelle.

Pour finir, on peut regretter que si peu de cas soit fait, en définitive, des flashbacks et autres avatars des années 80, qui au lieu de peupler le monde de Tiger Lily, semblent n'y faire que de très, très brèves apparitions. Que la musique ne tienne pas une grande place dans la série, soit (la chaîne trouvait que le rock était trop segmentant, parait-il... quelqu'un peut me dire ce qui ne l'est pas ? Parce que les bras m'en sont tombés !) ; ça veut dire que les personnages ne vont pas se lancer avec un nouvel entrain dans leurs rêves musicaux comme le faisait Rita Rocks, ce que j'espérais un peu, mais je peux le comprendre. Ou alors ce n'est pas pour cette saison, possible aussi.
Que les années 80 soient reléguées à deux scènes par épisode, c'est beaucoup plus dommage... C'était quand même un très bon argument de vente pour Tiger Lily, à la fois pour clamer sa particularité, et pour jouer sur les souvenirs de ses personnages (et donc, hellooo, de ses spectateurs, il faut tout leur dire). En ayant vu deux des six épisodes, je pense ne pas trop m'avancer en disant que les espoirs d'amélioration sont assez minces, et c'est à mes yeux en tous cas une vraie faiblesse. Ca n'aurait pas changé grand'chose au ton, d'ailleurs, simplement accentué l'effet avant/après.

Du coup, personne, je le crains, ne vous parlera de Tiger Lily avec l'excitation qui a été celle, cet automne, des spectateurs d'arte puis Canal+. La série est loin de faire partie des plus pénibles fictions françaises qu'il m'ait été donné de voir, mais si vous pensiez que "jamais deux sans trois" et qu'on allait dégoter la perle de l'année pour France 2, vous êtes en route pour quelques déconvenues. Pendant la projection du pilote, certains membres du public étaient pourtant plus hilares que moi, preuve que j'ai peut-être encore un fond de biais envers les séries françaises (ou envers le jeu de l'une des actrices, dont on ne soulignera jamais assez le désastre qu'il représente).

Si ses intentions sont généralement saluables, bien que parfois teintées d'un poil d'opportunisme, Tiger Lily manque parfois un peu de jus, et de rigueur.
Mais, et c'est là qu'on revient à sa cousine américaine, la série a aussi plusieurs atouts pour se rendre relativement sympathique aux yeux d'un grand public forcément moins téléphage que moi. J'attends par contre au tournant l'inévitable nuée de commentaires qui seront faits sur la prise de position radicale de cette série (diffusée par une chaîne publique) au sujet du mariage pour tous. Rendez-vous le 30 janvier prochain pour voir à quel point...

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:31 - Review vers le futur - Permalien [#]

27-10-12

It's a rich men's world

A Livia, il y a quelques temps, j'avais promis que je lui permettrais de voir le pilote de la série israélienne Mesudarim, dont j'ai acheté les DVD l'an dernier. Chose promise, chose due, j'ai donc rippé mon DVD (avec les sous-titres anglais fournis). Bon, à partir de là, je suppose qu'il y a plusieurs options. Soit je lui envoie le lien discrètement, soit... voyons, est-ce que je pourrais procéder différemment ? Est-ce que, par exemple, il y aurait moyen que d'autres téléphages curieux puissent se faire une opinion sur cette dramédie ?

Bon allez, c'est bien parce que c'est vous, voilà donc un post La preuve par trois, qui, normalement, si vous connaissez le truc (ou au pire, que vous savez que sur ladytelephagy, cliquer un peu partout donne régulièrement de bonnes surprises), devrait vous permettre de faire connaissance avec les 4 potes de cette série bien sympa.
Pour ceux qui, dans le fond, ne se rappellent plus quel est le concept des posts La preuve par trois, rappelons qu'outre une petite surprise à la fin (qui très sincèrement n'est plus vraiment une surprise après pareille intro !), l'idée est de présenter un épisode, ici le pilote de Mesudarim, en trois passages et donc en trois captures, et pas une de plus.
Note : apparemment, certains ont trouvé que la qualité du rip de Srugim n'était pas top. Eh bien, à côté du rip de Mesudarim, c'était de la HD ! Mais dans ce cas précis, ça vient de la qualité du DVD lui-même, où l'image est entrelacée (une capture directe du DVD dans mon post sur le pilote vous le confirmera). Forcément, avec ça on fait pas de miracle ; surtout que mon logiciel de rip semble désentrelacer un peu grossièrement. Cependant, comme je ne pense pas qu'il existe d'autre façon de voir Mesudarim, ou Srugim for that matter, à l'heure actuelle, sans directement acheter le DVD vous-même, c'est un peu à prendre ou à laisser. Mais si vous laissez juste à cause de la qualité de la video, sachez que je vous juge. Oooh oui, je vous juge.

Mesudarim-1
Tout commence donc pour Guy, Tomer, Erez et Berlad quand leur société de jeux video, sur laquelle ils travaillent depuis 10 ans, est sur le point d'être vendue à un groupe d'investisseurs américains (rappelons que la série est partiellement inspirée par le sort de Mirabilis, qui avait vendu ICQ à MSN pour une somme indécente). Cette vente doit leur rapporter un paquet, du moins, ils l'espèrent, mais la vente n'est pas encore faite et l'épisode commence alors que les quatre amis attendent, l'estomac noué, l'appel qui peut changer leur vie.
Contrairement à la majorité des pilotes, Mesudarim ne cherche pas tellement à se lancer dans l'exposition de ses personnages immédiatement, mais plutôt de la situation et de leur dynamique. La personnalité de chacun est un peu vue à la louche, car pour le moment, ce qui se passe est plus rassembleur qu'autre chose, et ce qui les réunit autour de ce téléphone est plus important que ce qui les différencie dans la vie. Mais à travers leur dynamique se dessinent déjà des informations importantes, comme le statut de Guy et Tomer qui semblent les deux tempéraments forts du groupe. Pour moi qui suis généralement friande d'amitiés masculines à l'écran, je dois dire que cette scène d'ouverture est aussi particulièrement savoureuse de par la façon dont cette amitié semble immédiatement très tangible dans la façon dont les personnages se parlent. Comme pour Srugim, les dialogues soulignent vraiment un côté très naturel et authentique, il ne s'agit pas d'une amitié plaquée-parce-que-les-scénaristes-ont-dit, mais de quelque chose d'immédiatement tangible et réaliste. C'est sans doute bien plus intéressant que d'explorer le caractère de chacun, à ce stade.

Mesudarim-2
La seconde partie du pilote, qui débute avec le générique (dans le pilote, ce générique fonctionne comme un outil narratif à part entière ; d'ailleurs j'en ai profité pour reuploader le générique, que vous pourrez retrouver ici), consiste donc à prendre le temps de découvrir les personnages. Pour cela, nous allons suivre leur première journée en tant que nouveaux riches. Et ils vont faire la même chose que vous et moi si nous touchions un gros pactole : s'assurer que l'univers entier sait désormais que leur statut a changé. Ou plutôt, c'est Tomer qui semble le plus décidé à faire valoir son nouveau statut, les autres le suivant dans ses coups de tête. Ils vont donc payer une petite visite au banquier qui gèrait leurs prêts, s'offrir un déjeuner dans l'un des plus chers restaurants de la ville, etc... Vous pouvez également voir dans la capture ci-dessus que Tomer se paye une nouvelle voiture.
C'est là justement que le propos de Mesudarim commence : il ne s'agit pas seulement de raconter la vie de 4 copains, ou de 4 copains riches. Il s'agit de parler de 4 copains nouvellement riches. Et chacun, à la lumière de sa personnalité et de sa vie "avant", va réagir différemment ; on sent aussi progressivement monter l'inquiétude autour du comportement de Tomer, jusqu'à une apothéose que je vous laisse découvrir. Chacun commence à faire ses premiers achats, monter ses premiers plans. La question "et maintenant ?" commence à poindre son nez, et sous couvert d'échanges vifs et drôles, nos amis commencent à sentir qu'être pêté de thunes, c'est sans aucun doute génial, mais ça les met aussi face à certaines choses, à travers les gens à qui ils veulent faire profiter de leur argent...

Mesudarim-3
A la fin du pilote de Mesudarim, toute l'exposition est faite. Situation, dynamique, personnages, perspectives... Tout y est. Et tout ça dans une atmosphère d'amitié sincère mais pas prise de tête. C'est ce que symbolise très clairement la dernière scène finale, de par l'endroit où elle se déroule comme des réactions de chacun. A ce stade, tout le monde est dans ses habits, et on a quelques pistes sur ce qui se déroulera probablement dans les épisodes suivants.
Désormais le spectateur sait exactement à quoi il a affaire, et l'épisode lui propose de finir son travail de mise en bouche par un aperçu de ce à quoi ressemble l'ambiance au sein de ce petit groupe, pendant une soirée tranquille entre potes, alors que ceux-ci ont atteint un stade plus calme que pendant les premières heures de leur fortune nouvelle.
Ferez-vous ce chemin avec eux ?

Je l'ai fait pendant une saison (je me suis promis de regarder la seconde un jour, évidemment j'ai jamais pris le temps, mais l'envie ne m'a pas manqué) et je ne le regrette pas. A présent, c'est à vous de voir si vous voulez tenter de faire un bout de chemin avec ces quatre gars.
...Et bien-sûr, n'hésitez pas à me donner votre avis sur ce pilote : plus il y a de points de vue, mieux c'est !

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Posté par ladyteruki à 22:52 - La preuve par trois - Permalien [#]

22-09-12

[DL] Ta Gordin

Israël semble avoir le vent en poupe aux USA. Jusque là, peu de projets de remakes US avaient réussi à faire séduire un large public (In Treatment est resté assez confidentiel, The Ex-List et Traffic Light ont été de cuisants échecs...), mais grâce à Homeland, et son buzz retentissant, les lignes sont en train de bouger. D'abord c'est Hatufim qui en a profité, obtenant même une commercialisation en DVD puis une diffusion en Grande-Bretagne ; désormais les vannes sont ouvertes pour plein d'adaptations.

