ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

27-04-13

We are family

SeriesMania-Saison4-Logo

Il est trop rare de pouvoir découvrir les séries que je vois apparaître à la télévision israélienne ; Ima & Abaz sera l'une des exceptions, grâce à la bienveillance de Series Mania qui l'a projetée hier soir sous le titre Mom & Dads. J'aurais préféré l'incroyable Oforia, mais ce sera peut-être pour une autre fois ?
Le pitch d'Ima & Abaz est assez simple : un couple gay a un bébé avec une femme célibataire. Contrairement à The New Normal (dont les deux premiers épisodes étaient également projetés lors de la même soirée), il ne s'agit pas ici pour le couple de trouver une mère porteuse ; Ima & Abaz est plutôt une histoire de polyparentalité.

La série commence alors que Talia, qui est donc la future maman, et enceinte jusqu'aux yeux, perd les eaux. C'est une idée vraiment intéressante que de prendre trois personnages aux relations déjà bien formées : tout ce petit monde se connaît sur le bout des doigts, l'immersion est donc totale dans les interactions entre ces trois parents.
Si Talia a perdu les eaux, il est un peu tôt cependant (elle ne doit pas accoucher avant un mois), aussi se rend-elle à l'hôpital un peu inquiète, prévenant les deux futurs papas. Les réactions de ceux-ci ne pourraient pas être plus différentes l'une de l'autre : alors que Sammy s'empresse, avec de deux ses amis (des folles très caricaturales), de donner un coup de main pour rassembler des affaires et les amener à la future maman, Erez décide de tout de même entrer dans le cabinet de son psy et de faire ses 45 minutes d'analyse (apparemment quotidiennes). On apprend par la suite que les rôles sont un peu inversés en l'occurrence, puisque c'est Erez le papa biologique du bébé !

C'est justement Erez qui va faire tout l'intérêt de cet épisode ; c'est une sacrée performance d'ailleurs quand on voit combien le personnage est irritant et insupportable, empêchant de surcroît les spectateurs d'avoir toute forme d'affection pour lui (et l'identification ayant très peu de chances de jouer de quelque façon que ce soit). A absolument chaque stade de l'évolution de l'accouchement, puisque c'est bien ce qui va se produire dans le pilote, Erez va être totalement désengagé de la situation. Emotionnellement, il n'est pas du tout impliqué, et du coup, il ne joue aucun rôle aux côtés de Talia, se faisant plusieurs fois rabrouer par Sammy. Et le pire c'est qu'il a l'air de n'en avoir cure ! A se demander comment il a fini par être le père biologique, ou même s'il a jamais eu le moindre désir d'enfant. Ajoutez à cela que, obsédé par la psychanalyse, il n'a de cesse d'expliquer aux autres leur propre comportement (difficile de ne pas être agacé !), et vous avez vraiment le portrait de l'antithèse du futur papa idéal. De son côté, Sammy tente d'agir dans un premier temps comme un pillier du trio, et même de toutes les pièces rapportées : il soutient Talia du mieux qu'il peut, recadre Erez, appelle la famille et les amis pour les prévenir, temporise avec le personnel médical quand quelqu'un pète un câble (notamment quand la réceptionniste refuse de donner des bracelets pour entrer à la nurserie à plus de 2 parents), ainsi de suite. Talia, quant à elle, est évidemment mise à rude épreuve physiquement, et éprouve des doutes sur l'avenir qui est le sien ; dans une conversation douce-amère avec une infirmière attentive, elle confiera qu'elle aurait sûrement voulu avoir une famille plus traditionnelle, mais enfin, les choses ne se sont simplement pas passées comme ça pour elle.
Le plus intéressant est que ces trois personnages n'ont aucun filtre (et surtout pas Erez). Ils sonbt soudés à un tel point, par les circonstances et par les mois déjà passés ensemble, qu'ils sont très clairs les uns avec les autres ; les mini-clashs qui jalonnent leur folle journée sont donc précieux, mais cela rend surtout les moments de tendresse encore plus touchants. Eux-mêmes n'avaient d'ailleurs peut-être pas réalisé à quel point ils étaient déjà soudais : Ima & Abaz commence en fait ici par un épisode qui nous montre une famille qui s'est déjà construite, mais qui ne va le réaliser qu'à ce moment charnière de leur vie familiale.

