ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

22-03-13

This is 45

En ce vendredi où le post est programmé à l'avance (je vous prends pas en traitre, 'voyez), je vous propose une petite update sur mon défi cinématographique, commencé au 1er janvier.
Et, pardon de vous le dire d'entrée de jeu, mais je ne suis pas mécontente de moi : depuis début 2013, j'ai vu la bagatelle de 45 films ! En un peu moins de 3 mois, donc. A ce stade je crois qu'il n'est pas exagéré de prédire que d'ici la fin du défi, au 31 décembre prochain, et ce même en ralentissant le rythme, j'aurai probablement vu plus de 95 films, et donc battu le record de 2010. Non que je sois dans l'objectif chiffré, au contraire, car chacun de ces films a été découvert avec la recherche du plaisir avant tout, mais disons que constater ma motivation a tendance à me motiver encore plus. C'est clairement un cercle vertueux !

SecretDiaryofaCinephile

D'autant qu'autour des films vus à proprement parler, il y a le temps passé à en parler (la rubrique Comme au cinéma a rarement été aussi active que cette année, j'ai eu de nombreux échanges sur Twitter à propos des films...), à chercher ma prochaine trouvaille, à lire des filmographies, à écumer le feedback de RottenTomatoes, et ainsi de suite. Bref, à essayer de me documenter et de faire des choix qui m'intéressent et me surprennent à la fois (c'est une gageure en soit). C'est d'autant plus satisfaisant de faire un petit bilan d'étape et de voir que les efforts s'avèrent payants.

Parmi vos suggestions, j'ai été faire mon marché. Pendant les trois mois écoulés, j'ai vu Moonrise Kingdom, mais aussi Little Manhattan, The Ice Storm... sur Twitter on m'avait aussi recommandé Kaboom et Mysterious Skin, ça a été vu aussi.
En revanche, je n'ai toujours pas trouvé le moyen de récupérer certains films asiatiques qui m'intéressaient parmi vos propositions (en particulier Nobody to watch over me/Dare mo mamotte kurenai, et What happened last night ?/Dongshini jamdeun saie...) alors dans l'intervalle, j'ai décidé de tenter un film non-américain venu d'un autre continent que l'Asie : Iron Sky. Du coup, si on ajoute Third Star vu en janvier (recommandé par Astiera), et Aruitemo Aruitemo vu le mois dernier (et recommandé par Eclair), j'ai déjà dépassé le mini-objectif du point 5 de mon défi, à savoir de ne pas tenter que des films américains. Les prochains films non-US vus d'ici la fin de l'année seront donc un simple bonus !
Si vous avez une idée sur la façon dont je peux cagouler ces films asiatiques (idéalement en VOSTA), je prends les suggestions avec plaisir parce que j'avoue n'avoir aucun repère en la matière.

Ces derniers temps, j'ai essayé de me focaliser sur des films très récents, généralement en me basant sur le buzz qu'ils génèrent et/ou leur exposition dans mon champs de vision au quotidien (affiches, notamment), comme The Sessions, The Perks of Being a Wallflower, Bachelorette, Silver Linings Playbook, This is 40... Je n'irai pas jusqu'à dire que tous m'ont ravie, évidemment, mais ça m'a fait plaisir d'essayer de prendre le pas sur le pas des vrais cinéphiles, et de me dire que pour une fois, je n'ai pas systématiquement un train de retard.
Dans un même temps, j'ai aussi essayé de laisser une large part de mes découvertes à des films issus de la programmation de festivals (notamment Sundance, généralement de la programmation 2012), afin de ne pas uniquement voir des films très connus, et tenter des choses plus intimistes, peut-être, ou en tous cas ayant peut-être des ingrédients plus à même de me surprendre et m'emmener là où je ne m'y attendais pas. Mentionnons par exemple Compliance, Robot & Frank, Safety Not Guaranteed, For a Good Time, Call... et quelques autres, il me semble.
N'allez cependant pas croire que tous mes visionnages ont un sens, car beaucoup se jouent au coup de tête (c'est comme ça que, je l'avoue, je prends le plus de plaisir à découvrir un film). Suivre systématiquement une méthode serait, certainement, plus efficace en matière de culture cinématographique, mais serait aussi l'assurance de mon ennui le plus sincère au bout de deux semaines de ce régime. Par exemple, de façon complètement imprévue, le visionnage de For a Good Time, Call... a conduit à un épluchage en règle de la filmo d'Ari Graynor (avec Celeste and Jesse Forever et Lucky, et j'hésite sur What's your number ?), et, par associations d'idées, au visionnage de Bad Teacher. Pour me tenir en alerte, rien ne vaut donc un visionnage impromptu de Good Morning Vietnam, Office Space ou encore Lost in America ; paradoxalement ça m'a permis de regarder des films plus anciens, mais au moins c'était fait sans me dire : "regardons des trucs moins récents histoire d'acquérir un peu de culture cinématographique". Hey, du moment que ça fonctionne...

Pour finir, il y a un film que j'ai hésité à ajouter au Secret Diary : The Big Lebowski. J'étais chez quelqu'un, j'ai lancé "ah tiens ça j'ai jamais vu (mais on m'en a beaucoup parlé)" de façon tout-à-fait innocente en passant devant sa collection de DVD... et je me suis retrouvée à regarder le film en VF à 4h du matin. J'avoue que l'expérience était moyennement consentie ; or, une règle de mon défi stipule que je dois avoir fait la démarche personnelle de voir le film, et non comptabiliser ceux qui me sont infligés. Au final, j'ai décidé de tout de même l'ajouter, parce que je n'ai pas mis beaucoup d'énergie à refuser, et comme c'était un de ces "classiques" auxquels j'ai vaguement conscience que je ne peux pas vraiment couper si je veux prétendre à une culture ciné à peu près décente, autant prendre l'expérience de façon positive et ajouter The Big Lebowski à mon tableau de chasse. En plus, ce qui est fait n'est plus à faire, si vous voyez ce que je veux dire...

ForAGoodTimeCall

Dans le lot de ces films vus (et dont vous trouverez, naturellement, une liste plus complète dans le Secret Diary), il y a eu quelques sincères coups de coeur, dont God Bless America (le DVD a immédiatement été commandé), For a Good Time, Call... (déjà regardé cinq fois, ça détend comme rien), ou encore Blue Like Jazz. J'ai été assez étonnée d'aimer The Blind Side et The Sessions bien plus que je ne l'aurais imaginé, vu leurs actrices principales respectives que je ne porte d'ordinaire pas dans mon coeur, et, qui plus est, de les aimer en grande partie pour les performances de ces mêmes actrices ; il va probablement y avoir de la filmographie dans l'air...
C'était à prévoir, il y a eu quelques échecs, aussi. Des films abandonnés au bout de quelques minutes, puisque comme vous le savez, je n'ai pas peur de faire marche arrière quand je sens que ça ne colle pas. Celui qui m'a le plus déçue est Beasts of the Southern Wild, pendant lequel j'ai tenu au moins vingt minutes, espérant qu'il allait se passer un déclic, mais qui n'a pas fait mine d'aller quelque part où j'avais de le suivre, et que j'ai donc abandonné en cours de route. J'ai toujours un mal de chien avec les louanges adressées à beaucoup d'enfants acteurs, au passage, dont on dirait que le simple fait d'être debout devant une camera et de réciter un texte sans sembler totalement le comprendre suffit à déclencher l'admiration des adultes, y compris des professionnels. Il y a sûrement quelque chose qui m'échappe dans ce domaine... peut-être que je creuserai ça plus tard pendant l'année ?

Côté prévisions, maintenant.
Pour mon anniversaire, un cinéphile de ma connaissance vient de m'offrir (..oui, avec deux mois de retard) les DVD de Full Metal Jacket et The Hurt Locker, donc je verrai sûrement ces films d'ici la fin du défi. Tree of Life, Melancholia, Cloud Atlas, Deliverance, A Few Good Men et Shallow Grave sont également sur ma liste de films à tester, car on me les a chaudement recommandés (plusieurs d'entre eux suite à mon post sur l'obsession du cinéma pour l'amuuur).
En toute sincérité, j'avais déjà tenté Cloud Atlas il y a quelques semaines, mais avais écopé d'un solide mal de crâne au bout de quelques minutes, cependant j'ai vraiment envie de le voir, donc il y aura un second essai prochainement. Simplement, j'avais eu du mal avec le sentiment de désorientation qui résultait des premières scènes. Idem avec Deliverance, je l'avais commencé mais abandonné, découragée ; je ne sais pas si c'est ma version qui est en cause, ou bien l'âge du film, mais le son rendait le visionnage assez pénible. Je me demande si pour une fois je vais pas le regarder en VF (le doublage me semble toujours "moins pire" pour les vieux films...), ça règlera peut-être mon problème.
Je continue aussi de faire mon marché un peu au hasard, sur des coups de tête, donc il y a aussi une grande part d'inconnue dans les prochains films que je verrais, et ça m'arrange un peu, car plannifier mes visionnages à l'avance à tendance à se montrer assez contre-productif. A l'inverse, je voulais énormément voir Queens of Country mais j'ai été infoutue de trouver le film pour le moment ; je voudrais également m'attaquer aux Batman de Nolan, donc j'ai cagoulé le premier volet ; on verra bien ce que ça donne.
Dans ce que j'ai vu récemment, il y a de la comédie et du drama, mais j'aimerais aussi trouver quelque chose qui s'oriente vers le thriller, qui ait de quoi me couper le souffle, me donner quelques noeuds à l'estomac même, si c'est pas trop demander. Idéalement, une expérience similaire à Buried me tenterait bien (avec un sujet moins décevant, si possible), mais j'ai bien conscience que ce genre de choses ne se commande pas...

Si vous avez de nouvelles recommandations, dans tous les domaines (comédies ou drames, US ou pas, récent ou ancien, indies ou blockbuster...), je prends toujours, si possible dans les commentaires de ce post, afin que je puisse venir y piocher l'inspiration au besoin.

Bon mais alors, dites-moi, à votre avis, je m'en sors comment ? Ah, et question subsidiaire : à quel moment pensez-vous que je puisse sortir du statut de néophyte et commencer à me considérer comme un tout petit peu éduquée (même s'il est clair que je suis loin de pouvoir me prétendre totalement cinéphile) ?
Car la recherche de nouveaux films à voir, la décision d'opter pour une suggestion et non pour une autre, le choix d'un nouveau cagoulage, me font réfléchir à plein de choses sur la culture ciné. Par exemple, quels sont à votre avis les films indispensables à toute culture ciné de base ? Depuis le début de mon exploration du monde du long métrage, en 2010, en tout ce sont 210 films qui ont été vus, mais il y a certainement des incontournables qui me manquent encore. Fight Club, peut-être ? L'aura qui l'entoure m'intimide un peu, j'avoue. D'ailleurs, comment détermine-t-on qu'un film est "incontournable" ? Parce que moi, Brab Pitt à l'affiche, ça aurait plutôt tendance à m'inciter à contourner... Ou encore : faut-il absolument avoir vu du Hitchcock pour prétendre décemment être un cinéphile ? La tribune vous est ouverte, j'attends votre opinion sur ces sujets et leurs corollaires.

Posté par ladyteruki à 19:00 - Comme au cinéma - Permalien [#]

27-02-13

5 films que vous ne trouverez pas dans le Secret Diary... (Part. 3)

A ce stade, je ne vous fais pas l'insulte de vous présenter mon challenge cinématographique annuel. Pour apparaitre dans le Secret Diary of a Secret Cinephile, il y a quelques pré-requis. Evidemment, il faut que je regarde le film en entier, notamment... mais aussi, tout simplement, que je ne l'aie jamais vu auparavant ! Eh oui, sinon où est l'aspect découverte ?

Voici donc une troisième raison pour laquelle certains films n'apparaissent pas dans le Secret Diary, que je ne tiens que depuis 2010 : il y a tout bêtement des films que j'ai vus avant ! Certains me sont encore recommandés aujourd'hui, ce qui, certes, est un témoignage quant à leur intérêt, mais démontre aussi que toute mon éducation n'est pas entièrement à faire et que j'ai quand même, çà et là, quelques bases.
Cependant, ce soir, j'ai uniquement voulu évoquer des films que j'avais vus il y a très longtemps (par opposition à : des films que j'aurais vus en 2009), parce qu'ils touchent aux limites de l'exercice. Bon, suivez-moi, vous allez comprendre...

Ce soir :
5 films que vous ne trouverez pas dans le Secret Diary...
parce que je les ai déjà vus

NoSecretDiary-TooLate-AmericanBeauty

American Beauty - Au moment de sa sortie, je fréquentais des gens qui préféraient le cinéma à la télévision (ouais, cherchez pas, moi non plus j'ai jamais compris), et qui ont trouvé le moyen de me traîner le voir en VO pendant une sortie, sur un ciné des Champs. Du film, en réalité, il me reste assez peu de souvenirs clairs, mais étant donné que je ne l'ai vu qu'une seule fois au moment de sa sortie, ça semble assez naturel. N'empêche, on est d'accord qu'American Beauty n'est plus éligible.

