ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

16-01-13

If the shoe fits

Reboots, remakes et spin-offs. Le triangle des Bermudes de la téléphagie.
Il est désormais très difficile de prendre au sérieux la plupart des projets de séries réemployant un pitch et/ou des personnages connus du grand public. Et si, avant, les networks américains faisaient encore quelques véritables efforts, depuis 2007, ils ne font même plus semblant et le maître-mot est dorénavant de ne jamais laisser une seule franchise reposer en paix. Ah, vous avez voulu comparer la télévision au cinéma, eh bien ça y est, on y est, les pratiques sont les mêmes !
Qu'y avait-il à attendre de The Carrie Diaries, dans le fond ? Le network le moins convaincant de tous (oui, moins encore que NBC) commandant une ressucée facile à destination du public adolescent, c'était couru d'avance. Est-ce que ça valait vraiment le coup de s'atteler au pilote, sachant que le résultat semblant connu de tous avant même que la première scène n'ait été tournée ? Eh bien oui, et pas seulement en vertu du défi que whisperintherain et moi-même nous sommes fixés...

TheCarrieDiaries

OUI.
Oui ça valait la peine de donner sa chance à ce pilote, de faire fi de quelques préjugés et d'accepter l'éventualité que The Carrie Diaries ne serait pas tout-à-fait à chier, parce que la série essaye vraiment de toutes ses forces d'être au niveau. Oh, je ne dis pas qu'elle y réussit à chaque fois, mais diantre, elle essaye plus fort que les deux tiers des pilotes qu'on a vus jusque là, et étant donné le défi qu'on s'est lancés cette saison, des pilotes, j'en ai vus !

The Carrie Diaries a parfaitement saisi l'importance de ne pas traiter son univers à la légère ; on retrouve en filigrane de l'épisodes de nombreux ingrédients de la série originale (Sex & the City, pour ceux qui roupillent dans le fond) et de son héroïne. Il ne s'agit pas de se saisir de l'excuse du succès de Carrie Bradshaw pour fourguer une série complètement passe-partout ; et pour une fiction à vocation aussi peu mythologique que Sex & the City, où bien des ingrédients auraient pu être réduits à la plus simple expression de gimmicks, The Carrie Diaries accepte de relever le défi et de tomber le moins possible dans la facilité. Sans en faire des tonnes, l'épisode inaugural va nous ramener à bien des choses, qu'il s'agisse de Carrie se faisant bousculer sur un trottoir new-yorkais (facile !) à sa manie de toujours porter toutes sortes d'accessoires à son nom (ici, le sac à main, mais aussi un pendentif avec la lettre C). Carrie n'est pas encore "notre" Carrie, mais elle existe, elle est là, enfouie sous les couleurs fluos des années 80. Tout le principe de la série est de nous dire comment elle est "devenue ce qu'elle est", et The Carrie Diaries s'y emploie avec une souplesse à laquelle je ne m'attendais pas.

A ces tentatives de connecter les points entre eux, ce prequel décide également d'ajouter plus de substance que Sex & the City n'en a jamais eu. La série commence en effet tout juste trois mois après que Carrie ait perdu sa mère.
Ah oui parce qu'il faut que je vous dise, quand même, que parmi les bémols que je vais aborder dans ce post, le premier et non des moindres est que l'histoire de Carrie Bradshaw est entièrement visitée. Au lieu que son père l'ait quittée, elle et sa mère, quand elle était encore enfant (ce qui l'avait conduite à se laisser approcher d'un peu trop près par un vieux beau de Vogue dans Sex & the City, avant de se raviser et finalement opter pour un partenariat avec une éditrice acariatre, mais inoffensive), cette fois c'est maman qui est morte, laissant papa seul avec deux filles à gérer, oui, apparemment Carrie a une frangine, je suis aussi étonnée que vous. Cet acte de réécriture ne peinera cependant pas les adolescentes découvrant The Carrie Diaries, car en réalité, le public de la CW a quand même assez peu de chances d'avoir vu Sex & the City, et moins encore d'en avoir mémorisé les détails mythologiques. Mais enfin, puisque cette série se déroule dans les années 80, c'est, finalement... assez cohérent.
Cependant, loin d'être uniquement une intrigue à but bêtement larmoyant, la mort de sa mère s'impose pour Carrie comme l'évènement fondateur à partir duquel elle va grandir, et donc se révéler à elle-même. Mettre les pieds à Manhattan ? Découvrir le bonheur de se prélasser dans des fringues froufroutantes ? Les premiers émois amoureux ? Les premières réflexions couchées par écrit ? Sans la mort de maman, elle n'y serait pas venue (ou en tous cas pas si vite). Alors, merci maman, je suppose... Cet axe est en tous cas plutôt bien exploité, en dépit de quelques scènes tombant dans le cliché absolu du veuf éploré et des placards à vider. Mais par son don pour la référence et donc la cohérence (bien que paradoxal), The Carrie Diaries parvient à s'en tirer sans sembler pathétique. C'est un travail d'équilibrisme, ce n'était pas gagné, loin de là, mais les résultats sont tangibles : l'épisode s'en tire bien malgré les écueils.

Le second problème de ce pilote est justement là. Personne ne s'attend à regarder Sex & the City pour son aspect dramatique ; moins encore les jeunes filles et jeunes adultes qui constituent l'essentiel de la cible de la CW, et qui n'en connaissent en réalité que la réputation ou l'image glamour. Or, entre ses questionnements métaphysiques (pas souvent méta, mais quand même), la question du deuil, et les conversations parfois un peu tristoune (y compris en cloture de pilote), The Carrie Diaries est un bel éteignoir pour la jeunesse superficielle qui se chercherait un nouveau Gossip Girl clinquant et plein de dra-maaa.

Heureusement, tout n'est pas déprimant dans ce pilote, même si le ton y est quand même très grave sur des sujets qui ne le sont pas moins. Et il faut admettre qu'au niveau de l'ambiance, The Carrie Diaries remporte son pari haut la main. Tout en rappelant au passage que dans la mode moins qu'ailleurs, tout se recycle (en témoignent les couleurs fluos des vêtements et des maquillages, dont les teintes ne sont pas si éloignées de celles que l'on voit un peu partout), la série trouve le moyen de rappeler avec bonheur les années 80, sans trop les faire passer pour ringardes, ce qui relève de l'exploit. Il n'y avait qu'une scène, dans les grands magasins, quand diverses clientes arborent des tenues ayant très très mal vieilli, qu'on comprend un peu moins ce qui fascine Carrie dans la mode de l'époque, mais en-dehors de trois ou quatre plans peu heureux, The Carrie Diaries accomplit l'exploit de réellement rendre les années 80 sympathiques et électrisantes, pleines de promesses dont on oublie incroyablement facilement qu'elles sont loin d'avoir toutes été tenues.
Outre le look des personnages, et donc les fringues, qui effectivement se devaient d'être impérativement au top étant donné la réputation de magazine que se trimbale Sex & the City, il faut aussi mentionner l'incroyable travail fait sur la musique, parfaite de bout en bout (même si je ne suis pas fan de la reprise de Girls just wanna have fun en balade). Rien que cet ingrédient permettait à la série d'être 10% plus sympathique ! Oui, c'est chiffré, on est précis ici môssieu.
Le seul ingrédient qui manque dans ce pilote est une référence à des chaussures. Je suppose que le coup de foudre aura lieu dans un épisode ultérieur, bien à part, pour Carrie.

Alors, le comble du comble, c'est que The Carrie Diaries finit par être un boulot presque décent.
Evidemment, il est difficile de ne pas penser à Jane by Design lorsqu'on entend parler de la double-vie de lycéenne et de stagiaire que Carrie mènera dorénavant, l'obligeant à avoir un pied (bien chaussé on l'espère) dans le monde adulte tandis que ses amis resteront des repères de l'adolescence. On peut regretter que certains ingrédients aient été changés alors que d'autres sont d'une fidélité tendre et à toute épreuve. On peut se demander si l'intrigue sous-entendue sur l'ami potentiellement gay était nécessaire alors qu'elle est tout de même usée jusqu'à la corde (sauf grosse surprise).
Mais malgré ces défauts et ceux cités précédemment, The Carrie Diaries n'a pas à rougir de ce qui a été accompli. Son seul tort est de s'appuyer sur une franchise essentiellement vue par des adultes (ne serait-ce que Sex & the City a démarré, attention au coup de vieux, en 1998), avec un ton souvent dramatique, et de manquer ponctuellement, même si c'est difficile à croire, de frivolité ; c'est la bonne série, pas sûre que ce soit exactement la bonne cible. Les audiences tendent à le prouver d'ailleurs.

Mais qu'importe ! Je ne pensais pas qu'une série où il serait question de fringues plus que de sexe (et de romance plus que de sexe, Carrie et ses amies ayant quelques apprentissages à faire sur la réalité de ces deux éléments de leur vie d'adulte, ainsi que The Mouse en fera l'expérience) me plairait, je pensais avoir affaire à un prequel en toc, et finalement, The Carrie Diaries tient bien la route, son héroïne a une véritable fraîcheur et une belle énergie, et finalement, le temps que ça durera, je serai devant.
Evidemment, il est probablement encore loin, le temps où Carrie rencontrera sa fameuse clique (quoique, vu que la série fait le tri dans ce qu'elle garde ou non, tout est possible), mais même sans cela, The Carrie Diaries offre une jolie chronique, colorée et optimiste, mais aussi parfois amère et pas complètement décérébrée, du passage à l'âge adulte. N'est-ce pas ce en faveur de quoi je prêche depuis toujours en matière de séries pour ados ?
D'accord, mes séries ados préférées semblent plutôt faites pour les adultes, mais qu'importe que le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse...

