ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

26-10-12

Post-partum

L'arrivée d'un nouveau livre dans une bibliothèque téléphagique est un peu comme l'arrivée d'un nouveau né dans une famille : cela signifie à la fois la joie... et la frustration. Surtout si vous tentez de donner le sein à votre livre et de tourner les pages de votre bébé, la frustration devient alors sentiment d'échec et signalement aux services sociaux.
Il est rare que je parle des livres que je lis sur la télévision, principalement parce que j'ai déjà du mal à trouver le temps de parler de tous les épisodes et/ou toutes les séries que je regarde, alors si en plus je me mets à ouvrir une rubrique consacrée au format papier, je crois qu'il faut que je quitte mon travail et que je me consacre intégralement à ce blog. Attendez, j'ai perdu le fil : c'était quoi le problème avec cette suggestion ? Ah oui, ne plus avoir le budget pour acheter les DVD de la moitié des dites séries. Phew, on est passés à ça de la catastrophe !

Mais ce soir je voulais vous parler de mon livre de cette semaine, The Practice: la justice à la barre, paru aux Presses Universitaires de la Cité ya trois siècles et demi, mais vu que je balance mon budget bouquin une fois que j'ai acheté mes DVD, il est rare que je lise un livre sur les séries dés sa publication (à l'exception du dernier Martin Winckler, et du livre co-signé par Clity Swood, hasard ou coïncidence).

La lecture de ce bouquin m'a fait réfléchir, justement, à mon rapport aux ouvrages à vocation téléphagique, et plus que du contenu lui-même du livre (vous n'avez qu'à le lire vous-mêmes, et toc !), c'est de cela dont il va être question ce soir.
En 5 points, parce que j'aime les listes et je suis sûre que vous aussi.

ThePractice

5 raisons pour lesquelles je ne suis que frustration
après la lecture d'un ouvrage d'analyse sur The Practice

N'appelez pas les services sociaux...

1 - Le manque de références

La plupart des livres que j'avais achetés ces dernières années traitaient de plusieurs séries en même temps, ou de télévision dans son ensemble. Il faut remonter à, disons, une bonne et copieuse décennie en arrière pour retrouver dans mes achats des livres portant sur une série, et une seule. Je crois que ce n'était pas innocent, à défaut d'être volontaire ; c'était la suite logique de l'évolution de mon comportement téléphagique, puisque ma consommation elle-même tend à élargir au maximum le champ des séries que je regarde ou auxquelles plus généralement je m'intéresse. Je soupçonne d'ailleurs que beaucoup de téléphages passent du stade où une seule série, ou à la rigueur, une poignée de séries, attire(nt) leur attention, avant de finalement s'intéresser à des thèmes plus larges et dépassant le simple domaine de l'affectif. Mais dans mon cas, on ne peut pas dire que les ouvrages sur SPACE 2063 ou Invasion Planète Terre aient été légion sous nos latitudes (j'ai un roman de Peter Telep sur SPACE 2063, reprenant l'intrigue du pilote je crois, dans les faits je n'ai jamais dépassés les 10 pages, pourquoi opter pour la méthadone quand on a la coke à portée de main ?), et j'avais donc effectué des achats de pis-aller, genre un bouquin sur Ally McBeal et sur Friends, faute de mieux accessible dans le commerce au centre commercial du coin.
Mais quelle que soit la raison de mon évolution vers des ouvrages sans doute plus théoriques, mais surtout plus généralistes, le fait de me retrouver, pendant ce livre, à n'entendre parler que de The Practice (au début, la carrière de David E. Kelley est mentionnée, donc la plupart de ses succès aussi ; curieusement des séries de sa création qui n'ont pas fonctionné sont mises de côté, à l'instar de Snoops, Girls Club ou The Brotherhood of Poland, ce serait pourtant intéressant de les inclure, ses échecs ayant sûrement aussi quelque chose à dire sur les techniques d'un scénariste) était trop limité. Bon, j'exagère car une rapide référence à Oz, par exemple, est faite vers la fin. Mais globalement ce n'était pas assez transversal à mon goût.

2 - L'impression de déjà vu

Plusieurs fois au cours de ma lecture, et plusieurs fois en 5 jours c'est beaucoup, j'ai pensé : "ouais, euh, et sinon, on apprend quoi ?". Cette impression est biaisée, bien-sûr. Oui, il se dit des choses très intéressantes dans ce livre sur le propos de The Practice, ses thèmes récurrents les plus forts et la façon dont la néo-série (on reconnait un sujet sérieux au fait que l'auteur sort des néologismes que lui seul utilise) les exploite, etc. Mais ces choses ne vous rivent pas à votre siège, les épaules pliées sous le poids des révélations. Cette impression est même injuste : si c'était si évident pour moi, moi-même j'aurais sans doute écrit l'équivalent à l'occasion d'un post sur la série (je me suis refait l'intégrale des deux premières saisons il y a quelques temps, après tout, j'aurais pu). Mais ce n'est pas le cas et ça prouve un peu quand même que, si ça va sans dire, ça va quand même mieux en le disant.
Le problème, c'est qu'en fait, ce ressenti découle de l'impression qu'on a acheté un livre d'analyse, mais que l'analyse ne va pas très loin, au sens où quiconque a regardé la série a senti, faute de mettre les mots dessus, ce qui est explicité au long des pages.
Clairement, c'est à ce stade que j'aurais dû comprendre que je n'étais pas venue à cet ouvrage avec la bonne démarche, surtout au regard de mon premier point. Certainement que j'aurais aimé qu'on me parle un peu plus du fonctionnement de David E. Kelley, par exemple, de la façon dont il use sa rhétorique ou comment il lui arrive d'utiliser des gadgets narratifs pour parvenir à ses fins ; en cela, il aurait été intéressant de croiser beaucoup plus (on y revient) les comparaisons avec d'autres séries. Ce qui est fascinant aussi, dans The Practice, ce n'est pas simplement le propos, c'est aussi que Kelley bossait sur deux séries en parallèle pendant plusieurs années, et que cette autre série était Ally McBeal. L'exercice de style mérite qu'on s'y attarde, non ? Comparer la face cachée de la lune avec sa face ensoleillée aurait eu une valeur immense pour décrypter certains propos, certaines scènes. En fait, je l'ai compris en progressant dans ce livre, il me faudrait une étude de l'oeuvre de Kelley : pas de l'une de ses oeuvres, nuance. Surtout que Kelley pour moi est comme Whedon pour beaucoup. Donc clairement, j'étais là pour les mauvaises raisons, d'où mon ennui à plusieurs reprises.

3 - Les chapitres qui tournent en rond

Corollaire du point précédent. Tout un chapitre pour parler de la position de The Practice vis-à-vis des dérives sécuritaires, par exemple, c'est long, et je me suis demandé si c'était forcément justifié. On a l'impression que l'auteur a énuméré tous les exemples qui viennent soutenir son analyse, et c'est tant mieux, cela souligne le sérieux avec lequel l'ouvrage a été pensé et écrit. De toute évidence, Perreur connaît son sujet, possède une vue d'ensemble sur la série (qui entre parenthèses me manque, full disclosure). Rien de pire qu'une analyse tirée d'un chapeau, la partialité accomplissant ponctuellement son oeuvre (et je le sais pour en pondre moi-même quelques unes de temps à autres, on ne va pas se leurrer). Ici on a affaire à quelqu'un qui très clairement aime la série, mais qui est décidée à expliquer par le menu pourquoi celle-ci est intéressante. Ce que je ne nie pas. En fait, les axes retenus sont justement si clairvoyants qu'ils en deviennent évidents. Car une fois que la démonstration est faite, il importe finalement assez peu qu'une demi-douzaine d'autres occurrences pendant la série viennent soutenir la thèse de l'auteur, on aimerait que le chapitre aille plus loin. C'est le cas sur la peine de mort (le chapitre à mon sens le plus satisfaisant), qui vient se compléter de nombreuses informations statistiques et historiques sur la peine de mort, permettant de comprendre dans quel contexte The Practice tient son propos si clair d'abolitionniste. Et ça, ça m'a fascinée, cette remise en contexte de la série dans la société américaine, où, faut-il le préciser, est pleinement sa place, plus que pour 80% des séries ! Même au sein du genre des legal dramas, la position et l'argumentation de The Practice, sans être totalement uniques, sont marginales (j'adore The Good Wife mais les procès n'y revêtent pas du tout la même fonction, par exemple), et c'étaient certainement les passages du livre les plus proches de ce que j'attends d'une analyse sur une seule série.
Hélas, trop souvent, la plupart des chapitres se content de citations (parfois longues, même) et de très brefs rappels au contexte dans lequel l'épisode, l'arc, ou le thème récurrent, font leur apparition.

