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ladytelephagy
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28 octobre 2010

Mere piya...

Il y a quelques temps, je faisais une news pour SeriesLive ; un acte aujourd'hui devenu en apparence anodin, je suppose. Ce n'était pourtant pas une news comme les autres puisqu'il s'agissait d'annoncer l'arrivée prochaine d'une série produite par Lorne Michaels (SNL), conçue par Fred Armisen (SNL) et où Kyle MacLachlan est amené à apparaitre régulièrement. A part à napper le tout de milkshake à la fraise, il n'y avait rien à ajouter, tout était dit pour attirer mon attention. On fera le bilan en 2011 si quelqu'un à la bonne idée de mettre la cagoule à disposition quelque part où je peux la trouver.
Ce jour-là, j'avais fait mes devoirs et découvert que la chaîne IFC n'en était pas à son coup d'essai, et qu'une mini-série du nom de Bollywood Hero avait vu le jour environ un an plus tôt. A la lecture du pitch, je m'étais dit qu'il faudrait y jeter un œil à l'occasion. Et puis j'étais retournée à ma trépidante série d'articles hebdomadaires.

Il y a quelques jours, je ne sais plus comment ni pourquoi, j'ai repensé à Bollywood Hero. Et si vous aviez l'impression que j'étais mal lunée cette semaine, et que j'avais été négative envers toutes les séries traitées, eh bien ça pourrait bien être la faute de Bollywood Hero dont le pilote est tout simplement mon coup de cœur du moment. Oui, une série avec Chris Kattan. On me l'aurait dit ya quelques semaines de ça, je ne l'aurais pas cru non plus, je vous rassure.

BollywoodHero

Voilà tout-à-fait le genre de série dont personne ne vous parle alors que c'est d'une part vraiment original, et d'autre part très, très sympa : dans Bollywood Hero, Chris Kattan (dans son propre rôle) sent bien que sa carrière tourne en rond, voire pire. Un ultime rôle débile et mineur dans une série cheap lui donne l'impulsion nécessaire à accepter la proposition d'un jeune réalisateur indien venu à Los Angeles afin de recruter une célébrité américaine pour son prochain film. Voilà Chris qui s'envole pour l'autre bout du monde, convaincu d'avoir décroché le rôle principal d'un long métrage qui va tout changer...

Le problème c'est que d'une part, Monty, le réalisateur, est un débutant, héritier d'un grand cinéaste indien qui n'a laissé que sa légende derrière lui, et d'autre part la productrice est la sœur de Monty, Priya, une femme au caractère bien trempé qui a vite compris que Chris Kattan (1m68, chétif, une tronche de traviole et essentiellement célèbre pour son personnage de Mango...) n'est pas exactement l'acteur dont on rêve pour un rôle d'enjeu masculin dans un film bollywoodien, où en plus il faut chanter et danser. Mais Chris s'accroche au projet. Alors qu'il était parti sur un coup de tête, il a envie de s'impliquer. Et le voilà en train d'essayer de devenir le rôle masculin dont tous les films bollywoodiens pourraient rêver. Pas gagné quand on a réussi à braquer la star féminine du film et que celle-ci refuse de tourner avec lui.

La partie qui se déroule à Los Angeles est assez classique pour une fiction se déroulant à Hollywood : Chris erre l'air malheureux dans les lieux typiques du gratin, accompagné de Maya Rudolph (elle aussi dans son propre rôle), et se confrontant à Keanu Reeves (jouant une version snob et orgueilleuse de lui-m... hm, dans son propre rôle aussi). La frustration monte de part et d'autre de l'écran parce qu'on sait très bien que l'essentiel du film n'est pas là, mais sans réel agacement, plus parce que la mise en place n'est pas très originale. On tolère néanmoins ces longueurs en découvrant Chris sous un jour très humain, parfois un peu colérique mais visiblement blessé par la trajectoire qu'a effectuée sa carrière.
Mais c'est évidemment le voyage en Inde qui fait tout l'intérêt de Bollywood Hero. N'espérez d'ailleurs pas une image idyllique de l'Inde : Chris découvre d'abord les rues peuplées et pauvres avant de découvrir les superbes studios et les grandes maisons de style. En fait, les décors de l'Inde sont un très bon reflet de ce que Kattan diffuse également : un bon équilibre entre l'image qu'on s'en ferait a priori, et une autre moins spectaculaire mais plus intime. Kattan s'ouvre, se laisse aller à une certaine vulnérabilité, et l'Inde fait la même chose en toile de fond.

On n'est bien-sûr pas dans le constat social, ce n'est pas le propos. Mais alors qu'on pourrait s'attendre à ce que Bollywood Hero ne soit qu'une comédie prenant pour prétexte l'univers des film indiens pour déconner à fond, on découvre au contraire, au fur et à mesure, une sorte de Lost in Translation indien sur fond de cinéma. Certaines scènes donnent vraiment l'oeil humide, à l'instar du passage de total désœuvrement de Chris qui vient de se faire virer du film par Priya, et dont la carte de crédit a été bloquée. Expulsé de son hôtel, errant dans les rues populaires de la ville, on le sent complètement abattu...
Et c'est là, au bout de, je ne sais pas, moi, 30 minutes peut-être ? Qu'intervient la toute première chanson de l'épisode. On ne l'attendait plus. On avait fait une croix dessus. Et c'est une excellente surprise parce qu'elle n'est pas tape à l'œil, s'intègre bien dans le passage, et n'est pas trop longue. Le deuxième grand moment musical viendra à la toute fin de l'épisode, soit une autre demi-heure plus tard, et sera beaucoup plus proche de ce qu'on attend d'un film bollywoodien, mais là aussi parfaitement liée à l'histoire.

