ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

18-08-09

Friends with benefits

On aurait pu penser que, bon, vu que j'écoute sa musique, je me serais précipitée sur les débuts d'actrice d'Ai Otsuka, chanteuse japonaise que peu de monde ici ne connait, mais vous savez où vous éduquer. Et pourtant non, ça ne m'a même pas effleuré, et ce n'était pourtant pas faute de savoir pertinemment qu'elle tenait le premier rôle de la petite série Tokyo Friends.

Il faut dire que Tokyo Friends, pour la petite histoire, n'a pas fait grand'chose pour marquer les esprits : seulement 5 épisodes (même pour une série japonaise, c'est peu !), pas de diffusion télé mais une sortie directe en DVD... et surtout, un scénario sérieusement pauvre. Le problème n'est pas tant que l'idée n'ait rien de très nouveau d'ailleurs (des jeunes qui se cherchent et font leurs choix tout en vivant une franche amitié), que le fait de n'avoir rien su en dire de nouveau. La nuance est de taille.

Ai Otsuka interprète donc Rei, une petite provinciale qui en a tellement marre d'habiter le trou du cul du monde, qu'elle se tape 16 heures de transports pour rallier la capitale. C'est dire si l'envie de s'enfuir est tenace. A Tokyo, elle retrouve son amie d'enfance Akemi qui vit dans la grande ville depuis quelques années, y a fait ses études, y cherche un boulot, mais ne semble s'être jamais vraiment acclimatée. A contrario, Rei fait quasiment des étincelles : elle a trouvé un boulot dés son arrivée (oui, c'est une série de science-fiction, on peut le dire), se fait des amis quasiment dans la foulée... et quand Akemi décide de retourner dans leur trou perdu natal, elle hérite même de son petite studio. Franchement, Rei ne s'en sort pas si mal. Mais ce ne sont que les apparences, puisqu'elle n'a aucune idée de ce qu'elle veut faire ensuite. Le job dans le resto, d'accord, pour faire la transition, mais ensuite ? Qui est-elle vraiment ? Que veut-elle faire ?

En fait, le gros défaut de Tokyo Friends, c'est de passer derrière Orange Days qui posait toutes ces questions avec beaucoup plus de finesse. On ne peut pas vraiment s'ôter de l'idée que le scénario est plus un prétexte qu'autre chose quand il s'avère que Rei finit par intégrer, un peu par hasard (c'est toujours par hasard) un petit groupe de musique complètement méconnu, et qu'elle en devient la chanteuse. Oui, la chanteuse est devenue actrice pour interpréter une chanteuse, on sent le rôle de composition. Étonnant d'ailleurs que la chanson FRIENDS qu'on entend à plusieurs épuisantes reprises dans le pilote ne soit pas sortie en single (seulement en face B d'une autre chanson), les Japonais perdent vraiment la main côté marketing...

Du coup, et bien que l'accent d'Ai soit charmant, son jeu relativement solide, et les dialogues pas trop indigents, on reste largement sur sa faim. Complètement le genre de truc sur lequel il faut faire l'impasse, et à laisser aux fans. Ca reste l'exemple parfait de série un peu commerciale (illustration par l'exemple : on en a ensuite sorti un film, où Otsuka, pas prête à tuer la vache à lait, a repris son rôle) dont l'intérêt ne dépassera que rarement les frontières nationales parce que, sortie de la machine à pognon, que vaut cette série ? Pas trois cacahuètes et tout juste deux.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Tokyo Friends de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:55 - Dorama Chick - Permalien [#]

17-08-09

Best of both worlds

Toute la semaine, j'ai eu l'impression de découvrir la fiction japonaise ; ça fait pourtant quelques années que j'en regarde occasionnellement, mais jamais de façon aussi intensive que ces derniers jours. Tout a commencé avec Futatsu no Spica la semaine précédente, en parallèle de l'annonce sur le lancement à l'automne du dorama Shoukoujo Seira. Et bizarrement ça a suffi à allumer la mèche.

Un bref bilan sur ce qui a suivi :
- 11 épisodes de 14 Sai no Haha
- 4 épisodes d'Aishiteru ~Kayou~
- 3 épisodes de Kaze no Garden
- 1 rediff de 1 Rittoru no Namida
- 1 pilote pour At Home Dad
- 1 pilote pour Oniyome Nikki
- 1 pilote pour Mei-chan no Shitsuji
- 1 pilote pour Seigi no Mikata
- 1 pilote pour Maid Deka
- 1 pilote pour Kimi wa Pet
- 1 pilote pour Ryoukiteki na Kanojo
- 1 pilote pour Tokyo Friends

L'heure est donc à l'accalmie, du moins juste le temps de prendre un peu de recul.

