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1 rittoru no namida
17 août 2009

Best of both worlds

Toute la semaine, j'ai eu l'impression de découvrir la fiction japonaise ; ça fait pourtant quelques années que j'en regarde occasionnellement, mais jamais de façon aussi intensive que ces derniers jours. Tout a commencé avec Futatsu no Spica la semaine précédente, en parallèle de l'annonce sur le lancement à l'automne du dorama Shoukoujo Seira. Et bizarrement ça a suffi à allumer la mèche.

Un bref bilan sur ce qui a suivi :
- 11 épisodes de 14 Sai no Haha
- 4 épisodes d'Aishiteru ~Kayou~
- 3 épisodes de Kaze no Garden
- 1 rediff de 1 Rittoru no Namida
- 1 pilote pour At Home Dad
- 1 pilote pour Oniyome Nikki
- 1 pilote pour Mei-chan no Shitsuji
- 1 pilote pour Seigi no Mikata
- 1 pilote pour Maid Deka
- 1 pilote pour Kimi wa Pet
- 1 pilote pour Ryoukiteki na Kanojo
- 1 pilote pour Tokyo Friends

L'heure est donc à l'accalmie, du moins juste le temps de prendre un peu de recul.

La fiction nippone soutient-elle la comparaison avec sa consœur américaine ?
On est tenté de se poser la question, parce que de toutes façons, la comparaison, on la fait inévitablement. Sur des aspects techniques mais aussi scénaristiques, sans compter le jeu des acteurs.

Concernant la comédie, le Japon déçoit puisque les siennes ne tirent parti que de grosses ficelles, appuyées par une musique caricaturale (on arguera que ça remplace les rires forcés du public et/ou enregistrés). On est dans un comique de situation reposant souvent sur un jeu physique déluré, plutôt que sur des saillies brillantes.
Concernant les séries que j'ai envie de qualifier d'intervention (policier, médical), on reste beaucoup plus dans les sentiers battus, et c'est alors à double tranchant de constater à quel point les deux pays œuvrent sur le même registre, je pense notamment à Code Blue et BOSS. Parfois ces séries se mâtinent-elles d'aspects empruntés, pourrait-on dire, au séries sentai et à l'animation, auquel cas elles deviennent plus typiquement japonaises (à leurs risques et périls car il s'agit de genres eux aussi particuliers).

Concernant les séries dramatiques, c'est plus compliqué. Les dorama dramatiques japonais ne font pas les choses à moitié, quitte, il est vrai, à verser intégralement dans le pathos, sans laisser au spectateur le répit d'une série américaine, qui a tendance à ménager des espaces plus légers, en quête d'un équilibre. Mais globalement, dans son exploration de l'âme humaine, le dorama est tout de même plus impressionnant, et tient la dragée haute à son homologue américain. Il s'en dégage une sensibilité presque pas feinte, souvent perdue chez la concurrence US qui est légèrement plus superficielle dans son approche. Le regard nippon est plus pertinent, plus nuancé sur l'être humain ; il permet de mettre véritablement les personnages au cœur de l'intrigue, et non de décliner l'intrigue autour des personnages, ce qui représente une énorme différence. Une spécificité due à leur structure, également, le leur permet : les rebondissements n'ont pas besoin d'être inventés afin de perdurer le show ; se concentrant sur une histoire relativement courte, en l'épuisant et en la laissant mourir une fois que c'est fait, on n'a pas besoin de surenchère dans les intrigues. Voilà qui permet d'éviter de se perdre, et laisse la priorité à la pertinence sur le divertissement. Sur les thèmes abordés, on a le sentiment que la diversité est tout de même plus facilement portée par la série américaine (reflet d'une société probablement). Si les pitches japonais apportent du changement à ce que l'Occident nous offre en général, entre elles, les séries nippones conservent de nombreux points communs, dont la caractéristique est de rester très proche du vécu de ses spectateurs ; on ne s'y offre que rarement des destins incroyables (polygame), des vocations spectaculaires (intervenant auprès d'alcooliques et drogués), des univers inconnus (prison), on est dans le réel, un réel que tout le monde peut appréhender. Le respect souvent trop strict, ou en tous cas récurrent, d'un certain nombre de codes, ne se retrouve pas autant aux Etats-Unis, où on s'est affranchi d'un certain nombre d'entre eux (y rendant le stéréotype plus condamnable encore, cela dit).

