ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

16-09-13

Gémeaux dizygotes

Ce dimanche soir, le Québec remettait les prix Gémeaux.
Voici donc les résultats tant attendus ; avec d'autant plus d'anticipation d'ailleurs que le favori de tout le monde, Unité 9, n'a pas toujours été assuré d'obtenir une statuette. Rappelons que sa productrice, Fabienne Larouche, boycotte la cérémonie. Ca n'a rien de nouveau, puisque les séries Un Homme mort, 30 vies ou Trauma ont déjà été privées de récompenses pour le même motif. La différence, c'est qu'Unité 9, pour des raisons que vous comprenez instantanément si vous avez suivi mes conseils et regardé la série, partait grande favorite... pour un prix auquel elle n'allait donc même pas être soumise pour nomination.
Mais heureusement, il y a le prix du public. Quoi, j'ai ruiné la surprise ? C'est ça, comme si vous ne vous y attendiez pas...

28ePrixGemeaux

Alors passons au palmarèse complet, en commençant d'abord avec les prix remis aux acteurs. Je vous ai mis toutes les nominations, avec une jolie étoile dorée * pour le gagnant.

...D'abord, les acteurs secondaires.

Meilleur rôle de soutien masculin dans une série dramatique :
- Sylvain Marcel (19-2) *
- Daniel Gadouas (En thérapie)
- Jean-Nicolas Verreault (Mon meilleur ami)
- Marc Messier (Toute la Vérité)
- Marcel Sabourin (Toute la Vérité)

Meilleur rôle de soutien féminin dans une série dramatique :
- Louise Turcot (19-2) *
- Julie Perreault (19-2)
- Pascale Bussières (En thérapie)
- Louison Danis (Toute la Vérité)
- Isabelle Vincent (Toute la Vérité)

Meilleur rôle de soutien masculin dans un téléroman :
- Jean L'Italien (Destinées)
- Patrick Drolet (Mémoires Vives)
- Albert Millaire (Mémoires Vives)
- Hugo Giroux (O')
- Michel Dumont (Yamaska) *

Meilleur rôle de soutien féminin dans un téléroman :
- Bianca Gervais (Destinées)
- Catherine De Sève (L'Auberge du Chien Noir)
- Charli Arcouette (Mémoires Vives)
- Micheline Lanctôt (O') *
- Audréane Carrier (Yamaska)

Meilleur rôle de soutien masculin dans une comédie :
- Jeff Boudreault (La Galère)
- Marc Paquet (Mauvais Karma) *
- Yanic Truesdale (Mauvais Karma)
- Vincent Leclerc (Mauvais Karma)
- Claude Despins (Un sur 2)

Meilleur rôle de soutien féminin dans une comédie :
- Anne-Élisabeth Bossé (Adam et Eve)
- Diane Jules (La Galère)
- Louise Latraverse (Mauvais Karma)
- Judith Baribeau (Mauvais Karma)
- Geneviève Brouillette (Mauvais Karma) *

Meilleure interprétation d'humour :
- Serge Chapleau (00Flak)
- Hélène Bourgeois Leclerc, Véronique Cloutier, Michel Courtemanche, Joël Legendre, Louis Morissette (Bye Bye 2012) *
- Isabelle Brouillette, Michel Charette, Sonia Cordeau, Marie-Soleil Dion, Jean-Philippe Durand, Luc Guérin, Louis Morissette, Frédéric Pierre, Geneviève Schmidt, Tammy Verge (Et si?)
- Dave Bélisle, Anne-Élisabeth Bossé, Jean-François Chagnon, Sonia Cordeau, Julien Corriveau, Dominic Montplaisir, Jean-François Provençal (Les Appendices)
- Anne Dorval, Marc Labrèche (Les Bobos)

...Ensuite, les rôles principaux.

Meilleur premier rôle masculin dans une série dramatique :
- Claude Legault (19-2)
- Réal Bossé (19-2)
- Claude Legault (Mon meilleur ami) *
- David La Haye (Mon meilleur ami)
- Émile Proulx-Cloutier (Toute la Vérité)

Meilleur premier rôle féminin dans une série dramatique :
- Élise Guilbault (En thérapie) *
- Macha Limonchik (En thérapie)
- Catherine Sénart (Mon meilleur ami)
- Hélène Florent (Toute la Vérité)
- Maude Guérin (Toute la Vérité)

Meilleur premier rôle masculin dans un téléroman :
- Vincent Bilodeau (L'Auberge du Chien Noir)
- Gilles Renaud (Mémoires Vives)
- Guy Nadon (O') *
- Stéphane Demers (O')
- Louis-David Morasse (O')

Meilleur premier rôle féminin dans un téléroman :
- Brigitte Lafleur (L'Auberge du Chien Noir)
- Marie-Thérèse Fortin (Mémoires Vives) *
- Véronique Le Flaguais (Mémoires Vives)
- Maxim Roy (O')
- Marilyse Bourke (O')

Meilleur premier rôle masculin dans une comédie :
- Daniel Brière (Les Parent)
- Rémi-Pierre Paquin (Mauvais Karma)
- Steve Laplante (Tu M'aimes-Tu?)
- Sébastien Huberdeau (Tu M'aimes-Tu?)
- Claude Legault (Un sur 2) *

Meilleur premier rôle féminin dans une comédie :
- Anne Casabonne (La Galère) *
- Anne Dorval (Les Parent)
- Julie Le Breton (Mauvais Karma)
- Magalie Lépine-Blondeau (Tu M'aimes-Tu?)
- Céline Bonnier (Un sur 2)

...Et pour finir, les séries !