Family

Mais surtout, un peu dans le pilote, et surtout dans l'épisode suivant, ce qui fait la force d'Ima & Abaz, c'est qu'on y trouve d'entrée de jeu, derrière les situations drôles (et il y en a) ou attendrissantes (et elles ne manquent pas), une incroyable faculté à se demander ce que c'est que d'être parent, comme, je l'avoue, je n'ai jamais vu aucune série le faire.
Là où Talia se demande sur qui exactement elle peut compter (il faut dire qu'à part sa soeur, sa famille n'est pas certaine encore d'avoir bien avalé la pilule), craignant un peu d'être abandonnée avec la responsabilité du bébé, Erez quant à lui, cache qu'il souffre en fait énormément de ne rien ressentir vis-à-vis de la naissance puis de l'enfant ; Sammy, qui a toutes les apparences du papa parfait, va être de son côté renvoyé dans les cordes lorsqu'Erez lui fait brutalement remarquer qu'il compense sûrement pour n'être pas biologiquement relié à l'enfant. Par-dessus le marché, Sammy rêve secrètement de garder le bébé chez eux, et souffre que Talia rentre chez elle avec le bébé après l'accouchement.
C'est Erez qui va nous offrir les plus intéressantes questions : il ne reconnaît pas le bébé à la nurserie (on l'accuse d'avoir voulu voler un autre bébé), il décide au dernier moment de ne pas renconnaître l'enfant administrativement, et ainsi de suite. Son comportement imbuvable masque en fait la souffrance de savoir qu'il devrait ressentir quelque chose, du bonheur peut-être ? et que ce n'est pas le cas. Pire encore, quant il essaye de compenser, il est totalement indélicat et se met Talia (incapable d'allaiter) à dos en embauchant une nourrice, et la mettant devant le fait accompli ! Car dans le fond, qu'est-ce qu'être père, se demandent les deux papas : est-ce être lié par le sang ? Est-ce prendre les "bonnes" décisions en se basant sur des faits "objectifs" ?

Fort heureusement, dans Ima & Abaz, Talia, Erez et Sammy ont autant de tendresse dans leur drôle de petite famille que n'en avaient Alice, Richie et Mitch dans Threesome. C'est ce qui rend Ima & Abaz, en dépit de ses interrogations angoissées, terriblement attachante. Nul doute que tous les trois, à leur façon, vont progressivement s'améliorer. Quelque chose dans la franchise de leurs échanges nous le dit, dans l'absence d'hystérie de ces deux premiers épisodes, aussi, qui évitent les caricatures (y compris, dans le pilote, sur le sujet pourtant éculé de l'épisode d'accouchement).
Encore faudrait-il le vérifier en voyant les 10 épisodes qui n'ont pas été projetés à Séries Mania (sachant qu'en plus une 2e saison est en préparation), mais j'ai peu d'espoir à ce sujet. Dommage, Ima & Abaz est bien plus touchante et intelligente sur son sujet que peut l'être The New Normal, mais l'invasion des séries israéliennes sur les écrans français n'est pas encore pour aujourd'hui.

Posté par ladyteruki à 22:38 - Review vers le futur - Permalien [#]

21-10-12

Dans l'oeil de celui qui regarde

Il y a des jours où ce challenge avec whisperintherain commence à me courir sérieusement. Hasard ou coïncidence, c'est quand je dois m'envoyer le pilote d'un remake fait par la CW et comptant Kristin Kreuk au générique que j'attends le plus facilement les limites de ma patience. Allez comprendre. Autant vous prévenir, donc, j'étais de très mauvaise humeur quand j'ai lancé le pilote de Beauty and the Beast, et ça ne s'est pas arrangé ensuite ; ce post est donc là essentiellement pour remplir ma part du challenge, mais je n'ai éprouvé aucune sorte d'intérêt à le rédiger.
Du coup, si vous décidez de ne pas le lire, et de directement cliquer au bas de ce post pour atterrir chez l'ami whisper, bah je ne vous en veux pas du tout. Si j'avais pu, j'aurais fait pareil.
Mais voilà, j'aime bien aller au bout de mes défis.