NoSecretDiary-TooLate-LostinTranslation

Lost in Translation - Vous pensez bien que, m'intéressant à la popculture japonaise depuis une quinzaine d'années, mon entourage plus cinéphile que moi s'est empressé de me recommander le film à sa sortie, parce que, tu comprends, "c'est un peu comme Stupeurs et Tremblements". Sauf que déjà non. Et ensuite j'ai pas aimé Supeurs et Tremblements. M'enfin bon. Toujours est-il que je l'ai vu, que je ne l'ai pas détesté comme Stupeurs et Tremblements, mais ce n'était pas la panacée pour autant. N'empêche, on est d'accord que Lost in Translation n'est plus éligible.

NoSecretDiary-TooLate-TheElephantMan

The Elephant Man - Il m'arrive souvent de blâmer des parents peu cinéphiles pour mon retard considérable en matière d'éducation aux longs-métrages. Permettez-donc que je vous présente l'une des exceptions qui confirme la règle : un charmant et guilleret film que j'ai découvert aux environs de 10/11 ans, parce que fuck logic. Mon père avait donc décrété que ce film-là, il fallait l'avoir vu (il m'a fait le même coup avec La Strada, les baby boomers et les films en noir et blanc, faudra m'expliquer un jour). Près d'une décennie de thérapie aura réussi à me faire intégralement oublier ce qu'il s'y passe, mais faut voir le budget que ça a représenté. N'empêche, on est d'accord que The Elephant Man n'est plus éligible.

NoSecretDiary-TooLate-MrSmithGoestoWashington

Mr. Smith goes to Washington - Il y a, en revanche, derrière mon apparente inculture crasse, quelques lueurs d'espoir dans les ténèbres. Il y a eu une période où je regardais des films avec une sorte d'embryon d'intérêt, et où, du moment que je tombais sur le début en zappant, je restais devant sans aucune discrimination d'âge, de sujet ou de dates. C'était une époque, hélas révolue, de totale ouverture d'esprit. Ca a duré quelque chose comme 6 mois en 2001, mais c'est déjà ça. Pendant cette période, j'avais donc découvert Mr. Smith goes to Washington, et j'avais aimé. Régulièrement, depuis, j'ai eu l'occasion de me dire que je me revisionnerais bien le film avec un peu plus de recul en matière de fictions politiques, mais je ne m'y suis jamais mise. Dans tous les cas, n'empêche, on est d'accord que Mr. Smith goes to Washington n'est plus éligible.

NoSecretDiary-TooLate-GoneWithTheWind

Gone with the Wind - De tous les films que j'ai vus quand j'étais jeune, celui-ci est probablement l'un des premiers, et des plus marquants (avec Grease, découvert à l'école primaire, et que j'ai longtemps qualifié de "film préféré", en grande partie à défaut de point de comparaison). Paradoxalement, alors que ça me rebute de me mettre aujourd'hui devant une majorité de longs métrages justement parce qu'ils avoisinnent les 2h, j'ai vu Gone with the wind en intégralité, sans pause, et sans sourciller, alors que j'avais 11 ou 12 ans maximum (bon, en VF, certes). J'adorais Scarlett O'Hara, c'était mon idole ! Il y a quelques années, pour me mettre au défi, j'ai voulu retenter le coup, et je vous le confirme : je n'ai aucun mal à tenir pendant, quoi, les 3 ou 4h, l'air de rien, que durent le film ? Eh bah sans broncher. Mais il faut dire que techniquement, on est quand même dans autre chose que ce que nous proposent la plupart des longs métrages aujourd'hui ! Ah et, pour l'anecdote : l'image ci-dessus a orné un mur de ma chambre au format 2m par 3 pendant une bonne partie de mon adolescence. Vous ne me croyez pas ? Taratata ! N'empêche, on est d'accord que Gone with the Wind n'est plus éligible.

...Bon, en toute sincérité, beaucoup de ces films mériteraient un revisionnage pour que je puisse en parler plus précisément. Mais ils datent d'une époque où je ne cherchais justement pas à mémoriser les films que je regardais, et c'est ça qui est paradoxal : je ne peux pas les comptabiliser dans le Secret Diary si je décide de les regarder, mais leur visionnage date (généralement) trop pour que j'en retienne grand'chose.

C'est en fait un véritable cas de conscience que me pose, parfois, le Secret Diary : oui, je voudrais solidifier un peu ma culture cinématographique, mais le faire impliquerait parfois de revoir des films qui ont parfois échappé à ma sagacité parce que je les ai découverts à une époque où je ne faisais pas attention, en fait. Oui, je peux vous réciter certains dialogues de Gone with the Wind par coeur, mais sans un revisionnage bien des années plus tard, je ne serais pas capable de vous parler des thématiques des actes du films, du travail sur les lumières, et ainsi de suite... Et sans doute que bien d'autres films, vus quand j'étais jeunes, mériteraient le même traitement.
Peut-être plus tard, après tout. Il y a une vie après le challenge cinématographique ! Mais cette année, je veux me concentrer sur la découverte... mais promis Scarlett, ce n'est que partie remise !

Posté par ladyteruki à 23:46 - Comme au cinéma - Permalien [#]

04-02-13

Chacune à sa façon ?

Un mois s'est écoulé, légèrement plus, depuis le début de mon challenge cinématographique de l'année. Je m'étais juré de regarder au moins quelques films non-américains pendant ce défi (règle n°5), et notamment de regarder au moins un film asiatique avant la fin janvier. Bon, je suis un peu en retard sur le planning de quelques jours, mais ça y est ! Et sur de bonnes recommandations (ici celle d'Eclair), j'ai tenté Aruitemo Aruitemo (Still Walking de son titre international) dont vous pouvez trouver la mini-review, comme d'habitude, dans le Secret Diary.

AruitemoAruitemo

Je crois que paradoxalement, je n'avais aucune idée de ce à quoi je devais m'attendre avec ce film, et qu'en même temps je n'en attendais pas moins. Au sens où Aruitemo Aruitemo est exactement la raison pour laquelle j'adore la fiction nippone ; il y a maintenant 15 ans, j'avais commencé mon incursion "sérieuse" dans la fiction japonaise avec des nouvelles et de romans (Kitchen de Banana Yoshimoto restant mon absolu préféré), je suis depuis passée aux séries, mais c'est toujours la même chose que je vais y chercher, et c'est toujours la même chose que j'aime y trouver. C'est aussi, accessoirement, la raison pour laquelle je n'arrive pas à accrocher aux séries sud-coréennes : l'humain y est décrit dans toute son authenticité, un mot qui prend un sens auquel Lena Dunham ne pourra jamais même prétendre.
Mais d'un autre côté, la littérature et la télévision nippones ne sont pas les seules à avoir ce credo comme fondement de leur art ; il y a un manga dont je me souviendrai toujours précisément pour cela.

Le plus bouleversant, le plus dérangeant, le plus magnifique dans Aruitemo Aruitemo, comme dans toutes les oeuvres nippones qui me touchent profondément, c'est que même si tout cela se passe à l'autre bout de la planète, avec des coutumes totalement différentes, et une nourriture supposément exotique sur la table, l'universalité est totale.

Les bouffées de nostalgie amère que j'ai ressenties devant le film m'ont rendue folle. Je voyais à la fois cette famille qui n'a rien de commun avec la mienne, et pourtant tout me rappelait les fois où, avec mes parents et ma soeur, on allait rendre visite à mes grands-parents paternels dans leur Bourgogne, et que ma grand'mère faisait mille fois trop à manger, qu'on tenait des conversations totalement badines qui ne faisaient que couvrir les souffrances et rancoeurs du passé, et où, au nom de la "réunion de famille", on se forçait à plaquer un sourire sur nos visages en attendant que ce soit fini et qu'on reparte. Avec quelques kilos de plus et, dans une bouffée nauséeuse, la promesse qu'on ne le fera jamais plus. Mais trois mois plus tard on reprenait la route tout pareil. Parce que c'est la famille.
Chaque carreau de carrelage, chaque tintement d'assiette, chaque cri d'enfant, chaque gorgée qu'on boit en espérant que l'instant désagréable passe, tout y était. J'ai même eu envie de vomir lorsque les personnages ont repris la voiture pour rentrer !

Et pourtant, je le répète, cette famille et la mienne n'avons rien de commun. Si ce n'est que...
Toutes les familles ont des petites histoires qui ne sont pas résolues, des petites politesses qu'on échange pour ne pas dire qu'on n'aime pas certaines pièces rapportées, et certaines choses dont on ne parle qu'à voix basse. Mais certaines ont des tragédies, aussi, autour desquelles la danse de la "réunion de famille" est forcément plus douloureuse et risquée. Cela encore, j'ai eu le sentiment de le retrouver trait pour trait les heures passées à attendre que la salle de bains se libère, les souvenirs anodins ressassés quand on garde ceux qui comptent pour soi, les assiettes qui débordent alors que les estomacs aussi, les coups de coude qu'on file aux enfants pour qu'ils entrent dans la danse, car un jour il le faut bien.
A la différence que j'ai refusé de danser lorsque j'ai arrêté de voir ma famille.

Aruitemo Aruitemo encapsule la raison pour laquelle je serai toujours une amatrice de fictions dramatiques avant tout, parce que ce sont elles qui touchent le mieux ce que nous sommes, ce que nous avons éprouvé à un moment, ce que nous supposons éprouver un jour. Ce sont celles qui nous touchent personnellement, qui nous obligent, pour en parler, à nous mettre à nu, à nous forcer à nous étudier nous-mêmes, à regarder droit dans les yeux les fantômes du passé. Je suppose que d'autres n'ayant eu aucune expérience commune de la famille avec les personnages d'Aruitemo Aruitemo en parleront avec plus de détachement que moi ; et je suppose qu'il y a des fictions pour lesquelles c'est l'inverse, j'y suis insensible parce que je ne suis pas concernée au premier chef. Peu importe.
L'essentiel est de regarder, au moins une fois de temps en temps, des histoires qui nous déshabillent de nos vêtements de critiques à peu près érudits, et qui nous mettent face à nous-mêmes ; de sorte que si on en parle, on est obligé d'avancer sans déguisement.
Eh bien voilà, amis lecteurs, je suis une téléphage vaguement cinéphile toute nue. J'ai un peu froid, mais ça va. Ça valait le coup. Tout à l'heure j'irai m'emitouffler dans le final de Miranda, histoire de, mais je ne pourrai pas échapper, ce soir, avant de fermer les yeux, au papillon jaune.

Si vous en avez d'autres, des films comme ça, allez-y, balancez des titres. Le temps de me remettre, et je les regarde dans la foulée.

Posté par ladyteruki à 23:57 - Comme au cinéma - Permalien [#]

27-01-13

5 films que vous ne trouverez pas dans le Secret Diary... (Part. 2)

Dans le Secret Diary of a Secret Cinephile, il manque des "classiques". Des films dont tout le monde parle, et que tout le monde a vus (ou que tout le monde fait mine d'avoir vu... parce que, hein, z'allez pas me faire croire). Sauf moi ? Ah, mais peut-être vont-ils s'ajouter ?
Certains, oui. D'autres, même pas en rêve. Voyons donc quelques uns des films que, non, je vais pas m'amuser à regarder, c'est pas la peine d'insister. J'y ai mûrement réfléchi, vraiment, et tout bien considéré... non. Et tant pis si ma culture cinématographique doit se révéler incomplète.

Ce soir :
5 films que vous ne trouverez pas dans le Secret Diary...
parce que n'y pensez même pas

NoSecretDiary-NoWay-TheExorcist

The Exorcist - Levez la main, ceux qui sont surpris ? Mouais, je m'y attendais un peu. C'est sûr que je n'ai pas commencé par le moins évident, je vous le concède bien volontiers. Le truc c'est que, pendant 30 années, les films d'horreur, j'ai bien tenu mes distances avec, et il me semble, je peux me tromper hein, mais il me semble que c'était pas forcément la plus mauvaise de mes idées, voire, peut-être, que c'était mon instinct de survie qui se manifestait. Le peu que je sais de ce film ne m'encourage pas vraiment à me mettre devant. Il faut dire que je n'ai qu'un goût trrrès modéré pour tout ce qui peut me filer les chocottes (on l'a vu avec les vampires et les zombies), surtout dés qu'on effleure le domaine fantastique (parce que par contre, avoir le sang glacé devant un drame où l'horreur prend un visage on-ne-peut-plus humain, là par contre, là oui, avec "plaisir"). C'est pas vraiment que je craigne le vomi de soupe, soyons clairs, mais enfin, niveau ambiance, torticolis et tout le tremblement, je le sens pas du tout, ce film-là. Après je pourrais me forcer, hein... mais je crains ensuite de ne plus dormir pendant un mois et de faire quotidiennement dans mon froc en attendant qu'on m'interne. Alors bon, on va dire que The Exorcist, on va passer.

