Géographie téléphagique
Devant ma propre insistance à ne plus regarder la télé (l'état affligeant de la rubrique Zappeur, Zappeur n'aies pas peur en atteste), j'ai décidé de sévir. Je ne vais certainement pas n'en faire qu'à ma tête, ah ça non, ou alors je devrai d'abord me passer sur le corps !
A l'échelle individuelle, ne plus regarder la télévision est un véritable problème. Au-delà du fait que cela signifie qu'actuellement j'échappe totalement à toutes les tentatives de TFHein ou Hem6 de me vendre du Coca, ce qui est à la limite plutôt leur problème, il s'avère que ne compter que sur la cagoulage pour vivre ma téléphagie me prive d'une grande partie des plaisirs de la téléphagie.
Si je parle à 99,9% de séries dans ces colonnes (à la notable exception de SNL, et en ce moment des Emmy Awards ; tiens à propos je me tâte pour vous en faire un post, de la cérémonie de cette année...), je suis et reste conquise par la télévision dans sa globalité, et c'est la raison pour laquelle je me considère téléphage et pas seulement sériephage. Certes, il y a, comment dire ? Une matière principale, les séries, mais j'ai aussi pris d'autres contenus télévisuels en option et si je n'en parle pas, je ne les apprécie pas moins.
Appréciait, en fait, vu que justement je ne regarde plus la télévision, et que par voie de conséquence, je ne m'amuse pas à aller cagouler un débat, un documentaire ou un journal télé (je n'ai même pas vérifié si c'était possible, et je rappelle à toutes les bonnes âmes qu'en ces colonnes, on ne connaît Youtube que sous la dénomination "le Mal"). Et là réside le problème, car du coup, ma consommation de ces programmes a changé. Elle n'est pas complètement éteinte, mais pas loin. La mutation principale, c'est que désormais, je ne cagoule des documentaires que s'ils m'intéressent et si je tombe dessus. Comprenez : sur un site anglophone (puisque c'est là que je me fournis en série au quotidien).
Du coup, je peux vous cagouler des talk shows, des émissions comiques, parfois des documentaires, etc... mais j'ai quand même largement fait une croix sur la plupart des programmes francophones. Eh oui.
Alors voilà, ça ne peut pas durer. Tentons de comprendre pourquoi ce changement est intervenu...
Je sais bien que d'ordinaire, la rubrique Série de valeurs
est plutôt dédiée aux valeurs qui filtrent à travers les fictions qu'on
regarde, mais pour une fois, je vais parler de la télévision en tant
qu'objet, et non en tant que production "abstraite".

Car le changement date en fait de l'été 2009, quand, c'est tout bête, j'ai déplacé l'écran de l'ordinateur pour pouvoir bosser depuis le lit. Dans ces conditions, regarder la télé sur mon bel écran plat (l'ordi) au lieu de mon vieux tube cathodique (la télé) est devenu une évidence, et bien vite je n'ai même plus pris la peine d'allumer la télévision, située quelques centimètres au-dessus. La télé, débranchée pour je ne sais quelle raison, n'a jamais plus été utilisée, quand bien même la télévision sur la télé (fournie par Free) n'englobe pas, justement, TFHein et Hem6.
C'est donc bien un problème géographique qui se pose à travers cette désaffection.
Et ça montre bien à quel point l'emplacement de l'écran de télévision est primordial, même si on le savait déjà.
Car il est évident que la télévision, de par son emplacement, conditionne l'importance qu'on lui donne, tout en étant la conséquence de cette même attention qu'on veut bien lui prêter.
J'ai toujours été fascinée, par exemple, par les familles qui ont une télévision dans la salle à manger. Dans ma famille, ç'aurait été proprement impensable d'avoir un écran allumé pendant les repas. On avait bien trop de choses à se dire en gueulant pour laisser une télévision pénétrer dans notre espace sonore, pour commencer. Et puis surtout, c'était absolument indigne des "valeurs familiales" qui avaient cours chez nous, et qui stipulaient implicitement que la famille mérite un repas qui la rassemble et lui permette de passer un moment privilégié (fut-il intégralement utilisé aux fins de se hurler dessus, ou, pire, et heureusement plus rare, s'affronter à coups de silent treatment).