4 - Les limites de l'analyse de fond

Il est des genres et/ou des auteurs dont on peut dire avec certitude que, s'il n'y avait pas de fond, il n'y aurait rien, la forme étant laborieuse ou épouvantablement générique. Même par curiosité, je n'irais pas acheter un livre sur Desperate Housewives, mais voilà un bel exemple de série dans laquelle il semble difficile de disserter en longueur sur la forme que revêt la série, tant ses dialogues sont, je ne vais pas dire pauvres, mais à tout le moins, pas riches. Il aurait été fantastique d'aller plus loin que la thèse de The Practice sur les sujets sélectionnés (effectivement les plus importants, c'est incontestable) et de s'aventurer sur le chemin des outils narratifs eux-mêmes, peut-être : on a ici un scénariste qui est un ancien avocat, et dont le talent pour retourner les idées et jouer sur les mots est encore moins anodin qu'ailleurs. Ne pas parler, ou presque pas, de la façon dont sont construits les dialogues et plus particulièrement les interventions devant le tribunal est quasi-criminel, et laisse de côté une énorme partie de la richesse de la série. De la même façon, s'intéresser si peu (mais un peu quand même je vous rassure : en passant) au fait que le créateur et showrunner de la série soit un ex-avocat, avec ce que cela dit sur le système juridique avant même que les personnages eux-mêmes n'ouvrent la bouche, est dommage. Pas dramatique, mais dommage. Combien d'autres ouvrages Perreur pense-t-elle pouvoir écrire sur The Practice ?
Mais là encore, la faute me revient de façon pleine et entière. Ce n'est pas l'intention qui a présidé à l'écriture de cette analyse, et on ne saurait tenir l'auteur responsable des attentes du lecteur...

5 - L'envie de revoir la série

Ne riez pas, c'est un problème très sérieux. On parle d'une série dont la sortie en DVD est des plus piètres ; c'est d'ailleurs pourquoi l'ouvrage fait figure d'exeption dans la mini-collection de PUF, avec à côté des séries intégralement éditées et/ou facilement accessibles : Les Experts, Desperate Housewives, Six Feet Under. Mais c'est aussi, à dire vrai, ce qui fait l'intérêt de ce livre, pour une fois que sort une analyse sur une série légèrement plus obscure que la moyenne, ça fait quand même bien plaisir que les spécialistes soient autorisés à changer de disque.
Mais à force de mentionner des lignes de dialogue entières, à force de parler très précisément d'un épisode (L'Esprit de l'Amérique faisant en plus partie de mes absolus préférés) décrit par le menu, et à force, bah, de bien parler d'une bonne série, tout simplement, j'avais finalement plutôt le sentiment que, surtout les 5 points étant cumulés, j'aurais plutôt dû mettre mon temps de lecture au profit d'une intégrale. Chose que mon emploi du temps téléphagique ne peut pas me permettre, pas DU TOUT !


Ces cinq points, j'espère avoir su le dire, ne sont donc pas vraiment des reproches que j'adresse à The Practice: la justice à la barre, que d'ailleurs je vous recommande, surtout si vous faites partie de ceux qui ne connaissent pas la série.
C'est, à vrai dire, à mon avis, la véritable cible de cet ouvrage : les téléphages qui ont loupé le coche de la série ; vous aimez les fictions [américaines], mais vous savez que vous n'aurez jamais les DVD ni assez de place sur votre disque dur pour rattraper le temps perdu ? Vous allez trouver dans ce livre un parfait kit de secours vous permettant de posséder les bases pour élargir votre culture téléphagique sur The Practice ; les grands thèmes sont parfaitement présentés, les diverses problématiques des personnages sont toutes mentionnées au moins une fois, et en gros, Perreur a vu la série pour vous parce qu'elle sait que c'est compliqué (et probablement parce que The Practice compte parmi ses séries préférées, et c'est facile de parler longuement de ce qu'on aime, vous le savez pour lire ce blog !). C'est formidable si vous avez besoin d'un livre pour vous parler d'une série que vous ne pourrez sans doute jamais voir par vos propres moyens... ou que vous n'auriez pas nécessairement eu l'idée de rattraper sans y être fortement incité par un livre qui attire votre attention sur les qualités et le propos de cette série.
En somme, le complet néophyte sera perdu à la lecture, le téléphage qui connait déjà bien la série (à défaut de forcément l'avoir vue en intégralité) se retrouvera avec un ou plusieurs des points que je viens d'évoquer, qui lui diminueront son plaisir, donc le public qui appréciera pleinement cet ouvrage se situe quelque part entre les deux.

Je ne suis donc que frustration parce que, en somme, j'ai lu un livre qui ne m'était pas forcément destiné, que j'en attendais autre chose, et que grosso-modo, il faut sans doute que j'arrête totalement de lire des ouvrages s'intéressant à une seule série, parce que ce n'est pas/plus ma came.
La semaine prochaine, j'entame Créatures!. Normalement, d'après mes prévisions, la frustration devrait laisser place à l'insomnie.
Toujours se méfier des souhaits.

Posté par ladyteruki à 23:47 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

07-10-12

Sans conséquence

Est-ce que je vous ai déjà dit que whisperintherain et moi nous étions lancé un défi, cette saison ? Oui, je l'ai déjà évoqué ? Ah, bon, au temps pour moi. C'est que, ça donne tellement peu de reviews dans la rubrique Review vers le futur, que j'en oublierais presque qu'on le fait, ce challenge !
Aujourd'hui, je me suis motivée pour tenter une série que je n'avais même pas trouvé le temps de cagouler jusque là, non parce qu'elle me semblait repoussante (je ne la connaissais pas assez pour ça) mais tout simplement parce qu'elle était passée sous mon radar. Je savais pourtant qu'on y trouvait Kyle MacLachlan mais j'ai passé tout l'été à l'oublier aussi vite que je le lisais ! Bon, maintenant que je m'y suis mise, prêts pour la review de Made in Jersey ?

MadeInJersey

C'est sûr de sûr ? Il n'y a pas d'erreur ? Made in Jersey est une série diffusée par CBS, pas The CW ? Nan mais je dis ça, on sait pas, il y a peut-être eu méprise, les chaînes concernées n'ont peut-être pas remarqué, ça vaut la peine de poser la question, juste pour vérifier. Non ? Ah. Bon. Si vous le dites.

Avec son héroïne passionnée, idéaliste, et à la crinière vaporeuse, Made in Jersey aurait été un bon petit legal drama pour adolescentes. A la différence qu'un legal drama pour adolescentes, apparemment ça ne se fait pas (mais après tout, il y a bien un "romantic whodunit" maintenant, alors tout est possible). Probablement que les adolescentes font mieux de continuer de toutes rêver qu'elles deviendront des pop stars, ah non, on va pas les encourager à se captiver pour le métier d'avocate, ça fait pas vendre des CD.
Il n'empêche. Rarement ces dernières années CBS aura autant tenté de produire un drama aussi accessible au jeune public. Ou, selon les points de vue, un peu trop simplet pour son public âgé habituel. Vous savez ? Celui qui regarde The Good Wife et qui attend quelque chose de solide d'une série judiciaire... Non, Made in Jersey n'est clairement pas pour ce public-là.

