ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

25-01-13

Ma préférence à moi

Ce soir, en discutant avec Thierry Attard, je me suis aperçue que je n'avais encore vu aucun épisode d'Une Nounou d'Enfer en 2013. Et que ça me manquait terriblement. Ni une, ni deux, je me suis emparée de mon coffret DVD (quand ils existent, autant en profiter...) et me suis rematé le premier épisode de la série.

Rassurez-vous, il ne s'agit pas ce soir de vous faire une review de l'épisode. Quoique, à la réflexion, je parle souvent d'Une Nounou d'Enfer, et rarement de ses épisodes. Bon, alors disons que je promets solennellement que, quand l'intégralité de la série sera sortie en DVD, je vous ferai des reviews d'épisodes. Voilà. C'est dit.

TheNanny

Mais revoir ce pilote que j'adore tant m'a aussi rappelé que je suis capable de qualifier Une Nounou d'Enfer de "série préférée" parmi quelques autres. Et que ce statut, finalement, ne se distribue pas à la légère. Dire qu'une série fait partie de mes préférées est un privilège qui, en fin de compte, est dur à obtenir.

Paradoxalement, j'aime énormément de séries, et j'ai des coups de coeur régulièrement. TRES régulièrement, soyons clairs. Je ne tiens pas de statistiques, mais je ne m'avance pas trop en disant que, à vue de nez, j'ai au moins trois ou quatre coups de coeur par mois, plus des séries que j'aime énormément à un instant donné, auxquelles il faut ajouter les séries que je suis depuis quelques années et que donc on peut qualifier de séries que j'aime, et ce sans compter mes "classiques" personnels que j'adore au-delà de leur annulation. Mais il y a en vérité une telle rotation dans tout cela, que je ne trouve raisonnable de qualifier de série préférée que très peu de ces séries (dont Une Nounou d'Enfer fait partie, donc).

Cette semaine je parlais de House of Lies sur Twitter, et j'avais envie de dire à quel point cette série me rend extatique, à quel point elle est la seule, en ce moment, que j'aie vraiment envie de suivre d'une semaine sur l'autre, si ce n'est ma seule raison de cagouler un épisode de façon hebdomadaire, et j'ai presque envie de dire, la seule série que j'ai vraiment envie de regarder en ce moment (les autres étant soit par habitude, soit par grignotage, soit par goût des pilotes), bref, qu'elle fait bondir mon coeur. Et c'est quand même la deuxième année consécutive que j'adore cette série avec tant de passion (comme en témoigne le tag de la série, et donc les posts précédents la mentionnant). J'avais envie de le dire, et je pense que le terme approprié dans ces conditions, objectivement, est que c'est ma série préférée. Même pas ma série préférée du moment mais, osons le dire, l'une de mes séries préférées tout court, parce que pour la téléphage volage que je suis, ressentir un tel enthousiasme sur le long terme pour une série est quand même assez rare. D'autant que j'ai remarqué qu'en général, quand j'ai aimé une série pendant sa première saison, les premiers épisodes de la deuxième sont cruciaux (j'ai abandonné plein de séries à ce moment-là : je reviens pour le 2x01, je traine la patte pour le 2x02, le 2x03 pourrit sur un coin de disque dur, et finalement j'abandonne). On verra dans quelques jours si ça me le fait pour House of Lies mais au train où vont les choses et vu mon excitation chaque semaine à l'idée de déguster un épisode le lundi soir, j'ai comme un gros doute. Oui, House of Lies a gagné ses galons.

Simplement, je ne suis pas capable de dire une phrase comme celle-là. Je m'en suis un peu étonnée : il n'y a normalement pas de problème à dire que ... est une de mes séries préférées. Pourtant ça m'est difficile à dire.

Ce n'est qu'à moitié étonnant : j'ai très peu de séries récentes dont je suis capable de dire qu'elles font partie de mes préférées, parce que généralement, dés que je le proclame, elles sont annulées (...au bout de la deuxième saison ! C'est une vraie malédiction).

Et puis dans le fond, sans même parler de mon cas particulier, il faut admettre qu'un téléphage a plus de facilité à dire d'une série qu'elle est sa préférée, ou qu'elle fait partie de ses préférées, si elle est achevée et appartient à son passé. On a tous une série par laquelle on est venus à la téléphagie, par exemple, qui bénéficie de ce statut intouchable et quasi-divin, envoyez la musique céleste, faites planer les angelots, c'est LA SERIE PREFEREE. Mais une partie de ce statut est dû à la nostalgie, au parfum de découverte, aux premières fois, et au fait qu'aucun nouvel épisode, aucun inédit, ne pourra entâcher le souvenir qu'on a de la série.
C'est la raison pour laquelle il est tellement plus facile pour moi de dire qu'Une Nounou d'Enfer, ou SPACE 2063, ou Pushing Daisies (...quoique pour moi, il y a encore un inédit de Pushing Daisies) sont quelques unes de mes séries préférées.

Le statut de "série préférée" (qui en réalité est loin d'être toujours un singulier) est différent du "top 10" d'un téléphage. Il y a d'excellentes séries qui sont dans mon top 10 (ou plus raisonnablement, mon top 200, parce que ne choisir que 10 séries avec tout ce que j'ai vu, c'est impossible), et qui ne compteront jamais comme une "série préférée".
La série préférée ? C'est une sorte de summum émotionnel, un lien presque intime, que rien ne peut jamais défaire. Pas étonnant qu'on ne le donne pas à la légère.

Mais d'un autre côté, la perspective de me dire que je ne serai vraiment capable d'admettre que telle série est l'une de mes préférées qu'une fois qu'elle sera annulée est aussi particulièrement triste à imaginer...

Posté par ladyteruki à 23:44 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

15-12-12

Have yourself a merry little Jul

Puisque nous sommes arrivés à la mi-décembre, je vous propose de faire un propose de faire un petit "point Julkalender", histoire de voir un peu ce que les chaînes des pays scandinaves ont à offrir...

Le Julkalender ? C'est cette tradition qui remonte à l'année 1960 ; à l'époque, en Suède, SVT met en place une sorte de calendrier de l'Avent télévisuel. Le concept est simple : il s'agit d'inventer une série sur le thème de Noël, regardable par toute la famille, et d'en diffuser un épisode chaque jour à la même heure, jusqu'à la fameuse journée de Jul, avec un total de 24 épisodes (puisque dans ces pays, on fête Jul le 24 décembre, et non Noël le 25). Progressivement, l'idée a fait son chemin ; DR, au Danemark, a repris l'idée, puis YLE en Finlande, et NRK en Norvège avant la fin des années 60. Si bien que désormais, c'est une tradition dans toute la Scandinavie que de se rassembler, chaque jour, devant la télévision, pour apprécier un conte de Noël... pardon : de Jul... en famille.
Loin d'être des productions au rabais, ces séries de l'Avent sont souvent de belles productions soignées, tant à l'écriture qu'à la réalisation, et se taillent bien souvent une place de choix à la fois dans le coeur du public et de la critique. Certaines obtiennent même des nominations, voire des récompenses lors des cérémonies télévisuelles comme les Gullruten ou les Kristallen ! En un mot : ce sont de véritables évènements.

Si vous le voulez bien, voyons donc ce que les principales chaînes proposent depuis le 1er décembre.

Julekongen

En Norvège, d'abord, c'est Julekongen qui a démarré sur NRK Super (la chaîne publique dédiée aux enfants) à 18h25. La série raconte comment Kevin, un petit garçon un peu solitaire mais passionné par le bricolage, voit Jul tourner au désastre alors que des champignons ont été découverts dans sa maison, et que le 20 décembre, leur famille sera donc mise dehors. Comment célébrer la fête la plus importante de l'année dans ces conditions ? Pire encore, la famille de Kevin est invitée à célébrer Jul avec la famille de son pire ennemi Peder... Mais heureusement, avec son amie Eiril, Kevin va découvrir une grotte qui mène à un royaume secret, dans lequel ils vont devenirs des rois en combattant auprès de preux chevaliers contre un terrible sorcier. Il y a peut-être encore un espoir pour sauver Jul !

Pour ceux qui sont curieux, le site de NRK propose (sans aucune barrière géographique) de visionner les épisodes de Julekongen en streaming (avec sous-titres uniquement norvégiens, je vous l'accorde), et il faut bien admettre que le pilote est une petite merveille. Entre son côté délicieusement rétro (la ville de Sølvskogen, où se déroule en partie la série, ressemble à celle d'Edward aux Mains d'Argent, par exemple), son esprit malicieux (Kevin est un petit garçon pas forcément très expansif, mais très malin), et son incroyable soundtrack (qui n'a rien à envier à des films comme Hook, par exemple), c'est une petite demi-heure pleine de charme que propose la chaîne publique, parfaitement dans l'état d'esprit de la saison, et regardable par toute la famille sans que qui que ce soit ne s'ennuie. Si vous avez envie de passer un bon moment pour vous plonger dans l'esprit de Noël, je recommande !
Julekongen a d'ailleurs ravi le public d'entrée de jeu : son pilote a été regardé par 908 000 spectateurs, c'est-à-dire qu'on estime que 89% des enfants norvégiens l'ont vu !

Pour l'anecdote, la série est produite par Sven Clausen, déjà responsable d'une autre série de fin d'année, Jul med Clevin, en 1992 ; il est également le producteur de séries tout-à-fait pour adultes, et primées à l'occasion des International Emmy Awards, telles qu'Ørnen, Livvagterne (qui d'ailleurs va sortir au Royaume-Uni en DVD au printemps) ou Rejseholdet.

Julestjerner

Au Danemark, DR fêtait les 50 ans de sa tradition télévisuelle, et pour l'occasion a décidé d'offrir un 25e épisode à sa série annuelle. Julestjerner, c'est son nom, est plutôt orienté vers les préados et les ados. Il s'agit de l'histoire de Sus, une jeune fille passionnée par le vélo acrobatique (mais tout aussi passionnée par son instructeur, un type qui se surnomme The Whizz), qui s'apprête à fêter avec ses parents, John et Maria, son dernier Jul en tant que fille unique, puisque Maria attend un enfant. Problème : le 1er décembre, une terrible tempête imprévisible vient ébranler leur immeuble ; comme la structure est désormais dangereuse, ils sont évacués et partent en urgence s'installer à la campagne, là où la famille a hérité d'une vieille bâtisse ; Sus peut dire adieu à sa vie à la ville ! Cependant, dans ce nouvel endroit qui ne lui plait pas, elle fait la rencontre de Bob, un passionné en astronomie qui passe son temps dans un observatoire désaffecté. Avec lui, elle va découvrir que les choses étranges qui se passent en ville, comme la tempête, proviennent en réalité de l'apparition d'une nouvelle étoile dans le ciel...

Si vous n'êtes pas trop fan des contes de fées du genre de Julekongen, Julestjerner et son temps bien plus sérieux pourraient être plus pour vous. Cependant, la mise en place de l'histoire est beaucoup plus lente ; il faut attendre la fin du 2e épisode avant que la famille de Sus n'arrive seulement dans son patelin campagnard paumé, et il n'a encore même pas été question d'étoiles ! Un peu gênant pour une série dont le titre contient le mot danois pour "étoile", quand même. Cependant, ça change des clichés sur Noël. Là encore, DR vous permet de visionner les épisodes sur son site, si vous voulez aller jeter un oeil.
Avec 1,16 million de spectateurs pour son premier épisode, samedi 1er décembre, soit 53% des spectateurs, Julestjerner n'en est pas moins un joli succès. C'est le meilleur démarrage pour un Julekalender sur DR depuis 1993, rien de moins.

