ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

10-10-12

Les tables de loi d'Ainsi Soient-Ils

Avec quelques camarades journalistes, plus tôt cet automne, j'étais présente à la rencontre organisée avec l'équipe de la série Ainsi Soient-Ils. Autour d'une table, les créateurs Bruno Nahon, David Elkaïm, Vincent Poymiro et Rodolphe Tissot, ainsi que les acteurs Samuel Jouy, Julien Bouanich et Clément Manuel, prêts à parler avec passion, et longuement, de la nouvelle série française dont j'ai déjà pu vous entretenir.

On aura l'occasion de discuter encore de la série tous ensemble ; vous le savez, j'essaye de passer plus de temps sur les séries françaises, et la perspective de n'avoir aucun flic dans Ainsi Soient-Ils, mais au contraire d'avoir affaire à un vrai drama, ne pouvait que m'aider à m'y atteler. Outre le pilote, sur lequel j'ai déjà écrit voilà quelques semaines, je vous proposerai à l'issue de la diffusion une review de la première saison (puisqu'une deuxième est d'ores et déjà commandée, et même en cours de production), alors, aujourd'hui, je vous propose de nous attarder ensemble sur quelques propos de l'équipe de la série. Bon, alors, euh, je ne vous ai pas retranscrit les 2h de la rencontre, mais promis, vous allez en avoir pour votre argent !

Voici donc 10 thématiques que j'ai sélectionnées à propos des coulisses d'Ainsi Soient-Ils, à savoir absolument sur la série qui débute en ce jeudi soir sur arte.

AinsiSoientIls-1

Bruno Nahon :
"C'est un projet d'une sincérité maximale, pour autant qu'on puisse être sincère quand on fait ce métier. Il n'y a aucun calcul de notre part, ni dans l'envie de séduire, ni dans l'envie de faire quelque chose en rapport avec la fiction française, etc., on a juste voulu faire quelque chose qu'on avait envie de faire, on avait ce désir, et on n'a pas dérivé, [on a tenu] jusqu'au bout. [...]
On a fait quelque chose que nous on sentait, parce que [le sujet] recouvrait des notions intimes et politiques très fortes, et au moment où on l'a imaginé, à contre-courant. Parce que, au moment où on l'a imaginé, c'était (pour moi) en 2007, à l'été 2007, alors ça fait partie d'un plus long cheminement mais c'est là où j'ai reçu un coup de fil de la chaîne, qui m'a dit 'on a envie de développer une série que tu nous a proposée sur l'Eglise, sur de jeunes prêtes, sur de jeunes séminaristes. En 2007. J'insiste parce qu'en 2007 il n'y a pas Des hommes et des Dieux. Il n'y a pas Habemus Papam. Et on a été très heureux que ces films, ces magnifiques oeuvres, différentes de la nôtre, arrivent quelques années après, parce qu'on s'est sentis moins seuls dans notre trajet. Parce qu'à un moment, une chaîne peut développer un projet, et puis son désir peut s'émousser ou la peur peut submerger.
Et la peur c'est quoi ? C'est : 'qui va regarder une série sur des séminaristes ?'. Cette peur-là, c'était la principale avec laquelle on a du, non pas lutter, mais composer tout au long de l'écriture. Qui va venir voir des mecs qui veulent faire un boulot que personne ne voit aujourd'hui ? Il n'y en a plus du tout, ils sont pauvres, l'Eglise c'est gris, ya plus personne dans les églises, etc. On peut pas collectionner plus de points négatifs, on les a tous, là ! Et pour nous c'était ça, le challenge, pour nous c'était dire que c'est justement dans des endroits comme ça que, si on y regarde bien et intimement, et à la loupe, et pas du point de vue du discours. Les occasions de céder justement à ces peurs tout au long du développement et de l'écriture sont nombreuses. Et là, il faut la force de conviction de ne pas dériver de son projet, de son programme, de ce qu'on s'est dit, de ce qu'on voulait, de son désir, surtout, de son désir initial, qui était de raconter la trajectoire de personnages. C'était ça qui a nous a menés depuis le début."

AinsiSoientIls-2

Bruno Nahon :
"Qui sont les meilleurs comédiens pour jouer les rôles qu'on a écrits ? Eh bah ce sont eux cinq, peu importe ce qu'ils ont fait, ce qu'ils ont pas fait. Eux cinq. [...] Le casting, c'est de ne pas céder à ces sirènes là, qui disent 'mais il faut des gens connus'. Non. Dans une série, on fait connaître des gens. Toutes les séries qu'on aime le font. Il y a des exceptions, mais les Six Feet Under, les The Wire, les Breaking Bad, les Mad Men, font naître des acteurs. Ca, c'est faire une série, c'est pas prendre des gens du cinéma forcément très connus et les mettre."

AinsiSoientIls-3

Bruno Nahon :
"[Il y avait] des pressions sur : aborder tous les thèmes de l'Eglise. C'est-à-dire : on a la collection de tout ce qui a dans la presse, de tous les scandales, et de comment nous on va les traiter, les intégrer. D'abord, nous ce qu'on veut, c'est raconter leur histoire à eux, pas raconter l'Eglise, c'est leur fiction à eux.
Et on doit surprendre le spectateur. Si on écrit ce qu'il veut, ou ce qu'on pense qu'il désire, on ne le surprend pas et on se surprend pas nous-mêmes, or c'est toujours un travail de se prendre soi-même par surprise, l'écriture. Toujours. Si on commence à faire la collection de tous les grands sujets importants, sur lesquels nous, nous n'avons aucun doute sur notre positionnement, évidemment... mais il fallait trouver une façon de le twister, une façon connexe d'essayer, peut-être par l'humour, de le traiter. Tous les sujets sont traités. Sauf que des fois c'est traité en une ligne de dialogue. Et ça je trouve que le travail de Davidet Vincent au scénario a été brillant à ce niveau-là : c'est-à-dire intégrer les grands sujets, mais en faire justement des sujets. Encore une fois, on raconte leur histoire à eux. [...] Il y a des documentaires formidables sur ces sujets, sur ces grandes choses qui agitent les débats, sur le mariage, l'avortement, la pédophilie... des grands films de fiction ont été faits là-dessus. Nous, on voulait juste raconter notre séminaire des Capucins, reliés à la Conférence des Evêques de France, elle-même reliée au Vatican."