Je dis souvent que le seul impératif pour un legal drama, c'est l'intelligence. C'est un genre où on ne peut pas s'autoriser la bêtise ou la flemme ; il n'est pas nécessaire d'opter pour la gravité à la The Practice pour faire une bonne série d'avocats, une série comme Suits en est régulièrement la preuve, mais enfin, il faut un minimum avoir les reins et la plume solide pour s'aventurer sur ce terrain.
A ce critère, Made in Jersey parvient à répondre... in extremis. Avec quelques répliques plutôt bien senties, la série parvient à se hisser de justesse au-dessus de la moyenne. Ca n'arrive pas dans toutes les scènes, mais quand ça se produit, ça n'est pas désagréable : le pilote a une répartie décente. Mais en-dehors de quelques lignes de dialogues bien troussées et énergiques, le pilote se paye quand même le luxe d'une intrigue extrêmement prévisible, et d'une scène au tribunal un peu pauvre en matière d'argumentation ou d'interrogatoire de témoin. Dans cet épisode inaugural (et je ne m'avance pas trop en prédisant que ce sera le cas de la série), il ne s'agit certainement pas de tordre des concepts de loi, des notions abstraites, ni même le langage, pour parvenir à ses fins, mais simplement de réussir à placer des éléments de preuve lors du procès, pour réussir à obtenir un verdict favorable. En matière de démonstration d'intelligence aigue, on peut donc toujours se brosser, et Made in Jersey ne sera pas l'objet d'acrobaties verbales époustouflantes, c'est clair. David E. Kelley m'a trop gâtée, aussi, voilà la vérité.
De toute façon, peu de séries légales, en-dehors de la franchise de Dick Wolf, se permettent à l'heure actuelle de faire un exercice périlleux en matière de plaidoirie, ou d'exploiter un conflit moral ; comme les flics, les avocats sont plus souvent un moyen qu'autre chose. Dans Made in Jersey, l'héroïne défend une pauvre fille victime de tout : les circonstances, les avocats qui ne croient pas en elle... sa mère est même frappée par une maladie incurable ! Dans cette situation, l'avocate n'a pas à se poser de question sur la nature de son travail : celui-ci consiste uniquement à faire éclater la vérité, pas à admettre la complexité du système. Et la vérité, ce sont les preuves. Alors elle cherche des preuves. Et, comme c'est un procedural, elle les trouve en moins de 45 minutes. Ce sont les règles du jeu.
Mais, vous savez quoi ? C'est un défaut que j'avais trouvé au pilote de The Good Wife... Eh oui ! J'avais failli ne pas continuer la série à cause de cette première intrigue pendant laquelle Alicia et Kalinda, de façon fort pratique, trouvent tous les éléments dont elles ont besoin au moment où elles en ont besoin, et où ce sont les preuves qui sauvent le client, pas les compétences devant la cour (elle est marrante à relire, d'ailleurs, cette review). C'est exactement ce qui se produit dans le pilote de Made in Jersey, où, comme souvent dans des séries légales modernes, l'avocate fait en réalité un travail d'enquête et parvient à trouver les preuves qui disculperont le client (ou inculperont quelqu'un d'autre). Comment en vouloir à Made in Jersey de pêcher par le même acte de paresse que l'intrigue juridique du pilote de The Good Wife ? Parfois, on a de bonnes surprises, la preuve.

Mais je cherche à berner qui ? Made in Jersey n'a pas le potentiel pour offrir de grosses surprises. Ce n'est même pas dans ses ambitions !
Tout simplement parce que, là où The Good Wife avait l'intrigue personnelle d'Alicia Florrick, rejointe par une intrigue politico-médiatique, Made in Jersey n'a que des clichés sur les femmes du New Jersey (certes partiellement démonté par l'héroïne à un moment du pilote), et une famille nombreuse donc chaleureuse, à montrer comme contraste avec le froid New York, et c'est forcément un peu léger. Bon, à la rigueur, il y a peut-être cette histoire d'étoile en strass qui pique vaguement la curiosité, et encore.

En réalité, Made in Jersey n'est pas une série ratée. C'est un petit legal drama sans conséquence qu'on va regarder comme ça, quand on a envie de se mater un truc pas trop chiant mais qu'on n'est pas désespéré au point de regarder The Neiggbors. Et au bout de quelques épisodes, ou une saison (si elle vit aussi longtemps), on aura arrêté de la regarder : non parce qu'elle déplait, mais tout simplement parce que d'une semaine à l'autre, d'une saison sur l'autre, on l'aura oubliée.
Quand on se trouve devant Made in Jersey, on n'est pas vraiment mécontent : le personnage est vif, pas trop irritant, inspire pas mal de choses positives de par son tempérament dynamique, et la plupart des personnages ne sont pas antipathiques, ni même totalement unidimensionnels. Mais il n'y a à ce stade pas grand'chose qu'on puisse dire de Made in Jersey qui la fasse entrer dans le panthéon personnel d'un téléphage, de la même façon que, par exemple, Fairly Legal n'est pas mauvaise quand on la regarde, mais on ne s'y attache pas vraiment. Objectivement plutôt irréprochable, mais inconséquente.

On peut sans honte la regarder le temps qu'elle sera diffusée... encore faudra-t-il y penser. Les plus motivés d'entre nous se mettront un post-it, peut-être.
Non, vraiment, on ne peut rien reprocher à Made in Jersey : impossible de garder cette série en tête suffisamment longtemps pour ça.

PS : en fait c'est quoi l'histoire avec Stephanie March, elle a raté son entrée au Barreau et elle s'est dit qu'interpréter des juristes à l'écran compenserait ?

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 19:54 - Review vers le futur - Permalien [#]

16-12-11

[#Ozmarathon] 1x04, en attendant la mort

Le marathon se poursuit mais, contrairement à l'épisode visionné pendant la nuit dernière, on ne peut pas dire qu'on se marre...

Oz nous entraine cette fois dans une sorte de mélange de deux des thèmes précédemment évoqués : la religion et la mort. Bien-sûr il ne s'agit pas, dés le 4e épisode, de se lancer dans une redite, mais plus d'aborder ces deux sujets sous l'angle évidemment particulier de la peine de mort. Des fois que vous doutiez encore qu'Oz soit un manifeste politique...

Ozmarathon-1x04

Le problème c'est que, pour la première fois depuis le début de ce marathon, je ne ressors pas de l'épisode avec une impression positive, au sens où l'épisode ne m'a pas paru aussi fort qu'il aurait dû l'être.

D'une façon ou d'une autre, on n'a pas le droit de parler de peine de mort sans remuer tripes et boyaux du spectateurs. On a le droit d'être pour (mais qui oserait ?), on a le droit d'être contre, on a le droit de vouloir montrer des points de vue différents, on a le droit de jouer sur les émotions, on a le droit de se baser sur un discours intellectuel ; à mon sens les meilleurs épisodes sur le sujet parviennent à faire tout cela en même temps (je vais donc citer à nouveau L'Esprit de l'Amérique de The Practice, qui en est l'exemple le plus réussi). Ce qu'on n'a pas le droit de faire, c'est rater son coup. Ca a tendance à me mettre très en colère.
Jefferson Keane est donc condamné à mort, sans surprise vu que cette enflure de Devlin ne vit que pour sa politique démagogique et son temps de parole dans les médias, et qu'il a rétabli la peine de mort dans l'épisode précédent. Le problème qui se pose, c'est qu'à peu près tous les "proches" de Keane en prison sont travaillés par cette perspective... mais pas lui. Ainsi, le père Mukada (qui gagne ainsi un tout petit peu en épaisseur), Sister Pete, Kareem Saïd, Tobias Beecher, mais aussi dans une moindre mesure Tim McManus et Leo Glynn, vont tenter de vivre ce bouleversement du mieux possible. On ne peut pas dire qu'ils gèrent tous très bien l'évènement.