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:22 - Review vers le futur - Permalien [#]

09-07-12

Happiness & the City

Il va falloir admettre que le mois de juillet ne tourne pas du tout comme je l'avais prévu ; je voulais faire plein de choses, mais terrassée par mon nouveau boulot, mes plans n'ont cessé de tomber à l'eau. Ce soir, exténuée, et alors que je n'ai pas encore trouvé de sitcom pour prendre la relève de New Girl vu la semaine dernière, j'ai fini par tendre la main et regarder le premier DVD attrapé dans ma telephage-o-thèque.
Eh, j'aurais pu faire pire, après tout.

C'est quoi le nom du film ? Sex & the City, le film
C'est plutôt quel genre ? Seul et fabuleuse ?
Qui on connaît là-dedans ? J'ai cru repérer plusieurs actrices de la série, mais je peux m'être trompée.
Ça date de quand ? 2008
En résumé, de quoi ça parle ? De Carrie, Miranda, Charlotte et Samantha.

SexandtheCity - 1 SexandtheCity - 2 SexandtheCity - 3 SexandtheCity - 4 SexandtheCity - 5

En moins résumé, de quoi ça parle ? Après que Carrie et Big aient eu leur happy end à Paris, le spectre du mariage vient hanter leur couple. Carrie finira-t-elle oui ou non par lui passer la corde au cou, après 10 ans de chassé-croisés ?

Pourquoi c'est bien ? Parce que c'est Sex & the City ! J'avais 18 ans quand j'ai découvert la série, je venais de m'installer à Paris... Impossible d'échapper à son pouvoir d'alors. Oui, aujourd'hui Sex & the City se traine une réputation épouvantable (je vais y revenir), mais à l'époque, c'était énorme, et j'ai suivi ses quatre héroïnes pendant de longues années, vu et revu (à la faveur des multiples rediffusions de Hem6) les épisodes des dizaines de fois, autant vous dire que l'attachement est énorme, et en grande partie irréversible. Et puis, toute question affective mise à part, Sex & the City, ça a longtemps été pour moi synonyme d'une capacité incroyable à jouer avec les émotions, en dépeignant une vraie bande d'amies avec une dynamique tangible, et des histoires qui ont su dépasser le simple cadre léger de son ptich pour offrir quelques grandes scènes pleines de sincérité. Sex & the City, pour moi, ce sera toujours le pouvoir de La douleur exquise, la révélation du cancer de Samantha pendant le mariage de Miranda ou encore cette même Miranda donnant le bain à sa belle-mère, et ça, ça vous cheville le téléphage à sa série à jamais. Et à raison, d'ailleurs, car le film reprend admirablement bien cet ingrédient, à mes yeux fondamental.
Pourquoi c'est pas bien ? Chaque dollar touché en product placement par le film est une raison d'avoir envie de lui cracher au visage (si tant est qu'un film ait un visage... euh, bref). Pas de méprise : le sujet du product placement me fascine. Mais c'est un art qu'il convient de maîtriser au lieu de simplement faire défiler, LITTERALEMENT, des marques pendant une scène. Ou deux. Ou dix. Oui, la série faisait déjà cela, mais sur une demi-heure, ça se remarquait moins (les enjeux étaient peut-être aussi différents de ceux d'un film, probablement). L'absence de finesse dans la façon de déballer, montrer, mentionner les marques a de quoi ulcérer les plus patients d'entre nous, ceux qui, comme moi, sont pourtant assez peu réfractaires à la publicité (je considère que mes yeux paient quelques secondes ce qui sera épargné à mon porte-monnaie ; en général ça me permet de rester stoïque dans la plupart des circonstances publicitaires de ce genre). Mais outre ce déballage constant, indécent, et parfois totalement plaqué, de marques et de signes extérieurs de richesse, Sex & the City, le film prouve aussi qu'on peut avoir écrit pendant 6 ans une série sur les relations amoureuses et n'avoir toujours pas appris comment innover en matière de romance. Le scénario du film suit tous les clichés du genre, avec les lourdeurs insupportables que ça implique, et sans jamais se cacher de suivre une voie toute tracée par envie de se simplifier la vie. Le film se résume, en gros, à une grande partie d'exposition pleine de références pour bien montrer qu'on n'a rien oublié de l'univers de la série, et ensuite, l'habituelle histoire du couple qui se sépare mais que tout voue à revenir ensemble à la fin du film (pas avant). C'est insupportable. Les intrigues secondaires sont assez peu nombreuses (Charlotte étant la grande oubliée) ce qui rend le procédé encore plus irritant. Pour moi qui ai du mal avec les comédies romantiques, bien des passages ont été du plus haut pénible, parce que tous les ingrédients y étaient, jusqu'à l'absurde musique pleine de cordes dedans qui semble être la même de film en film pour montrer qu'il se passe un truc super romantique. C'est en général le moment où je sors mon bazooka mental..

Ah, les joies du cinéma ! Faire un film où toutes les actrices sont botoxée au dernier degré et laisser Sarah Jessica Parker parader avec ses mains de vieille femme, tout ça au nom de la mode, de la beauté et de l'élégance, ça s'appelle avoir le sens de l'ironie..
La réplique qui tue : "The good ones screw you, the bad ones screw you, and the rest don't know how to screw you". Seule Samantha Jones pouvait sortir cette perle.
La scène qui tue :
Attention, des spoilers peuvent se promener dans ce paragraphe si vous n'avez pas vu le premier film. Après avoir été plaquée devant l'autel par Big (qu'est-ce que je disais à propos des clichés), Carrie est embarquée par ses trois éternelles copines pour le Mexique, où elles profitent de la suite initialement réservée pour la lune de miel. Mais Carrie profite très modérément de l'endroit à son arrivée, et passe les premiers jours à dormir. La séquence qui en découle est tout ce que j'aime chez Sex & the City : l'une après l'autre, les filles défilent dans la chambre pour lui indiquer le temps qui passe et tenter de la faire sortir du lit, ne serait-ce que pour manger ; tendre, élégante, et dénuée de toute forme d'humour (ce qui aurait semblé superflu), cette séquence faite de lumière qui s'allume et qui s'éteint, sur le visage marqué d'une femme qui essaye de "sleep the pain away" est touchante au possible. Sa conclusion semble, contre toute attente, fonctionner, même si elle se montre un rien exagérée. Simplement parce que Sex & the City sait, a toujours su, saura toujours (je l'espère, mon équilibre psychologique en dépend) réussir ce genre de séquence.

SexandtheCity - Extrait

Une note ? CagoulesCagoulesCagoules
Quelque part dans ces trois cagoules (sur cinq, comme toujours), il y en a une qui est essentiellement sentimentale, mais ça reste entre nous.
Bilan : Quarante ans, l'âge de raison. Du moins faut-il l'espérer.
Sex & the City n'est pas forcément la série avant-gardiste qu'on voulait qu'elle soit lorsqu'elle est sortie, du moins pas tout-à-fait. Oui, personne n'avait parler de sexe et de relations de cette façon avant elle ; mais la quête du prince charmant reste au centre de sa quête comme elle l'était pour Ally McBeal, autre série féminine en apparence parfaitement antiféministe sur le fond.

Pourtant quelque chose a résolument changé. A quarante ans, les questionnements de nos héroïnes préférées ont glissé : il ne s'agit plus simplement de trouver un partenaire, mais bien de savoir qu'en faire ensuite. Et c'est difficile, pour quiconque a suivi les 6 saisons avec passion et fidélité, de ne pas verser une petite larme émue quand, réunies une fois de plus pour discuter et partager leur ressenti, les filles commencent à parler non plus d'orgasme, mais de bonheur. Au lieu de comparer les relations sexuelles, elle comparent le degré de bonheur, la durée, l'intensité, la fréquence... et je crois que c'est ce qui m'a conquise une fois de plus (même si j'ai toujours eu confiance en la série pour me procurer ce genre de surprises), c'est de découvrir que même si la mode prend une place démesurée, les robes sont insupportablement nombreuses et chères (et moches), les clichés ont la vie dure, mais malgré tout, Sex & the City saisit quelque chose de très humain, et sait pertinemment où elle emmène ses personnages. Même les situations ridicules portent en leur sein le potentiel pour une émotion vraie.
Pendant longtemps, j'avais évité de voir ce film. Je n'étais pas sûre de vouloir m'y frotter après avoir aimé la série pendant les années cruciales de mon entrée dans l'âge adulte, et je n'étais pas certaine non plus qu'après avoir si parfaitement bouclé la boucle en fin de saison 6, nos quatre new-yorkaises préférées pouvaient m'émouvoir.
Mais l'émotion était là. Peut-être pas dans les histoires avec Big, qui m'ont toujours indifférée, et certainement pas avec l'organisation d'un mariage dont, résolument, je n'arriverai jamais à comprendre l'importance pour en arriver à louer une bibliothèque. Mais Sex & the City est un film avec de nombreuses scènes très mélancoliques, proches de la dépression, qui paraissent inattendues, je suppose, si on se repose sur la seule réputation de la série à montrer trois actrices sur quatre avec les tétons à l'air.
Et pour cette raison, maintenant, je suis contente d'avoir vu ce film.