AinsiSoientIls-4

Vincent Poymiro :
"On a rencontré [des membres de l'Eglise], d'abord Bruno et moi, et puis ensuite avec David, et après il ya eu d'autres travaux de documentation sur la préparation du tournage. Sur l'immersion, on a eu des contacts, des témoins, et on a rencontré un certain nombre de personnalités qui sont dans l'Eglise, et qui nous ont parlé, aussi bien à la Conférence des Evêques de France que dans un couvent, des prêtres de terrain, on a fait un énorme travail de documentation. Mais sur l'immersion au séminaire...
Bruno Nahon :
"Il y a quelqu'un, en fait, il y a quelqu'un qui nous a conseillés, qui a fait le séminaire pendant 5 ans, 7 ans..."
David Elkaïm :
"6 ans."
Bruno Nahon :
"Voilà... qui a ensuite été... donc il fait 6 ans de séminaire, un séminaire proche."
Vincent Poymiro :
"Alors, on a inventé un séminaire qui n'existe pas, qui se trouve à Paris, un séminaire universitaire, interdiocésain..."
Bruno Nahon :
"Voilà : il existe à Paris un séminaire, plutôt progressite, c'est pas le même, mais on s'en est inspirés."
Vincent Poymiro :
"C'est un grand travail de documentation, nous après on fait nos choix, je vais citer Céline : 'le bâton dans l'eau il est tordu, donc si je veux qu'il apparaisse droit, il faut que je le torde avant de le mettre dans l'eau'. La fiction, c'estç a aussi : on fait des choix, on a envie de représenter quelque chose, on part d'une réalité, la garantie de notre honnêteté c'est qu'on cherche à comprendre, après la fiction implique que, pour que ça ressemble à quelque chose, qu'on torde un peu le bâton."
Bruno Nahon :
"Mais il fallait de la justesse dans ce qu'on raconte : à tous les niveaux, dans l'enseignement, dans les gestes, etc., donc on a eu à différents niveaux, différents conseillers. Notre conseiller principal, c'est quelqu'un qui a fait le séminaire pendant 6 ans, qui a ensuite été dans un diocèse en Province, et qui a tenu 6 mois. [...]
David Elkaïm :
"...Sans ressentiment contre l'institution. C'est son parcours à lui. Donc il n'avait pas de comptes à régler, et c'était aussi important de trouver la bonne personne, qui n'était pas là pour justifier une sorte d'échec de vie par la critique d'une institution."
Rodolphe Tissot :
"Pour la mise en images, puisque là c'était surtout sur le travail d'écriture, donc la personne dont on a parlé qu'avaient rencontré Vincent, David et Bruno, a continué [à participer] en préparation, pas sur des choses narratives, sur des choses concrètes pour moi, comment cette scène peut se passer, sur des vraisemblances dans la vie au séminaire... Comme on voulait absolument être le plus vraisemblables et réels possible, même si comme disait tout-à-l'heure Vincent, des fois on est obligés de tordre un peu la réalité, mais on avait quand même à coeur d'être le plus irréprochables possible là-dessus, mais si on faisait de la fiction. En préparation, c'était pas évident de visiter un séminaire, on avait plutôt des refus, mais on a quand même pu passer une journée au séminaire d'Issy-les-Moulineaux. Ca a été un moment assez important dans la préparation de voir leur salle de cours, leur foyer..."

AinsiSoientIls-5

Vincent Poymiro :
"Il vont tous beaucoup souffrir... C'est le principe de la fiction : les gens heureux n'ont pas d'histoire. C'est écrit dans Tolstoi. Pour raconter le monde, il faut bien un conflit."
David Elkaïm :
"Par contre, il y a des moments d'humanité, et moi c'est ce qui me passionne aussi dans ce métier : c'est d'aller trouver des moments d'humanité, en fait. [...]Ce que je trouve assez formidable, c'est que c'est un monde d'hommes, et on voit des hommes pris de doutes, de souffrances, d'angoisses, il y en a qui pleurent... Donc tout ça, ça m'intéresse aussi. En général, dans les séries policières, on montre des hommes qui ne pleurent pas, qui ne flanchent pas, qui n'ont pas de doutes."

AinsiSoientIls-6

Samuel Jouy :
"On se met pas dans la peau d'un séminariste, on se met dans la peau d'un être humain, chaque personnage. Moi, je ne l'ai pas vu comme un séminariste, je l'ai vu comme un homme qui a eu une révélation après avoir eu un parcours chaotique, et qui d'un seul coup décide de s'engager. Mais c'est vrai que je ne l'ai jamais vu trop sous l'étiquette du séminariste. Pour moi, c'était José, avec son passé, son avenir, ses ambitions... A cet instant quand la série commence, son ambition c'est de rentrer dans un séminaire dont on lui ferme les portes, comme de se confronter à des personnes qui ne viennent pas du même milieu que lui, comment gérer sa violence, voilà, pour moi c'était ça, je ne me disais pas : c'est un séminariste.
J'ai été élevé dans un milieu très religieux, mais tout ce qui était de visiter des séminaires et tout, ça ne m'a pas traversé une seule seconde. J'y ai pensé quand on a fait les conférences de presse, parce qu'à chaque fois on nous disait : 'est-ce que vous avez visité des séminaires ?', et je me disais : ah oui, c'est vrai tiens, pourquoi pas. Mais moi, c'était vraiment par rapport à la foi... Il avait quelque chose, tout de suite, dés les premières scènes que j'ai eues, d'ardent, et je crois que c'est autour de ça que j'ai travaillé. Pas dans la vraisemblance dans les attitudes. Parce que, en plus, je suis allé beaucoup à l'église, alors ça, ça ne m'attirait pas. Ce qui m'attirait, c'était sa quête.
Ce que j'ai beaucoup aimé dans le travail de Vincent et David, c'est que, en général, nous les acteurs, quand on nous donne des rôles, les personnages sont toujours tendus vers un objectif qui est souvent, neuf fois sur dix, d'avoir : avoir de l'argent, avoir une place dans la société, avoir une femme... Et là, c'est la première fois que j'avais un rôle où le mec, ce qui l'intéressait, c'était être. Et ça, c'est une nuance infime, mais ça change tout dans l'approche."