Comme c'est désormais la tradition, le premier tiers de l'épisode tourne autour de Beecher, qui commence à un peu moins subir la prison, et se retrouve une vocation d'avocat ; il n'est peut-être plus membre du Barreau mais son sens de la Justice renait de ses cendres, et il essaye désespérément de sauver Keane, osant défier Schillinger (même brièvement, c'est quand même une victoire) et prenant de la distance avec O'Reily. La tentative échouera mais force est de constater que Beecher évolue de façon splendide.
Du côté des religieux, la scène qu'on attendait tous, enfin moi en tous cas, c'était celle qui nous permettrait de voir les nuances entre le père Mukada et Sister Peter Marie ; on devinait qu'ils auraient des différences de point de vue, ça fait du bien de les explorer. Sister Pete veut protester contre la peine de mort, et démissionne/se fait virer ; Ray Mukada est quant à lui plus docile et décide d'accompagner les prisonniers au bout de leur voyage, quoi qu'il lui en coûte. Il devra faire face à un autre décès pendant l'épisode, celui du petit garçon d'Alvarez, dans une scène légèrement over the top mais tout de même très émouvante. Kareem Saïd, s'il accompagne Keane, est rapidement mis hors-jeu par une sorte d'attaque cérébrale sur laquelle on attend d'avoir plus d'informations pour savoir que faire de cet évènement ; il reste relativement en retrait pendant l'épisode, et contrairement à ses habitudes, ne tente pas d'interférer, se limitant à un rôle strictement religieux. Cela fait un joli écho à la mission similaire que s'est fixée Mukada.

La réaction la plus surprenante vient probablement de notre crevette McManus. En quatre épisodes à peine, il s'est quand même envoyé déjà deux autres employées de la prison ! La séquence pendant laquelle il se tape la surveillante Wittlesey fait partie de celles qui renvoient au mélange sexe/mort de l'épisode 2 le plus explicitement. Il n'y a aucune sensualité dans leur copulation, et la rapidité avec laquelle ces deux-là décident de s'envoyer en l'air montre bien qu'il s'agit plus d'un réflexe désespéré, vu le contexte, que d'un véritable désir sexuel.

Dans tout ça, on peine à trouver de l'intérêt à l'intrigue Keane elle-même qui finit de façon assez fade... pour passer aussi sec à une autre intrigue de peine de mort. Et c'est de là que vient ma déception vis-à-vis de l'épisode. Personnellement j'avais totalement oublié Richard L'Italien et sa petite tactique perverse pour tenter de gagner du temps. Probablement parce que la première fois, j'avais dû tout autant n'en avoir rien à battre. Rarement Oz aura introduit un personnage "redshirt" avec aussi peu de panache. La série connaitra beaucoup de personnages de passage, mais je ne me souviens pas que l'un d'entre eux ait fait l'objet d'aussi peu de soin dans la pénible introduction comme au moment de l'élimination. Richard manque cruellement de perversion, qui aurait été une excellente façon d'explorer les réactions de Mukada ; on sent que celui-ci vit une sorte de culpabilité de ne pas se sentir totalement triste pour l'étouffeur en série, mais Richard est, à la vérité, un gros con. Personne ne se sentirait coupable à cause de lui ; alors que s'il avait été plus ambivalent, un peu plus malade peut-être, on aurait mieux compris l'ambivalence de Mukada lui-même vis-à-vis de la perspective de la peine de mort. L'exécution de L'Italien apparait en plus comme assez vaine, la scène manque de force, on n'est ni désolé ni satisfait, en somme, émotionnellement, on n'a pas vraiment réagi. Peut-être que j'ai loupé l'intérêt de ce passage, pour moi il était déterminant pour montrer que Mukada voulait aider les condamnés et avoir pitié d'eux, quitte à s'apercevoir parfois que tous ne le méritaient pas, mais peut-être que ce n'était pas vraiment ça le propos, auquel cas je ne sais pas de quoi il s'est agi.
Quant au discours final de Hill, il était sans doute joli sur le papier, mais il a fini par apparaitre comme exagérément moralisateur et sirupeux à la fin de l'épisode. La citation aurait certainement dû intervenir beaucoup plus tôt dans l'épisode pour atteindre sa puissance maximale, mais c'était néanmoins une bonne trouvaille, simplement pas aussi bien employée qu'elle n'aurait pu l'être.

Un petit mot sur le directeur Glynn, pour finir. C'est un personnage actuellement très en retrait, ce qui est une force quand on y pense. Il a finalement assez peu de scènes, mais je trouve assez remarquable sa détermination à essayer d'être, sinon juste, au moins neutre (même si pendant la conférence de presse de Devlin, il a un peu de mal à conserver son tempérament suisse). C'est un personnage assez subtil et ça me plait énormément dans une série où la plupart des personnages sont quand même assez transparents quant à leurs motivations.

Je suis probablement un peu dûre vis-à-vis de ce quatrième épisode. Je ne lui au pourtant pas trouvé que des défauts, et j'ai notamment aimé la scène pendant laquelle ce rat de Ryan O'Riley parvient à piéger le second de Schibetta tout en allant prendre sa place d'un air docile. Quelle enflure. Je l'adore. De la même façon, Beecher se rapprochant encore un peu de Rebadow, et faisant équipe avec lui pour découvrir la vérité sur le meurtre de Martinez, avec la complicité de ce tordu de Groves, c'était à la fois drôle, touchant et intéressant sur la façon dont ces outsiders se lient, formant une nouvelle sorte de clan entre les murs d'Oswald. Enfin, les nouvelles scènes impliquant l'intrigue autour du frère de Keane étaient plutôt bien vues, avec l'avantage de ne pas être trop lourdes vu qu'avec la mort de Keane, on ne les approfondira probablement pas.

Il est bon de noter que l'épisode est moins pesant, aussi, parce que l'atmosphère de ras-le-bol des prisonniers est moins palpable. C'est sans doute l'axe qui me captive le plus dans cette saison, et j'ai hâte qu'on y revienne. Ca ne fera pas un pli, je vais donc ne pas en vouloir à Oz pour ce petit contretemps. D'autant que des exécutions émouvantes, si ma mémoire ne me trahit pas, on aura l'occasion d'en voir à l'avenir...

Posté par ladyteruki à 00:03 - Plus on est de fous - Permalien [#]

25-11-11

Rire ensemble

Ce blog a été le témoin de nombreuses évolutions téléphagiques pour moi : la façon dont je me suis mise à suivre plus méthodiquement les séries de rentrée ; la façon dont je me suis autorisée, l'expression n'est pas exagérée, à ne pas me cantoner aux séries américaines ; les défis que je me suis lancés plus ou moins officiellement, enfin, comme regarder plus d'intégrales, me priver volontairement de cagoulage ou m'essayer aux longs-métrages.
Il en est peut-être un, moins conscient, qui n'a pas encore été vraiment mentionné, mais dont vous pouvez trouver la trace facilement en remontant les archives de ladytelephagy : ma tentative de m'ouvrir à la comédie.

Ce n'était pas du tout acquis. Pendant très longtemps je n'ai juré que par les séries dramatiques, et les comédies qui me plaisaient en plus étaient en général douées pour jouer sur les tons (Rude Awakening en est un bon exemple). Les comédies en single camera m'ont toujours plu un tantinet plus que les sitcoms traditionnels, bien que je ne les boude pas (ma fidélité envers Fran Drescher est à ce titre parlante). Mais c'était toujours avec l'idée sous-jacente qu'une comédie était un passe-temps, un divertissement au sens péjoratif du terme, quelque chose qui, enfin, soyons sérieux, n'est pas une fin téléphagique en soi. C'était un peu contradictoire en un sens avec le fait que parmi mes séries préférées, quand je suis vraiment contrainte à n'en choisir qu'une trentaine pour faire une sélection, je mentionne presque systématiquement Une Nounou d'Enfer ; mais c'était avec, toujours, la sensation pas forcément explicitée de faire un distingo entre une série qui compte pour des raisons affectives, et une série qui compte, tout court.

En cela je crois que j'ai bien progressé ces dernières années. Parmi les intégrales que je me suis envoyées, il y avait énormément de comédies, en général datées d'il y a quelques années ou quelques décennies. Derrière la joie de m'esclaffer devant des plaisanteries plus ou moins fines, il y avait aussi ce sentiment de découverte, l'envie de décortiquer un genre qui, même à fortes doses, m'est toujours un peu étranger.