Mais je n'ai pas encore tranché pour le suivant. Rendez-vous dans deux ans, si je garde le rythme.

Posté par ladyteruki à 23:56 - Comme au cinéma - Permalien [#]

18-06-12

This one's for the girls

Et donc, Girls.
Ca fait 10 semaines que je reporte, mais faudra bien en parler un jour. Du coup : Girls.

Girls

Pourquoi avoir tant repoussé la rédaction de ce post ? Tout simplement parce que je suis toujours incapable de dire ce que j'en pense. Ou plutôt parce que j'en pense une chose différente à chaque épisode. A chaque scène. A chaque minute.
Je ne sais pas si c'est supposé souligner combien la série est futée, drôle ou perspicace, ou autre chose. A dire vrai, toutes ces qualités que de nombreuses reviews et d'encore plus nombreux tweets ont semblé encenser, j'ai souvent du mal à les trouver dans un épisode. Pendant le pilote (qui est certainement l'épisode de la série sur lequel mon point de vue est le plus tranché : je suis certaine d'y avoir été totalement insensible, au sens le plus froid possible du terme), je me souviens avoir entamé le visionnage avec un esprit aussi vierge que Shoshanna, mais ça n'a pas duré ensuite, le déluge de compliments s'est abattu sur Girls et j'ai eu l'impression de passer le plus clair de mon temps à essayer de voir où se logeaient ces qualités.

Parfois ça me manque, l'époque où en l'absence d'un accès à internet, notre rapport à une série était pur et dénué de toute idée préconçue ; aujourd'hui, dés qu'une série fait du buzz, l'effet social TV balaie tout.
Peut-être que si je n'avais pas lu autant de réactions extatiques, je ne me serais pas lancée dans cette quête frénétique de la qualité rédemptrice de Girls et y aurais pris un plaisir plus simple. Peut-être aussi que sans ces retours positifs, je n'aurais pas poursuivi la saison dans l'espoir de trouver la clé de son succès critique. C'est à double-tranchant et je ne saurais jamais quelle aurait été ma réaction à Girls dans un contexte "sain" et sans interférence extérieure. Pas sûr que ce soit une expérience qu'on puisse encore connaître de nos jours...

En tous cas, je serais bien en peine de dire si Lena Dunham est la voix de sa génération (ni même une voix d'une génération). Ce qui est certain c'est que si c'est le cas, nous n'appartenons clairement pas à la même génération. Je n'ai a priori que quelques années d'écart avec les héroïnes, mais il était clair dés le pilote pour moi qu'on ne parlait pas du même monde. Probablement que c'était en partie dû à mes problèmes d'identification en général, mais même en faisant de gros efforts de mémoire, voire même de documentation (vieux journaux intimes, blog, etc...), impossible de trouver où Hannah et moi pouvions être liées de quelque façon que ce soit ; c'est d'autant plus perturbant que j'ai eu la sensation que c'était l'une des choses qui fonctionnait le mieux pour Girls : l'impression donnée d'avoir saisi quelque chose de vrai sur ses contemporains. Il faut dire qu'elle se donne un mal de chien pour paraitre la plus authentique possible. L'ironie de la chose n'a pas su m'échapper, et cela a régulièrement gâché mon plaisir.

Là où, sans conteste, Girls réussit, c'est en posant de personnages plutôt réalistes, avec énormément de défauts, Hannah en tête. C'est clairement un travail d'autocritique puissant qui a été accompli ici, et réalisé avec très peu de complaisance. Les portraits sont cinglants d'héroïnes insupportables, mais convaincues d'être dans leur bon droit, et ostensiblement pointées du doigt pour cela, à la différence de beaucoup de séries où les scénaristes semblaient faire preuve parfois d'une inouïe indulgence, au nom du sacro-saint dogme selon lequel un personnage devrait attirer la sympathie, être likeable d'une façon ou d'une autre, pour que nous nous intéressions à son sort sur le long terme. Sex & the City, avec laquelle tant de comparaisons ont été tracées (parfois à raison), faisait partie de ces fictions où quoi que faisaient les héroïnes, elles semblaient voir leurs décisions, même les plus contestables, complètement validées par les scénaristes. Lena Dunham juge ses personnages autant que Hannah juge les gens, et c'est une qualité assez courageuse pour une série s'adressant à une tranche d'âge si particulière.
Girls n'est pas la première série à offrir des personnages centraux ouvertement exécrables, mais elle est certainement celle qui en met le plus sur le devant de la scène d'un coup ; la plupart du temps, il n'y en a, comme on dit, pas un pour rattraper l'autre.

Il y a cependant beaucoup de narcissisme dans Girls ; c'était à prévoir vu l'omniprésence de Lena Dunham (écriture, production, interprétation, et plusieurs fois, réalisation), et dans les phases où la série me tapait vraiment sur les nerfs, elle ne le faisait pas à moitié. Car après tout, ce que Girls dépeint est une maladie dont Dunham est évidemment frappée : son univers est extrêmement restreint.
Alors qu'il s'agit probablement de l'âge de la vie où les gens font le plus d'expériences qui les ouvrent sur l'extérieur, lâchés qu'ils sont dans le monde après avoir connu des enclos rassurants bien que progressivement plus larges (d'abord la maison, puis la petite ville de province, puis l'université...), Girls fonctionne en circuit fermé. Ses héroïnes passent 90% de leur temps à se mater le nombril.
C'est assez tragique que les personnages aillent si peu de l'avant alors qu'ils vivent certainement dans les circonstances les plus favorables pour cela : outre le contexte éminemment cosmopolite de New York (et c'est dit sans réitérer le procès d'intention d'ordre racial, mais tout simplement parce que statistiquement, une métropole offre plus de possibilités de rencontres), le fait que Hannah se retrouve plongée au tout début de la série dans le grand bain par ses parents qui lui coupent les vivres, devrait induire des changements plus profonds dans son comportement. Peut-être que la première saison n'était qu'une façon de progressivement préparer ces changements et qu'ils interviendront plus tard, mais j'ai trouvé que cela manquait cruellement. Ce qui devrait être une expérience poussant Hannah, sinon dans l'âge adulte, au moins hors de l'adolescence, ne porte pas totalement ses fruits. Or en de nombreuses occasion, elle comme ses amies se comportent exactement comme si elles avaient encore quinze ans. Leur immaturité personnelle et amoureuse s'accompagne aussi d'une grande immaturité sur tout le reste, et notamment sur un plan professionnel, et c'est un aveuglement insupportable quand on voit ce sur quoi repose le pilote. J'espérais vraiment que la série nous offrirait un accompagnement plus intéressant que cela sur l'obligation de grandir imposée à Hannah, et ça n'est jamais venu.

Girls-Jessa

Toutefois, je n'ai pas que des reproches à adresser à Girls. Non, ce serait trop facile. Comme je le disais, il y a des moments où j'en ai pensé du bien, et pas qu'un peu.

En particulier, mais pas seulement, deux passages (logés dans le même épisode, qui m'a alors semblé touché par la grâce) ont réussi à m'émouvoir sincèrement. Vu mon visionnage en montagnes russes de la série, on peut parler d'exploit, car ce sont deux moments pendant lesquels il y avait suffisamment de puissance tant dans l'écriture que l'interprétation, que c'est le coeur qui a eu son content et non plus la tête. Dans une série aussi cérébrale que Girls, où tout est over-analysé en permanence (parfois aux confins du ridicule, de par l'égocentrisme de ses personnages) et où Hannah, en particulier, semble toujours vouloir tout verbaliser même quand elle semble inventer des sentiments et des excuses pour se justifier de telle chose ou telle autre (comme on l'a dit, heureusement, le spectateur n'est jamais vraiment laissé dupe), céder la place à une émotion vraie tenait de la gageure.

Le premier de ces passages, qui sur le coup semblait d'ailleurs totalement anecdotique, se déroule avec Jessa, lorsque son ancienne patronne décide de venir la voir dans son appartement et lui parler d'elle, de son comportement, de son avenir. C'était une séquence tellement jolie que c'était à se demander ce qu'elle faisait là. Ce n'était presque pas du Girls (ce qui dans mon esprit joue comme un compliment pour la série, mais après vous en faites ce que vous voulez) tant la conversation était dénuée de tout blabla inutile et pontifiant, qui lui est si caractéristique chaque fois que ses héroïnes ouvrent la bouche.
Jessa, soudain redevenue une petite fille plutôt que l'arrogante hipster qu'elle se donne tant de mal à paraître, a réussi pendant ce moment à donner l'accès à un autre personnage, venu la toucher et lui parler à la fois comme à une enfant et comme à une adulte, et le résultat donnait quelque chose de sincèrement magnifique, notamment avec ce plan soutenu sur les yeux de Jessa qui pour la première fois, semblait écouter avec l'esprit ouvert, et pas juste en faire à sa tête. Les conséquences de cette discussion ne sont sans doute pas celles qu'on pouvait imaginer, mais il était agréable de découvrir dans le series finale que cette conversation avait eu autant d'impact sur Jessa que sur la spectatrice que j'étais. C'était probablement ce que j'attendais le plus de Girls en matière d'évolution d'un personnage immature. Et c'était d'autant plus surprenant que ça arrivait à Jessa, qui n'avait jamais semblé être celle qui avait le plus besoin d'un tel moment de vérité.

