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ladytelephagy
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14 décembre 2012

Ástríður's diary

Que se passe-t-il quand une trentenaire, pas super jolie et pas super assurée, se retrouve brusquement célibataire et sans emploi ? Eh bien ça donne Ástríður, une héroïne islandaise à la Bridget Jones dont je voulais faire connaissance, et dont j'avais donc acheté les aventures en DVD cet automne. Dans la série qui porte son nom, Ástríður fait figure de personnage un peu cliché au premier abord, mais fort heureusement, le personnage se montre plus intéressant qu'il n'y parait.
Alors, une fois n'est pas coutume, je vous embarque aujourd'hui dans une petite comédie (un peu) romantique...

Astridur

L'histoire d'Ástríður, la série, commence alors qu'Ástríður, l'héroïne, revient du Danemark où elle vivait en couple avec celui qui était supposé être l'homme de sa vie, et où elle également achevé ses études. Malheureusement, sa relation n'a pas fonctionné, et la voilà qui revient en Islande avec à peu près rien, si ce n'est une valise, et un appartement vide qui l'attend. On pourrait se dire que c'est là le parfait portrait de la nana paumée et sans doute malheureuse comme les pierres, mais pas vraiment.
Et je crois que c'est ce qui, d'instinct, m'a plu chez Ástríður, le fait qu'elle perçoive tout cela comme des changements, un nouveau départ, mais pas comme un échec. Elle m'a plu d'emblée, cette petite nana, parce que sa vie ne finissait pas avec sa relation éteinte, voilà : elle commençait.

Lorsque l'épisode commence, Ástríður est au téléphone avec sa mère, restée au Danemark : elle l'appelle pour lui dire qu'elle est bien rentrée (sa mère ne comprend pas à quoi ça sert, ça donne bien le ton). Sa mère ne l'écoute qu'à moitié ; elle s'inquiète de savoir si son ex-gendre va bien, et pas vraiment de savoir comment Ástríður se remet de sa rupture. Bagage à la main, Ástríður lui explique qu'elle vient d'arriver, que l'appartement est peint et qu'il lui plait bien comme ça tout blanc, qu'en somme, elle va bien... et ça n'est pas du chiqué. Elle a vraiment l'air d'aller bien. Elle soutient que c'est elle qui a plaqué son copain, et en dépit de sa mère qui semble convaincue que sa fille s'est faite larguer brutalement et renvoyer au pays. Elle est évidemment un peu anxieuse à l'idée de commencer un nouveau boulot dans l'entreprise de son oncle, mais enfin, elle a l'air solide, cette petite bonne femme, et ça me l'a instantanément rendue sympathique. Ástríður, en dépit de sa mère qui se désintéresse totalement d'elle et se contente de lui asséner des banalités négatives, c'est une fille chouette.

Seulement, elle est quand même un peu maladroite, Ástríður, et elle sait qu'elle ne sera pas forcément d'emblée à l'aise dans son nouveau boulot, d'autant qu'elle commence une toute nouvelle carrière. Ca se confirme effectivement quand elle commence à bosser le lendemain et que son oncle (jovial mais aussi franc qu'un âne qui recule) lui fait quelques remarques un peu étranges, et, surtout, qu'elle rencontre Fanney, une femme superbe, mais glaciale, avec laquelle elle va devoir travailler. Fanney la met sans cesse en boîte, notamment sur son look (cela conduira Ástríður à aller faire les boutiques, poussée par son oncle trop content de la faire ressembler à l'employée idéale), ne perdant pas une occasion pour la rabaisser avec des remarques cinglantes, mais toujours effectuées avec le plus parfait des sourires. Sauf que, là encore, plutôt que de totalement se laisser marcher sur les pieds, vous savez ce que fait Ástríður ? Elle est formidable cette petite. Elle râle. Bah ouais, elle n'allait quand même pas se laisser complètement saper le moral par une bitchasse, quand bien même elle n'a pas forcément l'aplomb pour la remettre à sa place.
Sauf que, Ástríður étant quand même la reine de la bourde, lorsqu'elle se plaint de Fanney à un collègue bien plus sympathique qui a l'air d'être mieux disposé à l'accueillir à bras ouverts au sein de l'entreprise, un charmant geek du nom de Bjarni, elle ignore que celui-ci est en couple avec Fanney ! En fait, c'est même pire que ça, ils vivent ensemble...

C'est là qu'on sent qu'Ástríður a décidé de se la jouer quand même un peu comédie romantique sur les bords, à la façon dont, coulant un regard vers Bjarni, Ástríður a envie de lui dire : "comment tu peux être avec une fille comme ça alors que, toi et moi, dés le départ, on s'entend si bien ?". Mais ça reste suffisamment léger pour que votre serviteur ne trépigne pas d'impatience devant son écran, et conserve le sourire.
Plus tard dans l'épisode, lorsqu'on lui demandera si elle a fait des rencontres dans son nouveau boulot (parce que malheur, il ne faudrait pas qu'en plus elle reste vieille fille), Ástríður bégaiera qu'il y a un type bien au boulot, mais que ça ne se fera jamais (...mon oeil !).

Mais Ástríður, c'est aussi, en grande partie, une comédie de bureau rappelant vaguement les dynamiques du genre The Office, mais avec un humour typiquement scandinave. Ainsi, l'entreprise où atterrit notre héroïne compte un type en fauteuil roulant, qui va sans cesse sortir mettre Ástríður mal à l'aise avec ses remarques mi-figue mi-raisin, et sa façon de rappeler constamment qu'il est en fauteuil roulant (un peu comme Todd dans Committed, pour ceux qui se souviennent du personnage handicapé le plus pervers de toute l'histoire de la télévision). Ou encore, Ástríður va provoquer une crise cardiaque chez un employé... sauf qu'elle est tellement poissarde que lorsqu'elle vient le visiter à l'hôpital, il fait une autre crise cardiaque ! Ástríður se fait ensuite expliquer que le collègue en question fait souvent des infarctus ; rassurée, elle retourne voir le pauvre collègue... qui REfait une crise cardiaque et reste sur le carreau.
La série, sans avoir d'immenses ambitions, est donc jalonnée de petites séquences de ce genre ; on est à vrai dire plus dans la dramédie absurde que dans une véritable comédie. L'oncle d'Ástríður compte aussi parmi les énergumènes étranges de la série, également, mais jamais jusqu'au point où il deviendrait un personnage de comédie.

Résolument, ce qui me plait dans Ástríður, c'est surtout la façon dont l'héroïne aborde une nouvelle phase de sa vie. Et, comme tous les personnages qui essayent de changer de vie, elle force parfois peut-être un peu le changement, par envie absolue d'aller de l'avant et/ou à cause de la pression extérieure, en oubliant qu'on ne peut pas tout changer. Quand son oncle l'emmène changer sa garde-robe, parce qu'Ástríður ne fait pas très "professionnelle" avec ses fringues (et qu'évidemment elle s'est prise une remarque de Fanney), les vêtements choisis par son oncle sont tellement austères et sérieux, qu'Ástríður sent immédiatement que ce n'est "pas elle". Elle tente quand même d'aller au boulot déguisée le lendemain, mais elle n'est pas à l'aise et finit par quand même modifier sa tenue ; c'était agréable de la voir refuser de se forcer à accepter un changement qui ne lui correspondait pas.
Et puis, je me suis particulièrement sentie proche d'Ástríður lorsqu'elle explique à Bjarni, au bureau, qu'elle va meubler son appartement uniquement avec un design épuré, et qu'elle ne va pas se contenter d'acheter des meubles chez IKEA, qui sont confortables mais pas très esthétiques, quand même. Mais quand l'épisode finit, Ástríður est au téléphone avec sa mère, au milieu de ses nouveaux meubles... et des cartons IKEA. Eh oui, changer de vie, ça ne veut pas dire changer soi-même, et il y a certaines choses qui après tout, par confort ou habitude, n'ont pas forcément lieu d'être changées. Ca me plaisait bien qu'Ástríður vive les choses de cette manière ; ce n'est pas parce qu'on vient de rompre que tout est à jeter !

Aujourd'hui, Stöð 2, la chaîne qui diffuse la série, a annoncé qu'Ástríður reviendrait (enfin !) pour une nouvelle saison au printemps 2013, après plusieurs années de développement (la première datait quand même de l'été 2009). Cette seconde saison est à nouveau écrite par Sigurjón Kjartansson (également auteur de Réttur et Pressa, le monde est petit), et le tournage devrait commencer en janvier.
Alors mille hourras pour Ástríður (et donc Ástríður), dont je vais donc achever les aventures dans l'intervalle histoire d'être parée... et vous devriez en faire autant !

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12 décembre 2012

Tu ne cilleras point

Vous vous rappelez quand j'ai dit que j'avais parfois du mal avec les séries britanniques ? Et la fois où j'ai évoqué le fait d'être assez peu friande de séries d'espionnage ? Voilà.
Donc j'ai testé Spooks.

Spooks

Cela semblait en effet incontournable. Cependant, je crois que Spooks a relativement mal vieilli, au moins si l'on s'en réfère à son pilote.
Celui-ci a en effet toutes les apparences de la série britannique typique qui me repoussait il y a encore quelques années. Pour autant qu'il s'agisse, sur le fond, d'une fiction qui semble solide, je n'ai pas pu m'empêcher en la regardant de penser à toutes les fois où (c'était alors que j'avais encore la télévision chez moi) je me dépêchais de zapper en voyant Affaires non classées le samedi soir, notamment. Dans le cas d'Affaires non classées, pas de grief contre l'écriture, qui n'était en rien responsable ; simplement j'étais rebutée par le jeu des acteurs (assez rigide), la réalisation (assez chirurgicale), et l'esthétisme (assez glacial). Il se dégageait de l'ensemble quelque chose qui ne me parlait pas, qui ne m'invitait pas à entrer dans cet univers ; j'avais aussi le sentiment d'épisodes qui ne s'adressaient pas à moi, à ma génération (ce qui est ironique quand on sait que je regarde des vieilleries sans aucun froncement de sourcil). On était au tournant des années 2000 et pourtant quelque chose m'y agrippait le pied pour me tenir dans les années 90 ; c'était en tous cas comme ça que je le vivais (alors que, encore une fois, des séries des années 90, j'en ai regardé plein, paradoxalement !).
Le pilote de Spooks m'a ramenée à ce genre d'impressions. C'est vrai que c'est un pilote qui a 10 ans, mais c'est vrai aussi que c'est un pilote qui n'a que 10 ans (d'ailleurs, je ne voudrais pas faire de généralités, mais les séries anglaises ont quant même bien progressé en 10 ans, non ?). Ce genre de réflexe infondé est justement ce que j'essaie de combattre quand je m'attaque aux séries britanniques (et allemandes, ponctuellement). Alors, contrairement à tous ces samedis soirs où j'ai fui peu courageusement devant Affaires non classées, j'ai tenu bon devant le pilote de Spooks, même si, je l'avoue bien volontiers, il y a eu des scènes pendant lesquelles j'ai dû lutter pour rester concentrée.

