ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

02-10-10

Le crime ne paye pas assez

De Vegas, on pensait tout connaître. Est-ce que ça ne fait pas 10 ans que Bruckheimer squatte les lieux ? Pourtant, la cité du vice a toujours une espèce de lustre glamour à la télévision, que pas une série portant son nom n'a su entacher pendant cette dernière décennie.
C'est peut-être en passe de changer avec The Defenders. A la vue de son seul pilote, je n'en suis pas certaine, mais c'est en tous cas une option pour la série. A l'inverse de The Whole Truth qui cherche visiblement à combler le vide laissé par Law & Order (mais sans donner le mal d'en avoir la qualité, comme ça nous l'a fait avec les séries médicales qui ont cru pouvoir remplacer Urgences sans se fouler), The Defenders a décidé d'avoir son propre ton, son univers bien à elle, et tant pis si ça ne fait pas très sérieux de prime abord.

Les premières minutes du pilote œuvrent précisément dans ce but : placer l'ambiance de joyeuse déconnade virile entre nos deux avocats, interprétés par un O'Connell fidèle à lui-même, et un Belushi encore étonnamment en forme. Ils forment un duo qui fonctionne bien, et ne donne pas l'impression d'être là par simple volonté des scénaristes, avec une excellente alchimie. C'est primordial : la série joue plus sur leurs échanges qu'autre chose.

Avec leurs noms pas très sex, leurs tronches d'avocats de seconde zone qui dorment dans leur costard et/ou s'habillent de façon ringarde, ils ressemblent plus à des vendeurs de voiture qu'autre chose. Et ça me plaît. Car pour autant que j'adore les avocats de télévision, il faut quand même admettre que ceux-ci semblent le plus souvent être des personnages raffinés, représentant souvent une certaine élite, alors qu'on sait tous qu'aux USA il y a des pubs à la télé pour des avocats à 10$ de l'heure qui vous proposent d'attaquer en justice le fast food qui vous a servi un café trop chaud. Ces avocats-là, bizarrement, la télévision passe la majeure partie de son temps à faire semblant de ne pas les voir, ou les traite avec mépris quand un de nos valeureux soldats de la Justice se trouve confronté à eux. C'est dommage de fermer une porte sur tout un univers ! Le pilote de The Defenders montre justement le tandem inaugurant un panneau publicitaire dans cet esprit, et ce côté miteux/crapuleux n'a que plus de saveur à Las Vegas, une ville en toc où même l'oxygène est artificiel ! On imagine déjà les affaires "typiques" (sinon pourquoi situer la série précisément ici ?) qu'ils pourraient avoir à traiter ; gain de cause me sera donné furtivement quand le panneau amènera des clients aux cas tous les plus savoureux les uns que les autres.
Ce sont ces affaires-là que j'ai envie de suivre. Pour les crimes "normaux", il y a déjà plein d'autres séries judiciaires, après tout.

Defenders

A ce stade, et bien que certaines petites choses m'agacent légèrement, je dois bien avouer que ma curiosité a été piquée. Le meilleur reste toutefois à venir.
Je vous l'ai dit : l'impératif d'une série judiciaire, c'est d'être intelligente, quelle que soit la façon qu'elle choisisse de l'être. The Defenders y parvient en proposant une série où les avocats obtiennent gain de cause... sans avoir recours à des arguments légaux. Ou si peu. Bluff, effets de manche et coups tordus sont au programme (et si ça implique de se taper une procureur dotée de lèvres de cauchemar, qu'il en soit ainsi). Sur ce plan, c'est vraiment Belushi qui est le roi (il a été à bonne école), et il a toute latitude pour cabotiner à mort, ce qui est juste parfait.

The Defenders est un divertissement futé et taquin sur le côté poisseux du métier d'avocat, et le pilote en est à un stade où, en tous cas, ça peut devenir franchement jouissif pourvu de lâcher la bride. Exit le glamour, exit les visages graves, exit le decorum : ce duo de rascals emprunte aux classiques des buddy series pour nous parler de quelque chose de tout aussi vrai que ne le ferait une série plus sérieuse, mais sur un mode nouveau. Ça fait du bien, non ?

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche The Defenders de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 13:13 - Review vers le futur - Permalien [#]

27-09-10

Excès de vitesse

Alors ça, c'est un flagrant délit ou je ne m'y connais pas. Ah non, vous n'allez pas y couper mon bon Monsieur, je vais être obligée de vous mettre à l'amende. Et hop : excès de vitesse, et n'insistez pas sans quoi j'ajoute insulte à l'intelligence du spectateur dans la foulée.
The Whole Truth... c'est parce que Speed, c'était déjà pris, comme titre ?

