ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

21-01-13

Les années 90 ont appelé, elles veulent qu'on leur rende Banshee

En ce mois de janvier, pour le moment, l'Amérique ne nous a donné qu'assez peu de pilotes enthousiasmants. Attendez, je m'avance peut-être un peu, laissez-moi consulter les derniers posts mis en ligne... Legit, Second Generation Wayans ? Non, c'est bien ce que je disais.
Mais whisperintherain et moi-même n'allons pas nous laisser abattre (...pas vrai, whisper ?), et voici aujourd'hui une nouvelle review de pilote, vaillamment écrite en bravant le froid, la neige, et l'ennui.

Banshee

Comme dans les parages, on essaye de ne pas être sexiste, je ne vous dirai pas que Banshee est une série sévèrement burnée. Mais il ne fait nul doute qu'elle a été pensée comme ça, en tous cas. Le public de Cinemax n'étant apparemment pas d'une grande finesse, il fallait apparemment que quelqu'un, Alan Ball pour ne pas le citer, se dévoue pour leur traduire Justified ou même Longmire pour mal-comprenants.

Pas de méprise : Banshee n'est pas une odieuse merde. Au contraire, il y a deux-trois relatives bonnes idées, tout bien considéré. Mais clairement, l'innovation n'était pas dans son cahier des charges. Par contre, les charges de C4, si.

Tout commence avec la sortie de prison d'un mec qui ressemble à s'y méprendre à l'enfant illégitime de Chris Pine et Scott Speedman. Visiblement avare de ses mots, il fonce ni une ni deux dans le salon d'un... est-il supposé être un ami ? Est-il supposé être travesti ? Est-il supposé avoir du goût ? Ce n'est pas clair. Notre homme n'a en tous cas qu'une idée en tête : trouver une adresse, qu'apparemment l'autre essaye de lui cacher. Et bien que notre ami travesti de bon goût (ou pas, d'ailleurs, vu qu'il s'appelle Joe) tente de l'en décourager, c'est sans effet sur notre héros qui décide donc de prendre la route et rejoindre ladite adresse, qui, apprend-on, est celle d'une femme. Mais à peine se met-il en chemin qu'il est suivi par deux hommes étranges qui tentent de l'en décourager à leur tour, sauf que eux, c'est en lui tirant dessus. S'en suit une course-poursuite au centre-ville avec explosion de bus et tout le tralala. Heureusement, notre héros en réchappe et taille donc la route.
L'air de rien ça doit bien faire 10 minutes qu'on regarde Banshee, et on ne sait rien du personnage principal, surtout qu'il n'a ouvert la bouche que deux fois (le reste du temps, son visage est plus qu'impassible, et il s'exprime en martyrisant du matériel informatique ou en volant une moto). Si quelqu'un a dit son nom à voix haute, je ne l'ai pas entendu. Et surtout, on n'a pas la moindre idée sur la personne qu'il veut trouver, ni pourquoi, ni du coup pourquoi on veut l'en empêcher, ni même pour quoi il vient de faire de la prison.

Inutile de préciser qu'à ce stade, on comprend qu'on est là pour les explosions et les yeux fixes de Chris Speedman, et ça s'arrête là. Autant se faire une raison.

FAUX ! C'est quand Scott Pine arrive dans le bled paumé de Banshee en Pennsylvanie, en plein pays Amish, que les choses commencent à devenir intéressantes. Et pas que parce qu'on est en pays Amish (mais ça joue).
Après avoir tenté de retrouver la femme qu'il cherchait avec tant d'énergie au début du pilote, dont on comprend qu'il l'a aimée et qu'accessoirement il lui a laissé une petite fortune en diamants qu'ils ont volés ensemble (ah, c'est bien, ça répond à une question du pilote, déjà), sauf qu'elle ne les a pas et que, oh oui, il y a un détail aussi, elle s'est mariée pendant qu'il était en prison et a eu deux enfants.
Retour à la case départ, donc, pour notre ténébreux héros apathique, qui va donc noyer sa déception dans un bon whisky, comme un vrai homme. Mince, c'est vrai, on avait dit pas de sexisme. C'est dans le bar pouilleux du coin qu'il va rencontrer un vieux Afro-Américain, dont l'interprète ne doit son emploi qu'au fait que Morgan Freeman n'était pas tellement dans la bonne fourchette de prix de Cinemax.
C'est donc là que les choses se précisent car deux vilains méchants font irruption dans le troquet pour en racketter le patron, au nez et à la barbe de Scott Pineman et d'un autre client présent sur les lieux, le futur shérif de Banshee (mais il commence seulement lundi). S'en suit une nouvelle scène de baston où Chris Speedine se comporte en héros (même s'il le fait sans cligner une seule fois des yeux, parce qu'on lui a dit qu'il les avait beaux comme des pectoraux), et du coup, voilà notre brave type en train d'enterrer secrètement le cadavre du futur shérif... quand le téléphone du défunt sonne : c'est juste pour vérifier si tout va bien et s'il est prêt à prendre son poste ! Toujours sans ciller (c'était visiblement dans son contrat), notre ancien détenu va donc accepter d'endosser le rôle du shérif, prenant l'identité de Lucas Hood. OH MON DIEU CA Y EST IL A UN NOM ! Bon c'est pas le sien, mais ça aide quand même pour les reviews.

Grâce à ce léger mouvement de scénario qui prend un peu par surprise ceux qui piquaient du nez en pensant qu'il n'y aurait que des scènes d'action, Banshee sauve légèrement la face. Lucas Hood va donc devoir se faire passer pour un homme de loi, évidemment il prend ses fonctions dans la ville où vit son ex et les enfants que soi-disant elle a eu bien après qu'il ait été en prison (mais bien-sûr !) et où elle vit avec son mari, tout en mettant à profit ses compétences et connexions avec un monde pas très recommandable (dont Joe le tranvesti, qui a un collier qui envoie du bois, je vous laisse découvrir ça, mais qui surtout est capable de lui faire toutes sortes de faux-papiers pour qu'il devienne officiellement le vrai Lucas Hood). Tout cela en gardant à l'oeil le Tony Soprano local, un homme détestable qui s'appelle Proctor et qui tient en respect toute la ville de Banshee avec quelques hommes de main peu recommandables, tout en étant le plus affable possible avec chacun. La seule personne qui à ce stade connait le secret de Lucas Hood est ce bon vieux succédané de Morgan Freeman, qui ne va pas le trahir parce qu'il a aussi fait de la prison avant et qu'il comprend. Et par-dessus le marché, il est cherché par la mafia bulgare.
Si avec tout ça, Banshee vire au bête procedural, franchement, je plaque tout et je pars faire du fromage de chèvre dans le Larzac...! Forcément le Larzac.

Bon, clairement, Banshee n'a pas inventé l'eau chaude. J'aurais presque envie de dire qu'elle ressemble bigrement à une série des années 90, genre Le Rebelle, ce que tendent à confirmer les scènes de baston, l'épaisseur du personnage principal, et les choix esthétiques de Joe. Mais grâce à l'emprunt d'une fausse identité par son héros, les questions autour de son ex (qui, ah oui je vous ai pas dit, est mariée au procureur du coin ; joie) et potentiellement de sa marmaille, et les rapports avec Proctor, Banshee promet un peu plus qu'un format répétitif qui pue du script.

Pour être sincère, dans ce cocktail, finalement c'est Lucas Hood qui se retrouve être le plus ennuyeux de tout l'épisode ; il est creux, ne semble pas avoir de background si ce n'est qu'il sort de prison, n'exprime aucune forme d'émotion (c'est son ex, pourtant mariée et heureuse en ménage, qui pense encore à leurs étreintes passées ; ah oui parce qu'évidemment il y a quand même une scène vaguement sexy, il faut justifier d'être sur le câble), et si encore il avait de l'humour, ça passerait, mais comme "Lucas Hood" doit avoir prononcé un grand maximum de 200 mots dans tout le pilote, ça semble difficile à apprécier pour le moment. Je comprends bien que pour le viril public de Cinemax, il est supposé représenter le point d'entrée, le héros universel auquel on peut s'identifier (on est humble comme ça quand on regarde Cinemax !), et donc moins il a de caractéristiques trop particulières, mieux c'est. Mais même un personnage universel et passe-partout peut avoir, vous savez, ce petit truc qui s'appelle de la personnalité. Bon déjà il a des yeux clairs et de beaux pectoraux poilus, on peut pas tout avoir dans la vie.

Mais pour ceux de ma génération qui ont grandi devant les séries d'action pas trop compliquées qui envahissaient les écrans à une époque (et le public de Cinemax est pile dans la bonne tranche d'âge), nul doute que Banshee remplit parfaitement sa mission d'être pas trop prise de tête, pas trop intelligente, pas trop raffinée. Qu'importe le grain, pourvu qu'on ait l'ivresse ! Il s'agit avant tout de passer une heure à gratter les co-... pardon, se gratter les attributs génitaux de votre choix, en regardant un truc qui bouge, qui fait du bruit, et avec un petit téton qui frétille ici et là éventuellement.

Cependant, de vous à moi, et cette dernière phrase est à prendre sur le ton de la confession, avec toute l'indulgence que ça implique... je commence un peu à me demander si Alan Ball n'a pas sous-traité l'écriture de Six Feet Under.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 19:41 - Review vers le futur - Permalien [#]

09-01-13

Être et avoir été

whisperintherain et moi-même, vous le savez, relevons depuis 5 mois maintenant le défi de l'impossible : reviewer un maximum de pilotes de la saison. Cela inclut, c'était inévitable, des pilotes français, et à la faveur d'une invitation par France 2, je suis en mesure de prendre sournoisement de l'avance sur mon petit camarade, qui ne découvrira le pilote de Tiger Lily qu'à la fin du mois sur la chaîne publique (sitôt qu'il aura reviewé le pilote, évidemment, un lien apparaitra au bas de ce post). Ouais, victoire ! ...Ou bien ?

TigerLilyCrédit photo : Visual Press Agency

En tant qu'habituée de la télévision internationale, je ne me lasse pas de constater combien les télévisions de la planète sont dans une démarche constante d'inspiration mutuelle ; et ça donne des résultats très excitants. Prenez le cas de Borgen, par exemple ; la série est née suite à l'immense impact d'A la Maison Blanche sur son scénariste qui avait été impressionné par la qualité de la série, DR reconnaissant sans honte ensuite avoir voulu lancer "a Danish West Wing". De la même façon, la production de Koselig Med Peis ne s'est pas cachée d'avoir été emballée par Six Feet Under, et d'avoir eu l'idée de s'en inspirer. Ou, tiens, pour changer de coin, il y a aussi Mesudarim, qui se passionne pour la dynamique entre les personnages d'Entourage. Et les exemples sont évidemment nombreux, notamment au Japon où, à absolument chaque saison, on trouve des concepts largement inspirés par des séries étrangères (généralement américaines) totalement revisitées ; on a eu l'occasion de l'évoquer au moment du pilote de W no Higeki.
Pourtant, bien malhonnête celui qui prétendra que ces séries sont des pâles copies des fictions qui les ont inspirées ! Contrairement à de simples et bêtes ressucées, ces séries prennent au contraire la mesure d'un succès américain (mais ça peut se produire également dans l'autre sens), et y apportent quelque chose de "personnel". C'est comme si la série américaine d'origine avait écrit une partition que chacun peut interpréter avec son instrument et son tempo personnel, transformant finalement la mélodie tout en gardant quelques arrangements d'origine.
Téléphagiquement, le processus ne manque pas de poésie à mes yeux. Quand c'est bien fait.

Lorsque Tiger Lily commence, il semble très, très difficile de mettre de côté l'immense paternité de Desperate Housewives ; comment ignorer les similitudes, en effet ? L'épisode commence avec une voix-off suave évoquant celle, policée mais blasée, de Mary-Alice. A la différence que de suicide il n'est ici pas question, et qu'au contraire, les héroïnes de Tiger Lily commencent une aventure dont on pourrait dire qu'elle va vérifier s'il y a une vie après la jeunesse (spoiler alert : oui).
Cependant, pour ses intrigues sur le passé musical des protagonistes, pour la (modeste) présence de flashbacks, et pour les préoccupations quotidiennes de ses héroïnes (comme la personnalité de certaines d'entre elles), Tiger Lily n'est pas qu'une pâle copie. Mais de Desperate Housewives, clairement, elle a hérité beaucoup.
On en conclut ce que l'on veut, tout dépendra de vos sentiments à l'égard de Desperate Housewives, précisément.

Mais d'abord, revoyons l'action au ralenti : Tiger Lily est le nom d'un groupe de rock des années 80, constitué par 4 jeunes femmes, toutes amies. Mais ça, c'était dans les années 80 ; âgées aujourd'hui de 45 ans, Rita, Rachel, Muriel et Stéphane ont poursuivi leur existence sans devenir les rock stars qu'elles se destinaient à être. Comme le leur rappellera un article des Inrocks dans le pilote, leur album fait pourtant partie des incontournables, et elles auraient pu aller loin. Alors qu'est-ce qui a foiré ? Leur manager Theo a trouvé la mort dans un accident d'avion, et elles ont décidé que le groupe disparaîtrait avec lui. Chacune est donc passée à autre chose.
Enfin, pas tout-à-fait. Si aujourd'hui, Rachel est une mère de famille parfaite (bien que limite éprouvante), et Muriel une célèbre présentatrice de talk show tentant de mener de front sa carrière et sa vie familiale, avec sa compagne et le garçon qu'elles ont adopté, de leur côté, Rita et Stéphane s'en sont un peu moins bien tirées. Rita vit dans le passé amoureux qui était le sien jusqu'à la mort de Theo, qui accessoirement est également le père de son jeune adulte de fils ; et Stéphane, elle, seule qui soit encore passionnée par la musique et qui s'est brisée à la suite d'un enchaînement assez catastrophique d'accidents de la vie, pleure au contraire l'excitation de leur carrière musicale. Tandis que les deux premières sont des femmes au niveau de vie plutôt aisé, mais passablement frustrées par les inconvénients de leur succès apparent dans la vie, ainsi que le montrera non sans brio l'excellente séquence d'ouverture du pilote, les deux autres, plus humbles, tentent de faire contre mauvaise fortune bon coeur, même si clairement, elles ne sont pas tout-à-fait heureuses non plus, ayant dû à regret faire une croix sur ce qui importait le plus au monde à leurs yeux voilà 25 ans.

De ses origines à Wisteria Lane, vous le voyez, Tiger Lily a donc hérité d'une formule (quatre femmes dans la quarantaine) et d'une tonalité taquine, parfois douce-amère, ainsi que d'une certaine promptitude à quelques ponctuelles exagérations à vocation humoristique. Mais la comparaison s'arrête là, car nous avons ici affaire à des personnages au mode de vie un peu moins glamour et surréaliste.
Cela rend certains des personnages éminemment émouvants et sympathiques. Si je devais n'en citer qu'un seul, ce serait assurément celui de Rita, dont le coeur et la patte ont été cassés, mais qui n'a pas un tempérament de perdante, et garde une certaine disponibilité émotionnelle envers ses amies ; certainement le plus nuancé de tous les personnages, Rita offrira quelques très jolies scènes à ce pilote, que je vous laisse découvrir. Ses trois consoeurs sont ponctuellement plus caricaturales, mais parfois, je me suis dit que c'était à dessein, comme pour la calme et souriante Rachel dont je devine/suppose qu'elle va progressivement se décoincer un peu. Elles sont, ce qui ne gâche rien incarnées par trois actrices plutôt solides voire franchement touchantes par moments, ainsi que par Lio.

Ce qui lie ces 4 femmes qui aujourd'hui n'ont plus rien en commun, c'est donc leurs jours de gloire voilà 25 ans, qui les ont tenues solidement liées aux autres malgré les changements, les regrets et les rancoeurs (et quelques secrets, mais chut !). Il y a cependant assez peu de scènes proposant aux quatre héroïnes d'interagir toutes ensemble, préférant au mieux favoriser les binomes, ou tout simplement les suivre une par une, ce qui cristallise bien à quel point ce qui les lie est à la fois fort et ténu. Cependant, leur lien d'amitié, bien qu'assez peu exploré finalement (mais l'amitié à 45 ans, c'est forcément différent de l'amitié à 20 ans), est plutôt bien introduit par le symbole récurrent du tatouages qu'elles arborent toutes, et qui est plutôt bien exploité dans le pilote.

En l'espace d'un seul épisode, loin des tracas des housewives, nos amazones sur le retour vont individuellement évoquer de très nombreux thèmes l'air de rien plutôt sérieux, comme la vie de couple, la chirurgie esthétique, le mariage homosexuel, l'adoption, les doutes sur les aptitudes parentales, la religion, la solitude, la prison, la vieillesse, et j'en oublie forcément. J'ai bien dit en un seul épisode. Preuve s'il en fallait que Tiger Lily n'a pas exactement choisi la facilité non plus, même si sa façon d'exploiter ces sujets n'est pas toujours de la plus grande finesse, ni forcément très dramatique.
Quand la productrice de Tiger Lily en dit pour la décrire qu'il s'agit d'une série "souriante", on est en droit de craindre le pire, d'ailleurs. On est en France, après tout, pays où le cynisme a été érigé en valeur suprême ; où l'on a passé les dernières années et un peu plus à blâmer les bons sentiments pour la qualité de nos séries (mais comme en France, on confond régulièrement "feelgood" et niais, forcément...). Il s'avère que certains personnages incarnent assez bien cet esprit sans prise de tête si cher au pays de l'exception culturelle (bah quoi ?! "Soleil levant" c'était déjà pris...), mais d'autres, au contraire, parviennent ponctuellement à s'aventurer sur ces thématiques avec délicatesse ; au final, l'exercice d'équilibrisme est souvent irrégulier, mais il a le mérite d'exister !

