ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

26-03-11

Passe le message à ton voisin

En des temps immémoriaux, vous n'êtiez pas encore internautes, peut-être même n'aviez-vous encore jamais cliqué sur une souris, il existait un truc qui s'appelait "tagger" (orthographe incertaine). Cela consistait à répondre à un questionnaire donné puis proposer aux petits copains d'en faire autant. La réaction en chaîne qui en découlait permettait à plusieurs blogueurs, bien que ne s'exprimant pas sur le même support, de tous répondre aux mêmes questions. Accessoirement, ce mème avant la lettre avait tendance à meubler le contenu des blogs d'une même sphère.
C'est ce petit goût d'antan, cette madeleine de Proust numérique, que je retrouve alors que l'ami Eclair m'a taggée, après l'avoir lui-même été. C'est donc de bonne grâce et même avec une dose de nostalgie que je me plie à l'exercice...

1 / Depuis quand regardes-tu des dramas ? Quel a été ton 1er drama ? Comment as-tu découvert les dramas ?

C'était début 2006 ; à l'époque je tenais un site sur la Jmusic du nom de Teruki Paradise (Paix à son âme), sur lequel une petite communauté francophone se réunissait via les forums United Paradise. Ah, les souvenirs ! Bref comme on s'en doute, plusieurs de mes compagnons étaient coutumiers des séries japonaises (et/ou coréennes), et il n'a pas fallu bien longtemps avant qu'on m'encourage à m'y essayer. Mais c'était voué à se produire, si ça ne s'était pas fait comme ça, il y aurait eu un autre vecteur : passionnée de popculture japonaise, passionnée de séries... ces deux passions se serait forcément retrouvées tôt ou tard. Malheureusement, mon souvenir est plus flou lorsqu'il s'agit de se rappeler du titre de la toute première série que j'ai vue. C'était, au choix, 1 Rittoru no Namida, Orange Days ou... Attention Please (ah ouais tout de suite c'est moins glorieux...). Ca se trouve je m'en souvenais quand j'en ai parlé les premières fois sur ce blog, il y aura donc certainement plus de détails via les tags...

OrangeDays
2 / Si tu ne devais garder qu’un drama, lequel ce serait et pourquoi ?

Ha ha ha, ne regarder qu'un dorama, genre c'est possible ! Ca ne correspondrait probablement pas à ma consommation téléphagique : le format court et fermé de la plupart des séries asiatiques (saisons courtes, pas de renouvellement...) fait que je ne pourrais pas en garder qu'un. Ce serait de la torture. Il m'en faut au contraire plus, toujours plus.
Mais, disons... bon... allez, pour la forme, s'il devait n'y en avoir qu'un... Argh, non, c'est juste pas possible de choisir ! Il y a les raisons sentimentales (Orange Days, Lunch no Joou, Ruri no Shima), les raisons téléphagiques (MotherMousou Shimai, Atami no Sousakan), et les raisons brumeuses mais non moins valables (Kamisama, Mou Sukoshi Dake). Pour toutes ces séries et tant d'autres, l'exclusion de ma liste est impossible. Désolée, je suis incapable de ne choisir qu'un dorama. Peut-être justement parce que je regarde des dorama précisement pour la diversité...

MousouShimai
3 / Si tu devais nommer un drama à éviter absolument, lequel ce serait et pourquoi ?

Là encore la liste est longue, mais déjà j'arrive un peu plus à faire du tri. Disons que les premiers titres qui me viennent feront office de pires élèves de la classe, et tant pis pour tous les autres dorama contre lesquels il faudrait prendre le temps de vous mettre en garde. Mentionnons donc, entre autres : Majisuka Gakuen, Kaibutsu-kun, Shinira Bulriwoon Sanai... Mais je pense vous avertir assez régulièrement du danger qui vous guette avec certains navets, alors restez dans le coin pour ne pas vous faire avoir.

KaibutsuKun
4 / Quel est le drama que tu n’as pas encore vu et qui te tente énormément et pourquoi ?