AinsiSoientIls-7

Vincent Poymiro :
"Pour faire exister dans la fiction toutes les positions, il faut se styliser. Pour avoir une fiction qui reflète ce que moi je pense, ce qui est le rôle de la fiction, c'est-à-dire justement des complexités humaines. Il n'y a pas que les personnages entre eux, on voit bien que le père Fromenger est contrasté, le père Bosco son bras droit est ultra contrasté et déchiré, monseigneur Gandz, au Vatican, celui qui a la canne, est un personnage contrasté aussi, le Pape lui-même est un personnage contrasté, parce qu'on s'intéresse à son inconscient, il faut regarder la deuxième partie de la saison... Même si c'est toujours pareil, c'est stylisé.
Alors voilà, effectivement, à un endroit on a mis un personnage, auquel effectivement, on ne s'est pas intéressés à l'intériorité, on aurait pu s'approcher un peu plus près et voir la complexité contrastée de monseigneur Roman, bon, il se trouve qu'en fonction narrative, à un endroit, on a un personnage dont on s'est amusés à le charger..."
Bruno Nahon :
"C'est politique. C'est plus un regard politique sur ce personnage, cette dimension-là."
Vincent Poymiro :
"Ce que ça coûte parfois aussi, comment le pouvoir transforme les gens. Il se trouve que voilà, on a aussi accentué ça pour des raisons de lignes narratives générales. Je pense pas qu'on soit totalement, absolument dans la science-fiction absolue, sur l'exercice du pouvoir."
Bruno Nahon :
"C'est comme la série Boss, que moi je vois en ce moment, ya le maire de Chicago, qui est une crapule vraiment quelqu'un de profondément sombre... j'ai l'impression que dés qu'on parle de l'Eglise, on a d'autres façons de poser un jugement sur les personnages, or quand on fait ça, ou quand on fait une série politique, on représente souvent des personnages politiques outrés, et on a du plaisir à ça. Mais quand on fait l'Eglise c'est un peu différent, et c'est dommage."
Vincent Poymiro :
"C'est juste aussi une question romanesque. Nous on avait aussi à coeur de faire une série romanesque. Et c'est vrai que dans le romanesque, de temps en temps, certains personnages sont plus outrés que d'autres. On en avait besoin mais il ne s'agissait pas pour nous en tous cas de dire : à la tête de l'Eglise de France, il n'y a que des gens qui pensent à leur petit pouvoir... absolument pas. Pour nous trois, ça dit bien qu'on n'est pas dans la réalité. On est dans la vraisemblance, pas dans la réalité. On est dans une série romanesque."

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David Elkaïm :
"Quand on entre au séminaire pour 6 années, on doit faire le deuil de quelque chose qu'on met derrière. D'où cette relation aux familles, il faut couper le cordon, pour Raphaël c'est évident, pour Yann aussi, d'une certaine manière, donc tous ces personnages-là ont un cordon à couper, qui malgré eux, ou parce qu'il n'est pas totalement coupé, ressurgit au cours de la saison, mais ce n'est pas une histoire de peur, je pense qu'il y avait une volonté, chez Vincent et chez moi, de traiter ça. Comment est-ce qu'on coupe ce qu'on va quitter, en fait ? Donc les familles, les amis, les amours..."

AinsiSoientIls-9

Rodolphe Tissot :
"C'est un personnage assez complexe, dont on peut-être, on peut le dire, on n'a peut-être pas réussi à 100% ce qu'on voulait en théorie faire avec elle. Parce qu'il y a beaucoup de personnages, c'est un personnage secondaire, à un moment elle a un peu souffert d'être un personnage secondaire. Alors c'est vrai qu'il y a d'une part la vraisemblance d'une femme au séminaire, donc ça, tous nos conseillers nous ont dit que c'est possible. C'est rare, mais c'est possible. Généralement elles sont plusieurs. C'est une femme qui a 35-40 ans, qui est plutôt jolie, mais on n'est pas non plus dans l'outrance de 'on va prendre une bombe sexuelle pour faire soeur Antonietta'. Sur la vraisemblance, on est un peu limite parce qu'elle aurait pas du être toute seule, il y aurait dû y avoir deux-trois soeurs, et après ça m'embêtait d'avoir deux soeurs figurantes qu'on allait voir passer dans le fond sans savoir ce qu'elles font, donc on a un peu stylisé en disant qu'elle est toute seule." [...]
Bruno Nahon :
"Même si on a pas optimisé le personnage, si on n'a pas eu le temps et l'oxygène nécessaire pour la faire exister, c'est vrai, on n'a pas réussi totalement là-dessus, mais elle est un accès intime à Fromenger."