Outre quelques dialogues parfois épouvantables et remplis de tics bien français, et même en faisant abstraction d'une actrice dont on se demande sérieusement ce qu'elle fait là, Tiger Lily est parfois très fragile dans sa construction.
Ainsi, l'épisode sous-entend ou évoque régulièrement des faits s'étant déroulés 25 ans en arrière, qu'il ne prend ni le temps d'élaborer, ni de vraiment rendre intrigants (puisqu'il serait parfaitement acceptable d'en repousser l'exploration à l'un des épisodes ultérieurs). A moins que j'aie loupé quelque chose, la façon dont Rita s'est blessée à la jambe ou les problèmes passés de Stéphane sont par exemple totalement passés sous silence, alors qu'on devine qu'il s'agit de quelque chose de fondateur pour ces personnages, qui permettrait de les présenter de façon assez complète. Et en choisissant de repousser très longtemps le moment où elle va nous dire qu'en réalité il y a quelques secrets à révéler sur l'ex-vie de star de ses héroïnes, Tiger Lily ne se rend pas service ; pour que le spectateur se pose des questions, encore faut-il qu'il sache qu'il y a des choses qu'on lui cache (c'est pervers, je vous l'accorde), ce qui n'est pas du tout le cas ici.
Ce que le pilote ne vous dit pas, non plus, car il faut avoir vu le deuxième épisode pour cela, c'est que Tiger Lily fait aussi le choix de ne pas mettre en avant les mêmes personnages de ce quatuor d'un épisode à l'autre. Le pilote fait ainsi la part belle à Rachel, qui va passer au second plan ensuite ; d'ordinaire, j'aime bien ne parler que du pilote dans... une review du pilote, mais il s'avère que cette structure porte préjudice au premier épisode : je l'avais mal compris, pensant sincèrement que Rachel était l'héroïne. Mais si Tiger Lily avait trouvé un moyen d'expliciter son intention de changer le focus d'un épisode à l'autre, j'aurais beaucoup mieux accepté que Stéphane soit par exemple si peu approfondie dans le pilote. De fait, je pourrais avoir envie d'en savoir plus sur ce personnage, mais rien ne m'y encourage à l'heure actuelle.

Pour finir, on peut regretter que si peu de cas soit fait, en définitive, des flashbacks et autres avatars des années 80, qui au lieu de peupler le monde de Tiger Lily, semblent n'y faire que de très, très brèves apparitions. Que la musique ne tienne pas une grande place dans la série, soit (la chaîne trouvait que le rock était trop segmentant, parait-il... quelqu'un peut me dire ce qui ne l'est pas ? Parce que les bras m'en sont tombés !) ; ça veut dire que les personnages ne vont pas se lancer avec un nouvel entrain dans leurs rêves musicaux comme le faisait Rita Rocks, ce que j'espérais un peu, mais je peux le comprendre. Ou alors ce n'est pas pour cette saison, possible aussi.
Que les années 80 soient reléguées à deux scènes par épisode, c'est beaucoup plus dommage... C'était quand même un très bon argument de vente pour Tiger Lily, à la fois pour clamer sa particularité, et pour jouer sur les souvenirs de ses personnages (et donc, hellooo, de ses spectateurs, il faut tout leur dire). En ayant vu deux des six épisodes, je pense ne pas trop m'avancer en disant que les espoirs d'amélioration sont assez minces, et c'est à mes yeux en tous cas une vraie faiblesse. Ca n'aurait pas changé grand'chose au ton, d'ailleurs, simplement accentué l'effet avant/après.

Du coup, personne, je le crains, ne vous parlera de Tiger Lily avec l'excitation qui a été celle, cet automne, des spectateurs d'arte puis Canal+. La série est loin de faire partie des plus pénibles fictions françaises qu'il m'ait été donné de voir, mais si vous pensiez que "jamais deux sans trois" et qu'on allait dégoter la perle de l'année pour France 2, vous êtes en route pour quelques déconvenues. Pendant la projection du pilote, certains membres du public étaient pourtant plus hilares que moi, preuve que j'ai peut-être encore un fond de biais envers les séries françaises (ou envers le jeu de l'une des actrices, dont on ne soulignera jamais assez le désastre qu'il représente).

Si ses intentions sont généralement saluables, bien que parfois teintées d'un poil d'opportunisme, Tiger Lily manque parfois un peu de jus, et de rigueur.
Mais, et c'est là qu'on revient à sa cousine américaine, la série a aussi plusieurs atouts pour se rendre relativement sympathique aux yeux d'un grand public forcément moins téléphage que moi. J'attends par contre au tournant l'inévitable nuée de commentaires qui seront faits sur la prise de position radicale de cette série (diffusée par une chaîne publique) au sujet du mariage pour tous. Rendez-vous le 30 janvier prochain pour voir à quel point...

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:31 - Review vers le futur - Permalien [#]

26-10-12

Post-partum

L'arrivée d'un nouveau livre dans une bibliothèque téléphagique est un peu comme l'arrivée d'un nouveau né dans une famille : cela signifie à la fois la joie... et la frustration. Surtout si vous tentez de donner le sein à votre livre et de tourner les pages de votre bébé, la frustration devient alors sentiment d'échec et signalement aux services sociaux.
Il est rare que je parle des livres que je lis sur la télévision, principalement parce que j'ai déjà du mal à trouver le temps de parler de tous les épisodes et/ou toutes les séries que je regarde, alors si en plus je me mets à ouvrir une rubrique consacrée au format papier, je crois qu'il faut que je quitte mon travail et que je me consacre intégralement à ce blog. Attendez, j'ai perdu le fil : c'était quoi le problème avec cette suggestion ? Ah oui, ne plus avoir le budget pour acheter les DVD de la moitié des dites séries. Phew, on est passés à ça de la catastrophe !

Mais ce soir je voulais vous parler de mon livre de cette semaine, The Practice: la justice à la barre, paru aux Presses Universitaires de la Cité ya trois siècles et demi, mais vu que je balance mon budget bouquin une fois que j'ai acheté mes DVD, il est rare que je lise un livre sur les séries dés sa publication (à l'exception du dernier Martin Winckler, et du livre co-signé par Clity Swood, hasard ou coïncidence).

La lecture de ce bouquin m'a fait réfléchir, justement, à mon rapport aux ouvrages à vocation téléphagique, et plus que du contenu lui-même du livre (vous n'avez qu'à le lire vous-mêmes, et toc !), c'est de cela dont il va être question ce soir.
En 5 points, parce que j'aime les listes et je suis sûre que vous aussi.

ThePractice

5 raisons pour lesquelles je ne suis que frustration
après la lecture d'un ouvrage d'analyse sur The Practice

N'appelez pas les services sociaux...

1 - Le manque de références

La plupart des livres que j'avais achetés ces dernières années traitaient de plusieurs séries en même temps, ou de télévision dans son ensemble. Il faut remonter à, disons, une bonne et copieuse décennie en arrière pour retrouver dans mes achats des livres portant sur une série, et une seule. Je crois que ce n'était pas innocent, à défaut d'être volontaire ; c'était la suite logique de l'évolution de mon comportement téléphagique, puisque ma consommation elle-même tend à élargir au maximum le champ des séries que je regarde ou auxquelles plus généralement je m'intéresse. Je soupçonne d'ailleurs que beaucoup de téléphages passent du stade où une seule série, ou à la rigueur, une poignée de séries, attire(nt) leur attention, avant de finalement s'intéresser à des thèmes plus larges et dépassant le simple domaine de l'affectif. Mais dans mon cas, on ne peut pas dire que les ouvrages sur SPACE 2063 ou Invasion Planète Terre aient été légion sous nos latitudes (j'ai un roman de Peter Telep sur SPACE 2063, reprenant l'intrigue du pilote je crois, dans les faits je n'ai jamais dépassés les 10 pages, pourquoi opter pour la méthadone quand on a la coke à portée de main ?), et j'avais donc effectué des achats de pis-aller, genre un bouquin sur Ally McBeal et sur Friends, faute de mieux accessible dans le commerce au centre commercial du coin.
Mais quelle que soit la raison de mon évolution vers des ouvrages sans doute plus théoriques, mais surtout plus généralistes, le fait de me retrouver, pendant ce livre, à n'entendre parler que de The Practice (au début, la carrière de David E. Kelley est mentionnée, donc la plupart de ses succès aussi ; curieusement des séries de sa création qui n'ont pas fonctionné sont mises de côté, à l'instar de Snoops, Girls Club ou The Brotherhood of Poland, ce serait pourtant intéressant de les inclure, ses échecs ayant sûrement aussi quelque chose à dire sur les techniques d'un scénariste) était trop limité. Bon, j'exagère car une rapide référence à Oz, par exemple, est faite vers la fin. Mais globalement ce n'était pas assez transversal à mon goût.

2 - L'impression de déjà vu

Plusieurs fois au cours de ma lecture, et plusieurs fois en 5 jours c'est beaucoup, j'ai pensé : "ouais, euh, et sinon, on apprend quoi ?". Cette impression est biaisée, bien-sûr. Oui, il se dit des choses très intéressantes dans ce livre sur le propos de The Practice, ses thèmes récurrents les plus forts et la façon dont la néo-série (on reconnait un sujet sérieux au fait que l'auteur sort des néologismes que lui seul utilise) les exploite, etc. Mais ces choses ne vous rivent pas à votre siège, les épaules pliées sous le poids des révélations. Cette impression est même injuste : si c'était si évident pour moi, moi-même j'aurais sans doute écrit l'équivalent à l'occasion d'un post sur la série (je me suis refait l'intégrale des deux premières saisons il y a quelques temps, après tout, j'aurais pu). Mais ce n'est pas le cas et ça prouve un peu quand même que, si ça va sans dire, ça va quand même mieux en le disant.
Le problème, c'est qu'en fait, ce ressenti découle de l'impression qu'on a acheté un livre d'analyse, mais que l'analyse ne va pas très loin, au sens où quiconque a regardé la série a senti, faute de mettre les mots dessus, ce qui est explicité au long des pages.
Clairement, c'est à ce stade que j'aurais dû comprendre que je n'étais pas venue à cet ouvrage avec la bonne démarche, surtout au regard de mon premier point. Certainement que j'aurais aimé qu'on me parle un peu plus du fonctionnement de David E. Kelley, par exemple, de la façon dont il use sa rhétorique ou comment il lui arrive d'utiliser des gadgets narratifs pour parvenir à ses fins ; en cela, il aurait été intéressant de croiser beaucoup plus (on y revient) les comparaisons avec d'autres séries. Ce qui est fascinant aussi, dans The Practice, ce n'est pas simplement le propos, c'est aussi que Kelley bossait sur deux séries en parallèle pendant plusieurs années, et que cette autre série était Ally McBeal. L'exercice de style mérite qu'on s'y attarde, non ? Comparer la face cachée de la lune avec sa face ensoleillée aurait eu une valeur immense pour décrypter certains propos, certaines scènes. En fait, je l'ai compris en progressant dans ce livre, il me faudrait une étude de l'oeuvre de Kelley : pas de l'une de ses oeuvres, nuance. Surtout que Kelley pour moi est comme Whedon pour beaucoup. Donc clairement, j'étais là pour les mauvaises raisons, d'où mon ennui à plusieurs reprises.

3 - Les chapitres qui tournent en rond

Corollaire du point précédent. Tout un chapitre pour parler de la position de The Practice vis-à-vis des dérives sécuritaires, par exemple, c'est long, et je me suis demandé si c'était forcément justifié. On a l'impression que l'auteur a énuméré tous les exemples qui viennent soutenir son analyse, et c'est tant mieux, cela souligne le sérieux avec lequel l'ouvrage a été pensé et écrit. De toute évidence, Perreur connaît son sujet, possède une vue d'ensemble sur la série (qui entre parenthèses me manque, full disclosure). Rien de pire qu'une analyse tirée d'un chapeau, la partialité accomplissant ponctuellement son oeuvre (et je le sais pour en pondre moi-même quelques unes de temps à autres, on ne va pas se leurrer). Ici on a affaire à quelqu'un qui très clairement aime la série, mais qui est décidée à expliquer par le menu pourquoi celle-ci est intéressante. Ce que je ne nie pas. En fait, les axes retenus sont justement si clairvoyants qu'ils en deviennent évidents. Car une fois que la démonstration est faite, il importe finalement assez peu qu'une demi-douzaine d'autres occurrences pendant la série viennent soutenir la thèse de l'auteur, on aimerait que le chapitre aille plus loin. C'est le cas sur la peine de mort (le chapitre à mon sens le plus satisfaisant), qui vient se compléter de nombreuses informations statistiques et historiques sur la peine de mort, permettant de comprendre dans quel contexte The Practice tient son propos si clair d'abolitionniste. Et ça, ça m'a fascinée, cette remise en contexte de la série dans la société américaine, où, faut-il le préciser, est pleinement sa place, plus que pour 80% des séries ! Même au sein du genre des legal dramas, la position et l'argumentation de The Practice, sans être totalement uniques, sont marginales (j'adore The Good Wife mais les procès n'y revêtent pas du tout la même fonction, par exemple), et c'étaient certainement les passages du livre les plus proches de ce que j'attends d'une analyse sur une seule série.
Hélas, trop souvent, la plupart des chapitres se content de citations (parfois longues, même) et de très brefs rappels au contexte dans lequel l'épisode, l'arc, ou le thème récurrent, font leur apparition.

4 - Les limites de l'analyse de fond

Il est des genres et/ou des auteurs dont on peut dire avec certitude que, s'il n'y avait pas de fond, il n'y aurait rien, la forme étant laborieuse ou épouvantablement générique. Même par curiosité, je n'irais pas acheter un livre sur Desperate Housewives, mais voilà un bel exemple de série dans laquelle il semble difficile de disserter en longueur sur la forme que revêt la série, tant ses dialogues sont, je ne vais pas dire pauvres, mais à tout le moins, pas riches. Il aurait été fantastique d'aller plus loin que la thèse de The Practice sur les sujets sélectionnés (effectivement les plus importants, c'est incontestable) et de s'aventurer sur le chemin des outils narratifs eux-mêmes, peut-être : on a ici un scénariste qui est un ancien avocat, et dont le talent pour retourner les idées et jouer sur les mots est encore moins anodin qu'ailleurs. Ne pas parler, ou presque pas, de la façon dont sont construits les dialogues et plus particulièrement les interventions devant le tribunal est quasi-criminel, et laisse de côté une énorme partie de la richesse de la série. De la même façon, s'intéresser si peu (mais un peu quand même je vous rassure : en passant) au fait que le créateur et showrunner de la série soit un ex-avocat, avec ce que cela dit sur le système juridique avant même que les personnages eux-mêmes n'ouvrent la bouche, est dommage. Pas dramatique, mais dommage. Combien d'autres ouvrages Perreur pense-t-elle pouvoir écrire sur The Practice ?
Mais là encore, la faute me revient de façon pleine et entière. Ce n'est pas l'intention qui a présidé à l'écriture de cette analyse, et on ne saurait tenir l'auteur responsable des attentes du lecteur...

5 - L'envie de revoir la série

Ne riez pas, c'est un problème très sérieux. On parle d'une série dont la sortie en DVD est des plus piètres ; c'est d'ailleurs pourquoi l'ouvrage fait figure d'exeption dans la mini-collection de PUF, avec à côté des séries intégralement éditées et/ou facilement accessibles : Les Experts, Desperate Housewives, Six Feet Under. Mais c'est aussi, à dire vrai, ce qui fait l'intérêt de ce livre, pour une fois que sort une analyse sur une série légèrement plus obscure que la moyenne, ça fait quand même bien plaisir que les spécialistes soient autorisés à changer de disque.
Mais à force de mentionner des lignes de dialogue entières, à force de parler très précisément d'un épisode (L'Esprit de l'Amérique faisant en plus partie de mes absolus préférés) décrit par le menu, et à force, bah, de bien parler d'une bonne série, tout simplement, j'avais finalement plutôt le sentiment que, surtout les 5 points étant cumulés, j'aurais plutôt dû mettre mon temps de lecture au profit d'une intégrale. Chose que mon emploi du temps téléphagique ne peut pas me permettre, pas DU TOUT !


Ces cinq points, j'espère avoir su le dire, ne sont donc pas vraiment des reproches que j'adresse à The Practice: la justice à la barre, que d'ailleurs je vous recommande, surtout si vous faites partie de ceux qui ne connaissent pas la série.
C'est, à vrai dire, à mon avis, la véritable cible de cet ouvrage : les téléphages qui ont loupé le coche de la série ; vous aimez les fictions [américaines], mais vous savez que vous n'aurez jamais les DVD ni assez de place sur votre disque dur pour rattraper le temps perdu ? Vous allez trouver dans ce livre un parfait kit de secours vous permettant de posséder les bases pour élargir votre culture téléphagique sur The Practice ; les grands thèmes sont parfaitement présentés, les diverses problématiques des personnages sont toutes mentionnées au moins une fois, et en gros, Perreur a vu la série pour vous parce qu'elle sait que c'est compliqué (et probablement parce que The Practice compte parmi ses séries préférées, et c'est facile de parler longuement de ce qu'on aime, vous le savez pour lire ce blog !). C'est formidable si vous avez besoin d'un livre pour vous parler d'une série que vous ne pourrez sans doute jamais voir par vos propres moyens... ou que vous n'auriez pas nécessairement eu l'idée de rattraper sans y être fortement incité par un livre qui attire votre attention sur les qualités et le propos de cette série.
En somme, le complet néophyte sera perdu à la lecture, le téléphage qui connait déjà bien la série (à défaut de forcément l'avoir vue en intégralité) se retrouvera avec un ou plusieurs des points que je viens d'évoquer, qui lui diminueront son plaisir, donc le public qui appréciera pleinement cet ouvrage se situe quelque part entre les deux.

