ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

19-12-12

Troubles cardiaques

En environ un mois, j'aurai donc revisité le Sacred Heart Hospital de fond en combles. Je ne vous cache pas que ce marathon impromptu ne faisait pas, mais alors, pas du tout partie de mes priorités, et que je me retrouve néanmoins avec le coeur bien abimé par cette séparation, parce que, eh bien, ce fut un accident heureux, mais qui hélas a bien dû trouver une fin.

La série n'a cependant pas exactement été une découverte ; j'ai toujours pensé que Scrubs était une excellente comédie. Je n'avais, en toute sincérité, vu que la première saison en intégralité (plusieurs fois), c'était la seule que j'avais d'ailleurs dans ma telephage-o-thèque ; les saisons suivantes avaient été attrapées au vol, plusieurs vendredi soirs, sur M6, mais de façon irrégulière (qui peut être systématiquement chez lui chaque vendredi soir à minuit ?! même pas moi) et avec la sensation d'avoir plus souvent vu des rediffs d'épisodes des premières saisons qu'autre chose. Je ne les avais pas encore achetées, ce marathon en a été l'occasion.
J'allais découvrir grâce à lui que Scrubs est aussi, voire peut-être même avant tout, une fabuleuse série dramatique.

Je suppose qu'un visionnage sporadique (quand bien même mon souvenir si vif de l'épisode avec Kathryn Joosten était resté dans mon esprit comme l'un des plus grands épisodes de la décennie passée) n'aide pas vraiment à saisir ce genre de choses.
C'est d'ailleurs tout l'intérêt des marathons à mes yeux, décriés parfois par certains qui pensent que le caractère boulimique des intégrales enfournées en quelques semaines n'ont que des inconvénients ; au contraire, j'ai la sensation que c'est le meilleur moyen de saisir des subtilités qui échappent à un visionnage hebdomadaire (je me rappelle m'être fait cette même réflexion, déjà, pour le marathon Roseanne, lequel m'avait permis de repérer d'habiles mais discrets efforts de continuité, qui m'auraient échappé si j'avais laissé passer une semaine entre chaque épisode). Evidemment, une série, et le lien affectif qui se construit avec elle, bénéficie des années qui passe ; mais pour découvrir la richesse parfois insoupçonnée d'une fiction, je maintiens que pour moi, rien ne vaut le marathon.
Je reste pourtant convaincue que, avec le recul, j'aurais adoré faire plus attention à Scrubs dés le début, j'aurais voulu la suivre amoureusement d'année en année, me construire une histoire avec ses personnages au lieu de simplement les traiter à la plaisanterie, parce que la série a commencé quand j'avais 19 ans, et que j'y aurais certainement puisé énormément de choses au fil des années, en grandissant en même temps que les personnages. On ne refera pas l'histoire, hein, mais j'ai eu l'impression de n'ouvrir les yeux sur la véritable profondeur de Scrubs que sur le tard. Cependant, vaut mieux tard que jamais.

Alors si vous le voulez bien, poussons les portes battantes de cet hôpital pas comme les autres, et offrons-nous le luxe d'un bilan de la série...
De ce fait, oui, ça va être un post fleuve.

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Ce qui m'avait sans aucun doute induite en erreur au début de Scrubs, c'est la facilité avec laquelle la comédie jongle entre les séquences farfelues au possible (et, presque contractuellement, il y en a au moins une par épisode quand la série commence) et les dialogues (ou monologues) à flux tendus, présentant d'ailleurs une parenté, tant au niveau du débit que de l'intelligence des échanges, avec Gilmore Girls.
Les épisodes ne ménagent aucun temps mort, et il faudra en fait plusieurs saisons avant que Scrubs ne se réconcilie totalement avec les silences, qu'elle a du mal à ménager, comme en témoignent ses effets sonores omniprésents et sa passion dévorante pour la musique (pas étonnant d'ailleurs que tant de soundtracks soient sortis pour la série, qui de ce point de vue serait plutôt à ranger dans la catégorie des séries pour ados qui font vitrine pour de nombreux artistes musicaux).

Dans cette cavalcade humoristique échevelée, où je comprends qu'il était facile de me perdre et de croire que Scrubs n'était quasiment que plaisanteries et séquences imaginées, très vite se détachent les joueurs essentiels de cette partie.

Il y a Zach Braff, évidemment, pas toujours excellent au départ, mais dont les maladresses ne sont pas dommageables puisqu'elles servent le personnage de JD (il sera par contre d'une épouvantable fénéantise en saison 9, mais on revient sur cette saison à part plus bas) ; Sarah Chalke, dont les efforts dans la peau d'Elliot n'ont rien à envier à Lucille Ball (pour une raison qu'il me faudra documenter, on la sent brutalement refroidie à peu près à mi-parcours, et ses prestations seront assez peu passionnées à partir de là) ; et John C. McGinley, qui impose rapidement son interprétation du Dr. Cox comme à la fois à contre-courant du reste des acteurs et de leur fonctionnement, et comme joueur de soutien essentiel (le drame est simplement que sur la fin de la série, il se contentera de s'auto-parodier).
A leurs côté, Donald Faison (Turk) et Neil Flynn (The Janitor) semblent se donner énormément de mal sans systématiquement atteindre leur but (Flynn est plus aidé par les scripts que Faison, paradoxalement), mais s'en tirent avec un peu de dignité tout de même.
Et puis, il y a les cancres... Judy Reyes propose, avec Carla, un éteignoir insupportable (elle connaîtra une phase lumineuse entre la fin de la saison 4 et le début de la saison 6 avant de disparaitre dans le néant), et souvent parfaitement redondant dans les scénarios. Quant à Ken Jenkins, en Dr. Kelso, est trop superficiellement renvoyé à jouer indéfiniment la même chose dans 2mn de chaque épisode pour avoir une chance immédiate de faire des merveilles (il est celui qui bénéficiera le plus du long terme).

Leur interprétation (comme le rôle accordé à leur personnage) vont évoluer avec le temps, vous le voyez, mais les débuts sont donc placés sous des auspices un peu bancals, alors que seuls trois acteurs trouvent parfaitement leur place d'emblée. Si l'humour saute donc aux yeux au début de la série plus que l'aspect dramatique, c'est parce que la comédie repose sur trois acteurs qui y excellent, mais qui doivent piloter chaque épisode sur leurs trois paires d'épaules en attendant que les autres se chauffent, ce qui ne leur laisse pas souvent le temps de vraiment aborder le côté émotionnel.

Et pourtant, il est là, cet aspect de Scrubs, très rapidement, comme je le disais, parce que dés l'épisode My Old Lady ; première d'une longue liste d'épisodes incroyablement touchants, profonds, et même scarifiants pour certains. Bill Lawrence est vraisemblablement un showrunner qui ne pense pas que faire de la comédie empêche d'aborder des interrogations graves et douloureuses, et qu'au contraire, l'humour est là pour atténuer le choc quand on veut vraiment se lancer dans un sujet pénible ; ce sont là les caractéristiques bénies entre tous d'un showrunner à mes yeux, comme vous le savez. Des caractéristiques qu'on retrouve parmi nombre de mes comédies préférées, telles que Rude Awakening ou Titus, à la différence que, Scrubs n'ayant aucune vocation autobiographique comme ces séries, Lawrence s'autorise de très nombreux sujets, beaucoup plus universels, et donc d'autant plus capables de toucher le spectateur. Il ne s'agit pas de vous inviter à partager les difficultés et les doutes d'un personnage à mille lieues de votre expérience, mais au contraire d'utiliser son existence pour aborder des sujets qui nous concernent tous, en particulier la mort.

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Rarement une série aura autant parlé de la mort, de ce que c'est que d'y être confronté professionnellement ou personnellement. Je ne connais pas assez l'oeuvre de Lawrence (comme je peux par exemple connaître celle de Kelley), pour des raisons variées (je suis notamment allergique à Cougar Town), pour supposer qu'il s'agit là de quelque chose qui le hante, mais clairement, il y a une interrogation récurrente sur la vieillesse et/ou l'approche de la mort qui est véritablement l'un des grands thèmes de Scrubs.

Pour une comédie soutenue essentiellement par des personnages jeunes, rarement autant de personnages auront été des personnes âgées, fussent-elles de passage. Ainsi, au long de la série, plusieurs personnages en fin de vie vont défiler, chacun ayant le temps d'expliquer aux héros (généralement JD) comment ils font la paix avec leur mort imminente.
Car si JD, et occasionnellement les autres personnages impliqués dans ces storylines (Turk et le Dr Cox), sont révoltés ou effrayés, les futurs défunts sont en général d'un grand calme, quand bien même ils ont des peurs ou des questions, et ont tous en commun, surtout, de montrer une faculté étonnante à accepter leur sort. Dans Scrubs, il n'y a pas de personnage, pas même de passage, déterminer à "lutter contre la maladie" ; ce sera particulièrement palpable dans le cas du beau-frère et meilleur ami du Dr. Cox qui ne fait montre d'aucune combativité, ou dans une moindre mesure, de Turk qui, découvrant qu'il a le diabète, ne fera la démonstration d'aucune émotion négative (en-dehors du gag récurrent de la junk food sur laquelle il doit désormais faire une croix). Comme si la série avait déjà accompli 4 phases du travail de deuil, et se contentait d'explorer essentiellement le dernier stade. Scrubs n'est que douce-amère acceptation.

Il est de notoriété publique qu'en dépit de son caractère fantasque, Scrubs est la série la plus fidèle à la profession médicale. Cela vient en grande partie de son parti-pris : la série s'intéresse non pas aux cas médicaux (lesquels semblent faire parfois l'objet d'un tirage au sort pendant les épisodes), aux procédures ou aux traitements. Les médecins de la série n'interviennent pas sur les urgences, n'administrent quasiment aucun soin sous l'oeil de la camera (et les chirurgies se limitent la plupart du temps à montrer les médecins avec des gants tâchés de rouge, et avec un patient presque toujours hors-champs), et les scènes du personnel du Sacred Heart Hospital relevant du professionnel les montrent en général passant d'une chambre à une autre soit pour prescrire des examens ("we're gonna run some tests" étant probablement la phrase la plus prononcée de la série), soit pour en commenter les résultats ou éventuellement discuter du traitement. Allons donc jusqu'à avancer que si Scrubs est une série si fidèle à la profession qu'elle a choisie pour sujet, c'est parce qu'elle n'en montre en réalité aucun geste technique ; c'est à la fois une pirouette astucieuse, et une véritable ambition.

En se plaçant uniquement sur un niveau dialectique, Scrubs affiche sa volonté de traiter uniquement les dilemmes de la vie de médecin en milieu hospitalier, qu'il s'agisse d'interrogations quant la nature de la profession autant qu'à la carrière individuelle de chacun. A bien des degrés, la série pose la question : "quel médecin vais-je être ?", et explore les différentes façons de répondre à la question. Sauf que Scrubs ne se demande pas comment soigner ; la série se demande uniquement comment être un soignant. Dans les premières saisons, ces questions sont cristallisées par l'opposition manichéenne entre les docteurs Cox et Kelso, qui apparaissent comme deux alternatives radicalement opposées : le médecin qui soigne des cas particuliers au mépris de l'ordre général des choses, ou le gestionnaire qui a plus à coeur de préserver l'équilibre de l'hôpital que la santé d'un patient. Evidemment, les personnages et notamment JD découvriront progressivement qu'il existe une infinité de possibilités "d'être médecin" entre ces deux extrêmes, JD s'opposant à plusieurs reprises à ses supérieurs aussi bien pour aider des patients en particulier que pour accepter la notion de concession (ironiquement, c'est toujours le Dr. Cox qui incarnera la figure représentant ce contre quoi JD s'insurge, à la faveur d'évolutions de carrière successives qui lui feront endosser, à son corps défendant, les deux rôles opposés, celui du gestionnaire et celui du soignant).
L'un de mes moments préférés de la série (avec à peine un millier d'autres...) se situe par exemple pendant la fameuse 5e saison, et implique que ce paragraphe va comporter des spoilers. Le Dr. Cox découvre que ce qu'il pensait être sa plus grande victoire, à savoir réussir, grâce à son habituelle volonté de contourner le règlement pour venir en aide au plus vite, à activer la demande de transplantation de 3 patients suite au décès soudain d'une 4e patiente (Jill Tracy, une patiente récurrente qui est certainement celle qui remet le plus en question les certitudes de JD et du Dr. Cox), devient en fait son plus atroce cauchemar quand il apparait que les transplantations ont toutes condamné les patients : la donneuse était porteuse de la rage. En contournant les règles de validation du don d'organe, Cox a en réalité mis ses patients en danger. Le pétage de plomb est sans détour, et nous montre un Cox déprimé auprès duquel les personnages se relaient afin de le requinquer, évidemment en pure perte. Au départ ébranlé voire fâché, et refusant de prendre part à la rotation, JD va finalement aller voir son cher Perry Cox chez lui, en fin d'épisode, pour lui asséner l'un des monologues les plus emblématiques de la série : "I tried to convince myself the reason I didn’t come in before was because of you coming into work drunk. But that’s not it. I was scared. I guess after all this time, I still think of you as like this super hero, who will help me out of any situation I’m in. I needed that. But that’s my problem, you know? And I’ll deal with that. I guess I came over here to tell you how proud of you I am. Not because you did the best you could for those patients, but because after 20 years of being a doctor, when things go badly, you still take it this hard. And I gotta tell you man, I mean, that’s the kind of doctor I want to be".
En choisissant quel docteur ils vont devenis, les jeunes interns, puis residents, puis attendings (rarement une série médicale américaine aura d'ailleurs autant insisté sur la lente progression de carrière de ses héros par palliers), choisissent en réalité quel être humain ils vont devenis. Bill Lawrence s'est, en définitive, "simplement" chargé de trouver un contexte qui lui permette de mettre le caractère et les choix de ses personnages au défi dans un milieu professionnel. Et cette mission, Scrubs s'en aquitte systématiquement avec les honneurs.