C'est un problème qui étrangement me touche assez peu, je crois réussir à regarder à peu près tout ce que je veux... Enfin, dans une certaine mesure. Disons que, à part s'ils ne sont pas sous-titrés naturellement, j'arrive à trouver le temps de regarder tous les pilotes des dorama qui m'intéressent. Le soucis, c'est de ne pas trouver ce temps pour suivre la série même quand le pilote m'a plu. Exemple concret : j'ai adoré le pilote de CHANGE, mais impossible de me caler les fesses une heure pour voir le deuxième épisode. Et pourtant j'en crève d'envie, mais voilà : il y a toujours plein d'autres pilotes qui passent. Au final, et c'est pire encore pour les dorama que pour les séries américaines d'ailleurs, j'ai tendance à reporter le visionnage de la suite en me disant que de toute façon il y a peu d'épisodes, donc ça ira vite. Et là, CHANGE, pour reprendre l'exemple, ça fait depuis décembre/janvier que je reporte. C'est le drame de ma vie de téléphage, mais c'est comme ça.

CHANGE
5 / Quel est le drama qui ne te tente absolument pas et pourquoi ?

Un jour, un jour promis je me bloquerai du temps pour tenter le pilote d'un truc comme Nobuta wo Produce, mais rien à faire, pour le moment, ça passe pas. Il faudra certainement la jouer style Orange Mécanique ce jour-là. Je ne suis pas dans la cible et c'est, vue de loin, typiquement la série qui n'a rien pour me plaire. Après effectivement, c'est vu de loin, justement, donc je m'en fais peut-être une fausse idée. Mais je ne me sens pas concernée par une série qui se passe dans un lycée. Ni au Japon ni ailleurs, en fait. C'est un contentieux de genre qui dépasse largement le problème Nobuta wo Produce, mais enfin, un jour, faudra bien combler cette lacune, quand même.

NobutawoProduce
6 / Tes acteurs et actrices préférées ?

Je fais relativement peu attention au cast d'une série. En fait, c'est plus une exception qu'une règle, quand je me réjouis de la présence de quelqu'un au générique. Pour Miki Maya, Yuuki Amami (qui n'a pas le droit de pleurer), Asami Mizukawa et la sublime Michiko Kichise, par exemple, ça a un semblant d'intérêt, et encore. Disons que je me réjouis de les voir mais... bon bah, elles sont là c'est bien, elles sont pas là c'est pas grave. Je ne regarde pas une série parce que ces actrices sont au générique, d'ailleurs (toujours pas tenté Hagane no Onna, par exemple, et pourtant la saison 2 arrive au printemps), mais j'avoue qu'une série qui les engage a tout de suite gagné quelques points de karma supplémentaire avec moi. En gros, si un jour Yuuki Amami et Miki Maya tournent dans la même série (attendez je fais une pause, j'essaye de me rappeler si ça s'est déjà produit...?!), ça ne signifiera pas que je la regarderai forcément (tout dépendra du pitch), mais si je la regarde, je trouverai plein de raisons plus ou moins valables pour ne pas la déprécier.
Etrangement, du côté des hommes, je me tamponne sévèrement le coquillard de qui qui y est et qui qui y est pas. Ca doit encore avoir un rapport avec l'identification, tout ça.

YuukiAmami
7 / Ton meilleur souvenir drama ?