Je ne suis donc que frustration parce que, en somme, j'ai lu un livre qui ne m'était pas forcément destiné, que j'en attendais autre chose, et que grosso-modo, il faut sans doute que j'arrête totalement de lire des ouvrages s'intéressant à une seule série, parce que ce n'est pas/plus ma came.
La semaine prochaine, j'entame Créatures!. Normalement, d'après mes prévisions, la frustration devrait laisser place à l'insomnie.
Toujours se méfier des souhaits.

Posté par ladyteruki à 23:47 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

10-10-12

Les tables de loi d'Ainsi Soient-Ils

Avec quelques camarades journalistes, plus tôt cet automne, j'étais présente à la rencontre organisée avec l'équipe de la série Ainsi Soient-Ils. Autour d'une table, les créateurs Bruno Nahon, David Elkaïm, Vincent Poymiro et Rodolphe Tissot, ainsi que les acteurs Samuel Jouy, Julien Bouanich et Clément Manuel, prêts à parler avec passion, et longuement, de la nouvelle série française dont j'ai déjà pu vous entretenir.

On aura l'occasion de discuter encore de la série tous ensemble ; vous le savez, j'essaye de passer plus de temps sur les séries françaises, et la perspective de n'avoir aucun flic dans Ainsi Soient-Ils, mais au contraire d'avoir affaire à un vrai drama, ne pouvait que m'aider à m'y atteler. Outre le pilote, sur lequel j'ai déjà écrit voilà quelques semaines, je vous proposerai à l'issue de la diffusion une review de la première saison (puisqu'une deuxième est d'ores et déjà commandée, et même en cours de production), alors, aujourd'hui, je vous propose de nous attarder ensemble sur quelques propos de l'équipe de la série. Bon, alors, euh, je ne vous ai pas retranscrit les 2h de la rencontre, mais promis, vous allez en avoir pour votre argent !

Voici donc 10 thématiques que j'ai sélectionnées à propos des coulisses d'Ainsi Soient-Ils, à savoir absolument sur la série qui débute en ce jeudi soir sur arte.

AinsiSoientIls-1

Bruno Nahon :
"C'est un projet d'une sincérité maximale, pour autant qu'on puisse être sincère quand on fait ce métier. Il n'y a aucun calcul de notre part, ni dans l'envie de séduire, ni dans l'envie de faire quelque chose en rapport avec la fiction française, etc., on a juste voulu faire quelque chose qu'on avait envie de faire, on avait ce désir, et on n'a pas dérivé, [on a tenu] jusqu'au bout. [...]
On a fait quelque chose que nous on sentait, parce que [le sujet] recouvrait des notions intimes et politiques très fortes, et au moment où on l'a imaginé, à contre-courant. Parce que, au moment où on l'a imaginé, c'était (pour moi) en 2007, à l'été 2007, alors ça fait partie d'un plus long cheminement mais c'est là où j'ai reçu un coup de fil de la chaîne, qui m'a dit 'on a envie de développer une série que tu nous a proposée sur l'Eglise, sur de jeunes prêtes, sur de jeunes séminaristes. En 2007. J'insiste parce qu'en 2007 il n'y a pas Des hommes et des Dieux. Il n'y a pas Habemus Papam. Et on a été très heureux que ces films, ces magnifiques oeuvres, différentes de la nôtre, arrivent quelques années après, parce qu'on s'est sentis moins seuls dans notre trajet. Parce qu'à un moment, une chaîne peut développer un projet, et puis son désir peut s'émousser ou la peur peut submerger.
Et la peur c'est quoi ? C'est : 'qui va regarder une série sur des séminaristes ?'. Cette peur-là, c'était la principale avec laquelle on a du, non pas lutter, mais composer tout au long de l'écriture. Qui va venir voir des mecs qui veulent faire un boulot que personne ne voit aujourd'hui ? Il n'y en a plus du tout, ils sont pauvres, l'Eglise c'est gris, ya plus personne dans les églises, etc. On peut pas collectionner plus de points négatifs, on les a tous, là ! Et pour nous c'était ça, le challenge, pour nous c'était dire que c'est justement dans des endroits comme ça que, si on y regarde bien et intimement, et à la loupe, et pas du point de vue du discours. Les occasions de céder justement à ces peurs tout au long du développement et de l'écriture sont nombreuses. Et là, il faut la force de conviction de ne pas dériver de son projet, de son programme, de ce qu'on s'est dit, de ce qu'on voulait, de son désir, surtout, de son désir initial, qui était de raconter la trajectoire de personnages. C'était ça qui a nous a menés depuis le début."

AinsiSoientIls-2

Bruno Nahon :
"Qui sont les meilleurs comédiens pour jouer les rôles qu'on a écrits ? Eh bah ce sont eux cinq, peu importe ce qu'ils ont fait, ce qu'ils ont pas fait. Eux cinq. [...] Le casting, c'est de ne pas céder à ces sirènes là, qui disent 'mais il faut des gens connus'. Non. Dans une série, on fait connaître des gens. Toutes les séries qu'on aime le font. Il y a des exceptions, mais les Six Feet Under, les The Wire, les Breaking Bad, les Mad Men, font naître des acteurs. Ca, c'est faire une série, c'est pas prendre des gens du cinéma forcément très connus et les mettre."

AinsiSoientIls-3

Bruno Nahon :
"[Il y avait] des pressions sur : aborder tous les thèmes de l'Eglise. C'est-à-dire : on a la collection de tout ce qui a dans la presse, de tous les scandales, et de comment nous on va les traiter, les intégrer. D'abord, nous ce qu'on veut, c'est raconter leur histoire à eux, pas raconter l'Eglise, c'est leur fiction à eux.
Et on doit surprendre le spectateur. Si on écrit ce qu'il veut, ou ce qu'on pense qu'il désire, on ne le surprend pas et on se surprend pas nous-mêmes, or c'est toujours un travail de se prendre soi-même par surprise, l'écriture. Toujours. Si on commence à faire la collection de tous les grands sujets importants, sur lesquels nous, nous n'avons aucun doute sur notre positionnement, évidemment... mais il fallait trouver une façon de le twister, une façon connexe d'essayer, peut-être par l'humour, de le traiter. Tous les sujets sont traités. Sauf que des fois c'est traité en une ligne de dialogue. Et ça je trouve que le travail de Davidet Vincent au scénario a été brillant à ce niveau-là : c'est-à-dire intégrer les grands sujets, mais en faire justement des sujets. Encore une fois, on raconte leur histoire à eux. [...] Il y a des documentaires formidables sur ces sujets, sur ces grandes choses qui agitent les débats, sur le mariage, l'avortement, la pédophilie... des grands films de fiction ont été faits là-dessus. Nous, on voulait juste raconter notre séminaire des Capucins, reliés à la Conférence des Evêques de France, elle-même reliée au Vatican."

AinsiSoientIls-4

Vincent Poymiro :
"On a rencontré [des membres de l'Eglise], d'abord Bruno et moi, et puis ensuite avec David, et après il ya eu d'autres travaux de documentation sur la préparation du tournage. Sur l'immersion, on a eu des contacts, des témoins, et on a rencontré un certain nombre de personnalités qui sont dans l'Eglise, et qui nous ont parlé, aussi bien à la Conférence des Evêques de France que dans un couvent, des prêtres de terrain, on a fait un énorme travail de documentation. Mais sur l'immersion au séminaire...
Bruno Nahon :
"Il y a quelqu'un, en fait, il y a quelqu'un qui nous a conseillés, qui a fait le séminaire pendant 5 ans, 7 ans..."
David Elkaïm :
"6 ans."
Bruno Nahon :
"Voilà... qui a ensuite été... donc il fait 6 ans de séminaire, un séminaire proche."
Vincent Poymiro :
"Alors, on a inventé un séminaire qui n'existe pas, qui se trouve à Paris, un séminaire universitaire, interdiocésain..."
Bruno Nahon :
"Voilà : il existe à Paris un séminaire, plutôt progressite, c'est pas le même, mais on s'en est inspirés."
Vincent Poymiro :
"C'est un grand travail de documentation, nous après on fait nos choix, je vais citer Céline : 'le bâton dans l'eau il est tordu, donc si je veux qu'il apparaisse droit, il faut que je le torde avant de le mettre dans l'eau'. La fiction, c'estç a aussi : on fait des choix, on a envie de représenter quelque chose, on part d'une réalité, la garantie de notre honnêteté c'est qu'on cherche à comprendre, après la fiction implique que, pour que ça ressemble à quelque chose, qu'on torde un peu le bâton."
Bruno Nahon :
"Mais il fallait de la justesse dans ce qu'on raconte : à tous les niveaux, dans l'enseignement, dans les gestes, etc., donc on a eu à différents niveaux, différents conseillers. Notre conseiller principal, c'est quelqu'un qui a fait le séminaire pendant 6 ans, qui a ensuite été dans un diocèse en Province, et qui a tenu 6 mois. [...]
David Elkaïm :
"...Sans ressentiment contre l'institution. C'est son parcours à lui. Donc il n'avait pas de comptes à régler, et c'était aussi important de trouver la bonne personne, qui n'était pas là pour justifier une sorte d'échec de vie par la critique d'une institution."
Rodolphe Tissot :
"Pour la mise en images, puisque là c'était surtout sur le travail d'écriture, donc la personne dont on a parlé qu'avaient rencontré Vincent, David et Bruno, a continué [à participer] en préparation, pas sur des choses narratives, sur des choses concrètes pour moi, comment cette scène peut se passer, sur des vraisemblances dans la vie au séminaire... Comme on voulait absolument être le plus vraisemblables et réels possible, même si comme disait tout-à-l'heure Vincent, des fois on est obligés de tordre un peu la réalité, mais on avait quand même à coeur d'être le plus irréprochables possible là-dessus, mais si on faisait de la fiction. En préparation, c'était pas évident de visiter un séminaire, on avait plutôt des refus, mais on a quand même pu passer une journée au séminaire d'Issy-les-Moulineaux. Ca a été un moment assez important dans la préparation de voir leur salle de cours, leur foyer..."

AinsiSoientIls-5

Vincent Poymiro :
"Il vont tous beaucoup souffrir... C'est le principe de la fiction : les gens heureux n'ont pas d'histoire. C'est écrit dans Tolstoi. Pour raconter le monde, il faut bien un conflit."
David Elkaïm :
"Par contre, il y a des moments d'humanité, et moi c'est ce qui me passionne aussi dans ce métier : c'est d'aller trouver des moments d'humanité, en fait. [...]Ce que je trouve assez formidable, c'est que c'est un monde d'hommes, et on voit des hommes pris de doutes, de souffrances, d'angoisses, il y en a qui pleurent... Donc tout ça, ça m'intéresse aussi. En général, dans les séries policières, on montre des hommes qui ne pleurent pas, qui ne flanchent pas, qui n'ont pas de doutes."

AinsiSoientIls-6

Samuel Jouy :
"On se met pas dans la peau d'un séminariste, on se met dans la peau d'un être humain, chaque personnage. Moi, je ne l'ai pas vu comme un séminariste, je l'ai vu comme un homme qui a eu une révélation après avoir eu un parcours chaotique, et qui d'un seul coup décide de s'engager. Mais c'est vrai que je ne l'ai jamais vu trop sous l'étiquette du séminariste. Pour moi, c'était José, avec son passé, son avenir, ses ambitions... A cet instant quand la série commence, son ambition c'est de rentrer dans un séminaire dont on lui ferme les portes, comme de se confronter à des personnes qui ne viennent pas du même milieu que lui, comment gérer sa violence, voilà, pour moi c'était ça, je ne me disais pas : c'est un séminariste.
J'ai été élevé dans un milieu très religieux, mais tout ce qui était de visiter des séminaires et tout, ça ne m'a pas traversé une seule seconde. J'y ai pensé quand on a fait les conférences de presse, parce qu'à chaque fois on nous disait : 'est-ce que vous avez visité des séminaires ?', et je me disais : ah oui, c'est vrai tiens, pourquoi pas. Mais moi, c'était vraiment par rapport à la foi... Il avait quelque chose, tout de suite, dés les premières scènes que j'ai eues, d'ardent, et je crois que c'est autour de ça que j'ai travaillé. Pas dans la vraisemblance dans les attitudes. Parce que, en plus, je suis allé beaucoup à l'église, alors ça, ça ne m'attirait pas. Ce qui m'attirait, c'était sa quête.
Ce que j'ai beaucoup aimé dans le travail de Vincent et David, c'est que, en général, nous les acteurs, quand on nous donne des rôles, les personnages sont toujours tendus vers un objectif qui est souvent, neuf fois sur dix, d'avoir : avoir de l'argent, avoir une place dans la société, avoir une femme... Et là, c'est la première fois que j'avais un rôle où le mec, ce qui l'intéressait, c'était être. Et ça, c'est une nuance infime, mais ça change tout dans l'approche."

AinsiSoientIls-7

Vincent Poymiro :
"Pour faire exister dans la fiction toutes les positions, il faut se styliser. Pour avoir une fiction qui reflète ce que moi je pense, ce qui est le rôle de la fiction, c'est-à-dire justement des complexités humaines. Il n'y a pas que les personnages entre eux, on voit bien que le père Fromenger est contrasté, le père Bosco son bras droit est ultra contrasté et déchiré, monseigneur Gandz, au Vatican, celui qui a la canne, est un personnage contrasté aussi, le Pape lui-même est un personnage contrasté, parce qu'on s'intéresse à son inconscient, il faut regarder la deuxième partie de la saison... Même si c'est toujours pareil, c'est stylisé.
Alors voilà, effectivement, à un endroit on a mis un personnage, auquel effectivement, on ne s'est pas intéressés à l'intériorité, on aurait pu s'approcher un peu plus près et voir la complexité contrastée de monseigneur Roman, bon, il se trouve qu'en fonction narrative, à un endroit, on a un personnage dont on s'est amusés à le charger..."
Bruno Nahon :
"C'est politique. C'est plus un regard politique sur ce personnage, cette dimension-là."
Vincent Poymiro :
"Ce que ça coûte parfois aussi, comment le pouvoir transforme les gens. Il se trouve que voilà, on a aussi accentué ça pour des raisons de lignes narratives générales. Je pense pas qu'on soit totalement, absolument dans la science-fiction absolue, sur l'exercice du pouvoir."
Bruno Nahon :
"C'est comme la série Boss, que moi je vois en ce moment, ya le maire de Chicago, qui est une crapule vraiment quelqu'un de profondément sombre... j'ai l'impression que dés qu'on parle de l'Eglise, on a d'autres façons de poser un jugement sur les personnages, or quand on fait ça, ou quand on fait une série politique, on représente souvent des personnages politiques outrés, et on a du plaisir à ça. Mais quand on fait l'Eglise c'est un peu différent, et c'est dommage."
Vincent Poymiro :
"C'est juste aussi une question romanesque. Nous on avait aussi à coeur de faire une série romanesque. Et c'est vrai que dans le romanesque, de temps en temps, certains personnages sont plus outrés que d'autres. On en avait besoin mais il ne s'agissait pas pour nous en tous cas de dire : à la tête de l'Eglise de France, il n'y a que des gens qui pensent à leur petit pouvoir... absolument pas. Pour nous trois, ça dit bien qu'on n'est pas dans la réalité. On est dans la vraisemblance, pas dans la réalité. On est dans une série romanesque."

AinsiSoientIls-8

David Elkaïm :
"Quand on entre au séminaire pour 6 années, on doit faire le deuil de quelque chose qu'on met derrière. D'où cette relation aux familles, il faut couper le cordon, pour Raphaël c'est évident, pour Yann aussi, d'une certaine manière, donc tous ces personnages-là ont un cordon à couper, qui malgré eux, ou parce qu'il n'est pas totalement coupé, ressurgit au cours de la saison, mais ce n'est pas une histoire de peur, je pense qu'il y avait une volonté, chez Vincent et chez moi, de traiter ça. Comment est-ce qu'on coupe ce qu'on va quitter, en fait ? Donc les familles, les amis, les amours..."

AinsiSoientIls-9

Rodolphe Tissot :
"C'est un personnage assez complexe, dont on peut-être, on peut le dire, on n'a peut-être pas réussi à 100% ce qu'on voulait en théorie faire avec elle. Parce qu'il y a beaucoup de personnages, c'est un personnage secondaire, à un moment elle a un peu souffert d'être un personnage secondaire. Alors c'est vrai qu'il y a d'une part la vraisemblance d'une femme au séminaire, donc ça, tous nos conseillers nous ont dit que c'est possible. C'est rare, mais c'est possible. Généralement elles sont plusieurs. C'est une femme qui a 35-40 ans, qui est plutôt jolie, mais on n'est pas non plus dans l'outrance de 'on va prendre une bombe sexuelle pour faire soeur Antonietta'. Sur la vraisemblance, on est un peu limite parce qu'elle aurait pas du être toute seule, il y aurait dû y avoir deux-trois soeurs, et après ça m'embêtait d'avoir deux soeurs figurantes qu'on allait voir passer dans le fond sans savoir ce qu'elles font, donc on a un peu stylisé en disant qu'elle est toute seule." [...]
Bruno Nahon :
"Même si on a pas optimisé le personnage, si on n'a pas eu le temps et l'oxygène nécessaire pour la faire exister, c'est vrai, on n'a pas réussi totalement là-dessus, mais elle est un accès intime à Fromenger."