Girls-Fight

L'autre, bien-sûr, est celui dont à peu près tout le monde a parlé, cette longue et pénible confrontation entre Hannah et Marnie. C'est sans doute la scène qui d'ailleurs encapsule le mieux les défauts comme les qualités de la série, mais parvient à les dépasser et même les sublimer, pour offrir un grand moment de vérité (même si aucune des deux protagonistes ne saisit tout-à-fait cette dernière). D'une part, la longueur de cette scène joue énormément en sa faveur (c'est d'ailleurs assez rare qu'une scène s'étire autant dans ce format d'une demi-heure, mais comme le dit Dunham elle-même, ce n'est pas le genre de considération qu'elle prend en compte et apparemment il y a plus long, même !). Mais surtout, ses dialogues font certainement partie de ce que les héroïnes auront dit de plus vrai et de plus authentique de toute la série. Aussi empêtrées soient-elles dans des troubles qui ressemblent étrangement à une noyade dans un verre d'eau, leur façon de se confronter l'une au nombrilisme de l'autre, et de constater qu'elles ont besoin d'autre chose que ce que leur colocataire et amie peut (et veut) apporter actuellement a eu une vraie résonance. Ca ressemblait à une VRAIE dispute ; en dépit du nombre de confrontations télévisuelles qu'on voit chaque année sur les petits écrans, c'est pourtant une qualité rare.
Ce qui est sans doute le mieux vu dans cette dispute est la façon dont chacune énonce des vérités précises et cinglantes, que l'autre n'est pas prête à entendre. Cela se sent dans l'épisode suivant, alors qu'aucune n'a vraiment pris en compte ce qui s'est dit dans sa façon d'être. En cela, la dispute est d'autant plus réaliste, autant que faire se peut.

Ces deux qualités, en plus d'être rassemblées à quelques minutes d'intervalle dans le même épisode, ne sont pourtant pas très représentatives de Girls sur la longueur de sa première saison. Sans doute que si j'y avais trouvé plus de scènes de ce genre, sincères et brutes, mon avis sur la série serait sans doute plus positif dans l'ensemble.

Girls-Adam

Le plus surprenant, sur l'évolution à long terme de cette première saison, reste que le personnage le plus intéressant d'une série appelée Girls s'appelle Adam. De l'éternel connard auquel toutes les filles ou presque ont l'impression de se retrouver confrontées un jour ou l'autre, au mec incroyablement sympa et même plus impliqué dans sa relation que Hannah.

Cela en dit long sur celle-ci, d'ailleurs, de voir la façon dont cette relation se transforme avec le temps ; de l'adolescente convaincue qu'elle a affaire à un type qui ne la traite qu'en objet, à la réalisation cruelle que c'est elle qui ne s'impliquait pas autant qu'elle le croyait... et que d'ailleurs elle n'est pas certaine d'en avoir envie. J'ai passé les premiers épisodes à hurler devant mon écran qu'elle devait le quitter et se tirer de là ; et à partir du 6e et surtout 7e épisode, je le suppliait de planter cette gourdasse et de prendre les jambes à son cou. L'idée directrice était donc que cette relation est un supplice à regarder ; mais son évolution a su ouvrir la voie à un personnage très complexe et que j'ai pourtant trouvé très "actuel", autant que faire se peut.
Quand on connnait le nombre de personnages masculins adolescents ou jeunes adultes de la télévision, et qu'on voit combien ils sont surtout idéalisés (comme vus uniquement d'un point de vue féminin qui souhaite y trouver soit un parfait salaud ou un prince charmant ; et presque rien entre les deux), Adam se montre certainement comme l'un des héros télévisés de sa génération les plus concrets. Il a droit au même degré de complexité et d'imperfection que Hannah, sinon plus, et cela sans jamais basculer dans l'exagération, même que les situations dans lesquelles il est mis sont exagérées, mais à ce titre il est logé exactement à la même enseigne que n'importe quel autre personnage.
Si Girls n'atteint qu'une fois une forme de prétendu réalisme dans l'écriture d'un personnage (ce à quoi la série aspire visiblement sans vraiment l'accomplir tout-à-fait avec ses quatre héroïnes), c'est bien celui-là ; mais l'interprétation d'Adam Driver n'est pas en reste et j'avoue être assez curieuse de ce que cet acteur a pu faire d'autre par le passé.

Sans aller jusqu'à parler de révolution, de série de l'année (et encore moins de comédie, mais la catégorie dramédie commence à vraiment se laisser désirer dans les palmarès des différentes cérémonies de récompenses), Girls a quelques qualités qui font qu'elle mérite plusieurs des compliments qui lui ont été adressés. Mais certainement pas tous. Pour commencer, c'est assez étonnant que tant de gens, moi sans doute y compris, tentent désespérément d'y trouver une universalité qui ne fait absolument pas partie de ses intentions.
Et puis, à l'instar de ses héroïnes, Girls est encore une série assez immature, où parfois, les frivolités d'écriture font mouche, et où parfois, un peu de conformisme dans la structure permettrait d'accomplir de plus grandes choses que ce que cette première saison fournit, non seulement en termes de character development, qui fait cruellement défaut pendant une bonne partie de la saison, mais aussi tout simplement pour rendre les intrigues un peu plus épaisses (le pitch de nombreux épisodes semblant être : mettons des personnages ensemble dans une situation superficielle mais qui semble extrême, et voyons ce que ça donne).
Alors du coup, j'ai envie de dire que si une série mérite de gagner une deuxième saison pour acquérir de la maturité, c'est forcément celle-ci...

Posté par ladyteruki à 19:12 - Review vers le futur - Permalien [#]

08-05-12

Culture lutte

Parmi les chaînes qu'il va falloir commencer à surveiller sérieusement aux Etats-Unis, il y a Cinemax. Jusque là, avec des séries comme Zane's Sex Chronicles (dont j'ai déjà eu l'heur de vous entretenir), on ne peut pas dire que les fictions originales de la chaîne faisaient rêver le téléphage exigeant, et pourtant, avec la saison 2 de Strike Back l'an dernier, la chaîne a commencé à vraiment passer aux choses sérieuses, mettant de nombreux projets en branle, dont la plupart portés sur l'action. Vu qu'Alan Ball va y établir ses quartiers avec la série Banshee, il n'y aura bientôt plus le choix : il va falloir nous habituer à parler de ce qui se passe sur Cinemax.
Ca va nous faire un gros changement parce que jusque là, on ne peut pas dire que les séries de Cinemax avaient été autre chose que du softcore porn. Je me rappelle encore de mon visionnage du pilote de Chemistry, cet été. Jeu des acteurs pitoyable, scénario sans queue ni tête (ou en tout cas trop peu de l'un et certainement pas assez de l'autre), réalisation au rabais... c'était piteux.
A côté de ça, The Girl's Guide to Depravity, dont je vais vous parler aujourd'hui, est plus aboutie.

Depravity

Toutes proportions gardées, évidemment. Mais en tous cas, vous pouvez oser confesser avoir regardé The Girl's Guide to Depravity en société téléphagique sans craindre la mise au pilori.

Le concept en est assez simple : inspiré d'un blog qui a lui-même donné lieu à un livre (je crois que c'est la loi maintenant, tout blog doit donner suite à une sortie papier, non ?), il s'agit d'expliquer aux jeunes femmes seules et fabuleuses (point d'exclamation) comment profiter de leurs années de célibat sans se prendre la tête, ou en tous cas le moins longtemps possible.

Sur le fond, je ne vais pas, hm, m'étendre : c'est un peu toujours la même chanson. Comment survivre à tous ces méchants garçons qui n'attendent que de nous briser le coeur ? En nous comportant comme des pestes avant même qu'ils n'aient eu le temps de nous approcher émotionnellement (vous vous doutez bien, parce que vous avez vu Samantha dans Sex & the City, que ça ne marche pas toujours pour autant).
Ce côté offensif (qui masque un état d'esprit sur la défensive) n'est pas franchement le modèle qu'on aimerait retrouver dans les séries sur les rapports entres les hommes et les femmes, mais bon, on n'est pas franchement là pour une leçon de "vivre ensemble" après tout. Et puis, la romance, Chemistry s'y est essayée, et sincèrement, par rapport, je préfère l'aggressivité passive de The Girl's Guide to Depravity.
On en revient un peu aux propos sous-entendus dans Single Ladies sur la nécessité de jouer de ses atouts pour parvenir à ses fins, y compris de façon purement vénale, même si les deux héroïnes de ne souhaitent pour l'instant rien d'autre que des boissons gratuites quand elles fréquentent un bar ; quand les nanas de Single Ladies visent non seulement le champagne haut de gamme mais aussi directement les breloques, les tenues de styliste, et même le manoir (eh oui, la série revient à la fin du mois, on va recommencer à en parler régulièrement dans ces colonnes).
En gros on n'aura rien appris sur le style de vie des party girls, ce qui est dommage dans l'absolu, mais soyons sincères, on n'attendait pas franchement de The Girl's Guide to Depravity qu'elle révolutionne le propos.

Si l'histoire de ce premier épisode n'a rien d'extraordinairement original, donc, et si l'on retrouve deux scènes de sexe relativement explicites (en tous cas plus que dans Sex & the City ; port de la comparaison obligatoire) qui permettent de ne pas oublier qu'on est sur Cinemax, The Girl's Guide to Depravity a au moins l'avantage d'avoir un sens du rythme plutôt soutenu. D'ailleurs la scène d'ouverture, qui en cumulant avec le générique nous offre presque 5 minutes d'exposition uniquement musicale, est plutôt réussie. Les dialogues se défendent ensuite plutôt bien, tant qu'on n'attend que de la comédie légère et pas de la répartie d'orfèvrerie.