NoSecretDiary-NoWay-TheGodfather

The Godfather - Je me rappelle avoir écrit quelques posts sur des séries en rapport avec la mafia, dans le cadre de la préparation d'un SeriesLive Show (c'était il y a des lustres), et vous avoir dit, en substance, que les histoires de mafia, j'en avais rien à carrer. Ca n'a jamais vraiment évolué ; oui, je suis allée au bout de The Black Donnellys, mais vraiment à reculons à certains moments (et par certains moments, je veux dire beaucoup de moments)... et ce n'était même pas une série où il est question de mafia non-stop ! Vous me mettez devant le pilote des Soprano, je ne tiens pas, par exemple ; je l'ai vu une fois, je n'y reviendrai pour rien au monde, rien. Alors, au risque de vous désespérer de mon cas, une triologie de films sur un parrain, non, ça ne va pas être possible. Ou alors ça va faire comme avec certains films que je me force à voir, ou qu'on me force à voir, et je vais piquer du nez au bout de 10 minutes et alors là on aura tout gagné. Alors bon, on va dire que The Godfather, on va passer.

NoSecretDiary-NoWay-PulpFiction

Pulp Fiction - Je ne me sens aucun atome crochu avec la filmo de Quentin Tarantino. Je me souviens qu'avec l'un de mes ex, je m'étais tapé les deux volumes de Kill Bill, c'est un vrai souvenir de bonheur intense... surtout si on remplace le terme "bonheur intense" par "grosse purge". Donc comment vous dire ? La perspective de retrouver à la fois Tarantino ET Thurman dans Pulp Fiction, ça ne m'électrise pas des masses, je ne vais pas vous pipeauter. Quelque part, dans le fond, je suis consciente qu'il est tout-à-fait possible que ces deux films n'aient pas grand'chose ou rien à voir, mais je ne le sens pas du tout. Et d'ailleurs, le bloquage se fait à un tel niveau que, quand je joue à des trucs comme le Trivial Pursuit, ou WhatTheMovie (un petit jeu que j'aime bien parce qu'il me donne plein d'idées de film à tenter), même quand je sais reconnaître qu'on parle de Pulp Fiction, je ne me souviens jamais du titre. A chaque fois, il faut que j'aille voir la filmo de Thurman ou de Travolta sur Wikipedia, et là, là oui, j'ai le titre, ok. Et ça dure comme ça depuis des années, je passe mon temps à oublier, sitôt réapprise, l'existence de ce film aussi sec ; à la rigueur, ptet qu'un jour je tenterai quelque chose comme Inglorious Basterds, parce que, enfin non chais pas, on verra, je veux pas m'avancer... mais Pulp Fiction, je ne le sens vraiment pas. Alors bon, on va dire que Pulp Fiction, on va passer.

NoSecretDiary-NoWay-DieHard

Die Hard - Quand j'étais petite et que je ne voulais pas prendre une bouchée de nourriture avec un couvert qui avait déjà été utilisé par un autre membre de ma famille, ma grand'mère avait coutume de dire que j'étais "narreuse". J'avais toujours pensé que ça voulait dire "faire la difficile", en fait ça voulait dire "facilement dégoûtée" ; et maintenant que je le sais, je suis prête à endosser pleinement cette étiquette : oui, en matière de films, je suis vachement narreuse, comme fille. Les films d'action, moi ça me dégoûte. C'est pas le même dégoût que devant un film un peu gore, évidemment, mais c'est, disons, un dégoût intellectuel ; similaire à celui que je ressentais quand je tombais sur TFHein à l'époque où j'avais encore la télé, pour vous donner un repère. Il y a quelque chose qui me répugne dans les films d'action : l'impression qu'on nous prend pour de parfaits benêts uniquement capable de comprendre des one-liners à la con et des grosses explosions. Dans ce contexte, je ne pense pas m'avancer beaucoup en disant que la franchise n'est pas du tout faite pour moi. Trop narreuse (pis quand même, manger dans des couverts utilisés par quelqu'un d'autre, bah c'est dégueu, merde, famille ou pas famille). Alors bon, on va dire que Die Hard, on va passer.

NoSecretDiary-NoWay-Rashomon

Rashoumon - Dans le fond, je ne sais même pas pourquoi on dit que les gens ont un "talon d'Achille", parce qu'en réalité, tout le monde en a deux, des talons ; et moi c'est le cas, j'en ai bel et bien deux en matière de cinéma : les vieux films, et les films étrangers (nan mais en vrai, je connais l'histoire d'Achille, hein, c'est juste pour la blague). Ce qui est original, parce que je suis la première à bondir vers des séries étrangères, et pour tout vous dire je ne suis pas non plus à la traine lorsqu'il s'agit de mater une vieille série (tenez, hier aprem, je me suis fait le pilote de K2000 ; on déconne, on déconne, mais il a déjà 31 ans, ce pilote), mais il n'est plus à prouver que mes standards en termes de séries sont très différents de ceux qui sont les miens, ou qui, disons, commencent progressivement à être les miens, en matière de longs métrages. Et c'est d'ailleurs quelque chose que j'ai aussi envie d'interroger pendant le défi de cette année, et on y reviendra... Mais soyons clairs : un film de 1950 en noir et blanc tourné au Japon, c'est un énorme répulsif pour moi. Mais encore, bon, à la limite, je pourrais envisager de regarder un film nippon qui a plus d'un demi-siècle dans la poire, s'il ne s'agissait pas en plus d'un film en costumes. Je veux dire : y a-t-il UNE seule chose attrayante dans ce film pour la pauvre cinéphile en formation que je suis ? Alors bon, on va dire que Rashoumon, on va passer.

Répétons pour la forme que ce ne sont que des exemples, et qu'il y a d'autres films dans le même cas (ne serait-ce que ceux appartenant à la filmo de Jake Gyllenhaal, comme on a eu l'occasion de le dire dans la première partie ; c'est bon, j'ai vu ce que ça donnait, on n'y reviendra plus). Mais avec ces cinq-là, on a quand même une bonne vue d'ensemble des films que, bon, vous pouvez me suggérer, hein, on est en démocratie et tout, mais je les regarderai pas. Je vous le dis comme je le pense : ça n'arrivera pas. Au moins on joue franc-jeu !

Bon, et puis, j'avais dit "deux volets", mais en y réfléchissant, je me suis rendue compte qu'il y a une autre catégorie de films que vous ne trouverez jamais dans le Secret Diary. Il y en a plus, qu'est-ce que je fais, je vous le mets ?

Posté par ladyteruki à 23:28 - Comme au cinéma - Permalien [#]

24-01-13

5 films que vous ne trouverez pas dans le Secret Diary... (Part. 1)

Vous le savez, j'ai décidé de me remettre sérieusement aux films (tout est expliqué ici pour ceux qui ont loupé le début). Vous avez été nombreux à me soumettre des suggestions, parmi lesquelles je passe régulièrement pour faire mon marché, selon l'humeur du moment.
Très important, l'humeur, pour tenir la distance pendant un challenge annuel...

Et ainsi, je continue d'ajouter des films vus dans le Secret Diary of a Secret Cinephile, et progresse dans mon défi.

Cependant, il y a des films que je n'ajouterai pas à mon tableau de chasse. Jamais. Parfois, certains sont mentionnés dans les recommandations, d'ailleurs ; en fait je me sens assez mal quand je vois que vous me les recommandez chaleureusement alors que je n'en pense pas forcément du bien.
Et puis, dans le Secret Diary, voyez-vous, je me suis rendue compte que par définition, je ne parle que des fois où j'ai réussi le défi de découvrir un film nouveau. Mais tous les visionnages ne finissent pas en happy end, avec votre serviteur cherchant frénétiquement une affiche à peu près décente sur internet et la rédaction d'une bafouille pour immortaliser l'effort accompli. Il y a aussi tous les films qui, eux, n'en auront jamais l'insigne honneur ! Oui enfin, bon.
J'ai donc décidé de vous parler de quelques uns de ces films recalés (évidemment pas tous) ; et ce, en deux volets.

Ce soir :
5 films que vous ne trouverez pas dans le Secret Diary...
parce que je les ai déjà testés

Il est de notoriété publique en effet que je ne me force jamais à aller au bout d'un pilote s'il ne me convainc pas, ou si, pire, il me révulse totalement. Eh bien il en va de même avec les films ; comme l'une des règles du challenge est de voir le film en intégralité, et que j'ai interrompu leur visionnage avant la fin, ces films n'ont donc pas été ajoutés à la liste des films vus. Et au point où on en est, je peux bien vous le dire : vu ma réaction en les voyant, je ne les finirai jamais.

Voyons donc le profil de 5 des films dans cette situation. Veuillez prendre note que quelques spoilers peuvent, néanmoins, s'être glissés dans ce post.

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The Lord of the Rings - Bon, on commence fort avec non pas un film, mais carrément une trilogie, comme ça c'est fait. Peu attirée par la fantasy, j'avoue n'avoir jamais trouvé une seule bonne raison de me mettre devant les films. Mais quand il a été clair que j'allais vouloir regarder The Hobbit à cause de Lee Pace (on se souviendra qu'à cause du même animal, je me suis envoyé des films comme Marmaduke ou 30 Beats, hein, merci pour rien), je me suis dit que pour Noël 2011, ce serait peut-être une bonne idée de s'atteler à la tâche. J'ai tenu en tout et pour tout 22 minutes devant le premier volet. Et quand je dis "tenu", je n'emploie pas le terme à la légère : j'étais incapable de me concentrer sur l'histoire, les personnages, rien. Pour résumer mon état d'esprit, je n'en avait rien à faire. Mais alors, rien de rien. Rien à péter. Alors j'ai finalement arrêté les frais, et je me suis dit philosophiquement que, hm, bon, de toute façon, The Hobbit était le prequel, alors je n'avais pas besoin d'avoir vu The Lord of the Rings. Ouais, je suis moyen honnête avec moi-même certains jours, mais on s'arrange. Ok, The Lord of the Rings, on oublie.

NoSecretDiary-PasFinis-Prometheus

Prometheus - Celui-là est tout récent, ça s'est déroulé il y a pas quinze jours (je l'ai raconté sur Twitter, mais tout le monde n'est pas sur Twitter) ; j'étais tranquillement en train de remonter la filmographie de Charlize Theron (en partie parce que je cherchais désespérément un rôle où elle ne soit pas antipathique ; entre parenthèses : pour l'instant c'est l'échec), quand tout d'un coup je tombe sur le titre de ce film et je me dis : "ah ouais, c'est un gros truc ça, même moi j'en ai entendu parler". Parce que parfois, il y a des titres de films que je mémorise, quand bien même je n'ai pas vu l'ombre d'une image et moins encore d'un trailer. Bon, bah écoutez, vu le nom, ça ne peut pas être inintéressant, pas vrai ? Ah mais je confirme, le début du film est intéressant. J'aurais dû commencer à me poser des questions au bout de 38 minutes quand j'ai vu ce plan, mais non, même pas. En réalité, il m'a fallu très exactement une heure pour comprendre que le film que je regardais avait un rapport avec la franchise Alien. J'ai pris mes jambes à mon cou et n'y suis jamais revenue. Je ne suis pas fan de scènes gore et pour moi, l'arrachage de bras a été le déclencheur ; ce n'est pas que c'était trop violent pour moi, c'est surtout que je me suis dit que là, la bestiole n'en était qu'à sa première victime et que ça n'allait certainement pas aller en s'arrangeant. Ok, Prometheus, on oublie.

NoSecretDiary-PasFinis-Brothers

Brothers - Au juste je n'ai aucune idée de pourquoi j'ai lancé ce film. Je crois que pendant mon premier défi, j'avais vu V for Vendetta, et je pensais m'enfiler un film avec Nathalie Portman, quelque chose de ce genre. J'avais oublié deux choses. Deux choses qui pourtant devraient être impérativement rappelés à mon souvenir quand je prospecte pour des tentatives de visionnages, qu'il s'agisse de film ou de série. Règle numéro 1 : pas de romance. Jamais de romance. Ca m'excède, ça m'agace, je soupire nerveusement, je commence à me faire les ongles ou à discrètement récupérer un magazine qui traine, bref, je n'ai aucune patience pour ce genre d'histoires, ou alors faut vraiment que la fiction ait d'autres qualités rédemptrices par ailleurs (comme le notable exemple de Pushing Daisies le montre bien). Mais, plus important encore, il y a la règle numéro 2. Pas de film avec Jake Gyllenhaal. Jamais. Ca sert à rien d'insister. Ce mec me met de mauvaise humeur rien qu'à voir sa tronche d'ahuri bossu, je ne le supporte pas et je le trouve plus arrogant qu'autre chose, alors que franchement, il ne me frappe pas comme un immense artiste. Au bout d'environ un quart d'heure, je trépignais comme une furie par la combinaison "romance tragique" et Gyllenhaal. Ajoutez à cela le côté opportuniste/patriotique de l'affaire et j'aurais pu égorger quelqu'un. Ok, Brothers, on oublie.

