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Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

23-04-13

Les séries sont-elles toujours aussi créatives ?

BlogFestivalSeriesMania
Hier, les festivités de la 4e édition de Séries Mania débutaient avec une table ronde au sujet légèrement polémique : "les séries américaines sont-elles toujours créatives ?". Anne-Sophie Dobetzky (réalisatrice de documentaires), Pierre Langlais (Le Mag Séries), Alexandre Letren (Season One), Dominique Montay (Daily Mars) et Léo Soesanto (Les Inrocks) étaient réunis autour de Thomas Destouches (Allociné) pour répondre à cette épineuse question, et quelques autres.
Voici l'essentiel à retenir sur cette discussion d'un peu plus d'une heure trente.
Note : survolez les illustrations de cet article pour plus de détails sur les exemples évoqués par les intervenants.

- Introduction : c'est quoi la créativité ?


Pour Anne-Sophie Dobetzky, "on ne peut pas toujours révolutionner le genre", mais elle estime qu'il existe des fictions bien produites, donc créatives. Léo Soesanto objecte que la télévision est le genre-même du déjà vu : "on a besoin de choses familières à la TV" ; pour lui, aujourd'hui, la créativité se loge dans la déconstruction et les limites qu'on peut repousser, par exemple dans la représentation du sexe ou de la violence. Cependant, "il ne faut pas confrondre la créativité à tout prix et la qualité", c'est l'originalité et l'intelligence du ton qui font la différence. Alexandre Letren approuve et précise que la créativité ne se loge pas nécessairement dans l'inédit : "ce n'est pas ce qui a été déjà fait, mais comment on le fait". Dominique Montay et Pierre Langlais s'accordent à souligner que la qualité n'est pas forcément synonyme de créativité : "ne pas confondre créativité, originalité à tout prix et qualité de ce qu'on nous propose !". Au contraire, "Plus les concepts de séries sont précis, tel que le high concept, plus il est difficile d'être créatif à l'intérieur de celui-ci".

   

- Etat des lieux de la créativité américaine - les networks

Tout le monde autour de la table ronde s'accorde à dire que les cinq grandes chaînes américaines (ABC, CBS, Fox, NBC et The CW) ne sont pas dans une recherche active de l'innovation. Pour Dominique Montay, "les networks se rassurent", comme le font les grands studios de cinéma, en déclinant des recettes dont ils pensent tirer un succès facile et immédiat. Léo Soesanto précise que les networks sont dans le suivisme, et suivent des modes nées sur le câble. C'est le marche-ou-crève qui règne selon Alexandre Letren : "on cherche des formules efficaces tout de suite". Pierre Langlais avance qu'un peu plus de latitude est peut-être accordée aux comédies. Un sondage lancé par Allociné a demandé quelles étaient les séries les plus créatives ; sont mentionnées Community, Fringe, Lost, Last Resort ou encore Chuck : des séries qui, en grande majorité, n'ont justement pas trouvé leur audience, ou ont échappé plusieurs fois à l'annulation.

   

- Etat des lieux de la créativité américaine - le câble

Tout le monde s'accorde sur une chose : le câble va plus loin. Mais pour Dominique Montay, même le câble américain ne prend pas de risque dans ce qu'il montre, il s'adapte. Pierre Langlais précise que le câble a la quasi-exclusivité du feuilletonnant, délaissé par les séries de network, le format feuilletonnant étant un rempart ; Alexandre Letren acquiesce : "si le feuilletonnant n'est pas le seul critère de la créativité, c'est la raison d'être des séries", et ajoute que le câble s'empare de sujets complexes. Pierre Langlais poursuit : c'est aussi là qu'on trouve non pas seulement de la violence ou du sexe, mais aussi simplement des concepts dérangeants, comme le font plus volontiers les séries britanniques. Anne-Sophie Dobetzky objecte que le câble ne doit pas non plus se lancer dans une course au "trash", il faut raconter, pas simplement choquer. "Le câble US est devenu le refuge des genres dédaignés au cinéma, du musical au péplum en passant par le gore", explique Léo Soesanto, mentionnant plusieurs séries de genre qui y ont trouvé le succès, comme Game of Thrones.

   

- Le "syndrome de la photocopie" est-il incompatible avec l'ambition ?

Le "syndrome de la photocopie" (un terme de Thomas Destouches) regroupe toutes sortes de cas dans lesquels les séries ne sont pas basées sur une idée originale. Il en existe plusieurs types, chacun ayant ses spécificités...

...Le remake

Ce sont souvent des séries nées à l'étranger, et reprises aux USA, car leur version d'origine n'y sera jamais diffusée. Pierre Langlais précise que tout l'intérêt est justement de voir comment une histoire sera repris et modifiée. Anne-Sophie Dobetzky évoque le procédé adopté pour reprendre au contraire une vieille série et la remettre au goût du jour : la communication joue notamment un grand rôle, notamment via le transmédia, qui permet aux spectateurs de se réapproprier une série au succès passé. Léo Soesanto précise que ce n'est pas toujours possible : certaines séries appartiennent à une époque et ne peuvent pas en sortir ; beaucoup s'y sont essayées, peu ont réussi à trouver leur public. Mais il faut faire la différence entre une adaptation et un remake, insiste Pierre Langlais ; cependant, dans les deux cas, il est possible de faire quelque chose de réussi.

   

...Le spin-off

Il naît bien souvent d'un personnage qui apparait dans une série, et qui devient le héros de sa propre fiction. Mais cela pose le problème de la qualité : le spin-off peut-il être meilleur que la série qui lui a donné naissance ? Pour les intervenants, cela se juge essentiellement au coup par coup. Léo Soesanto précise que tout dépend du personnage sur lequel repose la série.

   

...Le prequel

Le prequel revient sur la genèse d'une série, et en raconte les origines ; Thomas Destouches précise que les limites sont que, bien-sûr, le spectateur en connaît le dénouement. Mais c'est le cheminement qui a de la valeur, indique Léo Soesanto : "c'est une relecture intéressante, un moyen de revisiter un personnage culte" ; quant à Alexandre Letren, il estime qu'on fait confiance au spectateur pour s'amuser avec la série des références employées.

   

...Le "formatage"

Il s'agit ici de reprendre une recette qui a fait ses preuves, et de la décliner en une nouvelle série. La formule peut même être particulièrement rigide, aussi bien dans la structure de l'épisode lui-même que dans les codes visuels et musicaux, à l'instar de la franchise Law & Order.

   

...L'adaptation

Lorsqu'il existe un matériau d'origine (roman, comic book, etc.), le défi de l'adaptation est à la fois d'utiliser le support initial tout en développant un univers compatible avec les attentes des spectateurs.

