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ladytelephagy
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23 avril 2012

Watch and veep

Comprenons-nous bien : j'ai vu le pilote de Seinfeld et quelques épisodes par hasard, et je n'ai jamais trouvé ça drôle. J'ai vu le pilote de The New Adventures of Old Christine, et je n'ai pas trouvé ça drôle. Peut-être que si j'avais vu un épisode de Saturday Night Live où elle apparait dans un sketch, j'aurais ri, mais ce n'est pas le cas. Toujours est-il que je n'ai jamais compris le hype autour de Julia Louis-Dreyfus, je ne la trouve pas drôle.
Attendez, si. Ca me revient. Il y avait un épisode du Late Night with Conan O'Brien où elle était invitée, et où ils avaient mis en scène une petite blague avec Tina Fey et Jack McBrayer, et là je crois que j'ai ri. Essentiellement à cause de Conan mais ça compte quand même, n'est-ce pas ?
Nan mais voilà, c'est tout. En-dehors de ça, Julia Louis-Dreyfus, je ne comprends pas ce qu'elle a de si génial.

Et ça ne va pas commencer avec Veep.
Je sais, je sais. Quand je vous dis d'emblée ce que je pense d'un épisode que j'ai regardé, ça tue un peu le suspense. Mais disons que c'est comme un pansement. Voilà. Je l'ai arraché d'un coup, et comme ça, la douleur est aussitôt partie qu'elle était apparue.

Le problème de Veep n'est pourtant pas seulement la présence de Julia Louis-Dreyfus. Etrangement. Le problème, c'est le côté humiliant de la série. Et ça j'ai déjà pu vous le dire, ça me hérisse le poil, c'est limite pavlovien.
Ca me rappelle immédiatement ce que j'ai pu ressentir devant The Comeback, ça fait appel à plein de souvenirs téléphagiques dont même la psychothérapie et l'hypnose ne parviennent à me soulager, c'est vraiment atroce.

Je regarde le pilote de Veep et j'ai la sensation extrêmement désagréable de sentir comment les épisodes suivants vont tourner : à chaque fois, il va se passer une catastrophe, ou quelqu'un va faire une bourde, et on regardera le cabinet de la vice-présidente s'embourber un peu plus dans la catastrophe ou la bourde, elle y compris, dans une suite de séquences embarrassantes. Et visiblement, très brouillonnes et bavardes.
Parce que c'est un peu comme si on avait pris la forme d'A la Maison Blanche, avec les tirades longues comme le bras et débitées à une vitesse record, mais qu'on avait décidé d'en pervertir tout le reste : personne ne se sort grandi, intelligent (ou drôle) dans cet épisode qui est juste dédié à l'humiliation absolue de son héroïne, à laquelle il ne reste plus ensuite qu'à rabaisser le reste de son staff.

La sensation de diminution intellectuelle et émotionnelle qui en résulte est... comment dire ? Impressionnante, je crois qu'on peut employer ce mot ? Mais certainement pas drôle. Pas à un seul moment.
Et sur moi, ce genre de sensation a l'effet d'un repoussoir. Je ne comprends sincèrement pas comment on peut rire de ça alors qu'il n'y a en réalité pas de dialogue drôle, pas de gag, pas de performance comique, rien. Juste l'humiliation des personnages et peut-être aussi vaguement du spectateur. On n'est pas dans un mockumentary sur la forme, mais pas loin, voyez, et mon problème avec le mockumentary c'est quand même sa grande parenté avec la télé réalité, et pour moi vraiment c'est la boîte de Pandore, ça m'horrifie qu'on puisse chaque semaine revenir voir quelqu'un s'humilier, même volontairement et fictivement, devant une caméra. C'est dégradant intellectuellement pour tout le monde, voilà ce que j'en pense. Je sais, je suis une vieille peau rétrograde qui ne comprend rien à la télévision d'aujourd'hui et qui ne sait pas s'amuser, je retourne voir mes épisodes de The Yard, tiens.

Le problème c'est que les séries politiques font partie de ces quelques genres télévisuels (avec les séries légales) qui peuvent se passer de tout, sauf d'intelligence. Une série politique n'est pas obligée d'être sérieuse, elle n'est pas obligée de traiter son sujet avec déférence, mais elle est obligée d'être intelligente. Les comédies politiques intelligentes existent. Veep n'en est pas une.

Ce n'est pas que la faute de Julia Louis-Dreyfus, cela dit. Mais c'est sûr, ça n'aide pas.

Veep

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20 avril 2012

Fontaine de jouvence

Il est un fait que l'Australie nous a offert de sacrées bonnes surprises en ce début d'année : Outland (dont j'ai hélas toutes les peines du monde à trouver les derniers épisodes), Miss Fisher's Murder Mysteries, et Woodley. Et encore je vous ai pas encore parlé de Danger 5, j'attends d'avoir avancé (je n'ai eu le temps que de voir le premier épisodes), mais vous n'allez pas être déçus là non plus.  Ah ça, The Straits mis à part, l'Australie a bien commencé sa saison !
Mais ça, c'est la moyenne. Or si d'un point de vue général, l'impression est plutôt bonne, quand on se penche sur le cas de Woodley, je deviens purement et simplement extatique. C'est une véritable petite merveille dont j'ai, hélas trop brièvement, vanté les mérites dans le SeriesLive Show de ce soir, alors permettez que, au terme de son dernier épisode, je vous fasse un petit post de bilan pour vous encourager à découvrir cette série vraiment pas comme les autres.

FrankWoodley

J'avais vraiment envie de continuer mon post sur le même ton. Envie de vous dire comment, en l'espace d'à peine 8 épisodes, Woodley a su faire preuve de toutes les qualités nécessaires aux comédies immortelles : une énorme dose d'humour, des personnages attachants en diable, et de l'émotion comme dans vos rêves téléphagiques les plus fous.

Comment Woodley est un vibrant hommage au spectacle vivant à travers son interprète principal impressionnant et unique en son genre : Frank Woodley danse, saute, jongle, fait des pirouettes et des cascades ; il devient plus ou moins littéralement un clown, un acrobate, un équilibriste, un Pierrot de la lune est un homme élastique, un véritable athlète dans un corps comme désarticulé et pourtant incroyablement agile, fait de maladresses autant que d'adresse prodigieuse ; ce n'est pas un rôle que l'on attribue, c'est un rôle qu'on est, et que seul Frank Woodley pouvait être, c'est certain.

Comment les épisodes sont très différents, certains très mélancoliques, d'autres presque entièrement basés sur le slapstick.

Comment Woodley possède un art consommé de la narration, et est capable de raconter dans ses épisodes de véritables histoires en 24 minutes avec presque pas de dialogues mais sans jamais être superficielle.

Comment Woodley a aussi su mettre en place dés le pilote un cadre très clair au sein duquel la moindre situation ultérieure prend un tour plus touchant, sans qu'il ne s'agisse une mini-série à proprement parler : Woodley est conçue pour que les épisodes soient regardables indépendamment, tout simplement parce que la série est destinée à toute la famille.

Comment Woodley parle aussi bien aux petits, qui s'amuseront des singeries de son interprète (et de bon coeur, je le soupçonne), qu'aux adultes à travers des thèmes dans lesquels chacun se reconnaîtra, qu'il s'agisse de la peur de grandir, de perdre ce qui nous est cher, ou tout simplement l'impression que le monde est une taille trop grand pour nous.

Comment le charme magique de Woodley opère grâce à son esthétique rétro et sa musique inoubliable, rendant instantanément la série unique et pourtant intemporelle.

Comment Woodley est une série enchanteresse aux épisodes versatiles, enfin, qui donnent envie au spectateur même blasé de retomber en enfance pour avaler goulûment pitreries et idées fantasques dans des univers aussi fascinants que la mode, le cirque, ou même une maison-témoin, avec le même don pour les épisodes "à thème" que Pushing Daisies.

Mais même en prenant sur moi, j'ai du mal à chanter les louanges de Woodley là maintenant tout de suite. Pas alors que son ultime épisode m'a déchiré le coeur. C'est que, voyez-vous, Woodley est vraiment la comédie la plus douce-amère que je connaisse, et étant donné ses audiences, elle ne connaîtra probablement jamais de saison 2. Alors la voir finir comme ça ? Je suis trop triste.
Là, maintenant, tout de suite, j'ai envie de bouder un bon coup et d'aller pleurer en secouant très fort les épaules, le visage enfoui dans les bras de Fuzzby. Mais c'est normal, c'est parce que devant Woodley, je suis une petite fille.
Mais une petite fille qui va commander un DVD australien dans quelques semaines.