Le problème essentiel de ce pilote réside principalement dans son choix de casting, en fait : les héroïnes débitent leur texte sans trop y croire, les hommes qu'elles rencontrent ne se passionnent guère plus qu'elles pour les échanges, et on a un peu l'impression que ce qui aurait pu donner du pétillant à notre affaire n'est en fait rien d'autre que de l'Alka-Seltzer ; on a évité le pire, mais c'est pas franchement la fête pour autant. Avec des actrices juste un peu plus motivées, The Girl's Guide to Depravity aurait déjà pu devenir sympathique, à défaut de transcendent (faut ptet pas trop en demander non plus). C'est là que le rendez-vous est véritablement manqué.

Avec tous les projets de Cinemax essentiellement tournés vers l'action et l'adrénaline, The Girl's Guide to Depravity pourrait pourtant faire partie des dernières de son genre sur la chaîne, puisqu'à l'heure actuelle, aucun projet pour la fameuse case sexy "Max After Dark" ne semble en développement pour prendre la relève. Ca donnerait presqu'envie d'aller se mettre devant les 13 épisodes de la série (le dernier sera diffusé vendredi 18 mai) pour assister à l'extinction des séries vaguement coquines de la chaîne. Mais si, vous savez... pour votre culture perso.

Posté par ladyteruki à 16:21 - Review vers le futur - Permalien [#]

02-04-12

Beats me

Le post Comme au cinéma du jour ne va pas être tout-à-fait habituel. D'ordinaire, même quand j'ai été voir le film au cinéma (ce qui n'est déjà pas systématique), je me dépêche de cagouler le film en rentrant, déjà parce que j'aime bien m'en repasser des bouts quand j'écris mon post, ensuite parce que ça me permet d'en tirer un extrait à vous montrer, et c'est sans parler des captures évidemment. Là, euh... comment vous expliquer ? J'ai déjà eu du mal à trouver une salle qui le projetait. Voilà voilà. Et sur internet, c'est déjà la croix et la bannière de trouver autre chose que le trailer en VOSTF, voyez, ça donne bien le ton.
Qu'est-ce qu'on fait ? On en parle quand même ? ...Ouais, allez. Pour le fun.

Par contre du coup je vais pas me priver de vous spoiler, parce qu'à ce stade on sera tous d'accord que ça n'a plus d'importance (d'autant que ce film a peu de chances de sortir un jour en DVD). Surtout vu la teneur de ce que j'ai à en dire.

C'est quoi le nom du film ? 30 Beats
C'est plutôt quel genre ? Moite
Qui on connaît là-dedans ? On ne va pas se mentir, j'avais décidé d'aller le voir parce que ça fait trois ans que ce film est dans la filmo de Lee Pacesur IMDb. Ah non mais j'en fais aucun mystère, hein. A ses côtés, on peut cependant remarquer Paz de la Huerta (Boardwalk Empire) et Justin Kirk (Weeds). A noter qu'on fait la connaissance également de Condola Rashad, fille de ; le cast est très international puisqu'on trouve en sus une actrice française (Vahina Giocante), une autre lithuanienne, Ingeborga Dapkunaite (qui est d'ailleurs apparue dans un Wallander britannique) et un acteur péruvien (Jason Day).
Ça date de quand ? 2009
En résumé, de quoi ça parle ? D'un été à New York.

30Beats

En moins résumé, de quoi ça parle ? Il n'y a pas UNE histoire, mais un enchaînement d'anecdotes interconnectées, formant une immense chaîne humaine à travers New York.
Et ça finit comment ? En bouclant la boucle.

Pourquoi c'est bien ? Parce que les enchaînements de ce genre, globalement je suis bon public : partir d'un point A et arriver au point Z en passant par plein de maillons, je trouve ça sympa. Je suis de toute façon le genre de personne qui n'attend pas systématiquement qu'un film ou même une série aient un but, et je me satisfais très bien d'une sorte d'anthologie de petites historiettes sans conséquence ni mythologie. L'effet patchwork, en somme, n'est pas un défaut de fait à mes yeux. Et du coup je me suis plu à suivre cette camera qui suit un personnage jusqu'à ce qu'il en rencontre un autre puis décide de suivre celui-là. Dans une grande ville comme New York, ça fonctionne encore mieux parce que les possibilités de la ville sont infinies (rappelez-vous Six Degrees). Alors du coup, il faut juger le film par "rencontre", et pas sur son ensemble. Il y a ainsi des "rencontres" qui m'ont plu, et d'autres qui étaient franchement nulles, n'ayons pas peur des mots. Mais ça, c'est l'affaire du paragraphe suivant.
Pourquoi c'est pas bien ? Comme je le disais, certaines histoires sont dénuées de tout intérêt (je pense par exemple au dépucelage de la première femme à débarquer à l'écran). Mais ce n'est pas dramatique, en soi : l'effet de patchwork fait que ce n'est pas grave et que du moment que l'histoire suivante fait passer le goût, peu importe que celle-ci laisse une sensation amère. Non, le vrai problème de 30 Beats, c'est essentiellement... ses dialogues. Et c'est un vrai problème, parce qu'on a dépassé le stade de la fadeur pour arriver à l'impression très désagréable d'avoir des dialogues vraiment, vraiment mauvais. Genre écrits dans un anglais niveau sixième, pas plus d'une cinquantaine de mots de vocabulaire à tout péter, des phrases très courtes, sujet-verbe-complément, aucune musique, aucune poésie, limite des tweets, mais sans la richesse du procédé. Et ce n'est pas tout. Une partie des acteurs n'y croit pas un seul instant ; donc en plus d'être certains des pires dialogues que j'ai jamais entendus, ils sont aussi récités de la façon la plus monocorde possible. C'est particulièrement frappant au début du film (les interprètes variant, on a au moins l'avantage d'assister aux efforts de quelques uns d'entre eux). Ce n'est hélas toujours pas tout. Le soucis c'est qu'en plus, Alexis Lloyd a fait le choix de ne montrer aucune scène de sexe. Oui, dans un film sur les rencontres sexuelles ; c'est courageux. Sur le papier ce n'est pas un choix répréhensible, d'ailleurs, c'est même un parti-pris tout-à-fait explicable par le fait que le film parle avant tout de rencontres et de désir ; mais vu que les dialogues virent au cauchemar dans 90% du film, l'accumulation de ces défauts bien précis devient problématique. Autant dire qu'on a l'impression d'assister à un film porno à l'envers : que des dialogues à la con, aucune scène de cul. Hm, c'est embêtant !

Ah, les joies du cinéma ! Si j'étais une MST et que je voulais bosser dans le milieu du cinéma, voilà le genre de film dans lequel je voudrais percer.
La réplique qui tue : Etant donné ce que je vous ai dit des dialogues de 30 Beats, je crois qu'on a tous compris que c'était là une bataille perdue. Voire même : pas livrée.
La scène qui tue :
Arrivé à, disons, je sais pas, la moitié du film environ ? L'une des protagonistes rend visite à son chiropracteur. Lequel est tellement habile de ses mains qu'il lui donne un orgasme rien qu'en lui massant les tempes, alors que dans sa rencontre précédente, elle était convaincue d'être d'une part, totalement frigide depuis son opération du coeur, et d'autre part, de mourir si jamais elle venait à ressentir un orgasme. Alors vous comprenez bien que quand son chiropracteur la fait hurler de plaisir (et il en est le premier gêné, le pauvre), elle n'a qu'une envie, lui bondir dessus. Chose qui n'entre pas vraiment sur la fiche de soins dudit chiropracteur. On a donc une longue scène de désir désespéré d'un côté, et de "merci Madame, mais non merci, rangez vos seins je vous prie" de l'autre, qui se caractérise par le seul moment du film où j'ai ri, le chiropracteur expliquant qu'il a moyennement envie d'être poursuivi pour s'être tapé une patiente, et ladite patiente, qui a de la suite dans les idées, décidant de rédiger séance tenante une décharge. C'était drôle parce que le praticien a en plus la bonne idée de sortir un truc du genre "vous ne contrôlez pas mon désir juste avec une décharge", et c'était bien de mettre en relief une vraie "rencontre" qui tourne mal, parce que jusque là, 30 Beats était un peu le drive-in du sexe, il suffisait de commander pour recevoir, à quelques détails près (eh oui faut être précis dans sa commande, c'est le seul inconvénient). Plus que de parler, comme l'avait fait la "rencontre" précédente, d'une histoire où il n'y pas de concrétisation pour une raison X ou Y (le fait que la jeune femme se pense frigide), on a une véritable exploration d'une partie de la signification du désir, celui qui devient frustration. Et c'est finalement quelque chose qu'on voit peu au cinéma, en particulier dans les films qui parlent autant de sexe comme celui-ci, où on a l'impression que tout le monde peut se taper absolument tout le monde comme il le souhaite, ce qui est illusoire et même pas intéressant dramatiquement. Vraiment c'était un passage qui donnait un vrai relief à la suite de "rencontres" de 30 Beats, un propos qui apportait quelque chose de neuf. Bon par contre ensuite le chiropracteur se la tape, donc la conclusion est vaine, mais la scène était sympa. C'est un pur hasard si cette "rencontre" met en scène Lee Pace d'ailleurs, car son interprétation rappelle énormemént Ned le Piemaker (en même temps chronologiquement ça se tient), et sa "rencontre" suivante sera moins bien. Donc, après en avoir discuté avec moi-même, ça vient vraiment de la scène, je peux l'affirmer.
Et comme j'ai pas d'extrait à ma disposition, bah voilà le trailer. Pardon, j'ai honte.

