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ladytelephagy
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31 mai 2012

La vie est un long fleuve

Ah, approchez ! Vous tombez à point nommé. J'étais sur le point de vous parler de la plus incroyable série australienne de l'année passée. C'est un rendez-vous déjà trop souvent reporté, les tags en témoignent douloureusement, et cette promesse, je la tiens aujourd'hui, c'est décidé.
Alors installez-vous confortablement et laissez-moi essayer de vous donner ne serait-ce qu'un vague aperçu de ce qu'est Cloudstreet.

Cloudstreet-Monologue

L'an dernier, le SeriesLive Show avait consacré toute une rubrique à la mini-série dans un podcast malheureusement entré dans les annales pour une toute autre raison. A l'époque, la mini-série venait d'être diffusée, et je m'étais promis que j'en ferais un post de "bilan" de saison (notamment parce qu'Eclair m'avait fait comprendre que je n'en écrivais pas assez ; j'espère qu'en un an et des poussières j'ai fait quelques progrès !), et finalement ça n'est jamais arrivé. J'ai voulu me refaire une intégrale voici quelques mois, histoire de rédiger mon post avec les images et les idées bien en tête, mais ça n'a pas eu lieu non plus.
Finalement, à la faveur de mon dépensier mois de mai, je me suis retrouvée avec ce précieux coffret dans les mains, et à raison d'un épisode par soirée, je me suis refait l'intégrale cette semaine. Enfin, nous allons pouvoir parler de ce qui est probablement le plus grand bijou que la télévision australienne ait porté.
J'espère lui faire honneur tout au long de ce post si souvent reporté devant l'ampleur de la tâche, mais je dois à la vérité d'avouer que je crains que ce ne soit de toute façon impossible.

C'est que Cloudstreet est difficile à définir. La mini-série (adaptée du roman éponyme) s'attache à suivre pendant deux décennies la vie de deux familles, les Pickles et les Lamb, deux familles que rien ne pourrait plus opposer, alors qu'elles cohabitent dans une même maison. Si la série va cependant bien plus loin qu'une simple chronique, pourtant, sur le papier, son pitch s'arrête là, et cette simplicité apparente a de quoi décourager quiconque tente d'expliquer pourquoi il faut regarder Cloudstreet, comme votre serviteur en cet instant précis.
Ce que je peux dire avec certitude, c'est qu'une grande partie de son attrait réside dans ses personnages, complexes, captivants.

La tragédie de Sam Pickles La tragédie de Fish Lamb

Les Pickles sont une famille à la dérive, qui a perdu pied depuis bien longtemps dans l'alcool et le jeu. Lorsque la série commence, Sam Pickles, déployé sur les mers à l'occasion de la Seconde Guerre Mondiale, perd tous les doigts de sa main droite (sa "bonne" main) dans un accident. Cette blessure écourte son effort de guerre mais le conforte dans sa vision du monde basée sur sa passion malsaine pour le jeu : il y a la chance d'un côté, et surtout, la malchance de l'autre, qu'il nomme "shifty shadow". Lorsqu'il revient au pays, sa femme Dolly, qui allie avec élégance l'ivrognerie à l'adultère, n'est pas exactement d'un grand réconfort. Seule leur fille Rose se montre d'un grand soutien et s'occupe de ses deux frères.
C'est le moment que choisit le frère de Sam pour décéder et leur laisser une maison dont ils ignoraient l'existance, au 1 Cloud Street, à Perth (sous réserve qu'elle ne soit pas vendue pendant 10 ans). La maison est immense et a visiblement connu des jours plus glorieux ; elle est restée inoccupée depuis que de tragiques évènements ont eu lieu entre ses murs. Et tandis que Sam mise tout l'argent de la famille aux courses, Dolly se trouve une occupation de pilier de bar, laissant Rose avec la responsabilité de la maison, des deux garçons... et même de ses parents, puisqu'elle doit plus souvent qu'à son tour soutenir moralement son père, ou physiquement sa mère lorsqu'il s'agit d'aller la récupérer au troquet du coin. Charmante famille que les Pickles, donc.

Comment l'argent leur coule entre les doigts, un pari aux courses et une bouteille de whisky à la fois, les Pickles décident de louer une moitié de leur maison à... quiconque voudra bien payer pour vivre dans cette laborieuse bicoque.
C'est là que les Lamb entrent en scène. Famille catholique fervente, et donc nombreuse, les Lamb sont avant tout des fermiers, une condition qui ne laisse qu'une place extrêmement limitée aux futilités ; en particulier, Oriel est une matriarche au sens pragmatique sans défaut, qui dirige sa petite tribu d'une main de maître, son époux Lester la suivant de bonne grâce dans toutes les décisions qu'il sait avisées.
Alors qu'ils pèchent près de la rivière, un soir, les Lamb vont être confrontés eux aussi à une tragédie qui va les changer : l'un de leurs fils, le jeune Fish, va se retrouver prisonnier d'un filet et se noyer. Littéralement et métaphoriquement ramené au rivage parmi les siens par une Oriel qui a décidé de ne pas laisser la mort entraîner son fils, et invoque le nom du Seigneur pour le sauver, Fish va pourtant revenir... différent. Fish est pendant un moment le miracle des Lamb, jusqu'à ce qu'ils découvrent combien il est diminué mentalement. La famille Lamb perd alors toute foi en Dieu, et quand la sécheresse vient à bout de leurs cultures, ils décident de quitter leur ferme et laisser le hasard décider de la direction à prendre. C'est ainsi qu'ils arrivent à Perth et découvrent cette maison sur Cloud Street où ils peuvent s'installer, et tout reprendre à zéro.

Cloudstreet-Home

Et quelle maison, en effet. La maison du numéro 1 était peut-être vide à l'arrivée des Pickles puis des Lamb, mais elle était habitée : par elle-même. Cette étrange demeure de bois et de métal, qui sembler craquer, grincer et jouer en permanence, respire. Parfois même, elle pleure. Elle abrite aussi un cruel passé qui la hante toujours, au propre comme au figuré.

Mais une maison, c'est aussi ce qu'on en fait.
Et les Lamb, sous la houlette d'Oriel qui ne laisse jamais perdre une seconde, s'organisent rapidement avec leur moitié de maison. Tandis que les Pickles boivent et parient l'argent du loyer que les Lamb leur versent, ces derniers montent leur propre affaire : une petite épicerie prospère ; au long de la série, Sam Pickles aura ainsi l'occasion de dire que les Lamb ont deux mois d'avance sur le loyer, puis... cinq ans d'avance.
Ainsi remise à flots, la maison progressivement devient un petit univers où les familles se croisent, se supportent, vivent leurs problème à la fois ensemble (comment faire autrement sous un même toit ?) et séparément (chaque famille conserve sa propre cuisine, par exemple ; seul le couloir et l'escalier sont partagés). Il faut parfois subir les bruyants Lamb qui se lèvent aux aurores et commencent à travailler, les accès de folie de Fish Lamb qui est le seul à sentir vivre la maison et à déceler les traces des tragédies passées, ou supporter les frasques alcoolisées de Dolly Pickles, ramassée tard chaque soir par sa fille dans un quelconque bar...

Rien d'extraordinaire n'arrive ni n'arrivera jamais aux Lamb et au Pickles, vous l'aurez compris. Ils ne vont pas devenir incroyablement riches, mettons, et leur maison ne va pas se retourner contre eux comme dans un mauvais thriller fantastique. Cette chronique n'est pas vouée à les porter vers un immense Destin, mais simplement à les accompagner, à tenter de mieux les comprendre, à essayer de mieux les aimer.
Les petites souffrances et les grandes déchirures, les enfants qui quittent la maison pour ne parfois jamais revenir, voilà de quoi sera faite la vie des habitants du 1 Cloud Street.

Cloudstreet-Oriel

A ce titre, je mets quiconque au défi de ne pas vouer un véritable culte à Oriel Lamb. Cette femme est une force de la nature. Son esprit pragmatique, qui l'a vraisemblablement gardée en vie si longtemps, s'étend désormais à toute sa famille, et même aux Pickles qu'avec le temps elle considère un peu comme les siens.
La plus incroyable et respectable qualité d'Oriel, qui là comme ça, de prime abord, peut paraître un peu dure, sèche et autoritaire, c'est que son premier réflexe, en toute situation, est de garder la tête froide, de remonter ses manches et de se dire "bon, qu'est-ce que je peux faire pour me rendre utile ?". Ou plutôt elle ne se le demande pas, elle répond d'elle-même à la question. Elle peut compter sur un mari qui reconnaît en elle ce don, et qui la suit aveuglément dans tout ce qu'elle entreprend ; elle dirige sa maison avec énergie, rabrouant ceux qui ne sont pas aussi durs à la tâche qu'elle, et s'assurant que tout le monde travaille au maximum de ses possibilités. Oriel est une force vive ! Elle est impressionnante en permanence, prenant toujours plus de choses en charge, sans jamais être déconnectée de ses émotions ou ses intuitions.
Plus d'une fois, des jurons d'admiration m'ont échappé devant ses réactions. C'est un personnage un peu rustre, que la vie a façonné comme ça, mais qui déborde d'énergie, d'amour et d'allant. On a tous besoin d'une Oriel sous son toit...

D'autres personnages, évidemment, sont touchants ; pour ne pas dire tous.
Fish Lamb, évidemment, avec son incroyable sensibilité, sa façon de porter un regard neuf sur le monde, et son obsession pour l'eau (depuis qu'Oriel l'en a tiré, il ne souhaite qu'y retourner), est attendrissant au possible. Rose Pickles, qui après avoir trop longtemps supporté le poids de sa famille en perdition, finit par prendre une certaine indépendance, est un personnage extrêmement captivant aussi. Et comment ne pas aimer l'âme d'artiste de Lester Lamb, avec son banjo, son harmonica et même sa marionnette de ventriloque, qui tire sa plus grande fierté de la certitude qu'il aura rendu sa famille heureuse ?
Chacun est touchant, vibrant. Terriblement vivant. Faire ou refaire des expériences de la vie à leur côté est une véritable aventure parce que la série est écrite de telle façon qu'il est impossible de ne pas avoir l'impression de vivre soi-même au 1 Cloud Street.