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Pas question pourtant pour la série de se montrer pesante. Au contraire, de nombreuses intrigues plus feuilletonnantes, et légères, viennent s'ajouter à ce propos de fond pour le moins pesant. En conséquence, jusqu'à la prochaine image, cette partie de ma review va être truffée de spoilers.

Ainsi, de la même façon que Ross et Rachel, JD et Elliot sont de véritables homards, dont les amours et les passions vont rythmer les saisons, avec autant de pas en avant que de pas en arrière.
Pour moi qui suis, vous le savez, peu friande de romances (et c'est un euphémisme !), et qui n'ai absolument jamais ressenti le soupçon de l'ombre d'une envie de shipper quelque couple fictif que ce soit, c'était une drôle d'expérience à faire, d'ailleurs. J'ai partagé mon temps entre être excédée par le yo-yo de leurs relations, et trouver que ne pas les mettre ensemble était absolument insupportable ; je ne pense pas les avoir shippés, car je n'ai à aucun moment pensé, au cours d'un épisode, "allez, mettez-vous ensemble !" ou moins encore espéré qu'ils s'embrassent, mais toute la période Kim a été assez frustrante parce qu'elle était illogique, tant il semblait couru d'avance qu'elle était vouée à l'échec (les rebondissements autour de la grossesse n'aidant pas).

Outre ce fil conducteur récurrent (mais heureusement, ne faisant pas l'objet de considérations à chaque épisode), l'épanouissement de la relation entre Turk et Carla occupe largement la première moitié de la série environ. Il faut dire que Scrubs a ici l'intelligence de partir du principe que Turk et Carla se sont trouvés, point barre. On ne trouvera pas la plus petite tentative de créer un faux-suspense sur leur avenir : Turk drague Carla, Carla se laisse draguer puis accepte de sortir avec Turk, puis ils vivent ensemble, se marient, et ont des enfants ; et personne ne peut prétendre qu'on ne le savait pas depuis la première saison. Ils forment le seul et unique couple qui va durer pendant absolument toute la série. Chacun de leurs problèmes, chacune de leurs querelles, chacune de leurs évolutions, seront accomplis par les scénaristes sans chercher à placer la moindre ambiguité sur leur avenir ; les Turkletons, c'est du solide, le genre de couple qui est construit pour durer, et on n'y reviendra plus. Au contraire, absolument chaque petit incident de leur vie consistera à montrer comment ils vont systématiquement faire front et surmonter l'obstacle, qu'il s'agisse de concilier leurs différences de tempérament et de maturité, ou de composer avec la sévère dépression post-partum de Carla. Quel que soit le degré, la relation de Turk et Carla est un pillier que personne ne remettra jamais en question.
A contrario, du côté de Perry Cox et de Jordan, la vie de couple n'est justement faite que d'à-coups et d'accidents. Mais c'est en fait ce qui les maintient ensemble, car rien ne les effraye plus que l'absence de drama (on le verra bien quand ils vont se dépêcher de divorcer lorsqu'il s'avèrera qu'ils étaient toujours mariés depuis des années, bien qu'ayant un enfant ensemble et vivant côte à côte). Peu de couples de télévision peuvent se vanter d'être aussi peu romantiques que les Cox-Sullivan, mais peu d'entre eux, aussi, montrent une relation sortant autant des clichés sur l'amour, le mariage et la famille. Car dans le fond, et même s'ils s'en défendent, Perry et Jordan vont fonder une famille tout-à-fait traditionnelle, simplement, dans l'esprit, leur relation et la façon dont ils la conçoivent fait souffler un vent de liberté, sans tomber dans le cliché de la phobie de l'engagement. Perry et Jordan sont tout avant tout  deux individus à la personnalité forte, fonctionnant parfaitement l'un sans l'autre, ne nécessitant absolument pas d'affection pour vivre, mais qui le veulent tout de même, et font leur vie ensemble. C'est la définition-même de la fameuse expression "choisir tous les jours d'être ensemble", et l'illustration faite de cette façon de voir le couple est trop rare à la télévision. En dépit de leurs vacheries incessantes, Perry Cox et Jordan Sullivan sont certainement le couple de télévision qui me parle le plus, paradoxalement...

Mais dans la série, le célibat n'a pas bonne presse, de toute façon, et tout le monde ou presque aura droit à sa romance ! Ted l'avocat, pourtant modèle du personnage repoussant (et parfaitement conscient de l'être), servant de souffre-douleur permanent à tout le monde de façon assumée, finira par trouver l'amour. Même le Janitor, personnage pourtant initialement conçu comme totalement imaginaire (dans le pilote, seul JD était supposé être capable de le voir) puis absolument antipathique (et qui grâce à son interprète, est finalement devenu partie prenante de l'aventure et a su s'étoffer un peu), finira par connaître le bonheur conjugal.

Mais Scrubs, en dépit de son cast principal déjà fort occupé par les amours tumultueuses qui l'agitent, c'est aussi une série où les personnages secondaires sont légion, et où chacun participe pleinement à la vie de l'hôpital. Ils sont une galerie foisonnante de personnages de passage, de rois du gimmick (comme The Todd), ou de rôles secondaires ou plutôt tertiaires qui font des apparitions persistantes et suivies au long de la série (comme le Dr. Mickhead qui a tué sa femme, mais sera innocenté).
Sauf qu'il ne s'agit pas de personnages ayant pour stricte fonction d'apporter des gags aux épisodes. Bien-sûr, c'est une tâche dont la plupart d'acquitte avec grâce, mais ce n'est pas tout. Ils composent, tous autant qu'ils sont, un panorama complexe et bruissant de visages et de fonctions, parmi lesquels les jeunes médecins apprennent à naviguer ; cela fait partie de l'apprentissage de toute personne entrant dans la vie professionnelle que d'apprendre à développer le sixième sens permettant de reconnaître les dynamiques internes, ou les personnes sur qui compter. C'est aussi un plaisir qui renforce l'expérience professionnelle que d'avoir des petits contacts en apparences anodins avec des collègues lointains, de cancanner sur la vie privée des autres employés, et de tout simplement participer à la vie d'une structure. Là encore, Scrubs atteint une parfaite universalité en utilisant le monde hospitalier comme cas particulier, mais totalement généralisable à toute expérience professionnelle ; l'institution hospitalière, bien qu'elle ait ses codes particuliers, est une entreprise comme une autre dans le fond, et pour moi qui regrette tant que peu de séries montrent le monde de travail pour ce qu'il peut être réellement lorsqu'on y entre (et pas nécessairement sous un angle négatif), la série parvient parfaitement à retranscrire ce sentiment diffus.
D'autant que JD, Turk et Elliot sont là pour rester un bon moment, pour se faire une place, et ils le savent bien ; il leur faut donc trouver leurs repères dans la jungle de leur lieu de travail, s'intégrer, se faire une place, une réputation ; ils doivent se créer leurs habitudes, trouver les endroits où se regrouper (d'abord le self de l'hôpital, puis le Coffee Bucks), ils doivent s'approprier un univers dense qui deviendra leur quotidien. La palette inouïe de personnages secondaires souligne cela.

Ce que Scrubs dépeint aussi, bien qu'évidemment sur le ton de la plaisanterie, c'est que plonger dans un nouvel univers professionnel, même s'il est aussi impressionnant et responsabilisant que le métier de médecin, voire peut-être même encore plus, n'a pas à être une quête douloureuse.
Les rêveries et les doutes de JD le montrent : le questionnement intérieur permanent est une bonne chose, bien que difficile. C'est un facteur d'apprentissage pratique et humain ; puis d'amélioration constante dans les deux domaines. Mais ce que démontrera la série au fil de ses saisons, comme en réponse à la fameuse phrase du générique, c'est que ce chemin n'a pas à être parcouru seul.

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Pour appuyer sa démonstration, Scrubs fait montre d'une richesse rarement égalée dans l'écriture de ses épisodes. Et ce très rapidement.
Bill Lawrence et sa bande de scénaristes tous terrains sont capables, en départ arrêter, de monter dans les émotions les plus intenses comme de courir un marathon de l'humour, et l'une des meilleures preuves, c'est la capacité de la writer's room à trouver des structures narratives originales permettant de souligner cette versatilité.

Il y a évidemment tous les épisodes voulus pour être spéciaux (chose que soulignera le making of de l'épisode dans les Bahamas oui, j'ai regardé un bonus de DVD, moi ! C'est vous dire le caractère exceptionnel de Scrubs), comme celui de conte de fées, l'épisode Muppets, l'épisode musical (dont il semble difficile à croire qu'il soit l'un des moins réussis, y compris musicalement, ce qui dépasse l'entendement), l'épisode sitcom...
Ces épisodes sont avant tout un condensé d'une vingtaine de minute de lâchage total, tant côté scénaristes que côté acteurs. Il s'agit de se faire plaisir en se mettant au défi, puis d'espérer que le défi se remporté et que le plaisir sera partagé. L'épisode sitcom est un excellent exemple : en soi, il n'est ni drôle ni même bien écrit ; mais pour quelqu'un qui vient du sitcom traditionnel comme Bill Lawrence, clairement, c'est un moment d'amusement avant tout. Le spectateur apprécie ces épisodes à la condition d'admettre comme présupposé que Scrubs est une grande famille de gens de la télévision qui s'adore et qui a envie de se lancer dans un délire, et que nous sommes invités à le partager quand bien même ce n'est pas exactement pour ce qui en résulte qu'on aime le plus la série. Ces épisodes fonctionnent principalement parce qu'à ce moment-là, on a le sentiment de faire partie de cette équipe.

Mais il y a les autres. Les vraies variations, les vraies innovations narratives.
Les épisodes à point de vue, par exemple, comptent parmi ces prouesses : Her story, His story, Their story, etc... sont autant de déclinaisons brillantes et vibrantes du principe sur lequel repose la série. Le meilleur de tous reste à mes yeux le premier volet de Their story, qui permet de rendre hommage à tous les personnages secondaires de la série à travers The Todd, Jordan et surtout Ted, qui offrent ici une remarquable opportunité de renouveler le propos de la série par un simple rafraîchissement de perspective.
Dés la première saison, Scrubs prouve ouvertement qu'elle est capable de contorsions intelligentes et osées avec son scenario, comme dans My Old Lady (encore !) qui parvient à apporter à la fois un regard plein d'humilité sur le métier de médecin, une interrogation sur la mort, comme on a pu l'évoquer plus tôt, et un twist final parfaitement maîtrisé.

Mon préféré (vous savez : avec 181 autres !) reste cependant My Way Home. Jonglant avec une agilité incroyable entre son propos, l'émotion qu'il véhicule, et une palette de références de la plus subtile à la plus évidente au Magicien d'Oz, l'épisode est l'un des meilleurs de l'histoire du format d'une demi-heure. Et il ne dure qu'une demi-heure ! On se prend à rêver à ce que pourraient faire les scénaristes avec un format d'une heure entre les mains !

D'autres épisodes encore, viennent gonfler les rangs de ceux qui vous font pousser un juron admiratif à la fin de l'épisode, et je ne peux tous les citer, mais pendant la plus grande partie de son existence, Scrubs va se faire un devoir de ne jamais se reposer sur ses lauriers, et c'est cette ambition, alors que la série fonctionne parfaitement sans ces coups de génie ponctuels, qui fait d'elle ce que j'ai presque envie d'appeler un chef d'oeuvre. Rien de moins.

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Presque ? Oui, presque.
Ecoutez, les enfants, arrivés là, il faut qu'on s'asseye et qu'on parle. J'ai chanté les louanges de Scrubs depuis le début de ce post, les plus courageux d'entre vous ont vécu suffisamment vieux pour arriver à cette partie de la review, et je crois que vous avez mérité que je sois totalement franche avec vous.

Comme la plupart des gens qui ont vu l'intégralité de Scrubs, je m'apprête donc à me joindre au concert de sifflets accompagnant la saison 9.
Je n'étais pas très attentive au sort de la série à l'époque ; comme je la considérais comme une simple comédie (et que, soyons sincères, jusqu'à il y a quelques années, je déconsidérais énormément les comédies avant de m'atteler à la tâche d'en redécouvrir et réhabiliter quelques unes), je n'avais pas tellement suivi l'affaire de son annulation par NBC puis de sa récupération la maison-mère ABC. Très franchement, j'avais bien entendu un vague bruissement de mécontentement, mais je l'avais écarté de mes préoccupations rapidement.
Maintenant que j'ai achevé ce marathon, je comprends. Je comprends la colère, je comprends le dégoût, je comprends... l'incompréhension.

Que diable s'est-il passé ? Qui a tordu le bras à Lawrence et sa bande avec une telle insistance qu'il a montré tant de mauvaise volonté à écrire ces épisodes ? Ca a dû être d'une violence folle pour qu'on en arrive là.