Beauty

Mon Dieu que cette affiche est laide.
Non, je sais, ce n'est pas le propos de ce post, mais enfin, chaque fois que j'ai trouvé cette affiche quelque part, elle avait systématiquement ces traces de désaturation localement resaturée, ce qui fait comme des taches de vin sur les visages des deux héros, c'est juste ridicule. Vraiment, je ne comprends pas comment on peut être aussi mauvais avec Photoshop ; même moi qui ne suis pas un génie, j'arrive à faire mieux. Il y a des séries qui tendent le bâton pour se faire battre ; rien ne rattrape un peu le niveau dans Beauty and the Beast, c'est atroce.
Pardon pour ce bref intermède, mais vraiment, le niveau de foutage de gueule est tel que c'est difficile de ne pas râler.

Bon, alors, le pilote de Beauty and the Beast, donc. Je vous préviens ça va aller très vite, je ne l'ai pas vu en entier. Ah non hein, c'était hors de question ! Je suis peut-être masochiste, mais pas suicidaire ; à un moment il faut poser des limites, quoi. Sincèrement, c'est insupportable de devoir se cogner des horreurs pareilles. Quand je vois Beauty and the Beast, je préfère presque regarder un deuxième épisode de The New Normal, pour vous donner un ordre d'idée.

Peut-être qu'il y a une part de mauvaise foi de mon côté. Peut-être que, La Belle et la Bête faisant partie des toutes premières séries que j'ai regardées (et ce même si aujourd'hui mes souvenirs en sont plutôt flous, en-dehors du pilote que j'ai revu ces dernières années), j'avais un a priori négatif sur ce remake ; c'est même très problable. Mais ce qui n'arrange rien, c'est que ce même remake soit absolument pourri, que ses deux acteurs principaux se soient lancés dans un concours de transparence (on peut difficilement dire que Kristin Kreuk nous ait jamais ébahis, eh bien c'est pareil pour Jay Ryan qui n'a jamais été le point fort de Go Girls de son côté), et que l'intrigue soit molle au possible.

Tous les remakes ne sont pas coupables par définition, certains sont potables, il doit même y en avoir quelques uns de bons (aucun ne me vient à l'esprit là tout de suite, mais comme je l'ai dit, je suis de mauvaise humeur), mais il faut y mettre un tant soit peu du sien.
Beauty and the Beast n'était pas obligée de redire la même chose que son aînée, de la relation de Catherine et Vincent il y a 25 ans au monde incroyable des tunnels de New York, beaucoup d'éléments n'étaient pas obligés d'être conservés. Toute vieille conne nostalgique que je sois, je suis capable d'admettre que ce que j'ai aimé dans une série qui est remise au goût du jour, je ne le trouverai pas nécessairement dans sa nouvelle version. La nostalgie n'est de toute façon jamais vraiment comblée par un remake ; sur ma liste de Noël de cette année, il y aura l'intégrale de La Belle et la Bête, comme ça c'est réglé.
Mais cette nouvelle mouture avait l'obligation d'essayer de faire de son mieux pour apporter quelque chose qui donne envie de la regarder. Or, si ni l'intrigue, ni les protagonistes, ni le contexte n'ont d'intérêt, que reste-t-il ? Il reste une prétendue romance entre une jeune femme fade et la créature soi-disant pas très esthétique qui souhaite la protéger.

Alors parlons-en, de la romance. Vous le savez, je ne suis pas intéressée par 99% des romances en séries ou en films. Eh bien je crois que je comprends pourquoi quand je vois ce pilote : parce que, à l'instar de Beauty and the Beast, on n'a aucune idée de pourquoi les personnages s'aiment. Ils le font uniquement parce que ça s'est présenté comme ça, que les scénaristes avaient besoin d'une romance, et que vogue la galère.
Que peut bien aimer Vince chez sa dulcinée ? Bon, elle est belle, soit, admettons. Génial, ça doit lui faire plaisir à Catherine : tu fais du 34 et des mecs t'aggressent, DONC Vince tombe sous ton charme. Ca doit lui aller droit au coeur. Pire encore, Catherine n'est fascinée par Vince que pour une seule raison : il l'a sauvée ! On pourrait presque parler de reconnaissance du bas-ventre, pour un peu. Ils ne connaissent rien l'un de l'autre, mais juste parce qu'il s'est passé un truc il y a 9 ans, paf ! Allez, on va faire en sorte qu'ils soient attirés l'un par l'autre à leur corps défendant. Ce n'est pas romantique. Ce n'est même pas intéressant. C'est purement gadget. Il n'y a aucune forme d'émotion.
Mais si c'est pire ici, c'est parce que la Belle n'est même pas belle et que la Bête n'est même pas monstrueuse (comme 712 personnes avant moi l'auront sans doute dit). Où est l'enjeu ? Pourquoi la Bête ne vit-elle pas au grand jour ? Où est la dimension d'un amour impossible et/ou dépassant les limites de la société ? Pourquoi la Belle et la Bête ne prennent-elles pas un loft ensemble à Brooklyn ? Bon, je veux bien que les Américains ne connaissent pas Ribéri, mais franchement, il y a bien pire que Vince dans les rues de New York...

