ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

12-09-11

Un plat qui laisse froid

Les histoires de vengeance, à la télévision, ça ne manque pas. Mais le plus souvent, elles sont l'apanage soit des soaps en quête de frisson cheap, soit des séries sud-coréennes qui sont, cycliquement, friandes de ces thèmes qui ont probablement quelque chose de culturel (je ne vois pas d'autre explication à leur abondance, quand les autres pays en usent avec plus de parcimonie). Le problème, c'est que pour toutes les autres séries, le genre est franchement casse-gueule, pour ne pas dire à la limite de l'opération suicide. Certains formats et/ou tons se prêtent à la fiction revancharde, d'autres, plus difficilement, et il faut être bien armé pour relever le défi.
Là, tout de suite, sans chercher à potasser spécialement le sujet, je n'arrive pas à trouver plus d'un exemple de série sur la vengeance qui s'en soit tirée la tête haute et avec les honneurs. Mais ce seul exemple n'est pas des moindres : c'est Profit.
Quand on a vu Profit, il faut admettre que les autres histoires de vengeance semblent bien pâles en comparaison. Ou se voient systématiquement comparées à cette série, même quand elles sont réussies (on l'a vu avec Zeni Geba, si vous vous en souvenez sinon il y a les tags).

Pourtant Revenge se démène avez beaucoup d'énergie pour essayer de tenir la dragée haute à son illustre aînée. Elle reprend certains des thèmes éternels de la série de représailles : le parent absent, l'enfance volée, et une question de classe, car on ne cherche jamais à se venger des pauvres, seulement des puissants (c'est leur faute, z'avaient qu'à pas être riches). Et tout en préservant une certaine forme de suspense, le pilote parvient à expliciter ces thèmes et les fondre en une mythologie solide, ce que toutes les histoires de vengeance ne font pas forcément aussi bien.

RevengeontheBeach
Toute l'essence du problème de Revenge tient en un mot : le contexte choisi. Le froid gratte-ciel d'une immense corporation est propre à accueillir une sordide histoire de vengeance, avec ce que cela suggère de manipulations, de complots ourdis dans l'ombre et de mesquineries voilées. L'ambiance est contenue dans le décor, l'oppression ajoute au suspense et les personnages sont doublement pris au piège, à la fois dans le building glacial et dans la toile que tend le héros. Par contre, l'immense yacht de la reine des Hamptons ? Moins. Beaucoup moins. Franchement, ça ressemble plus à un primetime soap qu'au décor d'une série qui veut nous plonger dans le suspense...
Les immenses demeures plus ou moins bien photoshoppées, les jetées sur l'océan et les robes de cocktail tous azimuts, ça n'impressionne pas, et au contraire, cela renvoie l'image d'une série qui a voulu faire dans le clinquant. Je regarde Single Ladies, donc croyez-moi quand je vous dis que j'en sais long sur le clinquant : ça n'aide pas à crédibiliser une intrigue, et ça aurait même tendance à appuyer là où ça fait mal, car sitôt que l'intrigue pêche, on a l'impression que le clinquant est là exprès pour colmater la brèche.

...Sans même parler d'essayer de partager la colère, la haine ou même l'ombre d'une remontée acide avec l'héroïne qui cherche à s'en venger.
Il faut dire que, toute jolie qu'elle soit, et il n'y a pas à dire, elle l'est, Emily VanCamp ne respire pas le charisme, or, pour porter sur ses épaules l'immense schéma d'une vengeance aussi colossale que celle-là, puisqu'apparemment couvée depuis bien longtemps et portant sur un grand nombre de victimes (mais avec évidemment une cible de choix pour la fin), il faut un minimum de magnétisme. L'émotion a du mal à passer (sauf dans la scène où son père se fait arrêter), et c'est quand même un vrai problème puisqu'on a besoin de ressentir un minimum d'empathie pour le personnage, même si ses manières, nécessairement extrêmes, nous rebutent : c'est le propre d'une fiction de vengeance, on comprend le personnage mais on ne peut pas totalement adhérer à sa quête. Il faut que le héros retranscrive cette ambivalence entre la part émotionnelle et la part morale du thème.
VanCamp est-elle trop ancrée dans les esprits comme une jolie fille de type girl next door ? Ou l'actrice est-elle réellement incapable d'incarner un personnage aussi sombre et complexe que nécessaire, même (et surtout) si le scénario ne pousse pas le personnage très loin ? Je ne suis pas sûre de la réponse, mais se poser la question est définitivement signe que quelque chose cloche. Par contre, ce qui est sûr, c'est que face à la venimosité sublime de Madeleine Stowe, elle a un mal fou à rivaliser. Et je me garderai de toute plaisanterie relative à la chirurgie esthétique, on avait dit pas le physique.