AinsiSoientIls-Generique

Bruno Nahon :
"D'abord, ce sont des gens qui ont jamais fait de générique. Mais comme nous, on n'a jamais fait de série, on n'a jamais fait 8x52 ! Moi j'avais jamais produit 8x52, toi t'avais jamais écrit 8x52, toi... t'avais déjà réalisé un téléfilm puis une carrière en tant que premier assistant sur des séries du service public [...] mais ce que je veux dire, c'est que c'est aussi ça qui était chouette, et on l'a fait au bout, jusqu'au générique. On va prendre des mecs qui ont jamais fait de générique de série.
Rodolphe Tissot :
"...Mais qui avaient très très envie de le faire, c'était ça, qui étaient... puisqu'on a même fait un casting. On a rencontré 4-5 personnes qui faisaient des génériques, et les seuls qui avaient trop envie de le faire, qui réfléchissaient, qui venaient avec des idées, c'étaient eux, ceux qui l'ont finalement fait. Après il y avait le cahier des charges, avec l'envie de base sur laquelle on est tous partis, et c'était de faire quelque chose de beau, d'esthétique, de sobre, et qui parle de l'Eglise en même temps quelque chose d'un peu moderne dedans, il y a sur certains plans quelque chose d'un peu moderne et contemporain qui vient titiller une image sur l'Eglise qui est à la base de plus vieux. Donc il y a toujours cette confrontation entre le monde de l'Eglise, qui a une image comme ça, belle mais... c'est des endroits magnifiques mais qui ramènent toujours des images un peu vieilles, et mettre un peu de modernité là-dedans, quelque chose d'un peu mystérieux. Ca fait rentrer le monde contemporain dans l'Eglise en fiction. C'était ça le but de la série, et il fallait trouver une idée visuelle qui puisse amener ça dans le générique."


On reviendra à des posts plus subjectifs sur la série par la suite, promis. En tous cas, demain soir, profitez-en bien, moi je serai au boulot quand ça commencera...
Mais dés que vous aurez vu le pilote, n'hésitez pas à venir en causer ici !

Posté par ladyteruki à 21:07 - Love Actuality - Permalien [#]

08-08-12

lady's world tour - Escale n°13

WorldTour-600

Après plusieurs interminables mois (ah bon ? quelques semaines seulement ? si vous le dites...) de déconnexion, il faut bien avouer que j'avais un peu perdu de vue l'actualité des séries de la planète, à plus forte raison parce que juste avant d'être déconnectée, je venais de commencer un boulot très prenant et que, euh, enfin chuis pas là pour raconter ma vie, quoi. Bref. Donc ça faisait des lustres.
Du coup, je vous avoue que je suis un peu à la ramasse du côté de l'actu téléphagique mondiale de cet été, et je me suis dit que mes lectures de rattrapage vous profiteraient autant qu'à moi ; vous me connaissez, je suis partageuse.

Voici donc, alors que ces histoires de connexion ne devraient plus trop durer, une sorte de mega world tour, où je vais tenter de me remettre à jour, et vous aussi par la même occasion. Inutile de dire que l'exhaustivité est impossible, depuis le temps (à plus forte raison parce que je n'ai pas les outils pour préparer le post que j'espérais rédiger pour le Ramadan cette année ; oui, j'ai rédigé ce post récapitulatif au boulot, même pas honte), mais on va essayer de s'en approcher au plus près ! A contrario, il se peut que certaines de ces informations ne soient pas inédites pour vous qui aviez accès à internet pendant tout ce temps : dans le doute, je me suis dit qu'il valait mieux trop que pas assez.
Mais du coup, hm, autant vous prévenir : ce post pourrait bien être copieux. Alors assurez-vous d'avoir de quoi vous hydrater à portée de main, ça m'ennuierait que vous me fassiez un malaise en pleine lecture. Surtout que ce serait dommage de louper la fin.
Note : dans un souci d'équité, les pays sont exceptionnellement triés par ordre alphabétique.

Intersexions

- AFRIQUE DU SUD :

* M-Net a décidé de ne pas renouveler l'un de ses plus récents soapies, The Wild. La série n'aura donc pas de troisième saison, mais cela ne signifie pas qu'elle disparaitra immédiatement des écrans : sa seconde saison doit s'achever en mars 2013 ! Contrairement à beaucoup de soaps tournés en studio, les prises de vues de The Wild étaient faites sur le terrain, pour cette série se déroulant dans un complexe hôtelier situé en pleine nature, où se croisaient trois familles aux relations peu amicales mais obligées de se côtoyer pour le bien de l'établissement. Du coup, The Wild était un peu chère à produire, surtout quand on sait que chaque saison durait une année pleine ; l'investissement était un peu trop copieux pour M-Net au regard des audiences certes stables, mais trop faibles. Un problème que M-Net avait tenté de contourner : à l'origine, la série était diffusée à 18h sur M-Net ainsi que sur le satellite (chaîne M-Net HD), mais dans l'espoir de capter l'attention de plus de monde, la diffusion de The Wild sur le satellite avait été décalée d'une heure. Hélas toujours sans effet. Finalement, un évènement totalement indépendant a poussé la chaîne à prendre sa décision en plein milieu du mois d'août (4 mois seulement après le lancement de cette nouvelle saison), quand elle a appris que le terrain sur lequel la série est tournée allait subir des réaménagements. La chaîne s'est donc saisie de cette nouvelle tuile pour arrêter les frais.
* Il vous souvient peut-être d'Intersexions, cette série anthologique lancée en 2010 par la chaîne publique SABC1, qui mettait en scène une chaîne de personnages qui se trouvaient confrontés de diverses façons avec le virus du SIDA ; Intersexions était en partie subventionnée par l'institut John Hopkins South Africa, afin d'attirer l'attention sur les problèmes liés au SIDA ("it's not who you sleep with, it's who they've slept with" était son slogan). Encensée tant pour sa mise en images que son propos, la série avait en plus été un succès d'audience (les rediffusions attirant autant de spectateurs que les inédits), et avait également récolté plusieurs récompenses. Annoncée en novembre dernier, la seconde saison met pourtant un peu de temps à se mettre en place. Il faut dire que la production a décidé de tirer partie de l'enthousiasme du public pour poursuivre sa mission de prévention, et avait du coup demandé aux spectateurs d'envoyer leurs propres anecdotes (quelques coffrets DVD étaient à la clé). Etape suivante : la production d'Intersexions a tenu samedi dernier de gigantesques auditions afin de trouver les interprètes des personnages du nouveau volet de l'anthologie. L'idée est d'essayer de préserver l'esprit d'authenticité qui a fait le succès initial de cette série pas comme les autres... Intersexions va donc encore mettre un peu de temps à revenir sur les écrans de SABC, mais ça devrait en valoir la peine.

AddaFriend

- ALLEMAGNE :

* Devinez qui nous prépare un remake ? Eh bien pas la Russie, pour une fois, mais l'Allemagne, où RTL a décidé de lancer une adaptation de la série espagnole El Internado. Il s'agit donc, après L'Internat et Zakrytaia Shkola, de la troisième adaptation de la série fantastique adolescente, qui devrait porter le titre assez transparent de Internat.
* On a appris voilà en début de semaine le décès de l'actrice Silvia Seidel à l'âge de 42 ans. En 1987, à l'âge de 17 ans à peine, elle avait marqué les mémoires dans une série diffusée à Noël, Anna, dont le succès avait été foudroyant, attirant plus de 12 millions de spectateurs lors de la diffusion de ses 6 épisodes.Un film sorti en salles lui a également donné suite l'année suivante. S'intéressant à la carrière professionnelle d'une jeune danseuse ainsi qu'à sa vie personnelle, Anna avait suscité un tel enthousiasme qu'on la disait responsable du boom des cours de danse à la fin des années 80. Les causes du décès de l'actrice ne sont pas connues, mais le suicide n'est pas exclu. Ces dernières années, Silvia Seidel était cantonnée aux apparitions en guest dans quelques films et séries, dont les procedurals SOKO Leipzig ou Die Rosenheim-Cops.
* La rentrée, ça se passe aussi en Allemagne, et voici quelques unes des séries policières qui reviennent pour une nouvelle saison à l'automne : Alerte Cobra (saison 17 - 6 septembre), Hubert & Staller (saison 2 - 19 septembre), Notruf Hafenkante (saison 7 - 20 septembre), Flemming (saison 2 - 14 septembre), München 7 (saison 4 - 12 octobre)... M'est avis que l'Allemagne devrait fort bien réussir à se remettre de l'annulation d'une série de la franchise Les Experts !
* Pour finir, vous noterez que le Pilot Watch de la colonne de droite s'est enrichi de plusieurs nouvelles séries allemandes de la rentrée, dont la première série originale de TNT Serie, intitulée Add a Friend, dans laquelle un homme qui a un simple accident de voiture qui le bloque à l'hôpital se lie d'amitié avec plusieurs personnes via internet, y compris sa petite amie du lycée qu'il retrouve par hasard, et ces personnes finissent par devenir ses amis et conseillers au quotidien ; 10 épisodes sont prévus au total.

Ezel

- ARMENIE :

* Je ne vous apprends rien en disant que la Turquie et l'Arménie ne sont pas en super bons termes... voici pour le prouver une anecdote un peu triste qui montre que les séries posent parfois encore des problèmes diplomatiques entre ces deux pays. Bien consciente des frictions entre les deux pays, la chaîne arménienne Shant TV, bien que très intéressée par la série turque Ezel, a décidé de ne pas la diffuser sur son antenne. A la place, la chaîne a préféré faire l'acquisition des scripts en cachette, et ainsi faire passer sa production pour une série originale (100% arménienne, mais, surtout, 0% turque). La chaîne arménienne refuse de reconnaître publiquement qu'il s'agit d'une adaptation, et craint que si elle n'admette avoir acheté le format turc pour l'adapter, elle fasse l'objet d'un boycott dans son propre pays...

Tangle-580

- AUSTRALIE :
* La série du câble Tangle (photo ci-dessus) vit des heures d'incertitude, alors qu'une nouvelle saison est très peu probable. La saison 3 s'est achevée fin avril, mais la production n'a toujours aucune nouvelle d'une éventuelle saison 4, et plus le temps passe, plus cela semble peu probable.
* La série Tricky Business également a peu de chances de revenir pour une seconde saison. Pour l'instant rien n'a été officialisé, mais c'est quand même arrivé au point où les acteurs de la série eux-mêmes signent une pétition de fans. Ca sent donc également le sapin.
* Les nouvelles sont en revanche assez bonnes pour Offspring qui vient de gagner 2 saisons d'un coup, comportant 13 épisodes chacune. Mais c'est pas très joli de se vanter.
* Rachel Griffiths semble vraiment vouloir revenir à une carrière australienne ; après son apparition dans la première saison de Rake, l'actrice de Six Feet Under et Brothers & Sisters est confirmée pour le sequel de Paper Giants: The Birth of Cleo, lequel s'appellera Paper Giants: Magazine Wars, ce qui va me simplifier la vie pour les tags. La mini-série mettra en scène deux éditrices, Nene King et Dulcie Boling, à la fin des années 80 ; et Rob Carlton, déjà présent dans la première mini-série, retrouvera son rôle de Kerry Packer qui lui a attiré dans de compliments, dont les miens. Le tournage commence le 13 août.
* La chaîne publique SBS a annoncé la mise en chantier de Better Man, une mini-série basée sur la vie de Van Tuong Nguyen, un Australien condamné à mort à Singapour pour une affaire de drogue. Les 4 épisodes seront tournés à partir d'octobre en Australie et au Vietnam, en vue d'une diffusion courant 2013, marquant ainsi le retour des séries dramatiques sur la chaîne après 3 années de règne sans partage des comédies à la Housos.
* Nine semble avoir, de son côté, l'intention de produire des dramas bien plus souvent. La chaîne a annoncé plusieurs projets : un remake de La Vengeance aux Deux Visages (dont le titre original est Return to Eden) en 3 parties, une nouvelle série de la franchise Underbelly s'intéressant à Squizzy Taylor, un criminel ayant sévi en 1915, et enfin, Gallipoli, un nouveau drama produit par John Edwards à l'occasion du centenaire de la Première Guerre Mondiale, qui retrace la bataille du même nom, et qui devrait être diffusé en 2015.
* En parlant de Gallipoli, cette nouvelle série ainsi que la seconde saison de Miss Fisher's Muder Mysteries, Better Man et le drama carcéral Wentworth, ont toutes obtenu des subventions de Screen Australia. C'est également le cas de trois séries pour la jeunesse : Sam Fox pour Ten Network, une série d'aventure, The Lost Boys pour ABC, et The Worst Year of My Life - Again!, une dramédie également destinée à ABC. En tout, plus de 73 millions de dollars australiens sont dédiés à produire 66 heures de télévision. Mais quand on aime...
* Le film Kath and Kimderella, qui doit sortir sur les écrans australiens en septembre, sera appuyé par une rediffusion de Kath & Kim. Jusque là on ne s'excite pas tellement, mais ce qui est intéressant c'est que les acteurs de la série vont filmer divers messages d'introduction afin de présenter ces rediffusions. On ne parle pas d'épisodes inédits, mais c'est déjà un petit quelque chose qui fera plaisir aux fans.
* Notre page casting, maintenant. D'abord pour le drama A Place to call Home : Noni Hazlehurst (City Homicide), Brett Climo (All Saints), Marta Dusseldorp (Crownies et prochainement Jack Irish) seront les figures de proue de la série, accompagnés par plein d'acteurs méconnus. Le drama, écrit par Bevan Lee (créateur de Packed to the Rafters et de Winners & Losers) se situera dans les années 50 ; il a été annoncé qu'il serait diffusé en 2012 sur Seven, et vu qu'on est déjà en août, l'attente ne devrait plus être trop longue... De son côté, la série d'ABC The Time of our Lives aura un casting blindé de têtes connues, telles que l'incontournable Claudia Karvan (présente dans une série australienne sur deux ces derniers temps !), mais aussi Justine Clarke (Woodley, Tangle), Shane Jacobson, William McInnes, et Stephen Curry. L'un des rôles principaux a également été offert à la débutante Michelle Vergara Moore, jusque là reléguée à des rôles secondaires voire tertiaires. La série est écrite par Amanda Higgs (co-créatrice de The Secret Life of Us) et Judi McCrossin, et s'intéressera à la trépidante famille Tivoli.
* Pour finir, vous aurez remarqué dans le Pilot Watch que des dates se sont ajoutées pour le lancement de la diffusion de Puberty Blues (enfin !!!), Howzat! et Underbelly: Badness pas plus tard que ce mois-ci. Ya de la review dans l'air.

Hotel13

- BELGIQUE :

* Votre oeil de lynx l'aura remarqué avant que je ne le souligne, mais le Pilot Watch comporte désormais une date pour le lancement de Hotel 13, une série pour la jeunesse que l'on doit à Studio 100, c'est-à-dire la même équipe que celle qui a offert au monde la série Het Huis Anubis ; vous pouvez d'ailleurs lire le fabuleux destin de Het Huis Anubis dans ce post sur les telenovelas pour ados. Comme son aînée, Hotel 13 comportera des épisodes de 12 minutes chacun, avec une commande initiale de 120 épisodes. L'idée est évidemment qu'en dépit de son format de telenovela, elle soit potentiellement renouvelable à volonté, et exportable aussi si quelqu'un en veut. Cette nouvelle série a été tournée en Belgique au printemps, mais elle est en priorité destinée à Nickelodeon Deutschland (disponible en Allemagne, Suisse et Autriche), et donc tournée dans la langue de Goethe. La série se déroule dans un hôtel de la côte, alors que 6 jeunes s'y rencontrent pendant leur job ou stage d'été, qui à la réception, qui en cuisine. Mais l'ambiance Club Med tourne bien vite au vinaigre quand leur parvient un mystérieux message les encourageant à chercher la chambre n°13. Sauf qu'aucune chambre ne porte ce numéro... Il est déjà prévu que Hotel 13 soit doublée en danois et en suédois pour les marchés correspondants, et comme toujours, la production est ouverte à la perspective de tourner dans les mêmes locaux une adaptation pour un autre marché (Studio 100 l'avait déjà fait pour Het Huis Anubis, dont la version américaine House of Anubis est logée dans les mêmes décors que la version originale ; d'ailleurs House of Anubis a été renouvelée au printemps pour une troisième saison, ce qui prouve les vertus du modèle). L'ironie du sort, c'est que pour le moment, les spectateurs belges n'ont pas accès à Hotel 13, pourtant créée et tournée dans leur pays.

FDP

- BRESIL :

* Maintenant que Preamar s'est achevée, HBO Latinoamerica est bien obligée de passer à une nouvelle série, et il faut dire qu'elle a plus d'un tour dans sa manche pour nous régaler. L'heure est donc venue pour la série brésilienne FDP (pour "filho de puta" ; du coup, pour la diffusion en territoire hispanophone, la série s'appelle HDP) de faire ses débuts ; elle sera lancée le dimanche 26 août prochain dans tous les pays d'Amérique du Sud où HBO est présent. L'histoire est celle d'un arbitre de football antipathique qui n'a qu'un objectif en tête : siffler le coup d'envoi de la finale de la Coupe du Monde. Le problème c'est que tandis qu'il essaye d'atteindre ce but, sa vie familiale est en décomposition (sa femme l'a plaqué, emmenant leur fils). Naturellement, des stars du foot brésilien feront leur apparition en guest lors des épisodes, ce qui devrait ravir les, euh... eh bien, ya des experts en ligue brésilienne dans les parages ?