AinsiSoientIls-Generique

Bruno Nahon :
"D'abord, ce sont des gens qui ont jamais fait de générique. Mais comme nous, on n'a jamais fait de série, on n'a jamais fait 8x52 ! Moi j'avais jamais produit 8x52, toi t'avais jamais écrit 8x52, toi... t'avais déjà réalisé un téléfilm puis une carrière en tant que premier assistant sur des séries du service public [...] mais ce que je veux dire, c'est que c'est aussi ça qui était chouette, et on l'a fait au bout, jusqu'au générique. On va prendre des mecs qui ont jamais fait de générique de série.
Rodolphe Tissot :
"...Mais qui avaient très très envie de le faire, c'était ça, qui étaient... puisqu'on a même fait un casting. On a rencontré 4-5 personnes qui faisaient des génériques, et les seuls qui avaient trop envie de le faire, qui réfléchissaient, qui venaient avec des idées, c'étaient eux, ceux qui l'ont finalement fait. Après il y avait le cahier des charges, avec l'envie de base sur laquelle on est tous partis, et c'était de faire quelque chose de beau, d'esthétique, de sobre, et qui parle de l'Eglise en même temps quelque chose d'un peu moderne dedans, il y a sur certains plans quelque chose d'un peu moderne et contemporain qui vient titiller une image sur l'Eglise qui est à la base de plus vieux. Donc il y a toujours cette confrontation entre le monde de l'Eglise, qui a une image comme ça, belle mais... c'est des endroits magnifiques mais qui ramènent toujours des images un peu vieilles, et mettre un peu de modernité là-dedans, quelque chose d'un peu mystérieux. Ca fait rentrer le monde contemporain dans l'Eglise en fiction. C'était ça le but de la série, et il fallait trouver une idée visuelle qui puisse amener ça dans le générique."


On reviendra à des posts plus subjectifs sur la série par la suite, promis. En tous cas, demain soir, profitez-en bien, moi je serai au boulot quand ça commencera...
Mais dés que vous aurez vu le pilote, n'hésitez pas à venir en causer ici !

Posté par ladyteruki à 21:07 - Love Actuality - Permalien [#]

01-05-12

Qu'est-ce qui fait si peur à HBO ?

Dans mon lycée, comme dans le vôtre je présume, et comme dans absolument tous les lycées de fiction, il y avait les gens cool et les gens pas cool. Les gens cool portaient ça sur eux avec une nonchalance agaçante, l'air de n'avoir même jamais essayé d'être cool, tandis qu'on reconnaissait les gens pas cool au fait qu'ils essayaient désespérément de paraître cool. Sauf qu'ils n'étaient pas cool justement parce qu'on pouvait sentir sur eux la peur de ne pas être cool.
Quand j'étais au collège à la toute fin des années 90, on utilisait énormément le mot "cool", que voulez-vous.

Incidemment, à la toute fin des années 90, HBO était l'un des élèves cool du lycée très prisé qu'était la télévision américaine. Et si vous demandez aujourd'hui à la plupart des téléphages de vous citer une chaîne câblée américaine de cette époque, il y a de fortes chances pour que ce soit le nom de l'élève HBO qui revienne le plus souvent. Plus cool que HBO ? Il n'y avait pas, et une large littérature à ce sujet vous attend dans quasiment chaque publication, papier ou numérique, traitant des séries américaines, pour attester que HBO a révolutionné ci, ça, et deux-trois autres choses, tout cela assorti d'une litanie de faits d'armes brillants, inoubliables et incontournables, et gare à vous si vous n'avez pas vu Six Feet Under, Les Soprano et The Wire qui ont changé la face de la télévision, faisant de HBO la chaîne la plus cool de l'univers et au-delà.

Le problème c'est qu'aujourd'hui, HBO m'a l'air d'une chaîne pas cool du tout. En tous cas elle a cette odeur de peur sur elle.

HBOFear

Depuis quelques années, la chaîne câblée donne l'impression de courir après quelque chose.
Alors que, bien qu'il semble difficile de nier qu'elle a ouvert la voie à sa propre concurrence, et inspiré d'autres chaînes câblées à essayer d'innover aussi en termes de séries, elle n'a pas à rougir de son succès actuel. HBO à la fin des années 90/début des années 2000, et HBO aujourd'hui, ne sont pas deux chaînes à la gloire radicalement différentes, comme on pourrait le dire de NBC au même moment. HBO fonctionne encore très bien, commande des séries qui lui amènent succès critique, succès public, et encore quelques statuettes chaque année.
Pourquoi j'ai le sentiment que HBO est en train de se comporter en élève pas cool du tout ? Parce qu'elle se donne tellement de mal, et fait preuve de tellement d'empressement, qu'au final ça a l'air louche.

Il y a deux ans déjà, HBO avait lentement commencé à modifier sa politique de commandes : l'argument d'autorité était devenu la règle. Tout le monde a envie d'attirer des gens qui aient une notoriété attirante, évidemment, mais dans les limites du raisonnable, et en laissant toujours une part d'opportunité à des relatifs inconnus de trouver l'innovation qui manquait. HBO, au contraire, avait commencé à commander des gens et plus vraiment des projets.
Scorcese pouvait débarquer avec à peu près n'importe quelle idée, HBO aurait dit banco, non ? C'est un peu l'impression qui ressort des énumérations constantes de noms supposés en jeter méchamment, et attirer le chaland. Je n'arrive plus à lire une news sur HBO qui ne commence pas par afficher clairement que la chaîne a su attirer telle personne dont la carrière épatante est auréolée de gloire, fortune et réussites au box office. Ou les charts. Ou les deux, dans le cas de la série en préparation par Scorcese et Jagger.

Mais récemment, ce phénomène s'est accompagné d'un autre : désormais dés qu'une série a un tantinet de succès, pouf, elle est renouvelée après seulement une ou deux semaines de diffusion. HBO n'est pas la seule à le faire : Showtime a donné là-dedans assez rapidement avec plusieurs de ses dramédies il y a quelques années (Nurse Jackie, notamment, le lendemain de la diffusion du pilote) ; mais Showtime était justement en train de se bâtir sa réputation, et avait des choses à prouver. C'est encore plus éloquent quand c'est Starz qui renouvelle Boss avant même sa diffusion, c'est parce que Starz, une chaîne qui fait les audiences qu'elle fait avec ses succès, mais qui n'a pas encore acquis le statut de cool, et qui court après, elle en a besoin.
Pas HBO. Pourtant la voilà en train de suer sang et eau pour banquer immédiatement sur le moindre petit succès comme si elle en avait cruellement besoin.

