ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

15-11-12

Tous au bestiaire

Il existe des concepts de séries totalement débiles. Plein. Et plus on fait du kilométrage téléphagique, plus on en a de preuves potentielles.
Mais je crois que le type de concepts qui emporte la palme, ce sont les animaux qui parlent. Depuis les années 90, ce n'est plus acceptable que des séries prétendent pouvoir utiliser un argument comme l'animal qui parle (chien, chat, cheval...) tout en conservant un minimum de dignité. Non qu'avant, cela ait donné d'extraordinairement bons résultats, mais à un moment, on ne peut plus admettre que pareilles choses se produisent.
Adieu Mr. Ed, adieu Darwin, adieu Salem ; cette pratique appartient à un autre âge.

Bon, en toute franchise, les séries avec des animaux, c'est rarement une idée qui fonctionne de toute façon à l'heure actuelle, même quand l'animal n'a aucun vocabulaire. Et je vous dis ça avec toute la tendresse du monde sachant que quand j'étais enfant, je regardais Skippy, Flipper (la version avec Jessica Alba), L'étalon noir et Rintintin Jr.. Mais à un moment, il faut arrêter les dégâts.
L'utilisation d'un animal est issue de la grande tradition des séries "familiales" (au sens péjoratif du terme) dans lesquelles on choisit un animal généralement pelucheux (mais pas toujours), en tous cas mignon, qui est capable de venir en aide aux humains d'une façon ou d'une autre, soit parce que l'animal exerce un métier touchant au secourisme (je me demande toujours où est Wally la baleine-pompier, pourtant), soit simplement parce que sa présence est thérapeutique.
Les séries avec les animaux s'accompagnent systématiquement d'un héros jeune (enfant et/ou adolescent) qui puisse enfouir son nez dans la fourrure/crinière de l'animal (voire nageoire si on n'a pas mieux sous la main) et y déverser ses larmes ainsi que les problèmes qu'il a sur le coeur. C'est ce qu'on prétendra être des moments "d'émotion", quand le spectateur, lui-même jeune, peut imaginer avoir un ami au pelage soyeux (ou la nageoire dorsale lisse) qui représente le confident dont il a toujours rêvé. Même si l'animal ne capte rien, rapport au fait qu'il ne parle pas plus humain que l'enfant parle la moufette rayée, voire pis encore si en plus la bestiole est affublée d'un travers débilitant supplémentaire, genre strabisme léonin.
Sous un autre angle, c'est un peu pathétique ; mais faisons mine de trouver le concept émouvant tout de même... Il arrive que parfois ce soit relativement bien fait, comme avec Caitlin Montana, mais enfin, bon, ça fait un peu pitié quand même que l'unique chose qui soit écrite pour faire rêver le spectateur, c'est que la seule créature à même de comprendre le héros (= l'avatar du spectateur dans la série) soit une bestiole incapable de résoudre une simple équation à deux inconnues, passer un appel longue distance, ou se retenir de se lécher le derrière en public.

Le problème c'est que ces séries ont systématiquement un travers : elles sont répétitives au plus haut point. Quand Timmy est tombé dix semaines d'affilées dans un puits, et que cette bonne vieille Lassie a une fois de plus, bravement et patiemment, amené les secours pour le tirer de là alors que très franchement il suffirait de condamner l'accès au puits une bonne fois pour toutes, on commence un peu à s'ennuyer ferme.
Seul La Double Vie d'Eddie McDowd avait tenté de contourner le problème avec un pseudo-fil rouge. D'ailleurs on en revient à cette histoire de bestiau bavard.

Il faut bien l'admettre, à l'heure où les séries s'éloignent de ces pitches simplistes, y compris pour les séries "familiales" où de toute façon la série d'aventure n'a plus beaucoup de succès, on n'a plus trop l'occasion de constater l'ampleur des dégâts. On serait même tentés de s'en réjouir, si ce n'était pour une vague trace de nostalgie.

Et pourtant, il y a encore des gens pour créer une série qui s'appelle Dog with a Blog, dans laquelle un chien parle... et tient un blog. Si-si.
Oui mais le chien est-il sur Instagram, voilà la vraie question ?

DogwithaBlog

N'écoutant que mon courage, un mal de crâne carabiné, et la prescription de marijuana à laquelle j'ai eu recours pour me mettre dans l'ambiance de Malibu Country, j'ai donc décidé de ce soir de cagouler le pilote de cette série Disney. Que je n'ai pas encore regardé parce que rien que son existence me laisse pantoise.
Comment un courant télévisuel disparu depuis belle lurette, ou ayant réussi à en donner l'illusion en tous cas (la fin de La Double Vie d'Eddie McDowd n'a que 10 ans) peut-il trouver le moyen revenir sur les écrans sans provoquer l'hilarité générale, en particulier chez les décideurs des chaînes ?

