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ladytelephagy
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5 mai 2010

Conflit de générations

Parmi toutes les comédies que je pourrais regarder en ce moment, bizarrement, je suis plutôt attirée par les vieilles comédies qui n'ont pas marché, comme en attestent les deux dernières séries abordées. Et aujourd'hui, avec le pilote de Style and Substance, on dirait bien que j'ai poursuivi dans la même voie.

Style and Substance
date de 1998, ce qui à la base me ferait dire "oh bah ça va, c'est récent", jusqu'à ce que je réalise qu'on est en 2010, et qu'une série qui a l'âge de Charmed a en réalité une douzaine d'années dans la poire. Et que ça se voit.

StyleSubstance

Tiens, je réalise que la série a un autre point commun avec celles dont je vous ai parlé ces derniers jours, c'est aussi que Style and Substance est avant tout l'histoire de deux femmes qui travaillent ensemble. Je propose de blâmer mon inconscient pour cette coïncidence, parce que vraiment, ça ne me frappe que maintenant.

On a donc d'une part Chelsea Stevens, une femme qui a basé son empire sur ses talents de maîtresse de maison : arts de la table, décoration, etc... En gros c'est Martha Stewart et le portrait qu'en font ses collaborateurs montre d'ailleurs que le personnage est au moins aussi charmant que son illustre modèle. Et puis d'autre part on a Jane, sa nouvelle productrice, qui tient désormais les cordons de la bourse et doit veiller au bon déroulement des affaires de Chelsea.

Et Jane va rapidement comprendre pourquoi Chelsea n'a pas usurpé sa réputation de chieuse. Pour se faire une idée de sa nouvelle productrice, sa nouvelle patronne lui a tout simplement volé son sac à main afin de le fouiller minutieusement, pour vous donner un exemple. On n'évitera donc pas la confrontation entre les deux femmes, cliché du genre d'autant que les personnages sont rapidement brossés pour qu'on comprenne qu'ils n'ont rien en commun.

Pourtant, là où on prend une petite bifurcation avec les stéréotypes habituels des deux personnes obligées de travailler ensemble même si c'est pour passer 90% du temps à se prendre le bec, c'est qu'on sent que Chelsea Stevens est une femme finalement très seule et qui s'attache rapidement à Jane. Derrière son comportement maniéré et ses exigences en matière culinaire (entre autres), Chelsea accroche tout de suite avec Jane et les prises de bec constantes ne sont qu'une façon maladroite d'essayer de lier des relations avec la nouvelle venue dans sa vie. Jane, bien-sûr, est le genre à avoir les pieds sur terre, mais surtout c'est une femme qui vient de se séparer de son fiancé (interprété fugacement par Peter Krause) et de partir commencer une nouvelle vie à des centaines de kilomètres de lui, et on comprend que Chelsea se sent proche de Jane pour cette raison.

Ce qui se met en place dans ce pilote, bien plus qu'une comédie fondée sur les opposés forcés à la cohabitation, c'est une dynamique mère-fille (au corps défendant de Jane, certes). Bien que l'écart d'âge soit sensiblement le même que dans Nice Girls Don't Get the Corner Office et Fired Up, la différence est nette sur ce point. Il y a un côté maternel, voire mère-poule, chez Chelsea (sans doute aussi due à l'interprétation de Jean Smart qui doit avoir ça en elle), et un côté fille un peu perdue chez Jane (qui là aussi pourrait bien venir de Nancy McKeon... argh, il faut vraiment que je me retrouve des épisodes de The Division !) qui rend le tandem non seulement drôle, mais aussi touchant. En gros, on assiste plus à un conflit de génération entre deux femmes qui s'attachent l'une à l'autre, qu'à une véritable opposition de deux personnalités antagonistes. C'est une variation agréable.

Là encore, on ne parle pas avec Style and Substance d'une série méconnue en dépit d'un grand mérite, mais enfin, ça change un peu des constantes chamailleries typiques du genre, et bien-sûr, les deux actrices font des étincelles. Dommage que la série n'ait pas survécu.

Dernier détail, je ne sais pas si le générique du pilote est le même pour la suite de la série, mais il est absolument hilarant dans sa façon de poser les personnages tout en rompant avec les poncifs du genre. Mais je dois vous avouer que même si ce premier épisode était marrant, je ne vais pas m'aventurer à regarder les épisodes suivants pour vérifier. Point trop n'en faut...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Style and Substance de SeriesLive.

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3 mai 2010

Mon fantasme

Tant qu'à regarder un sitcom, autant regarder un vieux sitcom. C'est pas comme si les récents apportaient quoi que ce soit au genre de toutes façons. Donc me voilà installée devant Fired Up, principalement parce que l'équation cagoule disponible + Mark Feuerstein suffit à me convaincre, surtout en ce moment où je suis pas dans mon assiette, malade, et je vous passe les détails, bref, complètement influençable. Je serais tombée sur une cagoule de Conrad Bloom, c'était le même tarif. D'ailleurs j'ai un épisode de Conrad Bloom à la maison, même si ce n'est pas le pilote. Pourquoi je parle de ça, moi ? Parce que Royal Pains reprend dans pile un mois ? Ah, tiens.

Bref me voilà devant le pilote de Fired Up et je me dis que, quand même, c'est pas gagné. Je déteste Leah Remini. Oh je suis persuadée que c'est une fille charmante au demeurant, et peut-être qu'elle donne toujours aux mendiants dans la rue alors que moi je regarde ailleurs l'air de rien, et qu' un jour elle a sauvé un chiot qui allait se faire renverser, mais je n'y peux rien, je déteste Leah Remini. Chaque fois que je riais devant Un Gars du Queens (c'est-à-dire rarement) c'était grâce au personnage de Doug, jamais grâce à Carrie. C'est vous dire.
Quant à Sharon Lawrence, c'est une bonne femme qui me fait peur. Je pense qu'elle boit le sang de petits bébés humains et qu'elle dort dans un frigo. Elle a la même gueule dans Fired Up que dans Drop Dead Diva où je me rappelle l'avoir vue cet été. Douze ans entre les deux, hein. Elle est peut-être pas une trop mauvaise actrice, mais qu'est-ce qu'elle me fait flipper !

Bref, Fired Up, cagoulée pour de mauvaises raisons et regardée avec appréhension pour toutes les autres raisons, relevait à la fois de l'expérience de l'extrême (je hurle de rage à cause de Remini en premier, ou j'attends d'avoir hurlé d'horreur à cause de Lawrence ?), et du petit passe-temps sans conséquence (d'façons, Royal Pains reprend dans pile un mois).