On se retrouve avec une fiction qui ne cherche pas à vous faire croire que vous regardez un film bollywoodien, mais capable de reprendre les éléments de ce type de films avec beaucoup d'enthousiasme, et en se concentrant sur son histoire et son personnage central. Il en ressort quelque chose d'authentique, comme dirigé par la passion avant tout et non par l'envie de surfer sur une vague qui effectivement peut sembler légèrement opportuniste maintenant que Slumdog Millionnaire a ouvert la voie. Toute l'équipe et, à ma plus grande surprise, Chris Kattan le premier, est confondante de sincérité, sans mettre le divertissement de côté. On rit, on larmouche un peu, et à intervalles réguliers (mais espacés) on a une folle envie de danser. Tout ça avec une histoire sympathique même si légèrement cliché.

BollywoodHero_Cap_1 BollywoodHero_Cap_2 BollywoodHero_Cap_3

Moi qui n'avais pas beaucoup d'intérêt pour Chris Kattan, je le découvre sous un angle qui me le rend très sympathique. Son interaction avec le reste du cast transpire l'honnêteté, sa scène d'entrainement à la danse avec Beeji est drôle mais donne l'impression d'une vraie rencontre, il ne cherche pas à être comique (alors que ce serait facile pour lui), et globalement on a vraiment l'impression qu'il y a une vraie histoire en Kattan et l'Inde (n'oublions pas qu'il est l'un des créateurs de la série ainsi que le producteur exécutif). Ça fait donc vraiment plaisir à voir.

Dans ces conditions, vous imaginez bien qu'à l'heure où nous parlons, je suis déjà en train de cagouler la suite... il me reste seulement deux épisodes à découvrir, c'est presque de la torture. En attendant je n'ai pas manqué de me découper les deux passages musicaux principaux, et vous imaginez sans peine qu'ils sont en train de tourner en boucle en ce moment-même, me connaissant...
Bon, et vous savez quoi ? La télévision indies (et hindi, pour le coup), ça vaut vraiment le coup de tenter. Vivement Portlandia, tiens.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Bollywood Hero de SeriesLive.

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27 octobre 2010

Poudre de Merlinpinpin

Vos réactions ont été plutôt tièdes, mais tout de même nombreuses. Du coup, même si vous n'étiez pas forcément super encourageants, j'ai décidé de jeter un œil au pilote de Merlin, juste histoire de ne pas mourir idiote quand vous étiez si nombreux à avoir vu la série.

Merlinclique

En fait, j'ai même fait une incroyable découverte : un épisode de Merlin s'assortit à la perfection avec mon visionnage matinal d'un épisode ou deux dans le train (hélas souvent 2 en temps de grèves...). Et comme il y a 5 jours dans une semaine travaillée, l'air de rien, je me suis quand même enfilé 5 épisodes de Merlin depuis qu'on en a parlé ! La téléphagie est décidément quelque chose de bien imprévisible...

Et c'était tout comme vous m'aviez dit (comme quoi, on n'est pas forcément déçus quand on entend beaucoup de choses sur une série...!) : les intrigues répétitives, le character development inexistant, le personnage central charmant, la virile histoire d'amitié avec Arthur... Bref un truc sympatoche et franchement pas intellectuel, mais qui divertit. Parfait quand on a toutes les deux minutes les portes du train qui s'ouvrent et se ferment sur fond de sonnerie stridente et de pas pressés vers la sortie.

La série n'est (vraiment) pas exempte de défauts. Les effets spéciaux sont à mourir de rire, j'avais plus vu ça depuis, je sais pas, Xena au moins, et c'était dans les années 90 donc il y avait des circonstances atténuantes.
Mais surtout, il y a ce que j'ai pris l'habitude d'appeler le "prétexte de la mort", déjà parce que l'expression me plait, et surtout parce que dans les 2 premières minutes de l'épisode, il va y avoir un prétexte débile pour que quelqu'un soit à deux doigts de trépasser dans l'épisode. S'il faut brusquement inventer un père à un protagoniste alors qu'il n'a aucune autre utilité que de devenir la victime de la semaine, c'est pas grave, vogue la galère ! S'il faut inventer un personnage machiavélique sorti du néant pour l'y faire retourner au bout de 45 minutes, c'est pas grave, balance ce que t'as ! Et puis, cntractuellement, le dragon a droit à une apparition par épisode, en général sans la moindre utilité, pour parler par énigmes et s'envoler d'un air narquois (dans le monde de Merlin, les dragons sont des salopards), laissant son interlocuteur s'égosiller à la lueur d'une torche avec le désespoir de l'imbécile qui n'a pas compris et qui n'a certainement pas demandé à la bonne personne, mais que ça n'empêchera pas de revenir la semaine suivante refaire le même cirque, comme dans une espèce de relation sado-masochiste. Et puis, il y a aussi le fait que jamais au grand jamais un personnage malfaisant ne dévoilera ses intentions. La sorcière qui a droit à DEUX épisodes (un record) sur les cinq que j'ai vus, par exemple, on sait pas ce qu'elle veut et on s'en fout, elle est juste là pour dresser des obstacles de la semaine, avec un péril de la semaine qui donne lieu à un "prétexte de la mort". Tout-au-plus Gaius se fendra-t-il d'un pseudo-cliffhangerisant "mais on devrait peut-être lui dire", mais on sait très bien que les scénaristes n'ont pas la plus petite idée de ce dont il s'agit, sans quoi ils nous donneraient au moins de quoi vraiment nous demander de quoi il s'agit.
On n'est pas là pour se poser des questions, on n'est pas là pour exiger de la qualité, et on n'est même pas là pour des intrigues cohérentes et/ou feuilletonnantes, non, vous avez voulu de la magie, vous avez voulu un héros au grands yeux bleus, c'est ce que vous aurez et rien de plus.