TocTocToc-300    Meilleur émission ou série jeunesse
- A la ferme de Zénon
- Il était une fois dans le trouble
- Les Yeux Noirs
- Tactik
- Toc Toc Toc *
O-300    Meilleur téléroman
- Destinées
- Mémoires Vives
- O' *
- Yamaska
LesBobos-300    Meilleure série humoristique
- Et si ?
- Infoman
- Les Appendices
- Les Bobos *
- Prière de ne pas envoyer de fleurs
LesParent-300    Meilleure comédie
- La Galère
- Les Parent *
- Mauvais Karma
- Tu M'aimes-tu ?
- Un sur 2
19-2-300    Meilleure série dramatique
- 19-2 *
- Belle-Baie
- En thérapie
- Mon meilleur ami
- Tout la Vérité
Unite9-300   Prix Coup de coeur du public
Unité 9

Je propose que Claude Legault tourne dans toutes les séries québécoises dorénavant, comme ça ce sera réglé. Moi, en tous cas, je n'y vois aucun inconvénient.
A noter que 19-2 a aussi emporté une foule de prix techniques, comme le meilleur montage, la meilleure direction photographique ou les meilleurs décors. Quant à Tu M'aimes-tu?, elle a légitimement remporté le prix du meilleur thème musical. Encore plus légitimement, Podz l'a emporté pour la meilleure réalisation pour une série dramatique avec 19-2 ET pour une comédie avec Tu M'aimes-tu?, parce qu'il y a une justice.

Je ne veux pas avoir l'air de dire que c'était la répétition des Emmy Awards la semaine prochaine mais... je suis la seule à me tortiller de joie devant mon ordinateur à l'idée d'avoir deux cérémonies de récompenses à une semaine d'intervalle ?
En tous cas, nous avons avec ce palmarès un bel échantillon de fictions québécoises, qui prouvent une fois de plus que, comme je dis toujours, la meilleure fiction francophone se trouve outre-Atlantique...

Posté par ladyteruki à 04:28 - Love Actuality - Permalien [#]

14-11-12

Un accident est si vite arrivé

Depuis que je jongle entre deux boulots et que je me suis fait la promesse solennelle de continuer à tenir ce blog, regarder des séries est devenu... une nouvelle aventure, paradoxalement.

Permettez que je raconte ma vie téléphagique deux minutes (mais eh, c'est un peu à ça que sert cette rubrique !) : en gros, outre les heures toujours aussi longues à effectuer dans l'ancien job, parfois même plus (une joie de chaque instant chroniquée du côté de ladymnistration), j'ai une "revue téléphagique" hebdomadaire à tenir pour mon nouveau boulot qui consiste à regarder plein de séries, et notamment de pilotes, pour dresser un panorama télévisuel à peu près réaliste des télévisions de la planète, plus quelques missions ponctuelles plus thématiques que je vous épargne (et qui pour le moment ne constituent qu'une part minime du boulot). Bon. Là-dessus il faut ajouter le suivi de l'actualité télé du monde que je faisais déjà, quelques autres petits projets, et ce truc, là, le... mais si, vous savez ? Vie privée, voilà. Notamment parce qu'en ce moment j'ai quelqu'un qui squatte mon canapé. Et je vous épargne mon bouquin hebdomadaire (généralement sur la télévision), la lecture de la presse, etc... J'ai l'impression de me résumer à mon cerveau en ce moment (mais un cerveau qui boit de la Suze pink à 2h du mat avec mon colocataire du moment en matant Ted).

Avec tout ça, il a fallu que je m'impose une certaine rigueur en matière de visionnages. Et on va être clairs, la rigueur téléphagique n'a jamais été mon genre.
Mon genre, c'est regarder tout ce qui me passe par la tête quand j'en ai envie. Si j'ai tout d'un coup envie de m'enfiler 7 saisons de Gilmore Girls comme cet été, je le fais, par exemple. Que j'aie déjà 712 séries en cours n'entre pas une seconde en ligne de compte, même si je les adore. Une fois mon marathon fini, je reprends certaines de ces séries, d'autres attendent encore, et/ou un nouveau coup de coeur intervient parce que je continue de mater des pilotes. Si tout d'un coup je décide que je n'ai vu la première saison de House of Lies que trois fois cette année, et que ça me semble peu, eh bah vogue la galère, on est repartis pour un tour. Deux jours plus tard, à un épisode du final de la saison de House of Lies si ça se trouve, je vais me rappeler que Homeland reprend bientôt et me piquer d'en faire un post To be continued... qui va me pousser, en faisant les captures, à en fait revoir la première saison de la série. Mais patatras, en plein milieu de l'intégrale de Homeland, je me redécouvre une frigale de pilotes et ne vais jamais au bout de mon revisionnage de la saison 1, enchaînant les pilotes de la rentrée US. Là-dessus, la rentrée nippone débarque et ça continue niveau pilotes ; j'en viens même à mettre en pause le suivi de séries comme The Good Wife par exemple. Mais quelques semaines plus tard, en un aprem, c'est rattrapé, alors c'est pas grave. Et ainsi de suite. C'est mon fonctionnement habituel. Ca, c'est bien mon genre.
Et, qu'on soit, mais alors, absolument limpides sur le sujet : je suis tout-à-fait décomplexée vis-à-vis de ça. Même pas honte. Me laisser porter par mes envies, mes humeurs et le sens du vent, ça fait même partie de mon plaisir. Chaque fois que j'ai essayé de me forcer à regarder un truc parce que "bah j'ai commencé c'est trop con" ou "j'ai du retard sur la diffusion US" voire même "c'est pas la quatrième fois que je me fais une intégrale cette année ? j'ai pas mieux à faire de mon temps ?!", je dis bien à chaque fois, ça tourne mal. Soit parce que je finis par en vomir la série, soit tout simplement parce que je la regarde du coin de l'oeil alors que mon cerveau chante en boucle : "99 séries plus intéressantes à regarder, j'en regarderais une à la place de ça, ça ferait 98 séries plus intéressantes à regarder !", un peu comme Patrick Swayze dans Ghost.

