ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

06-03-12

Las tijeras del amor

BlackMarch

Avec toute la bonne volonté du monde, je suis incapable de trouver une telenovela qui ait des sous-titres.
Non, pardon, il me faut préciser : une telenovela qui m'attire et qui ait des sous-titres anglais. C'est plus honnête comme ça, reconnaissons-le.

Parce que des telenovelas avec des sous-titres, on en trouve par exemple sur Amazon (où une personne bien intentionnée a fait une liste probablement non-exaustive, par exemple) (n'oubliez pas, c'est Black March), mais le soucis c'est que ce ne sont pas là des séries qui m'attirent, et pour s'en assurer il suffit de lire les titres, ça marche dans 90% des cas pour connaitre le sujet de la série : s'ils contiennent les mots "amor", "pasion", "corazon" ou encore "destino", c'est que ça parle d'amour, de passion, de coeur, de destin, autrement dit c'est le cliché-même de la telenovela. Et dans ces cas-là, je n'y peux rien, j'ai un frisson désagréable qui me prend depuis les reins jusque dans la nuque, je me sens pas bien, j'ai le teint qui vire au vert, et je finis malade. On pourrait penser que j'exagère, sauf que j'ai déjà de gros problèmes avec les romances anglophones (ou sud-coréenne, c'est même ma grosse pomme de discorde avec ce pays), alors vous pensez bien que dans une telenovela...
Donc les amours impossibles, les triangles amoureux, les machins, tout ça en Espagnol que je ne parle pas, ça ne donne pas envie.

UnaMaidenManhattan
Actuellement, Una Maid en Manhattan, par exemple, diffusée par Telemundo, est l'exemple typique de série pour laquelle il faudrait me supplier pour que je regarde. On peut être curieux sans fouler aux pieds ses préférences personnelles, non ?!

Corazón Valiente, qui débute ce soir sur Telemundo également, ne trompe personne, en tous cas. J'avoue que j'ai jeté un oeil au pilote, disponible sur le site de la chaîne, et que j'ai eu l'impression que même la telenovela en espagnol était doublée en espagnol. Ca n'encourage pas à faire des découvertes ! L'histoire n'est pas très attrayante non plus, puisque les deux héroïnes, amies depuis l'enfance, deviennent gardes du corps, l'une tombant amoureuse de l'homme qui est sous sa protection (évidemment, il est marié à une pétasse insupportable, mais il a une fille avec elle et le sens du devoir donc ça va durer plusieurs dizaines d'épisodes), et l'autre qui se débrouille même pour tomber sous le charme du fils du trafiquant qui l'avait fait kidnapper quand elle était enfant. Il y a, certes, un peu d'action en perspective, mais qui semble plutôt vouée à servir ici de prétexte.

Je parle beaucoup de Telemundo parce que ça fait plus de 10 ans maintenant que la chaîne nord-américaine propose des telenovelas maison (au lieu de simplement rediffuser des séries achetées en Amérique latine), qu'elle les diffuse avec des sous-titres anglais, et pourtant c'est toujours la galère pour y avoir accès : pas de DVD, du streaming sans sous-titres, bref c'est infernal. Même par des moyens illégaux ! A désespérer des pirates.
Après on est d'accord que la qualité n'est pas absolument au rendez-vous ; entre le jeu des acteurs et la réalisation, on ne peut pas dire qu'on soit dans le haut du panier téléphagique, mais encore faudrait-il avoir accès à une variété décente de séries pour s'en assurer, et dans de bonnes conditions de découverte évidemment.

LaReinadelSur
C'est pour ça que j'étais quand même plutôt contente d'apprendre que France Ô avait fait l'acquisition de La Reina del Sur (ci-dessus), même si j'avais trouvé le pilote assez peu emballant quand je l'avais vu, à l'époque sans sous-titres ; à ce propos, je me suis aperçue en rédigeant ce post que les deux premiers épisodes étaient encore visibles en streaming, en VF et sans débourser un rond pendant 7 jours, à mon avis ça ne fonctionne donc plus que pour quelques heures, donc urgez-vous (moi-même je vais voir comment se passe le deuxième épisode par rapport au premier dés que j'aurai posté cet article). Hélas cent fois hélas, depuis que je n'ai plus de télévision, j'ai toutes les peines du monde à me discipliner pour allumer adsltv à une heure précise et à être au rendez-vous pour une diffusion. C'est un vrai problème et je me demande combien de téléphages pratiquant une consommation essentiellement basée sur le cagoulage partagent cette préoccupation, d'ailleurs : plus je cagoule, moins j'arrive à regarder mes séries à une heure imposée.
Sans compter qu'il y a le douloureux problème du doublage, déjà assez difficile à supporter en temps normal, mais qui confine à l'insulte dans le cas des telenovelas (et c'est pourtant quelque chose qu'on sait depuis la diffusion de Rubi par M6 ; las, le public des telenovelas n'est pas vraiment celui qui affectionne les sous-titres).
Dans ces conditions, j'ai fait une croix sur la diffusion de La Reina del Sur dés le matin du 1er mars, quand j'ai réalisé que, damned, j'avais ENCORE oublié de me mettre devant mon écran à l'heure dite, et que de toute façon, la version française n'est pas un moyen idéal pour découvrir une fiction sur laquelle on a quelques préjugés.