Pourtant Spooks est d'autant plus impressionnante qu'elle emploie des ressorts typiques de la série d'espionnage, y ajoute des procédés issus de la série policière... pour aborder en réalité un sujet de société. Peu de séries d'espionnage (et peu de séries policières en-dehors de la franchise Law & Order) sont capables de faire ce genre de pirouettes.
Ainsi, le premier épisode de Spooks, dans lequel l'équipe du MI-5 se lance sur la piste d'une terroriste américaine pro-life qui fait sauter des médecins britanniques pratiquant des avortements (et, non, l'ironie de ces actions n'échappe pas aux agents). Comme tous les espions de télévision (ou presque), il va s'agir de mettre des gens sur écoute ou de se faire passer pour quelqu'un d'autre ; comme toutes les forces de l'ordre de télévision, il va être nécessaire de procéder à un interrogatoire... Mais tout cela ne se fait pas sans réfléchir, entre autres, au sens des actions de cette activiste à l'accent du Sud des Etats-Unis. C'est ce qui m'a plu, dans ce pilote, le fait que les agents, et notamment Tom Quinn, ne se contentent pas d'intervenir sur une affaire, mais aussi d'avoir leur propre ressenti à son sujet. La discussion qui en résulte avec la terroriste, pendant l'interrogatoire, se montre à ce titre fascinante.

Après un peu plus d'une semaine passée à observer toutes sortes d'espions et d'agents secrets, c'est là que j'ai réalisé que c'est assez rare, en fait, que ces personnages aient une opinion politique ; ce qui semble être un comble car leur activité est totalement politique ! Beaucoup d'espions tentent de discerner qui sont les gentils et les méchants comme s'il y avait un absolu : je travaille pour les gentils (= le Gouvernement), ou pour les vrais gentils (= les gens de mon organisation qui ne complottent pas contre le Gouvernement, dans les cas où la série d'espionnage mette en place des éléments conspirationnistes).
C'est le cas par exemple dans ALIAS, où une grande partie de la problématique au début était de savoir à qui faire confiance, de choisir son côté. Mais pas d'avoir une opinion, in fine, sur ce qui allait réellement arriver si un camps parvenait à ses fins. Et si le SD-6, en dépit du fait qu'il n'agisse pas dans l'intérêt du Gouvernement, servait mieux le bien général que la CIA ? La question ne semblait pas vraiment se poser à Sydney Bristow. Ces derniers jours, aucune question similaire n'a semblé se poser pour Annie Walker (de Covert Affairs) ou Sam Hunter (de Hunted) non plus, qui travaillent pour un organisme, quel qu'il soit, dont elles ne questionnent jamais les intentions, mais plutôt la nature des agissements.
Ici, Tom Quinn, dont nous pouvons voir qu'il a énormément de mépris (et sans doute un peu de colère voilée) pour sa cible l'activiste pro-life, affiche clairement que la raison pour laquelle il déploie son équipe sur cette affaire : c'est non seulement parce que, tuer des gens en piégeant leur voiture, c'est illégal, mais tuer des gens au prétexte qu'ils tuent des bébés, c'est effectivement absurde et immoral. Cet engagement du personnage dans la cause dans laquelle il a engagé ses forces et celle des agents travaillant avec lui donne une dimension dramatique qui m'a semblée précieuse à ce pilote.
Cela ouvre, en outre et évidemment, le débat sur la question pro-life/pro-choice, de façon plus originale qu'à l'ordinaire ; une tâche dont en général une série juridique s'acccomplit bien plus souvent qu'une série d'espionnage ; en cela, le point de vue sociétal du premier épisode de Spooks semble vraiment original étant donné le genre.

Malgré cette vision ambitieuse de la série d'espionnage (et un coup d'oeil au résumé de quelques autres épisodes de la série semble indiquer que c'est un esprit qui dépasse le cadre du pilote), Spooks, c'est aussi une grande humilité dans sa façon de montrer le travail d'espion. Cette humilité se traduit par le choix, d'une part, de montrer des hommes et non des superhéros (la seule raison pour laquelle la bombe n'explose pas en fin d'épisode... est un vulgaire coup de chance, sans quoi tout le monde sautait), capables de faire du bon travail, mais pas à l'abri d'une bévue. L'exemple absolument génial trouvé par le pilote est quand une maison doit être mise sous écoute, évidemment en laissant l'endroit intact pour que leur cible ne se doute de rien ; sauf que lorsque l'équipe a pénétré le bâtiment, ils craignent d'avoir laissé s'échapper le chat ! Le temps perdu à essayer de mettre la main sur un bête matou, dont l'absence suffirait à compromettre l'opération, et le sentiment d'absurdité de la bévue, renforcent l'impression que parfois, remplir une mission pour le MI-5 tient à peu de choses. A cela encore faut-il ajouter les insécurités des personnages, comme dans l'échange entre Danny et l'une des collègues, laquelle explique qu'elle ne se sent pas à l'aise parce qu'il y a une procédure qu'elle n'a quasiment jamais employée. Cette humilité est précieuse, surtout si on la compare à l'incroyable aplomb d'espions qui, même débutants, semblent toujours savoir comment se comporter, et connaître leur manuel par coeur. Imagine-t-on Jack Bauer (parfait exemple du personnage d'espion pas inquiété par les questions d'humilité) admettre qu'il n'a fait une manoeuvre qu'une fois lors de sa formation ? Pas vraiment. Pourtant cela donne en un instant une épaisseur appréciable aux personnages, et les rend incroyablement plus humains.

Spooks, c'est aussi, un peu, une série dramatique, et c'est Tom Quinn (encore lui) qui incarne cet angle dans cet épisode inaugural. L'homme entretient en effet une relation naissante avec une mère célibataire, à laquelle il doit mentir sur son identité ; il se fait passer pour Matthew Archer, un simple fonctionnaire travaillant dans un service informatique. Il est clair cependant que ce mensonge ne pourra durer qu'un temps, et Quinn en semble éminemment conscient. Lorsqu'il s'absente sous un prétexte fallacieux pour passer un coup de fil ("des serveurs ont sauté ?", lui demande sa dulcinée ; "presque tous", glisse-t-il avant d'aller appeler sa collègue Zoe à propos d'une terroriste internationale), ce mensonge ne reste pas innocent ; il est surpris en pleine conversation par la fille de sa petite-amie, laquelle répètera ensuite le prénom de "Zoe" en se brossant les dents le soir-même.
Quinn s'inquiète-t-il que le nom de "Zoe", répété par la petite, éveille des soupçons chez la femme qu'il aime ? Pas vraiment : un si petit détail ne peut pas suffire à dévoiler son secret, à quoi bon chercher à empêcher la gamine de le prononcer ou s'essayer à une explication précipitée ? Mais il semble aussi tout-à-fait clairvoyant quant au fait que le mensonge ne fonctionnera pas éternellement. En fin d'épisode, il explique tout simplement qu'il a un secret, et qu'il ne peut pas en parler, et que c'est comme ça, mais que ça ne l'empêche pas de ressentir de l'attachement.
J'ai trouvé ça très touchant, bien plus que s'il avait tenté de rattraper le coup. Ce n'est pas que son coup de fil mensonger soit une menace pour son secret, c'est que son secret soit une menace pour son couple qui est immédiatement posé comme question. Cela évite bien des artifices sur l'éternel thème de la double-vie des espions.

Pourquoi j'ai, au regard de ces excellents ingrédients, eu tout de même du mal avec le pilote de Spooks ? Eh bien parce que, comme je l'ai dit, il ne s'agit pas d'une série qui nous invite à entrer aisément dans son univers ; une fois de plus, j'étais rebutée par le jeu des acteurs (assez rigide), la réalisation (assez chirurgicale), et l'esthétisme (assez glacial), quand bien même le fond de cet épisode était, répétons-le encore une fois, parfaitement intéressant. Pour une série capable d'apporter quelque chose de si humain dans sa trame, que des facteurs de forme empêchent l'empathie, l'identification ou la plupart des formes d'émotion, est vraiment dommageable de mon point de vue. Je le ressens comme une mise à distance qui ne m'aide pas à m'intéresser au reste de l'épisode, ces phases plus typique des séries d'espionnage. Ce qui fait la force de Spooks, je le sens bien, c'est qu'elle offre un peu plus que l'espionnage, mais elle ne sait pas le mettre en valeur dans son pilote.

Alors je sais, je sais, ce n'est qu'un pilote, mais tout de même, c'est supposé donner envie, pas suggérer qu'il faudra lutter et s'accrocher pour attraper "le reste", la moëlle, ce qui fait l'intérêt de la série. C'est, très sincèrement, un effort que je ne m'imagine pas faire sur toute une saison, moins encore sur dix.
Cependant, je ne vous cache pas être assez satisfaite de moi : je n'ai pas flanché, j'ai résisté à mon envie d'arrêter le pilote et d'aller plutôt folâtrer dans les couloirs du Sacred Heart Hospital (et ce quand bien même je vienne de commencer la saison 8 de Scrubs), et j'ai réussi à trouver de bons côtés à ce pilote. La téléphage que j'étais il y a quelques années n'en aurait pas eu la patience ; ce n'est pas grand'chose, mais j'ai tenu bon !
Pour ma peine, j'ai gagné le droit d'aller retrouver JD et Turk, tiens !

10 décembre 2012

Agent zéro zéro

Ah, une petite vieillerie, ça faisait longtemps !
Puisqu'en ce moment je suis à fond dans les séries d'espionnage, j'en ai profité pour tenter le pilote de Get Smart, qui se situe plutôt du côté des comédies. Etant donné que les dramas sérieux sont généralement la norme sitôt qu'on parle d'espions et d'agents secrets (seule la notable exception de la pétillante The War Next Door me vient à l'esprit, et je n'avais pas encore testé Karei Naru Spy), un peu de changement m'a fait le plus grand bien après Covert Affairs ou Hunted.

La première chose qui m'a surprise... c'est le format. Allez savoir pourquoi, je m'étais convaincue que les épisodes de Get Smart duraient plutôt dans les 45 minutes. De toute évidence, j'avais oublié que les années 60 étaient beaucoup moins flexibles sur les questions de format, par rapport à aujourd'hui, où les dramédies sont venues brouiller les lignes. A cette époque, une comédie faisait presque toujours 25 minutes, à prendre ou à laisser. C'est dommage, j'en étais presque déçue en fait ; j'aurais apprécié volontiers un épisode plus long.

Mais revenons aux fondamentaux. Get Smart narre les aventures de Maxwell Smart, un espion répodant au nom de code 86. Il est considéré, pour des raisons qui échappent au commun des mortels, et au spectateurs aussitôt 2 minutes d'épisode révolues, comme l'une des valeurs sûres de son agence appelée CONTROL, ce qui aurait tendance à jeter un lourd discrédit sur celle-ci, si vous voulez mon avis.
L'ennemi juré de Smart, c'est la terrible organisation KAOS, une sorte de ligue de superméchants si j'ai bien compris. Mais en réalité, cela importe peu : les aspects mythologiques sont assez inutiles dans le contexte d'une comédie.

