ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

23-06-13

Qui relèvera le défi ?

Autant ce #pilotmarathon a été l'occasion de regarder quelques formats plus courts aujourd'hui, autant je dois dire que, 1h25 devant un pilote, ça me semble quand même un peu difficile, à plus forte raison quand je sais que j'ai ce dossier plein de pilotes que je n'ai pas encore touchés !
Il faut dire qu'on n'est plus trop habitués à des pilotes de cette longueur, mais ce serait tragique de les mettre de côté pour cette raison. Alors, prêts ? Voilà ce que j'ai à dire d'une heure et demie de visionnage...

Defiance

Certains jours, on dirait qu'on l'attend comme le Messie, la série de science-fiction qui nous transportera vraiment. Evidemment, il y a des réussites comme Orphan Black ou Continuum, qui nous rappellent que la série de genre a encore quelques jolies réussites à son actif.
Mais quand je vous parle de science-fiction, ce n'est pas ce que j'ai envie d'évoquer ; j'ai envie de vous dire qu'on va trouver le nouveau Farscape ! Le prochain Battlestar Galactica ! Quelque chose qui captive autant qu'Invasion Planète Terre (la première saison) ou qui soit aussi intelligent que Babylon 5. On n'en est même pas à souhaiter trouver des séries qui inspirent autant que les franchises Star Trek et Stargate pour des décennies, non, on se contenterait même d'un reboot de SPACE 2063 ou d'Alien Nation (ce que d'ailleurs m'inspirent de loin Star-Crossed et surtout Almost Human, mais on aura tout le temps d'y revenir à la saison prochaine). A ce stade je suis presque prête à réclamer de l'Andromeda ou du Lexx, c'est vous dire l'ampleur de la crise.

Tout ce qu'on veut, c'est voir des aliens ! MAIS SURTOUT, ce qu'on veut, que la série ne pue pas du script.

Or, qu'avons-nous depuis quelques années ? Des Terra Nova (bon, ya pas d'alien, mais ya des dinosaures donc on va dire que ça compte), des V, ou des Falling Skies. Pour ce qui est du Messie, on repassera.

La tragédie des séries de science-fiction modernes, c'est hélas qu'on les comparera toujours à quelques unes, sinon toutes ces séries du passé. Parce que ceux d'entre nous qui ont grandi avec ces séries de science-fiction épatantes (ou qui, même s'ils sont nés juste un peu trop tard, se sont dépêchés d'en rattraper quelques unes de cette liste, et ils ont raison) savent que désormais il n'y a pas de retour en arrière possible. C'est comme avoir grandi en se gorgeant de caviar de la mer caspienne, pour finir par devoir se contenter d'oeufs de lump "marque repère" le restant de sa vie. C'est pas juste de nous faire ça. On a goûté au caviar de la mer caspienne !!!

Defiance, puisque c'est d'elle qu'il s'agit aujourd'hui, n'est pas mauvaise en soi. Vraiment, par rapport à d'autres, c'est plutôt décent, je vous assure. Et sur le coup, en regardant l'épisode, peut-être parce que je m'attendais à pire, j'étais plutôt contente de ce que je voyais. Il semblait y avoir un peu de tout dans cette série, mais au moins elle se donnait du mal. Et puis, on sent qu'au niveau de l'univers, quelque chose de dense a été pensé, comme le précise la timeline de la série (merci d'ailleurs à Maxx pour ce précieux lien).

Le problème c'est qu'en mangeant à un peu tous les râteliers, Defiance montre qu'elle n'a pas de projet précis. On ne lui demande pas d'avoir un plan sur 5 ans (tout le monde n'a pas la chance de s'appeler Straczynski), mais enfin, un petit effort pour nous tracer une ligne claire, au moins désigner un horizon dans une seule direction, serait bien chouette, merci d'avance. Au lieu de ça, Defiance commence à la Mad Max, pour en cours de route bifurquer vers un drama plus classique (et au passage, flirter dangereusement avec le Terra Nova), en rajouter une couche de pseudo-Game of Thrones avec des familles qui complottent les unes contre les autres dans une lutte de pouvoir, passer trop de temps du côté du cop show pour totalement écarter toute suspicion, et finit dans un combat de nature quasi-militaire qu'il sera d'ailleurs difficile d'égaler dans chaque épisode, et dont les chances de répétitions sont donc minuscules. Ah, non, pardon, ce n'est pas tout-à-fait ce sur quoi elle finit : on a aussi droit à une conspiration.
Sur quoi peut-on donc se baser pour déterminer si on aime ou pas Defiance ?

Au lieu de faire en sorte que tout le monde et son chien y trouve son compte, peut-être aurait-il fallu faire des choix. Comme le dit Karen Walker (toujours d'excellent conseil en matière de télévision) : "this is like a pastiche of five other shows, like something written by a committee. They're trying to please everybody, but ironically, they've ended up... pleasing nobody !".
Et le problème est là : impossible de s'attacher à une série qui part dans tous les sens, quand bien même, sur le moment, c'est plutôt sympathique à suivre. Defiance a peut-être imaginé un monde riche, mais elle est incapable de nous dire ce qu'elle veut en tirer.

Si j'avais la mémoire courte, j'ose croire que je m'attacherais plus facilement à Defiance. Je n'en ai évidemment pas la garantie. Tout ce que je sais, c'est que j'ai envie, terriblement envie, chaque fois que je lance chacune des séries de science-fiction qu'on nous trouve (Revolution en est un parfait autre exemple), de ressentir de l'enthousiasme, et je pense que ça influe sur la façon dont je réagis au cours de l'épisode : j'ai vraiment envie que ça colle !
Il y avait une époque où j'aimais vraiment les séries de science-fiction. Ce temps-là reviendra-t-il ? Mon caviar me manque. VOILA un défi d'envergure pour la télévision. J'espère que quelqu'un le relèvera de mon vivant.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 18:52 - Review vers le futur - Permalien [#]

17-05-13

80s kids will know

Lorsque Reed between the Lines avait occupé mon automne, il y a de cela maintenant un an et demi (...cette deuxième saison se fait attendre, c'est interminable), j'avais esquissé un début de marathon The Cosby Show. Esquissé seulement : ça avait duré une petite douzaine d'épisodes, et je m'étais lassée.
Ce n'était simplement pas le bon moment ; c'est le danger quand on pense pallier au manque d'une série en regardant une autre qu'on croit proche.

En ce moment, c'est différent : je suis en plein marathon Brothers & Sisters ; ce qui signifie que, si les thèmes peuvent être voisins, The Cosby Show ne pâtit d'aucune forme de concurrence déloyale de la part du drama d'ABC. Du coup, j'ai fini l'intégralité de la première saison, dont voici un petit bilan en attendant, peut-être, un bilan plus général de la série. Parce que j'ai quand même Brothers & Sisters à finir, nan mais ho.

Et je dois dire que cette première saison m'a mise à genoux. J'avais pourtant, comme de nombreux spectateurs de ma génération, vu de nombreux épisodes de la série à l'occasion de ses multiples diffusions sur M6, en alternance avec Madame est Servie généralement, et pourtant, je ne les avais pas regardés. A l'époque je n'étais pas téléphage, faut-il préciser : je consommais de la télévision dans une fringale peu regardante, parce que chez moi, le meuble télé était sous clé, que mon père estimait que l'écran ne devait être allumé que pour le journal et les grands prix de Formule 1, et que tout ce qui pouvait être récupérer en-dehors de ce contrôle strict était bon à prendre, sans chercher à distinguer des critères de qualité, ou même vraiment faire attention à ce qui se regardait. Attraper des images par poignées, goulument, et les enfourner sans prendre le temps ni de mâcher ni de faire fonctionner les papilles. Vite, avant d'être prise sur le fait. Je ne dis pas que je ne riais pas, ça s'est sûrement produit, je ne dis pas non plus qu'il ne m'en est rien resté, car j'ai des souvenirs, quoique flous, de plusieurs épisodes ; c'est surtout que The Cosby Show a fait partie des séries que je regardais sans les laisser me marquer.
Pendant tout ces années où pourtant j'étais postée devant les épisodes à 20h, guettant le bruit de la porte du garage d'une oreille, je n'ai pas vraiment apprécié sa série à sa juste valeur.
Combien je le regrette et m'en réjouis à la fois aujourd'hui ! Je le regrette parce que j'étais clairement passée à côté de merveilles.

Mais je m'en réjouis car ce (re)visionnage est l'occasion de découvrir les trésors recelés par ce sitcom, à tort considéré, comme beaucoup de séries dont nous avons été nourris à l'époque, comme totalement anecdotique. Dans le Grand Livre de l'Histoire des Séries que nous avons tous un peu en tête, nous nous souvenons du Cosby Show pour avoir été la première comédie mettant en scène une famille afro-américaine à rencontrer un tel succès aux USA. Si naturellement il n'est pas inutile de se souvenir de cette donnée lorsqu'on parle de la visibilité des minorités à la télévision américaine et de leur évolution (bien que le Cosby Show soit loin d'être le premier "sitcom black" de l'histoire américaine - Beulah, en 1950, fut la pionnière du "genre", et Bill Cosby lui-même n'en était pas à son coup d'essai), elle ne doit pas être le seul critère sur lequel nous appuyer pour en parler. Et la seule nostalgie ne suffit pas.

TheCosbyShow_Season1

Car finalement, dans cette première saison au moins (on verra par la suite ?), il est plutôt anecdotique que les Huxtable soient afro-américains. En-dehors de quelques détails (certaines oeuvres accrochées sur leurs murs, la couleur peu représentée à la télévision d'une poupée de Rudy, etc.), rien ne distingue cette famille de celles que nous avons vues, beaucoup plus souvent, sur nos écrans. C'est sûrement en cela que la série est finalement si fine, dans son choix de normaliser ce qui restait pourtant plus une exception qu'autre chose à la télévision (même alors que Beulah précédait Heathcliff de 34 années).