   

Le "syndrome de la photocopie" et le monde

...La domination des Etats-Unis

Pourquoi les séries américaines semblent-elles dominer ? Dominique Montay insiste sur les moyens et la présence historique du marché américain dans le panorama ; la quantité de séries permet l'équilibre, ainsi, précise-t'il, parce que les chaînes sont elles aussi nombreuses, et n'hésitent pas à s'adresser à une niche. Pour Anne-Sophie Dobetzky, il faut aussi prendre ne compte les budgets conséquents ; elle mentionne aussi le modèle de fabrication lui-même, notamment le "pool d'auteurs", repris par d'autres pays. Sur une note moins technique, Alexandre Letren s'exclame : "les séries, ils aiment les faire, tout simplement !", et compare avec la France, où l'on estime que la télévision est un art mineur. La situation américaine tend un miroir aux télévisions européennes : Pierre Langlais précise que le nombre d'épisodes inférieur des britanniques, par exemple, ne tente pas les chaînes françaises, ce qui explique que les séries d'outre-Manche investissent moins les écrans français. Alexandre Letren conclut que les Etats-Unis ont su donner au monde l'illusion d'une universalité dans leurs séries.

Sur Allociné, un sondage a montré que 63% des internautes estimait que les séries américaines étaient toujours créatives : un bon chiffre ! Encore heureux, explique Pierre Langlais : si on ne le pense pas, il vaut mieux éteindre la télévision. Lorsque Thomas Destouches qui demande si la télévision américaine vit un âge d'or, les intervenants ont du mal à s'entendre. Certes, explique Léo Soesanto, il y a eu de grandes séries récentes comme Lost ou 24 heures chrono, mais elles n'ont pas trouvé leur successeur, sauf à considérer Revolution ou Once Upon a Time qui en reprennent les codes. Pour Dominique Montay, au contraire, tout n'est qu'évolution ; après tout il faut remonter dans les années 80 pour comprendre comment la télévision américaine est parvenue à un âge d'or.

"Ce n'est plus l'âge d'or, c'est l'âge des pépites", tranche Pierre Langlais qui explique que les records absolus d'audiences ne seront plus réitérés, et que désormais, c'est la façon de découvrir les séries qui a changé. A l'origine, "la télévision est la communion d'un public", objecte Léo Soesanto : quand pour un film, on partage l'expérience pendant 1h30 avec une salle, pour une série, on la partage avec des millions de personnes pendant des semaines. Mais désormais, "les contenus innovent moins, mais les contenants évoluent", ajoute-t'il.

   

...Internet renouvelle-t'il la créativité ?

Les webséries sont-elles l'avenir de l'innovation "télévisuelle" ? Léo Soesanto observe que pour le moment, l'innovation n'est pas vraiment au rendez-vous dans les synergies, entre les séries diffusées à la télévision et leur webisodes sur internet. D'un autre côté, l'avantage d'internet, pour Pierre Langlais, est que la websérie permet à des gens qui n'ont pas de moyens ou de réseau d'exposer leur travail.

...La créativité en France

Dans l'Hexagone, les intervenants sont plutôt d'accord : ce sont Canal+ et arte qui proposent des séries les plus créatives ; Léo Soesanto précise que Canal+ a calqué son modèle sur celui des chaînes du câble US, et que le budget est plus conséquent que sur les autres chaînes françaises. Alexandre Letren souligne qu'OCS est une chaîne à surveiller, mentionnant des séries telles que Lazy Company ou QI, et quelques projets à venir intéressants ; il ne faut pas oublier non plus France 3 avec Un Village français. Il souligne aussi que la mission du service public ne devrait pas être, contrairement à ce qui peut être dit, de contenter tout le monde ; l'exemple de la BBC au Royaume-Uni le démontre bien. Pierre Langlais déplore que TF1, qui en aurait pourtant les moyens comme l'impact auprès du public, n'affiche ni ambition, ni ligne éditoriale claire dans le domaine des séries.

   

...Et ailleurs ? L'exemple de la Scandinavie

L'innovation à la scandinave ? Dominique Montay relativise : le sujet de ces séries n'est pas toujours original, c'est en revanche tout le traitement qui fait la différence. Ces séries reprennent des codes qui ne sont pas révolutionnaires, complète Pierre Langlais, en revanche, les auteurs y ont une grande liberté de ton. On s'y appuie sur un savoir-faire issu du cinéma, explique Léo Soesanto, et on exploite les spécificités locales. Pierre Langlais conclut que ces séries sont excitantes pour le spectateur français, elles ont une forme d'exotisme, nous font voir des choses différentes... et on regarde bien les séries pour ça !
Et la prochaine vague de séries étrangères ? Pourquoi pas en Espagne, par exemple, suggère Léo Soesanto.

...Evidemment, il s'est dit bien d'autres choses ! Mais vous avez là l'essentiel des discussions. Sachez que, si vous avez manqué cette table-ronde, ou si vous souhaitez simplement la revoir, Allociné mettra en ligne sur son site une version montée de sa captation ce vendredi 26 avril.

Posté par ladyteruki à 12:00 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

02-11-11

L'effet Grimm

On ne dira jamais assez les dommages que peuvent faire les contes de fées sur l'inconscient de nos enfants. Tenez, regardez les histoires de princes charmants : les gamines en bouffent pendant leurs tendres années, se déguisent en princesses, croient à "ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants", et au final, confrontées à la réalité des relations amoureuses modernes, cherchent un idéal masculin qu'elles ne trouveront jamais. Ou, autre exemple, prenez ces petits garçons à qui on raconte des histoires de grand méchant loup, ils se replient sur eux-mêmes, vivent dans leur monde intérieur, et un beau jour ils grandissent et écrivent le scénario de Grimm.
On ne dira jamais assez les dommages que peuvent faire les contes de fées.

Non que Grimm soit une mauvaise série, non, foncièrement je n'ai rien à lui reprocher, le pilote ne m'a pas déplu. Mais il y a quand même de nombreux "mais".

Grimm

Mais... j'ai eu pendant tout le pilote l'impression d'assister à une version masculine de Lost Girl, sans les petites phrases "badass" à la con. Au juste je n'arrive pas à dire c'est un compliment ou non, mais il y a de fortes chances pour que non, quand même. Sans compter que Grimm donne une fois de plus dans la série policière qui fait semblant de ne pas être une série policière, mais pas trop parce que, hein, on veut que les gens regardent. On était prévenus, je suppose, de cette caractéristique de la série, mais ça ne la rend pas sympathique pour autant, principalement parce que c'est mal fait. En fait l'idée de s'intéresser à des criminels comme s'ils étaient, au propre autant qu'au figuré, des monstres, est intéressante, mais ça reste assez grossier dans la réalisation et ça n'apporte pas vraiment de réflexion nouvelle. Le surnaturel prend pas mal le dessus, fut-il mal réalisé.

Mais... si l'idée de conférer une ambiance particulière, à la fois colorée et macabre, à la série, part d'un bon sentiment, n'oublions pas que l'Enfer en est pavé et que ça peut vite donner une image saturée de couleurs, genre Les Experts dans les mauvais jours, limite Siqueur. Ca devient vite assez grossier, comme peut l'être l'utilisation des effets spéciaux pour dépeindre les monstres qui redeviennent humain, avec une qualité de SFX à laquelle on n'avait plus assisté depuis Charmed.