A tout prendre, le genre de série qui m'attire serait plutôt les "narconovelas" et assimilées : ce courant récent de telenovelas (une dizaine d'années environ) qui, même si inévitablement parlent de romance, laissent aussi la part belle à l'action, et même, à la violence.
Les histoires sont souvent dérangeantes, voire même trash (rappelez-vous de Sin Tetas No Hay Paraíso, qu'on a déjà évoquée) et là on commence à discuter. Instinctivement je serais tentée par ces séries, comme beaucoup de téléphages classiques, il me semble, pourraient l'être plus facilement que par une romance niaise. Si seulement on en avait la possibilité de façon décente.

Rosario Tijeras est l'incarnation de tout ce qu'un pitch de telenovela peut me donner envie de regarder, et c'est une série sur laquelle j'ai l'oeil qui traine depuis de nombreux mois, convoitant en secret ses épisodes, puis me ravisant chaque fois que je mets la main dessus. Car, sans sous-titres ? La VOSTM, ça va pour un pilote, mais sur 70 épisodes, euh...
Mais malgré ce, oh, tout petit inconvénient, rien ne m'attirera, je pense, autant que Rosario Tijeras, et il y a de fortes chances qu'un jour je succombe à la tentation. Aussi je vous en délivre le résumé.
Il s'agit de l'histoire d'une jeune fille qui a grandi dans un bidonville, qui est violée à 14 ans, et qui se sort de cette horrible expérience en, hm, Messieurs ne lisez pas la fin de cette phrase : en castrant l'un de ses agresseurs avec une paire de ciseaux. Je vous avais prévenus. Elle grandit avec, on s'en doute, un tout petit peu de haine, et se met à vouloir se venger des hommes... sauf que bien-sûr elle va en rencontrer deux, diamétralement opposés, et son coeur va balancer tout en les entrainant dans son sillon de destruction. Voyez comme tout de suite, avec une histoire pareille, l'intrigue amoureuse, on s'en tape un peu. Même si on n'y échappera pas, et ça fait partie des bases du genre après tout, on sent bien qu'il se trame quelque chose dans Rosario Tijeras qui n'est pas exactement le cliché de la telenovela romantique.
Et puis, María Fernanda Yépez sait se montrer convaincante, aussi :

RosarioTijeras Rosario Tijeras, qui fait très envie. Téléphagiquement, je veux dire.

Bien bien bien. Donc en fait, je voulais juste dire que, les telenovelas, cycliquement j'essaye de m'y intéresser, mais je trouve que pour le moment, on n'est pas aidés. Que les chaînes mexicaines, colombiennes, argentines et autres ne tentent pas de rendre leurs produits attirants pour le public téléphage, bon. Après tout ces séries se vendent très très bien à destination des ménagères, qui est son public-cible et qui permet à ces séries de s'exporter sans grande peine depuis des années (même si dans de plus en plus de pays, on constate un recul de la telenovela au profit... des romances sud-coréennes). Pourquoi les chaînes sud-américaines changeraient-elles une politique qui marche ? Pour intéresser les téléphages, au pire, elles ont de toute façon les nocturnas (genre Lynch qui commence bientôt et qu'on a pu évoquer ; gageons que celles-ci seront plus facilement prises en main par des fansubbers hispanophiles), et les vaches sont bien gardées.
Mais si les chaînes au moins nord-américaines ou françaises s'en donnaient la peine, et proposaient des telenovelas plus faciles d'accès pour un public plus exigeant, on pourrait peut-être enfin leur donner une chance ! Sans vouloir vous commander.

Je sais bien que mes protestations de téléphage resteront lettre morte. Dans certains domaines, je suppose que si on veut vraiment être curieux, on n'a qu'à pas être regardant, et pis c'est tout. Mais j'avais envie de râler, voilà.
Et, oui, je me sens mieux de vous avoir dit ce que j'avais sur le coeur, merci d'avoir demandé.