Une note ? CagoulesCagoules
Mwahaha... Nan ça me fait un peu rire, pardon, mais à ce stade normalement vous comprenez pourquoi je pense. Au pire, ça va devenir plus clair avec le bilan.
Bilan : A la base, j'allais voir ce film sans trop y croire, admettons-le. Il est de notorité publique que les romances, déjà, m'indiffèrent ...dans le meilleur des cas. Donc bon. Je savais que mon but dés le départ était d'ajouter ce film à ma petite étude sur Lee Pace, puisque comme vous le savez il est le seul acteur dont je décortique chaque apparition parce que quelque chose dans son jeu me fascine. De la même façon que j'ai regardé des horreurs comme Marmaduke ou When in Rome sans y croire, je suis allée voir 30 Beats sans a priori très positif, il faut le dire. Mais je veux une vision d'ensemble, alors tant pis.
Je crois pourtant qu'en dépit de ses défauts, 30 Beats aurait pu être un bon film ; mais dans d'autres conditions. Avec de vrais dialogues, pour commencer (ça changerait tout, en fait). Avec un cast qui ait un peu foi dans ce qu'il fait également, la motivation de certains personnages étant visiblement invisible autant aux spectateurs qu'aux interprètes, c'est net. Et je vous dis ça sans la moindre attaque ad hominem, vous savez que c'est pas mon genre de rappeler que Paz de la Huerta joue en permanence comme si elle était droguée au dernier degré (ou qu'elle fournissait une mauvaise imitation de Marilyn Monroe... ou les deux, en fait). Oh que non, je suis au-dessus de ça !
Pourtant au fond, le film soulève des thèmes intéressants, dans son domaine ; je ne sais pas s'il les doit tous à La Ronde, la pièce dont il est inspiré et que je ne connais pas, mais force est de constater que les thèmes soulevés ont du potentiel. Mais ils n'ont bien que ça. Par exemple, l'un des personnages fait appel à une dominatrix hors de prix (ce qui est d'autant plus gênant qu'il travaille pour un politicien), et est désemparé lorsqu'elle lui apprend qu'elle a décidé de tout arrêter pour ouvrir une galerie d'art ; la réaction du client était fascinante et j'aurais aimé qu'on y passe plus de temps. Par le jeu de la chaîne de "rencontres", on suit ensuite cette dominatrix dans un rôle de prostituée plus classique alors qu'elle a pour mission de déniaiser un jeune homme, fils de l'un de ses clients réguliers, et l'échange est savoureux, puisque dans leur cas on entend leurs pensées (ça n'arrive pas systématiquement, et heureusement parce qu'il y a quelques fois où ça se produit et où les dialogues rendent l'effet risible). Or le jeune homme ne sait pas du tout qu'il s'agit d'une relation tarifée et tente maladroitement de charmer une femme dont il ignore qu'elle lui tombera de toute façon dans les bras. C'était une scène qui, avec de meilleurs dialogues, aurait été proprement hilarante et douce-amère à la fois. Un homme qui a couché avec une jeune actrice découvre que celle-ci, quand elle lui a foutu un vent la veille alors qu'il voulait la revoir, a couché avec une femme, et l'interroge de façon obsessionnelle sur son orientation sexuelle ; la crise de jalousie (alors que lui-même n'est, on le comprend bien, qu'un plan cul qui s'accroche) aurait pu être intéressante. Une femme contacte l'un de ses plans cul mais finit par lui faire une scène parce qu'il ne respecte pas les règles du jeu du plan cul, et ils finissent par énoncer ensemble les règles qui permettent à un plan cul de fonctionner ; ce sont les règles qu'on entend dans le trailer, même si dans le film elles sont toutes dites par cette femme. Ce système de règles, souvent implicite, méritait d'être exploré, peut-être même de s'étendre à une autre "rencontre" (en fait le film manque d'auto-références, sans doute, car à l'exception d'une remarque sur les cicatrices, on n'obtiendra aucun effort en la matière). Une "rencontre" plus classique, entre un client d'hôtel et une standardiste, où la séduction se produit uniquement par téléphone (et où on comprend qu'en fait la première "rencontre" téléphonique a déjà eu lieu le soir précédent), méritait également d'être étirée, au lieu de se conclure de façon ridicule (mais j'y reviendrai, au ridicule). Bref il y a des choses qui méritaient d'être dites, puis élaborées. Peut-être faire un film de 2h et non 1h30, qu'est-ce que j'en sais moi ? Mais en tous cas il y avait clairement du potentiel, simplement le film dont je vous parle n'est pas tout-à-fait 30 Beats, car 30 Beats n'a pas su tirer partie de grand'chose.
Je dirais aussi que la conclusion du film est atteinte de ce mal du "ç'aurait pu". Lorsque le jeune homme mentionné ci-dessus perd son pucelage avec une prostituée payée secrètement par son père (d'ailleurs, ironie : il ne se souvient pas se l'être tapée : il s'est cogné la tête dans le feu de l'action) vient se confesser à sa meilleure amie... qui n'est autre que l'ex-pucelle du début du film, on nous fait soudain glisser vers quelque chose d'étrangement cohérent, et bien que j'aime l'effet de patchwork, j'ai apprécié ce revirement (même si on le voyait venir avant qu'il ne soit explicité). Soudain, on comprend que cette suite de "rencontres" avait une sorte de but cosmique, rapprocher ces deux jeunes gens qui réalisent pour la première fois que, n'étant plus puceaux, ils peuvent coucher ensemble (euh, oui, bon, c'est une logique qui en vaut une autre), et qui finissent le film en étant ensemble, main dans la main, sur un banc, sous-entendant par là que leur "rencontre" à eux va durer. Et l'idée est bonne, dans le fond, même si un peu niaise (nan mais moi je trouve tout niais alors bon, ne vous fiez pas à mon avis), parce que cela dépeint quelque chose qui finalement on n'avait pas tellement exploré : l'idée de l'après. Tout le monde avait vécu comme si toute "rencontre" se devait d'être passagère, et là ça apporte une dimension complémentaire inattendue. Maheureusement la scène est très bavarde et le côté "ah bah j'ai réfléchi on va coucher ensemble" est grotesquement amené...

Ma dernière critique, pourtant, s'adresse moins à 30 Beats qu'à tous les films de son genre : cette impression d'être totalement en décalage avec ce qu'est vraiment le sexe et la rencontre amoureuse de nos jours. Deux de ses personnages sont puceaux à 18 ans, par exemple. A Manhattan ? J'ai peine à le croire ! A côté de ça la "rencontre" entre le chercheur et la médium est totalement surréaliste : le type y va pour se faire tirer les cartes et finit par... ne me laissez pas finir cette phrase, le jeu de mots serait sordide. Mais en plein milieu de la séance de cartes, tout d'un coup la médium lui propose de faire un truc complètement nouveau qui va révolutionner son âme, et dans le plan suivant, il est à poil dans une baignoire à s'enduire d'onguents de provenance suspecte. QUI FAIT CA ? Je m'attendais à ce que la nana lui mette la honte de sa vie pour s'être désapé aussi facilement et avoir accordé toute sa confiance à une médium, alors que deux secondes plus tôt il insinuait fortement que le tarot c'était de la foutaise, mais la scène n'est jamais venue. Dans une autre "rencontre", un jeune homme qui est tombé amoureux (dixit) d'une belle inconnue à laquelle il n'a jamais parlé décide de la suivre jusque chez elle, et se fait repérer au passage (en même temps il ne fait pas ça très discrètement), puis il va lui acheter des fleurs et un citron (longue histoire, je vous épargne les détails), et revient tout cool pour venir toquer à sa porte. Et la fille ouvre la porte. QUI FAIT CA !? A MANHATTAN !? Elle lui ouvre, le fait monter chez elle, et lui demande s'il est un stalker. MEUF, POURQUOI T'AS OUVERT SI TU TE POSES LA QUESTION ?! ...Je vais vous dire moi pourquoi : parce que ce ne sont que des prétextes. Comme Sex & the City (dont la parenté est lointaine et pourtant étrangement palpable, peut-être à cause du thème du sexe, peut-être parce que la ville joue un grand rôle dans les deux), l'idée est de trouver le moyen de mettre un homme et une femme (minimum) dans une situation où on va ensuite les obliger à se mettre face à leurs tourments. On ne savait pas comment en parler alors, bon, on trouve un moyen. Et c'est ridicule. Personne ne fait ça. Qui fait ça ? Vous, vous faites ça ? Moi je connais personne qui fait ça ! Et parfois c'est tellement déconnecté de la réalité qu'on ne peut pas ne pas marquer l'arrêt et se dire que franchement, c'est n'importe quoi. Le prérequis c'est quand même qu'on s'identifie aux tourments abordés pendant la "rencontre", or si on ne croit pas un instant aux circonstances dans lesquelles elle se produit, eh bien tout le principe est faussé.
Ce défaut n'est pas propre à 30 Beats, pas du tout, mais je ne crois pas avoir déjà eu l'occasion de l'exprimer dans ces colonnes, alors voilà.

Reste quand même que 30 Beats n'est pas un film exceptionnel. La vérité, il faut le dire, c'est que ce n'est même pas un bon film. Encore fallait-il le voir pour le savoir, au moins c'est fait.