La fin de la saison 8 donnait, déjà, des signes d'essoufflement ; certains acteurs donnaient des signes d'essoufflement, mais surtout, les sujets semblaient tourner en boucle, avec l'arrivée d'internes ne parvenant pas souvent à soulever des sujets originaux.
Mais avec encore quelques excellents épisodes dans ses manches (comme le puissant My Last Words) et surtout un season finale à mourir de chagrin (more on that in a bit), Scrubs montrait qu'elle n'était pas à l'agonie, elle semblait même mourir de sa belle mort. Mais il a fallu qu'un sorcier fou fasse revenir la série d'entre les morts, visiblement pour des raisons purement pécunières, et c'est un zombie qui est revenu à la vie.

Là où la saison 8 ramait pour renouveler les découvertes de ses internes, les étudiants en médecine de la saison 9 font tout simplement de la brasse coulée. Non que tous les personnages soient à jeter (comme le prouve la persistance de Denis "Jo" Mahoney, apparue l'année précédente, ou l'arrivée de Drew Suffin), mais ils n'ont clairement rien à raconter. Pire que ça : ils vont mal le raconter.
Il n'y avait aucun mal ni crime de lèse-majesté à changer la perspective, abandonnant la psyché délirante de JD (Zach Braff se contentant de n'apparaitre que dans quelques épisodes, et encore, uniquement parce qu'il était sous contrat je pense) pour entrer dans celle d'un novice ; mais en reprenant un personnage similaire à JD, en la personne de Lucy Bennett, l'échec est total. Il aurait bien mieux valu s'intéresser à un personnage portant un regard nouveau sur le monde de la médecine ; Drew, avec son background riche et son sarcasme (plus son rapport inédit au Dr. Cox) aurait été une cible de choix. Au lieu de ça, on est dans la répétition totale, et purement stérile, des mêmes questions posées sur le même ton, des insécurités et du monde de Bisounours (pardon, des chevaux). Quel intérêt ?

Pour couronner le tout, cette 9e saison s'arrête de façon honteusement abrupte et vaine, avec un épisode qui n'est pas une vraie conclusion à quoi que ce soit, et certainement pas à une série qui aura vécu près d'une décennie sur les écrans américains.
La flemmardise et l'absence de passion qui sont palpables à chaque épisode de cette saison ont de quoi donner l'impression à Whitney Cummings qu'elle écrit un chef d'oeuvre. C'est vous dire mon niveau de colère.
Et encore, ne me lancez pas sur les webisodes Scrubs: Interns.

Scrubs_Saison9

Dans ces conditions, je préfère donc m'en tenir au series finale de la saison 8 ; il était écrit pour après tout. Et il clot à merveille la série, avec encore une fois, la bonne dose d'intelligence, d'humour et d'émotion.

Je suis souvent émotive quand une série s'achève (même quand je ne l'ai intégralement découverte qu'à l'occasion d'un marathon d'un mois), c'est d'ailleurs sans doute ce qui explique que j'évite au maximum de regarder les épisodes finaux des séries que j'aime (toujours pas vu la fin de Pushing Daisies, et ceux qui ont suivi mes activités cette année savent que j'ai soigneusement évité d'en arriver là en écourtant mon Piemarathon cette année, parce que je suis une lâche dans ce genre de cas, et que je n'aime pas devoir dire adieux ; bon sang mais pourquoi croyez-vous que je ne sois pas cinéphile, enfin ?). Je redoute d'ailleurs la fin du Ozmarathon, mais on aura le temps de voir ça de près (déjà je vois bien que je renâcle à poster mes reviews, c'est un signe qui ne trompe pas, je me connais comme si je m'étais faite).
Mais à ce point ? C'était quasiment inédit ; il ne doit y avoir qu'une ou deux autres séries qui m'aient fait cet effet-là. Voilà comment les choses se sont passées, j'ai regardé l'épisode, passé 98% du temps à sangloter bruyamment, et à la fin, je me suis roulée en boule dans mon lit et j'ai pleuré une bonne heure d'affilée. C'était méchamment brutal, comme sensation de perte et de déchirement, et pourtant, je suis une chialeuse, téléphagiquement, c'est vous dire s'il y avait du niveau.

Là j'ai l'air de faire la maligne (ça se voit parce que mon vocabulaire s'est relâché), je fais semblant d'avoir pris du recul et de me moquer gentillement de ma réaction extrême, mais vous lisez le post de quelqu'un qui a dû s'y reprendre à plusieurs fois, aujourd'hui, pour écrire les morceaux de ce post, tout simplement parce qu'elle éclatait en sanglots (et j'écrivais pourtant mon post au bureau entre deux trucs, pas vraiment le contexte propice aux émotions débridées). Pas vraiment parce que j'avais terminé Scrubs, mais parce que ce final de la saison 8... je veux dire : ce final (le déni, ya que ça de vrai), m'a touchée de façon intense et totalement imprévisible.

Il y a environ un mois, je me suis lancé le pilote de Scrubs comme ça, pour déconner. Quelques semaines et 182 épisodes plus tard, je suis à l'agonie. La téléphagie est ainsi faite qu'on peut être surpris à chaque moment par des fictions qu'on juge parfois mineures, qu'on croit connaître parce qu'on les a survolées ; je n'ai jamais été capable d'être assidue avec une diffusion télé et je mesure, avec cette expérience, à quel point les marathons peuvent faire comprendre au téléphage qu'il passe à côté de véritables perles.
Scrubs s'est achevée il y a deux ans et demi, et je n'en ressens la brûlure qu'à présent. C'est un peu triste, mais moins que si j'avais continué de considérer la série comme une comédie plutôt réussie, avec quelques moments d'émotion, mais inoffensive.

Il va me falloir un bon bout de temps avant d'être capable de parler de Scrubs sans hoquet de chagrin. Peut-être bien que pour la première fois, je me suis vraiment, totalement, identifiée à une série. J'aime les séries qui parlent de choses tristes sur le ton de la rigolade, vous le savez bien !
Dans quelques mois, ou plus réalistement, dans quelques années, je me ferai sans doute un nouveau marathon au Sacred Heart Hospital. Mais là, tout de suite, j'ai surtout besoin d'un gros, gros hug de quelqu'un qui a une "odeur de figure paternelle", ou d'un "chocolate bear". Des volontaires pour consoler une téléphage au coeur brisé ?

Posté par ladyteruki à 22:54 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

18-08-12

Eternel commencement

On dit que "loin des yeux, loin du coeur". Ce n'est pas toujours vrai en matière de téléphagie.
Ainsi, il y a des séries auxquelles je pense très souvent ; mettons, au moins une fois par mois ce qui, vu le nombre de séries que je vois passer, visionnages, tests de pilotes et lecture de news inclus, est plus significatif qu'il n'y parait. Et en général j'y pense en ces termes : "rha, faudra que je prenne le temps de me faire un marathon, un de ces jours". The Starter Wife est de ces séries-là, et inutile de dire que le marathon Will & Grace, pendant l'été 2010, et le visionnage de Smash, cette année, n'ont rien arrangé à notre affaire. C'est le Messing effect.

Alors, pendant que je n'avais plus internet chez moi, et profitant que les DVD étaient à un prix ridicule, j'ai décidé de me faire une intégrale.

TheStarterWife-Promo

Le ton de la mini-série est léger mais pas à l'extrême, parfait pour l'été ; permettant très vite, de surcroît, de s'attacher à Molly Kagan (interprétée par Debra Messing, donc), personnage sympathique par excellence qui est grandement aidé par le fait que son mari Kenny est incarné par Peter Jacobson, l'empaffé parfait.
En fait, j'avais oublié à quel point j'adorais The Starter Wife en redécouvrant le pilote, que je n'avais pas revu depuis sa diffusion initiale, voilà donc 5 ans. Entre nous, je suis à peu près sûre de l'avoir aimé encore plus cette fois-ci. Est-ce parce que les personnages m'étaient, dans le fond, déjà un peu familiers ? Toujours est-il qu'il m'a semblé ressentir très tôt l'impression d'amitié sincère entre ces personnages.

Il y a dans l'entourage de Molly des personnalités qui s'imposent immédiatement comme extrêmement fortes.
Cricket, d'abord, la meilleure amie, la confidente, qui soudain doit mettre de la distance avec Molly parce que son mari a besoin de rester en bons termes avec Kenny. Leur relation, à la fois sincère et abimée par le divorce des Kagan, n'est pas tellement exploitée ; pour des raisons évidentes, peu de scènes mettront Molly et Cricket dans une situation commune au début de la mini-série, montrant ainsi plutôt ce qui les sépare que ce qui devrait les réunir. Mais dés que les deux femmes partagent quelques instants, leur amitié est palpable.
A côté, Joan l'alcoolique et surtout Rodney le gay flamboyant font figure de seconds rôles, bien qu'étant plus présents à l'écran. Joan, visiblement plus âgée que le reste de la bande, et occupée par la cure de désintox forcée où l'a inscrite son mari Pappy, est du genre un peu acariâtre, sarcastique et tête de mule, mais Judy Davis nous offre de grandes scènes lors des séances de thérapie où son personnage ment comme un arracheur de dent.
Rodney, qui doit sa plastique parfaite à Chris Diamantopoulos, est plutôt le soutien inconditionnel de tout un chacun, l'ami gay indeffectible, un peu idéalisé, qui est là pour faire des blagues, servir des cocktails et parler des extravagantes demeures de stars qu'il redécore quand on veut se changer les idées. Mais son lien avec Molly et Joan est tangible (un peu moins dans le cas de Cricket), et du coup ça fonctionne quand même.

En-dehors de ces personnages se dirigeant généralement vers le cap de la quarantaine (sauf dans le cas de Joan qui l'a visiblement franchi il y a un bout de temps), la mini-série aborde aussi le contexte dans lequel les personnages évoluent : la haute-société de l'industrie cinématographique.
Et il faut admettre que, dans sa façon de décrire l'univers hollywoodien, The Starter Wife met relativement souvent dans le mille (ou ce qui semble être le mille pour quelqu'un qui n'a jamais vécu dans ce milieu). L'idée est de mettre l'accent non pas sur le glamour, mais l'absurdité de ce glamour, une nuance qui permet à la fois à la mini-série d'être dans la débauche de soleil, de belles demeures, de grandes fêtes et de tenues de grand couturier, et de prendre tout ça avec détachement voire même, parfois, sarcasme.
Molly a navigué pendant des années dans cet univers dont désormais elle est exclue, simplement parce que son mari a décidé de demander le divorce ; si les épisodes mettent assez peu en avant, finalement, ce que représente le concept de "starter wife" (la femme avec laquelle on a démarré dans la vie, qui a essuyé les plâtres, mais avec qui on n'a pas l'intention de la finir), en revanche le thème de la mise au ban est parfaitement intégré aux histoires.

Désoeuvrée, Molly va se tourner vers Lou, le patron de Kenny, un producteur surpuissant à Hollywood qui fait partie des rares à ne pas lui tourner le dos, voire même à manifester un intérêt sincère envers elle.
Ce qui fonctionne immédiatement, c'est que Molly et Lou sont sur la même longueur d'ondes, probablement parce que Debra Messing et Joe Mantegna sont exactement sur le même registre. Leurs scènes à l'écran font des étincelles. Et puis, ce personnage de producteur au bout du bout, qui n'en peut plus d'être si puissant qu'il se sent aussi étranger à Hollywood que peut l'être, malgré elle, Molly, est diablement efficace, et sort des poncifs sur les producteurs tel que celui que nous sert Kenny (et qu'on peut retrouver avec Peter Dragon dans Action!). Lou est, avant d'être le mec le plus important de toute la Californie, un être humain, chose que tout son entourage a oublié. Quand il dit qu'il aimerait qu'on oublie son anniversaire au lieu de lui envoyer des cadeaux fastes mais impersonnels juste pour cirer ses pompes, il est magnifique. Il faudrait, à n'en pas douter, plus de personnages comme Lou dans les séries parlant du monde hollywoodien.

Les premiers épisodes vont montrer comme Molly, qui est démolie par la séparation d'avec son mari (essentiellement parce qu'elle ne l'a pas vue venir et qu'elle l'a apprise alors qu'il l'a appelée au beau milieu de la nuit pour la prévenir), tente de se retrouver, à la fois en tant qu'être humain et que femme. De ce côté-là, Messing donne d'ailleurs vraiment le meilleur d'elle-même. La séquence dans la salle de bains, par exemple, pendant laquelle elle se redécouvre, n'a rien à envier à celle du pilote de Cougar Town dans lequel Courteney Cox fait l'inventaire de ses preuves de vieillesse.
Comme toujours, Debra Messing apporte un regard tendre, mais jamais emprunt de sentimentalisme, à son personnage ; même pathétique elle reste toujours touchante, et même touchante, elle ne sombre jamais dans les violons. La voix-off de Molly est d'ailleurs plus conçue comme l'expression de ses monologues intérieurs, que pour décrypter la narration des épisodes ; le personnage est dans une quête, il cherche une identité qu'il a perdue lorsqu'il s'est marié, et c'est ce que tente de décrire la mini-série The Starter Wife. Au-delà du monde hollywoodien, c'est une vraie série sur le divorce.

Plus tard, et notamment une fois les surprises de Lou passées, la mini-série The Starter Wife mettra plutôt l'accent sur les amours de Molly, avec Sam, un séduisant clochard brisé par la mort qu'il a provoquée voilà quelques années, et qui n'a rien de commun avec l'univers tape-à-l'oeil dans lequel Molly évolue. Les questionnements amoureux, s'ils ont (en particulier à mes yeux) assez peu d'intérêt, ont tout de même le mérite de ne pas être totalement abrutissants.