JuliValhal

Si Julstjerner a pris la tête des audiences danoises, le 1er décembre à 19h30, un petit mot tout de même sur le Julkalender de la chaîne concurrente TV2, qui rediffusait Jul i Valhal, une série déjà dévoilée au public dans les mêmes conditions, en 2005. On y découvre Sofie, à laquelle sa mère apprend qu'à la fin du mois de décembre, elles devront déménager pour Singapour pour des raisons professionnelles ; en attendant, comme leur appartement est rapidement vendu, la mère et la fille vont vivre pendant le mois de décembre avec la grand'mère Ragnhilde. Mais la vieille dame est pleine de surprises : elle habite juste à côté d'un dolmen sous lequel on dit que nul autre que le dieu nordique Loki est enchaîné. Et effectivement ! Sofie découvre Loki, lequel lui promet d'exaucer son voeu de ne pas avoir à aller vivre à Singapour, si elle veut bien le libérer...

La rediffusion peut sembler être un procédé un peu parasseux, mais Jul i Valhal est un véritable succès international dans la catégorie des séries de l'Avent (elle a été diffusée en 2006 en Norvège, en 2007 en Suède et en 2008 en Finlande !) ; comme les épisodes sont également sortis en DVD, il est assez facile de les trouver en streaming, par exemple sur Youtube (ici le pilote). L'originalité essentielle de la série, c'est qu'elle inclut des numéros musicaux (ou plutôt des clips) chantés par les personnages de la série, aussi bien sur le thème de Noël, que sur ce que le personnage alors mis en vedette traverse. Ainsi, voici la chanson de Loki sur ses années d'enfermement sous le dolmen :

JuliKommunen

Il ne faut pas oublier une troisième chaîne publique danoise, DR2, qui a elle aussi son Julkalender... mais comme chaque année, elle s'adresse à un public légèrement plus âgé. Avec Jul i Kommunen, une satire politique qui se déroule dans une petite ville où le maire est égocentrique au possible, doit gérer la tradition des fêtes de Noël même si, en réalité, il s'intéresse bien moins aux citoyens de sa petite commune qu'à sa propre personne.

Vraisemblablement inspirée par la formule de séries comme The Office, la série, ainsi que c'est souvent le cas pour un Julekalender de DR2, est clairement tournée avec peu de moyens. Vous pouvez tenter d'aller la regarder sur le site de DR, où elle est disponible en streaming, mais sans sous-titres, elle perd énormément d'intérêt (c'est le problème des comédies en VOSTM).

MysterietpaGreveholm-GrevensAterkomst

Chez SVT1, en Suède, le 1er décembre était l'occasion de diffuser la suite de Mysteriet på Greveholm, dont la première diffusion datait, tenez-vous bien... de 1996 ! Mais en 2007, cette série a été élue "meilleur Julkalender de tous les temps", alors forcément... Mysteriet på Greveholm: Grevens återkomst, ce sequel un peu tardif, Greveholm est un manoir hanté par Le Comte, à l'abandon depuis 16 longues années, quand les Olsson (la famille qui était l'héroïne de la première série) sont partis, et qui est mis en vente. Saga et Benny, les deux enfants de la famille qui achète le manoir pour le remettre en état, vont progressivement découvrir les secrets de cette étrange demeure...

Diffusée quotidiennement à 7h15 et 18h45, Mysteriet på Greveholm: Grevens återkomst est comme son aînée, un grand succès : 2,57 millions de spectateurs étaient réunis devant le premier épisode (pour comparaison, c'est un peu plus que les 2,13 millions qui avaient assisté au démarrage de Tjuvarnas Jul l'an dernier à la même époque). Sachez que si jamais vous êtes amateur de torrents, on peut trouver les Julkalendern récents de SVT dans la fameuse baie des pirates ; et contrairement aux autres pays scandinaves, les Julkalendern de SVT durent seulement un quart d'heure.

Joulukalenteri-2012

En Finlande, c'est un peu différent. Joulukalenteri n'est pas une superproduction, et ce n'est pas vraiment une série feuilletonnante non plus, mais plutôt une sorte de comédie à sketches, et les épisodes durent 10 minutes seulement. Avec cette série peu originale, YLE nous emmène en effet dans la maison de Joulupukki (l'équivalent finlandais du Père Noël), qu'il partage avec son épouse Joulumuori et divers autres personnages typiques de l'univers de Joulu (comprenez : Noël), préparant, devinez quoi, son travail annuel de distribution de cadeaux. Si vous voulez jeter un oeil au Joulukalenteri de cette année, YLE a la bonne idée de mettre, elle aussi, les épisodes en ligne sur son site.

Voilà pour l'essentiel de ce que les grandes chaînes scandinaves proposent en ce mois de décembre. Je vous avoue avoir une énorme préférence pour Julekongen, qui est vraiment parfaite pour la saison, et parfaitement réalisée. J'ai déjà mentionné que je vous la recommandais ? Dans le doute, souffrez que je me répète : ça vaut vraiment que vous y jetiez un oeil.
Pendant ce temps, nous nous amusons à compter le nombre de rediffusions d'Une Nounou d'Enfer sur les nouvelles chaînes de la TNT. Ca fait chaud au coeur de se dire qu'il y a des pays où la télévision sait fêter dignement les fêtes de fin d'année, non ? Chaque année à la même époque, entre les Christmas Specials des plus importantes séries britanniques du moment et le Julkalender, je suis prise d'une interrogation douloureuse : et à la télévision française, où sont nos traditions en matière de fiction ?
...Ensuite je me souviens qu'on n'a pas vraiment de tradition télévisuelle en matière de fiction le reste de l'année non plus, et je vais pleurer un bon coup. Espérons que dans mes chaussettes cette année, on trouve des DVD de séries scandinaves, ça pourrait me remonter le moral !

Posté par ladyteruki à 19:12 - Love Actuality - Permalien [#]

17-11-12

Back where we left off

C'est un exercice bien périlleux que de tenter de revenir sur le devant de la scène avec un nouveau sitcom, après en avoir eu un premier qui ait connu le succès. Fran Drescher ou Reba McEntire le savent bien, qui ont tenté par tous les moyens de revenir sous les projecteurs (et parfois, ça a exigé du temps et de la patience) et de retrouver la formule qui avait fait leur gloire télévisée.

C'est en fait si difficile, qu'une fois que ces "anciennes gloires du sitcom" retrouvent un projet, la tentation est grande de multiplier les références à leur succès initial.
On peut le voir avec Happily Divorced, qui consacre énormément de temps aux clins d'oeil, sous toutes les formes possibles. C'est, étrangement, ce qui fait que Happily Divorced est plus agréable à regarder que Living with Fran, d'ailleurs : le nombre d'allusions et de guests est vertigineux, tandis que Living with Fran avait préféré ne faire appel à la grande famille d'Une Nounou d'Enfer qu'à titre affectueux, plus comme une façon de profiter de l'occasion pour rebosser entre vieux amis, que comme une technique visant à faire appel à la nostalgie des spectateurs.
On ne me fera pas croire que Renee Taylor se pointe dans un rôle extrêmement proche de celui de Sylvia Fine au cours de plusieurs épisodes de Happily Divorced pour une autre raison que faire des appels du pied aux nostalgiques d'Une Nounou d'Enfer, par exemple. C'est impossible à avaler, tout simplement parce que les répliques se déchaînent à chaque apparition pour souligner la parenté avec la série "originale". Le but est avoué.
Après tout, on est sur TV Land ; le simple fait d'offrir à des vieilles gloires du sitcom la possibilité de lancer une nouvelle série est une façon totalement assumée de faire du neuf avec du vieux.

Paradoxalement, ce n'est pas déplaisant. On pourrait blâmer Happily Divorced pour cette façon décomplexée de faire appel à un succès passé pour créer un succès actuel, on pourrait l'accuser de manquer d'originalité, mais c'est très précisément ce que l'on cherche, en réalité, quand on regarde une série avec Fran Drescher. Alors cette façon de faire appel à la mémoire du spectateur, en dépit des apparences paresseuses que cela peut avoir pour quelqu'un d'extérieur à tout cela, ça fonctionne incroyablement bien.

Jusque là, Malibu Country semblait éviter cette technique. Il était pourtant clair que les méthodes de création de la série étaient les mêmes : l'actrice qui reprend un personnage similaire, répondant d'ailleurs au même nom (c'est rarement un signe trompeur), et qui produit la série qui signe son retour...
Mais les références de Malibu Country à Reba étaient absentes des deux premiers épisodes, ce qui était même assez surprenant. La série jouait sur les références à la carrière de Reba McEntire, puisque son héroïne est également chanteuse de country, et ça s'arrêtait là.

Malibu

...Jusqu'au 3e épisode, diffusé hier. Comme souvent, les dialogues ont commencé à tirer partie des gimmicks inhérents à Reba ; parmi les coupables généralement désignés, et c'était déjà le cas dans Reba, on trouve la couleur de cheveux de l'actrice/chanteuse, son accent de l'Oklahoma bien profond, ou son caractère un peu, hm, rigide. Ici c'était l'accent.
Quand soudain, vient une réplique sur le fait que "chewing ice" avec l'accent donne l'impression de dire "chewing ass".

Mes yeux ont roulé sur la table. Vous savez d'où elle vient cette réplique ? Du making-off de la 5e saison Reba ! Meta !

Et finalement il semble qu'on ne puisse y échapper. Malibu Country n'a pas besoin de ces références pour faire des scores décents, et probablement que la série ne compte pas dessus pour attirer son public, mais il semble inévitable de faire référence à un sitcom passé pour donner un supplément d'âme à l'actuel. Dans le cas qui nous occupe, il ne s'agit pas d'appâter les spectateurs avec cela, parce qu'il faut vraiment avoir été totalement mordu de Reba (au point d'avoir vu les making-off, quand même) pour saisir cette référence. Mais malgré tout, impossible de faire sans.

Comme je le disais, ce n'est pas désagréable. Quelles que soient les raisons pour faire appel aux souvenirs (qu'on présume émus) des spectateurs, que ce soit pour créer artificiellement un attrait vers la série, ou juste pour entretenir une forme de connivence, ces pratiques fonctionnent. Elles ne fonctionnent à vrai dire que dans cette configuration : la star de sitcom qui revient dans un nouveau sitcom. C'est inconcevable dans les dramas, et décrédibilisant au possible. Mais ça fonctionne, et en tant que spectatrice, j'admire qu'une série soit capable d'établir ce genre de relations avec le public, sans complexe ni faux-semblant.

Dans le fond, nous regardons ces séries parce que nous avons vu les précédentes, parce que nous aimons leur interprète principale, parce que nous voulons avoir l'illusion de suivre des histoires se déroulant dans le même univers, même si les situations ont changé. Nous voulons l'illusion d'une unité dans l'univers de ces séries.
A vrai dire, c'est aussi la raison pour laquelle je regardais Partners ; je regrette que cette dernière n'ait pas plus ostensiblement tiré partie de ses points communs avec Will & Grace. C'est peut-être étrangement ce qui l'aurait sauvée : assumer sa parenté.

