01 mai 2012
Qu'est-ce qui fait si peur à HBO ?
Dans mon lycée, comme dans le vôtre je présume, et comme dans absolument tous les lycées de fiction, il y avait les gens cool et les gens pas cool. Les gens cool portaient ça sur eux avec une nonchalance agaçante, l'air de n'avoir même jamais essayé d'être cool, tandis qu'on reconnaissait les gens pas cool au fait qu'ils essayaient désespérément de paraître cool. Sauf qu'ils n'étaient pas cool justement parce qu'on pouvait sentir sur eux la peur de ne pas être cool.
Quand j'étais au collège à la toute fin des années 90, on utilisait énormément le mot "cool", que voulez-vous.
Incidemment, à la toute fin des années 90, HBO était l'un des élèves cool du lycée très prisé qu'était la télévision américaine. Et si vous demandez aujourd'hui à la plupart des téléphages de vous citer une chaîne câblée américaine de cette époque, il y a de fortes chances pour que ce soit le nom de l'élève HBO qui revienne le plus souvent. Plus cool que HBO ? Il n'y avait pas, et une large littérature à ce sujet vous attend dans quasiment chaque publication, papier ou numérique, traitant des séries américaines, pour attester que HBO a révolutionné ci, ça, et deux-trois autres choses, tout cela assorti d'une litanie de faits d'armes brillants, inoubliables et incontournables, et gare à vous si vous n'avez pas vu Six Feet Under, Les Soprano et The Wire qui ont changé la face de la télévision, faisant de HBO la chaîne la plus cool de l'univers et au-delà.
Le problème c'est qu'aujourd'hui, HBO m'a l'air d'une chaîne pas cool du tout. En tous cas elle a cette odeur de peur sur elle.

Depuis quelques années, la chaîne câblée donne l'impression de courir après quelque chose.
Alors que, bien qu'il semble difficile de nier qu'elle a ouvert la voie à sa propre concurrence, et inspiré d'autres chaînes câblées à essayer d'innover aussi en termes de séries, elle n'a pas à rougir de son succès actuel. HBO à la fin des années 90/début des années 2000, et HBO aujourd'hui, ne sont pas deux chaînes à la gloire radicalement différentes, comme on pourrait le dire de NBC au même moment. HBO fonctionne encore très bien, commande des séries qui lui amènent succès critique, succès public, et encore quelques statuettes chaque année.
Pourquoi j'ai le sentiment que HBO est en train de se comporter en élève pas cool du tout ? Parce qu'elle se donne tellement de mal, et fait preuve de tellement d'empressement, qu'au final ça a l'air louche.
Il y a deux ans déjà, HBO avait lentement commencé à modifier sa politique de commandes : l'argument d'autorité était devenu la règle. Tout le monde a envie d'attirer des gens qui aient une notoriété attirante, évidemment, mais dans les limites du raisonnable, et en laissant toujours une part d'opportunité à des relatifs inconnus de trouver l'innovation qui manquait. HBO, au contraire, avait commencé à commander des gens et plus vraiment des projets.
Scorcese pouvait débarquer avec à peu près n'importe quelle idée, HBO aurait dit banco, non ? C'est un peu l'impression qui ressort des énumérations constantes de noms supposés en jeter méchamment, et attirer le chaland. Je n'arrive plus à lire une news sur HBO qui ne commence pas par afficher clairement que la chaîne a su attirer telle personne dont la carrière épatante est auréolée de gloire, fortune et réussites au box office. Ou les charts. Ou les deux, dans le cas de la série en préparation par Scorcese et Jagger.
Mais récemment, ce phénomène s'est accompagné d'un autre : désormais dés qu'une série a un tantinet de succès, pouf, elle est renouvelée après seulement une ou deux semaines de diffusion. HBO n'est pas la seule à le faire : Showtime a donné là-dedans assez rapidement avec plusieurs de ses dramédies il y a quelques années (Nurse Jackie, notamment, le lendemain de la diffusion du pilote) ; mais Showtime était justement en train de se bâtir sa réputation, et avait des choses à prouver. C'est encore plus éloquent quand c'est Starz qui renouvelle Boss avant même sa diffusion, c'est parce que Starz, une chaîne qui fait les audiences qu'elle fait avec ses succès, mais qui n'a pas encore acquis le statut de cool, et qui court après, elle en a besoin.
Pas HBO. Pourtant la voilà en train de suer sang et eau pour banquer immédiatement sur le moindre petit succès comme si elle en avait cruellement besoin.
Et c'est comme ça qu'on en arrive à des décisions magnifiques comme celle de renouveler Luck avant de s'apercevoir que la série est une mine d'emmerdes et de devoir l'annuler ensuite quand le crottin de cheval atteint le ventilateur.
Renouveler Veep après seulement deux épisodes diffusés ? Girls après seulement trois ? A part la peur, qu'est-ce qui peut bien motiver pareil empressement ? C'est vraiment l'effet que ça me fait.