Le problème c'est que quand on a quelqu'un qui vous paye pour regarder des pilotes/séries et vous faire un compte-rendu, vous ne pouvez pas prendre votre plus beau clavier et écrire un mail au boss : "cette semaine... rien. J'ai eu envie de revoir le pilote de Threesome et je suis tombée dans une intégrale de la série. L'accident con. Du coup, j'ai rien vu de neuf. Rendez-vous la semaine prochaine pour une revue des pilotes turkmènes du moment. (Peut-être). PJ : mon RIB pour le salaire de la semaine".
J'ai donc fait preuve de sérieux, d'organisation, et de persistance. Je me bloque tel jour de la semaine pour voir x pilotes. Tel autre pour m'enfiler toute une saison d'une série dont je sais que la thématique entre dans les attentes de mon patron en ce moment. Le lendemain c'est une lecture soutenue des dernières news (très contente pour le renouvellement de Redfern Now par exemple, d'ailleurs on parle du pilote très vite). Certains jours je vais jusqu'à manger et dormir. Et ainsi de suite.

Là-dedans, j'ajoute la rédaction des posts pour ce blog. Parce que j'y tiens.
Parce que d'une part, si je ne le fais pas, ça me manque ; déjà. C'est trivial mais c'est comme ça. Ensuite parce que j'aime bien avoir un retour sur les séries que je vois, et croiser les points de vue et les ressentis (oui alors en ce moment les commentaires ne se bousculent pas, certes, mais bon, on va faire comme si, pour les besoins de la démonstration).
J'avais envisagé de réduire la cadence et ne plus poster en quotidienne. Je l'avais envisagé environ pendant dix secondes : la vérité c'est que si j'écris au quotidien, c'est aussi parce que si je ne le fais pas, il y a plein de choses que je n'ai pas le temps d'aborder (en fait, déjà en écrivant tous les jours, je n'ai pas le temps de tout aborder, alors imaginez un peu ; tiens, il faudrait que je vous parle de In Deriva à un moment, la version roumaine de BeTipul et In Treatment, j'ai maté le pilote, c'était une expérience intéressante, d'ailleurs assez destabilisante dés la première séquence). Et ce que je n'ai pas le temps d'aborder eh bien, ce n'est pas documenté dans ces colonnes, ce qui veut dire que c'est assez rarement documenté ailleurs mais si un autre blogueur veut parler du pilote de Suburbia, faut pas qu'il se prive, au contraire ce serait dommage de passer à côté. Et puis, d'une façon générale, ce blog est parfois, aussi littéralement que possible, un blog, au sens où je le traite aussi comme un journal de visionnages, et que dans six mois, un an, je ne pourrai pas lire mes impressions sur un pilote si je ne les écris pas sur le moment. Or ça peut être intéressant de comparer par la suite ; c'est le cas pour The Good Wife, par exemple. Aujourd'hui je ne vois plus ce pilote du tout de la même façon, et j'ai envie de dire que c'est normal, mais me relire est intéressant quand j'aborde un épisode ou un arc de la série dans un post ultérieur.

Alors avec tout ça, le problème c'est que même quand on veut jouer à la professionnelle sérieuse, sous les lunettes et le tailleur violets, il y a encore un coeur de téléphage qui bat.

Scrubs

La semaine dernière, je ne sais plus pourquoi, j'ai soudain repensé à Scrubs. J'ai eu envie de voir le pilote : je me suis dit que ça me détendrait et que j'en avais bien besoin.
Donc j'ai regardé toute la première saison, fidèle à moi-même.
Du coup, j'ai dû batailler encore plus avec mon emploi du temps pour quand même faire mon travail n°1, mon travail n°2, et suivre les séries qui me tiennent à coeur dans la mesure du possible (je suis un peu en retard sur Tu m'aimes-tu?, par exemple), tout en adressant au moins une fois par jour la parole à la personne qui est à la maison en ce moment.
Et du coup j'avais encore plus besoin de me détendre. Et du coup j'ai entamé la saison 2 hier.

C'est un truc qu'on ne vous dit pas forcément, quand vous commencez à être payé à faire ce que vous aimez : les limites entre l'agréable et le désagréable se brouillent un peu. Juste un peu. Pas au point que ce qui est agréable devienne désagréable (au contraire, les jours où on est motivé pour rien, ça aide drôlement à se trouver un truc sympa à regarder malgré tout), pas du tout, je vous rassure.
Il y a un équilibre à trouver, c'est clair, et ce n'est pas en deux semaines qu'il va m'apparaitre comme par magie. Mais je voulais partager ça avec vous quand même. Déjà parce que je pense que ça fait partie de l'expérience : on en a tous rêvé, de réussir à recevoir un (petit) chèque pour regarder des séries, eh bien voilà à quoi ça ressemble aussi, même si d'un autre côté je m'éclate, et je n'arrêterrais de mener cette vie en ce moment pour rien au monde. Et puis aussi parce que j'aime bien partager avec vous, tout simplement. Et ça non plus, je n'arrêterais pour rien au monde, quand bien même en ce moment j'ai très peu de temps pour Twitter où je sais pouvoir retrouver la plupart d'entre vous...