18 avril 2012

Les familles sans histoire n'existent pas

Apparences-Title

Avant que le Black March ne vienne nous interrompre, j'avais eu l'occasion de vous dire tout le bien que je pensais d'Apparences (si vous pensez avoir loupé ça, direction les tags au bas de ce post pour réparer votre oubli). Avec la projection des premiers épisodes à Séries Mania, pas plus tard que demain, c'est l'opportunité de vous reparler de la série...

Mais comme maintenant j'ai fini de regarder l'intégralité de la série, je dois vous mettre en garde contre la présence plus que probable de spoilers dans le post ci-dessous. Si vous voulez éviter lesdits spoilers (ce que je conçois d'autant plus qu'on parle d'un thriller), alors regardez le joli logo ci-dessus à l'effigie de la série et courez à Séries Mania regarder les deux premiers épisodes, je peux pas vous dire mieux. Sinon ça se passe après cette photo.

Apparences-Manon

Alors voilà, on est partis.

Apparences commence donc alors que Manon Bérubé, soeur de la célèbre actrice Nathalie Bérubé, disparait mystérieusement la nuit de ses 40 ans. Sa jumelle Nathalie va donc tenter de découvrir la vérité avec obstination, tandis que le reste de la famille Bérubé essaye de faire face à la disparition brutale de cette femme si douce à qui personne ne pourrait vouloir du mal.
Outre les deux soeurs, les Bérubés comptent deux autres enfants : Benoît, sportif et entrepreneur d'un naturel relativement peu jovial voire même carrément psycho-rigide, et Gaétan, alcoolique qui n'a jamais réussi à faire quelque chose correct de sa vie. Tous ont un point de ralliement : la maison de leur mère Fernande, une veuve qui a tout de Mamie Nova.

Une grande partie des premiers épisodes consiste donc à montrer comment la tribu Bérubé accuse le choc.
L'idée est de montrer cette famille à la fois comme un noeud de personnes plutôt proches (en-dehors de Nathalie, ils habitent tous la même ville et se voient relativement fréquemment), que de montrer une famille où chacun a un petit quelque chose de pas franc qu'il dissimule aux autres. Ces épisodes vont donc nous rendre l'ambiance de cette famille très ambivalente ; ce qui est parfait parce que vu que l'enquête piétine un peu, rapport au fait que rien ne semble avoir du sens dans les premiers éléments qu'on a, le spectateur tourne naturellement ses soupçons vers les membres de la famille, bien aidé en cela par le mensonge de l'un ou l'interrogatoire soutenu de l'autre.
Plus encore, outre la question directe que pose la disparition de Manon, l'atmosphère familiale, construite par les comportements des uns et des autres, renvoie une impression d'étouffement qui ne date pas d'aujourd'hui, qui est inhérente au fonctionnement-même de la famille. Pour paraphraser Sartre : l'Enfer, c'est les Bérubé.

Le travail alors entrepris est énorme. Ce qu'Apparences va construire à ce moment-là, c'est une galerie de personnages incroyablement nuancés, complexes et captivants. Et c'est le plus impressionnant à propos de cette série : bien que basée sur le principe d'un thriller, elle est essentiellement dramatique. Je crois qu'aucune autre série n'a autant mérité le badge de "thriller psychologique" que celle-ci, en fait. De toute évidence, les personnages sont parfaitement maîtrisés, le moindre détail sur leur personnalité est là pour leur apporter de la profondeur, de la force, de l'impact. Et c'est primordial pour la résolution de cette histoire, d'être capables d'entrer dans leurs têtes ; le côté dramatique est fondateur de l'aspect thriller.
Mais, pris dans le jeu de la méfiance mutuelle entretenue par l'aspect thriller de la série, par les jeux de regards et par les silences lourds, le spectateur ne va se lier à aucun d'entre eux, restant sur le qui-vive, passant au contraire une bonne partie de son temps à essayer de deviner le degré de responsabilité de chacun. Le plus surprenant, c'est que l'attachement ne se profuit pas même avec Nathalie, dont on aurait pu croire qu'elle serait l'héroïne. Sa quête de vérité prend un tour obsessionnel, malsain, et la progression de l'enquête va à plusieurs reprises nous inciter à douter d'elle ou de sa santé mentale (j'ai même essayé de réfléchir à un moment si elle n'avait pas inventé Manon, quand même), comme on doutera d'à peu près tous les autres. Oui, même le gentil petit copain de Nathalie qui avait l'air tellement jeûnot et extérieur à tout ça, nos soupçons se porteront même sur lui... personne n'est à l'abri !

Comme j'ai pu l'expliquer il y a quelques semaines, Apparences nous fait même douter de la victime. C'est une bonne partie de sa mission après le pilote, en fait. A la lecture du journal que Manon écrivait en se mettant à la place de Nathalie, le profil psychologique qui s'établit progressivement a de quoi retourner l'estomac. Manon, que tout le monde croyait si parfaite, innocente et inoffensive, apparait soudain comme une perverse qui a réussi à cacher son jeu à tout le monde, y compris sa jumelle dont elle était pourtant si proche. Sans doute un peu trop.

C'est en fait là que se cache l'autre versant du brio d'Apparences : le talent pour les fausses pistes. La plupart des thrillers sont incapables de faire des fausses pistes efficaces, on a toujours l'impression de tout voir venir, bien-sûr, tel personnage a fait une petite grimace ou a planqué un indice, c'était certain qu'il serait responsable, mais on ne le saura qu'à la toute fin. Pas ici. Les fausses pistes, on ne les voit pas venir. Et même au bout de une, deux, trois fausses pistes, on n'est toujours pas capables de voir où la série veut en venir, c'est vraiment efficace. C'est un aspect vraiment propre au thriller et pour moi qui ne suis pas friande du genre, je me sens soudain réconciliée !
Et pourtant Apparences va continuer de tisser les liens entre le suspense et le drame en nous proposant, et vraiment je vais vraiment commencer à y aller fort sur les spoilers à partir de maintenant, de résoudre l'enquête à mi-parcours : non, Manon n'a pas disparu. Elle est morte.

Apparences-ClasseVide

On en est au cinquième épisode et soudain la donne change du tout au tout. Le doute subsistait jusque là : peut-être que Manon, malade comme elle est, s'est enfuie pour toujours (genre pour se réinventer une vie ailleurs), ou va réapparaitre (pour s'en prendre à sa soeur), ou pire ! Elle semble tellement imprévisible. Qui sait ce qui peut bien se passer dans sa tête ?! Eh bien là, la plus grosse surprise, c'est que depuis le début, elle était morte. Et le thriller s'efface alors temporairement au profit du drame alors qu'Apparences nous parle de deuil.

Mais loin de se contenter d'arpenter les clichés du deuil de façon scolaire et expéditive, la série va prendre le temps de vraiment nous faire vivre ce deuil presque comme s'il était le nôtre. En fait, c'est grâce à son incroyable faculté à nous faire entrer dans l'intimité de cette famille, qu'Apparences a réussi jusque là à nous intéresser à eux sans jamais nous y fier : même quand ils nous privent de l'accès direct à leurs secrets, leurs émotions et les raisons de leur méfiance, les Bérubé se livrent à nous. C'était visible avant, mais la période du deuil marque probablement l'apogée de cette caractéristique de la famille.
Cela passe par plein de petits détails. Des petites scènes, parfois silencieuses, parfois bavardes mais remplies de "small talk", truffent les deux épisodes consacrés à la mort de Manon. C'est bien simple, toute famille ayant connu un deuil reconnaîtra instantanément ce par quoi passent les Bérubé : l'hébétude générale, la façon dont il faut bien gérer les obsèques elles-mêmes, ou encore les réactions des gens de l'entourage. Tout y est.