Les Américains choisissent peut-être un peu mieux les projets à adapter, aussi : sont dans les tuyaux des versions américaines pour Asfur, Timrot Ashan (ça fait un bout de temps, mais pendant un moment on n'en entendait plus trop parler) et maintenant Ta Gordin. J'en oublie probablement. Je suppose aussi que Clyde Phillips va déterrer son projet d'adaptation de HaEmet HaEroma dans la foulée, enfouie dans un tiroir de HBO. C'est Ben Silverman qui doit être content, lui qui depuis trois ans fait son marché dans les formats locaux unscripted et parfois scripted...
J'ai l'impression que, de la même façon que les Américains adaptent uniquement des polars scandinaves, ils ont découvert un filon avec Hatufim, celui du thriller, et désormais ils vont s'ingénier à épuiser le filon comme si la télévision israélienne n'avait rien d'autre à proposer. Hey, je ne me plains pas : ça va apporter un éclairage sur la fiction israélienne, peut-être faciliter l'accès à certaines séries du catalogue, et je dis tant mieux. De la même façon que la fiction scandinave est devenue juste un chouilla plus accessible maintenant que les chaînes achètent des séries... même si ce sont quand même souvent les mêmes genres qui reviennent. L'essentiel c'est d'entrouvrir la porte, après tout.

Et puis, pour fréquenter ce blog et m'avoir vue me répandre sur certaines horreurs commises par des remakes, vous le savez : une adaptation, ça se choisit avec précaution, on ne peut pas tout adapter. Et quand bien même, encore faut-il savoir comment l'adapter.
Pour le moment, les comédies ou dramédies israéliennes n'ont pas fait leurs preuves, ce qui tend à indiquer qu'Asfur ou Zanzuri ne sont pas des succès assurés, et peut-être même que ces projets ne verront jamais le jour (dans le cas de Zanzuri, c'est même à espérer parce que nom d'un chien que c'est mauvais). J'ignore où en est le développement du remake de Hahaim Ze Lo Hakol pour CBS, mais l'absence de news depuis plusieurs mois est à mon avis également de cet ordre.
Il y a aussi des séries israéliennes qui sont vraiment incroyables, avec des pitches réellement originaux, mais qui sont impossibles à adapter hors de leurs frontières. On a parlé récemment de Srugim ou de Kathmandu, et ce sont de parfaits exemples de ce problème, avec Yehefim dont il faut que je vous cause à l'occasion ; une grande part de ce qui fait leur intérêt (la question religieuse) est justement ce qui fait que ces séries sont difficilement exportables en tant que formats. En revanche, il y a des dramas qui pourraient très bien faire la transition, comme Nevelot (d'ailleurs on avait vu le générique ici, si vous voulez) ou Blue Natali (c'était en projet à un moment ou j'ai rêvé ça la nuit ?) qui sont les premières à me venir à l'esprit. Peut-être même qu'à la place de Dani Hollywood, la CW devrait essayer d'adapter HaNephilim, aussi.
Cependant, si Timrot Ashan (dont la qualité de l'original est indiscutable) et/ou Ta Gordin réussissent leur implantation aux USA, on pourra considérer que l'essai est transformé, et d'autres s'engouffreront alors peut-être dans la brèche...

Du coup, pour célébrer cette perspective réjouissante, aujourd'hui je vous propose le générique de Ta Gordin, un bon petit thriller d'espionnage où, encore une fois, se pose la question du patriotisme : entre trahir ou servir la Nation, il faudra choisir. Comme je vous le disais, les projets US jouent la carte de la sécurité après Homeland...

Je me demande comment la version américaine (apparemment baptisée M.I.C.E.) va gérer le problème de la langue russe dans les épisodes ; dans la série originale, les dialogues en russe sont fréquents, assez longs, et les spectateurs israéliens peuvent les suivre avec des sous-titres (cela étant, je n'ai encore jamais vu un épisode de série israélienne diffusé sans sous-titres, donc les spectateurs sont habitués...), mais j'imagine mal ça dans une série américaine, pourtant il semble difficile, vu le pitch, d'y couper.
Cela dépendra peut-être de la chaîne qui achètera le projet puisque pour le moment cette information m'a échappée ou est tout simplement inconnue ; une chaîne du câble pourra envisager une série réellement bilingue, un network, ça semble très difficile. Mais de toute façon, le pilote de la série est bien trop bavard pour un network.

Bon, je vois que je m'étends sur le sujet, faut m'excuser, c'est l'enthousiasme... mais on avait dit qu'on parlait du générique de Ta Gordin, hein ! Alors on y va.

TaGordin
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !


Très sincèrement, ce n'est pas le générique préféré de ma collection. Essentiellement parce qu'il est assez opaque sur l'esprit de la série. On peut y piocher quelques indices sur ce qui se dit dans Ta Gordin, en matière d'espionnage, mais très franchement, ça reste très difficile d'accès tant le générique couvre des choses très variées et parfois même contradictoires en apparence.

En revanche j'aime beaucoup la musique. C'est le genre de titre un peu hybride qui reste en tête, qui est un peu électronique, un peu mystique, et qui fonctionne incroyablement bien. Ca reste bien en tête (mais c'est impossible à fredonner), aussi. Je trouve ça efficace en diable. D'ailleurs ça me rappelle un peu, dans un style musical différent, ce qui est accompli à première vue par le générique de Homeland (si l'on omet le fait que le générique de Homeland a aussi pour fonction de nous faire entrer dans la tête de Carrie), assez brouillon mais entêtant quand même.

Alors, de la même façon que Ta Gordin pourrait prochainement être repris sur les écrans américains parce que, tout d'un coup, d'autres ont envie de dupliquer le modèle qui a réussi pour Homeland, on n'est pas vraiment dans la surprise avec ce générique, pas plus qu'on ne l'est, à vrai dire, avec la série elle-même. Pour autant, puisque les USA se sont décidés à piocher dans le catalogue israélien pendant quelques temps (ça durera le temps de la période de grâce de Homeland, je présume), c'est quand même bien sympa d'entendre un peu parler des originaux.

D'ailleurs je me suis souvenue cette semaine que j'avais promis à Livia de mettre le premier épisode de Mesudarim (avec sous-titres) à sa disposition... Et dés que j'ai fini Srugim, je fais un sort à mon DVD d'Avoda Aravit, aussi. Alors, vous le voyez, on n'a pas fini de parler de séries israéliennes dans le coin !

Posté par ladyteruki à 16:24 - Médicament générique - Permalien [#]

09-09-12

Observe le jour du Sabbat

Srugim-logo

Cet été, j'ai fini par le faire.
Ca faisait deux ans que j'avais repéré les DVD avec sous-titres de Srugim, mais entre le prix et le fait que la série n'était pas finie, je restais hésitante. La première saison de Srugim était deux fois plus chère que l'intégrale de Mesudarim sur le site d'Israel-catalog, par exemple, un coup à vous dissuader même les téléphages les plus dépensiers ! Et puis, quand il a été clair il y a quelques mois que Srugim n'aurait pas de 4e saison, les choses ont commencé à être plus claires pour moi. Finalement, j'ai cassé ma tirelire le mois dernier pour m'offrir l'intégrale de la série.

Sur Srugim, j'avais entendu tout et son contraire. C'est que, il faut que je vous explique : c'est une série israélienne où il est fortement question de religion. Pour polariser les réactions, on imagine difficilement plus efficace. Régulièrement qualifiée de "Friends juive" (un qualificatif ridicule par essence vu qu'il s'agit d'une série dramatique) ou "Sex & the City juive" par plusieurs rédacteurs occidentaux qui visiblement se lisent les uns les autres avant d'écrire au lieu de regarder les épisodes (je n'ai pas fait exception), la série était auréolée d'un certain mystère, mais se montrait aussi alléchante de par son sujet particulier (surtout pour une goy), le fait que les personnages soient ouvertement très religieux (et sionistes), et le succès qu'elle semblait trouver.
Et puis, aussi j'avais cagoulé le générique, je le trouvais très doux et réussi, et vous savez ce que c'est, parfois un générique peut vous conquérir et vous rendre terriblement curieux.

Alors allons-y pour les présentations, histoire d'essayer de tous comprendre de quoi on parle. Srugim est l'histoire d'une bande d'amis (3 femmes et 2 hommes), qui sont tous des juifs orthodoxes vivant dans le quartier de Katamon, à Jérusalem, qui est apparemment devenu LE quartier où vivre pour les célibataires orthodoxes. On peut y vivre selon les rites exigeants de sa foi sans difficulté... tout en y cherchant l'âme soeur.
C'est en effet le problème essentiel de ces jeunes gens : dans une communauté qui accorde énormément d'importance à la famille, être célibataire est supposé être une situation temporaire, certainement pas un état et encore moins un mode de vie. Chacun ressent donc cette pression de devoir trouver la personne avec qui il ou elle passera sa vie. Il s'agit donc de rencontrer quelqu'un de l'autre sexe à tout prix, dans une culture qui pourtant ne favorise pas le mélange des sexes, et ce dans tous les sens du terme. Forcément, entre une pratique religieuse stricte et des aspirations de romance, l'équilibre est difficile à trouver.
La question est d'autant plus aigue qu'on est au 21e siècle, que les mariages arrangés sont tombés en désuétude, que les années d'étude repoussent d'autant l'entrée dans le monde adulte, et que les femmes ne sont plus autant soumises à leur époux. Autant de raisons qui font qu'il est plus compliqué pour cette génération de trouver chaussure à son pied, par rapport aux précédentes.

Cela rend d'ailleurs Srugim bien plus intéressant que la plupart des histoires de célibataires, ne serait-ce que par principe : la question n'est pas juste de faire des rencontres et de trouver quelqu'un (et d'essayer un temps, de voir que ça ne marche pas, puis de répéter la manoeuvre jusqu'à ce qu'enfin on finisse par se marier), mais bien de trouver quelqu'un qui partage les mêmes valeurs, et que ces valeurs se construisent à tâtons, en s'appuyant sur une croyance religieuse commune, mais que chacun développe ses propres critères personnels à partir de là.
Et dés le pilote, Srugim montre bien que finalement, la religion n'est qu'un outil pour faire le tri dans les opportunités qui se présentent, mais ne représente pas le critère unique à partir duquel choisir un ou une partenaire pour la vie.