Mais la bonne idée de The Starter Wife, c'est aussi de ménager quelques séquences impromptues totalement déjantées, comme le début du pilote qui nous montre toute la petite bande plongée dans l'univers du Magicien d'Oz, un vrai bonheur fait de métaphores parfaites sur la mariage, le divorce, ou plus rarement la vie hollywoodienne.

TheStarterWife-Fantasy

Lorsque le second DVD de la mini-série est parvenu à son terme, j'étais à la fois ravie et fâchée. Je venais de me rendre compte qu'en fait, je m'étais arrêtée là et n'avais jamais vu la suite. Ca tombait donc super bien : j'avais également commandé la première saison ! Alors j'ai rempilé.

C'est donc à ce moment-là que j'ai déchanté. La première saison de The Starter Wife n'a rien à voir avec la mini-série du même nom.

Déjà parce que les changements de casting sont énormes. Evidemment, on devine qu'entre la mini-série et la première saison, les acteurs concernés avaient de nouveaux engagements et qu'il n'ont pu revenir à The Starter Wife, mais ça n'empêche pas que ça fait barrage lorsqu'on commence les nouveaux épisodes.
Il y a d'abord Miranda Otto, ici kelleyrisée alors que son amitié, sa présence, avaient formé un axe assez important de la mini-série. Qui plus est, vu l'esprit de franche camaraderie "adulte" (par opposition aux amitiés d'adolescents attardés à la Friends ou New Girl) qui régnait précédemment, c'est une véritable perte qui affaiblit énormément la structure de la série ; mais on va y revenir plus tard. Le problème touche aussi des personnages moins importants, du genre de Lavender ; la jeune femme, incarnée par la toujours parfaite Anika Noni Rose (partie entretemps sous le ciel du Botswana pour tourner The No. 1 Ladies' Detective Agency), apportait une vraie force à la mini-série, et ne sera remplacée que sur le point de vue des quotas (avec l'apparition de Liz) mais pas du tout pour ce qui est de l'aspect plus pragmatique du personnage, vu que Lavender était la seule à avoir les pieds sur terre.
Le SDF Sam a également été écarté ; c'est expliqué en 10 secondes au début du premier épisode de la saison, et point barre. Tout juste s'il y est fait mention ensuite : plus tard, quand Molly pense à son bagage amoureux et qu'un homme en caleçon rouge apparait, le visage un peu masqué, dans une séquence fantasmée, ce sera la dernière fois que sera mentionné celui dont elle était pourtant follement amoureuse pendant la mini-série. C'est tout, merci Sam, et à la revoyure. Un peu brutal, non ?!

On peut aussi observer des remaniements de distribution qui, s'ils s'expliquent, n'en sont pas moins difficiles à avaler. Le plus gros d'entre eux : adieu Peter Jacobson. L'épouvantable époux de Molly prend désormais les traits de David Alan Basche, dont on jurerait qu'il a 10 ans de moins, et qui change totalement le rôle : de pauvre connard, Kenny devient juste un type un peu paumé, limite attendrissant.
Cela à dessein, d'ailleurs. Car dans cette saison, qui fait des affaires amoureuses de Molly l'une de ses priorités, l'héroïne rencontre Zach, un nouvel homme dont elle s'éprend, mais ne parvient pas vraiment à mettre son mari Kenny de côté (elle y avait pourtant fort bien réussi dans la mini-série). Devenu plus séduisant dans cette saison, le personnage de l'ex ne choque plus vraiment comme enjeu amoureux potentiel : il est séduisant, après tout, avec sa mine déconfite et ses manières un peu automatiques de s'imposer à Molly parce qu'ils sont habitués l'un à l'autre. C'est un tort : en réalité, c'est très difficile à avaler quand on vient de voir la mini-série, mais le nouvel acteur permet d'avoir l'impression d'avoir un nouveau personnage. Kenny se transfigure, et n'a de commun avec le personnage de la mini-série qu'une chose : il a un passé avec Molly, qui ne demande qu'à redevenir futur.

Dans sa quête d'elle-même, Molly se montre également moins touchante. Certes, elle essaye comme elle peut de s'affirmer par l'écriture. Mais tout a changé, comme pour devenir plus "bankable". Ainsi, dans la mini-série, Molly écrivait-elle des livres pour enfants ; mais ici, son projet est bien différent. Sans vouloir trop en dire, on ne peut qu'admirer l'ironie que prend la carrière de Molly dans l'écriture. Il faut voir sa réunion avec des producteurs (dont David Shatraw, ex-Tommy de Titus, bien atteint par le poids des ans et des kebabs) pour comprendre à quel point la série a changé. Au lieu de permettre à Molly de prendre le contrôle de sa vie, sa carrière d'auteur symbolise son retour en grâce dans la société hollywoodienne.
Ce phénomène se ressent aussi de par l'utilisation très lourde des soliloques, Molly devenant une narratrice plus classique, et ses monologues  n'apportant pas beaucoup de valeur ajoutée aux épisodes.

L'esprit des séquences fantasmées a, pour finir, totalement changé. Désormais ces scènes sont systématisées, et reprennent de façon assez peu imaginative des standards de la culture cinématographique, à l'instar de la scène du décroisage de jambes de Basic Instinct (qui compte probablement parmi les scènes les plus référencées de l'histoire, non ? Allons donc, songez qu'il y en avait déjà une parodie dans Une Nounou d'Enfer !) ou la scène de fin de Casablanca. L'exercice de style n'a pas de tort sur le principe, mais en répétant, épisode après épisode (et presque systématiquement dans la scène d'ouverture), la même figure imposée, The Starter Wife perd énormément de son charme fantasiste.

TheStarterWife-BasicInstinctLa saison de The Starter Wife était condamnée AVANT que Cibrian ne se pointe, c'est dire.

Et puis les intrigues de cette saison sont un peu aléatoires. Il n'y a pas de plan : les réorientations en cours de route sont fréquentes et touchent à peu près tout le monde.

Ainsi, Joan commence à travailler dans le centre de désintoxication où elle avait fait sa cure avortée ; une mission intéressante, qui l'amène à faire des changements dans sa vie. Mais ces changements, non-assumés scénaristiquement, connaissent des rebondissements parfaitement inutiles. Les deux derniers épisodes tourneront même la chose à la caricature, ce qui fait que la crise de la, hm, disons cinquantaine, de Joan, est totalement tournée en ridicule alors qu'elle avait commencé sous des auspices plutôt favorables.
Le nouveau personnage de Liz s'avère quant à lui totalement stérile. Les intrigues sont encore plus changeantes le concernant et ça vire franchement au soap de bas étage. Et comme dans tous les soaps de bas étages, l'amitié avec les personnages principaux finit par sembler être un prétexte, quand le reste du temps, les personnages blacks restent entre eux.
Le seul à tirer convenablement son épingle du jeu est Rodney. Il s'est trouvé une belle intrigue, quoi que pas forcément très approfondie quand les tribulations de Molly prennent trop de place, dans son histoire pourtant assez cliché avec l'acteur de films d'action Felix qui refuse de sortir du placard, afin de ne pas endommager sa carrière (une histoire qui avait été vue dans Action!, mais cette comédie n'avait pas pour vocation de prendre le sujet au sérieux). Même si dans sa valse hésitation, Rodney va longtemps nous faire mariner, le personnage n'en est pas moins touchant et les développements qui le concernent lui donnent plus d'épaisseur que dans la mini-série. Avec ce character development réussi, Rodney devient le personnage qui aura le plus évolué entre la mini-série et la saison, et probablement l'un des plus attachants.

Mais en choisissant de donner plus de gravité à des personnages comme Joan et Rodney, et en accordant également du temps à ce nouveau personnage de Liz, The Starter Wife met ici l'accent sur l'éclatement entre les personnages. Leurs scènes ensemble démontrent une parfaite alchimie ; Rodney et Molly, en particulier, sont extrêmement attachants. Mais le problème c'est que l'atmosphère qui régnait dans la mini-série a totalement disparu. A ce problème narratif, il faut encore ajouter un autre plus circonstanciel : au lieu de se retrouver toujours au même endroit (dans la mini-série, il s'agissait de la maison sur la plage de Joan, habitée le temps de l'été par Molly et sa fille, mais aussi Lavender et sa mère, Joan à son retour de cure, Rodney, et même occasionnellement Sam), les personnages mènent ici chacun leur vie. La nouvelle maison de Molly est très présente, mais les autres n'y viennent quasiment jamais. L'absence d'un décor commun pour les tourments séparés de chacun n'aide pas cette impression d'éclatement, donc.

Alors au final, cette intégrale de The Starter Wife, une déception ? Bah pas vraiment... mais je suis bien forcée de reconnaître que finalement la mini-série se suffit à elle-même, à plus forte raison si on veut rester sur une bonne impression.
Et puis, 16 épisodes en compagnie de Debra Messing, franchement, il y a pire, et elle reste lumineuse, charmante et adorable de bout en bout, se donnant à fond pour les scènes fantasmées (la voir grimée en Lara Croft sera probablement l'un de mes meilleurs souvenirs de l'été, surtout quand on connait la taille de soustale de Messing, qui n'a jamais fait de mystère de ce côté-là) et parvenant toujours, malgré tout, à rester la Debra Messing que l'on aime.
Enfin je sais pas pour vous, mais moi oui. Alors non, pas de regret.

Mais il y a des chances pour que mon DVD de la saison prenne quand même un peu la poussière sur le long terme...

Posté par ladyteruki à 19:36 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

10-08-12

Leave me breathless

En cette rentrée, whisperintherain et moi-même avons convenu d'un petit défi à deux : nous regarderons absolument chaque pilote de cette saison, et nous rédigerons, chacun de notre côté, un post pour absolument chacun de ces pilotes. Avec la diffusion de Go On cette semaine, le coup d'envoi officiel de ce challenge est donné, et nous allons donc nous livrer à cet exercice avec la plus grande application, et autant de régularité que possible. Surtout étant donné les circonstances, puisqu'internet n'a toujours pas été rétabli chez moi.
Du coup, à la fin de ce post, vous trouverez un icône sur lequel il vous suffira de cliquer pour accéder à la critique du pilote de Go On de whisper (je l'ajouterai lorsqu'il l'aura rédigée ; nous ne les posterons pas nécessairement de façon absolument simultanée), et ainsi lire nos deux avis sur un même pilote, que ce pilote nous ait fait le même effet ou non. Restez donc à l'affût, car sur nos deux blogs, la saison 2012-2013 va être traitée de façon exhaustive !

GoOn-OnAir

Il existe deux sortes de [bons] acteurs dans mon esprit : les "caméléons" et les "nuancés". A titre d'exemple, Lee Pace est un caméléon (il peut même devenir une femme si on le lui demande gentillement). Au contraire, Matthew Perry est du style nuancé : il semble toujours avoir le même personnage, et son travail est d'apporter de fines et subtiles touches de nuance, comme un peintre repasse encore et encore sur le même tableau et rajoute des couches de peinture pour en détailler la texture ou la couleur du ciel.
Les nuancés donnent souvent l'impression de s'interpréter eux-mêmes, et parfois c'est, après tout, peut-être vrai. Peut-être qu'ils ne veulent ou ne peuvent pas dépasser les limites de leur propre nature, et que pour eux, le métier d'acteur, c'est aller chercher dans leur rôle une occasion de se mettre à nu. Les nuancés sont d'ailleurs beaucoup plus enclins que les caméléons à créer des rôles pour eux-mêmes. Ils cherchent à s'explorer avant tout, ils ne sont pas dans une recherche d'altérité. Le choix n'est plus ni moins noble que d'aller se trouver un personnage radicalement différent de soi-même (et/ou du personnage précédent), et d'aller dénicher en soi de quoi devenir cette personne ; il participe simplement d'une démarche totalement différente.

Depuis qu'il a fait sien le personnage de Chandler Bing, Matthew Perry s'est en tous cas trouvé une image dans laquelle on a pu le retrouver de façon assez constante, de ses apparitions dans A la Maison Blanche à son rôle dans Mr Sunshine, en passant par ses rôles dans des longs-métrages. J'ai peut-être loupé l'exception qui confirme la règle, mais il y a quelque chose de brisé en Matthew Perry qu'il n'a pas peur d'incarner encore et encore dans ses personnages, et surtout, quelque chose dont il n'a pas peur de rire. Matthew Perry est de ces acteurs qui aiment appuyer là où ils ont mal pour que le public rient de leurs grimaces, plutôt que de donner le change. J'admire et je respecte énormément ça, cette sincérité apparente, c'est le genre d'élément qui fait que j'adore Rude Awakening ou Titus, d'ailleurs ; et la liste n'est pas exhaustive.
C'est une démarche faite de cohérence et d'authenticité, qui élimine la distance entre l'artiste et le spectateur (que cet artiste soit acteur ou scénariste, d'ailleurs), et les met à pied d'égalité de façon humaine, incitant le spectateur lui-même à laisser tomber ses défenses et devenir, à son tour, vulnérable.

Alors regarder Go On, cela va sans dire, c'est forcément regarder un peu plus Matthew Perry que Ryan King, son personnage. Les personnages des acteurs dits nuancés"sont toujours un peu plus transparents : on regarde au travers d'eux en guettant le moment où on verra passer la silhouette de l'acteur. On se figure toujours qu'on connait mieux les acteurs nuancés que les caméléons. A tort ou à raison, d'ailleurs ; qui peut dire ?
Et lorsque l'on repère Matthew Perry dans Go On, on a du mal à ne pas penser à Chandler Bing, Matt Albie ou Ben Donovan, pour exactement les raisons que je viens d'énoncer.