C'est là que j'en arrive à ce qui a fait la force d'Apparences du point de vue dramatique. Et ce qui, en fait, m'a fait réaliser pourquoi les fictions françaises m'insupportent alors que les québécoises me charment tant, quand elles ont pourtant tellement en commun. Ce sont les dialogues. Les dialogues font tout. La façon dont ils sont écrits, et la façon dont ils sont dits. Je vous explique.
Dans Apparences, les dialogues ne sont pas écrits par un génie de la répartie fine. On n'est à aucun moment dans du dialogue écrit pour faire mouche, pour faire dans la réplique-culte, pour marquer les esprits. On ne trouvera probablement pas des masses de citations issues d'Apparences dans mon cahier vert. Ca ne servirait pas le propos. Dans Apparences, les dialogues sont écrits pour faire vrai. Cruellement vrai. Les gens s'expriment normalement, pas comme des personnages à la télévision qui ont un professionnel pour leur écrire leurs tirades ; j'aime énormément de séries dramatiques, mais dans la plupart, ça se sent que quelqu'un a réfléchi à ce que les personnages allaient dire au point de leur faire prononcer des phrases un peu trop ronflantes. Là, pour qu'un scénariste soit capable d'écrire un scénario où on ne sent pas qu'il y a un scénariste qui a décidé de la moindre virgule, il en faut, du talent, croyez-moi. Evidemment ça ne gâche rien que chacun des acteurs (même les enfants, ce qui mérite d'être signalé) ait toujours l'intonation parfaitement juste. Mais c'est forcément plus facile quand c'est écrit pour sonner vrai ! Et c'est ça qui fait toute la différence... C'est ça qui donne immédiatement le relief nécessaire aux Bérubé, qui leur donne cette faculté à partager l'intimité de leur vie familiale à la cuisine ou dans le salon ! C'est infiniment précieux pour une série qui travaille tant l'ambiguité de son intrigue à suspense, d'avoir en contrepartie ce livre ouvert sur l'intimité de cette famille. Et c'est ce qui fait que même en se méfiant tour à tour d'eux, même en prenant certains des membres de la famille en grippe, on s'attache quand même aux Bérubé. L'effet est brillant.

Apparences-Ecriture

Mais le deuil ne sera que de courte durée car le mystère de la disparition, devenue mort, de Manon, n'est pas résolu. Tout en nous emmenant sur une nouvelle piste (ah, Enfer et damnation, je me suis encore fait avoir !), Apparences va exploiter ce qui est certainement l'un des trésors de son intrigue : le journal de Manon.

Je l'ai dit plus haut, Manon tenait un journal intime écrit du point de vue de sa célèbre frangine. Au bout de plusieurs épisodes, alors que de nombreux chapitres nous ont été lus, et parfois relus, on a commencé à prendre cet écrit pour une parole d'évangile et, plus particulièrement (et bien qu'on se méfie encore un peu d'elle), on a commencé à en adopter la lecture qu'en fait Nathalie.
Ah, l'idée fabuleuse qu'est ce journal ! C'est lui le responsable de la plupart des fausses pistes de la série que j'évoquais plus haut. Tout simplement parce que comme tout ouvrage, il dépend de l'interprétation qu'on en fait, et que jusque là on n'en a eu que l'interprétation de Nathalie, aidée il est vrai de sa psy et de l'enquêteur. Mais c'est bien tout.

Après les funérailles de Manon, c'est au tour de Benoît de découvrir l'existence du fameux carnet dans lequel Manon écrivait à la troisième personne, et de livrer sa propre lecture de ce qu'y dit sa soeur, avec laquelle il a une relation moins fusionnelle que Nathalie. Comme je vous le disais, ce qu'a fait Apparences depuis le début, c'est construire des personnages complexes dont le but est de soutenir la conclusion de la série. On n'en est pas encore à la conclusion, seulement au 7e épisode, mais déjà le fait de connaître la personnalité profonde de Benoît va nous permettre de comprendre son point de vue sur ce qu'a écrit notre victime. Il est encore plus négatif dans son diagnostic, et ça n'a rien d'étonnant maintenant qu'on le connait si bien.
Les choses pourraient-elles n'être qu'une question de point de vue ?

On va en avoir la confirmation quand le huitième épisode va démarrer. Cette fois, ni point de vue des frères, des soeurs, de la mère ou des amis. Seulement, ou presque seulement, de Manon elle-même. C'est d'autant plus ambitieux qu'on a encore deux épisodes après celui-là et que si cela explique tout, alors que restera-t-il pour après ?
Mais non, valeureusement, Apparences va nous expliquer qu'en réalité Manon est très bien dans sa tête. Elle est juste telle que tout le monde l'a décrite : repliée sur elle-même, mal assurée, naïve. Et elle va se lancer dans ce qui semble la décision la plus folle et inconsidérée de toute sa vie : une liaison avec un homme marié. Juste parce qu'il l'a remarquée. Et tout ce que l'on sait de son fameux journal intime prend alors un tour totalement différent. Toute la grille de lecture vient d'en changer alors qu'on voit Manon refaire le chemin avec les mêmes mots, mais ses propres actions, et pas celles imaginées par son entourage à la lecture dudit carnet. Manon n'a jamais cherché à devenir sa soeur ; elle cherchait juste une façon de plaire à son amant et c'est celui-ci qui se réjouissait juste un peu trop de leur ressemblance.

L'emploi fait du journal intime prend un tour encore plus brillant quand par la suite, Gaétan va également le lire, et Fernande refuser d'y jeter un oeil. Plus que jamais, le titre d'Apparences prend du sens (ce qui fait qu'en réalité c'est vraiment un titre "poupées gigognes" !) : c'est vraiment, à tous les égards, une question d'apparences. La beauté est dans l'oeil de celui qui regarde, mais la laideur aussi. C'est juste une affaire de point de vue. La façon dont chacun voyait sa soeur, puis a pensé découvrir sa "vraie" personnalité, est la clé de ce thriller. Lorsque les frères et soeur comprennent cela, et comparent leur lecture du carnet, la clé de l'énigme n'est plus très loin.

Une parenthèse sur ce fameux journal intime.
Le site internet de Radio-Canada nous permet d'en consulter un fac-similé très impresionnant. En matière d'interactivité (non ce n'est pas un gros mot), les Canadiens nous battent à plate-couture, il faut bien le dire, et ça n'a rien de nouveau. Les prix remportés par plusieurs séries, notamment anglophones, dans ce domaine, sont assez parlants, comme le sont les très, très nombreuses initiatives de webséries québécoises. Mais même pour une série "classique", le site d'Apparences fait vraiment un très gros travail, et ce carnet en est la preuve, remplaçant avantageusement un guide d'épisodes classiques. L'arbre généalogique, bien qu'en définitive très simple, fait également partie des atouts précieux du site. Je vous conseille de cliquer ci-dessous pour aller consulter le journal intime de Manon sur le site de Radio-Canada, une fois que vous aurez vu la série : c'est vraiment un fantastique complément.

Apparences-Cahier

Alors, évidemment, le suspense est moins dense une fois que le huitième épisode est achevé, et qu'on a vécu plus d'une année avec Manon pour voir comment elle en est arrivée là. Ce n'est pas très grave parce que, rappelez-vous, le thriller n'est pas le seul atout dans la manche d'Apparences : le côté dramatique est, depuis le tout début de la série, très prononcé. C'est lui qui a permis de résoudre le mystère et c'est lui qui sous-tend tout, depuis le début. On peut se passer du suspense quand le drame lui-même est si prenant.
Une fois qu'on connait l'histoire complète de Manon, et même, une fois qu'on sait qui était son amant secret, l'histoire ne s'achève pas pour si peu, donc : Nathalie et le reste de la famille Bérubé sont encore dans l'ignorance. Le spectateur est en possession d'informations qui échappent à tous les personnages encore en vie.

Et d'autre part, on sent que l'étau se resserre autour dudit amant : il est seulement indirectement responsable de ce qui est arrivé, évidemment, puisque la mort de Manon est et reste un suicide et non un meurtre, mais on veut qu'il porte sa part du poids à porter, et on veut aussi que la famille se libère de cette énigme pour avancer. La question de la responsabilité a toujours tenu une grande part dans Apparences : ceux qui se sentaient responsables, ceux qui espéraient secrètement que ce ne soit pas un suicide pour ne pas avoir à se poser la question de la responsabilité, etc... les Bérubé s'étaient tous heurtés à la problématique. A qui la faute ? Eh bien nous, nous le savons, et il faut admettre qu'on veut que le "coupable" porte sa part afin de soulager la souffrance des "innocents". C'est là l'enjeu des deux derniers épisodes, forts en émotion à défaut de l'être en suspense.

Apparences-Famille

Il y aurait encore beaucoup, beaucoup à dire d'Apparences. J'ai eu la sensation, lorsque j'ai rattrapé mes épisodes du mois de mars, d'avoir une quinzaine d'épiphanies à chaque épisode, et pour être honnête même en ayant mis ce post en chantier voilà plus d'une semaine, je vois bien que je laisse plein de choses de côté, comme l'incroyable réalisation, par exemple. On ne peut jamais tout dire d'une série mais c'est encore plus vrai pour celle-ci qui m'a fascinée et épatée à chaque instant ou presque.
Et pour moi qui ne suis pas, mais alors pas du tout, friande de suspense, Apparences a su trouver le ton juste, le compromis parfait pour ne jamais me permettre ni d'en prédire les retournements de situation, ni d'avoir l'impression qu'on cherche à bâtir du suspense sur du vide, comme tant de thrillers le font. Apparences est, c'est sûr, un thriller, cela se sent dans sa construction et notamment son don incroyable pour les mini-cliffhangers, mais c'est aussi un drama qui donne toute sa matière à l'intrigue principale sans jamais brader ses personnages. Tout cela avec une impression de spontanéité et de réalisme sur la sphère familiale qui fait frémir de bonheur.