Tout commence pour Srugim alors que Yifat et Hodaya, deux colocataires partageant un appartement entre filles (vivre avec un homme hors des liens du mariage est évidemment inimaginable), discutent au petit déjeuner. On ne comprend pas tout de suite de quoi elles parlent, mais ce qui est sûr, c'est qu'il est question d'un mec (et ça c'est clairement universel !).
Progressivement on comprend que Hodaya est retombée sur un type pour lequel elle avait le béguin plusieurs années en arrière, mais dont elle n'a finalement pas gardé un bon souvenir ; elle est retombée sur lui récemment et se demande si ça vaut le coup qu'elle le revoie, puisque, ne la reconnaissant pas, il l'a invitée à sortir. En attendant que Hodaya prenne sa décision, Yifat, elle, participe à une rencontre de speed dating, et y rencontre un type charmant, Nati, qu'elle avait rencontré brièvement quelques années en arrière lors d'un séminaire de Bnei Akiva. Le courant passe très vite entre eux et ils décident de s'éclipser pour aller prendre un café ; si sur le coup, le fait que Nati soit médecin était un bon point pour lui, manque de chance : il est bipé alors qu'ils n'ont fait que trois pas. Yifat invite alors Nati à venir pour le dîner du vendredi (erev shabbat), veille du samedi chômé et donc repas très important dans la communauté juive.
Cette exposition cède la place à celle de Reut, dont on ne comprend pas immédiatement en quoi elle est liée aux précédentes. Reut est en train de déjeuner avec un homme qui lui annonce d'abord qu'il vient d'être promu vice-président, ensuite qu'il a maintenant l'argent nécessaire pour se marier. Mais la belle Reut n'a pas l'air très émue par cet argument (et pas tellement plus par le "ça fait déjà 5 mois que nous sortons ensemble", ça nous faisait un point commun) et prend la mouche : ils avaient déjà l'argent de se marier, s'ils le voulaient. Son argent à elle. Mais le bellâtre a attendu de gagner autant d'argent que Reut pour faire sa demande. Le goujat sexiste n'aura pas le temps de récupérer sa mâchoire que Reut aura déjà refusé sa proposition de mariage et rompu avec lui. Visiblement, c'est le retour à la case départ.
Enfin, on apprend que Nati a emménagé avec son ami Amir. Ce dernier vient de divorcer et, étant d'un naturel peu affirmé, a laissé tout l'électro-ménager à son ex (mais fort heureusement, il a pu récupérer le Talmud, petit veinard !). Qui plus est, il est professeur de grammaire, ce qui tout de suite brosse un portrait d'homme réservé voire soumis...

Ce qui est fascinant avec les personnages de Srugim, c'est que bien que faisant partie d'une communauté ayant un socle de valeurs et bien-sûr de croyances en commun, ils ne sont pas taillés dans le même moule. Cela permet d'avoir des nuances intéressantes. Ainsi, avec son salaire apparemment élevé, et surtout sa petite pointe d'aggressivité, Reut est une femme très affirmée, avec beaucoup de répondant, et dont le regard lance de la foudre en quasi-permanence. On sent que de son côté, Hodaya est une femme très indépendante, qui prend du recul vis-à-vis de sa religion (elle est fille de rabbin mais spécialise son cursus universaire en "Biblical criticism") et peut-être même aussi certains préceptes ; elle n'est par exemple pas du tout choquée à l'idée de faire dormir un homme à la maison, même en tout bien tout honneur. A l'inverse, Yifat, sans être une romantique niaise, n'a de toute évidence qu'un objectif, rester aussi sage que possible en attendant de trouver son futur époux, et est très attachée à ses principes ; c'est une personne indépendante, mais elle a une forme de fragilité et d'insécurité qui la rend très touchante. Du côté des garçons, on aura l'occasion de brièvement voir quelques rustres machistes se faire éliminer rapidement de la vie des filles ; Nati, lui, est un type à qui tout réussit, qui ressent la pression du mariage, mais qui n'a pas l'air de comprendre qu'il souffle le chaud et le froid. Quant à Amir, c'est purement et simplement un paillasson, mais on sent qu'il a bon coeur et qu'il n'est pas totalement idiot, il est juste plus vulnérable suite à son divorce.
Là où, dans une série, on a souvent un personnage aux valeurs morales plus rigoureuses, ici, on en a donc cinq, et cela permet d'éviter la caricature, tout en abordant les problèmes de ces célibataires sous plusieurs angles.

Après l'exposition des personnages, qui passe par plusieurs autres scènes dont je vous fais grâce, mais qui ne font que confirmer nos premières impressions, Srugim se lance dans une longue soirée, celle du vendredi.
Yifat a en effet mis les petits plats dans les grands pour impressionner Nati (lequel a d'ailleurs demandé s'il pouvait amener Amir), et c'est là qu'on apprend donc que Reut participe également à ce repas du vendredi. Jusque là on ignorait qu'elle était amie avec les filles, mais elle se montre là encore très assertive, prenant la direction des opérations pendant les prières rituelles alors que les garçons n'ont pas trop l'air de savoir comment se comporter en présence des filles.

La séquence du dîner, si elle lançait quelques axes pour l'avenir (Yifat qui aimerait bien que Nati la réinvite, Nati qui en réalité a des vues sur Hodaya, Reut et Amir qui ne pourraient être plus différents et qui se prennent le bec...), m'a surtout rappelé la dynamique des dîners du vendredi de Gilmore Girls. En cela qu'on comprend que cela peut aisément devenir un rendez-vous, et donc un gimmick, permettant de régulièrement mettre les personnages ensemble, de faire éclater les conflits, bref, d'éviter que les choses marchent par tandem. La tentation serait grande, sans ce rituel de veille de sabbat, de se contenter de faire interagir Yifat et Hodaya, ou Nati et Amir, simplement parce qu'ils vivent ensemble, ou bien Nati et quiconque finira par sortir avec lui, simplement parce qu'il y a une relation amoureuse. Ce qui fonctionne comme une utilisation évidente du contexte religieux est donc un merveilleux outils pour les scénaristes, afin de forcer tout ce petit monde à se parler ensemble. Alors même que la culture de la mixité n'est pas très prégnante... C'est bien joué !

Srugim-promo

Le revers de la médaille du contexte si particulier de Srugim, puisqu'il s'intéresse à une communauté religieuse orthodoxe dont les usages ne sont pas forcément connus du grand public (et a fortiori du grand public non-juif), c'est qu'il nécessite une grande dose de concentration. Si vous n'avez aucune éducation religieuse juive, comme c'est mon cas (non, avoir vu l'intégrale d'Une Nounou d'Enfer huit fois ne compte pas), vous ne connaissez pas grand'chose des rites qui sont mentionnés ou montrés comme des évidences pendant l'épisode. De nombreux noms propres, également, se rapportant à la scène religieuse, à l'instar de Bnei Akiva que je citais plus haut, sont lancés hors de tout contexte (je suis bien contente de n'avoir jamais tenté la VOSTM, car la VOSTM marche essentiellement grâce au contexte !). De ce côté-là, le grand public en Israël n'était, je pense, pas trop perdu.
Mais ce qui est intéressant dans le succès de Srugim, c'est que même ce qui est propre aux orthodoxes ne fait l'objet d'aucune sorte d'explication. Et finalement cela rend les choses plus belles dans le déroulement des épisodes, et confère à la série une aura qui lui permet de sortir de la trivialité coutumière des histoires d'errances amoureuses.

En regardant Srugim, j'étais tentée parfois de tout mettre en pause pour aller rechercher un terme spécifique (beaucoup de mots d'origine religieuse ne sont pas traduits dans les sous-titres), et je ne savais pas toujours si mon handicap était dû au fait que je ne suis moi-même pas juive, ou au fait que la série a décidé de ne rien expliquer dans le domaine sacré. Finalement je ne l'ai pas fait, j'ai été au bout de l'épisode en acceptant qu'il y ait quelques petites choses qui m'échappent.
En fait, je crois que c'est aussi ce qui fait que Srugim fonctionne : l'universalité se loge dans le fait que même si dans la pratique, il y a des choses qui nous échappent pour tout ou partie dans la pratique religieuse de ce petit groupe, ils ont quelque chose de très accessibles sur un plan humain. La façon dont Hodaya remet en cause certaines choses, le petit côté féministe de Reut, la pétillance un peu triste de Yifat qui est tendue vers un seul but, la façon dont Amir s'excuse en permanence, ou la froideur de Nati, sont les meilleures portes d'entrées dont on pouvait rêver pour aborder la série.

Et puis, la série est incroyablement sereine dans son déroulement. Pas tellement à cause de l'angle religieux, mais parce qu'une grande importance est donnée à l'impression de naturel, et parce que même pendant les moments de crise il n'y a aucune sorte d'hystérie (c'est assez frappant sur la fin). Il se dégage de l'ensemble un grand sentiment d'équilibre, de calme, et de modération. C'est très appréciable (et confirme que la série n'a pas grand'chose de commun avec Friends et Sex & the City du côté du ton, du jeu ou des dialogues). On est dans un drama d'une grande sobriété, qui a donné la priorité à ses personnages mais qui ne veut pas les mettre en scène de façon théâtrale, et qui sait user des silences, des regards, et même (je crois que c'est le plus précieux), des dialogues prononcés d'une voix détendue.
Le monde de Srugim a quelque chose de très réaliste, pour autant que je puisse en juger, en tous cas d'authentique et de paisible, où les personnages apparaissent en fait comme des personnes. Ils ne sont pas écrits, ils respirent. Srugim pourrait presque être un documentaire, pour un peu.

A la fin de l'épisode, je me suis dit que ce serait sûrement très agréable de passer du temps avec ces cinq personnes, parce qu'ils ont l'air tellement normaux, tellement réels, tellement palpables, que je n'aurais presque par l'impression de regarder une série, mais juste d'être à leurs côtés. Et maintenant que j'ai l'intégrale, vous pensez bien que je ne vais pas m'en priver.
Ah non, c'est parfait ça alors, merci. Un coup de coeur en pleine rentrée US, vraiment ça m'aide beaucoup, tiens !

Posté par ladyteruki à 00:37 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

02-03-12

Black March : ah oui tiens, et, au fait, pourquoi ?

BlackMarch

Nan parce qu'on déconne, on déconne, mais le Black March c'est pas juste un défi, comme ça, pour voir si on a de la volonté, pour se tester et ne pas télécharger alors que c'est possible (ô combien). J'ai déjà tenté le défi du "nan mais je vais pas télécharger pendant une période définie", au fait. Je sais que je le peux (au moins une semaine). Je n'ai rien à prouver.

