ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

30-10-11

C'est LUI, le patron, voilà qui !

A chaque rentrée, les pilotes nous tombent par centaines dans les bras, ne demandant qu'à être regardés. De la plupart, je ne tire qu'un post, m'attardant sur la banalité de l'intrigue, le peu d'intérêt de ses personnages, l'indigence de ses dialogues ; ou, quand vraiment les choses se passent mal, je vous entretiens de l'abomination de tout ce qui le compose. Après quoi vous n'en entendez plus jamais parler, pas dans le coin en tous cas.
Il y a certaines séries qui s'en tirent mieux que d'autres : le pilote de celles-là m'a plu et je vous en reparle de bonne grâce, une fois, deux fois, parfois plus, à la tête du client, histoire d'enfoncer le clou et vous inciter, si vous ne l'aviez pas encore fait, à tenter la série à votre tour. Si on a de la chance, une saison plus tard, j'en fais un post To be continued... pour vous rappeler de vous y remettre pour une deuxième saison, des fois que vous ayiez oublié dans l'intervalle (bon, pas cette année, je déménageais au mois de septembre et j'ai été obligée de faire l'impasse sur ces posts qui me prennent plus de temps qu'il n'y parait).
Et puis parfois, vraiment rarement, il y a une série dont je n'arrive pas à vous parler facilement.

Ca n'a rien à voir avec Prime Suspect ou Charlie's Angels dont je me suis aperçue que j'avais oublié de vous parler (ça sent l'acte manqué). Je les ai évacuées très vite de mon système et n'y ai plus jamais repensé, sauf en faisant le point sur mon défi de la rentrée avec Scarlatiine (elle regarde tous les pilotes de la saison à condition que j'écrive un post sur chacun ; du coup vous allez pas y couper, ces deux pilotes vont inexorablement faire l'objet d'un post, j'aime remporter mes défis).
Ca a plutôt à voir avec le fait que d'une part, même à raison d'un post par jour, je n'arrive pas à écrire sur autant de choses que j'en regarde, et que d'autre part, j'ai été particulièrement occupée ces derniers jours (vous verrez bientôt par quoi).
Et puis surtout, pour bien parler de quelque chose qui vous a collé à votre siège, il faut du temps.

Je ne pouvais tout simplement pas balancer un post sur le pilote de Boss, comme ça, en rentrant du boulot, un soir, mine de rien, sur l'air de "ah tiens j'ai quoi de prévu aujourd'hui sur le blog ? Rien ? Oh bah je vais griffonner un truc vite fait sur Boss". Non.
Non, non, non et non, pas pour Boss. De la même façon que j'ai eu besoin de prendre le temps de parler de Homeland, j'ai attendu d'avoir un peu de temps pour Boss, avant de sortir son post de l'état de brouillon dans lequel il dormait depuis près de deux semaines. Ce qui implique que j'ai déjà vu le deuxième épisode quand je commence à vous en parler, mais tant pis. Au moins ça ne fait que confirmer mon sentiment initial vis-à-vis de la série.

Vous commencez, j'imagine, à comprendre l'ampleur de Boss pour moi en cette rentrée. Des bonnes séries, il y en a eu cet automne. Mais une baffe comme celle-là ? Même dans The Slap on n'en voit pas.

WhostheBoss
Alors pardonnez le langage, mais il faut que ça sorte, maintenant qu'on y est.
Putain mais quand ils ont vu le pilote, les exécutifs de Starz ont du avoir la trique de leur vie. Les mecs qui bougent pas de leur screening room pendant 20mn en attendant que ça passe, tellement ça a dû leur faire drôle de savoir qu'ils avaient payé pour un pilote de ce calibre et qu'ils allaient enfin entrer dans la cour des grands. Ah bah je vous le confirme les mecs, c'est autre chose que Spartacus !
Les Emmys vont être palpitants en 2012, il va y avori du monde pour s'attaquer au trône de Mad Men, parce que bordel, tu peux pas ignorer une série comme celle-là. Et rien que cette pensée a dû rallonger de 10mn le séjour dans la screening room des mecs de Starz, parce que ça doit faire un effet de malade de se dire que ça y est, on tient quelque chose de puissant.