Posté par ladyteruki à 01:18 - Point Unpleasant - Permalien [#]

25-08-10

Choquer en douceur

Provoquer la réflexion et/ou la réaction, c'est le but de beaucoup de séries qui pour cela n'hésitent pas à parfois employer les grands moyens. Parfois jusqu'à la démesure... Mais les effets de style et la surenchère ont, avec le bon mélange de talent et d'intelligence, le mérite de faire plus que divertir, sans oublier de divertir.
Et puis bien-sûr, il y a les séries qui cherchent juste à choquer pour choquer, heurter la bonne morale ou les certitudes de certains spectateurs en espérant ainsi acquérir une identité propre, une étiquette un peu trash qui permet de sortir de la masse de séries qui chaque année déferlent sur les écrans.

Laissez-moi vous présenter maintenant la méthode douce. La méthode qui, au lieu de chercher à faire dans le révolutionnaire et/ou le scandaleux, provoque exactement les mêmes réactions. Laissez-moi vous parler de Sin Tetas No Hay Paraíso, une telenovela colombienne qui...
Ah, je sens que j'ai perdu 15 lecteurs rien qu'avec cette phrase ! C'est un tort, parce que, si vous n'avez jamais entendu parler de la série, vous allez en être pour vos frais : loin des stéréotypes sur la telenovela romanesque voire sirupeuse, cette série parle de thèmes absolument terribles, et totalement d'actualité.

Sin Tetas No Hay Paraíso ("pas de nichons, pas de paradis") suit le parcours de Catalina, une adolescente de 17 ans qui ne veut pas vivre dans la pauvreté. Jusque là ça va. Mais vous savez quelle est, selon elle, la recette miracle pour la richesse ? Se payer des implants mammaires en se prostituant. Eh ouais. La jeune fille est en effet convaincue qu'elle ne pourra améliorer son sort que si elle a un décolleté de rêve.

Et pourtant, Sin Tetas No Hay Paraíso joue la totale en matière de telenovela : la réalisation, les acteurs, les décors, les couleurs, tout y est. C'est, effectivement, ce qu'on attend d'une telenovela, à la nuance près que dans les 5 premières minutes l'adolescente est déjà en train de faire le tapin, et que son mac vend ses filles à un trafiquant. Dans la demi-heure qui suit, attention au spoiler après la virgule, la gamine va également se faire violer.
Alors, pour la telenovela chamallow, on repassera.

SinTetas

Finalement, vous savez quoi ? C'est du génie. Utiliser les codes d'une fiction confortable et tout public, pour aborder un sujet super sensible, et éminemment complexe, avec des revendications sur les classes sociales, le culte de la beauté, la prostitution... Des dialogues en apparence simplistes (je veux dire par là que moi qui n'ai jamais appris l'espagnol, je les comprends dans les grandes lignes, ce qui est quand même un signe), des personnages visiblement unidimensionnels, aucun effort particulier dans le choix des acteurs ou la réalisation (il faut voir l'interprète de Catalina pleurant son mascara jusque sur le menton pour comprendre qu'on n'a pas hérité ici d'un génie de l'art dramatique ni même d'une maquilleuse subtile), et pourtant, un propos remarquablement acéré.

En face de ça, il y a beaucoup de séries qui se gargarisent d'effets de style, et au final ne touchent que le public qui était suffisamment ouvert au départ pour ne pas se laisser distancer. Je pense à des séries comme Weeds ou Breaking Bad, qui ont quelque chose à dire je suppose (c'est ce que j'ai perçu sans être totalement convaincue), mais dont le propos se perd par désir de faire de la fiction haut de gamme. Mais si c'est pour s'adresser seulement à une élite, quel est l'intérêt ?
Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Toutes les séries "simples" (par opposition aux séries "intelligentes") ne sont pas forcément capables d'accomplir ce que fait Sin Tetas No Hay Paraíso, avec son sujet couillu. Sin Tetas No Hay Paraíso n'a pas l'air de pousser bien loin, mais elle fouille tout de même son sujet, dans une sorte d'inventaire d'apparence tout public. Beaucoup de séries se contentent d'être tout public et ne placent pas le moindre message ni propos. Mais ici, il y a quelque chose de véritablement courageux dans la démarche, et on sent que la vulgarisation est voulue. En ça, c'est du génie.

Pour le reste, je l'ai dit : réalisation, jeu et mise en scène... ça vaut pas tripette. Mais on s'en fout, c'est le genre de série à regarder pour culture perso, et pas pour avoir un coup de cœur téléphagique. Quoique, on sait pas, ça peut aussi arriver... si vous êtes déjà fan de telenovela et que vous voulez essayer la taille légèrement au-dessus.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Sin Tetas No Hay Paraíso de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:10 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]
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