La fiction nippone soutient-elle la comparaison avec sa consœur américaine ?
On est tenté de se poser la question, parce que de toutes façons, la comparaison, on la fait inévitablement. Sur des aspects techniques mais aussi scénaristiques, sans compter le jeu des acteurs.

Concernant la comédie, le Japon déçoit puisque les siennes ne tirent parti que de grosses ficelles, appuyées par une musique caricaturale (on arguera que ça remplace les rires forcés du public et/ou enregistrés). On est dans un comique de situation reposant souvent sur un jeu physique déluré, plutôt que sur des saillies brillantes.
Concernant les séries que j'ai envie de qualifier d'intervention (policier, médical), on reste beaucoup plus dans les sentiers battus, et c'est alors à double tranchant de constater à quel point les deux pays œuvrent sur le même registre, je pense notamment à Code Blue et BOSS. Parfois ces séries se mâtinent-elles d'aspects empruntés, pourrait-on dire, au séries sentai et à l'animation, auquel cas elles deviennent plus typiquement japonaises (à leurs risques et périls car il s'agit de genres eux aussi particuliers).

Concernant les séries dramatiques, c'est plus compliqué. Les dorama dramatiques japonais ne font pas les choses à moitié, quitte, il est vrai, à verser intégralement dans le pathos, sans laisser au spectateur le répit d'une série américaine, qui a tendance à ménager des espaces plus légers, en quête d'un équilibre. Mais globalement, dans son exploration de l'âme humaine, le dorama est tout de même plus impressionnant, et tient la dragée haute à son homologue américain. Il s'en dégage une sensibilité presque pas feinte, souvent perdue chez la concurrence US qui est légèrement plus superficielle dans son approche. Le regard nippon est plus pertinent, plus nuancé sur l'être humain ; il permet de mettre véritablement les personnages au cœur de l'intrigue, et non de décliner l'intrigue autour des personnages, ce qui représente une énorme différence. Une spécificité due à leur structure, également, le leur permet : les rebondissements n'ont pas besoin d'être inventés afin de perdurer le show ; se concentrant sur une histoire relativement courte, en l'épuisant et en la laissant mourir une fois que c'est fait, on n'a pas besoin de surenchère dans les intrigues. Voilà qui permet d'éviter de se perdre, et laisse la priorité à la pertinence sur le divertissement. Sur les thèmes abordés, on a le sentiment que la diversité est tout de même plus facilement portée par la série américaine (reflet d'une société probablement). Si les pitches japonais apportent du changement à ce que l'Occident nous offre en général, entre elles, les séries nippones conservent de nombreux points communs, dont la caractéristique est de rester très proche du vécu de ses spectateurs ; on ne s'y offre que rarement des destins incroyables (polygame), des vocations spectaculaires (intervenant auprès d'alcooliques et drogués), des univers inconnus (prison), on est dans le réel, un réel que tout le monde peut appréhender. Le respect souvent trop strict, ou en tous cas récurrent, d'un certain nombre de codes, ne se retrouve pas autant aux Etats-Unis, où on s'est affranchi d'un certain nombre d'entre eux (y rendant le stéréotype plus condamnable encore, cela dit).

La question sous-jacente, c'est de savoir si un spectateur occidental, a priori habitué aux séries américaines, peut tenter le défi de regarder un dorama nippon et de s'en éprendre. Ce ne sera probablement réservé qu'à des téléphages capables d'entrer dans une culture différente, et une culture télévisuelle différente. Je pense cependant que les vrais téléphages (par opposition au spectateur dont ce n'est pas la passion) ont déjà cette compétence en eux, celle de s'imprégner d'un univers différent et s'y adapter. Il n'y a pas de raison pour qu'un téléphage passionné ne trouve pas au moins un dorama à son goût.

C'est aussi la raison pour laquelle j'ai envoyé tant de fiches de séries nippones à SeriesLive ces derniers temps : il ne faut pas opérer de scission inutile entre les fictions de ces deux pays. La différence se fait par la diffusion, c'est évident, puisqu'il est plus facile de voir une série américaine, soit à la télé soit par voie de cagoulage (que la langue rend également plus accessible), mais pour le reste, j'aimerais vraiment que le web téléphagique comprenne que le dorama n'est pas un parent pauvre à snober. Donc à mon échelle...

J'invite donc tous les amateurs de séries qui ne sont pas habitués aux fictions japonaises à regarder le pilote de 14 Sai no Haha ou Aishiteru, pour ne citer qu'eux, et à venir me dire sincèrement ce qu'ils en ont pensé. Je suis sûre que ces séries-là dépassent largement le clivage habituel entre les amateurs de culture nippone et les autres.
C'est ça aussi, l'intérêt d'avoir deux écrans !

Posté par ladyteruki à 21:31 - Dorama Chick - Permalien [#]
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