Mais Cloudstreet, outre sa maison vivante, est aussi une oeuvre gorgée de détails surnaturels, étranges, bizarres, inexplicables. Et qui restent inexpliqués.
Le monde fantastique, mystique, ésotérique de la série est fascinant de par le foisonnement de phénomènes qui s'y déroulent et qui, bien qu'étant repérés par les protagonistes, ne sont jamais décortiqués ou interrogés. Qu'ils viennent du hasard, de la chance, du Destin ou de Dieu, ne fait en réalité pas grande différence. Quelle que soit la façon dont on la nomme, cette main invisible qui vient placer des petits miracles dans la vie des Pickles et des Lamb est aussi une façon de questionner à la fois notre émerveillement et notre foi.
Un cochon qui parle, un perroquet qui chie des pièces de monnaie, un étrange homme doté du don d'ubiquité, ou encore les curieux voyages spacio-temporels de Fish Lamb, tout cela n'a pas d'explication. Ce sont "des miracles dont on n'a pas besoin", comme dirait Oriel Lamb (en haussant les épaules et en se remettant au boulot, probablement).
Mais on les prend quand même. Parce que ce n'est pas à nous de décider.

Cloudstreet est en effet une oeuvre pleine de spiritualité, au sens large. On n'y trouve aucune forme de prosélytisme, mais les personnages interrogent notre capacité à croire : aux signes qui sont supposés prédire la chance ou la malchance, aux oscillations d'un couteau qui choisit la direction à prendre, aux miracles et aux malédictions qui viennent nous prendre ou nous rendre les êtres chers.
Sans même parler des évènements parfois incongrus, ou de la foi perdue des Lamb, j'avais l'impression que cette spiritualité habitait la série de la façon la plus noble qui soit. Je ne crois pas en Dieu mais je me suis dit, sans exagérer, que ressentir l'amour de Dieu ça devait peut-être un peu ressembler au monde de Cloudstreet. C'est peut-être l'emballement et les incroyables émotions que suscite la mini-série qui me font dire une chose pareille, mais il m'a semblé que quelque chose de céleste présidait à de nombreux choix dans l'univers de ces quelques épisodes.

Cloudstreet-River

Cette spiritualité se ressent notamment grâce à l'exceptionnelle réalisation de la série, qui mérite un poème, que dis-je, une ode, à elle seule. C'est un véritable trésor, intuitif, émouvant, et surtout, furieusement beau.
Pour en apprécier pleinement chaque minute, il faut accepter de laisser derrière soit tout esprit cartésien, et se débarrasser des mauvaises habitudes qui sont souvent les nôtres, et à cause desquelles nous cherchons une "utilité" à chaque plan. Il faut prendre de la distance et accepter l'élégance artistique de certaines images, de certaines scènes, pour ce qu'elles sont : la construction d'un ensemble de repère sensoriels pour vous immerger dans le monde de Cloudstreet, et nous permettre de nous ouvrir à certaines émotions, pour mieux vivre aux côtés des personnages.
Si vous avez aimé des films tels que The Fall ou Big Fish, dont la poésie n'égalait que la brutalité (ou inversement), alors Cloudstreet va vous transporter. Je ne connais rien de pareil. En l'espace de 6 heures, vous allez avoir l'opportunité de redéfinir l'espace, le temps, vos sensations, vos sentiments, ainsi que tout ce que vous pensiez savoir sur la télévision australienne, poussée ici au sublime comme jamais avant.

On pourrait être tenté de dire que Cloudstreet est une oeuvre d'une telle perfection qu'il faudrait des séries comme ça tout le temps mais, tout-à-fait entre nous, notre coeur n'y survivrait pas. En tous cas, j'ai rarement rencontré une série qui me transmette autant de choses avec autant d'élégance et de puissance.
J'ai aussi rarement rencontré une série dont j'aie tant envie de dire de belles choses mais à laquelle il semble impossible de rendre correctement hommage.

Simplifiez-moi la vie : regardez Cloudstreet par vous-mêmes. C'est encore le meilleur moyen de vous faire comprendre mon adoration et ma timidité envers cette oeuvre incroyable.

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22 mai 2012

Le Diable en costume

Depuis un bout de temps maintenant, je vous parle de plusieurs pays scandinaves. Reviennent en général la Suède, le Danemark et la Norvège ; en revanche, la Finlande et l'Islande sont un peu les grands oubliés. Il faut dire qu'en-dehors de la série finlandaise Alamaailma Trilogia, découverte à l'occasion de Scénaristes en Séries (qui hélas ne possède pas de sous-titres anglais dans sa version DVD, et qui n'a pas semblé impressionner arte pourtant en pleine fringale scandinave, ce qui fait que je vais devoir me contenter du souvenir du pilote), il y a assez peu de séries qui me passionnent dans ces deux pays.
A côté de ça, j'avoue avoir encore du mal à trouver mes marques pour trouver des infos de façon aussi abondante que dans le triangle Suède/Danemark/Norvège, ce qui n'aide pas. Mais c'est aussi une question d'intérêt personnel, je ne vais pas vous mentir.

En Islande, en particulier, la trilogie dramédique Næturvaktin-Dagvaktin-Fangavaktin a fait plus que ne pas m'attirer : c'est un vrai souvenir traumatique. Le pilote de Næturvaktin était très pénible, j'ai carrément laissé tombé la trilogie après ça. Pourquoi se forcer après tout ? Ensuite, le récent Heimsendir, sur lequel j'ai un oeil depuis que j'en ai parlé sur SeriesLive, respire tellement l'hystérie que franchement, j'ai préféré purement et simplement passer mon tour. On comprendra que c'était toujours un peu la faute des mêmes, vu que la même équipe créative a commis les 4 séries ; mais comme ce sont les séries islandaises les plus "connues", forcément, ça l'aide pas.
A cause de quelques petites expériences malheureuses comme celles-là, je n'avais pas, comme ça pu être le cas pour Livia (avec Pressa, puis plus récemment Tími Nornarinnar) ressenti une forte attraction envers ce petit pays, en dépit des choses qui peuvent titiller ma curiosité chez la fiction islandaise... Du coup c'était une histoire qui était vouée à trouver une issue favorable un jour ou l'autre, ma curiosité n'attendant qu'une occasion de se déclarer, à la faveur d'une série qui attirerait réellement mon attention.

C'est grâce au site Shopicelandic que les choses se sont finalement décantées. La plupart des DVD de séries vendus par le site sont en effet disponibles avec des sous-titres anglais, et je n'ai plus eu qu'à faire mon marché. La bande-annonce de Réttur m'a convaincue il y a plusieurs mois de cela, j'ai passé commande dés que ma banque m'a enfin fait parvenir ma toute première carte bancaire fin avril, et hop, l'aventure islandaise pouvait enfin commencer aujourd'hui !

Lancée en janvier 2009, Réttur, écrit par Sigurjón Kjartansson (Livia vous a déjà parlé d'une autre de ses séries, Pressa), a la particularité d'être le tout premier legal drama d'Islande, avec la promesse d'un univers sombre qui ne pouvait que me régaler. Et c'est donc au terme de bien des tourments que je vais vous parler de la première saison de Réttur, qui est aussi la toute première série islandaise à m'avoir convaincue.
Eh bah voilà, à force de patience, on a fini par s'entendre, chère Islande !

Réttur

Il est évident d'entrée de jeu que le héros de Réttur, c'est Logi Traustason (mais entre nous on pourrait aussi bien l'appeler Gregory House ou Tom Jackman, parce que c'est un peu la même famille de psychopathes, tout ça). Le pilote commence d'ailleurs sur les chapeaux de roue, nous le présentant immédiatement comme une personnalité centrale de la série ; cela s'atténuera ensuite pour éviter de virer au one man show. Il faut dire que la tentation est forte, tant le personnage de Logi est riche, et vous allez le voir, je ne taris pas d'éloges à son propos.

Homme à l'intelligence aiguisée, il n'a aucun problème avec la perspective de se mettre à dos tout le monde et n'importe qui, en vérité le plus fou, c'est qu'il donne l'impression d'être parfaitement ravi d'être considéré comme le Diable en personne. Cela lui donne l'opportunité de pouvoir fermer le clapet de quiconque lui barre ne serait-ce qu'un peu le passage, sans ressentir la moindre culpabilité, et il en joue, l'animal.
Il faut dire que Logi se traine une réputation sordide : condamné pour meurtre il y a 25 années, il a purgé sa peine avant de devenir... avocat. Dans le genre, pour donner mauvaise réputation à une profession qui n'avait pas besoin de ça, on a rarement vu pire. Avec une verve cinglante que n'aurait pas renié le héros Dr House, Logi s'impose donc, où qu'il aille, puisque de toute façon on n'aurait pas manqué de lui adresser des regards en biais voire même des attaques à peine voilées. Il a décidé de tirer partie de sa morbide notoriété, et n'est pas ébranlé, d'ailleurs, quand elle se retourne contre lui. C'est assez finement joué, cette façon que la série a d'établir à la fois de façon progressive (le noeud du problème, à savoir la condamnation pour meurtre, n'est pas évoqué avant un bon tiers du pilote) tout en rendant évidente l'arrogance sans méchanceté de son héros. C'est simplement un ambitieux, en fait... mais les ambitieux avec une mauvaise réputation ne sont jamais vraiment aimés. Ajoutez à cela que notre ami est un alcoolique repenti mais pas trop, et vous obtenez là un personnage divin. Ou diabolique, c'est selon.
Notre homme a en plus la particularité d'être bon dans ce qu'il fait, et c'est donc encore plus dérangeant. Il gagne tous ses procès, les accusés se l'arrachent (il est tout-à-fait conscient que les coupables ont tendance à le croire de leur côté), et en deux ans, il s'est taillé la part du lion dans l'univers de la Justice. Sauf que... il n'est pas partenaire dans son cabinet actuel. Et ça, ça l'emmerde puissamment, le Logi, surtout que quand il le fait remarquer à sa hiérarchie, on l'envoie bouler au prétexte que lorsqu'il était à son compte il y a encore deux ans de ça, Logi a mis son propre cabinet en banqueroute (ah oui, ya ça aussi). Mais pas gêné pour deux sous, notre avocat terrible décide d'aller frapper chez la concurrence pour proposer ses services (surtout qu'il est convaincu d'être sur le point de décrocher la plus grosse affaire de meurtre du moment), et sans même attendre la réponse, prend ses quartiers dans les bureaux. Il est comme ça, Logi. Et donc il est forcément épatant.