Et c'est comme ça qu'on en arrive à des décisions magnifiques comme celle de renouveler Luck avant de s'apercevoir que la série est une mine d'emmerdes et de devoir l'annuler ensuite quand le crottin de cheval atteint le ventilateur.

Renouveler Veep après seulement deux épisodes diffusés ? Girls après seulement trois ? A part la peur, qu'est-ce qui peut bien motiver pareil empressement ? C'est vraiment l'effet que ça me fait.

OK, HBO, respire un bon coup. D'accord, ya plus d'élèves cool maintenant que quand tu as commencé à avoir la côte au lycée. Mais c'est pas une raison pour paniquer. T'es toujours cool, t'en fais pas ! Et même si AMC a tendance à monopoliser un peu les Emmys en ce moment, tout va bien : t'as toujours de bonnes séries, les DVD de Game of Thrones se vendent comme des petits pains et tous les sites et blogs féministes font le buzz de Girls à ta place ! Essaye un peu moins d'en faire des tonnes, tu te débrouilles très bien.
Parce que, vraiment, ça commence à vraiment sembler louche, ces gesticulations.

Posté par ladyteruki à 18:01 - Point Unpleasant - Permalien [#]

25-08-10

[Day 25] Un jour, je sais pas quand

MemeDay_25

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche The Wire de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 20:00 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

14-04-10

Photographie musicale

C'était l'été. Je passais quelques jours dans la maison de campagne de mon tout premier petit ami, et, un après-midi, le dernier avant de rentrer je crois, je suis tombée par hasard sur ce documentaire sur la Nouvelle-Orléans. J'ai passé, oh je ne sais pas, trois quarts d'heure, peut-être une heure, fascinée, devant l'écran.
Maintenant, comprenez-moi bien : je n'en étais pas à ma première découverte télévisuelle de la ville. Vous parlez à quelqu'un qui a regardé Flic de mon cœur autant de fois qu'il lui était humainement possible de le faire pour quelqu'un qui, a) n'était pas forcément à la maison tous les après-midis devant France2, b) n'avait à l'époque aucun accès libre à un magnétoscope. J'aimais Remy, mais pas autant que j'aimais la Nouvelle-Orléans.

Pour ceux qui n'ont pas lu mes lamentations d'alors, vous n'aurez aucune peine à imaginer ma déception devant K-Ville. La seule chose en rapport avec cette série que j'accepte de revoir de temps à autres, c'est le générique. Et quelque part, voilà qui augurait déjà de ma réaction face à Treme.

Treme
It sounds like rebirth...!

Treme n'est que musique ! ...Ce qui peut être vu comme un avantage autant qu'un inconvénient, à vrai dire.
C'est un plaisir de chaque instant pour les oreilles, cette série. L'une des raisons qui me faisaient aimer la Nouvelle-Orléans sans jamais l'avoir vue (et hélas, je ne verrai jamais la Nouvelle-Orléans que j'ai toujours rêvé de visiter), si on omet l'architecture dans le quartier français, le bayou et la nourriture évidemment.

C'est aussi par son abondance de musique, étrangement, que Treme dévoile sa faiblesse la plus difficile à surmonter. Car au-delà de son ambiance musicalement enchanteresse et jouissive, ce qu'offre Treme, c'est un style quasi-documentaire dans le plus pur style d'une série de David Simon. Et ça, il faut aimer. Oh le style est léché, le casting impeccable et sobre, et il n'y a pas à dire, le mot d'ordre est "authenticité". Mais justement.

Parce que... et après ? Treme a finalement de quoi laisser circonspect. S'il n'y avait pas la musique ? S'il n'y avait pas l'omniprésence du label "couleur locale" ? Aimerais-je autant Treme ?

Il ne fait aucun doute que Treme est une excellente série, maîtrisée dans sa forme. Mais le pilote laisse un goût d'inachevé. La série s'attache à prendre le pouls de la ville et en vient à négliger ses personnages, alors que pourtant elle s'ingénie à les suivre à la trace pendant de longue séquences. C'est, paradoxalement, comme si ce pilote n'était pas assez long, et qu'on n'avait pas le temps de prendre la mesure des personnalités auxquelles on est censé s'attacher (un minimum). On laisse dans le flou des éléments qui nous permettraient de comprendre tout-à-fait le ressenti des personnages, parce qu'on ne nous donne pas assez d'éléments pour comprendre ce que chacun vit.

L'émotion est présente, mais on se borne à compatir superficiellement à cela. A la connivence avec le DJ épris de musique en dépit du bon sens, à la colère du vindicatif intellectuel défendant sa ville sinistrée avec véhémence, à la résistance de la patronne du restaurant qui manque de tout... Certains personnages semblent plus définis que d'autres : la barmaid à la recherche de son frère, le vieux pépé borné qui tient à se réinstaller en ville quoi qu'il en coûte. On comprend mieux les problématiques de ces personnages et vers quoi elles peuvent nous mener.

Comme souvent, le ton documentaire (et, je le répète, il est parfaitement maîtrisé) prend le pas chez Simon sur l'exploration dramatique. Ce qu'il fait, et c'est normal en tant que journaliste, c'est de la photographie, et c'est superbe.
Mais ce n'est pas ce que j'attends d'une série, fut-elle réalisée avec talent, et je me sens légèrement frustrée par ce choix. Je pense qu'il parle beaucoup plus à ceux qui se sentent personnellement touchés par le drame de Katrina et qui ont leur propre histoire à intercaler dans ces images et ces sons.