Mais regarder le pilote de Go On est aussi une façon de découvrir une nouvelle nuance de la palette, et à travers elle, un Matthew Perry qui va mieux. Il est mieux dans son corps, d'abord : sa présence est moins figée, plus légère ; il bouge plus, il a une gestuelle moins engoncée. Mais surtout, son personnage est moins lourd, lui aussi. Certes, Ryan King est un homme cassé (un de plus), qui a perdu sa femme il y a un mois à peine, et qui ne veut qu'une chose, reprendre son boulot de présentateur d'une émission de radio sportive pour aller de l'avant. Mais il ne porte pas son poids comme une nature, et cela se sent dans la façon qu'il a non seulement de s'accrocher au sport, que dans l'esprit de compétition dont il fait preuve.

Go On nous parle d'un homme qui refuse depuis un mois de faire son deuil. Et nous parle donc, de façon plutôt délicate, de deuil quand même, là où on peut dire que Bunheads (pour ce que j'en ai vu, j'ai dû faire une pause à cause de cette histoire de connexion) décide de mettre les pieds dans le plat sans détour et d'aborder la question très frontalement, notamment dans le second épisode, où les choses sont très directes. C'est une façon différente mais pourtant très intéressante d'aborder le sujet : Ryan veut éviter d'interroger son deuil mais, parce que son entourage professionnel estime que ce n'est pas sain, il y est contraint. Plus tard dans l'épisode c'est lui-même qui va s'y contraindre, d'ailleurs. Et finalement c'est un angle sous lequel aborder le deuil qui, tout en traitant un sujet difficile, permet à la fois sincérité et humour, et d'éviter toute pesanteur ; Go On est à ce titre plus une dramédie qu'une comédie, en dépit des gesticulations Matthewperriennes qu'on y trouve.

Comme quelques unes des plus grandes dramédies de l'histoire de la télévision, Go On allie donc gravité et attitude positive. Son personnage central n'est pas un triste sire, il ne nous fait pas rire malgré lui : il nous fait rire parce que lui-même a envie de rire, alors même qu'il a du mal à le faire. Le procédé est incroyablement cathartique. Ce genre de choses fait toute la valeur du travail d'acteur de Matthew Perry, c'est une nuance délicate par rapport au Matthew Perry qu'on a fréquenté (brièvement) dans Mr Sunshine, mettons. Les deux personnages sont incroyablement proches et pourtant, ce qu'ils inspirent est très différent.

C'est, d'emblée, une grande richesse pour Go On que d'avoir ce personnage à la fois tragique et léger. Mais la force supplémentaire de ce pilote tient dans la (très abondante) galerie de portraits, même si elle n'est pour le moment pas appréciable dans les détails, qu'offre le groupe de parole que Ryan King intègre. Sur le thème, plus large, de la perte et de l'abandon, divers profils se dessinent, jamais totalement tragiques, mais confinant rarement au clownesque (à l'exception d'un patient peut-être un peu caricatural, mais pas totalement antipathique, Mr K, et qui peut également avoir du potentiel lorsqu'on aura dépassé la première impression), avec un sens de l'équilibre qui permet de rire sans trouver qu'on est de mauvais goût, ni que la série l'est.
La loufoquerie ne cède jamais la place à la facilité, permettant à l'émotion d'être toujours un peu présente, sans que pour autant ce soient les grandes eaux en permanence.

Alors bien-sûr, il manque peut-être au pilote de Go On quelques petites choses pour pouvoir être qualifié de coup de coeur, notamment parce que Laura Benanti (à cause de laquelle il est difficile de ne pas penser à Starved, et d'ailleurs voilà une autre série à ajouter à la liste ci-dessus) et Matthew Perry mettent énormément de temps à trouver leur alchimie, et qu'on craint assez rapidement, de surcroit, que celle-ci ne se transforme en intrigue amoureuse de type will-they-or-won't-they.
Mais il se dégage de ce premier épisode une intensité qu'on n'est plus habitués à trouver sur une dramédie de network ; je crois d'autre part que la série a aussi hérité d'un petit quelque chose proche de l'esprit de Community, en cela qu'elle pourrait trouver le succès en piochant dans les profils névrosés des personnages loufoques qu'elle a mis en place. Ca se sent bien dans la scène de la compétition (ainsi évidemment qu'à la toute fin) : il y a du potentiel pour une série très libératrice, dans l'émotion comme dans le rire, et c'est plutôt bon signe pour son avenir.

En ce qui me concerne, ce premier pilote de la saison m'a vraiment mise de bonne humeur ; je serai ravie de surveiller l'évolution des épisodes suivants, pour voir si les qualités que j'y ai perçues ne faiblissent pas. Si Go On tient bien la direction qu'elle s'est fixée avec ce pilote, on pourrait bien tenir la meilleure dramédie de network depuis plusieurs années ; et par-dessus le marché, une excellente opportunité de tenir compagnie à Matthew Perry pendant toute une saison, ou plus. Rien ne me ferait plus plaisir que d'avoir l'illusion de comprendre et partager quelques blessures avec lui de cette façon...

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 19:19 - Review vers le futur - Permalien [#]

06-04-12

Remontées acides

Ce soir dans le SeriesLive Show, nous consacrons toute une rubrique à une série méconnue, Starved, diffusée par FX pendant l'été 2005. C'est une série dont je pense énormément de bien et dont j'ai déjà pu vous entretenir à l'occasion, mais puisque je me suis enfilé une intégrale afin de me rafraîchir la mémoire en vue de l'émission, je me suis dit que c'était une occasion en or de vous faire un petit bilan de la saison/série, après vous avoir parlé de son pilote voilà il y a quelques années.
Etant donné que depuis le décès de MegaUpload, les posts La preuve par trois ne fournissent plus de lien de cagoulage pour les épisodes traités,  maintenant c'est un peu l'horreur pour partager des épisodes sur le long terme ; je me vois donc contrainte de vous indiquer que l'intégrale de cette série est disponible sur Youtube. Chaque épisode est découpé en trois parties, en plus. Beurk, mais à défaut de mieux... En tous cas vous avez quelques heures pour aller vous faire une idée, et mieux comprendre de quoi on cause ce soir dans l'émission.

Starving

C'est sûr, Starved est une comédie bien particulière, puisqu'elle s'intéresse à quatre personnages qui ont des troubles alimentaires ; il y a Sam, qui cumule l'anorexie et l'hyperphagie, Dan, "simplement" hyperphage mais qui a atteint un stade d'obésité morbide, Adam, un boulimique, et Billie, qui est à la fois anorexique et boulimique. Que de charmants portraits, reconnaissons-le.
Ils assistent ensemble à des réunions des Belt Tighteners, un groupe de parole spécialisé dans les troubles alimentaires. Sauf que ces groupes ne sont pas basés sur l'écoute et l'entraide, comme peuvent l'être les Addicted Anonymous, mais au contraire reposent sur le blâme, et la dissuasion par l'aggression verbale.

La série étant créée par Eric Schaeffer, c'est évidemment lui qui interprète le rôle principal de Sam, un homme qui parvient à n'être jamais vraiment sympathique mais dont la manifestation des troubles est éminemment intéressante. En effet, il est également célibataire, et ses névroses alimentaires débordent énormément sur la façon dont il vit ses relations amoureuses ainsi que ses obsessions sexuelles. C'est certainement le personnage le plus fascinant de la série à cause de cela : il démontre bien la façon dont la nourriture et le sexe sont très liés dans nos imaginaires, et quand on entretient un rapport malsain à l'un, on a tendance à ne pas vivre le reste de façon bien plus saine.

Sam, en dépit du fait que ce soit un type assez insupportable et imbuvable (le terme "petit connard" peut éventuellement venir à l'esprit du spectateur...), est assez touchant parce qu'il cherche désespérément à vivre sainement, et que dans ce but, il adopte très vite les idées qu'on lui souffle.
Le problème c'est évidemment qu'il cherche une "formule magique" pour se sortir de ses troubles, au lieu de faire un travail plus difficile et plus lent, par exemple en suivant une thérapie (et pas juste aller se flageller chez les Belt Tighteners !) ou en intégrant un programme dans un institut médicalisé, pourrait-on imaginer. Donc en cherchant la solution qui va d'un coup de baguette magique tout résoudre, il devient une sorte d'éponge pour toutes les idées qui passent. Et il se destine aussi à l'échec car ce côté girouette ne peut jamais vraiment lui réussir. Par exemple, Dan lui recommande de faire des lavements ? Pouf, il fait des lavements ; c'est alors l'occasion de faire un transfert sur l'assistante médicale qui les lui procure, de façon à obtenir des lavements le soir après leur dîner ensemble (ah oui, Sam est un grand romantique). Mais quand ça ne marche pas comme il veut, il passe immédiatement à autre chose. Il va ainsi sortir avec une végétalienne et adopter son mode de vie extrême, simplement parce qu'elle lui a assuré qu'un brownie vegan n'avait presque pas de calories. Quand il prend du poids et qu'elle lui dit que, "presque pas", ce n'est pas "pas du tout" de calories, alors tout d'un coup on sent que son attachement pour elle s'est envolé.
Ainsi, tout s'imbrique toujours, avec lui... Et ne dure jamais vraiment longtemps parce qu'il ne lutte pas efficacement contre son trouble.

Sam prenant beaucoup de place dans la série, et l'unique saison de celle-ci étant très courte, on se prend à rêver des choses que les 7 épisodes de la série n'auront pas le temps d'explorer pendant la première saison.

Ainsi, Billie, chanteuse de son état, cache à son meilleur ami Sam que ses parents sont deux hommes, et évite depuis des années et des années de les lui présenter ; ses rapports avec l'un de ses deux pères sont de surcroît très houleux. Elle est elle-même plus ou moins bisexuelle (elle dit que "ses fans la préfèrent gay" mais couche aussi bien avec des hommes, sans en avoir l'air très heureuse, que des femmes), et l'un de ses pères prétend que son homosexualité n'est qu'une phase pour elle. Sa réponse consiste en général à boire (quelle émotion pour la fan de Rude Awakening que je suis d'assister au développement de cette intrigue...!), en plus de ses autres troubles alimentaires qui la poussent à peser absolument tout ce qu'elle mange, ce qui est supposé lui permettre de garder le contrôle de son besoin de se faire vomir (mais ce n'est pas beaucoup plus sain, reconnaissons-le). Bien qu'on ait le temps de prendre la mesure de tout ce qui préoccupe Billie, la résolution de ses problèmes avec son père, ainsi que la question de sa sexualité et de son alcoolisme, auraient à elles seules mérité une seconde saison.
Une histoire plutôt développée est celle de Dan, qui tout obèse qu'il soit n'en a pas moins une femme superbe à la maison qui ne demande qu'à lui faire un bébé. Lui, il aurait en fait dû rester célibataire, tant sa seule envie dans la vie est de rester au calme à manger devant des matches. Son état de santé est tel qu'un simple régime ne fonctionne pas (on verra d'ailleurs qu'en essayant de passer à un régime tout liquide, il va finir par mixer de la junk food...) et il a besoin de la pose d'un anneau gastrique, mais l'opération a plusieurs fois été reportée parce qu'il ne peut s'empêcher de tout gâcher en mangeant juste avant l'opération. Le déroulement de cette histoire semble osciller en permanence entre l'envie de progresser et le retour à la case départ, illustrant bien ce qui se passe dans la tête de Dan, mais on aurait aimé savoir ce qui se passe ensuite, quand son corps finit par ne plus pouvoir continuer ce petit jeu.
Le plus regrettable est probablement le problème d'Adam. Ses manifestations sont spectaculaires, à plus forte raison parce qu'en plus de vomir littéralement face caméra, elles entrainent un comportement auto-destructeur dans d'autres domaines de sa vie, notamment au travail. Mais même avec des explications vers la fin de la saison, le cas d'Adam restera assez superficiel, ce qui est dommage car, Adam étant quelqu'un de très secret et refermé sur lui-même, on n'a pas beaucoup d'occasions d'entrer dans sa tête autrement qu'avec des intrigues explicitées comme on les a pour les autres.
De mon point de vue, Starved avait encore beaucoup d'histoires à raconter, donc, en dépit du fait que bien des choses aient eu le temps d'être évoquées pendant sa brève existence, fait assez rare pour une série de ce format.

Mais la série a bien d'autres qualités. En décidant de choisir uniquement des adultes pour parler de troubles alimentaires, Starved parvient à dépasser l'écueil du cliché télévisuel sur les troubles alimentaires, et les rendent universels. On est à la fois dans l'outrance et dans l'absence de caricature, ce qui permet de ne pas se sentir excessivement concerné, tout en se remettant en question sur certaines de nos propres attitudes vis-à-vis de la nourriture. Est-ce vraiment sain ? Y a-t-il qui que ce soit qui ait un rapport totalement sain à la nourriture, de nos jours, après tout ? Comme le souligne Billie dans une démonstration, les dés sont pipés : les tailles des vêtements sont faussées, les médias déforment notre vision, et nous perdons tout sens des réalités. Et ce n'est pas faux, à bien y réfléchir.
Là où la série réussit son entreprise, c'est qu'elle rappelle ces facteurs extérieurs mais ne s'en sert jamais pour décharger les protagonistes de leur responsabilité dans leurs problèmes ; ils sont malades, c'est à eux de guérir ou au moins d'apprendre à ne pas être dominés par leur maladie, même si cette maladie est la résultante de facteurs extérieurs. Il y a un côté moins victimiste que la plupart des fictions traitant de ces sujets (et qui sont, en général, plutôt des unitaires de Lifetime, d'ailleurs).