Posté par ladyteruki à 22:50 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

02-11-12

Dix sur 20

Vous pensiez que notre défi, à whisperintherain et moi, avait permis de faire le tour de toutes les séries québécoises de la rentrée ? Nenni. Et je m'apprête aujourd'hui à en aborder une nouvelle, histoire d'enfoncer le clou. J'ai lu que cela faisait plusieurs années qu'autant de séries n'avaient pas débuté simultanément au Québec, je le crois bien volontiers, et j'ajoute qu'en plus, la plupart n'ont vraiment pas à rougir (même si dans le cas des Bobos, il faut parfois accepter de se contenter d'épisodes faibles régulièrement).
Naturellement, whisper vous offrira sa propre critique sous peu, donc n'hésitez pas à harceler le lien en bas de review pour guetter l'apparition de son post.

Unsur2

Connaître le pitch d'Un sur 2 est un véritable plus quand on aborde la série, alors, pour ceux qui ne lisent pas les world tours (bien que l'idée semble saugrenue), voilà le tableau : après trois mois d'absence, Michel revient voir sa femme Luce et leur fille Léa. Il n'est pas franchement bien accueilli et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle il squatte chez son meilleur ami plutôt que réintégrer directement ses pénates. La raison ? Michel a pris la poudre d'escampette avec une jeunette quelconque, et forcément il n'est pas accueilli comme le messie à son retour, alors qu'il semble avoir repris ses esprits.
Mais cela, le pilote d'Un sur 2 aura du mal à vous le dire. On pourrait prétendre que c'est parce que le premier épisode de la série s'ingénie à dépeindre la situation en filigrane avec subtilité, mais puisqu'on est entre nous, on peut bien nommer les choses pour ce qu'elles sont : c'est vraiment très flou. On ne comprend pas vraiment pourquoi Michel a tellement de mal à aller parler à son épouse, pourquoi il pionce chez son pote, pourquoi d'ailleurs l'épouse parait un peu mal lunée... On a quelques indices çà et là mais au lieu de piquer notre curiosité, ça entretient plutôt une sensation de frustration et même d'énervement par moments. Cet épisode inaugural donne en réalité l'impression d'avoir manqué un backdoor pilot qui aurait explicité les informations dont on a besoin pour s'investir... et éventuellement choisir son camps.

Car dans un premier temps, Michel passe pour le pauvre héros contrit et incompris, et Luce pour la mégère détestable, et dans cette version des faits, forcément, le spectateur a envie à plusieurs reprises de faire un gros câlin à Michel (le fait que Michel soit interprété par Claude Legault étant un facteur aggravant de ces soudaines envies de hug). En fait les femmes ont particulièrement le mauvais rôle dans l'épisode, alors que même la copine/épouse du pote râle parce que Michel a transformé leur chambre d'amie en porcherie, ou que la patronne du café se montre particulièrement désagréable vis-à-vis du pauvre homme. Cette position de victime, on mettra du temps à le comprendre, ne se justifie pas vraiment : c'est quand même Michel qui a trompé son épouse, mis les voiles vers une destination exotique, et qui revient le bec enfariné maintenant que le démon de midi affiche quatorze heures. Pas franchement le mec innocent envers qui les femmes du coin sont injustement féroces... In extremis, Luce aura même droit à quelques lignes de dialogues permettant d'établir qu'elle n'est pas totalement obtuse, et qu'elle voit encore un peu de bon dans cet homme.

Malgré tout, il n'est pas tout-à-fait mauvais, ce Michel. Il met une énergie louable à essayer de revenir dans la vie de sa fille, Léa (une adolescente qui aura une scène, et une seule, mais quelle scène, pour nous prouver le génie de son personnage), et à également retrouver le chemin de sa maison et de la quincaillerie que le couple possède. Et d'ailleurs, la quincaillerie a besoin de lui, et l'étage de la maison était sur le point d'être loué de toute façon, alors...

Evitant de justesse de tomber dans la caricature, Un sur 2 nous promet donc de voir comment la réconciliation va se dérouler entre Michel et Luce, impliquant leur fille malicieuse, et les amis pas toujours super objectifs. Malheureusement ce premier épisode un peu brouillon manque de vraiment nous entraîner dans une histoire qui nous touche.
A trop vouloir nous inciter à soutenir Michel, Un sur 2 évite énormément les vraies questions soulevées par le départ de celui-ci, et ne respecte pas la pluralité des points de vue, nous incitant à vouloir à tout crin une réconciliation qui ne va pas de soi. Il faut espérer que ce sera accompli dans les épisodes suivants, mais j'avoue que j'ai été assez refroidie par la trame de cet épisode qui, outre son évidente partialité, s'enfonce dans des contingences (logement, travail, etc...) qui font un peu perdre de vue l'essentiel, à plus forte raison parce que les solutions sont très rapidement évidentes de ce point de vue là. Il manque aussi à Un sur 2 un peu de tendresse dans sa façon de montrer les personnages et ce qui les tourmente ; sans aller jusqu'au travail magnifique réalisé sur Tu m'aimes-tu?, un peu plus de subtilité n'aurait pas été de trop pour montrer ce que traversent intimement ces personnages.

Cependant, on peut dire que c'est une bonne saison pour Céline Bonnier, qui trouve ici une deuxième série cet automne dans laquelle faire la démonstration de son talent (la première étant Unité 9 ; j'ai pensé à vous dire qu'il FALLAIT regarder Unité 9, je ne me souviens plus ?), et dans un rôle diamétralement opposé qui plus est. Et puis, Claude Legault...
Bon allez, d'accord, je tente un deuxième épisode. C'est bien parce que c'est vous deux.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 13:46 - Review vers le futur - Permalien [#]

21-09-12

Incitation au célibat

Pendant que whisperintherain fourbit ses armes sur le pilote de Ben & Kate, je poursuis mon exploration de la rentrée québécoise, un peu aidée par le fait que le deuxième épisode de Tu m'aimes-tu ? est un véritable ravissement, au même titre que le premier. Outre Les Bobos, une autre comédie dont on avait déjà eu l'occasion de parler, cet automne, est Adam et Eve, une série au pitch original...