La question sous-jacente, c'est de savoir si un spectateur occidental, a priori habitué aux séries américaines, peut tenter le défi de regarder un dorama nippon et de s'en éprendre. Ce ne sera probablement réservé qu'à des téléphages capables d'entrer dans une culture différente, et une culture télévisuelle différente. Je pense cependant que les vrais téléphages (par opposition au spectateur dont ce n'est pas la passion) ont déjà cette compétence en eux, celle de s'imprégner d'un univers différent et s'y adapter. Il n'y a pas de raison pour qu'un téléphage passionné ne trouve pas au moins un dorama à son goût.

C'est aussi la raison pour laquelle j'ai envoyé tant de fiches de séries nippones à SeriesLive ces derniers temps : il ne faut pas opérer de scission inutile entre les fictions de ces deux pays. La différence se fait par la diffusion, c'est évident, puisqu'il est plus facile de voir une série américaine, soit à la télé soit par voie de cagoulage (que la langue rend également plus accessible), mais pour le reste, j'aimerais vraiment que le web téléphagique comprenne que le dorama n'est pas un parent pauvre à snober. Donc à mon échelle...

J'invite donc tous les amateurs de séries qui ne sont pas habitués aux fictions japonaises à regarder le pilote de 14 Sai no Haha ou Aishiteru, pour ne citer qu'eux, et à venir me dire sincèrement ce qu'ils en ont pensé. Je suis sûre que ces séries-là dépassent largement le clivage habituel entre les amateurs de culture nippone et les autres.
C'est ça aussi, l'intérêt d'avoir deux écrans !

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30 novembre 2008

Sa Majesté des Hae

En toute discrétion, mais non sans une certaine indignation, des voix s'élèvent çà et là par mail pour s'indigner contre le manque de vitalité de cette rubrique, Dorama Chick, que j'ai décidé de dédier aux fictions nippones. D'un côté, c'est mérité, puisque ça fait des mois que je n'y ai pas touché. Mais d'un autre côté, pour ma défense, dans l'intervalle, je vous ai quand même parlé de séries d'origine française (Flander's Company), britannique (Benidorm), et même indienne (Arslaan), preuve que je ne reste pas non plus obstinément américano-centrée : je fais des efforts.
Mais j'admets bien volontiers que Dorama Chick a été un peu délaissée, aussi vais-je mettre un terme à cette période de disette avec un nouveau post !

Aujourd'hui, on va donc parler d'une série nippone qui n'est ni une comédie romantique, ni une comédie tout court, et ce n'est même pas un dorama axé sur une profession non plus (vous savez, ces dorama comme Aya Ueto en a le secret : hôtesse de l'air dans Attention Please, avocate dans Hokaben... elle nous aura probablement tout fait ; sauf actrice, diront les langues de vipères). Oui, de telles séries existent au Japon aussi, et je me fait forte de vous en présenter une aujourd'hui : Bokura no Yuuki.
Ah oui ya quand même juste un petit détail, un léger inconvénient, une défaut mineur, une clause en petits caractères, c'est que la série a plus de 10 ans, quand même.

Que se passe-t-il lorsque des enfants se retrouvent seuls sur une île déserte ? William Golding a déjà répondu à ça. Nous allons plutôt nous préoccuper de savoir ce qui se passe lorsque des enfants se retrouvent seuls dans une ville japonaise déserte, ok ?

C'est en effet le postulat de départ de Bokura no Yuuki, dont j'ai découvert le pilote il y a quelques semaines. Je vous avoue que c'est justement ça qui m'a attirée vers cette série : changer un peu des comédies et autres teen shows habituels, et s'essayer au dramatique, voire au thriller.

Et en l'occurence, Bokura no Yuuki est plutôt bon à ce petit jeu de guerre des nerfs, où tout commence quand un jeune lycéen nommé Takeru apprend qu'un important séisme a eu lieu à plusieurs kilomètres de chez lui, où réside un être cher. Il entreprend donc d'emprunter son vélo pour aller voir lui-même si l'être cher en question va bien, même si, rappelons-le, il y a eu un important séisme (il est un peu buté, Takeru, dans son genre).
Chemin faisant, il rencontre Yamoto (qui roule aussi à vélo... les Japonais ne partagent pas notre sens aiguisé du jeu de mot à la Patrick Sébastien), un étudiant lui aussi, qui a décidé d'aller aussi sur les lieux du séisme pour prêter main forte bénévolement aux secours. Le gentil petit.