Pour tout vous dire, si j'avais été un homme, il est probable que le visionnage du pilote de Boss m'aurait fait un effet similaire. J'ai fini le pilote sur les rotules, le souffle coupé, la tête bourdonnante. J'avais des trucs à faire, des mails plein la boîte de réception, des chats criant famine, mais j'étais incapable de me lever à la fin de l'épisode et reprendre ma vie comme si de rien n'était. Il m'a fallu quelques minutes, moi aussi, les doigts encastrés dans les accoudoirs de mon fauteuil, pour accuser le coup. Des pilotes qui font cet effet-là, on n'en voit pas tous les ans. Même pas une fois tous les deux ans.
Je ne reviens pas sur ce que j'ai dit, j'ai eu des coups de coeur en cette rentrée et j'aime toujours autant Homeland, Suburgatory par exemple, et quelques autres, chacun dans sa catégorie. Mais là, quand même, on parle du niveau au-dessus quand même, de l'orgasme téléphagique pur, de ce petit truc qui se libère dans votre cerveau et innonde votre cortex quand vous avez été bluffé et que vous vous avouez vaincu. Sur ce pilote-là, il sera impossible de dire du mal. La perspective-même de se montrer critique est irréaliste.

Mais je le reconnais, il y a un facteur supplémentaire par rapport à Homeland, pour rester sur notre exemple : l'effet de surprise. Homeland ne pouvait pas vraiment être mauvais une fois qu'on avait vu ce que le pilote de Hatufim faisait de son sujet ; il y avait des risques dûs à l'adaptation, des risques dûs aux axes et personnages nouveaux, et bien-sûr la grande inconnue des acteurs qui peuvent parfois tout changer ; c'est sûr, mais globalement on va être clairs, Homeland était obligé d'être au moins convaincant, peut-être même bon, d'office, d'emblée, sans même l'avoir vu c'était évident.
Dans ma liste des séries que je n'attendais pas spécialement, par contre, celle que j'attendais encore moins que les autres, c'était Boss. Kelsey Grammer, que j'ai en h.o.r.r.e.u.r depuis que j'ai posé les yeux sur Frasier ? L'insupportable Connie Nielsen ? Une ancienne de Beverly Hills ? Et deux acteurs ayant été liés de plus ou moins près à The Playboy Club ? Jamais je n'aurais parié un rond sur cette série... même avec ce pitch engageant (et pourtant j'ai une grand affection pour Troy Garrity).
Mais le sucker punch géant, quoi. Pas vu arriver, celui-là, vraiment pas.

Parce qu'au final, ces gens-là en qui je ne croyais pas nous offrent, tous, sans exception, une performance incroyable. Et par-dessus le marché, comme si ça ne suffisait pas, Boss est, certainement, en fait ça ne souffre pas la discussion, le drama le mieux réalisé de la saison, et de loin. C'est un point sur l'horizon pour les autres séries de l'automne.
Je sais pas comment vous dire. C'est juste immense.

C'est brillant, mais pas juste parce qu'il s'agit de politique et qu'une série sur la politique ne peut pas se permettre de ne pas être intelligente (c'est la même règle que celle qui s'applique aux séries légales). C'est brillant parce que rarement une série aura aussi bien dépeint l'humanité de ses personnages, mais une humanité si incroyablement camoufflée qu'elle s'offre à la fois avec une grande indécence et une grande sobriété. Chaque personnage est magnifique, et participe à un puzzle qui va bien au-delà de la simple série politique. Là où il a fallu toute une saison à A la Maison Blanche pour mettre en balance ses objectifs intellectuels et la dramatisation de ses personnages (merci Rosslyn), Boss vous fait ça avec brio en moins d'une heure et sans jamais perdre son équilibre. Et pendant l'heure suivante, on découvre qu'on n'en savait pas autant sur eux qu'on ne le pensait. C'est immense ce qui se passe avec l'écriture des personnages de Boss.

Avant d'être une série sur la politique, Boss est donc avant tout une série sur le rapport que les personnages ont à la politique, comment elle les abime, comment elle les transforme, comment elle les tient. Le couple du maire et son épouse offre un ballet macabre de deux personnes que le pouvoir politique a altérés quasiment jusque dans leur ADN. Leur entourage direct n'est que dissimulation, frustration, docilité feinte. La seule personne qui pourrait être "vraie" dans leur vie en a été éjectée avec la plus grande des violences.
Les intrigues strictement politiques sont d'un cynisme sans commune mesure. Que ce soit le gouverneur ou son opposant, le maire tire les ficelles depuis son bureau avec un plaisir à peine déguisé, mais avec une intelligence aigue et un sens de l'anticipation terrifiant. La partie d'échecs est comme jouée d'avance, et c'est ce qui fait que la maladie du maire arrive si fort à propos.
Cette maladie justement est dépeinte avec le même génie que, dans Homeland, peut l'être l'état psychiatrique de Carrie. Boss est prêt à accompagner le malade à tous les stades et s'attarde sur les manifestations pour le moment éparses de son état, pour l'instant si bégnines, encore si invisibles à l'oeil de ceux qui ne sont pas dans la confidence.
Enfin, pour toutes les séries sur la politique où les journalistes étaient asservis au pouvoir, pour toutes les séries où les journalistes étaient dépeints comme des pantins sans cervelle, Boss réclame vengeance. L'investigation du journaliste n'est pas celle de quelqu'un qui cherche juste le scoop, elle est animée d'idéaux sur la profession qui remettent les choses en place, mais qui restent réalistes.