AdametEve

Je crois que le but de Claude Meunier, scénariste d'Adam et Eve, c'est de réduire le nombre de divorces chaque année.
En diminuant le nombre de mariages.

Si vous venez de vous mettre en couple, il n'y a pas plus affreux que regarder qu'Adam et Eve ; c'est un coup à se séparer tout de suite. A quoi bon ? La façon dont est écrite le couple mis en scène dans cette comédie a de quoi vous écoeurer à vie des relations amoureuses : au début, c'est la passion, ensuite, l'envie de se séparer, et puis finalement on reste ensemble sans trop savoir pourquoi, probablement pour ne pas vivre ses vieux jours tout seul. Voilà, les 50 prochaines années de votre vie sont écrites, vous pouvez rentrer chez vous, il n'y a plus rien à voir.
Bon moi je m'en fiche, ce premier épisode n'a rien dit que je ne soupçonnais déjà, mais franchement, pour ceux qui croient encore que la vie à deux peut être une belle aventure, ça doit être déprimant.

Pour rappel, Adam et Eve, c'est l'histoire d'un même couple à différents âges de la vie : lors de leur recontre, alors qu'ils ont 25 ans ; alors qu'ils sont mariés depuis un bon moment, à 45 ans ; et puis, quand ils sont âgés, à 80 ans. On suit donc, à travers de petites seynettes, différentes anecdotes sur leur vie, à la nuance près que, par commodité scénaristique (entre autres), elle se déroule toujours en 2012. Ca évite d'avoir à remettre les choses dans un contexte historique ou social, et de vraiment se focaliser sur ce couple, et juste lui. Qui plus est, le couple est incarné, à ces trois âges, par les mêmes acteurs, Pierre-François Legendre et Sophie Cadieux, qui vont donc se grimer pour paraitre un peu plus jeunes ou beaucoup plus vieux.
En fait, c'est en apprenant ce dernier point que j'aurais dû commencer à me méfier. Quand des acteurs se font passer pour vieux, à plus forte raison dans une comédie, le résultat est rarement probant. Et ça ne loupe pas ici, où le 3e âge est caricaturé à l'extrême et, du coup, ressemble à un mauvais sketch des Vamps. Les Vamps ! C'est vous dire si on a un problème. Mais même quand ils sont plus jeunes, les personnages sonnent terriblement faux, tout simplement parce que les acteurs (et en particulier Sophie Cadieux) surjouent énormément. Impossible, du coup, d'essayer d'apprécier le contenu des dialogues, quand ils sont récités avec pareils tics.

Mais même quand on se penche dessus, le résultat n'est pas brillant. Non que les textes d'Adam et Eve soient mauvais, mais ils semblent n'avoir qu'un objectif, faire de la relation amoureuse entre Adam et Eve une sorte de bombe à retardement, dont le tic tac nous rappelle que l'échec n'est pas loin. Non seulement des scènes de la vie de tous les jours le soulignent, mais l'épisode en remet encore une couche avec le recours à une thérapie de couple, consultée par les héros à au moins deux époques de leur vie, et qui nous rappelle combien tout est voué à se faner.
Le fait que les personnages aient décidé (on ne sait pas encore comment, ce sera probablement l'affaire des épisodes suivants) de ne finalement pas se séparer alors qu'ils sont en pleine crise à 45 ans, reste incrompréhensible pour le spectateur, tant on peut voir les personnages peu attachés l'un à l'autre une fois vieux. On ne ressent pas vraiment de tendresse, ce qui aurait été le minimum. L'impression d'assister à une déconfiture inéluctable est vraiment constante. A ce tarif-là, c'est même moins déprimant de regarder Fred de Tu m'aimes-tu ? pleurer pendant tout un épisode, que de voir le couple d'Adam et Eve rester ensemble.
Si vous préférez conserver un minimum de foi en ce qui concerne votre futur amoureux, épargnez-vous tout simplement le visionnage d'Adam et Eve. Surtout que, par le choix-même de leurs noms, les personnages s'imposent comme des absolus de la vie de couple ; ils sont là pour montrer que c'est la règle, pas pour se poser en exceptions ou, au moins, en héros dont le destin va légèrement varier de cette courbe prévisible.

Du coup, l'humour de ce premier épisode est bien mis à mal par une intention qui ne se réalise pas : suivre ce couple à trois âges différents est, évidemment, une façon d'opérer des comparaisons (c'est la raison pour laquelle la série rappelle tant Scènes de ménage), mais ce que ces comparaisons disent de la vie de couple empêche de vraiment sourire. Ca, et le fait que l'interprétation n'est pas top.

Mais au juste, je ne sais pas trop ce que le pitch d'Adam et Eve aurait pu accomplir, en fait. Comme c'est une comédie, c'était finalement assez inévitable de se trouver face à un couple dont la relation amoureuse s'érode avec le temps, car c'est là-dessus que repose le ressort comique. Evidemment ça aurait été moins cliché que cette érosion ne se produise pas, mais dans ce cas, que dire ? Pour un drama, ça aurait pu fonctionner, il y aurait eu un côté chronique, attachant, pour comparer la vie de ces deux personnes à plusieurs années d'intervalle. Mais pour une comédie, il n'y avait pas 712 possibilités.
Le problème vient aussi du fait que ce premier épisode choisit justement "la passion" comme sujet. Peut-être qu'en ayant choisi un autre angle, la série semblerait moins défaitiste. L'éducation des enfants, par exemple, aurait été un axe moins défaitiste. Mais il semble que la série ait réellement pour objet de regarder ce couple se détricoter, et tenter d'en rire. Je ne vois pas comment ça peut marcher, mais admettons.