Mais il y avait bel et bien des familles (d'après mes renseignements, une majorité de notre ville de banlieue, en fait) où la télévision avait sa place à table comme n'importe quel autre membre de la famille. On se rendait d'ailleurs compte que selon les familles se répartissaient souvent en deux écoles : celles qui regardaient des émissions de divertissement et rompaient les rangs quand commençaient le journal (mangeant donc à 19h), et celles qui regardaient le journal télévisé ensemble (passant donc à table plutôt à 20h).
De la même façon, ma soeur et moi avons longtemps lutté afin d'obtenir le droit de détenir une télévision dans les chambres. C'est ma frangine rei qui a ouvert le bal avec une télé quasiment lilliputienne qui est arrivée en même temps que notre toute première console (un combat épique mais qui n'a pas sa place dans ces colonnes). Un ou deux ans plus tard, je récupérais un vieux poste des années 80 (je vous parle d'un temps que la génération télécommande ne peut pas connaître) tout juste bon à jouer avec une console 8bits.
Là encore, il y avait dans mon entourage une foule d'adolescents qui avaient la télé dans leur chambre, non seulement parce qu'ainsi ils pouvaient regarder ce qu'ils voulaient, mais bien souvent parce que les différentes générations de la maison avaient ainsi chacune la possibilité de regarder des programmes adaptés (ou moins adaptés pour ceux qui s'arrangeaient et rallumaient le dimanche soir...).
Ainsi la télévision a-t-elle besoin d'une situation géographique dans la maison pour exister en tant que média. Pour nous, les choses étaient toutes autres : pendant longtemps, l'unique poste était dans un meuble télé fermable à clé, tout au fond de la maison, dans un lieu où, en quelque sorte, il fallait faire une effort supplémentaire pour se rendre, le cœur de la maison état plutôt la combinaison cuisine/salle à manger. Le côté "aventuriers de l'arche perdue" de chaque expédition vers le meuble télé reflétait bien l'importance que mes parents lui avaient, plus ou moins volontairement, donnée.
J'ajoute que la crainte distillée depuis notre plus jeune âge qu'allumer la télé, c'était l'abimer, n'aidait en rien notre consommation.
Bref, la situation géographique actuelle de la télévision chez moi a, une fois de plus, joué un rôle déterminant dans ma consommation des programmes. Le problème, c'est maintenant de trouver un emplacement qui lui serait plus favorable, et qui reste logique quand on habite dans un studio configuré pour tenir dans 14m².
La télévision liée aux problèmes immobiliers ? Ce sera ptet l'objet d'un prochain post !
[Day 31] Ya pas que les séries dans la vie

Le mème a duré ce que durent les roses...
Mais, attendez, qu'est-ce qui se passerait si je décidais que je ne veux pas arrêter ? Si je voulais continuer le mème ? Bon, là, avec les articles hebdomadaires, hm, j'ai pas trop le temps. Il faudrait trouver quelque chose pour attendre, je sais pas, le mois d'octobre pas exemple. Quelque chose qui durerait un mois, qui me permettrait de m'occuper de ce que j'ai à faire, et qui servirait de transition vers une version pérenne du mème ?
...Et pourquoi pas le mème de 30 jours sur SNL ?
En avant pour un mois de septembre avec des samedis soir tous les soirs à 20h00 !!!
Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : le tag Saturday Night Live de ladytelephagy.
Je pense pas que ça passerait, là, de faire une fiche SNL.
It's this time of the year again
Que serait un mois de septembre sans Emmy Awards ?
Oh. C'est vrai...
Enfin bon, c'est quand même plus ou moins ce moment de l'année, mon préféré, celui pendant lequel je commence à m'électriser, et où je me pose les habituelles questions : est-ce que je vais regarder en live ? Est-ce que je vais suivre les résultats ? Est-ce que je vais au contraire me couper du monde jusqu'à ce que la cagoule soit dans mon chez moi informatique ? (où de la place a spécialement été faite...)
La réponse, en général, en amont, est que non, lalalalala je ne vous entends pas, en plus je travaille demain, donc on verra tout ça une fois que j'aurai la cagoule...