GetSmart

Dans le pilote, voici donc Smart envoyé sur une nouvelle mission : un savant a été kidnappé, et la formidable machine destructrice qu'il avait inventée a été dérobée. A charge pour Smart de rétablir l'ordre dans le chaos (ah ah) qui pourrait résulter de ce mauvais coup de KAOS, et de sauver le scientifique par tous les moyens. Pendant tout l'épisode, en réalité, le mystère sera absent. Qui a permis à KAOS de pénétrer le laboratoire du savant ? On le saura en quelques secondes alors que le complice de KAOS lancera des oeillades appuyées et machiavéliques à la camera sitôt Smart le dos tourné. Mais dans le contexte de Get Smart, on s'en fiche ! Cela ne fait que souligner l'incompétence pathologique de Smart.

Soyons honnêtes, Maxwell Smart n'est pas simplement un gros nul (c'est comme ça qu'il parvient à être attachant). Comme beaucoup de héros de son temps, il est aussi profondément naïf et fondamentalement malchanceux. Par exemple, quelles étaient les chances que la phrase secrète qu'on lui a donnée afin de reconnaître l'agent 99 dans un lieu public, soit précisément celle qui fait les gros titres des journaux ce jour-là ? Bon, alors disons que la poisse n'arrange rien. Car peu de personnages de séries méritent moins leur patronyme que Smart, vous allez le voir.
Heureusement, il peut compter pendant cette mission sur deux autres agents, un qu'il connaît et avec lequel il a justement demandé à retravailler, l'agent K-13, qui accessoirement est un chien, et la fameuse agent 99. Dont Smart va réaliser à peu près à mi-épisode qu'elle est une femme. Je vous le disais, ce n'est pas une flèche. C'est l'agent 99 qui a l'esprit suffisamment vif pour conduire la mission (et l'agent K-13 pour lui sauver la vie), et qui va orienter Smart dans la bonne direction.
Du côté de la dynamique entre les personnages, ma déception vient en réalité de 99, de la part de laquelle j'attendais un peu plus. Elle est visiblement supposée être plus maligne et plus débrouillarde que Max Smart, mais, peut-être parce que ce ne sont que les années 60 (quoique, c'est l'époque de Chapeau Melon et Bottes de Cuir), ou peut-être parce qu'il ne s'agit que du pilote, elle n'en est pas au point où elle est assez mise en avant. Je m'attendais à ce qu'à plusieurs reprises, ce soit elle qui se porte au secours de son coéquipier, mais elle est quand même là dans le rôle du faire-valoir.

Le plus ennuyeux vient probablement des rires enregistrés ; plus que l'image en noir et blanc, ou que le type d'humour de la série, c'est ce qui rend la série moins appréciable pour le spectateur moderne (en l'occurrence une spectatrice qui pourtant, n'a pas de problème pour regarder une série un peu ancienne). Get Smart vieillit assez mal de ce point de vue, et c'est dommage car sur le reste, l'épisode reste plaisant, et j'ai même rie deux ou trois fois à voix haute, ce qui n'arrive pas si souvent. Même les gags un rien prévisibles pourraient fonctionner un peu mieux sans ces rires qui donnent l'impression de regarder le gentillet Ma Sorcière Bien-Aimée.
Le fait que Get Smart donne, au stade de son pilote, tous les signes de la série absolument pas feuilletonnante (l'époque veut aussi ça, je vous l'accorde), n'est pas très rassurant sur les capacités de la série à s'améliorer sur certains aspects. Quel besoin d'améliorer le personnage de 99, par exemple, si d'épisode en épisode on peut reprendre la même formule encore et encore ?

Pour culture téléphagique, il me semblait important, dans ma période "séries d'espionnage", de regarder Get Smart. Mais ce n'est pas une série que son pilote m'encourage à regarder ensuite. Il y a des séries parmi ses contemporaines qui méritent bien plus qu'on leur consacre du temps. Cependant, j'ai passé un bon moment, et si vous avez une petite demi-heure à tuer, je recommande de tout de même tenter le coup.

Et au fait, quelqu'un a vu le film avec Carell et Hathaway ? Ca vaut quoi ? Je crains le pire...

6 décembre 2012

I spy, I spy

Tiens, bah puisque j'en suis à tenter des séries d'espionnage, après Covert Affairs, j'ai voulu regarder le pilote de Spy, une comédie britannique dont j'avais vaguement entendu parler. Et par "vaguement" je veux dire que j'ai découvert son existence en lisant une news à propos de sa saison 2 (j'ai encore deux-trois progrès à faire côté séries britanniques, on le sait tous). A la bourre, donc mais plus j'y réfléchis plus ça a l'air d'être un problème récurrent dans mon rapport aux séries d'espionnage je vais vous parler du pilote...

Spy-LOGO

Il faut dire que ce premier épisode est très long au démarrage. La séquence d'ouverture est supposée être drôle mais ne l'est pas du tout. On parle d'un personnage dont la situation est très proche de celle de Woodley, mais au lieu de nous le rendre attachant, on nous le présente comme un pauvre type qui peut se faire lyncher par son ex, le nouvel amant de son ex, et même (voire surtout) par son jeune fils, ce qui tourne plutôt au lynchage qu'autre chose. Et vous le savez, je réagis assez mal à l'humiliation d'un personnage érigée comme alpha et omega d'une série (ça me le fait au moins depuis The Comeback, alors c'est pas d'hier !), du coup, les débuts de cet épisode de Spy ne m'ont pas arraché le plus petit rictus.

Ca a donc pris du temps avant que je ne me détende, mais on y est finalement arrivés. Pour cela, il a fallu que l'épisode insiste énormément sur l'inversion de rôles entre le père et le fils. C'est cet effet délicieux qui, à force de répétition du procédé, permet de vraiment accrocher à l'humour de la série, et de lui donner un ton bien particulier, loin du simple personnage piteux et ridicule. En décidant d'avoir un petit garçon haut comme trois pommes qui donne des leçons de maturité à son père avec un grand naturel, Spy met le doigt sur quelque chose de précieux qui, au bout de quelques scènes à ce régime, est devenu un absolu bijou en milieu d'épisodes, lorsque le fils fait passer au héros un faux entretien d'embauche pour se tester. Le fait que ça ne semble choquer absolument personne dans la série que ce gamin soit si mature et si adulte dans son comportement (et ça avait besoin d'être établi au cours des scènes précédentes, justement) fait que cette séquence m'a littéralement fait m'esclaffer à voix haute, ce qui ne m'arrive pas souvent devant une comédie.

Ok, à partir de là, Spy trouve ses marques, son rythme, et son ton, c'est visible, même si ce n'est pas parfait.
Tout l'enchaînement qui conduit à l'entretien pendant lequel Tim, le héros, apprend qu'il a été sélectionné pour devenir agent secret au service de Sa Majesté (il postulait pour un job au service informatique...) est réussi et plutôt efficace, en dépit de quelques lourdeurs. Le seul vrai problème tient dans le fait qu'on a vu arriver très tôt ce retournement de situation ; j'aurais préféré que les responsables qui lui font passer les tests ne soient pas eux aussi mis dans une situation embarrassante. C'aurait quand même été vachement plus drôle s'ils prétendaient effectivement passer des annonces à l'ANPE pour recruter leurs agents secrets ! Au lieu de ça, Tim devient un agent secret malgré lui ET malgré ses patrons, bien obligés de l'engager vu qu'il a l'air de répondre à leurs critères, même si de toute évidence il n'est pas du tout préparé pour la réalité de cet emploi. Ca en dit long sur le nombre de bras cassés dans cette série...
En tous cas, l'épisode se décongestionne donc avec le temps, ce qui ne peut vraiment pas lui faire de mal. Mais j'avoue que j'ai plusieurs fois été tentée de décrocher, et il s'en est fallu de peux pour que je n'en vienne pas à bout.

Spy n'est de toute façon pas très révolutionnaire dans son objet. On se souviendra que déjà à l'apoque de Get Smart, un agent secret improbable passait son temps à faire des bourdes mais qui ne garde son job que grâce à une chance insolente (faudrait un jour que je me le fasse, ce pilote de vieillerie, d'ailleurs, à force d'en entendre parler...), et c'était dans les années 60 ; depuis, des agents-malgré-eux, il y en a eu trois douzaines, à l'instar de Chuck (dont la parenté est d'autant plus évidente qu'il y a le boulot dans un magasin d'électroménager). La seule chose qui fait une différence, c'est que pendant que Tim sauvera le monde, son entourage proche, ou au moins son ex-femme et son fils, continueront de le prendre pour le dernier des minables, puisqu'il a interdiction formelle de parler de son boulot à qui que ce soit, bien qu'évidemment, la première chose qu'il fasse est de se confier à l'un de ses amis ("do you see how bad I'm going to be at this ?", lâchera-t-il en réalisant sa gaffe). Toujours ce côté un peu humiliant qui risque de ponctuellement me rebuter...
Mais bon, la première saison n'est pas longue, donc à la rigueur, pourquoi pas.

Et sinon qu'est-ce que je fais, je tente d'autres séries d'espionnage dans la foulée ? Surtout que j'ai toujours pas touché au pilote de Hunted... Faut voir. Tiens, j'ai souvenir d'une série japonaise, Karei Naru Spy, aussi, dans le genre, je vais aller la cagouler tant que je suis motivée...

4 décembre 2012

Gros blanc

Dans la vie on a les petites fiertés inutiles qu'on peut : ça fait du bien à l'ego et ça ne coûte pas grand'chose.
Parmi les miennes, il y a par exemple la petite fierté de savoir que je suis capable de dire, pour n'importe quelle série qu'on me cite, ce que j'en pense, et de participer à la discussion. Parfois, ce que j'en pense inclut les termes "je n'ai jamais vu mais..." (comme dans : "The Vampire Diaries, je n'ai jamais vu mais ça a l'air de ressembler beaucoup à Twilight", à partir de là, l'interlocuteur contredit ou pas, hein), mais je suis toujours capable d'en dire deux mots.
Dans le cas de Covert Affairs, comme un interlocuteur me l'a fait réaliser aujourd'hui, je suis uniquement capable de dire : "ah oui, c'est la série...". Grosse pause embarrassée. "Oui, la série, bien-sûr... euh... avec une affiche blanche". Ok donc la porte c'est par là, c'est ça ?

C'est comme ça que j'ai réalisé que je n'avais jamais vu Covert Affairs de toute ma vie. Jamais. Pas une fois. Même pas les premières minutes et après je ferme la fenêtre en me disant que ça m'ennuie trop et que j'y reviendrai plus tard (et qu'évidemment, je n'y reviens jamais plus tard ; ça me l'a fait récemment avec Elementary). Et c'est même pas que je ne le voulais pas, ou que ma religion me l'interdit (ce qui est le cas de The Vampire Diaries, par exemple), non, ça ne m'avait simplement jamais traversé l'esprit. A un point tel que j'ai réussi à oublier son existence ! Ah oui parce qu'une autre de mes petites fiertés inutiles, c'est de savoir précisément quels pilotes j'ai déjà vus, et d'avoir une petite liste mentale des pilotes dont je sais très bien que je ne les ai pas regardés, mais qui ne perdent rien pour attendre quand j'aurai un moment et/ou l'envie. A titre d'exemple, le pilote de The Newsroom est sur cette liste ; je ne l'ai pas vu, je sais pertinemment pourquoi, mais un jour j'y viendrai. Sauf que là, je ne me souvenais même pas que je n'avais pas vu Covert Affairs.
Le problème des petites fiertés inutiles, c'est qu'elles froissent l'ego pour pas grand'chose.
Donc le premier truc que j'ai fait ce soir en rentrant, c'est m'assurer que je récupérais le pilote de Covert Affairs (la meilleure preuve qu'effectivement je l'avais zappé, c'est que je ne l'avais jamais cagoulé, ce qui est un signe chez moi !), puis je l'ai lancé et, quand au bout d'une minute environ, il a été absolument clair que je n'avais jamais, jamais, jamais... jamais vu ce pilote, je vous avoue que je me suis sentie verdir de honte. Une série américaine qui va bientôt entamer sa 4e saison, quand même, hein. Voilà voilà. Et pendant ce temps, je me cherche des séries à tester en mandarin, nan mais sans déconner...

