ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

20-02-13

Liquidation de la communauté

Il y a quelques jours, 20minutes sortait un piteux "article" sur le thème "Regarder des séries en couple, un enfer ?". A lire à vos risques et périls, parce que, vraiment, c'est honteux d'appeler ça un article (et ça a dû l'être plus encore à écrire, mais je ne juge pas, on a tous des factures à payer).
Constitué d'anecdotes énoncées par des personnes qui, même de mon point de vue, relèvent de la psychiatrie lourde, ce... texte répertorie les raisons pour lesquelles regarder des séries en commun avec sa moitié n'est pas une sinécure, parce que la natation en verre d'eau est un sport de haut niveau qui n'est pas à la portée de tous.

Je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne, il n'y a rien de plus facile que de rester fidèle à ma nature et mes envies téléphagiques quand je suis en couple. A partir du moment où il est clair que je suis une téléphage et j'ai des besoins, on s'arrange, vraiment. Ça ne mérite même pas que je vous donne des exemples. Alors naturellement, il y a toujours des petits hics de temps à autres (genre l'un de mes copains aimait regarder des trucs pourris ; je reste imperméable au concept de guilty pleasure, alors forcément ça pouvait coincer...), mais globalement, c'est quand même un truc génial que de savoir qu'on a une série à regarder ensemble, et/ou une série à regarder chacun de son côté. Et surtout, pas mal de découvertes mutuelles à faire.
Je le vis un peu comme un test de compatibilité, en fait : ce qui est valable pour les séries le sera pour le reste.

Vous croyez que regarder une série avec son conjoint/sa conjointe est une aventure ? ESSAYEZ DE VOUS EN SEPARER.

Divorce

Premier problème : déterminer qui aura la garde des DVD achetés en commun.
Alors effectivement, pour les séries qu'on regarde chacun de son côté, ce n'est pas un soucis. Mais quand soudain il s'agit de faire des cartons, et qu'on commence à découvrir que, il y a 7 mois et 9 jours, pendant qu'on se baladait main dans la main dans une FNUC, on a eu envie de s'acheter la première saison d'un truc qu'on avait absolument adoré quand on l'avait téléchargé et regardé ensemble, , les choses commencent à dégénérer. Au début, quand on fait encore mine de se la jouer séparation à l'amiable, quelques politesses peuvent être échangées autour de séries qu'on va, d'un geste noble, laisser à son ancienne moitié. Pourtant, à un moment, il faut bien aborder les sujets qui fâchent.
C'est alors que les négociations peuvent commencer, avec plus ou moins de bonne foi de part et d'autre :
"Je l'avais bien aimée cette série...
- Oui enfin, je l'avais aimée plus que toi, quand même.
- Je te demande pardon ? C'était mon idée de télécharger le pilote !
- Ah, alors, c'était mon idée d'aller à la FNUC, si on va par là...!
- Bah bien-sûr, allez !!! Récupère tous les DVD au point où t'en es ! C'est quand, la dernière fois que tu n'as PAS eu l'idée d'aller à la FNUC ?!" D'un autre côté, il marque un point.
S'en suit une discussion où bizarrement vous aimez TOUS LES DVD. Ouais, même celui-là tout pourri, là, acheté sur un coup de tête dans une brocante. Parce que, mais si, en fait elle était drôle cette série, ça vous revient maintenant. Et surtout vous avez de plus en plus de mal avec l'idée que l'autre pourrait garder quelque chose. Quoi que ce soit. C'est intolérable. En cet instant, tout ce que vous avez vu pendant les années 90 dans Cas de divorce a énormément de sens. C'est la seule fois. Plus l'autre veut garder un coffret, plus vous réalisez que vous adorez la série concernée : "MAIS ARRETE TON DELIRE, J'ADORE CETTE MERDE, SANS MOI JAMAIS TU L'AURAIS REGARDEE !".
Résultat des courses, il s'agit bien plus de compter le nombre de coffrets que chacun a dans les bras, que de quoi que ce soit d'autre, et chacun fulmine de son côté de ce que l'autre a obtenu dans les négociations. Alors ouais, j'ai obtenu l'intégrale des 712 saisons de chais plus trop quoi, big deal : lui, il a eu la saison 1 de Star Trek DS9 !