Le visionnage de Revenge est, du coup, agréable et désagréable pour cette même raison. Ça se laisse bien regarder, parce que c'est fait pour être agréable à l'oeil, qu'il y a une véritable envie d'essayer de faire quelque chose de bien, de rythmé, d'élégant, de vivant, même quand les moyens ne suivent pas (et il y a des scènes dans lesquelles ça se voit), avec un cast équilibré entre visages connus et d'autres moins... Mais en même temps, le décor estival et cossu souligne les faiblesses du scénario, ou plutôt des dialogues car pour le moment, le scénario reste trop classique pour qu'on en pense complètement du mal, les acteurs se donnent assez peu de mal (et ont peu de matière pour opérer des miracles, il est vrai). D'une grande vacuité, les échanges semblent n'être là que pour meubler les séquences qui, finalement, se seraient parfaitement suffit à elles-mêmes si elles avaient été silencieuses. Je persiste depuis des années à penser que ce serait une fabuleuse expérience que de tenter une série sans dialogue (ne serait-ce qu'une mini-série), mais c'est pas le sujet ; en tous cas, Revenge serait plutôt bonne cliente pour ce genre de choses, car on n'a pas vraiment besoin des dialogues ni de la voix off (pitiéééééé, les voix off, je vous en supplie, arrêtez avec ça, quand est-ce que les scénaristes vont se remettre à écrire de vrais scénarios ?!) pour comprendre ce qui se passe. Rapport au fait que c'est très classique, et visuellement bien assez explicite, sans qu'en plus on ne nous mette le nez dedans, quoi.

Je n'en ai pas l'air comme ça, mais je vous promets que j'ai pris du plaisir à regarder le pilote. Le plus curieux c'est qu'à un moment, je me suis même dit : "alors là franchement, je vois pas trop comment on peut en dire du mal", et j'étais sûre qu'une fois arrivée au stade de réaction de mon post, je ne trouverais rien de méchant à en dire. Evidemment ce n'était pas la série du siècle, mais elle ne me semblait pas mauvaise. Seulement voilà, Revenge, comme certaines séries fondées sur le suspense (24 ou Lost ayant eu le même effet sur moi), sitôt qu'on n'est plus dedans, on ne sait déjà plus pourquoi on aimait. Le genre de série dont il est préférable de se faire une intégrale plutôt que de la suivre et prendre le risque de s'en désintéresser pendant la semaine.
De toute façon, Revenge n'a pas de raison de vivre très longtemps : si elle tenait plus d'une saison (ce qui n'est pas à exclure, la série n'est pas une catastrophe non plus à ce stade), le côté primetime soap prendrait nécessairement le dessus, parce qu'il y a quand même un nombre limité de personnes qu'Emily/Amanda pourrait atteindre avant d'en arriver à sa vengeance sur Victoria (sauf si quelque part sur le chemin on découvrait qu'elle est sa mère, ce qui accélèrera le côté soapesque) et que si en plus, Victoria se pose des questions sur elles dés le pilote, et que la vraie identité de l'héroïne a été découverte par déjà un personnage (et un chien) dans ce même épisode, la mascarade ne durera pas très longtemps.

Alors, sans rancune, je donne rendez-vous à Revenge pour l'été prochain, pour une petite intégrale, d'ailleurs je vais vous dire, je trouve ça très curieux de lancer en septembre une série qui se déroule l'été. Comme ça, au moins, mon intégrale sera assortie au timing de la série.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Revenge de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 00:58 - Review vers le futur - Permalien [#]

25-03-10

Adieu veaux, vaches, cochons... bulle économique

Un peu d'histoire. Ou d'économie. Plus vraisemblablement les deux. En 1989 explosait la "bulle" économique du Japon, dans laquelle se complaisait le pays alors en plein boom. Soudain, les conditions économiques ont cessé d'être mirobolantes, et par voie de conséquence, l'immobilier s'est effondré, les prêts n'ont plus été accordés, les entreprises ont fermé, le chômage a augmenté. Note : je parle bien du Japon des années 90 et pas de la France des années 2010.