L'idée de Fired Up, c'est de prendre deux personnages que tout oppose, ce qui est un classique en termes de comédie, et de les forcer à se regarder dans les yeux pendant environ une demi-heure. Ici, d'une part, on a Gwendolyn, la patronne spécialisée en communication qui ne pense qu'à elle, et d'autre part, on a Terry, l'assistante qui a les pieds sur terre.

Tout commence quand un beau matin, Gwendolyn arrive au travail, et une chose horrible vient de lui arriver : au salon de beauté, on ne lui a pas donné sa pédicure habituelle, qui a été expulsée du pays. C'est terrible parce que la nouvelle pédicure n'a rien fait comme il fallait et a même eu le culot de lui infliger une petite coupure au pied. Certaines personnes ont de vrais problèmes, c'est tragique.
Terry arrive à en placer une et explique qu'elle vient de se faire virer, mais cela ne relativise pas vraiment les problèmes de sa patronne qui démontre ainsi, en un dialogue court mais rapide, combien elle peut être focalisée sur son nombril. Finalement Gwendolyn découvre qu'elle s'est également faite virer, ceci expliquant cela, et les voilà toutes les deux à faire leurs adieux, prêtes à partir chacune de leur côté après trois ans de collaboration. Six. Peu importe.

Terry vit avec son frère (Mesdames, voici enfin Mark, profitez-en, il est juste de passage, on le verra à peine), dans un loft qui a probablement été racheté à Batman et dont le loyer doit être plus cher que tous les appartements des Friends réunis.

FiredUp
Une horloge ! Une p*tain d'horloge ! Je VEUX ce loft.

Toujours est-il que le frérot travaille dans un bar en bas de l'immeuble (par définition, tout sitcom se doit d'avoir un café, un bar ou un restaurant sur la liste de ses décors réguliers, n'est-ce pas ?), et que voilà Terry sur le carreau, qui doit trouver un autre job et ne dégote rien de mieux que de vendre de la viande discount par téléphone (rassurez-moi, ce métier n'existe que dans les séries, n'est-ce pas ?). Inutile de dire que même si sa patronne était une égocentrique qui la réduisait en esclavage, elle a quand même du mal à s'adapter. D'ailleurs Gwendolyn aussi puisque peu de temps après, voilà cette snob en train de débarquer dans la vie de son ancienne assistante, complètement sur la paille, avec l'idée de monter sa propre société mais incapable de faire la moindre chose valable sans Terry pour l'y aider.

Eh oui, les deux femmes vont, c'était inéluctable, devoir tout de même se remettre à travailler ensemble, Terry parvenant à faire comprendre à Gwendolyn que cette dernière est incapable de faire quoi que ce soit par elle même (ou qu'elle s'y refuse : "Vous pouvez faire de la frappe ?"/"Oui."/"...Vraiment ?!"/"Eh bien, est-ce que je le peux et est-ce que je le ferais sont deux questions très différentes..."), et Gwendolyn ayant le pouvoir de sauver Terry de la vente de viande par téléphone (non, sérieusement ? Quelqu'un parmi vous a déjà vendu de la viande par téléphone ?!), et qu'en plus elle est vraiment douée dans son domaine.

Évidemment c'est un peu cliché tout ça. Mais je sais pas, j'aime bien l'idée qu'une fois de plus, le patron (ici une patronne, on s'en fout) ne puisse rien accomplir sans son assistante, je sais pas d'où me vient ce fantasme (de plusieurs années d'expérience dans l'assistanat de direction peut-être, je pense à certaines personnes qui ne peuvent même pas écrire leurs cartes d'anniversaires eux-mêmes, yes I'm looking at you, Blue), mais en tous cas l'idée me plait bien.

Alors au final, j'ai beaucoup aimé certains angles de ce pilote. D'autres relèvent de la vaste blague (et pas dans le sens où un sitcom voudrait faire des blagues), comme la plupart des répliques du patron du bar qui, cinquantenaire célibataire, allez je suis dans un bon jour, disons quarantenaire, se met immédiatement à courtiser Gwendolyn et se prend des vestes splendides sans avoir rien d'intelligent à répliquer (ce qui fait que chaque veste est plus que méritée).

Mais contre toute attente, le tandem Remini/Lawrence fonctionne très bien, les vannes fusent, le choc des deux cultures ne semble pas aussi plaqué que dans d'autres séries du même type qu'on a connues, qu'on connaît et qu'on connaîtra sur le même principe des deux opposés qui vont devoir cohabiter. Comme les meilleurs sitcoms, Fired Up repose d'une part sur cette alchimie, et d'autre part sur un grand sens du rythme. Ce qui est étonnant pour une série qui n'a pas duré très longtemps. Je vais pas dire que c'est un bijou méconnu, mais enfin, je me suis bien marrée, il faut le dire, et en prime j'aime bien le concept de départ, et j'aime le loft. Alors banco.
Ou alors, c'est la faute de mes médicaments. Ce qui n'est pas à exclure non plus.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Fired Up de SeriesLive.

27 avril 2010

Miroir sans tain

Deux jours. Il s'était passé deux jours quand j'ai décidé de faire une descente à la FNUC. Je n'avais aucun DVD en vue. Je n'avais même envie de rien. L'idée c'était juste de faire une descente à la FNUC et de me balader dans le rayon DVD séries une demi-heure ou une heure, et ressortir de là apaisée (et forcément moins riche, parce que même quand j'y vais sans rien vouloir acheter, je finis quand même dans la file d'attente de la caisse avec les bras chargés, ne me demandez pas pourquoi). Au moins, me décharger de tout ça pendant une demi-heure ou une heure. Mon rail de DVD pour tenir le coup.

On est des téléphages, je ne vais donc pas vous raconter de conneries : on a tous une liste. Une liste des séries dont on achètera le DVD la prochaine fois que ; la prochaine fois qu'on va à la FNUC, la prochaine fois qu'on a des sous, la prochaine fois qu'il y a une promo sur internet... La prochaine fois que. C'est la liste de DVD qui est agraffée derrière la liste de DVD "urgents", ceux qu'on achète le jour de la sortie ou presque, et qui très franchement, n'est pas vraiment une liste couchée sur papier parce qu'on sait très bien quelles sont les séries sur la liste principale.