Haha, mais ça c'est rien ! Le pire, c'est quand, quelques semaines plus tard, vous vous apercevez que vous aviez la saison 1 de telle série avant de vous mettre ensemble, mais que vous avez acheté la saison 2 en commun, et que, pendant les âpres discussions de séparation des biens, l'autre a obtenu la saison 2. Et paf, il ne vous reste plus qu'à racheter la saison 2. Et ça, ça énnnerve. Et pendant des semaines, c'est, comme par hasard, le seul truc que vous ayez envie de regarder.
A côté de ça, vous avez toujours dans vos étagères l'intégrale de la série que l'autre aimait, et que vous avez, pour une raison qui échappe à votre compréhension à présent, bataillé pour garder (il faut dire que vous étiez beaucoup moins calme quand s'est déroulée la discussion en question). Vous ne la regarderez jamais, mais au moins, vous l'avez.

Deuxième problème : trois semaines après la séparation, même pas, vous étiez invités tous les deux à aller passer une soirée chez des copains pour un marathon de la série que vous adorez, vous aviez complètement zappé, mais là, on y est, et le jour dit, il faut donc y aller. Le soucis, c'est pas que ça se passe chez des copains (non, en fait il a été plus facile de se diviser les copains que les DVD), aucun risque de vous croiser tous les deux là-bas. Le soucis, en fait, c'est que vous êtes puissamment conscient que vous étiez supposés y aller ensemble. Et surtout que, désormais, dés que vous allez regarder un épisode de la série en question, vous allez penser à votre ex. Donc vous allez à la soirée d'une humeur de chien, et toute la nuit, enfoncé dans les coussins du canapé jusqu'au menton, vous gardez la mâchoire serrée ; vous n'appréciez même pas l'intégrale qui défile sous vos yeux, vous contentez de haïr la terre entière.
Qui vous le rend bien : vous n'êtes plus jamais invité à une nuit-marathon chez ces amis-là.

Plus généralement, la simple mention d'une série dont vous n'avez même que vu le générique ensemble vous arrache le coeur, les tripes, et très franchement, tous les organes internes. Moi par exemple, suite à l'une de mes ruptures, c'était A la Maison Blanche. Putain, j'ai mis des mois à m'y remettre. Chaque fois que je me calais devant un épisode, immédiatement je me rappelais dans quel position on avait regardé ce même épisode quelques mois plus tôt : "est-ce que cette fois-là on était en train de spooner ? Ou bien j'avais ma tête sur sa cuisse ? Ah, le soir de la fusillade, il portait son putain de peignoir que je détestais !"... Et vous avez beau tenter de vous concentrer sur les histoires de Bartlet, tout ce qui importe, en cet instant, c'est que cette saloperie de peignoir que vous aviez en horreur n'est pas calé sous votre tête ; osons le dire, vous avez les facultés de concentration d'un spectateur de Ma famille d'abord. C'est insupportable. A bien des égards.
Alors, c'est fatal, le DVD finit par échouer dans le fond de votre telephage-o-thèque, où il va pourrir jusqu'à ce que vous vous soyez remis de la séparation. Ca peut prendre un peu de temps. Par contre, c'est marrant plus tard de mesurer l'épaisseur de la couche de poussière, et d'essayer de dater au carbone 14 la dernière ouverture du boîtier.

Après, si comme moi vous êtes méchamment atteints de téléphagie, il y a l'autre cas de figure : vous réalisez que vous vous êtes quand même tapé une intégrale d'une série dégueulasse par amour, parce que lui, il l'aimait bien, et que les 5 saisons passées devant les épisodes sont autant d'heures de votre vie qui ne vous seront jamais rendues. Et soudain, la simple existence de la série en question cristallise tous les reproches que vous adressez à votre relation désormais morte et enterrée : ces N années passées avec votre ex sont autant d'heures de votre vie qui ne vous seront jamais rendues ! En fait, les goûts pourris de votre ex sont une raison de plus de l'avoir plaqué (mais si, c'est vous qui l'avez plaqué, mais si). Et vous devenez aigris à la simple mention d'une série que comme par hasard 71,2% de votre timeline sur Twitter considère comme un absolu classique à mentionner à longueur de journée avec nostalgie. Vous n'exagérez presque pas.

Et encore, si vous avez du bol, ça vous fait ce genre de coup pour une série déjà finie, une intégrale que vous vous êtes faite ensemble.
Mais il n'y a rien de pire que de découvrir que, quelque chose comme deux mois après la rupture, la nouvelle saison de la série que vous dévoriez ensemble reprend. En fait, tout d'un coup, vous ne l'aimez plus du tout cette série. Et vous ne la regardez plus du tout non plus. C'est fini, ça vous a tout coupé. Et peu importe que ce soit l'une des séries qui fasse le plus parler d'elle à ce moment-là, c'est foutu.
Ce sans parler des pincements de coeur quand, dans le cadre de vos attributions dans tel ou tel autre projet, vous êtes supposé aborder l'actualité de cette série. Il y a de quoi vous en écoeurer à vie.