Du coup, je me suis posé, aussi, énormément de questions sur l'humour, ses ressorts, ses mécanismes, ses rouages ; parmi ces questions : l'humour est-il intemporel ? Peut-on encore rire lorsqu'on nous a trop répété qu'une série est drôle ? Peut-on rire de quelque chose qu'on ne trouvait pas drôle avant ? Peut-on rire de ce qu'on ne trouve plus drôle ? La triste réalité gâche-t-elle le plaisir de rire ? Doit-on toujours rire devant une série comique ?
Sur ce blog, il est probable, en tous cas c'est ce qu'il me semble à vue de nez, que je me sois posée plus de questions sur le genre de la comédie que sur celui du drame. Le drame me semble évident. Le drame est naturel. Le drame se conçoit facilement. La comédie est pleine d'interrogations pour moi, c'est un territoire qui, même au bout de plusieurs centaines d'épisodes, m'est toujours inconnu. Je sais rire mais je ne comprends pas d'où cela vient. Douter, me poser des questions ou pleurer ne fait pas autant débat ; il semble qu'il soit plus facile pour toutes les facettes du drame de remonter à la source. Comme beaucoup de choses en téléphagie, plus que nous ne voulons l'admettre, ce que nous aimons et ce que nous regardons prend racine dans notre histoire personnelle. Et ma fascination grandissante pour les comédies est le reflet de cela, de l'évolution personnelle que j'ai connu pendant ces quelques années et de la façon dont ça s'est traduit dans mes expériences télévisuelles.

KakiaVstretilVashuMamu
Kak ia Vstretil Vashu Mamu

Aujourd'hui se rejoignent deux de mes évolutions, les séries "étrangères" et la comédie, alors que je suis tombée sur un remake allemand d'une comédie britannique (on aura l'occasion d'en reparler). Mon allemand n'étant pas si rouillé que je le pensais, en tous cas pas à l'oral (saloperies de déclinaisons), j'ai retrouvé peu ou prou tout ce qui rendait le pilote d'origine drôle, ou à peu près.
Et alors qu'on passe notre temps, notamment dans le cas des séries asiatiques, à souligner combien certaines choses ne passent pas bien d'un pays à l'autre, je suis frappée de voir que la version allemande (si l'on met de côté le fait que les rires sont enregistrés et les acteurs un peu flasques) est aussi drôle que la version originale.
Comment se fait-il que l'humour parvienne à passer d'un pays à l'autre, souvent d'un continent à l'autre, aussi, sans problème ?

Pourquoi la plupart des séries américaines adaptées à l'étranger sont-elles des comédies ?
Certes il y a aussi la question du budget. Ce n'est pas une donnée innocente, naturellement. Le savoir-faire est moins aléatoire, aussi, sans doute : réaliser une série qui copie Oz, The Practice ou Pushing Daisies n'est pas à la portée du premier venu, quand un sitcom, avec ses règles techniques claires et son contexte théatral, est un objectif plus facile à atteindre.

Mais concernant les scénarios eux-mêmes ? Comment se fait-il que pas une ligne ne soit changée, parfois ?
On est d'accord que le succès de ces remakes, et on en parlait à propos de Las Chicas de Oro, est aléatoire : parfois ça cartonne, parfois pas du tout (ces dernières années, c'est plutôt pas du tout d'après ce que je vois ; l'échec du Cheers espagnol en est le dernier exemple en date). Mais les producteurs locaux ont en tous cas dû penser à un moment que tout ça se traduirait facilement dans le pays d'arrivée, qu'il n'était pas nécessaire d'apporter des retouches.

On dit qu'on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde. Il semblerait quand même un peu que si, car vu le nombre de comédies américaines qui sont adaptées un peu partout, alors que les dramas sont quand même repris avec plus de méfiance (ou alors avec des transformations, comme Grey's Anatomy qui est devenue la telenovela colombienne A Corazón Abierto), les séries américaines font rire toute la planète ou quasiment.
Finalement, si l'action de rire est universelle, peut-être que son déclencheur l'est tout autant ?

Posté par ladyteruki à 23:30 - Série de valeurs - Permalien [#]

30-09-11

A thank you note

On a tous vu passer, en particulier si on est sur Twitter, des articles s'inquiétant plus ou moins (selon les auteurs et leurs convictions) du nombre de scénaristes de sexe féminin, de séries avec un personnage central de sexe féminin, et dans ce cas s'agit-il de personnages de sexe féminin forts, etc., dans les séries. Je vais être honnête avec vous : je ne les ai pas lus. Volontairement. J'en ai lu un il y a quelques mois, années peut-être, qui en gros tirait la sonnette d'alarme parce que, attention, il n'y a presque plus que des hommes qui écrivent, et quand des femmes écrivent c'est uniquement pour des séries de gonzesses et/ou pour ados, et je me souviens en essence m'être surprise à secouer la tête vigoureusement, en me disant qu'il n'y avait pire sexiste que certains féministes enragés.
Comme si être UNE scénariste faisait écrire différemment de si on est UN scénariste. Personnellement, 90% des histoires que j'écris s'intéressent avant tout à des personnages masculins ou à des ensemble shows mixtes. C'est une question de choix personnel et certainement pas de sexe que d'écrire sur quelque chose en particulier. Après, moi j'écris pour le plaisir et pas parce qu'on me paye pour le faire, et forcément c'est à prendre dans cette limite, c'est sûr ; peut-être que la réalité des choses c'est qu'on embauche plus facilement une femme pour écrire pour un show de la gamme de Desperate Housewives même si elle rêverait d'écrire un truc genre Oz. Mais dans ce cas le problème vient des exécutifs, pas des scénaristes, et je doute que leur opinion change grâce à un article de Jezebel ou autre.

C'est comme cette règle de Bechdel, ça me fait hurler tant c'est ridicule. Comme si pour se faire valider en tant qu'être indépendant, une femme devait faire abstraction des hommes. Ca ne représente jamais qu'environ 50% des êtres humains qu'elle rencontre dans sa vie, hein. Sans compter que si une femme parle avec une autre femme, elle ne sortira pour autant pas des stéréotypes liés à son genre, au contraire : plus une femme parle avec une autre femme, plus on est sûrs que, si elle ne parle pas d'hommes, elle parle d'enfants ou de fringues. Dans les fictions, ça n'est pas très différent.

Bref, on peut difficilement dire que je sois une féministe engagée. J'ai juste mes moments, quand certaines choses me chatouillent ou m'émeuvent. Parfois parce que je suis une femme. Parfois juste parce que je suis.

Et en cette rentrée, quelque chose m'a émue. La semaine dernière, déjà, j'évoquais dans le pilote de The Playboy Club une potentielle galerie de portraits de femmes, et de femmes dans les années 60, ce qui a forcément un sens particulier. Et pourtant, The Playboy Club est une série créée par un homme, Chad Hodge. Quant à PanAm, elle a été créée par un homme, Jack Orman. Pourtant, cela faisait bien longtemps qu'aucune série n'avait si joliment parlé de femmes, et en voici deux pour nous raconter l'histoire de jeunes femmes qui, en cherchant simplement à faire ce qui leur plait et leur convient dans un univers où ce qu'on attend d'elle est très limité, vont faire progresser toutes les femmes.

C'est en particulier devant PanAm (qui, comme je l'expliquais dans ma review du pilote, est plus explicite à ce sujet) que tout d'un coup j'ai eu cette révélation que, si des femmes comme Kate ou Laura n'avaient pas existé, je ne serais pas en train de regarder ce pilote dans mon nouvel appartement, pour lequel j'ai signé seule, pour lequel je prends des décisions seule, pour lequel j'ai fait une partie du déménagement seule, pour lequel je paye seule, moi, une célibataire de 30 ans. Il y a eu cet instant où j'ai vu les filles partir dans leur décapotable et où j'ai regardé autour de moi, en me disant subitement que parce que des femmes comme ça ont pris le risque de tout mettre derrière elles pour faire ce qui les rend heureuses, je n'ai pas à me poser la question de si moi, je peux le faire.
Devant des scènes comme celles-là, je regrette presque de ne pas être féministe tant j'ai l'impression d'avoir le vent dans le dos, d'être fière, d'être redevable. Je ne regrette pas de ne pas me passionner pour le débat Madame/Mademoiselle (en même temps on parle de quelqu'un qui n'a eu aucun problème à dire spontanément qu'elle avait 30 ans... depuis qu'elle en a 26 ou 27, et alors qu'elle en a actuellement 29, mais qui n'a aussi aucune envie de se marier, et qui entend donc indifféremment des deux tout le temps et se contrefous de savoir quel âge on lui donne, quel statut marital on lui donne, etc.), mais je regrette presque de ne pas me sentir plus solidaire de certaines de mes semblables qui ont toujours envie de changer quelque chose.