Alors que vous dire de plus ? Regardez Apparences, voilà tout.
Ce qui me ramène à ce que je disais : souffrez que je me répète et que je rappelle que les deux premiers épisodes d'Apparences seront projetés demain à 18h00 à l'occasion de Séries Mania, en présence de Serge Boucher, créateur et scénariste, et d'André Dupuy, producteur de la série. Qu'on se le dise ! Si vous pouvez vous rendre sur Paris, n'hésitez pas... ça vaut plus que le coup.

17 avril 2012

Actually yes, I do care

NYC-22

La différence, c'est le ressenti.

Et pourtant on pourrait imaginer que ce ne soit pas nouveau. Intellectuellement, je suppose que je le sais, mais les idées préconçues ont la vie dure.

Les séries policières comptent probablement parmi celles à propos desquelles j'ai le plus de préjugés négatifs, et je pars souvent du principe qu'elles ne peuvent plus me surprendre ni même m'émouvoir. Parce que j'ai l'impression de connaître le sujet du bout des doigts et plus encore. Parce que j'ai la sensation qu'il n'y a rien à dire sur le métier, la fonction, le quotidien, que je n'aie lu, vu, entendu cent fois. Je suis fille de flic, à plus forte raison d'un flic qui avait besoin de me mettre le nez dedans alors que je n'avais pas 10 ans, et qu'il s'agisse de fiction ou de réalité, j'ai souvent le sentiment de connaître ce métier aussi bien que si je le pratiquais. C'est erronné évidemment, mais c'est comme ça que je le vis. Et du coup tout semble être une redite.
Il y a eu des périodes de réconciliation avec le monde policier ; essentiellement pour les séries en uniformes (pas les enquêtes qui ont fait les gros succès de la télévision américaine, donc), et à doses homéopathiques. Brooklyn South, une saison, parfait. Southland, abandonnée au bout de deux saisons ; j'aime toujours la série, mais de loin. En règle général ça reste quand même un domaine avec lequel je prends vite mes distances même quand la qualité est là.
Je me rappelle encore de la première fois que j'ai découvert Rookie Blue. C'était comme relire quelque chose que j'aurais appris par coeur ; les scènes se déroulaient et en dépit du fait que c'était la première fois que je les voyais, elles ne comportaient rien d'inédit. C'était le niveau zéro de la découverte : quand on regarde un pilote pour le regarder, mais alors que l'effet de déjà vu est plus fort que tout.

C'est avec l'intuition qu'il allait se passer quelque chose de similaire que j'ai démarré NYC 22. Sur l'air de "ok, je regarde parce qu'au moins ce ne seront pas des enquêtes, mais dans une heure c'est fini et on n'en reparlera plus jamais".

Et je devrais le savoir. Je le devrais mais les préjugés me font oublier. La différence, c'est le ressenti. Entre NYC 22 et Rookie Blue, la différence c'est que même avec une structure similaire (des jeunes flics qui font leurs premiers pas), j'ai ressenti quelque chose. Parce que les personnages m'ont un peu plus interpelée, peut-être. Parce que les dialogues étaient moins cosmétiques, possible. Ou bien parce qu'il y avait quelque chose d'autre, c'est difficile à dire à ce stade. Mais j'ai ressenti un vrai enthousiasme devant NYC 22 parce que la différence entre une bonne et une mauvaise série, ce n'est pas le pitch original, c'est le traitement. C'est du traitement que dépendra toujours le ressenti et c'est du ressenti que dépend la téléphagie. Et on pourrait se dire que depuis le temps je le sais, c'est tellement évident, comment l'oublier ? Mais ça reste une redécouverte à intervalles réguliers.

Peut-être que ce qui m'a plu dans NYC 22 ce n'est pas simplement les histoires de police en uniformes. C'est que j'avais l'impression d'apprendre rapidement à connaître les hommes et femmes derrière ces uniformes. Ca fait également une énorme différence ; peut-être que les personnages de Rookie Blue ne seront jamais que cela, des personnages, issus de l'esprit d'un scénariste, paramétrés pour offrir telle possibilité narrative ou telle autre, et qu'en fait j'ai vu les protagonistes de NYC 22 comme des humains, tout simplement. Ils arrivaient à m'être proches, en l'espace de ce premier épisode ; je crois que la proximité est précisément ce que je recherche dans une série policière en uniformes, en fait.

Les flics de NYC 22 arrivent avec un background imposant. En fait c'est ce qui les caractérise : ils sont essentiellement là pour nous parler de leur passé et pas des masses de leurs attributions. Le pilote fait énormément de cas de la raison pour laquelle ils sont là, aujourd'hui, chacun.
Probablement que NYC 22 est, à sa façon, capable de tirer partie de l'essence de ce qui fait la légende de la police new-yorkaise : un immense patchwork d'hommes et de femmes aux parcours divers qui viennent trouver une existence "normée" sous l'uniforme. On ne le ressent pas avec la police de la plupart des autres villes ; ce n'est pas ce qu'on ressent quand on regarde Southland ou Boomtown, ce n'est pas ce qu'on ressent quand on regarde NYPD Blue ou Les Experts Manhattan. C'est unique aux flics en uniformes de New York, et à cette catégorie bien précise seulement. Chacun arrive avec son accent et son passé, un peu comme on arrive à New York, et l'uniforme est l'équivalent moderne d'Ellis Island. C'est comme ça que je le vois. Ca leur est unique, aux flics de New York. Et NYC 22 m'a ramené dans cet univers bien particulier qui m'avait plu avec Brooklyn South et New York 911, a ravivé cette impression que je pensais éteinte.
Mais NYC 22 n'est pas une redite de ces séries. Elle n'appartient pas à une époque révolue. Elle est incroyablement moderne dans sa façon de nous parler des parcours de ses personnages, à l'instar de Lazarus et de sa trajectoire, qui nous parle, encore une fois, de crise, ou Ahmad, qui est un personnage qui n'aurait pu exister que dans une série post-11 Septembre. Et chacun débarque avec son expérience de la vie, mais aussi une expérience professionnelle antérieure, bien souvent. Les "rookies" ne sont pas des bleus, en réalité. Ils débarquent de l'école de police mais ils ne sont pas de grands naïfs qui découvrent le monde. C'est ce traitement qui est émouvant, et ce traitement qui fait la différence entre une série policière d'une banalité affligeante, et une série policière telle que NYC 22. Qui n'invente rien. Mais qui a décidé que ce qu'elle ferait, elle le ferait bien. Pari tenu, en ce qui me concerne.

A l'issue du pilote, j'avais deux envies : envisager de reprendre Southland... et poursuivre NYC 22.
Oh mon Dieu, j'ai vraiment envie de poulet sur mon écran. Je crois que ça fait bien une douzaine d'années que ça ne m'était pas arrivé.

16 avril 2012

Keep Portland weird

Les rattrapages post-Black March continuent et je commence à être à jour, lentement mais sûrement, sur un nombre grandissant de séries. C'est bien ma faute, je n'ai qu'à pas en regarder autant.
Hier, j'ai achevé le rattrapage sur la deuxième saison de Portlandia, dont il est vrai, je ne parle pas souvent ici, mais que j'adore presque toujours autant suivre que l'an dernier. Alors, à l'issue du season finale, je me suis dit que j'allais en profiter pour rappeler cette série à votre bon souvenir avec un petit bilan de saison. Hélas, il ne sera pas forcément aussi extatique que je l'aurais voulu.

Portlandia

Lors de sa saison inaugurale, Portlandia ne comptait que 6 épisodes. Pour une série essentiellement basée sur des sketches, ça ne heurtait pas outre mesure ; par contre c'est vrai que je m'étais tellement amusée que je trouvais que ça faisait peu. La deuxième saison de Portlandia était portée cette fois à 10 épisodes, et si au départ je pensais que c'était là une excellente nouvelle, je suis obligée de reconnaître que c'étaient peut-être quelques épisodes de trop, en fin de compte. Les bonnes idées semblent fuser un peu moins souvent que l'an passé, mais surtout, on a une grosse impression de recyclage.
D'accord, le concept-même de recyclage s'accorde plutôt bien avec la population de hipsters de Portland telle que décrite dans la série, mais ça reste en général un défaut quand il s'agit de comédie.