NoSecretDiary-PasFinis-EternalSunshineoftheSpotlessMind

Eternal Sunshine of the Spotless Mind - Ca commençait pourtant bien. Un film sur lequel je n'avais pas l'ombre d'un a priori négatif ! Pas de soucis avec le cast. Bonne réputation, si ce n'est excellente... Que pouvait-il arriver ?! Bon, oui, si. Il y avait ce léger détail. Mais si. Vous savez bien. Oui, voilà : la règle numéro 1. Une romance tragique ? Même si on était loin de tomber dans la plupart des clichés accumulés par les films du genre, Eternal Sunshine of the Spotless Mind n'avait pas non plus la thématique la plus fascinante au monde à mes yeux. Je crois que j'aurais énormément apprécié que l'effacement ait concerné autre chose qu'une relation amoureuse, ç'aurait été vraiment fascinant pour moi. Mais plus le film progressait, plus je trouvais peu original de se rabattre, encore et toujours, sur la question de l'amour. Fait rare dans cette liste, ce n'est pas au début du visionnage que j'ai jeté l'éponge, mais à seulement 20 minutes de la fin. JE SAIS ! Je sais, mais je n'en pouvais plus. Ca fait quelques années maintenant... à la rigueur je pourrais peut-être redonner au film une seconde chance, mais le problème, c'est que je me vois mal le faire, justement, pour à peine 20 minutes d'inédit. Ok, Eternal Sunshine of the Spotless Mind, on oublie.

NoSecretDiary-PasFinis-ImaCyborg

I'm a Cyborg, but that's OK / Ssaibogeujiman Gwaenchanha - C'était en 2010, pendant le premier volet du défi cinématographique. Déjà à ce moment-là, j'avais résolu d'essayer de ne pas regarder que des films américains. Et d'ailleurs, je regardais déjà plein de fictions japonaises et, dans une moindre mesure, sud-coréennes : how hard could that be ?! J'ai donc pris un film au hasard dont j'avais entendu quelques petites choses plutôt positives et, sans même lire le pitch, m'étais jetée dans le grand bain, sûre de pouvoir nager. J'ai donc coulé à pic. L'ambiance étrange du film a eu raison de moi au bout de quelques minutes. J'avais l'impression de débarquer dans un film où tout le monde était dans la confidence, sauf moi, quant aux enjeux et au contexte. Il est vrai que je n'ai pas fait preuve d'une grande patience : moins de 10 minutes après avoir lancé le film, j'ai abdiqué. C'est entre autres à cause de cette expérience que je vais regarder au moins un film asiatique ce mois-ci (je termine d'en sélectionner un et je suis parée), histoire de me mettre un coup de pied aux fesses. Non que je sois restée sur un échec : l'année suivante, j'avais vu Battle Royale avec succès. Enfin, succès... si on appelle une boule au ventre de trois jours un succès. Mais à choisir, je préférais encore le massacre à l'étrangeté vaguement mièvre (oui parce que j'ai de grandes suspicions de règle numéro 1, en plus). Ok, I'm a Cyborg, but that's OK, on oublie.

Bon alors, allez-y, jetez-moi des cailloux, je sais. Choisissez votre réponse, au choix : "tu aurais dû insister, tu aurais vu que la dernière scène est géniale !" (cette phrase est la lointaine cousine de "ça s'améliore ensuite... pendant la saison 4" pour les séries) ou "pourtant c'est un classique !", je me suis faite à l'idée, en commençant ce post, que vous alliez me blâmer pour mon manque d'efforts.
Eh, après tout, j'ai jamais prétendu qu'il était facile d'acquérir un minimum de culture cinématographique, hein.

Si je survis au lynchage, on se retrouve très vite pour un deuxième volet de cette série de posts.

Posté par ladyteruki à 21:48 - Comme au cinéma - Permalien [#]

01-01-13

Secret Diary of a Cinephile ~2013 edition~

Les habitués parmi vous se souviennent probablement qu'en 2010, je m'étais lancé un défi : découvrir le maximum de films en une année. C'était un peu un défi dans lequel je m'étais lancée sans y réfléchir, parce qu'entre fin 2009 et début 2010, j'avais regardé beaucoup de films, alors que ça ne m'arrive jamais, et que je m'étais dit qu'il valait mieux battre le fer tant qu'il était chaud. Cela a été l'occasion de chroniquer chaque visionnage dans le désormais fameux Secret Diary of a Cinephile.

SecretDiaryofaCinephile

Le bilan, à l'issue d'une année 2010, était très satisfaisant : 95 films découverts en l'espace d'un an ! Pour quelqu'un qui ne regarde pas souvent de longs métrages, c'était en fait un véritable record, même si évidemment, tous les films découverts à cette occasion ne se valaient pas.

En 2011 et 2012, j'ai laissé le Secret Diary of a Cinephile ouvert, ajoutant chaque visionnage que j'effectuais au jour le jour. Mais, il faut bien l'admettre, sans la motivation du défi, j'ai regardé assez peu de films. Bon, ce n'était pas non plus le désert, car je regarde à présent les chiffres et je vois qu'en deux ans, j'en ai vu 70 de plus ; alors certes, ce n'est pas rien, mais avec une moyenne de 45 films par an, ça reste quand même plutôt mou. Sans compter qu'une grande partie de ces films ont été vus parce qu'on m'y a poussée (genre parce que j'avais du monde à la maison et que c'est plus facile de lancer X-Men que de proposer un visionnage sans sous-titres de 30° i Februari...), pas parce que j'en avais envie. Et c'est ça le plus triste, il faut retrouver l'envie !
Sans le défi, je ne trouvais pas plus de raison d'en regarder qu'avant ; parfois je regardais des films juste parce que, quand même, c'est dommage de ne plus en voir, et je trouve ça assez triste. Pourquoi mon enthousiasme temporaire pour le ciné est-il retombé ?

Il reste tant de films que je ne connais pas, ou que de nom ! Tant de "classiques" qui, certes, ne m'attirent pas souvent, mais méritent peut-être quand même un coup d'oeil ! De grands blockbusters dont le succès a, peut-être, une légitimité qu'il me faut découvrir ! Et des films peut-être plus méconnus, aussi, qui gagnent à être découverts... J'en ai vu quelques uns (165 films en trois ans, donc), il en reste forcément plein !!!

Alors cette année, c'est dit, je me lance dans une nouvelle édition du défi Secret Diary of a Cinephile !
Les règles n'ont pas vraiment changé, et sont les suivantes, pour rappel :

1/ Ne sont comptés dans le défi que les films que je n'ai jamais vus
Non, les 712 revisionnages par an de The Fall ou A Chorus Line ne comptent pas. Mais bien tenté.

2/ Ne sont comptés dans le défi que les films que je regarde en intégralité
Les films dont je n'ai vu que les premières minutes, ou que j'ai aperçus un jour en zappant ou en passant au rayon télévision de la FNUC, peuvent être comptabilisés si je les regarde en intégralité au cours de l'année. L'an dernier, j'ai par exemple essayé de regarder Thor ; je me suis arrêtée à l'apparition de Hawkeye, peut-être que cette année, je retenterai le film et arriverai même à le finir, auquel cas il aura la possibilité d'être compté dans le défi. En revanche, si je commence un film, que je m'ennuie et que je l'abandonne avant le générique de fin, il n'est pas imputable au Secret Diary.

3/ Ne sont comptés dans le défi que les films que j'ai voulu regarder
Je n'ai plus la télé, donc il y a peu de chances que je zappe et tombe sur un film au hasard. En revanche, si je n'ai pas eu envie de voir un film donné et que je suis en compagnie de quelqu'un qui insiste pour le regarder, il n'est pas comptabilisable. C'est une règle fixée à la fois pour me protéger des bouses intempestives qui vont probablement me tomber dessus pendant l'année (à plus forte raison si je fréquente le salon de ma frangine, connue pour ses goûts cinématographiques calamiteux ; je veux dire, elle m'avait trainée voir le second OSS 117 quand même !), et pour m'obliger à m'intéresser au défi. Si je compte sur les films que mon entourage me fait voir, c'est trop facile. Là, il faut que j'entretienne l'enthousiasme, que je cherche des films qui me tentent, bref, que je me donne pour ce défi, pas juste que je remplisse un quota chiffré.

Pour cette nouvelle édition, deux nouvelles règles viennent de surcroît s'ajouter à celles existantes et pratiquées en 2010. Ces deux nouvelles règles devraient aussi augmenter le niveau de difficulté, parce qu'on sait tous à présent que, regarder 95 films en un an, je peux le faire. Alors tentons l'étape suivante !

4/ Ne sont comptés dans ce défi que les films dont je n'avais pas vu la bande-annonce
C'est en toute sincérité une règle que j'applique déjà souvent (je regarde également peu de trailers pour les séries ; sauf ce matin, j'en ai vu un pour la prochaine saison de Doctor Who, je ne le regrette pas car il semblait moins spoiler-y que la plupart des trailers en général). Mais l'idée est de systématiquement me faire une idée sur pièce, et de ne pas me laisser influencer par une bande-annonce efficace ou, au contraire, ratée. Le but de cette règle est avant tout de préserver l'impression de découverte et de ne pas courir le risque d'avoir l'impression, de connaître les moments-clés du film (ou les gags pour une comédie, ce qui est pire).

5/ Plusieurs films regardés pendant l'année devront ne pas être d'origine américaine
Parce que jusqu'à présent, il faut le dire, je suis restée très américano-centrée dans mes découvertes cinématographiques, même s'il y a eu quelques exceptions (je pense par exemple à l'excellent film portugais Contraluz). Le soucis c'est que j'ai le sentiment d'être totalement inculte en matière de ciné américain, et plus encore, si c'était possible, en cinéma étranger. Mais bon, il faut toujours un premier pas, après tout, essayons de nous souvenir comment ça s'est passé pour les séries ? Je trouve la perspective de regarder un film américain rassurante, mais elle est également dommage car elle me ferme plein de portes. Je ne veux pas fixer d'objectif chiffré histoire de ne pas tuer tout le fun de la démarche, mais en tous cas, plusieurs veut dire plus que 2, naturellement.
J'ai choisi, après une longue hésitation, de ne pas me mettre de règle relative à l'âge des films ; je sais qu'en général j'en regarde plutôt des récents, mais c'est peut-être mieux comme ça : j'ai parfois du mal avec le noir et blanc, par exemple. Rien ne dit qu'il n'y en aura pas dans mon bilan dans un an, mais je préfère ne pas me bousculer à ce sujet.

A partir de là, les films seront à nouveau ajoutés au Secret Diary of a Cinephile, avec leur mini-critique à chaque fois et, quand j'en ai le temps et/ou l'envie, un post plus long dans la rubrique Comme au cinéma. En sus, je parlerai de ces films et du défi en général sur Twitter, avec le hashtag #SecretDiary, donc si vous êtes là-bas, n'hésitez pas à participer au débat post-visionnage qui aura souvent lieu.

Si le coeur vous en dit, vous pouvez évidemment relever ce défi à votre tour (mais je sais que nombre d'entre vous sont fort occupés par le Challenges Series 2013 de Hellody).
Vous pouvez décider de le faire "2010-style", avec 3 règles seulement, ou pour les plus ambitieux d'entre vous, "2013-style", avec 5 règles histoire de corser le défi.
L'avantage de celui-ci, c'est qu'il n'y a pas d'objectif chiffré : si pour vous, 10 films par an, c'est un gros chiffre, eh bah va pour 10 films par an. Le but du jeu est de faire des découvertes dans le milieu du long métrage, et de décoller un peu des séries, pas de se mettre une pression monstrueuse et de n'en tirer aucun plaisir. Moi-même, je ne me dis pas que je vais forcément en regarder autant ou plus qu'en 2010, je veux simplement m'y engager avec passion et découvrir le 7e art, souvent négligé par votre serviteur.

Et même si vous ne faites pas ce défi, n'hésitez surtout pas à me proposer des idées de film. Quelqu'un m'a déjà suggéré Third Star, qui est en train de cagouler, et il y a Mean Girls que je pensais voir depuis quelques temps et sur lequel je me suis décidée grâce aux interventions de Tony sur Twitter. Je ne promets pas de regarder tous les films mentionnés, évidemment, mais tant que vous ne les avez pas suggérés, on ne peut pas savoir !
Comme les trailers me sont interdits, je compte sur vous pour ajouter un lien vers la fiche Wikipedia (quand il y en a une) ou faire une bref topo du synopsis, pour que je me fasse une idée.

Bon, un an de films !!! Allez, je peux le faire !

Posté par ladyteruki à 23:59 - Comme au cinéma - Permalien [#]

07-11-12

Née sous X

Depuis quelques jours, j'ai du monde à la maison, et du coup, je regarde des films. Ouais je sais, à moi aussi ça fait bizarre. Je n'avais plus regardé autant de films en si peu de temps depuis mon fameux défi cinématographique ! Qui plus est, ce n'est pas exactement le genre de films que je regarderais si j'étais seule.
On a en effet commencé avec la trilogie X-Men, avant d'embrayer sur les prequels/sequels variés sortis à ce jour.