Mais ce qui rend The Cosby Show proprement brillante, n'ayons pas peur des mots, c'est que c'est un sitcom avec une vraie thèse (contrairement à ce que beaucoup de comédies aujourd'hui voudraient vous faire croire, il ne s'agit pas d'un oxymore). Comme une poignée de créateurs de séries, Bill Cosby a quelque chose à dire, à communiquer, à partager ; il a un univers dans lequel il veut faire entrer les spectateurs afin de leur donner son point de vue sur le monde, à son échelle. Pas d'univers fantasmagorique à la Whedon ici ; Bill Cosby vit dans un monde au contraire très réaliste où il veut parler des rapports au sein du cercle familial. Dans l'espoir de les assainir, sans aucun doute : il ne faut évidemment pas oublier que c'est DOCTEUR Bill Cosby, s'il-vous-plaît, diplômé en sciences de l'éducation, qui a donné naissance à la série (chose que le générique rappelle au bon souvenir du spectateur étourdi). Et de la même façon qu'un Kelley va employer son expérience professionnelle pour donner son point de vue (et ses questions) sur la société, Cosby va faire de même avec la cellule familiale. Ah d'accord, elle a comparé Cosby à Kelley, on sait donc désormais que toute forme d'objectivité sera absente de ce post.
Regarder le Cosby Show n'est pourtant en aucune façon une leçon sur les valeurs familiales. En tant que grande consommatrice de fictions familiales depuis que j'ai su crocheter la serrure du meuble télé, et pour avoir vu l'intégralité oui, l'intégralité des 5 premières saisons de 7 à la Maison, je suis en mesure de vous assurer qu'il y a une énorme différence. Cosby écrit avec sa série le même manuel d'optimisme et d'humanisme que Gene Roddenberry avec Star Trek. Ah ouais, donc maintenant on en est à comparer Bill Cosby au Great Bird of the Galaxy, carrément.

A travers le Cosby Show, on devine quelles sont les convictions profondes de Bill Cosby ; la plus prégnante est le respect des enfants.
Cosby, par le truchement de Heathcliff Huxtable, met un point d'honneur à ne jamais les regarder de haut, il leur parle toujours avec clarté et honnêteté, et ne prend jamais leur intelligence à défaut. En somme, il traite chaque enfant, quel que soit son âge, comme un égal, tout en adaptant son discours à leur compréhension du monde, en bon pédagogue.
Un détail m'a particulièrement impressionnée. Il arrivera à deux reprises, pendant cette première saison, que Heathcliff, la mine accablée par la dernière bêtise inventée par un de ses rejetons, s'empare d'une batte de baseball avant de toucher deux mots à sa progéniture. C'est généralement le moment de toute série où je réprime difficilement un frisson, je l'admets. Mais la batte de baseball n'effleurera pas le plus petit popotin, pas même pour plaisanter : on ne lève pas la main sur les enfants, chez les Huxtable. Jamais. Se saisir de cette batte est plutôt une façon pour Bill Cosby de dire : "je pourrais régler les choses comme ça, et imposer mon autorité par la force et donc la peur" ; chaque fois, Heathcliff posera la batte aussi vite qu'il la prise et entamera une vraie discussion. Cette batte de baseball, c'est en fait la matérialisation de ce que Cliff expliquera à son fils dans un épisode : "dans le temps, quand le père voulait que le fils fasse quelque chose, il l'ordonnait et le fils s'exécutait. Mais on n'est plus dans le temps", racontera-t-il en substance (les histoires-fleuves de Heathcliff Huxtable ayant fait sa réputation...). Ce qui m'a impressionnée ? Les enfants n'ont pas de mouvement de recul, ils ne cillent pas, ils ne regardent même pas la batte quand il l'attrape ; il est acquis que cette batte n'a aucune existence dans leur rapport à leur père. Son utilisation n'est jamais qu'anecdotique.
L'un des meilleurs exemples au long de cette première saison (et, si mes souvenirs sont justes, des suivantes) de la volonté de Cliff de parler à ses enfants comme à des êtres sensés et de toujours privilégier ce mode, sera sa relation à Théo, unique fils de la maisonnée, un peu irresponsable mais pas mauvais bougre. Le Dr Huxtable passe un temps considérable à essayer à la fois de lui inculquer le sens des responsabilités et de préserver leur camaraderie. Ce sera sensible dans le pilote, comme j'ai pu le souligner par le passé, mais aussi dans l'épisode où Clair découvre un joint dans un livre de classe de Théo ; au lieu de virer à la prêche, l'épisode va au contraire prendre un tour surprenant quand les parents croient Théo sur parole (lequel affirme "c'est pas à moi", défense plutôt classique du genre), et que Théo insiste pour prouver son innocence afin de préserver l'estime de ses parents, qu'il n'avait pourtant jamais perdue. Dans la façon que Cliff et Clair ont d'adresser le problème, il est net d'emblée que personne ne va "engueuler" Théo. Il n'est pas question de le sermoner. Il ne vient à l'idée de personne de commencer par punir et poser les questions après (on n'est pas chez les Kyle de Ma Famille d'abord, ici !). On se parle, chez les Huxtable.
Mais le plus merveilleux dans cette famille, c'est que se parler n'est pas réservé aux situations "de crise". On prend aussi les décisions en commun comme dans une démocratie où chaque vote compte (c'est ce qui se passe quand Sondra veut passer l'été en France avec des amies), ou tout simplement on débat de sujets divers, pour le plaisir d'échanger des idées (à l'instar des questionnements soulevés sur le remariage par un ami du couple Huxtable qui a trouvé une nouvelle compagne de plusieurs décennies sa cadette). Il n'est pas rare que les enfants se sentent, dans ce contexte, autorisés à contester les décisions ou le comportement de leurs parents, comme quand Cliff découvre que Denise a un nouveau petit-ami qu'elle ne veut pas lui présenter car ses réactions sont souvent épidermiques, et que Vanessa comme Denise adressent à leur paternel des remontrances à ce sujet.
Cette croyance que les générations peuvent communiquer s'élargit au-delà de la relation parent-enfant ; dans un épisode, les parents d'Heathcliff viennent dîner, l'occasion de comparer les générations entre elles alors que Théo vient de se faire percer l'oreille en cachette de ses parents juste pour impressionner une fille. On en concluera d'ailleurs que si les modes opératoires changent, dans le fond, les adolescents restent les mêmes génération après génération, et les parents aussi. La fin de l'épisode, dans un joyeux brouhaha, montrera des personnes âgées partager avec leurs enfants et leurs petits-enfants leurs souvenirs de jeunesse sans fard ni faux-semblant (attention spoiler : grand-père Huxtable s'était fait tatouer sur le torse le nom de sa promise à l'époque du lycée !). Bill Cosby ne croit vraisemblablement pas au "white lie", considérant qu'il ne sert à rien de faire croire à une image immaculée des générations précédentes, et tenant en plus haute estime la franchise que l'espoir de servir de modèle parfait. Un autre épisode montrera au contraire Cliff Huxtable s'amuser avec plusieurs camarades de Rudy pendant de longues scènes ; mais je vais y revenir.

Outre la position de Bill Cosby sur les rapports intergénérationnels, The Cosby Show est aussi une ode au partage des responsabilités domestiques et familiales, au point qu'on se demande pourquoi cela pose encore problème aujourd'hui si en 1984, le sujet est posé comme une évidence par la série.
On le sait, les Huxtable travaillent tous les deux : Heathcliff est gynécologue et obstétricien, Clair est avocate. Le premier travaille dans un cabinet aménagé au sous-sol de la maison, mais peut être appelé au beau milieu de la nuit, ou d'un évènement important, pour accoucher une patiente à l'hôpital ; la seconde ne compte pas ses heures de travail, et peut parfois enchaîner les heures supplémentaires en soirée. La résultante de ces deux vies très occupées, c'est que, paradoxalement, Cliff est plus facilement à la maison que Clair pour s'occuper des enfants, et considère tout-à-fait normal de les prendre en charge, parfois à la grande surprise de Clair. Celle-ci opposera une ou deux fois de la résistance, généralement parce qu'elle voudrait tout de même pouvoir s'occuper des enfants elle-même (comme dans l'épisode où Rudy tombe malade et que Clair a une réunion très importante qu'elle ne peut déplacer alors qu'elle ne souhaite que cajoler la petite), ou, parfois, parce qu'elle pense que son mari va être dépassé (il lui prouvera le contraire ; sauf dans la mesure où les enfants n'apprécient pas la cuisine de leur père !). Heathcliff et Clair sont donc à pied d'égalité dans la maisonnée, en partie parce que les circonstances s'y prêtent, et en partie parce que le Dr Huxtable éprouve un plaisir visible à passer du temps avec ses nombreux rejetons.
Quant à leur relation de couple, elle fait partie des choses les plus vibrantes de cette première saison. Quand on les voit ensemble, on ne se demande absolument pas comment Heathcliff et Clair ont pu avoir 5 enfants (alors que la question est légitime dans le cas des Camden de 7 à la Maison, pour prendre l'exemple le plus frigorifiant de couple télévisuel de parents supposés s'aimer). C'est bien simple, ils sont toujours l'un sur l'autre ! Ils s'aiment visiblement comme au premier jour (ils se sont pourtant connus au lycée, comme l'expliquera Heathcliff dans un épisode où il se souvient avoir choisi sa fac uniquement sur la base du choix de Clair), et cet amour ne se vit pas en cachette dans la chambre à coucher, bien que celle-ci soit évidemment le théâtre idéal pour leurs interactions. Dans le salon, la cuisine, PARTOUT ! Les Huxtable s'embrassent, se taquinent, s'entrelacent, s'allument, se suçottent les lobes d'oreille... ils sont inséparables, et très tactiles.
Leurs échanges ne se limitent pourtant pas à leurs nombreuses preuves d'amour physique : on se raconte sa journée (comme Heathcliff qui rentre à 3h du matin et raconte à son épouse à demi-endormie : "on dit qu'un bébé naît en moyenne toutes les 9 secondes, cette nuit, ils avaient choisi mon hôpital pour le faire"), on partage ses préoccupations, des plus profondes aux plus futiles ("si je meurs et que tu rencontres une femme qui me ressemble trait pour trait, est-ce que tu gardes ma photo ?"), ou évidemment, on discute des enfants. Le rapport d'égal à égal est valable dans tous les domaines.
D'ailleurs, preuve que Cosby est là avant tout pour parler d'un univers et non d'un couple, le Dr Huxtable aura l'occasion plusieurs fois d'expliquer ces principes à ces propres patients. Au mari d'une parturiente qui insiste pour se comporter comme chef de la maison (ce qui ennuie bien la future maman), il expliquera : "l'époque où on était le chef, sérieusement, ça date d'il y a 30 ans ! L'homme à l'ancienne, c'est fini ! Une relation, c'est bien plus que d'être le chef. Vous n'êtes pas le chef, elle ne sera pas le chef". Evidemment, comme on parle d'une comédie, la tirade se conclut sur : "le bébé sera le chef !"... mais le message est clair. Et il sera répété, de façon plus subtile et cette fois sur le ton de l'évidence, tout au long de cette première saison. On est en 1984, rendez-vous compte ; pourquoi a-t-on encore des débats sur le sexisme en 2013 alors que Bill Cosby avait classé tout ça il y a belle lurette ?