Alors, je n'ai jamais vu Twilight, je n'ai aucune intention de m'y mettre, mais Beauty and the Beast est exactement ce que j'imagine que Twilight doit être, à condition de l'accoupler avec un épisode des Experts.
Pardon pour cette surenchère d'images mentales d'une grande violence... mais pour vous exprimer mon dégoût, il fallait bien ça.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 21:17 - Review vers le futur - Permalien [#]

23-09-12

Nuit blanches

Outre les pilotes, certaines séries commencent à reprendre (à partir de la semaine prochaine, je vais commencer à me sentir concernée, mais pour le moment ça va). Et cette semaine, j'ai vu quelques tweets passer au sujet d'Up All Night.
Autant, il y a des séries que j'abandonne sur le côté de la route sans même me retourner, on peut m'inonder de tweets sans que ça ne me fasse même ciller, autant parfois... Eh bien, c'était l'une de ces fois. Et j'ai essayé de me souvenir pourquoi j'avais arrêté de regarder Up All Night.

Allez lady, sans tricher ! Sans regarder sur le blog, sans aller fouiller dans les tags, juste de mémoire, sérieusement : es-tu capable de te rappeler pourquoi tu as arrêté Up All Night au bout de quelques épisodes à peine ?
Eh bien la réponse est non. J'avais clairement le souvenir d'avoir apprécié le pilote, pourtant. Peut-être un peu moins le deuxième épisode. Le troisième n'est qu'un gros flou dans ma tête... Alors j'ai décidé de tout simplement revoir le pilote, et d'aviser.

UpAllNight-Promo

Quatorze épisodes plus tard, ça y est, je suis en mesure de mettre le doigt dessus. C'est Maya Rudolph. Vraiment, faut passer au déca.
Alors la bonne nouvelle c'est que justement, au fur et à mesure que la saison avance, elle se calme. J'ai presque envie d'envoyer un texto à mon moi d'il y a environ un an et de lui dire : "it gets better". Mais je craindrais qu'elle ne l'interprète pas correctement. Bon, je n'ai pas encore fini la saison, mais, clairement, ça s'arrange, et même quand Rudolph en fait des caisses comme c'est son habitude, il y a encore moyen d'apprécier les moments de tendresse authentiques de cette excellente dramédie.

Parce que, outre les excellentes performances d'Applegate et Arnett (qui entre parenthèses sont incroyablement bien assortis), il faut quand même dire que le charme d'Up All Night, il est dans le délicat et fragile équilibre entre comédie classique et grâcieuse chronique de la vie de parent. Et moi qui ne suis pas parent, qui n'ai même pas envie, mais alors, pas l'embryon de l'ombre d'une envie de l'être, je trouve ça prodigieusement facile de me glisser dans la peau de ces parents et de vivre avec eux les premiers mois de la vie de leur fille.
En fait, si je devais avoir un enfant, le mieux serait qu'il soit constamment dans un écran et que je puisse le mettre sur off, exactement comme un épisode d'Up All Night. Vraiment c'est le compromis parfait pour me faire accepter la présence d'enfants dans mon salon.

Ce qu'Up All Night accomplit, c'est de traduire quelque chose de très trivial, l'essence-même du quotidien et des tracas de la vie de couple. Et pourtant, la série parvient à traduire des sentiments universels, telle que l'espoir de ne pas abandonner ce que l'on aime chez soi-même, ce qu'on aime chez l'autre, et ce que l'on aime dans son couple. C'est une façon adorable de chercher le compromis, mais en voulant en lâcher le moins possible. C'est exactement ce que je voudrais que le pilote de The New Normal transmette au moins une fois, quelque chose de plus accessible. S'adresser aux spectateurs en tant qu'humains, pas en tant qu'électeurs. C'est tellement plus facile de se mettre du côté des parents d'Amy lorsque ceux-ci nous paraissent touchants.
Il parait d'ailleurs que les épisodes suivants de The New Normal sont plus émouvants mais... quand quelqu'un qui a vu le pilote n'est pas parti en courant, je me méfie de son avis pour la suite.