Les deux premiers X-Men, je les avais vus, en réalité, dés leurs sortie, c'est d'ailleurs la raison pour laquelle ils ne figurent pas dans mon Secret Diary of a Cinephile ; à l'époque du premier, je fréquentais un geek, et à l'époque du second, je re-fréquentais le même geek (j'étais en réalité surprise qu'on ne se remette pas ensemble au moment de la sortie du troisième !). Le dernier opus de la trilogie, en revanche, n'étant trainée sur place par aucun tiers, m'avait complètement échappé, et les spin-offs encore plus. Il faut dire que je suis assez peu portée sur les films de superhéros : je n'ai jamais vu aucun Spiderman, peut-être un vieux Batman dans un coin (genre avec Michael Keaton...), et ma tentative de me frotter à l'univers d'Iron Man avait été un échec plus tôt cette année (et pourtant j'étais malade, donc vulnérable), pour n'en citer que quelques uns.

Pourtant, je ne suis pas complètement fermée au monde des superhéros.
Séquence souvenirs.

Quand j'étais adolescente, je ne me rappelle plus comment j'avais fait mon compte, mais j'avais réussi à avoir un peu d'argent et je m'étais acheté, en cachette, deux comics dans une librairie près de mon lycée. En cachette parce que chez mes parents, si la lecture était considérée une perte de temps, la lecture de bande-dessinées était considérée comme un aveu de crétinerie. De toutes les choses qui étaient non grata dans ma famille, la BD était l'une des pires (avec l'usage du téléphone et le concept de l'achat d'un lecteur CD ; pour ceux qui se demandent, grandir au 14e siècle c'est moyennement fun). L'un des comics était un numéro de X-Men, l'autre de Witchblade. C'étaient des numéros achetés au hasard, sans rien connaître de la mythologie de l'un ou de l'autre (je crois que le Witchblade était un des tous premiers, mais pour l'exemplaire de X-Men, il était clair que je n'avais pas la moindre idée de l'univers dans lequel les personnages évoluaient)... mais j'ai quand même pu apprécier certaines choses, notamment de la part des personnages dont je pouvais saisir l'essence, à défaut de connaître leur background complet.
Je ne connaissais rien au monde des comics, je ne savais par exemple pas pourquoi à l'intérieur d'un même numéro, plusieurs styles de dessin apparaissaient, j'ignorais même que plusieurs histoires étaient menées de front, chacune à raison de quelques pages ; à mon époque, on n'avait pas Wikipedia (de toute façon, si vous croyez que mes parents auraient pris un abonnement à internet...), donc on faisait nos expériences sur le tas, sans avoir la possibilité d'accéder à une illusoire science infuse permise par un accès immédiat à des réponses à 99% de nos questions. Donc j'ai acheté le deux numéros, je les ai lus, et j'ai tiré mes propres conclusions. Et c'est comme ça que j'ai compris que je ne pourrais jamais me lancer dans les comics, parce que cela exigeait des achats réguliers et que ce n'était pas possible pour moi.
J'ai eu une pensée pour cet achat quand Witchblade, la série, est apparue sur les écrans ; comme en plus l'héroïne était une actrice de Brooklyn South, ça m'intéressait d'autant plus. Au final, je n'ai jamais pu voir Witchblade mais dans le fond ce n'était pas si grave, vu les retours que j'en avais ; d'ailleurs j'aurais sûrement eu plein d'occasions de le faire depuis que je peux me lancer dans des recherches pour trouver des épisodes, depuis que j'ai un accès libre à internet, et je n'ai même jamais esquissé l'ombre d'une requête google.
Mais pendant les mois qui ont suivi, je me suis penchée sur le style de dessin des comics, je l'ai décalqué, copié, intégré dans mes propres dessins (je dessinais énormément pendant le collège et le lycée), et finalement, c'est quand même devenu une part de ma popculture, même si c'était de loin et sans avoir eu le temps de m'attacher émotionnellement aux histoires. A l'impossible nul n'est tenu.

Pourtant, les versions ciné des X-Men ne m'avaient jamais attirée, essentiellement parce que j'avais l'impression que c'était juste une excuse pour faire des films d'action à gros budget, mais aussi évidemment parce que j'avais loupé le coche de l'affectif.
Quand j'avais été les voir, les deux premiers films m'avaient très peu captivée, je crois que grosso-modo je pionçais à moitié (l'autre moitié était venue avec son copain et était occupée différemment...). J'avais aussi de très forts a priori, et ça n'aidait pas.

Alors finalement, ce revisionnage cinématographique un peu forcé (mais c'est souvent le cas avec les films, il faut que je me pousse un peu, c'était d'ailleurs toute la raison de mon défi de 2010) m'a permis d'accorder un peu plus d'attention, avec un esprit un peu plus ouvert, aux films, et à l'univers X-Men en général.
C'est de cet univers dont j'avais envie de parler aujourd'hui, parce que c'est la première fois que je lui ai prêté de l'attention, et que j'ai désormais une vue d'ensemble sur tous les films sortis à ce jour.

XMen

Comment le thème de l'acceptation de la différence m'avait-il à ce point échappé lorsque j'avais vu les deux premiers films ? De toute la franchise, ils sont pourtant les plus explicites sur ce thème, et les plus intéressants à ce sujet.
Car ce que ce revisionnage des deux premiers opus m'a fait comprendre, c'est que la franchise X-Men n'est pas qu'une façon de se faire facilement des dollars en montrant des superpouvoirs, comme je le soupçonnais initialement. De véritables thèmes sont abordés, et non au titre de simple prétexte (j'insiste : je parle des 2 premiers films de la trilogie), mais bien comme axe central de l'intrigue et de la réflexion de chaque film. Revoir ces deux premiers films m'a permis de prendre la mesure des enjeux : il ne s'agit pas de bons et de méchants mutants, il s'agit de mutants qui veulent exister au grand jour mais qui n'ont pas la même méthode pour y parvenir, les uns étant dans le court terme et la mise devant le fait accompli, les autres dans le long terme et la diplomatie prudente. Dans le contexte de ces deux films, les histoires personnelles des mutants sont assez peu travaillées (à l'exception de l'enfant chéri Wolverine), car ce qui compte, c'est la doctrine, in the grand scheme of things. La thèse n'est pas sacrifiée au nom de l'efficacité, c'est l'efficacité qui vient servir et renforcer la thèse. Sans aucun doute, avec mes outils de spectatrice d'aujourd'hui, je trouve que ces deux premiers films sont bons ; pardon si j'ai l'air de débarquer mais, comme on dit, il vaut mieux tard que jamais. Aucune scène d'action n'est gratuite, il y a un vrai scénario, et les personnages sont forts. Difficile de ne pas s'attacher à au moins l'un d'entre eux (même si certaines choses ne changent pas : mon seul souvenir positif de X2, c'était Alan Cumming...), de ne pas sentir qu'il y a chez presque tous quelque chose de profond à découvrir sur leur passé ou leurs conflits intérieurs. Tout ça dans des films à gros budget et donc gros spectacle, la prouesse mérite d'être soulignée, même avec une douzaine d'années de retard !
Le troisième opus de la trilogie me laisse plus mitigée. Peut-être que pour lui aussi je changerai d'avis dans une prochaine décennie, mais pour le moment je l'ai trouvé assez creux, sa thématique étant moins engagée et les scènes d'actions épouvantablement longues, en particulier le fameux combat final. Sa conclusion me laisse également sceptique, mais je reviens là-dessus à la fin de ce post.

N'ayant aucune sorte d'affinité avec celui qui semble être le chouchou de la franchise (et donc, je le présume, des spectateurs), le prequel sur Wolverine m'a laissée de marbre. L'histoire de X-Men Origins: Wolverine ne trouve de l'intérêt que vers la fin, au moment de la découverte du programme Weapon X, sur l'île ; mais le reste est bavard et dénué d'intérêt, le face à face entre les deux frères étant rapidement épuisé par le premier quart du film, et lorgnant sur la redite lassante ensuite. Le projet Weapon X méritait d'ailleurs d'être approfondi, au moins dans ses intentions, mais comme on aura un spin-off sur Deadpool, on devrait avoir une chance de se remettre de la déception.

Mais la plus grande des frustrations découle de X-Men: First Class. Voilà un prequel qui était d'une grande nécessité pour placer plus précisément sur la carte le professeur Xavier comme ce bon vieux Magneto. Quelques problèmes, cependant : un cast très inégal (Patrick Stewart est d'accord avec moi), des personnages totalement inutiles (hello Betty Draper), d'autres tristement sous-employés (à quand le spin-off sur Mystique, au nom du ciel ?!), des séquences particulièrement fastidieuses (quand chacun apprend laborieusement à améliorer ses compétences), et d'autre éminemment ridicules ("je te vois dans le sous-marin, je te vois plus, je te vois dans le sous-marin..."), de nombreuses incohérences destabilisantes avec les autres films de la franchise (et je ne parle pas juste de petits bugs mineurs comme la couleur des yeux de Charles Xavier), et globalement, une mauvaise exploitation du potentiel de réécriture historique (pourquoi s'attaquer à la crise des missiles de Cuba si c'était pour en faire ça ?). Ah, et Kevin Bacon, qui devrait peut-être y aller mollo sur les prescriptions de marijuana.
Il y a de bons moments, une tentative relativement honnête d'explorer un versant plus littéral de l'acceptation de l'identité mutante, mais globalement, ça reste boîteux. Clairement il s'agit ici de faire un coup double, à savoir rajeunir le cast ET la cible, mais on peut être jeune et avoir un minimum d'exigence de qualité (du moins je l'espère). Un travail totalement salopé m'aurait à la rigueur plus contentée, au sens où au moins, je ne ressentirais pas la frustration d'avoir failli, mais failli seulement, assisté à un film intéressant. Là c'est un peu ni fait, ni à faire, mais ça a quand même était fait, et dans le doute, il valait peut-être mieux s'abstenir, mais bon, c'est fait, c'est fait hein...
Par comparaison, X-Men: The Last Stand apparait comme plus honnête dans ses intentions que X-Men: First Class : on ne cherche pas à y faire passer des vessies pour des green lantern (ah zut, c'est la franchise concurrente), on est dans le divertissement au sens le plus classique du terme.

XMen_FirstClass

Après avoir passé environ une semaine et la bagatelle de 5 films devant la franchise X-Men, ma curiosité envers celle-ci est donc renouvelée.
En fait pour la première fois, j'ai l'impression d'être en mesure d'apprécier le potentiel de cette immense saga, qui s'écrit aux USA depuis les années 60 sur divers medias, à commencer évidemment par la bande-dessinée. S'il ne m'a jamais échappé que X-Men était un objet culturel d'importance outre-Atlantique, je commence à peine à comprendre pourquoi.

Le problème, c'est que picorer de la lecture sur Wikipedia pendant deux ou troix heures ne fait que souligner un grave problème de l'univers X-Men : sa densité. Ce qui fait même sa richesse pour le curieux d'aujourd'hui est aussi le plus gros frein à sa découverte. Il aurait fallu baigner dedans depuis toujours, ou au moins y entrer tôt, mais désormais, pour moi qui ai passé trois décennies à ne voir ces histoires se dérouler que de loin, et leur succès me rester étanger, il semble un peu tard pour vraiment comprendre la complexité de cet univers, de ses personnages, de ses mythologies.
Je ressens envers X-Men la même chose qu'envers Star Trek : il est clair pour moi à présent qu'il y a énormément de choses à voir (et d'autres probablement à survoler, voire même zapper totalement) et à appréhender dans les histoires que veut raconter cette franchise, mais la tache est d'une telle ampleur que le rattrapage ne sera jamais possible. C'est comme appréhender toute une gamme de mythes et légendes d'une autre culture : même si la curiosité me ronge, impossible de vraiment m'en imprégner, parce que je n'ai pas été éduquée dedans ; néanmoins c'est justement cette consistance qui m'attire (tout comme j'étais, enfant, attirée par les mythologies du monde, par les centaines d'espèces de dinosaures, ou comme je le suis aujourd'hui par la perspective de pouvoir cartographier les séries de la planète).
Et du coup, j'hésite à m'engager dans une véritable documentation sur le sujet, alors que je suis convaincue désormais d'avoir énormément de concepts et d'histoires qui pourraient m'intéresser, me divertir, me nourrir, et que j'enrage un peu de passer à côté en ne regardant que les films (dont certains passent à côté de leur objectif).

Alors, comme j'avais fait pour Star Trek, je me suis dit que le plus court chemin vers la compréhension d'un univers foisonnant et intimidant, c'était la littérature. Une bonne grosse encyclopédie spécialisée, ou un ouvrage de fond sur la symbolique de... la symbo... la... quoi ?
Si mes recherches sont exactes (et à ce stade je n'ai pas de raisons d'en douter, j'y ai passé un temps non-négligeable), il existe un seul livre consacré à l'univers X-Men, et encore, il fait partie d'une collection (et évidemment c'est uniquement en anglais, mais je n'attendais pas de la France qu'on y écrive une abondante littérature sur un comics, le genre étant très largement déconsidéré sous nos latitudes ; un peu comme chez mes parents !).
Bien que potentiellement intéressant (la franchise telle que je l'ai vue semble aborder suffisamment de sujets pour justifier de l'existence de pareil ouvrage), cet essai ne m'aidera pas à "rattraper le temps perdu" comme le ferait un encyclopédie ou une quelconque oeuvre récapitulative (ou au moins quelques chronologies des storylines majeures et/ou des personnages).