Et le soir-même, sur le coup de, chais pas, deux heures du matin, après m'être retournée encore et encore dans mon lit, je finis par errer sur un site ou un autre en attendant de glaner quelques informations qui me feront patienter jusqu'à voir la cérémonie quelques heures plus tard. En cela, l'an dernier, trainer ma misère sur Twitter a solutionné et aggravé le problème à la fois, parce que je suis allée me coucher dés que Kristin Chenoweth a eu son award et que, je vous le dis tout net, je pleurais de joie. Ça n'aide pas forcément à pioncer. Encore moins à aller bosser le lundi matin.
Mais l'an dernier n'a pas été la meilleure année en termes d'Emmy Awards, pour moi.
Il faut remonter à l'année précédente pour que je recommence à ressentir une tendresse sincère envers la cérémonie...

Et puis bien-sûr, il y a les cérémonies auxquelles je voue, encore aujourd'hui, un culte absolu : les deux émissions présentées par Conan O'Brien, naturellement.
Mais n'ayant jamais pu voir, pour le moment, de cérémonie intégrale antérieure aux années 2000, je réserve mon jugement. L'appel est lancé, si vous savez où je peux me fournir...
Mais déjà la tension monte. Suivre, sur Twitter, l'ami Jimmy Fallon (ex-SNL, lui aussi) raconter son périple depuis environ un mois n'aide pas à se calmer. Ce n'est pas tellement qui va gagner quoi. C'est qui va faire quoi. Qui va dire quoi. Qui va présenter quoi. Les petits détails...
Déjà j'essaye de me tenir à distance raisonnable pour découvrir au dernier moment un maximum de ces détails. C'est le jour de l'année où je veux ouvrir mes paquets sans savoir ce qu'il y a dedans, le jour de l'année où émerveillée, je me repasse certains passages juste pour voir la mimique de tel invité assis au troisième rang, où je découvre des extraits de séries (en espérant secrètement être foudroyée sur place comme avec On the Beach), où je repère les acteurs qui ne semblent pas liés au premier abord mais qui partagent une certaine connivence dans le public... Le jour où je pleure une deuxième fois ceux qui sont partis.
Une émotion grâce à la fiction, mais qui n'est pas, pas tout-à-fait du moins, de la fiction.
Pour moi, une veille d'Emmy Awards, ce sera toujours comme une veille de Noël.
Les cadeaux en rapport avec les séries en plus.
Flaque d'eau
Étonnés que j'aie regardé le pilote d'une série co-créée par Will Ferrell (ex-SNL) et interprétée notamment par un rouquin ainsi que Horatio Sanz (ex-SNL) et Chris Parnell (ex-SNL) ? Non, vraiment ? Mais vous vous attendiez à quoi, au juste ?

Comment ne pas remarquer la parenté, d'ailleurs ? On a tout bonnement l'impression d'assister à des petits sketches. Tout y est, on s'y croirait. Quelque chose dans le cadrage et dans le montage rappelle également cette origine.
Hélas. Car l'intérêt de SNL (et ce qui fait pardonner les éventuels accrocs), c'est le live. Si Big Lake était en live, ce serait tout-à-fait pardonnable. Mais il y a là un double handicap : d'une part, ce n'est pas en public, et d'autre part c'est enregistré. Et comme chaque fois que des acteurs rodés à l'impro s'essayent à une série scriptée et/ou enregistrée, on perd énormément en énergie et en intérêt. Big Lake pourrait très bien être un sitcom original en live, mais sans ce choix, le reste semble dénué de sens. L'impro, ça ne marche qu'en live, point barre. C'est pas la peine d'essayer, ça ne marche pas.
Oh, Sanz et Parnell s'en tirent relativement bien, mais ça reste tout relatif.
Et surtout ils sont odieusement sous-employés, au profit d'un benêt de service, Chris Gethard, dont on n'arrive pas à être certains qu'il s'agit là d'un rôle de composition. Le problème de rythme semble donc décuplé par l'extrême manque de panache de son personnage principal et son interprète à peine plus vif. Qui a engagé ce mec ? Sérieusement ? Sans lui la série serait drôle, mais là on a l'impression que tout le monde l'attend ("tu vas la dire ta réplique, ducon ?") et que personne ne sait quoi en faire. Fallait-il vraiment, d'ailleurs, ce personnage débile ? Horatio Sanz aurait aussi bien pu driver la série en endossant à la fois le rôle de l'olibrius étrange et de fils penaud revenant à la maison. Surtout que Horatio est tellement lead material maintenant qu'il est baisable. Si-si. Les autres personnages de la famille, d'ailleurs, sont tellement hauts en couleur que c'en est encore plus douloureux.