Treme_Tremists
Le pilote diffusé dans un bar de la Nouvelle-Orléans

De Treme, je ressors pourtant avec une bouffée d'espoir. J'ai eu l'impression d'assister à une trilogie ; The Corner, le désespoir d'une communauté condamnée ; The Wire, les sursauts d'une ville qui se débat pour ne pas succomber ; Treme, les efforts d'un quartier qui veut renaître malgré tout.

Trois photographies détaillées d'une certaine frange de la nation qui se bat sans avoir son mot à dire dans les médias. Mais que Treme sort du silence.
C'est très beau, mais ça ne marche pas pour moi.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Treme de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:06 - Review vers le futur - Permalien [#]

08-02-10

Money changes everything

Imaginez le tableau.
Une industrie par définition contrôlée par l'argent (ce qui explique l'annulation de très bonnes séries considérées comme pas assez rentables, la déclinaison à l'envi de concepts particulièrement faciles à vendre à tour de bras, etc.), mettons... tiens, on va prendre comme exemple la télévision, complètement au hasard. Cette industrie est en grande partie basée dans un pays dont les valeurs tournent elles aussi majoritairement autour de la notion d'argent, disons... bon, on va dire les États-Unis. Et cette même industrie, dans ce même pays, brosse un portrait quasi-systématiquement négatif de la richesse.
Ça ne vous choque pas un peu ? Moi, si, quand même.

Ce weekend j'ai rattrapé un peu de retard de lecture. Notamment, j'ai regardé les deuxième et troisième épisodes de Life Unexpected. Et pour la 712e fois, je me suis fait cette réflexion. C'était la fois de trop.
Je vous refais la scène (ce qui veut dire que ce paragraphe ne sera pas dénué de spoilers, passez au suivant sans faire plus de manières plutôt que de venir râler en commentaires). Nate et Cate ont une fille, Lux, 16 ans, qui vient de réapparaitre dans leurs vies ; vient un moment où il faut bien mettre les grands-parents au courant. Le père de Nate, qui paie le loyer du bar qu'il a lancé, lui intime l'ordre de lui présenter Lux... et si Nate refuse, c'est bien simple, papa reprend le bar. Un bon petit chantage à la Gilmore Girls comme on les aime : "si je ne suis pas inclus(e) dans ta vie privée, ta vie financière va devenir très compliquée".

Alors voici ma question : pourquoi, mais pourquoi, dés qu'un personnage a de l'argent dans une série, il faut qu'il s'en serve pour effectuer des pressions sur les autres ? On ne va pas parler de Dirty Sexy Money, ce serait trop facile, non, je parle simplement de séries qui baignent dans une ambiance où on ne cherche pas à démontrer quoi que ce soit, mais où soudain, les personnages qui ont de l'argent dévoilent une facette peu glorieuse de leur personnalité (et peu ou pas du tout d'autre facette, d'ailleurs). Parce que quand tu as de l'argent, tu es FORCEMENT pourri. Ca fait partie de la panoplie.

Maintenant, si je regardais des séries russes ou chinoises, je vous dirais que ça se comprend. Mais on parle de séries américaines, créées dans un certain contexte culturel. Et je dois dire que ça m'impressionne, ce portrait du riche forcément corrompu par son porte-feuille. Dans le genre cliché...

MoneyChangesEverything

La réponse tient peut-être non pas à ceux qui font la série, mais ceux qui la regardent. Je fais une série sur des riches, il y a des chances que je m'en mette moi-même plein les fouilles, mais mon public de base reste quand même le télambda qui gagne sa vie quelques centaines de dollars à la fois, avec ce qu'il faut de crédits et de fins de mois un peu justes voire carrément difficiles. Et quand on n'a pas beaucoup d'argent, on n'a pas envie de s'entendre dire que ceux qui en ont sont des personnes bien. Il faut un certaine justice, en ce bas monde, et savoir qu'une personne qui est pleine aux as n'est pas une personne recommandable, ça rétablit un peu l'équilibre cosmique.

Alors, comme on est aux Etats-Unis, d'accord, tout protagoniste riche n'est pas nécessairement malhonnête, mais au minimum, il est nécessaire qu'il ne soit pas "gentil". Le méchant est désigné, c'est celui qui a plein de sous et peut exercer son petit pouvoir sur de moins fortunés (c'est le cas de le dire), et qui n'est pas trop gêné aux entournures par sa conscience.

La cause et la conséquence sont les mêmes : plus de séries sur la middle class (ou parfois, middle class améliorée, cf. l'intro de mon post sur le pilote de Modern Family). Il y en a toujours eu, mais dans des proportions variables et, étrangement, chaque vague de séries de ce genre correspond à une réalité économique. La preuve par l'exemple avec Roseanne (ô merveille, le pilote est encore à portée de clic) qui commençait très exactement un an, le temps de développer la série en somme, après le lundi noir du 19 octobre 1987. Ce qui, si je me souviens de façon à peu près décente de mes cours au lycée, a été suivi par une envolée des taux d'intérêt pour les Américains. Ne cherchez pas plus loin sur quoi repose la série...

Donc, l'argent, ça corrompt. Pas au sens politique du terme, mais au sens moral (c'est pire). Il suffit de voir sur quoi est basée la promo de séries comme Gossip Girl : des jeunes qui ont de l'argent, et qui ont perdu leurs repères moraux (et c'est ça qui est bon, ajouteront les fans, et grand bien leur fasse).