Il était naturel de faire revenir certains personnages de la première saison, hautement populaires et croustillants : les féministes de la librairie Women & Women First, Candace et Toni ; Peter et Nance, bien plus présents que dans la première saison ; Jason et Ronnie, les Californiens qui découvrent le charme de Portland ; une brève apparition de Lance et Nina (le couple "cacao") ; Spike le cycliste, dont on apprend cette saison qu'il a une petite amie du nom d'Iris ; et naturellement, Fred et Carrie, les avatars des comédiens qui sont devenus dans la série les conseillers les plus proches de Monsieur le Maire, j'ai nommé le grand, le magistral, le magnifique Kyle MacLachlan.
La récurrence de tout ce petit monde est compensée par la présence de personnages qui ne sont pas issus de la première saison, et qui permettent de ne pas avoir l'impression de tourner en rond ; le vrai bémol étant qu'aucun nouveau couple de personnages n'est installé pour durer : souvent anonymes, ils n'ont pas pour vocation de faire partie du "canon". La saison 2 n'apporte pas grand'chose de ce côté-là, et cela participe à l'impression de recyclage : on n'y bâtit pas pour l'avenir.

Les guests sont nombreux cette saison, bien plus que l'an passé, et on ne peut plus regarder une scène sans y reconnaître un visage connu ; j'exagère, mais à peine. Outre Kyle, dont le maire excentrique est devenu un personnage récurrent de la série plus qu'un guest à vrai dire (à quand une petite invitation sur le plateau de SNL, d'ailleurs ?!), on trouvera aussi Jeff Goldblum, Tim Robbins, Mary Lynn Rajskub, Ed Begley Jr., Amber Tamblyn, James Callis, Edward James Olmos, Ronald D. Moore, Jack McBrayer, Sean Hayes, entre autres, ainsi que comme pour la saison précédente, des copains de Saturday Night Live comme Kristen Wiig et Andy Samberg. J'en oublie forcément. Il y a aussi tout un tas de musiciens que je ne (re)connais pas, mais que la série s'enorgueuillit d'accueillir, fidèle à ses influences.
Pourtant, contrairement à la plupart des séries, le nombre et la variété des guests joue pour Portlandia et non contre elle ; c'est un fait rare qu'on aimerait pouvoir appliquer à d'autres aimants-à-guests. Cela fait partie de l'identité de la série, en fait. Les apparitions varient en brièveté, en intérêt et en qualité, mais participent à constituer un univers à la fois foisonnant et décalé, qui fonctionne bien. On peut regretter que Kristen Wiig semble mal employée ou que Sean Hayes soit méconnaissable sous sa perruque, mais les séquences qui les accueillent sont toujours écrites de façon à ne pas alourdir les sketches par leur présence. Il n'y a aucune gratuité.

Alors, où est le problème ? En fait, les choses deviennent véritablement pénibles quand on voit le recyclage auquel Armisen et Brownstein s'adonnent en termes d'écriture pour eux-mêmes.

Portlandia a fait un méchant home run sur sa première saison, et la suivante capitalise à fond dessus : au lieu de la prolonger totalement, la deuxième saison veut nous rappeler à quel point la première saison de Portlandia était cool et marrante et originale. Et du coup, cette nouvelle saison est un peu moins cool et marrante, et surtout, beaucoup moins originale.

Déjà, le diable se loge dans les détails. Retrouver les visages qui auraient dû être anonymes et qui étaient apparus une fois, pas plus, dans la première saison, à maintenant tous les coins de rue, est destabilisant. Dans la première saison, ce qui faisait entre autres le charme de Portlandia, c'était que ses personnages finissaient plus ou moins par se croiser ou être liés, mais impérativement de façon involontaire et/ou subtile ; plus en raison de l'ironie des choses ou de la taille humaine de la ville qu'autre chose, et surtout pas parce qu'une sorte de cast secondaire tentait de s'imposer au fil des épisodes. Ici, il n'y a aucune forme d'explication quant au retour de certains comédiens dont on a pu mémoriser les visages, et plus problématique encore, ils n'incarnent pas le même personnage. Ce n'est donc pas que la boucle est bouclée, et que l'univers de la série reste cohérent ou acquiert de nouvelles dimensions ; c'est juste une façon de maintenir les mêmes visages et, en tous cas à mon avis, d'évoquer la première saison indirectement. On a plus l'impression que leur présence relève de la private joke ou l'Easter egg, or Portlandia n'a quand même pas atteint un statut de culte à ce point-là dans sa courte existence. Dana la serveuse du pilote, par exemple, va faire deux apparitions où elle ne sera plus du tout la même personne. Qu'est-ce qui justifie cela ? Rien. Et ça n'apporte rien non plus. En fait, ce phénomène se répète si souvent que c'en devient vite agaçant.
Mais, évidemment, il y a le problème des recyclages de gags ; et il est beaucoup plus grave parce qu'on dépasse le cadre de l'auto-référence. Il y en a pour ainsi dire un par épisode, minimum, mais toujours de façon pervertie. L'épique chanson qui avait ouvert la série, Dream of the 90s, est parodiée en milieu de saison, sauf que c'est lourd, pas franchement drôle, un peu longuet, et qu'en plus le côté délicieusement addictif de la chanson d'origine est perdu dans la manoeuvre (un comble quand on connait l'excellente oreille du tandem). Autre exemple : l'excellent sketch de la première saison dans lequel les personnages se disputaient pour savoir qui avait lu le plus de magazines, est repris pour cette fois les voir se quereller pour savoir qui connait le plus de monde en ville, mais là encore, c'est en perdant l'énergie de départ, et avec une conclusion miteuse loin d'avoir l'effet de la première fois. Et ainsi de suite.
L'omniprésence de Peter et Nance (pourtant pas vraiment les personnages les plus prometteurs sur le plan de la comédie, bien que probablement les plus emblématiques du "message" de la série) n'aide pas vraiment à se débarrasser de cette impression de répétition, non plus.

Pour autant que je puisse être critique et, osons le dire, un peu déçue par cette nouvelle saison très inégale à mes yeux, vous l'aurez compris, Portlandia reste tout de même une excellente comédie qui ne ressemble à aucune autre à l'antenne actuellement. Il y a de très, très bons sketches cette saison, à n'en pas douter, tirant partie aussi bien du potentiel de la vie à Portland telle que les comédiens/auteurs la voient, que des personnages existants, ou encore des excentricités qui leur sont permises par un budget visiblement moins serré que l'an passé. En voici quelques unes :

Around the world in 80 plates She's making jewelry now Going greener Zero-packaging grocery store Allergy Pride Parade

Et puis, Portlandia est, et reste, une incroyable critique de son public-cible, toujours aussi brillante quand elle sort réellement les griffes, mais sans jamais le faire méchamment. Il y a derrière la critique toujours une certaine dose de tendresse qui permet d'écorcher certains stéréotypes sans rendre la série antipathique. De ce côté-là, l'équilibre est toujours impeccable. Alors que la série avait fait son succès grâce à son public de hipsters on aurait pu craindre qu'elle essayerait de l'épargner, mais pas du tout.

Cette saison gère également très bien le mélange de sketches et l'aspect semi-feuilletonnant (uniquement à l'intérieur d'un même épisode, jamais au-delà), offrant des moments cultissimes, et visiblement voulu tels, comme peut l'être l'épisode dédié à Battlestar Galactica où l'intrigue principale est hilarante.
Il me faut aussi mentionner le fameux season finale, totalement à part. Pour une série qui fonctionne essentiellement, comme je l'ai dit, sur le principe d'une comédie à sketches, réaliser cet épisode avec une intrigue d'un seul tenant était un véritable défi, relevé avec un enthousiasme visible et plein de bonnes idées. L'épisode est aussi l'occasion d'amener plusieurs personnages marquants à se croiser de plus ou moins près (Fred et Carrie, Peter et Nance, Candace et Toni), rappelant que Portlandia peut aussi s'auto-référencer sans se recycler : c'est une question de nuance. L'expérience est totalement concluante, mais doit conserver son caractère exceptionnel pour bien fonctionner.

Alors au final, cette deuxième saison n'est pas parfaite, il y a des erreurs qui sont commises essentiellement parce qu'on a sans doute trop loué les qualités de la première, mais ça reste quand même un must-see du début d'année. Et d'ailleurs, IFC ne s'y est pas trompée, et a déjà commandé une troisième saison pour janvier prochain, cette fois avec 12 épisodes au menu, ce qui est un peu à double-tranchant. Pour Portlandia, il faut espérer que ce sera la saison de la maturité... ou bien la dernière.