WorldWithoutEnd

- CANADA anglophone :

* Les séries Saving Hope et The Listener ont été renouvelées pour une nouvelle saison chacune par CTV. La chaîne a également commandé un pilote pour Satisfaction, une comédie écrite par Tim McAuliffe (Up All Night) centrée sur une couple dans la vingtaine et leur ami nouvellement célibataire (le couple finit par être un peu jaloux de sa nouvelle liberté), ainsi que pour Spun Out, un sitcom dans lequel un écrivain qui a raté sa carrière finit dans une compagnie de relations publiques. Il s'agit des premières commandes en matière de comédie pour CTV depuis l'annulation de Dan for Mayor et Hiccups :  ouf, le Canada envisage à nouveau de rire.
* CBC a de son côté décidé fin juillet de commander trois pilotes : une adaptation anglophone de la série québécoise 19-2 (l'original avait l'avantage de compter Claude Legault au casting, qu'exceptionnellement je ne mets pas en photo mais vous ne perdez rien pour attendre), un autre drama du nom de Port Hope, où une scénariste de Heartland nous emmène dans une ferme de l'Ontario où l'on soigne et recueille les animaux blessés (Daktari au Canada, en gros), et la comédie The Khouris, également écrite par Tim McAuliffe (!), qui s'intéresse à une famille d'immigrants menée par un patriarche de droite... Il doit forcément y avoir quelque chose de drôle dans ce dernier pitch, mais je ne l'ai pas saisi.
* La troisième saison de Lost Girl, sur Showcase, se prépare à accueillir le temps d'un épisode l'actrice Linda Hamilton. L'actrice de La Belle et la Bête et de Terminator incarnera une tueuse dans cette nouvelle saison, qui devrait arriver sur les écrans pendant l'hiver 2013. Elle rejoint donc Rachel Skarsten (Birds of Prey et, peut-être un jour si on la voit, la série Transporter: The Series) qui a obtenu un rôle récurrent dans la nouvelle saison un peu plus tôt cette année.
* Attention, attention, si vous regardez Flashpoint, ne manquez pas le lancement de la cinquième et ultime saison de la série, le 27 septembre prochain à 22h sur CTV. Il n'y aura pas de seconde chance ! A part, euh, oui, lors de la diffusion aux USA, mais vous voyez ce que je veux dire.
* Amis téléphages, vous remarquerez pour finir que le Pilot Watch de la colonne de droite s'est enrichi d'une date début septembre pour la diffusion canadienne de World Without End, mini-série faisant suite aux Pilliers de la Terre. A ma connaissance, de tous les pays participant à cette co-production, c'est le premier à fixer une date ferme pour la diffusion de cette suite.

LesBobos

- CANADA francophone :

* En septembre devrait démarrer Adam et Eve, une comédie d'une demi-heure en 13 épisodes qui raconte l'histoire d'un couple à travers trois époques de sa vie commune : à 25, 45 et 80 ans. Mais outre l'idée de montrer le même couple à différents âges, le concept va plus loin, et choisit d'imposer une unité de lieu (un duplex dans lequel ils sont installés lorsqu'ils se sont mis ensemble) et de temps (par une sorte de paradoxe temporel, le couple vit perpétuellement en 2012), afin de ne suivre que le couple et de ne pas chercher à le placer dans un contexte historique ou social précis. La série devrait donc être plutôt originale !
* Et les plus nostalgiques de la comédie Le coeur a ses raisons l'auront remarqué, outre la photo ci-dessus, dans le Pilot Watch s'est ajoutée la nouvelle série avec Marc Labrèche et Anne Dorval dont on a discuté au printemps, j'ai nommé Les Bobos ! C'est pas que j'ai hâte, mais... Quoi ? Vous aussi ? Allez, voilà la bande-annonce !

Exposos

- COLOMBIE :

* Pendant l'été 2011, Sony Pictures Television et Caracol avaient signé un accord de production ; un an plus tard, les deux sociétés se sont enfin entendues sur les modalités de leur premier projet. Il s'agira d'une telenovela intitulée La Hipocondríaca, dont le tournage devrait commencer en octobre. L'histoire est celle d'une jeune femme hypocondiaque (mais vous l'aviez deviné) qui rencontre un séduisant médecin. Sauf qu'apparemment, il présente mieux qu'il ne diagnostique, puisqu'il lui affirme qu'elle a une maladie incurable et qu'il ne lui reste plus que 6 mois à vivre... Ca n'a pas l'air comme ça, mais les deux sociétés nous affirment que la série sera aussi drôle qu'elle pourra être triste ; espérons-le, parce qu'avec 120 épisodes d'une heure, il vaut mieux ne pas pousser ses spectatrices dans la dépression.
* Fox Telecolombia, vous le savez, est particulièrement dynamique ces dernières années : outre le fait que ses studios accueillent régulièrement la production de fictions étasuniennes (genre Mental ou plus récemment Burn Notice), la société de production tente de s'approcher du modèle américain pour ses fictions, à l'instar de Lynch dont on a déjà pu parler. Pourtant il était un genre auquel elle ne s'était pas encore frottée : l'humour. C'est maintenant chose faite avec la mise en production d'Exposos (photo ci-dessus), sa première comédie en espagnol. La série repose sur un concept que ne renierait pas Fran Drescher, puisqu'un couple fraîchement divorcé continue de cohabiter après la séparation ; en tout 13 épisodes d'une heure sont prévus, et le tournage a commencé le mois dernier à Bogota, en vue d'une diffusion au début de l'année 2013 sur les chaînes FOX d'Amérique latine. Ce sont les Argentins Susana Cardozo et Pablo Lago, auteurs de la telenovela au succès fracassant Lalola, qui s'occupent du scénario de cette comédie qui dit s'inspirer du ton de Modern Family ; les rôles principaux sont incarnés par Roselyn Sanchez (FBI: Portés Disparus) et Carlos Espejel.

RuzaVjetrova

- CROATIE :

* Pour un coup d'essai, c'est un coup de maître. Ruža Vjetrova était la toute première série originale d'une heure diffusée en quotidienne par RTL Hvratska (qui, vous l'aurez compris, est la branche croatienne du groupe RTL), lancée pendant l'été 2011 à 20h. Après des débuts difficiles, puisque les premiers épisodes n'ont obtenu que 7,9% des parts de marché, la série s'est progressivement attiré un public fidèle, et a fini sa saison, en juin dernier, avec près de 30% de parts de marché. Un joli résultat qui a poussé la chaîne à renouveler la série et sa formule novatrice (elle est calquée sur le format telenovela, avec une intrigue bouclée en fin de saison, mais renouvelable à volonté) ; le tournage a repris à la mi-juillet pour que la seconde saison soit prête à être lancée courant septembre.

Rita

- DANEMARK :

* La dramédie Rita, qui a remporté une Nymphe d'Or à Monte Carlo, a été renouvelée pour une deuxième saison (bon, ça date de fin juin/début juillet, cette news, mais comme je l'ai dit j'étais un chouilla occupée à ce moment-là). Ce n'est pas vraiment une surprise : bonnes audiences, bien reçue par la critique, la série s'est plutôt bien vendue à l'étranger pendant le MIPCOM et s'est déjà fait remarquer lors de divers festivals. Alors quand ça marche bien sur le marché national comme à l'étranger, pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? 8 nouveaux épisodes ont été commandés, et le tournage devrait reprendre en octobre, probablement en vue d'une diffusion au printemps 2013, comme ça avait été le cas pour la première saison. Il est bon de noter que c'est la première fois au Danemark qu'une série non-policière remporte une adhésion de cette ampleur, et je ne vous cache pas mon soulagement à l'idée que bientôt, la Scandinavie pourrait bien exporter massivement autre chose que du poulet...

Omar

- EGYPTE :

* Chaque année, pendant le Ramadan, il y a au moins une série pour hérisser le poil des plus conservateurs, et c'est un peu compréhensible quand on sait à quel point la période est synonyme de respect pour les traditions. C'est une série égyptienne qui cet été semble avoir secoué le monde musulman, alors que la chaîne saoudienne MBC a décidé de diffuser Omar, un biopic sur Omar Ibn Al Khattab, un calife puissant et un proche de Mahommet. Vous savez sans doute que l'Islam interdit toute forme d'idolâtrie d'Allah, et qu'il est communément admis que les représentations de figures religieuses importantes sont plus que découragées (bien qu'apparemment ce ne soit pas explicitement interdit dans le Coran, mais je ne suis pas experte) ; eh bien la question s'est posée de savoir s'il était acceptable qu'un proche du prophète soit incarné à l'écran. Les avis étaient partagés, et des réclamations ont été envoyées à la chaîne ; MBC n'a cependant pas plié sous les demandes de déprogrammation et Omar a pu entamer sa diffusion normalement pendant la plus importante période télévisuelle du monde arabe. Tant mieux parce que la production de cette série a coûté l'équivalent de 40 millions d'euros, et a duré trois ans, décrochant le record actuel en matière de budget pour une série dans le monde arabe. C'est vrai que quand on en arrive là, on n'a pas trop envie d'enterrer des inédits.

Fragiles

- ESPAGNE :

* Telecinco a lancé le 2 août dernier une nouvelle série intitulée Frágiles, dans laquelle un physiothérapeute un peu atypique prend aussi en compte les blessures émotionnelles de ses patients pour les soigner ; dans chaque épisode, il traite un patient lors d'une intrigue bouclée à la fin des 90 minutes, et deux autres dont le traitement s'étend sur plusieurs épisodes, le tout avec une bonne dose d'attitude positive (même quand les cas le touchent de près). La première soirée, pendant laquelle les deux premiers épisodes ont été diffusés, a rassemblé 14,2% puis 17,5% de parts d'audience, des résultats supérieurs à ceux de la série médicale Hospital Central qui occupait précédemment la case. Au total, 8 épisodes sont prévus pour la première saison. Et en plus, les critiques ont l'air bonnes !
* Au rayon casting, la seconde saison de la comédie Con el culo al aire se prépare pour La 1, et trois nouveaux personnages au moins devraient rejoindre la série, interprétés par Janfri Topera (Plaza de España, jolie référence en matière de comédie pourrie), Ana Wagener (ex-Hospital Central et surtout doubleuse espagnole de Felicity Huffman), et Javier Antón, un acteur basque.
* Sachez que le projet de fusion entre laSexta et Antena3 connait un nouveau rebondissement. Espéré depuis de longues années, ce mouvement, qui créerait le 2e plus grand groupe audiovisuel du pays et regrouperait environ 25% des parts du marché télévisuel espagnol, est un feuilleton qui n'a rien à envier à une série fleuve, puisque laSexta avait annoncé récemment ne plus être intéressée par la fusion (en fait plutôt une absorption) et chercher un autre acquéreur. La question sera étudiée par le Gouvernement espagnol, qui espère bien donner un coup de main à cette opération qui traine depuis 2009 déjà. Le conseil des ministres rendra son avis d'ici la fin août sur les termes énoncés par la commission de la concurrence, ce qui devrait effectivement trancher une bonne foi pour toutes les conditions du phagocytage de laSexta, s'il doit se faire.
* On a déjà eu l'occasion de discuter des problèmes de liquidités de la chaîne publique TVE. Les chiffres officiels sont tombés : la chaîne a perdu 29 millions d'euros pendant l'année 2011. Inutile de préciser que l'heure n'est pas aux investissements dans la fiction, ce qui explique que les décors de la fiction historique Isabel, un projet ambitieux et donc onéreux, aient été démontés le mois dernier, sabrant par-là même l'avenir de la série. La société de production ne pouvait continuer à entretenir les décors plus longtemps, alors que la chaîne avait dit réfléchir à l'avenir de la série. Les 13 premiers épisodes de la première saison d'Isabel ont été tournés, mais toujours pas diffusés par TVE qui apparemment n'en a plus les moyens ; à l'heure actuelle, le pilote de la série a été projeté deux fois en festival, et le reste croupit dans un tiroir.
* De la même façon, toujours pour TVE, la production d'Amar en tiempos revueltos a décidé de ne plus produire d'épisode inédit (quelques épisodes déjà tournés devraient cependant pouvoir être diffusés à la rentrée), et réfléchirait à un spin-off pour Antena3 qui elle, peut payer ses commandes. Quant à TVE, elle a réussi à commander un sitcom, intitulée Estamos Okupa2, qui devrait débuter en septembre, en tandem avec la nouvelle saison de Gran Reserva appremment réglée de longue date. Pas de nouvelles en revanche du plus grand succès de la chaîne, la série Aguila Roja, ni de la série policière Los misterios de Laura, toutes deux pour le moment en stand-by, le temps pour TVE de casser son cochon-tirelire ; les deux séries, qui effectuent quelques unes des meilleures audiences de la chaîne, pourraient facilement trouver repreneur, mais la chaîne publique refuse de se séparer des droits. Voie sans issue.
* Pour finir, il nous manque pour le moment une date exacte de lancement, mais Antena3 commence à diffuser des bande-annonces pour Imperium, le spin-off de Hispania. Quant à l'adaptation espagnole de Ghost Whisperer, intitulé El Don de Alba, elle devrait démarrer au cours du mois de septembre, cette fois sur Telecinco. Et, oui, rassurez-vous, j'ai la bande-annonce, j'allais pas vous laisser comme ça.

- GRECE :

* Où quand la grille de télévision relève plus de questions idéologiques, que de télévision à proprement parler. L'extrême-droite grecque (la sinistrement fameuse "Aube dorée" néo-nazie) a lancé il y a quelques jours un appel au boycott des séries turques, et par la même occasion, à un boycott des publicités apparaissant pendant la diffusion de ces mêmes séries turques. D'après le leader du parti, Nikolaos Michaloliakos, non seulement la diffusion de ces séries serait une "honte" capable de détruire l'exception culturelle grecque, mais en plus, l'amitié entre la Grèce et la Turquie irait à l'encontre du bien-être du peuple grec ; l'homme politique a affirmé son intention de lancer un débat au Parlement sur une potentielle interdiction de diffusion. Le pauvre aurait des sueurs froides à la lecture de ce post ; une grosse pensée pour toi lors de la rédaction de ces news internationales, Nikolaos.

NewYork

- ISRAEL :

* La série New York, dans laquelle le fils d'une famille criminelle s'exile dans la grosse pomme et s'aperçoit que sa famille a mis un prix sur sa tête (du moins, jusqu'à ce que la proie devienne chasseur...), reviendra pour une seconde saison sur la chaîne câblée yes drama. La première saison, qui comptait 50 épisodes de 45 minutes chacun, a été diffusée en quotidienne et a recueilli un fort succès. Voici la bande-annonce en anglais (et sous-titres anglais pour les dialogues en hébreu) :

* Le 17 juillet dernier a démarré, également sur la chaîne câblée yes drama, une nouvelle série répondant au nom de Shvita ("grève"). Ce drame social s'intéresse à des ouvriers qui tentent de se syndiquer, mais qui rencontrent une telle hostilité de la part de leur direction que les évènements s'enveniment, et qu'ils finissent par se mettre en grève et se retrancher dans l'usine dans une tentative désespérée d'attirer l'attention sur leurs difficultés. On y retrouve dans les rôles principaux Zohar Liba, Amos Tamam et Shalom Michaelshwilli, lesquels ont tous un point commun : ils ont interprété un rôle (bien que d'importance variable) dans la série à succès Asfur. Hasard du calendrier, la semaine-même où la série a débuté, un vétéran israélien, Moshe Silman, s'est immolé, afin de souligner l'abandon dont il se sentait victime par l'Etat ; une coïncidence qui n'a fait que souligner à quel point Shvita était d'une cruelle actualité, et qui a participé aux excellentes critiques sur la série.