D'ailleurs, en parlant de ça, à quoi peut ressembler une séance de pitch à laquelle des exécutifs prêtent sérieusement l'oreille à une série dont le sujet tient de façon extensive dans son titre... à moins que ce ne soit l'inverse.
Et songez : il a fallu pas moins de DEUX créateurs pour cette série ! Le premier coupable, Philip Stark, ayant comme plus haut fait de guerre l'écriture de moins d'une vingtaine d'épisodes de That 70s Show, l'autre ayant derrière lui une carrière de plusieurs décennies couvrant des sitcoms aussi divers que Roseanne, Girlfriends ou I'm with the band (déjà Disney). Donc ces deux types, pas franchement tombés de la dernière pluie, réunis très sérieusement devant des types en costards qui hochent la tête : "hm, oui, intéressant, et pourquoi c'est drôle ?"... et qui finissent par acheter le truc ! Ca semble surréaliste.

Mais surtout, qu'est-ce que ça dit du monde de la télévision, dans une industrie qui semble en perpétuelle mutation et qui s'en enorgueillit tant, que nos chères têtes blondes (enfin les vôtres, en fait, moi je me suis bien gardée d'en faire !) regardent des séries qui, à peu de choses près, reposent sur les mêmes principes que des séries qu'on a progressivement arrêté de faire il y a 20 ans ?
Vous le savez, je ne suis pas fan des séries musicales pour (pré)ados, qui ont fait les beaux jours de la décennie précédente et ont participé à la pression sociale sur la célébrité à portée de tous, si ce n'est obligatoire pour tous. Mais au minimum, ces séries apportaient quelque chose de nouveau dans le panorama télévisuel, à défaut que ce soit quelque chose de forcément impressionnant. Là j'ai l'impression d'un retour en arrière : "Hannah Montana va se marier, on se replie, on se replie, infirmieeeeeer !".

C'est inquiétant au sens où les spectateurs qui regardent ces séries paresseuses sont les spectateurs de demain. Bien-sûr une bonne proportion d'entre eux regardera en priorité les futurs équivalents de Gossip Girl, et ceux-là on ne pourra pas les sauver, ils sont perdus.
Mais quel goût téléphagique donnons-nous à la génération qui vient si nous leur montrons des séries pour la jeunesse qui reprennent des vieilles recettes, alors que beaucoup des séries pour les jeunes adultes et les adultes tentent au contraire d'aller de l'avant et de repousser les horizons ? Il parait paradoxal que les séries pour les futurs spectateurs soient aussi peu imaginatives, et que celles adressées à la génération juste après le soient énormément, au niveau du contenu, du concept, ou simplement du format, comme on peut le voir avec le renouveau du soap, totalement rénové par l'inspiration des telenovelas, ouvrant la voie à des séries qui n'ont peut-être rien de nouveau à dire, mais tentent au moins de le dire différemment.
Or rien de tout cela ne semble se produire quand on tombe sur le pitch de Dog with a Bog.

Alors je sais pas... est-ce qu'à votre avis il y a une chance que Dog with a Blog fasse quelque chose d'un tantinet original, sur le fond, la forme ou le format ? Rien qu'une toute toute petite ?
Ouais, hein. C'est bien ce que je me disais. Bon, je me lance. Espérons que j'en sorte vivante. Si je ne suis pas de retour dans 48h, envoyez-moi une tortue de secours.

Posté par ladyteruki à 23:11 - Série de valeurs - Permalien [#]

23-07-09

Anachronisme téléphagique

Le weekend dernier, après notre twitereview de Dark Blue, je regardais Monk et je me faisais la réflexion que cette est série est vraiment la dernière représentante d'une race depuis longtemps disparue. Quand je regarde Monk, j'ai en effet l'impression de regarder une séries des années 80. Dans le bon sens du terme.

Car même si je ne suis pas une adepte du passéisme, je dois bien reconnaître que certaines séries ont totalement disparu du paysage. Alors que, d'une quasi-unanimité, nous reconnaissons que la rentrée nous réserve un nombre très limité de pitchs originaux, envahis que nous serons par les flics et les médecins, il y a certaines pistes qui me semblent être totalement écartées par les chaînes américaines. D'une certaine façon, et pour quelques temps encore en attendant que l'industrie reprenne ses repères, la diversité est en danger. Tout le monde (surtout chez les networks) veut avoir dans sa grille ce qui fonctionne dans celle des autres, au lieu de participer aux vaste choix télévisuel et vivre de la différence.