Il faut avouer que même si Cliff est, de toute évidence, au centre de la série, Clair est un personnage, pardon pour le jeu de mots, parfaitement lumineux. Phylicia Rashad a d'ailleurs l'air de passer de bons moments sur le plateau, éclatant de rire spontanément lorsque Bill Cosby fait le pitre, et apportant sa classe naturelle à son jeu d'actrice qui n'endosse jamais tout-à-fait dans le rôle du clown blanc. Clair est la voix de la raison... souvent. Pas tout le temps. Clair est bon public pour Cliff... jusqu'au moment où c'est elle qui va nous épater, nous prendre par surprise.
Personne ne s'enferme dans une caricature, dans le Cosby Show.

TheCosbyShow-Season1b

Quand j'avais 5 ans, ma mère m'avait laissé voir Rencontres du troisième type ; il est de notoriété dans ma famille qu'à l'issue de film, je me suis précipitée vers l'écran en répétant que je voulais rentrer dans la télé, et partir rejoindre les personnages (eh oui, déjà alors). J'ai ressenti cette émotion, que je n'avais plus connue depuis un quart de siècle, devant cette première saison du Cosby Show. Et quand je vous disais, plus tôt, que le premier volet de mon intégrale m'avait mise à genoux, ce n'est pas une image : je suis littéralement tombée devant mon écran, les joues en larmes, devant certaines scènes absolument magiques. MA-GIQUES. J'assume mes adjectifs.
Et pas juste parce que les Huxtable forment une famille géniale, ce que je me suis ingéniée à expliquer jusqu'à présent, mais aussi parce que la série offre des moments... eh bien, je l'ai dit, magiques.

Il suffit, pour se convaincre de l'énergie de certaines idées du Cosby Show, de voir les épisodes-ovnis comme Jitterbug Break (1x16) ou Slumber Party (1x22), à la narration fantaisiste.
Le premier raconte comment la famille Huxtable se prépare à passer un vendredi ou samedi soir ; les parents s'apprêtent pour sortir avec un couple d'amis pour aller danser, la babysitter annule sa venue et Denise est chargée de la remplacer, qui invite donc les amis avec lesquels elle devait sortir à venir à la maison. Denise, dont on apprend qu'elle pratique le breakdance avec une boombox dans la rue (hello, années 80). L'épisode commence donc de façon assez classique, mais son dernier quart d'heure sera en réalité entièrement dédié à faire danser les personnages dans le salon, ce salon que nous connaissons tous où les meubles ont été poussés par Denise, ses amis et Théo, et où chacun s'en donne à coeur joie sur du hip-hop, puis du jazz quand arrivent les amis des parents, des danseurs émérites qui prouvent qu'ils ont encore quelques tours dans leur manche, puis finalement, quand les deux générations se mettent à danser ensemble dans la joie et la bonne humeur. L'épisode ne veut a priori envoyer aucun message : chaque personnage prendra la suite d'évènements comme un bon moment dont il faut profiter, le bonheur du moment dans une maison qui n'en manque pas. Son but est simplement de finir sur une célébration de l'envie de danser. Le scénario de départ n'a été qu'une excuse pour profiter de ce moment magique du quotidien des Huxtable. "C'est pour ça que j'aime venir ici", soufflera leur ami dont la voix est couverte par la musique, "on ne sait jamais comment la soirée va finir".
Dans le second de ces deux épisodes, Rudy s'ennuie copieusement, et Heathcliff lui suggère (après lui avoir proposé d'être son camarade de jeu, et de s'être gentillement fait rappeler "tu es mon papa, pas mon copain" par la petite) d'inviter des amis à dormir. Huit enfants de cinq ans vont donc être lâchés dans la maison (huit !), alors que Clair est, une fois de plus, retenue à l'extérieur (une conférence, cette fois) et que Cliff doit donc gérer tout seul la petite tribu, même s'il embarque finalement Théo et Denise pour lui prêter main forte. L'épisode n'a pas de conclusion à proprement parler : où Cosby veut-il en venir en parlant de la pauvre Rudy qui se sent seule ? Nulle part, la pauvre n'aura pas plus de trois lignes de dialogues à partir du moment où ses camarades arrivent à la maison. L'épisode va en fait consister en une enfilade de scènes pendant lesquelles le Dr Bill Cosby va simplement interagir avec les enfants : leur parler (encore), jouer avec eux, les taquiner, et ainsi de suite. Reconnaissant que les petits bouts sont bruyants, il aura juste le temps de lancer un pari avec son propre père (de passage) afin d'essayer de réussir à faire taire les gamins pendant une minute. Et c'est tout. Juste ça : Bill Cosby et huit enfants joyeux. Les scènes sont longues, mais on s'en fiche. Ca respire la vie !

Contrairement à la plupart des séries de son époque (puis des années 90) à vocation familiale, The Cosby Show n'a donc, vous l'aurez compris, aucune ambition moralisatrice, et ne s'embarrasse pas de conclusions. La narration de nombreux épisodes de cette première saison n'aura pas conclusion claire, sans même aller jusqu'aux exemples que je viens de citer ; ce sont simplement des tranches de vie, légèrement plus comiques que celles que vous et moi avons pu connaître pendant notre propre vie familiale, mais qui ne sortent jamais de ce registre.
Même quand l'avant-dernier épisode de la saison s'aventure au centre communautaire du quartier (posant ainsi comme une nouvelle évidence que Cliff et Clair participent à la vie de quartier sur leur temps libre, of course), on évitera pourtant tous les écueils du genre. L'épisode, qui devait être un backdoor pilot, mettra en retrait les Huxtable pour souligner plutôt le quotidien de Tony, responsable du centre, et de sa petite-amie, conseillère et psy travaillant avec lui. L'épisode, qui porte le titre de Mr. Quiet, montre alors Tony qui fait la connaissance d'un petit garçon très secret, lequel vient de se faire battre par un groupe d'enfants, et refuse de parler à qui que ce soit de ce qui est arrivé. Va-t-on essayer de comprendre pourquoi on s'en est pris à lui et ainsi aborder, je ne sais pas, le problème du racisme ou des violences ? Va-t-on découvrir que le garçon, que Tony n'a jamais vu au centre communautaire, est un SDF à prendre en charge ? Pas du tout. Le seul "enjeu" de l'épisode est que Tony tente de se lier à l'enfant et de lui faire simplement dire son prénom, et l'épisode se concluera quand le petit rentre chez sa mère après avoir non seulement parlé à Tony, mais aussi dévoilé son surnom "pour les amis". Voilà, c'est tout. Pas de mission. Une tranche de vie qu'on ne prend pas pour prétexte à moraliser la discussion.
The Cosby Show, regardable par toute la famille, ne donne pas dans l'éducation des enfants, de toute façon, mais plutôt des parents. Si la série poursuit un but, c'est à la rigueur d'apprendre à ces derniers à parler aux plus jeunes, pas à aborder les problèmes rencontrés par ceux-ci pour les aider à grandir. La télévision de Bill Cosby n'éduque pas les enfants à la place des parents. Personne ne doit éduquer les enfants à la place des parents, voilà ce que croit Bill Cosby, et c'est pour ça qu'il faut apprendre aux parents à être pédagogues. A observer. A écouter. A parler. A interagir avec les plus jeunes, de façon simple mais sincère. Mais ça, vous l'aviez compris depuis le début de la lecture de ce post...

Avec son rythme souvent à contre-temps, et ses multiples tentatives d'expérimenter des structures narratives atypiques pour ne pas dire, parfois, inexistantes, la première saison du Cosby Show vaut largement le coup d'oeil. D'autant qu'au-delà de ça, ses gags sont tout simplement intemporels...

TheCosbyShow-Season1c

Pour conclure, je dirais : il faut signer où pour se faire adopter par les Huxtable ? Avec tout ça, mais aussi les coiffures de l'impossible, les pulls pas croyables, et les musiques d'un autre temps, j'ai eu l'impression de replonger dans l'enfance que je n'ai jamais eue, c'était un vrai délice.
...Et dire que ça, c'était pour une seule saison ! Bon, il est un peu acquis ce marathon, maintenant, non ?

Posté par ladyteruki à 16:39 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

22-11-12

X-posé

Il est extrêmement rare que je parle des livres que je lis ou des films que je regarde, et, quand je le fais, il est encore plus rare que je fasse un follow-up. Mais après avoir parlé de la franchise cinématographique X-Men (pour ceux qui l'auraient loupé, ce post est ici), j'ai acheté le seul ouvrage que j'avais trouvé sur le sujet, et je voulais vous en toucher deux mots.