YuukiAmami

- JAPON :

* Comme souvent, la NHK est un peu décalée par rapport à la saison nippone classique, et fera commencer dans quelques semaines, alors que la saison estivale touche à sa fin, le dorama Makete, Katsu, une série historique sur le Premier ministre japonais Shigeru Yoshida. Mais ça on le savait, puisqu'on avait évoqué la série dans le récap de la saison estivale japonaise. Mais ! Fait que jusque là j'ignorais, l'acteur britannique David Morse devrait y incarner le rôle du Général MacArthur ! Ce n'est pas tous les jours qu'une série nippone s'offre un guest occidental de ce gabarit.
* Souvenez-vous, nous en parlions au printemps : l'auteur Kankurou Kudou, jusque là peu habitué aux soaps (on lui doit par exemple Kisarazu Cat's Eye ou Unubore Deka), est en charge du prochain asadora de la NHK. La dernière fois, on n'en avait pas le titre, mais maintenant que son actrice principale est castée, on en sait un peu plus : Amachan commencera en avril prochain pour prendre la relève de Jun to Ai, et c'est la jeune comédienne Rena Nounen qui incarnera le rôle éponyme, après avoir été choisie parmi plus de 1900 candidates. Jusque là, elle s'est contentée d'apparaitre dans des petits rôles au cinéma. Le tournage des 156 épisodes démarrera en octobre prochain.
* On dirait qu'il y a du mouvement sur le câble et le satellite nippons. Les chaînes Toei Channel et Family Gekijou ont en effet décidé de lancer deux remakes de séries majeures des années 70 et 80 (un peu comme TNT avec Dallas), à l'époque où le modèle japonais actuel n'était pas encore né et que les séries suivaient le format américain de renouvellement sur plusieurs saisons. La première est Tokusou Saizensen, une série de détectives née en 1977 et qui a duré 508 épisodes, et la seconde est Playgirl, une série d'action un peu sexy née en 1969 qui n'a connu "que" 276 épisodes. Leurs nouvelles versions respectives garderont le même nom, accolant simplement "2012" au titre, et feront l'objet d'un crossover diffusé quelque part au mois de décembre. A noter que la scénariste de Tokusou Saizensen 2012, Hideka Nagasawa, a déjà signé 100 épisodes de la série originale.
* Vous vous rappelez peut-être de la série familiale Wataru Seken wa Oni Bakari, qui s'est achevée en septembre dernier sur TBS au bout de 10 saisons étendues sur 21 années. Eh bien elle n'est pas encore tout-à-fait partie. Elle reviendra pour une mini-série en deux parties, les 17 et 24 août prochains. Les demandes ont apparemment afflué pour faire revenir la petite famille de cette longue chronique, et il n'est à l'heure actuelle pas exclu que ce bref retour conduise à quelque chose de plus durable ensuite...
* Yuuki Amami, en photo ci-dessus, a une nouvelle série en vue, et Dieu merci ce n'est pas une comédie musicale ! Il s'agit d'une mini-série en deux épisodes intitulée Onna Nobunaga, qui revisite l'histoire. Dans cette version imaginaire du passé, le seigneur Nobuhide Oda n'a pas eu un fils du nom de Nobunaga Oda, mais une fille (incarnée, donc, par Yuuki Amami). Nobunaga Oda aurait-elle eu une destinée différente ? C'est la question que posait un roman paru en 2006 dont cette mini-série est l'adaptation. Réponse à la fin de l'année, même si pour l'instant aucune date de diffusion précise n'a été fixée par Fuji TV.
* Mais avant cela, viendra la saison automnale nippone, qui comme c'est la tradition commencera début octobre. Quelques projets commencent à se dévoiler, parmi lesquels Soko wo Nantoka, destinée à la chaîne satellite NHK BS Premium, dans laquelle une ancienne hôtesse de club devient avocate dans une firme très modeste (Danni Lowinski, sors de ce corps !), utilisant ses contacts venus de son ancienne vie pour essayer de progresser dans la vie.
* Pendant ce temps, TBS prépare MONSTERS, une série d'enquête mettant en scène les acteurs/chanteurs Shingo Katori et Tomohisa Yamashita, dans ce qui semble destiné à reposer sur la structure des opposés qui se complètent ; la série est destinée à la case du dimanche à 21h.
* Du côté de Fuji TV, on a misé sur un trio de stars pour la série du mardi à 22h. Elle ne porte pas de titre, mais le générique n'en est pas moins alléchant : Hiroshi Abe (donc la carrière est longue comme le bras), Tomoko Yamaguchi et Aoi Miyazaki se disputent en effet le haut de l'affiche. Dans cette série mystérieuse, le couple formé par les quarantenaires Abe et Yamaguchi connaitra une crise grave et déchirante, qui sera exacerbée par l'apparition d'une mystérieuse jeune femme qui commencera à manipuler notre homme... Je ne sais pas pour vous mais ça rappelle énormément Utsukushii Rinjin. L'écriture comme la réalisation seront aux mains du cinéaste Hirokazu Koreeda. Le scénario est pour l'instant volontairement brumeux, le titre tenu secret, bref, comprenez que Fuji TV a l'intention de faire monter la sauce progressivement, et donc qu'elle considère que c'est son meilleur placement de la saison. Ce qu'on s'empressera de vérifier en temps voulu !
* Même chaîne, autres ambitions : Fuji TV prévoit enfin une série pour le samedi à 23h10 intitulée Koukou Nyuushi, et s'intéressera à la journée précédant un examen d'entrée au lycée (le juken), ainsi que la journée d'après. Un concept intéressant qui devrait également être l'occasion d'une intrigue proche du thriller, alors que l'examen d'un lycée important semble sur le point d'être perturbé par des évènements étranges. On y retrouvera l'actrice Masami Nagasawa (Last Friends, GOLD...) qui y interprétera une prof d'anglais, ainsi que Nao Minamisawa, Nakao Akiyoshi, Hidenori Tokuyama et Shigeru Saiki.

LaCQ

- MEXIQUE :

* La telenovela pour ados, vous le savez, l'essayer c'est l'adopter. Et même si MTV y est venue un peu plus tard que les autres (notamment par rapport à Nickelodeon qui s'est taillé la part du lion avec Grachi et consorts), elle ne saurait plus s'en passer, après le succès de Niñas Mal puis Popland. La preuve, le 3 septembre prochain, MTV Latin America fera débuter une nouvelle série, Último Año (désormais ajoutée au Pilot Watch). Tourné au Mexique, il s'agira d'un thriller de 70 épisodes qui nous plongera dans l'univers de lycéens très riches. Et, chose décidément très fréquente aujourd'hui, j'ai effectivement une bande-annonce pour vous, mais... elle ne vous apprendra pas grand'chose sur la trame de l'intrigue !

* De son côté, Televisa ne laisse pas sa part au chien, et a produit La CQ, une série pour adolescents qui a débuté lundi à 20h sur Cartoon Network dans plusieurs pays d'Amérique latine. C'est la première fois que la branche hispanophone de Cartoon Network se lance dans une série "live" originale. La comédie suit les aventures d'un groupe d'ados étudiant dans un établissement appelé Constantino Quijano (d'où les initiales "CQ") et ressemble assez, comme le montre la photo ci-dessus, aux comédies colorées à la Disney ou Nickelodeon qui ont pu naître aux USA.

DAG_saison2

- NORVEGE :

* Profitant de l'accalmie de l'été, les Komiprisen, récompensant les talents comiques norvégiens, seront remis le 25 août prochain. Evidemment, il y a des catégories télévisuelles, sans quoi je ne vous en parlerais pas. Ainsi, la dramédie DAG tire deux nominations (meilleure performance humoristique, et meilleur artiste masculin pour Atle Antonsen) et Lilyhammer n'en a qu'une (meilleure performance humorisitique également), les autres nominations allant généralement à des émissions à sketches et autres spectacles de non-fiction. Enfin, ce qui m'intrigue, c'est qu'avec tout ça (et à plus forte raison parce que DAG raffle déjà la mise aux Gullruten), je n'ai toujours trouvé aucune trace d'un renouvellement pour DAG (photo ci-dessus) pour une 3e saison. Curieux.

Moordvrouw

- PAYS-BAS :

* Peut-être vous souvenez-vous avoir entendu parler de la scandaleuse série Feuten dans ces colonnes. Si c'est le cas, l'annonce d'une nouvelle série de la même chaîne, BNN, destinée aux ados et jeunes adultes sans les prendre pour des amibes, pourrait bien vous mettre l'eau à la bouche : Smeris, une série dans laquelle deux flics que tout oppose font la paire contre leur volonté ; mais lorsqu'ils déclenchent par erreur une guerre des gangs, ils vont devoir accepter de travailler ensemble pour rétablir une semblant de quiétude dans les environs... Pas d'affolement, la diffusion de cette série n'est pas prévue avant 2014.
* Qualifiée de version masculine de Gooische Vrouwen (Jardins Secrets lors de sa diffusion en France), la nouvelle série de RTL4, Divorced, fait son chemin. Après son tournage au printemps, la série serait envisagée dans la grille de rentrée de la chaîne, même si aucune date ne semble arrêtée pour le moment. Il faut dire que cette dramédie, destinée à suivre la trajectoire de trois hommes divorcés alors qu'ils doivent composer avec leur nouvelle situation familiale, et qui s'installent ensemble pour mieux gérer la transition, est signée par l'équipe de Gooische Vrouwen, justement. Pas de date non plus pour le remake des Craquantes, également annoncé par RTL4, ou le biopic Achter het Raam, qui ne semblent pas prêts pour la rentrée. Mais je vous tiens au courant.
* RTL vient également de confirmer la commande d'une deuxième saison pour Moordvrouw, une série policière dont vous pouvez voir la photo ci-dessus, et lancée en janvier dernier après près de 2 années de confinement dans un fond de tiroir. Finalement, on dirait bien que la chance de la série a tourné, puisque, forte de ses audiences convaincantes, la série reviendra aux alentours de février 2013 pour 10 nouveaux épisodes. Quand on sait que la première saison a été produite courant 2009, ça va leur faire drôle de revenir bosser sur une nouvelle saison après tout ce temps...
* La chaîne éen aussi prépare sa grille pour la nouvelle saison, et a annoncé ses prochaines séries. De Vijfhoek sera un drama se déroulant dans un quartier de Bruxelles, et suivant la vie d'étudiants habitant un endroit cosmopolite où l'on parle néerlandais mais aussi français ; ils mènent tranquillement leur existence sans se préoccuper d'un projet de reconstruction du quartier, jusqu'à ce que le projet menace leur mode de vie... Ensuite, en décembre, la chaîne proposera Wolven, une série procédurale où les enquêteurs, une fois n'est pas coutume, se pencheront sur des affaires de fraude et de corruption. Sur un thème similaire, en décembre aussi, Salamander, écrite par Ward Hulselmans (scénariste de la série Witse), sera une série à mi-chemin entre la politique et le thriller, qui débute lorsque la panique s'empare des puissants après une série de cambriolage visant exclusivement leurs plus sophistiqués coffre-forts. Sauf que ceux-ci ne sont pas ouverts, non ; ils sont subtilisés ! Et avec eux, les documents parfois compromettants de hauts dignitaires de la politique et de la finance locale. Ne vous inquiétez pas si vous avez peur de ne pas garder tout le calendrier en mémoire ! Les dates appropriées ont été ajoutées au Pilot Watch dans la colonne de droite.
* Enfin, un rapide coup d'oeil à ce qui se passera sur les chaînes publiques. Nederland 3 (alias Ned3 pour les intimes) diffusera la deuxième saison de Penoza dans le courant du mois de novembre, c'est-à-dire que la diffusion devrait s'achever pile quand Red Widow débutera à la mideason américaine. De son côté, Ned2 proposera en septembre la nouvelle série De Geheimen van Barslet, une série mystérieuse se déroulant dans la bourgade tranquille de Barslet. Tranquille, vraiment ? Car dans cet étrange endroit, des miracles comme d'inexplicables tragédies peuvent se produire... Et si vous voulez y jeter un oeil, j'ai même une bande-annonce pour vous.

SilaWyzsza

- POLOGNE :

* Puisque Galeria, le nouveau soap de TVP1, n'a pas réussi à attirer l'attention des spectatrices (résumé des épisodes précédents ici), la chaîne devait trouver absolument une nouvelle idée pour prendre la relève après son annulation. TVP1 a donc lancé un immense concours, dégoté plus de 50 projets, et choisi celui qui lui semblait le plus prometteur pour sauver sa case horaire sinistrée par l'annulation de Plebanię. C'est Wszystko Przed Nami qui l'a emporté, une histoire dans laquelle un bâtiment historique de Lublin, abritant aussi bien un cabinet d'avocats qu'une auberge de jeunesse, sert de décor aux intrigues soapesques voulues "réalistes mais positives". Le tournage a lieu cet été en vue d'une diffusion en septembre.
* TVP prévoit également dans sa grille de rentrée une nouvelle série, Siła Wyższa (en photo), une comédie en 13 épisodes en single camera, se déroulant dans un monastère franciscain installé à côté d'un monastère bouddhiste. Les deux communautés se retrouvent en "concurrence" pour secourir les âmes locales...
* A l'occasion du Festival du Film comique de Lubomierz, qui doit se tenir demain, le prix de la meilleure série polonaise comique doit être décerné. Sont en lice : Rodzinka.pl (remake actuellement dans sa 3e saison de la série québécoise Les Parent), Ranczo (dont la 7e saison doit commencer au printemps) et le sitcom Świat Według Kiepskich (une série sur une famille dysfonctionnelle similaire aux Bundy de Mariés, Deux Enfants, et à l'antenne depuis 1999).

HBORussia

- RUSSIE :

* Après l'Amérique du Sud, l'Europe Centrale et les Pays-Bas, HBO a décidé de s'implanter en Russie. Les choses devraient aller même assez vite, puisque HBO Russia pourrait voir le jour avant la fin de l'année 2012. Mais une bonne nouvelle ne vient jamais seule : cette nouvelle chaîne serait d'emblée développée en partenariat avec Amedia, une société de production de fictions (elle produit actuellement l'adaptation à succès Zakrytaia Shkola). Rappelons que toutes les implantations internationales de HBO ne sont pas égales devant le phénomène des productions locales : en Amérique du Sud, cela fait plusieurs années que HBO Latino produit de [très bonnes] séries de façon constante (il faut dire que c'est un peu de la triche puisque plusieurs pays peuvent successivement fournir une fiction à la chaîne), tandis que HBO Central Europe n'a pour le moment produit que des remakes de BeTipul (en Roumanie, Tchékoslovaquie, Serbie et Slovénie), tout comme HBO Nederland. Une adaptation polonaise de la série israéelienne HaEmet HaEroma serait à l'étude, mais ça s'arrête là. Quant à HBO Canada, elle diffuse quelques fictions, à l'instar de Call Me Fitz ou The Yard, mais son cas est particulier puisque HBO Canada est en fait la dénomination regroupant deux chaînes câblées, The Movie Network (accessible dans l'est du pays...) et Movie Central (...à l'ouest), et que les deux chaînes coproduisent leurs séries originales. Les autres branches de HBO dans le monde, notamment en Asie, ne produisent aucun contenu original, et se contentent de diffuser les séries américaines du catalogue. Ce serait donc une sacrée fichue bonne nouvelle si HBO Russia pouvait d'emblée démarrer son existence avec un ou deux projets de séries !

JonasGardell

- SUEDE :

* Durant l'automne, SVT devrait diffuser une mini-série adaptée de Torka aldrig tårar utan handskar ("ne pas essuyer ses larmes sans porter de gants"), un roman de Jonas Gardell paru ce mois-ci sur le thème du SIDA dans les années 80. Le roman est le premier volet d'une trilogie dont les deux opus suivants devraient sortir d'ici l'été 2013, mais sont apparemment déjà écrits ; chaque volet a une thématique : d'abord l'amour, puis la maladie, et enfin la mort. "Ce n'est pas un texte sur l'homosexualité, c'est plutôt un livre sur notre histoire en tant qu'homosexuels", explique Gardell, qui s'est inspiré de son expérience à Stockholm pour retracer la façon dont le virus avait été perçu en Suède au moment de son apparition. La mini-série devrait aborder les trois thématiques, bien que seul un roman soit publié au moment de sa diffusion. Auteur, activiste mais aussi comédien de stand-up, Gardell a déjà vu plusieurs de ses écrits être adaptés en mini-série, comme En Komikers Uppväxt en 1992 ou De Halvt Dolda en 2009.

ASfur

- USA (mais qui louche sur la copie des voisins) :

* Il a été confirmé que le remake de la série israélienne Asfur (photo ci-dessus) était en bonne voie. En novembre dernier, John Wells avait acquis les droits de cette série à succès dans laquelle un groupe de copains, squattant une vieux dépôt de bus abandonné, tente de gagner de l'argent afin de ne pas être délogé par la municipalité, qui a mis en vente le terrain. L'adaptation de cette série, qui a fait les beaux jours du câble israélien pendant deux saisons (un total de 70 épisodes) diffusées en quotidienne, est désormais en développement pour FOX.
* On savait de longue date que c'était en projet : le remake américain de Bron/Broen se fera sur FX ; le feu vert a été donné pour un pilote. Rappelons qu'une deuxième saison de cette co-production entre le Danemark et la Suède est en cours, et qu'une adaptation est également prévue entre le Grande-Bretagne et la France. Dans la version US, le lien devrait se faire entre les USA et le Mexique, ce qui promet un fossé culturel bien plus ample que dans la série originale.
* Au royaume des bonnes idées, c'est A&E qui siège sur le trône : de toutes les adaptations stupides, celle-ci est probablement la plus futée, puisque la chaîne a confirmé la commande d'un pilote pour un remake de la série danoise Den Som Draeber. Mais oui ! Une série qui a été critiquée âprement, dont les audiences ont dégringolé et dont on a annulé la commande de la deuxième saison alors qu'elle avait déjà été passée, c'est super prometteur ! Quel exemple à suivre, forcément ça fait envie. Pis à l'heure de l'annulation de The Killing par AMC, ça relève vraiment de l'idée de génie, tiens. 

KurtlarVadisi

- YEMEN :

* Emoi après les atrocités commises par un Yéménite ayant juste un peu trop regardé la série turque Kurtlar Vadisi, une série turque lancée en 2003 sur SHOW et reprise deux ans plus tard par Kanal D, et qui a également donné naissance à des films. Kurtlar Vadisi s'intéresse à des opérations d'infiltration dans les milieux de la mafia ou du terrorisme ; violents aussi bien visuellement qu'idéologiquement (notamment imprégnés par un fort anti-sémitisme), la série, ses spin-offs et ses films ont plusieurs fois fait l'objet d'une forte polémique, son deuxième spin-off Kurtlar Vadisi: Terör étant même interdit de diffusion en Turquie (un seul épisode a réussi à être montré) et la déclinaison Kurtlar Vadisi: Filistin en Palestine (photo ci-dessus) n'ayant pas manqué d'attirer des réactions internationales. Dans le cas qui nous occupe, notre yéménite trentenaire a exécuté 4 hommes et 1 femmes, s'est retranché avec des armes et a fini, une fois à cours de munitions, par se rendre en expliquant ses actes par une volonté de copier ce qui s'était passé dans la série. Il y a résolument des fous partout, mais du coup cela a relancé l'éternel débat sur la violence à la télévision, et à plus forte raison à la télévision yéménite. Les autorités semblent pointer du doigt les importations turques, considérées entre autres "trop libérales" et "propres à détruire la jeunesse yéménite".