Et donc sur ma liste à moi, depuis quelques mois, il y a In Treatment. In Treatment, j'en ai vu le pilote deux fois déjà, une fois de mon plein gré et une autre parce que l'un d'entre vous m'avait recommandé de lui donner une seconde chance ; et les deux fois j'étais incroyablement mal à l'aise par l'ambiance et le côté trop réaliste de la séance que représente ce premier épisode.
Pourtant je ne suis pas non plus la dernière des idiotes et j'ai bien remarqué que, In Treatment, quand on met de côté l'état nauséeux que je ressens systématiquement devant le pilote, c'est une bonne série. Bien écrite. Bien interprétée. Bien filmée. Et donc In Treatment était sur ma liste la prochaine fois que. Sauf que depuis des semaines que je fréquente la FNUC la plus proche et quelques autres, à chaque fois, je tombais sur le coffret de la deuxième partie de la première saison. Et s'il y a bien une chose que je me refuse à faire, c'est acheter un quelconque 2e coffret avant d'avoir même pu acheter le premier. C'est une règle d'hygiène de vie téléphagique, c'est comme ça.

Mais là, ce jour-là, alors que j'étais l'âme en peine dans les rayons de la FNUC en train de me chercher un dérivatif suffisamment puissant pour me faire oublier, une demi-heure ou une heure, l'insupportable, soudain, qu'est-ce que je vois ? Le coffret In Treatment, première saison, première partie. C'était un signe divin. Un coup de coude du Dieu de la téléphagie pour me dire "vas-y, c'est ça qu'il te faut, ça va aider, au moins un peu".
Quelques jours plus tard, l'un de vous me conseillait la série pour m'aider à traverser cette passe difficile, et cette personne ne pouvait pas être mieux inspirée. Sans doute un second coup de coude du Dieu de la téléphagie.

InTreatment

Qui plus est, une semaine passée dans In Treatment, ça vaut 2h30 dans la vie réelle. Une équivalence qui permet de disparaitre hors du temps sans trop en perdre. Tout bénef.

Et après avoir passé 5 heures presque d'affilée dans le monde du Dr Weston, je dois dire que finalement l'antidote au mal être intérieur a fait son effet, au moins un peu. Envolée, l'impression constante de malaise. Sans doute parce qu'il n'était plus dans le pouvoir d'une quelconque série de me mettre dans un état plus désastreux que celui dans lequel je me trouvais après le départ de freescully.
Je me suis contentée d'apprécier la façon dont chaque personnage vient et se confie à Paul tout en se heurtant à sa façon de pratiquer, qui, de l'aveu même du psy, n'est pas toujours au top. C'est rassurant qu'il en soit conscient, même si on aimerait qu'il le reconnaisse devant ses patients plutôt que de chercher à maintenir les apparences du professionnel toujours maître de lui-même...

Arrivée à ce stade de mon visionnage, je suis un peu déçue par le fait que je n'ai réussi à me lier affectivement à aucun patient, ni à Paul lui-même. J'aurais aimé, je pense, réussir à me mettre dans la peau de l'un d'entre eux, mais les personnages tels qui m'apparaissent au bout de deux semaines me semblent trop éloignés de moi, ça me demanderait un trop grand effort. Pourtant je pense que ce pourrait être l'un des avantages de In Treatment : offrir la possibilité d'exorciser quelque chose de vrai via ces thérapies imaginaires. Toujours ma passion pour la catharsis par la douleur dont j'ai beaucoup parlé, plus ou moins directement, ces derniers temps ; avec Gravity notamment.

Mais d'un autre côté, me soucier des problèmes des uns et des autres joue parfaitement son rôle de distraction intelligente pour mon coeur abimé. La série s'attache à décortiquer des choses douloureuses, même si elles ne le sont pas pour moi (et que parfois, je m'en désintéresse totalement, comme par exemple les intrigues d'Alex le pilote de l'Air Force), et ça me permet de baigner dans un univers sombre et complexe sans que cet univers sombre et complexe n'ait de rapport avec le mien. Je suis assise sur le sofa de Paul, à l'écart, et je regarde tout ce petit monde se débattre avec des choses qui ne me touchent pas, mais je me réjouis qu'ils le fassent, par une sorte de plaisir sadique où les personnages souffriraient à ma place pendant une demi-heure. Ou une heure. Ou cinq heures.

Alors In Treatment et moi, ce ne sera jamais le grand amour, mais j'ai pu y trouver une série qui me divertit sans chercher à me faire sourire, et ça, en ce moment, ça n'a pas de prix.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche In Treatment de SeriesLive.

25 avril 2010

Monkey off my back

On le sait tous, la téléphagie, ça ne se commande pas. On fait des projets, des plans, des plannings, tout ce qu'on veut, et au final c'est toujours le cœur qui décide. Un exemple comme un autre : je voulais rattraper mon retard sur Justified cette semaine. Au lieu de ça, je suis tombée sur le pilote de Lucky Louie et j'ai dévoré toute la saison (qui, je vous l'accorde, ne dure que 12 épisodes) en trois jours. Du coup, Justified, ce sera pour une autre fois. C'est pas grave, c'est pas perdu.

Autre exemple : j'avais voulu cagouler Breaking Bad parce que tout le monde parlait de la 3e saison quand je n'avais pas dépassé le stade du pilote. C'était du cagoulage à titre préventif parce que je savais que je n'aurais pas le temps dans l'immédiat, ayant une charrette au boulot. Mais quand une personne de mon entourage m'a annoncé avoir un cancer, finalement, je m'y suis mise en parallèle de mon surcroît de travail (selon l'adage téléphagique qui dit "qui a besoin de dormir quand il y a un épisode à dévorer ?"), et me voilà, deux semaines plus tard tout juste, arrivée à la fin de la première saison (là aussi bien aidée par le fait qu'elle ne dure que 7 épisodes, soyons sincères), et finalement là encore, je n'ai pas vraiment choisi la façon dont ça s'est passé.

BreakingBetter

Donc nous y voilà. Une saison de Breaking Bad. Je vais être sincère avec vous, j'ai parfois douté arriver jusqu'au bout. Parfois, je ne vous cache pas non plus que c'était excellent. Mais il y a eu des instants de découragement, disons-le clairement.

Parce que cette histoire de drogue, vraiment, ça m'agace. Dans mon esprit c'est vraiment de la lâcheté pour éviter de parler vraiment de ce qui tracasse Walter. On insinue des choses, on montre quelques réactions qui font penser au spectateur "ah, là, son cancer, il le vit comme ça...", mais globalement on n'entre pas assez dans le sujet à mon goût. D'un autre côté, j'ai des raisons un peu particulières de regarder la série et j'en suis consciente. Mais enfin, quand on a des scénaristes de talent, des acteurs incroyables et tout ce qu'il faut dans son sujet pour explorer un sujet difficile, je trouve dommage qu'on se cache régulièrement derrière des intrigues... lâches, je ne trouve pas d'autre mot.