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14 avril 2012

La vie, tout simplement

Depuis quelques mois, j'essaye d'être plus rigoureuse dans la planification de mes objectifs téléphagiques. Comme je réagis essentiellement aux coups de tête et aux coups de coeur, il faut parfois une vigilance soutenue pour ne pas bêtement se laisser emporter par une découverte ou une nouveauté qui pourrait me faire mettre de côté certaines séries. Et alors que la saison actuelle est pour moi une corne d'abondance de ravissement, comme j'ai déjà pu vous le dire, il s'agit aussi de ne pas se reposer sur les acquis (notamment avec la tendance que j'ai à revoir certains épisodes ou certaines scènes qui m'ont énormément plu). Bref, d'essayer, dans ma fringale constante et ma tendance à la monomaniaquerie, de trouver le moyen d'être raisonnable.
Et il me semblait déraisonnable de n'avoir pas vraiment donné leur chance à la plupart des séries britanniques récemment. A part Pramface, je n'ai le souvenir d'en avoir tenté aucune de ma propre initiative ; et on m'en a recommandé chaudement plusieurs pour lesquelles j'attendais en quelque sorte le bon moment.

Pour Call the Midwife, le bon moment est venu. Et s'est prolongé sur 6 épisodes incroyablement bons aussi, un bonheur ne venant jamais seul.

Midwife-Title

Call the Midwife commence avec l'arrivée d'une jeune sage-femme dans le quartier de Poplar, dans l'Est de Londres, peu après la Seconde Guerre Mondiale. Mais le terme de "quartier populaire" ne commence même pas à décrire l'état dans lequel se trouve cet endroit surpeuplé. Si les vêtements et les débris ne nous indiquaient pas que nous sommes dans l'après-guerre, on croirait que la série se déroule au début du siècle : la pauvreté est partout, dans le monde ouvrier de Poplar, entassée dans des bâtiments délabrés dont les cours et les rues sont baignées par la brume du port voisin.

La formule de la jeune recrue qui arrive, innocente et encore pleine d'illusions, est un grand classique des pilotes, et la voix-off est un autre procédé sur-utilisé de nos jours ; mais étrangement cela fonctionne très bien dans ce contexte. On a sans doute un peu besoin, nous aussi, d'apprendre à nous familiariser avec Poplar, et d'ailleurs je confesse une ignorance absolue quant à l'état du Londres d'après-guerre. Le portrait qui est fait de l'endroit est à vrai dire saisissant. En fait, on aimerait y passer plus de temps, et parfois même (sacrilège !) sacrifier quelques unes des minutes accordées à d'autres angles pour mieux comprendre l'histoire de nombreux habitants de Poplar. Évidemment, Call the Midwife n'est pas là pour nous parler des traumatismes de la guerre ou de l'après-guerre, mais pour nous parler de sage-femmes et donc de femmes enceintes, de bébés, de pères... cependant certains aspects de la vie de tout ce petit monde m'étaient tellement inconnus que j'aurais aimé en savoir plus. Les workhouses, notamment, évoquées à plusieurs reprises, ont piqué ma curiosité sans vraiment la rassasier ; tout ça va finir sur Google, à n'en pas douter, mais il n'empêche, j'aurais apprécié que la série explore plus ces sujets.

La raison en est simple : si les premiers épisodes (notamment en répétant dans le deuxième épisodes la formule du "nouvelle arrivant") trouvent un juste équilibre entre les cas médicaux/sociaux rencontrés et la vie des infirmières, la série prend progressivement la fâcheuse habitude de passer de plus en plus du temps dans la vie privée de ses héroïnes, ce qui forcément rogne un peu sur le reste. C'est le seul blâme que j'aurai à adresser à Call the Midwife : s'attacher à ses protagonistes principales au point d'en oublier parfois sa vocation première.
Pour autant, il est des personnages dont on a du mal à ne pas dire du bien de bout en bout, même quand la série s'attarde un peu trop dans leur vie privée. Camilla, alias Chummy, en est le plus frappant exemple. Portée par une Miranda Hart qui trouve le moyen à la fois d'être totalement fidèle à elle-même et de se transcender, la sage-femme Chummy est émouvante, drôle, et capable d'une évolution incroyable pour un personnage qui n'est présent que pendant 5 épisodes (sur une saison qui n'en compte que 6). Le mérite en revient autant à l'écriture qu'à l'interprétation, mais le travail conjoint des deux fait de Chummy un héroïne cent fois plus attachante que ne peut l'être Jenny Lee, pourtant narratrice.

Les rues de Poplar Miracles de la vie Comment donner de la noblesse à un tear-jerker Jenny Lee, héroïne un poil austère L'un des rares aspects feuilletonnants d'origine médicale Poplar, ce quartier riant

Mais si j'ai l'air de médire çà et là, ne croyez pas que je sois déçue. En réalité, j'avais envie que Call the Midwife parle plus des cas rencontrés et de la vie à Poplar, tout simplement parce que quand la série le fait, c'est avec le plus magistral brio. Dans ce quartier où la population semble livrée à la pauvreté, la maladie et la crasse, on a l'impression d'être à la croisée de deux mondes : la première moitié du siècle, consacrée aux guerres, se termine, et le progrès peut reprendre. La médecine et la couverture sociale apportent énormément à de tels endroits, et on assiste aux balbutiements de leurs bénéfices pour les plus démunis. La série va, en de nombreuses reprises, attirer notre attention sur le paradoxe de l'exercice des professions médicales à Poplar : on y manque de moyens, mais on y fait résolument de grands progrès tout de même dans le soin apporté notamment aux femmes.
Ainsi Call the Midwife va nous parler aussi bien de l'amélioration des chances de survie des prématurés, des débuts de la contraception, ou encore d'avortement, mais sans jamais en faire de la matière à une démonstration ou l'objet d'une quelconque revendication.
Comme les nonnes de Poplar, Call the Midwife se garde bien au contraire de porter le moindre jugement. C'est d'ailleurs incroyablement reposant. Les histoires ne se finissent pas toujours bien : on fait avec ce qu'on a. Et on n'a pas grand'chose. Mais qu'elles se finissent dans le bonheur ou la tragédie, on y trouve toujours quelque chose de profondément humain. Il faut dire qu'on garde en permanence à l'esprit (peut-être de par les uniformes et les décors, sans doute aussi à cause des chants) qu'on est dans un contexte très religieux. Mais religieux dans le "bon" sens du terme, dans son expression quotidienne ; il n'y a aucune forme de prosélytisme dans cette série. Pour l'athée que je suis, c'est probablement la religion la plus agréable à la télévision : celle qui ne s'invite pas de votre côté de l'écran, mais qui offre un contexte, un mode de vie et de pensée, qui apportent une sorte de beauté paisible à la série.

Dans cette atmosphère parfaitement sereine, les séquences médicales, principalement les accouchements, deviennent presque choquants. On dit souvent que quand un homme en voit un autre se prendre un coup dans les parties, il a immédiatement l'impression de partager sa douleur ; je crois que j'ai ressenti quelque chose de similaire pendant les accouchements de Call the Midwife. Sans être très graphiques (bien que plus que la plupart des fictions dans lesquelles j'ai pu assister à un accouchement ; le juste milieu est trouvé avec une précision incroyable), ces scènes parviennent à retranscrire à la fois la difficulté de l'exercice pour la sage-femme, et la douleur de la patiente.

Midwife-Pramfaces

Il y a quelque chose de parfaitement sincère et humble dans Call the Midwife, quelque chose qui relève de l'excellente narration mais aussi de l'infinie tendresse un peu contemplative qu'ont certaines séries pour les simples choses de la vie ; ou quand prendre le temps de parler d'Histoire à travers une multitude d'histoires anonymes devient un art.
C'est une qualité qu'on ne retrouve totalement, d'après mon expérience, que dans les fictions de deux pays : la Grande-Bretagne et le Japon. Il doit y avoir quelque secret, caché sur le sol de ces deux pays îliens, qui leur donne le don de rendre le quotidien tellement palpable et télégénique. Dans l'attention portée aux histoires, dans l'affection palpable aux protagonistes, dans le sens aiguisé du détail, dans le choix des musiques ou dans les dialogues, se loge une qualité qu'on ne retrouve que dans des séries britanniques et des dorama. Entre The Café et Shinya Shokudou, il y a la moitié d'une planète, et pourtant une parenté énorme, partagée par Call the Midwife.