SeoulInternationalDramaAwards

- MONDE :

* Finissons avec ce que j'aime certainement le plus dans ce job : les nominations pour une récompense télévisuelle, ici les Seoul International Drama Awards. Regardez-moi ça comme c'est beau !
Dans la catégorie mini-série, sont nommées la saison 2 de Shinya Shokudou et celle de JIN, Boardwalk Empire, les séries françaises Kaboul Kitchen et Clash, le biopic russe Fiodor Dostoievski, la coproduction russe/ukraininenne Ballada o Bombere, la britannique Great Expectations, la saison 2 de Luther et... la saison 2 de Sherlock. A mon sens, c'est plié, mais bon, on sait jamais.
Du côté des séries au (parfois très) long cours, sont nommées : les coréennes The King 2 Hearts, BrainHaereul Poomeun Dal, Gongjooeui Namja, Cheonileui Yaksook et Ppurigipeun Namu, les turques Ezel et Fatmagülün suçu ne?, la colombienne La Promesa, l'américano-canadienne The Firm, et Gran Reserva, ainsi qu'une série chinoise dont j'ai été infichue de trouver le titre original, et dont le titre international est Home of People's Hearts. Dans tous les cas, les Coréens ont de toute évidence une longueur d'avance.
Outre ces nominations, il est possible de voter en ligne pour les prix du public, qui dispense beaucoup plus de choix dans chaque catégorie, dont par exemple l'irlandaise Love/Hate, l'islandaise Heimsendir, la norvégienne Hotel Caesar, l'américaine Castle, l'australienne Jack Irish (WTF ?! Qui peut voter en connaissance de cause pour ça, j'ai loupé la diffusion ou quoi ?!), la néo-zélandaise The Almighty Johnsons, l'argentine Graduados, l'espagnole Gran Hotel, l'égyptienne Lahazat Harega, la française Vous les femmes (que personnellement je ne connaissais pas), et bien bien d'autres. Les résultats seront annoncés le 30 août prochain.
Allez jeter un oeil, c'est assez incroyable, ça vient de quasiment partout (certains pays ont présenté beaucoup de séries, d'autres... moins), ça donne plein d'idées et d'envies, c'est délicieux, mon planning téléphagique vient de prendre 10kg.

* Au prochain épisode, on devrait avoir la liste des nominations pour le Festival de la fiction TV de La Rochelle : les nommés seront annoncés le 22 août prochain ; pour le moment, grâce à des indiscrétions sur les sites québécois, je sais juste que la série Vertiges a été nommée dans une catégorie internationale. Dans tous les cas, résultats le 12 septembre.

TheSpiral-logo

- EUROPE :

* Pour terminer, je l'avais tweeté (certes tardivement) mais ça ne fait pas de mal de le répéter, en particulier si vous ne me suivez pas encore sur Twitter : contrairement à ce qui avait initialement été avancé, arte va finalement bel et bien diffuser, à compter du 3 septembre, la série The Spiral en même temps que les autres pays européens qui ont coopéré sur le projet.
Rappelons pour ceux qui ont la flemme de relire les anciens posts que The Spiral (développée sous le nom de The Artists) est une série co-produite par Canvas en Belgique, TV3 au Danemark, YLE en Finlande, NRK en Norvège, Vara aux Pays-Bas, et SVT en Suède ; chaque chaîne apportant non seulement une partie des finances, mais aussi un ou plusieurs acteurs pour jouer l'un des rôles principaux dans cette série auto-proclamée "expérimentale".
Les acteurs sont : Viktoria Winge (Koselig Med Peis) pour la Norvège, Tuva Novotny (183 Dagar, DAG) et Donald Högberg pour la Suède, Tommi Korpela et Elmer Bäck pour la Finlande, Thure Lindhardt (Blekingegade) et Paw Henriksen pour le Danemark, Teun Luijkx pour les Pays-Bas, et enfin, Thomas Ryckewaert, Johan Van Assche, Johan Leysen et Lien Van De Kelder pour la Belgique.
Toutes les chaînes diffuseront en même temps les épisodes de cette série interactive, les spectateurs participant à l'intrigue pour essayer d'en démêler les fils.
Mais attention : le jeu interactif commence en amont de la diffusion, alors rendez-vous est donné dés le 21 août sur le site international de la série pour voir de quoi il retourne... Tout cela est de plus en plus excitant, vous ne trouvez pas ?

Pour patienter encore un peu, voilà la bande-annonce en anglais :

Voilà, c'est tout ! (dit-elle en dépit de son syndrome du canal carpien)

Tant que j'en suis aux effets d'annonce : dorénavant, les world tours seront repris par le fil actu du site Annuséries (avec un léger différé, les inédits sont toujours ici), donc n'arrêtez pas de venir me voir, mais sachez que ce récap' planétaire que je vous prépare sera désormais aussi publié là-bas, pour le plus grand plaisir de leurs visiteurs qui peuvent déjà y entendre parler de la Grand-Bretagne, du Canada ou de l'Australie, et qu'avec un peu de chance, on va intéresser à encore plus de séries méconnues sous nos latitudes ! Plus on est de fous...
Vous y trouverez également la bannière utilisée en début de post, pour plus de visibilité.

Alors, même en tenant compte de ce qui a inévitablement été oublié, admettez-le : que tout ça est BON !!!
Où vont vos préférences ? Dites-moi, je veux tout savoir !
Et puisque je vous tiens, n'hésitez pas à me dire : en fait c'est mieux avec sous cette forme compacte et alphabétique, les world tours, ou on continue comme avant ? Comme d'habitude, ce sont vos retours qui me permettent de vous tailler une rubrique sur mesure ! Et si vous remarquez une video qui ne marche pas, signalez-le moi...

Posté par ladyteruki à 17:08 - Love Actuality - Permalien [#]

01-05-12

Qu'est-ce qui fait si peur à HBO ?

Dans mon lycée, comme dans le vôtre je présume, et comme dans absolument tous les lycées de fiction, il y avait les gens cool et les gens pas cool. Les gens cool portaient ça sur eux avec une nonchalance agaçante, l'air de n'avoir même jamais essayé d'être cool, tandis qu'on reconnaissait les gens pas cool au fait qu'ils essayaient désespérément de paraître cool. Sauf qu'ils n'étaient pas cool justement parce qu'on pouvait sentir sur eux la peur de ne pas être cool.
Quand j'étais au collège à la toute fin des années 90, on utilisait énormément le mot "cool", que voulez-vous.

Incidemment, à la toute fin des années 90, HBO était l'un des élèves cool du lycée très prisé qu'était la télévision américaine. Et si vous demandez aujourd'hui à la plupart des téléphages de vous citer une chaîne câblée américaine de cette époque, il y a de fortes chances pour que ce soit le nom de l'élève HBO qui revienne le plus souvent. Plus cool que HBO ? Il n'y avait pas, et une large littérature à ce sujet vous attend dans quasiment chaque publication, papier ou numérique, traitant des séries américaines, pour attester que HBO a révolutionné ci, ça, et deux-trois autres choses, tout cela assorti d'une litanie de faits d'armes brillants, inoubliables et incontournables, et gare à vous si vous n'avez pas vu Six Feet Under, Les Soprano et The Wire qui ont changé la face de la télévision, faisant de HBO la chaîne la plus cool de l'univers et au-delà.

Le problème c'est qu'aujourd'hui, HBO m'a l'air d'une chaîne pas cool du tout. En tous cas elle a cette odeur de peur sur elle.

HBOFear

Depuis quelques années, la chaîne câblée donne l'impression de courir après quelque chose.
Alors que, bien qu'il semble difficile de nier qu'elle a ouvert la voie à sa propre concurrence, et inspiré d'autres chaînes câblées à essayer d'innover aussi en termes de séries, elle n'a pas à rougir de son succès actuel. HBO à la fin des années 90/début des années 2000, et HBO aujourd'hui, ne sont pas deux chaînes à la gloire radicalement différentes, comme on pourrait le dire de NBC au même moment. HBO fonctionne encore très bien, commande des séries qui lui amènent succès critique, succès public, et encore quelques statuettes chaque année.
Pourquoi j'ai le sentiment que HBO est en train de se comporter en élève pas cool du tout ? Parce qu'elle se donne tellement de mal, et fait preuve de tellement d'empressement, qu'au final ça a l'air louche.

Il y a deux ans déjà, HBO avait lentement commencé à modifier sa politique de commandes : l'argument d'autorité était devenu la règle. Tout le monde a envie d'attirer des gens qui aient une notoriété attirante, évidemment, mais dans les limites du raisonnable, et en laissant toujours une part d'opportunité à des relatifs inconnus de trouver l'innovation qui manquait. HBO, au contraire, avait commencé à commander des gens et plus vraiment des projets.
Scorcese pouvait débarquer avec à peu près n'importe quelle idée, HBO aurait dit banco, non ? C'est un peu l'impression qui ressort des énumérations constantes de noms supposés en jeter méchamment, et attirer le chaland. Je n'arrive plus à lire une news sur HBO qui ne commence pas par afficher clairement que la chaîne a su attirer telle personne dont la carrière épatante est auréolée de gloire, fortune et réussites au box office. Ou les charts. Ou les deux, dans le cas de la série en préparation par Scorcese et Jagger.

Mais récemment, ce phénomène s'est accompagné d'un autre : désormais dés qu'une série a un tantinet de succès, pouf, elle est renouvelée après seulement une ou deux semaines de diffusion. HBO n'est pas la seule à le faire : Showtime a donné là-dedans assez rapidement avec plusieurs de ses dramédies il y a quelques années (Nurse Jackie, notamment, le lendemain de la diffusion du pilote) ; mais Showtime était justement en train de se bâtir sa réputation, et avait des choses à prouver. C'est encore plus éloquent quand c'est Starz qui renouvelle Boss avant même sa diffusion, c'est parce que Starz, une chaîne qui fait les audiences qu'elle fait avec ses succès, mais qui n'a pas encore acquis le statut de cool, et qui court après, elle en a besoin.
Pas HBO. Pourtant la voilà en train de suer sang et eau pour banquer immédiatement sur le moindre petit succès comme si elle en avait cruellement besoin.

Et c'est comme ça qu'on en arrive à des décisions magnifiques comme celle de renouveler Luck avant de s'apercevoir que la série est une mine d'emmerdes et de devoir l'annuler ensuite quand le crottin de cheval atteint le ventilateur.

Renouveler Veep après seulement deux épisodes diffusés ? Girls après seulement trois ? A part la peur, qu'est-ce qui peut bien motiver pareil empressement ? C'est vraiment l'effet que ça me fait.

OK, HBO, respire un bon coup. D'accord, ya plus d'élèves cool maintenant que quand tu as commencé à avoir la côte au lycée. Mais c'est pas une raison pour paniquer. T'es toujours cool, t'en fais pas ! Et même si AMC a tendance à monopoliser un peu les Emmys en ce moment, tout va bien : t'as toujours de bonnes séries, les DVD de Game of Thrones se vendent comme des petits pains et tous les sites et blogs féministes font le buzz de Girls à ta place ! Essaye un peu moins d'en faire des tonnes, tu te débrouilles très bien.
Parce que, vraiment, ça commence à vraiment sembler louche, ces gesticulations.

Posté par ladyteruki à 18:01 - Point Unpleasant - Permalien [#]

01-02-12

Une vie après la mort

C'est un fait, je regarde assez peu de séries diffusées en Amérique du Sud. La raison est simple : je ne cause pas un mot d'Espagnol (et c'est pas mieux pour le Portugais, dans le cas du Brésil).
Alors une fois de temps en temps, je fais un effort, mais quand on sait que les sous-titres sont rares pour ne pas dire inexistants (un jour ça va finir que je vais la lancer, cette team de subs internationale pour tous les pays mal-aimés !), on se doute bien que ça ne dépassera pas le stade de l'expérimentation du pilote, si je le trouve (et croyez-moi je cherche toujours le pilote de Los Héroes del Norte).

C'est dommage mais fort heureusement, il existe des gens qui ont été mieux avisés que moi au moment de choisir leurs options pendant leur scolarité.

Dans ce contexte, j'avais envie de vous parler d'une initiative intéressante : une série venue d'Amérique latine qui débutera sur la chaîne Moviecity en mars prochain. La chaîne Moviecity est diffusée dans de nombreux pays sur son continent, ce qui lui donne une belle opportunité de commander des productions internationales. Ce n'est pas tout-à-fait une co-prod au sens strict, mais chaque pays envoie ici une actrice principale, là un second rôle, là encore un réalisateur, et tout ça se tourne ensuite (dans le cas présent, c'est en Colombie, grâce à la société de production colombienne Fox Telecolombia), avant la diffusion dans plusieurs pays.
C'est très finaud parce que comme ça, plein de pays y trouvent leur compte (même si en réalité, la série est colombienne) et ça permet à la série de plaire à des spectateurs situés sur un peu tout le continent. Bref, quand on peut faire ce genre de choses, notamment grâce à un socle commun linguistique, pourquoi se priver, pas vrai ? Eh bien ça arrive très souvent en Amérique du Sud, et la série dont je m'apprête à vous parler ne fait pas exception.

Lynch
Cette série se nomme Lynch, et sa date de lancement vient d'être ajoutée au Pilot Watch.

Sur le papier, ce n'est pas une révolution (elle succède à Kdabra qui reposait exactement sur la même recette), mais pendant longtemps, ce type de productions était essentiellement de l'ordre des soaps et/ou des séries pour la jeunesse.
Et ici, on est dans une série dramatique de 13 épisodes. Un format bien éloigné du cliché de la telenovela. Du sérieux, quoi. Et ça, c'est relativement nouveau ou disons, c'est un marché qui se réveille depuis quelques années en Amérique du Sud, après avoir été souvent cantonné soit à des projets exceptionnels, soit à HBO Latino. D'ailleurs il faut voir la pagaille que c'est au Chili par exemple, où en ce moment, les séries de 2e partie de soirée font l'objet d'une véritable ruée vers l'or, là où il y a encore 10 ans, c'est au niveau des telenovelas que les chaînes se livraient une guerre farouche.

Mais outre son modèle de production, la série Lynch, c'est aussi sur le fond qu'elle attire l'attention. En tous cas la mienne ; vous me direz s'il en va de même pour vous.

Lynch, c'est donc le nom de la série, mais aussi celui du patron d'une entreprise de pompes funèbres, qu'il gère avec son épouse. Pourant, en réalité, derrière cette activité en apparence sans histoire, Lynch est au coeur d'un étrange trafic : il aide des gens à simuler leur mort et à disparaitre sans laisser de trace ! Sa clientèle peut ainsi espérer démarrer une nouvelle vie...

Même si je déteste le streaming, je ne résiste pas à l'envie de vous les premières images de la série disponibles actuellement, déposées sur Youtube par un fan de l'actrice principale, impatient. La présence de sous-titres en anglais (c'est suffisamment rare pour être souligné) est due au fait que ces images font en fait partie de la dernière video de promo de Fox Telecolombia (dispo en intégralité sur leur site, on y voit du coup des gens de Mental ou Burn Notice se dire bien contents d'être venus tourner en Colombie). Donc du coup, c'est court, mais c'est intéressant.

A vue de nez, Lynch cumule tout ce que j'aime dans une production étrangère : la capacité de partir de quelque chose qui rappelle curieusement une série américaine à succès (ici, difficile de ne pas penser à Six Feet Under... difficile aussi de ne pas envisager le côté typiquement formulaic des séries US qui s'exportent si bien), puis de s'approprier complètement l'histoire et le ton, pour en faire quelque chose d'original et d'abordable à la fois.
Résultat, Lynch a le potentiel pour être à la fois intéressante sur le fond, et pleine d'action et de suspense, bref, accessible.

Ajoutez à ça un duo d'acteurs principaux qui viennent l'un de Cuba, l'autre d'Uruguay, ainsi qu'un festival de guests venus du Mexique, du Pérou, d'Argentine... et on tient un truc qui en impose ! J'en profite pour mentionner qu'on retrouvera d'ailleurs María Fernanda Yépez dans l'un des épisodes ; vous connaissez peut-être cette actrice depuis le post consacré au générique de Mentes en Shock (personnellement je n'ai pas non plus perdu l'espoir de la découvrir un jour dans Rosario Tijeras) ; à cela rien d'étonnant me direz-vous, puisque Mentes en Shock est également une production de Fox Telecolombia ! Le monde est petit, à bien y regarder...

Personnellement c'est le genre de séries que j'aimerais bien pouvoir découvrir plus facilement, en tous cas.
Alors qu'est-ce qu'on décide ? En mars, Lynch, on essaye de lui mettre la main dessus ?

Posté par ladyteruki à 10:13 - Love Actuality - Permalien [#]

14-12-11

VIP only

On a tous connu, notamment au collège, de ces adolscentes passionnées par les chevaux, passant tous leurs après-midis au centre équestre, parlant sans cesse de canassons et, naturellement, tapissant leur chambre de posters à l'effigie de futurs steaks. Vous l'aurez compris, je n'en faisais pas partie. Du tout. Mon intérêt pour ces bestioles s'est éteint lorsque j'ai arrêté de collectionner les Petits Poneys (mais il y avait des pégases et des licornes, quand même, c'était autre chose !).
Contrairement aux apparences, je n'ai rien contre les chevaux. Ce sont de belles créatures, je suppose, simplement je n'ai pas d'atomes crochus avec eux. Je ne me suis jamais passionnée pour le monde des courses et personne dans mon entourage proche ne s'y intéressant non plus, je n'ai jamais eu qu'un regard très lointain sur les courses de chevaux. Ce seraient des lévriers, ce serait la même chose, en fait.

En fait, c'est précisément la raison pour laquelle j'avais envie de tester le pilote de Luck : parce que je n'y connaissais rien. Et que la perspective de découvrir une série m'intéresse toujours plus quand il s'agit de découvrir aussi des univers qui n'ont rien à voir avec mon existence ; j'aime l'idée qu'on peut, bon, peut-être pas vivre par procuration, mais en tous cas essayer de se figurer ce que c'est que de vivre d'autres vies, dans des univers radicalement différents ; je recherche bien plus cela dans les séries que l'identification. Je ne suis pas une mère de famille ni avocate mais je regarde The Good Wife, je n'habite pas une banlieue chic mais je regarde Suburgatory, je n'ai pas envie de bébé mais je regarde Threesome, je ne deale pas mais je me lance dans un marathon Oz. Vous me dites qu'il y aura une série sur des geeks gay (Outland), une vieille fille dans la quarantaine qui ne s'intéresse pas aux relations amoureuses (Saigo Kara Nibanme no Koi), ou des courses de chevaux (Luck), je dis ok : ça n'a rien à voir avec ma propre vie, mais je ne demande qu'à voir ce que ces sujets peuvent me raconter.
Sauf que pur Luck, je ne me suis pas du tout sentie concernée même pendant l'épisode.