Il n'y a rien dans Boss qui ne soit autre chose que la perfection incarnée pour un drama. La nuit, dans leurs rêves les plus fous, les showrunners rêvent qu'ils font aussi bien. Pas étonnant que chez Starz ont ait commandé une deuxième saison alors que la première n'avait même pas commencé.
Un tel bijou nous rembourse de chacune des minutes insupportables passées devant Whitney, The Secret Circle, ou Revenge. A la limite ça valait presque le coup de se cogner des épisodes pareils si c'était pour pouvoir mieux apprécier ceux de Boss.

Et vous savez le pire ? Pile quand je pensais avoir repris le contrôle, j'ai vu le deuxième épisode, et je me suis repris une mornifle. C'est qui le patron ? Je vais vous le dire, moi, qui c'est le patron, cette saison.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Boss de SeriesLive.
A ne pas confondre, évidemment, avec le dorama du même nom.

Posté par ladyteruki à 20:35 - Review vers le futur - Permalien [#]

05-12-10

We know (period) drama

Je regarde. Je lis. J'apprends.
Depuis quelques semaines, un mois peut-être, j'essaye de m'intéresser à ce qui se passe au sud. Pas juste un peu, comme ça, en passant, non, en lisant plus d'articles, en écumant plus de sites, en testant plus de pilotes. D'ailleurs l'un d'entre vous m'a envoyé un pilote il y a une éternité, le post viendra, comme celui de Community beaucoup sont en travaux et les journées n'ont que 24 heures. Toutes mes excuses aux plus curieux d'entre vous qui mériteraient que je me magne un peu les fesses. C'est un fait, je n'ai jamais été attirée par la fiction européenne. Mais je fais des efforts, je me pousse, je sais qu'il y a de bonnes surprises partout. Il y a 6 mois de ça, vous m'auriez dit que je tomberais amoureuse d'un pilote de série britannique, polonaise ou brésilienne, je ne vous aurais pas crus, après tout. Alors pourquoi pas l'Espagne ? Je ne bite pas un mot. Et alors ? On peut pas dire que je comprenne mieux les Britanniques, les Polonais ou les Brésiliens ! C'est une question d'insistance. Il suffit de quelques découvertes. Il suffit de découvrir ce qui se passe.

Tenez, depuis que je me suis mise aux séries australiennes... bon, j'en découvre des pénibles. Bogan Pride, je ne recommande pas du tout, par exemple. Mais je lis, je collecte des noms, et petit-à-petit, je tombe sur des merveilles. Elles existaient, il suffisait de les trouver. Rake et surtout The Circuit attestent bien qu'il fallait gratter et ne pas se contenter de ce que je connaissais de la fiction australienne jusque là. Le Royaume-Uni, même chose. Chaque semaine je dévore désormais, en plus du reste de mon alimentation, un Miranda, un Misfits et, si j'ai le temps à tête reposée parce que ça ne se regarde pas dans un train, un Accused. Voyez, je progresse.
(Suivez les tags, ya plein de posts que vous n'avez peut-être pas lus sur ces séries)

Alors, l'Espagne, donc. Pas encore trouvé de pépite. Mais j'ai sorti le grattoir et je n'y vais pas de main morte, surtout depuis que Doctor Who est hors-jeu (j'ai finalement regardé le season finale ce weekend d'ailleurs).
Je commence à surveiller un peu plus mes sources habituelles. Je commence à lire plus de trucs. Et surtout je jette un œil aux audiences, ce qui est en général le signe que j'ai vraiment remonté mes manches.