Ce livre, c'est "X-Men and Philosophy : astonishing insight and uncanny argument in the mutant X-verse" (I see what you did there...), et c'était ma lecture de la semaine.

Et meeerde, on est jeudi soir, qu'est-ce que je vais lire demain, ça va fausser toute ma belle organisation de lecture hebdomadaire ?!

XMenandPhilosophy

Vu que mes interrogations au début du mois portaient sur l'absence de littérature permettant au néophyte d'entrer dans le monde très touffu de l'univers X-Men, où un glouton ne retrouverait pas ses petits. Quand on n'a pas la chance de lire les comics depuis les années 60 et qu'on veut aller plus loin que les films, comment procéder, sachant que tout le monde n'a pas le temps (ni le budget) de s'envoyer plus de 500 tomes de comic books ? Voyons cela en quelques questions.

- A quoi ressemble ce bouquin ?
A un recueil d'essais. Comme apparemment tous les ouvrages de la collection "...and Philosophy", (oyez, oyez téléphages, il y en a sur Lost, Mad Men, 30 Rock, Dr House ou encore Arrested Development apparemment ; pour ma part je pense m'envoyer celui sur Battlestar Galactica dans un avenir proche), ces ouvrages sont avant tout une compilation de réflexions par des auteurs variés, chacun sur un sujet différent (les sujets sont regroupés par chapitres thématiques plus globaux), et avec un ton qui lui est propre. L'avantage c'est que ce ne sont pas 230 pages de monologue philosophique pompeux, mais que, chacun se sachant limité en espace, et les thèmes étant très diversifiés, on peut sans peine lire un texte, puis un autre un chapitre plus loin, revenir en arrière, etc... Aucune chronologie ni interdépendance entre les essais (tout au plus quelques rares renvois pour creuser une question rapidement soulevée pendant un paragraphe), entre 10 à 15 pages pour chaque texte, sont des ingrédients qui permettent potentiellement une grande liberté de lecture. Je l'ai pris dans l'ordre sans chercher à pinailler, mais je pense que c'est bon de savoir qu'il existe une autre option.

- Est-il malin de lire X-Men and Philosophy quand justement on ne connaît pas grand'chose de l'univers ?
C'est une question que je me suis posée avant l'achat. Le fait qu'il y ait plusieurs textes, de plusieurs auteurs, sur différents thèmes, répond à la question à la normande : parfois oui, parfois non. Mais en-dehors d'un auteur qui se croit suffisamment malin pour fanfaronner, en substance,"et si vous ne connaissez pas cette intrigue, eh bah allez la lire et revenez me voir", tous font preuve d'assez de pédagogie pour nous donner les éléments nécessaires à la compréhension de leur texte, quand bien même des références sur le support d'origine serait manquantes au lecture.

- Les auteurs ont-ils lu les comics ou juste vu les films ?
Là encore ça dépend des auteurs. Certains touchent vraisemblablement leur bille, et maîtrisent les tenants et aboutissants d'intrigues uniquement éditées au format papier pour le moment (je dis pour le moment car Bryan Singer bosse sur une adaptation de Days of the Future Past, d'ailleurs j'ai encore plus envie de voir ce film de la franchise maintenant !), d'autres se sont visiblement contentés de regarder les films, voire, parfois, je le suspecte, juste un ou deux, et pour autant cela fonctionne très bien. Selon votre degré de connaissance de l'univers X-Men, vous vous sentirez probablement plus d'affinités avec certains auteurs que d'autres. C'est tout-à-fait normal, mais avec les autres, l'intérêt de votre lecture n'en sera pas diminué, rapport à l'aspect pédagogique évoqué plus haut notamment.

- Cet ouvrage a-t-il pour objectif de disséquer la philosophie évoquée dans la franchise, ou prend-il le prétexte de parler d'un phénomène de popculture pour en réalité fournir un ouvrage à vocation uniquement philosophique ?
On se rappelle qu'effectivement c'est extrêmement rédhibitoire pour moi que de prendre un support pour prétexte juste pour pouvoir justifier de vendre un ouvrage sur la philosophie. Eh bien, là encore, devinez quoi : ça dépend. Un nombre très restreint d'essais montrent, de par le faible niveau d'implication de l'auteur dans la franchise, les rares références à de vrais éléments (par opposition à un simple name-dropping), et même, une fois, le ton du texte, prouvent que les auteurs sont là pour parler de concepts philosophiques et certainement pas de X-Men. Mais en règle générale, même si c'est à un degré variable, les auteurs se donnent quand même du mal pour tirer leurs questionnements de l'univers, au lieu de simplement utiliser l'univers comme exemple pour leur cheminement de pensée. Et dans ce cas-là, c'est intéressant, mais c'est pas du tout ce que je viens chercher, je l'admet.

- Et euh, je veux pas avoir l'air tout-à-fait intellectuellement paresseux mais... c'est chiant à lire à quel point ?
Ouais, je sais bien ; moi non plus les cours magistraux de philo, c'était pas ma tasse de thé. Et j'ai fait L, alors on en avait pour 8h par semaine à tirer. Je comprends. Bon, je vous rassure, globalement c'est un bouquin fascinant. Alors après, je vais vous refaire une réponse à la normande : parfois, notamment quand les auteurs ne font que semblant de s'intéresser aux X-Men (je donnerai pas de noms, mais yen a un qui vraiment n'y met pas du sien), et qu'il s'agit juste d'écrire un essai prise de tête et complexe sans même faire totalement l'effort de vulgariser les concepts, eh bien, bon, parfois, c'est un peu chaud.
Mais en grande et large majorité, les textes sont intéressants, bien écrits, et pour certains, même, truffés d'humour (il y a deux-trois auteurs qui peuvent légitimement se reconvertir dans le stand-up), rendant la lecture très sympathique. Qui plus est, la variété des auteurs apporte aussi quelque chose de plus inattendu : le sujet choisi. L'un d'entre eux choisit de parler de la façon dont Deadpool a conscience de sa propre existence en tant que héros de comics, et au final, non seulement on a droit à une explication de texte extensive des BD, mais en plus, on a tout simplement un cours sur la narration en matière de bande-dessinée ! Pour un autre, on aura droit à un suivi très linéaire des deux intrigues principales de Layla Miller, avec en fait une explication de texte poussée. Pour un troisième, c'est un renvoi constant entre les problématiques posées par Mister Sinister et ses expérimentations génétiques qui permettra de dresser une sorte d'inventaire des problématiques dans ce domaine. Une autre auteur picorera au contraire des dizaines d'exemples pour parler de la condition féminine dans X-Men. Et ainsi de suite. Chacun son sujet, son angle, son point de vue. Ca donne une lecture toujours pleine de surprise, où la routine ne s'installe jamais, et qui dépasse, surtout, le simple principe de parler de philosophie.
Mais pour ce qui est des concepts eux-mêmes, tels qu'abordés dans le bouquin, bon, c'est sûr que ça change de la lecture de Voici/Voilà/Voilou dans le métro, hein, on va pas se mentir. Pourtant, c'est tellement souvent bien troussé qu'on se laisse facilement embarquer dans des sujets parfois complexes et denses. Certains essais méritent, je vous le dis tout net, de préférer lire un paragraphe ou deux au calme. Mais globalement, je lisais dans le métro et ma compréhension des idées avancées et disséquées n'en était pas altérée (pourtant j'ai la capacité de concentration d'un enfant de 2 ans quand je suis dans le métro, j'entends même les gens mâcher du chewing gum de l'autre côté du wagon).
Et puis, allez, on est entre nous, hein : si un chapitre vous donne mal au crâne, je suppose que vous pouvez le zapper (enfin, euh : y revenir plus tard, bien-sûr, héhé), personne ne le saura ! Pour ma part je n'en ai eu envie qu'une fois, et quand j'ai décidé de ne pas le faire, je ne m'en suis pas portée plus mal.

- Bon mais alors, surtout : peut-on apprendre des choses sur l'univers X-Men en lisant X-Men and Philosophy ?
Oui. Oui, oui, oui et oui. J'ai appris plein de choses sur certaines storylines, comme House of M qui me fascine, ou Days of the Future Past justement. Bon, ça n'a pas l'air non plus d'être les intrigues les plus obscures de l'univers X-Men, mais n'empêche, c'est déjà ça. Ponctuellement, les chapitres les plus ambitieux sur cet angle sont aussi capables d'aborder des personnages absents, ou au mieux totalement secondaires, dans les films, tels qu'Apocalypse, Madrox, Layla Miller, Kitty Pryde, Angel, ou encore Deadpool (bon, pas forcément sur l'angle qui me fascinait le plus, mais c'est pas une raison). Toutefois, ce n'est pas la vocation de ce livre que de vous permettre de parfaire votre connaissance du sujet, c'est plus à prendre comme un copieux bonus non-négligeable.

Alors évidemment, il manque toujours un immense ouvrage qui ne ferait que de l'explication de texte, par exemple. Qui synthétise la timeline des intrigues principales de la série. Qui décide de tout simplement proposer une intrigue inédite sous forme de roman (apparemment ça a été le cas dans les années 90 mais d'une part, c'était une période si faste pour la franchise que je doute qu'un néophyte puisse commencer par là, et puis d'autre part, bonne chance pour mettre la main dessus, ça doit être méchamment collector). Je n'ai pas encore trouvé l'encyclopédie qui me permettrait de feuilleter quelques pages de temps à autres pour m'impregner de l'univers, ou le recueil de citations qui me servirait à prendre la mesure de certaines profondeurs atteintes au détour d'un comics, comme j'ai pu le faire pour Star Trek (ma façon de découvrir cette franchise reste mon idéal pour appréhender un univers popculturel complexe, je dois dire).

Mais pour autant, si le monde des X-Men vous intéresse, et que vous aimez bien une lecture intelligente en prime, je recommande cet ouvrage. Testé et approuvé.

Voilà et maintenant j'ai rien à lire pour demain, je vais être d'une humeur de chien. Je pourrais le prendre avec philosophie... mais bizarrement, non.