C'est ce qui m'amène à vous reparler de la fin de X-Men: The Last Stand. La façon dont s'achève le film, laissant en suspens plusieurs problèmes dont l'un, non des moindres, est la mort d'un personnage important (pour ne pas citer de nom et des fois qu'il y ait encore plus retardataire que moi !). Sur le coup, à la fin du film, je suis restée interdite par le culot de la franchise cinématographique de tuer un personnage aussi important pour la franchise dessinée. Je me suis justement demandé si c'était conforme à l'original, ou s'il s'agissait d'une nouvelle liberté prise par l'adaptation ; j'ai donc été me cogner la (longue) biographie du personnage, et je n'ai pas trouvé de trace de pareil évènement.
J'aurais aimé un ouvrage aussi complet (néanmoins synthétique) et pratique que ma très chère bible de Star Trek (au sujet de laquelle j'ai une amusante anecdote, d'ailleurs) pour m'aider à trouver plus simplement cette information. Et bien d'autres. Juste pour me mettre un peu à niveau.

Au terme de cette aventure d'une semaine (ou d'une vie, selon le point de vue), j'ai l'impression d'avoir eu un second rendez-vous avec quelqu'un que je ne pourrai jamais vraiment fréquenter. Ca s'est bien mieux passé que notre première sortie, mais même si je tombais amoureuse, il me serait impossible de vivre cette passion dans une configuration qui me semble satisfaisante.
Par ricochets, je me demande pour combien d'univers on se retrouve, sans forcément en prendre conscience, dans la situation où on a le choix entre une appréciation superficielle d'un monde (cela peut convenir à certains, mais moi, vous le voyez, ça me frustre) et une connaissance pointue d'un domaine qui a demandé des heures de suivi pendant des années juste pour appréhender correctement le sujet, ses richesses et ses nuances (sans même parler de se proclamer expert). L'investissement que demandent des passions comme celles que peuvent avoir les fans de comics pour l'univers de Marvel est énorme... et ne concerne qu'une franchise ! Ce n'est même pas comparable avec la téléphagie au sens large, qui est une imbrication de visionnages à court et à long terme d'un patchwork de séries différentes ; on parle d'une oeuvre, et une seule, qui exige une attention soutenue (et via un seul media, les autres étant incomplets ou pauvres) rien que pour en posséder les tenants et aboutissants.

La prochaine fois que quelqu'un me demandera comment je connais tant de séries et mémorise un grand nombre de choses à leur sujet, je lui parlerai de cette porte entr'ouverte sur la constellation X-Men, et combien je ne suis qu'un petit scarabée à côté de ces gens qui connaissent de bout en bout la vie de Jean Grey et de Charles Xavier...
On est tous l'amateur d'un autre fandom.

Posté par ladyteruki à 16:59 - Comme au cinéma - Permalien [#]

09-07-12

Happiness & the City

Il va falloir admettre que le mois de juillet ne tourne pas du tout comme je l'avais prévu ; je voulais faire plein de choses, mais terrassée par mon nouveau boulot, mes plans n'ont cessé de tomber à l'eau. Ce soir, exténuée, et alors que je n'ai pas encore trouvé de sitcom pour prendre la relève de New Girl vu la semaine dernière, j'ai fini par tendre la main et regarder le premier DVD attrapé dans ma telephage-o-thèque.
Eh, j'aurais pu faire pire, après tout.

C'est quoi le nom du film ? Sex & the City, le film
C'est plutôt quel genre ? Seul et fabuleuse ?
Qui on connaît là-dedans ? J'ai cru repérer plusieurs actrices de la série, mais je peux m'être trompée.
Ça date de quand ? 2008
En résumé, de quoi ça parle ? De Carrie, Miranda, Charlotte et Samantha.

SexandtheCity - 1 SexandtheCity - 2 SexandtheCity - 3 SexandtheCity - 4 SexandtheCity - 5

En moins résumé, de quoi ça parle ? Après que Carrie et Big aient eu leur happy end à Paris, le spectre du mariage vient hanter leur couple. Carrie finira-t-elle oui ou non par lui passer la corde au cou, après 10 ans de chassé-croisés ?

Pourquoi c'est bien ? Parce que c'est Sex & the City ! J'avais 18 ans quand j'ai découvert la série, je venais de m'installer à Paris... Impossible d'échapper à son pouvoir d'alors. Oui, aujourd'hui Sex & the City se traine une réputation épouvantable (je vais y revenir), mais à l'époque, c'était énorme, et j'ai suivi ses quatre héroïnes pendant de longues années, vu et revu (à la faveur des multiples rediffusions de Hem6) les épisodes des dizaines de fois, autant vous dire que l'attachement est énorme, et en grande partie irréversible. Et puis, toute question affective mise à part, Sex & the City, ça a longtemps été pour moi synonyme d'une capacité incroyable à jouer avec les émotions, en dépeignant une vraie bande d'amies avec une dynamique tangible, et des histoires qui ont su dépasser le simple cadre léger de son ptich pour offrir quelques grandes scènes pleines de sincérité. Sex & the City, pour moi, ce sera toujours le pouvoir de La douleur exquise, la révélation du cancer de Samantha pendant le mariage de Miranda ou encore cette même Miranda donnant le bain à sa belle-mère, et ça, ça vous cheville le téléphage à sa série à jamais. Et à raison, d'ailleurs, car le film reprend admirablement bien cet ingrédient, à mes yeux fondamental.
Pourquoi c'est pas bien ? Chaque dollar touché en product placement par le film est une raison d'avoir envie de lui cracher au visage (si tant est qu'un film ait un visage... euh, bref). Pas de méprise : le sujet du product placement me fascine. Mais c'est un art qu'il convient de maîtriser au lieu de simplement faire défiler, LITTERALEMENT, des marques pendant une scène. Ou deux. Ou dix. Oui, la série faisait déjà cela, mais sur une demi-heure, ça se remarquait moins (les enjeux étaient peut-être aussi différents de ceux d'un film, probablement). L'absence de finesse dans la façon de déballer, montrer, mentionner les marques a de quoi ulcérer les plus patients d'entre nous, ceux qui, comme moi, sont pourtant assez peu réfractaires à la publicité (je considère que mes yeux paient quelques secondes ce qui sera épargné à mon porte-monnaie ; en général ça me permet de rester stoïque dans la plupart des circonstances publicitaires de ce genre). Mais outre ce déballage constant, indécent, et parfois totalement plaqué, de marques et de signes extérieurs de richesse, Sex & the City, le film prouve aussi qu'on peut avoir écrit pendant 6 ans une série sur les relations amoureuses et n'avoir toujours pas appris comment innover en matière de romance. Le scénario du film suit tous les clichés du genre, avec les lourdeurs insupportables que ça implique, et sans jamais se cacher de suivre une voie toute tracée par envie de se simplifier la vie. Le film se résume, en gros, à une grande partie d'exposition pleine de références pour bien montrer qu'on n'a rien oublié de l'univers de la série, et ensuite, l'habituelle histoire du couple qui se sépare mais que tout voue à revenir ensemble à la fin du film (pas avant). C'est insupportable. Les intrigues secondaires sont assez peu nombreuses (Charlotte étant la grande oubliée) ce qui rend le procédé encore plus irritant. Pour moi qui ai du mal avec les comédies romantiques, bien des passages ont été du plus haut pénible, parce que tous les ingrédients y étaient, jusqu'à l'absurde musique pleine de cordes dedans qui semble être la même de film en film pour montrer qu'il se passe un truc super romantique. C'est en général le moment où je sors mon bazooka mental..

Ah, les joies du cinéma ! Faire un film où toutes les actrices sont botoxée au dernier degré et laisser Sarah Jessica Parker parader avec ses mains de vieille femme, tout ça au nom de la mode, de la beauté et de l'élégance, ça s'appelle avoir le sens de l'ironie..
La réplique qui tue : "The good ones screw you, the bad ones screw you, and the rest don't know how to screw you". Seule Samantha Jones pouvait sortir cette perle.
La scène qui tue :
Attention, des spoilers peuvent se promener dans ce paragraphe si vous n'avez pas vu le premier film. Après avoir été plaquée devant l'autel par Big (qu'est-ce que je disais à propos des clichés), Carrie est embarquée par ses trois éternelles copines pour le Mexique, où elles profitent de la suite initialement réservée pour la lune de miel. Mais Carrie profite très modérément de l'endroit à son arrivée, et passe les premiers jours à dormir. La séquence qui en découle est tout ce que j'aime chez Sex & the City : l'une après l'autre, les filles défilent dans la chambre pour lui indiquer le temps qui passe et tenter de la faire sortir du lit, ne serait-ce que pour manger ; tendre, élégante, et dénuée de toute forme d'humour (ce qui aurait semblé superflu), cette séquence faite de lumière qui s'allume et qui s'éteint, sur le visage marqué d'une femme qui essaye de "sleep the pain away" est touchante au possible. Sa conclusion semble, contre toute attente, fonctionner, même si elle se montre un rien exagérée. Simplement parce que Sex & the City sait, a toujours su, saura toujours (je l'espère, mon équilibre psychologique en dépend) réussir ce genre de séquence.

SexandtheCity - Extrait

Une note ? CagoulesCagoulesCagoules
Quelque part dans ces trois cagoules (sur cinq, comme toujours), il y en a une qui est essentiellement sentimentale, mais ça reste entre nous.
Bilan : Quarante ans, l'âge de raison. Du moins faut-il l'espérer.
Sex & the City n'est pas forcément la série avant-gardiste qu'on voulait qu'elle soit lorsqu'elle est sortie, du moins pas tout-à-fait. Oui, personne n'avait parler de sexe et de relations de cette façon avant elle ; mais la quête du prince charmant reste au centre de sa quête comme elle l'était pour Ally McBeal, autre série féminine en apparence parfaitement antiféministe sur le fond.

Pourtant quelque chose a résolument changé. A quarante ans, les questionnements de nos héroïnes préférées ont glissé : il ne s'agit plus simplement de trouver un partenaire, mais bien de savoir qu'en faire ensuite. Et c'est difficile, pour quiconque a suivi les 6 saisons avec passion et fidélité, de ne pas verser une petite larme émue quand, réunies une fois de plus pour discuter et partager leur ressenti, les filles commencent à parler non plus d'orgasme, mais de bonheur. Au lieu de comparer les relations sexuelles, elle comparent le degré de bonheur, la durée, l'intensité, la fréquence... et je crois que c'est ce qui m'a conquise une fois de plus (même si j'ai toujours eu confiance en la série pour me procurer ce genre de surprises), c'est de découvrir que même si la mode prend une place démesurée, les robes sont insupportablement nombreuses et chères (et moches), les clichés ont la vie dure, mais malgré tout, Sex & the City saisit quelque chose de très humain, et sait pertinemment où elle emmène ses personnages. Même les situations ridicules portent en leur sein le potentiel pour une émotion vraie.
Pendant longtemps, j'avais évité de voir ce film. Je n'étais pas sûre de vouloir m'y frotter après avoir aimé la série pendant les années cruciales de mon entrée dans l'âge adulte, et je n'étais pas certaine non plus qu'après avoir si parfaitement bouclé la boucle en fin de saison 6, nos quatre new-yorkaises préférées pouvaient m'émouvoir.
Mais l'émotion était là. Peut-être pas dans les histoires avec Big, qui m'ont toujours indifférée, et certainement pas avec l'organisation d'un mariage dont, résolument, je n'arriverai jamais à comprendre l'importance pour en arriver à louer une bibliothèque. Mais Sex & the City est un film avec de nombreuses scènes très mélancoliques, proches de la dépression, qui paraissent inattendues, je suppose, si on se repose sur la seule réputation de la série à montrer trois actrices sur quatre avec les tétons à l'air.
Et pour cette raison, maintenant, je suis contente d'avoir vu ce film.

Mais je n'ai pas encore tranché pour le suivant. Rendez-vous dans deux ans, si je garde le rythme.

Posté par ladyteruki à 23:56 - Comme au cinéma - Permalien [#]

02-04-12

Beats me

Le post Comme au cinéma du jour ne va pas être tout-à-fait habituel. D'ordinaire, même quand j'ai été voir le film au cinéma (ce qui n'est déjà pas systématique), je me dépêche de cagouler le film en rentrant, déjà parce que j'aime bien m'en repasser des bouts quand j'écris mon post, ensuite parce que ça me permet d'en tirer un extrait à vous montrer, et c'est sans parler des captures évidemment. Là, euh... comment vous expliquer ? J'ai déjà eu du mal à trouver une salle qui le projetait. Voilà voilà. Et sur internet, c'est déjà la croix et la bannière de trouver autre chose que le trailer en VOSTF, voyez, ça donne bien le ton.
Qu'est-ce qu'on fait ? On en parle quand même ? ...Ouais, allez. Pour le fun.

Par contre du coup je vais pas me priver de vous spoiler, parce qu'à ce stade on sera tous d'accord que ça n'a plus d'importance (d'autant que ce film a peu de chances de sortir un jour en DVD). Surtout vu la teneur de ce que j'ai à en dire.