Du coup, encore un ou deux jours à ce rythme, et j'ai fini la saison d'Up All Night, et je pourrai embrayer sur la suivante. Ce qui est génial parce que comme ça je reprends le rythme de diffusion de la série, ni vu ni connu...!

Et maintenant je vous laisse, parce que c'est juste la plus importante soirée de toute l'année ! Emmy Awards, me voilà ! D'ailleurs si vous hésitiez encore, n'hésitez pas à me rejoindre sur Twitter où je commenterai la soirée en direct...

Posté par ladyteruki à 23:26 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

01-09-12

Liens du sans

Ca y est, c'est le mois de septembre, et c'est officiellement le moment pour des centaines de séries de démarrer. Peut-être pas des centaines, admettons. Mais c'est donc le mois pendant lequel notre défi va s'intensifier. whisperintherain et moi-même avons en effet décidé de regarder et reviewer absolument chaque pilote de série de la saison, et c'est aujourd'hui le tour de Ben & Kate.
Evidemment, en lien à la fin du post, je mettrai la review de whisper dans un joli petit lien sur lequel vous pourrez cliquer sitôt qu'il l'aura postée, et ainsi comparer nos deux avis.

BenandKate

Beaucoup de comédies nous emmènent sur le terrain de la famille, cette année, semble-t-il. Il fallait s'y attendre : c'est l'effet Modern Family. Les bandes de copains et les situations professionnelles existent toujours, évidemment, mais on sent bien que par un prompt renfort, cette année, des familles plus ou moins marrantes nous envahissent. Après The New Normal qui voulait absolument nous imposer un cadre familial pas-courant-mais-en-fait-c'est-la-norme, et avant Guys with Kids qui tentera de nous montrer une inversion des rôles traditionnels dans la famille, voilà donc Ben & Kate.
Je n'avais d'ailleurs aucun a priori sur la série pour la bonne raison qu'en-dehors de son titre, je n'avais absolument pas prêté attention à son existence. C'est ça qui arrive quand aucune chaîne de l'Utah ne fait de manières pour vous diffuser...

Ben & Kate, c'est l'histoire d'un frère et d'une soeur qui ont grandi ensemble mais ont des personnalités opposées : Ben est un grand gamin irresponsable et imprévisible, tandis que Kate a mûri très vite, est la mère d'une petite fille de 5 ans et conserve toujours la tête sur les épaules. A ce duo s'ajoute donc la fille de Kate, une adorable petite rouquine du nom de Maddie ; la collègue de Kate dans le bar où elle travaille, BJ ; et le meilleur pote de Ben, qui est amoureux de Kate (et pas secrètement du tout), Tommy.
Dans cette étrange petite tribu, il y a donc un noyau familial et des pièces rapportées. Le pilote ne fait pas mine d'essayer de nous expliquer que c'est un autre genre de famille (vous savez, la famille qu'on choisit), mais c'est quand même un peu l'idée générale, d'autant que le couple formé par Ben et Kate, s'il est naturellement totalement platonique, rappelle énormément la structure de nombreux couples de télévision, où le mari n'est pas très sérieux et la femme l'est pour deux.
On est donc dans une dynamique qui n'invente pas le fil à couper le beurre, et il faudra donc compter sur autre chose pour susciter l'attention dans ce premier épisode.

Malheureusement, le pilote de Ben & Kate ne commence pas de façon fulgurante. Il est même, osons les mots, franchement lent. L'exposition est assez convenue et manque de rythme, on passe énormément de temps à s'inquiéter de l'état de la vie sentimentale de Kate, qui n'a que très peu d'intérêt, et de ses petites névroses de célibataire, ce qui fait qu'on profite assez peu de ce que le pitch de départ peut offrir sur le plan de l'humour. Ce registre est d'ailleurs entièrement dévolu à Ben et son meilleur copain, avec une ou deux sorties du côté de BJ, ce qui limite franchement les promesses d'avenir. Chaque membre du couple est parfaitement dans son rôle, et Kate aura toutes les peines du monde, pendant cet épisode, à ne pas sembler totalement coincée, et donc à passer pour l'éteignoir de la série.
Des recettes classiques et sans prise de risque, qui font qu'on navigue dans les eaux tranquilles de la série pas bien méchante, mais qui a substitué la légèreté à la véritable comédie, faute de se trouver une énergie personnelle.