Posté par ladyteruki à 23:55 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

09-09-12

Observe le jour du Sabbat

Srugim-logo

Cet été, j'ai fini par le faire.
Ca faisait deux ans que j'avais repéré les DVD avec sous-titres de Srugim, mais entre le prix et le fait que la série n'était pas finie, je restais hésitante. La première saison de Srugim était deux fois plus chère que l'intégrale de Mesudarim sur le site d'Israel-catalog, par exemple, un coup à vous dissuader même les téléphages les plus dépensiers ! Et puis, quand il a été clair il y a quelques mois que Srugim n'aurait pas de 4e saison, les choses ont commencé à être plus claires pour moi. Finalement, j'ai cassé ma tirelire le mois dernier pour m'offrir l'intégrale de la série.

Sur Srugim, j'avais entendu tout et son contraire. C'est que, il faut que je vous explique : c'est une série israélienne où il est fortement question de religion. Pour polariser les réactions, on imagine difficilement plus efficace. Régulièrement qualifiée de "Friends juive" (un qualificatif ridicule par essence vu qu'il s'agit d'une série dramatique) ou "Sex & the City juive" par plusieurs rédacteurs occidentaux qui visiblement se lisent les uns les autres avant d'écrire au lieu de regarder les épisodes (je n'ai pas fait exception), la série était auréolée d'un certain mystère, mais se montrait aussi alléchante de par son sujet particulier (surtout pour une goy), le fait que les personnages soient ouvertement très religieux (et sionistes), et le succès qu'elle semblait trouver.
Et puis, aussi j'avais cagoulé le générique, je le trouvais très doux et réussi, et vous savez ce que c'est, parfois un générique peut vous conquérir et vous rendre terriblement curieux.

Alors allons-y pour les présentations, histoire d'essayer de tous comprendre de quoi on parle. Srugim est l'histoire d'une bande d'amis (3 femmes et 2 hommes), qui sont tous des juifs orthodoxes vivant dans le quartier de Katamon, à Jérusalem, qui est apparemment devenu LE quartier où vivre pour les célibataires orthodoxes. On peut y vivre selon les rites exigeants de sa foi sans difficulté... tout en y cherchant l'âme soeur.
C'est en effet le problème essentiel de ces jeunes gens : dans une communauté qui accorde énormément d'importance à la famille, être célibataire est supposé être une situation temporaire, certainement pas un état et encore moins un mode de vie. Chacun ressent donc cette pression de devoir trouver la personne avec qui il ou elle passera sa vie. Il s'agit donc de rencontrer quelqu'un de l'autre sexe à tout prix, dans une culture qui pourtant ne favorise pas le mélange des sexes, et ce dans tous les sens du terme. Forcément, entre une pratique religieuse stricte et des aspirations de romance, l'équilibre est difficile à trouver.
La question est d'autant plus aigue qu'on est au 21e siècle, que les mariages arrangés sont tombés en désuétude, que les années d'étude repoussent d'autant l'entrée dans le monde adulte, et que les femmes ne sont plus autant soumises à leur époux. Autant de raisons qui font qu'il est plus compliqué pour cette génération de trouver chaussure à son pied, par rapport aux précédentes.

Cela rend d'ailleurs Srugim bien plus intéressant que la plupart des histoires de célibataires, ne serait-ce que par principe : la question n'est pas juste de faire des rencontres et de trouver quelqu'un (et d'essayer un temps, de voir que ça ne marche pas, puis de répéter la manoeuvre jusqu'à ce qu'enfin on finisse par se marier), mais bien de trouver quelqu'un qui partage les mêmes valeurs, et que ces valeurs se construisent à tâtons, en s'appuyant sur une croyance religieuse commune, mais que chacun développe ses propres critères personnels à partir de là.
Et dés le pilote, Srugim montre bien que finalement, la religion n'est qu'un outil pour faire le tri dans les opportunités qui se présentent, mais ne représente pas le critère unique à partir duquel choisir un ou une partenaire pour la vie.

Tout commence pour Srugim alors que Yifat et Hodaya, deux colocataires partageant un appartement entre filles (vivre avec un homme hors des liens du mariage est évidemment inimaginable), discutent au petit déjeuner. On ne comprend pas tout de suite de quoi elles parlent, mais ce qui est sûr, c'est qu'il est question d'un mec (et ça c'est clairement universel !).
Progressivement on comprend que Hodaya est retombée sur un type pour lequel elle avait le béguin plusieurs années en arrière, mais dont elle n'a finalement pas gardé un bon souvenir ; elle est retombée sur lui récemment et se demande si ça vaut le coup qu'elle le revoie, puisque, ne la reconnaissant pas, il l'a invitée à sortir. En attendant que Hodaya prenne sa décision, Yifat, elle, participe à une rencontre de speed dating, et y rencontre un type charmant, Nati, qu'elle avait rencontré brièvement quelques années en arrière lors d'un séminaire de Bnei Akiva. Le courant passe très vite entre eux et ils décident de s'éclipser pour aller prendre un café ; si sur le coup, le fait que Nati soit médecin était un bon point pour lui, manque de chance : il est bipé alors qu'ils n'ont fait que trois pas. Yifat invite alors Nati à venir pour le dîner du vendredi (erev shabbat), veille du samedi chômé et donc repas très important dans la communauté juive.
Cette exposition cède la place à celle de Reut, dont on ne comprend pas immédiatement en quoi elle est liée aux précédentes. Reut est en train de déjeuner avec un homme qui lui annonce d'abord qu'il vient d'être promu vice-président, ensuite qu'il a maintenant l'argent nécessaire pour se marier. Mais la belle Reut n'a pas l'air très émue par cet argument (et pas tellement plus par le "ça fait déjà 5 mois que nous sortons ensemble", ça nous faisait un point commun) et prend la mouche : ils avaient déjà l'argent de se marier, s'ils le voulaient. Son argent à elle. Mais le bellâtre a attendu de gagner autant d'argent que Reut pour faire sa demande. Le goujat sexiste n'aura pas le temps de récupérer sa mâchoire que Reut aura déjà refusé sa proposition de mariage et rompu avec lui. Visiblement, c'est le retour à la case départ.
Enfin, on apprend que Nati a emménagé avec son ami Amir. Ce dernier vient de divorcer et, étant d'un naturel peu affirmé, a laissé tout l'électro-ménager à son ex (mais fort heureusement, il a pu récupérer le Talmud, petit veinard !). Qui plus est, il est professeur de grammaire, ce qui tout de suite brosse un portrait d'homme réservé voire soumis...

Ce qui est fascinant avec les personnages de Srugim, c'est que bien que faisant partie d'une communauté ayant un socle de valeurs et bien-sûr de croyances en commun, ils ne sont pas taillés dans le même moule. Cela permet d'avoir des nuances intéressantes. Ainsi, avec son salaire apparemment élevé, et surtout sa petite pointe d'aggressivité, Reut est une femme très affirmée, avec beaucoup de répondant, et dont le regard lance de la foudre en quasi-permanence. On sent que de son côté, Hodaya est une femme très indépendante, qui prend du recul vis-à-vis de sa religion (elle est fille de rabbin mais spécialise son cursus universaire en "Biblical criticism") et peut-être même aussi certains préceptes ; elle n'est par exemple pas du tout choquée à l'idée de faire dormir un homme à la maison, même en tout bien tout honneur. A l'inverse, Yifat, sans être une romantique niaise, n'a de toute évidence qu'un objectif, rester aussi sage que possible en attendant de trouver son futur époux, et est très attachée à ses principes ; c'est une personne indépendante, mais elle a une forme de fragilité et d'insécurité qui la rend très touchante. Du côté des garçons, on aura l'occasion de brièvement voir quelques rustres machistes se faire éliminer rapidement de la vie des filles ; Nati, lui, est un type à qui tout réussit, qui ressent la pression du mariage, mais qui n'a pas l'air de comprendre qu'il souffle le chaud et le froid. Quant à Amir, c'est purement et simplement un paillasson, mais on sent qu'il a bon coeur et qu'il n'est pas totalement idiot, il est juste plus vulnérable suite à son divorce.
Là où, dans une série, on a souvent un personnage aux valeurs morales plus rigoureuses, ici, on en a donc cinq, et cela permet d'éviter la caricature, tout en abordant les problèmes de ces célibataires sous plusieurs angles.

Après l'exposition des personnages, qui passe par plusieurs autres scènes dont je vous fais grâce, mais qui ne font que confirmer nos premières impressions, Srugim se lance dans une longue soirée, celle du vendredi.
Yifat a en effet mis les petits plats dans les grands pour impressionner Nati (lequel a d'ailleurs demandé s'il pouvait amener Amir), et c'est là qu'on apprend donc que Reut participe également à ce repas du vendredi. Jusque là on ignorait qu'elle était amie avec les filles, mais elle se montre là encore très assertive, prenant la direction des opérations pendant les prières rituelles alors que les garçons n'ont pas trop l'air de savoir comment se comporter en présence des filles.

La séquence du dîner, si elle lançait quelques axes pour l'avenir (Yifat qui aimerait bien que Nati la réinvite, Nati qui en réalité a des vues sur Hodaya, Reut et Amir qui ne pourraient être plus différents et qui se prennent le bec...), m'a surtout rappelé la dynamique des dîners du vendredi de Gilmore Girls. En cela qu'on comprend que cela peut aisément devenir un rendez-vous, et donc un gimmick, permettant de régulièrement mettre les personnages ensemble, de faire éclater les conflits, bref, d'éviter que les choses marchent par tandem. La tentation serait grande, sans ce rituel de veille de sabbat, de se contenter de faire interagir Yifat et Hodaya, ou Nati et Amir, simplement parce qu'ils vivent ensemble, ou bien Nati et quiconque finira par sortir avec lui, simplement parce qu'il y a une relation amoureuse. Ce qui fonctionne comme une utilisation évidente du contexte religieux est donc un merveilleux outils pour les scénaristes, afin de forcer tout ce petit monde à se parler ensemble. Alors même que la culture de la mixité n'est pas très prégnante... C'est bien joué !

Srugim-promo

Le revers de la médaille du contexte si particulier de Srugim, puisqu'il s'intéresse à une communauté religieuse orthodoxe dont les usages ne sont pas forcément connus du grand public (et a fortiori du grand public non-juif), c'est qu'il nécessite une grande dose de concentration. Si vous n'avez aucune éducation religieuse juive, comme c'est mon cas (non, avoir vu l'intégrale d'Une Nounou d'Enfer huit fois ne compte pas), vous ne connaissez pas grand'chose des rites qui sont mentionnés ou montrés comme des évidences pendant l'épisode. De nombreux noms propres, également, se rapportant à la scène religieuse, à l'instar de Bnei Akiva que je citais plus haut, sont lancés hors de tout contexte (je suis bien contente de n'avoir jamais tenté la VOSTM, car la VOSTM marche essentiellement grâce au contexte !). De ce côté-là, le grand public en Israël n'était, je pense, pas trop perdu.
Mais ce qui est intéressant dans le succès de Srugim, c'est que même ce qui est propre aux orthodoxes ne fait l'objet d'aucune sorte d'explication. Et finalement cela rend les choses plus belles dans le déroulement des épisodes, et confère à la série une aura qui lui permet de sortir de la trivialité coutumière des histoires d'errances amoureuses.