Pour autant, on s'en fiche, car d'une part ça fait du bien d'avoir un personnage qui n'a aucune envie de sacrifier à l'adage "un grand pouvoir implique de grandes responsabilités", surtout parce qu'il y a quelque chose de vraiment moderne dans la façon d'aborder la série pseudo-historique dans le ton des dialogues, qui dans leurs meilleurs moments sont badins, amusants et rythmés. Franchement, sur une échelle intellectuelle allant de 0 à 10 (10 étant Rubicon et 0 étant la trépanation en regardant Smallville), Merlin se situe pile sur la moyenne, surtout pas plus, et pas moins en tous cas, et au moins on sait pour quoi on signe quand on commence, on n'est pas pris en traitre.
Cette semaine, ma série du train n'est plus Merlin, j'estime avoir fait le tour du sujet après ces 5 épisodes, mais c'est quand même pas mal pour une série qui ne m'enthousiasme pas plus que ça. Nan, c'est pas mal du tout, même...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Merlin de SeriesLive.

25 octobre 2010

Désolé, on ferme

Devinez ce que j'ai regardé hier. Allez-y, devinez... C'est une série qu'a priori personne ne m'imagine regarder. Vous trouverez jamais. Mais essayez quand même.
Bon, vous donnez votre langue au chat ?
Une série française ! Vous l'aviez pas vue venir celle-là, hein ? Ça doit m'arriver une fois l'an, eh bah voilà, c'était hier.

Nan mais une fois de temps en temps, pour se mettre au niveau, c'est bien nécessaire, quand même. Et puis, après plusieurs incursions dans le domaine britannique (ma bête noire), sur lesquelles je ne manquerai pas de revenir d'ailleurs, je n'en étais plus à une traversée de la Manche près. Pis bon, à Scénaristes en Séries, j'ai vu un peu de fiction française, alors fallait bien que j'en profite tant que je n'étais pas encore trop prise de nausées. Sérieusement les gars, c'était une opportunité comme il n'y en a pas beaucoup dans une carrière téléphagique : j'avais envie de regarder cette série. Fallait pas laisser gâcher...
Donc me voilà devant Maison Close (oui paske j'allais quand même pas regarder une série de TFHein) en me disant que allez hop, tout le monde en parle, en bien comme en mal, je vais quand même y glisser un œil.

La bonne nouvelle c'est que Maison Close n'est pas une mauvaise série. La mauvaise, c'est que ce n'est pas une bonne série non plus.

Parce que ne nous voilons pas la face : c'est avant tout un jeu sur la forme qu'on nous propose ici. Je n'ai rien contre l'esthétisme, bien au contraire. Mais j'attends qu'il s'accompagne d'un propos, qu'il le souligne, quelque chose. Ici, une fois qu'on a compris le pitch (formidablement synthétisé dans le slogan de la série : "les hommes rêvent d'y entrer, elles se battent pour en sortir"), on a plus ou moins fait le tour de la question, quand même. OK, elles sont prisonnières, alors quoi ? Faire toute une série sur l'enfermement dans une maison close ? Je ne suis pas convaincue.
Reste donc pour se divertir un ou deux nichons qui frétillent, et surtout un tas de scènes, de plans et de dialogues pensés pour faire vrai, pour montrer qu'on a fait un truc, pardon pour le jeu de mot, léché... mais quand même un peu creux.

Je ne dis pas que la problématique n'est pas bonne. Ce n'est pas ça mon soucis, même. C'est qu'on a l'impression à en voir ce pilote que la question posée suffit, et qu'elle sert simplement de prétexte à voir s'ébattre les personnages dans les limites imposées par ce sujet de l'enfermement. La petite jouvencelle enfermée par malice et cupidité qui se trouve prise dans le piège qu'elle n'a pas vu venir, la vétérante enfermée par jalousie alors qu'elle pensait avoir une porte sortie après des années de service... Je vois le pilote et j'ai le sentiment d'avoir déjà fait le tour de la question, finalement.

Le pilote n'est pas dans la gratuité. Il y a, bien-sûr, des scènes plus corsées que la moyenne, sans quoi la série perdrait sa crédibilité plus vite que d'autres ne perdent leur virginité. C'était à prévoir. Mais même si les scènes explicites ne sont vraiment pas explicites à moitié, elles restent quand même assez peu nombreuses et s'intègrent relativement bien à l'intrigue, sans chercher à nous montrer du cuissot juste pour le sport. Mais ça, c'est le pilote. Il a une vraie intrigue à montrer. Comment la jalousie de Hortense va briser les espoirs de Véra, comment Rose se trouve prise par les murs du Paradis ; je ne vois pas ce qu'on peut en faire si c'est déjà dit... si ce n'est justement montré du cul pour expliciter le calvaire de l'enfermement de ces femmes (ce qui manque quand même un peu à ce premier épisode).
Du coup, Maison Close semble, à ce stade, tout faire à l'envers. Au lieu de commencer par bien nous présenter les personnages, leur souffrance, leurs problématique, leur lutte vers la sortie, on commence par nous remettre tout ce petit monde dans la maison comme si ces intrigues avaient déjà trouvé leur point final, et on nous laisse penser qu'on va se contenter d'explorer la conséquence de cet enfermement. Un peu comme si les pensionnaires du lupanar avaient attendu la fin du pilote pour en ressentir les effets...

En tant que pilotovore diplômée, je proteste : un pilote doit donner envie ! Ouvrir des portes (pardon), lancer des intrigues, créer du remue-ménage, remuer ce qui dormait jusque là et donner la sensation qu'il y a des développements à venir. Or là c'est tout le contraire, le pilote de Maison Close s'ingénie à nous prouver par a+b que de toute façon, c'est tout vu, les portes sont fermées, on ne peut pas partir. Mais, euh ! C'était votre problématique essentielle et vous la fichez déjà par terre ? Mais que va-t-il donc vous rester ensuite si vous fermez les portes même pour le spectateur ? La crudité de vos scènes ?
C'est totalement contre-productif. L'écueil que vous avez plutôt bien réussi à éviter dans le pilote va devenir votre seule source d'intérêt par la suite ? C'est désolant.