Donc ce soir on va parler d'une série qu'à vue de nez une bonne moitié de l'univers a regardée avant moi, et je le vis très bien.

CovertAffairs
N'empêche. Elle est blanche.

Covert Affairs, c'est l'histoire de... oui enfin vous le savez, c'est moi qui ai un train de retard, donc on passe sur le résumé de cette série d'espionnage.
Ma plus grosse peur pendant les premières minutes du pilote, c'était de me retrouver avec un ersatz d'ALIAS.

Techniquement je n'ai rien contre ALIAS. J'ai regardé la première saison en intégralité sur M6, à l'époque, c'était un signe qui ne trompait pas (c'était de ma part un effort parce que, il y a 10 ans de ça, j'étais très rarement capable de suivre une série régulièrement en soirée à la télévision ; c'est d'ailleurs comme ça que j'ai décroché de beaucoup de séries, genre 24. Ensuite j'ai découvert internet et j'ai appris que plus rien ne m'y forçait, et ça a tout changé). Le problème d'ALIAS c'est qu'avec le temps, j'ai fini par trouver que les missions de Sydney Bristow avaient un côté répétitif, mais que je ne me passionnais pas du tout pour ses problèmes avec Michael ou avec son père. Et puis sa mère qui est morte, puis qui est pas morte, puis qui est remorte... bon. Donc j'en ai logiquement été conduite à me demander pourquoi je regardais, la réponse s'appelait Ron Rifkin, ça ne suffisait pas, et j'ai progressivement lâché, pour finir par totalement abandonner l'affaire quelque part après le bond de deux ans en avant.
Ensuite, je l'avais un peu prise en grippe, je le reconnais.
En somme, les romances insupportables sur fond d'espionnage, ça m'ennuyait, mais l'espionnage pour l'espionnage ne me tenait pas vraiment sur le rebord de mon fauteuil non plus (enfin, à l'époque j'habitais un appart si petit qu'il n'y avait pas la place pour un fauteuil, mais vous saisissez l'idée), notamment parce que ça impliquait toujours, à un moment de chaque épisode, des scènes d'action sans aucun enjeu (comme si on croyait vraiment que Sydney va se faire prendre et être tuée...!), et qu'au final ça n'avait plus aucun effet sur moi au bout de quelques épisodes.
Parfois je me dis que je retenterai le coup un jour, et découvrir qu'il y a sans doute des épisodes de qualité que j'ai loupés ; mais, dans le fond, je suis assez consciente d'avoir brûlé toutes mes cartouches de patience avec ALIAS. C'est le genre de séries que je ne voudrais pas vraiment regarder, juste être capable de lire des résumés, avoir l'impression de combler les trous, et décider que je ne suis ni totalement passée à côté ni que j'ai perdu mon temps à regarder l'horloge au-dessus de la télé pendant que je me forçais à me faire une intégrale. Ne serait-ce pas formidable si, pour certaines séries qui ne nous affolent pas mais dont on pense qu'il y a deux-trois épisodes qui doivent sûrement valoir le coup, on pouvait télécharger les épisodes dans notre tête, et pouvoir dire "ouais, je sais de quoi chaque épisode parle, mais j'ai pas non plus gaspillé 4000 heures de ma vie à regarder ce truc" ? Moi parfois ça me fait rêver. Ca laisserait du temps pour une intégrale d'une série qui compte vraiment. Battlestar Galactica, par exemple ; tiens c'est vrai, je me ferais bien une intégrale de Battlestar Galactica... Pardon, j'ai dévié.

Donc l'idée qui m'a motivée dans mon visionnage, c'était qu'on éviterait peut-être le truc à la ALIAS, où le personnel se mêle immanquablement au professionnel. Mais où le professionnel est capable de me surprendre. Et surtout, oh surtout, où tout le monde ne finit pas par travailler dans l'espionnage, comme par hasard, selon le bon adage "l'agent appelle l'agent".
Une bonne partie du pilote de Covert Affairs semblait relativement bien s'en sortir de ce côté-là, mais j'ai rageusement hurlé à la fin de l'épisode. J'aurais dû le sentir dés le début du pilote, mais je refusais d'y croire.

Alors, en-dehors de ça ? Bah Covert Affairs n'est pas mauvaise, pas fondamentalement. C'est sympathique d'assister aux premiers pas d'Annie Walker, de la voir faire des bourdes (même si j'aurais préféré qu'elle ne se tire pas tout de suite elle-même de son bourbier au point d'obtenir une récompense dés le premier épisode), de vivre les expériences un peu désorientantes à ses côtés. Sur ce plan-là, Covert Affairs installe très bien son personnage central, le rend tout de suite sympathique, il n'y a pas à dire. Fait rare pour un pilote presqu'uniquement focalisé sur un seul personnage, Annie est attachante, et pas du tout irritante, son omniprésence permettant au spectateur de vraiment s'identifier facilement à ses réactions, qu'il s'agisse de peur et de panique pendant une fusillade, de sang-froid et d'énervement pendant une course-poursuite, ou tout simplement de solitude lorsqu'elle s'aperçoit qu'elle ne peut pas parler de sa vie professionnelle à sa propre soeur (qui en plus cherche désespérément à la maquer avec des mecs qui ont une tête à tourner dans un porno hongrois des années 80).

Mais sur le reste, je dois dire que je suis moins positive. Le tandem formé avec Christopher "Jinx" Gorham fonctionne relativement, mais n'offre pas vraiment de surprises. La boss froide incarnée par la merveilleuse Kari Matchett (à laquelle j'ai juré une fidélité éternelle depuis qu'elle m'a ravie dans Invasion Planète Terre et qui ne m'a jamais déçue depuis lors, même pas dans Invasion) est peut-être un personnage sympa, mais il ne fait aucune promesse au spectateur. Quant à la frangine transparente qui n'est là que parce qu'on ne peut rien lui dire et qui va peut-être découvrir la vérité à n'importe quel moment, franchement, c'est du déjà vu.

Je sais, je sais bien : les séries d'USA Network n'ont pas la réputation d'être des perles en matière d'innovation télévisuelle (quoique franchement, Suits est vraiment excellente, et largement au-dessus du panier par rapport au reste de la grille de la chaîne), mais j'espérais quand même qu'une recette avait été trouvée pour résoudre cette difficile équation de la prévisibilité des séries d'espionnage.
Peut-être que l'une des solutions serait tout simplement de ne pas prendre une héroïne pour personnage central, ce qui semble être une autorisation implicite donnée aux scénaristes pour forcément la fourrer dans des tenues sexys et de lier son histoire amoureuse à ses enquêtes (et le "it's been ages since you've had a real relationship... it's weird !" a fait hurler la féministe en moi, je ne vous le cache pas ; on ne dirait jamais ça à un personnage masculin !).
Peut-être qu'une des solutions serait de ne pas chercher à nous vendre les espions comme des superhéros modernes, les temps ont changé. J'aimais bien ce que PanAm disait de l'espionnage, par exemple, en filigrane : que c'étaient les petites choses qui pouvaient en changer de grandes, et que parfois, faire voyager un objet en apparence quelconque, pouvait être tout aussi décisif (et compliqué) qu'une action où il faut se faire passer pour une call girl dans un hôtel de luxe. Là, les personnages ont beau répéter à Annie que, ça alors c'est fou ce qui t'arrive quand même, statistiquement il y a des agents qui passent toute leur carrière sans voir de coup de feu, on ne se fait pas d'illusion et on sent bien qu'Annie fera partie de ces agents dont la vie implique des tas de choses totalement irréalistes. Et qu'elle rentrera quand même chez elle le soir pour raconter des bobards à sa frangine.

Naturellement, la toute fin du pilote nous donne une explication pour cela : Annie a été engagée pour une raison bien précise, et son sort ne sera définitivement pas celui du commun des agents de la CIA. Pas seulement parce qu'elle est super douée en langues étrangères et qu'elle a l'esprit d'initiative, mais parce qu'elle est (comme c'est la tradition dans les séries d'espionnage), un pion sur un échiquier qui la dépasse.
Sans doute que Covert Affairs se laisse suivre à ce titre, parce que derrière chaque série d'espionnage se cache désormais une thèse conspirationniste de plus ou moins grande envergure. Et peut-être que je vais profiter que maintenant je lui ai donné sa chance pour voir ce qui arrive à Annie Walker, qui sait ? Mais ce ne sera jamais un coup de coeur, hélas.
Par contre j'ai pas arrêté de me demander si Piper Perabo et Emilia Clarke ont été séparées à la naissance, vous aussi, ça vous le fait ?

Au moins, maintenant, si on me demande, je suis capable de dire deux mots sur Covert Affairs. Allez-y, allez-y : demandez-moi !

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27 novembre 2012

Poigne de fer

C'est fou ce que la nostalgie peut faire faire. Ca, et la tentation d'un pilote encore jamais vu, à laquelle nous savons tous que je ne sais pas résister.
Plus tôt ce mois-ci, j'ai repensé, pour la première fois depuis des années (et ptet même une décennie) à Witchblade. J'avais même été surprise de n'avoir jamais eu ne serait-ce que l'idée d'aller jeter un oeil au pilote ; "c'est bizarre que je l'aie totalement zappé, quand même", m'étais-je dit en essayant de recoller les quelques souvenirs flous que j'avais de la lecture de l'unique comics jamais eu en ma possession. Donc évidemment, ça devait arriver, j'ai fini par le cagouler.

Une décennie plus tard, voici donc ma review du pilote de Witchblade, ou plutôt le téléfilm qui sert de pilote, diffusé par TNT pendant l'été 2000. Parce que je le devais quand même un peu à l'adolescente que j'étais et qui avait réussi à acheter UN numéro de Witchblade, et même pas le premier.
Le problème, dans ce genre d'opération, c'est qu'on pense n'avoir que des souvenirs vagues, sauf que plus l'épisode avance, plus il y a des choses qui reviennent à la surface ; or ces choses sont tantôt un élément permettant de mieux comprendre l'intrigue, tantôt des choses qui se passent bien plus tard et qui ne font qu'ajouter à la confusion.