Sauf qu'il ne s'agit pas simplement de ne pas télécharger : il s'agit de ne rien acquérir, ni légalement ni illégalement. De refuser de consommer des produits culturels pour montrer qu'à un moment, ça commence à bien faire d'être pris pour des... nan mais vous savez quoi, on va rester polis, en fait.
Outre l'évidente diète que cela implique, surtout pour quelqu'un qui tutoie tous les vigiles de la FNUC du coin et qui passe plusieurs heures par jour à écrire et réfléchir sur ce qu'elle passe plusieurs heures par jour à regarder, c'est donc avant tout un acte de revendication. Ou de désespoir.
Ou des deux.

Concrètement, on pourrait réduire la problématique à la suivante : le téléchargement VS l'achat légal.
Ce n'est pas tout-à-fait ce que couvre le Black March, il faut le noter : il s'agit plutôt de manifester le mécontentement de consommateurs qui se sentent pris pour des vaches à lait sans option légale satisfaisante pour accéder à des contenus, et qui voient le système répressif s'accentuer sans contrepartie aucune. La nuance a son importance.
Mais la pomme de discorde peut en gros se résumer à ce problème de l'illégalité contre la légalité.

Evidemment le sujet du téléchargement est vaste. Et, même si j'ai pu l'aborder plusieurs fois par le passé dans ces colonnes, je voulais le faire de façon aussi complète que possible, car les débats récents soulevés par le Black March (de façon plus ou moins explicite), avec différents interlocuteurs et sur divers supports, m'ont fait réfléchir à ma position sur pas mal d'aspects du téléchargement, parfois pour la réviser... et souvent non, il faut bien le dire.
Alors pour évoquer cette question sous un maximum d'aspects, je me suis assuré l'aide d'un producteur de télévision qui interviendra au cours de ce post, j'ai nommé : feu Stephen J. Cannell. A charge pour lui de se faire (selon les points de vue) l'avocat du diable ou au contraire la voix de la raison.
J'espère que je n'aurai pas à payer de droits sur l'utilisation de sa photo, mais en même temps, vu que les lois contre le téléchargement se foutent comme de leur première lettre de mise en demeure des copyrights dans le domaine photographique, je ne me fais pas trop de soucis.

Mais d'abord, commençons par le début : pourquoi je télécharge ? Parce que, oui, j'achète, c'est sûr. Mais je télécharge aussi. Alors pourquoi ?

Je télécharge parce que je ne peux pas me permettre financièrement d'acheter TOUT ce que je regarde.

Cannell_1

Merci Stephen, c'est très vrai. Je me rappelle d'ailleurs qu'à l'époque où je n'avais pas d'argent pour manger, je m'en passais aussi. Comme quoi il n'y a pas de vrai besoin fondamental dans la vie, ce n'est qu'une construction de l'esprit.
Dieu merci aujourd'hui, je n'ai plus à faire ce sacrifice et je peux me payer un deux pièces pas dégueulasse en proche région parisienne (ça n'a l'air de rien mais ça coûte quand même un méchant bras), de quoi remplir un frigo rhétorique (parce qu'en réalité j'ai pas encore de quoi me payer un frigo, mais en tous cas je mange à ma faim), et 2 ou 3 DVD ou livres à la fin du mois quand ya pas eu de tuile. Je n'ai hélas pas souvent le budget pour plus. J'ai déjà de la chance, dans mon entourage tout le monde ne peut pas consacrer autant.
En fait je ne devrais pas appeler ça un "budget culture", mais plutôt "somme rescapée à la fin du mois", parce que si je veux être totalement honnête, entre une visite chez le médecin (plus les médicaments) par-ci, ou une facture un peu plus corsée que d'habitude par-là, mon "budget culture" se calcule en regardant le nombre d'euros qui me séparent du découvert à la fin du mois, quand le reste est payé. "Mon budget culture" a, soyons honnêtes, remplacé le concept d'épargne. En gros, je ne suis pas SI privilégiée. Mais voilà, j'aime bien acheter quand même, alors déjà, j'ai fait un choix. Je ne cherche pas les médailles en disant cela, mais c'est aussi ça la réalité du consommateur, Stephen, et c'est ptet pas complètement idiot de le rappeler. Oui, une Porsche à 10 000 euros, on peut considérer que ce n'est pas cher pour ce que ça vaut, mais c'est encore trop cher pour la plupart des budgets, si tu veux, et faire mine de l'ignorer, et exiger que les gens déboursent de l'argent qu'ils n'ont pas, ce n'est pas une façon de réfléchir qui fait avancer le Schmilblik.

Et pourtant je télécharge. Je télécharge parce que soyons honnêtes, je suis une passionnée et j'ai de GROS besoins, comme ces gens au métabolisme capricieux (j'ai une cousine comme ça) qui ont besoin de faire 5 repas copieux par jour, juste pour ne pas tomber d'inanition.

La vérité c'est que je pourrais consommer moins, évidemment.
Après tout, la passion pour les séries télévisées, ce n'est pas la même chose que la faim, la vraie. On peut comprendre qu'on vole à manger, mais voler de la culture ? La culture n'est pas une nécessité pour vivre, si ?
Mais c'est aussi là qu'on touche à quelque chose qui me semble important : la culture ne devrait pas être optionnelle.
Regarder des séries, cela ne forme évidemment pas l'alpha et l'omega de la culture, mais cela en fait partie (et puis c'est difficile de se poser en artiste volé si on n'accepte pas que la télévision soit de la culture, ya une histoire de beurre et d'argent du beurre, littéralement). Mais cela peut s'appliquer à tout ce qui est téléchargé : cinéma, musique, livres... et si on commence à dire qu'on n'a pas à espérer avoir accès à la culture qu'on ne peut pas acheter, on commence à tenir des propos qui me dérangent énormément, Stephen. Parce que sans téléchargement, on laisse quoi comme option aux gens ? Le bombardement par des chaînes comme TFhein d' "oeuvres" qui sont rentables, et donc par définition, s'adressent au plus petit dénominateur commun. Si on n'admet pas que les gens aillent chercher plus loin que ce qu'on leur enfourne dans le bec à coups de rotation lourde sur les stations de radio musicales, et de diffusion charcutée les grandes chaînes de télévision, on détruit même le concept de culture pour tous. On admet que la culture n'est pas accessible à tous. Et c'est une idée qu'on pouvait faire semblant d'accepter sur le principe jusqu'au siècle dernier, et avant internet, mais qui aujourd'hui n'est plus acceptable une seule seconde, parce qu'on sait qu'en téléchargeant illégament, on pourrait avoir accès à la culture. Alors pourquoi accepter de rester dans l'ignorance ? Que se passe-t-il, Stephen, si les séries qui passent à la télévision, je ne les aime pas ? C'est TFhein sinon rien ? Que se passe-t-il, Stephen, si la musique que j'aime, aucune radio ne veut la diffuser ? C'est Lady Gaga ou le silence ? Je me prive de télévision et de musique ? Parce que je n'ai pas l'argent de faire autrement ?
La culture, c'est une façon de s'éduquer au monde. Et l'éducation, on est tous d'accord pour dire qu'on devrait ne pas dépendre de ses ressources financières pour y accéder, non ?
La variété de l'offre culturelle devrait être inscrite dans la Constitution, selon moi. Mais on m'écoute jamais quand il s'agit d'amender la Constitution.

Et puis, pour être tout-à-fait honnête, Stephen, toi et tes congénères (les vivants, en particulier, qui manifestent une plus grande cupidité) n'avez pas vraiment envie que je consomme moins. Vous n'avez pas vraiment envie que je réduise ma consommation, particulièrement dans le milieu de la télévision ou, comme dans celui du tabac, on espère bien que je vais avoir envie de toujours plus de paquets de cigarettes par jour, quitte à taper une clope à droite ou à gauche, et certainement pas que j'apprenne à être une fumeuse occasionnelle.
Soyons francs : la télévision fait ses thunes sur la quantité d'épisodes vus et sur l'appel d'air que cela induit lorsqu'une série s'arrête et qu'une autre commence. Du jour où un fan de séries se dit "ouais, bah tu sais quoi, après Buffy j'ai jamais vraiment pu accrocher à nouveau à une série", il est perdu pour l'industrie ; quand une personne est prête à regarder toujours plus, c'est là qu'elle est intéressante, comme en témoigne la multitude de spin-offs pour des séries procédurales qui ont pendant une bonne et large décennie bien profité ouvertement de ce phénomène jusque là exploité avec plus de discrétion. De la même façon que l'industrie agro-alimentaire rajoute du gras et du sucre pour donner envie aux gens de plus de gras et de sucre, et les gens qui fabriquent des séries espèrent bien que mon appétit ne va pas être satisfait de si tôt, et que je ne vais pas un seul instant envisager de consommer moins.
C'est le jeu, Stephen. Je ne me plains pas. Je sais que je suis encouragée dans une certaine forme d'addiction et que ça fait tourner ton industrie. Je pars du principe qu'à ce stade, c'est un crime sans victime : toi et les tiens faites votre beurre, et moi j'ai mon content de séries, et c'est un de mes péchés mignons comme d'autres ont l'alcool ou le shopping, finalement. Nous sommes, sur le plan de l'encouragement à l'addiction, deux entités adultes et consentantes, bien qu'un peu co-dépendantes.

Le problème c'est évidemment que, toi, Stephen, tu as une super série à me vendre... mais que ton copain JJ aussi, et son colocataire Joss tout pareil, sans parler de leur voisin d'à côté Bryan, ou de la sympathique Theresa qui occupe la maison d'en face. Et je ne peux hélas pas subventionner tout le quartier. Je l'ai dit, quand j'ai un budget culturel à la fin du mois, il ne dépasse pas 3 DVD ou livres, et ça inclut alors tous mes loisirs... or il s'avère que j'en ai plusieurs : séries, films, jeux videos, autobiographies, essais et ouvrages divers, DVD de Jmusic (j'ai la chance de ne pas être attiré par les CD), entre autres.
Du coup je suis obligée de faire un truc qui vous déplait beaucoup, à toi et ton voisinage : je fais des choix. En avril ce sera un coffret de la série de James et Glenn, par exemple, pas la tienne. Tu n'es pas le centre du monde, Stephen, j'ai des préférences et des priorités, et tu n'étais pas tout en haut de ma (longue) liste de séries à acquérir. Je vais probablement télécharger ta série, du coup. Et ça, c'est autant d'argent que, de ton point de vue, tu n'auras pas. Je ne l'avais pas, Stephen, mais ça te fait enrager que tu ne le gagnes pas.