Je sais pas si c'est le meilleur, mais c'est l'un des plus émus. Par contre attention, spoiler inside.
Je venais de commencer les dorama, ça faisait moins de trois mois et j'avais déjà vu deux ou trois titres, et me voilà à démarer Ruri no Shima et Lunch no Joou. C'est à cette période que ma grand'mère a été admise à l'hôpital, et comme c'était compliqué et que je ne pouvais pas aller la voir, j'essayais de tromper mon inquiétude en me goinfrant d'épisodes de ces deux séries. Et puis, le 8 mars, elle est décédée. J'étais effondrée. Quelques jours plus tard, j'ai repris les visionnages. Et, pour ces deux séries, l'épisode suivant... comportait le décès d'un personnage. Jamais je n'ai eu le coeur brisé comme ça par un épisode, de toute ma vie. Mais c'est aussi, je pense, comme ça que j'ai entamé le travail de deuil, finalement, en affrontant le sujet au lieu de l'éviter.
Ce n'est pas forcément un "bon" souvenir, mais c'est un souvenir téléphagique intime, de ceux qui, je pense, comptent le plus en termes de séries, et je pense qu'aucune série américaine que je regardais à ce moment-là n'aurait pu me toucher de cette façon. La meilleure preuve c'est que 5 ans plus tard, je me souviens de ces deux séries et de l'impact qu'ont eu ces intrigues sur moi, mais que je suis infichue de vous dire quelle série américaine je regardais à la même époque.

RurinoShima
8 / Qu’est ce que tu dirais à une personne qui ne regarde pas de dramas pour la convaincre d’en regarder ?

Que c'est DIFFERENT. C'est à la fois l'avantage et l'inconvénient. J'entends très souvent des téléphages, dire qu'on tourne en rond, que les chaînes US passent leur temps à recycler de vieilles idées ou des recettes qui marchent. Je conteste ce diagnostic (en général il résulte surtout d'un manque de connaissance de ce qui passe aux USA pour se focaliser uniquement sur les séries les plus populaires du moment et/ou les annonces de projets, souvent peu alléchants sur le papier), mais il est ce qu'il est. A cela je réponds : vous voulez changer d'air ? Il y a des choses différentes en Asie (et ailleurs, mais ce n'est pas l'objet de ce post...!). C'est une formidable façon de continuer de regarder des séries sans tomber sur tout ce qu'on connait déjà via les séries américaines, britanniques, françaises...
Dans les dorama, ce qui prime, c'est le personnage et son ressenti. C'est différent des séries occidentales parce qu'on y prévilégie l'intrigue, les rebondissements, ou les effets de style... Bien-sûr, dans un sens comme dans l'autre, les généralités sont pièges, mais grosso-modo, l'Asie, c'est une télévision à ressentir. Et, alors que depuis 10 ans on nous sert des séries majoritairement tournées vers le cérébral, l'intellectuel (résolution d'enquêtes, interrogatoires, etc...) via les séries policières notamment, bref, depuis 10 ans qu'il y a une approche essentiellement "cerveau gauche" de la fiction, je trouve que ça fait du bien de se laisser aller à quelque chose qui se rapproche de l'émotion pure.
Les dorama, ce n'est pas pour tout le monde, et il y en a qui n'accrocheront pas. Il y en a beaucoup, à dire vrai. Mais c'est une façon de diversifier son menu téléphagique qui permet de se rafraîchir les idées et d'aborder les choses avec un regard, sinon neuf, au moins ressourcé.
Regarder des séries asiatiques, ça demande du temps parce qu'il faut prendre de nouveaux repères, et apprendre ce qui convient et ce qui ne convient pas à chacun. Moi j'ai mis beaucoup de temps à y venir parce que je voulais éviter les amourettes et/ou les trucs lycéens, je croyais que toutes les séries asiatiques c'était ça. Il y en a, c'est sûr (et j'ai envie de dire qu'il y a plus d'amourettes en Corée du Sud, d'ailleurs, ce qui explique ma préférence pour le Japon où les thèmes me semblent plus divers), mais il n'y a pas que ça, simplement il faut dépasser le cliché, chercher, se laisser recommander des trucs et se laisser le temps de se documenter. C'est comme pour plein de choses : si vous voulez être exigeants, il faut vous en donner le temps.

AtaminoSousakanForever
Voilà, j'ai assez papoté ! Je passe le relai à Nakayomi, qui va certainement nous parler lui aussi de Sailor Moon, et à Nephthys, parce que c'est cool d'avoir l'avis d'une petite nouvelle dans le domaine.