Mais... rarement un personnage central aura été aussi dénué de charisme. On s'est plaints de l'héroïne de The Playboy Club, mais franchement, il y a pire. La tête d'ahuri permanente du héros, son incapacité à comprendre rapidement ce qui se passe autour de lui alors que le spectateur a vite saisi la situation (mais le spectateur triche, il a déjà vu ladite situation des dizaines de fois), tout ça donne vite une impression pâteuse de héros qui est là parce qu'il fallait un héros, mais qu'on n'a pas su, ou pas voulu écrire. Mais enfin, s'il est le prince qui combat de dragons, que vous faut-il de plus après tout ? De la personnalité ? Pour quoi faire...

Mais... tout le monde a vu arriver à 10km le coup de la tante qui allait être incapable de parler pile quand le héros aurait le plus besoin d'aide. Tout le monde sentait bien que ce ne serait pas aussi simple que passer le flambeau d'une génération à une autre. Pourtant c'est ça qui serait original, que le héros ait le temps d'apprendre avec son aînée, plutôt que d'être plongé dans l'inconnu artificiellement (wow, maladie en phase terminale + coma, mais ils vont nous tuer des petits chatons aussi, ou...?).

Mais, mais, mais... Hm. En fait vous savez quoi ? Ptet que le pilote de Grimm ne m'a pas plu du tout.
Le grand talent de cet épisode, c'est d'avoir réussi à ne pas me déplaire de façon trop évidente.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Grimm de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 19:29 - Review vers le futur - Permalien [#]

30-10-11

C'est LUI, le patron, voilà qui !

A chaque rentrée, les pilotes nous tombent par centaines dans les bras, ne demandant qu'à être regardés. De la plupart, je ne tire qu'un post, m'attardant sur la banalité de l'intrigue, le peu d'intérêt de ses personnages, l'indigence de ses dialogues ; ou, quand vraiment les choses se passent mal, je vous entretiens de l'abomination de tout ce qui le compose. Après quoi vous n'en entendez plus jamais parler, pas dans le coin en tous cas.
Il y a certaines séries qui s'en tirent mieux que d'autres : le pilote de celles-là m'a plu et je vous en reparle de bonne grâce, une fois, deux fois, parfois plus, à la tête du client, histoire d'enfoncer le clou et vous inciter, si vous ne l'aviez pas encore fait, à tenter la série à votre tour. Si on a de la chance, une saison plus tard, j'en fais un post To be continued... pour vous rappeler de vous y remettre pour une deuxième saison, des fois que vous ayiez oublié dans l'intervalle (bon, pas cette année, je déménageais au mois de septembre et j'ai été obligée de faire l'impasse sur ces posts qui me prennent plus de temps qu'il n'y parait).
Et puis parfois, vraiment rarement, il y a une série dont je n'arrive pas à vous parler facilement.

Ca n'a rien à voir avec Prime Suspect ou Charlie's Angels dont je me suis aperçue que j'avais oublié de vous parler (ça sent l'acte manqué). Je les ai évacuées très vite de mon système et n'y ai plus jamais repensé, sauf en faisant le point sur mon défi de la rentrée avec Scarlatiine (elle regarde tous les pilotes de la saison à condition que j'écrive un post sur chacun ; du coup vous allez pas y couper, ces deux pilotes vont inexorablement faire l'objet d'un post, j'aime remporter mes défis).
Ca a plutôt à voir avec le fait que d'une part, même à raison d'un post par jour, je n'arrive pas à écrire sur autant de choses que j'en regarde, et que d'autre part, j'ai été particulièrement occupée ces derniers jours (vous verrez bientôt par quoi).
Et puis surtout, pour bien parler de quelque chose qui vous a collé à votre siège, il faut du temps.

Je ne pouvais tout simplement pas balancer un post sur le pilote de Boss, comme ça, en rentrant du boulot, un soir, mine de rien, sur l'air de "ah tiens j'ai quoi de prévu aujourd'hui sur le blog ? Rien ? Oh bah je vais griffonner un truc vite fait sur Boss". Non.
Non, non, non et non, pas pour Boss. De la même façon que j'ai eu besoin de prendre le temps de parler de Homeland, j'ai attendu d'avoir un peu de temps pour Boss, avant de sortir son post de l'état de brouillon dans lequel il dormait depuis près de deux semaines. Ce qui implique que j'ai déjà vu le deuxième épisode quand je commence à vous en parler, mais tant pis. Au moins ça ne fait que confirmer mon sentiment initial vis-à-vis de la série.

Vous commencez, j'imagine, à comprendre l'ampleur de Boss pour moi en cette rentrée. Des bonnes séries, il y en a eu cet automne. Mais une baffe comme celle-là ? Même dans The Slap on n'en voit pas.

WhostheBoss
Alors pardonnez le langage, mais il faut que ça sorte, maintenant qu'on y est.
Putain mais quand ils ont vu le pilote, les exécutifs de Starz ont du avoir la trique de leur vie. Les mecs qui bougent pas de leur screening room pendant 20mn en attendant que ça passe, tellement ça a dû leur faire drôle de savoir qu'ils avaient payé pour un pilote de ce calibre et qu'ils allaient enfin entrer dans la cour des grands. Ah bah je vous le confirme les mecs, c'est autre chose que Spartacus !
Les Emmys vont être palpitants en 2012, il va y avori du monde pour s'attaquer au trône de Mad Men, parce que bordel, tu peux pas ignorer une série comme celle-là. Et rien que cette pensée a dû rallonger de 10mn le séjour dans la screening room des mecs de Starz, parce que ça doit faire un effet de malade de se dire que ça y est, on tient quelque chose de puissant.

Pour tout vous dire, si j'avais été un homme, il est probable que le visionnage du pilote de Boss m'aurait fait un effet similaire. J'ai fini le pilote sur les rotules, le souffle coupé, la tête bourdonnante. J'avais des trucs à faire, des mails plein la boîte de réception, des chats criant famine, mais j'étais incapable de me lever à la fin de l'épisode et reprendre ma vie comme si de rien n'était. Il m'a fallu quelques minutes, moi aussi, les doigts encastrés dans les accoudoirs de mon fauteuil, pour accuser le coup. Des pilotes qui font cet effet-là, on n'en voit pas tous les ans. Même pas une fois tous les deux ans.
Je ne reviens pas sur ce que j'ai dit, j'ai eu des coups de coeur en cette rentrée et j'aime toujours autant Homeland, Suburgatory par exemple, et quelques autres, chacun dans sa catégorie. Mais là, quand même, on parle du niveau au-dessus quand même, de l'orgasme téléphagique pur, de ce petit truc qui se libère dans votre cerveau et innonde votre cortex quand vous avez été bluffé et que vous vous avouez vaincu. Sur ce pilote-là, il sera impossible de dire du mal. La perspective-même de se montrer critique est irréaliste.