Et c'est comme ça qu'on se retrouve dans le cabinet Lög & Réttur ("loi et droit"), qui comporte deux partenaires : Brynhildur, une avocate à l'apparence froide, et Hörður (là j'avoue avoir été bien contente du copier/coller), un petit bonhomme pas forcément très confiant. Vous vous doutez bien que Logi s'imagine n'en faire qu'une bouchée, lui si assuré, et d'ailleurs il passe très vite avec eux un savoureux contrat qui ne manque pas d'exsuder l'arrogance qui est si caractéristique de notre héros.
A partir de cette succulente installation, inutile de préciser qu'à ce stade vous êtes prêts à suivre les aventures du cabinet jusqu'au bout de l'Enfer (après tout c'est probablement l'adresse de Logi).

Juste après Allan Kriegman de The War Next Door, voilà un personnage dont on se ferait volontiers tatouer le nom à même la peau. Pardon d'insister, mais de toute façon, avec pareilles caractéristiques, Logi Traustason ne pouvait qu'attirer les femmes... et mes amis, je ne suis qu'une faible femme.
Ou bien qu'une faible téléphage, car les richesses de ce personnage sont tout simplement inépuisables, et quand je vois un épisode aborder le problème de la relation de Logi à la famille de l'homme qui l'a tué, je ne peux qu'applaudir la façon dont le drame est si bien réintroduit dans un personnage qu'on aurait failli, dans un moment d'égarement, prendre pour un inconséquent.

Alors forcément, comparativement au génie du personnage central, il faut assurer en face avec les autres personnages. Fort heureusement, l'équilibre très vite trouvé du côté de Brynhildur, qui s'avère rapidement être un personnage capable aussi bien de soutenir les coups d'éclat de Logi, que de lui lâcher la bride quand c'est pas la peine de nous le brusquer. Du côté de ce pauvre Hörður (prononcer "heurdur"), c'est plus aléatoire, le personnage ayant quelques bons moments, mais le character development restant désespérément plat.

Et puis surtout, à côté de ça, forcément les intrigues paraissent moins complexes. Mais elles sont simples, pas simplistes, et ça fait toute la différence.
Dans Réttur, l'essentiel n'est pas tant de trouver des enquêtes très difficiles à résoudre, que de suivre lentement le procédé qui permet de mettre en évidence toutes les parties en présence dans le cas rencontré, puis de comprendre comment chaque protagoniste fonctionne. L'intrigue principale du pilote, en particulier, est vite résolue par le spectateur (voire un peu trop), probablement parce que l'exposition prend déjà pas mal de temps dans l'épisode. Ca s'intensifie dans les épisodes suivants, mais sans jamais verser dans une vision policière des procès en cours ; lesquels, d'ailleurs, n'occupent en définitive qu'une petite partie de l'épisode, sur la fin. En fait, les séquences de conciliation tiennent exactement la même place dans les épisodes que les procès eux-mêmes, ce qui est assez parlant.
On n'est donc pas du tout dans la même vision que des séries américaines équivalentes, même si la structure est tout de même assez proche, et le spectateur est plutôt supposé venir trouver du drama que du legal à proprement parler.

Réttur a aussi la particularité d'introduire dés le pilote une intrigue criminelle en fil rouge dont on ne suspecte pas tout de suite l'importance. C'est d'ailleurs très puissant ce qui se passe de ce côté-là, car d'affaire lointaine, et médiatique, on va progressivement basculer dans quelque chose de beaucoup plus sombre.

La récurrence, d'ailleurs, des médias, est traitée avec beaucoup d'intelligence. Ce n'est pas un thème majeur de la série mais il souligne quand il le faut les intrigues, en mettant les avocats et/ou la partie civile face aux cameras, en utilisant des couvertures de magazines, en relatant un fait divers à la façon d'un reportage, ou en filmant une interview. Du coup, de temps à autres, c'est l'opinion publique qui est ramenée implicitement dans les débats, d'une part pour nous rappeler que la vision que le citoyen lambda a de l'affaire est limitée, mais aussi pour nous impliquer, puisque tous les procès auxquels nous assistons sont tranchés par des juges et non des jurés.
Cela permet, l'espace d'un instant, de changer l'angle sous lequel nous considérons les affaires ainsi exposées, et c'est finement joué.

Cela ne veut pas dire que Réttur est une série totalement sombre, dramatique ou déprimante. Certains épisodes sont plus légers et permettent d'aérer cette saison, ce qui est franchement bienvenu, sans pour autant que la série s'offre des épisodes humoristiques (même si un procureur rencontré par Brynhildur au cours d'une affaire est franchement barré, mais bien, quoi, limite du niveau d'un personnage de Kelley !). Mais en tous cas, des pauses sont ménagées dans certains épisodes afin de nous laisser souffler avec des choses moins étouffantes. Il faut dire aussi que l'ambiance du cabinet L&R évolue en cours de saison, et les échanges entre les différents avocats trahissent aussi une évolution plus subtile, qui se traduit par des discussions plus enlevées.
Je soupçonne même que cela fasse partie de la stratégie de la série que de nous faire croire que l'ambiance s'éclaircit à un moment donné, pour mieux nous impacter à certains moments ; c'est notamment le cas avec les évolutions de ce satané Logi qui semble parfois se ramollir, et qui en fait n'a pas du tout surmonté ses démons, mais a simplement décidé de pactiser avec eux pour ne pas les laisser le déstabiliser. C'est d'ailleurs fascinant de voir un tel personnage être à la fois aussi terrifiant, et être en même temps sincèrement sympathique, non parce qu'on le prend en pitié ou qu'il a des failles qui le rendent attendrissant, mais parce qu'il n'est pas foncièrement mauvais, juste monstrueux. Ca n'a pas l'air clair dit comme ça, mais ça a du sens devant Réttur, promis. Et je me rends bien compte que je parle beaucoup de Logi, mais c'est vraiment un personnage saisissant...

Les bureaux de Lög & Réttur De temps à autres, de beaux tableaux pour nous surprendre Lentement, les avocats s'apprivoisent Tout le monde aime Logi Un oeil sur la lucarne

Du côté de la réalisation, pour changer un peu de sujet, il faut dire que si Réttur est une lointaine cousine de la franchise Law & Order (notamment dans sa façon d'annoncer visuellement et musicalement les séquences juridiques clé de l'épisode), elle se trouve très vite une identité propre. D'un point de vue esthétique, c'est relativement classique : les plans sont propres (un peu froids, mais à dessein), et la camera, si elle aime bien adopter un angle original pour une prise de vue ou une autre (ce qui aboutit parfois à de beaux tableaux, j'en conviens), ne s'aventure pas trop à exécuter des prouesses. Ce n'est tout simplement pas son objectif. On se retrouve avec une série qui n'a pas une apparence scolaire du tout, mais qui tient quand même énormément à sa simplicité sobre, et s'y attache autant que faire se peut.

Côté musical c'est un peu la même chose. Le "thème" de la série, très simple, se révèle vite très prenant. En quelques notes, il installe très bien l'ambiance froide, un peu étouffante, nécessaire, et sa récurrence au cours des épisodes, pour ponctuer une scène ou simplement servir de marqueur pour attirer notre attention sur le fait que la procédure suit son cours, se fait en douceur, sans virer à l'obsession. Mais c'est pour ainsi dire le seul moment où on remarque seulement qu'il y avait de la musique dans l'épisode, tant le reste est transparent.

Ce cocktail confère à Réttur une atmsophère feutrée, sobre, mais qui au besoin peut faire son petit effet, sans jamais paraitre pingre. C'est, il faut le dire, très réussi. Comme quoi, le mieux est vraiment l'ennemi du bien...

Comme il est désormais la coutume quand j'achète des séries en import (ailleurs que sur un quelconque Amazon de la planète), je voulais vous toucher deux mots sur Shopicelandic, vu que, s'il est souvent nécessaire de cagouler pour découvrir une série (et je n'hésite pas à vous expliquer comment opérer), on peut aussi acheter, et en l'occurrence c'est dommage de se priver d'un accès légal quand pour une fois il existe. C'est pas comme s'il y avait une chance que Réttur soit un jour achetée par une chaîne française, si ?
Alors voilà le deal : Shopicelandic, je suis plutôt satisfaite. Certes, l'emballage est un peu minimaliste comparé aux cartons épais d'Amazon (ici, une simple enveloppe à petites bulles), mais il n'y a aucune raison de se plaindre. Commandé le 11 mai dernier, mon colis a pris l'avion en prioritaire le lendemain, pour arriver en ce début de semaine (j'ai pas ouvert ma boîte, c'était peut-être hier, peu importe) sans une égratignure. Tout ça pour la modique somme de 33,34€ (le DVD en coûtait 27,73). D'après mes standards, voilà qui reste raisonnable, même si je reconnais qu'en terme de quantité d'épisodes/prix, ça reste un peu juste, puisque rappelez-vous, chaque saison comporte 6 épisodes. Après c'est vous qui voyez, évidemment... Moi, comme d'habitude, je vous contente de vous expliquer ce qui est possible ou pas.

J'ai peine à croire que tout ce que je vous raconte ici se déroule en seulement 6 épisodes ! Et pourtant, c'est bien vrai : tout ça, et bien plus encore, est à découvrir dans Réttur.

En tous cas de mon côté, c'est dit : le temps de laisser cicatriser mon compte bancaire, et je m'attaque à la seconde saison. Surtout après un cliffhanger comme celui-là...

13 mai 2012

Désespoir sans frontière

La fin de Desperate Housewives est pour ce soir !
Oh pardon, j'ai l'air de me réjouir ? Ce n'était pas mon intention ; je considère qu'on ne devrait jamais se réjouir de l'annulation d'une série. Sauf s'il s'agit de Whitney... mais ce ne sera pas pour cette année. Il faut dire que Desperate Housewives est une série dont j'entends depuis, au bas mot, trois saisons, uniquement du mal. Ou, quand mon interlocuteur tente d'en dire du bien, c'est avec un petit air de s'excuser quand même, genre "je sais bien que ça a l'air un peu nul dit comme ça, mais promis je m'amuse devant cette série". Les fans de Desperate Housewives ont dépassé le stade du guilty pleasure pour conserver en priorité la honte, et se raccrocher au souvenir du plaisir. En tous cas c'est l'impression qu'ils donnent.
La fin de leur calvaire a donc sonné et on a l'impression que, à la peine de voir leur série disparaitre, totalement compréhensible, s'ajoute quand même un peu de soulagement.