Posté par ladyteruki à 22:09 - Comme au cinéma - Permalien [#]

15-02-12

Anticipation

Anticipation_SVT Anticipation_Showtime Anticipation_HBO

Lorsqu'on aborde un épisode, c'est toujours avec des attentes, souvent positives (sinon pourquoi se mettre devant), parfois négatives (ça m'arrive plus particulièrement avec certains pilotes, par exemple, dont je n'attends pas grand'chose de brillant et/ou dont je n'ai rien entendu d'appétissant). A mesure qu'on progresse dans le visionnage d'une série, cette anticipation est supposée grandir. C'est normal de ressentir cette gourmandise de découvrir de nouvelles aventures de nos personnages préférés, de les voir sortir des répliques qu'on va applaudir et mémoriser.

J'ai réalisé que ces dernières années, je pouvais déterminer quelles étaient mes attentes à partir d'un élément très clair : quand je vois le jingle de la chaîne s'afficher. C'est un instrument de mesure extrêmement précis, pour peu qu'on prête attention à l'état dans lequel il nous met.

En réalité cet indicateur ne date pas d'aujourd'hui. Pour moi, voir s'afficher le logo de HBO avait une symbolique forte, quand j'ai commencé à découvrir des séries de la chaîne, il y a environ 10 ans. Pendant longtemps, ce son et ce visuel, liés dans mon esprit à Oz ou Sex & the City, devaient impérativement être suivis de l'un ou l'autre de ces génériques. Au point que, parfois, lorsque ce jingle s'est affiché et que d'autres génériques ont pris le relai, j'ai éprouvé une certaine déception.
Mais ce que ce phénomène indiquait alors, c'était : "j'ai hâte de retrouver mon épisode de Sex & the City, ou mon épisode de Oz, après le jingle".

Avec le temps ce signal a évolué. Désormais, voir le jingle s'afficher signifie essentiellement : "j'ai hâte de voir l'épisode d'une série de qualité commencer après le jingle".

Je ne regarde certainement pas toutes les fictions d'une chaîne donnée. Mais le jingle me met instinctivement en confiance, et dans de bonnes dispositions.
Et il est, surtout, devenu cet bref instant de quelques secondes pendant lequel l'épisode a été lancé, mais n'a pas encore commencé. Et où toutes mes attentes se concrétisent en des gestes extrêmement parlants : m'enfoncer dans mon fauteuil, pousser un soupir de contentement, rire ou battre des mains, même !

Hasard ou coïncidence, les séries de network n'ont pas de jingle au début de l'épisode. Et j'en regarde moins. C'est comme les génériques, je ne saurais trop dire si le fait qu'il n'y en est pas est l'un des facteurs qui fait que j'ai plus de mal à m'attacher à une série, ou si c'est simplement une preuve parmi tant d'autres que la série n'a pas fourni assez d'efforts. Mais c'est définitivement un point de repère.

Toute l'anticipation que j'éprouve à l'idée de lancer un épisode (comme ce soir, Äkta Människor, épisode 4) se matérialise pendant cette fraction de seconde pendant laquelle mon cerveau commence à émettre ses premières endorphines.
Le bonheur se loge vraiment dans les petits plaisirs de la vie, n'est-ce pas ?

Posté par ladyteruki à 22:51 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

18-12-11

[#Ozmarathon] 1x06, mind over matter

A la lumière de ce marathon, il apparait que, contrairement à ce que je pensais, sans mes souvenirs brumeux de téléphage honteuse qui ne s'est jamais envoyé les épisodes sous la forme d'une intégrale, Oz ne se contente pas de reposer sur la structure 1 épisode = 1 thème.
Après avoir posé les bases, la série a embrayé, c'est encore plus visible avec ce 6e épisode, sur une structure qui superpose un nouveau thème à ceux déjà étudiés, une heure après l'autre. C'est vraiment fascinant de la voir utiliser ses sujets précédents comme autant de jalons pour marquer la progression de sa réflexion.

Ozmarathon-1x06

Car après la mort et la drogue, on va donc parler de santé. Ou plutôt absence de, contexte oblige, puisque la prison d'Oswald est à la fois un endroit où on vit dangereusement (l'aggression de Rebadow d'entrée de jeu le prouve bien) et où on vit, tout simplement, ce qui implique inexorablement vieillesse et/ou maladie.

Mais d'abord, voyons un peu où nous en sommes avec Beecher. A mon grand désarroi, son axe a régressé : de la fin de l'épisode précédent, il occupe cette fois le milieu. Pour moi, la position de l'intrigue de Beecher est assez représentative de son intérêt : on est revenus à un stade assez décevant où Beecher prolonge sa descente aux Enfers, alors qu'un peu plus tôt il avait donné des signes de rébellion (même moyennement couronnés d'effet).  Évidemment, loin de moi l'idée de dire qu'il est docile dans cet épisode, au contraire on marque un tournant, mais son coup de sang contre Schillinger est dû plutôt à la drogue et à une impulsion, qu'à une réelle prise de conscience et une progression psychologique. Comme le fait très bien observer Sister Pete, il ne contrôle plus rien, il ne s'appartient plus, il est victime perpétuellement du sens du courant. J'avais eu le sentiment précédemment qu'on affleurait la prise de conscience mais on n'y est pas du tout. En fait, ici, c'est plutôt l'animal qui est lâché, au contraire.
En réalité je suis déçue, car Beecher est un personnage intelligent et attachant, mais pour le moment il a surtout l'air de passer par tous les stades "normaux" du personnage qui arrive en prison et qui subit tous les clichés du genre. La première fois qu'il a traversé l'écran en drag, dans une version défaite de son déguisement de l'épisode précédent, j'ai laissé échapper un coup de sifflet atterré, du genre "ouh, il a morflé", mais la suite des évènements n'était plus aussi impressionnante. Je crois que je suis tout simplement impatiente de le voir se prendre en main, mais c'est normal, je suppose, qu'on assiste à sa déchéance d'abord, remords inclus. Simplement ce n'est vraiment pas une intrigue qui me captive, même si elle est fondamentale pour ses évolutions futures.

Bon, cela étant posé, on va passer à mes personnages favoris. Rebadow, d'abord, qui commence à avoir des envies d'évasion. C'est à la fois amer et drôle de le voir ainsi espérer passer du temps dehors avant de mourir, parce qu'évidemment, avec sa tête inoffensive, Rebadow fait un peu rire quand il dit qu'il va s'évader, mais d'un autre côté, quand il essaye, eh bien ça fait mal au coeur de le voir échouer. Je constate d'ailleurs que Groves est vraiment un chic type, heureusement qu'il est enfermé pour un motif complètement barge parce que sinon il se ferait manger tout cru ; heureusement, tout le monde a peur que ce soit le contraire. Sa réputation le sauve, en fait. Enfin, sauf quand il s'agit du dentiste... Une scène proprement hilarante d'ailleurs.
Alvarez, ensuite, commence à sortir un peu de son intrigue de bébé, ce qui fait du bien car même si c'est une histoire bien menée, on commençait l'air de rien à en faire le tour. Alors juste à temps, on repart à l'autre bout de son arbre généalogique, ce qui offre des scènes solides, dont une, touchante, où son père et lui donnent le bain au grand-père (j'ai un truc avec les vieux qu'on torche, je crois, parce que le même type de scène dans la dernière saison de Sex & the City me tire des larmes aussi). Sa discussion avec Sister Peter Marie est d'ailleurs une bonne façon de saisir ce qui se passe dans sa tête quant à son futur. Il est intéressant de noter qu'il n'a pas cette conversation avec le père Mukada, et je trouve ça assez clair sur l'impact que ce dernier a, dans les faits, sur les prisonniers ; ou plutôt l'impact qu'il n'a pas. Mukada était là pendant toute l'histoire du bébé, et pourtant ce n'est pas à lui qu'Alvarez va confier sa vision bouchée de l'avenir... il faudrait que le ptit père Ray se réveille, sa transparence ne rend service à personne.

Dernier et non des moindres de mes personnages favoris à l'oeuvre dans cet épisode : Ryan O'Riley. Cette crevure a encore trouvé un moyen de pactiser avec encore plus de monde pour avoir encore plus les miches au chaud, tout en grapillant encore un peu de pouvoir. Ce mec est définitivement mon héros !
Après avoir bien léché le c*l du vieux Schibetta, obtenant ainsi la direction des cuisines, il va donc lui planter un poignard dans le dos sans même sourciller, en s'alliant à Adebisi. Ce dernier n'est pas une flèche, mais il a vite compris que s'allier à Ryan était dans son intérêt. C'est vraiment un tandem qui marche du feu de Dieu, parce que ni l'un ni l'autre n'ont la plus petite parcelle de conscience pour les empêcher de faire du mal. Oswald leur appartient, pour tout dire.
En contrepartie c'était une bonne idée de voir Ryan s'entretenir avec Sister Pete (encore elle), pour expliquer pourquoi il fait tout ça. A mon sens, c'était palpable depuis le début qu'O'Riley n'a pas le vice dans la peau (il a quand même une étonnante facilité à trouver des moyens tordus de tuer les gens, on peut pas lui retirer ça, mais enfin c'est pas par méchanceté), il veut juste s'en tirer à moindre frais. Mais ça va mieux en le disant, et expliciter son envie de vivre, au milieu de tous ces morts et tous ces problèmes de santé, c'était même une sorte de petit rayon de soleil. On le savait déjà humain, mais le voir évoquer les voyages qu'il pourrait faire avec Sister Pete était réellement touchant. Mon ptit Ryan, tant que tu te débrouilles aussi bien, ça va, mais malheureusement il y a certains impondérables que même le meilleur des comploteurs ne peut pas éviter...