Je ne dis pas que j'ai forcément trouvé mon compte dans les scènes médicalement consacrées au cancer, une chimio ici, un rendez-vous avec l'oncologue là, non, c'est pas ça qui me manque. Ces instants-là me semblent de toutes façons impossibles à transformer en morceaux de génie, trop de fictions mielleuses sont passées avant dans ces poncifs des cheveux qui tombent, de la perf qui n'en finit pas, des rayons et de tout le bazar.
Mais ce qui me manque encore beaucoup, c'est de voir Walter face à son cancer.

Il me semble le fuir, en fait. Au début je pensais que c'était un cerveau rationnel, cet homme. C'est un scientifique après tout. Et que du coup, il rationalisait le temps qui lui restait à vivre et que c'était la cause de son comportement. Mais en fait, non. Cet homme-là, il voudrait faire comme si le cancer n'existait pas. Il n'a que ça en tête pourtant, mais il voudrait juste faire comme si son cancer était quelque chose d'abstrait, juste une date dans le calendrier. Il est tout entier tourné vers sa lubie financière parce qu'il ne veut pas, il refuse, il rejette de tout son être la question du cancer. Ce cancer qui le change physiquement et psychologiquement, il voudrait faire comme s'il ne l'atteignait pas, comme s'il était plus fort que lui.
Combien de temps ça peut marcher, ce plan-là, Walter ? Combien de temps tu vas trouver dans le compte à rebours la force de franchir les limites ? C'est bien ce que tu retires de cette expérience, la liberté que tu t'inventes grâce à cet évènement de ta vie qui a fait tomber les barrières, mais ça ne peut pas être comme ça éternellement.
C'est ça qui me déçoit. Je voudrais savoir ce qui se passe dans la tête de Walter, mais lui-même refuse d'y penser, alors il m'en refuse l'accès. Ça me frustre beaucoup.

Restent deux autres angles qui sont plus élaborés par cette première saison et dont on ne doute pas qu'il vont s'épanouir ensuite, et ce sont les axes de la série qui, si on peut le formuler ainsi, me consolent de ma privation.

D'abord, il y a le thème derrière le pitch lui-même. La morale et la loi. Comment elles s'ajustent à ce que nous vivons. La fin justifie les moyens, ou du moins c'est la thèse de Walter (explicitement contredite par Hank dans l'épisode du baby shower, mais en-dehors de ça guère discutée pour le moment). Quand on n'a plus rien à perdre, ou du moins, quand on croit qu'on n'a plus rien à perdre, que signifie encore la morale ? Quelles sont les limites de la loi qui cessent de s'appliquer à celui que plus rien ne retient, qui a passé un cap ?
On sent la bascule progressive que fait Walter. La façon dont il semble s'embarquer dans cette histoire de drogue sur un coup de tête, réalisant ensuite ce que cela va lui coûter moralement quand il faut tuer un homme. Et quand arrive le moment d'affronter l'homme le plus dangereux qu'il ait rencontré jusqu'à présent, plus rien ne le retient. Il ressent encore la peur, l'inquiétude et la compassion, mais quelque chose a définitivement lâché, comme si un lien qui le reliait à l'humanité était rompu, et qu'on l'avait regardé s'élimer progressivement. C'est un axe fascinant.

Que se passerait-il si... ça arrive... si son cancer entrait dans une phase de rémission ? Un cancer, ça évolue. Parfois on parvient à le bloquer ne serait-ce que temporairement. Certains parlent de rémission totale (personnellement je constate qu'en cas de rémission soi-disant totale, les médecins insistent pour faire des contrôles de routine réguliers, et d'ailleurs les 5 premières années suivant la rémission, c'est pour ainsi dire obligatoire). Walter pourrait-il retisser ce lien avec la partie de l'humanité qui vit dans le droit chemin ? Sans parler de redevenir cet homme soumis et faible qu'il était avant son cancer, pourrait-il faire une croix sur toutes les libertés qu'il prend avec la morale et la loi ?
Ça pose sincèrement question.

Et puis, l'autre axe, c'est ce tandem entre le vieux en fin de course, et le jeune qui a du mal à s'engager sur le chemin de la vie. Jesse est encore un enfant dans sa tête (et j'ai à ce titre beaucoup aimé l'épisode dans lequel, par réflexe, il retourne chez ses parents, dormir dans son lit comme un bébé et mettre la table sagement). Évidemment, l'ascendant de Walter sur Jesse est flagrant dans le domaine du business : bien que Walter ait tout à apprendre du trafic de drogue, il passe son temps à diriger la façon dont le tandem va mener ses affaires. Cet ascendant prend parfois, indirectement, des airs initiatiques. Sans chercher à remettre Jesse dans le droit chemin (ce serait un comble), Walter prend parfois le visage d'une figure paternelle tentant de ramener le petit à une certaine version de la raison. On n'en fera probablement jamais un type normal, de ce Jesse, mais une fois de temps en temps, il lui faut quelqu'un pour l'obliger à grandir un peu. J'aime cette dynamique qui s'installe progressivement entre les deux, et qui reste réaliste dans ce que Walter peut apporter humainement à Jesse.

Oui, après 7 épisodes, il y a beaucoup de choses que j'ai appris à apprécier dans Breaking Bad. Mais il y en a encore sur lesquelles je suis insatisfaite. Zut de zut, peut-être qu'il me faudra encore 13 épisodes de plus pour crier moi aussi au génie. Bon bah, j'me dévoue, hein...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Breaking Bad de SeriesLive.

21 avril 2010

Brother Louie

Pourquoi jusqu'à présent je n'avais jamais regardé Lucky Louie ? La réponse tient en deux mots : "HBO" et "sitcom". Au juste, c'était quand, la dernière fois qu'une chaîne du câble a su faire un sitcom décent ? Personnellement, je n'en ai pas souvenir. Même pas certaine que ça se soit déjà produit. J'attends des noms ? C'est bien ce que je pensais.

Et puis, en tombant par le plus grand des hasards sur une cagoule, je me suis dit que... bah, comme d'habitude : un pilote, ça ne se refuse pas. Me voilà donc en train de me lancer dans un pilote dont je ne connais rien, si ce n'est que son personnage principal est roux, et que son créateur/auteur/producteur/acteur Louis CK a travaillé avec Conan O'Brien. Ce qui, je vous le concède, à mes yeux, suffit pour partir avec un a priori positif...