En regardant Srugim, j'étais tentée parfois de tout mettre en pause pour aller rechercher un terme spécifique (beaucoup de mots d'origine religieuse ne sont pas traduits dans les sous-titres), et je ne savais pas toujours si mon handicap était dû au fait que je ne suis moi-même pas juive, ou au fait que la série a décidé de ne rien expliquer dans le domaine sacré. Finalement je ne l'ai pas fait, j'ai été au bout de l'épisode en acceptant qu'il y ait quelques petites choses qui m'échappent.
En fait, je crois que c'est aussi ce qui fait que Srugim fonctionne : l'universalité se loge dans le fait que même si dans la pratique, il y a des choses qui nous échappent pour tout ou partie dans la pratique religieuse de ce petit groupe, ils ont quelque chose de très accessibles sur un plan humain. La façon dont Hodaya remet en cause certaines choses, le petit côté féministe de Reut, la pétillance un peu triste de Yifat qui est tendue vers un seul but, la façon dont Amir s'excuse en permanence, ou la froideur de Nati, sont les meilleures portes d'entrées dont on pouvait rêver pour aborder la série.

Et puis, la série est incroyablement sereine dans son déroulement. Pas tellement à cause de l'angle religieux, mais parce qu'une grande importance est donnée à l'impression de naturel, et parce que même pendant les moments de crise il n'y a aucune sorte d'hystérie (c'est assez frappant sur la fin). Il se dégage de l'ensemble un grand sentiment d'équilibre, de calme, et de modération. C'est très appréciable (et confirme que la série n'a pas grand'chose de commun avec Friends et Sex & the City du côté du ton, du jeu ou des dialogues). On est dans un drama d'une grande sobriété, qui a donné la priorité à ses personnages mais qui ne veut pas les mettre en scène de façon théâtrale, et qui sait user des silences, des regards, et même (je crois que c'est le plus précieux), des dialogues prononcés d'une voix détendue.
Le monde de Srugim a quelque chose de très réaliste, pour autant que je puisse en juger, en tous cas d'authentique et de paisible, où les personnages apparaissent en fait comme des personnes. Ils ne sont pas écrits, ils respirent. Srugim pourrait presque être un documentaire, pour un peu.

A la fin de l'épisode, je me suis dit que ce serait sûrement très agréable de passer du temps avec ces cinq personnes, parce qu'ils ont l'air tellement normaux, tellement réels, tellement palpables, que je n'aurais presque par l'impression de regarder une série, mais juste d'être à leurs côtés. Et maintenant que j'ai l'intégrale, vous pensez bien que je ne vais pas m'en priver.
Ah non, c'est parfait ça alors, merci. Un coup de coeur en pleine rentrée US, vraiment ça m'aide beaucoup, tiens !

Posté par ladyteruki à 00:37 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

22-08-12

Nos voisins les Voronine

SemaineRusse

Hier, nous avons parlé du développement de la série russe Voroniny... mais c'est resté assez théorique. Laissez-moi à présent passer à la phase pratique.

Il a été dit dans ces colonnes, en de maintes reprises, combien le remake de sitcom américain était une hérésie dont les coupables méritaient, à défaut de l'interdiction d'approcher un studio de télévision, rien moins que la peine capitale ; j'exagère à peine. Mais chaque série est un cas particulier et, avec une persistance qu'Einstein aurait probablement assimilée à de la folie, je tente régulièrement des pilotes de remakes étrangers de sitcoms américains parce que, eh bien, je suis masochiste, probablement.
Plusieurs de ces saligauds ont été évoqués dans ces colonnes, je ne vous refais pas la liste globale, mais en particulier, pour la Russie, quelques unes ont pu être évoquées, comme évidemment Maia Prekrasnaia Niania (pour Une Nounou d'Enfer), Maia Liubimaia Vedma (Ma Sorcière Bien-Aimée) ou Kak ia Vstretil Vashu Mamu (How I met your mother). On ne vous demandera pas plus de les prononcer que de les regarder, rassurez-vous !

Mais puisqu'hier, nous avons assisté aux tribulations de Philip Rosenthal alors qu'il allait travailler, aux côtés de l'équipe russe de la série, sur l'adaptation de Tout le monde aime Raymond, je me suis dit que c'était l'occasion en or de comparer le travail avant/pendant/après. C'est-à-dire, en connaissant la série d'origine, en voyant le documentaire Exporting Raymond, et maintenant, avec le pilote de Voroniny.
Pour commencer, je crois que chacun ici a vu au moins un épisode de Tout le monde aime Raymond, non ? Non ? Bon bah allez-y, je vous attends.
...
Donc maintenant, tout le monde a vu Raymond et nous avons tous les bases pour avoir cette discussion.

Comme expliqué dans Exporting Raymond, Philip Rosenthal a suggéré aux auteurs de ne pas commencer par adapter le pilote, mais de plutôt choisir, comme premier épisode pour la série russe, un scénario ultérieur. L'idée est donc de quand même piocher dans les scripts acquis par STS, ce qui signifie que cela reste conforme à l'esprit de la série, mais en rendant le scénario plus accessible au public russe.

La démarche peut surprendre, et en tant que téléphage, j'avoue que l'idée m'a un peu rebutée : un pilote a une raison d'être ! Et si on écrit un pilote correctement, normalement il n'est pas interchangeable avec n'importe quel autre épisode de la série. Le pilote est un exercice de style qui réclame une structure particulière ; l'exposition a son importance. C'est d'ailleurs bien pour ça que j'aime tant les pilotes.
Mais bien-sûr, après réflexion, je me suis dit : après tout, pourquoi pas ? dans le cadre d'une série non-feuilletonnante, c'est moins pénalisant.

Dans Exporting Raymond, Rosenthal suggère d'adapter en guise de pilote pour Voroniny l'épisode "Baggage" ; c'est un épisode de la 7e saison de Tout le monde aime Raymond dans lequel, en rentrant de weekend, le couple laisse une valise dans l'escalier, qui devient l'objet d'un bras de fer pendant des semaines, car aucun des deux ne veut prendre être celui qui rangera la valise.
Cela avait occasionné plusieurs discussions dans le documentaire, car les scénaristes russes ne comprenaient pas les gags ni la dynamique de couple qui était mise en lumière par cette petite situation absurde (l'histoire ne dit pas pourquoi personne n'a pensé à protester que, à des fins de réalisme, la série russe se déroulait dans un appartement... où il n'y a pas d'escalier, donc). Mais on était restés, en fin de documentaire, sur l'impression que c'était tout de même, après bien des explications, l'épisode retenu.
Pas du tout : l'épisode choisi finalement pour ce pilote russe n'est pas "Baggage", car le pilote de Voroniny est finalement l'adaptation de l'épisode "Your place or mine?", le 7e épisode de la 1e saison dans lequel une dispute entre les parents de Raymond pousse la mère de celui-ci à s'installer avec son fils et sa bru, au grand désespoir de cette dernière.

Voroniny

Force est de constater pourtant que, si le coeur de l'épisode est directement adapté, et de façon relativement litérale, ce n'est pas le cas de l'intro ni de l'outro qui ne sont pas présents dans "Your place or mine?". Ces gags indépendants (qu'on retrouve dans de nombreuses séries comiques, et qui est une figure de style que des séries comme Malcolm ont porté au rang d'art dans l'art) n'étant en effet pas liés à l'histoire de l'épisode, on peut ainsi les mélanger à volonté sans que cela n'ait aucune incidence.
Pour le spectateur russe, en fin de compte, la série Voroniny commence alors que Kostya (l'équivalent de Raymond) est devant la télé en train de manger des chocolats, et il n'en reste plus qu'un. Sa fille, débarque alors, repère le dernier chocolat, et espère le manger ; Kostya lui propose de jouer à cache-cache : si elle trouve la friandise, elle pourra la manger... mais en guise de cachette, pendant qu'elle ne regarde pas, il se dépêche de l'avaler goulûment lui-même tout en la guidant avec des "tu chauffes"/"tu refroidis" histoire de l'occuper pendant qu'il mâche. Sauf que, retournement de situation, finalement la petite découvre une boîte entière de chocolat, soigneusement cachée. C'est Vera, la femme de Kostya, qui l'avait mise là pour se les garder et que Kostya ne mange pas tout. Une amusante façon de dépeindre habilement la dynamique de la maisonnée ; mais les connaisseurs de Tout le monde aime Raymond auront remarqué que les grands-parents sont totalement absents de cette introduction, alors qu'ils sont au coeur de la série.
L'outro de l'épisode reprendra d'ailleurs ce petit gag en montrant Kostya dans la cuisine de ses parents, avec son père. Et devinez quoi, il ne reste plus qu'un chocolat ! Kostya essaye de le récupérer mais c'est son père qui le lui arrache des mains comme si c'était la chose la plus naturelle au monde. De retour chez lui, Kostya veut se mettre devant la télé, mais la télécommande a disparu : c'est sa fille qui l'a planquée, et pendant qu'il cherche la télécommande, la petite lui assène des "tu chauffes"/"tu refroidis" narquois...
Nul doute que ces scènes doivent se retrouver dans l'un des 210 épisodes de la série originale (ou au moins dans les quelques dizaines de scripts achetés initialement par la chaîne russe), mais ils ont le mérite de brosser un portrait assez révélateur des dynamiques au sein de la famille, et de la "chaîne alimentaire" de cette petite tribu.

Bon, mais l'épisode lui-même, alors ? En-dehors de ces deux scènes, le déroulement de l'épisode est conforme à l'original américain dans le scénario, au moins dans la structure de l'histoire : les parents de Kostya se disputent, la mère emménage avec Kostya et Vera, commence à traiter Kostya comme s'il était un enfant et à récurer l'appartement de Vera de fond en comble, excédant celle-ci au point de faire son possible pour rabibocher le couple.
Il y a des différences dans le choix des scènes explicitant le déroulement du conflit : certaines scènes ont été écourtées, rendant les réactions de certains personnages plus unidimensionnelles. Ainsi, le soir de la dispute, Vera décide d'aller dîner avec le père de Kostya dans sa maison où elle le sait seul, afin de lui tenir compagnie (et implicitement d'échapper à sa belle-mère, ainsi que dans l'espoir de plaider pour une réconciliation). Dans la version américaine, la scène commence alors que Debra se régale parce que le père de Raymond mange de la junk food et que c'est quand même bien sympa ; même si ensuite le plat principal qu'il a cuisiné lui-même est une horreur. Dans la version russe, on attaque tout de suite le plat dégueulasse et l'expression écoeurée de Vera. Bon, ça apporte moins de complexité aux personnages et à leurs réactions, mais ça relève du détail, dans le fond. Pourquoi pas ? C'est un bon exemple d'appropriation, et du coup, dans le fond ça valait peut-être mieux qu'une adaptation au pied de la lettre.
Qui plus est, en choisissant de commencer par cettte histoire, Voroniny fait aussi un choix dans la façon dont il expose ses personnages : l'épisode, et donc la série, commence sur une dispute, qui montre les parents de Kostya comme des gens très sanguins. C'est notamment l'occasion pour le grand-père de passer pour un colérique, ce qu'il n'est pas exactement "en temps normal" (mais il n'y a pas encore de "en temps normal" pour le spectateur russe). On voit bien, en mettant cette scène en avant d'entrée de jeu, comment la perception des personnages est modifiée.

Mais le plus frappant dans ce pilote de Voroniny, en matière de différences avec l'original, c'est certainement le jeu des acteurs.
Que Philip Rosenthal se rassure : ses prières ont été entendues. Certes, les Russes semblent avoir eu du mal à se départir des rires enregistrés, qui hantent l'épisode (mais de façon moins insupportable que dans Maia Prekrasnaia Niania, qui hante encore mes nuits).
Mais on n'est pas du tout dans les singeries montrées dans Exporting Raymond sur le tournage de la série. Les acteurs russes font preuve d'un grand sens de la mesure, et en fait, à l'exception peut-être des grands-parents qui sont un peu plus expansifs (mais c'est aussi le rôle qui veut ça), ils sont au contraire d'une grande sobriété, tournant l'humour de la série en une festival de répliques pince-sans-rire.
Regarder l'épisode équivalent de Tout le monde aime Raymond renvoie, et c'est finalement une sacrée ironie, une solide impression de surjeu. En comparaison, la plupart des acteurs russes sont d'une grande sobriété, et en particulier l'interprète de Vera, Ekaterina Volkova, bien plus drôle et pourtant bien plus modérée que Patricia Heaton.
Et c'est finalement assez fascinant de voir comment ils incarnent les mêmes personnages, sans aucun doute possible, reconnaissables immédiatement, et répondant aux mêmes caractéristiques, tout en les rendant moins extrêmes, plus naturels.