En fait, Stephen, tu ne veux pas que je "m'en passe", de ta série, surtout pas ; ce n'est pas très honnête de me suggérer de me passer de quelque chose que toute ton industrie met tellement d'énergie à me vendre (et je ne me lance même pas dans la question des produits dérivés que ça ne te dérangerait pas que j'achète en plus). Tu veux juste que je la paie légalement, ce que je conçois. Simplement je ne le peux pas, en l'état actuel des choses.

Mais il y a un autre problème, Stephen. C'est que ta série, pour les besoins de la démonstration, vient de commencer aux USA. Et que même si je voulais vraiment débourser une part de mon budget culture, il n'y a tout simplement rien à acheter. Je la télécharge parce que c'est, à ce jour, la seule façon de voir ta série.

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Stephen, c'est absolument vrai. Et largement commenté, là aussi, dans divers post de ce blog : internet nous a donné les outils pour prétendre que nous pouvons tout regarder à tout moment. Et encore, moi je télécharge mes épisodes, il y a des gens qui vivent encore plus dans l'immédiateté et qui regardent en direct et en streaming au beau milieu de la nuit (et c'est pas plus légal).
On vit tous à présent, ou presque tous, dans le mythe que si une envie nous tombe dessus de regarder tel ou tel épisode, c'est possible à peu près dans l'heure. C'est ce qui fait que certains ont décidé de ne pas suivre le Black March, d'ailleurs : il y a telle série qui passe et ils ne veulent pas avoir à s'en priver jusqu'en avril. Un mois leur semble insurmontable. Toute ton industrie tournée vers l'encouragement de l'addiction a donc très bien fait son job, Stephen, et j'en profite pour tous vous saluer.

Y a-t-il un manque à gagner pour toi ? Non. Est-ce légal ? Non plus. D'ailleurs ça peut rester vrai pendant des mois, comme le rappelle l'excellent comic dédié à Game of Thrones de the Oatmeal.
Et encore, Game of Thrones a été choisie pour arriver en France par une chaîne française. C'est effectivement une question de patience, après tout.
Mais qui a acheté les droits de Reed between the Lines en France ? Personne. Ce n'est pas la culte de l'immédiateté qui est le seul à mettre en cause.

Au final, on est tous bien emmerdés.

Peut-être que si je pouvais acheter à un tarif décent (voir aussi : "budget culture") des épisodes rapidement après leur diffusion aux USA, les choses seraient différentes. Je crois par exemple énormément dans la licence globale.
Rappelons, et ce n'est à mes yeux pas du tout anodin, que ce que l'on reproche aux mecs de MegaUpload, c'est d'avoir proposé la licence globale à toute la planète sans mettre les artistes dans la boucle ; en gros, les dirigeants de MegaUpload s'en sont mis plein les fouilles en faisant ce que les majors se refusent à faire depuis des années, alors que la licence globale, ça fait des années qu'on essaye de leur suggérer !
Parce que MegaUpload a compris qu'on ne peut pas faire comme si ce monde d'immédiateté, pourtant, n'existait pas. Et tu ne peux pas exiger de moi, Stephen, que j'ignore la possibilité de regarder ta série le lendemain de sa diffusion, et en VO, pour la modique somme de quelques heures d'électricité. Ce n'est peut-être pas légal, mais c'est POSSIBLE, et tu ne peux pas le rendre impossible. Mais le modèle de MegaUpload (ainsi qu'en attestent les listes, dressées avec un enthousiasme juste un peu pervers par les médias, de voitures et de demeures, comme si les patrons de majors ne vivaient pas dans un luxe similaire) prouve que nous ne cherchons pas à avoir tout de façon gratuite. Les consommateurs sont prêts à payer.
Simplement, ils sont de plus en plus nombreux à ne pas être prêts à payer les tarifs pratiqués par les majors, à l'unité, avec des catalogues restreints, et des DRM en pagaille comme si on pouvait acheter le droit de louer un épisode pour plus cher que si on achetait le DVD (qu'en plus on a de fortes chances d'acheter quand même ultérieurement). Peut-être que si le modèle de MegaUpload avait été adopté plutôt par Universal, mettons, on n'en serait pas là... et je ne parle pas de la situation de Kim Dotcom et de ses copains, mais bien de la nôtre, à nous tous.

Mais, Stephen, il y a encore pire.

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Si.
Parce que le téléchargement illégal a DU MERITE. Je sais, ça parait invraisemblable.

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Bon alors, là, non, je t'interromps, Stephen, c'est juste pas possible. Je peux pas te laisser dire ça. Le téléchargement n'est pas du vol.
Quand tu as une histoire dans la tête et que je t'écoute raconter cette histoire, et qu'ensuite je me répète cette histoire dans mon coin, je ne la vole pas. C'est le propre de quelque chose d'immatériel : cela t'appartient toujours, mais se transmet. Du moment que je n'en dépose pas le brevet ou que je ne la vends pas à un autre, je n'ai rien volé du tout et ton histoire est toujours ton histoire. Et tu peux la faire breveter, tu peux la raconter à quelqu'un qui te payera pour la raconter, tu peux l'écrire ou l'enregistrer puis faire payer pour le support écrit ou audio ou video, et d'avoir adopté cette histoire dans un coin de ma tête, de me la raconter pour me divertir, ce n'est pas du vol. Tu peux considérer que mon devoir est de ne me rappeler de cette histoire que tu as à raconter qu'en achetant le support sur lequel tu as trouvé le moyen de la commercialiser. Mais tu ne peux pas dire que je te vole cette histoire, c'est inexact.
On vole un DVD, un livre, quelque chose qu'on peut mettre dans une poche ou un sac. Pas une histoire, pas un fichier. C'est une contrefaçon, tout au plus.

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Une fois encore c'est entièrement vrai, Stephen. C'est tout justement là qu'on touche à un sujet compliqué. Le coeur du problème est évidemment là, dans les questions financières.

De l'argent, tu en as reçu, rappelons-le, avant même que la série ne soit diffusée dans ton pays d'origine, en réalité. Et si c'est compliqué, c'est parce que d'un côté, tu as déjà été payé pour ton travail, et que d'un certain point de vue, cela devrait suffire ; mais d'un autre côté, c'est vrai que si ta série remporte un énorme succès par la suite, c'est normal que tu touches de royalties après la diffusion, et sur les ventes de DVD notamment.
Tu as déjà été payé une fois, donc. Alors, pourquoi les royalties ? Pourquoi devrais-tu toucher de l'argent APRES avoir gagné la somme initiale stipulée par ton contrat initial ? On pourrait se le demander. De la même façon que mon boulot me paye à venir faire mon boulot, et rien de plus, on pourrait se dire que chacun a rempli sa part du contrat et que ça s'arrête là. Et que, si j'ai créé, mettons, un système d'organisation dont on se servira même une fois que j'aurai changé de bureau, eh bien c'est absolument le même tarif, et que c'est même dans l'ordre des choses. Je laisse à la postérité la joie de bénéficier de ce que j'ai créé pour une somme initiale non-renégociable.
Pourtant les royalties sont une bonne chose pour un artiste. Si le contrat d'origine stipule que tu gagnes, mettons, $5 000 pour créer ta série, et qu'ensuite, la série se vend incroyablement bien en DVD, Blu-ray et VOD, eh bien tu n'en vois pas la couleur, de tout cet argent. C'est le distributeur qui s'en met plein les fouilles, et ça, ce n'est pas juste. Je comprends donc le concept de royalties. Et comprends bien que, pour qu'il y ait des royalties et que le système fonctionne, il faut que les gens achètent le DVD, le Blu-ray, ou le fichier via la VOD.
Il y a un autre soucis d'ailleurs. Pour que tu sois payé lorsque tu signes ton contrat (les $5 000 de départ), il faut que ton industrie fournisse de l'argent pour ton projet. Et il faut que ton projet soit suffisamment rentable pour que quelqu'un investisse ensuite dans le projet suivant. Il faut bien qu'il y ait des rentrées d'argent. Et pour cela, il faut bien qu'il n'y ait pas que des gens qui téléchargent illégalement. Je le comprends tout-à-fait.
C'est bien pour ça que je dis que c'est compliqué.

Je ne prétends donc pas qu'il faille une gratuité totale. Je dis juste que l'offre n'est pas en adéquation avec la demande, ni avec les moyens financiers de la demande. Comment expliquer que, en une période de crise, il faille supplier les majors (qui pourtant peuvent plus se le permettre que les indépendants) de baisser leurs tarifs ? Pourquoi les prix ne baissent-ils pas, ou si peu, alors que le pouvoir d'achat est un problème dans la plupart des pays du monde ?

Le problème, c'est bien que les choses ne peuvent plus fonctionner comme avant internet et son maudit culte de l'immédiateté et de la variété de l'offre culturelle.

Cannell_6
Bah, mon Stephen, presque.
Parce que pour presque conclure (bientôt, promis) ce n'est pas du vol, quand je télécharge, c'est aussi souvent que possible, un emprunt. En fait, la valeur de test du téléchargement me pousse ensuite, j'ose le dire, à faire de véritables investissements. Je fais la démarche de télécharger non par pingrerie, mais, en grande partie, parce que la découverte me permet ensuite de faire la démarche d'acheter ce dont je n'aurais pas eu envie de faire l'acquisition autrement, n'en connaissant pas le contenu, la qualité, l'intérêt.