Louie

La première impression que donne Lucky Louie, c'est une impression assez troublante de dénuement. Ce qui est une façon de dire que le décor est terriblement bas de gamme, mais pas seulement. En fait, plus le pilote avançait, et plus je me suis dit... "mais, je connais ce sentiment ! C'est le même qu'une autre comédie que j'ai connue jadis... une comédie qui ne chercherait pas à être dans le moule... c'est... c'est comme Rude Awakening !".

Ca n'avait évidemment rien à voir avec la thématique de la série, mais avec sa réalisation (bien que Rude Awakening n'ait jamais été un sitcom à proprement parler). La bande-son assez peu fournie, la mise en scène assez simple... on est loin de ces séries comiques qui se donnent tant de mal pour être divertissantes, voire drôles si on a de la chance, le côté "trying too hard" qui m'excède souvent dans les sitcoms et me fait préférer les comédies en single camera. D'ailleurs quand je vais me mettre après la peau de Romantically Challenged, que j'ai regardé hier soir, ça va saigner (j'en ai fait un cauchemar cette nuit, sans déconner c'est quand même pas tous les jours qu'on fait un cauchemar sur la qualité pourrie d'un pilote de sitcom !). Bref il se dégage de Lucky Louie, avant même qu'on tende l'oreille et qu'on fasse attention à l'histoire, une ambiance de proximité qui fait du bien.

Du coup, quand vous voyez comment se déroulent les dialogues... eh bah forcément vous êtes dans de meilleures dispositions vis-à-vis de la série. Dans un sitcom de network, typiquement, tout cela semblerait forcé, voire franchement de mauvais goût. Ici, pas du tout.

Déjà, la scène d'ouverture était brillante : Louie et sa fille sont à la table du petit déjeuner, et... oh attendez, il faut que je vous l'uploade cette scène, sérieusement ce serait dommage de passer à côté. Je suis d'humeur à sous-titrer en ce moment, je crois...

LuckyLouie_Why

Tout le génie de cette scène, c'est qu'on attend la chute, et qu'elle ne vient pas, et qu'elle ne vient pas, et qu'elle ne vient toujours pas... comme dans la vraie vie quand une gamine vous casse les pieds ! Et quand vous commencez à désespérer de la situation, pouf ! La chute est terriblement drôle. C'était sincèrement un excellent coup d'envoi et tout l'épisode est dans cette lancée, avec un côté un peu inconfortable, pas formaté, bref totalement réaliste, et de vraies bonnes sorties de la part, essentiellement, de Louie, mais aussi un peu de sa femme. Et entre parenthèses, si dans 10 ans j'ai un type comme ça à la maison, je ne m'estimerai pas franchement à plaindre et ça me prendra pas 4 mois pour... 'fin bref.

Les autres intrigues sont du même acabit : le voisin black qui vient d'arriver et avec lequel on arrive pas à sympathiser (mais ça le fait pas d'être fâché avec le voisin black, on passe pour un raciste... chaque scène de cet axe est absolument délicieuse et le dénouement est juste superbe), l'anniversaire des 4 ans de la gosse qui tourne à la catastrophe (dans ma culture, un goûter d'anniversaire finit invariablement par tourner au drame d'une façon ou d'une autre, donc rien de plus normal), les problèmes sexuels de Louie avec sa femme (criants de réalisme hilarant ; ce couple a la même dynamique que celui de Roseanne), bref c'est un festival d'humour tantôt gras, tantôt maladroit, totalement en phase, j'ai envie de dire, avec les blagues qu'on entend réellement tous les jours. Bon, sauf les deux potes de Louie qui ne me reviennent pas et qui, pour le coup, sont un peu trop caricaturaux. Mais à la limite c'est un moindre mal, pour ce qu'on les voit.

Alors, du coup, il faut absolument que je me rappelle où j'ai trouvé ma cagoule parce que, bon, yavait toute la première (et unique) saison de dispo, et maintenant j'ai bien envie de voir la suite ! Comble du hasard, aujourd'hui FX annonçait que la prochaine série de Louis CK, ingénieusement appelée Louie, débuterait le 29 juin prochain. Si je joue bien mon coup, j'aurai fini Lucky Louie juste pour le lancement de Louie. Et dans la foulée, j'ai mis le "pilot watch" à jour à côté.

Et non, mon enthousiasme n'est pas uniquement dû au fait que Louis est roux et qu'il a bossé avec Conan O'Brien.
Mais je ne vais pas prétendre que ça n'a pas un peu aidé.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Lucky Louie de SeriesLive.

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12 avril 2010

Apathie

Il y a quelques jours, quand certaines préoccupations semblaient encore lointaines, j'ai éprouvé l'envie aussi soudaine qu'inattendue de revoir Le Protecteur. Non pas pour Simon Baker, mais au nom du bon vieux temps, lorsque TFHein a commencé à diffuser la série et que j'étais devant tous les après-midi, ou presque. Je dis presque parce que je n'étais pas sûre d'avoir vu le pilote (ce sont des choses qui hélas arrivent), et je suis convaincue d'avoir loupé tout de même quelques épisodes, puisque sans cagoulage ni DVD, je suis proprement incapable de faire un sans faute. Dans tous les cas, ce visionnage était pour sûr la première fois que je voyais la série en VO.

TheGuardian

Dans ce pilote, on apprend comment Nick Fallin est forcé par un juge à faire des travaux d'intérêt général sous la forme de travail pro bono auprès du service d'aide juridique à l'enfance de la ville, chose pour laquelle il est qualifié en théorie puisqu'il est avocat. Cet avocat d'affaires n'a pourtant jamais plaidé devant une cour, mais j'ai envie de dire que c'est un peu le moindre de ses problèmes. On apprendra en effet par la suite que notre bonhomme est un consommateur de substances illicites... Un drogué avec un costume sur mesure, des pompes à 500 dollars la paire et un air de gendre idéal, qui confesse aimer l'argent et le pouvoir, mais un drogué quand même.