Et après avoir regardé les pilotes de Aguila Rojas, Hispania et Tierra de Lobos ce weekend, puisqu'il faut bien commencer quelque part, je suis en mesure de dire que... quand il s'agit de faire un divertissement historique grand public (mais pas tous publics), les Espagnols en connaissent un morceau.
Ils sont très forts, ces Espagnols. Car toute série historique espagnole moderne doit impérativement comporter :

- des jolies filles avec des cheveux longs et ondulés

AguilaRojas_Femme Hispania_Femme TierradeLobos_Femme

- des messieurs musclés qui savent se battre

AguilaRojas_Homme Hispania_Homme TierradeLobos_Homme

- une scène sanglante et/ou de torture

AguilaRojas_Sang Hispania_Sang TierradeLobos_Sang

- au moins une scène un peu chaude

AguilaRojas_Sexe Hispania_Sexe TierradeLobos_Sexe

Le contexte historique varie, la qualité varie, la prévisibilité varie, l'intérêt varie. Dieu merci, l'histoire varie, aussi. Mais ça, ce sont des essentiels. Jamais vu des fictions aussi cohérentes entre elles ! Et les scores d'audiences, d'après ce que je lis, sont à l'avenant, ces séries figurent parmi les plus grand succès de ces deux dernières années (toujours d'après ce que je lis, les séries historiques font justement un grand retour sur les écrans espagnols depuis deux ans).
Je ne sais pas (encore) pour le reste, mais pour la série historique, les Espagnols ont une recette qui fonctionne, et ils ne sont pas prêts de la lâcher.

Et sincèrement, c'est peut-être pas ma tasse de thé à la base, mais j'admire quand même l'effort qui est fait pour moderniser le genre tout en perpétuant une certaine tradition de la série historique.
Cole disait dans le podcast il y a quinze jours que les networks américains ne pouvaient pas faire de série historique et qu'aujourd'hui, le public attend un certain élitisme. J'y ai repensé pendant ce weekend espagnol, qui remet sincèrement les pendules à l'heure. Hispania n'a sans doute pas les effets spéciaux de Spartacus (qui a dit "tant mieux" ?), mais elle propose des éléments venus du peplum sans jamais ennuyer. Tierra de Lobos est un western européen fait de sueur et de poussière qui parvient à être glamour. Aguila Rojas est à la fois de l'action-concept et une série d'intrigues de cour.
Vous cherchez des séries historiques qui ne vont pas vous ennuyer ? Direction l'Espagne, mes amis.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : les fiches Aguila Rojas, Hispania et Tierra de Lobos de SeriesLive.
PS : Nakayomi, tu VEUX voir au moins Tierra de Lobos, je te jure.

Posté par ladyteruki à 22:57 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

08-10-10

It's The SeriesLive Shooow !

C'est une première : une catégorie qui avait disparu voilà des mois et des mois à la faveur d'une petite mise à jour du blog, qui revient bien plus tard, ça n'était simplement jamais arrivé. Mais voilà : Entre potes (cast) est à nouveau d'actualité, comme vous me découvrez également via SeriesLive...

TheSeriesLiveShow_MEA
The SeriesLive Show - 1x01

L'occasion pour moi d'aborder des séries que j'avais déjà oubliées, à l'instar de Spartacus, ou encore Glee que j'essaye d'oublier. Les fidèles de ce blog y entendront également une petite allusion à une série indienne évoquée dans ces colonnes, saurez-vous la repérer ?

Posté par ladyteruki à 20:30 - Entre potes (cast) - Permalien [#]

01-02-10

A mile in someone else's sofa

Lorsque je m'apprête à découvrir un pilote, ma technique est essentiellement la suivante : j'évite les trailers autant que possible (c'est de plus en plus souvent vrai), je ne lis aucune review avant d'avoir moi-même visionné l'épisode, je regarde le pilote, je me fais une opinion (c'est pendant cette phase que je rédige mon post s'il y a lieu), et ensuite, j'entame la phase de lecture.
Et plus la série me plaît, plus je lis. Dans le cas d'un Spartacus: Blood and Sand, mettons, au plus deux blogs suffisent (oh, maximum ; vraiment !). Dans le cas de United States of Tara, ce serait plutôt le contraire, il n'y a jamais assez d'opinions à confronter à la mienne.

Mathématiquement, il est donc logique que du coup, plus je lis d'opinions plus j'ai de chances de sortir de la sphère téléphagique dans mes lectures. Et c'est alors que j'épluche les avis des non-téléphages, ceux que j'appelle les télambdas, c'est-à-dire ceux qui ne sont pas trop passionnés, ni caricaturalement benêts, le type de la rue en fait ; comme vous et moi mais avec une vie en-dehors de son écran, quoi.

Parfois je tombe des nues. Parfois je trouve ça rassurant. Parfois je découvre des points de vue auxquels je n'aurais jamais pensé. Mais c'est toujours intéressant, en définitive, de voir ce que peuvent penser les gens qui ne baignent pas dans nos références et nos exigences d'habitués. Il faut juste prendre l'habitude de ne pas penser qu'on a raison, et essayer de s'ouvrir à la possibilité que tout le monde ne pense pas comme nous, même si devant certaines réactions qui nous semblent incongrues, c'est parfois une certaine forme de sport cérébral !