TheWholeTruth

Ça parle vite, la musique est forte, on enfile les scènes à toute allure, ça bouge dans tous les sens, la caméra donne le tournis... le problème c'est que The Whole Truth est une série judiciaire, et qu'on s'attend à ce que le contenu soit plus important que les effets de style. Mais voilà : c'est Bruckheimer qui est au volant et pour une raison qui m'échappe, tout ce qu'il touche doit obéir à un strict cahier des charges stipulant qu'une série ne doit jamais, au grand jamais, entrer dans le détail. Toujours dans le superficiel, toujours à la va-vite.

Pour les idées, on repassera, il n'y en a pas. Pour l'émotion il y a le strict minimum : grand bazar d'émotions où l'épouse du prévenu a le cancer (mais non la présence de Maura Tierney dans cette série ne rend pas la chose de mauvais goût, mais non), où un jeune assistant du procureur fait ses débuts, où une avocate ambitieuse tente de s'imposer dans le procès, où les avocats des deux parties flirtent gentillement... mais où personne n'a le temps de développer quoi que ce soit. On est dans une série Bruckheimer après tout, il faut que ça pète, il faut que ça claque, il faut qu'en permanence il y ait du mouvement, et si au passage on doit brader le cœur-même du genre auquel on s'est attelé, c'est pas grave !

Je voue un quasi-culte aux séries judiciaires. Je les préfère, et de loin, aux séries policières ; c'est l'un des rares genres capables de me réconcilier avec le policier, d'ailleurs (les Law & Order en témoignent). Et vous savez pourquoi ? Parce qu'une série qui se déroule dans un tribunal pour tout ou partie de son intrigue a l'obligation d'être intelligente. Elle ne peut pas faire autrement. Quel que soit son angle d'approche, elle y est contrainte de par le genre auquel elle se frotte. Ça peut être une comédie romantique (Ally McBeal l'était), ça peut être une radiographie d'un pays (Boston Justice l'était), ça peut être une plongée dans les entrailles du doute humain (The Practice l'était), ça peut être un drame où la loi est à la fois un poids et une porte de sortie (c'est ce qu'est The Good Wife), mais l'intelligence est comprise dans le package, on ne peut faire sans. C'est à prendre ou à laisser. On ne peut pas faire semblant de s'appuyer sur un aspect légal pour faire de l'entertainment tout bête, pas sans y laisser sa crédibilité au vestiaire.

The Whole Truth veut vous mettre en haleine : vous ne savez pas quelle est la vérité avant la toute dernière scène. C'est apparemment ça, son accroche. La série veut vous montrer les deux côtés d'un procès, les deux faces d'une même affaire, l'accusation et la défense, et veut vous laisser dans le suspense par son rythme effréné, ses revirements inévitables de situation, ses torrents de paroles débitées plus vite que dans un épisode de Gilmore Girls passé en vitesse accélérée. C'est son truc.

Mais pourquoi le fait-elle ?
C'est ça le problème.

C'est qu'elle ne le fait que pour retenir votre attention jusqu'à la fin de l'épisode. Elle ne vous invite pas à vous faire votre propre opinion : les choses vont trop vite, l'information est trop parcellaire, personne ne prend le temps de la réflexion, et personne ne vous le laisse. Ce n'est pas le but. On ne vous demande pas de connaître la vérité toute entière, on vous promet juste qu'elle se trouvera à la fin de l'épisode, et si on ne vous balance pas cette scène tout de suite, et si on ne vous amène pas à vous faire un avis par vous-même non plus, c'est simplement pour que rien en fasse entrave et ne vienne se mettre entre vous, et les pauses publicités qui vous séparent de la conclusion, pour que vous ayez l'esprit aux aguets, mais certainement pas affuté, certainement pas critique. Ne contestez pas ! Le scénario tient à pas grand'chose, et on ne vous demande pas de le trouver cohérent, juste de vous laisser scotcher jusqu'au bout, laissez-vous faire, installez-vous tranquillement dans le fauteuil du passager, c'est si agréable de sentir le moteur ronfler et la vitesse vous plaquer progressivement contre le dossier !

Parodie de série de Justice ! The Whole Truth n'est qu'un amas de mots et d'images en tous sens, et n'apporte rien ni sur la vérité des affaires traitées, ni sur leur éventuelle portée symbolique... mais qu'est-ce que je raconte ? S'attend-on vraiment à ce que cette série fasse plus que raconter un procès vite fait bien fait ? On ne vous demande même pas de vous identifier à la victime ou à l'accusé, au procureur ou à l'avocat, au riche ou au pauvre, à l'homme ou à la femme. On veut juste que vous cessiez de vouloir conduire pendant 45 minutes, et que vous ayez une brutale envie d'aller acheter un soda dés qu'on sera arrivés !

Allez, c'est bon, prenez votre prune et circulez, ya rien à voir. Des comme vous j'en vois toute la journée, et ça m'énerve toujours autant. Des séries qui croient que, parce qu'elles ont le droit de rouler, elles peuvent tout se permettre. Allez, fichez-moi le camps. J'ai de vrais pilotes à aller regarder. Et que je ne vous y reprenne pas.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche The Whole Truth de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 01:06 - Review vers le futur - Permalien [#]
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