FreeLikeaGirl

Pour revenir aux séries, je crois que c'est aussi quelque chose qui me plait que de me dire que je ne vais pas y chercher, jamais, une conviction politique ou sociale, avec la quelconque envie d'y voir se réfléter mes propres convictions politiques ou sociales. Je sais ce que je pense de la peine de mort, par exemple, et si je regarde une série pro- ou anti-, ce sera parce que j'espère un sujet porteur de thèmes intéressants et de bon drama, pas pour valider ma propre perception des choses (sur ce thème, mon épisode préféré est celui de L'Esprit de l'Amérique, dans The Practice, qui bien que finissant sur une hésitation, propose des points de vue suffisamment différents). Mais je suis contente quand une série, qu'elle soit pro- ou anti-, me permet d'être émue sur un sujet à propos duquel je ne me posais plus tellement de questions ; le féminisme en est un. Je mène ma vie sans militer, et soudain je réalise que certains combats me touchent personnellement, parce que j'en profite aujourd'hui avec un délice dont vous n'avez pas fini de m'entendre me vanter vu la lune de miel que je vis avec mon nouvel appart.

Alors je voulais consacrer ce post du vendredi à ça, à remercier les femmes qui ont fait les efforts qui à moi, semblent aujourd'hui couler de sources. Et surtout, parce que c'est un blog téléphagique, à remercier les hommes qui ont créé des séries qui me rafraîchissent un peu la mémoire. Chad, Jack, merci. Dans quelques semaines j'aurai peut-être un coup de coeur pour une série qui n'aura rien à voir, American Horror Story, ou Grimm, ou Runaway, ou une série à laquelle je ne m'attends même pas, et je me sentirais moins proche de tout cela, sans doute. Mais ce que j'ai ressenti en cette rentrée, je vous le dois quand même un peu. Merci pour The Playboy Club et PanAm.

D'ailleurs puisqu'on en parle, et pas uniquement pour la raison évoquée dans ce post : quand est-ce qu'on a la suite de PanAm ? Une semaine, ça commence à être long. Et je crois bien que je suis sous le charme...

Posté par ladyteruki à 15:32 - Série de valeurs - Permalien [#]

28-07-11

[DL] Crownies

Eh bah finalement on dirait bien que j'arrive à suivre Crownies de façon hebdomadaire. Et puis pourquoi pas, d'abord ? Alors c'est net, Crownies ne sera jamais The Practice, par exemple, mais on s'en fiche parce que le but ce n'est pas seulement de se prendre la tête sur des affaires. Même si franchement l'intrigue du 3e épisode vaut son pesant d'or en dramatisation, ça fait aussi plaisir de trouver une série légale qui ne se prend pas la tête. D'ailleurs Franklin & Bash le fait aussi très bien et elle s'est faite renouveler, alors...

Crownies
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Ce qui est intéressant c'est à quel point le générique de Crownies peut rappeler l'écran-titre de Paper Giants (mais kessvouzensavé, je suis sûre que vous n'avez toujours pas regardé malgré mes exhortations !), avec cet aspect très écrit, très graphique, et l'absence totale de personnage. Simplement, ici, plutôt que de journaux, on a des textes de droit et/ou de latin, dont quelques uns surlignés. Intéressante variation sur un même thème, quelque part. Et puis la chanson du générique, c'est une merveille quand même... Il est court, mais il est bon, ce générique, voilà.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Crownies de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:28 - Médicament générique - Permalien [#]

10-06-11

Il suffit de trouver la combine

A première vue, j'ai eu comme l'impression que mon post sur le pilote de Franklin & Bash allait présenter de curieuse similitudes avec celui que j'avais pu écrire sur The Defenders voilà quelques mois.

Tiens, pendant que j'y pense, d'ailleurs... Comment se fait-il que j'aie arrêté de regarder cette série ? Je n'ai pas fini la saison, et quand elle a été annulée ça faisait même un bout de temps que je n'avais pas vu un épisode... curieux, ça. Ah, oui, ça me revient : quand je me suis lancé dans mon défi The Téléphsage Experiment, la semaine sans cagoulage avait fait passer à la trappe certaines séries, sans autre raison que "loin des yeux, loin du coeur". The Defenders avait ainsi bêtement sombré dans l'oubli.
C'est con, en fait. Je n'avais pas de grief insurmontable envers cette série. Je m'y remettrai peut-être, en fin de compte, si j'ai le temps. Et puis de toute façon, maintenant qu'elle est annulée, ça ne m'engage pas beaucoup.

Ah oui, pardon. Franklin & Bash. Des avocats, donc forcément des petits gars que j'ai plaisir à regarder. Quoique, ça n'avait pas trop marché pour Raising the Bar, comme quoi un acteur sympa et un genre qu'on apprécie, ça ne fait pas tout.

FranklinBash

De toute évidence, l'intérêt de Franklin & Bash réside dans les entourloupes, les effets de manche et les coups bas qui seront utilisés pour gagner... à la condition de ne pas s'apesantir sur le côté justicier vu dans le pilote. Cette phrase condense en fait mon ressenti vis-à-vis de ce pilote. Car si j'aime ce côté bidouilleur que les personnages principaux nous dévoilent rapidement, si j'aime voir des avocats tremper dans la magouille pour remporter une affaire, c'est parce que l'immoralité me semble trop peu développée dans la plupart des legal dramas. Là où The Practice montrait des avocats qui luttent pour rester le plus possible en accord avec leur conscience, là où Ally McBeal nous rappelait que les avocats ne sont pas de marbre et que leurs sentiments les rendent faillibles, là où les Law & Order insistent sur les questionnements sur la société qui font partie de ce métier... assez rares sont, au final, les séries qui admettent qu'un avocat peut aussi être, tout simplement, être vénal et/ou pourri.
Comme pour les séries policières, beaucoup de legal dramas donnent l'impression d'être dans une démarche de réhabilitation plus qu'autre chose (et c'est pour ça que je me demande ce que peut bien avoir fait El Equipo de travers pour s'attirer pareil courroux).

Alors si je dois assister au spectacle déplorable (bien que hautement divertissant) de deux avocats ayant coupé tous les ponts avec la moralité, j'aime autant que ce soit sans réserve !

Dans Franklin & Bash, j'ai donc beaucoup apprécié les artifices déployés pour gagner les procès, les personnages d'ados attardés, les seconds rôles caricaturaux, même. Mais j'espère que la série va se garder d'un excès d'optimisme en faisant de ses héros de gentils MacGyver des tribunaux qui veulent tout de même vaincre les injustices. Il me semble y voir une contradiction, dont il faut se débarrasser au plus tôt.
Pas de coup de coeur, donc, mais l'envie tout de même de voir quels subterfuges nos deux héros vont trouver au prochain épisode. Je vous préviens, j'attends qu'on me surprenne, j'attends qu'on me fasse rire, j'attends des revirements de situations de folie. Voilà, en fait, tout ce que Franklin & Bash devra faire pour ne pas finir comme Fairly Legal, une série qui aurait pu progresser et offrir quelque chose de nouveau, mais qui s'est reposée sur son pitch de départ. Allez les gars, vous pouvez le faire. Vous trouverez bien une astuce.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Franklin & Bash de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 18:47 - Review vers le futur - Permalien [#]

25-02-11

Innocent no more

Difficile de ne pas regarder Harry's Law sans éprouver une certaine tendresse complice, teintée d'admiration. On y retrouve un David E. Kelley à la patte reconnaissable entre mille, et pourtant en pleine mutation. Je n'ai pas lu que des compliments sur cette nouvelle série, et après avoir formulé moi aussi mon lot de critiques et de louanges, j'avais envie de revenir sur les 6 premiers épisodes diffusés par NBC, et "réhabiliter" cette série qui est loin d'avoir fait l'unanimité depuis son lancement.