Parlons concrètement. Rien qu'en 2011, outre mes achats de DVD "normaux", j'ai dépensé un peu plus de 200 € dans des coffrets de séries qui ne sont pas, et ne seront probablement jamais, commercialisés en France. Nommément : Mesudarim, The Circuit, Capitu, Koselig Med Peis, et Yes, Minister.
Sans le téléchargement, je n'aurais jamais dépensé cet argent dans l'investissement de ces DVD. Tu n'imagines quand même pas, Stephen, que j'aurais acheté le coffret d'une série dont je n'ai jamais vu une image ? Si je n'avais pas téléchargé le pilote de ces séries (et bien souvent, c'est à peine croyable mais pourtant vrai, uniquement lui), je n'aurais pas fait ces achats. Ton équivalent brésilien ou norvégien ont ainsi gagné de l'argent en plus, sans avoir déboursé un sou en promotion dans mon pays. Alors évidemment ça te fait une belle jambe, Stephen. Ce n'est pas TA série que j'ai ainsi acquise. Mais les faits sont là, le téléchargement n'est pas QUE mauvais.
Et d'ailleurs, ta série, si elle me plait, je vais faire mon possible pour l'acheter en DVD en import, et ce avant même de me poser la question de savoir si elle sera un jour disponible en France. Parce que si ça me plait, je veux le coffret DVD (et lui aussi, de la façon aussi immédiate que mes moyens le permettent, et sous condition évidemment que le DVD existe). En tant que passionnée, ça me semble normal, et même, nécessaire. Simplement si ta série est une grosse bouse, eh bien non, je ne vais pas payer, et encore, il y a la question du prix psychologique, j'attendrai peut-être, comme je l'ai fait pour les premiers coffrets de Lost, une promo sur CDiscount. Tout n'est pas noir et blanc.

J'irai même plus loin. On a parlé du culte de l'immédiateté. On se garde bien de rappeler que le téléchargement, la culture, tout ça, ne concerne pas que des oeuvres pour lesquelles il suffirait d'attendre quelques mois pour qu'il y ait une diffusion en France (en version doublée, à des horaires pas possibles, mais je ne vais pas entrer dans ces débats corollaires). Le téléchargement illégal, c'est aussi quand je cherche par tous les moyens comment mettre la main sur le pilote de Run for your life, qui n'a jamais été rediffusé en France depuis l'ORTF. Et encore, c'est une chance, parce qu'il y a tant de séries, même américaines, qui n'ont jamais été diffusées en France, et ne le seront jamais...
La culture c'est aussi permettre aux gens d'accéder à des vieilles séries qui sont impossibles à voir autrement. Je serais prête à payer de l'argent pour ça. Mais Stephen, ton industrie ne veut pas de cet argent-là, et ne me propose pas d'option.

Bien-sûr que ces exemples sont radicaux, et bien-sûr que tout le monde ne regarde pas des séries étrangères ou anciennes (c'est dommage, et je m'emploie à ce que ça change, mais c'est pas la question). Mais Stephen, je n'ai jamais prétendu m'exprimer au nom de qui que ce soit, sinon moi. Je ne revendique rien d'universel. Je pose juste les raisons qui font que le Black March m'apparait comme la seule façon de protester contre un système dont je ne peux pas sortir gagnante si je joue selon les règles du jeu, et où il m'apparait que je suis perdante à bien des égards si je ne télécharge pas.

Toutes les raisons qui font que je télécharge, prouvent qu'il y a quelque chose qui cloche dans le modèle actuel. A l'heure du numérique, il devrait être possible de faire des abonnements à la carte plutôt que de payer au fichier, de proposer à des internautes de payer pour se faire éditer un DVD (sans package) de la série de leur choix, etc...
Tiens, pourquoi n'y a-t-il pas de DVD pour les 3 dernières saisons d'Une Nounou d'Enfer, nulle part ? Parce que ce ne serait pas rentable, probablement, comme pour des dizaines d'autres séries distribuées seulement de façon partielle. Pourtant s'il existait un service de type "Netflix permanent", alors sans débourser d'argent en termes de fabrication (il s'agirait uniquement de graver des DVD, un matériel qui pourrait très bien être mutualisé pour toutes les séries du catalogue), Sony Pictures Home Entertainment pourrait vendre légalement des DVD de la série à un prix raisonnable, et à la carte, au coup par coup, sans craindre de pertes, plutôt que de créer de la demande et pousser les gens à se tourner vers le téléchargement illégal des produits qui ne sont pas commercialisés. Mais non.

Alors, Stephen, on fait quoi, à partir de là ? Tu proposes quoi ? On change quoi ?

Cannell_0

Je vois. La réponse habituelle, donc.
Eh bien écoute, dans ce cas, je  m'en retourne à mon Black March.

PS : lecteur, je m'en remets à toi pour trouver ci-dessous uniquement des commentaires construits et civilisés. Comme partout ailleurs sur ce blog, mais enfin, ça va mieux en le disant.

Posté par ladyteruki à 10:55 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

14-07-11

La plus grande pauvreté

J'ai des dizaines de choses à faire : finir Mesudarim, regarder Koselig Med Peis (cette fois avec sous-titres), m'envoyer l'intégrale de Jack & Bobby que je me promets depuis l'été dernier, sans compter quelques pilotes que j'ai dans ma besace (j'ai toujours des pilotes dans ma besace...) et les posts que je dois écrire sur Cloudstreet, Game of Thrones...
Non, je ne manque pas d'occupations.

Cependant, je suis atteinte de ce curieux mal qui m'arrive souvent après une intégrale (ou deux, comme l'an dernier avec Les Craquantes et Will & Grace) : je n'ai envie de rien.
Si, de Roseanne.
Mais bon, on a vu comment ça a tourné sur la fin, hein.

RoseanneEmpty
Et pourtant, que la série ait été un plaisir de chaque instant ou qu'elle ait eu ses (très) mauvais moments, il y a toujours cette période, à l'issue d'une intégrale, pendant laquelle on n'a goût à rien parce qu'il faut se déshabituer des réflexes acquis pendant quelques semaines : lancer le DVD et s'envoyer un petit épisode pendant le dîner.
D'accord, qui suis-je en train d'essayer de berner ? Deux épisodes.
Ok, ça va, trois, vous êtes de la police ou quoi ?

Toujours est-il que même en étant parfaitement consciente qu'il n'existe aucune force suffisamment puissante de par le monde pour me contraindre à regarder une nouvelle fois un épisode de la 9e saison de Roseanne, et que certains d'entre eux m'ont téléphagiquement traumatisée à jamais (je vous remets pas les liens vers les twitpics, hein, j'ai pitié, elles étaient déjà dans le post précédent et c'est un acte de barbarie suffisant), eh bien malgré tout, la série me manque.
Le processus est, j'imagine, naturel. Pour autant, même pleinement consciente en toute objectivité de l'ironie de la chose, difficile de penser à autre chose en ce moment.

Alors, même si j'aimerais qu'aujourd'hui mon post vous parle d'un pilote génial, vous rappelle une série méconnue, ou vous commente une news sur la cérémonie télévisuelle qui est la plus chère à mon coeur... aujourd'hui, mon post peut juste vous dire que Roseanne me manque.
Au juste, je ne suis pas bien sûre du pourquoi. Mais toute la journée, j'ai expérimenté le comment.

Posté par ladyteruki à 23:21 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

11-06-11

Opération mise à jour

Et encore : à mon avis, il en manque, mais la moitié est déjà dans des cartons. J'ai donc enfin mis à jour la rubrique Diagnostic COLLECTION, et je vous avoue que les chiffres sont clairs : je suis totalement timbrée. Après l'ajout d'une vingtaine d'items, on compte à présent 99 coffrets dans cette rubrique, et je le répète, il en manque probablement. C'est ma faute, j'avais qu'à le faire au fur et à mesure. D'ailleurs je ne suis qu'à moitié étonnée de ne pas avoir mis la main sur la saison 3 des Tudors, que dans le doute je n'ai pas fichée. Mais à mon avis on a atteint la centaine un peu plus tôt ce mois-ci.

JesuisleHenriVIIIduDVD

Je sais, je sais. Au juste, je sais pas si je dois en être fière ou être atterrée.