Il faudra attendre la toute fin de l'épisode pour que Ben & Kate s'éveille enfin, avec une séquence très touchante nous permettant, enfin, de ressentir le lien entre les deux protagonistes éponymes. C'était évidemment primordial de ne pas tenir pour acquis que ces deux-là étaient très proches, et vu leurs différences, il fallait absolument montrer ce qui les unit. Bon, ça aura pris du temps, mais vers la fin du pilote, c'est tellement palpable que je confesse en avoir eu l'oeil humide tant la scène était jolie comme tout. Classique, certes, mais vraiment capable d'atteindre son but.
Cette séquence émotion est suivie par une autre pleine de bonne humeur, qui officialise la petite tribu comme étant une petite famille composée, et rappelle à quel point chacun, s'il peut sembler seul ou pathétique pris à part, trouve vraiment avec les 4 autres un nid chaleureux. Cette partie fait chaud au coeur comme un épisode de Raising Hope.
Pour finir, le pilote s'achèvera sur un gag hyper facile, mais efficace en diable, afin de conclure sur une bonne note qui met de bonne humeur.

Alors au final, eh bien il s'avère que le bilan pour Ben & Kate est positif pour moi, tout simplement parce que j'ai pleuré et ri à quelques secondes d'intervalle sur la fin, et que, eh bien, devinez quoi : la dernière impression reste. Et puis, ils sont effectivement sympas ces personnages, même s'ils sont peu originaux, les acteurs principaux (Ben, Kate et Maddie) ont un vrai capital sympathie, ils fonctionnent bien ensemble, bref le trio est capable de s'installer dans votre salon l'air de rien, et pour une comédie familiale, c'est quand même vital.
Seulement, ce pilote manque aussi dramatiquement de folie. Je citais plus haut Raising Hope, mais Ben & Kate est bien loin de parvenir à susciter le rire avec autant d'énergie, et ne parlons même pas d'inventivité. Le personnage de Ben pourrait devenir plus barré, cela aiderait, mais il faut aussi décoincer le personnage de Kate qui a tendance à empêcher les scènes de vraiment être propices au lâchage. Même dans les dialogues où elle tente l'humour (comme dans l'église, par exemple), Kate ne parvient pas à être totalement drôle. Peut-être que finalement il faudra qu'elle soit juste un peu plus caricaturale pour réussir à nous faire rire.

Ce n'est pas assez barré. Mais le potentiel est là, et je serai ravie de passer encore un ou deux épisodes avec Ben, Kate, Maddie, BJ et Tommy, histoire de voir si les scénaristes se laissent aller à de véritables délires. D'ailleurs, s'ils ne le font pas, on se retrouvera vite avec des histoires un peu trop communes qui risquent de ramener toujours les mêmes clichés sur la table (le mec irresponsable et la fille qui répare les dégâts), et ça franchement, on a donné. Il n'y a donc pas 712 options.
Ben & Kate a une chance d'atteindre son objectif, donc ; avec un peu de travail, elle pourrait avoir beaucoup de charme, mais ce n'est pas encore gagné. Espérons qu'entre le pilote et le deuxième épisode, une prise de conscience se fasse, parce que j'ai aussi le sentiment que dans le cas contraire, on passerait à côté d'une sympathique aventure.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 02:07 - Review vers le futur - Permalien [#]

29-08-12

La fin justifie l'absence de moyen

En cette rentrée, whisperintherain et moi-même avons un petit défi, blah blah blah, tester tous les pilotes et les reviewer, etc., bon. Vous commencez à connaître le refrain. En tous cas le coup d'envoi de la rentrée est bel et bien donné, car entre les pilotes qui commencent à être diffusés, et ceux qui commencent à leaker, on a tout juste pied. Alors tâchons de tenir le rythme, et passons si vous le voulez bien à une autre série de NBC, The New Normal.
Et évidemment, en lien à la fin du post, je mettrai dés qu'elle sera postée un lien vers la review de whisper, pour que vous puissiez continuer de lire et comparer nos deux avis.