Au final, il ressort de Voroniny l'impression troublante d'avoir assisté à une version moins théâtrale de Tout le monde aime Raymond. Pour moi qui n'aime pas la série d'origine, c'est un compliment, et pas des moindres, que d'avoir trouvé l'épisode pilote de cette adaptation convaincant, et pas du tout agaçant. L'absence de Ray Romano n'y est pas étrangère, mais n'est pas non plus la seule explication.
En tous cas, preuve est ainsi faite qu'un remake (a plus forte raison de sitcom américain) n'est pas forcément synonyme de merde honteuse ! Et ça, c'est quand même une sacrée bonne nouvelle, non ?

Posté par ladyteruki à 16:34 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

18-08-12

Eternel commencement

On dit que "loin des yeux, loin du coeur". Ce n'est pas toujours vrai en matière de téléphagie.
Ainsi, il y a des séries auxquelles je pense très souvent ; mettons, au moins une fois par mois ce qui, vu le nombre de séries que je vois passer, visionnages, tests de pilotes et lecture de news inclus, est plus significatif qu'il n'y parait. Et en général j'y pense en ces termes : "rha, faudra que je prenne le temps de me faire un marathon, un de ces jours". The Starter Wife est de ces séries-là, et inutile de dire que le marathon Will & Grace, pendant l'été 2010, et le visionnage de Smash, cette année, n'ont rien arrangé à notre affaire. C'est le Messing effect.

Alors, pendant que je n'avais plus internet chez moi, et profitant que les DVD étaient à un prix ridicule, j'ai décidé de me faire une intégrale.

TheStarterWife-Promo

Le ton de la mini-série est léger mais pas à l'extrême, parfait pour l'été ; permettant très vite, de surcroît, de s'attacher à Molly Kagan (interprétée par Debra Messing, donc), personnage sympathique par excellence qui est grandement aidé par le fait que son mari Kenny est incarné par Peter Jacobson, l'empaffé parfait.
En fait, j'avais oublié à quel point j'adorais The Starter Wife en redécouvrant le pilote, que je n'avais pas revu depuis sa diffusion initiale, voilà donc 5 ans. Entre nous, je suis à peu près sûre de l'avoir aimé encore plus cette fois-ci. Est-ce parce que les personnages m'étaient, dans le fond, déjà un peu familiers ? Toujours est-il qu'il m'a semblé ressentir très tôt l'impression d'amitié sincère entre ces personnages.

Il y a dans l'entourage de Molly des personnalités qui s'imposent immédiatement comme extrêmement fortes.
Cricket, d'abord, la meilleure amie, la confidente, qui soudain doit mettre de la distance avec Molly parce que son mari a besoin de rester en bons termes avec Kenny. Leur relation, à la fois sincère et abimée par le divorce des Kagan, n'est pas tellement exploitée ; pour des raisons évidentes, peu de scènes mettront Molly et Cricket dans une situation commune au début de la mini-série, montrant ainsi plutôt ce qui les sépare que ce qui devrait les réunir. Mais dés que les deux femmes partagent quelques instants, leur amitié est palpable.
A côté, Joan l'alcoolique et surtout Rodney le gay flamboyant font figure de seconds rôles, bien qu'étant plus présents à l'écran. Joan, visiblement plus âgée que le reste de la bande, et occupée par la cure de désintox forcée où l'a inscrite son mari Pappy, est du genre un peu acariâtre, sarcastique et tête de mule, mais Judy Davis nous offre de grandes scènes lors des séances de thérapie où son personnage ment comme un arracheur de dent.
Rodney, qui doit sa plastique parfaite à Chris Diamantopoulos, est plutôt le soutien inconditionnel de tout un chacun, l'ami gay indeffectible, un peu idéalisé, qui est là pour faire des blagues, servir des cocktails et parler des extravagantes demeures de stars qu'il redécore quand on veut se changer les idées. Mais son lien avec Molly et Joan est tangible (un peu moins dans le cas de Cricket), et du coup ça fonctionne quand même.

En-dehors de ces personnages se dirigeant généralement vers le cap de la quarantaine (sauf dans le cas de Joan qui l'a visiblement franchi il y a un bout de temps), la mini-série aborde aussi le contexte dans lequel les personnages évoluent : la haute-société de l'industrie cinématographique.
Et il faut admettre que, dans sa façon de décrire l'univers hollywoodien, The Starter Wife met relativement souvent dans le mille (ou ce qui semble être le mille pour quelqu'un qui n'a jamais vécu dans ce milieu). L'idée est de mettre l'accent non pas sur le glamour, mais l'absurdité de ce glamour, une nuance qui permet à la fois à la mini-série d'être dans la débauche de soleil, de belles demeures, de grandes fêtes et de tenues de grand couturier, et de prendre tout ça avec détachement voire même, parfois, sarcasme.
Molly a navigué pendant des années dans cet univers dont désormais elle est exclue, simplement parce que son mari a décidé de demander le divorce ; si les épisodes mettent assez peu en avant, finalement, ce que représente le concept de "starter wife" (la femme avec laquelle on a démarré dans la vie, qui a essuyé les plâtres, mais avec qui on n'a pas l'intention de la finir), en revanche le thème de la mise au ban est parfaitement intégré aux histoires.

Désoeuvrée, Molly va se tourner vers Lou, le patron de Kenny, un producteur surpuissant à Hollywood qui fait partie des rares à ne pas lui tourner le dos, voire même à manifester un intérêt sincère envers elle.
Ce qui fonctionne immédiatement, c'est que Molly et Lou sont sur la même longueur d'ondes, probablement parce que Debra Messing et Joe Mantegna sont exactement sur le même registre. Leurs scènes à l'écran font des étincelles. Et puis, ce personnage de producteur au bout du bout, qui n'en peut plus d'être si puissant qu'il se sent aussi étranger à Hollywood que peut l'être, malgré elle, Molly, est diablement efficace, et sort des poncifs sur les producteurs tel que celui que nous sert Kenny (et qu'on peut retrouver avec Peter Dragon dans Action!). Lou est, avant d'être le mec le plus important de toute la Californie, un être humain, chose que tout son entourage a oublié. Quand il dit qu'il aimerait qu'on oublie son anniversaire au lieu de lui envoyer des cadeaux fastes mais impersonnels juste pour cirer ses pompes, il est magnifique. Il faudrait, à n'en pas douter, plus de personnages comme Lou dans les séries parlant du monde hollywoodien.

Les premiers épisodes vont montrer comme Molly, qui est démolie par la séparation d'avec son mari (essentiellement parce qu'elle ne l'a pas vue venir et qu'elle l'a apprise alors qu'il l'a appelée au beau milieu de la nuit pour la prévenir), tente de se retrouver, à la fois en tant qu'être humain et que femme. De ce côté-là, Messing donne d'ailleurs vraiment le meilleur d'elle-même. La séquence dans la salle de bains, par exemple, pendant laquelle elle se redécouvre, n'a rien à envier à celle du pilote de Cougar Town dans lequel Courteney Cox fait l'inventaire de ses preuves de vieillesse.
Comme toujours, Debra Messing apporte un regard tendre, mais jamais emprunt de sentimentalisme, à son personnage ; même pathétique elle reste toujours touchante, et même touchante, elle ne sombre jamais dans les violons. La voix-off de Molly est d'ailleurs plus conçue comme l'expression de ses monologues intérieurs, que pour décrypter la narration des épisodes ; le personnage est dans une quête, il cherche une identité qu'il a perdue lorsqu'il s'est marié, et c'est ce que tente de décrire la mini-série The Starter Wife. Au-delà du monde hollywoodien, c'est une vraie série sur le divorce.

Plus tard, et notamment une fois les surprises de Lou passées, la mini-série The Starter Wife mettra plutôt l'accent sur les amours de Molly, avec Sam, un séduisant clochard brisé par la mort qu'il a provoquée voilà quelques années, et qui n'a rien de commun avec l'univers tape-à-l'oeil dans lequel Molly évolue. Les questionnements amoureux, s'ils ont (en particulier à mes yeux) assez peu d'intérêt, ont tout de même le mérite de ne pas être totalement abrutissants.

Mais la bonne idée de The Starter Wife, c'est aussi de ménager quelques séquences impromptues totalement déjantées, comme le début du pilote qui nous montre toute la petite bande plongée dans l'univers du Magicien d'Oz, un vrai bonheur fait de métaphores parfaites sur la mariage, le divorce, ou plus rarement la vie hollywoodienne.

TheStarterWife-Fantasy

Lorsque le second DVD de la mini-série est parvenu à son terme, j'étais à la fois ravie et fâchée. Je venais de me rendre compte qu'en fait, je m'étais arrêtée là et n'avais jamais vu la suite. Ca tombait donc super bien : j'avais également commandé la première saison ! Alors j'ai rempilé.

C'est donc à ce moment-là que j'ai déchanté. La première saison de The Starter Wife n'a rien à voir avec la mini-série du même nom.

Déjà parce que les changements de casting sont énormes. Evidemment, on devine qu'entre la mini-série et la première saison, les acteurs concernés avaient de nouveaux engagements et qu'il n'ont pu revenir à The Starter Wife, mais ça n'empêche pas que ça fait barrage lorsqu'on commence les nouveaux épisodes.
Il y a d'abord Miranda Otto, ici kelleyrisée alors que son amitié, sa présence, avaient formé un axe assez important de la mini-série. Qui plus est, vu l'esprit de franche camaraderie "adulte" (par opposition aux amitiés d'adolescents attardés à la Friends ou New Girl) qui régnait précédemment, c'est une véritable perte qui affaiblit énormément la structure de la série ; mais on va y revenir plus tard. Le problème touche aussi des personnages moins importants, du genre de Lavender ; la jeune femme, incarnée par la toujours parfaite Anika Noni Rose (partie entretemps sous le ciel du Botswana pour tourner The No. 1 Ladies' Detective Agency), apportait une vraie force à la mini-série, et ne sera remplacée que sur le point de vue des quotas (avec l'apparition de Liz) mais pas du tout pour ce qui est de l'aspect plus pragmatique du personnage, vu que Lavender était la seule à avoir les pieds sur terre.
Le SDF Sam a également été écarté ; c'est expliqué en 10 secondes au début du premier épisode de la saison, et point barre. Tout juste s'il y est fait mention ensuite : plus tard, quand Molly pense à son bagage amoureux et qu'un homme en caleçon rouge apparait, le visage un peu masqué, dans une séquence fantasmée, ce sera la dernière fois que sera mentionné celui dont elle était pourtant follement amoureuse pendant la mini-série. C'est tout, merci Sam, et à la revoyure. Un peu brutal, non ?!