La série ménage des moments légers et d'autres réellement dramatiques, usant du slapstick et du grotesque en plusieurs occasions, mais imposant aussi des passages (et notamment des fins d'épisodes) très oppressantes. A ce titre, Starved penche plutôt du coté dramédie que de la comédie pure et dure, mais quand elle tente l'humour, elle est dans une telle surenchère qu'on dépasse ce que la plupart des dramédies s'autorisent en la matière. Surtout qu'on parle du rapport que les personnages entretiennent à leur corps et leurs fonctions vitales, un sujet qui implique évidemment des choses assez graphiques et explicites...

Pour finir, certaines séries se déroulant à New York se contentent de prendre la ville comme elles auraient pris n'importe quel autre décor. Starved fait partie de ces fictions qui n'ont pas choisi New York : elle est éminemment New Yorkaise, c'est dans son ADN. L'atmosphère unique de la ville est palpable. Et cela sans en rajouter dans les prises de vue... Cela se manifeste aussi avec les quelques guests de la série, comme Darrell Hammond (tout droit issu de Saturday Night Live) ou Robyn Cohen (future créature de Gravity). On verra aussi Jenny Slate (une recrue très temporaire du Saturday Night Live) brièvement dans un rôle totalement muet dans le dernier épisode.
De par tous ces facteurs subtils, il semble impossible à la série de se dérouler ailleurs que New York ou, si ç'avait été le cas, la série en aurait totalement été changée. Cela ajoute probablement à son humour car le côté bobo que partagent de nombreux New Yorkais, la passion des habitants de Manhattan pour les modes ridicules (Carrie Bradshaw et ses copines nous l'ont prouvé à plusieurs reprises) et les possibilités de la ville jouent un rôle considérable dans les différentes options de "traitement" des protagonistes. Rien que les Belt Tighteners ont quelque chose de profondément New Yorkais.

Avant et pendant sa diffusion, Starved a... comment dire ? Partagé la critique. Il y a des sujets dont on a parfois du mal à rire, à plus forte raison dans une Amérique où l'obésité est une telle plaie, je suppose. Et je peux le comprendre. Mais à travers son humour pas très propre sur lui, Starved est aussi une série incroyablement honnête sur son sujet, comme pouvait l'être Huge, quelque part.
Starved est de toute évidence fondée sur un travail autobiographique, Schaeffer ayant lui aussi dû lutter contre des troubles alimentaires ; la série fait définitivement partie de ces petites séries qui resteront méconnues pour le grand public, mais qui apportent quand même énormément au téléphage, car elle ne fait pas de concession et s'autorise une sincérité totale, même quand c'est pas très ragoûtant. C'est le cas de plusieurs autres comédies ou dramédies qui ont pu me charmer par le passé, à l'instar de Rude Awakening (qui sera également citée dans le SeriesLive Show de ce soir !!!) ou Titus, vous le savez. Une série me plait rarement autant que lorsqu'elle veut rire de choses pas drôles... et Starved accomplit parfaitement sa mission sous cet angle.
Ce n'est pas le genre à vous donner, hm, l'eau à la bouche, mais c'est une vraie curiosité. A déguster uniquement en-dehors des repas, toutefois.

Posté par ladyteruki à 07:09 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

13-01-12

Are you there, shitty sitcom? It's me, NBC

Cela vous paraitra probablement étrange de la part de quelqu'un qui aime lire des autobiographies, mais peu de choses m'énervent autant que les séries ostensiblement commandées pour s'intéresser au passé d'une personne célèbre. Je trouve que c'est un manque effroyable d'imagination, une technique de vache à l'ait insupportable. Everybody Hates Chris, par exemple, n'est pas drôle ET épouvantablement égocentrique. Are you there Chelsea? : même chose.

Vodka

On est d'accord qu'il y a des nuances, et/ou des exceptions. Et jamais vous ne me verrez reprocher à Rude Awakening ou Titus leurs vertus biographiques, ce sont même de véritables plus à mes yeux, amplement commentés dans ces colonnes. Mais derrière la démarche de ces derniers, il y a moins la volonté de mettre la personnalité en avant, qu'une réelle expérience (et une vision de l'humour toute personnelle). Are you there Chelsea? est au contraire totalement artificielle, aussi bien dans son sujet que dans sa façon de le traiter. On n'y décèle aucune personnalité, ce qui est un comble !

Ce genre de série m'évoque, au mieux, les 712 pitches de films et de séries qui, chaque année, se déroulent à Hollywood ou New York ; dans ces séries-là, systématiquement, le personnage principal est une scénariste qui ne parvient pas à vendre son projet et fait des petits boulots (The Minor Accomplishments of Jackie Woodman), le personnage central est un humoriste divorcé à la vie personnelle en déroute (Louie), le héros est un acteur sur le retour (The Paul Reiser Show), etc... Les mecs ne se fatiguent même pas à faire semblant de se trouver un contexte un peu original, une profession imaginaire, un itinéraire bis. Ils s'interprètent eux-mêmes, à un tel point qu'on se demande si ce ne serait pas plus simple de se lancer dans une émission de télé réalité... (quoique, Fat Actress et The Comeback dansaient sur la ligne de démarcation entre les deux).

Ces travers autobiographiques, Are you there Chelsea? en fait la démonstration sans que, toutefois, la célébrité qui en est à l'origine ne passe devant la caméra, ce qui permet de faire mine de prendre de la distance. Ce devrait donc être une plutôt bonne nouvelle.
Le problème que j'ai, et qui m'empêche de trouver que c'est une bonne idée, c'est que je trouve que de toutes les actrices de la création, Laura Prepon est probablement la moins drôle. Depuis That 70s Show, j'ai toujours l'impression qu'elle est incapable d'interpréter la moindre scène sans se tordre de rire, et très franchement, une actrice qui rit avant d'avoir prononcé la moindre blague drôle, ça me coupe tout, un vrai tue-l'amour. Mais plus tard, j'ai aussi découvert qu'elle ne m'apparait pas plus crédible dans des rôles plus sérieux, genre October Road. Elle n'est donc pas drôle, pas touchante, et dans une série sur une nana qui veut reprendre sa vie en main, l'un comme l'autre font gravement défaut.

Il est vrai que pour ne rien arranger, Are you there Chelsea? n'a pas vraiment hérité des meilleurs dialogues de la création. On est dans la veine de 2 Broke Girls, la passion pour les vannes débitées d'un air mutin par Kat Dennings en moins (ce qui est quand même le seul véritable à-peu-près-atout de ladite comédie), c'est sans âme.

Eh oui, sans âme. J'aimerais pouvoir retrouver ce sentiment que j'ai quand je revois des épisodes de Rude Awakening, où l'alcoolisme et la vie de débauche sont vus avec un humour véritable, personnel, et en même temps touchant quand l'occasion se présente. J'aimerais pouvoir dire qu'une autre série est capable de faire quelque chose de bien sur un thème similaire. J'aimerais pouvoir vous dire que, wow, c'est vraiment drôle et original ! Mais non, c'est du sitcom bête et méchant, sans aucune plus-value.

Nan mais alors ok, si on veut la jouer comme ça, à faire des autobiographies à la con parce qu'on n'ose pas faire des trucs plus originaux par frilosité, alors d'accord. Je vous annonce donc la sortie de ma biographie, Are you there, strawberry milkshake ? It's me, lady, prochainement dans toutes les bonnes librairies. Les droits d'adaptation sont à céder.

Quand à la prière au Dieu du sitcom pourri, on l'a vu avec How to be a Gentleman, Whitney et Work It, tous les networks le prient, en ce moment. Pour l'heure, je n'ai pas encore regardé Rob!, mais je vous avoue mon très relatif optimisme.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Are you there, Chelsea de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 12:49 - Review vers le futur - Permalien [#]


07-01-12

It's never funny in Philadelphia

Il y a bien longtemps maintenant que je guette les pilotes divers et variés dans l'espoir d'une certaine exhaustivité (hélas relative). Je me rappelle qu'il y a quelques années, j'avais repéré des comédies dont on ne parlait absolument pas les cercles téléphagiques que je fréquentais.
Je ne sais pas si le même phénomène vous est déjà arrivé, mais lorsque je découvre l'existence d'une série dont personne ne semble avoir connaissance autour de moi, je développe pour elle une certaine tendresse en attendant le début de sa diffusion ; j'ai envie de l'aimer parce que, eh bien, déjà qu'il n'y a pas grand'monde pour la connaître, alors si en plus je ne l'aime pas, c'est vraiment trop triste, non ? Et puis elle démarre et là je me fais une opinion. Parfois mon a priori positif fait que je l'aime un peu plus qu'elle ne le mériterait probablement, parfois je découvre que, si certaines séries sont totalement ignorées (plus ou moins volontairement), peut-être que ce n'est pas plus mal.

Ces comédies, donc, étaient Starved et It's Always Sunny in Philadelphia. J'étais vraiment contente de ma prise, parce qu'à l'époque je n'avais pas développé un goût vraiment prononcé envers les comédies et qu'en dénicher deux sur le câble allait, je l'espérais en tous cas, m'inciter à m'y mettre. Le fait qu'elles soient toutes les deux originaires du câble, et de surcroît, de la même chaîne, m'avait d'ailleurs portée à croire qu'elles auraient des points communs.

Le reste est entré dans l'histoire : It's Always Sunny in Phladelphia est toujours à l'antenne, quand Starved n'aura pas eu droit à plus d'une saison, la chaîne FX décidant qu'elle ne pouvait en renouveler qu'une.
Pas de chance, des deux, c'est Starved que j'avais le plus aimée. D'ailleurs ça fait des années que je vous en parle, et je vous avais même proposé le pilote. Alors que, comble de l'ironie, après la déconvenue devant le pilote d'It's Always Sunny in Philadelphia, je m'étais dépêchée d'oublier cette série.

AlwaysSunnyNeverFunny
Mais, comme je suis toujours à la recherche d'une nouvelle comédie (surtout après avoir dévorité les trois saisons de Titus en une semaine environ), j'avais demandé des suggestions sur Twitter, puis avais reçu l'idée de Delphine avec l'esprit ouvert : après tout, pourquoi ne pas redonner sa chance à It's Always Sunny in Philadelphia ? Les goûts changent avec les années, non ? Il y a eu suffisamment d'exemples au fil des années dans ces colonnes (notamment avec Friday Night Lights) pour que je ne refuse pas un revisionnage. Peut-être que, cette fois, j'allais accrocher ?

Eh bien pas toujours, hélas. Et It's Always Sunny in Philadelphia ne m'a pas arraché un sourire, quand bien même je sois devenue depuis plus familière avec les comédies.
J'ai été ravie d'y retrouver, sous la forme de guest, l'un des héros de Better Off Ted (ce qui ne m'avait pas frappée la première fois que j'avais vu le pilote, pour des raisons évidentes), mais c'est bien le seul moment de l'épisode pendant lequel j'ai pu être un tantinet de bonne humeur. Est-ce le sujet du racisme en particulier ? Est-ce simplement le type d'humour pour lequel la série opté ? Toujours est-il que j'ai été incapable de m'amuser.

Mais, replongée dans cet épisode que j'avais découvert voilà plusieurs années, et que j'avais associé à celui de Starved, je suis obligée d'admettre que j'ai très envie de revoir les épisodes de cette autre comédie. Je n'aurai donc pas tout perdu !

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche It's Always Sunny in Philadelphia de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:37 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

01-01-12

Quit being a wussy

La semaine dernière, quasiment tout le monde au boulot avait pris sa semaine. Après avoir souffert une saine période de temps à supplier le téléphone de sonner, j'ai fini par ramener mon propre équipement. Résultat, je me suis lancée dans une nouvelle intégrale de Titus, et le premier qui dit qu'il n'est pas innocent de se relancer dans la série alors que je passais pour la première fois les fêtes de fin d'année sans adresser la parole à mes parents... eh bien, euh, devrait envisager des études en psychologie, c'est bien vu.

Ca fait donc moins d'une semaine et j'ai presque fini la saison 3. Bien bien bien.

Titus

La différence c'est que cette fois (et je ne m'explique pas avoir autant trainé pour le faire), je me suis aussi envoyé deux spectacles de stand-up de Christopher Titus que j'ai trouvés en video (j'avoue que le stand-up au format audio ne me provoque pas d'élan naturel même si ça m'arrive en désespoir de cause, parfois). On peut le dire, je suis dans l'une de ces phases monomaniaques, en gros (même si il y a évidemment, ces derniers jours l'ont prouvé, encore de la place dans mon coeur pour le Ozmarathon).

Car dans le fond, rien ne respecte plus l'esprit de fêtes de fin d'année que de la maltraitance parentale et des souvenirs traumatiques, non ?

Alors si jamais vous avez envie de tenter l'aventure aussi, j'en profite pour vous rappeler qu'il y a eu un post La preuve par trois (donc avec des choses cliquables) sur le pilote il y a fort longtemps. Si vous n'êtes pas un wussy, vous tenterez le coup.
Ah et, au fait... bonne année !