Prenons un exemple... tiens, Nurse Jackie ; j'étais hébétée de lire les réactions sur des blogs d'infirmières. La plupart étaient absolument outrée par le portrait que Jackie faisait de la profession. Jamais je n'avais lu, dans les commentaires, une suite aussi ininterrompue de retours négatifs sur la série, voire carrément agressifs.
Comme vous le savez probablement, j'adore Nurse Jackie, mais ce n'était pas vraiment le problème. Le problème, c'est que ces exclamations vexées me semblaient totalement à côté de la plaque. Précisément parce que les télambdas ne comprennent pas forcément l'intérêt d'une série télé : il ne s'agit pas d'un publi-reportage, on n'y fait pas la promo ou la critique d'un métier. Nurse Jackie, c'est le portrait d'une femme qui est infirmière, pas d'une infirmière qui les représente toutes, et si ça me semblait si évident, ça ne l'était pourtant pas pour ces infirmières elles-mêmes, qui se sont senties attaquées.

Dans ce genre de cas, la téléphagie, c'est aussi ça. C'est essayer de se mettre à la place d'un personnage, et puis aussi, une fois de temps en temps, de se mettre dans le sofa d'un autre spectateur, et imaginer son ressenti.
Les infirmières avaient vu quelque chose qui m'avait échappé : Jackie est un mauvais exemple d'infirmière. Et ça m'avait échappé parce que Jackie est, à mes yeux, un excellent exemple d'être humain.

Dans le cas de United States of Tara, que j'évoquais plus haut, j'ai lu bien des critiques (et si vous vous souvenez, le pilote m'avait laissée dubitative), mais celle qui m'a le plus frappée, c'est celle d'un blogueur anglophone qui à l'issue du second épisode constatait : "It's becoming clear that this show is going to use its extreme (and impossible!) premise as a parable illustrating that all families are crazy in their own way, not just ours". En d'autres termes : il devient clair que cette série va utiliser ses prémisses extrêmes (et impossibles !) comme une parabole illustrant que toutes les familles sont folles à leur façon, et pas juste la nôtre.
L'auteur s'appuyait pour cela sur le générique, et notamment les paroles "I know we'll be fine, if we learn to love the ride" (paroles que j'avais interprétées comme faisant référence au travail de Tara pour se trouver elle-même au milieu de toutes ces identités).
Devant une telle lecture, je suis restée sur ma chaise, les bras ballants et la mâchoire sur le clavier. Il ne m'a en fait jamais semblé que la série tournait autour des liens familiaux. Elle tourne avant tout autour de Tara, de ses problèmes, et ensuite de la façon dont ça rejaillit sur sa famille. Il ne s'agit pas de démontrer quoi que ce soit, mais de... profiter du voyage aux côtés de Tara. C'est fou que quelqu'un ait vu ça dans les mêmes images que j'ai regardées.

Ce genre de lectures a souvent pour effet premier de nous faire nous exclamer : "mais... on a regarder la même série ?!", quand, en fait, il faudrait simplement dire : "on a regardé la même série, mais avec des yeux différents". Et ça rend le visionnage, finalement, encore plus enrichissant, si l'on en fait l'effort.

TelephagicDID

Posté par ladyteruki à 14:23 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

31-01-10

I don't care, I'm still free

En ce mois de janvier, je ne vous ai infligé que 5 posts sur les séries asiatiques. Certains trouveront que c'est déjà trop, je trouve quant à moi que le déséquilibre serait plutôt dans l'autre sens. Et comme je suis quand même chez moi ici, souffrez que je poste une 6e fois sur ce sujet, promis, demain je vous reparle de l'Occident.
On va dire que c'était un weekend thématique, tiens.

Tout le monde en parlait, il fallait donc bien que je m'y mette : Chuno.
Pourquoi cette impression de l'avoir fait à contre-cœur ? Vous n'êtes pas sans savoir que j'ai un gros problème avec les séries se déroulant dans le passé, et à plus forte raison si elles se déroulent à une époque où la caméra n'existait pas. Je suis ainsi faite, on n'y peut rien. Il suffit de voir le temps que ça m'a pris pour me prendre par la main et regarder Spartacus: Blood and Sand (mais ce pourrait être un mauvais exemple). En Asie comme en Occident, j'aime que mes séries reflètent leur époque (ce qui explique que j'en regarde aussi qui soient vieilles de plusieurs décennies), et mon appréhension est souvent difficile à affronter.
Mais voilà, tout le monde en parlait...