Mais je le reconnais, il y a un facteur supplémentaire par rapport à Homeland, pour rester sur notre exemple : l'effet de surprise. Homeland ne pouvait pas vraiment être mauvais une fois qu'on avait vu ce que le pilote de Hatufim faisait de son sujet ; il y avait des risques dûs à l'adaptation, des risques dûs aux axes et personnages nouveaux, et bien-sûr la grande inconnue des acteurs qui peuvent parfois tout changer ; c'est sûr, mais globalement on va être clairs, Homeland était obligé d'être au moins convaincant, peut-être même bon, d'office, d'emblée, sans même l'avoir vu c'était évident.
Dans ma liste des séries que je n'attendais pas spécialement, par contre, celle que j'attendais encore moins que les autres, c'était Boss. Kelsey Grammer, que j'ai en h.o.r.r.e.u.r depuis que j'ai posé les yeux sur Frasier ? L'insupportable Connie Nielsen ? Une ancienne de Beverly Hills ? Et deux acteurs ayant été liés de plus ou moins près à The Playboy Club ? Jamais je n'aurais parié un rond sur cette série... même avec ce pitch engageant (et pourtant j'ai une grand affection pour Troy Garrity).
Mais le sucker punch géant, quoi. Pas vu arriver, celui-là, vraiment pas.

Parce qu'au final, ces gens-là en qui je ne croyais pas nous offrent, tous, sans exception, une performance incroyable. Et par-dessus le marché, comme si ça ne suffisait pas, Boss est, certainement, en fait ça ne souffre pas la discussion, le drama le mieux réalisé de la saison, et de loin. C'est un point sur l'horizon pour les autres séries de l'automne.
Je sais pas comment vous dire. C'est juste immense.

C'est brillant, mais pas juste parce qu'il s'agit de politique et qu'une série sur la politique ne peut pas se permettre de ne pas être intelligente (c'est la même règle que celle qui s'applique aux séries légales). C'est brillant parce que rarement une série aura aussi bien dépeint l'humanité de ses personnages, mais une humanité si incroyablement camoufflée qu'elle s'offre à la fois avec une grande indécence et une grande sobriété. Chaque personnage est magnifique, et participe à un puzzle qui va bien au-delà de la simple série politique. Là où il a fallu toute une saison à A la Maison Blanche pour mettre en balance ses objectifs intellectuels et la dramatisation de ses personnages (merci Rosslyn), Boss vous fait ça avec brio en moins d'une heure et sans jamais perdre son équilibre. Et pendant l'heure suivante, on découvre qu'on n'en savait pas autant sur eux qu'on ne le pensait. C'est immense ce qui se passe avec l'écriture des personnages de Boss.

Avant d'être une série sur la politique, Boss est donc avant tout une série sur le rapport que les personnages ont à la politique, comment elle les abime, comment elle les transforme, comment elle les tient. Le couple du maire et son épouse offre un ballet macabre de deux personnes que le pouvoir politique a altérés quasiment jusque dans leur ADN. Leur entourage direct n'est que dissimulation, frustration, docilité feinte. La seule personne qui pourrait être "vraie" dans leur vie en a été éjectée avec la plus grande des violences.
Les intrigues strictement politiques sont d'un cynisme sans commune mesure. Que ce soit le gouverneur ou son opposant, le maire tire les ficelles depuis son bureau avec un plaisir à peine déguisé, mais avec une intelligence aigue et un sens de l'anticipation terrifiant. La partie d'échecs est comme jouée d'avance, et c'est ce qui fait que la maladie du maire arrive si fort à propos.
Cette maladie justement est dépeinte avec le même génie que, dans Homeland, peut l'être l'état psychiatrique de Carrie. Boss est prêt à accompagner le malade à tous les stades et s'attarde sur les manifestations pour le moment éparses de son état, pour l'instant si bégnines, encore si invisibles à l'oeil de ceux qui ne sont pas dans la confidence.
Enfin, pour toutes les séries sur la politique où les journalistes étaient asservis au pouvoir, pour toutes les séries où les journalistes étaient dépeints comme des pantins sans cervelle, Boss réclame vengeance. L'investigation du journaliste n'est pas celle de quelqu'un qui cherche juste le scoop, elle est animée d'idéaux sur la profession qui remettent les choses en place, mais qui restent réalistes.

Il n'y a rien dans Boss qui ne soit autre chose que la perfection incarnée pour un drama. La nuit, dans leurs rêves les plus fous, les showrunners rêvent qu'ils font aussi bien. Pas étonnant que chez Starz ont ait commandé une deuxième saison alors que la première n'avait même pas commencé.
Un tel bijou nous rembourse de chacune des minutes insupportables passées devant Whitney, The Secret Circle, ou Revenge. A la limite ça valait presque le coup de se cogner des épisodes pareils si c'était pour pouvoir mieux apprécier ceux de Boss.

Et vous savez le pire ? Pile quand je pensais avoir repris le contrôle, j'ai vu le deuxième épisode, et je me suis repris une mornifle. C'est qui le patron ? Je vais vous le dire, moi, qui c'est le patron, cette saison.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Boss de SeriesLive.
A ne pas confondre, évidemment, avec le dorama du même nom.

Posté par ladyteruki à 20:35 - Review vers le futur - Permalien [#]

20-10-11

Burnes noticed

ManUp

Bon, les garçons, c'est la troisième fois qu'on va avoir cette conversation cette saison, donc je pense qu'il est légitime que je m'inquiète sérieusement. Au début, j'ai traité vos préoccupations par le mépris et la moquerie, mais là je sens bien qu'on a quand même touché un point vital, sinon on n'y reviendrait pas une fois de plus.
Alors je vous écoute : qu'est-ce qui vous émascule donc tant ? Vraiment je suis curieuse. Vous avez froid aux pieds à force de marcher sur le plafond de verre ? C'est de ne plus sentir l'odeur des soutien-gorges brûlés qui vous donne l'impression d'avoir été vaincus ? Ou bien c'est parce qu'on vous appelle tous Monsieur sans se demander si vous avez été validés par une femme ? Non, ok, je le reconnais, je suis à nouveau moqueuse et je m'en excuse, mais sérieusement, quel est le problème ?
D'où vient ce réel besoin de régresser à une époque où le mâle se définissait par une série de codes immuables ?

Je m'interroge parce qu'outre le fait que Man Up! est la troisième série en moins de deux mois à mettre le sujet sur le tapis, j'ai cru comprendre que le phénomène ne s'arrêtait pas là.
Plus tôt cette saison, dans un post qui je l'avoue était partial (je confesse être une femme), je me suis surprise à apprécier les histoires relatives au féminisme dans The Playboy Club et surtout PanAm (enfin, essentiellement dans le pilote de cette dernière, il faut l'avouer). Mais ces séries ont été regardées, respectivement, par un maximum de 5 millions et quelques, et 11 millions de spectateurs. J'ai bien dit maximum. Et en comparaison, le pilote de Last Man Standing a été regardé par plus de 13 millions d'Américains. Alors on va être honnêtes, ce n'est pas qu'une question de sujet. Mais ça l'est aussi. Et je ne ferai pas mine d'ignorer de façon fort commode que How to be a Gentleman s'est vautrée. Mais il y a là quelque chose quand même.