C'est dans ce contexte que s'inscrit Okane ga nai!, une série de 1994 qui commence par nous dresser le portrait d'une famille complètement sur la paille, et vivant dans des conditions pour le moins précaires. Il faut dire que le décès des parents n'a pas vraiment joué en leur faveur, et que les trois garçons vivent sur le maigre salaire de l'aîné, Kentarou, qui a abandonné ses études pour trouver un travail... qu'il va perdre, son entreprise faisant faillite. A la suite de quoi les usuriers se pointent pour réclamer leur argent, le proprio vide la cabine qui leur sert de maison et les expulse, bref, c'est la débandade.
La scène-clé du pilote est d'ailleurs plus dure que la moyenne, pour une série japonaise notamment, parce que voilà les deux petits frères en train de dormir sur un banc, sous quelques feuilles de papier journal, et Kentarou comprend qu'il a tout perdu et que surtout, les deux petits, là, ça va pas. Malgré sa bonhommie et ses bêtises, Kentarou parvient à retranscrire toute la désolation nécessaire (je ne savais pas Yuuji Oda bon comédien, c'est dommage que finalement il ait choisi la chanson comme carrière ce garçon) pour que cette scène ne semble pas plaquée mais réellement percutante.

Là, comme ça, je comprends que vous trouviez ça dramatique. Mais l'atout majeur de la série, c'est que Kentarou est d'une nature positive. Ou peut-être naïve. Enfin, en tous cas, il ne se laisse pas abattre, même si pour survivre il devait s'enfuir d'un restaurant tous les jours (très amusante façon de mettre en place sa combine, d'ailleurs). Avec ce personnage aux moues diverses et amusantes, on n'a pas envie de se tirer une balle, et franchement, c'est vraiment à ça que ça tient, parce que même le petit frère (qui s'occupe des repas et des finances de la famille) a de quoi déprimer.

Tout l'objet de Okane ga nai!, c'est de voir comment Kentarou, qui prend durement conscience des circonstances dans lesquelles ses deux petits frères sont en train de grandir, va s'arranger pour se faire une place au soleil. Et cette envie de mener la belle vie (c'est-à-dire de ne plus s'inquiéter des problèmes d'argent) passe, je vous le donne en mille : par le travail. Oui, on n'est pas dans une série américaine, un coup de chance ou un plan invraisemblable n'y suffiront pas, il faudra bosser d'arrache-pied.

Mais bien-sûr, il faudra aussi beaucoup d'astuce, car Kentarou n'a pas de diplôme, il est pauvre comme Job, et il commence par trouver un boulot dans une société fournissant des services d'entretien le jour, et de gardiennage la nuit ; Kentarou va donc commencer sa carrière en visant les poubelles et en patrouillant dans les couloirs sombres à peu près 24h sur 24. Mais il est bien décidé à améliorer son sort, on l'a dit, et cela passe par une entreprise de courtage en assurances sur laquelle il a des vues. Dirigée par une business woman inflexible, l'entreprise n'est pourtant pas des plus accueillantes, mais voilà, on y brasse de l'argent. Et avant même d'avoir pris conscience des conditions de vie de ses frères, Kentarou voit sa curiosité piquée par ce qui s'y passe ; la scène où on le voit lire par-dessus l'épaule des courtiers, tenter de comprendre les documents ou épier le fonctionnement du bureau montre que sans même que ce soit une question d'argent, Kentarou est un esprit vif qui est capable d'aspirer à mieux, même s'il ne s'en aperçoit pas lui-même.

Il y a un facteur d'identification devant Okane ga nai!, c'est évident. Pour les mêmes raisons que devant Zeni Geba, mais sur un mode différent puisqu'ici, on reste quand même dans une dynamique positive typiquement japonaise, sur l'air de "toi aussi si tu te donnes à fond tu peux changer de vie". Mais il y a une telle sincérité dans le personnage de Kentarou, le loser qui veut devenir quelqu'un (et même pas pour lui-même, même s'il en a la curiosité intellectuelle), qu'on adhère franchement, d'autant qu'on évite un certain nombre d'écueil qui, est-ce la faute du temps qui passe ? Semblent devenus difficilement contournables par un grand nombre de séries d'aujourd'hui.

Et puis, des séries des années 90, je n'en ai pas vu beaucoup, et je dois dire que j'apprécie le voyage... une fois qu'on a réhabitué son œil aux tailleurs colorés et aux cheveux gominés, c'est plaisant, en fin de compte.

Okane

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Okane ga nai! de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 05:10 - Dorama Chick - Permalien [#]

03-09-09

Profit à la japonaise

Ce que j'aime, quand j'ai une période de boulimie comme celle que j'expérimente en ce moment, c'est que dans le flot quasi-continu de nouveautés qui m'arrivent chaque jour, il y a des surprises qui sortent du lot comme ça, sans que j'aie rien demandé. Moi, j'ai juste pioché un peu au hasard, et les merveilles surgissent sans prévenir, c'est merveilleux d'être téléphage.
Par exemple je cagoule le pilote de Koishite Akuma et... brrr, non, mauvais exemple. Je reprends : je cagoule le pilote de Zeni Geba, le genre de titre qui même à moi ne parle pas du tout, et je tente, et une heure plus tard, je suis sur le c*l.
Oui, la téléphagie, c'est magique comme ça. En une heure, vous pouvez avoir le coup de foudre.