Posté par ladyteruki à 17:53 - Dorama Chick - Permalien [#]

28-06-10

Review vers la review

Eh bah vous voyez, c'est exactement pour ça qu'il faut être curieux. Lire des reviews sur des séries qu'on n'a pas encore vue, c'est un début, mais regarder ces séries soi-même reste quand même la meilleure solution. En l'occurrence, je ne lis jamais les reviews avant d'avoir moi-même vu l'épisode concerné, mais je vois bien les titres de post passer et, quand Livia de My Tele is Rich a lancé un vertigineux "Bad Guy : un élégant thriller très sombre", j'avoue m'être dit que Nappeun Namja (nan mais je persiste, on va appeler les choses par leur nom, pas par une traduction arbitraire et fluctuante d'un site à un autre) devait valoir le coup d'œil. Alors j'ai regardé deux ou trois autres séries moins convaincantes en premier, espérant que le pilote de Nappeun Namja me remonterait le moral.
Je le répète, mettez toujours un point d'honneur à vérifier les choses par vous-même.

Depuis, j'ai donc regardé le pilote de Nappeun Namja, lu la review de Livia, et je peux vous dire que je ne pourrais pas être moins d'accord avec elle. Mais c'est aussi ce qui fait le sel de la téléphagie !

NappeunNamja

Livia, évidemment, donne le contexte de la série et les raisons pour lesquelles elle s'est lancée dans ce visionnage, et ensuite, on passe à l'explicitation du background du personnage principal, le fameux mauvais garçon. Cet épais paragraphe donne en fait bien plus d'informations que 90% du pilote (je n'ai en effet pas poussé le vice, comme elle l'a courageusement fait, jusqu'à regarder les deux premiers épisodes), et j'aurais presque envie de le qualifier de paragraphe à spoiler si ce terme n'était pas si négativement connoté. En tous cas, Livia y explicite une partie de l'intrigue qui, bien que vitale, est en fait très peu abordée dans le seul pilote, et réservée à deux flashbacks en bout de course. Inutile de dire que si ce paragraphe peut éventuellement être alléchant, ou en tous cas donner les clés de la profondeur du personnage central, Gun Wook, il faut quand même admettre que ça n'apparait pas dans le pilote de façon aussi frappante.
A l'inverse, un paragraphe plus light revient sur le personnages de Jae In, alors que concrètement, les 20 premières minutes du premier épisode lui sont entièrement dédiées, au point qu'on pourrait presque croire qu'elle est le personnage principal de la série. Pas du tout, plus le temps va passer moins on va comprendre ce qu'elle fait là, sa présence ne revêt pas le moindre intérêt à partir du moment où le mauvais garçon entre en scène, mais ce parcours-là, Livia se garde bien de le souligner. Jae In partage d'ailleurs ce paragraphe avec Mo Ne, le vrai personnage féminin important de ce pilote, qui n'a alors droit qu'à une rapide mention.

Mais surtout, tout au long de son post, Livia nous parle de choix narratif, et c'est à ce stade que nos avis divergent certainement le plus. Parler de choix est en fait tout l'objet de ma contestation : il n'apparait pas que le pilote de Nappeun Namja ait pris une direction précise, à mes yeux. On a le début, avec le côté mystérieux de la mort d'une jeune femme dont Jae In est le témoin auditif, sombre et angoissant, mais qui ensuite prend des airs de Shinira Bulriwoon Sanai, désolée de vous le dire. Île de Jeju, saut en parachute, hôtel luxueux et personnage masculin monolithique sont de rigueur. Comment Livia, qui m'a semblée autant traumatisée par Shinira Bulriwoon Sanai que moi, a pu ne pas y voir de similitude, dépasse ma compréhension, car je n'ai vu que ça. En fait, le contraste entre les émotions de Jae In, nuancées et bien interprétées, et l'introduction de Gun Wook, sans substance pendant un bon moment, est absolument saisissant. Les flashbacks, au nombre de deux dans le pilote (mais je le répète, Livia a en fait vu les deux premiers épisodes, ça explique peut-être aussi le grand écart entre nos opinions) ne relèvent pas tant de la construction narrative que du gadget pour plaquer un background sur le personnage masculin central qui, sans cela, passerait son temps à hanter le champs des cameras, au propre comme au figuré, sans nous apporter quoi que ce soit. Notre attention est détournée en permanence de l'intrigue centrale par des petites prouesses (essentiellement dues au fait que c'était financièrement faisable) du genre saut en parachute, confrontations pendant lesquelles Gun Wook se prend systématiquement une mandale où un coup de cutter (quand c'est pas carrément un accident de voiture... 'tain le mec, c'est pas sa journée, quoi), bref, par de multiples incidents dont le but à peine masqué est de faire plaisir au spectateur masculin dont les hormones réclament du spectacle. C'est surtout ça qui me laisse dans l'expectative, cette absence de courage qui fait que le pilote mange à tous les râteliers.