Plaidoyer_2

Historiquement, Kelley a toujours semblé vivre une relation d'amour/haine avec les sujets de société : ses séries sont construites autour d'un seul postulat, celui qui permettra d'aborder un maximum de thèmes en les intellectualisant, et en les confinant à l'absurde dans le même temps. Pour cela, il choisit un cadre confortable, protégé, au sein duquel il peut s'ébattre et s'adonner à son petit jeu de joutes d'idées et de répliques cinglantes. Mais ses séries souffrent précisément, sur le long terme, de la façon dont elle sont conçues : à trop chercher à disserter impertinemment sur mille choses, l'exercice devient à la fois ridicule et conventionnel. Il devient difficile de se heurter à la réalité du monde que Kelley cherche à commenter, quand il enferme ses personnages dans des tours d'ivoire clownesques ! Plus que la "Kelleyrisation" de leur cast, c'est ce qui perd systématiquement ces séries : une évolution vers une déconnexion du réel, alors que l'idée de départ était de se confronter à des sujets sensibles et/ou polémiques pour en décortiquer les tenants et les aboutissants.

Chaque fois que Kelley se lance dans une série (et qu'elle survit à la dure loi des annulations prématurées), on retrouve ce même vœu pieu. Et on attend de voir combien de temps les bonnes résolutions vont durer.

Plaidoyer_3

Mais cette fois, c'est promis : ce sera différent. Harry's Law est une tentative de sortir du schéma habituel tout en exploitant ce qui a fait le succès de Kelley. Et surtout, Harry's Law transpire l'humilité. Une humilité qui ne passe pas par l'auto-flagellation (qui serait pourtant tentante), mais qui s'exprime simplement par un aveu honnête des limites du système Kelley, et des tentatives pour en sortir.

Kelley/Korn : même combat.
Les deux se retrouvent dans une situation dans laquelle, malgré leur expérience et leur assurance, ils manquent de repères. Kelley tente de se frotter à des réalités que jusque là il avait peu voire pas abordées, et des thèmes qu'il avait laissés sans discuter à la concurrence, comme la question des quartiers et les thématiques attenantes de violence, de pauvreté et de gangs. Le monde parfait de Kelley n'envisageait ces choses que de façon lointaine, quand il fallait défendre un dealer ou se débarrasser d'un personnage. Le reste du temps, tout n'était qu'idées : comment empêcher un jeune venu d'un quartier défavorisé de sortir du système scolaire ? Comment juger quelqu'un qui n'a connu que la rue ? Belles idées bien propres en vérité, avec lesquelles il était facile de jouer pour construire des intrigues, sans pour autant réellement se mettre en danger.

Cette fois, en ancrant l'action de Harry's Law dans un de ces quartiers, en plongeant ses personnages dans des violences quasi-quotidiennes et des problèmes plus difficiles à éviter en détournant les yeux, Kelley s'oblige à aborder des questions jusqu'alors soigneusement désincarnées. Et utilise le personnage d'Harriet avant tout pour dire combien il est désemparé devant des problématiques à distance desquelles il s'était soigneusement tenu jusqu'alors.

Harriet est sans aucun doute une excellente avocate, mais il lui manque vraisemblablement les outils pour comprendre le milieu dans lequel elle s'est plongée. Avec la petite Fée Clochette adorable qui lui sert d'assistante, elle a toujours vécu au Pays Imaginaire, sans rien craindre, drapée dans d'inébranlables certitudes, barricadée derrière de nobles principes, lovée dans de belles idées. Elle incarne au tout début du pilote tout ce dont Kelley parle depuis environ 20 ans : des enclaves préservées d'où on garde une vue imprenable, mais distante, sur les problèmes du monde, et où est convaincu d'être un esprit pragmatique alors qu'on est à l'abri.
Et elle ne comprend RIEN à ce nouvel univers. Son expérience, sa force de caractère, sa ténacité ne valent pas grand'chose.
Harriet Korn découvre ce qui a toujours été mais qu'elle n'a jamais vu, et tombe des nues en se découvrant incapable de changer le monde avec de beaux discours, quelques one-liners fins, et des froncements de sourcils quand le ciel se couvre.

Allez me raconter qu'il n'y a pas de facteur Mary Sue...! Au contraire, on imagine aisément Kelley se prenant la tête lors de l'écriture de ses scénarios pour tenter de ne pas succomber à ses penchants habituels, et garder à l'esprit qu'il a choisi un contexte qui ne les lui permet plus autant. Les maladresses ponctuelles des épisodes prouvent combien il lui est difficile de s'engager sur ce terrain avec les gadgets qui ont fait sa renommée, mais aussi combien il essaye de se discipliner pour ne pas faillir à la mission qu'il s'est fixée cette fois.

Plaidoyer_1

Arrivée à mi-parcours, Harry's Law raconte avant tout le parcours d'une avocate qui n'a plus envie de se consacrer au droit tant elle est dépassée par ce à quoi elle assiste. Et si Kelley laisse si volontiers la plupart des intrigues judiciaires à ses autres personnages (qui de toute façon s'y montrent bien plus brillants), c'est pour que Harriet ait tout le "loisir" de se heurter à la réalité, qu'elle avait jusque là pu traiter comme une abstraction ; sa présence devant une cour n'étant requise que pour mettre en lumière ses doutes sur l'efficacité, voire le bien-fondé, du système judiciaire pour régler des problèmes bien réels.

Pour qui regarde, depuis les années 90, les productions de ce bon vieux David E. Kelley, Harry's Law est l'incarnation de la crise de la cinquantaine, avec ce qu'il faut d'expérience pour livrer un travail efficace et juste (la partie strictement judiciaire, qu'il maîtrise certainement mieux que personne), et suffisamment de remise en question pour battre les cartes et explorer, clopin-clopant, l'inconnu (c'est-à-dire le quotidien d'un quartier plus que sensible).
Il y a donc des maladresses, tout comme il y a des moments de grâce. Sous ses dehors en apparence conventionnels, hérités de plus de deux décennies de savoir-faire, Harry's Law est l'une des séries les plus casse-gueule du moment, et certainement l'une des plus courageuses de la part de Kelley (l'autre étant The Practice). Cela ne va pas sans quelques tâtonnements, et ne va pas sans quelques loupés. Mais cela transpire aussi une sincérité qu'on n'avait plus décelée depuis de nombreuses années dans les productions de l'ancien avocat.

Si l'étincelle de génie que nous connaissons bien n'est pas toujours présente dans les épisodes un peu inégaux de ce début de saison, concédons à Harry's Law qu'elle relève d'une initiative courageuse dans laquelle, pour la première fois depuis bien longtemps, Kelley se met un peu en danger.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Harry's Law de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 00:12 - Review vers le futur - Permalien [#]

11-02-11

Tu peux courir

Démotivée, mais pas inactive. Depuis l’annonce de l’espacement de mes activités, je n’ai pas chômé : entre la première saison de The Practice (initiée, comme vous le savez, plus tôt la semaine dernière), et une intégrale de Modern Family en quatre jours (oui, je sais, ça m’a étonnée au moins autant que vous, si vous me le demandez en commentaire, je vous dirai comment c'est possible), on ne peut pas dire que j’aie manqué d’occupations téléphagiques.
Mais aujourd’hui je ne vais pas vous parler de ces séries récentes, parce qu’aujourd’hui, j’ai eu un coup de cœur pour une série que je n’ai jamais vue. Ce sont des choses qui arrivent.