Et du coup chaque épisode est l'occasion d'une émotion permanente. Chaque instant est à la fois simple, réaliste, et en même temps terriblement touchant ; parfois parce que c'est triste, parfois parce que c'est joyeux, très souvent parce que c'est quelque chose entre les deux. J'ai passé quasiment chaque minute avec les larmes aux yeux ou roulant sur mes joues, il était impossible de faire autrement et je n'ai même pas eu envie de les refouler.

Midwife-Promo

On regarde Call the Midwife comme on écoute sa grand'mère raconter des anecdotes : les coudes posés sur les genoux, le visage lové dans le creux des mains, les yeux rivés à l'écran et avec un petit sourire fasciné. Et les pommettes humides, donc.

7 avril 2012

2 Middle Class Girls

Bitch

Tout-à-fait entre nous, je n'attendais pas à grand'chose de Don't trust the Bitch in apartment 23. Pour la bonne raison que j'en ignorais à peu près tout au lancement du pilote. Je savais que Lily Champagne... pardon, Krysten Ritter y était présente. J'avais vaguement vu passer des news mentionnant James Van Der Beek mais je n'avais même pas percuté que c'était pour cette série qu'il retournait à la télévision. C'était bien tout. Vraiment, parmi tous les projets de séries que j'essaye de ne pas trop suivre pour avoir le plaisir de la découverte, celui-ci avait dépassé toutes mes espérances.

Et finalement, l'épisode est proprement hilarant. C'est exactement ce que j'attends d'une comédie pas trop idiote : de bons dialogues, de bons personnages, et une façon pétillante de gérer les scènes les moins originales pour arriver aux plus sympathiques l'esprit léger...
Ce qui arrange pas mal les choses, c'est aussi que le pilote est extrêmement dynamique : les scènes sont courtes, se déroulent dans un tas de décors (ou l'illusion d'un tas de décors grâce à des angles très variés). On n'a pas le temps de s'ennuyer.

Mais la plus grande qualité de Don't trust the Bitch in apartment 23, c'est d'être 2 Broke Girls, en mieux. Enfin, en bien, devrais-je dire.
Les vannes mutuelles permanentes, la cohabitation de l'impossible entre la blonde candide et la brune un peu agressive mais pas mauvaise dans le fond... C'est absolument la même chose. En réussi. Au moins, on sait pourquoi on rit : ce n'est pas de l'embarras, ce n'est pas parce que les rires enregistrés ou les répliques over the top finissent par user notre résistance, c'est parce que c'est vraiment drôle ! Bien-sûr, le côté "essayons de gagner de l'argent" a disparu, mais très franchement, vu l'usage que 2 Broke Girls en faisait, on ne perd rien au change.
Une comédie de plus à ajouter au planning ! Ca tombe bien, j'ai arrêté 2 Broke Girls, ça fait de la place. Et je n'aurai plus à détruire mes neurones pendant ces vingt minutes par semaine, en prime. Tout bénef.

5 avril 2012

Friends are a girl's best friends

Il y a quelque chose de diablement rafraîchissant dans Best Friends Forever. Le problème c'est que cette goutte de fraîcheur est noyée dans un gobelet de soupe tiède.

BestFriendsForever

Soyons honnêtes, même avec des personnages relativement peu clichés et des dialogues moins cosmétiques qu'à l'ordinaire (dans un univers télévisuel où l'amitié est certainement le rapport humain dépeint de la façon la plus expéditive possible), Best Friends Forever ne réinvente pas la roue. Notons d'ailleurs que même si ses dialogues sont sympathiques, on peut difficilement parler de "gags" ou même de séquence vraiment drôle, ce qui en réalité est un handicap pour une comédie. On se retrouve en fait avec une quasi-dramédie (l'émotion en étant absente, on ne peut même pas la classer dans ce statut intermédiaire) dont la seule vertu est de s'inspirer de l'amitié réelle et visible qui lie ses interprètes principales, mais de n'avoir rien accompli par ailleurs, et surtout pas concernant ses intrigues.

Mettre en balance l'amitié et les relations amoureuses, voir comment trouver l'équilibre entre les deux et, dans le cas où ça ne se produirait pas, essayer de conserver l'un quand on veut avancer dans l'autre, c'est un thème un peu usé et, accessoirement, on a eu une décennie de Friends pour s'en inquiéter et retourner la question sous tous les angles. Également sur NBC, maintenant qu'on en parle... mais bref, c'est certainement une coïncidence. Donc au niveau du déroulement de l'épisode, une énorme partie du pilote de Best Friends Forever est un peu usant.
Et le soucis c'est que cela occupe une énorme part de l'épisode parce que, eh bien, c'est nécessaire.

Eh oui, Best Friends Forever a UNE qualité, c'est d'imposer une extraordinaire dynamique entre ses deux héroïnes (et accessoirement, le petit ami de l'une d'entre elles ne s'en tire pas trop mal), on l'a dit, et pour cela il faut bien des situations où ce lien sera testé, et où les circonstances les pousseront à se prendre le bec ou à partager leur complicité. Les deux si on est en veine. Or, il n'y a pas vraiment le choix au niveau des intrigues... Mais ces intrigues sont vues et revues, comme je le disais, alors toute la question est de savoir si la dynamique entre les deux personnages principaux vaut le coup, car s'il s'agit de la plus grande qualité de la comédie à l'heure actuelle, cela n'implique pas nécessairement qu'il s'agisse là d'une qualité suffisante...

Justement ; en dépit de tout ça, le pire c'est que je pourrais tenter de continuer Best Friends Forever, parce qu'en soi, elle n'est pas mauvaise, et que la dynamique est précisément très bonne.
Disons que ça pourrait durer une ou deux semaines comme ça ; je me bloquerais une vingtaine de minutes pour regarder les épisodes du coin de l'oeil, je m'attacherais progressivement... et c'est complètement le genre de série qu'à partir de trois épisodes environ, je suis capable de prendre en relative affection juste parce que la dynamique entre les personnages est bonne, alors que je me morfonds d'ennui devant le reste. Alors ça, c'est tout-à-fait moi, ouais, je me reconnais bien là-dedans. Il y a des précédents... 30 Rock, par exemple (à un degré moindre parce que 30 Rock fait l'effort de fournir des gags, même quand ils ne sont pas nécessairement drôles).

Alors euh, bon, l'amitié, c'est éternel, tout ça, d'accord, j'entends bien... Mais la série, elle vous estimez pour qu'elle en a pour combien de temps ? Plus d'une saison ? Moins ? Que je sache un peu dans quoi je mets les pieds...

3 avril 2012

Et elle vit que c'était bon

Qu'une chose soit claire, je n'ai pas l'intention de faire de la review épisode par épisode pour Game of Thrones. Je suis en train de mourir d'extase sur mon clavier mais même ça, ça ne me convainc pas. D'ailleurs une fois que les marathons en court sont finis, les reviews épisode par épisode, on va oublier un peu parce que c'est vraiment pas ma vocation à la base et ça se confirme encore plus quand j'en fais. Pis vous les commentez pas alors à quoi bon.
Pour autant, il fallait que je vous dise.

LifeisGood

Alors, on n'est pas bien, là ? A se délecter d'un début de saison excellentissime ?
Il parait qu'il y a des gens qui se plaignent. Je trouve ça de très mauvais goût. On a un démarrage de saison qui fait exactement son boulot, et qui le fait très bien, et qui plus est pour l'une des meilleures séries à l'antenne actuellement. Je vous préviens, moi je veux rien entendre de tel dans le coin.

C'était un bon season premiere et on se prépare à goûter des ingrédients délicieux : Jon Snow ayant franchi le mur et ayant atterri dans un pays de fous, par exemple ; Sansa qui commence à apprendre la vie ; Joffrey qui est un roi atroce et pourtant le niveau n'était pas très élevé avant lui ; Rob Stark qui nous dévoile qu'il est effectivement pourvu de testicouilles ; Cersei qui se prend un méchant revers ; et puis, ne serait-ce que grâce à Tyrion qui, mon Dieu, je veux pas spoiler ceux qui n'ont pas vu, mais c'est énorme ! Que tout cela (et plus encore) est prometteur ! Comment peut-on faire la fine bouche, c'est à peine croyable.

Alors évidemment, avec une série exigeante on devient exigeant, et c'est bien, en un sens. Mais enfin, il faut quand même raison garder et arrêter de demander l'impossible à une série qui comporte un cast pléthorique et qui revient après une année d'absence. Evidemment qu'on a besoin d'un épisode un peu calme pour se remettre dans le bain (tout le monde n'a pas la chance de lire mes posts To be continued...) ! Moi en tous cas j'étais à la fête, voilà.