Le problème n'est donc pas de ne pas vouloir donner tout de suite des pistes pour répondre aux questions que pose l'intrigue. Le problème pour moi, a été cette façon de repousser les réponses avec des scènes sans intérêt. On aurait pu construire le suspense, on se contente de fourguer du grand spectacle pour faire patienter. Ce n'est pas ce que j'appelle une construction narrative. J'appelle juste ça un gadget. Dans ce contexte, saluer à plusieurs reprises l'ambiance m'est physiquement impossible...

On prend parfois les reviews des autres pour argent comptant, en espérant que, si on n'a pas le temps de voir un épisode et/ou une série, avoir lu quelques paragraphes à ce sujet compensera. Voilà qui m'a servi de rappel : ça ne suffit pas.

Naturellement, cette review n'a pas pour vocation de détruire celle de Livia, et j'espère que ma chère consoeur n'en prendra pas ombrage. Ce pilote m'a au contraire semblé être l'occasion idéale de montrer qu'une review peut parfois être trompeuse, en cela que la lire avant de regarder l'épisode concerné peut parfois en donner une idée faussée. Au final, je ne dis pas que Livia a tort, surtout pas, de voir les choses ainsi ; c'est ce qu'on appelle justement la subjectivité ! Personne n'a tort, personne n'a raison. Je suis juste frappée par le nombre de choses que nous n'avons pas vu de la même façon, alors que nous avons vraisemblablement regardé le même épisode, chacune de notre côté.
Faire ses expériences téléphagiques soi-même, c'est la clé.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Nappeun Namja de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 00:12 - Dorama Chick - Permalien [#]

13-06-10

Pieds d'argile

A force de lancer des fleurs en permanence à des séries coréennes, j'en oublie que certaines peuvent n'être pas aussi convaincantes que la moyenne. Oh, je suis sûre qu'on doit pouvoir trouver encore pire (en fait ce sera l'objet du prochain post Dorama Chick, c'est vous dire si j'en suis sûre), mais le fait est que j'ai été un peu déçue par GIANT.

Sur le papier, GIANT s'annonçait comme une incroyable épopée s'étalant sur 40 ans, et nous permettant de suivre une famille prise dans la tourmente alors que la ville où ils ont posé leurs valises, Séoul et plus particulièrement l'arrondissement de Gangnam, se transfigure avec le temps. Et histoire de vraiment vous river le clou et vous laisser avec la mâchoire sur les genoux, la photo de promo, c'était ça :

GIANT

Moi dans ces conditions, je ne discute pas ! Je lance les recherches adéquates, je remercie le Dieu de la Téléphagie pendant que ça cagoule, et je lance le pilote sans y réfléchir à deux fois.