Alors histoire qu'on parte tous du même pied, voilà de quoi parle ce pilote de Witchblade : Sara Pezzini est une femme-flic au caractère bien trempé, mais qui reste particulièrement touchée par la mort brutale de son père il y a plusieurs années ; il était flic, comme elle, et son partenaire est aujourd'hui le chef du precinct où bosse Sara, parce que dans les fictions le monde est toujours petit. Quand l'épisode commence, elle est sur une autre enquête qui la touche de près, et qui en apparence n'a rien à voir : son amie d'enfance, Maria, qui avait un peu mal tourné (drogue, prostitution...) vient d'être retrouvée morte dans une chambre d'hôtel, froidement abattue. Sara est convaincue que la pire crapule de New York, un homme du nom de Tommy Gallo, en est le responsable.
Bon, déjà je sais pas si c'est parce que j'ai de la fièvre et une bronchite de l'Enfer, mais j'ai pas du tout compris comment le nom de Gallo est venu sur le tapis. Pourquoi lui ? Aucune idée. Mais Sara est totalement obsédée par cette idée alors, euh, ok, on te suit ma grande.
Avec son partenaire Danny (le seul qui puisse supporter de bosser avec elle), elle décide donc de prendre Gallo entre quatre z'yeux, et se retrouve, en voulant courser son garde du corps, dans un musée. Et dans ce musée, elle va tomber sur un étrange gant, qui va s'avérer être le fameux witchblade, une arme qui l'a choisie et qui ne va plus la quitter, et qui va, à vrai dire, la sauver, lorsque le garde du corps pète une conduite de gaz et fait exploser l'endroit.

C'est là qu'enfin les choses démarrent vraiment. Car Sara est très vite troublée par d'étranges rêves, des visions perturbantes, et tout un tas d'autres manifestations qui ne font rien pour la rendre plus cohérente que d'habitude. Elle est également suivie par un homme mystérieux (dont on apprendra en cours de pilote qu'il s'appelle Nottingham, et qu'il bosse pour un encore plus énigmatique milliardaire du nom de Kenneth Irons, très intéressé par le gantelet), qui ne s'exprime que par énigmes sibyllines, semblant en savoir long sur le witchblade, mais bien décidé à ne lâcher que le strict nécessaire, et encore.
Bien que pas tout-à-fait dans son état normal, et on la comprend, Sara décide d'embarquer Danny dans une filture aux abords du Rialto, un ancien théâtre désaffecté où elle est convaincue de trouver un moyen de lier Gallo au meurtre de Maria. Bonne pioche : Gallo lui-même se montre, et alors qu'ils s'infiltrent dans le bâtiment dans l'espoir de trouver quelque chose qui incriminera le gangster, Danny et Sara sont découverts. S'en suit une fusillade pendant laquelle Danny est tué, mais Sara, grâce au witchblade, survit. C'est donc un nouveau deuil pour notre héroïne, et là, elle est sûre de péter une durite ; elle se voit même parler au fantôme de Danny après l'enterrement ! Mais quand, suivant le conseil du fantôme qu'elle croit être une hallucination, elle demande à l'ex-partenaire de son père (accessoirement son boss, si vous avez suivi) s'il n'y aurait pas des fois un secret qu'il lui cache, elle découvre... qu'elle a été adoptée. Cela aurait-il un rapport avec le witchblade (qui lui permet donc apparemment de parler aux morts aussi) ? Pas le temps de se poser de questions, car l'affrontement final avec Gallo l'attend...

Witchblade

Wow ! Tout ça.
Et pourtant, même si le scenario est assez simpliste, et en dépit de quelques longueurs, je vous le concède, j'ai trouvé ce pilote diablement efficace. Vraiment, j'étais emballée, et ce en dépit de la longueur (1h34, ce qui à une époque n'était pas ahurissant, mais on a perdu l'habitude des pilotes à durée double).
Il faut aussi se remettre dans le contexte : on est à mi-chemin entre la fin des années 90 (l'héroïne est en jeans trop grands, en cuir, et/ou en vinyle 90% du temps, la musique rock est partout, de tics de réalisation venus de l'univers du clip, etc...) et le début des années 2000 (avec ce que cela comporte d'effets à la Matrix, de montage poussé à son paroxysme, et ainsi de suite). Et on a, en matière de réalisation, quelque chose que je n'hésiterai pas à qualifier de meilleur des deux mondes. Sans compter qu'on était en pleine vague de séries surnaturelles, avec énormément de mystères et de secrets, et que ménager ses effets, on savait faire, on était en pleine vague X-Files après tout ; là encore, Witchblade s'inscrit profondément dans cette tendance.
Pour moi qui ai passé plusieurs années de mon adolescence devant The Crow, par exemple (oui, ma mère était fan, on regardait toutes les rediffs), on est un peu dans le même esprit, visuellement, pour vous donner un point de comparaison. Il y a quelques vrais moments de bravoure, même si certains effets (au stroboscope, notamment) vieillissent un peu mal, mais clairement, pour un téléfilm/backdoor pilot, il y a eu de la recherche esthétique, du travail au storyboard, et énormément de temps passé à trouver LE plan qui va faire un effet de folie.
Résultat, ce pilote est incroyablement bien fichu, et on oublie la majorité de ses petites bévues lorsqu'on voit ce que ça donne.

Ce n'est pas tant que la forme permette de faire oublier les aléas du fond, d'ailleurs. C'est simplement que, d'une part, il y a énormément de choses à raconter en une heure et demie, et que ça implique quelques raccourcis (l'enquête policière est un peu reléguée au second plan, mais depuis quand c'est le genre de choses dont je me plains ?), et surtout que, d'autre part, il y a une vaste mythologie à mettre en place, mais que les mecs, ils font un backdoor pilot, et ils ne veulent rien lâcher. Ce sont les règles du jeu.
Alors au lieu de ça, on va passer énormément de temps avec notre personnage central. Sara Pezzini étant une plaie béante, on a largement de quoi s'occuper. Loin de la caricature du personnage dur qui ne s'en laisse pas compter, on sent que c'est surtout une nana qui a méchamment morflé, et qui d'ailleurs n'a pas fini. La mort de sa meilleure amie, puis de Danny, les souvenirs agités par son boss, sans compter cette histoire de gantelet aux pouvoirs surnaturels, ça n'est pas très bon pour sa santé mentale. On va donc vivre ces traumatismes les uns après les autres à ses côtés ; même si on comprend un peu plus vite qu'elle c'est qu'est le witchblade, en tous cas dans les grandes lignes, on ne peut qu'apprécier la façon dont se déroulent ses cauchemars, ou les diverses manifestations du pouvoir de cette arme unique, capable de voir dans le passé, par exemple. Et le plus beau c'est que, même si ça semble super utile pour un policier, l'arme est très peu tournée vers le bénéfice professionnel de Sara ; elle ne s'en sert que lorsqu'elle est poussée dans ses retranchements, et physiquement attaquée. C'est fort sympathique parce que sinon elle aurait vite fait de résoudre toutes les enquêtes du precinct et ce ne serait plus marrant du tout.

Au final, le witchblade est avant tout une malédiction. Car à cause de lui, et des bouleversements que ce gantelet a occasionné, toute la vie de Sara est fichue par terre. Elle ne sait pas qui elle est, elle possède un pouvoir qui la dépasse, et par-dessus le marché, de temps à autres, le witchblade lui impose SA volonté, SON instinct de tuer, quelque chose que, plus que les pouvoirs eux-mêmes, il faudra que Sara contrôle, ce qui n'est évidemment pas sa plus grande qualité. Le witchblade peut-il "dévorer" Sara ? Que se passera-t-il si c'est l'arme qui finit par manipuler la guerrière ? Et dans tout ça, Sara fera-t-elle une dépression, ou a-t-elle une chance de trouver, un jour, le repos ? Va-t-elle totalement péter les plombs ? Et si elle le fait, qui sera en mesure de l'arrêter ?
C'est là que le pilote voulait nous amener, à ressentir le désarroi d'un personnage qui pourtant en a vu d'autres, et qui désormais peut basculer, une sorte d'animal paniqué qui a désormais de sacrées griffes ! Les éléments mythologiques ont dont plutôt une belle vocation dramatique, dressant un portrait tout en souffrances plus que d'une histoire de pouvoirs magiques millénaires. Et forcément, moi, ça me parle, ce genre de choix.

Witchblade-Comics

Malgré tout, quelques bémols. Et vous allez voir que, oui, même quand on a lu un malheureux numéro il y a près de 15 ans, on peut faire la chieuse et jouer à la puriste du dimanche.

D'abord, l'un des intérêts de Witchblade, ne nous mentons pas, était... l'esthétisme. Oui, voilà : formulons-ça comme ça !
Dans la version dessinée, comme vous pouvez le voir ci-dessus, Sara Pezzini est caliente de chez caliente, elle ne porte que des tenues minuscules et/ou moulantes, et il faut bien le dire, elle est un peu exhib' sur les bords. Pour notre plus grand bonheur. Dans la version télé, Yancy Butler est, euh... rha, comment le dire de façon diplomatique ? Un peu... distante. Sèche. Froide. Aussi bandante qu'un réfrigérateur. Pardon je m'emporte. Mais pas loin. En tous cas certainement pas pupleuse, disons ça. Et surtout elle reste habillée au maximum, ce qui est quasiment contre nature, vu que dans la version dessinée, dés que le witchblade se manifeste, Sara souffre de brucebannerite aiguë et ses vêtements implosent (et pas uniquement parce qu'ils sont trois tailles trop petits, mais on va y revenir).
Mais il faut le dire, personne ne fait beaucoup d'efforts de toute façon ; bon, il y a bien David Chokachi qui tente de se mettre torse-nu à un moment, mais l'héroïne s'endort séance tenante, c'est vous dire le degré d'érotisme de la chose. Et pourtant, Chokachi est le seul à ressembler à peu près à son alter ego dessiné (il faut dire qu'il n'est à peu près embauché que pour ça vu la teneur du rôle ; si jamais vous regardez le pilote, il faudra qu'on discute de la scène au club, par exemple !). Nottingham, qui est supposé être une énorme montagne de muscles ténébreuse, est ici planqué dans un manteau quadruple épaisseur (Toronto en février, c'est pas chaud, je le reconnais) et jette des regards de temps à autres par-dessous son bonnet, inutile de dire qu'on ne la sent pas trop, la chaleur avec Sara... Quant à Irons, c'est une vaste plaisanterie, l'acteur est maigrichon et n'impressionne personne. Déception, vous dis-je.

Bon, mais plus sérieusement, il y a un vrai problème à mes yeux : l'apparence du witchblade. Alors je comprends bien, la postprod, ça coûte un bras (ah ah), mais un vulgaire truc de métal, ça fait un peu miteux. Je crois que l'une des images les plus fortes que j'avais mémorisées de Witchblade, c'était celle ci-dessus (je me suis mise en chasse pour l'occasion, pas peu fière d'avoir mis la main dessus...). Le witchblade est dans la bande-dessinée une arme quasi-végétale, comme des ronces qui émergent du corps de Sara et qui la recouvrent, faisant péter ses vêtements au passage (et la faisant saigner aussi, si je me souviens bien ; un peu comme Wolverine, pour ceux qui suivent). Bon, ok, je le redis : c'est pas facile à faire, j'en conviens. Mais pourquoi opter pour une sorte de "tout l'un ou tout l'autre", et se retrouver avec un truc métallique ? On perdu une donnée importante du witchblade au passage ; car dans la version télé, cela ressemble surtout à une armure. Et une armure, c'est bien. Alors qu'une plante mutante qui vous pousse dans le corps, c'est plus ambivalent, quand même, ça vous blesse autant que ça vous protège... bon, moi je suis déçue qu'on perde une partie de cette dimension, quand même, voilà.