Alors voilà, alors d'accord, eh bah c'est bien : d'un côté on demande au spectateur français de s'intéresser à la fiction française, et de l'autre, on l'envoie paître quand un sujet l'intéresse. C'est pourtant sur cette base qu'il est venu vous voir, non ? J'vous jure, on n'est pas aidés, hein.
Nan mais, finalement, je devrais ptet donner une deuxième chance à Maison Close. En tant que métaphore sur le rapport entre la fiction française et ses spectateurs...

MaisonClose

Et pour ceux qui... ah bah non quoi, je vais pas commencer à faire aussi les fiches des séries françaises, zut à la fin, j'ai une réputation quand même !
EDIT : bon. Je vois ce que c'est. Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Maison Close de SeriesLive.

12 octobre 2010

Que quelqu'un appelle le Docteur !

Quand vous voulez vraiment me convaincre, vous ne le faites pas à moitié ! Alors que pour The Guild, vos réactions d'encouragement n'étaient qu'à moitié sincères (si-si, je l'ai bien senti) et en tous cas pas tellement chaleureuses, cette fois, à propos de Doctor Who, vous n'y êtes pas allés de main morte. Résultat : c'était beaucoup plus facile de me décider, et j'ai effectivement regardé le pilote de la série de 2005.

DoctorWoohoo
Vous êtes généraliste, ou vous faites la gynécologie aussi ?

Alors je sais bien : justement, plusieurs d'entre vous m'avaient recommandé de ne précisément pas commencer par là. Mais puisque je ne pouvais rien cagouler d'autre, et que, en plus, il s'avère que je ne l'ai jamais mentionné mais je suis pilotovore, j'ai quand même persisté à découvrir Doctor Who par cet épisode. Et puis, c'est aussi une question de conviction : je trouve normal de commencer comme les spectateurs d'origine (ici, les Britanniques) ont commencé, en découvrant dans des conditions similaires ce premier épisode, quoi qu'il vaille.

Et finalement vous êtes tous de gros tragédiens parce que ce n'est pas si terrible que ça. Bon, je ne dis pas que je suis fan de la série rien que sur cet épisode (des mannequins en plastique agressifs, seriously ?), mais franchement c'est pas aussi nul que vous aviez bien voulu me faire croire.

Ah, alors effectivement, les plus grands points forts de la série, à ce stade, sont l'humour, l'humour, et l'humour. Ça, on va pas se mentir. Concrètement ça me suffirait presque s'il n'y avait que ça. Presque, parce que... j'ai vu le trailer de fin d'épisode. Et là je vous le dis franchement, ma mâchoire est tombée sur mes genoux et je me suis dit que, sérieusement, j'avais un tout petit peu trop tardé avant de donner sa chance au Docteur. Docteur que je trouve fort sympathique, et c'est un euphémisme. J'en suis pas à avoir le béguin mais c'est un efficace produit d'appel, dirons-nous. Il est désinvolte, drôle, et... je ne cache pas que j'aime bien son nez (c'est comme ça) (Freudien, peut-être) (bref).
Par contre c'est certain que j'ai très peu d'atomes crochus avec Rose. Il faut dire que je n'en ai pas plus avec Billie Piper (ni avec, si sans l'option joues, d'ailleurs). De ce côté-là, franchement, si on était censés s'identifier ou quoi ou qu'est-ce, c'est raté. On sent bien qu'on va pas y couper, qu'elle va coller le Docteur et tout, que c'est parti pour vivre de folles aventures ensemble, mais sérieusement, elle me casse les pieds. Je sais bien qu'elle est blonde mais c'est pas la peine de forcer le trait. Elle est complètement à la ramasse la pauvre louloutte, attendez, je suis comme elle, j'ai jamais vu la série et pourtant j'avais percuté l'histoire du bras en plastique. Faut quand même pas avoir fait ses études à Oxford pour comprendre que ça servait à rien de ramener un souvenir à la maison. Et ton copain qui se la joue en mode automate, non, tu vois rien ? Wow, sans déconner, wow. Et puis gnagnagna j'ai ma maman et mon copain, et deux secondes plus tard les cheveux dans le vent vers le Docteur, nan mais ça servait à quoi de te faire désirer ?
Non, elle m'agace, ça c'est net. Et vu qu'elle occupe l'écran en permanence (mais bouge, putain, la série porte pas ton nom que je sache ?!), c'est un tout petit détail qui peut gâcher un peu le plaisir du visionnage.

Mais je crois qu'avant de voir cet épisode, je n'avais pas vraiment compris dans quelle gamme se trouvait Doctor Who. Je veux dire que je savais qu'il y avait des éléments fantastiques (je lis La Sorcière, donc ce serait le minimum), mais j'avais pas l'impression qu'il y aurait cet aspect "monster of the week" qui se dégage un peu du truc. Et ça, ça me refroidit. Mais après je repense au trailer de fin d'épisode...

Donc bon, je dis pas que je vais en faire des orgies, mais ptet qu'un épisode ici ou là quand je m'ennuie, ça peut s'envisager.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Doctor Who de SeriesLive.

5 octobre 2010

I did date your avatar

Ah bah, vous, quand vous avez envie de donner envie... faut pas trop s'attendre à des étincelles, hein. Nan mais si c'était pourri fallait me le dire ! Au lieu de ça, des encouragements tièdes, genre "ouais nan mais, si tu veux hein, m'enfin... oui, bon, allez, tente toujours". Ouhlà ! Faut pas s'exciter comme ça pour une série, hein !

Donc voilà, résultat des courses : oui, j'ai regardé The Guild. J'ai même regardé toute la première saison !