Pas sûr que Big Lake ait le temps de se reprendre avant son inévitable annulation (le contraire serait surprenant), mais pourtant j'aurais envie de lui laisser le bénéfice du doute.
Mais pas au point de regarder la suite, essentiellement à cause de la question du rythme.
Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Big Lake de... tiens, je sais ce que je fais ce soir, moi.
L'œil et le bon

Producteur, producteur exécutif, réalisateur, showrunner... tout ces mots ne me parlaient pas du tout, il y a 15 ans, lorsque j'ai commencé à regarder les séries, et non plus à me contenter de les voir. Alors, quelle que soit la personne qui se cache derrière la magie d'une série réalisée avec une certaine recherche esthétique, je disais qu'il y avait "un œil derrière la caméra". Depuis, je connais un peu mieux la définition de ces titres parfois ronflants, mais cette expression reste la plus évocatrice d'une réelle identité visuelle.
Les séries desquelles ont peut dire qu'il y a un œil derrière la caméra sont rares, en définitive. La plupart du temps on reste dans une mise en images sommaire, scolaire, quelque chose de classique. Certaines séries se font une spécialité d'avoir l'air absolument passe-partout. Oh, je ne dis pas que c'est le cas de toutes. Je dis que c'est le cas de beaucoup.
Une série avec de bons éclairages, une réalisation maîtrisée et une identité immédiatement reconnaissable à l'œil nu, c'est ce qu'on trouve en général dans le haut du panier. Il y en a pas mal, mais comme ça demande plus de travail, plus de moyen, plus de temps, ce n'est pas ce qu'il y a de plus courant. Comme vous le savez, je me suis remise à Mad Men, et si je reconnais bien volontiers qu'il y a une certaine recherche esthétique, celle-ci passe plus par les recherches du département stylisme que par la réalisation, qui reste très simple. Ce n'est pas un reproche. Mad Men a beaucoup d'autres qualités après tout.
Mais je compare régulièrement la recherche faite autour de la série avec celle exécutée autour d'un sketch de SNL avec January Jones. Conçu pour renvoyer à Mad Men, sur la forme, il est infiniment plus abouti dans la recherche des couleurs, du grain. Personnellement je ne pourrais probablement pas prendre Mad Men au sérieux, avec les thèmes sombres qui semblent se profiler (faut qu'on en reparle d'ailleurs), si la série employait le même chemin esthétique que ce sketch. Mais dans l'absolu, l'un est plus travaillé que l'autre, c'est évident.
Faudra que je vous le mette, un jour, ce sketch, d'ailleurs. Même pour moi qui n'apprécie pas January Jones (et ce bien avant qu'elle ne se pique de s'approprier Jason Sudeikis... ce qui évidemment n'arrange pas son cas), c'est une perle.
Alors, plus rare, il y a les séries dont instinctivement je dis qu'il y a un œil derrière la caméra. Celles où la recherche est poussée, aboutie, travaillée. Il y en a une poignée. Une poignée qui vont au-delà de ce qui est raisonnable d'exiger d'une série de 10 ou 20 heures. Chacune dans son style accomplit quelque chose qu'on ne croirait possible qu'au cinéma. A tort.
Des séries comme Carnivàle, Pushing Daisies, Mousou Shimai... et Capitu.
Sans avoir trouvé le moindre sous-titre, me voilà à regarder le deuxième épisode.
Je crois que je suis amoureuse.
Il faut vraiment que je vous raconte.
You'll miss me when I'm gone
Si vous avez bonne mémoire, ou que vous avez pris l'habitude de cliquer un peu partout, en vous aidant des catégories et des tags, pour fouiner un peu dans ce qui s'est dit précédemment, vous savez que la mort des personnes célèbres (ou célèbres à mes yeux) exerce sur moi une fascination quelque peu malsaine. C'est ce qui me pousse à poster régulièrement des messages morbides dans la catégorie Point Unpleasant.
Parfois, ça va même plus loin : je me demande comment je réagirai quand telle ou telle personnalité de la télévision sera partie.