Chuno_KoreanWestern_1

Annonçons la couleur tout de suite : dés les premières minutes (et plus précisément une fois le petit récapitulatif historique fini, car bien que fort utile, il n'était pas très sexy), j'ai laissé tomber tous mes préjugés à mes pieds, je suis tombée à genou, et j'ai mentalement applaudi des deux mains mon initiative de m'y mettre.
Car Chuno a conquis mon cœur très simplement : il lui a cogné dessus. Et comme chacun sait, c'est pour une série le meilleur moyen de me ravir.

Le pilote de Chuno commence donc comme un western fait de sable, de violence et de crasse. Les protagonistes vivent dans une époque de désespoir, où il faut voir la vie avec un certain détachement je-m'en-foutiste pour survivre. Les chasseurs de prime sont comme ça, et j'ai aimé la désinvolture de leur violence, ils ne sont pas vraiment à ce qu'ils font, ils le font parce que, des esclaves ou eux, tout le monde ne peut pas être gagnant, et qu'ils ont besoin de gagner leur croûte. Ils ne prennent pas vraiment plaisir à ce qu'ils font, mais ça ne les écœure pas non plus tout-à-fait, ils ont fini par le voir comme un jeu parce que sinon, quelle serait l'alternative ? Détester ce qu'on fait, et arrêter au risque de ne plus manger ?

Cette première partie est ébouriffante parce qu'elle retranscrit l'atmosphère d'une société livrée à elle-même, qui ne croit plus en rien, qui n'en est même pas à essayer de croire en quelque chose, qui n'a pas le temps pour le spirituel et tente simplement de garder la tête hors de l'eau. C'est une phase particulièrement captivante du pilote, parce que sa description du contexte est forte, mais qu'elle ne se dispense pas d'une efficacité incroyable dans la réalisation. Le combat au saloon bar est très divertissant et sort des sentiers battus, il y a des cascades plutôt originales et chacun des chasseurs de prime donne l'impression d'assister à une performance complète. Comme quoi on peut être intéressant même avec une longue scène de combat dés le début de l'épisode !

Chuno_KoreanWestern_2

L'atmosphère de western ne va pas durer tout l'épisode, mais elles s'estompe lentement pour faire découvrir d'autres qualités de Chuno, ce qui rend la perte moins douloureuse. Car une fois la prime touchée, la caméra n'abandonne personne : ni les chasseurs de prime, ni les esclaves. Nous allons à la fois explorer la vie quotidienne des premiers (faite d'un certain nombre de légèretés bienvenues, histoire de souffler un brin), et l'humiliation profonde des seconds. Vous voulez voir un exemple de déni d'humanité dans une fiction ? Si le pilote de Chuno ne vous donne pas des frissons à ce sujet, alors rien d'autre ne le fera. C'est douloureux mais là encore, nécessaire pour comprendre le contexte de la série.

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Ensuite on s'attaque non plus à l'installation du contexte historique, ou de l'ambiance du monde dans lequel les personnages vivent, mais bien aux protagonistes eux-mêmes. Et là c'est une phase également intéressante, bien que plus lente au niveau du rythme, et pas forcément épatante côté réalisation (mais cela ne se prête qu'assez peu, c'est vrai, aux effets de style). Les deux personnages principaux vont chacun avoir droit à leur petit flashback... Malheureusement il ne m'a pas toujours semblé clair de comprendre à qui appartenaient les flashbacks, entre Dae Gil le chasseur de primes et Tae Ha l'esclave, on ne comprend pas forcément qui était qui avant (surtout que Dae Gil sans barbe ni cicatrice est absolument méconnaissable). Du coup j'ai eu un peu de mal à nager dans les eaux troubles des souvenirs de l'un et de l'autre, si bien que j'ai dû aller lire quelques résumés (et la review de Myteleisrich, en espérant ne pas tomber sur un spoiler) une fois l'épisode fini pour être bien sûre de comprendre qui était passé par quoi.

J'ai été toutefois assez touchée par la candeur tendre du flashback de Dae Gil avec sa petite esclave, c'était très nunuche mais ça fonctionnait très bien sur le coup. En fait je crois que j'ai adoré tout ce que les flashbacks de Dae Gil avaient à offrir (je n'avais juste pas forcément compris qu'il s'agissait de Dae Gil).