Mais surtout, et là je vais être totalement et absolument sérieuse... le pilote a beau être efficace et plutôt réussi, eh bien, je ne sais pas si j'ai envie de voir les 23 épisodes qui suivent. En fait, je crois qu'en regardant le pilote de Witchblade et en essayant de m'imaginer regarder ça pendant quelques semaines (ouais, c'est pas tout ça, mais j'ai mon marathon Scrubs à finir, en plus, vous savez, de tout le reste), c'est que ça doit sembler un peu répétitif et/ou longuet. Paradoxalement.
Et alors que j'essayais, plus tôt ce mois-ci, d'imaginer ce que donnerait une série "live" des X-Men, notamment parce que le livre X-Men and Philosophy laissait entrevoir des thématiques fascinantes qui ne pourraient jamais être approfondies dans un film comme elles pourraient l'être dans une série, soudain je me suis dit que, ouais, mais non. Parce que si on y réfléchit, des superhéros sans scènes de baston, c'est rare (et d'ailleurs le pilote de Witchblade en contient une ou deux qui ne m'ont pas captivée, fidèle à mon habitude). Or ça donnerait un tour très répétitif à notre affaire. C'est aussi pour ça que je suis contente d'en avoir fini avec les années 90, d'ailleurs, parce que mon Dieu, qu'est-ce qu'on en a bouffé des scènes d'action de tous poils...

Reste que pour une raison qui m'échappe, visionner ce pilote, qui n'a pourtant pas vieilli tant que ça visuellement (vraiment sur des détails, c'est promis), m'a fait opérer un voyage dans le passé. J'ai repensé à plein de séries que je regardais alors (au rayon séries fantastiques, mais aussi à Brooklyn South du fait de la présence de Yancy Butler ; et puis, David Chokachi est, dans l'esprit de tous les téléphages ayant connu les années 90, associé à Alerte à Malibu), des comics que j'avais tenté de lire, tout ça tout ça, et c'était assez sympa de faire ce voyage.
Dans ma fuite en avant pour voir toujours plus de pilotes (soit très exotiques, soit très anciens), j'en oublie parfois qu'il y a à peine 10/12 ans, on faisait des choses pas trop mal. Je crois d'ailleurs qu'on l'oublie tous assez facilement, dans l'ensemble, ces séries qui ne sont pourtant pas si vieilles ; elles ont la malédiction de n'être pas assez datées pour être des classiques, et pas assez récentes pour être mentionnées de temps à autres. C'est chose faite pour Witchblade, au moins. C'est déjà ça.
Bon, mais maintenant, je me demande si je vais pas me remater le pilote de The Crow, dites donc...

Et tout ça à cause d'un visionnage de la trilogie X-Men...

21 novembre 2012

In vino veritas

L'expérience Intersexions avait été un véritable succès (j'espère d'ailleurs que la saison 2, une fois qu'elle sera diffusée, sortira également en DVD), et maintenant que j'avais trouvé un fournisseur pour mes coffrets sud-africains (voir le test de Kalahari.com ici) capable de me procurer des DVD en zone 2 avec plein de séries absolument introuvables autrement, je n'avais pas l'intention de m'arrêter là. Le simple fait que ces séries soient impossible à télécharger, ou même regarder en streaming même si j'ai ça en horreur, fait cependant que commander un coffret sud-africain est sans nul doute devenu une expérience relevant de la roulette russe, étant donné que tout ce que je sais d'une série avant de faire l'acquisition de ses épisodes, c'est son pitch... Or, un pitch peut être trompeur, et surtout, il n'est pas parlant sur les qualités d'une série.
Parmi mes emplettes du mois d'octobre, on comptait donc Known Gods, une série dont je savais uniquement le postulat de départ, sur lequel je vais revenir dans un instant, ainsi que sa longueur : 26 épisodes, diffusés sur la chaîne câblée à subscription M-Net voilà une demi-douzaines d'années. Or, quand on prend des risques, autant ne pas commencer par se lancer dans une série de plus d'une saison : c'est essentiellement là que désormais se placent mes critères lorsque j'achète des DVD à l'aveuglette. Si on m'avait dit ça il y a quelques années, non seulement je ne l'aurais pas cru mais j'aurais fait des démarches pour faciliter l'internement en milieu psychiatrique de mon interlocuteur... c'est fou de voir comment les pratiques peuvent changer sous l'effet de la curiosité.

KnownGods

Contrairement à ce que pourrait éventuellement laisser évoquer son titre, Known Gods n'a pas grand'chose à voir avec la religion ou le surnaturel. Il s'agit pourtant d'une série au genre difficilement définissable, voyez plutôt.

Tout commence dans une vallée un peu refermée sur elle-même, qui autrefois accueillait un seul vignoble, et qui aujourd'hui est divisé en quatre domaines : Rossow, Le Fortune des Vins (en Français dans le texte), Smoorberg et Mount Jolley. On y exploite le vin chez les quatre riches propriétaires qui se divisent la terre, mais il ne semble pas y avoir outre mesure de compétitions ou de jalousies (ce qui aurait pu laisser imaginer une parenté involontaire avec l'espagnole Gran Reserva) ; au lieu de ça, quand le pilote commence, plusieurs des figures importantes de la vallée assistent à un concert d'opéra, une tradition depuis bien des années qui se tient dans les bâtiments de Rossow. Malheureusement, lorsque le lendemain, le corps de Deetlef Koen, viticulteur de Rossow, est découvert dans une cuve à vin vide, il semble clair que tout ne va pas si bien au royaume des vignes. Et devinez quoi, il semblerait qu'il ait été tué pendant le récital.

En effet, la micro-société composée par les quatre familles fait illusion en matière de bon voisinnage, mais nous apprenons d'entrée de jeu quels sont les petits secrets de chacun. Pour nous accompagner dans cette revue des troupes, la voix-off d'Hermien Liebenberg, une vieille femme qui est propriétaire du cotage situé sur la propriété de Smoorberg. Je dis "vieille femme", mais on n'est pas ici en présence d'une petite mémère inoffensive ; au contraire, Hermien n'a pas la langue dans sa poche, présente encore plutôt bien pour son âge, et se montre d'une acuité et d'une sensibilité qui font certainement d'elle, au vu de ce pilote, le personnage le plus complexe de Known Gods. C'est aussi, de toute évidence, l'une des amatrices de ragots du coin, et c'est ce qui lui vaut d'être notre hôte en ce début d'épisode, alors qu'elle assiste au concert et qu'elle nous introduit un grand nombre des personnages, ainsi que leur dynamique, et notamment, qui trompe qui avec qui. Evidemment, ça peut paraitre soapesque, mais comme il apparait très vite qu'un meurtre se déroule à quelque pas du récital, vous vous doutez bien que ces relations secrètes (ou présumées telles par les premiers concernés, puisque nous sommes dans le secret) vont avoir de l'importance.
C'est l'inspecteur Mickey Steadman qui va être mis sur le coup. Mais on n'a pas franchement affaire à une lumière, ou si c'est le cas, il fait incroyablement bien illusion. Steadman a écopé de l'affaire mais son patron ne croit pas trop en lui (il ponctue leur venue sur les lieux du crime par un "do your best, adn try not to screw up again" qui met bien en confiance), en raison d'une affaire précédente qu'il n'a pas menée correctement. Il conduit ses entrevues avec les témoins avec énormément d'hésitation ; en plus, de son propre aveu à Hermien, non seulement il ne connaît pas le coin mais il ne boit même pas de vin, alors c'est vous dire. Par-dessus le marché, Steadman a une vie personnelle très brouillonne, puisqu'il a divorcé mais qu'il habite toujours son logement de fonction avec son ex-femme championne du monde d'agressivité passive, ainsi que leur petite fille, ce qui ne peut pas vraiment aider à booster la confiance de notre inspecteur.

A travers ces deux personnages, nous rencontrons donc une bonne dizaine de visages les plus importants parmi les 200 âmes environ qui peuplent cette petite vallée cossue vivant en autarcie. L'épisode a surtout pour fonction de présenter les différentes personnalités en présence, et pas vraiment de faire avancer l'enquête, bien que celle-ci serve de fil rouge pour rencontrer les protagonistes.
Ainsi, dans la demeure Le Fortune des Vins, vivent les Jansen ; Kas a épousé en secondes noces la belle Nina, une superbe créature plus jeune que lui et à peine plus âgée que sa propre fille. Le soir du meurtre, Nina n'était pas vraiment branchée musique puisqu'elle s'envoyait Alain du Vinage, une sorte d'outsider qui vit dans ce milieu mais n'est associé à aucun crû en particulier.
Du côté de Mount Jolly, on trouve également une jeune femme désireuse de mener sa vie affective comme elle l'entend, Octavia, une lesbienne qui va avoir recours à un stratagème pour réussir à attirer une femme qu'elle convoite dans sa chambre dans des vêtements trempés de boue (la scène se concluera par un "tu peux prendre une douche ici et m'emprunter des vêtements si tu veux" de la plus grande subtilité), au nez et à la barbe de son père, un homme vieillissant à la gâchette un peu facile.
Du côté de chez Rossow, où s'est déroulé le drame, les choses sont un peu plus compliquées, puisque Lohmeyer, le propriétaire du domaine, est en Allemagne pendant une bonne partie de l'épisode et ne peut donc pas témoigner de grand'chose ; Grace Foster, qui travaille avec lui, sympathise avec Steadman en essayant de l'aider, tandis que l'autre viticultrice du domaine, Nana Soci (qui ambitionne de devenir la première femme noire propriétaire d'un vignoble en Afrique du Sud) semble avoir les dents qui rayent les tonneaux.
Ces détails ne sont, en définitive, connus que de nous, de Hermien, et en partie de Steadman, mais qui permettent de prendre la mesure des parties en présence.

Le plus étonnant, c'est qu'à mesure que le pilote avance, on réalise que l'intention de Known Gods n'est pas du tout de s'intéresser à l'enquête. Et Dieux merci ! Car ç'aurait été assez chiant de suivre une sorte de Columbo durant 26 épisodes, avec un inspecteur Steadman se faisant balader dans les vignobles en attendant une conclusion. Pas du tout : on saura qui a tué Koen à la fin du pilote ! Bon, certes, Steadman n'a pas encore cette information, mais on est habitués à avoir une longueur d'avance sur lui de toute façon. Et, je vous l'accorde, il y a toujours la possibilité que cette déclaration soit du chiqué. Mais j'ai revu la scène, et moi j'y crois.
En tous cas, clairement, l'intention n'est pas d'avoir une simple intrigue policière, ou un simple primetime soap, mais plutôt un mélange des deux, ce qui donne finalement un résultat hybride tout-à-fait regardable même pour qui n'aime ni l'un ni l'autre de ces genres. Ce n'était pourtant pas gagné d'avance !

Au niveau du ton, l'épisode parvient en plus à ménager des séquences un peu over the top (la manip d'Octavia, par exemple), d'autres simplement légères et pétillantes (quand Hermien retrouve ses deux vieilles amies Pearl et Anesca pour cancanner), intéressantes d'un point de vue social (le speech de Nana à l'inspecteur soulève des points intéressants sur la dynamique des vignobles et par extension des milieux aisés d'Afrique du Sud) ou sincèrement émouvantes (comme quand Nina nous explique qu'elle s'envoie Alain pour le fun, mais qu'elle elle est amoureuse de feu Deetlef Koen, et raconte combien elle est déchirée par cette relation qu'elle ne peut pleurer sans éveiller les soupçons de son mari Kas). Il y a vraiment à manger pour tout le monde !