Le pilote se divise en fait en deux parties.
L'une, un peu taquine et cocasse, avec un côté road movie, est de compagnie correcte : on y sourit une fois ou deux, et on laisse les deux personnages principaux s'installer dans leur fonction, c'est le rôle de cette première phase qui nous introduit à Bokura no Yuuki sans faire avancer l'histoire d'un milimètre. Car tandis que nous passons beaucoup de temps en compagnie de Takeru et Yamoto, justement, le mystère reste entier : on n'apprend pas grand'chose sur ce satané séisme, un séisme d'autant plus étrange que personne n'a le droit d'approcher son épicentre, et que l'armée a même été mobilisée pour s'assurer que les civils n'approchent pas. Bon, tous ceux qui ont vu X-Files auront compris que c'est louche...!
L'autre, plus sombre, dénuée de comédie ou presque, avec un côté post-apocalyptique, commence lorsque nos deux lascars entrent dans les murs de la ville sinistrée, pour s'apercevoir... Je vous le dis ? Eh bien, que tous les adultes ont disparu de la ville. Et que seuls les enfants sont encore sur place, maintenus en quarantaine par l'armée.

J'ai beau adorer Orange Days, chialer comme un bébé devant 1 Rittoru no Namida ou me régaler devant Lunch no Joou (trois dorama dont il faudrait que je vous parle, quand même, un jour, zut à la fin), je dois dire que je suis ravie d'avoir trouvé un dorama qui ne se gène pas ou si peu pour être sombre et angoissant, et s'engager dans une voie un peu différente de l'ordinaire. J'irai même jusqu'à dire que, même si c'est loin d'être la série du siècle, je la recommanderais volontiers aux non-initiés en matière de fiction nippone, car elle est plus proche des fictions occidentales que la plupart des autres citées précédemment.

Evidemment, Bokura no Yuuki est un peu inégale, et l'interprétation des deux personnages principaux (tous les deux étant interprétés par ceux qui sont en fait d'ordinaire des chanteurs à minettes, les KinKi Kids, et dont le talent d'acteur est à prendre en gardant cette donnée à l'esprit) est un peu rigide et parfois convenue, mais les efforts déployés pour instaurer une ambiance angoissante restent très louables.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Bokura no Yuuki de Drama Wiki.

6 juin 2008

La mort vous va-t-elle bien ?

Parfois, je me dis que moi aussi, je manque cruellement de culture... De culture téléphagique, s'entend. Je fouille et fouille ma mémoire, encore et encore, mais rien à faire, je ne parviens pas à me souvenir qu'il y ait eu, par le passé, une telle effervescence autour de la mort. Oh, je ne dis pas, il y a toujours eu des séries pour en parler... mais pas autant que depuis, disons, une dizaine d'années, quoi.
Mais ça me ferait plaisir que vous me contredisiez, cela dit.

Y a-t-il une mode ? La mort, c'est in ?
Ou avons-nous au contraire, en réaction à un certain nombre d'évènements réels ([insérez ici encore une référence au 11 septembre]), besoin de nous interroger plus encore à son sujet ?
Je ne saurais vous dire, mais je sens comme une sorte de morbidité ambiante ces dernières années...
Et un fort taux de mortalité télévisuel.

Dead Like Me, Six Feet Under, Ghost Whisperer, Dead Last... dans combien de séries flirtait-on autant avec la mort, il y a par exemple 20 ans ? Et encore, je ne cite que des séries où il faut gérer la mort. J'aurais pu ajouter Tru Calling où l'on tente de l'éviter. Tiens, voilà une bonne occas' de parler de Mop Girl ! (mais non)
Enfin, bon, ce que je voulais dire, c'est que ça fait autour d'une décennie qu'on nage dans les histoires mortelles. Ah désolée, mais j'étais obligée de la faire, celle-là !

Pourtant, je ne sais pas pour vous, mais je n'ai pas spécialement l'impression que la société aborde la mort avec plus d'aisance qu'avant. Allez, essayez donc de parler d'euthanasie, pour voir ! Alors en quoi est-ce plus facile d'aborder le sujet à la télévision ? Comment se fait-il que le sujet ne... refroidisse plus autant les créateurs et/ou les directeurs de programmes ? D'où vient que les spectateurs ne boudent pas ces séries (à défaut de faire systématiquement des succès d'audience, la plupart ont souvent un joli succès d'estime) ? Quel peut bien avoir été le processus intellectuel des scénaristes de tous poils pour réussir à apprivoiser ce thème ? Je serais vraiment curieuse de le savoir.
Quand on voit à quel point une série comme Pushing Daisies a su apporter du merveilleux à la mort, on ne peut que constater, épaté, le chemin parcouru.