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Titus de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 20:27 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

29-12-11

[#Ozmarathon] 2x05, les liens du sang

Contrairement aux apparences sur ce blog, poursuivre un Ozmarathon ne m'empêche nullement de regarder d'autres choses. Par un curieux hasard, il s'avère que depuis trois jours, je me refais une intégrale de Titus, et que, pour je ne sais quelle raison, pour la première fois, j'ai décidé de tenter ce matin l'un des spectacles de stand-up de Christopher Titus, Norman Rockwell is bleeding, qui reprend en grande partie des textes issus de la série Titus, et où il est question d'enfance détruite, de parents alcooliques ou suicidaires, de relations amoureuses violentes...
Par un curieux hasard, donc, il fallait que notre Ozmarathon tombe le même jour sur un épisode portant sur la famille et l'amour au sens large. Ca ne s'invente pas.

Ozmarathon-2x05
Une fois n'est pas coutume, c'est avec les interventions d'Augustus Hill que je veux commencer. Depuis le début de la saison 2, ses interventions ont semblé moins ancrées dans les intrigues de la série. Le rapport avec ces dernières existait, bien-sûr, mais de façon plus lointaine. Ce n'était pas toujours un mal : ses interventions, détachées du simple commentaire, prenaient une dimension universelle, plus profonde. Presque des axes à part entière. Ici, cette configuration eest sublimée tout en se réconciliant avec sa vocation première, le commentaire des intrigues "réelles" ; là où très peu des histoires de l'épisode vont explicitement tourner autour de la famille (et de ses séquelles), se contentant bien souvent de les mentionner au sein d'une histoire plus complexe, Hill va leur donner du liant, en rappelant que derrière ce qui se dit et se fait, se trame effectivement quelque chose qui a un rapport avec la famille, ou l'amour que peuvent procurer des liens similaires. Mais dans le même temps, la mise en scène outrancière des monologues de Hill, son surjeu et la thématique familiale, telle que jamais encore abordée dans la série, en font réellement une thématique à part, parce qu'extrême, de l'épisode. Je pensais d'ailleurs que c'était dans cet épisode que j'allais retrouver l'une des répliques qui m'a le plus marquée dans Oz (trop longue pour que je la reproduise ici, mais qui en substance rappelait qu'il est facile d'expliquer son comportement parce qu'on a, par exemple, été battu quand on était enfant, et de se décharger ainsi de ses responsabilités). Preuve que même avec tout ça, on est loin d'avoir vidé l'abcès.

Alors ces histoires de famille, quelles sont-elles, au juste ?
On a d'un côté ce qui semble être la conclusion de l'affaire Poet. Jusqu'à la fin, on aura d'ailleurs retenu notre souffle : va-t-il ou ne va-t-il pas réussir à partir ? La jalousie de Wangler me faisait redouter qu'il se prenne un coup de poignard si près du but... Oh mon Dieu, qu'au moins un d'entre eux puisse s'en tirer, d'accord ? Pitié, on en a tous besoin, à ce stade. Et effectivement, Poet s'en va, disparait, s'échappe, la poésie l'a libéré. C'est une belle image qui inspire le petit Wangler qui (et c'est là qu'on s'y retrouve) commence à se dire qu'il a sacrément déçu maman pendant toutes ces années, et qu'il est temps de se remettre dans le droit chemin. Venant de quasiment n'importe quel personnage, ce serait un peu gros ; mais Kid Wangler, lui, est entré en prison à 16 ans, il a encore ses grands yeux de Bambi, et du coup ça marche du feu de Dieu de voir qu'il est tout triste de ne pas aller à sa cérémonie de remise de diplômes parce qu'il a merdé une fois de trop aux yeux de McManus.
Mais comme je l'ai dit, la famille ne sera pas le focus de cette intrigue pour autant. Car McManus, justement, va intercepté cette histoire pour nous ramener dans le domaine politique. Cette enflure de Devlin, qui pour une raison qu'on ne s'explique pas, parvient à sortir d'Oswald en un seul morceau à chaque fois qu'il s'y présente, a décidé de couper les crédits du programme éducatif... au profit du tout répressif, à savoir l'embauche de nouveaux gardiens. Plus clair quant au propos politique d'Oz, on ne peut pas, hein. McManus pense le piéger en l'affichant devant les médias venus à la cérémonie de diplômes, mais manque de chance, Oz, ce n'est pas juste un manifeste politique sur l'administration carcérale, c'est une fiction qui se veut la moins idéaliste possible y compris en politique, et on comprend vite que les efforts de McManus ne seront pas récompensés, et que Devlin est, en l'état actuel des choses, toujours tout-puissant même quand il essuie un petit échec... Brutal.

Après cette jolie interception de McManus, retour aux affaires familiales. Car le départ de Poet signifie aussi autre chose : Kareem Saïd a de nouveau perdu son joli étendard tout neuf. Et alors que, une fois n'est pas coutume, il ne cherche pas à trouver une autre tête de gondole pour sa cause, voilà qu'il en vient une qui se présente d'elle-même... Schillinger ! Inutile de dire que ces deux-là sont comme l'eau et l'huile, et pourtant, ils ont tous les deux quelque chose à tirer d'une collaboration sur le cas judiciaire de Schillinger. Pendant que Kareem pourra en tirer une immense gloire qui l'auréolera tout comme il aime (confirmant qu'il emprunte une pente savonneuse, et n'a pas tiré les conséquences de l'émeute comme l'a fait McManus), Schillinger pourra ainsi, ce n'est pas mentionné dans l'épisode mais on nous l'a suffisamment répété lors des précédents, se mettre en quête de ses fils. Voyez, la famille n'est jamais loin.

Vous pensiez qu'on en avait fini avec McManus ? Eh bien non. Le revoilà en train de fouiller sa mémoire pour repenser à l'émeute. C'est qu'on commençait presque à l'oublier, cette émeute, au prétexte qu'elle s'est déroulée voilà plus d'un an, sauf que ce n'était que 6 épisodes plus tôt ; du coup ça fait du bien d'en reparler quand même un peu. Et en l'occurrence, c'est le cas Scott Ross qui l'intrigue, du fait des accusations de Schillinger envers Diane Wittlesey (tout est bel et bien lié, en l'occurrences). Cela va le conduire à choisir entre une famille potentielle (Diane veut, enfin, lui présenter sa fille... ça ne fait qu'une saison qu'il lui a offert de le faire, après tout, hein, faut pas s'affoler) et sa véritable famille, Em City. En l'occurrence, vu que McManus ne pense plus avec son gourdin, le choix est assez évident, et cela nous conforte dans l'impression qu'il a vraiment repris les choses en main dans tous les domaines de sa vie. Entre nous soit dit, cela confirme aussi la croyance populaire selon laquelle une femme ne s'intéresse à vous que quand vous commencez à l'ignorer et être froid avec elle.

Leo Glynn fait d'ailleurs le même choix. On a ENFIN la conclusion de cette sordide affaire de chantage qu'on devait tolérer depuis plusieurs épisodes, et on arrive à quelque chose de bien plus ridicule qu'espéré ; je pensais que ç'allait avoir un rapport avec le viol de sa fille (même si chronologiquement ça ne collait pas nécessairement mais bon), et là on nous sort du bois un personnage dont on n'a jamais entendu parler, le frère de Glynn, qui se serait rendu coupable de meurtre. Personnellement, j'ai trouvé l'histoire en elle-même bateau, le laïus de Glynn (le directeur) à Glynn (le futur taulard) était assez classique, mais au moins on en a fini avec ces messes basses et je dis tant mieux. Si par-dessus le marché, le frère Glynn intègre réellement Oz voire Em City, ça peut donner une intrigue intéressante. Sinon, bon débarras et n'y revenons plus. Plus jamais.

De la même façon, ah merveille, enfin on en sait plus sur Sister Peter Marie et le prisonnier atteint de monosyllabie aigüe. Je dis plus, mais l'intrigue n'est pas finie. On a surtout la confirmation que, oui, c'est bien du défunt mari de Sister Pete qu'il est question, ça ne fait jamais que deux épisodes qu'on nous l'avait suggéré, mais au moins c'est fait. J'apprécie cependant que, pour une fois, la chère soeur ne capte pas trop vite ; elle a eu la mauvaise manie jusque là de toujours tout percevoir, tout comprendre, tout discuter franchement ; on la verra d'ailleurs exercer à nouveau sa magie sur l'affaire O'Reily (j'y reviens, n'en doutez pas), et c'est sympathique qu'elle ait l'air de buter, mais que l'intrigue, elle, avance un peu. Un peu seulement, mais c'est toujours bon à prendre. L'essentiel c'est quand même que mes plaintes aient été entendues (je suis consciente du paradoxe temporel qu'implique cette phrase).

Ah ! On en vient aux choses sérieuses. Une petite scène brève mais intéressante nous amène à nous intéresser encore un peu plus à cette étrange Shirley Bellinger. Elle est toujours aussi effrayante. Cette fois elle parle un peu, de cette voix exagérément douce et minaudande et vulnérable qu'on ne parvient pas à croire même si on aimerait bien (elle apparait en fait comme une caricature de femme, et n'en a pas besoin dans un milieu où la plupart des femmes font tout pour gommer leur vulnérabilité). Et surtout, elle entreprend le pauvre Père Mukada... Elle n'est d'ailleurs pas très fine : dés qu'il était apparu devant sa cellule, on sentait bien qu'elle était en terrain conquis mais, trop prompte, elle l'a effrayé. En tous cas on a un nouvel aperçu, non seulement de sa nymphomanie qui se confirme, mais aussi de son étrange disposition mentale. Est-elle réellement convaincue que la mort de son enfant est accidentelle, ou est-elle tordue au point de mentir même dans le couloir de la mort ? Bellinger, c'est mauvais pour ma santé, mais tu me fascines...

Je déclare que la 2e meilleure intrigue de cet épisode est celle consacrée à Beecher. Ce n'est pas sans une bonne dose de perversion que la caméra suit, subtilement mais assez clairement, comment Chris Keller tisse sa toile. Il est devenu en quelques semaines un camarade de chambrée, puis un pote, puis le meilleur ami de Beecher, et rien que pour ça, Keller est mon héros. Son intelligence est assez fine, et on le voit magnifiquement bien dans sa façon de mener le combat de lutte (mon Dieu, peut-on faire plus gay ?!), à coup de "je perds un round pour te faire plaisir" et de "il fait chaud non ?", l'air de rien, sous l'oeil (oui, un seul, forcément) amusé et attentif de Schillinger.
Keller a senti qu'il avait vaincu lorsque McManus (décidément au top de sa forme) est venu annoncer une nouvelle à Beecher : ce dernier a laissé Keller assister à l'entretien sans hésiter. Là, on a tous, je pense, senti que Keller avait atteint sa cible, à la fois avec une certaine délectation (et en l'absence des filouteries de Ryan O'Reily, ça fait du bien d'avoir ce genre de manigances à observer) et avec horreur, car Beecher n'a même pas senti le piège se refermer sur lui.
Mais qu'en plus Schillinger ait fait tuer la femme de Beecher (enfin c'est ce que je suppose mais j'ai des souvenirs, hm, fumeux, de cette part de l'intrigue), c'est tout simplement brillant. Et terrible. Et brillant. On n'en peut plus, c'est trop bon, oh oui encore, bande de salauds !
Et donc, on en revient à la famille une fois de plus : la famille qu'on se crée entre les murs d'Oswald (en l'occurrence, Beecher adoptant rapidement Keller sans savoir que ce dernier n'est là que pour mordre la main qui le nourrit), et celle qu'on a laisséee en-dehors. Le "suicide" de l'épouse de Beecher est prétexte à ramener ses enfants et sa belle-mère, dans une scène poignante où le prisonnier refuse de lui-même d'aller voir ses enfants pour ne pas ajouter à leur traumatisme. C'était une bonne façon de nous rappeler quels sont les rapports des détenus avec ceux restés dehors, mais aussi une nouvelle façon pour Beecher de s'isoler encore un peu, le rendant plus vulnérable au coup qui ne manquera pas de tomber quand Keller va lui dévoiler ses réelles motivations...

Bon. Bien bien bien. Allez, c'est pas le tout, venons-en au plus important, LA meilleure intrigue de l'épisode de par son déroulement.
Parce qu'avec tout ça, on n'a pas encore parlé de Ryan O'Reily, et je me demande bien comment envisager d'écrire un post sur Oz sans mentionner Ryan O'Reily. Sa santé lui cause moins de soucis mais, des tourments de son sein droit, on est passé à ceux de son sein gauche : son obsession pour le Dr Nate va grandissant, au point de la harceler sans même avoir à l'approcher ("l'appel vient de l'intérieur de la prison, mwahaha !"). Malgré un fort à propos rappel de McManus (encore lui) sur le fait que, hé ho, mon ptit Ryan, elle est mariée je te rappelle et au fait toi aussi, rien à faire, notre Irlandais ne parvient pas à se faire à l'idée que le docteur Nathan ne l'aime pas, ni à se l'ôter de la tête. Et c'est vrai qu'elle ne semble pas s'être convaincue elle-même de ne pas être intéressée par lui, pour être tout-à-fait sincère.
Et là, on assiste à une intrigue comme Oz sait les traiter avec brio. On pense ce qu'on veut de cette romance carcérale (personnellement je suis de l'avis d'Alvarez : l'amour, à Oz, ce n'est pas sain), mais en tous cas elle ne stagne pas. Elle a été établie sans précipitation, mais on ne va pas nous jouer les violons 712 ans ; ainsi, le rappel de McManus n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd, mais hélas les conséquences ne sont pas celles qu'il espérait : McManus a en fait, sans le vouloir, donné l'idée à Ryan d'éliminer le mari de Gloria Nathan avant la fin de l'épisode ! L'occasion de surcroit d'impliquer son frère Cyril (il nous manquait déjà). Bref, en termes de lien du sang, on fait difficilement mieux

Bon alors, j'ai l'air de déconner, mais l'air de rien cet épisode m'en a foutu un coup. C'était même pire avec le ton goguenard de Hill dans son berceau. J'espère que le suivant me mettra moins mal à l'aise.
Et en même temps, pour quelle autre raison regarder Oz que l'envie masochiste d'être mal à l'aise à cause d'une série intelligente ?