Tout a commencé alors que j’écumais la base de données de Wikipedia afin de trouver des titres de séries ayant débuté en 1965. Une lubie. L’envie, certainement, d’essayer de me lancer dans le visionnage d’une vieille série, ce qui, avec mes aventures internationales, ne m’est pas arrivé depuis quelques mois. Bref, une idée comme ça, imprévisible, et qui n’a eu comme seule conséquence que de m’interroger sur les pitches qu’on pouvait trouver cette année-là.
J’étais donc en train de trouver qu’il y avait quand même une majorité de séries "bon enfant", "tous publics" ou encore "classiques", en un mot, pas forcément affriolantes sur le seul plan du pitch, quand soudain me voilà à cliquer sur la page de Run for your life. Et moi de tomber en pâmoison devant ce résumé comme conçu pour me faire rêver. Jugez plutôt : quand son médecin lui annonce qu’il ne lui reste plus qu’un an ou deux à vivre, l’avocat Paul Bryan décide de partir à l’aventure et de profiter de ses derniers jours en faisant tout un tas de choses qu’il souhaite accomplir avant de mourir. De toute évidence, il ne s’agit pas d’une comédie (quoique, bon, je ne serais pas fermée à ce genre de sujet en comédie, je suis bien capable de suivre une comédie sur une alcoolique à la dérive… ou une autre sur une cancéreuse), mais bien d’une véritable série dramatique, dans le sens le plus strict du terme. Et pourtant, outre un concept riche permettant énormément de choses, c’est aussi une belle idée, non ?
Ce qui a fini de m’achever, c’est qu’en poussant mes recherches juste un peu, je suis tombée sur des répliques, comme celle ouvrant le générique : "Guess I'll try to squeeze 30 years in a year... or two". Et alors là, comment vous dire ? J'ai fondu.

Runforyourlife

J'ai fondu, mais à l'émotion téléphagique a très vide succédé une autre émotion : une vive colère. Ça doit être mon truc en ce moment, je suppose.
Parce qu'il s'avère que Run for your life, qui apparemment a été diffusée par l'ORTF (...oui, l'ORTF) sous le titre de Match contre la vie en 1969, et même pas en intégralité, n'a depuis jamais été rediffusée en France. Donc non seulement vous et moi n'étions pas nés lorsque la séries a été lancée, mais vous et moi n'avons jamais eu l'occasion, de notre vivant, de voir la série non plus depuis.

Sur ce blog, j'ai déjà maudit, pèle-mêle, les problèmes suivants :
- l'impossibilité de voir une série être diffusée correctement de façon à la suivre de bout en bout (et d'ailleurs The Practice est tristement parlant à ce sujet)
- l'impossibilité de voir une série être diffusée en France dans des délais raisonnables, ce qui fait de The Good Wife un cumulard vu le point soulevé ci-dessus
- l'impossibilité de revoir une série peu connue n'ayant pourtant pas plus de 10 ou 15 ans
- l'impossibilité d'accéder à des séries étrangères parce que les fansubs ne suivent pas
- l'impossibilité d'entendre parler des fictions des nombreux pays étrangers, comme ça c'est réglé, inutile d'être curieux, vous vous faites du mal
- et, pour finir cette liste non-exhaustive, l'impossibilité d'entendre parler correctement des fictions de certains pays étrangers, parce qu'il s'agirait pas non plus de vous donner les outils pour vous ouvrir sur le monde téléphagique
Bon, j'ai donc beaucoup râlé, c'est un fait. Et quelque part dans les posts dont je ne me souviens pas aussi bien, il doit y avoir un plaidoyer pour l'édition DVD décente de séries moins populaires... ah ça y est, je l'ai retrouvé.

Ajoutons-y donc aussi, désormais, un laïus sur le fait qu'il y a certaines séries, jugées trop anciennes, qu'on ne nous permet pas de découvrir parce qu'on n'a pas à être curieux, manquerait plus que ça. Je sais bien qu'on parle d'un marché de niche et pas franchement d'un phénomène qui ne demande qu'à remplir les poches des diffuseurs et/ou distributeurs, mais nom d'un chien, lequel parmi vous va se piquer en premier de proposer un Hulu à la française pour des séries qui ne sont plus rediffusées ou ne l'ont jamais été, ou, sans aller si loin, une simple rediff en nocturne pour des séries des années 60 et 70 ? Chais pas, ça fait bien 10 ans que les rediffs de Série Club semblent sempiternellement être les mêmes ! Bon, je suis de mauvaise foi, je n'ai plus Série Club, mais si j'apprenais que la chaîne se lançait dans un projet de ce genre pour participer à la culture série, j'y penserais quand même à deux fois, plutôt que voir que ce sont encore et toujours les mêmes vieux sitcoms français qui constituent l'essentiel de ses grilles en heure creuse...
Et même, vous savez quoi ? Si les chaînes ont peur de pas rentrer dans leurs frais en se lançant dans une diffusion ou une autre... bah juste lâcher gentillement les droits dans le monde magique de l'internet et laisser les fichiers se faire cagouler par les 10 pèlerins que ça intéresserait, je pense que ça serait un beau geste, quoi.

Tout ce que je voulais, cette semaine, en dépit des 38 épisodes de Modern Family en quatre jours, de la saison (et un peu plus, en fait : j'ai entamé la deuxième) de The Practice, de l'attachement grandissant pour Harry's Law et Fairly Legal, et des pilotes comme Mr Sunshine ou Traffic Light, c'était avoir une chance de voir un épisode de Run for your life.

Voilà, c'était mon coup de gueule du jour. La prochaine fois, on parlera des chaînes françaises qui ne savent pas profiter de la popularité d'un acteur pour ressortir des cartons leurs vieilles séries, comme pour Coeurs Rebelles lors de la sortie de Star Wars ou La Famille Green alors que Anne Hathaway ET Jesse Eisenberg ont tous les deux le vent en poupe.

Posté par ladyteruki à 21:18 - Point Unpleasant - Permalien [#]

01-02-11

[DL] The Practice

Il devait être écrit, quelque part, que j'aurais envie de revoir The Practice en ce moment. Déjà parce que... eh bien, vous verrez. Ensuite, parce que le 3e épisode de Harry's Law (le premier à vraiment m'intéresser ET m'émouvoir) m'a rappelé à quel point je pouvais adorer le colossal Steve Harris. Pun intended.
En revoyant ce générique, tout m'est revenu : la claque que je me suis prise devant M6 il y a des années, en regardant les premiers épisodes avec ma mère et ma sœur. Le méchant crush que j'avais pour Dylan McDermott avant qu'il n'aille se commettre dans Dark Blue. L'immense vertige ressenti devant certains épisodes, depuis restés mes préférés, comme L'Esprit de l'Amérique et Instinct de Survie. Un autre genre de vertige devant le prix de la première saison en DVD...

ThePractice
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Oui, devant ce générique, c'est tout ça qui me revient. Et plus encore. Car pour moi, le générique de The Practice, c'est aussi un résumé de tout ce qu'il faut ne pas faire avec un générique. Les séries de Kelley ont cet incroyable trait commun d'avoir systématiquement un générique raté. C'est une constante, illustrée notamment par un travers (que j'assimile à un héritage de L.A.Law), qui est de montrer les personnages en train de parler en marchant, de marcher en parlant, d'ouvrir des portes, de passer des portes, de se retourner dans un couloir, bref tout ce qui peut avoir l'air absolument nullissime et pas du tout glamour, les personnages des séries de Kelley le font à qui mieux-mieux dans le générique. Généralement sur une bonne musique (il a pas des goûts de chiottes en musique, le Kelley), mais avec une mise en images laissant largement à désirer. Dans le générique de The Practice, les personnages parlent (surtout s'ils sont des hommes...), mais en plus, la musique est truffée, voire saturée, d'effets sonores qui semblent de prime abord parasites. Tout n'est que bruit d'ambiance avec vaguement une petite mélodie derrière. Ici, il faut encore y ajouter une image sale, une accumulation de plans rapides et pas toujours très clairs d'objets parfois éminemment quelconques...
Tout ce qu'il ne faut pas faire avec un générique... et quand même le réussir. Car ce sont justement ces éléments cumulés, dont on aurait pu jurer qu'ils donneraient un résultat médiocre, qui permettent de parvenir à ce résultat, qui est certainement le meilleur générique d'une série de Kelley. Une perfection faite de dureté et de froideur.

Mon Dieu, vous n'avez pas idée des frissons qui sont les miens alors que je fouille avec animation dans ma telephage-o-thèque pour en ressortir mon précieux coffret qui y a pris la poussière depuis un bon bout de temps. Pas glop : je venais de me remettre à Urgences, et me voilà attirée par une autre série de plusieurs saisons que j'ai envie de rattraper. Glop : ça veut dire que la motivation revient, peu à peu.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche The Practice de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 22:15 - Médicament générique - Permalien [#]