Posté par ladyteruki à 23:25 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

07-11-12

Née sous X

Depuis quelques jours, j'ai du monde à la maison, et du coup, je regarde des films. Ouais je sais, à moi aussi ça fait bizarre. Je n'avais plus regardé autant de films en si peu de temps depuis mon fameux défi cinématographique ! Qui plus est, ce n'est pas exactement le genre de films que je regarderais si j'étais seule.
On a en effet commencé avec la trilogie X-Men, avant d'embrayer sur les prequels/sequels variés sortis à ce jour.

Les deux premiers X-Men, je les avais vus, en réalité, dés leurs sortie, c'est d'ailleurs la raison pour laquelle ils ne figurent pas dans mon Secret Diary of a Cinephile ; à l'époque du premier, je fréquentais un geek, et à l'époque du second, je re-fréquentais le même geek (j'étais en réalité surprise qu'on ne se remette pas ensemble au moment de la sortie du troisième !). Le dernier opus de la trilogie, en revanche, n'étant trainée sur place par aucun tiers, m'avait complètement échappé, et les spin-offs encore plus. Il faut dire que je suis assez peu portée sur les films de superhéros : je n'ai jamais vu aucun Spiderman, peut-être un vieux Batman dans un coin (genre avec Michael Keaton...), et ma tentative de me frotter à l'univers d'Iron Man avait été un échec plus tôt cette année (et pourtant j'étais malade, donc vulnérable), pour n'en citer que quelques uns.

Pourtant, je ne suis pas complètement fermée au monde des superhéros.
Séquence souvenirs.

Quand j'étais adolescente, je ne me rappelle plus comment j'avais fait mon compte, mais j'avais réussi à avoir un peu d'argent et je m'étais acheté, en cachette, deux comics dans une librairie près de mon lycée. En cachette parce que chez mes parents, si la lecture était considérée une perte de temps, la lecture de bande-dessinées était considérée comme un aveu de crétinerie. De toutes les choses qui étaient non grata dans ma famille, la BD était l'une des pires (avec l'usage du téléphone et le concept de l'achat d'un lecteur CD ; pour ceux qui se demandent, grandir au 14e siècle c'est moyennement fun). L'un des comics était un numéro de X-Men, l'autre de Witchblade. C'étaient des numéros achetés au hasard, sans rien connaître de la mythologie de l'un ou de l'autre (je crois que le Witchblade était un des tous premiers, mais pour l'exemplaire de X-Men, il était clair que je n'avais pas la moindre idée de l'univers dans lequel les personnages évoluaient)... mais j'ai quand même pu apprécier certaines choses, notamment de la part des personnages dont je pouvais saisir l'essence, à défaut de connaître leur background complet.
Je ne connaissais rien au monde des comics, je ne savais par exemple pas pourquoi à l'intérieur d'un même numéro, plusieurs styles de dessin apparaissaient, j'ignorais même que plusieurs histoires étaient menées de front, chacune à raison de quelques pages ; à mon époque, on n'avait pas Wikipedia (de toute façon, si vous croyez que mes parents auraient pris un abonnement à internet...), donc on faisait nos expériences sur le tas, sans avoir la possibilité d'accéder à une illusoire science infuse permise par un accès immédiat à des réponses à 99% de nos questions. Donc j'ai acheté le deux numéros, je les ai lus, et j'ai tiré mes propres conclusions. Et c'est comme ça que j'ai compris que je ne pourrais jamais me lancer dans les comics, parce que cela exigeait des achats réguliers et que ce n'était pas possible pour moi.
J'ai eu une pensée pour cet achat quand Witchblade, la série, est apparue sur les écrans ; comme en plus l'héroïne était une actrice de Brooklyn South, ça m'intéressait d'autant plus. Au final, je n'ai jamais pu voir Witchblade mais dans le fond ce n'était pas si grave, vu les retours que j'en avais ; d'ailleurs j'aurais sûrement eu plein d'occasions de le faire depuis que je peux me lancer dans des recherches pour trouver des épisodes, depuis que j'ai un accès libre à internet, et je n'ai même jamais esquissé l'ombre d'une requête google.
Mais pendant les mois qui ont suivi, je me suis penchée sur le style de dessin des comics, je l'ai décalqué, copié, intégré dans mes propres dessins (je dessinais énormément pendant le collège et le lycée), et finalement, c'est quand même devenu une part de ma popculture, même si c'était de loin et sans avoir eu le temps de m'attacher émotionnellement aux histoires. A l'impossible nul n'est tenu.

Pourtant, les versions ciné des X-Men ne m'avaient jamais attirée, essentiellement parce que j'avais l'impression que c'était juste une excuse pour faire des films d'action à gros budget, mais aussi évidemment parce que j'avais loupé le coche de l'affectif.
Quand j'avais été les voir, les deux premiers films m'avaient très peu captivée, je crois que grosso-modo je pionçais à moitié (l'autre moitié était venue avec son copain et était occupée différemment...). J'avais aussi de très forts a priori, et ça n'aidait pas.

Alors finalement, ce revisionnage cinématographique un peu forcé (mais c'est souvent le cas avec les films, il faut que je me pousse un peu, c'était d'ailleurs toute la raison de mon défi de 2010) m'a permis d'accorder un peu plus d'attention, avec un esprit un peu plus ouvert, aux films, et à l'univers X-Men en général.
C'est de cet univers dont j'avais envie de parler aujourd'hui, parce que c'est la première fois que je lui ai prêté de l'attention, et que j'ai désormais une vue d'ensemble sur tous les films sortis à ce jour.

XMen

Comment le thème de l'acceptation de la différence m'avait-il à ce point échappé lorsque j'avais vu les deux premiers films ? De toute la franchise, ils sont pourtant les plus explicites sur ce thème, et les plus intéressants à ce sujet.
Car ce que ce revisionnage des deux premiers opus m'a fait comprendre, c'est que la franchise X-Men n'est pas qu'une façon de se faire facilement des dollars en montrant des superpouvoirs, comme je le soupçonnais initialement. De véritables thèmes sont abordés, et non au titre de simple prétexte (j'insiste : je parle des 2 premiers films de la trilogie), mais bien comme axe central de l'intrigue et de la réflexion de chaque film. Revoir ces deux premiers films m'a permis de prendre la mesure des enjeux : il ne s'agit pas de bons et de méchants mutants, il s'agit de mutants qui veulent exister au grand jour mais qui n'ont pas la même méthode pour y parvenir, les uns étant dans le court terme et la mise devant le fait accompli, les autres dans le long terme et la diplomatie prudente. Dans le contexte de ces deux films, les histoires personnelles des mutants sont assez peu travaillées (à l'exception de l'enfant chéri Wolverine), car ce qui compte, c'est la doctrine, in the grand scheme of things. La thèse n'est pas sacrifiée au nom de l'efficacité, c'est l'efficacité qui vient servir et renforcer la thèse. Sans aucun doute, avec mes outils de spectatrice d'aujourd'hui, je trouve que ces deux premiers films sont bons ; pardon si j'ai l'air de débarquer mais, comme on dit, il vaut mieux tard que jamais. Aucune scène d'action n'est gratuite, il y a un vrai scénario, et les personnages sont forts. Difficile de ne pas s'attacher à au moins l'un d'entre eux (même si certaines choses ne changent pas : mon seul souvenir positif de X2, c'était Alan Cumming...), de ne pas sentir qu'il y a chez presque tous quelque chose de profond à découvrir sur leur passé ou leurs conflits intérieurs. Tout ça dans des films à gros budget et donc gros spectacle, la prouesse mérite d'être soulignée, même avec une douzaine d'années de retard !
Le troisième opus de la trilogie me laisse plus mitigée. Peut-être que pour lui aussi je changerai d'avis dans une prochaine décennie, mais pour le moment je l'ai trouvé assez creux, sa thématique étant moins engagée et les scènes d'actions épouvantablement longues, en particulier le fameux combat final. Sa conclusion me laisse également sceptique, mais je reviens là-dessus à la fin de ce post.

N'ayant aucune sorte d'affinité avec celui qui semble être le chouchou de la franchise (et donc, je le présume, des spectateurs), le prequel sur Wolverine m'a laissée de marbre. L'histoire de X-Men Origins: Wolverine ne trouve de l'intérêt que vers la fin, au moment de la découverte du programme Weapon X, sur l'île ; mais le reste est bavard et dénué d'intérêt, le face à face entre les deux frères étant rapidement épuisé par le premier quart du film, et lorgnant sur la redite lassante ensuite. Le projet Weapon X méritait d'ailleurs d'être approfondi, au moins dans ses intentions, mais comme on aura un spin-off sur Deadpool, on devrait avoir une chance de se remettre de la déception.

Mais la plus grande des frustrations découle de X-Men: First Class. Voilà un prequel qui était d'une grande nécessité pour placer plus précisément sur la carte le professeur Xavier comme ce bon vieux Magneto. Quelques problèmes, cependant : un cast très inégal (Patrick Stewart est d'accord avec moi), des personnages totalement inutiles (hello Betty Draper), d'autres tristement sous-employés (à quand le spin-off sur Mystique, au nom du ciel ?!), des séquences particulièrement fastidieuses (quand chacun apprend laborieusement à améliorer ses compétences), et d'autre éminemment ridicules ("je te vois dans le sous-marin, je te vois plus, je te vois dans le sous-marin..."), de nombreuses incohérences destabilisantes avec les autres films de la franchise (et je ne parle pas juste de petits bugs mineurs comme la couleur des yeux de Charles Xavier), et globalement, une mauvaise exploitation du potentiel de réécriture historique (pourquoi s'attaquer à la crise des missiles de Cuba si c'était pour en faire ça ?). Ah, et Kevin Bacon, qui devrait peut-être y aller mollo sur les prescriptions de marijuana.
Il y a de bons moments, une tentative relativement honnête d'explorer un versant plus littéral de l'acceptation de l'identité mutante, mais globalement, ça reste boîteux. Clairement il s'agit ici de faire un coup double, à savoir rajeunir le cast ET la cible, mais on peut être jeune et avoir un minimum d'exigence de qualité (du moins je l'espère). Un travail totalement salopé m'aurait à la rigueur plus contentée, au sens où au moins, je ne ressentirais pas la frustration d'avoir failli, mais failli seulement, assisté à un film intéressant. Là c'est un peu ni fait, ni à faire, mais ça a quand même était fait, et dans le doute, il valait peut-être mieux s'abstenir, mais bon, c'est fait, c'est fait hein...
Par comparaison, X-Men: The Last Stand apparait comme plus honnête dans ses intentions que X-Men: First Class : on ne cherche pas à y faire passer des vessies pour des green lantern (ah zut, c'est la franchise concurrente), on est dans le divertissement au sens le plus classique du terme.