TheNewNormal-Promo

Ah, c'est très, très malin ce qu'a fait Ryan Murphy avec The New Normal. Très, très malin. Non vraiment, chapeau.
Prendre un sujet de société ultra-polémique, et en faire une comédie extrêmement militante, ça permettait de ne pas du tout se poser la question de la qualité : si on critique les personnages clichés, les situations convenues ou les dialogues franchement légers, il est facile de se voir opposer une réaction navrée du type, "t'as pas d'humour", ou, en version plus outrée, "je pensais pas que tu étais homophobe". Après tout, c'est écrit par un gay, il doit connaître son sujet, non ?!
Et c'est là que c'est particulièrement bien joué. Il n'y a pas de débat possible. Non pas autour du thème de la série (bien que celle-ci, entre autres de par son titre, réduise toute possibilité de questionnement à zéro), mais autour de sa qualité, justement de par le sujet et la façon de le poser. Parce que, si vous n'avez pas été réceptif, c'est tout simplement que vous êtes un bigot en puissance et puis c'est tout.

Le problème, c'est qu'en abordant le pilote de The New Normal, on ne devrait même pas avoir à se demander quelle opinion on a sur le sujet (et en écrivant une review, on ne devrait pas non plus avoir à clarifier sa position).
On ne devrait pas se dire "enfin une série qui fait un peu avancer les mentalités !", car faire avancer la société ne repose pas sur une seule série (mais sur plusieurs, si possible pas toutes produites par la même personne), et surtout, émane rarement d'une volonté aussi évidente de vouloir imposer un discours.
On ne devrait pas se poser la question, qui plus est, tout simplement parce que ce n'est pas le thème de la série qui détermine sa réussite, mais la façon dont on peut se lier avec les personnages. La parentalité, c'est universel. Envisager de devenir parent, et ce faisant, se demander quel sera le poids de l'hérédité et des conditions dans lesquelles l'enfant va grandir, c'est universel. Bien-sûr, les mères porteuses, les parents gays super-riches, et toute cette sorte de chose, ça n'a rien d'universel. Mais si The New Normal fait bien son boulot, ça ne devrait pas entrer en ligne de compte. C'est justement comme ça qu'on fait avancer les mentalités.
Mais à la vue de The New Normal, comment ne pas concéder un peu de crédit à ceux qui parlent de gay agenda ? Et, par ricochets, comment contredire ceux qui prétendent que Hollywood veut à tout prix imposer une certaine vision de l'homosexualité ? Comment peut-on ensuite leur opposer qu'il ne s'agit pas de forcer les choses, mais simplement d'obtenir l'égalité... quand, à côté, on a The New Normal ? C'est comme un adolescent qui promet qu'il sera sage pendant le weekend où il reste seul à la maison... pendant qu'un de ses copains décapsule une bière sur le canapé ! Difficile de conserver un semblant de sérieux quand Ryan Murphy, qui a intégralement bâti sa carrière sur la provoc' et le je-m'en-foutisme, est à côté en train d'allumer un spiff d'une main pendant qu'il écrit un épisode de Glee de l'autre, alors que juste à côté, toi, tu promets aux neo-cons avec ta plus belle tête de premier de la classe que, juré, c'est une question d'égalité.

Dans le fond, ce n'est pas de cela qu'il devrait s'agir en commençant le pilote de The New Normal, mais simplement de télévision. Comme chaque fois qu'une série avec un sujet à polémique démarre, ce sont ses qualités et uniquement elles qui feront la différence.
Et à plus forte raison pour nous, téléphages, qui devrions être capable de regarder une série pour celle qu'elle est et pas seulement pour ce qu'elle essaye de signifier en période d'élections présidentielles. Du moins faut-il espérer que nous avons acquis, avec l'expérience et le nombre de séries que nous avons vues, le recul nécessaire pour ne pas tomber dans le panneau.

Alors, tentons d'éviter l'écueil du débat facile, qui ne manque(ra) pas d'entourer The New Normal, et concentrons-nous sur les qualités intrisèques de son épisode pilote.
Ce ne sera pas aisé, car il n'y en a pas beaucoup.