Sauf que voilà, la promo de GIANT et son pitch en théorie alléchant sont loin d'être sur le même ton que la série. Esthétiquement, déjà, il n'y a tout simplement pas photo, le travail est très générique et manque largement de parti pris visuel. C'est bien simple, s'il n'y avait pas la date qui s'affiche sur l'écran à un moment, je ne saurais même pas que c'est les années 70 Pour une série qui s'enorgueillit de couvrir 40 ans, un petit effort n'aurait pas du tout été superflu, mais limite salvateur (par exemple, Karei Naru Ichizoku avait excellé à cet exercice, et je dois dire que j'espérais secrètement lui trouver, avec GIANT, un équivalent coréen).
Pire encore, le pilote souffre de gros défauts qui sont en majorité à attribuer à un manque cruel d'originalité. La série se contente de suivre le cahier des charges de la série de vengeance, et c'est tout.

Oui parce que, d'après mes observations, les séries de vengeance sont un genre télévisuel à elles seules, en Corée. Je n'ai pas observé pareille obsession au Japon, dont je connais pourtant mieux les fictions. Il faut faire diagnostique ça, chère Corée du Sud, parce qu'à ce point, c'est vraiment inquiétant.  Je ne compte plus le nombre de séries dont j'ai fait les fiches sur SeriesLive qui comportent une variation autour des mots "et désormais il désire se venger". C'est vrai que je fais parfois des fiches avant même que la série soit diffusée, ce qui simplifie toujours un peu le pitch (comme pour Nappeun Namja que je n'ai pas encore regardée, mais là après ce weekend, je suis carrément refroidie, je vous l'avoue...), mais c'est quand même assez symptomatique ! Alors autant le Japon, c'est l'envie de bien faire et compagnie, autant la Corée, c'est la rage au ventre et le mors aux dents. Ça s'explique sans doute historiquement mais ça dépasse largement le cadre de la série historique. D'ailleurs ici, GIANT ne cherche pas à raconter l'Histoire à travers les yeux de personnages anonymes, mais plutôt de placer le contexte de cette vengeance vieille de 40 ans dans un contexte historique, social et économique qui est censé lui donner de la substance. Sur le papier, peut-être, dans les faits j'en doute sincèrement. Que ce soit pour construire le quartier de Gangnam ou pas, ces histoires sont finalement toujours un peu les mêmes. C'est peut-être le poncif coréen qui m'exaspère le plus.

En fait, maintenant qu'on en parle, je trouve qu'il se dégage de GIANT une grosse impression de redite par rapport à d'autres pilotes que j'ai pu voir depuis que je me suis lancée dans l'exploration des séries coréennes. Il y avait un côté "pauvre famille qui subit les évènements" qu'on trouve dans le pilote de Lobbyist, le côté "seul contre tous, je suis devenu riche mais j'ai toujours pas avalé la pilule" de Shinira Bulriwoon Sanai... et même une scène de train aux forts relents de Cinderella Unni ! Nan mais là c'est le pompon quand même ! On n'est pas obligé de sacrifier à TOUS les poncifs dans le même pilote, si ?

Alors bon, il y a un truc avec les Coréens, c'est que, comme ils ont plus de temps que les Japonais, les choses peuvent encore s'améliorer, et c'est souvent le cas, quand même. Mais franchement, si c'est pour voir un best of de toutes les séries auxquelles j'ai jeté un œil, j'ai pas hâte.
Alors, comme ça on se prend pour un géant ? Ouais, bah, tout est relatif...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche GIANT de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 22:48 - Dorama Chick - Permalien [#]

17-03-10

[EXCLU] Interview du scénariste de la série coréenne A Man Called God

Aujourd'hui, c'est une exclusivité assez énorme que je vous propose : j'ai pu obtenir du scénariste d'une série coréenne une interview téléphonique. Lui, moi, des kilomètres de fils et beaucoup de questions après le visionnage du pilote, que je me suis empressée de regarder afin de pouvoir soutenir la conversation.

Je ne vous cache pas que je suis assez fière d'avoir réussi ce gros coup qui, autant le dire, est absolument unique sur la blogosphère téléphagique francophone. C'est du grand journalisme, la voilà la vérité.

Je vous propose donc ci-dessous l'intégralité de cette interview avec Hong Ku Lee, scénariste de la série Shinira Bulriwoon Sanai, alias A Man Called God pour ceux qui ne pratiquent pas le Coréen couramment.