XMen_FirstClass

Après avoir passé environ une semaine et la bagatelle de 5 films devant la franchise X-Men, ma curiosité envers celle-ci est donc renouvelée.
En fait pour la première fois, j'ai l'impression d'être en mesure d'apprécier le potentiel de cette immense saga, qui s'écrit aux USA depuis les années 60 sur divers medias, à commencer évidemment par la bande-dessinée. S'il ne m'a jamais échappé que X-Men était un objet culturel d'importance outre-Atlantique, je commence à peine à comprendre pourquoi.

Le problème, c'est que picorer de la lecture sur Wikipedia pendant deux ou troix heures ne fait que souligner un grave problème de l'univers X-Men : sa densité. Ce qui fait même sa richesse pour le curieux d'aujourd'hui est aussi le plus gros frein à sa découverte. Il aurait fallu baigner dedans depuis toujours, ou au moins y entrer tôt, mais désormais, pour moi qui ai passé trois décennies à ne voir ces histoires se dérouler que de loin, et leur succès me rester étanger, il semble un peu tard pour vraiment comprendre la complexité de cet univers, de ses personnages, de ses mythologies.
Je ressens envers X-Men la même chose qu'envers Star Trek : il est clair pour moi à présent qu'il y a énormément de choses à voir (et d'autres probablement à survoler, voire même zapper totalement) et à appréhender dans les histoires que veut raconter cette franchise, mais la tache est d'une telle ampleur que le rattrapage ne sera jamais possible. C'est comme appréhender toute une gamme de mythes et légendes d'une autre culture : même si la curiosité me ronge, impossible de vraiment m'en imprégner, parce que je n'ai pas été éduquée dedans ; néanmoins c'est justement cette consistance qui m'attire (tout comme j'étais, enfant, attirée par les mythologies du monde, par les centaines d'espèces de dinosaures, ou comme je le suis aujourd'hui par la perspective de pouvoir cartographier les séries de la planète).
Et du coup, j'hésite à m'engager dans une véritable documentation sur le sujet, alors que je suis convaincue désormais d'avoir énormément de concepts et d'histoires qui pourraient m'intéresser, me divertir, me nourrir, et que j'enrage un peu de passer à côté en ne regardant que les films (dont certains passent à côté de leur objectif).

Alors, comme j'avais fait pour Star Trek, je me suis dit que le plus court chemin vers la compréhension d'un univers foisonnant et intimidant, c'était la littérature. Une bonne grosse encyclopédie spécialisée, ou un ouvrage de fond sur la symbolique de... la symbo... la... quoi ?
Si mes recherches sont exactes (et à ce stade je n'ai pas de raisons d'en douter, j'y ai passé un temps non-négligeable), il existe un seul livre consacré à l'univers X-Men, et encore, il fait partie d'une collection (et évidemment c'est uniquement en anglais, mais je n'attendais pas de la France qu'on y écrive une abondante littérature sur un comics, le genre étant très largement déconsidéré sous nos latitudes ; un peu comme chez mes parents !).
Bien que potentiellement intéressant (la franchise telle que je l'ai vue semble aborder suffisamment de sujets pour justifier de l'existence de pareil ouvrage), cet essai ne m'aidera pas à "rattraper le temps perdu" comme le ferait un encyclopédie ou une quelconque oeuvre récapitulative (ou au moins quelques chronologies des storylines majeures et/ou des personnages).

C'est ce qui m'amène à vous reparler de la fin de X-Men: The Last Stand. La façon dont s'achève le film, laissant en suspens plusieurs problèmes dont l'un, non des moindres, est la mort d'un personnage important (pour ne pas citer de nom et des fois qu'il y ait encore plus retardataire que moi !). Sur le coup, à la fin du film, je suis restée interdite par le culot de la franchise cinématographique de tuer un personnage aussi important pour la franchise dessinée. Je me suis justement demandé si c'était conforme à l'original, ou s'il s'agissait d'une nouvelle liberté prise par l'adaptation ; j'ai donc été me cogner la (longue) biographie du personnage, et je n'ai pas trouvé de trace de pareil évènement.
J'aurais aimé un ouvrage aussi complet (néanmoins synthétique) et pratique que ma très chère bible de Star Trek (au sujet de laquelle j'ai une amusante anecdote, d'ailleurs) pour m'aider à trouver plus simplement cette information. Et bien d'autres. Juste pour me mettre un peu à niveau.

Au terme de cette aventure d'une semaine (ou d'une vie, selon le point de vue), j'ai l'impression d'avoir eu un second rendez-vous avec quelqu'un que je ne pourrai jamais vraiment fréquenter. Ca s'est bien mieux passé que notre première sortie, mais même si je tombais amoureuse, il me serait impossible de vivre cette passion dans une configuration qui me semble satisfaisante.
Par ricochets, je me demande pour combien d'univers on se retrouve, sans forcément en prendre conscience, dans la situation où on a le choix entre une appréciation superficielle d'un monde (cela peut convenir à certains, mais moi, vous le voyez, ça me frustre) et une connaissance pointue d'un domaine qui a demandé des heures de suivi pendant des années juste pour appréhender correctement le sujet, ses richesses et ses nuances (sans même parler de se proclamer expert). L'investissement que demandent des passions comme celles que peuvent avoir les fans de comics pour l'univers de Marvel est énorme... et ne concerne qu'une franchise ! Ce n'est même pas comparable avec la téléphagie au sens large, qui est une imbrication de visionnages à court et à long terme d'un patchwork de séries différentes ; on parle d'une oeuvre, et une seule, qui exige une attention soutenue (et via un seul media, les autres étant incomplets ou pauvres) rien que pour en posséder les tenants et aboutissants.

La prochaine fois que quelqu'un me demandera comment je connais tant de séries et mémorise un grand nombre de choses à leur sujet, je lui parlerai de cette porte entr'ouverte sur la constellation X-Men, et combien je ne suis qu'un petit scarabée à côté de ces gens qui connaissent de bout en bout la vie de Jean Grey et de Charles Xavier...
On est tous l'amateur d'un autre fandom.

Posté par ladyteruki à 16:59 - Comme au cinéma - Permalien [#]

08-02-12

Coming outer space

On pourrait soupçonner un tantinet d'opportunisme derrière le pitch d'Outland : parler de geeks, c'est à la mode, et lancer une série gay, ça a un petit côté "moi j'ose le faire", moins qu'avant, certes, mais à plus forte raison sur une chaîne publique.

Outland

Outland est pourtant un projet dont on a l'impression qu'il est quand même très authentique, essentiellement parce que son créateur John Richards parle de ce qu'il connait.
...Et puis parce qu'une série gay réalisée avec trois bouts de ficelle, ça fait toujours plus authentique que si elle avait un budget monstre.

Eh oui, il faut le dire, Outland n'impressionne pas des masses de prime abord. D'accord, l'appart de son héros est parfaitement décoré (je veux le même en violet !) mais globalement, ça ressemble à une série tournée avec quelques dollars en poche, un scénario simpliste et des copains acteurs. Lesquels ne brillent pas nécessairement par leur talent, mais on le mérite de se montrer rapidement sympathique.

Si je parle de scénario simpliste, c'est essentiellement parce que l'histoire de ce premier épisode n'est pas franchement épatante. Le pilote passe 20mn à nous montrer un personnage central et ses copains dévoiler lourdement leur personnalité quand d'autres séries auraient su le faire en moins de temps, afin d'offrir une intrigue drôle et rythmée. Rien de tout cela ici, alors que le protagoniste central passe le plus clair de l'épisode à faire une crise d'angoisse (qui dure environ 6h d'après mes calculs) et que ses potes meublent comme ils peuvent dans le salon avec le plan Q que notre héros ne pourra pas concrétiser. Là comme ça, ça ne fait pas envie.

La force de ces personnages, c'est qu'ils seraient tous, dans une autre série, une caution gay, le quota gay, appelez ça comme vous le voulez : le gay flamboyant et maniéré, la lesbienne qui en impose, le gay issu de la culture cuir et clous des années 90, et le petit gay de bonne famille, auraient sans hésité joué les seconds couteaux caricaturaux dans une comédie hétéro. Mais ici, rassemblés ensemble, ils forment une petite communauté improbable mais vite attachante. Personne n'est là à titre de prétexte, simplement, comme beaucoup de personnages de comédies, ils sont un peu caricaturaux. La nuance a son importance.
Je confesse une tendresse particulière pour les grands yeux de Toby (incarné par Ben Gerrard), un personnage qui trouve le moyen d'être à la fois snob et attachant.