Alors revenons à Man Up!. Parce que j'ai besoin de comprendre.
De quoi avez-vous peur ? A part grandir, je veux dire. Qu'est-ce qui vous menace tant dans l'existence-même des femmes qui vous entourent, que vous ayez un besoin de vous recroqueviller sur des valeurs qui non seulement sont obsolètes mais qui en plus, reconnaissons-le, ne vous rendent pas souvent service. Ce n'est pas un hasard si les hommes de Man Up!, How to be a Gentleman et Last Man Standing trouvent le moyen d'être à la fois les héros aux valeurs viriles portées en étendard, et des héros de comédies : vos valeurs ne fonctionnent pas, la plupart du temps.
Mais il n'empêche : il y a repli. Et je m'interroge sérieusement sur ses raisons parce qu'on peut dire énormément de choses de ces comédies (notamment qu'elles ne me font pas rire, enfin passons), mais certainement pas qu'elles sont innocentes. Parce qu'une série, on peut décider de la voir comme quelque chose d'innocent. Trois d'un coup en aussi peu de temps, ça dépasse le cadre de l'espionnage industriel. C'est un signe des temps.

Et le comble de l'ironie de cette situation, c'est que je commence moi-même à me sentir menacée ! Parce que je voudrais pas être paranoïaque, mais dans un monde télévisuel essentiellement porté par des personnages masculins encensés par la critique et la profession, dans un monde télévisuel essentiellement mené par des hommes, dans un monde téléphagique où les spectateurs qui s'expriment le plus ont tendance également à être des hommes, je me sens un peu en infériorité numérique et stratégique. J'aurais bien besoin d'une série où les femmes se regrouperaient pour dire qu'il faut se méfier des hommes et vivre d'après certains codes qui garantissent que nous restions bien des femmes.
Mais vous savez quoi ? Une telle série n'existe pas. Et je crois que je serais la première outrée, en réalité, si elle existait, parce que ce serait une version biaisée du monde : personne ne prétendrait que les femmes sont en passe de disparaitre.
Pourtant ça ne pose aucun problème à trois séries de prétendre que la réciproque est vraie, alors qu'à ma connaissance, aucun fait dans le monde n'a été rapporté sur les dangereuses armées de femmes castatrices hantant les rues munies de cisailles, aucun semblant de rumeur sur une loi qui vous ôterait votre droit absolu d'aimer la chasse, la pêche, les jeux videos et le club de gym (pour ces derniers c'est même devenu tendance et plus réservé à certaines catégories bien définies comme le geek ou l'homo), et aucun projet de loi n'est passé pour vous ôter le droit de vote dans quelque pays que ce soit. Nous ne subissons pas ces attaques (nous en subissons quelques autres plus subtiles, ce n'est pas la question), et vous non plus. Alors contre quelles attaques vous repliez-vous de la sorte ?

Vous vous sentez étouffés par votre condition d'homme et vous avez besoin d'en rire ? En quoi ce sentiment est-il lié à vos organes génitaux au juste ? TOUS LES PARENTS sont dépassés par les enfants, surtout les ados, TOUS LES DIVORCES sont dépassés (au moins un temps) par leur retour au célibat, TOUS LES CELIBATAIRES sont dépassés par la confrontation entre leur vision du monde et l'absurde réalisation que cette dernière n'est pas unanimement partagée. Qu'est-ce qui fait que vos terreurs sont différentes des nôtres sur ces points et quelques autres, vraiment ?

Et pourquoi établir cette cartographie de la virilité ? Vous êtes sûrs que ça vous rend service de vous fixer pareils objectifs ? Je veux dire : regardez où ça a mené les gonzesses de se donner des modèles quasiment immuables sur le plan social, familial et même physique, on ne peut pas dire que ça réussisse à la plupart d'entre nous de s'autoévaluer sur une grille aussi peu flexible. Si ça vous fait tant envie, le carcan social dont dépend votre reconnaissance, on vous l'offre, mais en réalité croyez-moi, vous n'en voulez pas.

On ne peut pas revenir au temps où on se retrouvait entre gens du même sexe pour simplement partager nos angoisses quotidiennes avec des répliques drôles ou à peu près ? Il faut déterrer la hache de guerre maintenant ?
Vraiment, je le pense : d'où ça sort ? Quelle mouche vous pique ?

Je m'inquièterais presque pour vous, si je ne commençais pas à m'inquiéter pour nous de voir tout cet étalage de virilité revendiquée sous couvert d'un humour simpliste.
Parce que... si encore c'était drôle.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Man Up! de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:29 - Review vers le futur - Permalien [#]

04-10-11

C'est finalement si simple de séparer le bon grain de l'ivraie...

La rentrée américaine est finie.
...Bon d'accord, je suis un peu alarmiste. Mais pas complètement : le plus gros des nouveautés de la saison est derrière nous. Il y aura encore des pilotes dans les semaines à venir (en fait, si on y réfléchit, des pilotes il en vient tous les mois), et je ne me plains pas parce que la rentrée japonaise est là, même si je n'ai pas encore eu le temps de me pencher dessus. Je ne vais certainement pas manquer d'occupations.
Mais quand même, une excitante page téléphagique se tourne avec le début du mois d'octobre.

Je reconnais ce moment un peu mélancolique au fait que c'est à cette période que mes disques durs saturent et que je commence à faire de la gravure parmi mes cagoules.

C'est d'ailleurs le moment idéal de faire le point sur les séries qu'on va suivre, et les autres. Car parfois, un pilote, sans être mauvais, n'est pas bon au point qu'on poursuive l'aventure. Forcément, plus on regarde de séries de la planète, plus il faut savoir doser l'énergie et l'enthousiasme qu'on est prêt à mettre dans une nouvelle série, et je l'ai appris à la dure cette année en commençant plusieurs fois des séries que je n'avais en réalité pas vraiment envie de suivre pendant 10, 15, 20 épisodes ; en général je m'en aperçois parce que les épisodes s'entassent dans un dossier et que je n'ai aucune envie d'écouler le stock (ça me l'a par exemple fait pour Winners & Losers qui, pour me plaire, n'aurait pas pas dû excéder la durée de 5 épisodes) (par contre j'aurais signé volontiers pour 20 épisodes de The Yard, à titre de comparaison).

Donc, bilan. Enfin, bilan des premières semaines de la saison, mais allez, bilan quand même.

PanAmForever

En fin de compte, je poursuis pour le moment 2 Broke Girls. Je sais pas trop pourquoi. Je ris pas vraiment, c'est un peu mon Mike & Molly de cette année (ce qui tombe bien puisque j'ai laissé tomber Mike & Molly).
En revanche, après le deuxième épisode d'A Gifted Man, j'hésite : après un pilote touchant, ce second opus nous a fourni tout ce qu'une série médicale peut offrir de plus cliché. Je pense que le troisième épisode sera décisif.
Petite baisse de régime aussi (mais moins grave) pour PanAm qui reste cependant sur mon planning. Je regrette que The Playboy Club ne puisse pas l'accompagner, j'apprécie réellement cette série même si elle ne révolutionne pas la face du monde. Dommage que la série se fasse annuler sans même qu'on puisse voir la suite des épisodes produits (PS : pour un historique d'une décennie de séries annulées plus vite que leur ombre, je vous renvoie au post de l'an dernier faisant suite à l'annulation de Lone Star).
Et bien-sûr, j'ai fermement l'intention de poursuivre Homeland et Suburgatory, mais là, je ne juge que sur un seul épisode.
Je ne me suis pas encore décidée pour Terra Nova et Up All Night, les jours qui passent ne jouant en pas en leur faveur. Toutes les autres séries appartiennent déjà au passé à mes yeux.