Chuno_KoreanWestern_4

Hélas, j'étais beaucoup moins enthousiaste pendant la dernière partie du pilote. L'intrigue s'embourbe dans la sensiblerie, trace les contours de l'éternel triangle amoureux, et finit par laisser suggérer que l'amour impossible entre Dae Gil et Eonn Yeon prendre le pas sur la dureté de l'univers de Chuno. C'est du moins l'impression qu'il en ressort. Ce qui était au départ une excellente série semble tourner à l'amourette. C'est un sentiment terrible que d'assister, impuissant, à tout ça.

Chuno_KoreanWestern_5

Mais comme Chuno a démontre qu'il y avait du potentiel pour autre chose que les éternelles tortures shakespeariennes, je garde espoir. Trop a été dit pour que je puisse me laisser décevoir par un poignée de minutes trop convenues.
Fermement décidée à donner ma chance à cette série, j'ai donc cagoulé le second épisode... et j'espère pouvoir vous dire bientôt que je ne le regrette pas.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Chuno de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:05 - Dorama Chick - Permalien [#]

29-01-10

Du sang et des larmes

Pour rendre une fiction historique accessible, il vous faut :
- plein de beaux jeunes hommes
- 10kg de muscles à chaque bras
- des costumes bien tape-à-l'œil
- un budget décor d'une somme indécente
- surtout pas trop de tissus
- quelques visages connus au second plan

Après Rome et The Tudors, on n'arrête pas le progrès, voici que Starz lance Spartacus: Blood and Sand. Entre parenthèses voilà une chaîne qu'il faut vraiment surveiller du coin de l'œil, qui semble mettre les bouchées doubles depuis quelques temps, bien qu'avec des effets très variables.
Si vous pensiez que déjà The Tudors usait un peu de facilité pour appâter le chaland, vous n'avez sans doute rien vu. La promesse que fait Spartacus, c'est vraiment les jeux du cirque version télé : un réjouissement populaire le plus primal possible, avec des pectoraux où que le regard se pose, des jeunes gens qui transpirent très beaucoup, et des histoires de coucheries. Pour faire plus sérieux, on aura sans doute quelques références à l'histoire antique, enfin, tant que ça ne gêne pas trop aux entournures, bref, c'est très basique.

Je m'émouvais que certains genres soient moribonds à la télévision. Le péplum semble bomber le torse ces dernières années au contraire (sans doute pour suivre son vague revival au cinéma). Je ne sais pas encore si c'est une bonne nouvelle mais comme pour tout courant prenant de l'ampleur, on va assister aussi bien à la création de bonnes choses (Rome) que de plus triviales (Spartacus), et il faudra faire le tri. Mais si j'ajoute aussi la mini-série Empire, je trouve que le genre a quand même une présence régulière dans les grilles, même si c'est à court terme.

D'une façon plus générale, cela encourage les fictions historiques à sortir des stéréotypes guindés des décennies précédentes, pour s'essayer à plus de modernité dans le ton. Parfois ça donne un résultat un peu trop "tout public" au goût de certains, mais on sent que le genre fait des efforts. Ses auteurs se donnent du mal pour ne pas juste refaire un vieux truc avec des acteurs d'aujourd'hui. En fait, outre-Atlantique, on parvient à faire ce qu'Un Village Français n'a pas réussi à accomplir : revisiter une période dont on a l'impression que l'industrie audiovisuelle a fait le tour cent fois, avec un ton personnel.
Alors évidemment, il y a à prendre et à jeter, mais au moins on a quand même des opportunités, c'est plus que pour bien d'autres genres.

Personnellement, cette façon un peu fanservice d'envisager le péplum, ça ne me dit rien sur le papier. Évidemment, il faudra voir ce que ça donne. Mais une fois de plus, l'originalité vient du câble, alors que pourtant on ne peut pas dire que les moyens y soient pharaoniques. Enfin, romains, pour le coup. Et pourtant, tout ça a forcément un coût supérieur à la plupart des fictions lambda pouvant être tournées à peu près n'importe où et dans n'importe quelles fringues, pour commencer. Et puis, ne serait-ce qu'en huiles de massage pour faire saillir les muscles, ça doit coûter bonbon. Mais le câble ne s'en laisse pas compter, et nous propose du choix. Sur les networks, c'est steak frites ou salade. Sur le câble, le menu est complet (et le steak est  garanti pur muscle, donc).

Alors, j'ai vraiment essayé. Je voulais vraiment donner sa chance à Spartacus: Blood and Sand, je le jure. Hélas cent fois hélas, le post que vous êtes en train de lire ne concernera que les 12 premières minutes du pilote, conformément à l'adage téléphagique qui dit que la curiosité s'arrête là où commence le masochisme.
Spartacus: Blood and Sand m'a agacée. Pire, il m'a déçue, puisque j'avais essayé d'en attendre un petit quelque chose. Comme quoi, il faut toujours croire en son instinct.