DatedAvatar

Les épisodes passaient si vite que j'avais le sentiment que la série n'avait pas eu le temps d'entrer dans le vif du sujet. Si vous avez l'impression que c'est un compliment, il n'en est rien : j'avais la conviction que ce n'était qu'un prélude, comme si j'étais dans une salle d'attente téléphagique. Mais si prélude il y a, il dure toute une saison, pour aboutir en fin de compte à un final en demi-teinte et sans grand panache.

Peut-être que le problème, c'est le format. Non parce que c'est une websérie (un terme qui sous-entend en général amateurisme et petits moyens ; mais ça, je m'en suis mieux accommodée que prévu), mais parce que c'est trop court. Oh, je comprends bien les impératifs divers (et notamment financiers) d'un tel projet, mais il n'empêche, vu de mon côté de l'écran, c'était trop court. C'était vraiment trop court. Même pour une comédie, qui par essence a besoin de moins de temps pour asseoir ses personnages, c'était court. J'avais l'impression persistante d'assister à des sketches bonus. Genre : ah ouais et la vraie série on la voit quand ? On voudrait comprendre un peu mieux les personnages, cerner un peu mieux leur univers, leur laisser le temps d'avoir des dialogues piquants, mais on dirait en fait que tout manque de recul, que c'est précipité pour chercher à être drôle et tenir dans le format auto-imposé... et ça ne fonctionne juste pas.
Le mordant qu'on espère ne vient pas, sauf que les évènements conduisent quand même à un final, mais il apparait grotesque et il conclut l'histoire sans convaincre...

Au bout du compte, The Guild, ce n'est vraiment pas pour moi. Mais j'aurais tenté !

Et pour ceux qui... Oh, non.

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28 septembre 2010

Jardins secrets

L'enfance à la télévision. Image d'Épinal qui s'impose immédiatement à moi de l'enfant d'une dizaine d'années qui fait des conneries pas trop graves, comme aller se battre à la récré ou casser le vase de tante Hilda, et qui à la fin, va se faire à la fois gronder et câliner par ses parents. Je sais, j'ai une vision étrange de l'enfance à la télévision, elle est censée représenter un idéal d'enfance qui n'existe certainement plus que dans quelques endroits reculés de nos propres contrées...
Je pense que c'est à rapprocher de mon problème avec les séries pour adolescents : il y a un décalage entre ce que devrait être un ado à mon sens (quelque chose dans le genre de l'ado que j'ai été, mais en mieux, et élevé dans un environnement plus sain) et les ados qu'on voit en général à la télévision. Je suis une vieille peau, on l'a déjà établi, non ?

Et pourtant, des séries comme ça, il s'avère que non seulement il y en a eu (j'en regardais quand j'étais dans le public-cible, puis quand ma sœur a été dans le public-cible et qu'il n'y avait qu'une télévision à la maison), mais qu'en plus il y en a encore. Quelque part sur la planète, j'ai trouvé une série qui ne cherche pas à abrutir le public des 10-12 ans comme peut le faire avec une dextérité sans cesse surprenante une série comme Hannah Montana, mais bien une série parlant d'enfance, telle qu'elle est, ou telle qu'elle devrait encore être, avec un petit supplément d'âme et une intelligence sans se la jouer barbante.

MyPlace

Le premier épisode de My Place est donc l'occasion pour Laura de faire une bêtise qui n'a l'air de rien, de s'en mordre les doigts et de finir par grandir juste un tout petit peu suite à cette expérience. C'est tout. Pas de grande leçon, et pas de grand spectacle, mais un juste équilibre entre le réalisme et la fiction.

Quand j'ai découvert l'existence de My Place, je vous avoue que j'en ai presque pleuré. En tous cas les larmes me sont montées aux yeux car j'ai immédiatement aimé son concept : chaque épisode correspond à un personnage vivant près d'un figuier, chacun y vivant pendant une décennie différente. Faites le calcul : la première saison compte 13 épisodes. 130 ans !
L'occasion de faire des portraits d'enfants (car c'est avant tout ça l'idée) dans des époques différentes, et donc avec des variations dans la culture. On se doute bien que Laura, l'héroïne du premier épisode (en 2008) ne vit pas dans le même contexte, avec la même éducation, avec la même liberté que Victoria (en 1888). C'est ce qui rend ce défilé de personnages si intéressant.

Mais l'expérience n'est pas encore tout-à-fait complète tant qu'on n'a pas été faire un tour sur le site internet de la série. Les différents sites sur lesquels j'avais entendu parler de My Place le présentaient comme un outil "interactif" employé même par les parents et les professeurs. Oui, comme vous dites : aïe. Un site interactif, c'est une appellation qui regroupe tout et n'importe quoi, plus souvent n'importe quoi que tout, d'ailleurs, et on a appris à s'en méfier. J'y suis allée après avoir vu le pilote (alors que j'aurais pu procéder dans l'autre sens), relativement perplexe. Quelle n'a pas été ma surprise : on peut entrer dans l'univers de chaque enfant et donc de chaque décennie, avec un luxe de détail que j'avais rarement vu sur un site internet. Chaque enfant est l'occasion (je comprends mieux l'aspect pédagogique, du coup) de découvrir une petite anecdote sur ce que c'était de vivre à son époque : ainsi, pour Victoria, on peut découvrir l'histoire des maisons de poupées, et apprendre si on l'ignorait que ce n'étaient pas des jouets pour enfants mais des décorations pour les adultes. Ça n'a l'air de rien, mais ce genre de précisions donne une profondeur incroyable à l'univers de la série ! Plus classique, la page du figuier permet de replacer l'enfant dans son entourage ; mais l'ensemble présente une telle cohérence qu'on ne peut qu'être épaté par la portée de la chose.