Ce n'est pas si difficile de faire du tri, en définitive : je repère les séries qui ne m'ont pas séduite à la rapidité avec laquelle leur pilote arrive sur une rondelle pour mes archives.

Posté par ladyteruki à 23:19 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

30-09-11

A thank you note

On a tous vu passer, en particulier si on est sur Twitter, des articles s'inquiétant plus ou moins (selon les auteurs et leurs convictions) du nombre de scénaristes de sexe féminin, de séries avec un personnage central de sexe féminin, et dans ce cas s'agit-il de personnages de sexe féminin forts, etc., dans les séries. Je vais être honnête avec vous : je ne les ai pas lus. Volontairement. J'en ai lu un il y a quelques mois, années peut-être, qui en gros tirait la sonnette d'alarme parce que, attention, il n'y a presque plus que des hommes qui écrivent, et quand des femmes écrivent c'est uniquement pour des séries de gonzesses et/ou pour ados, et je me souviens en essence m'être surprise à secouer la tête vigoureusement, en me disant qu'il n'y avait pire sexiste que certains féministes enragés.
Comme si être UNE scénariste faisait écrire différemment de si on est UN scénariste. Personnellement, 90% des histoires que j'écris s'intéressent avant tout à des personnages masculins ou à des ensemble shows mixtes. C'est une question de choix personnel et certainement pas de sexe que d'écrire sur quelque chose en particulier. Après, moi j'écris pour le plaisir et pas parce qu'on me paye pour le faire, et forcément c'est à prendre dans cette limite, c'est sûr ; peut-être que la réalité des choses c'est qu'on embauche plus facilement une femme pour écrire pour un show de la gamme de Desperate Housewives même si elle rêverait d'écrire un truc genre Oz. Mais dans ce cas le problème vient des exécutifs, pas des scénaristes, et je doute que leur opinion change grâce à un article de Jezebel ou autre.

C'est comme cette règle de Bechdel, ça me fait hurler tant c'est ridicule. Comme si pour se faire valider en tant qu'être indépendant, une femme devait faire abstraction des hommes. Ca ne représente jamais qu'environ 50% des êtres humains qu'elle rencontre dans sa vie, hein. Sans compter que si une femme parle avec une autre femme, elle ne sortira pour autant pas des stéréotypes liés à son genre, au contraire : plus une femme parle avec une autre femme, plus on est sûrs que, si elle ne parle pas d'hommes, elle parle d'enfants ou de fringues. Dans les fictions, ça n'est pas très différent.

Bref, on peut difficilement dire que je sois une féministe engagée. J'ai juste mes moments, quand certaines choses me chatouillent ou m'émeuvent. Parfois parce que je suis une femme. Parfois juste parce que je suis.

Et en cette rentrée, quelque chose m'a émue. La semaine dernière, déjà, j'évoquais dans le pilote de The Playboy Club une potentielle galerie de portraits de femmes, et de femmes dans les années 60, ce qui a forcément un sens particulier. Et pourtant, The Playboy Club est une série créée par un homme, Chad Hodge. Quant à PanAm, elle a été créée par un homme, Jack Orman. Pourtant, cela faisait bien longtemps qu'aucune série n'avait si joliment parlé de femmes, et en voici deux pour nous raconter l'histoire de jeunes femmes qui, en cherchant simplement à faire ce qui leur plait et leur convient dans un univers où ce qu'on attend d'elle est très limité, vont faire progresser toutes les femmes.

C'est en particulier devant PanAm (qui, comme je l'expliquais dans ma review du pilote, est plus explicite à ce sujet) que tout d'un coup j'ai eu cette révélation que, si des femmes comme Kate ou Laura n'avaient pas existé, je ne serais pas en train de regarder ce pilote dans mon nouvel appartement, pour lequel j'ai signé seule, pour lequel je prends des décisions seule, pour lequel j'ai fait une partie du déménagement seule, pour lequel je paye seule, moi, une célibataire de 30 ans. Il y a eu cet instant où j'ai vu les filles partir dans leur décapotable et où j'ai regardé autour de moi, en me disant subitement que parce que des femmes comme ça ont pris le risque de tout mettre derrière elles pour faire ce qui les rend heureuses, je n'ai pas à me poser la question de si moi, je peux le faire.
Devant des scènes comme celles-là, je regrette presque de ne pas être féministe tant j'ai l'impression d'avoir le vent dans le dos, d'être fière, d'être redevable. Je ne regrette pas de ne pas me passionner pour le débat Madame/Mademoiselle (en même temps on parle de quelqu'un qui n'a eu aucun problème à dire spontanément qu'elle avait 30 ans... depuis qu'elle en a 26 ou 27, et alors qu'elle en a actuellement 29, mais qui n'a aussi aucune envie de se marier, et qui entend donc indifféremment des deux tout le temps et se contrefous de savoir quel âge on lui donne, quel statut marital on lui donne, etc.), mais je regrette presque de ne pas me sentir plus solidaire de certaines de mes semblables qui ont toujours envie de changer quelque chose.

FreeLikeaGirl

Pour revenir aux séries, je crois que c'est aussi quelque chose qui me plait que de me dire que je ne vais pas y chercher, jamais, une conviction politique ou sociale, avec la quelconque envie d'y voir se réfléter mes propres convictions politiques ou sociales. Je sais ce que je pense de la peine de mort, par exemple, et si je regarde une série pro- ou anti-, ce sera parce que j'espère un sujet porteur de thèmes intéressants et de bon drama, pas pour valider ma propre perception des choses (sur ce thème, mon épisode préféré est celui de L'Esprit de l'Amérique, dans The Practice, qui bien que finissant sur une hésitation, propose des points de vue suffisamment différents). Mais je suis contente quand une série, qu'elle soit pro- ou anti-, me permet d'être émue sur un sujet à propos duquel je ne me posais plus tellement de questions ; le féminisme en est un. Je mène ma vie sans militer, et soudain je réalise que certains combats me touchent personnellement, parce que j'en profite aujourd'hui avec un délice dont vous n'avez pas fini de m'entendre me vanter vu la lune de miel que je vis avec mon nouvel appart.

Alors je voulais consacrer ce post du vendredi à ça, à remercier les femmes qui ont fait les efforts qui à moi, semblent aujourd'hui couler de sources. Et surtout, parce que c'est un blog téléphagique, à remercier les hommes qui ont créé des séries qui me rafraîchissent un peu la mémoire. Chad, Jack, merci. Dans quelques semaines j'aurai peut-être un coup de coeur pour une série qui n'aura rien à voir, American Horror Story, ou Grimm, ou Runaway, ou une série à laquelle je ne m'attends même pas, et je me sentirais moins proche de tout cela, sans doute. Mais ce que j'ai ressenti en cette rentrée, je vous le dois quand même un peu. Merci pour The Playboy Club et PanAm.