Posté par ladyteruki à 23:39 - Plus on est de fous - Permalien [#]

06-07-10

Lucky lady

Ah, mon ami Louis... ça fait quoi ? Un peu plus d'un mois ? Non, deux déjà ? En tous cas tu m'avais manqué, et j'attendais avec impatience ton retour. Mais de retour, on ne peut pas exactement parler, car entre Lucky Louie et Louie, contrairement aux apparences, le ton comme l'intention sont radicalement différents.

Lucky Louie était un sitcom (tourné devant un public), Louie est une comédie en single camera.
Lucky Louie utilise les dialogues pour distiller quelques touches de cynisme et d'absurde, Louie propose des séquences de pur stand-up et n'hésite pas à passer une minute ou deux à insister là où ça fait mal.
Lucky Louie faisait la part belle à la famille et l'entourage proche, Louie est nombriliste.

Les séries sont radicalement différentes en dépits de plusieurs éléments a priori proches sur le papier, mais au moins on peut se dire qu'elle attireront peut-être un public différent, ce qui me semble une excellente nouvelle pour Louis C.K., mon nouveau chouchou depuis le printemps. Surtout que finalement, les deux ont quand même ceci de commun qu'elles plaisent beaucoup à votre serviteur.
Et si Louie a ravi mon cœur, c'est grâce à deux caractéristiques qui pourtant ne donnaient pas la série gagnante : le stand-up et le parti pris des histoires racontées.

LouieFX

Maintenant, pour être totalement honnête avec vous, je suis bien obligée d'admettre que lorsque j'ai vu ce bon Louie faire son numéro au micro, mon premier réflexe n'a pas exactement été d'applaudir à tout rompre. Je suis peut-être vieux jeu, ou juste traumatisée par un Seinfeld que je n'ai jamais vraiment su apprécier, mais séries et spectacles de stand-up devraient toujours, dans mon esprit, se maintenir à une raisonnable distance l'un de l'autre. Attention, n'allez pas mal interpréter mes propos : j'adore le stand-up. Depuis plusieurs mois j'ai même pris la mauvaise habitude de cagouler ici et là des CD de comiques américains (actuellement, je me délecte du savoureux "Letting go of God" de Julia Sweeney... une ancienne cast member de SNL ; on ne se refait pas !). Simplement, les faits sont là : dans une série, pour moi, ça ne marche pas. D'ailleurs à des fins documentaires et suite à la question de l'un d'entre vous, j'ai revu le pilote de Seinfeld récemment, promis on en reparle très vite. Ne me lancez pas sur Kenan & Kel, là, même le pouvoir de SNL ne peut rien pour cette série à mes yeux.

Ces séquences en stand-up donnent de prime abord un côté cheap à notre affaire. D'ailleurs pendant un bon moment, je n'étais même pas certaine qu'il y ait réellement un public face à Louie/Louis, ce qui certes aurait semblé absurde (et contraire à ce que je perçois de la méthodologie de l'homme), mais sérieusement, ça faisait mauvais effet dans un premier temps. Il faut reconnaître que notre comique a de surcroît un humour particulier, il ne cherche pas la réplique hilarante, et ses anecdotes ont un côté profondément banal, mais c'est en fait justement de là qu'il tire sa force, étrangement. Je n'ai pas forcément envie de rire aussi fort que le public, mais en tous cas je passe clairement un excellent moment à l'écouter (gaffe, Louis, tu vas finir par te faire cagouler avec ce genre de conneries... ah bah voilà, c'est fait, bravo).
Le mélange entre humour et point de vue pessimiste à l'extrême fonctionne bien sur moi, en général, il faut le reconnaître.
Vous parlez quand même à quelqu'un qui a regardé Titus en entier. Deux fois. Voilà, quoi...

Mais une autre spécificité de Louie réside dans sa structure. Le pilote se présente en effet comme suit :
- Louie se rend dans un club pour faire son act
- Louie raconte un truc super général sur sa vie quotidienne
- Louie glisse sur un sujet plus particulier, mais également banal
- on passe à une séquence hors du club explicitant la situation de ce sujet en particulier
- on finit sur un truc complètement absurde
- on revient sur Louie dans son club qui raconte un autre truc sur sa vie quotidienne
- arrivée d'une autre séquence hors du club explicitant ce nouveau sujet
- autre fin complètement absurde
- retour sur Louie qui conclut et sort du club

Le coup de génie, c'est que tout est réaliste, mais pas trop.
A chaque fois, on a cette fin de séquence complètement ahurissante dont personne ne s'étonne, ni Louie ni les éventuels personnages autour de lui. C'est hallucinant. J'avais les globes oculaires qui roulaient sur mes genoux. On parle d'une série dont le principe est de parler de la vie quotidienne, de banalités et de choses que tout le monde expérimente ou a expérimenté, avec un personnage terre à terre, maladroit et incroyablement ballot quand il s'y met, qui n'a rien de spécial... pour toujours trouver une chute surréaliste et totalement incroyable. C'est juste magique, cette recette, parce que 99% de ce qui se dit ou ce qui se passe est tellement réaliste qu'on s'identifie à fond, et tout d'un coup, BAM !

Bilan ultra-positif, donc. Et puis, Louis est célibataire, roux, et a la quarantaine.
Les gars, je crois que je suis amoureuse.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Louie de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 16:52 - Review vers le futur - Permalien [#]

31-05-10

100 things I hate about you

Un nouveau pilote devrait toujours être l'occasion de se réjouir. Comme pour les mariages ou les baptêmes, ce devrait être une sorte de célébration inconditionnelle d'un commencement prometteur. Un pilote qui apparait, c'est une série qui commence, plein de perspectives d'avenir téléphagique, en somme, l'espoir. Rien n'est plus beau qu'un pilote.
Alors quand un pilote est épouvantablement ennuyeux, et qu'il ne laisse que très peu d'espoir sur ce qu'on peut espérer, ça vous plombe le moral comme rien.

100 Questions est de ceux-là, et dans ce genre de circonstances, on ne se pose pas la question de savoir si on devrait donner sa chance à la série plus longtemps, parce que tout est dit.

Sur le principe pourtant, il y avait moyen de faire quelque chose de vaguement original. 100 Questions explore la vie amoureuse de son personnage principal, Charlotte Payne, à travers... eh bien, 100 questions, c'est comme le Port-Salut. Et le pilote commence effectivement comme ça : Charlotte vient de s'inscrire dans une agence de rencontres et doit donc répondre à 100 questions qui lui permettront d'établir un profil et ainsi trouver l'âme sœur parfaite. On avait un peu l'impression que ce pitch présentait quelques ressemblances avec celui de The Ex-List, mais ça pouvait éventuellement marcher quand même. Mais voilà : chaque question correspond en fait, on va vite s'en apercevoir, à un seul passage de sa vie. Du coup, l'épisode est un immense flashback de 20 minutes, l'entretien avec l'employé de l'agence de rencontres servant essentiellement à faire semblant d'articuler le récit, mais n'apparaissant qu'au début et à la fin de l'épisode. Bref, c'est un ingrédient remisé au rang de pur gadget, alors que c'était au contraire intéressant d'essayer de l'exploiter.

Le problème principal de 100 Questions, c'est sa forme extrêmement conventionnelle. On a l'impression de pouvoir lire dans les pensées des scénaristes : ils écrivaient des sitcoms dans les années 90, et maintenant ils savent qu'ils ne peuvent plus employer les mêmes recettes, alors ils essayent de trouver un ressort du même genre que celui de How I met your mother pour essayer d'avoir l'air original sans trop se creuser.

Je ne sais pas, on aurait pu imaginer quelque chose de moins linéaire. Plutôt que de prendre UN exemple pour répondre à la première question, Charlotte pourrait brasser les souvenirs de plusieurs expériences amoureuses passées. J'ai en tête la façon qu'avait Titus de sortir des flashbacks venant d'époques différentes dans la vie des personnages, et c'était admirablement dynamique et original. Quand le gag était moyen (car il n'y avait pas de mauvais gag dans Titus), le rythme compensait en attendant que la réplique suivante déchire. Le rythme, les enfants, le rythme c'est la clé de tout en humour ! Je vous le disais encore à l'occasion de 30 Rock : quand on a le rythme, on peut même se permettre de se passer d'hilarité pendant quelques minutes ! Ainsi, l'entretien avec le service de rencontres aurait été mieux mis en valeur parce qu'il aurait fait l'objet d'un véritable dialogue.

Et d'ailleurs, ce dialogue aurait permis autre chose : que Charlotte prenne du recul sur sa vie amoureuse. Là, l'effet flashback ne donne qu'une lecture basique des évènements calamiteux dont elle parle, alors qu'en intercalant plus régulièrement des réactions de Charlotte dans le présent, on aurait pu jouer sur un humour un peu auto-dépréciatif permettant de nuancer la mine effondrée de Charlotte pendant l'incident dont elle parle. Plutôt que d'avoir l'air d'être catastrophée et désolée, Charlotte aurait été drôle par elle-même, pas juste par ce qu'elle subit. Mais le fait de l'empêcher de parler de son histoire amoureuse, et de laisser la caméra le faire avec un point de vue neutre, empêche Charlotte de se livrer à une véritable mise à nu devant son interlocuteur, et donc devant nous.
Mais ce que les scénaristes n'ont pas compris, c'est que pour plaindre une belle et riche anglaise vivant à New York, il faut au minimum qu'on compatisse avec elle...

Trop conventionnel, l'épisode manque plusieurs fois sa cible. On finit par ne plus du tout s'intéresser à ce qui se dit, parce que c'est mal dit et qu'on ne cherche pas à nous y intéresser sincèrement de toute façon. Comme beaucoup de sitcoms (et c'est la raison pour laquelle j'ai de plus en plus de mal avec les sitcoms, et préfère les dramédies en single camera), on suit le cahier des charges mais on reste dans le superficiel. L'humour exige à mon sens un peu plus.

Du coup, quand ni le fond ni la forme ne sont convaincants, en désespoir de cause, on se tourne vers l'interprétation. Acteurs, aidez-moi ! J'aimerais avoir quelque chose de gentil ou, disons, au moins, de pas trop mal-aimable sur votre série, mais je vais avoir besoin d'un coup de main ! Hélas, les acteurs ne brillent pas non plus par leur talent. Ils y croient autant que nous, je pense. Ils ne se font pas d'illusions, probablement. C'est en tous cas le sentiment qu'on a en les voyant vaguement faire les pitres. Ou bien, ils sont vraiment mauvais, c'est possible aussi.

Mais si les acteurs sont éventuellement mauvais individuellement, le cast fonctionne aussi très mal en groupe. En plus !

100ThingsIHateaboutyou

On a un peu l'impression que dés cet épisode, on cherche à nous construire un univers à la Friends. Sauf qu'on veut nous servir un Friends de 2004, pas un Friends de 1994. En 2004 on connaissait tous les personnages, on s'était installés dans leurs vies, leurs obsessions, leurs travers et tout ça. Mais 100 Questions a oublié que pour en arriver là, il fallait installer les personnages. Or ici, on ne présente que Charlotte Payne, et le reste du cast joue les amuseurs mais n'a pas d'existence propre. Tout-au-plus lancera-t-on en fin d'épisode un vague love interest à l'intérieur du groupe d'amis, ce qui ne se fait surtout jamais à la fin d'un pilote ! Dans l'appartement de Charlotte, les uns et les autres entrent, sortent, se réunissent, passent des soirées à rire et boire, mais qui sont-ils ? On n'en sait rien, pour ainsi dire. Ils restent de fantomatiques faire-valoir pour Charlotte qui, elle-même, ne déborde pas de charisme.

Je dois à la vérité d'ajouter que la première anecdote de Charlotte est extrêmement mal choisie. La question, "qu'est-ce qui vous a amenée ici ?", est naturelle et tombe sous le sens, mais la réponse manque franchement d'intérêt. Si Charlotte s'est inscrite à ce service de rencontres, c'est après une ultime mauvaise expérience. Autant dire que cette mauvaise expérience aurait pu être n'importe quoi, c'était ouvert ! Mais là, la situation dans laquelle Charlotte se met la présente sous un angle piteux, voire fade. Elle fait une bourde et va passer une bonne partie de l'épisode à s'en plaindre et/ou s'en excuser. Le gag le plus drôle (et c'est dire) se déroule même pendant son sommeil ! La pauvre Charlotte semble destinée à n'avoir aucun intérêt. Ce qui est très emmerdant, parce qu'aucun de ses amis ne peut prendre sa place devant l'écran (ce qu'on appelle le syndrome Jack-&-Karen) en cas de coup de mou.

Le plus incroyable c'est que 100 Questions, comme son nom persiste à l'indiquer, espère poser à Charlotte pas moins de 100 questions, à raison d'une question par épisode, soit un total de 5 saisons. Eh bah yen a qui doutent de rien.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche 100 Questions de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 13:24 - Review vers le futur - Permalien [#]


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