Mission pleinement accomplie pour My Place : si elle voulait être une série tendre de portraits réalistes, c'est réussi, et si elle voulait se montrer pédagogique, l'objectif est parfaitement atteint sitôt qu'on le complète d'une visite du site. J'ajoute donc My Place à la liste des séries à montrer à d'éventuels rejetons sans assommer leur glorieux géniteur s'il s'aventurait à regarder aussi. Et je m'excuse humblement de ne vous en parler qu'une semaine après l'avoir découverte, quand vous auriez pu passer ce temps avec nous, sous le figuier. Si j'avais le temps, je regarderais presque la série jusqu'au bout, dites donc.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche My Place de SeriesLive.

18 septembre 2010

Je vous parle d'un temps...

On est nombreux à avoir commencé la saison du pied gauche. La faute à la CW (c'est toujours la faute à la CW) qui comme l'an dernier, nous a jeté ses séries sans grande exigence à la figure pour ouvrir le bal. Personnellement, je ressens, avec les pratiques de cette chaîne, une hostilité grandissante envers les séries dites "pour ados" (même quand elles ne me semblent pas appropriées pour eux), contentieux que j'espérais voir se régler avec le retour de Life Unexpected mais non.
Bref, je me sens de plus en plus une hostilité irrépressible, voire de principe, avec les séries à destination des téléphages plus jeunes que moi.

L'heure est à la réconciliation, mes amis. Et la rédemption vient du Canada.
Pendant ma semaine canadienne, j'étais tombée sur un article parmi tant d'autres sur les meilleures séries des années 90. Serez-vous surpris d'apprendre que ces séries avaient tous en commun d'être des séries pour la jeunesse et/ou pour les adolescents, ce qui à la réflexion est logique puisque, quand on fait un tel classement en 2010, en général, c'est pour faire appel à la nostalgie du spectateur, qu'on estime avoir la vingtaine ou, grand maximum, la trentaine. A vos calculatrices.

Me voilà donc à tomber sur Degrassi (ça va, je gère, je suis une téléphage à peu près éduquée), mais aussi plein de séries qui ne me disent rien du tout. Rapport au faut que, comme on l'a dit, les séries canadiennes, on les connaît mieux quand elles sont américaines. Mais fort heureusement, ce petit article était doté d'une multitude de petits extraits venus du Mal, et c'est ainsi que j'ai découvert l'existence de Ready or Not. Je suis peut-être totalement inculte, mais je n'avais jamais entendu parler de cette série jusqu'alors.
Devant ces quelques minutes de video, soudain, un pincement au coeur : se pourrait-il qu'une série sur l'adolescence me parle ?! Je devais en avoir le coeur net, aussi, comme vous l'imaginez, je suis passée par la case pilote et j'ai touché le jackpot.

Je cherche désespérément un équivalent à Ready or Not de nos jours. L'authenticité semble aujourd'hui une espèce totalement disparue dans les séries s'adressant à cette tranche d'âge (toutefois, je ne regarde pas Degrassi aujourd'hui, alors qui sait ?). Dans les années 90, on avait Angela, 15 ans, Degrassi, Ready or Not... j'en oublie forcément mais aujourd'hui, je n'en trouve même pas autant pour parler d'une tranche d'âge ultra-ciblée par les séries, et pourtant quasiment plus abordée. Où sont passés les adolescents de télévision d'autrefois (dit-elle en ayant pleinement conscience de parler comme une vieille peau réac) ? Comment les adolescents parviennent-ils encore à se reconnaître dans le portrait qu'on fait d'eux ? Ma génération de téléphage en avait l'opportunité, on dirait que la suivante a perdu ce droit, et n'a gagné que le droit de se taire et consommer du glamour en échange.

Et voilà. Je recommence avec mon plaidoyer pour des teen shows de qualité. Je suis désolée, je me rends bien compte que ça m'arrive cycliquement (en général à chaque début de saison, quand je suis dépassée par ce que je vois), mais après avoir vu Ready or Not, je trouve difficile d'oublier devant quelle télévision j'ai grandi, bien que j'aie découvert la série à presque 30 ans c'est comme si elle appartenait à un univers télévisuel qui avait été le mien à l'époque. Je reconnaissais une partie de mes questions, de mes joies, de mes peines, dans les séries qui m'étaient alors adressées. Et pourtant Dieu sait que je n'ai pas vraiment eu une adolescence dans la norme pour mon époque (mais c'est pas le sujet).

ReadyorNot

Le pilote de Ready or Not pose les bases d'un personnage universel, et je ne trouve pas d'universalité dans les séries que j'ai tenté de voir ces dernières années un équivalent. On m'avait d'ailleurs vendu Skins comme la série moderne se rapprochant le plus de cette étiquette, et je n'ai pas vu dans le pilote quoi que ce soit d'universel, mais bien, déjà, des cas particuliers, et si je peux me permettre, très particuliers.

Alors oui, j'ai vieilli, certainement. Et peut-être qu'en moins de 15 ans, l'adolescence a changé au point de ne ressembler qu'à ce que je vois dans les séries comme Skins, dans le meilleur des cas. Peut-être. Mais je reste persuadée qu'il y a de la place pour faire ce qu'on savait faire il y a encore pas si longtemps.
Et peut-être que dans le fond, j'espère qu'il y ait encore un public adolescent capable de s'identifier aux personnages d'une série comme celle-là. Peut-être que c'est surtout ça que j'ai envie de croire, quand je m'attendris devant Ready or Not et m'y retrouve sans avoir vraiment vécu ce que j'y vois.

Et pour ceux qui... I'm on it !