C'est vrai que Desperate Housewives a en son temps été une série incontournable. Elle faisait partie, en 2004, de ces séries qui ont déchaîné les passions et permis à ABC de trouver une certaine popularité, avec Lost (déjà tombée au combat). Face à l'hégémonie policière de CBS, ABC organisait la résistance ! Et un temps, j'ai fait partie de ceux qui y ont cru. Lost avait un pilote épatant, et Desperate Housewives était dotée d'un charme un peu pervers. Ah, c'était le bon temps.
Aujourd'hui Desperate Housewives est donc sur la fin, ça ne nous rajeunit pas plus que quand Lost s'est arrêtée... C'est qu'on les a vu naître, conquérir le monde, puis s'éteindre, ces séries-là !

UmutsuzEvKadinlari

Et en parlant de conquérir le monde. Je vous ai déjà parlé d'Umutsuz Ev Kadinlari, la série turque adaptée de Desperate Housewives, et qui a commencé l'automne dernier sur Kanal D (sinon faites semblant de rien, et suivez discrètement les tags au bas de ce post). L'originalité de la série turque, c'est que contrairement aux adaptations sud-américaines de la série, il ne s'agit pas d'une telenovela ; à titre national, Umutsuz Ev Kadinlari a un statut particulier à un autre égard : c'est la seule série turque actuellement à l'antenne qui soit l'adaptation d'une série américaine (l'autre adaptation sur les écrans turcs en ce moment est 1 Erkek 1 Kadın, adaptée d'Un gars, une fille).
Je me suis dit que pour rendre hommage aux fameuses ménagères d'ABC, une toute dernière fois, en guise d'adieu, j'allais donc vous proposer un post sur le pilote de l'un de ses remakes : une façon de parler à la fois du passé et de l'avenir de la série de Marc Cherry... sans pour autant s'infliger la présence d'Eva Longoria ou, pire, de Teri Hatcher. Brrr.
Comme beaucoup d'adaptations de séries américaines, le pilote d'Umutsuz Ev Kadinlari se regarde facilement en l'absence de sous-titres, étant donné qu'on connait déjà 90% des scènes : le pilote de la version turque part en effet directement du script de la version américaine. La plus-value se situe donc dans les spécificités de la série turque.

Alors je vous propose de me suivre dans ce petit comparatif en cagoulant à votre tour le pilote d'Umutsuz Ev Kadinlari avant de lire la suite de ce post.

UmutsuzEvKadinlari-GülCikmazi

La première des surprises est évidemment celle du look du quartier ; comme vous pouvez le voir dans la capture ci-dessus, s'il est évident que l'endroit est cossu, la version turque ne propose pas de grandes villas mais bien des immeubles donnant tous sur un cul-de-sac plus étroit que Wisteria Lane, et qui renforce l'impression de proximité qu'on avait dans le voisinnage de Desperate Housewives. Ajoutons, parce que les fans de la série savent combien ce détail est important suite au suicide de Mary Alice, que les immeubles en question n'ont pas de piscine à l'arrière...

Et justement, le plus grand choc de ce pilote réside probablement dans la façon de montrer la mort de Handan (notre Mary Alice turque). Le mode opératoire est le même : une arme à feu. Et pourtant, quand Mary Alice avait appuyé sur la gâchette, elle était hors-champ, ce qui rendait les choses moins brutales. Ici, non seulement Handan est quasiment face caméra quand le coup part, mais du sang apparait rapidement sur la tempe opposée à celle sur laquelle elle a tiré, de sorte qu'on comprend immédiatement que la balle a traversé le crâne de part en part. Glauque.
Pour que le traumatisme soit complet, après que le corps soit découvert par la Martha Huber locale, on a droit à une scène pendant laquelle le fils de Handan arrive sur les lieux et voit le corps être emmené par les secours. Le ralenti dure une bonne minute... il n'est pas vraiment ridicule, mais il parait incongru étant donné le ton badin de l'épisode. Il est d'ailleurs à noter que la voix off fonctionne toujours aussi bien, et que les musiques, même si elles font un peu plus couleur locale, restent dans le même esprit que dans la série originale.

La personnalité des wives survivant à Handan est assez similaire à celle que nous connaissons aux Etats-Unis (bien que parfois moins surjouée, à l'instar de Yasemin/Susan ; ou de Nermin, beaucoup moins souriante que Bree), et elle est dévoilée de la même façon que dans la série d'origine, en utilisant de nombreuses petites seynettes ou flashbacks. La géographie des lieux permet d'ailleurs à la camera de glisser de façon plus fluide d'un logement à l'autre. L'une des rares différences lors des présentations de chacune sont que les plats préparés pour les funérailles sont sensiblement les mêmes que dans la version originale, mais on appuie moins sur la mauvaise cuisine de Susan, par exemple.

Par contre, la séquence pendant laquelle tout le voisinage vient soutenir la famille endeuillée de Handan va cependant s'enrichir d'une surprise, du genre qui fait tout le sel des adaptations étrangères : une courte prière partagée par les femmes du quartier.

Mais dans ce pilote, les différences ne proviennent pas uniquement des changements dans les scènes ou les décors, mais parfois juste dans l'émotion transmise. Et on a pu le voir d'entrée de jeu, par rapport à son modèle, Umutsuz Ev Kadinlari n'hésite pas à ajouter beaucoup d'émotion, justement.
Une autre preuve de cette tonalité plus dramatique se trouve dans la scène pendant laquelle Susan se remémore la façon dont Mary Alice l'avait consolée suite à sa séparation. Desperate Housewives montrait une Mary Alice qui tenait ses distances tout en soutenant Susan, quand Handan est extrêmement chaleureuse, ce qui accentue d'autant la douleur de Yasemin. Je confesse avoir eu le coeur serré (en dépit du léger surjeu de l'interprète de Yasemin).

Après les funérailles, les épouses reprennent donc leur petit train-train quotidien... mais là encore quelques changements ont lieu par rapport à la version originale, et non des moindres puisqu'il s'agit de changer toute l'intrigue de Gaby !
Ainsi ce n'est pas Zeliş qui a une aventure extra-conjugale (vous n'y pensez pas !) mais son mari ; l'ex-mannequin devient du coup une épouse suspicieuse et jalouse, ce qui la rend moins pétillante que son équivalent américain pourtant déjà un peu pimbêche sur les bords. Vous vous doutez bien que les intrigues s'en trouvent totalement modifiées : l'époux volage tente d'acheter son affection, notamment en lui achetant le dernier ordinateur à la mode, puis abandonne Zeliş pour aller rejoindre sa maîtresse. Il y a pourtant un petit air de parenté entre Gabrielle et Zeliş, car si celle-ci ne trompera pas son mari avec un jardinier, en revanche, elle flirtera vaguement avec le petit geek qui viendra lui installer ses programmes...

UmutsuzEvKadinlari-PurpleDesperate

Pour le reste de l'épisode, il y aura, en définitive, assez peu de variations, en tous cas certainement pas aussi importantes que celle-ci.
C'est en fait ça la plus grande surprise : l'épisode suit la structure du pilote américain (incendie inclus), s'achevant sur la fameuse lettre trouvée dans les affaires de la défunte, sauf que les épisodes d'Umutsuz Ev Kadinlari durent 90 minutes, là où même l'épisode inaugural de Desperate Housewives racontait les mêmes évènements en 45 minutes. Malgré tout, le pilote de la version turque n'a aucun problème de rythme, ce qui est tout à son honneur étant donné les circonstances.
D'ailleurs, il faut croire que la production turque vit dans un autre espace-temps, puisque la première saison de la série, diffusée de façon hebdomadaire, est toujours en cours ; on attend pour ce dimanche le 32e épisode de la saison...

Mais peut-être certaines différences vous ont-elles plus interpelé que moi ? A vous de me le dire...

11 mai 2012

Un bon numéro deux

Demain seront annoncés les résultats des Gullruten 2012, l'une des cérémonies télévisuelles étrangères que je surveille pour deux raisons : d'abord parce que je le peux (et ça fait une sacrée différence), et ensuite parce que la Norvège est certainement le pays dont les fictions sont les moins médiatisées en cette période de "vague scandinave" où le Danemark et la Suède monopolisent l'essentiel des gros titres.
Sans compter que depuis Koselig Med Peis, j'ai pour ce pays une tendresse toute particulière et ces choses-là ne s'expliquent pas.

Au moment des nominations aux Gullruten, souvenez-vous, une série avait en particulier attiré mon attention. Et parce que je devais avoir un bon karma, je sais pas, cette même série, Buzz Aldrin, hvor ble du av i alt mylderet ?, est sortie en DVD avec des sous-titres anglais. M'était donc ouvert un boulevard pour découvrir cette mini-série en 4 épisodes, et du coup, eh bah c'est très exactement ce que j'ai fait.
Voici donc mon post sur la mini-série Buzz Aldrin, hvor ble du av i alt mylderet ?, une série vraiment pas comme les autres que, par égards pour mes tags et mon accent norvégien pitoyable, je vais simplement nommer Buzz Aldrin à partir de maintenant.

BuzzAldrin-Title

Notre héros s'appelle Mattias, et il est né le 20 juillet 1969 : le jour où le premier homme a marché sur la Lune. Et le second, aussi ; c'est lui que Mattias va admirer en grandissant. Buzz Aldrin était deuxième, et cela lui convenait très bien. Comme lui, Mattias n'aspire pas à être le meilleur dans quelque domaine que ce soit.
Mettre en place pareil personnage relevait l'air de rien de la gageure : avec juste un peu moins de subtilité que n'en a Buzz Aldrin, Mattias aurait eu vite fait de passer pour un loser. Mais la mini-série a de la nuance à revendre, et Mattias se montre immédiatement comme un personnage complexe. Il n'est ni un pauvre type, ni un mou, ni même un gars perdu : il aspire simplement à une vie simple et anonyme. Le problème c'est que les choses ne vont pas se dérouler selon ses humbles plans.

Le pilote est ainsi consacré à la fois à l'exposition nécessaire de ce personnage complexe et de sa fascination pour Buzz Aldrin, mais aussi à divers signes avant-coureurs qui indiquent que le ciel va bientôt lui tomber sur la tête.
Buzz Aldrin a l'originalité, d'ailleurs, de ne pas dérouler au présent : outre le générique, qui nous permet d'assister à la naissance de Mattias en 1969 (très réussi, d'ailleurs), plusieurs scènes nous permettent de retourner dans l'adolescence de Mattias, dans les années 80, quand il rencontre sa petite amie, tandis que sa vie à l'âge adulte se déroule au moment de la guerre du Kosovo, et donc aux alentours de 1999. Du coup on a vraiment une impression constante de décalage, même quand aucun effort particulier n'est fait pour nous rappeler la distance qui nous sépare du "présent" de Mattias. C'est tellement agréable, d'ailleurs, que si peu d'efforts soient déployés pour nous remettre dans le contexte tout en préservant la distance temporelle ! Cela confère vraiment une aura particulière à la série, très intimiste et authentique.