D'ailleurs puisqu'on en parle, et pas uniquement pour la raison évoquée dans ce post : quand est-ce qu'on a la suite de PanAm ? Une semaine, ça commence à être long. Et je crois bien que je suis sous le charme...

Posté par ladyteruki à 15:32 - Série de valeurs - Permalien [#]

26-09-11

PanAm sera toujours PanAm

PanAm

Il y a quelques jours, je vous disais que The Playboy Club n'était pas si mal et que, pourvu de mettre ses exigences d'excellence de côté, on pouvait passer un bon moment à apprécier son folklore et son ambiance rétro.
Je m'apprête aujourd'hui à vous dire que pour les exigences d'excellence, sans brader le folklore et l'ambiance rétro, PanAm a parfaitement réussi. Si je devais absolument choisir entre les deux (ce qui, Dieu merci, ne se produira pas), c'est PanAm qui l'emporterait haut la main.
Pourtant le pilote n'est pas exempt de défauts.

Musicalement, par exemple, c'était assez dérangeant d'avoir cette musique dramatisante dés qu'il se passe un truc pour souligner exagérément que ohlala elle va être en retard, ohlala c'est le premier vol, etc... Les chansons d'époque, même en surnombre, ça ne me dérange pas, mais la musique tirée d'un mélodrame, ça, ça m'obstrue vite les conduits auditifs. Ce serait pas mal que la prod se calme un peu de ce côté-là.
Plus vicieux : les flashbacks. Je suis obligée d'admettre qu'un épisode se déroulant intégralement dans le huis clos d'un appareil serait forcément un peu étouffant (ce procédé pourra être utilisé à l'occasion, par exemple quand, et non si, un épisode implique des turbulances inquiétantes ou un grave incident à bord ; je compte sur la prod de PanAm pour jouer avec cet outil au besoin), en revanche le principe du flashback est tellement usé ces dernières années qu'au deuxième, je poussais déjà des soupirs frustrés. Non qu'ils soient inutiles, au contraire, et pas que narrativement : ils permettent de très bien présenter les personnages, de souligner leur background mais aussi quelques unes des réalités du métier des personnages, et le passage à Rome comme celui à Cuba avaient tous les deux, par exemple, une bonne dynamique, bien que pour des raisons diamétralement opposées. Le problème c'est peut-être juste de trouver un équilibre pour ne pas nous noyer sous les flashbacks, mais cet équilibre ne devrait pas être trop difficile à trouver. De ce côté-là j'ai confiance.
Pour finir, ma relation d'amour-haine avec Christina Ricci connait un nouveau rebondissement : d'un côté j'étais contente de la retrouver au début de l'épisode, elle semblait être un personnage un peu électron libre, mais au fil de l'épisode, son jeu m'a semblé d'autant plus caricatural que son personnage s'affadissait. Ma chérie, je te rappelle que le nom en premier sur le générique qui n'existe pas encore, c'est le tien, essaye de mériter le statut de "nana la plus célèbre du cast" s'il-te-plait.

Maintenant qu'on a passé la partie la moins agréable, laissez-moi vous dire pourquoi j'ai un petit faible pour les chapeaux bleus plutôt que les oreilles de lapin (bien que je sois décidée à regarder les deux pour le moment).
PanAm réussit là où The Playboy Club n'a pas vraiment su installer ses intrigues complémentaires. Parce qu'à la base, on a le même principe : prendre un outil à former les femmes dans les années 60, à la fois pour les conformer à un fantasme de la société de consommation et pour leur permettre de prendre leur indépendance. Sauf qu'aucune des deux séries ne se contente de cela : la vie au sein de cette institution.
Il faut donc des intrigues à suspense pour faire revenir les spectateurs : The Playboy Club a choisi un meurtre, la mafia, des jalousies. Un choix correct, je le répète. Mais PanAm a fait mieux et a décidé de se tourner vers l'espionnage. Beaucoup moins cliché, surtout dans le contexte des "petites mains" : d'ordinaire, les espions à la télévision sont ceux qui font les opérations. Ici, on a droit à quelqu'un qui participe (ou pense participer ?) à des missions d'espionnage, mais qui ne fait pas de grande mission, de chose incroyable. C'est sans doute ce qu'il y a de plus fascinant dans l'espionnage et, qui plus est, ça s'inscrit incroyablement bien dans l'époque, avec la Guerre Froide, tandis que le thème de la mafia est commun à de nombreuses époques, et donc plus passe-partout.

Les intrigues personnelles des hôtesses (et de l'un des pilotes) sont assez peu originales pour le moment : celle qui a eu une aventure avec un homme marié, celle qui a pris son indépendance contre la volonté de sa famille (les hôtesses de l'air ne sont pas mieux considérées par leurs proches que si elles étaient des Bunnies), celle qui a une histoire avec un autre employé de PanAm... De ce côté-là, le match est nul même si PanAm parvient à fournir un peu plus de fond avec des intrigues tout aussi peu développées que The Playboy Club.
Le discours sur l'indépendance des femmes est plus significatif, plus explicite ici, grâce à l'intrigue de l'une des hôtesses, et parce que, tout simplement, un personnage leur rend hommage à la fin de l'épisode :

"They don't know that they're a new breed of women".

Je trouve très belle cette réplique qui nous invite à regarder des femmes être dans le rôle prévu pour elle par la société (elles peuvent être hôtesses de PanAm jusqu'à leur mariage OU leurs 32 ans, ce qui vient en premier), mais qui vont tout de même évoluer sous nos yeux en des femmes indépendantes et faire la révolution à leur façon. Peut-être un peu plus discrètement que des Bunnies, mais qui vont faire la révolution tout de même. Et qui ont déjà commencé. Mais qui ne le savent pas.
Alors bon, bien-sûr c'est plus facile d'admirer des femmes qui se libèrent sans porter une queue en peluche et des décolletés plongeants. Mais quand même, il est plaisant de voir combien ce thème est bien abordé dés le pilote.

Et puis, il y a le folklore. Le fantasme de l'hôtesse de l'air, d'une part, vivant chez bien des hommes mais aussi des femmes (pour les raisons énoncées plus haut). Et le fantasme PanAm. C'est l'incarnation de toute une partie de cette époque, une formidable façon de cultiver l'esprit d'entreprise des années 60, quand PanAm en était déjà à rêver d'emmener ses voyageurs sur la lune, de proposer le service le plus luxueux des airs, et d'entrainer des cohortes de jeunes gens à devenir l'élite de l'aéronautique. Cet aspect-là (qui rappellera aux spectateurs nipponophiles ce qu'on a pu observer dans Attention Please, suivez les tags pour en savoir plus) n'est pour le moment qu'à moitié développé mais la série a tout son temps pour revenir dessus, surtout si elle s'accroche à ses flashbacks ; je suis spécialement intéressée par la formation tant des hôtesses que des pilotes, et j'espère qu'on en saura plus via au moins un personnage. Personnellement je connais moins le mythe de PanAm que je ne connais celui de Playboy, mais le peu que j'en sais rend les choses excitantes de ce point de vue quand même, tant il est évident que ces jeunes gens sortent d'un moule à façonner l'excellence dont il me tarde de connaître les moindres détails, fussent-ils mieux connus du spectateur américain, forcément plus au fait de la légende.