25 août 2010

Choquer en douceur

Provoquer la réflexion et/ou la réaction, c'est le but de beaucoup de séries qui pour cela n'hésitent pas à parfois employer les grands moyens. Parfois jusqu'à la démesure... Mais les effets de style et la surenchère ont, avec le bon mélange de talent et d'intelligence, le mérite de faire plus que divertir, sans oublier de divertir.
Et puis bien-sûr, il y a les séries qui cherchent juste à choquer pour choquer, heurter la bonne morale ou les certitudes de certains spectateurs en espérant ainsi acquérir une identité propre, une étiquette un peu trash qui permet de sortir de la masse de séries qui chaque année déferlent sur les écrans.

Laissez-moi vous présenter maintenant la méthode douce. La méthode qui, au lieu de chercher à faire dans le révolutionnaire et/ou le scandaleux, provoque exactement les mêmes réactions. Laissez-moi vous parler de Sin Tetas No Hay Paraíso, une telenovela colombienne qui...
Ah, je sens que j'ai perdu 15 lecteurs rien qu'avec cette phrase ! C'est un tort, parce que, si vous n'avez jamais entendu parler de la série, vous allez en être pour vos frais : loin des stéréotypes sur la telenovela romanesque voire sirupeuse, cette série parle de thèmes absolument terribles, et totalement d'actualité.

Sin Tetas No Hay Paraíso ("pas de nichons, pas de paradis") suit le parcours de Catalina, une adolescente de 17 ans qui ne veut pas vivre dans la pauvreté. Jusque là ça va. Mais vous savez quelle est, selon elle, la recette miracle pour la richesse ? Se payer des implants mammaires en se prostituant. Eh ouais. La jeune fille est en effet convaincue qu'elle ne pourra améliorer son sort que si elle a un décolleté de rêve.

Et pourtant, Sin Tetas No Hay Paraíso joue la totale en matière de telenovela : la réalisation, les acteurs, les décors, les couleurs, tout y est. C'est, effectivement, ce qu'on attend d'une telenovela, à la nuance près que dans les 5 premières minutes l'adolescente est déjà en train de faire le tapin, et que son mac vend ses filles à un trafiquant. Dans la demi-heure qui suit, attention au spoiler après la virgule, la gamine va également se faire violer.
Alors, pour la telenovela chamallow, on repassera.

SinTetas

Finalement, vous savez quoi ? C'est du génie. Utiliser les codes d'une fiction confortable et tout public, pour aborder un sujet super sensible, et éminemment complexe, avec des revendications sur les classes sociales, le culte de la beauté, la prostitution... Des dialogues en apparence simplistes (je veux dire par là que moi qui n'ai jamais appris l'espagnol, je les comprends dans les grandes lignes, ce qui est quand même un signe), des personnages visiblement unidimensionnels, aucun effort particulier dans le choix des acteurs ou la réalisation (il faut voir l'interprète de Catalina pleurant son mascara jusque sur le menton pour comprendre qu'on n'a pas hérité ici d'un génie de l'art dramatique ni même d'une maquilleuse subtile), et pourtant, un propos remarquablement acéré.

En face de ça, il y a beaucoup de séries qui se gargarisent d'effets de style, et au final ne touchent que le public qui était suffisamment ouvert au départ pour ne pas se laisser distancer. Je pense à des séries comme Weeds ou Breaking Bad, qui ont quelque chose à dire je suppose (c'est ce que j'ai perçu sans être totalement convaincue), mais dont le propos se perd par désir de faire de la fiction haut de gamme. Mais si c'est pour s'adresser seulement à une élite, quel est l'intérêt ?
Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Toutes les séries "simples" (par opposition aux séries "intelligentes") ne sont pas forcément capables d'accomplir ce que fait Sin Tetas No Hay Paraíso, avec son sujet couillu. Sin Tetas No Hay Paraíso n'a pas l'air de pousser bien loin, mais elle fouille tout de même son sujet, dans une sorte d'inventaire d'apparence tout public. Beaucoup de séries se contentent d'être tout public et ne placent pas le moindre message ni propos. Mais ici, il y a quelque chose de véritablement courageux dans la démarche, et on sent que la vulgarisation est voulue. En ça, c'est du génie.

Pour le reste, je l'ai dit : réalisation, jeu et mise en scène... ça vaut pas tripette. Mais on s'en fout, c'est le genre de série à regarder pour culture perso, et pas pour avoir un coup de cœur téléphagique. Quoique, on sait pas, ça peut aussi arriver... si vous êtes déjà fan de telenovela et que vous voulez essayer la taille légèrement au-dessus.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Sin Tetas No Hay Paraíso de SeriesLive.

22 août 2010

Perdu dans ses souvenirs...

Quelle est la part de réalité de nos souvenirs ? Des bribes de réalité oubliée s'y sont-elles cachés ?

Capitu_1

Si la série Capitu porte le nom d'une protagoniste, son héros reste Bento, le vieillard courbé par le poids des ans qui partage ses souvenirs, l'œil hagard et humide, la lèvre tremblotante. Ce clown triste tente de se souvenir... la belle histoire qu'il a vécue avec Capitu n'a-t-elle existé que dans sa tête ? Son fils est-il réellement son fils ? A l'automne de sa vie, rongé par le doute, le remords et les regrets, Bento nous fait entrer dans le théâtre de sa vie...

C'est donc l'histoire de Bento et Capitu, qui sont tombés amoureux dans leur prime jeunesse. Mais la mère de Bento, qui a eu toutes les peines du monde à enfanter, a promis l'âme de son fils à Dieu : il deviendra prêtre ! Bento est envoyé au séminaire, loin de celle qui le fascine tant... Éloignés, les deux tourtereaux finissent pourtant par se retrouver et se marier. Un happy end ? Non, le début de la tragédie.

Bento sera-t-il capable, simplement en revenant sur le passé, de trouver une issue au doute qui l'assaille ? La paternité de celui qu'il a toujours cru être son fils, Ezechiel, sera-t-elle éclaircie par le simple effort de mémoire que Bento fait devant nous ? Nous prenant à témoin, il implore notre aide... mais on ne peut probablement rien pour lui.