AManCalledDemon

lady - Monsieur Lee, bonjour. Merci de l'honneur que vous me faites. Je voudrais commencer par une question simple : pouvez-vous résumer pour mes lecteurs l'histoire de la série ?
Hong Ku Lee - Bien-sûr : c'est l'histoire d'un homme profondément marqué par un acte terrible qui s'est produit dans son enfance, et qui a développé une haine féroce envers les assassins de ses géniteurs ; doté d'une force phénoménale et d'un caractère en acier trempé, mais aussi accompagné d'amis loyaux qui l'aident dans sa quête, il a décidé de triompher de la tyrannie moderne à sa manière.

lady - Oui donc c'est l'histoire d'un mec qui veut buter plein d'autres mecs, si je comprends bien ?
Hong Ku Lee - C'est une autre façon de le dire.

lady - Quel est votre message à travers cette série ?
Hong Ku Lee - Il s'agit essentiellement d'explorer les profondes abysses où s'égare l'âme humaine lorsqu'elle est aveuglée par la vengeance, mais je veux aussi dire qu'il y a une part en nous qui nourrit de l'espoir, l'espoir de trouver la paix et de ne plus être tourmenté par ses démons.

lady - Ah, il y a une histoire d'amour ?
Hong Ku Lee - C'est amusant que vous en parliez parce que, en effet, il y a une histoire d'amour dans cette série. Mais évidemment les choses ne se passent pas toujours comme on le souhaiterait, et les personnages ne comprennent pas tout de suite l'ampleur des sentiments qu'ils ont l'un pour l'autre... Il faut dire que les circonstances ne les y aident pas vraiment et que la vengeance du protagoniste principal a tendance à justement l'aveugler.

lady - D'accord, je vois. Ils vont se croiser pendant plusieurs épisodes avant de réaliser leurs sentiments l'un pour l'autre alors ?
Hong Ku Lee - Quelle fine analyse de mon œuvre ! Comment l'avez-vous deviné ?

lady - J'ai triché : j'ai écouté ce qu'il se disait. Quand la grande perche a tapé une crise de jalousie, j'ai connecté les points et...
Hong Ku Lee - Quel incroyable sens de la déduction ! Si vous aimez la stimulation intellectuelle, alors vous devriez être captivée par les questions complexes que pose la série, dans ce cas.

lady - Comme...?
Hong Ku Lee - Eh bien : qui est cet homme ? Qui a tué ses parents ?

lady - Pourquoi a-t-on tué ses parents ?
Hong Ku Lee - Euh, non... Non ça n'est pas la question. On ne va pas se perdre dans ce genre d'inepties. Ce que le spectateur attend, c'est avant tout des intrigues solides, pas de partir dans de bêtes conjectures sans queue ni tête.

lady - Eh oui, bien-sûr. Sur un autre sujet : le pilote se déroule intégralement à Hawaï, est-ce que toute la série se déroule à l'étranger ?
Hong Ku Lee - Dans mon script d'origine c'était le cas, afin de faire comprendre à quel point Michael King est un homme cosmopolite et capable de changer totalement d'identité. Il peut se glisser dans la foule quel que soit le pays, c'est un véritable caméléon. Je voulais appeler la série comme ça au début, d'ailleurs.

lady - Mais voilà : c'était déjà pris.

Hong Ku Lee - C'était déjà pris, oui. Et puis, pour répondre à votre question, la chaîne n'a pas voulu qu'on tourne intégralement à l'étranger pour de sombres questions de budget. Je trouve ça terrible de sacrifier l'art au nom de la rentabilité, mais c'est aussi comme ça que fonctionne cette industrie.

lady - Donc en fait, tout est dans le pilote ?
Hong Ku Lee - Oui ! Les décors somptueux, les voitures et les bateaux de rêve, les décors créés numériquement... même les jolies filles, on n'a pu en payer que le temps du pilote. Après, plus rien, kaput, niet, nada, que dalle, foutu.