Pourtant pendant les 10 premières minutes, j'étais assez circonspecte. Pas déçue, car l'ambiance sombre et désolante m'avait déjà conquise, mais en tous cas je me demandais sérieusement ce que je faisais là. Il faut dire qu'en-dehors d'un ouvrier muet et l'impression d'assister à un Germinal asiatique, il n'y avait pas grand'chose à voir ni à penser des débuts du pilote. Le scénario fait preuve du même mutisme que Futarou, le personnage principal, et on ne comprend pas très bien où on a atterri.

On commence mieux à cerner les choses lorsque les flashbacks commencent, prenant largement plus de sens que les scènes du présent. Et plus le contexte prend du sens, plus le sang se glace. On comprend que ce petit ouvrier, il a l'air renfermé, mais en réalité il est bien pire : il est complètement cassé.

En apparence complètement larmoyante, le pilote devient vite une histoire d'horreur moderne.
Futarou a grandi dans une maison où il n'y avait pas d'argent (ou plutôt le peu qu'il y avait était bu par son père), et c'est cette absence d'argent qui fait de lui un oprhelin de mère par la suite. Mais plutôt que nous la jouer Dickens plein de pathos, genre Innocent Love, Zeni Geba est une histoire de haine, de revanche et de rage. Futarou ne va pas faire de son mieux pour être heureux malgré tout et avec le sourire, non c'est pas le genre de la maison ; il va devenir un animal assoiffé d'argent. Il ne veut pas vivre dans le luxe, il veut juste avoir de l'argent. Il est prêt à tout pour ça, même à tuer... et plus l'épisode avance plus on voit à quel point.

Il est possible que Zeni Geba m'ait fait hurler d'horreur parce que je suis, comme beaucoup d'entre nous, terrifiée à l'idée d'être pauvre. Parce que quand on a vécu avec quelques euros (pas quelques dizaines d'euros) par mois, on connaît cette angoisse, elle s'inscrit dans la chair. Je ne pouvais même pas vraiment reprocher à Futarou d'être un tel monstre. Mais c'est aussi en cela que l'histoire est terrifiante. Quand j'ai découvert Profit, il y a de ça 8 ans environ, je me trouvais avec effroi quelques points communs avec Jim (mais je ne couche pas avec ma belle-mère... d'un autre côté mes parents n'ayant pas encore divorcé, il est vrai que je n'ai pas encore de belle-mère), et j'ai un peu ressenti la même attirance familière avec Futarou, à mon grand désespoir.

Je pense que la comparaison avec Profit, à ce stade, n'est pas galvaudée. Si vous étiez téléphage dans les années 90, ou si vous vous êtes montré curieux depuis, vous verrez que les deux séries présentent des similarités assez incroyables, sans pourtant que l'une soit la redite de l'autre. Jim Profit veut contrôler Grace & Gracen pour prendre une revanche sur sa vie de misère, lorsqu'il vivait dans un carton estampillé de leur logo, et Futarou veut avoir sa place dans l'entreprise Mikuni, parce que c'est symboliquement cette famille qui l'a rendu à la fois heureux et malheureux jadis.

L'histoire d'un homme profondément atteint par son passé et l'histoire d'une entreprise florissante se mélangent, et on ne peut pas vraiment en vouloir à l'homme de chercher à prendre le contrôle de l'entreprise dans ces conditions. Moi en tous cas je ne peux pas. Je ne peux pas me dire que la fin ne justifie pas les moyens. Et c'est une expérience d'autant plus horrible que de regarder ce pilote en se disant que oui, si les circonstances étaient les mêmes, je ne serais pas un meilleur être humain. Est-ce que j'aurais le choix ? Je ne suis pas sûre que Futarou ait le choix. Il a développé une névrose due à l'accumulation de chocs psychologiques dans son enfance, je ne vois pas comment il pourrait croire, comme la plupart des personnages japonais, que tout va s'arranger si on travaille dur et qu'on fait contre mauvaise fortune bon coeur. Je préfère un Futarou irrationnel à tous les menteurs des autres séries où on surmonte l'adversité avec des risettes. Même si ça fait mal de penser une chose pareille...

Et pour ceux qui manquent cruellement, si cruellement de culture : la fiche Zeni Geba de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 01:43 - Dorama Chick - Permalien [#]


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