Bon, quelques observations :
- on sent bien que, de la même façon que je suis capable de regarder le pilote d'une série, de l'apprécier et de ne jamais poursuivre, tout ça sans me heurter le moins du monde, il y a un sentiment d'inachevé qui se détache de certaines séries présentes dans cette indexation. Pour ma défense, j'ai vraiment une mémoire de merde et il me faut des mois et des mois à aller et venir à la FNUC pour réaliser que je n'ai toujours pas pris le coffret de la saison 3 de Gilmore Girls.
- cela dit, dans le même ordre d'idée, je voudrais bien savoir avec qui il faut coucher pour avoir la suite de certaines séries, dont Une Nounou d'Enfer, un exemple totalement au pif mais qui me révolte. L'éditeur aurait-il découvert que lancer les coffrets d'une série multi-rediffusée n'était pas rentable ? Eh bah je m'en fous, fallait y penser avant, moi je veux quand même la suite. J'ai pas à payer les pots cassés, au contraire tout ce que je veux c'est me payer les trois dernières saisons. Qu'après on vienne pas se plaindre du téléchargement parce que ça va bien, hein.
- surtout que plus j'ai de budget (et plus je remarque des affaires), plus j'achète des coffrets non parce que j'aime les séries mais parce que je veux étoffer ma collection avec des séries pour lesquelles je pars du principe que je les regarderai plus tard (et yen a quelques autres sur ma liste, d'ailleurs). Ce qui prouve bien que nous autres, téléphages, les vrais, les purs et durs, au nom de la culture téléphagique et de notre passion pour les séries dans leur ensemble, et pas juste par fandom pour un titre en particulier, on est capables de dépenser à hauteur de ce qu'on est capables de cagouler. Désolée pour ce paragraphe militant m'enfin si les cinéphiles et les mélomanes sont moitié comme nous, franchement, ya pas de soucis à se faire pour l'industrie de l'entertainement.
- sur un ton plus triste : toujours pas de coffret Koselig Med Peis dans cette liste ; ça me navre, mais comme la carte bancaire que j'avais empruntée n'a pas fonctionné au moment de la commande, il faut que je trouve une bonne âme dans mon entourage pour m'avancer l'argent et relancer la commande auprès du site norvégien. Un de mes collègues m'avait dit oui mais il est depuis parti en congés, donc patience (l'un de mes ex aussi avait accepté mais fallait lui envoyer un chèque par la Poste, c'était plus fastidieux). C'est un peu chiant, mais ensuite on pourra vérifier ce que vaut le site en question. C'aurait quand même été plus simple si NRK avait livré en France, mais on refera pas le monde, hein.
- en parlant de carte bancaire... j'ai découvert un truc, je sais pas si vous connaissez, ça s'appelle PCS et c'est Mastercard qui fait ça. En gros, c'est une carte bancaire rechargeable, comme les cartes téléphoniques (mais à l'ère du portable, qui utilise encore des cartes téléphoniques ?), sans engagement, sans donner votre nom et, j'ajoute, sans même nécessité d'être majeur (c'est ptet écrit quelque part dans la notice mais très franchement, son intérêt c'est aussi que les parents puissent la confier pour un montant limité à leur progéniture). Disons que c'est comme Moneo mais en mieux, parce qu'au moins les commerçants l'acceptent :P Donc maintenant que je suis armée d'une simili-carte bancaire (puisque par conviction personnelle, je n'en prends pas auprès de ma banque), je peux vous dire que les achats, ça va swinguer ! Ca m'évite de demander à mon entourage de passer commande à ma place (hélas, comme elle est non-nominative, elle ne fonctionne pas sur le site norvégien évoqué plus haut, qui exige un nom de détenteur), et je peux enfin commander sur les sites qui n'acceptent ni Paypal ni les chèques, donc en import. D'ailleurs Capitu est déjà dans l'avion à l'heure où nous parlons, et la prochaine étape, c'est SPACE 2063 (alleluia). Le post sur ma découverte d'Amazon ? J'aime autant vous dire que ce n'était qu'une preview. Donc ça va y aller, dans les prochains mois, à mesure que je m'habituerai à l'emploi de cette nouvelle carte. Fort à parier que, même si elle pose quelques limites (et finalement c'est ptet bien mieux comme ça !), elle va énormément élargir mon horizon et donc ma collection. Stay tuned.
- du coup ça m'ouvre aussi plein de possibilités pour les séries du Monde. Parce que ça c'est quand même la grande nouveauté de cette collection, depuis quelques mois (le bal ayant été ouvert par Borgen, bien qu'il se soit agit d'un cadeau), et avec la facilitation de l'import, forcément, ma collection va s'enrichir de titre étrangers que jusque là j'essayais d'ignorer pour ne pas me faire du mal. En fait, j'avais demandé Borgen comme cadeau parce que c'était trop compliqué de l'acheter moi-même mais à présent plus rien ne s'opposera, ou si peu, à ce que je procède par moi-même pour ce genre d'acquisitions compliquées. Ce qui veut dire que des "tests" comme celui de Mesudarim, où je vous dirai ce que je pense du prestataire et naturellement aussi de la série, pourraient bien avoir lieu à l'avenir. Ptet dans leur propre rubrique, à voir. Enfin disons que concrètement (et 10 ans après tout le monde, j'en suis consciente), là je suis en train de revoir ma façon d'envisager l'achat. Jusque là, l'achat en import, c'était uniquement dans les rayons de la FNUC, là on commence à causer sérieusement, et les conséquences seront certainement très enrichissantes. Au figuré, hein, l'enrichissement...

Quiquenveut
Pour finir, et après je vous laisse partir fouiller là-dedans (n'hésitez pas à réagir sur ces anecdotes si le coeur vous en dit), il apparait qu'il y a ou aura des doublons dans cette collection. On peut le voir avec Boston Justice : maintenant, je n'ai plus usage des deux premières saisons. De la même façon, je prévois de m'acheter l'intégrale de Roseanne en import et donc de me débarrasser des éditions françaises. Et d'ailleurs c'est le coffret des 3 premières saisons de Roseanne qui m'a inspiré une petite réflexion sur la façon de m'en débarrasser. J'ai payé ces trois saisons à 70€ et des poussières le coffret, et il semble illusoire d'espérer en tirer un prix décent aujourd'hui (surtout maintenant qu'on sait qu'il n'y aura jamais la suite en France, et que les coffrets individuels se trouvent à présent pour une quinzaine d'euros pièce, faites le calcul ; je suis même tombée sur la saison 1 à 12€99 dans ma librairie pas plus tard que la semaine dernière).
Et puis, je ne manque pas d'argent. Cette collection en témoigne pour moi, je suis dépensière en matière de DVD (et d'ailleurs c'était ça le message quand j'ai ouvert cette rubrique, montrer que toute cagouleuse acharnée que je sois, je ne suis pas une mauvaise bête et que quand je peux acheter, je le fais, encore faut-il que les DVD soient à ma portée).
Alors je pense que je vais tout simplement vous proposer de me les échanger avec un truc qui ne vous sert plus non plus et qui pourrait me plaire, ou bien même les donner si ça intéresse quelqu'un, et vous n'aurez qu'à me dédommager pour les frais de port. Ca me semble moins prise de tête et comme ce sont quand même deux bonnes séries, je me dis que je fais une bonne action, en particulier pour Roseanne qui gagne à être vue, et comme chacun sait, pallier au manque cruel de culture, c'est un truc que j'aime bien faire.
Donc voilà, je termine mon intégrale de Roseanne d'abord (je suis encore dans la saison 3), et après viendront les vacances et un déménagement (si Dieu le veut), pas nécessairement dans cet ordre d'ailleurs, donc en septembre on fera un point sur tout ça, et j'organiserai sérieusement les envois adéquats. Dans l'intervalle, vous pouvez commencer à réfléchir à ce qui vous semble ne plus vous faire usage, si vous avez envie de troquer...

Allez, je vous fiche la paix, la rubrique est à vous maintenant.

Posté par ladyteruki à 22:09 - Opération COLLECTION - Permalien [#]

03-06-11

Time machine

Comme en ce moment je suis le nez jusque là dans les cartons (hélas pour l'instant je ne sais pas où ils iront, mais bon, au moins ils seront prêts pour quand je pourrai enfin décamper), j'avais besoin de pouvoir regarder quelque chose qui puisse se suivre sans sous-titres. En attendant que mes coffrets de Gilmore Girls m'arrivent, exit donc Mesudarim, et évidemment hors de question s'envoyer du dorama derrière la cravate, j'ai donc opté pour une série qui réponde à ce critère de langue, mais aussi qui me fournisse de nombreuses heures de divertissement, puisque mes 800 VHS et mes Dieu-seul-sait-combien DVD ne se mettront pas en boîte en une heure, et qu'il y a aussi tout le reste à trier. Mais pourquoi garde-t-on toutes ces fiches de paie, bordel ?!

Bref tout ça pour dire que je me suis lancée dans une intégrale de Roseanne, ou disons intégrale de ce que j'ai vu que j'ai jamais que les 4 premières saisons, youpi chouette j'ai plus qu'à acheter la suite en import et d'ailleurs je vais ptet m'y mettre, rapport aux posts précédents, bref.
Intégrale de Roseanne, donc.

RoseanneFamily
Jusque là, Roseanne, c'était au coup par coup. Un épisode ici, un épisode là... histoire de rire un peu mais pas franchement avec l'idée de se faire une intégrale, juste d'apprécier les nombreuses perles qui émaillent cette série si finement drôle et toujours d'actualité (on a déjà eu l'occasion d'en parler plusieurs fois, donc vraiment, suivez les tags, c'est pour votre bien, ya même un pilote qui s'y balade).
Vraiment, le concept d'intégrale, ça change tout. Regarder (ou, je le confesse, écouter) les épisodes à la suite, et découvrir les auto-références que je n'avais jamais captées avant, pas forcément appuyées mais non moins appréciables... On a beau savoir que ce sont deux démarches totalement différentes, là je me prends de plein fouet les effets de l'intégrale, où l'ont sent certains sujets comme étant plus sensibles que quand on a vu les épisodes à plusieurs jours, voire semaines, d'intervalle.

Et du coup, au lieu de simplement profiter gentillement de l'épisode, je me plonge dans le charme anachronique de la série et je n'avais pas vraiment réalisé jusque là à quel point ça pouvait être quelque chose de si efficace pour retourner dans les années 80.
Alors attention, à partir de là, ceux qui sont nés dans les années 90 vont être un peu désorientés, mais je vais vous parler d'un temps que les moins de 20 ans, tout ça tout ça.

Il se dégage de Roseanne une atmosphère qui me ramène en enfance. Et pourtant ma famille n'avait rien à voir avec les Conner, mais on sent que c'est, déjà, le témoignage d'une autre époque. L'état d'esprit est foncièrement différent. On retrouve l'atmosphère moins parano, moins hygiéniste aussi. On réalise qu'il y a eu depuis des évènements qui ont changé notre société.
De toute évidence, il y a les vêtements, les coiffures, les accessoires, les jouets, tout ce qui semble totalement s'inscrire dans cette époque révolue. Bien-sûr. Mais c'est tellement bien plus. Je respire totalement l'air des années 80. Et c'est d'autant plus troublant qu'elles n'ont pas du tout ressemblé aux soirées ciné et aux dîners bruyants de la série. C'est vraiment l'empreinte d'une époque plus que le portrait factuel des "moeurs" de cette décennie.

C'est le genre d'expérience, entre la trouble nostalgie et le plaisir téléphagique pur, qui me rappelle pourquoi j'ai tant de mal avec les séries historiques. Comment une série tournée aujourd'hui pourrait-elle saisir tout cela ? Ce serait forcément avec une profusion exagérée d'accessoires et de couleurs et de jeans troués et de gros blousons, non en fait j'en sais rien mais ça ressemblerait forcément à de la caricature, comme le font les séries supposées se dérouler dans les années 70 et qui en fait sont "trop" dans les années 70, il fallait juste se calmer sur la reconstitution et essayer de saisir l'air du temps.
C'est le genre d'expérience qui, par association d'idées, me rappelle pourquoi j'ai du mal à me mettre devant Life on Mars, par exemple.

Parce que Roseanne est bien plus qu'un sitcom, c'est une série dans laquelle tout de suite on sent une grande authenticité et où on n'a pas l'impression d'être là juste pour quelques gags ou répliques bien senties. C'est peut-être la raréfaction des séries dont les personnages travaillent en milieu ouvrier (Une Maman Formidable en était une autre, et j'aimerais bien que les DVD finissent par sortir d'ailleurs) ; aujourd'hui quand on veut montrer des travailleurs pauvres, on ne montre plus que des vendeurs, comme l'a tenté Working Class (que je regretterai un peu mais qui est loin de toucher la même corde sensible, reconnaissons-le). Peut-être que la société a trop changé pour qu'on ait des personnages qui travaillent de leurs mains (pour autant que je réfléchisse, seuls les Chance de Raising Hope sont dans ce cas aujourd'hui)

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Roseanne de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 12:46 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

28-05-11

Si j'avais un lingot, j'achèterais le jour, j'achèterais la nuit...