Peut-être aussi que je suis trop cynique pour apprécier la tentative d'humour d'Adam & Eve. La série a 13 épisodes au total pour prouver qu'elle a quelque chose à dire. Mais ce quelque chose sera-t-il drôle, original ou attendrissant ? De mon point de vue, il y a peu de chances, mais rien n'est impossible. Pour ma part, au rayon comédies québécoises, cette saison, je me contenterai probablement des Bobos.

La bonne nouvelle en revanche, c'est qu'à l'instar d'Un Gars, Une Fille, le format est facilement franchisable. Tout n'est donc pas perdu pour Claude Meunier...

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 22:17 - Review vers le futur - Permalien [#]

Choices, choices

On continue le défi que whisperintherain et moi-même nous nous sommes fixés, et cette fois, retour aux USA, avec The Mob Doctor, diffusée en début de semaine sur FOX, pendant ce que j'oserai appeler une période "creuse" de la rentrée.
Comme toujours, si vous ou l'un de vos agents... pardon, je voulais dire : comme toujours, la critique de whisper sera mise en lien au bas de ce post sitôt qu'elle sera rédigée. Sera-t-il plus clément, ou au contraire plus intransigeant que moi à son sujet ? Mystère, suspense...

TheMobDoctor

Il est temps d'établir une fois pour toute la différence entre une mauvaise série et une série qui n'est pas bonne. La mauvaise série, c'est celle qui, quand vous en découvrez le pilote, vous donne des remontées acides, l'envie de brûler votre disque dur et de changer de hobby pour vous mettre à la fabrication artisanale de faisselle à base de lait de brebis. On a tous en tête des exemples de mauvaise série, à un point même que chacun développe son expression fétiche sur le sujet, incluant les termes de "sombre navet", "grosse merde" ou "odieuse bouse", et toutes les variantes colorées auxquelles vous pouvez penser. Quand une série est vraiment mauvaise, elle révolte le téléphage ; elle l'écoeure, lui donne envie de vomir le plus de venin possible à son propos dés que l'occasion s'en présente. Quand vous dites qu'une série est mauvaise, c'est avec autant de passion que vous clamez qu'une série est excellente, il n'y a pas de place pour la tiédeur.
La série qui n'est pas bonne ne vous met pas dans tous vos états. La série qui n'est pas bonne vous donne un petit hoquet embarrassé, parce que vous n'avez pas la possibilité de l'écorcher vive dans une review, mais que d'un autre côté, lui trouver des excuses ne vous satisfait pas vraiment non plus. Son seul vrai problème, c'est de n'avoir pas même su effleurer l'excellence, d'avoir fait son job sans grand entrain et avec encore moins d'imagination, et de ne pas avoir su vous emporter dans un tourbillon d'enthousiasme... mais elle ne vous a pas soulevé le coeur, non plus.

Le problème c'est que l'exercice imposé par la rentrée (c'est-à-dire un arrivage quasi-constant de pilotes) nous conduit parfois à adopter un comportement un peu binaire. Si le premier épisode d'une série n'est pas excellent et enthousiasmant et fascinant et tout ce que vous voulez, alors ce premier épisode est mauvais. Il faut bien trouver un moyen de déterminer ce qu'on va regarder pendant l'année ! Et les journées ne sont pas extensibles. Alors c'est plus pratique de disposer les pilotes dans deux cases : "bon", ou "mauvais". Alors "pas bon" se traduit systématiquement en mauvais.
Nous avons chacun nos critères, chacun nos besoins vitaux qui ont besoin d'être satisfaits. Certains auront une boîte "bon" plus grande, où fourrer plus de pilotes en attendant de se faire un avis plus informé, au bout de quelques épisodes ou même toute une saison, se réservant le droit de transférer une série dans la boîte "mauvais" à tout moment. D'autres sont plus sélectifs et, s'ils n'ont pas été convaincus d'entrée de jeu par le pilote d'une série "pas bonne", vont directement le jeter dans la boîte "mauvais". A chacun son système pour déterminer à quoi ressemblera le planning du reste de la saison.

Au vu des retours que je lisais sur Twitter, je m'étais mentalement un peu préparée, je dois l'admettre, à flanquer The Mob Doctor directement dans la boîte "pas bon". Il faut dire qu'à la base, son pitch n'était pas d'une originalité foudroyante, et je ne ressentais qu'un enthousiasme très modéré vis-à-vis de ce que j'avais cru comprendre de son cast. Comme d'habitude je n'avais pas poussé la curiosité très loin, par principe, et puis très franchement, on n'a pas été beaucoup châtouillés par la promotion faite autour de la série en prévision de son lancement. Quand j'ai lancé le pilote, je me suis dit que j'allais découvrir une nouvelle série et probablement la ranger directement dans la boîte "pas bon", et ne plus en reparler.

Les choses ne sont pas si simples, parce que, si The Mob Doctor n'est, conformément à l'idée que je m'en faisais sans l'avoir vue, pas franchement une bonne série, elle n'est pas non plus mauvaise. Elle ne tient pas du ratage honteux dont on se demande comme un network a pu la commander, comme ça arrive pour certaines séries (le titre d'Animal Practice me vient instinctivement à l'esprit en cette rentrée).
Le premier épisode de The Mob Doctor a ses défauts, de toute évidence. Un univers hospitalier mal défini par exemple (où on consulte les dossiers des patients tantôt sur iPad, tantôt dans un classeur de plusieurs centaines de feuillets), assez froid et impersonnel, pas vraiment un Cook County où la médecine est plus importante que le reste, mais pas non plus un Seattle Grace où les histoires privées sont au premier rang, juste un hôpital parmi tant d'autres, sans substance. Le monde mafieux n'est pas non plus sorti de la caricature dans ce premier épisode (l'interprétation toujours épouvantable de Michael Rappaport n'aidant pas ; les gens qui recrutent Michael Rappaport, qui sont-ils, quels sont leurs réseaux ?), et il faudra attendre la toute fin de l'épisode pour ressentir une lueur d'espoir à ce sujet.