Le premier épisode mélange donc tous ces éléments avec brio, avant d'opérer un grand virage dans la vie de Mattias, lorsqu'effectivement tout bascule et qu'il perd, en l'espace de quelques heures, sa petite amie et son boulot.
Une ultime originalité de ce pilote est qu'il fonctionne en circuit fermé : la séquence qui l'ouvre est également la séquence qui le ferme. Ce flashforward d'entrée, qui aurait pu être un atroce poncif, fait partie de ces quelques fois où ça fonctionne dans un pilote, sans doute parce qu'il n'est pas employé pour nous indiquer comment va finir la mini-série, mais au contraire comment son histoire va vraiment démarrer... J'essaye de ne pas trop vous en dire afin de n'en pas gâcher l'effet, fort réussi.

 

Car la vie de Mattias dans son patelin natal, avec ses parents aimants, sa copine qui s'est barrée (parce qu'elle attendait plus de lui) et sa boîte qui a déposé le bilan, ce n'est pas l'objet de la série. Buzz Aldrin veut nous emmener dans les îles Færoe où Mattias va arriver un peu par hasard, complètement paumé et salement abîmé. C'est là qu'il va être recueilli par Havstein, un psychiatre du nom de qui gère l'Usine, une sorte de refuge pour ceux qui sortent du circuit psychiatrique et tentent de reprendre progressivement une vie normale. L'Usine a trois pensionnaires : la mystérieuse Ennen (pour NN, "no name"), Palli qui ne vit que pour le golf qui lui permet de tenir ses angoisses à distance, et Anna, terrifiée par des apparitions qu'elle tient à distance en tricotant des pulls.
Les pensionnaires de l'Usine ne sont pas aussi caricaturaux qu'il parait. D'ailleurs, comme pour permettre au spectateur de gommer au maximum leurs éventuelles bizarreries, Mattias réagira très peu à leurs spécificités. Il faut dire qu'il devient vite un pensionnaire parmi les autres, acceptant sans protester que Havstein contacte ses proches pour les prévenir qu'il s'installe pour quelques temps à l'Usine, et se laissant traiter comme un patient.
La reconstruction de Mattias n'est, en réalité, pas la seule motivation de notre psychiatre : les cordons de la bourse sont serrés, et la mairie menace, d'abord à mots couverts puis très explicitement, de fermer l'Usine, devenue inutile. Mais si le nombre de pensionnaires augmente, sa nécessité est prouvée et son existence prolongée...

Mais grâce à l'Usine et au décor incroyable des îles Færoe, à la fois austère et luxuriant, entre roche et verdure, Mattias va petit à petit se reprendre en main. On sent qu'il est bien, ici, et à vrai dire on ne saurait le lui reprocher tant le coin ressemble à un paradis terrestre (du moins si vous êtes comme moi, et que vous estimez que les températures au paradis terrestre ne devraient jamais excéder 12°C).
Il est vraiment là, le propos des deux épisodes qui suivent le pilote : dans la façon dont Mattias va trouver la paix après l'épreuve qu'il vient d'affronter. Et c'est ce qui rend le visionnage de Buzz Aldrin si agréable : ce n'est pas qu'il ne se passe rien, mais ce qui se passe est d'un calme et d'une sérénité incroyables. A travers la formidable exploration de son personnage central, une faculté incroyable à capture la beauté rude de l'endroit dans des prises de vue magnifiques mais jamais stériles, et un sens du rythme parfait permettant à la fois qu'il ne se passe pas "rien" mais que rien ne soit jamais précipité non plus, la série offre une aventure humaine dépaysante au possible, du genre de celle que les amateurs de fiction japonaise ou britannique connaissent bien : on y explore une multitude de sentiments sans jamais brusquer les personnages ou précipiter les intrigues avec des évènements ou des retournements de situation artificiels.

Peut-être un peu trop enclin à se fondre dans le décor (après tout, comme Buzz Aldrin, il n'aspire pas à être mis en avant), Mattias va donc vite se faire une place dans sa petite communauté, trouver du travail grâce à Havstein, et se détendre, de la même façon que le spectateur apprécie la balade humaine. Mais à la fin de l'épisode 3, à nouveau, les choses changent, poussant Mattias à se réveiller de sa tendre routine, et quitter les îles Færoe où il avait pourtant trouvé la sérénité...

BuzzAldrin-Mattias

...Problème : le fabuleux monde d'internet ne fournit que les 3 premiers épisodes de Buzz Aldrin avec des sous-titres anglais. Imaginez ma frustration ! Donc j'ai commandé le DVD, du coup. Vous feriez pareil dans mon cas. D'ailleurs, il est encore temps.
On se retrouve donc pour un bilan complet quand j'aurai reçu mon DVD de Buzz Aldrin, hvor ble du av i alt mylderet ? !

6 mai 2012

The sign of the six

C'est extrêmement déplaisant, ces saisons courtes. Alors d'accord, proportionnellement parlant, ça donne l'impression de plus de génie à la minute que si la saison était plus longue, mais trois épisodes par saison, Seigneur, c'est insupportable. Bien contente d'avoir attendu un peu et de m'en être enfilé deux en une semaine parce que je ne vous raconte pas les effets de manque et de frustration sans ça. Limite j'aurais ptet encore dû attendre un peu, tiens.
Eh oui, rappelez-vous, le weekend dernier, c'était le bon temps ; je n'avais vu qu'un seul épisode de Sherlock. Et maintenant, le temps a passé, les saisons se sont écoulées, et j'ai tout rattrapé. Tout cela ne nous rajeunit pas. Je vais donc à présent me joindre en parfaite connaissance de cause au flot intarrissable de compliments sur la série, et je ne suis au juste pas certaine d'avoir quoi que ce soit à ajouter qui n'ait déjà été dit cent fois mais... comme disent les British : it bears repeating.

IntimateSherlock-1

Sherlock est, comme son nom l'indique, un hymne au célèbre détective. Le portrait n'a rien de flatteur, car sous les apparences de l'acuité et de l'intelligence se cache le profil d'un grand malade. Si ce n'était pas très grave, voire même franchement classe, d'être un homme, disons, distant, à l'époque de Sir Arthur Conan Doyle, à l'ère de la socialisation constante, c'est le plus grave des défauts, et la série se délecte de cet élément, l'incorpore aussi bien dans ses dialogues les plus légers que dans ses axes les plus dramatiques. Le final de la saison 2 tient justement au fait que Sherlock ne maîtrise aucune des normes qui lui permettraient de vivre en société, John agissant comme son interface avec le monde, son traducteur, sa zone tampon, son auxiliaire de vie... parfois au sens le plus strict du terme quand Watson en est réduit à sortir le téléphone de la poche de Sherlock à sa place. On fait ici plus que flirter avec l'idée que Holmes est totalement inadapté...

Mais à l'instar du docteur Watson qui s'attache à ce personnage pourtant souvent insupportable (au point de le frapper avec tout son amour dans le début de la deuxième saison), nous aussi apprenons à aimer ce grand bonhomme détestable. C'est un procédé pourtant cent fois employé, surtout ces dernières années, pour rendre l'antipathique sympathique, et pourtant cela fonctionne, grâce à la seule chose qui différencie Sherlock Holmes de tous les génies désagréables de la télévision moderne (et il y en a). Parce qu'admettons-le, tout comme Watson, nous sommes fascinés par la créature brillante qu'est Sherlock. Comment ne pas tolérer tout de ce personnage à l'esprit absolument génial ?
C'est la plus grande réussite de la série, au fond : réussir à écrire un personnage dont l'intelligence ne soit pas qu'une caractéristique, mais un véritable trait de la personnalité du protagoniste, s'exprimant constamment et de façon plausible. On réfléchit avec Sherlock et on s'attend à ce que ses fulgurances aient du sens, même quand on n'est pas capable de le devancer (une fois de temps en temps, le scénariste a pitié et nous laisse cependant prendre une scène ou deux d'avance sur lui). Contrairement à tant d'enquêteurs de sa génération télévisuelle, Sherlock réfléchit en temps réel, et ne nous met pas face à des épiphanies cosmétiques qui ne sont là que pour faire avancer la trame ; l'intelligence du personnage est réelle, et elle est humaine. C'est en choisissant de nous faire entrer dans sa tête, et non dans son coeur, que Sherlock parvient à construire un personnage réellement envoûtant, pas en lui inventant des failles ou en décrétant qu'on l'aimerait malgré tout.

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Le mérite n'en revient pas tout-à-fait exclusivement à l'écriture, bien-sûr. La prestation de Benedict Cumberbatch est à peu près tout ce qu'on vous aura dit qu'elle serait : fine, passionnante, magnétique. Tout, sauf sexy car, pardon, mais quand je vois Cumberbatch dans la peau de Sherlock Holmes, je vois un serpent. Depuis le début, mais encore plus depuis le plan ci-dessus.

Souvent extrêmement intériosé, parfois plutôt excentrique, limite outrancier, le Sherlock de Cumberbatch dont la force réside dans le regard, constamment en mouvement. Avec lui, tout se joue dans les yeux et c'est assez terrifiant, le regard de cet acteur qui suit le cours des pensées de son personnage et leur donne vie pour mieux vous aider à accompagner la progression de l'épisode. Feindre une telle intelligence avec succès, tout en assurant le show au propre comme au figuré, n'est pas à la portée de n'importe qui, et il faut admettre que je ne vois pas beaucoup d'autres acteurs britanniques capables d'apporter autant de substance à ce personnage, sans jamais tenter de le rendre un seul instant plus charmeur.

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Et après tout, le charme, c'est ailleurs qu'il se joue. C'est John Watson, alias Martin Freeman, qui en est le dépositaire. Il est l'atout coeur de la série et joue de son côté ours en peluche (ou hérisson, me dit-on) pour nous donner notre dose de soupirs attendris. John Watson est sa mine déconfite, John Watson l'homme à femmes, John Watson le pauvre laquais sous-évalué.