Quand une profession s'aventure chez les riches, par le biais d'un personnage pas forcément riche lui-même, c'est pour souligner à quel point ils sont oisifs, déconnectés de la réalité, ou incroyablement insensibles (Privileged ou Royal Pains étant des exemples flagrants de ce thème, avec un syndrome Mary Poppins totalement assumé, c'est celui qui ne paye pas de mine qui va apprendre aux riches comment être heureux).
Beaucoup de séries jouent sur cette idée, notamment les diverses et mille fois trop nombreuses séries policières comme Les Experts Bichkek, Achgabat et Tachkent, ou bien les Law & Order. Autant d'excuses pour aller fouiller dans les poubelles des gens riches (les Law & Order ne sortent de Manhattan que s'il n'y a pas le choix de faire autrement) et sortir leurs sales petits secrets aux yeux de tous. J'irai même jusqu'à dire que la violence dans les séries se joue de deux façons différentes selon le public qu'elle frappe : les pauvres la subissent (conditions économiques, contexte social, etc... genre The Wire), les riches la provoquent par un quelconque vice (cupidité, luxure, etc...). Inutile de dire que le riche, quand il se fait buter dans son salon, il ne fait pas trop pleurer dans les chaumières ; ce qui tombe bien car ces séries reposent essentiellement sur le fait de résoudre intellectuellement une enquête, en évitant le plus possible de s'impliquer émotionnellement (ce qui compte c'est le comment, et non le pourquoi). Donc comme on ne peut pas compatir avec le riche, puisqu'il est riche, tout va bien, l'honneur est sauf.

De toutes façons, dés qu'un type un peu trop blindé se pique d'aller faire le bien quelque part, les spectateurs et même les autres protagonistes le regardent avec scepticisme. Le sort de The Philantropist me semble parlant à cet égard ; il n'y avait pas grand monde pour y croire, ni devant l'écran, ni dedans. Tu as de l'argent ? Tes intentions sont forcément peu nobles (ici, on s'était arrangé pour que le background du personnage jette un peu de discrédit sur ses raisons de se lancer dans un tel projet).

Non, décemment, le riche ne peut pas être vainqueur sur un plan moral. Il n'a pas le droit.
Il a déjà de l'argent, on peut pas tout avoir, merde !

Posté par ladyteruki à 15:39 - Série de valeurs - Permalien [#]

29-07-09

Cruel dilemme

J'hésite, j'hésite. J'hésite à me lancer dans une nouvelle série à visionner.
Parce que le risque, vous savez, quand on se lance en été, c'est qu'après quelques semaines, on se retrouve submergé de nouveautés à éplucher une à une, et qu'on abandonne en cours de route. Un peu comme avec les animaux de compagnie, en somme : sur le coup on craque sur un pilote, c'est facile, ça donne toujours envie un nouveau pilote à découvrir, et puis la série se prolonge et on voudrait bien pouvoir passer à autre chose, sauf qu'on s'est engagé et on passera pour le pire des malpropres si on laisse tout tomber en septembre.
Non mais, je dis ça, mais ça ne m'est jamais arrivé. L'an dernier, d'ailleurs, j'ai fini mon marathon Reba quasiment au moment de la rentrée, alors bon...

J'ai pourtant envie de nouveauté maintenant, et ce n'est pas négociable. J'ai envie de me trouver une série dont je pourrais avaler les épisodes par dizaines. Il y a notamment quelques séries dont je me dis qu'elles me tenteraient bien. J'avoue ne pas avoir encore une idée très précise de ce qui me ferait envie. J'hésite entre redonner sa chance à une série que j'aurais laissé tomber, et carrément me lancer dans quelque chose de nouveau. J'hésite entre quelque chose de très sombre (ou que j'anticipe comme tel) et juste quelque chose de divertissant pour quelques semaines. J'hésite entre une série que j'aurais en DVD et une série que je devrais intégralement cagouler. J'hésite entre un série dramatique et... une série dramatique. Ah euh, bon, bref.

Alors voilà ce que je vous propose : je vais vous donner les noms des 4 séries à propos desquelles j'hésite, et les raisons qui font que j'hésite, et à partir de là, vous, vous me donnez des raisons de regarder ou ne pas regarder chacune de ces séries. A partir de là, celle qui aura les meilleures raisons pour, et le moins de raisons contre, sera celle à propos de laquelle je vous ferai un post complet sur le pilote, puisque pour aucune d'entre elles ça n'a déjà été le cas. Pis ptet un post La preuve par trois si vraiment vous êtes très actifs.

Dilemme_Deadwood
Deadwood
J'ai fait une tentative il y a quelques jours : j'ai lancé le DVD. Avortée, parce que tout d'un coup, l'image s'est brouillée, les pixels se sont affolés, le son s'est coupé. C'est probablement mon lecteur DVD de salon qui aura le dernier mot sur cette affaire, ça s'est déjà vu. Je crois sincèrement que la série pourra me plaire une fois que j'aurai compris de quoi elle parle. Oui, de la ruée vers l'or, merci. Mais à part ça ? Quelle est sa "thèse" ? C'est encore à éclaircir au bout d'une trentaine de minutes, mais je n'exclus pas qu'une fois le pilote passé, je sois intriguée.

Dilemme_Lost
Lost
Depuis que dimanche, ma sœur m'a offert le jeu video, je dois avouer que j'ai déjà eu le temps de penser une fois ou deux que je redonnerais bien sa chance à la série. Je me rappelle très bien pourquoi j'avais arrêté de la suivre : déménagement suivi d'une coupure du net quelques mois après le début de sa diffusion US (cause immédiate), grosse lassitude d'avoir l'impression de me faire balader dans des mystères à répétition qui semblaient ne mener nulle part (cause profonde). Mais à la lecture des tags sur cette série, vous vous apercevrez qu'en réalité, je n'ai jamais cessé de me renseigner sur la série, au point d'en feuilleter tout un wiki et me passionner pour le projet Dharma (dont je pense sincèrement que si on en faisait tout un spin-off, je le dévorerais sans coup férir). C'est dire si en fait, Lost n'a pas grand'chose à faire pour me reconquérir.