Eh bah je sais pas si c'est de regarder les millionnaires de Mesudarim (aw, pauvre Erez dans le 2e épisode !) ou juste le fait que j'aie trainé une ou deux heures dans les méandres d'Amazon la nuit dernière (je ne le fais jamais parce qu'Amazon n'accepte pas les chèques, mais là, j'avais une carte bancaire dans les mains), mais je me sens d'humeur matérialiste aujourd'hui...

COLLECTION
Opération COLLECTION (détail) (en bordel)

Chaque fois que je traine mes guêtres dans une FNUC, j'en ressors à la fois avec les bras chargés (je rappelle quand même que ça fait 10 ans que le personnel de ce genre d'établissements s'excuse en me voyant de n'avoir pas de caddie...), et pourtant avec un grand sentiment d'insatisfaction. Parce que pour chaque coffret Misfits embarqué avec enthousiasme, pour chaque Nurse Jackie acheté le jour de sa sortie, pour chaque The Tudors payé rubis sur l'ongle pour n'en pas louper une miette... il y a tous les coffrets qui ne rentrent pas avec moi. Parce qu'ils ne le peuvent pas. Et finalement je crois que c'est aussi ça qui me retient un peu d'achats fous genre "oh une intégrale de Will & Grace à 52€ la saison, c'est une affaire !", vous voyez ? L'impression d'un manque d'alternatives.

Posséder entre mes petites mimines une carte bancaire, cette nuit, avec un verre de whisky-fraise à la main (bah quoi, c'est de la fraise, c'est donc girly !), m'a servi d'électrochoc. Soudain il ne s'agit pas d'éviter le site d'Amazon parce que de toute façon on ne pourra rien y acheter. Ecumant page après page la rubrique import zone 1 des séries télé, je crois avoir réalisé pour la première fois que je passais quand même à côté de plein de trucs. Notamment qu'il n'est pas nécessaire de payer 52€ une saison de Will & Grace. Mais aussi, et c'est sans doute le pire, que tous les DVD qu'inconsciemment je semble chercher du regard dans les rayons de la FNUC (ou, quand je me sens d'humeur dépensière, dans le catalogue de CDiscount, que je ne consulte que quand une rentrée d'argent me brûle les doigts, et pour acheter des séries qui ne me plaisent que de loin et me semblent tout de même nécessaires dans ma telephage-o-thèque, genre les deux premières saisons de Lost), et qui n'y sont pas, parce qu'ils ne sortent pas sur notre territoire et ne font pas partie des "hits" qu'on place sur le rayon import, et qu'on trouve en fait tellement facilement sur Amazon, enfin disons, facilement si on arrive à trouver le moyen de naviguer dans leur arborescence un peu obtuse, bref, toutes les séries que vous et moi n'avons pas le réflexe d'acheter parce qu'on ne nous en parle pas, mais qui sont là ! Alors oui, je pourrais acheter la saison 1 de Parenthood quand elle sortira, et de vous à moi ça se produira probablement d'ici quelques semaines, mais maintenant, je ne peux plus ignorer qu'il y a des coffrets autrement moins évidents qui sont tout aussi faciles d'accès, et ça change tout dans mon rapport à la dépense téléphagique.

Cette nuit, je m'en suis sortie avec une intégrale de Yes Minister et un coffret dont j'ignorais même l'existence, EZ Streets, ce qui a coincidé avec le moment où j'ai constaté avec la plus grande émotion que c'était une des premières fiches que j'avais faites sur SeriesLive, et que je n'en avais jamais vu l'ombre d'un épisode (triste réalité, mes amis : ça arrive souvent). Pour moins de 30€, j'ai échappé au pire, finalement.
Mais je découvre, oh, dix ans après tout le monde quoi, les vertus de l'achat en ligne AVEC UNE CARTE BANCAIRE.

Et soudain, s'acheter une intégrale des Craquantes ne relève plus de la fantaisie téléphagique, mais d'une potentielle réalité, comme un horizon immense. Ajoutons à cela la perspective de pouvoir acheter plus facilement des séries en import étranger genre Capitu (que j'ai toujours dans un coin de tête), et franchement, ça devient flippant. Je préférais quand mon monde était un peu plus petit, finalement !
On ne devrait jamais changer de boulot.

PS : que ceux qui trouvent qu'il est honteux que la rubrique Diagnostic COLLECTION n'ait pas connu de mise à jour depuis au moins un an et demi se manifestent, si je vous sens intéressés, je m'en chargerai la semaine prochaine. Mais si c'est juste pour moi, ça sert à rien : les DVD que j'ai, je les connais hein !

Posté par ladyteruki à 12:59 - Opération COLLECTION - Permalien [#]

27-05-11

L'argent fait le bonheur

Si vous vous souvenez bien, lorsque je vous avais parlé de Mesudarim, l'été dernier, je vous avais dit avoir souri plusieurs fois devant les premières minutes du pilote, bien qu'étant incapable d'en comprendre les dialogues.
A présent, je les comprends. Et je vous confirme que ce pilote est vraiment drôle.

Comment je les comprends ? Aurais-je donc appris l'hébreu en moins d'un an ? Non pas. Ceux parmi vous qui me followent sur Twitter ont peut-être fait le rapport, les autres, on se retrouve dans l'encadré en fin de post. D'abord, je vais parler de ce fameux pilote de Mesudarim.

Mesudarim

L'épisode s'ouvre donc sur une attente nerveuse : nos quatre amis veulent vendre leur start-up et, attendant qu'on leur annonce l'issue des négociations, visiblement menées par un dénommé Arik. Immédiatement, la dynamique de ce groupe ce met en place : Guy en est le chef raisonnable, Tomer est le chien fou qui ne tient pas en place, Erez est un geek introverti (c'est dire) et Berlad est un zinzin toujours sous l'effet d'une substance ou d'une autre. Et les dialogues fusent immédiatement. On n'est pas dans un sitcom fondé sur des répliques hilarantes, mais les échanges sont toujours rythmés et les phrases incisives. Nos amis ne mâchent pas leurs mots et ça confère tout de suite une immense aura de sympathie à la série, à travers leurs vannes constantes.
Ce qui en ressort, c'est une ambiance comme je les aime d'amitié masculine forte, ni sentimentale à l'excès, ni plaquée et artificielle.

Difficile de nier pourtant combien ce sont Guy et Tomer les plus proches. Leur apparence est même celle de deux frères, et d'ailleurs comme dans une fratrie, ils alternent les échanges sincères et les affrontement frontaux. Il n'y a pas de place pour la dissimulation, en tous cas.
Si pour le moment Berlad est plutôt la caution humoristique (mais avec quelle efficacité !), je n'irai cependant pas jusqu'à sous-estimer le potentiel d'Erez, un chic type certes pas très affirmé, mais qui a finalement les idées bien en place et se montre un excellent "confident de secours" pour Guy, plus stable que peut l'être Tomer. D'ailleurs, quand au début du pilote, ce dernier tente de tourner en ridicule Erez, les dialogues sont taillés à la perfection pour que le geek ne se décrédibilise pas à nos yeux, le rendant au contraire attachant, et j'ai aimé la retenue qu'il y a autour de son personnage qui aurait pu n'être qu'un faire-valoir.

Alors évidemment, après, il y a cette fortune en elle-même. 217 millions de dollars. Dés le pilote, toutes les problématiques pouvant découler de cette somme sont parfaitement posées : le pouvoir qu'une telle somme implique sur les prestataires et sur les employés, l'envie de profiter de cette manne et de faire des excès, le désir d'aussi se saisir de cette opportunité pour faire ce qui compte vraiment... C'est essentiellement Guy qui incarne tout cela : la relation avec sa petite amie le chatouille, le rapport qu'il entretient avec ses parents et notamment son père se cristallise lorsqu'il évoque ses projets avec eux...

D'une qualité d'écriture et d'interprétation pouvant sans problème rivaliser avec Entourage, qui l'a en partie inspirée, mais capable de bien plus de charme et de sincérité, car dénuée d'esbrouffe, la série Mesudarim possède donc un excellent pilote.
Seul bémol, cet épisode d'exposition, s'il est parfaitement efficace, manque un peu d'originalité. Les personnages sont là où on les attend, distribués selon des normes qu'il aurait été bon de secouer un peu. Mais en deux saisons, on aura le temps d'en faire, des choses...

Deux saisons, c'est précisément ce que contient l'intégrale de la série que je viens de me procurer. Et donc : avec sous-titres anglais ! Une affaire qui m'a coûté 46$90 soit 33€55, frais de ports inclus (et payés via Paypal), sur israel-catalog, un site en anglais spécialisé dans les produits israéliens ; il y a peu de séries, et j'ignore si Mesudarim est la seule avec des sous-titres anglais, mais enfin, les faits sont là.
Et j'ajoute que je n'ai que des compliments sur le service. Déjà au niveau du temps, je l'ai commandé dans la nuit du samedi 7 au dimanche 8 mai, l'envoi s'est fait le 8 au soir (!), je l'ai reçu le mardi 17 (bon après, j'ai pu n'aller le chercher que cette semaine à la Poste, là c'est ma faute) alors que la commande promettait jusqu'à 16 jours de délai. Et puis niveau livraison, le paquet est bien amorti même si pas bien gros (on est loin des colis d'Amazon), et franchement ya pas une bosse. Par contre, la qualité de l'image n'est pas d'une exigence folle, mais c'est pas comme si ce genre de série impliquait une qualité impec, donc perso je m'en suis pas plus préoccupée que ça.
Si parfois il est nécessaire de cagouler (et je n'hésite pas à vous expliquer comment) pour voir une série étrangère, ici vous avez, à un tarif relativement raisonnable, la possibilité de vous lancer une une excellente dramédie israélienne de deux saisons, donc je tenais à le souligner. Après, à vous de voir, naturellement, à l'aune de votre envie de découvertes... et de vos moyens, ça va de soi.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Mesudarim de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 08:57 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]