Cependant, contrairement à ce que son intrigue pourrait laisser penser sur le papier, Le Protecteur n'est pas une grande leçon humaine sur un mec pété de thunes qui va découvrir à la faveur d'un accident de parcours que la vie n'est pas rose pour tout le monde. Non, on dépasse très largement ce clivage simpliste. Nick Fallin a en effet un problème qui s'exprime à chaque seconde de sa présence à l'écran : il est complètement apathique. Le génie de ce personnage, c'est qu'on comprend immédiatement ce qu'un homme tel que lui, qui semble vidé de toute émotion humaine, peut chercher dans la consommation de drogues dures. Fallin est un grand refoulé qui semble dénué de la capacité à exprimer la moindre émotion, quand bien même (et ça n'est pas forcément prouvé) il serait capable d'en ressentir.

Bien au-delà de la leçon d'humilité au petit con arrogant, Le Protecteur se préoccupe de plonger son personnage dans le grand bain de la vie, avec le secret espoir de lui infliger un salvateur électrochoc émotionnel.

Nick Fallin est prisonnier de lui-même. La plupart du temps, il affiche un air blasé, et très franchement, on a l'impression que la plupart des choses qui se passent dans sa vie ne trouvent pas la moindre résonance en lui. Il laisse son intellect cartésien prendre le dessus, s'en remet au pragmatisme derrière lequel il lui est si facile de se cacher, à plus forte raison parce que sa profession s'y prête et qu'il y est doué, le bougre.

Mais sa première affaire va commencer à mettre à mal sa carapace, juste un peu, et c'est de cela dont toute la série va parler. Son premier petit client a, comme lui, perdu sa mère ; une douleur sourde les unit et donne à Nick l'occasion de s'animer un peu, réagissant à la douleur du petit qui fait écho à la sienne. On a hâte d'approfondir cela.
Si la drogue, comme son métier dans le cabinet friqué de son père, semblaient faire illusion et apporter un semblant à la fois de frisson et de respectabilité dans sa vie, on comprend que sa vie ne commence que maintenant, que Fallin s'apprête accoucher de lui-même, certes dans la douleur.

Attention, ceci est un paragraphe à spoiler, car ce dont je me rappelle de la suite de la série ne confirme malheureusement pas que la chenille est devenue papillon, le personnage ne trouvant jamais la force intérieure d'entrer totalement dans le monde, et préférant faire marche arrière dans ses relations personnelles dans les instants les plus cruciaux. Je me rappelle de façon floue le contenu des épisodes, mais très nettement mes cris effarés devant cette obstination à choisir le néant plutôt que le chaos.

Le Protecteur, plus, bien plus qu'une bête série judiciaire, et une série qui parle d'un personnage profondément apathique, oscillant entre le monde réel qui le pousse à se dépasser lui-même, et son petit monde carré et sécurisant où rien ne le bouleverserait. Un drame humain, avant tout.
C'est malin, maintenant j'ai envie de me faire une intégrale. Dites, ils sortent quand en France, les DVD ? Ce serait pourtant le moment, là...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Le Protecteur de SeriesLive.

10 avril 2010

Traversée du désert

Que se passe-t-il dans la tête d'une personne qui va mourir ? Breaking Bad se refuse à y répondre dés le pilote, et lance même une improbable piste pour détourner notre attention de cette question.
C'est une des choses qui m'avait gênée, la première fois que j'avais regardé ce même épisode. A l'instar de Weeds (bien que, naturellement, ce soit sur un ton radicalement différent), on prend une situation assez banale, et on en fait un cas abracadabrant. Comme si on voulait absolument éviter d'aborder frontalement les questions qui fâchent. Peut-on un seul instant s'identifier à de tels personnages ? En tous cas, je ne le conçois pas.

Pourtant, et c'est la magie de la téléphagie pourrait-on dire, j'ai regardé cet épisode avec un œil nouveau, il y a quelques jours, après qu'on m'ait annoncé qu'un de mes proches a également un cancer. Un proche qui s'avère être dans la cinquantaine et père de famille. Si là, l'identification ne joue pas à plein, je ne sais plus ce qu'il me faut !

BreakingRealBad

Breaking Bad, c'est donc l'histoire d'un pétage de plomb, quand la limite est franchie et qu'on sait qu'on n'a plus rien à perdre.
Mais pour la première fois, j'ai aussi réalisé que Breaking Bad parle d'un désespoir plus criant encore que celui qu'on peut ressentir face à une mort certaine et inéluctable.

On n'attend pas de Walter qu'il se "batte" contre son cancer, comme dans un téléfilm de Lifetime où il lui faudrait tolérer semaine après semaine les inévitables glaires ensanglantées et se réjouir des petites victoires mesquines sur la mort. Mais au moins, on pourrait imaginer que notre condamné pense un peu à la vie avant de se lancer dans sa folle aventure. Mais Walter ne pense pas qu'il devrait profiter de la vie, il ne pense pas à ce qu'il aimerait faire avant de partir, il ne tente même pas de passer plus de temps avec ceux qu'il aime.

Non, son premier réflexe, et à l'issue du pilote, son seul réflexe même, c'est de penser à l'argent qui manquera aux siens quand il ne sera plus.

C'est un constat sombre au possible de l'existence qu'il a menée jusque là. Au moment de faire face à la mort, au lieu de penser à la vie, il pense à la survie. Il n'est évidemment pas exclu que cela se fasse plus tard dans la série, mais que ce soit le mouvement instinctif de Walter est révélateur d'une certaine vision du monde.

Avant même de basculer dans son improbable fantaisie, celle qui me rebutait tant la première fois (et qui me crispe encore un peu, je dois bien l'admettre, car je trouve ça un peu lâche), Breaking Bad envoie un message clair, ou plutôt un message sombre, sur la vie : la vie, c'est nul. C'est nul parce qu'on trime, et qu'on est frustré, et qu'on a l'impression d'avoir tout raté, et qu'en plus après il faut mourir. Pire encore, Walter White ne partage son fardeau avec personne. Il se lance, certes, dans sa périlleuse entreprise avec un partenaire, mais il ne confie à personne ce qu'il vient d'apprendre. Là encore, je comprends bien que ce soit pour les scénaristes une façon de poser un enjeu qui par la suite, trouvera un développement dans un sens ou dans un autre (Walter se confiant à quelqu'un, ou quelqu'un s'en apercevant malgré les tentatives de Walter pour cacher son état, ou l'état de Walter devenant impossible à camoufler...), mais il est assez net que la vision du monde par Breaking Bad est celle d'une souffrance solitaire qui ne trouve aucun répit, ni en soi-même, ni auprès des autres.
Pas étonnant qu'une bonne partie de l'épisode se déroule dans le désert, après tout. C'est exactement ce que Walter White semble vouloir faire de ses derniers instants.