Mais le dilemme dans lequel le personnage central est plongé est intéressant, et puisqu'il a été soulevé dés le pilote, je me demande quelels autres questions elle pourra bien se poser dans le cadre de ses fonctions un peu particulières. Peut-être que j'aurais préféré que sa vie à l'hôpital, ses rapports avec la hiérarchie, ou encore son idylle avec un autre médecin, prennent moins de place, mais c'est un épisode d'exposition et c'est, quelque part, nécessaire d'en passer par là.

On aimerait avoir, tous les jours, un coup de coeur de l'envergure de Tu m'aimes-tu ?, mais ce n'est pas possible. Et après tout, peut-être que nous ne sommes pas en mesure de supporter des coups de coeur quasi-quotidiens en période de rentrée.
Pour autant, tout n'est pas à jeter dans les séries qui, sans atteindre l'excellence, s'en tirent avec un résultat honorable pour leur première heure. Discerner un peu de potentiel, en ce début de saison, n'est pas toujours facile ; pour certaines séries, c'est tout bonnement impossible. Pour The Mob Doctor, je dois admettre que sans être surprise, ou émue, ou captivée, j'ai plusieurs fois trouvé que l'épisode menait bien sa barque. Et pourtant j'attends d'une série qu'elle me surprenne, m'émeuve ou me captive. Allez comprendre.
En tous cas, cette fois, ce que j'ai vu a suffit pour que j'aie envie de lui donner sa chance. Ca ne passera peut-être pas pour le prochain pilote qui, sans être mauvais, ne sera pas bon, mais c'est passé cette fois. Il y a certains facteurs sur lesquels il est difficile de mettre le doigt... peut-être tout simplement le nombre de retours négatifs que j'avais lus, et qui me faisaient envisager le pire ? The Mob Doctor est plus, ici, dans la situation de la série A Gifted Man l'an dernier : un drama pour lequel il vaut peut-être mieux ne pas se faire une opinion définitive avant quelques épisodes tant les lignes peuvent encore bouger.

Mais en tous cas, je vais suivre les aventures de Jordana Spiro pour quelques épisodes encore, et j'aviserai dans quelques semaines. Parce que l'épisode n'était pas aussi mauvais qu'on me l'avait dit. Et parce que parfois, le besoin de faire le tri à la rentrée ne doit pas nous faire oublier que tout n'a pas à se décider maintenant. On a un choix qui s'offre à nous, et un choix à faire, mais il n'est pas nécessaire de le faire maintenant. Un précepte que, je le sais bien, je n'applique pas toujours...
Et si je retiens ça du pilote de The Mob Doctor, c'est déjà pas si mal, comme leçon.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 19:59 - Review vers le futur - Permalien [#]

19-09-12

L'âme en peine

Puisque le Québec a fait sa grande rentrée ces derniers jours, attendez-vous à ce que whisperintherain et moi-même vous parlions de plusieurs pilotes proposés à nos cousins francophones d'outre-Atlantique. Après la comédie à sketches Les Bobos, voici venue l'heure d'un pilote à l'opposé : Tu m'aimes-tu?

TuMaimesTu-promo

Et je suis en mesure de vous annoncer que Tu m'aimes-tu ? est mon premier véritable coup de coeur de la saison. Voilà, comme ça vous savez à quoi vous en tenir. J'ai été émue par Go On, mais là, on est dans la gamme au-dessus, et de loin. C'est sans commune mesure.

Un soir, alors qu'ils se baladent dans une rue, Fred et son ami Dave découvrent avec horreur que la belle Valérie est tranquillement assise dans un restaurant en train de déguster une soupe de langues avec un type. Sauf que Valérie, c'est la copine de Fred... ou disons l'ex-copine, parce qu'en réalité, voilà deux mois qu'elle l'a plaqué et qu'elle a quitté leur appartement, simplement Fred n'en avait pas soufflé un mot à son entourage. Pendant que Fred tente de se remettre de sa rupture, Dave partage sa surprise avec sa propre compagne, Judith, laquelle commence à se demander si l'essoufflement de son propre couple n'augure pas également d'une rupture. Et puis, il y a la nouvelle voisine de Fred, Mélanie, celle qui passe ses nuits avec des inconnus auxquels elle refuse de se lier, mais qui a pris Fred en affection...

Ce qui fait la force de Tu m'aimes-tu ?, ce n'est pas du tout son pitch, vous l'aurez compris. D'ailleurs, la première fois qu'on l'a évoquée, il y a quelques mois, cette histoire n'avait pas spécialement agité les foules. Ce n'était pas le but, car c'est dans son traitement que résidait la beauté de Tu m'aimes-tu ?, dans sa sensibilité, dans sa façon d'aborder le sujet en berçant ses personnages, en les cueillant comme des fruits fragiles. Il y a une délicatesse extrême dans ce pilote, une volonté d'user de la plus grande douceur pour ne rien brusquer.

Et pourtant ce premier épisode est efficace en diable, parce que la réalisation de Tu m'aimes-tu ?, très exigeante, n'accepte aucun temps mort, aucun relâchement. Maintenant une émotion constante et à fleur de peau, l'épisode va essentiellement accompagner Fred dans sa rupture, ne nous épargnant rien de ses crises de larmes, par exemple. Mais au-delà de la simple victimisation de son héros, l'épisode s'attache à nous renvoyer à nos propres larmes passées.
Impossible de ne pas revivre une vieille rupture devant ce magistral épisode inaugural, tant il saisit avec grâce et exactitude la notion de perte qui correspond à ce genre de situations. Si vous avez déjà eu le coeur brisé, alors vous avez été Fred, et c'est en partie la raison pour laquelle ces scènes fonctionnent si bien.