On peut aussi observer des remaniements de distribution qui, s'ils s'expliquent, n'en sont pas moins difficiles à avaler. Le plus gros d'entre eux : adieu Peter Jacobson. L'épouvantable époux de Molly prend désormais les traits de David Alan Basche, dont on jurerait qu'il a 10 ans de moins, et qui change totalement le rôle : de pauvre connard, Kenny devient juste un type un peu paumé, limite attendrissant.
Cela à dessein, d'ailleurs. Car dans cette saison, qui fait des affaires amoureuses de Molly l'une de ses priorités, l'héroïne rencontre Zach, un nouvel homme dont elle s'éprend, mais ne parvient pas vraiment à mettre son mari Kenny de côté (elle y avait pourtant fort bien réussi dans la mini-série). Devenu plus séduisant dans cette saison, le personnage de l'ex ne choque plus vraiment comme enjeu amoureux potentiel : il est séduisant, après tout, avec sa mine déconfite et ses manières un peu automatiques de s'imposer à Molly parce qu'ils sont habitués l'un à l'autre. C'est un tort : en réalité, c'est très difficile à avaler quand on vient de voir la mini-série, mais le nouvel acteur permet d'avoir l'impression d'avoir un nouveau personnage. Kenny se transfigure, et n'a de commun avec le personnage de la mini-série qu'une chose : il a un passé avec Molly, qui ne demande qu'à redevenir futur.

Dans sa quête d'elle-même, Molly se montre également moins touchante. Certes, elle essaye comme elle peut de s'affirmer par l'écriture. Mais tout a changé, comme pour devenir plus "bankable". Ainsi, dans la mini-série, Molly écrivait-elle des livres pour enfants ; mais ici, son projet est bien différent. Sans vouloir trop en dire, on ne peut qu'admirer l'ironie que prend la carrière de Molly dans l'écriture. Il faut voir sa réunion avec des producteurs (dont David Shatraw, ex-Tommy de Titus, bien atteint par le poids des ans et des kebabs) pour comprendre à quel point la série a changé. Au lieu de permettre à Molly de prendre le contrôle de sa vie, sa carrière d'auteur symbolise son retour en grâce dans la société hollywoodienne.
Ce phénomène se ressent aussi de par l'utilisation très lourde des soliloques, Molly devenant une narratrice plus classique, et ses monologues  n'apportant pas beaucoup de valeur ajoutée aux épisodes.

L'esprit des séquences fantasmées a, pour finir, totalement changé. Désormais ces scènes sont systématisées, et reprennent de façon assez peu imaginative des standards de la culture cinématographique, à l'instar de la scène du décroisage de jambes de Basic Instinct (qui compte probablement parmi les scènes les plus référencées de l'histoire, non ? Allons donc, songez qu'il y en avait déjà une parodie dans Une Nounou d'Enfer !) ou la scène de fin de Casablanca. L'exercice de style n'a pas de tort sur le principe, mais en répétant, épisode après épisode (et presque systématiquement dans la scène d'ouverture), la même figure imposée, The Starter Wife perd énormément de son charme fantasiste.

TheStarterWife-BasicInstinctLa saison de The Starter Wife était condamnée AVANT que Cibrian ne se pointe, c'est dire.

Et puis les intrigues de cette saison sont un peu aléatoires. Il n'y a pas de plan : les réorientations en cours de route sont fréquentes et touchent à peu près tout le monde.

Ainsi, Joan commence à travailler dans le centre de désintoxication où elle avait fait sa cure avortée ; une mission intéressante, qui l'amène à faire des changements dans sa vie. Mais ces changements, non-assumés scénaristiquement, connaissent des rebondissements parfaitement inutiles. Les deux derniers épisodes tourneront même la chose à la caricature, ce qui fait que la crise de la, hm, disons cinquantaine, de Joan, est totalement tournée en ridicule alors qu'elle avait commencé sous des auspices plutôt favorables.
Le nouveau personnage de Liz s'avère quant à lui totalement stérile. Les intrigues sont encore plus changeantes le concernant et ça vire franchement au soap de bas étage. Et comme dans tous les soaps de bas étages, l'amitié avec les personnages principaux finit par sembler être un prétexte, quand le reste du temps, les personnages blacks restent entre eux.
Le seul à tirer convenablement son épingle du jeu est Rodney. Il s'est trouvé une belle intrigue, quoi que pas forcément très approfondie quand les tribulations de Molly prennent trop de place, dans son histoire pourtant assez cliché avec l'acteur de films d'action Felix qui refuse de sortir du placard, afin de ne pas endommager sa carrière (une histoire qui avait été vue dans Action!, mais cette comédie n'avait pas pour vocation de prendre le sujet au sérieux). Même si dans sa valse hésitation, Rodney va longtemps nous faire mariner, le personnage n'en est pas moins touchant et les développements qui le concernent lui donnent plus d'épaisseur que dans la mini-série. Avec ce character development réussi, Rodney devient le personnage qui aura le plus évolué entre la mini-série et la saison, et probablement l'un des plus attachants.

Mais en choisissant de donner plus de gravité à des personnages comme Joan et Rodney, et en accordant également du temps à ce nouveau personnage de Liz, The Starter Wife met ici l'accent sur l'éclatement entre les personnages. Leurs scènes ensemble démontrent une parfaite alchimie ; Rodney et Molly, en particulier, sont extrêmement attachants. Mais le problème c'est que l'atmosphère qui régnait dans la mini-série a totalement disparu. A ce problème narratif, il faut encore ajouter un autre plus circonstanciel : au lieu de se retrouver toujours au même endroit (dans la mini-série, il s'agissait de la maison sur la plage de Joan, habitée le temps de l'été par Molly et sa fille, mais aussi Lavender et sa mère, Joan à son retour de cure, Rodney, et même occasionnellement Sam), les personnages mènent ici chacun leur vie. La nouvelle maison de Molly est très présente, mais les autres n'y viennent quasiment jamais. L'absence d'un décor commun pour les tourments séparés de chacun n'aide pas cette impression d'éclatement, donc.

Alors au final, cette intégrale de The Starter Wife, une déception ? Bah pas vraiment... mais je suis bien forcée de reconnaître que finalement la mini-série se suffit à elle-même, à plus forte raison si on veut rester sur une bonne impression.
Et puis, 16 épisodes en compagnie de Debra Messing, franchement, il y a pire, et elle reste lumineuse, charmante et adorable de bout en bout, se donnant à fond pour les scènes fantasmées (la voir grimée en Lara Croft sera probablement l'un de mes meilleurs souvenirs de l'été, surtout quand on connait la taille de soustale de Messing, qui n'a jamais fait de mystère de ce côté-là) et parvenant toujours, malgré tout, à rester la Debra Messing que l'on aime.
Enfin je sais pas pour vous, mais moi oui. Alors non, pas de regret.

Mais il y a des chances pour que mon DVD de la saison prenne quand même un peu la poussière sur le long terme...

Posté par ladyteruki à 19:36 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

03-05-12

Adieu Guignols

Admettez-le, vous manquez de lectures abordant la question des présidentielles, en ce moment, pas vrai ? Et pourtant c'est bien et bien ce qui vous attend aujourd'hui dans ces colonnes. Mais bien-sûr il va avant tout y être question de télévision, alors attendez un peu avant de me haïr.

Guignols2012

Alors qu'hier était diffusé le débat entre les deux candidats du second tour, et que je l'ai copieusement ignoré, j'ai réalisé que c'était la première campagne des présidentielles pendant laquelle je ne regardais pas Les Guignols de l'Info. La dernière fois que ça s'est produit, c'était en 1995.

Sauf qu'à l'époque les choses étaient bien différentes : je vivais chez mes parents, lesquels, à 20h pile, étaient devant le 20h de TFHein et certainement pas devant Canal+ que de toute façon on ne regardait JAMAIS. Le journal de 20h était pour mes parents ce que la messe de minuit est pour les Catholiques pratiquants à Noël, à la seule différence qu'ils n'y trainent leur marmaille de force qu'une fois l'an. Moi j'y ai eu droit quotidiennemen jusqu'à 15/16 ans. Ironiquement c'est quand j'ai été capable de prendre du recul avec les images que j'ai réussi à obtenir de ne plus regarder ce satané journal ; par contre la guerre du Golfe, j'avais 9 ans et j'étais aux premières loges tous les soirs, ça pas de problème.

L'un de mes actes de transgression suprême a été, une fois au lycée, de regarder Invasion Planète Terre le midi, en cachette, pour tout vous dire. Ce n'est pas que la chaîne était interdite, c'est qu'elle avait été rayée de notre conscient aussi sûrement que si mes parents avaient été équipés comme les Men In Black. C'était totalement inconcevable de regarder cette chaîne et mes parents ont fait, en gros, comme si on ne le recevait pas, même pas en clair. C'est vous dire à quel point le fameux "esprit Canal", pendant longtemps, m'était totalement étranger. Et quand j'ai eu pour la première fois une télé dans ma chambre, ma soeur et moi échappions au 20h mais pour aller nous mettre... devant le sitcom de 20h de M6. Je crois que quelques mois avant que je ne me tire de là, on avait commencé à vaguement tenter les Guignols, mais si leur show trainait en longueur, on zappait parce que l'épisode d'Une Nounou d'Enfer gardait la priorité. Vous ne vous rendez pas compte de ce que c'était : l'année où j'ai passé mon bac, les épisodes d'Une Nounou d'Enfer étaient inédits ; je sais, c'est un concept difficile à saisir de nos jours.

Ce n'est que quand j'ai déclaré mon indépendance, pendant l'automne 2000, et que j'ai emménagé dans mon royal studio de 7m² avec ma propre télé, que j'ai découvert Canal+ et notamment Les Guignols de l'Info. J'étais donc totalement habituée à leur présence dans mon "salon" quand sont arrivées les historiques élections présidentielles de 2002, un an et demi plus tard. Les Guignols étaient à peu près mon seul contact régulier avec le monde politique pour lequel j'avais conservé une certaine aversion depuis la fameuse histoire du 20h obligatoire, puisque je ne lisais aucun journal, n'en regardait certainement pas à la télé non plus, et pour finir je n'avais dans mon entourage aucun ami politisé qui mette ce sujet sur le tapis ne serait-ce qu'une fois de temps en temps.
Outre les évènements du 21 avril eux-mêmes, les Guignols ont donc participé à l'éveil de ma conscience politique et sociale. Je n'étais pas toujours d'accord avec eux, mais j'appréciais leur irrévérence qui changeait tellement des autres façons de couvrir la politique.

Entre 2002 et 2007, s'est opérée une balance dans ma consommation de l'information politique à la télévision, comme si j'avais pris mon élan et que j'avais quitté le nid. Je regardais encore cycliquement les Guignols quand je le pouvais, mais j'ai aussi commencé à regarder le journal (plutôt de France 2) mais surtout des débats télévisés, l'après-midi ou le soir, parce que les Guignols ne suffisaient tout simplement plus à me faire un avis. C'est la période pendant laquelle j'étais au chômage et où mes disponibilités étaient beaucoup plus larges. J'avais souvent des débats en fond sonore pendant que je travaillais sur SeriesLive ou Teruki Paradise, pas forcément sur la politique à proprement parler mais sur différentes problématiques sociales, et C dans l'air était devenue la seule émission que je regardais absolument chaque jour lorsque je n'avais pas un CDD. C'était le moment de la journée où je me demandais ce que je pensais du sujet du jour et, même quand ce n'était pas la première fois que je me faisais un avis dessus, c'était bien souvent la première fois que je lui accordais autant de réflexion.