Je sais pas, c'était comme si j'étais pas invitée et qu'on me le faisait sentir. Comme si c'était pas mon monde et que la série n'avait pas l'intention de m'y faire entrer.
Comme je ne ressentais pas trop les enjeux dramatiques, j'ai commencé progressivement à me dire qu'en réalité je n'avais probablement pas tout compris. Je voyais le mec faire son comeback, l'autre pouponner un cheval avec à la fois espoir, nostalgie et amertume, et quatre aux tenter de gagner le gros lot, par exemple. C'était pas un problème. Mais j'arrivais pas à comprendre quand même : qu'est-ce qu'on attendait de moi, que je me demande si ça va marcher pour eux ? Très franchement je n'y arrivais pas parce que tout ce petit monde parlait à demi-mots de choses qui me dépassaient totalement. J'avais l'impression qu'il me faudrait aller procéder à des quantités de lectures pour comprendre ce qui tracassait l'un, ou l'autre. Et je me disais, au fur et à mesure que l'épisode avançait, que c'était beaucoup de devoirs pour une série. C'est à la série de vous faire entrer dans son monde, pas l'inverse ; de la même façon que ne pas connaître les romans de Game of Thrones n'a pas été un obstacle pour comprendre les intrigues, de la même façon que je n'ai jamais eu à me demander en quoi consiste le travail dans des pompes funèbres parce que Six feet Under n'a pas hésité à me l'expliquer, Luck aurait dû me donner envie de plonger dans les courses de chevaux sans que je passe par ce stade désagréable où je me sens étrangère à tout.
Au final, j'ai eu l'impression que ce qu'on attendait de moi, c'était de me demander qui allait gagner la course (et de verser une larme sur le cheval blessé), mais que pour le reste, si je ne ressentais pas de l'intérêt pour le vieux qui marmone à son cheval ou l'agent de sécurité qui voudrait une chance de jouer mais ne l'utilise pas, eh bien c'est tant pis pour moi.
J'aurais aimé que Luck me prenne par la main et me dise pourquoi, par exemple, ce cheval a été endormi au lieu d'être soigné. Comme tout le monde j'ai tressauté quand on a entendu ce craquement lugubre, mais je n'ai pas compris pourquoi ça condamnait le cheval, par exemple, et j'aurais voulu qu'on ne tienne pas pour évident que j'étais en mesure de le comprendre. Je ne connais rien aux courses mais je devrais avoir une chance de m'intéresser à la série, or on aurait dit que c'était tout ou rien.

OutofLuck
C'était vraiment très énervant, ces échanges qui semblaient vides de sens simplement parce que, bah oui, j'ai pas lu de la doc sur les courses de chevaux avant de regarder le pilote de Luck, et j'ai pas l'intention de le faire chaque fois que je regarde un pilote, parce que ce n'est pas mon boulot, c'est celui des scénaristes. D'accord le cast est immense, la réalisation puissante, et peut-être que les personnages sont intéressants, mais si on ne m'invite pas à entrer dans ce monde, c'est pas à moi de faire l'effort, et c'est au moins aussi important que les atouts de la série.

Alors au bout du compte, je ressors du visionnage de ce pilote avec énormément de frustration, parce que j'ai l'impression qu'il y a quelque chose qui pourrait être intéressant, une série solide sur un univers jusque là jamais exploré, avec un cast énorme, une réalisation au cordeau et, a priori, je suppose, de bonnes histoires, mais voilà, je suis pas invitée. Je suis peut-être totalement crétine (et cette théorie n'est pas à exclure). Je suis peut-être fatiguée en ce moment (c'est vrai aussi). Je suis peut-être obtuse. Ou peut-être que c'était un jour où j'étais moins concentrée sur le pilote et que je n'ai pas écouté aussi attentivement que je le devrais les dialogues qui étaient peut-être plus pédagogiques que je ne le dis (hantée que je suis par Black Mirror, ce n'est pas impossible). Mais en tous cas j'ai l'impression, avec cette mauvaise expérience, d'être passée à côté de quelque chose pendant le pilote. Et la première impression, qu'on le veuille ou non, compte. Je peux m'acharner et tenter quand même de suivre la série lorsqu'elle commencera réellement sa diffusion sur HBO, mais soyons honnête, c'est une histoire téléphagique qui commence quand même très mal. Et ça me déçoit parce que je pressens que ç'aurait au contraire pu être une aventure intéressante.

Mais voilà, Luck fait partie de ces séries dont je vais probablement entendre plus de bien que je ne pourrai jamais en penser, comme si ses spectateurs faisaient partie d'un club VIP dont je ne suis pas membre. Il y a des séries avec lesquelles on se dit juste qu'on n'a pas accroché, et c'est tout, et c'est pas grave, on peut pas tous aimer la même chose (True Blood ou Boardwalk Empire sont de ces séries-là), et puis il y en a, on sent même confusément qu'on aurait pu les aimer. Mais voilà, on n'y était pas invité.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Luck de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 19:58 - Review vers le futur - Permalien [#]

14-05-11

Mères au foyer désespérées

Il m'aura fallu un peu tâtonner, mais j'ai trouvé le premier dorama solide de la saison printannière.
Et pourtant le sujet était casse-gueule, car peu de séries japonaises peuvent se vanter de se frotter au monde de la petite enfance et/ou de la maternité sans mièvrerie. Pour nous sauver tous, voilà donc Namae wo Nakushita Megami, une série qui ne payait pas de mine et donc le pitch laissait présager du pire comme du meilleur. Souffrez donc que je coupe court au suspense : l'option retenue, c'est le meilleur.

Namae
Pourtant, tout commence plutôt mal, par une scène d'enlèvement. En fait, la scène est très bien filmée, mais elle est quand même un peu cliché : celle d'un enfant qui se perd dans la foule et qu'une femme profite pour enlever ; tout cela sans voir un seul visage, avec un côté suspense un peu irritant, car à la base, on n'attendait pas un thriller sur l'enlèvement d'enfant, mais bien un catfight entre mères au foyer qui se font la guerre par enfants interposés.
Si elle agace, cette scène surprenante va en fait donner le ton : la série ne joue pas dans un registre doucereux, mais va en permanence tenter de nous déstabiliser. Et la plupart du temps, elle y parviendra, en fait.

La phase suivante est dédiée à nous faire croire au conte de fées moderne de la femme épuisée par ses responsabilités de mère alors qu'elle mène une vie professionnelle intense, et qui va se ranger (à la demande subtile mais appuyée de son époux) pour s'installer dans un nouveau quartier et devenir une mère au foyer comme tant d'autres. La charmante Yuuko n'est visiblement pas sûre que cette vie soit pour elle, elle a même encore le souhait de travailler, mais elle se dit qu'une vie meilleure, parce que plus simple, l'attend dans leur nouvel appartement.
Et c'est là que la voix off entre en jeu. Elle est importante cette voix off parce qu'elle est l'un des deux héritages majeurs du pilote de Desperate Housewives, que la prod de Namae wo kNaushita Megami a de toute évidence étudié avec intérêt. Je ne suis pas en train de vous dire, toutefois, qu'on assiste ici à une ressucée. Je crois plutôt que, de la même façon que Borgen a étudié A la Maison Blanche, et que Koselig Med Peis a étudié Six Feet Under, pour affiner leur rendu respectif, Namae wo Nakushita Megami a pioché dans le pilote de Desperate Housewives quelques idées sous-exploitées et a décidé d'en faire bon usage.

A la façon d'Utsukushii Rinjin, c'est du statut social de la mère au foyer dont va finalement parler la série, sous couvert de rebondissements provoqués par les aspects thriller, là aussi.
Car l'héroïne, Yuuko, s'apprête à découvrir qu'autour de la classe de maternelle de son fils, il existe une sorte de société secrète constituée par l'élite des mamans de la classe, et qu'une fois qu'on approche ce club très fermé, on n'en sort pas indemne. Apprenant à ses dépens qu'on n'éduque pas un enfant pour le rendre heureux, mais pour s'attirer l'admiration et la reconnaissance sociale de ses pairs, Yuuko va vite déchanter sur le monde si paisible qu'elle pensait intégrer en quittant le monde professionnel.

Car elle a raison, Yuuko : quand on pousse trop son enfant, c'est plus souvent une question d'ego que d'autre chose. Et derrière les sourires de façade et les après-midi passés à un thé à la main, toutes ces mamans ne rêvent que d'une chose, exister aux yeux des autres mères. Quoi qu'il faille faire pour cela.
Les personnages que rencontre Yuuko ont ainsi chacune leur envie de paraitre, leur image soigneusement pensée et affinée, jusqu'à la caricature de soi-même, même s'il fallait en crever de chagrin une fois seule. Torture infligée au nom des applaudissements qu'on attend de la part d'une communauté de gonzesses dont on sait très bien que, une fois le dos tourné, elles se lâcheront sur votre compte comme vous l'avez fait sur le leur, mais qu'importe. Pourvu de recevoir des félicitations par devant, qui se soucie de ce qui se dit par derrière...

Adieu le monde convivial d'Utsukushii Rinjin, ici c'est le nid de serpent. Et Yuuko, qui n'est pas une oie blanche mais qui ne pense pas à mal, va certainement s'offrir encore de belles déconvenues d'ici le final. Elle n'est pas assez méfiante, ça se sent. Et les alliées qu'elle pense trouver au sein de ce groupe, on le devine, ont certainement des intentions cachées, elles les cachent simplement mieux que d'autres qui paraissent plus antipathiques à Yuuko.
Pourtant, les mères qui semblent les plus vicieuses à l'égard de Yuuko sont aussi celles qui ont, certainement, le plus de souffrances inexprimées. En reine des abeilles, Reina Motomiya est par exemple parfaite en apparence, avec cette façon qui semble toute japonaise d'humilier les gens en restant la plus polie du monde, et pourtant c'est aussi le personnage le plus touchant du groupe. Il y a là les bases pour une exploration glaciale de plusieurs questions, et on sent d'ailleurs dés le pilote que la série va s'y engouffrer sans tabou, comme en témoigne le message que laisse Reina sur internet, le seul endroit de la planète où elle peut être anonyme, donc où elle peut cesser de faire semblant.

Eh oui, ce que dit Namae wo Nakushita Megami, et c'est la première fois que c'est aussi criant dans un dorama que je vois, c'est aussi que le rêve doré de la maman qui prend soin de son enfant et qui est heureuse ainsi, il a vécu. L'illusion tombe en lambeaux pendant tout l'épisode, et plus particulièrement à la fin du pilote, où il se prend une bonne claque. C'est même violent pour le spectateur, parce que même si on se doutait qu'il se passait des choses pas très claires, on n'aurait pas imaginé que l'héritage de Desperate Housewives soit aussi celui-là.

Cependant, le dorama Namae wo Nakushita Megami n'est pas exempt de défauts, à ce stade. La réalisation, notamment, pose problème : on sent une volonté d'essayer de sortir des poncifs du genre, de trouver un rythme et une réalisation nerveuse mais permettant aux échanges de garder leur rythme lent, mais les effets semblent plus surchargés qu'autre chose, c'est notamment visible à la toute fin du pilote où il y a lâchage sur les plans tournés dans tous les sens et les effets de filtres. Ca partait d'une bonne intention, mais après tout s'il y a bien quelque chose à retenir de Namae wo Nakushita Megami, sur la forme comme sur le fond, c'est qu'il faut se méfier des bonnes intentions. Ponctuellement, la réalisation en fait donc trop et c'est très dommage, car la plupart du temps ça reste tout de même très correct.
Et puis, il y a encore et toujours le rôle du mâle. Si on me disait que Fuji TV ne s'attend pas à ce que la série soit regardée par un seul père, je ne serais pas plus choquée que ça. Là encore, comme dans Utsukushii Rinjin, les pères sont trop loin, trop déconnectés de ce qui se passe dans la vie de leur épouse. ils sont soit des dangers potentiels, soit des gens extérieurs aux préoccupations des mères et ne comprennent rien à rien. Même si d'une certaine façon je conçois que ce soit aussi une réalité, j'aimerais que se développe une relation moins caricaturale dans les prochains épisodes, et il ya suffisamment de couples pour qu'au moins un me donne satisfaction à un moment ou à un autre. Même celui de Yuuko est à ce stade trop caricatural.

Mais je l'ai dit, Namae wo Nakushita Megami, parce qu'elle a décidé de ne pas faire de quartiers, et parce qu'elle fait preuve d'une certaine ambition, montre qu'elle a du potentiel. Je serai donc devant ce printemps, et ne saurais que trop vous conseiller d'en faire autant si vous voulez voir de gentilles maman se planter quelques poignards dans le dos.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Namae wo Nakushita Megami de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:29 - Dorama Chick - Permalien [#]

24-04-11

Parlez-moi de mort, redites-moi des choses tendres...

Ne partez pas sans avoir résolu ce qui vous fait fuir. Vous seriez contraints d'une façon ou d'une autre à revenir.

Combien de fois avons-nous entendu ce refrain ? Et combien de personnages ont dû admettre qu'il fallait rentrer à la maison pour mieux la quitter ? De Six Feet Under à, plus récemment, Koselig Med Peis, on découvre régulièrement dans les séries qu'il ne sert à rien de quitter le foyer familial, on finit toujours par y revenir.
East of Everything ne fait pas exception.

Pourtant il y a dans ce pilote une telle grâce, et une telle gravité, employées à remonter le chemin des souvenirs, que je mets au défi quiconque regardera les première minutes de n'avoir pas le coeur à la fois serré et exalté devant ce qui se dégage de la série.

Art Watkins s'est enfui, lui aussi. Sans doute plus loin que tous les autres personnages qui l'ont précédé ou suivi : il n'a pas simplement quitté Broken Bay, il a carrément quitté l'Australie, et parcourt le monde en quête d'endroits fabuleux dont il pourrait faire des guides de voyage. Alors bien-sûr, plus l'homme va loin, plus on peut se demander ce qu'il fuit. C'est lorsqu'il reçoit un message de son frère Vance, lui apprenant que leur mère Nancy est sur le point de décéder de son cancer ; malheureusement, à l'aéroport, sur le chemin du retour, il reçoit un second message lui indiquant qu'il est trop tard. Retournant dans le petit patelin de Broken Bay pour les obsèques, il va, nécessairement, devoir faire face à tout ce qu'il a laissé sur place : son frère Vance, bien-sûr, amer au possible d'avoir dû s'occuper de Nancy pendant qu'Art voyageait Dieu sait où, mais aussi son premier amour, Eve, et même son fils qu'il n'a pas vu depuis 10 ans, Josh. Oui, 10 ans. Il a couru loin, et il a couru longtemps, aussi, notre Art. Et tout ce petit monde, ce sont des gens avec qui il y a beaucoup de choses laissées en suspens...

EastofEverything
Mais le moment n'est pas seulement aux retrouvailles. Car la propriété de Nancy, une ex-hippie qui, d'après les propres termes d'Art, ne s'est jamais consolée de la fin des 70s, a l'air abandonnée, mais c'est un énorme terrain qui pourrait aussi être valorisé en un magnifique et lucratif projet immobilier. Quelque chose qui n'a pas échappé à Melanie, la fiancée de Vance qui, bien que fasciné par le bouddhisme et la musique indienne, n'est pas une hippie, elle, mais un agent immobilier avec de la suite dans les idées. Et l'héritage de Vance, elle compte bien dessus. Sauf que ça ne va pas exactement se passer comme prévu parce que Nancy n'a pas légué la propriété à Vance, comme ce dernier le pensait, mais bien à ses deux fils...

Non, sur le papier, East of Everything n'a donc rien inventé. Pourtant il se dégage quelque chose de très particulier de la série, peut-être parce qu'on sent le côté un peu hippie, et que la maison familiale est une espèce de taudis plein d'arc-en-ciels et d'objets en macramé, ou peut-être parce que, derrière tout ça, on sent une certaine spiritualité. La scène de l'aéroport est certainement ce qui déclenche cette impression, mais elle est persistante, notamment parce que le cadre de Broken Bay est absolument paradisiaque, au coeur d'une forêt tropicale et à quelques pas d'une plage de sable fin, la famille Watkins va régler ses comptes tout en profitant d'une nature verdoyante qui a quelque chose de réconfortant.

Au retour aux sources d'Art, et aux enjeux sur l'héritage (traités de façon extrêmement plus subtile qu'anticipé), s'ajoutent les intrigues secondaires de deux personnages, en apparence déconnectés de la vie des Watkins, mais qu'on va apprendre à connaître et dont on va également apprécier la quête initiatique pour se trouver, puisque c'est de cela qu'il s'agit naturellement.

Avec ses ondées et sa nature pleine de fraîcheur rassurante, East of Everything raconte bel et bien comment des personnages torturés vont trouver la paix, enfin, avec leurs proches et donc avec eux-mêmes. Il y est pas mal question de mort (pas seulement à cause de Nancy) et pourtant l'espoir n'a pas disparu.
East of Everything n'a donc rien inventé, certainement pas. Mais elle a su se mettre en images avec à la fois une grande émotion et une rugosité toute australienne, sans en faire des tonnes. East of Everything, ça fait du bien là où ça fait mal.
Donc pour répondre à votre question, oui, je cagoule le deuxième épisode pendant que nous parlons.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche East of Everything de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 17:38 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]