Cela étant, on ne va pas se mentir, hein, d'ailleurs si je mens je vais en... moui euh, restons prudent. Donc, ne nous voilons pas la face, disais-je : la mort, dans un nombre incalculable de séries n'en ayant pas fait l'un des éléments centraux de leur pitch, leur mythologie ou leur propos, c'est encore un gros trucs lourd et glauque, mal utilisé.
La faute à qui ? A tous ces experts qui y vont chacun de leur rationalisation, leur déshumanisation, leur désincarnation de la mort. Ces dernières années, la mort, ça n'a été pour tous ces types qu'un évènement à analyser, pas une expérience à éprouver. Tous ces spécialistes de la frigidité émotionnelle ont cherché le comment. Pas le pourquoi. Pas le quoi. Pas le où... En se bornant au factuel, au déductif et au logique, ces encéphales sur pattes nous ont éloignés de ce qu'est réellement la mort. Il n'y avait presque plus de place pour l'émotion.

Non, je dis "presque", parce que bon, de temps en temps, on versait une petite larmouchette, quand même ; on n'est pas des bêtes ! Tenez : si la victime était un enfant, par exemple. Ah, ça marche bien, ça, les enfants, au niveau pathos. On peut toujours compter sur un frêle enfant crevé dans des circonstances abjectes pour faire pleurer dans les chaumières !
Bon, mais en-dehors de ça...

Par là-dessus, il y a encore toutes les séries qui se servent scénaristiquement de la mort comme d'un vulgaire gadget narratif. Une telle n'a pas su renégocier son contrat ? Schlack ! On tue son personnage à la rentrée. Que faire de ce personnage devenu complètement inutile ? Rien, on va juste l'éliminer par voie naturelle (ou si on a un tout petit peu d'imagination, le faire s'élever dans un autre plan dimensionnel). Et sans compter tous ces guests qui signent pour trois ou quatre épisodes, histoire de jouer la maman retrouvée ou des conneries de ce genre, et qui, pour faire du drame facile, meurent foudroyés ou terrassés par une maladie incurable... comme tout cela est pratique.
Voilà des ficelles qu'on retrouve dans divers soaps, mais hélas ces procédés ne leur sont pas réservés.

Oh, eh, attendez, hein, je ne fais pas de généralités à la louche ! Je reconnais bien volontiers qu'il y a d'excellents exemples de morts habilement dépeintes et traitées !
Oui ? Qu'entends-je ? Là, dans le fond ? Qui a dit "Joyce Summers" ? Mais absolument, excellent exemple. Un traitement de la mort comme on voudrait en voir partout. Euh, non, je ne prèche pas pour une hécatombe de personnages télévisés ; je voulais dire : "un traitement de la mort de la qualité duquel on souhaiterait en voir plus souvent". C'est mieux.
Mais reste qu'une grande majorité de morts sont académiques, sans intérêt, et passablement mal abordées.

Par une belle écriture sur le difficile sujet de la mort, de quoi je parle, en fait ? Eh bien, autre exemple, de la saison 3 de 8 Simple Rules.
Le contexte en était certes particulier, mais il a permis que la série parle de la mort avec sensibilité, tout en ayant le recours de l'humour pour éviter la sensiblerie. Tout bon. Une saison d'anthologie. Quel dommage que nous ayions dû perdre John Ritter pour en arriver là ! [soupir] Je ne m'en remettrai jamais...

En tous cas, pour revenir à nos cadavres de moutons, j'ai le sentiment que la mort est un sujet fort de la dernière décennie télévisuelle. Mais... mais alors ? Les détracteurs de la fiction télévisée auraient-ils raison ? Les séries banalisent-elles la mort ?
Ah, si seulement. D'une certaine façon, je trouverais ça rassurant ; nous aurions ainsi la possibilité d'apprivoiser cette période que j'oserai qualifier de sombre (je ne recule devant aucune plaisanterie facile, aujourd'hui !).