Cet été j'ai relu mon bouquin sur Saturday Night Live (oui, seulement 650 pages, je m'ennuyais à me contenter d'écrire un article par semaine pour SeriesLive et m'envoyer l'intégrale de Will & Grace), et j'ai été frappée de voir que cette attitude morbide était partagée. Ça ne m'avait pas frappée à la première lecture, probablement parce que j'étais trop occupée à digérer toutes les autres infos, mais soudain j'ai repéré toutes ces petites mentions du type "qui s'occupera de SNL quand Lorne ne sera plus là ?" ou encore "SNL mourra probablement avec Lorne Michaels, il est le show". Je peux vous confirmer que contrairement à toutes mes croyances, j'espère dorénavant avec ardeur en la vie éternelle.
Il y a des gens, comme ça... quand on réalise qu'ils ne seront plus, ça fait un choc. On se demande un peu à quoi le monde ressemblerait sans eux. Le monde télévisuel, ça va de soi.
Et, alors que globalement je suis attachée à relativement peu d'acteurs, soudain cette perspective est effrayante. Qu'ils soient actifs ou pas actuellement, ces gens me semblent indispensables. Ils font partie de l'écosystème, ils sont intouchables. Ils devraient avoir une dérogation, quelque chose.
Je peux admettre être mortelle, je peux admettre que mes proches le soient (même si franchement ya pas le feu), autant, certaines personnes ne peuvent juste pas se le permettre. Tout justement parce que j'ai besoin de ce qu'elles peuvent m'apporter quand le reste flanche (et il flanchera).
J'ai besoin de Lorne Michaels, j'ai besoin de Dick Wolf, j'ai besoin de... La liste est longue.
Et elle prend parfois un tour surprenant quand je regarde une série et que je me dis : "quand je pense que cet acteur-là est décédé, c'est tellement bizarre de le voir... ça me fera drôle quand tel autre l'aura rejoint". Ce sont peut-être les effets pervers d'un semestre difficile, mais je me retrouve de plus en plus souvent à penser ce genre de choses.
Et le plus terrifiant, c'est que la plupart des noms de cette liste, je ne réaliserai qu'ils n'y figurent que lorsqu'il sera trop tard.

Juste pour rire ?
Les 6 premiers mois de l'année n'ont pas été drôles. Pas en-dehors de l'écran, en tous cas. Problèmes au travail, décès, maladie... Si vous ne le savez qu'à demi-mot, vous n'avez cependant pas pu ne pas vous en apercevoir, parce que mes visionnages et donc mes posts l'ont reflété.
Après le décès de freescully, c'est là que ça a été le plus difficile pour moi, personnellement et, du coup, téléphagiquement. Je n'avais plus envie de rien, plus foi en rien, il n'y avait plus de souffle téléphagique en moi pour me pousser vers quelque chose, ni pour exprimer mon ressenti ni pour m'en éloigner même temporairement. C'est certainement là que j'ai eu la plus grosse crise de foi téléphagique de toute ma vie, quand la téléphagie n'a pas réussi, pour la première fois, à m'apporter quelque chose (on reviendra sur les autres prochainement, d'ailleurs, parce que Livia a soulevé des choses très intéressantes récemment à ce sujet).
Et puis, aussi impossible que ça puisse paraître quand on voit tout en noir, les choses ont lentement repris leur cours. D'abord par une période pendant laquelle je regardais, consciemment ou non, uniquement des choses tragiques, dramatiques, déprimantes, tout ce qu'on veut.
Ensuite, il y a eu la période sitcoms. J'en suis toujours là.
Pêle-mêle, sont arrivées (ou revenues) sur mon écran des séries comme Lucky Louie, Les Craquantes, 30 Rock, Rude Awakening, The Mary Tyler Moore Show, Will & Grace... sans compter toute une tripotée de pilotes, tentés ou retentés pour voir, pour essayer de trouver un truc qui me fasse rire ; plus une grosse phase SNL qui risque bien de reprendre à la rentrée, plus j'en vois et plus je veux en voir. Au train où vont les choses, je vais avoir fini mes séries en cours fin juillet (sauf The Mary Tyler Moore Show qui semble prendre des plombes à cagouler et que du coup j'ai pris l'habitude de regarder à raison "seulement" de deux épisodes par semaine environ).