OK, HBO, respire un bon coup. D'accord, ya plus d'élèves cool maintenant que quand tu as commencé à avoir la côte au lycée. Mais c'est pas une raison pour paniquer. T'es toujours cool, t'en fais pas ! Et même si AMC a tendance à monopoliser un peu les Emmys en ce moment, tout va bien : t'as toujours de bonnes séries, les DVD de Game of Thrones se vendent comme des petits pains et tous les sites et blogs féministes font le buzz de Girls à ta place ! Essaye un peu moins d'en faire des tonnes, tu te débrouilles très bien.
Parce que, vraiment, ça commence à vraiment sembler louche, ces gesticulations.
23 avril 2012
Watch and veep
Comprenons-nous bien : j'ai vu le pilote de Seinfeld et quelques épisodes par hasard, et je n'ai jamais trouvé ça drôle. J'ai vu le pilote de The New Adventures of Old Christine, et je n'ai pas trouvé ça drôle. Peut-être que si j'avais vu un épisode de Saturday Night Live où elle apparait dans un sketch, j'aurais ri, mais ce n'est pas le cas. Toujours est-il que je n'ai jamais compris le hype autour de Julia Louis-Dreyfus, je ne la trouve pas drôle.
Attendez, si. Ca me revient. Il y avait un épisode du Late Night with Conan O'Brien où elle était invitée, et où ils avaient mis en scène une petite blague avec Tina Fey et Jack McBrayer, et là je crois que j'ai ri. Essentiellement à cause de Conan mais ça compte quand même, n'est-ce pas ?
Nan mais voilà, c'est tout. En-dehors de ça, Julia Louis-Dreyfus, je ne comprends pas ce qu'elle a de si génial.
Et ça ne va pas commencer avec Veep.
Je sais, je sais. Quand je vous dis d'emblée ce que je pense d'un épisode que j'ai regardé, ça tue un peu le suspense. Mais disons que c'est comme un pansement. Voilà. Je l'ai arraché d'un coup, et comme ça, la douleur est aussitôt partie qu'elle était apparue.
Le problème de Veep n'est pourtant pas seulement la présence de Julia Louis-Dreyfus. Etrangement. Le problème, c'est le côté humiliant de la série. Et ça j'ai déjà pu vous le dire, ça me hérisse le poil, c'est limite pavlovien.
Ca me rappelle immédiatement ce que j'ai pu ressentir devant The Comeback, ça fait appel à plein de souvenirs téléphagiques dont même la psychothérapie et l'hypnose ne parviennent à me soulager, c'est vraiment atroce.
Je regarde le pilote de Veep et j'ai la sensation extrêmement désagréable de sentir comment les épisodes suivants vont tourner : à chaque fois, il va se passer une catastrophe, ou quelqu'un va faire une bourde, et on regardera le cabinet de la vice-présidente s'embourber un peu plus dans la catastrophe ou la bourde, elle y compris, dans une suite de séquences embarrassantes. Et visiblement, très brouillonnes et bavardes.
Parce que c'est un peu comme si on avait pris la forme d'A la Maison Blanche, avec les tirades longues comme le bras et débitées à une vitesse record, mais qu'on avait décidé d'en pervertir tout le reste : personne ne se sort grandi, intelligent (ou drôle) dans cet épisode qui est juste dédié à l'humiliation absolue de son héroïne, à laquelle il ne reste plus ensuite qu'à rabaisser le reste de son staff.
La sensation de diminution intellectuelle et émotionnelle qui en résulte est... comment dire ? Impressionnante, je crois qu'on peut employer ce mot ? Mais certainement pas drôle. Pas à un seul moment.
Et sur moi, ce genre de sensation a l'effet d'un repoussoir. Je ne comprends sincèrement pas comment on peut rire de ça alors qu'il n'y a en réalité pas de dialogue drôle, pas de gag, pas de performance comique, rien. Juste l'humiliation des personnages et peut-être aussi vaguement du spectateur. On n'est pas dans un mockumentary sur la forme, mais pas loin, voyez, et mon problème avec le mockumentary c'est quand même sa grande parenté avec la télé réalité, et pour moi vraiment c'est la boîte de Pandore, ça m'horrifie qu'on puisse chaque semaine revenir voir quelqu'un s'humilier, même volontairement et fictivement, devant une caméra. C'est dégradant intellectuellement pour tout le monde, voilà ce que j'en pense. Je sais, je suis une vieille peau rétrograde qui ne comprend rien à la télévision d'aujourd'hui et qui ne sait pas s'amuser, je retourne voir mes épisodes de The Yard, tiens.
Le problème c'est que les séries politiques font partie de ces quelques genres télévisuels (avec les séries légales) qui peuvent se passer de tout, sauf d'intelligence. Une série politique n'est pas obligée d'être sérieuse, elle n'est pas obligée de traiter son sujet avec déférence, mais elle est obligée d'être intelligente. Les comédies politiques intelligentes existent. Veep n'en est pas une.
Ce n'est pas que la faute de Julia Louis-Dreyfus, cela dit. Mais c'est sûr, ça n'aide pas.
