En dépit de cela, John Watson est cent fois plus pervers que Sherlock. C'est un fait établi dans le pilote, en tous cas, même ses manifestations sont plus variables par la suite. Watson n'a pas l'intelligence de Sherlock, il n'a pas son don d'observation, et très honnêtement, il ne sert pas à grand'chose dans le domaine médical non plus puisque les quelques rares passages en laboratoire sont toujours exécutés par le maître lui-même. Mais il se repaît de l'intelligence de son comparse. Il assiste à ses performances et s'en régale, et se faire traiter comme un larbin n'est pas cher payé. D'ailleurs Watson essaye à intervalles régulier de se faire remarquer, mais ce n'est visiblement pas pour son intellect que Sherlock le garde à son service. On est dans une superbe relation voyeuriste/exhibitionniste.

Son attachement grandissant envers son idole, bien-sûr, sera une autre raison de suivre Sherlock. C'est une jolie et tendre histoire d'amitié qui se joue ici (mais il est vrai que je n'ai jamais eu un tempérament de shipper) et qui s'exprime de multiples façons. La loyauté de Watson, parfaitement caractéristique, nous donne l'opportunité de pardonner à Sherlock les pires des excès, qu'en tant que spectateurs nous aurions pu trouver agaçants sans le regard complaisant du docteur.

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Tout grand héros a besoin d'une puissante némésis.
Ma première rencontre avec Sherlock Holmes, comme, je pense, pas mal de téléphages de ma génération, a été par le biais d'un dessin animé qui mettait énormément en avant l'opposition avec Moriarty. J'attendais énormément de ce personnage, et ne vous cacherai pas que la mention de son nom, la toute première fois, a déclenché un tonnerre d'applaudissements de mon côté de l'écran (le premier d'une longue série, pas forcément en rapport avec ce génie du mal d'ailleurs).

Mes attentes ont été comblées, et bien plus encore. James Moriarty est un personnage nerveux, imprévisible, en apparence chétif, et à la drôle de voix, mais il s'avère être exactement l'opposant qu'on attend de lui. En fait, le portrait de ce criminel dérangé et dérangeant est si incroyable, qu'on en vient presque à lui en vouloir à la fin de la deuxième saison de commettre l'impardonnable.
Moriarty est le Hyde derrière le Jekyll de Holmes, l'autre facette d'une même pièce, un message d'avertissement. Rarement deux entités prévues pour être similaires mais en opposition auront été aussi bien dépeintes dans une série.
Plus incroyable encore, grâce à l'interprétation parfaite d'Andrew Scott, Moriarty vole régulièrement la vedette ; on le guette, on l'attend, on se régale de chacune de ses apparitions pourtant de mauvais augure.

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Le danger, quand on s'attaque à un individu aussi célèbre que Sherlock Holmes pour l'intégrer dans le monde moderne, c'est de vouloir faire trop daté ou trop moderne. Sherlock parvient, et c'est à la fois surprenant et naturel quand on connait le talent de son équipe créative, à trouver parfaitement le juste milieu.
Le look de ses protagonistes ou de leur garçonnière a un côté intemporel. Et pourtant, rarement une série aura utilisé avec autant d'intelligence les outils modernes, et en premier lieu les SMS. De ce côté-là, c'est la réalisation qui fait toute la différence. Le choix de rarement montrer des écrans, mais de ne pas nous priver des messages envoyés, et donc de trouver des façons d'intégrer les textes aux images de l'intrigue (ils tournent dans l'espace, s'affichent sur les murs, s'échappent de multiples façon), est parfaitement calculé pour n'être jamais ni en décalage, ni ridicule. C'est un cas particulier qui illustre en réalité la tendance générale de la série à parfaitement se montrer moderne sans jamais l'être de façon ostentatoire. Pas de démonstration de force ici, pas d'envie de prouver qu'on est moderne, juste une façon d'employer naturellement des outils. Sherlock Holmes est un homme de notre époque, même si ses goûts en matière de papier peint pourraient nous faire penser le contraire. Et chaque fois que la série emploiera le plus petit bout de technologie, ce sera toujours avec bon sens et mesure.
D'ailleurs la réalisation est impeccable en toutes circonstances. C'est fou ce qu'on arrive à faire avec la bonne équation de talent, de budget et de talent, non ?

IntimateSherlock-7

Alors forcément, seulement six épisodes comme ça, même un peu longuets (j'ai du mal avec le format 90 minutes, je ne vous le cache pas ; il y a plusieurs raisons pour lesquelles je ne suis pas cinéphile, la durée en est une), ça a quand même un sévère goût de trop peu.

Du coup, au lieu d'être indignée par le projet Elementary, je vous avoue que je n'ai qu'une hâte, c'est voir une autre série se frotter au mythe de Sherlock Holmes. Je ne sais pas si c'est parce que je n'ai pas eu envie d'ériger une statue en l'honneur de Benedict Cumberbatch, ou simplement parce que la nuance d'un Watson au féminin me laisse penser qu'on n'aura pas qu'un simple remake officieux de la série britannique, mais je suis toute disposée à être surprise par cette nouvelle vision du personnage et de ses enquêtes, sans lui faire de procès d'intention.
Hey, après tout, c'est bien ce que vous m'avez poussée à faire avec Sherlock, hein. Et je n'ai pas eu à le regretter une seule seconde.

...En tous cas, pas jusqu'à ce que je me retrouve dans l'épouvantable situation de devoir attendre les prochains épisodes.

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5 mai 2012

Beta go !

Outland-Final

Dans cette affaire de Black March, je vous avoue que ma plus grosse frustration, ça a été en réalité le mois d'avril. Il fallait "rattraper" tout un tas de séries, sauf qu'entre mes besoins de pilotovore, mes préparations de podcast pour le SeriesLive Show, ma nature toujours un peu volage, et la saison qui ne se mettait pas en pause pour me laisser le temps de retomber sur mes pieds, ça m'a demandé un effort insoupçonné. Résultat, j'ai fait preuve pas mal de rigueur et d'organisation, et surtout, je me suis forcée à établir des priorités. Tout un tas de qualités par lesquelles je ne brille pas spécialement d'ordinaire.
Lentement mais sûrement, j'ai remonté ma liste de séries à rattraper, et à chaque fois que j'en cochais une et abordais la suivante, je me maudissais de l'avoir laissée en plan. C'est vraiment pas une sensation que je souhaite à quelqu'un d'autre, cette impression que tout devrait être prioritaire et que ça ne l'a pas été.

Alors ça y est, j'ai rattrapé Outland, une série australienne gay et geek dont vous vous rappelez peut-être que je vous ai parlé du pilote. Si ma review était alors mitigée, je suis obligée de reconnaître qu'en 6 épisodes, la série m'est devenue très sympathique, et que je me suis mise à vraiment apprécier la compagnie des personnages.

Et c'est son plus grand défaut, en réalité. Car la première (et, au vu des audiences, vraisemblablement dernière) saison d'Outland n'est pas tant fondée sur la comédie que sur l'exposition de ses personnages, qu'on apprend à apprécier juste à temps pour en être séparés. Si Outland ne me paraissait pas hilarante dans le pilote, c'est parce qu'elle n'est, en réalité, pas vraiment destinée à vous faire rire à intervalles réguliers, mais simplement à développer ses personnages dans une situation parfois un peu extravagante, mais jamais à proprement parler comique. C'est vraiment son principe de base, et il se matérialise sous la forme d'une formule à la fois simple et intelligente : à chaque épisode, le club de geeks se retrouve dans l'appartement d'un de ses membres. On ne les voit jamais vraiment profiter de leur activité (qui consiste en général à regarder un DVD ensemble), mais uniquement arriver dans l'univers de ce membre, et faire plus ample connaissance avec lui à travers le milieu dans lequel il vit. Vous le voyez, c'est donc bel et bien l'approfondissement du personnage qui prime sur les intrigues et les gags.
En fait Outland est probablement mal vendue si on dit d'elle qu'elle est une comédie. Dramédie serait probablement plus juste, et encore.

Chez Max Chez Rae Chez Andy Chez Fab Chez Toby

Mais cette façon de mettre en avant les personnages et de les exposer pendant chacun un épisode de la série est, une fois qu'on a compris que c'était le principe, parfaitement réussie. Cela se traduit d'ailleurs par un effort appréciable de travailler énormément sur les décors choisis (je crois que tout le budget de la série est passé dedans), et le résultat, vous le voyez dans les captures ci-dessus, donne un travail très abouti où chaque personnage a un univers bien à lui. Plus qu'une volonté de décorer à la perfection les décors changeants (ce qui, comme vous le savez, aurait pu suffire à me ravir), cela met en valeur les personnalités des protagonistes de la série, et les mini-intrigues de l'épisode n'en deviennent que plus appréciables. Chaque épisode de découverte de l'univers du personnage du jour devient une rencontre, toujours un peu fantasque de par les évènements, mais vraiment touchante, dans le fond.

Cependant, le vrai atout d'Outland (et la série le saisit assez bien de par l'intrigue en fil rouge de ses trois derniers épisodes), c'est le personnage de Toby. Je le trouvais attachant dans le pilote, mais je n'avais rien vu. C'est certainement le personnage le plus adorrrable de l'histoire de la télévision. Constamment émouvant, Toby est une véritable force vive de la série, et du groupe aussi même s'ils ne s'en rendent pas compte ; pour toutes ces raisons, son épisode (l'avant-dernier de la série) est le plus réussi. Je vous mets au défi de ne pas craquer totalement pour son personnages qui tient à la fois du chaton duveteux et de la licorne.

Mais ? Au fait ? S'il n'y a que 5 personnages, et un épisode par personnage, que se passe-t-il dans le 6e épisode ? Eh bien c'est là qu'Outland prend son envol et en finit avec l'exposition. Nous montrant à la fois une conclusion solide de ce que la série a très bien construit, jalon après jalon, et ouvrant la porte à ce qui devrait en réalité être le début des intrigues à proprement parler, cet épisode aurait été le parfait lancement d'une seconde saison plus feuilletonnante. Hélas, il n'y aura probablement pas de seconde saison.
Comme je vous le disais, c'est quand on commence à vraiment aimer les personnages, individuellement et semble, qu'Outland tire sa révérence. Mais si ça ne vous fait rien de prendre méchamment les protagonistes en sympathie pour mieux leur faire vos adieux, alors je recommande cette série qui, jusqu'au bout, n'aura vraiment pas été comme les autres.

5 mai 2012

Rase campagne

Pour les âmes sensibles qui trainent dans le coin, je préfère prévenir d'entrée de jeu : je vais dire du bien d'une série française. La lecture de ce post n'est donc pas recommandée aux personnes cardiaques.