Dilemme_TheWire
The Wire
J'avais vu le pilote de The Wire, en tous cas je crois m'en souvenir sur une VHS Jimmy Premium, ou peu importe comme la chaîne câblée appelait ses soirées pleines de pilotes à déguster (on y trouvait aussi, il me semble, Enterprise et The Shield... mais ça se trouve j'ai rêvé ça la nuit). Bref, sur le coup, j'ai pas accroché. Mais aujourd'hui il me semble confusément que je suis dans de meilleures dispositions pour aborder la série. J'ai envie de quelque chose de sombre, de réaliste, de couillu, et c'est comme ça qu'on m'a vendu la série, et c'est à peu près de ça dont je me souviens. Mais j'ai aussi lu des articles chez Critictoo qui m'ont refroidie...

Dilemme_Heroes
Heroes
Allez savoir d'où ça me vient, mais j'ai envie de me remettre à Heroes. C'est la troisième fois ce mois-ci que j'ai envie de retenter le coup (la dernière en date étant hier soir : je me suis couchée trop tôt, j'ai tout rallumé et j'ai cherché mon coffret. Au moment de mettre le DVD dans l'ordinateur, j'y ai aperçu mon jeu video d'Urgences, et bon...) et je pense que ça finira bien par se produire, surtout que si j'ai investi 20€ dans la première saison, c'est bien pour vérifier de mes yeux si ce que l'on rapporte sur cette série est vrai (soit : qu'elle a un intérêt biodégradable). Évidemment je me rappelle aussi que si j'ai lâché le truc, c'était pour des raisons assez idiotes (manque de temps entre autres), et pas parce que j'en ai été écœurée, ce qui fait que je suis pleinement consciente de ne pas être à l'abri d'une rechute. Je sens bien que je n'ai pas forcément gâché ma vie téléphagique en faisant passer d'autres séries en priorité mais, bon, je sais aussi que je n'ai pas (encore) de raison de fond de bouder durablement la série.

Voilà, maintenant, mon mois d'août est entre vos mains (surtout que je vais avoir quelques jours de vacances, donc un peu de temps prétendu libre), c'est vous qui décidez de la série comportant plusieurs saisons dans laquelle je vais me lancer, ou non.

Et tant qu'on en est à parler participation, je vous rappelle que vous avez jusqu'à vendredi soir pour choisir le post que vous souhaitez voir apparaitre dans ladytelephagy On Air...!

Posté par ladyteruki à 19:55 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

21-06-09

Le monde vu de la place du mort

J'avais déjà eu l'occasion de vous le dire, à l'occasion de Brooklyn South je crois, mais si la flicaille actuelle me sort par à peu près trous les orifices naturels depuis plusieurs années, avec ses experts en expertise et ses enquêteurs à l'intuition démesurée, je suis une amoureuse de l'uniforme. J'ai cependant mis beaucoup de temps à y venir. J'avais une sorte de conflit d'intérêt avec l'univers de la police pendant longtemps, puisqu'il s'agissait de la profession de mon père, et que j'ai souvent eu l'impression de faire ce métier autant que lui. Mais forcez une gamine à regarder des documentaires sur la vie de poulet, et cela remontera tôt ou tard : entre deux flics, ma préférence ira toujours à celui qui porte l'uniforme.

Les mains dans le cambouis, les deux pieds dans la merde jusqu'au genou, et le regard qui ne sera jamais plus tout-à-fait le même... il est là, mon policier. C'est celui qui sert et qui protège, pas qui érige la vérité comme la solution à tout. Les policiers en uniforme savent que la vérité, ça n'existe de toutes façons pas. Il n'y a que la Justice qui existe, et c'est un animal rare qu'on chasse toute sa vie dans les rues...

Quand ce soir, sur un coup de blues et une intuition, j'ai décidé d'enfin tenter Southland, je me suis dit : voilà, c'est de ça dont je parle. Merci à NBC d'avoir écouté.

Convaincue depuis des années que c'est là l'intérêt du métier de policier, je retrouve un peu foi en ce genre dont on nous a pourtant gavés ces dernières années. Le policier, c'est celui qui souffre en première ligne des maux de la société qui l'emploie et souvent le méprise. C'est celui qui, parce que tous les jours il est mis face à ce qu'il y a de plus bas ou bestial en chacun, a l'impression de se salir et se compromettre, alors qu'il compte peut-être parmi les plus humains d'entre nous. C'est celui qui hésite entre faire taire son âme et la libérer, et ne sait ce qui est pire. C'est celui qui s'étouffe au nom de la Justice des autres.

Une seule chose me chiffonne avec Southland : que tout le monde hurle au génie alors que la série, en soi, n'apporte pas grand'chose de nouveau. Le vieux de la vieille, le rookie, la nana... tout les stéréotypes sont là. Les thématiques n'ont hélas (pour les protagonistes, pas pour nous) pas changé depuis les constats pessimistes de The Wire ou The Shield, et la réalisation n'est pas tellement différente non plus, on sent même un peu l'héritage des premières saisons de New York 911 (ce qui est logique), elle est toute en nerfs, rapiéçant des photographies fugaces mais nettes du métier et des hommes qui le pratiquent.
Southland n'est pas révolutionnaire. Mais ça ne l'empêche pas d'être puissante et de toucher son but.

Je n'avais sincèrement pas prévu de regarder plus que le pilote. Je pense que c'est le genre de série que pourtant on gagne à suivre semaine après semaine au lieu d'attendre un peu et de s'enfiler une saison goulûment par la suite, comme c'est possible avec d'autres séries. Ici, la piqûre de rappel est nécessaire, mais la dose serait trop forte si on la prenait en un seul shot.

Ce soir, j'avais la tête à l'envers. Je voulais m'esquinter devant quelque chose de ravageur. J'ai hésité à reprendre un bon vieux Oz. J'ai regardé Southland. La plaie suinte, mais le pus est sorti. Catharsis.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Southland de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:06 - Review vers le futur - Permalien [#]


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