On dit qu'on vit et qu'on meurt seul ; Walter White a l'air bien résolu à vivre sa mort tout seul.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Breaking Bad de SeriesLive.

4 avril 2010

Have you tried turning it off and on again ?

Imaginez que vous passez deux heures et demies à trier des fichiers qui vous semblaient "en bordel" sur votre ordinateur. Et maintenant imaginez que pendant ce rangement, vous tombiez sur une série qui parle de geeks. Bonjour la mise en abyme.

Pour une raison qui m'a échappé avec le temps, je n'ai jamais regardé le pilote de The IT Crowd dans sa version américaine. Bon, en fait je n'ai jamais regardé la version britannique non plus, mais ça c'est normal, c'est à cause de ma phobie de l'accent british. Je me rappelle vaguement m'être dit, quand on a commencé à parler du remake américain, que j'allais enfin pouvoir découvrir par moi-même ce dont tout le monde parlait, même si j'avais pleinement conscience qu'un remake américain d'une série britannique perd énormément lors de la traversée de l'Atlantique. Mais enfin, il fallait bien que je comprenne les dialogues, non ?

Alors puisque j'avais remis la main dessus et que j'avais 20 minutes devant moi, je me suis lancée dans ce pilote qui a ensuite rejoint celui de Pretty Handsome, Faceless et autres Nikki & Nora au cimetière des pilotes disparus. Je sais que je vous les cite à chaque fois, c'est à dessein, pour lutter contre l'oubli.

ITCrowd

Et au rayon des bons pilotes que le grand public ne verra jamais, il faut bien admettre que The IT Crowd est en bonne place. Même en étant assez peu réceptive à l'humour dit "geek" que les networks ont tenté d'exploiter à une époque (en général en recyclant des stéréotypes éculés et en brandissant fièrement un peu de popculture supposée geek ; voir aussi : The Big Bang Theory), j'ai ri de bon cœur, voire bruyamment, à plusieurs reprises.

Peut-être justement parce que The IT Crowd (au moins la version US) ne cherche pas tellement à jouer sur la complicité du spectateur geek avec le personnage geek, en multipliant les clins d'œil. C'est justement quelque chose qui m'énerve et ici, on a évité de donner de grands coups d'épaule pleins de connivence, pour juste dresser le portrait de deux personnages qui s'avèrent bosser au service informatique, mais qui sont avant tout de bons vieux losers, et qui l'auraient tout autant été au service comptabilité. Cette façon de ne pas chercher à m'en mettre plein la vue a eu beaucoup de charme pour moi.

Ce pilote démontre aussi à plusieurs reprises sa fantaisie. Loin du sus-nommé The Big Bang Theory, on a l'impression d'assister à une vraie démonstration d'humour déjanté, et pas juste à une comédie remplissant impeccablement un cahier des charges. J'étais par exemple hilare quand Moss tente d'expliquer à Jen ce sur quoi il travaille, et qu'on entend à la place un effet de brouillage puis "algorithme" à la fin de la phrase. J'étais pliée de rire, notamment parce que j'adore qu'on compte aussi sur ce genre de petits gadgets pour amuser, et pas juste sur les dialogues.

Il y a un côté moins superficiel dans ce pilote que dans The Big Bang Theory, qui me fait presque regretter de n'avoir jamais regardé la série britannique qui a donné naissance à cette version. Oh, de toutes façons je suis quasiment sûre que vous allez tous me dire que c'est un copier-coller de la série d'origine, en moins drôle !
Mais tous mes regrets s'envolent quand je m'imagine regarder une série où tout le monde parlerait comme Moss... problème réglé.

Et pour ceux qui manquent cruellement de 110101011100100110010100001010 : la fiche The IT Crowd (US) de SeriesLive.

2 avril 2010

Revisions

Depuis l'année dernière, et son mois de janvier qui a apporté son lot de retentatives téléphagiques (j'ai alors regardé les pilotes de plusieurs séries que je craignais d'avoir jugées trop vite), j'ai pris l'habitude, pourvu d'avoir un peu de temps pour le faire, de donner leur chance à d'autres séries. Avec toujours dans l'idée que, peut-être, quelque chose m'avait échappé la première fois. Tenez, finalement : quand j'ai fini par donner à Big Love un peu plus de temps et d'attention, ça a payé. Partant du principe que, bon, on sait pas, ça peut se produire avec une autre série, je poursuis, dans la limite des stocks de temps disponible, ces réexplorations.

C'est comme ça qu'il y a quelques jours, je me suis remis le pilote de Psych. Psych que j'appelle Psych et pas Enquêteur malgré lui, déjà parce que j'essaye quand même d'éviter le ridicule de temps à autres, et surtout parce qu'avant que TFHein ne déshonore la série avec ce titre abject, j'avais déjà vu le pilote et le nom de la série était resté en VO.

Justement, ça me revient... je l'avais vu avec mon homme de l'époque et ma frangine, ce fameux pilote. On était tous les trois sur le lit (rapport au fait que nous n'avions pas de canapé dans notre studio, histoire de pouvoir y circuler) et on avait regardé ça dans le noir, en silence, et en VO. Je me rappelle qu'il y avait une chaleur moite dans la pièce, qu'on était agglutinés devant l'écran de l'ordi, et qu'on n'avait pas trop discuté pendant l'épisode.
Ma soeur rei, qui n'est pas tellement une adepte des séries qu'on regarde sans sous-titres (ce qui est ma façon diplomatique de dire qu'elle n'en bite pas un mot) semblait comprendre quand même pas mal de choses, et ne posait pas tellement de questions comme elle le fait d'ordinaire (exemple : rei devant le pilote de Reba, avec la VO + l'accent, c'est la garantie de s'interrompre toutes les deux secondes pour traduire ce qui vient de se dire).
Après quoi, si je me souviens bien, on avait tous convenu que c'était sympa mais sans plus.

Ensuite, hormi une ou deux fois où j'étais tombée dessus sur TFHein et avais regardé quelques minutes avec un vague amusement, je n'y étais plus revenue. Concrètement, je pense pouvoir avancer sans me tromper que, à part ce pilote, je n'ai vu aucun autre épisode de la série en entier. Finalement, c'est un peu la même histoire que celle qui est arrivée à Chuck (quoique je pense avoir regardé un ou deux épisodes de Chuck complets ; mais guère plus).

Psych

Voilà exactement une série qui entre dans les critères de mes retentatives, donc. Elle n'est pas mauvaise, elle n'est pas excellente, elle a eu le malheur d'être au milieu et, peut-être, avec le temps, mon opinion à son sujet pourrait-elle changer. Ça s'est déjà vu après tout !