lady - Du moment que le contenu n'en pâtit pas...
Hong Ku Lee - Non, et heureusement ! J'ai veillé à ce que la qualité reste la même.

lady - Comme dans la scène où le gentil et le méchant se battent, et pendant laquelle la jolie journaliste prend des photos sur le pont du bateau ?
Hong Ku Lee - Comme celle-là, oui.

lady - Et comme dans la scène où le héros emmène la jolie journaliste qui ne sait pas nager sur sa planche de surf et l'abandonne à la distance infranchissable de 200m de la côte ?
Hong Ku Lee - Oui, c'est un excellent exemple, celle-là aussi.

lady - Et aussi, comme dans la scène d'ouverture qui dure 2mn30 et où le perso principal fait du saut en parachute, de l'équitation et un combat à l'épée sans qu'il n'y ait de dialogue ?
Hong Ku Lee - Oui !!! Oui ce sont tous des moments-clés, vous avez tout compris.

lady - Je crois un chimpanzé capable d'en faire autant. Mais revenons un peu sur cette scène d'ouverture. Qu'est-ce qui vous a donné l'idée de faire faire toutes ces choses incroyables à Michael King ?
Hong Ku Lee - C'est quelque chose dont nous avons longtemps parlé avec les producteurs. Je voulais absolument que cette scène soit le miroir du dilemme interne du héros, qui bien qu'étant un homme d'action, possède avant tout une âme fragile qui tente de s'adapter au monde brutal qui l'entoure. Et je crois que nous avons formidablement bien retranscrit le fait que... comment dire ? Que...?

lady - ...Que vous avez le pognon de le faire et que vous ne vous êtes pas privé ?
Hong Ku Lee - Exactement.

lady - Vous m'avez fait parvenir une copie du scénario pour ce premier épisode et je vous en remercie. J'en ai intégralement lu les 7 pages, et je dois vous le dire, il est absolument incroyable parce que le personnage principal ne parle, concrètement, que dans la scène où il confronte l'un des assassins de son père.
Hong Ku Lee - C'est un homme mystérieux, oui. D'autant que le traumatisme de son enfance l'a poussé à un certain mutisme.

lady - Mais ce qui est bien c'est que par contre il a beaucoup de temps d'antenne, alors on le voit souvent, son visage, ses yeux, tout ça... mais on l'entend pas. Un parti-pris artistique ?
Hong Ku Lee - Mais absolument, parce que toute l'émotion passe par son regard !

lady - Les...? Vous dites ? Les motions ?
Hong Ku Lee - Shinira Bulriwoon Sanai est avant tout un plaidoyer pour la non-violence et je pense que c'est assez clair dans le regard de Michael King. Il n'y avait pas besoin de long discours.

lady - Eh oui et puis, sinon, ça diminuait l'impact des scènes d'action.
Hong Ku Lee - Aussi.

lady - Nous citions un peu plus tôt Le Caméléon. Cela signifie-t-il que vous regardez des séries occidentales ?
Hong Ku Lee - C'est nécessaire à l'époque dans laquelle nous vivons, nous ne pouvons pas travailler en circuit fermé, il faut savoir se nourrir des créations venues d'ailleurs.

lady - Quelle est la série occidentale qui, disons, vous sert d'inspiration ? Votre référence, en fait ?
Hong Ku Lee - Oh ! Il y en a beaucoup, mais je dirais... principalement Caraïbes Offshore.

lady - C'est ce qu'il m'avait semblé... Cher Monsieur Lee, je ne vais pas vous retenir plus longtemps. Juste une dernière question, que je me pose depuis le début de notre interview : c'est votre vrai nom, ou c'est un pseudo que vous avez pris spécialement après avoir écrit ce scénario ?
Hong Ku Lee - Non, c'est mon vrai nom.

lady - Comme quoi ya pas de hasard ; merci infiniment et à très bientôt !

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Shinira Bulriwoon Sanai de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 00:06 - Dorama Chick - Permalien [#]


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