...Parce que le coeur du problème, si je puis m'exprimer ainsi, c'est que non seulement on s'investit dans un visionnage de série en tant que téléphage, mais en plus, on y accroche des souvenirs. Pas systématiquement, mais souvent. Pour reprendre mon exemple, je suis capable de me souvenir avec précision des conditions dans lesquelles j'ai découvert Pushing Daisies, comment j'étais assise, la température qu'il faisait... la densité de l'air, pour un peu ! Or, on a tendance à mémoriser encore plus les expériences si on les partage avec quelqu'un qui compte à ce moment-là. Et de ce fait, mon histoire avec de nombreuses séries s'entrelace avec celle que j'ai avec... pas autant d'hommes (faut pas exagérer) mais quand même quelques uns. Et même quand les blessures de la séparation sont loin, encore aujourd'hui, il m'est difficile de ne pas penser à CE type-là en lançant un épisode d'A la Maison Blanche.

Alors, difficile de regarder une série ensemble ? Ha ha ! Je me gausse.

Posté par ladyteruki à 19:22 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

10-10-08

Resistance is futile

J'ai toujours dit que Star Trek, c'était mieux d'écouter les fans en parler que de regarder. Il est très rare qu'une communauté de fans soit aussi enthousiasmante, et surtout de façon si contagieuse.

Franchement, quand la plupart d'entre nous regarde un épisode de Star Trek, n'importe lequel, de n'importe quelle série de la franchise, il a tendance au mieux à trouver ça très limité, au pire à se moquer ouvertement. On ne peut guère nous le reprocher. La forme que prend cette série, en dépit de plus de 40 ans de longévité, est sincèrement peu engageante pour les non-initiés.

Je ne dis pas ça à la légère : en plus de m'être fait un devoir de regarder le pilote de chaque série de ladite franchise, j'en ai aussi regardé un paquet d'autres, ainsi que des films, j'ai aussi lu deux des encyclopédies dédiées au sujet, et fait l'acquisition d'un recueil de citations, quasiment toutes séries confondues. Je me suis donc largement documentée sur le sujet avant de venir vous asséner cette pensée stéréotypée sur Star Trek ! Ainsi, j'ai regardé des épisodes (même si c'est l'un de mes ex qui a eu la garde des coffrets de Deep Space 9), lu de nombreuses choses sur le sujet, mais, voyez-vous, ce qui a été le plus décisif dans ma façon d'aborder Star Trek, ç'a été de voir et écouter les fans. Personne ne parle aussi bien de sa série préférée qu'un Trekker ou un Trekkie. Il y a en effet une certaine discussion interne autour du terme à utiliser pour nommer les fans de la franchise, mais notons que tous deux, bien que se comportant parfois en frères ennemis, partagent une passion sans commune mesure pour Star Trek, et c'est bien ça qui compte.
Sans aucune mesure, devrais-je dire en fait. Ainsi que j'ai pu le voir dans le documentaire Trekkies (eh oui, j'ai aussi une VHS pour ça, et je la regarde de temps à autres avec plaisir, en plus), le fan de Star Trek, que je nommerai ici Trekkophile pour couper court à toute forme de dispute, ne connaît pas la retenue.

En fait, de mon point de vue, le Trekkophile, c'est le téléphage ultime, celui qui ne cède pas un pouce de terrain au bon sens ou à la modération, qui se jette à corps perdu et ne fait pas marche arrière simplement parce que ça peut sembler bizarre ou extrême aux yeux du reste du monde.

Le Trekkophile, c'est donc, je l'ai dit, un bonheur de le regarder s'ébattre dans sa passion, et un plaisir véritable que de l'écouter en parler. Rares sont les communautés de fans si persistantes, si investies, si affectueuses, et si consommatrices, aussi. Mais tous ces braves gars un peu timbrés ont réussi, et ça tient quasiment du miracle, à concilier leur consummérisme et leurs valeurs.