A l'occasion de ce périple aux frontières de la série comique (toutes n'étaient pas forcément des sitcoms purs et durs), je me suis posé des questions sur ce qui, fondamentalement, a motivé ces visionnages : l'humour est-il intemporel ? Peut-on encore rire lorsqu'on nous a trop répété qu'une série est drôle ? Peut-on rire de quelque chose qu'on ne trouvait pas drôle avant ? Peut-on rire de ce qu'on ne trouve plus drôle ? La triste réalité gâche-t-elle le plaisir de rire ?
En voilà une autre : devant une série humoristique, doit-on vraiment rire tout le temps ?
Techniquement, revenons sur les bases. Un sitcom (pour situation comedy) est censé être drôle. C'est sa raison d'être et je crois qu'on va tous tomber d'accord là-dessus sans trop pinailler. Et il suffit de voir le nombre de comiques de stand-up (puisqu'on parlait de stand-up il n'y a pas si longtemps) ou les habitués de l'improvisations qui obtiennent un rôle principal ou secondaire dans des sitcoms pour comprendre de quoi le genre se nourrit, si besoin était d'aller aussi loin.
Je suis sincèrement admirative de beaucoup de ces acteurs et scénaristes, capables d'être drôles pour vivre. Ce n'est pas à la portée de tout le monde.
Mais je me demande si mon problème avec beaucoup de comédies actuelles, et plus particulièrement les sitcoms (et qui avant ces derniers mois ne semblait pas trouver de remède), ce n'est pas la pression qu'on ressent à "devoir" rire. Bien-sûr personne ne me pointe un flingue sur la tempe pendant les épisodes, et en fait, personne ne vérifie que j'ai bien ri à tel ou tel gag, soyons francs. Mais je ressens tout de même une obligation, due aux rires enregistrés (ou pas), de réagir d'une façon codifiée à de nombreuses répliques et mimiques. Il ne m'arrivera rien si je ne ris pas, pourtant, je soupire en me disant que j'aurais dû rire. Et que je ne l'ai pas fait.
A bien y regarder, les comédies qui fonctionnent avec moi sont toujours celles qui offrent plus que du rire facile, qui me permettent de me lier aux personnages. Par rire facile, j'entends en fait : "on rit, et on n'a que ça à faire". Des séries comme Ma Famille d'abord (qui reste pour moi le symbole de ce qu'un sitcom peut faire de pire), ça ne marche jamais avec moi. Parce que, au fond, qui sont ces gens ? Existent-ils pour autre chose que se balancer des blagues à longueur de temps ?
Je suis finalement beaucoup plus exigeante pour les comédies que pour les séries dramatiques en terme de character development. Si le personnage n'est qu'une façade plaquée dont je dois rire, ça ne me suffit pas, il faut que je discerne quelque chose d'un peu plus dense derrière.
Et du coup, pour cela, le personnage ne peut pas être drôle en permanence. Parmi mes épisodes préférés dans la plupart des comédies que j'aime, que trouve-t-on ? Les épisodes les plus tristes. Ce n'est pas un hasard, c'est bien parce que je refuse de croire qu'il y a des personnages qui peuvent rire en permanence, et que moi-même, je ne le peux pas même avec la meilleure volonté du monde.
J'aime quand une comédie se permet des incursions dans le dramatique. C'est bien plus courageux qu'une série dramatique s'essayant à l'humour (j'ai envie de dire que c'est aussi bien plus optionnel, alors qu'une série dramatique ne peut pas se permettre de se passer de respirations plus légères).
Vous voulez un exemple ? Je vous ai pas mal parlé de Will & Grace récemment, et même moins récemment avec le pilote... J'attaque en ce moment la saison 4. Dans cet épisode, Grace vient de se faire plaquer par son petit ami, alors qu'elle venait de réaliser qu'elle voulait passer sa vie avec lui. Elle déprime au point de ne plus quitter le lit, et rapidement, ses trois amis tentent de la remuer et l'en faire sortir (Karen en arrive même à lui faire une déclaration enflammée). Elle a failli reprendre du poil de la bête mais elle tombe sur un message sur le répondeur qui lui permet de comprendre que son ex s'est déjà trouvé quelqu'un d'autre, et Grace redescend donc au plus bas. Elle ne se nourrit plus, ne se lave plus, se passe des diapositives à n'en plus finir...
Voilà la conclusion :
Je ne sais pas si je dois en rire ou en pleurer. Mais je suis ravie d'avoir le choix.