Mais c'est surtout sur un plan esthétique que Known Gods réussit à poser sa patte. Avant même que des séries comme The Wild (née en 2011 et annulée cet été au terme de deux saisons par M-Net) ou Isindingo (forcée de s'y mettre cette année, suite à l'incendie qui a ravagé ses décors au printemps), la série est entièrement tournée on location dans un véritable vignoble, Lourensford Estate, et les prises de vue des côteaux comme des bâtiments donnent, sans aucun doute, un cachet incroyable à la série, et cela, sans en rajouter dans les filtres. La nature domptée des vignes de Known Gods se suffit à elle-même pour souligner à la fois la façon dont cette vallée est coupée du monde, et pourtant extrêmement huppée. La plupart des prises de vue s'accompagnent qui plus est de panneaux fort utiles nous rappelant sur quelle propriété on met les pieds, aidant ainsi à cartographier l'endroit, ou au moins un peu, ce qui donne l'impression que ces images de cartes postales ne sont pas là juste pour faire joli, mais que tout a un but et une élégance à la fois.
Je dois d'ailleurs préciser que, n'ayant jamais mis les pieds en Afrique du Sud, et après avoir vu les paysages d'Intersexions, ce n'était pas vraiment le décor que je m'attendais à voir pour la série ; franchement à certains moments, j'avais l'impression d'être dans les forêts canadiennes ou des vallons français... Rien que pour l'effet de dépaysement, ça valait le coup d'oeil !

Une vue de Smoorberg Le hall de Rossow Le Fortune des Vins qui visiblement n'a pas volé son appellation Hermien explique à Steadman l'organisation de la vallée

Alors au final, même si par moments le pilote flirte avec des genres qui sont loin d'avoir ma préférence, le panachage de tous ces ingrédients donne au contraire un épisode sympathique à suivre ; ce n'est probablement pas aussi touchant et profond qu'Intersexions (il faudra que j'essaye d'arrêter de tout comparer à Intersexions, ça ne va pas me rendre service, cette série est juste magnifique), mais c'est une série tout-à-fait divertissante et sympathique, assez bien équilibrée, à laquelle on a affaire ici.
Disons si vous le voulez bien que Known Gods n'est pas un grand crû, mais elle n'a pas volé son label. A déguster sans modération...
...en attendant que je tente Wabona, le service de VOD africaine qui a ouvert il y a quelques jours et qui propose, joie parmi les joies, les épisodes de Yizo Yizo et The LAB (entre autres), deux séries que j'ai dans mon viseur depuis un bout de temps (j'ai d'ailleurs raconté la genèse de l'expérience télévisuelle et sociale Yizo Yizo dans un post précédent) et que je suis infichue de trouver en DVD. Si j'arrive à trouver un moyen de conserver les épisodes, je m'achète l'intégrale sur le site de Wabona, ya pas photo ! Moi, payer pour de la VOD africaine, la vie téléphagique est décidément pleine de surprises !

17 novembre 2012

Back where we left off

C'est un exercice bien périlleux que de tenter de revenir sur le devant de la scène avec un nouveau sitcom, après en avoir eu un premier qui ait connu le succès. Fran Drescher ou Reba McEntire le savent bien, qui ont tenté par tous les moyens de revenir sous les projecteurs (et parfois, ça a exigé du temps et de la patience) et de retrouver la formule qui avait fait leur gloire télévisée.

C'est en fait si difficile, qu'une fois que ces "anciennes gloires du sitcom" retrouvent un projet, la tentation est grande de multiplier les références à leur succès initial.
On peut le voir avec Happily Divorced, qui consacre énormément de temps aux clins d'oeil, sous toutes les formes possibles. C'est, étrangement, ce qui fait que Happily Divorced est plus agréable à regarder que Living with Fran, d'ailleurs : le nombre d'allusions et de guests est vertigineux, tandis que Living with Fran avait préféré ne faire appel à la grande famille d'Une Nounou d'Enfer qu'à titre affectueux, plus comme une façon de profiter de l'occasion pour rebosser entre vieux amis, que comme une technique visant à faire appel à la nostalgie des spectateurs.
On ne me fera pas croire que Renee Taylor se pointe dans un rôle extrêmement proche de celui de Sylvia Fine au cours de plusieurs épisodes de Happily Divorced pour une autre raison que faire des appels du pied aux nostalgiques d'Une Nounou d'Enfer, par exemple. C'est impossible à avaler, tout simplement parce que les répliques se déchaînent à chaque apparition pour souligner la parenté avec la série "originale". Le but est avoué.
Après tout, on est sur TV Land ; le simple fait d'offrir à des vieilles gloires du sitcom la possibilité de lancer une nouvelle série est une façon totalement assumée de faire du neuf avec du vieux.

Paradoxalement, ce n'est pas déplaisant. On pourrait blâmer Happily Divorced pour cette façon décomplexée de faire appel à un succès passé pour créer un succès actuel, on pourrait l'accuser de manquer d'originalité, mais c'est très précisément ce que l'on cherche, en réalité, quand on regarde une série avec Fran Drescher. Alors cette façon de faire appel à la mémoire du spectateur, en dépit des apparences paresseuses que cela peut avoir pour quelqu'un d'extérieur à tout cela, ça fonctionne incroyablement bien.

Jusque là, Malibu Country semblait éviter cette technique. Il était pourtant clair que les méthodes de création de la série étaient les mêmes : l'actrice qui reprend un personnage similaire, répondant d'ailleurs au même nom (c'est rarement un signe trompeur), et qui produit la série qui signe son retour...
Mais les références de Malibu Country à Reba étaient absentes des deux premiers épisodes, ce qui était même assez surprenant. La série jouait sur les références à la carrière de Reba McEntire, puisque son héroïne est également chanteuse de country, et ça s'arrêtait là.

Malibu

...Jusqu'au 3e épisode, diffusé hier. Comme souvent, les dialogues ont commencé à tirer partie des gimmicks inhérents à Reba ; parmi les coupables généralement désignés, et c'était déjà le cas dans Reba, on trouve la couleur de cheveux de l'actrice/chanteuse, son accent de l'Oklahoma bien profond, ou son caractère un peu, hm, rigide. Ici c'était l'accent.
Quand soudain, vient une réplique sur le fait que "chewing ice" avec l'accent donne l'impression de dire "chewing ass".

Mes yeux ont roulé sur la table. Vous savez d'où elle vient cette réplique ? Du making-off de la 5e saison Reba ! Meta !

Et finalement il semble qu'on ne puisse y échapper. Malibu Country n'a pas besoin de ces références pour faire des scores décents, et probablement que la série ne compte pas dessus pour attirer son public, mais il semble inévitable de faire référence à un sitcom passé pour donner un supplément d'âme à l'actuel. Dans le cas qui nous occupe, il ne s'agit pas d'appâter les spectateurs avec cela, parce qu'il faut vraiment avoir été totalement mordu de Reba (au point d'avoir vu les making-off, quand même) pour saisir cette référence. Mais malgré tout, impossible de faire sans.

Comme je le disais, ce n'est pas désagréable. Quelles que soient les raisons pour faire appel aux souvenirs (qu'on présume émus) des spectateurs, que ce soit pour créer artificiellement un attrait vers la série, ou juste pour entretenir une forme de connivence, ces pratiques fonctionnent. Elles ne fonctionnent à vrai dire que dans cette configuration : la star de sitcom qui revient dans un nouveau sitcom. C'est inconcevable dans les dramas, et décrédibilisant au possible. Mais ça fonctionne, et en tant que spectatrice, j'admire qu'une série soit capable d'établir ce genre de relations avec le public, sans complexe ni faux-semblant.

Dans le fond, nous regardons ces séries parce que nous avons vu les précédentes, parce que nous aimons leur interprète principale, parce que nous voulons avoir l'illusion de suivre des histoires se déroulant dans le même univers, même si les situations ont changé. Nous voulons l'illusion d'une unité dans l'univers de ces séries.
A vrai dire, c'est aussi la raison pour laquelle je regardais Partners ; je regrette que cette dernière n'ait pas plus ostensiblement tiré partie de ses points communs avec Will & Grace. C'est peut-être étrangement ce qui l'aurait sauvée : assumer sa parenté.

17 octobre 2012

People you're dying to meet

"Our lives intersect into a vast network. In sex, there are no strangers."
C'est ainsi que commencent la plupart des épisodes de la première saison de la série sud-africaine Intersexions, que j'ai achevé de regarder aujourd'hui, avec cette voix-off, pendant le générique, qui nous rappelle à la réalité des MST, et en particulier (puisque c'est le sujet non-dissimulé de la série) du VIH.
Il n'y a pas 15 jours que j'ai reçu le DVD de ma toute première série sud-africaine, et je ne vous cache pas être ravie d'avoir commencé à découvrir les séries dramatiques locales avec celle-ci. A l'heure où vous lirez ces lignes, je serai probablement sur kalahari en quête d'une autre fiction sud-africaine à expérimenter...! C'est vous dire si le bilan d'Intersexions s'apprête à être positif, si vous me pardonnez l'expression ; alors, pour l'heure, revenons sur la première saison de cette grande fresque.

Intersexions-PeopleYourDyingToMeet

Intersexions est, de par son format, une anthologie dramatique (répondant ainsi sans le savoir à mes voeux en la matière), bien qu'utilisant des éléments feuilletonnants à la fois pour lier ses épisodes les uns aux autres, ainsi que pour conclure sa saison, grâce au couple incarné par Mandisa et Kabelo.
...Vous vous souvenez d'eux ? Dans le pilote, ils étaient sur le point de se marier, lorsque Mandisa a appris que son ex, le célèbre DJ Mo, était mourant, à l'hôpital, à cause du SIDA. Etait-elle infectée par DJ Mo ? Avait-elle infecté son fiancé ? Et maintenant qu'elle était enceinte ? On s'était arrêtés là.
Mais Intersexions n'a pas pour objectif de simplement remonter la piste de l'infection. Il ne s'agit pas d'une enquête déguisée, dans laquelle on essayerait de savoir qui a contaminé qui, qui est le "sujet 0". La série s'appuie sur un fait, et un seul, celui explicité clairement lors de son générique : nous vivons nos vies amoureuses de façon complexe, nous avons plusieurs partenaires, parfois de façon responsable, parfois non, et la vérité, c'est que nous pourrions tous, à un moment, être infectés. Si nous ne prenons pas garde. En nouant ses intrigues, en jouant avec de très, trèèès nombreux sauts temporels, la série veut montrer combien il est difficile, en réalité, de pointer un coupable et des victimes.