Capitu_2

Capitu ne renie pas ses origines : la littérature et le théâtre.

Tout au long de la série, Bento griffonne à la plume ses souvenirs, comme pour mieux les saisir, comme pour leur donner plus de réalité. Mais en fait, il a conscience qu'ils lui échappent. L'émotion prend le pas sur le factuel. Encre encore luisante et mots qui crissent contre le papier... Bento capture désespérément l'insaisissable. Mais Bento ne se contente pas, surtout pas, d'être une voix off. Il promène sa carcasse décharnée et recroquevillée parmi les décors des scènes qu'il a jadis vécues, enfant, jeune homme... Maître de cérémonie d'une pièce qui ne joue que dans sa tête, et dont nous sommes les spectateurs privilégiés.

L'unité de lieu, les jeux de lumière... les costumes d'opéra de ses personnages : Capitu n'a pas honte de devoir sa forme au théâtre, au contraire, elle lui rend honneur, nous rappelle que nous sommes dans un monde fantasmé, pas tout-à-fait réel, pas tout-à-fait fictif.
Mais plus que cela, Capitu est un foisonnement de couleurs, de sons, de lumières, n'hésitant pas à mélanger les images d'archives, des découpages, des idées graphiques insensées et des plans directement inspirés du spectacle vivant dans toute sa forme, plantée au milieu d'un univers étrange fait de maquillages extravagants, d'appareils désuets et de robes corsetées. Irréel et pourtant émouvant à chaque seconde grâce à son frêle narrateur, Capitu est une claque pour moi, je ne vous le cache pas.
Et pourtant, je ne parle pas un traitre mot de Portugais, alors, allez savoir, peut-être suis-je totalement à côté de la plaque ?

Pour en juger par vous-mêmes, voici un extrait du premier épisode, lorsque Bento commence à rappeler les premiers souvenirs qu'il a de Capitu, et qu'elle l'entraîne sur le chemin du passé. Passage dépourvu de dialogue, vous dépouillant par la même occasion de toute raison de refuser de le regarder...

Capitu_IfIwasyoung

Je vais être sincère avec vous : s'il y a 10 personnes qui commentent ce post (ou plus), ça va finir en La preuve par trois.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Capitu de SeriesLive.

17 août 2010

Des intégrations

A la faveur d'un coup d'ennui, dimanche après-midi (j'ai souvent un méchant coup de blues le dimanche une fois l'article de la semaine posté, je suppose que c'est, toutes proportions gardées, une forme de dépression post-partum), j'ai attrapé le premier DVD qui trainait, et lancé le pilote. Et les deux épisodes suivants. Et me voilà, on est mardi, j'ai déjà vu 5 épisodes, en plus de tout le reste, et mes plannings téléphagiques sont de nouveau tombés à l'eau.
Mais ce qui me frappe devant cette série, c'est la faculté qu'ont certaines personnages de fiction à se réinventer.

C'est une source d'admiration sans fin pour moi : voir un personnage changer de vie et s'intégrer parfaitement dans la nouvelle. Que l'ancienne vie soit un secret ou non ne change rien à mon admiration. Il y a à la télévision des personnages qui peuvent changer de vie sans problème, sur la seule base de leur volonté.

Ah, comme cela parait formidable ! On était quelqu'un, on devient quelqu'un d'autre. Et tout le monde voit cette nouvelle personne sans y trouver à redire. Sans trouver cela étrange. Sans qu'à aucun moment, oui, c'est ça le plus fou, sans qu'à aucun moment la présence de cette nouvelle personne comme incongrue ou étrangère.

L'exemple le plus fou de réinvention constante, suivie de façon systématique d'intégration dans la société, c'est Le Caméléon. C'est même tout le principe : non seulement Jarod a la capacité intellectuelle de prendre une nouvelle identité dans chaque épisode, mais surtout, le reste de la société l'admet immédiatement dans sa nouvelle identité. Personne ne se dit "ah, tiens, il n'est pas tout-à-fait à sa place, ce gars", ou "un médecin confirmé n'aurait jamais dit ça", non, Jarod parvient à chaque fois à donner l'impression d'être à sa place. D'être parfaitement intégré.
Si je peux me permettre, il n'y a bien qu'une série remplie de blancs qui puisse donner l'impression que s'intégrer à la société est si facile...

C'est un rêve que beaucoup formulent, et très peu réalisent : choisir de tout changer, d'abandonner tout ce que l'on est et de se construire une identité à partir de rien, et tout de même parvenir à trouver parfaitement sa place auprès des autres.
Personnellement ça fait 28 ans que j'essaye et je ne suis jamais parvenue à un résultat aussi parfait que celui qu'obtient Jarod toutes les 45 minutes.

Alors depuis trois jours que j'ai repris Mad Men, je suis circonspecte. Don Draper s'est parfaitement inséré. Intégré. Bref il fait parfaitement illusion. Il n'est pas comme eux mais c'est tellement bien imité. Je voudrais tellement que tout le monde le regarde en se disant que ce mec-là n'est pas chez lui ici. Je voudrais tellement que les autres personnages regardent Don Draper comme je le vois, comme un homme qui a réussi à s'inventer une vie. D'où l'homme tient-il ce don qui lui permet d'être un brillant créatif quand ça n'était pas sa première vie ? Où se cachait donc ce talent dans cette vie antérieure ? Comment est-il possible que la seconde vie soit si réussie ?
J'ai une histoire compliquée avec Mad Men qui fait qu'à ma grande honte, je n'étais jamais parvenue aussi loin. Je n'en suis pas fière, d'autant que j'ai aimé la série depuis le premier jour, et les tags vous le confirmeront. Mais aujourd'hui que je regarde la série... je m'aperçois que je suis éperdument jalouse de ce don pour l'intégration.

TwoWorlds

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Mad Men de SeriesLive.

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