Parce qu'il faut le souligner, les Trekkophiles de tous poils retiennent avant tout de leur série fétiche un certain nombre de valeurs ; là où le téléphage moyen (ne parlons même pas du simple spectateur) ne retient de sa propre série préférée qu'une affection pour les histoires, les personnages, ou même simplement une adoration pour les acteurs, le Trekkophile, lui, va déjà un cran plus loin, et si effectivement il a intégré tout cela, comme n'importe qui, et qu'il apprécie ces éléments avec, comme il se doit, un regard critique sur leur qualité, il est aussi doté d'un pouvoir supplémentaire : il est capable d'extraire d'une série une somme de valeurs humaines, et de s'identifier à elles. Parce que Star Trek, à écouter cette communauté, c'est avant tout un idéal de société, où chaque homme s'efforce de concilier sa nature profonde, imparfaite, parfois sombre, avec l'espoir d'une amélioration aussi bien personnelle que globale (la seconde passant indubitablement par la première). C'est, dans le fond, à cela qu'adhèrent Trekkers et Trekkies, y compris lorsqu'ils fouillent leurs fonds de tiroirs pour faire l'acquisition de la dernière version de tel écusson, de l'édition limitée de telle figurine, ou de quoi que ce soit d'autre, et le catalogue est de toutes façons trop long pour que je me lance dans une énumération.

Presque paradoxalement, c'est ce à quoi il aspire : une société qui lutte contre son matérialisme, sa violence, son individualisme, pour s'approcher au plus près d'un code de l'honneur qui espère guider l'homme vers une certaine droiture, en dépit des réflexes animaux qui le dominent parfois. A entendre les Trekkophiles, toutes générations confondues, Star Trek, c'est avant tout le combat de l'homme contre lui-même. La téléportation et les phasers en prime.

Ce qui est proprement hallucinant, c'est que nous, quand nous regardons cette série, nous ne voyons pas tout ça, mais alors pas du tout ! Nous voyons des plans serrés très scolaires, des dialogues bavards et inerminables, des pyjamas bicolores et des effets spéciaux qui vieillissent mal, même pour Enterprise. Ce n'est qu'une fois happés par le regard d'un Trekkophile comme dans un vortex que nous parvenons à toucher du doigt ces idéaux que la franchise semble véhiculer. Mais la plupart d'entre nous est vouée à y rester désespérément insensible.

Après des années de lecture, de documentation, et de visionnage, je ne suis toujours pas une Trekkophile. J'ai, honnêtement, vraiment, essayé d'adhérer à leur mouvement, parce que lorsqu'on lit ce qu'on lit, et qu'on entend ce qu'on entend, on ne comprend pas qu'on puisse voir ce qu'on voit.

Et parfois je ressens cette petite étincelle, moi aussi, fugacement, mais elle ne dure pas et je reste désespérément en-dehors du circuit, avec l'impression de n'avoir jamais vraiment compris. En dépit, par exemple, du plaisir que j'ai à lire et relire le recueil de citations des 4 premières séries de la franchise, et à y trouver une profondeur et une intelligence peu communes dans l'univers de la fiction télé, j'ai du mal à regarder la série avec le même regard d'ensemble et à être capable d'en extirper moi-même les perles de sagesse qui semblent la truffer. C'est comme ça, je ne verrai jamais le miracle. Mais j'admire, sincèrement, la faculté qu'ont ces fans à s'impliquer autant, et à voir plus que ce que l'oeil perçoit au premier regard. Même si parfois, il faut bien le dire, ça fait un peu peur.

Oui, Star Trek, c'est mieux d'écouter les fans en parler que de regarder. Sans quoi, on ne sait jamais, on pourrait devenir l'un d'entre eux...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Star Trek de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 16:16 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

02-02-07

He boldly goes where no man has gone before

Quand mon homme a prétendu apprécier la SF, je l'ai mis au défi ultime : regarder du Star Trek. Parce qu'on n'a pas vu de série de science-fiction tant qu'on a pas vu Star Trek, nan mais sans blague ! Comme il a maintenant pris l'habitude de ne pas avoir d'a priori avant d'attaquer une série, il s'est plié de bonne grâce à l'exercice.

Au menu : les pilotes de The Next Generation, Deep Space 9 et Voyager. Ce qui n'est pas si mal pour un début. J'aurais bien opté pour le pilote d'Enterprise dans la foulée mais cassette import achetée il y a un siècle ne marche pas sur mon dernier magnétoscope en date (fichus standards NTSC). Pour Voyager, j'étais avec lui, pour les deux autres, je n'étais là qu'au début. Il faut dire que j'ai bien moins regardé le premier que les deux suivants et, je me connais, connaissant le déroulement des choses, je l'aurais spoilé à mort. Je suis chiante dans ces cas-là
Bon d'accord, j'avoue : ayant la crève, il me faut aussi admettre que je me suis endormie en cours de route... Là, vous êtes contents ?

La conclusion de tout cela ? Le problème de Star Trek : ce serait bien si c'était pas du Star Trek.
Explication... Derrière des intrigues plutôt solides, se cache une réalisation souvent piteuse et risible. Même en considérant que jusqu'à deux décennies nous contemplent, c'est pas follichon...