La grande force d'Intersexions est que son propos pédagogique bénéficie d'une excellente utilisation des possibilités dramatiques de sa formule, et inversement. En optant pour l'anthologie, la série se permet ainsi d'explorer des personnages très différents. Nous ne resterons pas dans le monde des avocats et des attachés de presse, qui est celui de Kabelo et Mandisa. Nous allons plonger dans toutes les couches de la société, voyager dans tous le pays. Des riches et des pauvres, des citadins et des campagnards, des gens mariés et d'autres libres comme l'air, et même, des personnages libres et d'autres en prison (visiblement une thématique récurrente à la télévision sud-africaine, vu ce qu'on sait de Yizo Yizo)... Toute la société est concernée. Et ça rend Intersexions d'autant plus fascinante à regarder que les richesses des intrigues sont multiples, et qu'elles touchent sûrement chaque spectateur au moins une fois ; pour découvrir en accéléré la société sud-africaine, c'était aussi particulièrement idéal !
Mais non seulement leur statut et leur situation varient, mais les personnages que nous découvrons à mesure que nous tirons le fil de ces ramifications sont variés, et leur rapport à la sexualité l'est lui aussi ; il y a les prudents et les délurés, les méfiants et les naïfs, les jaloux et les libérés, les infectés qui se soignent et ceux qui s'ignorent, et pourtant, il n'y a pas, ou rarement, de méchant désigné, pas de stigmatisation des comportements.

Ce qui est fascinant, c'est que la variété des contextes n'est jamais utilisée comme un prétexte pédagogique : dramatiquement, les épisodes vont jusqu'au bout. Intersexions va soulever, à travers ses portraits, des questions autour du viol, par exemple, ou de la prostitution. Ses personnages apparaissent dans un, deux, parfois trois épisodes de la série, mais généralement sous un angle différent ou avec une importance variable (le personnage central d'un épisode peut passer au second plan dans l'épisode suivant, avant de passer le relai à une autre intrigue et disparaitre tout-à-fait). Les épisodes sont ainsi regardables indépendamment, mais prennent une force décuplée s'ils sont vus ensemble et dans l'ordre.

Comme tant d'anthologies, Intersexions est aussi un puissant exercice de style, capable de faire se dérouler un épisode sur une durée de 6 mois, et l'autre, en l'espace d'une heure. Et du coup il y a des réussites incroyables sur le plan formel ! L'un de mes épisodes favoris de ce poin de vue est celui au début duquel Charlie se réveille à côté d'une inconnue ; ils ne se souviennent de rien, ont-il couché ensemble, et si oui, se sont-ils protégés ? Le temps de se rhabiller, ils essayent de refaire le chemin ensemble, ce qui donne une version dramatique de The Hangover particulièrement efficace et rythmé. Ou c'est au contraire dans la lenteur et la douceur que Tshepo et Dalitso passent les mois sans jamais se toucher, si ce n'est une promesse, du bout du petit doigt... la beauté de cet épisode est au moins aussi incroyable.
Parfois le style est réaliste, quasi-documentaire, comme dans l'épisode se passant dans un lycée ; parfois, le monde d'Intersexions se pare de couleurs et de beautés et nous montre une romance provinciale touchée par la grâce.
Sur le fond, on est moins dans la variation que dans un sens prononcé de l'équilibre. La plupart des épisodes trouvent un juste milieu entre l'émotion et le propos préventif. Un seul épisode sera un peu plus ouvertement pédagogique (son objectif étant de rappeler que les médecines traditionnelles ne peuvent pas rivaliser avec un antirétroviral), mais le fera sans paternalisme excessif. Il faut saluer la façon dont Intersexions s'adresse à ses spectateurs comme à des personnes normales, pas des enfants ou des irresponsables...
Je pourrais continuer des heures sur les qualités de la série, chaque épisodes ayant son lot de réussites.

Mais après cette expérience émouvante, intéressante, parfois totalement imprévisible, le plus étonnant est d'arriver à la fin du 24e épisode, qui revient à Mandisa et Kabelo, et boucle la boucle. De quoi laisser circonspect : qui est donc le personnage du 25e épisodes ?
Tenez-vous bien (ou sautez le paragraphe si vous comptez voir la série) : notre voix-off, c'est HIV. Ce personnage, qui met sa voix suave au service de l'horreur, va apporter un nouvel éclairage sur les histoires que nous avons vues. Lui, il sait où est le virus : il est passé par ici, il repassera par là ! Et en remontant tout le réseau d'Intersexions, nous allons apprendre pourquoi certains personnages n'ont pas attrapé le virus, ou ne l'ont pas transmis, mais aussi pourquoi d'autres ont fait "sa rencontre". Rétrospectivement, le spectateur frémit devant certaines connexions dont il n'avait pas mesuré l'importance... Mais notre ultime héros, lui, se régale de cela : "Thanks guys, for making Russian roulette your favorite sport !", s'exclame-t-il en s'amusant de nos comportements risqués. Le message contenu dans cet épisode est explicite, et s'appuie sur des faits autant que sur les intrigues, accomplissant ainsi, pour la première fois, la mission d'information de la série sans s'appuyer sur les avantages de la fiction ; on est ici dans le docudrama, en fait, à la différence que le double language (c'est le virus qui s'exprime, et qui emploie énormément de sarcasmes pour cela) permet d'éviter, une fois encore, d'avoir l'impression d'assister à un cours magistral. Mais cela permet aussi au spectateur qui a pu se laisser emporter par l'émotion, l'efficacité ou toute autre avantage, de se recentrer sur la thématique du virus...

Alors au final, Intersexions réussit sur la forme comme sur le fond, dans l'émotion comme dans la prévention, avec ses personnages comme ses situations, et accomplit en 25 épisodes un petit exploit, que je me sens obligée de saluer, ne serait-ce parce que j'ai fini la série en applaudissant (oui, j'applaudis certaines séries, vous faites jamais ça, vous ?). Vraiment, c'était de la belle ouvrage, et il est clair pour moi qu'Intersexions a tout d'une grande, et n'a rien à envier aux séries que je connaissais déjà. Parfaitement aboutie, pensée, accomplie (il y a visiblement des personnes, si j'en crois le générique, qui ont veillé à la cohérence des épisodes entre eux, notamment), Intersexions a parfois, évidemment, quelques faiblesses : c'est le propre de toute anthologie, qui ne peut plaire de la première à la dernière minute. Mais elle accomplit, en dépit des difficultés inhérentes à son principe et sa forme, une véritable prouesse. Le défi a été relevé, et remporté. J'espère que la seconde saison, actuellement en préparation, sortira également en DVD parce que, en ce qui me concerne, c'est comme si c'était déjà dans l'avion.

Autre avantage non-négligeable, ce post me fera une transition toute trouvée pour vous parler du pilote de la mini-série suédoise Torka Aldrig Tårar Utan Handskan. J'aime autant vous prévenir, ça va être un peu hardcore...

PS : un truc que j'ai oublié de préciser, lorsque j'ai parlé des DVD d'Intersexions l'autre fois : l'Afrique du Sud, c'est de la zone 2. Voilà voilà, héhé, juste une donnée à garder en tête pendant que vous vous tâtez pour savoir si vous voulez voir le pilote avec sous-titres anglais. Il vous suffit en effet de commenter juste là pour débloquer l'accès au pilote : il manque UNE demande ! Enfin moi je dis ça...

14 octobre 2012

Na-Nu Na-Nu

Comme ce weekend, j'étais malade comme un chien (chais pas pourquoi j'en parle au passé, d'ailleurs...), j'ai décidé de mettre les challenges et les découvertes exotiques de côté, et de m'orienter vers quelque chose de divertissant et de réconfortant, sans être toutefois trop exigeant.
Donc évidemment j'ai opté pour un vieux sitcom, et c'est tombé sur Mork & Mindy. D'ordinaire quand je suis vraiment à l'article de la mort, je regarde plutôt 30 Rock, comment en témoignent les tags, mais je n'étais pas SI désespérée.

En fait, non, ce n'est pas la seule chose qui a dicté mon choix. Cette semaine, l'épisode de The Neighbors a réussi à placer une référence à Mork & Mindy, ce qui est courageux, puisque je dirais que rares doivent être les spectateurs de la série à être allés jusqu'au troisième épisode de The Neighbors (soit par manque de patience, soit par mort naturelle). Mais cette petite référence m'a fait réaliser une chose : en dépit du fait que le générique de Mork & Mindy fasse partie de ma playlist depuis plusieurs années déjà, je n'avais jamais vu un épisode de la série. Il n'en fallait guère plus à mon cerveau malade : j'ai tenté le pilote. Pilote qui, d'ailleurs, est en deux parties, ah c'était le bon temps.

MorkMindy

Bon, clairement, autant il y a des séries datant de Mathusalem qui sont une incroyable démonstration d'intelligence et de finesse dépouillant ainsi le téléphage moderne de tous ses clichés sur les fictions des années 70/80 et leur qualité prétendument inférieure... autant il y a Mork & Mindy. On ne va pas se mentir, les dialogues ne sont pas d'une grande fulgurance la plupart du temps.

Mais, comme tous les livres d'histoire télévisuelle devraient vous l'avoir dit, il faut quand même regarder au moins une fois Mork & Mindy pour y découvrir un jeune Robin Williams faisant une publicité folle pour la consommation de cocaïne ; sérieusement, ça donne envie de s'y mettre tant ça semble lui réussir. Le show repose absolument sur ses épaules ou ses fesses, s'il est assis et les seuls passages drôles du pilote, on les lui doit. A côté, même le Fonz (ah oui, il y a un passage "flashback" dans l'univers de Happy Days, mais naturellement vous saviez que Mork & Mindy était un spin-off, pas vrai ?) a l'air un peu pâlichon.
Alors, pendant près de 50 minutes, Williams, très en forme, excelle ; aussi bien dans son amour pour les imitations et les voix bizarres, que dans un humour plus visuel. En somme, regarder sa performance, c'est comme réapprendre pourquoi on l'aime tant. Du moins, c'est mon cas. Par contre on va dire que c'est la fièvre, mais j'ai pas arrêté de me dire que ça va être très dur pour moi le jour où il disparaitra ; on peut trouver le secret de l'immortalité avant que Robin Williams claque s'il vous plait, merci d'avance.

Certes, le pilote Mork & Mindy n'est pas franchement un chef d'oeuvre, et son histoire est un prétexte à faire rire en se reposant à 90% sur les singeries de son acteur principal, mais il faut quand même admettre qu'outre le comique de la situation et le spectacle qu'offre Williams, il y a quelques petites notes assez amusantes relevées sur nos us et coutumes de "Terriens" (enfin, Amériterriens, disons, car tout cela est évidemment très Occident-centré) qui permettent de ne pas totalement sombrer dans la démence. Mork est sur Terre pour nous étudier, et sa grande naïveté lui permet d'asséner quelques petites remarques sur nos comportements parfois un peu illogiques, les complications de notre société lui semblant non seulement exotiques mais aussi un peu frigides. Lui, par contre, est vraiment un bon vivant, et il voit les choses sans cynisme ni sentiment de supériorité, alors que clairement sa civilisation est plus évoluée que la nôtre (on y reconnaît les mérites des lobes d'oreille, par exemple). On ne peut pas dire que cela relève du génie, mais ça évite de rendre le pilote totalement stupide.

Du coup, Mork & Mindy était le parfait divertissement pour ce dimanche, surtout avec le sauf du Red Bull Stratos tout de suite après, c'est bien, c'était dans la thématique.
Maintenant pardon, je vais me remettre au lit en espérant être en état pour finir la première saison d'Intersexions quelque part cette semaine.

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