En 2007, mon homme de l'époque et moi étions tous les deux rivés devant chacun des débats et émissions consacrés aux présidentielles. Cela incluait, naturellement, Les Guignols de l'Info. Si on avait eu plus d'argent on se serait certainement déplacés à des meetings, mais comme ça n'était pas le cas, on se nourrissait de tout ce que la télé voulait bien nous distiller sur "notre" candidat, et d'ailleurs sur les autres aussi. Notre opinion était faite mais on était dans une voracité qui, je crois, témoignait assez bien du choc que nous avions connu lorsqu'en 2002, pour les toutes premières présidentielles pendant lesquelles nous avions voté, on avait assisté aux premières loges à un véritable séisme ; le "traumatisme" était certainement le plus présent parmi ceux de notre âge qui avaient voté sans grande conscience politique en 2002, parce que c'était "la première fois" et pas par conviction, avant de réaliser qu'il fallait peut-être prendre la politique plus au sérieux. Les Guignols, encore une fois, faisaient partie du kit de base des élections.

Mais pas cette fois. Et le plus ironique dans l'histoire, c'est que jamais je n'ai été aussi concernée par la politique dans tant d'aspects de ma vie, à commencer par le volet professionnel. La presse écrite est passée par là (je lis la presse papier en moyenne un jour sur deux). Et évidemment, internet s'est imposé : désormais je surveille les titres de quatre journaux en ligne français, minimum deux fois par jour, tous les jours, faisant de surcroît mon marché dans la corne d'abondance qu'est Twitter (rien ne remplacera jamais la richesse de ce réseau social à mes yeux), et avec quelques blogs comme celui de Maitre Eolas en complément.

Les Guignols de l'Info
? Ce n'est même plus concevable. Et d'ailleurs je n'ai même plus la télé ! J'ai juste adsltv, sur laquelle Canal+, même en clair, semble indisponible.

Je me rappelle des nombreux débats autour des Guignols : étaient-ils prescripteurs ? Influençaient-ils négativement l'image des politiciens auprès du grand public ? Etaient-ils partisans ?
Ces questions se posent-elles encore aujourd'hui, alors que le public-cible de nos marionnettes préférées colle parfaitement au profil des internautes les plus susceptibles d'avoir eux aussi fait la transition, pour tout ou partie, vers l'information [politique] via internet ? Je ne suis pas experte, ni en médias ni en politique, mais si mon parcours est partagé, alors les Guignols seront totalement obsolètes aux prochaines présidentielles, à ce rythme.

Cette année, je n'ai donc pas regardé une fois Les Guignols de l'Info. Leur regard acerbe sur le monde de la politique m'aurait peut-être parfois fait plus de bien que je ne le crois, mais les faits sont là.

Ah, si. Il y a quelques semaines, via Twitter, j'ai vu passer un lien pour l'une de leurs videos se rapportant à la campagne. Elle ne m'a fait ni chaud ni froid. Elle n'était pas mauvaise. Mais elle ne m'a fait réfléchir à rien, et elle n'était même pas hilarante.

Veuillez installer Flash Player pour lire la vidéo

Je crois que je suis devenue une grande personne...

Posté par ladyteruki à 23:13 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

09-04-12

Drôle de malédiction

Il a été porté à mon attention par Scalatiine et whisperintherain que TFHein préparait un remake de Ma Sorcière Bien-Aimée il y a quelques jours. Le projet aurait ensuite été mis aux ordures, ce qu'on ne peut que saluer. Mais pendant quelques minutes, alors que je lisais, ébahie, la news à ce sujet qu'on m'avait fournie sur Twitter, j'ai pensé : "les Français ne sont donc pas à l'abri".
A l'abri de quoi ?

Combien de fois je vous ai parlé de remakes ridicules de sitcoms américains ?
De mémoire, voyons... il y a eu la version espagnole de Cheers (subtilement appelée Cheers, ce qui sentait déjà mauvais dés le départ), la version espagnole des Craquantes, intitulée Las Chicas de Oro, qui n'a pas connu un sort plus enviable... mais les Espagnols ne sont pas les seuls en faute, puisque j'ai déjà pu évoquer avec vous l'horreur que représentait Maia Preskrasnaia Niania, la version russe d'Une Nounou d'Enfer. D'ailleurs, fun fact : quand je m'ennuie, je cherche à collecter le pilote de toutes les versions internationales d'Une Nounou d'Enfer. Je suis masochiste comme ça. Et du coup je peux aussi vous parler de la version polonaise, Niania, que du bonheur. Oh, il me semble qu'on a aussi évoqué Kak ia Vstretil Vashu Mamu, l'adaptation russe de How I met your mother. Je vous dis ça pour que vous fassiez bon usage des tags mails il y en a plein d'autres qu'on n'a pas encore mentionné dans les parages, et j'en suis la première surprise.
Voyons voir, il y a aussi l'Allemagne avec Das iTeam, l'adaptation de The IT Crowd, quoique presque sans apporter le déshonneur sur la version originale (le vrai problème, ce sont les acteurs), ou les Pays-Bas, qui ont adapté Tout le monde aime Raymond avec Iedereen Is Gek Op Jack (j'arrive pas à croire que je vous ai jamais montré ne serait-ce que le générique de ces trucs-là ?)... on ne va pas tous les citer, mais en tous cas ça prouve que c'est une épidémie mondiale (excusez-moi, j'ai lu World War Z ce weekend, je suis un peu traumatisée).

Mais soyons honnêtes, en France, on n'avait pas l'air d'être touchés par ce phénomène. Les remakes sont relativement rares dans l'ensemble, par chez nous, on peut s'en féliciter. Evidemment il y a le cas des adaptations plus ou moins officieuses (L'Hôpital ?) et les cas de franchise (Paris Enquêtes Criminelles), mais en tous cas, les sitcoms américains zombifiés, on évite quand même plutôt bien.
Et quand on fait quelque chose de bien en France, il faut le dire, même si ça m'écorche un peu la bouche (mais je me soigne, promis).

OkusamawaMajou

Même si ensuite j'ai eu l'immense soulagement d'apprendre que le projet avait été abandonné par TFHein peu de temps après que la news ait fait surface sur le projet, j'ai tout de même eu le temps de penser aux deux adaptations internationales de Ma Sorcière Bien-Aimée que je connaissais : Okusama wa Majou, la Japonaise, et Maia Liubimaia Vedma, la Russe.
Et ya pas de quoi se vanter, je vous assure. Les deux avaient choisi de se dérouler dans le présent, ce qui était déjà une énorme erreur : dans ces cas-là, il vaut mieux jouer à fond la carte de la nostalgie, ça permet d'avoir l'air moins ridicule. Et puis surtout, cela ressemblait à des parodies de sitcom des années 90, ce qui est embêtant car aucune des deux n'a plus de 10 ans. Je fais encore des cauchemars avec la version russe (je fais des cauchemars avec beaucoup de versions russes de sitcoms américains, en réalité) et de ces rires enregistrés, oh, ces rires... ils me réveillent en pleine nuit, le front en sueur, les yeux exorbités, le souffle court.

Depuis lors, une version récente, de quelque pays que ce soit, d'un sitcom américain tel que Ma Sorcière Bien-Aimée, je ne le souhaite à personne, pas même à Whitney Cummings. Mais si vraiment vous êtes curieux et téméraires, ne serait-ce que pour assister au jeu des acteurs ou goûter la qualité de la réalisation, je ne peux pas vous empêcher d'aller vérifier par vous-même.

Tous les remakes ne sont pas mauvais, pas forcément.
Mais non, mais non voyons. Par principe, on a tendance, moi y compris je l'admets, à refuser l'idée-même de remake, mais tous ne sont pas à jeter. Faites-moi penser à vous parler d'Umutsuz Ev Kadinlari, la version turque de Desperate Housewives, par exemple. Ca se défend... sous un certain angle. Enfin, je ne raffole pas de la version d'origine ; c'est sûr, ça n'aide pas, mais bon, ça va encore. En fait les dramas et les dramédies se défendent en général plutôt bien. Les versions telenovela de certaines séries ABC (qui en ont fait une spécialité) comme A Corazón Abierto ou les Amas de Casa Desesperadas ne sont peut-être pas votre tasse de thé, disons, mais au moins elles restent dans la limite de ce qu'on attend d'elles au niveau de la forme, a minima.
Et c'est important de le dire. De dire qu'à défaut de faire preuve d'originalité, la qualité de la production de l'adaptation reste, disons, équivalente à une sorte de médiane, entre la qualité de la série d'origine, et la qualité moyenne du format d'arrivée choisi tel que présent dans le pays où la série a été adaptée.

Mais tout en disant cela, il faut reconnaitre que les sitcoms en sont proprement incapables, et ce, quel que soit le pays d'arrivée. C'est pour ainsi dire systématique. Je n'ai pas UN exemple du contraire à évoquer, rien ne me vient à l'esprit, alors que j'ai téléphagiquement plutôt bien roulé ma bosse ces dernières années. Aucun remake de sitcom américain n'est JAMAIS réussi de par le monde. C'est une constante. L'une des choses dont on peut être sûrs de par le monde.
Dans le cas de la Russie, qui a un retard incroyable en matière de production télévisuelle locale (on a déjà pu l'évoquer) et dont le remake est constitutif du mode de fonctionnement, ce n'est pas étonnant. Mais prenez par exemple les Espagnols. Avec l'ampleur de leur production nationale, les bons titres que le pays est capable de proposer... comment peut-on encore en arriver à commander du Cheers ? Et à ensuite échouer lamentablement à réaliser un produit potable ?

Au regard de ce que nous apprend l'histoire télévisuelle de tous ces pays, et hélas, l'expérience, qu'est-ce qui rend l'exercice si compliqué et pourtant si populaire ? A moins que ce ne soit l'inverse. Parce que le plus fou, c'est qu'ils continuent d'être produits, ces remakes de sticoms américains, année après année, car il y a vraisemblablement quelque chose d'universel dans les sitcoms américains qui attire les producteurs locaux.

On a échappé à celui-là. Mais visiblement on n'est pas à l'abri en France non plus. Alors, faut-il se préparer à l'arrivée d'un remake de sitcom américain en France ? Faut-il commencer dés maintenant à stocker des vivres et de l'eau ? Je panique un peu, pardon. Mais moi, j'ai entendu les rires enregistrés des remakes russes. JE SAIS.

Posté par ladyteruki à 22:51 - Point Unpleasant - Permalien [#]

08-04-12

[#Ozmarathon] 5x01, thanks for the ride

La fin du Black March signifie aussi le retour du Ozmarathon, puisque tous les participants n'avaient pas forcément la chance de suivre la série en DVD. Enfin ! La saison 5 commence, et c'est avec entrain, espoir et appétit que nous nous lançons...

Ozmarathon_5x01

L'épisode va pourtant commencver sur une grosse maladresse, probablement rendue plus insupportable avec le recul maintenant que 90% des séries nées depuis lors ont utilisé le stratagème : l'intro qui donne la conclusion de l'épisode, suivie immédiatement d'un retour dans le passé. Ce n'est pas exactement un flashback, c'est juste une façon très gauche de plaquer un enjeu sur cet épisode : attention, à la fin, voilà ce qui attend tout le monde, et ils n'en savent rien. Le problème c'est qu'on est loin d'avoir de quoi se rassasier dans l'intervalle.
Pour être plus précise, l'idée de faire se crasher le bus, je dis oui. L'idée de voir comment les prisonniers ont hâte de retrouver des visiteurs à l'issue des mois de travaux qui les ont coupés de l'extérieur, ok. Mais les discussions dans le bus ! Seigneur, c'était interminable. Evidemment ça accentue la dramatisation, humanise les personnages qui sont condamnés à mort, et propose, chose quand même vachement inédite l'air de rien dans la série, de longues scènes hors de la prison, et avec, donc, un regard extérieur sur les maux qui rongent les prisonniers. Mais c'est vraiment longuet quand même.