C'est vrai que je le comprends. Tout monument de la télévision que soit la franchise Star Trek (ne serait-ce que pour son nombre incroyable de spin offs et donc d'épisodes, étendus sur une si grande période dans le temps...) de par son impact, les diverses séries qui la composent souffrent des mêmes symptômes : vocabulaire spécifique et pseudo-technique utilisé voir abusé en toutes circonstances, dialogues interminables avec cadrages très scolaires, acteurs frigides dans leur grande majorité... A côté, les aliens en pyjama de la première série, c'est moins un facteur de vieillissement. Ces défauts de réalisation rendent la forme assez indigeste. Normal, qui plus est, lorsqu'on est habitué aux productions modernes...

En même temps, difficile de faire du Star Trek sans s'accorder au minimum avec les traditions de la série d'origine ; j'imagine qu'un cahier des charges rigoureux impose certaines figures pour ne pas perdre l'esprit de la série (si vous voulez mon avis, Battlestar Galactica a prouvé depuis que ça n'était pas un problème ; espérons que la prochaine série Star Trek y puise un peu d'inspiration si elle voit le jour). Ca se comprend. On essaye de perdre seulement le minimum de fans (ceux qui, invariablement, penseront que c'était mieux avant) et si possible de créer quelques nouveaux Trekkies au passage.

Et pourtant, dans Star Trek, il y a une chose formidable qui ne vieillit pas : c'est le fond. Pour avoir vu très peu d'épisodes de la série originale (deux ? trois ?) je ne me permets pas de la juger, mais les dialogues de Picard et Data, les considérations politiques de DS9... certains thèmes récurrents... tout cela est extrêmement bon ! Seulement, voilà : il faut ne pas se laisser rebuter par la forme pour en arriver là. Et ya des fois, c'est très difficile (en témoigne le pilote de Voyager qui est sans nul doute le plus caricatural des trois sus-mentionnés) !!!

Pas étonnant que j'arrive au final avec un homme particulièrement mitigé. La part de lui qui aime la SF a sans doute retrouvé ce qui fait la beauté du genre : des allégories sur la condition humaine et certains de ses grands thèmes, des personnages forts et emblématiques, des idéaux et un univers qui fait rêver ! Hélas, il a aussi trouvé des moyens dignes du pire soap ! Eh oui, ça s'appelle un space opera, ya une raison...

Pour moi qui ai découvert la série via le format papier (un recueil de citations des 4 premières séries, puis l'encyclopédie générale et celle de DS9 ; chuis pas un Trekkie, je me documente, c'est tout !) je comprends totalement cette réaction partagée. J'ai toujours dit que Star Trek, c'était mieux d'en entendre parler que de regarder. L'enthousiasme des fans, des auteurs, des acteurs (la plupart disons), de l'ensemble de l'univers de la série, est palpable et on sent qu'il y a là des gens qui sont liés par une certaine vision du monde, de l'être humain, avec des idéaux et des espoirs sur la façon dont le monde devrait se développer, et une sorte de capacité à rêver sans désespérer que ces choses puissent se produire dans quelques siècles... Une telle communauté impressionne nécessairement. Mais quand on regarde l'objet de tant d'implication, les séries en elles-mêmes, on risque nécessairement la déception. D'une certaine façon, ça force un peu plus le respect, car finalement tout ce beau monde est en quelques sortes la crème du téléphage : leur lecture de la série, leur engagement, fait de Star Trek une oeuvre télévisuelle là où le télespectateur lambda, qui ne cherche qu'à être impressionné sans avoir à réfléchir, ne voit qu'une série laborieuse sans aucune qualité.

Finalement, de la même façon que je n'ai jamais réussi à ressentir complètement l'enthousiasme des Trekkies pour la série, mon homme non plus n'arrive pas à accrocher à ce point qu'il en redemande. Mais pour qu'il regarde, la même semaine, trois pilotes de chacun une heure et demie environ, de trois séries différentes de la même franchise... je crois qu'on peut dire que la mission est remplie ! J'ai réussi à faire regarder à quelqu'un plusieurs heures de Star Trek sans qu'il ne rechigne, ne se plaigne, ou ne tente d'y échapper, et sous un certain angle, ça lui a même plu.
Et le plus drôle, c'est que j'ai eu des retours moins encourageants sur Farscape... bizarre, non ?

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture  : les fiches Star Trek, Star Trek : The Next Generation, Star Trek : Deep Space 9, Star Trek : Voyager et Enterprise de SeriesLive. Prenez votre temps, ya rien qui presse...

Posté par ladyteruki à 23:16 - Contagion - Permalien [#]


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