C'est quoi le nom du film ? 30 Beats
C'est plutôt quel genre ? Moite
Qui on connaît là-dedans ? On ne va pas se mentir, j'avais décidé d'aller le voir parce que ça fait trois ans que ce film est dans la filmo de Lee Pacesur IMDb. Ah non mais j'en fais aucun mystère, hein. A ses côtés, on peut cependant remarquer Paz de la Huerta (Boardwalk Empire) et Justin Kirk (Weeds). A noter qu'on fait la connaissance également de Condola Rashad, fille de ; le cast est très international puisqu'on trouve en sus une actrice française (Vahina Giocante), une autre lithuanienne, Ingeborga Dapkunaite (qui est d'ailleurs apparue dans un Wallander britannique) et un acteur péruvien (Jason Day).
Ça date de quand ? 2009
En résumé, de quoi ça parle ? D'un été à New York.

30Beats

En moins résumé, de quoi ça parle ? Il n'y a pas UNE histoire, mais un enchaînement d'anecdotes interconnectées, formant une immense chaîne humaine à travers New York.
Et ça finit comment ? En bouclant la boucle.

Pourquoi c'est bien ? Parce que les enchaînements de ce genre, globalement je suis bon public : partir d'un point A et arriver au point Z en passant par plein de maillons, je trouve ça sympa. Je suis de toute façon le genre de personne qui n'attend pas systématiquement qu'un film ou même une série aient un but, et je me satisfais très bien d'une sorte d'anthologie de petites historiettes sans conséquence ni mythologie. L'effet patchwork, en somme, n'est pas un défaut de fait à mes yeux. Et du coup je me suis plu à suivre cette camera qui suit un personnage jusqu'à ce qu'il en rencontre un autre puis décide de suivre celui-là. Dans une grande ville comme New York, ça fonctionne encore mieux parce que les possibilités de la ville sont infinies (rappelez-vous Six Degrees). Alors du coup, il faut juger le film par "rencontre", et pas sur son ensemble. Il y a ainsi des "rencontres" qui m'ont plu, et d'autres qui étaient franchement nulles, n'ayons pas peur des mots. Mais ça, c'est l'affaire du paragraphe suivant.
Pourquoi c'est pas bien ? Comme je le disais, certaines histoires sont dénuées de tout intérêt (je pense par exemple au dépucelage de la première femme à débarquer à l'écran). Mais ce n'est pas dramatique, en soi : l'effet de patchwork fait que ce n'est pas grave et que du moment que l'histoire suivante fait passer le goût, peu importe que celle-ci laisse une sensation amère. Non, le vrai problème de 30 Beats, c'est essentiellement... ses dialogues. Et c'est un vrai problème, parce qu'on a dépassé le stade de la fadeur pour arriver à l'impression très désagréable d'avoir des dialogues vraiment, vraiment mauvais. Genre écrits dans un anglais niveau sixième, pas plus d'une cinquantaine de mots de vocabulaire à tout péter, des phrases très courtes, sujet-verbe-complément, aucune musique, aucune poésie, limite des tweets, mais sans la richesse du procédé. Et ce n'est pas tout. Une partie des acteurs n'y croit pas un seul instant ; donc en plus d'être certains des pires dialogues que j'ai jamais entendus, ils sont aussi récités de la façon la plus monocorde possible. C'est particulièrement frappant au début du film (les interprètes variant, on a au moins l'avantage d'assister aux efforts de quelques uns d'entre eux). Ce n'est hélas toujours pas tout. Le soucis c'est qu'en plus, Alexis Lloyd a fait le choix de ne montrer aucune scène de sexe. Oui, dans un film sur les rencontres sexuelles ; c'est courageux. Sur le papier ce n'est pas un choix répréhensible, d'ailleurs, c'est même un parti-pris tout-à-fait explicable par le fait que le film parle avant tout de rencontres et de désir ; mais vu que les dialogues virent au cauchemar dans 90% du film, l'accumulation de ces défauts bien précis devient problématique. Autant dire qu'on a l'impression d'assister à un film porno à l'envers : que des dialogues à la con, aucune scène de cul. Hm, c'est embêtant !

Ah, les joies du cinéma ! Si j'étais une MST et que je voulais bosser dans le milieu du cinéma, voilà le genre de film dans lequel je voudrais percer.
La réplique qui tue : Etant donné ce que je vous ai dit des dialogues de 30 Beats, je crois qu'on a tous compris que c'était là une bataille perdue. Voire même : pas livrée.
La scène qui tue :
Arrivé à, disons, je sais pas, la moitié du film environ ? L'une des protagonistes rend visite à son chiropracteur. Lequel est tellement habile de ses mains qu'il lui donne un orgasme rien qu'en lui massant les tempes, alors que dans sa rencontre précédente, elle était convaincue d'être d'une part, totalement frigide depuis son opération du coeur, et d'autre part, de mourir si jamais elle venait à ressentir un orgasme. Alors vous comprenez bien que quand son chiropracteur la fait hurler de plaisir (et il en est le premier gêné, le pauvre), elle n'a qu'une envie, lui bondir dessus. Chose qui n'entre pas vraiment sur la fiche de soins dudit chiropracteur. On a donc une longue scène de désir désespéré d'un côté, et de "merci Madame, mais non merci, rangez vos seins je vous prie" de l'autre, qui se caractérise par le seul moment du film où j'ai ri, le chiropracteur expliquant qu'il a moyennement envie d'être poursuivi pour s'être tapé une patiente, et ladite patiente, qui a de la suite dans les idées, décidant de rédiger séance tenante une décharge. C'était drôle parce que le praticien a en plus la bonne idée de sortir un truc du genre "vous ne contrôlez pas mon désir juste avec une décharge", et c'était bien de mettre en relief une vraie "rencontre" qui tourne mal, parce que jusque là, 30 Beats était un peu le drive-in du sexe, il suffisait de commander pour recevoir, à quelques détails près (eh oui faut être précis dans sa commande, c'est le seul inconvénient). Plus que de parler, comme l'avait fait la "rencontre" précédente, d'une histoire où il n'y pas de concrétisation pour une raison X ou Y (le fait que la jeune femme se pense frigide), on a une véritable exploration d'une partie de la signification du désir, celui qui devient frustration. Et c'est finalement quelque chose qu'on voit peu au cinéma, en particulier dans les films qui parlent autant de sexe comme celui-ci, où on a l'impression que tout le monde peut se taper absolument tout le monde comme il le souhaite, ce qui est illusoire et même pas intéressant dramatiquement. Vraiment c'était un passage qui donnait un vrai relief à la suite de "rencontres" de 30 Beats, un propos qui apportait quelque chose de neuf. Bon par contre ensuite le chiropracteur se la tape, donc la conclusion est vaine, mais la scène était sympa. C'est un pur hasard si cette "rencontre" met en scène Lee Pace d'ailleurs, car son interprétation rappelle énormemént Ned le Piemaker (en même temps chronologiquement ça se tient), et sa "rencontre" suivante sera moins bien. Donc, après en avoir discuté avec moi-même, ça vient vraiment de la scène, je peux l'affirmer.
Et comme j'ai pas d'extrait à ma disposition, bah voilà le trailer. Pardon, j'ai honte.

Une note ? CagoulesCagoules
Mwahaha... Nan ça me fait un peu rire, pardon, mais à ce stade normalement vous comprenez pourquoi je pense. Au pire, ça va devenir plus clair avec le bilan.
Bilan : A la base, j'allais voir ce film sans trop y croire, admettons-le. Il est de notorité publique que les romances, déjà, m'indiffèrent ...dans le meilleur des cas. Donc bon. Je savais que mon but dés le départ était d'ajouter ce film à ma petite étude sur Lee Pace, puisque comme vous le savez il est le seul acteur dont je décortique chaque apparition parce que quelque chose dans son jeu me fascine. De la même façon que j'ai regardé des horreurs comme Marmaduke ou When in Rome sans y croire, je suis allée voir 30 Beats sans a priori très positif, il faut le dire. Mais je veux une vision d'ensemble, alors tant pis.
Je crois pourtant qu'en dépit de ses défauts, 30 Beats aurait pu être un bon film ; mais dans d'autres conditions. Avec de vrais dialogues, pour commencer (ça changerait tout, en fait). Avec un cast qui ait un peu foi dans ce qu'il fait également, la motivation de certains personnages étant visiblement invisible autant aux spectateurs qu'aux interprètes, c'est net. Et je vous dis ça sans la moindre attaque ad hominem, vous savez que c'est pas mon genre de rappeler que Paz de la Huerta joue en permanence comme si elle était droguée au dernier degré (ou qu'elle fournissait une mauvaise imitation de Marilyn Monroe... ou les deux, en fait). Oh que non, je suis au-dessus de ça !
Pourtant au fond, le film soulève des thèmes intéressants, dans son domaine ; je ne sais pas s'il les doit tous à La Ronde, la pièce dont il est inspiré et que je ne connais pas, mais force est de constater que les thèmes soulevés ont du potentiel. Mais ils n'ont bien que ça. Par exemple, l'un des personnages fait appel à une dominatrix hors de prix (ce qui est d'autant plus gênant qu'il travaille pour un politicien), et est désemparé lorsqu'elle lui apprend qu'elle a décidé de tout arrêter pour ouvrir une galerie d'art ; la réaction du client était fascinante et j'aurais aimé qu'on y passe plus de temps. Par le jeu de la chaîne de "rencontres", on suit ensuite cette dominatrix dans un rôle de prostituée plus classique alors qu'elle a pour mission de déniaiser un jeune homme, fils de l'un de ses clients réguliers, et l'échange est savoureux, puisque dans leur cas on entend leurs pensées (ça n'arrive pas systématiquement, et heureusement parce qu'il y a quelques fois où ça se produit et où les dialogues rendent l'effet risible). Or le jeune homme ne sait pas du tout qu'il s'agit d'une relation tarifée et tente maladroitement de charmer une femme dont il ignore qu'elle lui tombera de toute façon dans les bras. C'était une scène qui, avec de meilleurs dialogues, aurait été proprement hilarante et douce-amère à la fois. Un homme qui a couché avec une jeune actrice découvre que celle-ci, quand elle lui a foutu un vent la veille alors qu'il voulait la revoir, a couché avec une femme, et l'interroge de façon obsessionnelle sur son orientation sexuelle ; la crise de jalousie (alors que lui-même n'est, on le comprend bien, qu'un plan cul qui s'accroche) aurait pu être intéressante. Une femme contacte l'un de ses plans cul mais finit par lui faire une scène parce qu'il ne respecte pas les règles du jeu du plan cul, et ils finissent par énoncer ensemble les règles qui permettent à un plan cul de fonctionner ; ce sont les règles qu'on entend dans le trailer, même si dans le film elles sont toutes dites par cette femme. Ce système de règles, souvent implicite, méritait d'être exploré, peut-être même de s'étendre à une autre "rencontre" (en fait le film manque d'auto-références, sans doute, car à l'exception d'une remarque sur les cicatrices, on n'obtiendra aucun effort en la matière). Une "rencontre" plus classique, entre un client d'hôtel et une standardiste, où la séduction se produit uniquement par téléphone (et où on comprend qu'en fait la première "rencontre" téléphonique a déjà eu lieu le soir précédent), méritait également d'être étirée, au lieu de se conclure de façon ridicule (mais j'y reviendrai, au ridicule). Bref il y a des choses qui méritaient d'être dites, puis élaborées. Peut-être faire un film de 2h et non 1h30, qu'est-ce que j'en sais moi ? Mais en tous cas il y avait clairement du potentiel, simplement le film dont je vous parle n'est pas tout-à-fait 30 Beats, car 30 Beats n'a pas su tirer partie de grand'chose.
Je dirais aussi que la conclusion du film est atteinte de ce mal du "ç'aurait pu". Lorsque le jeune homme mentionné ci-dessus perd son pucelage avec une prostituée payée secrètement par son père (d'ailleurs, ironie : il ne se souvient pas se l'être tapée : il s'est cogné la tête dans le feu de l'action) vient se confesser à sa meilleure amie... qui n'est autre que l'ex-pucelle du début du film, on nous fait soudain glisser vers quelque chose d'étrangement cohérent, et bien que j'aime l'effet de patchwork, j'ai apprécié ce revirement (même si on le voyait venir avant qu'il ne soit explicité). Soudain, on comprend que cette suite de "rencontres" avait une sorte de but cosmique, rapprocher ces deux jeunes gens qui réalisent pour la première fois que, n'étant plus puceaux, ils peuvent coucher ensemble (euh, oui, bon, c'est une logique qui en vaut une autre), et qui finissent le film en étant ensemble, main dans la main, sur un banc, sous-entendant par là que leur "rencontre" à eux va durer. Et l'idée est bonne, dans le fond, même si un peu niaise (nan mais moi je trouve tout niais alors bon, ne vous fiez pas à mon avis), parce que cela dépeint quelque chose qui finalement on n'avait pas tellement exploré : l'idée de l'après. Tout le monde avait vécu comme si toute "rencontre" se devait d'être passagère, et là ça apporte une dimension complémentaire inattendue. Maheureusement la scène est très bavarde et le côté "ah bah j'ai réfléchi on va coucher ensemble" est grotesquement amené...