Donc oui, le pilote de PanAm est une réussite, sans conteste. L'épisode ne perd pas son temps, sans pour autant partir dans tous les sens, il y a une véritable mythologie de la marque qui se dessine, des personnages potentiellement bons à développer. Les quelques égarements (musique, flashbacks) peuvent être atténués sinon corrigés facilement. Le cast est plutôt solide, la porte est ouverte à de nombreux guests, et ce sera facile de jouer avec la formule pour des stand-alones intéressants, originaux et/ou exotiques.
Il y a beaucoup de potentiel dans ce pilote. Tellement, que pour un peu, je regretterais presque que ce blog ne soit pas bleu. En tous cas et à défaut, mes cagoules seront définitivement, cette saison, aux couleurs de PanAm.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche PanAm de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 11:14 - Review vers le futur - Permalien [#]

21-09-11

Crème glacée et pudding

Ce n'est pas moi qui prétendrai que l'unviers de Playboy n'exerce pas une certaine fascination sur les esprits. Et d'ailleurs ça ne me gène pas de le reconnaître : il y a une dizaine d'années de ça, j'avais découvert le téléfilm A Tale of Two Bunnies et je l'avais adoré. On y voyait deux Bunnies débutantes commencer leur formation, l'une avec succès, l'autre en tombant dans les pires excès. C'était pas le scénario le plus incroyable du monde, et, loin de là, le cast non plus (qui sait qui est Marina Black ? Voilà merci), mais j'aimais bien le contexte historique, le décor du club, l'univers de Playboy en général, en tous cas tel que dépeint dans le téléfilm qui lui aussi choisissait une époque similaire. Donc c'était cool, voilà.
Et ce n'est pas moi qui prétendrai que, 10 ans après, la fascination sur l'univers de Playboy ne fonctionne plus.

Aisu

On en était donc là et, des séries que j'attendais à peu près (genre : ah oui elle a été commandée, non ?), The Playboy Club était l'une de celles que j'attendais le plus, si ça signifie quelque chose.
Je n'attendais pas du Mad Men : pour avoir du Mad Men, je pense qu'à ce stade on est tous conscients qu'il faut regarder Mad Men. The Hour l'a prouvé (avec brio) cet été ; on peut s'inspirer de la série à succès et pour autant, tout de même su trouver son univers. J'ai hâte de voir si Erobreren aura également appris la leçon.
The Playboy Club, à sa façon, et contrairement à ce que la plupart des mauvaises langues vous diront, a aussi tiré les enseignements du succès de Mad Men sans en être une pâle copie. Il y a inspiration, c'est indéniable, et plus forte sans aucun doute que dans The Hour, mais Playboy recouvre un tel folklore, fait appel à une telle part de notre imaginaire, plus encore dans sa prime jeunesse (aujourd'hui ça ne fait probablement plus rêver que les chirurgiens esthétiques), qu'on ne peut pas juste se limiter à cela quand on aborde la série. Oui, il est certain que NBC a commandé la série à cause de Mad Men, et le pilote tourné en conséquence. Mais le pilote ne se borne pas à copier son aîné.

Alors après, je ne vais pas prétendre qu'il s'agit de ZE pilote de la rentrée. Déjà parce que pour rivaliser avec la qualité de Homeland, il faut se lever tôt. Et ensuite parce que je ne suis pas totalement stupide (non, pas totalement), et que je vois bien les limites de la série.
Mais plus le pilote avançait, plus je me suis dit que, quand même, je ne voyais pas ce qu'on pouvait lui reprocher. On peut tout-à-fait ne pas l'apprécier, surtout si on aime déjà Mad Men et qu'on a l'obsession que semblent avoir beaucoup de demander aussi bien que Mad Men sinon rien (et si déjà on arrêtait de comparer, on pourrait se détendre un peu et apprécier un peu mieux le pilote), mais on ne peut pas dire que c'est une merde, pas si on a vu Whitney, par exemple. Ou The Secret Circle. Ou... vous m'avez comprise.

Evidemment c'est un peu cliché, mais Playboy EST un cliché : on vend du cliché, quand même, à la base ! Et bien-sûr, cette histoire d'homicide est un peu cousue de fil blanc parce qu'on sent que c'est un prétexte pour lier la nouvelle Bunny au séduisant héros. Et alors ? Vous croyez qu'une intrigue de Grey's Anatomy, où dés le début on a droit à un "comme par hasard...!", était moins téléphonée ? Mais on s'attachait aux personnages, au contexte, aux histoires (ou pas) (ou plus, dans mon cas ; j'ai pas été très loin).

On est avant tout là pour visiter les coulisses du club, assister à la genèse de Playboy, les premières fêtes dans le Manoir Playboy, les costumes, l'ambiance musicale de l'époque. On veut juste tâter les oreilles et les petites queues soyeuses plutôt que de regarder éberlués des lèvres et des nichons démesurés sur du papier glacé qui n'a plus rien de frippon. On veut revivre la légende. On veut avancer avec les Bunnies, parce qu'outre le petit derrière qui frétille, c'étaient de jolies histoires de femmes, là où Mad Men est quand même plus un univers d'hommes (ce qui n'empêche pas les beaux portraits de femmes, bien-sûr).
Les histoires de mafia, l'apprentissage des Bunnies, les fêtes folles, les clients qui tentent d'être discrets, les inévitables coucheries, les jalousies, les secrets... c'est bien aussi. Il n'y a rien de honteux. Il n'y a rien de piteux. Il n'y a rien de génial, ah ça on est d'accord, mais ce n'est pas plus crétin que les centaines de séries policières photocopiées qui débarquent chaque année sur les écrans (mon programme ce soir : tenter Unforgettable).

C'est un milieu original, que dis-je original, unique. Je ne vois pas pourquoi j'en demanderais plus à une série qui peut, si on le lui permet, me fournir du divertissement sympathique et rétro sans faire honte au monde de la télévision, simplement parce qu'elle a pensé que pour voir le jour, il fallait surfer sur la vague d'une série encensée par la critique. On a eu pléiade de séries policières qui l'ont fait pendant la décennie précédente et on ne leur en a pas tenu rigueur pour si peu. Je trouve vraiment exagéré le lynchage auquel j'assiste depuis quelques jours ; ou alors je lis pas les bonnes reviews.

Non, The Playboy Club n'est pas le meilleur pilote de la rentrée, loin s'en faut. Mais ce n'est pas le pire non plus, là encore loin s'en faut. Je regarderai le temps que ça durera, dussè-je être la seule.

Et pour ceux qui manquent cruellement de cul-ture : la fiche The Playboy Club de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 21:37 - Review vers le futur - Permalien [#]


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