Alors me revoilà, 4 saisons plus tard quand même, à me remettre devant le pilote histoire de voir. Parce que finalement c'est uniquement de ça qu'il est question.

Je ne me rappelais pas avoir autant ri la première fois, et c'est sans doute la bonne nouvelle, finalement. C'est vrai que ça fait plaisir, une fois de temps en temps, qu'un flic ne se prenne pas au sérieux comme CSI Pocahontas, CSI Marsupilami et CSI Ratigan. On dépasse le stade de la comédie policière à la Monk pour aller vers un personnage franchement humoristique. Je le répète, c'est un plaisir.

Alors, effectivement, le pilote était mieux que dans mon souvenir. Si je retombe sur un épisode, à l'occasion, je ne zapperai peut-être pas, cette fois. Mais quand j'essaye de m'imaginer en train de regarder toute une saison... ça reste quand même une série policière, construite vraisemblablement sur des enquêtes indépendantes, et dont les ressorts me semblent assez évidents : il y aura toujours quelqu'un pour suspecter Shawn de ne pas être crédible, mais il finira toujours par résoudre l'affaire... Je ne me sens pas de taille à affronter ça épisode après épisode, même en tenant compte des répliques drôles qui ne manqueraient pas de les ponctuer.
Bon, si, peut-être un épisode ici, ou là, si jamais je m'ennuie dans mon planning téléphagique. Mais ça n'ira jamais plus loin.

Verdict : Psych réhabilitée...
Mais je vais quand même la laisser où elle est.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Psych de SeriesLive.

28 mars 2010

You're under arrest !

L'un d'entre vous m'a un jour dit : "tu aimes l'humour de Better Off Ted ? Alors tu aurais dû adorer Arrested Development !". Le problème était le suivant : j'avais effectivement adoré Better Off Ted, mais jamais vu le moindre épisode d'Arrested Development. Ne me demandez pas pourquoi. Je ne sais absolument pas comment j'ai réussi à passer entre les mailles du filet. Ca peut à la rigueur s'expliquer pour une série annulée rapidement et jamais diffusée en France, mais là ?

Peut-être que découvrir Arrested Development avec du retard atténue certaines de ses originalités. Mais s'il y a bien une chose que j'ai apprise, c'est toutefois qu'une comédie vraiment drôle le reste même si les années passent ; j'ai plusieurs heures passées devant Three's company qui en attestent. Mais en tous cas, le fait de découvrir la série sur recommandation ne peut pas avoir manqué de légèrement infléchir la façon dont j'ai regardé le pilote.

ArrestedDevelopment

En premier lieu, je n'ai pas aimé l'aspect de ce pilote, disons le d'emblée. Je parle vraiment d'un problème visuel. Arrested Development me laisse une impression brouillonne ; on a du mal à identifer l'univers dans lequel la série se déroule, probablement parce qu'il n'y a pas de décor défini. Généralement, il y a dans une série (quel que soit son ton) une unité de lieu minimale pour qu'on puisse prendre ses marques. Dans le cas d'Arrested Development, il n'y a aucune possibilité de prendre des repères, parce que, concrètement, on n'utilise jamais le même endroit deux fois pour le déroulement de l'action. Un exemple parlant : la maison-témoin où résident Michael Bluth et son fils. Couchage sous le toit, petit déj dans la salle à manger, discussion sur des marches d'escalier, famille réunie dans le salon... jamais deux fois le même endroit. Quelque chose qui semble tellement aller de soi que c'est la première fois que je constate à quel point c'est important. Mais en tous cas, tout ça est destabilisant pour comprendre l'univers dans lequel la série s'inscrit. Ce n'est pas un travers impardonnable (et il y a des chances pour que, à cause des tribulations financières de la famille Bluth, le nombre de décor soit largement diminué à l'avenir : exit les chambres de palace, les bateaux de croisière...), mais personnellement, ça m'a freinée.

Sur ce qui est réellement important, c'est-à-dire l'humour, Arrested Development s'avère cependant commencer de façon convaincante, surtout grâce à son rythme et son jeu permanent avec les flashbacks et les flashforwards. Ces procédés rendent l'épisode très dense, et on a tous les éléments pour cerner les personnages et leurs personnalités étranges.
Autour de l'éternel personnage "normal" (si c'est possible dans une telle famille...) grouillent des individus hauts en couleur et résolument barrés ; chose que le pilote, du haut de sa pourtant courte demi-heure, a tout le temps d'explorer. La mise en place des personnages est parfaitement huilée, si bien qu'au moment du climax, chacun exprime pleinement son grain de folie et participe à l'hystérie hilarante. Preuve que dans cette pagaille, il y a une réelle solidité dans l'écriture.

On imagine facilement ce à quoi le pilote un peu brouillon peut conduire, sur le papier : la cohabitation forcée est très bien amenée, mais reste un thème éculé. Pourtant, la malice avec laquelle les personnages sont écrits, et la finesse avec laquelle ils sont joués (Portia de Rossi offre par exemple un jeu plus nuancé que dans Better Off Ted), laissent entrevoir de vraies possibilités.

Donc oui, le départ est mitigé principalement pour une question de réalisation, mais le premier épisode est prometteur : Arrested Development est sans doute une comédie capable de dépasser son pitch un peu banal pour offrir quelques crises de rire.

Ce bilan positif, je le modère par une dernière remarque, car j'ai envie de désigner un mauvais élève : le personnage central, Michael Bluth. Je ne sais pas trop si ça tient au scénario ou à l'interprétation (les deux, mon Général ?), mais il est épouvantablement fadasse. Les personnages un peu neutres, courants dans des séries de ce type, courent souvent ce risque, mais ici, l'absence de charisme se fait cruellement ressentir par effet de contraste, et j'avoue que j'avais espéré mieux.
Pour ceux qui connaissent leurs classiques, un personnage à la Daniel Henderson dans Manhattan, AZ aurait sans doute été plus intéressant, avec une naïveté improbable dont il n'aurait pas conscience, enfin, un trait de caractère exagéré tout de même. Cela dit, peut-être que le wake up call du pilote pourra servir de détonateur et permettra au personnage de développer lui aussi une personnalité.
Une fois ceci fait, on tiendra vraiment une comédie déjantée. Tiens, j'ai presque hâte d'avoir le temps de finir la saison, maintenant...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture (c'est-à-dire moi il y a quelques jours) : la fiche Arrested Development de SeriesLive.

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