Difficile d'évoquer Outland sans parler des références geek, également. On a ici une bandes de geeks de science-fiction, me faut-il préciser, qui vont donc mentionner Doctor Who (abondamment !), un pseudo-Star Trek (problème de droits ?), Blake's 7... sans compter une hilarante référence à Rencontres du Troisième Type dans le frigo (vous verrez). L'appartement du héros est peuplé de produits dérivés qui en allècheront plus d'un !
Mais au-delà de ça, on n'est pas dans le name dropping comme peut le faire The Big Bang Theory : la science-fiction est vécue comme une addiction plutôt qu'autre chose, et comme un fardeau par le personnage principal, plutôt que comme une fierté. D'ailleurs Outland, derrière son aspect humoristique ou disons, léger, est une véritable réflexion sur la condition d'outsider, quelle qu'en soit la raison. "Ce n'est pas le lycée !", lance l'un des protagonistes à un autre qui rétorque "mais si, c'est le lycée, c'est TOUJOURS le lycée !", preuve qu'il y a aussi une certaine souffrance derrière le sujet choisi ici ; elle s'exprime pour le moment de façon un peu maladroite, mais j'apprécie ce regard différent, loin de l'étendard pro-geek ou pro-gay, pour raconter quelque chose de plus dense, à la fois spécifique et universel.

Outland est, en définitive, une comédie qui a un fort capital, mais qui a un peu raté son entrée en voulant trop prendre le temps de s'installer. Il faudra probablement attendre un épisode de plus pour accompagner ces geeks gays avec entrain...

Posté par ladyteruki à 23:43 - Review vers le futur - Permalien [#]


18-11-10

Spoilers !

C'est pas avec moi que ça arriverait.
Je ne sais plus avec lequel d'entre vous je papotais l'autre jour, mais on en était venu à la constation que, pour qui lit ce blog, les spoilers sont rares. Sur le coup, c'était marrant à remarquer (zallez dire, j'ai pas de mérite, mes posts portent la plupart du temps sur des pilotes). Là ça me rend un peu amère...
Que je vous explique.

Ma politique vis-à-vis des spoilers est simple : je n'en lâche pas sans prévenir, je n'en lis pas, mais si je tombe dessus, tant pis pour moi, j'avais qu'à pas. Partant de là je ne fais jamais partie des gens qui hurlent "aaaaargh, tu as pourri mon groove !" chaque fois que quelqu'un laisse trainer un spoiler mal rangé. C'est ma faute, aussi, de venir vous lire alors que vous vous étiez lancé dans une review, et que vous aviez même pris la précaution d'étiqueter votre post avec le numéro de l'épisode et son titre. A un moment faut arrêter l'hypocrisie. Donc d'accord. Et puis d'ailleurs je ne vais lire que les posts portant sur des choses que j'ai déjà vues, ou que je sais que je ne regarderai jamais.

Vous la voyez la faille ?

Ouais. Les trucs que je pensais pas regarder un jour... eh bah voilà, c'est le petit hic.
Vous m'auriez dit ya pas quinze jours que je me goinfrerais de Doctor Who, je vous aurais ri au visage. Poliment, mais ri quand même. J'observais le phénomène de loin et ça me suffisait, et j'étais convaincue que je ne regarderais jamais la série parce que moi, le fantastique, plus encore dans une série britannique... J'étais perchée. Alors je lisais plein de trucs sur Doctor Who. M'en foutais. Pas l'intention de regarder, pourquoi m'en faire ? Et puis, c'était un régal de regarder la série par procuration ; comme pour Star Trek, par exemple. J'ai vu plusieurs épisodes de chaque franchise, j'estime avoir tenté le coup, maintenant ce que je préfère, c'est voir les fans en parler. Mais on a déjà abordé le sujet alors suivez les tags pour en savoir plus.

J'accuse ! J'accuse la Sorcière de faire des posts excellents. Les captures, les petites phrases, les répliques, les smileys... elles sont parfaites. Rien qu'à cause d'elle, jamais je ne m'aventurerai sur le terrain du blog à review parce que je ne suis qu'un cancrelat à côté. Et donc, outre Supernatural, série sur laquelle je garde un œil grâce à elle et uniquement grâce à elle, je regardais Doctor Who par son intermédiaire. Eh, m'en fout, je regarderai jamais d'épisode de Doctor Who, héhé !
...
Donc maintenant je regarde Doctor Who et je suis bien emmerdée parce que je suis spoilée sur certains trucs. Dans l'ensemble c'est rarement problématique. Sauf quand ça l'est, quoi. Et j'ai appris un truc : c'est que même quand vous lisez un post sur une série que vous n'aimez pas et que vous ne regardez pas et que vous n'envisagez pas de voir et que vous pensez que ça va entrer par une oreille et ressortir par l'autre...
Vous n'oubliez pas. What has been seen cannot be unseen.

Donc c'est bien simple, je somme la Sorcière d'arrêter d'écrire d'excellents posts qui donnent envie de regarder des trucs qu'on n'avait pas l'intention de regarder. Ou de ne plus les faire sur Doctor Who. Ou de m'attendre maintenant que je m'y suis mise.
...Je lui laisse quand même le choix. Voyez, je suis pas obtuse, non plus.

Spoilers

Posté par ladyteruki à 22:16 - Point Unpleasant - Permalien [#]

21-08-10

[Day 21] Vous pouvez répéter la question ?

MemeDay_21a

Non ? Bon, d'accord. Un autre genre de "ship" alors...

MemeDay_21b

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche New York 911 de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 20:00 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

20-07-10

Toujours la faute des autres !

Parfois j'ai l'impression qu'on a un peu fait le tour des séries fantastiques et de science-fiction. Je regarde les trucs qui sortent et je me dis : "sérieux, encore ?!". Et les mecs sont sérieux, en plus. Ils vont vraiment nous faire une série sur un bled paumé où se concentrent des phénomènes surnaturels, des vampires qui passent leur vie immortelle au lycée, ou, pire... l'invasion extraterrestre.

Là je suis en train de me prendre par la main pour finir V ; c'est pas que la série soit longue, c'est sûr, et c'est même pas que je ne l'apprécie pas. Mais j'en ai tellement marre de voir toujours les mêmes sujets être tournés dans tous les sens. Bien-sûr, V n'est que la partie visible de l'iceberg, et à la limite, comme c'est un remake, on pourrait arguer que j'ai beau jeu de râler, mais l'exemple ne s'arrête pas à V, ce n'est en fait que la goutte d'eau d'un vase qui n'en finit plus de déborder pour moi.

Toujourslafautedesautres

First Wave, Invasion Planète Terre, Invasion, Threshold... on aurait pu penser que depuis le temps, les séries sur l'invasion (soit pendant, soit après), on en aurait suffisamment vu pour avoir couvert le sujet. Du moins, les bases. Après on peut essayer d'être original, mais sur un tel sujet, ça me semble difficile. Parce qu'à chaque fois qu'il y a une invasion, PAF ! Il faut qu'on s'aperçoive tôt ou tard que les aliens cachent des intentions pas très honnêtes. Parfois on s'en rend vite compte parce qu'ils débarquent tous lasers dehors ; et puis parfois c'est plus insidieux, et je ne dis pas que ce n'est pas intéressant, juste que, ça va, on le sait qu'au final les extra-terrestres sont tous des pourris.

C'est du racisme anti-extraterrestres, tout ça. Et ils peuvent pas se défendre parce qu'ils ont pas de lobby ! C'est vraiment petit.

Bref, si on veut absolument voir comment l'humanité se dirige elle-même vers sa propre perte, faut pas trop en attendre de la télévision. Au cinéma, j'ai l'impression que c'est plus fréquent ; il faut dire que la proportion films/séries de SF doit jouer. Pourtant, si on veut faire dans l'anticipation (vous avez remarqué comme ces séries ont l'habitude de se dérouler juste dans deux ou trois ans, grand maximum ?), voilà un sujet en or.

Mais la science-fiction, à la télé, est totalement déresponsabilisante vis-à-vis de l'humanité ! C'est constamment la faute des autres. C'est la faute des extra-terrestres si on va tous crever ! C'est la faute des extra-terrestres si j'ai menti à ma petite amie ! C'est la faute des extra-terrestres si je trahis mes semblables !
Mouais. 'Zont bon dos, les extra-terrestres.

La science-fiction a toujours été un genre idéal pour explorer l'humanité et ses zones d'ombres, parce que c'est un genre métaphorique parfait pour aborder plein de sujets de société ou de questions sur la nature humaine. C'est encore mieux dans le cas des invasions "propres" à la Invasion Planète Terre ou V parce qu'en plus les extra-terrestres prennent une forme humanoïde qui permet de dire des choses des humains sans que les humains qui regardent la série ne se sentent exagérément concernés. C'est un genre magique, la science-fiction, j'aurais tellement voulu y être plus réceptive, mais j'ai grandi dans une famille qui méprisait la science-fiction et je crois que dans le fond, j'en ai toujours quelques restes, même quand je m'achète des piles de bouquins Star Trek ou que je m'achète un DVD de Babylon 5 par-ci par-là. Dans le fond, je crois que je ne serai jamais à fond dedans.

Mais peut-être aussi qu'effectivement, je ne suis pas aidée. Peut-être que pour traiter de sujets intéressants, il faudrait un peu décoller des thèmes usés jusqu'à la corde.
Pis peut-être qu'il faudrait essayer de se préoccuper des vrais coupables, de temps en temps.

Et c'est là qu'intervient ma découverte coup de cœur de la journée. C'est pas une série. C'est un thème. Je me baladais sur Wikipedia, je cliquais un peu partout et n'importe où, j'ai le droit. Et là, VLAN ! Je tombe sur ça : Mouvement pour l'extinction volontaire de l'humanité. Merde alors.
Ça n'arrivera jamais. Rien qu'à cause des gonzesses qui semblent peupler mon entourage, ça n'arrivera absolument jamais. Il y aura toujours des gens pour vouloir faire des enfants quoi qu'il arrive. Mais c'est pas la question. La question, c'est que ça fait un sujet absolument génial pour une série d'anticipation !