Ma dernière critique, pourtant, s'adresse moins à 30 Beats qu'à tous les films de son genre : cette impression d'être totalement en décalage avec ce qu'est vraiment le sexe et la rencontre amoureuse de nos jours. Deux de ses personnages sont puceaux à 18 ans, par exemple. A Manhattan ? J'ai peine à le croire ! A côté de ça la "rencontre" entre le chercheur et la médium est totalement surréaliste : le type y va pour se faire tirer les cartes et finit par... ne me laissez pas finir cette phrase, le jeu de mots serait sordide. Mais en plein milieu de la séance de cartes, tout d'un coup la médium lui propose de faire un truc complètement nouveau qui va révolutionner son âme, et dans le plan suivant, il est à poil dans une baignoire à s'enduire d'onguents de provenance suspecte. QUI FAIT CA ? Je m'attendais à ce que la nana lui mette la honte de sa vie pour s'être désapé aussi facilement et avoir accordé toute sa confiance à une médium, alors que deux secondes plus tôt il insinuait fortement que le tarot c'était de la foutaise, mais la scène n'est jamais venue. Dans une autre "rencontre", un jeune homme qui est tombé amoureux (dixit) d'une belle inconnue à laquelle il n'a jamais parlé décide de la suivre jusque chez elle, et se fait repérer au passage (en même temps il ne fait pas ça très discrètement), puis il va lui acheter des fleurs et un citron (longue histoire, je vous épargne les détails), et revient tout cool pour venir toquer à sa porte. Et la fille ouvre la porte. QUI FAIT CA !? A MANHATTAN !? Elle lui ouvre, le fait monter chez elle, et lui demande s'il est un stalker. MEUF, POURQUOI T'AS OUVERT SI TU TE POSES LA QUESTION ?! ...Je vais vous dire moi pourquoi : parce que ce ne sont que des prétextes. Comme Sex & the City (dont la parenté est lointaine et pourtant étrangement palpable, peut-être à cause du thème du sexe, peut-être parce que la ville joue un grand rôle dans les deux), l'idée est de trouver le moyen de mettre un homme et une femme (minimum) dans une situation où on va ensuite les obliger à se mettre face à leurs tourments. On ne savait pas comment en parler alors, bon, on trouve un moyen. Et c'est ridicule. Personne ne fait ça. Qui fait ça ? Vous, vous faites ça ? Moi je connais personne qui fait ça ! Et parfois c'est tellement déconnecté de la réalité qu'on ne peut pas ne pas marquer l'arrêt et se dire que franchement, c'est n'importe quoi. Le prérequis c'est quand même qu'on s'identifie aux tourments abordés pendant la "rencontre", or si on ne croit pas un instant aux circonstances dans lesquelles elle se produit, eh bien tout le principe est faussé.
Ce défaut n'est pas propre à 30 Beats, pas du tout, mais je ne crois pas avoir déjà eu l'occasion de l'exprimer dans ces colonnes, alors voilà.

Reste quand même que 30 Beats n'est pas un film exceptionnel. La vérité, il faut le dire, c'est que ce n'est même pas un bon film. Encore fallait-il le voir pour le savoir, au moins c'est fait.

Posté par ladyteruki à 22:09 - Comme au cinéma - Permalien [#]

02-03-12

Larmes de craie

BlackMarch

Cela faisait... pfioulala ! Tout ça ? Eh oui, un an, quasiment jour pour jour d'ailleurs, que je n'avais pas proposé de post Comme au cinéma. Mais Detachment étant le seul film que j'avais cagoulé récemment et pas encore vu, le mois de Black March semblait particulièrement propice à une découverte cinématographique, histoire de changer un peu. Alors allons-y.

C'est quoi le nom du film ? Detachment
C'est plutôt quel genre ? Agonisant
Qui on connaît là-dedans ? Derrière Adrian Brody, qu'on attend de voir un jour dans une série, et par "on" je veux dire moi (si possible sur le câble s'il vous plait merci), il y a un cast bien connu des téléphages, avec Christina Hendricks (Mad Men), Lucy Liu (Ally McBeal, Southland), James Caan (Las Vegas), Blythe Danner (Huff, Presidio Med), et même une ptit bout de William Petersen (Les Experts) et Bryan Cranston (Breaking Bad), essentiellement présents pour la beauté du geste.
Ça date de quand ? 2011
En résumé, de quoi ça parle ? D'un prof remplaçant qui arrive dans un nouveau lycée.

Henry Barthes, narrateur désabusé ou témoin blasé ? Le dernier coup de fil Directrice-caméléon Carnets de correspondance anonymes I go ahead and smile

En moins résumé, de quoi ça parle ? Henry Barthes est un enseignant en littérature qui doit faire un remplacement de quelques semaines à peine dans un lycée. Il est à un moment difficile de sa vie, ce que les joies du métier d'enseignant comme le hasard ne vont rien faire pour arranger.
Et ça finit comment ? Avec un happy end (et pour tout dire on n'y croyait plus).

Pourquoi c'est bien ? Parce que si même dans un film pourri (voir aussi : Splice), Adrian Brody est relativement bon, alors dans un bon film, vous pensez si on se régale ! Et puis surtout parce que le film évite de se percher du haut d'une boîte à savon pour prêcher la bonne parole, et essaye plutôt de nous plonger dans la réalité du métier d'enseignant en nous incitant à l'expérimenter de façon intime, en goûtant au dégoût montant de ses personnages, sans jamais totalement faire passer les étudiants pour des monstres, des étrangers ou des numéros. C'est donc un film profondément honnête ; il a un message, c'est évident, et il y a de la dramatisation, c'est sûr, mais il parvient, notamment parce qu'il joue également sur plein d'anecdotes et de petites chroniques (hélas) ordinaires, à ne pas tomber dans la caricature, ou très peu. Cela tient aussi beaucoup au fait que son personnage ne se prend pas pour Michelle Pfeiffer et ne se met pas en tête qu'il va sauver ses élèves. J'ai également beaucoup apprécié la réalisation, qui a un côté très observateur et neutre un instant, et plonge soudain dans des plans, voire même des effets de style, pour renforcer le côté subjectif de certaines scènes ; et en-dehors de ses tâches rouges comme autant de signaux d'alerte, la photographie reste aussi très sobre et froide. En somme, c'est un film qui parvient admirablement bien à mêler ses deux objectifs, à savoir raconter quelque chose de fictif, et le décrire de façon documentaire.
Pourquoi c'est pas bien ? Personnellement, l'intrigue de Barthes relative à sa famille, je m'en serais passée. Elle était bonne, en un sens, parce que bien écrite et bien menée, émouvante même, mais j'avais l'impression en voyant ces scènes que le script original avait forniqué avec n'importe quel autre scénario de film sur les douleurs de son personnage central, et que dans ces scènes-là, Detachment était leur bâtard. On s'en passerait bien. Ca ajoute de l'épaisseur au personnage bien-sûr, mais, limite, trop. L'histoire avec la jeune prostituée, oui. L'enfance, le suicide de la mère, le grand-père en fin de vie, pas trop, non.

Ah, les joies du cinéma ! Avoir 16 ans, auditionner pour un film se déroulant dans un lycée... et finir pute. C'est ça aussi, les joies du cinéma.
La réplique qui tue : "Some of us believe that we can make a difference. And then sometimes we wake up, and only realize we failed". Et ils reviennent échouer chaque matin. Mais au fait, c'est pas ça, la définition de la folie ?
La scène qui tue :
Il y avait pas mal de scènes de qualité dans ce film, dont j'aurais pu vous fournir l'extrait, avec des passages très pertinents, des analyses intéressantes du sentiment des professeurs, ou simplement des passages gorgés d'émotion (en particulier, une scène avec Lucy Liu m'a énormément touchée), mais finalement j'ai choisi celle-ci. Attention, elle correspond à un SPOILER, vous pourrez pas dire que j'ai pas prévenu. Mais un spoiler minime, je trouve.
La proviseur, Carol Dearden quitte son poste et quelqu'un d'autre va prendre sa place. Elle n'est pas spécialement aimée, ni par les élèves, ni par le corps enseignant qui en a vu défiler d'autres et qui ne croit pas plus en elle qu'en autre chose. Mais à l'heure du déjeuner, elle les a rassemblés dans l'auditorium pour un dernier speech, pendant que dehors, les élèves ont droit à une pause plus longue qu'à l'ordinaire. Alors ils sont là, ramassés dans cette salle mal éclairée, assis en silence, et ils attendent. Et j'ai trouvé ça incroyablement fort de les voir, comme réfugiés dans leur dernier bastion, ensemble, alors qu'on imagine le reste du bâtiment continuer de vrombir de l'activité de ses élèves, et ils sont là, bienveillants quand même, prêts à écouter sans trop y croire un discours supposément fort de cette femme à ses troupes, tel le général qui devrait leur parler d'avenir, ou leur rappeler les batailles menées côte à côte, et qui finit... bah, comme ça. C'est l'intégralité de la scène. Et c'est terrible.

Detachment___Extrait
Bon alors, Black March, machin, tout ça... donc exceptionnellement : Youtube.

Une note ? CagoulesCagoulesCagoules
Comme je n'ai toujours pas créé de demi-cagoule en complément (et, rendons-nous à l'évidence, ça ne se produira jamais depuis le temps que j'en parle), seulement trois cagoules sur cinq pour ce film (parce que sur l'échelle The Fall, il n'en méritait quand même pas quatre). Les quelques choses que j'ai à lui reprocher lui auront cruellement coûté, en dépit de ses grandes qualités.
Bilan : Je me rappelle avoir lu dans Tant qu'il y aura des élèves une réflexion qui en gros disait ceci : tout le monde s'autorise à disserter sur l'école, on se sent tous qualifiés pour en parler parce qu'on y a tous été. Et c'est vrai que les parents d'élèves, les élèves, les voisins, la boulangère, et évidemment les politiques, tout le monde parle de l'école, de l'éducation, du métier de profs, comme si on savait ce que tout cela signifiait. Tout le monde a une opinion.
Mais dans ce concert de doigts pointés et de yakafokons, de grandes réformes magistrales et de petites phrases, la voix qu'on entend de moins en moins, c'est peut-être celle des profs. Pas la voix dans le mégaphone les jours de manifestation (les médisants trouveront qu'entendre cette voix si souvent dans l'année, c'est déjà pas mal), mais la voix un peu éteinte de celui qui retourne faire son boulot tous les matins avec une boule au ventre. Detachment est cette voix-là.
Et ça se sent clairement, d'ailleurs, parce que le film, s'il a évidemment des aspects dramatiques évidents, flirte quand même énormément avec le documentaire, comme je l'ai dit.
Mais à la fin, le titre me pose problème. Détachement ? Pourtant, non, pas vraiment. Désenchantement, découragement, désoeuvrement : c'est certain. L'envie d'essayer de se détacher, peut-être, à la grande rigueur. Mais pas de détachement total. Ils n'y croient plus mais ils viennent encore, ils essayent encore ; certains jours plus que d'autres, certains jours en trainant plus la patte que d'autres, et probablement que ça ne va pas s'arranger avec le temps et les couloirs vides le soir des réunions parents/profs. Mais ce sont tous de braves petits soldats qui continuent de donner tout ce qu'ils ont, même s'ils ont de moins en moins à donner. Ils grognaient, mais ils enseignaient toujours.
Même le personnage de Brody, Barthes, qui semble tellement noyé dans ses propres douleurs et dans les questions qu'il essaye d'éviter de se poser sur ses origines, ne peut s'empêcher de prendre sous son aile une petite ado perdue, ou de consoler une autre qui a vraisemblablement besoin d'être écoutée. De se lancer dans un cours passionné, d'encourager le talent d'une jeune artiste. D'admirer le travail d'une collègue, de se lier à elle. De prendre sa sacoche et de tout recommencer dans un autre établissement dés la mission d'après.
Et non seulement les protagonistes ne sont pas dans le détachement, aucun, mais en plus il est impossible pour le spectateur non plus de ressentir un quelconque détachement. Tant mieux, c'est l'effet recherché. Si bien que le happy end (tout relatif, c'est vrai) du film parait déplacé vu le reste de son contenu. On a trop eu mal, on a trop été découragés, pour vraiment sourire totalement de bon coeur à la fin.

On ne vient pas pour qu'on nous dise que c'est bon, c'est réglé, quelqu'un a trouvé la solution. On vient pour réfléchir pendant une heure trente à ce qu'on sait de l'école, et vous savez quoi ? Bah on n'en savait pas grand'chose. Si, mais en fait, non. Une fois qu'on a ressenti ce désoeuvrement, difficile de revenir à la normale sans y réfléchir encore un peu. C'est en cela que Detachment n'est pas juste un film et que ses emprunts au genre documentaire (la réalisation, les apartés de Barthes...) lui donnent un côté si réaliste et nécessaire.
Mot-clé : nécessaire.

Posté par ladyteruki à 17:48 - Comme au cinéma - Permalien [#]