Mais plus encore, Tu m'aimes-tu ? est d'une infinie justesse dans sa mise en images de l'inconscient et du souvenir. Des éléments forcément essentiels dans une période aussi sensible et émouvante que la rupture de Fred, mais qui s'intègrent incroyablement bien à son histoire personnelle. Le problème, c'est que c'est probablement la partie la plus difficile à décrire dans cette review...
Ainsi, abandonné dans un vaste appartement que son ex a déserté, Fred, qui est photographe quand il arrive à fonctionner normalement (c'est-à-dire certainement pas en ce moment), est entouré de photos. Quand il pense à un souvenir commun avec Valérie, c'est l'une de ces photos qui lui apparait. Mais quand il l'imagine, elle, avec lui, le nouveau copain, il se représente également leurs corps enlacés sous la forme d'instantanés. Ou encore, l'écran de son appareil photo numérique offre au spectateur la vision du héros en train de pleurer douloureusement, tandis que Fred tente comme il peut de se reprendre "dans la vraie vie", offrant ainsi un superbe rappel de l'émotion qui domine le personnage même quand il tente de faire bonne figure. Le jeu avec les images est parfait, et fonctionne comme une magnifique palette supplémentaire pour enrichir l'émotion des scènes.

Si Fred est, résolument, le personnage central de ce premier épisode, de par la crise qu'il traverse, son ami Dave n'est pas en reste. Visiblement atteint par la nouvelle, et choqué parce que Fred vit sa rupture depuis deux mois sans oser se confier à lui, il s'inquiète énormément pour lui... mais en oublierai presque qu'il a lui-même une femme à laquelle donner de l'attention. C'est elle qui va justement se poser la question : comment faire pour qu'il leur arrive la même chose qu'à Fred et Valérie ?

Et puis, je dois dire que j'apprécie énormément le personnage féminin, Mélanie. Il est dans un premier temps assez difficile de l'appréhender, parce qu'elle apparait assez tard dans l'épisode et ne semble pas, en apparence, liée au "drame" qui se joue dans le coeur brisé de Fred. Lorsqu'on fait sa connaissance, Mélanie est la voisine du dessus de Fred, qui s'envoie bruyamment en l'air, ce qui a pour effet, évidemment, de ne pas vraiment arranger les choses pour notre pauvre photographe. Insensible au premier abord (elle est assez sèche avec son compagnon d'une nuit), elle finit par se montrer très émouvante lorsqu'elle entend des pleurs venir de chez Fred, et qu'elle se déplace au beau milieu de la nuit pour aller voir si elle peut le consoler. Mais dans sa vision de l'amour très pragmatique, Mélanie s'avère, en fin d'épisode, elle-même touchante... Je vous laisse découvrir pourquoi.

Outre l'incroyable réalisation toute en finesse, et les personnages tendres et attachants, Tu m'aimes-tu ? nous offre aussi de très jolies performances. Ainsi, Steve Laplante (découvert pour ma part dans Mirador), qui est également co-auteur, nous propose un Dave en proie au doute, mais au doute pour autrui ; il est par contre, dans ce premier épisode, assez aveugle en ce qui concerne ses propres questionnements sur l'amour. Mélanie, incarnée par une Magalie Lépine-Blondeau pleine de fraîcheur, n'est pas une simple voisine décomplexée, comme le pitch l'aurait laissé penser ; elle apparait rapidement être capable d'une grande empathie. Mais la véritable révélation, pour moi, de cet épisode, est Sébastien Huberdeau, que je ne pense pas avoir déjà vu quelque part (hélas !), et qui est simplement superbe ; son air perdu, qui m'a un peu rappelé celui de Michael C. Hall dans ses habits de David Fisher, est absolument magnifique. Il incarne à la perfection, sans le moindre excès mais sans retenue pudique, cet homme brisé par une rupture qui passe ses journées les yeux rougis.

Les prochains épisodes, nous promet-on, parleront de l'amour sous diverses formes, de ce que cela représente pour ces trois protagonistes qui en sont à un stade différent de leur vie. A ce stade, je suis obligée d'admettre que Tu m'aimes-tu ? m'a tellement conquise que je suis prête à suivre les yeux fermés ses 13 épisodes.

Il est difficile d'expliquer, je m'en rends bien compte, combien Tu m'aimes-tu ? est une réussite. Si je vous parle de la musique quasi-permanente à la guitare, ou des jeux de lumière, vous n'allez pas vraiment saisir pourquoi ce premier épisode est une merveille touchante et émouvante. Je crains même un peu, de vous à moi, que vous dire que l'épisode est si bon ne vous donne des espoirs surdimensionnés.
Mais voilà, il faut quand même que je vous le dise : je suis sous le charme de cette dramédie (car il y a des moments plus légers, l'air de rien) parce que je la trouve très humaine, très touchante, très juste. Il y a quelque chose que cet épisode a su saisir qui est magnifique, et impossible à vraiment retranscrire, mais qui est parfaitement efficace, même pour quelqu'un qui n'a plus eu le coeur brisé depuis des années.

Du coup, je ne sais pas quoi vous dire. Il va sans doute vous falloir regarder ce pilote vous-mêmes, désolée. Mais si vous optez pour cette solution, soyez prévenus, ça risque de vous filer un petit coup au moral. Mais c'est pour la bonne cause : vous allez regarder de la vraie bonne télévision. Pardon pour le jeu de mots, mais... ça en vaut bien la peine.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 01:36 - Review vers le futur - Permalien [#]