Et sinon j'ai acheté le coffret DVD hier, je l'ai même pas encore déballé que j'ai déjà un de mes collègues qui veut me l'emprunter. Le pouvoir de cette série est immense !

3 avril 2012

La vérité toute nue

House of Lies avait commencé comme une dramédie trash ; je peux concevoir que cela ait pu rebuter une partie de mon entourage téléphagique ; au sein de l'équipe du SeriesLive Show, par exemple, les avis étaient contrastés, ce qui est une façon polie de dire qu'il y avait d'un côté le mien, positif, et d'un autre côté les autres, franchement pas charmés.
Pour être honnête, elle n'a jamais totalement cessé d'être trash, mais House of Lies a vraiment dépassé les clichés accrocheurs (ou voulus comme tels, mais ça n'a pas fonctionné sur tout le monde visiblement) pour offrir une série d'une densité incroyable. Mais cela, nombre des déçus qui avaient baissé les bras après le pilote ne le sauront jamais. Ce sont les règles du jeu, c'est certain, et moi-même je ne reste jamais dans les parages quand une série me déçoit au moment du premier épisode, après tout. Simplement j'ai le sentiment que les manifestations les plus trash de son pilote, ainsi que le fameux effet "freeze", sont les seules choses que nombre des gens dont j'ai pu lire l'avis ont remarqué. Comme s'il ne se disait rien d'autre. Et c'est justement là que tout le génie de House of Lies s'est déployé.

Le plus fort c'est que pendant les premiers épisodes, je ne m'intéressais pas vraiment aux troubles de son personnage central, Marty Kaan, dont les déboires me semblaient bien peu captivants comparés à l'incroyable dynamique de son équipe. Pour moi le point fort était vraiment dans leurs échanges à la fois intelligents et foncièrement cyniques, teintés de cette sorte d'agressivité dénuée de toute méchanceté propre à certains milieux professionnels. Les intrigues liées au travail de cet équipe semblaient aussi une façon incroyablement brutale et subtile à la fois de parler de l'état de notre société en ces temps de "crise".
C'est ainsi que le pilote permettait à Kaan de faire la démonstration de tout ce que sa profession implique d'odieux et de réaliste à la fois, en offrant au patron d'une énorme corporation bancaire de faire un geste qui semblerait être généreux et en réalité ne le serait pas. La démonstration était incroyablement perverse et pourtant parfaitement objective de la réalité de bien des milieux.

L'intrigue qui allait se développer à partir de là, avec cette fameuse histoire de fusion/acquisition, est la meilleure preuve du regard aiguisé que House of Lies pose sur l'actualité, et dépasse le cliché du "personnage névrosé dans une dramédie excessive" qui colle à la peau de plusieurs séries de Showtime.

House of Lies s'intéresse donc à une radiographie de la façon dont les finances de nos sociétés (dans tous les sens du terme) nous conduisent à notre décadance morale. A bien y réfléchir, tout est absurde dans ce monde-là. L'Ouroboros se mord effectivement la queue : on fait de l'argent en mentant sur la façon de faire plus d'argent, et on vit dans un status quo où on a l'illusion qu'on fait tourner la machine.
On brasse du vent pour mieux brasser de l'argent, à moins que ce ne soit le contraire.

Le sujet n'est pas facile et en réalité, les névroses du personnage agissent comme une personnification des dérives du système. J'ai l'impression que cela souvent été interprété comme l'inverse, et encore, au mieux. Mais à mesure que cette histoire de fusion/acquisition monte en puissance, il devient difficile de nier que le mode de vie déglingué de Marty Kaan va bien au-delà de la formule habituelle de Showtime, notamment grâce à Jeannie et son parcours également erratique.

HouseofLiesFINAL

Qui plus est, House of Lies propose autant de scènes-choc, souvent jouissives il est vrai, que de scènes authentiquement dramatiques. En faisant tomber le quatrième mur, Marty Kaan partage bien entendu ses commentaires blasés sur son travail ou ses collègues, mais plus encore, il emploie ce procédé dans sa vie personnelle. Il nous invite à partager aussi les moments les plus sombres qu'il traverse, par contre, contrairement à son monde professionnel, cela se fait toujours en silence. Son regard est chargé d'émotions qu'il nous inflige directement, difficile parfois de résister à la tentation de détourner les yeux pour y échapper ; plusieurs épisodes se finissent sous son regard accusateur, alors qu'il partage son angoisse autant qu'il cherche à nous rappeler qu'elle n'est probablement pas différente des nôtres. L'échange qui a lieu à ce moment-là est terrible, implacable.
Ce n'est pas simplement impressionnant parce que Marty Kaan est interprété par Don Cheadle, qui apprend progressivement à maîtriser son personnage, c'est aussi tout simplement parce que rares sont les personnages à partager autant. Et que souvent, ceux qui le font sont des femmes (c'est après tout là la réputation de Showtime), et pour la première fois depuis bien longtemps, un personnage masculin se dévoile avec toutes ses fragilités. Marty Kaan est sans nul doute le personnage le plus vulnérable que j'aie vu depuis bien longtemps.

Pour une série qui se déroule dans un milieu où, si l'on est beau parleur, on peut se remplir les fouilles, House of Lies repose donc énormément sur les silences. Et si bien des séries savent à l'occasion utiliser le silence, produire un tel résultat sur 12 épisodes est plus rare, et laisse... sans voix. Oui, les protagonistes de House of Lies sont de grands bonimenteurs... mais ils sont toujours honnêtes avec eux-mêmes, et donc avec nous. C'est assez rare pour être souligné, quand dans de si nombreuses séries, le spectateur doit d'abord faire l'effort de comprendre les motivations du personnage avant de les partager. Ici, Marty ou dans une moindre mesure Jeannie sont dans la nudité la plus complète.

Il y a d'ailleurs beaucoup à dire de la performance de Kristen Bell. Je n'ai jamais eu une sympathie très poussée pour l'actrice, elle est sympathique mais pas incontournable ; et surtout, je n'ai pas vraiment gardé un souvenir impérissable de Veronica Mars. D'ailleurs peut-être que tant mieux, ça m'évite d'aborder sa performance avec une attente trop précise. Mais au fur et à mesure de la série, elle va se révéler comme un pillier des intrigues, se développant plus qu'on n'aura pu l'espérer pour Clyde ou Doug (deux éléments que j'apprécie énormément par ailleurs, mais certainement pas pour les mêmes raisons, leur utilité se bornant aux axes plus légers des épisodes). La progression est lente, mais cohérente pour Jeannie ; à partir du moment où elle signe un pacte avec le diable, les choses se précipitent, laissant à Kristen Bell toute latitude pour nous épater. Mais vraiment.
C'est là que je me suis rappelé de l'incroyable prestation de Bell dans le pilote de Veronica Mars et de mon émotion face à la scène du "lendemain" du viol de Veronica. Soudain je révise mon opinion de l'actrice à la hausse. Il y a des Emmys qui se perdent, à vrai dire.

Soyons sincères, deux autres femmes se débrouillent incroyablement bien pendant leur temps d'antenne pourtant limité : Dawn Olivieri, incroyable en femme à la fois venimeuse et perdue dans une spirale de haine de soi, Megalyn Echikunwoke (j'ai dû copier/coller) se montrant parfaitement charmante mais aussi terriblement humaine. Quand tant de séries ont tendance à écrire les rôles féminins au détriment des rôles masculins, ou l'inverse, la présence de ce cast de charme formidablement bien servi par une écriture très tendre fait un bien fou.

Et au final, voilà comment on part d'une dramédie en apparence légère, trash, et pas forcément très profonde, à l'une des meilleures séries de ce début d'année. House of Lies n'est pas juste un coup de coeur, c'est un travail bien plus profond que cela qui parle à ce qu'il y a de plus fragile en nous, tout en nous servant une vision très sensée des organes financiers de notre monde, et des passages excessifs mais jamais totalement gratuits.
Alors c'est vrai que mon avis vaut ce qu'il vaut puisque ça doit être la dixième série qui m'impressionne en ce début d'année. Mais ça veut aussi dire que, les amis, le crû 2012 est absolument épatant. On a une chance de folie d'être téléphages en ce moment. On ne s'en rend probablement pas compte, mais le monde nous envoie de toutes parts des productions d'une exceptionnelle qualité. House of Lies en est une, et ça va être une torture d'attendre jusqu'à la saison prochaine.

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