HenautCandidat

Hénaut Président met en scène Pierre Hénaut, (petit) candidat aux Présidentielles de 2007. Pour autant, il ne s'agit pas vraiment d'une série politique, mais d'une série sur la communication politique, et donc les spin doctors : oui, leur profession s'applique en particulier au milieu politique, mais très sincèrement, ils vendraient du gel douche, ce serait la même chose. D'ailleurs, le film éponyme, sorti en mars dernier, a pour slogan : "la politique est un produit comme un autre", ce contre quoi Pierre Hénaut pourrait protester que lui, il est humain. C'est d'ailleurs bien le problème de son équipe.

La série, constituée d'environ 70 épisodes de moins de 5 minutes, va en effet uniquement s'intéresser à la façon dont l'équipe de Hénaut essaye de formater sa campagne. La structure des épisodes met systématiquement en opposition le candidat, animé par une volonté un peu idéaliste de mener sa campagne au nom de ses idées, et son équipe, une bande de communicants qui n'a aucun intérêt pour la politique, et à vrai dire aucun intérêt pour le candidat.
La mission essentielle de l'équipe de campagne, menée par le directeur Thierry (qui est supposé être un ami de Hénaut), est donc de convaincre le candidat de faire quelque chose supposé aider sa campagne, et de trouver les arguments pour que leur marionnette cède à leur caprice de médiatisation. Hénaut n'est d'ailleurs pas toujours un homme de principe : parfois, sous la pression de ses conseillers ou simplement parce qu'il n'est pas moins humain qu'un autre, il lui arrivera de se ranger à leur avis, et de quand même tenter certaines de leurs idées un peu puantes. Face à ça, l'équipe elle-même peut parfois changer d'avis en cours de route, s'adaptant à une situation catastrophique en décidant de la considérer comme positive, ou parfois juste parce qu'ils sont obséquieux.

Ce qui est intéressant dans Hénaut Président, c'est donc cette déconstruction indirecte des images de campagne. Indirecte parce qu'on n'assiste jamais vraiment aux dites images elles-mêmes : lorsque Hénaut s'exprime à un meeting, est l'invité d'une émission de télévision ou est entouré par la caméras lors d'un déplacement, il est systématiquement au second plan. Les vrais héros de la série sont clairement ces communicants, qui ne croient pas un seul instant dans leur produit et, parce qu'ils sont systématiquement hors champs pour les journalistes, et loin des micros, se laissent souvent aller à des propos extrêmement négatifs envers leur candidat. C'est ça que nous, nous voyons au premier plan. Eux peuvent se permettre de dire ce qu'ils pensent, contrairement à leur candidat qu'ils ne laissent jamais s'exprimer.

Si vous avez déjà été en présence de personnes travaillant dans la communication (et même pas forcément politique), vous ne pouvez que reconnaître que Thierry et son équipe parlent exactemement ce langage-là. Le verbiage pompeux n'est là que pour justifier une lubie de communication : une cravate, un photoshoot, n'importe quoi. Il faut convaincre le candidat et comme on n'a pas d'argument solide, vu que ces histoires de campagne reposent sur des conneries, on le noie sous les termes techniques, les arguments d'autorité, ou quand il ne reste rien d'autre, la flatterie.
La campagne politique devient donc un jeu de dupes : on découvre dans Hénaut Président que les images que l'on voit en tant qu'électeurs ne représentent ni le candidat, ni les idées, mais simplement les envies de ces communicants qui font la pluie et le beau temps juste parce qu'ils réagissent aux sondages et intentions de vote.

L'image est tout et pourtant, clairement, elle ne signifie rien tant elle semble malléable.
L'équipe de campagne déploie une énergie folle à expliquer à Hénaut pourquoi telle orientation est la bonne qu'au final les images deviennent vides. "La vérité est là ! Même si c'est pas vrai", lance par exemple un de ses collaborateurs à Hénaut, en désignant un journal qui affiche en une la photo du candidat prenant une prostituée en stop. "Mais je l'ai pas fait...", gémit le piteux bonhomme, accablé. Cinglant, Thierry tranche : "Mais ça on s'en fout... ça, après, ça te regarde, c'est ton truc à toi". Tout ce qui compte c'est la façon dont on va donner un sens nouveau à l'image, et faire décréter à Hénaut publiquement que, non seulement il s'est tapé la prostituée, mais en plus il va aux putes régulièrement, et que ça devienne un axe de sa campagne. Juste pour que la même image ait une signification différente.

Vous savez le plus fou ? Début avril, à la fin du Black March, j'ai couru (presque litéralement) m'acheter le coffret DVD de Game of Thrones ; ce n'est qu'en passant près des caisses de ma FNUC que j'ai décidé de fouiner dans le bac des petits DVD en promo, et que j'en ai excavé celui de Hénaut Président pour la modique somme de 3€. Pour pareille somme, je me suis dit que je pouvais bien tenter le coup et acheter l'intégrale d'une série française que je n'avais jamais vue !
Eh bien après avoir regardé ledit DVD, je suis en mesure de vous affirmer que c'est le meilleur rapport qualité/prix que j'ai jamais vu de ma vie. Si vous avez une FNUC près de chez vous, je recommande donc d'essayer de dénicher un bac similaire où, peut-être, vous pourrez faire la même affaire. Tiens, cet après-midi par exemple, une veille de scrutin, c'est pas forcément une mauvaise idée.

Et pour que moi, je recommande chaudement une série française, c'est vraiment que...

29 avril 2012

Zone de compression

Ces derniers temps j'écoute pas mal ma playlist de génériques. Il faut dire qu'avec pas moins de 500 titres rien que pour le format video (et bien plus au format audio mais comme vous le savez, je préfère joindre l'agréable à l'agréable), avec mon adoration pour les lectures aléatoires, ça peut durer très longtemps avant que je ne me lasse.
Ces génériques, s'il m'arrive très souvent de les découper moi-même, ont aussi été accumulés parce que j'ai tendance à faire mon marché dés qu'il y a une video qui traine. C'est comme ça que j'ai des génériques de séries que je n'ai même jamais vues, genre Brooklyn Bridge (que je n'ai par contre qu'au format audio, l'appel est lancé).

Personal Affairs était de celle-là. Une intro intrigante, un générique sympa, et, après visite de la page Wikipedia, plein de bonnes raisons d'y jeter un oeil. Voire même deux, étant donné la présence Archie Panjabi (juste avant The Good Wife) et Ruth Negga (avant son arrivée dans Misfits et bien avant Love/Hate).
...Ah, je vois que j'ai toute votre attention. Vous comprenez mieux que cette série ait eu la mienne.
Hélas les quelques avis que j'avais glanés sur la série n'étaient pas très brillants, mais c'est quand la dernière fois que ça m'a empêchée de regarder un pilote ? Hein ? Voilà, c'est ce que je disais.

PersonaAffairs

Alors certes, bon, d'accord : c'est pas la série du siècle. Mais soyons honnêtes, il y a plein de bonnes idées dans Personal Affairs. C'est même son plus gros problème.
En une heure dix, ce qui me semble être une durée pas banale pour un épisode britannique (mais je ne suis pas une experte en séries britanniques, vous n'êtes pas sans le savoir), on aura en effet droit non seulement à l'exposition [très] détaillée des nombreux protagonistes et de leurs dynamiques, mais aussi à des histoires amoureuses, conjugales et/ou sexuelles en pagaille, au moins un mystère, une compétition pour de l'avancement, une tentative de meurtre, une grossesse, et j'ai l'impression de déjà en oublier. Tout ça en faisant la part belle à la comédie, qui s'exprime essentiellement à travers les dialogues entre les 4 assistantes se partageant le bureau ; cependant, quelques effets rappellent, au choix et selon votre humeur, soit le grain de folie d'Ally McBeal, soit les comédies nippones les moins délicates (ces manifestations sont très présentes au début de l'épisode, rassurez-vous, ça se calme ensuite).

Pour quiconque travaille dans un bureau (et plus encore comme assistante), nul doute que le sujet de départ a du potentiel ; les rapports entre lesdites assistantes et leurs patrons, ou les patrons des copines, sont d'ailleurs assez bien vus, même s'ils sont montrés sous un angle exagéré à des fins comiques. Sans travailler dans le même milieu, j'ai reconnu certaines choses qui, bien qu'outrancières, avaient un fond de vérité.

Mais ce n'était pas assez, même pour un simple épisode d'exposition, visiblement. Et il faut dire que l'horloge tourne : seuls 6 épisodes avaient été commandés, et de toute évidence, le scénario avait des ambitions qui méritaient plutôt une dizaine, voire une douzaine d'épisodes.
Pire encore, le fameux mystère, pourtant introduit avant même l'arrivée du générique, traine énorméménent la patte, précisément parce que plein d'autres choses sont abordées et le relèguent régulièrement au second plan (ce qui tue un peu le concept de suspense si vous voulez mon avis). Il faudra attendre qu'une demi-heure soit passée pour que le "coup d'envoi" de cette intrigue soit officiellement donné après avoir semé plusieurs indices, et malgré cela, à la fin de l'épisode une autre demi-heure plus tard, on n'en aura pas appris une miette, en dépit du fait que les héroïnes passent à plusieurs reprises dans la pièce-même où s'est déroulé le passage-clé, et où il semble si évident qu'un énorme indice les attend. Mais que voulez-vous, intrigues amoureuses, professionnelles, conjugales, que sais-je, il y a plein d'autres choses à aborder.

Avec juste un peu plus de temps (et sans nécessairement sacrifier sur sa forme ni son rythme), le pilote de Personal Affairs aurait pu donner une série délicieusement et démesurément farfelue, un peu comme le fait GCB sur un sujet différent. Mais GCB a justement reçu une commande de 10 épisodes.C'est un privilège dont Personal Affairs ne jouissait pas, et qui l'a poussée à compresser toutes ses idées un peu de la même façon que je fais mes valises avant de partir en vacances : avec toutes les chances pour que la valoche, remplie jusqu'à la gueule, explose en plein vol.
Ironie du sort, finalement BBC Three n'aura diffusé que 5 épisodes de Personal Affairs en procédant à un montage express des deux derniers épisodes pour les faire tenir dans une diffusion unique de 50 minutes. Rarement une série aura donc aussi bien témoigné de l'ambiance de stress de la vie moderne que Personal Affairs, du coup.

28 avril 2012

Want to see some more ?