Pendant ce temps, loin de se douter de ce que les scénaristes vont bientôt leur infliger, lesdits prisonniers continuent leur petite vie, ou plutôt la retrouvent, dans une prison d'Oswald qui semble avoir été retapée de la cave au grenier (mais très franchement, ça ne saute pas à l'oeil nu) et où ils peuvent enfin réintégrer leurs quartiers ou la cantine. Par-dessus le marché, les prisonniers en isolement vont aussi pouvoir se remélanger à nos amis d'Em City sous un prétexte fallacieux.

Et c'est donc le moment où les groupies d'Alvarez sautillent sur place comme des adolescentes des années 90 devant un poster de Rock Voisine. On n'y croyait plus ! Dans la saison précédente, camoufler l'absence de Kirk Acevedo avait été fait avec autant de subtilité que le maquillage de la grossesse de Lauren Lane dans Une Nounou d'Enfer, la volonté d'en faire des tonnes pour pouvoir en rire en moins. C'était affligeant mais, l'air de rien, on avait fini par s'habituer à cette masquarade. Alors ça fait tout bizarre de le retrouver, étrangement imposant physiquement, et surtout, complètement loco. Ah, c'est fini, les yeux de chiot : maintenant Alvarez mord. Peut-être en se vantant juste un tantinet trop d'en être capable, de sorte qu'il va prendre une petite leçon d'humilité (de la part de Giles, en plus !), mais enfin, il est en forme, il pète le feu, on dirait qu'Acevedo lui-même est soulagé d'être revenu.

Retour aux affaires également pour Kareem Saïd. Peut-être pas comme on l'aurait imaginé, mais retour quand même. Après avoir libéré l'Adebisi qui sommeillait en lui, Kareem semble ne pas avoir tout-à-fait choisi comment il allait vivre à partir de maintenant. Le démon n'est pas tout-à-fait lâché, comme j'aurais pensé ; mais pour autant il n'est pas totalement sous contrôle, et d'ailleurs, le self-control de l'imam a disparu, comme le montrera sa rapidité à montrer aux Aryens tout le bien qu'il pense d'eux, à peine relâché. Il participe toutefois de bonne volonté à la petite discussion mise en place par Sister Peter Marie, avec Beecher et Schillinger. Le beau trio que voilà.
Et alors, Sister P, il faut qu'on cause. Ca ne va tout simplement pas être possible. On se demande comment l'administration peut continuer de vous payer à organiser des sessions entre des gens qui se haïssent, de les voir échouer et recommencer avec un défi encore plus ridicule la fois suivante. C'est perdu d'avance. Déjà parce qu'entre Beecher et Schillinger, la dernière fois, ça a échoué. Et maintenant en venant y ajouter Saïd ? Faut vraiment rien avoir à faire de sa journée. Tout ce temps que vous pourriez passer en expertises psychiatriques sur, chais pas moi, Alvarez par exemple ? Alors je dis pas, ça va nous faire du sport, c'est bien, et d'ailleurs ça commence plutôt bien, parce que Beecher est un personnage en or (pas pour rien qu'il a attendu près de la moitié de l'épisode avant de pointer son nez) et que toute scène avec lui vaut forcément cent sous de plus, mais on sait tous comment ça va finir. Mal.

Entre Ryan O'Riley et Gloria Nathan, ça ne va pas très bien non plus. Pas vraiment de querelle d'amoureux mais, comme on avait pu le voir en fin de saison précédente, Nathan prend ses distances et ça fait tout drôle à l'Irlandais d'être repoussé sans vraiment savoir trop pourquoi (il faut dire qu'il n'a jamais été très malin quand il s'agissait de Gloria).

C'est aussi l'occasion de remettre le meurtre de Keenan sur le tapis, j'avoue que j'ai pas trop compris pourquoi sinon qu'Arif est long à la détente et est allé caffeter.
Il me souvient de l'époque où les intrigues d'Oz avançaient. C'était une ère faste et bénie qu'on appelle la première saison, et ça s'est étendu dans la seconde, aussi. En fouillant votre mémoire, vous devriez pouvoir vous rappeler qu'on ne convoquais pas d'intrigues anciennes en permanence. Eh bien cette époque est vraiment finie.
En réouvrant le dossier du meurtre de Keenan, on fait appel à une vieille, vieille affaire, qui n'avait même pas forcément été la plus palpitante de la série (vous me remettriez un trio Beecher/Schillinger/Keller, là je dis pas... on a vécu de grands moments avec ces enfoirés-là !), et de la faire revenir pour ce qui semble être la énième fois au nom d'une résolution. Mais que peut-elle nous apporter ? Voyons les choses autrement que sous l'aspect strict de l'enquête que mène Glynn : sur un plan dramatique. Cela oblige Gloria à choisir son camps : dire la vérité, ou protéger Ryan. C'est franchement un dilemme qu'elle a suffisamment exploré la saison précédente, et maintenant qu'elle prend ses distances avec lui, visiblement en toute connaissance de cause, voilà qu'elle cache ce qu'elle sait à Glynn ? Ca donne vraiment l'impression de faire un pas en avant, un pas en arrière. Pourquoi ne collabore-t-elle pas totalement avec O'Riley dans ces conditions ? J'aimerais énormément voir Gloria la psychorigide en bad girl, ce serait bien plus riche en possibilités.
Heureusement cette petite enquête pas très originale est aussi l'opportunité pour Ryan, pendant ses quelques minutes de présence à l'antenne, de faire... son Ryan, et d'intriguer de son mieux pour couvrir le meurtre. Il faut admettre qu'il s'en sort pas mal, mais on n'en attendait pas moins de lui. J'ai par contre été intriguée et surprise par sa façon de parler à Cyril... se pourrait-il que le divorce soit consommé entre ces deux garçons dont Ryan a découvert récemment qu'ils n'étaient pas issus de la même mère ? Ce serait intéressant aussi, mais peut-être plus dur à avaler après tout ce que la série nous a montré sur le lien qui les unit. Je suis prête à me laisser séduire par une telle intrigue quand même, si tel est vraiment le cas.

Et puis, quand franchement on ne s'y attendait plus, LA scène arrive. Et elle s'avère bien plus émouvante que je ne m'y attendais.
Le bus effectue sa chute, le père Mukada se tire miraculeusement du véhicule, Glynn annonce aux prisonniers ce qui s'est passé... C'était très bon, très puissant, et pas uniquement à cause de la musique un peu over the top mais bien parce qu'on redécouvrait l'aspect le plus fort, le plus sacré, le plus indispensable de la série : son humanité. Malgré toutes les horreurs que ces hommes commettent (assez peu représentées pendant cet épisode, en-dehors de l'état de Cloutier qui a de quoi retourner les estomacs les plus accrochés), ils restent des hommes pour qui les proches, la famille, tout ça, c'est vital. Cela faisait longtemps que la série n'avait plus abordé ces choses-là de cette façon-là. N'ayant pas vu la saison 5 (je n'avais pu reprendre la série que lorsque la 6e était passée sur Série Club), j'ignore si cela avoir un impact durable sur la saison, mais je le souhaite.
C'est sadique... mais c'est très Oz, non ?

Posté par ladyteruki à 22:57 - Plus on est de fous - Permalien [#]

25-03-12

A TV show a day doesn't seem to keep the doctor away

BlackMarch

J'ai toujours pensé qu'il y avait un épisode pour chaque situation ; c'est d'ailleurs en partie la raison pour laquelle je peux être un brin volage dans mes visionnages : je fais mon planning selon l'humeur. Un coup de blues ? Il y a forcément un épisode triste à regarder. Une peine de coeur ? Choisissez un rupture de série au pif et pleurez votre content. Colère, fatigue, mais aussi joie, euphorie, excitation d'une nouvelle rencontre ou d'un nouveau projet... Quelle que soit l'émotion du moment, il y a moyen d'aller l'explorer avec un épisode, et de revenir "à la normale" ensuite, tout ayant été dit à l'écran et l'esprit ayant le temps de se calmer.
Oui, je suis une fervente adepte de la doctrine qui prétend qu'il y a un épisode qui colle à votre humeur du moment, quelle qu'elle soit. Et qu'une fois qu'on la regardé, on est comme en paix avec l'univers et soi-même, et on peut reprendre une activité normale.
...
GROSSIERE ERREUR.
Je m'en aperçois alors que je suis malade depuis plus d'une semaine : il n'existe pas d'épisode capable de coller à l'humeur "j'ai mal à la gorge et je tousse comme si j'allais cracher mes poumons".

En fait c'est même tout le contraire. Dans la plupart des séries, les personnages vous narguent de toute leur capacité à respirer avec les bronches dégagées, ils ont le petit sourire narquois de celui qui n'a pas eu une quasi-pleine semaine d'extinction de voix, et ils font même ce truc, vous savez, qu'on fait quand on n'est pas malade ? Avoir une vie. Les salopards.
Et d'ailleurs quel est leur secret, à ces personnages de séries ? Comment se fait-il que jamais on ne voit le Piemaker se faire sermoner par son médecin parce qu'il a réussi à choper une sinusite en allant flâner dans les cimetierres ? Pourquoi cette peste d'Alicia Florrick ne contracte pas la plus petite gastro-entérite en l'espace de trois saisons ? Je veux bien croire qu'elle prenne soin d'elle et tout ce qu'on veut, d'ailleurs moi-même j'ai d'ordinaire une santé de fer, mais c'est viral, au nom du ciel, comment elle a échappé à un truc viral ? Trois ans de suite ? Ses mômes lui ont jamais ramené un tout petit virus qui court en classe ?

Je m'emporte. Ce doit être la fièvre.
Oh, je ne nie pas que parfois, les personnages peuvent chopper une petite grippe. Essentiellement dans les sitcoms, d'ailleurs. Je revois encore Fran (que d'ailleurs j'imite mieux que jamais en ce moment...) faisant quelques escales chez le médecin, de temps à autres. Il y a aussi un épisode des Craquantes dont je me rappelle très bien, et où elles tombent toutes les trois malades en même temps. Mais c'est uniquement pour rire. En fait, au contraire, au bout de deux ou trois minutes, le générique passe, du coup le virus aussi, les personnages se remettent en branle comme si de rien n'était, et recommencent leurs aventures sans plus se soucier de rien ; être malade est un prétexte et non un état.
Il doit y avoir une règle non-écrite quelque part qui précise qu'aucun personnage ne peut être malade 20 minutes en 7 saisons, je suppose.

Vous savez ce qui m'aurait fait plaisir en ce dimanche ? Un épisode où les personnages sont malades, incapables de respirer normalement, doivent aller se repoudrer le nez toutes les 10 minutes et toussent comme des fumeurs aux poumons calcinés. Là d'accord.
C'est peut-être pas très sexy mais ça m'aurait fait rudement plus de bien que tous ces petits enfoirés en bonne santé en train de gambader sur mon écran.
Oui voilà, toi, par exemple. Crevure.
Tiens bah j'espère que t'étais malade aussi pour ton anniversaire, et toc.

GambadantFollement

Ahem. Bref, tout ça pour dire : on se retrouve demain pour de vrais posts. Si j'ai pas clamsé d'ici-là.

Posté par ladyteruki à 23:00 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]