Imaginez : au lieu de nous sortir le refrain habituel sur les vilains extra-terrestres qui nous tombent sur le coin du nez quand on s'y attend le moins, et commencent à essayer de nous effacer de la carte galactique à l'insu de notre plein de gré, eh bien là, gros twist : c'est nous qui essayons désespérément de nous éteindre ! Mais c'est absolument génial ! C'est du jamais vu ! C'est couillu ! C'est plein de bonnes idées sur la façon d'explorer les problèmes de notre société SANS parler de notre société actuelle, c'est le propre de l'anticipation !
Il faudrait suivre la mise en place du processus par les autorités, voir les gens désespérés essayer de quitter la planète pour fonder une colonie ailleurs, là où on pourrait polluer sur plusieurs générations tranquillement, il y aurait des gens qui se serviraient dans les ressources de la Terre comme si demain n'existait pas (et demain n'existerait effectivement pas), les gens se sentiraient coupables quand ils auraient des enfants par faute d'inattention. On pourrait explorer de façon inversée les politiques natalistes de certains pays, et puis ce thème si à la mode qu'est l'écologie.
'Pis imaginez en quoi consisterait l'action de la Résistance...

Bon, je dis pas qu'il faut uniquement cette idée-là pour me charmer, évidemment. Mais les possibilités sont tellement plus vastes que les aliens qui nous colonisent pour nous tuer et/ou nous manger... Bon, plus simple, un truc tout con : on a pensé à ce que les extra-terrestres ne soient pas armés de mauvaises intentions ? Pas depuis Alien Nation, quand même...
Alors bon, quand je vois qu'il y a Falling Skies qui va nous tomber dessus dans quelques mois, je soupire, si vous voulez, parce que je sais bien que je vais regarder (je veux dire, bon, ya Noah Wyle, quoi...), mais sérieusement, là, je pique du nez.

Scénaristes, faites une bonne action, trouvez un truc un peu nouveau à nous proposer.
C'est pas parce que les séries policières des networks ne le font pas qu'il ne faut pas essayer.

Posté par ladyteruki à 22:33 - Série de valeurs - Permalien [#]

26-01-10

Réorientez vous... vers une autre chaîne

Au Japon, la saison hivernale 2010 semble avoir pour thématique le monde du travail. Certains pitches promettaient d'être sans concession, comme Nakanai to Kimeta Hi et son exploration du harcèlement professionnel. D'autres laissaient en revanche plus dubitatif quant à ce qu'on pouvait réellement en attendre.
Angel Bank était de ceux-là. Songez donc : une prof qui décide de changer de vie, et qui se trouve elle-même dans la position d'un conseiller en réorientation professionnelle... on pouvait en attendre le pire comme le meilleur.

Et c'est très précisément ce qu'on trouve dans le pilote.

Alors : comédie ou drame ? Les deux, en fait. Principalement le premier, et c'est dommage, car la réorientation professionnelle de Mamako, l'héroïne, fait plus figure de prétexte que d'acte fondateur. Là voilà en quelques minutes en train de se demander quelle est sa valeur sur le marché du travail, et hop ! Elle rencontre le grand gourou de la réorientation professionnelle, qui, ni une ni deux, la prend comme stagiaire. Le mot "facilité" vient à l'esprit.

Mamako va donc aider sa première cliente, une mère au foyer sur le point de divorcer, dont le futur ex-mari l'a mise au défi : soit elle trouve un boulot qui rapporte plus d'argent que lui dans le mois qui vient, soit elle perd la garde de leur fille. C'est donc là qu'interviennent les violons.

Ce n'est donc pas tellement dans le scénario précipité et peu original qu'il faut chercher l'intérêt d'Angel Bank, mais plutôt dans les dialogues, et notamment dans chacune des apparitions de Yasuo Ebisawa, le fameux réorienteur professionnel. S'il est vrai que beaucoup de ses tirades sont à l'économie ce que les termes techniques de Star Trek sont à la science, ça reste quand même bien le seul élément qui apporte de la valeur ajoutée à la série, et élève le niveau du débat.

AngelBank

Les mécanismes économiques dont il est (hélas rapidement) question une fois ou deux présentent un réel intérêt, mais la production n'a pas joué le jeu jusqu'au bout. Afin que la série conserve un maximum de spectateur, on préfère introduire un maximum d'éléments simples à comprendre (maman veut garder enfant, papa très méchant parce que maman pas esclave docile, entreprises pas assez compréhensives, grand gourou franchement antipathique, etc...), voire carrément simplistes. L'autre passage obligé était apparemment de caser une moue différente de Kyouko Hasegawa dans chaque scène, ce qui forcément est un autre genre de contrainte scénaristique.

Bref, Angel Bank gâche lamentablement son potentiel, scène après scène, alors que visiblement il y avait de bonnes bases.
Ce qui signifie que dans le monde de ma téléphagie, cette série a une valeur de zéro. Comprenne qui pourra.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Angel Bank de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:18 - Dorama Chick - Permalien [#]

03-08-09

Je Souhaite

Hasard du calendrier ? Je ne crois pas. Toujours est-il que Defying Gravity commence alors que nous venons de célébrer l'anniversaire du premier pas sur la lune. Et malgré tout ce que j'en entends depuis quelques jours, j'ai bien l'intention de me faire le pilote (comme si la question se posait !). Mais assez curieusement, est-ce là aussi le fruit du hasard ? Cet été a commencé au Japon la série Futatsu no Spica, qui parle, elle aussi, de conquête de l'espace.
Vous vous doutez bien qu'en de telles circonstances, je n'ai pas le choix. Je remets donc au goût du jour la semaine thématique ! Et pendant que ce soir je me délecte de Defying Gravity, je vous offre une première série où le personnage principal est un astronaute, dans un post La preuve par trois dédié à I Dream of Jeannie, plus connue chez nous (oh, à peine plus) comme Jinny de mes rêves.

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Au long de ce pilote, vous penserez plusieurs fois à Ma Sorcière Bien-Aimée ; il est vrai qu'à plusieurs reprises, et c'est assez normal, l'une est la réponse au succès de l'autre (c'est un peu, comment vous dire ? Comme si une chaîne remportait du succès avec des cop shows et que toutes les autres chaînes se mettent à faire des cop shows aussi... on est d'accord que ça reste purement théorique). Et à plusieurs reprises, les circonstances ne se cacheront pas d'être similaires : un homme sérieux et bien sous tous rapports fait la rencontre d'une jeune femme étrange, détenant de curieux pouvoirs, difficiles à expliquer aux simples mortels qui peuplent l'entourage dudit personnage masculin... La chose est entendue, ça va vous rappeler quelque chose. Mais plusieurs différences permettent à la série de développer sa propre identité, notamment de par la personnalité des deux héroïnes : Samantha Stevens est intelligente, pragmatique, et un brin têtue, alors que Jeannie a, si, si, il faut le dire, de l'eau entre les oreilles et le mental d'un enfant de 5 ans, ne se souciant pas des conséquences de ses actes.

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Mais dans son genre, notre pauvre humain ne se défend pas si mal. S'il partage avec Jean-Piètre Stevens un talent indéniable pour la panique dés lors que le surnaturel se pointe, il se montre aussi plus affirmatif. Une autre différence est que le monsieur a une fiancée, laquelle ne fera cependant pas long feu face à un génie omnipotent et amoureux. Bien que techniquement, Tony ne soit que son maître, Jeannie se montre incroyablement entreprenante, et beaucoup moins coincée que Samantha Stevens, d'ailleurs. Elle est beaucoup moins politiquement correcte que son aînée, et n'en fait qu'à sa tête. D'ailleurs autant Samantha Stevens cherchait à rendre service à son petit mari en camouflant autant que possible les manifestations de magie dans la maison, autant Jeannie n'a rien, mais alors rien à faire des apparences, et représente elle-même un "danger", alors que c'était plutôt l'entourage de Samantha qui mettait la famille Stevens dans le pétrin. Une dynamique peut-être plus intéressante, finalement.

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A l'instar de ce bon vieux Alfred, Tony ne manque pas d'avoir un supérieur hiérarchique, sauf que celui-ci exerce des fonctions, excusez-du peu, auprès de la NASA. C'est sans doute le point le plus contrasté entre I Dream of Jeannie et Ma Sorcière Bien-Aimée, d'ailleurs : si la fantaisie de la famille Stevens passait relativement inaperçue dans l'univers de la publicité (car oui, Jean-Pierre Stevens était un Mad Men !!!), en revanche, les choses vont être plus difficiles à expliquer dans l'univers cartésien de la conquête spatiale. Il est vrai qu'il semble assez étrange que Tony soit astronaute, mais qu'il rencontre Jeannie sur Terre (il aurait été assez cohérent qu'elle soit extra-terrestre, mais dans les années 60, les extraterrestres, c'était Star Trek, alors on n'a pas forcément loupé grand'chose). Beaucoup d'intrigues se dérouleront à la NASA, exploitant la profession originale de Tony, on y trouvera notamment un collègue qui, apprenant l'existence de Jeannie, voudra en devenir le maître, un psychiatre convaincu que Tony a soit pété un câble, soit caché quelque chose à la NASA, bref, on tire bien mieux partie du cadre initial que prévu, quand Jean-Pierre Stevens se contente de vendre des boîtes de soupe.

Deux notes pour finir :
- oui, c'est bien JR
- s'il doit y avoir un revival de I Dream of Jeannie un jour, Christina Applegate doit absolument reprendre le rôle de Jeannie

Finalement, si sur le papier et ailleurs, les deux séries se ressemblent beaucoup, on a vraiment passé le réalisme par pertes et profits, le personnage masculin exerce une profession rarissime, le génie de 2000 ans tombé fou amoureux de son maître est complètement azimuté, bref, on est dans la fantaisie la plus totale, là où les Stevens passaient leur temps à essayer d'avoir l'air de bons vieux banlieusards. Et au bout du compte, je trouve que c'est plus sympa d'avoir la tête dans les étoiles !
D'ailleurs c'est bien pour ça que je commence ma semaine avec une comédie, parce qu'hélas, être astronaute, ça n'est pas toujours aussi marrant, mais ça, ce sera au prochain post La preuve par trois qu'on le verra.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche I Dream of Jeannie de SeriesLive.
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Posté par ladyteruki à 23:02 - La preuve par trois - Permalien [#]


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