En fait, tout bien pesé, je n'ai relevé qu'une seule bonne scène : celle pendant laquelle Bryan et David sont ensemble, dans leur lit, et parlent de leur paternité à venir à coeur ouvert. Les grimaces sont loin, les personnages sont honnêtes, et il émane de cette scène une tendresse pétillante qui est, à mon sens, ce qu'on vient trouver dans une comédie dont le slogan a le culot d'être "a post-Modern Family" (pun obviously intended). Les personnages sortent, en cet instant, de la caricature dans laquelle ils ont été fourrés avant cette scène (et hélas, après), et nous offrent pour la première fois la possibilité de nous attacher à eux. Car nous avons besoin de ça pour les suivre dans leurs délires.
Mais je réalise en écrivant cette phrase que je n'ai aucune idée de quels délires il s'agit. En fait, tout bien réfléchi, je suis incapable de citer un seul passage qui me soit apparu comme voulant être drôle (sans même envisager de déterminer s'il y a réussi). Outre les personnages caricaturaux (l'un des deux gays, son assistante, la grand'mère de la mère porteuse), il n'y a aucune scène d'humour. Il y a une engueulade sur la fin, mais elle ne cherche pas tant à être drôle qu'à surprendre. A part ça, non, rien. Et ça me fait un choc parce que tout le long de l'épisode, je me suis dit "ils traitent vraiment ça à la légère", et je pensais que je parlais d'humour mais à présent je réalise que non, ce qu'ils ont traité à la légère dans le pilote de The New Normal, c'est à la fois les personnages, les rebondissements... et le genre-même. Ce n'est pas une comédie. Il n'y a aucune forme d'humour : ni slapstick, ni répliques piquantes, ni comique de situation, non, aucun mécanisme de tout le pilote qui puisse faire penser qu'on a affaire à une comédie. On pourrait imaginer qu'étant une comédie en single camera, The New Normal a décidé d'employer une forme d'humour plus discrète, comme l'ironie, mettons, mais rien n'apparait non plus sur le radar. Pourtant, de par son format et l'absence totale de profondeur de ses personnages, on ne peut certainement pas dire que le pilote de The New Normal puisse prétendre au titre de drama. Alors que diable viens-je de regarder ?!

Mais calmons-nous et essayons de trouver d'autres qualités. Pour avoir réussi à passer le cap du développement, The New Normal a forcément réussi quelque chose.
L'exposition des personnages, peut-être ? Et pourtant... En-dehors des longues minutes de souffrance autour du personnage d'Ellen Barkin, aucun personnage n'a vraiment bénéficié d'une introduction détaillée, et à vrai dire, surtout pas les deux papas, qui s'enferment immédiatement dans leur rôle hétéronormé pour n'en jamais sortir. A vrai dire, la mise en situation de Goldie (qui deviendra la future maman, et contrairement à ce que voudrait vous faire croire la chute de l'épisode, ce n'est pas un spoiler parce que c'est le pitch de la série et qu'on y trouve une référence sur toutes les promos) m'a même semblé horriblement confuse, en cela que la réalisation m'a fait croire à un flashback pendant une scène clé, et ce n'en était pas un. Je n'avais même pas percuté que ça se déroulait au présent lorsqu'elle a surpris son mari la main dans le pot de confiture (pardon pour l'image). Et pour finir, le cliché de la gamine plus mature que tout le monde est ici utilisé de façon insupportablement peu inventive.
Non, attendez, on a peut-être un espoir avec la façon d'amener le sujet. Au sens où quels que soient les personnages, l'essentiel est d'amener la question sur la table de façon intelligente... comme avec... euh, un faux micro-trottoir ? Car il faut l'admettre, le passage au cours duuel les parents gays essayent de comparer leur situation à celle d'autres parents dans un jardin d'enfants avait autant d'honnêteté intellectuelle que Philip Rosenthal. Donc ce n'est pas là non plus que le pilote de The New Normal a réussi.
C'est forcément autre chose. Quelque chose qui justifierait l'investissement par une chaîne (déjà à la traine) dans un projet... Le montage ? Ou, non, pas le montage : la musique ! Oui, c'est ça, la musique est... Euh, non, je sais pas, euh, il y a forcément un truc qui vaut la peine d'être vu dans ce pilote, non ? ...Les fringues ?

Dans son élan pamphlétique, l'épisode inaugural de The New Normal s'avère en fin de compte être d'une pauvreté affligeante, tout simplement parce qu'il a oublié l'essentiel. Et je crains que ça ne lui porte bien plus préjudice que le boycott par quelques conservateurs...

Malheureusement pour nous, il arrive assez souvent que produire une série sans grande qualité, simplement parce qu'elle est produite par quelqu'un qui a du succès et/ou dans l'espoir de faire le buzz, soit également devenu the new normal. Et ça, faut pas s'en faire, c'est bien entré dans les mentalités.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 20:36 - Review vers le futur - Permalien [#]