Mais vous et moi, ami téléphage, savons que ce n'est pas le cas. Et qu'il reste encore beaucoup à faire pour donner ne serait-ce que l'impression d'avoir fait le tour du sujet (et notez bien que ce ne serait jamais qu'une impression, de par l'essence-même du sujet).
D'une certaine façon, nous en parlons plus, mais en parlons-nous forcément mieux ? Nous n'avons pas encore la possibilité d'explorer pleinement cet aspect des choses, émotionnellement parlant. En tant que téléphage, il m'est arrivé très souvent de ressentir de l'empathie pour une histoire triste, de me réjouir par procuration d'une jolie relation amoureuse, ou de ressentir de la colère. C'est même à mon sens tout l'intérêt de regarder des séries : la variété d'émotions qu'on peut se prendre en plein visage tient du plus haut impressionnant. Mais rares, très rares, sont les séries qui savent, finalement, faire écho à ce qu'on ressent face à la mort. Rares sont les séries où l'on ressent réellement la mort d'un personnage comme une tragédie, une perte, un manque cruel. Il y a certains acteurs que je pleure sans les avoir jamais rencontrés, mais aucun personnage n'a su vraiment aller jusque là (pourtant je vois plus souvent les personnages que les acteurs, allez comprendre).
C'est peut-être le prochain défi de la fiction télévisée ? Parvenir à nous toucher à ce point ?

Alors, que manque-t-il ? Au moins deux choses, je dirais. Et de l'une d'entre elles je n'ai jamais parlé. Donc je commencerai bien évidemment par l'autre afin de faire perdurer le suspense...

Première chose, il nous manque une série qui relèverait le défi de suivre une mort inexorable, une vraie. Celle où la maladie guette, tapie dans l'ombre, sans permettre de dealer des produits prohibés, ce serait trop facile d'avoir ce ressort scénaristique pour cacher le drame qui se déroule, non, je vous parle d'une bonne maladie qui rongerait le corps, l'âme et l'entourage, comme de l'acide. Quelle série saura nous parler vraiment d'une maladie mortelle ? Depuis que Corky nous a parlé du SIDA, et ça date (mais c'était fait avec une telle grâce...), je n'en ai plus vu aux Etats-Unis (pour le Japon, mentionnons vaguement 1 Rittoru no Namida même si son propos bien-pensant a tout gâché). Envoyez les références en commentaire, s'il le faut.
Pourtant l'intensité dramatique est là, pleinement potentielle, inutile de la noyer sous d'autres rebondissements. Ne me dites pas que c'est impossible ! Avant Six Feet Under, je suis sûre que tout le monde pensait qu'une série sur les croque-morts était impossible ! On n'y aurait même pas songé, tellement c'était impossible. Il a fallu attendre Alan Ball. Alors pas de ça avec moi, on peut, et peut-être même qu'on doit par les temps qui courent, oser une série qui nous parle réellement d'une maladie dont l'issue serait courrue d'avance.
Comme chacun sait, ce n'est pas la destination... Suivre quelqu'un qui sait qu'il va mourir, sa façon de gérer la fin de sa vie, ses sursauts d'envie de vivre et son épuisement, ses proches qui doivent admettre le fait qu'il va partir mais est encore là, etc. Franchement, vous imaginez ce qu'on peut transmettre comme foule de messages, comme ça ? Ce qu'on peut partager comme émotions, avec une telle série ?

La seconde... et tendez bien la souris parce que c'est de l'inédit total, là...
Il y a environ 7 ans, j'ai commencé à imaginer une série qui dépeindrait la vie de quatre octogénaires. Chacun y combattait l'approche de la mort à sa façon. Ils vivaient dans trois petites maisons aux jardins mitoyens, et comme dans tous les quartiers de vieux, ils se croisaient souvent pendant leurs longues journées polycopiées sur les précédentes, et savaient la mort proche. Mais chacun avait sa façon de la combattre ou de l'attendre (il y avait aussi, dans mon schéma, deux autres personnages plus jeunes pour permettre d'insuffler un peu de vie et de contraste à la structure de la série).
Ah, ça, je ne le nie pas, c'était un concept très particulier. Mais, tout justement... Je n'ai encore jamais rien vu qui offre les mêmes possibilités narratives !

Car ce dont je vous parle à travers ces deux exemples, c'est de séries qui attendraient la mort. Comment mieux en parler que lorsqu'on est bien obligé de l'apprivoiser ? D'ailleurs, ne vivons-nous pas dans un monde où nous existons comme si tout était toujours éternel, y compris nous-mêmes ? Et c'est trop facile de faire mourir un personnage et d'ensuite rendre ses proches tous tristes pendant deux ou trois épisodes ! C'est trop facile de ne jamais parler de la mort qu'une fois qu'elle est survenue, quand il faut "tourner la page", "aller de l'avant", et toutes ces conneries qu'on entend aussi bien dans la vie que dans les séries, sitôt qu'on a perdu quelqu'un.

Scénaristes, préparez-nous au pire (ou au moins, essayez) ! Avec de tels concepts, les possibilités dramatiques sont infinies ! Ou plutôt, devrais-je dire... éternelles.

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