Comme il est difficile d'aborder une série qui a très bonne presse auprès de la communauté téléphage !
Vous connaissez ça par coeur alors je vous résume la problématique très vite : critiques dithyrambiques, hashtags et slogans en pagaille, et quand les fans commencent à se donner un surnom, n'en parlons même pas ; c'est là que l'enthousiasme général commence soit à vous agacer, soit à vous donner une idée démesurée de la qualité de la série. Voilà comment on se destine à l'échec téléphagique. Si seulement on en entendait un peu de mal, tiens ! ce serait bon signe !

Circonstances aggravantes pour Sherlock en ce qui me concerne : trois épisodes par saison, c'est juste pas possible. J'attends d'une série un minimum d'accoutumance, et trois épisodes, c'est en gros ce qu'il faut pour démarrer une addiction et vous laisser immédiatement ressentir les symptômes de manque pour toute une année. C'est un truc bien British, ça, tiens, les saisons super courtes espacées d'un an ou plus. Insupportable, je crois que je ne m'y ferai jamais.

Ce n'est donc qu'après avoir bien mesuré mon saut dans le vide que je me suis lancée ce weekend : six épisodes, c'est un peu plus raisonnable déjà, et très franchement, la pression téléphagique commençait à nécessiter une résolution dans un sens ou dans l'autre.
Soit la série m'avait été survendue et au terme de ce pilote, on n'en parlerait plus jamais, soit la série méritait son succès critique, et je m'apprêtais à signer pour 6 épisodes, avec une attente de seulement 7/8 mois d'ici la suite (si on part du principe d'une diffusion en janvier). Bon, on commence à être dans un rythme téléphagique dont je peux m'accomoder. Il n'y avait rien à perdre, donc. C'était le bon moment ; ne restait plus qu'à regarder l'épisode et en tirer les conclusions, dans un sens ou dans l'autre.

Iwanttobelieve

Bon bah je vais être honnête avec vous, Sherlock, ça déchire.

J'avoue que j'ai trouvé l'épisode un peu long, notamment certaines parties qui semblaient délayées interminablement au cours de l'enquête ; paradoxalement, le face-à-face de conclusion a duré longtemps mais ne m'a pas donné cette sensation d'étirement artificiel.
Après le saisissant portrait qui est fait du personnage, comment peut-on croire un seul instant que le spectateur puisse comprendre certaines choses avant Sherlock Holmes ?! It's so out of character. Mais c'est à vrai dire le seul défaut de cet épisode inaugural.

Et puis, ces longueurs ne sont heureusement pas trop handicapantes, d'autant qu'elles sont en général meublées par des dialogues formidables. Pour la défense de cet épisode, il n'y a pas que ces scènes un peu longuettes qui sont pourvues de pareil atout : TOUTES les scènes ont des dialogues formidables. C'est pétillant, sarcastique, et constamment intelligent... et c'est véritablement ça, la force de la série, de toute évidence.

Mais il s'agit d'une intelligence qui n'a rien à avoir avec celle dont on peut se repaître dans la plupart des autres séries, vous savez, comme l'intelligence du Président Bartlet dont on se gorge comme de jus d'orange pulpé (non ? que moi ?), mettons, une intelligence saine et agréable, qui vous réchauffe le cerveau et vous donne l'impression de vous enrichir intérieurement.
Non mon Dieu mais quelle horreur.
Ici, au contraire, les personnages sont aussi dérangés l'un que l'autre (Holmes n'a juste pas envie de le cacher ; paradoxalement c'est probablement celui qui apparaît comme le moins malsain des deux), c'est précisément pour cela qu'on les aime, et surtout c'est ce qui les autorise à dire absolument tout ce qui leur passe par la tête sans s'offenser l'un l'autre, bien que cela énerve passablement les plus communs des mortels. En somme, les merveilleux dialogues peuvent exister parce que la personnalité des protagonistes les encourage à être prononcés, mais grâce à ces dialogues si fins, précisément, se construit une excellente dynamique entre les personnages qui entretient la fascination.
Une fascination qui n'a rien de positif ni d'enrichissant, et qui ne fait pas vraiment appel aux meilleures facettes de votre personnalité. Et quel bonheur, justement.

Regarder Sherlock, c'est avoir l'impression pendant 90 minutes d'être plongé dans le grand bain acide de l'intelligence aiguë de ses personnages, et se prendre au jeu. L'illusion fonctionne ; vous avez l'impression d'être leur égal, de partager un peu leur mépris pour les esprits lents qui peuplent l'arrière-plan, de posséder la même acuité, de célébrer morbidement avec ces héros pervers la joie de découvrir la clé d'un mystère macabre.

De fait, tout est un jeu, et rien n'est sérieux, avec Holmes et Watson. On prend un pied monstrueux, au sens propre du terme, en essayant de se mettre à la place de ceux qui commettent des monstruosités. On s'attend au pire et on s'en délecte ; et quelle déception, aussi, quand les gens ne sont pas aussi diaboliques qu'on se l'imaginait, preuve en sera faite à la fin de l'épisode.
En faisant appel à ce que notre cerveau a de meilleur (l'esprit de déduction) et de pire (chaque avancée est forcément doublée de Schadenfreude), Sherlock nous offre une parenthèse pendant laquelle nous pouvons nous permettre d'être tout ce que nous nous efforçons d'éviter de paraître le reste du temps.
Tout ça avec un sens de l'image et du montage irréprochables, et un cast au sommet de son art, histoire de vraiment se régaler à tous les niveaux.

Sherlock, c'est vraiment la série qui est méchamment intelligente, et qui ne vous en veut pas si vous avez l'impression pendant une heure et demie de l'être aussi.
Six épisodes ? Mouais. Ca va à peine me faire le weekend, ça.

27 avril 2012

La reine Elizabeth

Ma dernière acquisition en date est un couple de DVD que j'ai trouvé à un prix dérisoire sur Amazon.fr. En dépit de ces éléments pourtant a priori attirants, j'ai un peu hésité avant de les acheter : le coffret ne contient ni pilote ni intégrale. Pour autant que je sache, les épisodes n'ont même pas de nom. Pour moi qui me fais une règle de ne jamais acheter le coffret de la 3e saison avant d'avoir acheté la 2e, c'était un peu perturbant, je suis psychorigide comme ça.

Mais il fallait bien faire une exception pour Life with Elizabeth, puisque cette série ne semble avoir aucun guide d'épisodes complet. Difficile donc de savoir si les 16 épisodes, répartis en deux DVD, sur lesquels j'ai fait main basse à peu de frais, se suivent, ou même appartiennent à la même saison. C'est assez criant quand on se promène dans le guide d'épisodes d'IMDb, par exemple.

Je viens donc d'acheter un DVD pour une série qui n'a, en pratique, pas de pilote. En tous cas, pas qui nous soit parvenu.
En fait, vous imaginez bien que c'est ce dernier argument a été le déclencheur de mon achat. Une série sans pilote, pensez.

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Lancée en 1953, Life with Elizabeth était, selon Betty White, tournée en direct. Sauf qu'à l'époque, le "sitcom" n'existait pas encore avec ses codes techniques ou sa structure narrative actuels ; certes I Love Lucy était à l'antenne depuis 2 ans, mais ça n'était apparemment pas devenu le modèle de toutes les comédies. Sans être un sitcom à proprement parler, Life with Elizabeth est pourtant bel et bien une comédie de 20mn, mais elle est filmée avec une seule caméra, dans un théâtre, et en direct donc.
Comme le fait remarquer White pendant le monologue de son épisode de Saturday Night Live : "à l'époque, on ne voulait pas le faire en direct ; on ne savait simplement pas comment enregistrer les choses".

L'idée d'enregistrer les épisodes devant un public venu dans un théâtre et non un studio de télévision a quelque chose de délicieusement désuet, non ? C'est samedi soir, on est dans les années 50, et à New York, on s'habille pour aller dans un théâtre assister à l'enregistrement d'un épisode de Life with Elizabeth... Vous pouvez essayer de vous imaginer ce que c'était, ou bien écouter Betty White en parler pour essayer de vous remettre dans le contexte.

Mais revenons à l'épisode lui-même. C'est certainement la structure de l'épisode qui est la plus fascinante.
Au lieu d'être formé d'une seule histoire, éventuellement décomposée en trois axes, ce qui est sensiblement la norme aujourd'hui, l'épisode est divisé en trois "incidents" totalement indépendants. Chacun est introduit et conclu par un narrateur qui est présent devant la caméra ou en voix-off, et qui force Elizabeth, le personnage de Betty White, à briser le quatrième mur à plusieurs reprises. On est loin de la formule qui deviendra celle des sitcoms, qui prétendent justement ignorer le public pourtant présent lors de l'enregistrement ; cela ne manque pas d'ironie.
C'était une époque d'expérimentations, quoi. Dit-elle avec une pointe d'admiration nostalgique dans la voix.

Dans cette comédie dont le thème est assez classique pour l'époque, puisqu'Elizabeth est une épouse qui tient plutôt de la femme-enfant : elle est gaffeuse, elle aime les plaisanteries... mais elle aime aussi son gentil mari, on note cependant qu'en dépit d'histoires simplistes et de gags parfois un peu caricaturaux (parfois seulement), le jeu des deux acteurs, Betty White et Del Moore, est d'une étonnante sobriété, bien loin des frasques de Lucille Ball et Desi Arnaz qui sont pourtant leurs contemporains.
Il y a quelque chose de très spontané dans les échanges de ce couple ; le comique des échanges s'en trouve renforcé par l'impression qu'on ne cherche pas à nous abrutir, même si on nous amuse avec un scénario moyennement original. D'ailleurs on en oublie rapidement les rires du public car Life with Elizabeth a toute la retenue requise pour une bonne comédie en single camera. Et en parlant de retenue, aucun gag n'est appuyé, ce qui est en partie dû à la quasi-absence de musique (celle-ci n'étant fournie que par une harpiste, pas vraiment de la musique de comédie grosses tatannes, donc).
Il s'avère que devant ce premier épisode, que je ne peux décemment pas qualifier de pilote, j'ai ri à plusieurs reprises, certains passages étant tout bonnement intemporels dans leur façon de présenter les personnages et leur rapport de force. Mais aussi, tout simplement parce qu'il y a de vrais bons gags.

Le fait que cette série ait presque 60 ans n'est qu'un détail, à la limite, tant elle fonctionne bien encore aujourd'hui. Vous savez quoi ? Une fois de temps en temps, je vais m'en regarder un ptit, tiens.

Et voilà. Je pensais acquérir un morceau d'histoire télévisuelle, un classique, un DVD à bas prix pour mes archives... et je me retrouve avec une série sympa. Comme quoi.

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