Mais, pardon : j'en étais à Monk. C'est vraiment dit sans malice, hein, mais cette série a un côté très anachronique à mes yeux. Déjà de par son personnage principal : alors que tout le monde s'est mis à l'anti-héros (au point que maintenant c'est devenu la norme, quelle ironie), Adrian Monk reste indéfectiblement bon. C'est un type fondamentalement bien, dénué de toute forme de vice. D'ailleurs, rendre un personnage humain, avec donc des qualités tant que des défauts, sans y inclure une once de vice, relevait de la gageure. On n'en écrit plus des comme ça.
Adrian Monk et par exemple Jessica Fletcher ont énormément en commun, en cela qu'ils ont toujours des intentions honnêtes, mais leur personnalité leur donne une dimension plus réaliste qui peut se révéler être une qualité ou un défaut selon le degré, comme les TOC de Monk ou les tendances petite mémé de Fletcher. Evidemment, les deux séries partagent leur côté "énigme hebdomadaire", leur ton assez léger, mais aussi un univers peuplé de personnages secondaires de bons petits personnages corrects sous tous rapports, sans jamais tomber dans la niaiserie, bref, à presque deux décennies d'écart, tous les deux sont de délicieuses adaptations du Club des 5 pour les adultes. A l'époque d'Arabesque, c'était fréquent, à l'époque de Monk plus du tout, et c'est ce qui me fait dire que le charme de Monk lui donne une touche totalement hors du temps.

A l'heure où on en rajoute toujours des tonnes dans les effets spéciaux, les lumières, et plus pénible encore si c'était possible, les intrigues censées captiver le public ("ohlala on va peut-être suspendre un gars de mon équipe"/"je suis constamment en conflit avec ma hiérarchie"/"j'ai des ennuis de santé qui compromettent gravement ma carrière" etc.), Monk fait fi de tout artifice quel qu'il soit, et offre exactement ce qui est promis : la résolution de mystères avec un brin d'humour et un autre de tendresse. Il n'y a pas que les personnages pour être honnêtes, la série l'est aussi. On n'y est pas bouffi d'orgueil, on ne cherche pas à ranimer cycliquement l'intérêt du spectateur avec des intrigues tirées par les cheveux pour faire semblant d'être feuilletonnant alors qu'on n'a jamais eu envie de l'être. On a une mythologie, on la ressort à l'occasion, mais on ne vient pas en greffer plein d'autres juste histoire de combler les blancs des scénarios.
Monk, c'est la dernière licorne, et parfois on se surprend à rêver que la baie de San Francisco soit envahie par ses congénères qu'on croyait éteints, libérés de leur geôlier, et que d'autres séries sur le même ton reviennent à l'antenne, tant qu'à avoir des enquêtes à la télévision 10h par semaine, autant qu'y trouve aussi pareils délices. Que l'écume de l'océan fasse venir une vague de séries au charme simple, mais refusant d'être simplistes !

D'ailleurs, je ne sais pas si je suis la seule à y penser, mais d'autres types de séries ont disparu des écrans, plus ou moins récemment. Nul ne sait ce qu'il en est advenu.
- les westerns (Le Grand Chaparral, Bonanza...)
- les séries d'aventures avec des animaux (Rintintin, Flipper...)
- les séries d'espionnage (I, Spy, The Man From U.N.C.L.E...)
- les séries d'action avec de la grosse mécanique (Supercopter, Tonnerre Mécanique...)
Si je peux reconnaître que la mode à proprement parler de ce type de séries soit une question d'époque aussi, je déplore tout de même que d'une part, ces genres soient totalement moribonds depuis quelques années, voire quelques décennies, et que d'autre part, personne n'ait eu l'idée de les réexplorer, les réinventer, les revisiter.

Pourtant c'est ça qui fait aussi le charme de Monk : qu'il ait su réutiliser la résolution d'énigmes (ce qui n'est pas tout-à-fait la même chose que la résolution d'enquêtes) sans être terriblement hors du coup. Si Monk a su le faire pour un genre donné, où se cachent donc les séries qui pourraient le faire pour d'autres genres ? Il y a, j'en suis sûre, des spectateurs prêts à regarder ces séries-là aussi, des spectateurs prêts à varier un peu leur menu télévisuel.
Hélas, l'industrie mainstream n'a pas le courage de combattre le taureau de feu en ce moment. C'est pourtant quelque chose qui pourrait la sauver avant qu'elle n'oublie qui elle est...

Posté par ladyteruki à 22:17 - Zappeur, Zappeur n'aies pas peur ! - Permalien [#]
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