Des 12 premières minutes de Spartacus, voilà donc la review...

Spartacucul

Tout commence par un combat dans une arène, auquel celui qui sera le héros de notre aventure assiste depuis les souterrains de l'arène. On sait que c'est le héros parce qu'il a l'air tout chafouin et tristoune. Il n'a donc de ce spectacle que la version audio, et sincèrement, il ne perd pas au change. Le combat qui fait rage est en effet un festival d'effets de ralenti, d'éclaboussures ajoutées numériquement, et de décors qui, de façon ostensible, n'existent pas.
Ah, quelqu'un a un nouvel ordinateur avec lequel jouer !

Dans ses catacombes, notre bonhomme nous fait une scène d'angoisse : il vient de réaliser qu'il joue dans un navet. On le comprend. On compatit.
Et ça va empirer très vite.

Flashback : notre pauvre ange de robuste douceur aux yeux bleus (syndrome The Listener, quasiment) se souvient des jours heureux, au pays, du temps béni où il déclarait la guerre aux barbares plus moches et plus sales que lui (c'est dire). A l'époque il pouvait se taper sa femme quand il le voulait, ah c'était le bon temps, surtout qu'elle était un peu la femme idéale : toujours partante pour le sexe, dotée d'un certain sens de l'initiative... mais pas trop de caractère non plus. Et une cuisse ferme comme tout - mais on y reviendra.

Notre barbare s'apprête donc à aller guerroyer, et je crois que le summum du cliché a été atteint lorsque, après qu'une nuit de folle passion ait été consommée en guise de torrides adieux (j'ai tiré cette phrase d'un Harlequin), il va trouver son épouse au petit matin sur une colline voisine, parce qu'elle est anxieuse à propos de la guerre.
Vu que d'une part, on a déjà vu le petit barbare aux yeux tendres dans l'arène (saloperie de flashback, serais-tu devenu l'ennemi juré de tous les pilotes qui se respectent ?!), et que d'autre part, on sait pertinemment que sinon il n'y a pas d'histoire, il semble assez évident que notre chevelu héros ne va pas rentrer au bercail de si tôt. Son destin est scellé lorsqu'il noue un ruban crasseux autour de la cuisse impeccablement photoshoppée de sa mie afin qu'elle garde toujours sur elle l'odeur de son rustre de mari (ô joie, rappelons qu'on est en 400 avant l'invention du savon).

Mais si cette scène est aussi atroce, ce n'est pas seulement en raison de sa mièvrerie over the top, mais aussi à cause du décor lui-même. Tourné sur fond vert (ou bleu, on s'en fout), il est la preuve insolent que, non, tout le monde ne peut pas accomplir des miracles avec un petit budget. Écoutez, c'est bien simple : le décor flotte. Je ne sais pas pour vous mais j'en avais le mal de mer. C'est extrêmement contrariant parce qu'au bout de quelques secondes de nausée, on ne voit plus que ça. Un problème qui, bien que récurrent dans les quelques minutes que j'ai regardées, est des plus criants dans cette scène.

Mes phalanges enfoncées dans la souris, j'ai réprimé l'envie de tout arrêter à ce moment.
Rétrospectivement, j'aurais sans doute mieux fait.

Arrive donc une scène de baston, diantre, c'est déjà la deuxième en moins de 10 minutes, avec plein de slow motion qui gicle de partout, un vrai carnage ! A la suite de quoi on se retrouve, tenez-vous bien, avec une troisième scène de baston, largement moins épique je vous l'accorde, où notre barbare aux yeux bleus défend l'honneur de sa femme (comme il a été mentionné plus tôt par ses soins que les femmes de son village se faisaient régulièrement violer, il ne doit pas en rester grand'chose, mais bon).

Et c'est là que la conclusion s'est imposée à moi. Spartacus: Blood and Sand a été écrite pendant la grève des scénaristes ; par des geeks, d'après ce que je me suis laissé dire.
J'ai donc arrêté les frais, stoppé le pilote, et fait quelque chose qui ne s'était pas produit depuis Tokyo DOGS : j'ai décidé de laisser tomber définitivement. Et puis j'ai lancé un épisode de Rescue Me, et tout de suite, ça allait mieux.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture (bof, culture, culture...) : la fiche Spartacus: Blood and Sand de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 13:03 - Review vers le futur - Permalien [#]


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