Le prix de l'intrigue la moins intéressante de l'épisode revient au joueur de basket professionnel (j'ai même pas retenu son nom) qui rejoint la prison. Déjà j'ai pas compris, au vu de la reconstitution, comment il a pu être jugé de viol, mais en plus, son personnage est, pour le moment, sans intérêt, si ce n'est qu'il déclenche chez Hill une très mauvaise réponse. Jusqu'au dernier moment j'ai espéré que Hill ait le courage de s'éloigner de l'influence du sportif, mais non.

En tous cas l'épisode, à travers la maladie et la santé, est là pour nous parler de notre rapport au corps. C'est quelque chose qui m'a rendue mal à l'aise parce que, bon, déjà à titre perso, et ensuite parce que le rapport au corps était plus exploré pendant les commentaires de Hill que par les images. Rebadow, par exemple, ouvre l'épisode en atterrissant à l'hôpital mais la vérité, c'est que sa santé ne le préoccupe pas vraiment. Le grand-père d'Alvarez, pour des raisons évidentes, ne se plaint pas non plus de son état de santé. L'affaire du dentiste n'est là qu'à titre de comic relief. Le plus dingue, c'est que toute l'histoire de Beecher depuis que ce dernier a commencé à consommer de la drogue consiste à le voir poursuivre un détachement de son propre corps, pour des raisons évidentes. Naturellement, la scène de rêve/trip de Hill est entièrement dédiée, au propre comme au figuré, à le voir sortir de sa condition physique. Enfin, Kareem Saïd a passé tout l'épisode à faire semblant d'avoir un esprit plus fort que la matière, et il faudra attendre la toute fin dudit épisode pour qu'il découvre que ça ne marche pas comme ça (après, une fois de plus, un entretien avec Sister Pete, décidément très en forme dans cet épisode, mais par contre, peut-être pas aussi convaincante qu'elle le souhaiterait).
Alors du coup, j'étais plus intéressée par le fait que McManus et Glynn se retrouvent au gymnase de la prison (déjà parce que c'est quand même incongru qu'ils utilisent l'équipement de la prison, et ensuite parce que c'est pas vraiment les gars qu'on se figure être les plus attentifs à leur physique...), et j'aurais pensé qu'on verrait aussi des gars comme Adebisi prendre soin de leurs biceps. Il y a cet autre versant du rapport au corps qui n'était pas évoqué, et du coup ça m'a laissé un goût un peu amer sur l'épisode. Peut-être tout simplement que le thème du discours de Hill n'était pas entièrement en adéquation avec les intrigues en cours, parlant du fait que le corps et l'esprit ne font qu'un pendant qu'on voyait surtout les personnages s'efforcer de fuir leur corps, je ne sais pas.

Mais comme dernière note positive, je voudrais insister sur le fait qu'on aura assisté dans cet épisode à deux scènes marquantes du point de vue des dialogues, aussi : le fameux laïus d'Augustus Hill expliquant que sa nouvelle addiction est de rester clean (que justement j'évoquais dans le post précédent), et un excellent dialogue entre le directeur Glynn, Sister Peter Marie et le père Mukada, sur les vieux en prison, plutôt du côté de l'humour cette fois, mais apportant aussi un aperçu des échanges en coulisses, moins guindé que lors de leurs réunions, et plus sincère, aussi (Glynn trouvant même le moyen de faire une blague sur sa belle-mère). C'étaient deux séquences dont je me rappelais avec une grande précision, et j'ai été contente de les retrouver. L'un dans l'autre, un bon épisode, mais peut-être un peu maldroit par moment.

Posté par ladyteruki à 03:54 - Plus on est de fous - Permalien [#]

09-08-11

Le freak, c'est chick

En 11 épisodes de champagne, de soirées dans l'espace VIP, de robes chatoyantes et de papotages au boulot, les gonzesses de Single Ladies auront offert un constat bien triste de ce que veulent les femmes. Elles veulent : se marier à tout prix (Val), se trouver un mec riche qui subviendra à tous leurs besoins et surtout au reste (Keisha), et se libérer sexuellement et professionnellement sans que le petit mari n'en prenne trop longtemps ombrage (April). Bref, elles veulent tout, sans rien en échange, sans rien avoir à donner, juste parce qu'elles estiment qu'elles le méritent bien. Si les nanas ne vous exaspèrent pas déjà, un visionnage de Single Ladies devrait donc rapidement pouvoir arranger ça.
Mais, pire encore, Single Ladies offre un constat tragique de la façon dont les hommes ont tendance à réagir à tout cela. Et ils ont tendance à ne pas le vivre avec la classe espérée : ils s'enfuient (Quinn), ils mentent (Malcolm), ils font du mal à dessein (Darryl).
Charmante galerie de personnages en vérité.

Mais après tout, Single Ladies n'a jamais eu pour vocation de rendre ses personnages sympas. En fait, elle n'essaye même pas, et c'est certainement l'un de ses traits les plus saisissants. Elle préfère compter sur l'identification pour faire pardonner les défauts. Ainsi, Val est la fille qui veut absolument se marier et ne cherche un homme que dans ce but, dans lequel les désespérées du mariage se retrouveront si facilement. Keisha est une calculatrice vénale, une voleuse et même une pétasse de première, mais elle a le sens de la petite phrase, elle a du tempérament, et surtout elle est toujours là pour aider quand on a besoin d'elle. April est au quotidien douce, raisonnable et conciliante, ça permet d'oublier qu'elle pensait pouvoir se taper le maire sans qu'il n'y ait de conséquence sur son mariage ou sa vie publique, et que pendant tout ce temps elle a menti à son mari (certes étouffant) et même ses amies comme une arracheuse de dents ; une fois libérée de son mari, elle devient une emmerdeuse patentée au boulot où elle a décrété qu'elle allait avoir une promotion quoi qu'il arrive.

Du coup, obsédées par le mariage, l'argent et la réussite, elle sembleraient finalement bien exécrables vues de l'extérieur. On n'aura pas beaucoup l'occasion de les découvrir sous ce jour puisqu'un maximum de scènes les font interagir les unes avec les autres, leur permettant de se renvoyer mutuellement l'image de filles sympas, drôles, spirituelles, intelligentes et même fragiles. Comme une vraie bande de gonzesses, elles ont l'impressionnante faculté de se poser comme victimes même quand ce sont elles qui foutent la merde dans leur propre vie.

Single Ladies décomplexe ses spectatrices. Les travers, les exigences et les excès des filles deviennent acceptables grâce à l'ambiance de camaraderie détendue des personnages. Là où Sex & the City (incontournable référence du genre, et en fait mère de toutes les séries chick) offrait une chronique oscillant avec à peu près élégance entre loufoquerie, tendresse et romance sexy, Single Ladies se prend au sérieux en permanence et légitime les actions de ses héroïnes (et donc de ses spectatrices) en les faisant passer pour de pauvres Cendrillons qui ont chacune un plan pour assurer leur avenir grâce aux hommes : l'une en se trouvant un mari enchaîné à vie, l'autre en se trouvant un mécène au portefeuille en corne d'abondance, la dernière en progressant dans son métier en jouant les harpies sur quiconque ne lui offre pas sa promotion dans la seconde. Qu'au passage elles semblent se comporter comme des enfants et/ou des garces n'a aucune espèce d'importance. La fin justifie les moyens.
Comme si elles devaient trouver un plan pour se défendre, comme si leur existence terriblement compliquée impliquait l'élaboration de mécanismes sociaux de défense (en fait, d'attaque), les héroïnes de Single Ladies envisagent leurs relations aux hommes comme des garanties à verrouiller pour sécuriser leur avenir émotionnel, financier ou professionnel.

Et si le message terriblement sexiste de Single Ladies passe si bien, c'est donc grâce à son univers bling bling. Car comble de l'ironie dans un univers où les héroïnes agissent comme si leur sécurité était en jeu, l'argent n'est jamais un problème, seulement une question. Les appartements sont chics et chichement décorés, les dîners sont hors de prix et toujours en bonne compagnie, les robes sont pléthoriques et parfaitement accessoirisées. C'est que ces dames ont leur standing, voyez-vous, et qu'un homme incapable de les traiter comme des reines ne mérite, au mieux, que d'être considéré comme un jouet sexuel. Il faut voir la mine ravie de Val quand l'une de ses conquêtes (avec qui elle n'a encore jamais concrétisé) la baigne et la met au lit comme une petite princesse, des générations de féministes se retournent dans leur tombe. L'homme, une fois qu'on lui a mis le grappin dessus, a intérêt à obéir au plus futile et infantile des caprices.

Conçue pour un public féminin, urbain, et élevé dans une certaine culture des rapports hommes/femmes (admirez l'euphémisme), Single Ladies véhicule des images sexistes, limite avilissantes (pour tout le monde), mais avec un alibi glamour inattaquable, et à l'aide de répliques over the top hilarantes (plus ou moins exprès). Regardée avec de la distance, la série est amusante, et sans conséquence.
Mais je me méfierais comme de la gale d'une nana dont ce serait l'une des séries préférées (comme on peut en lire d'édifiantes preuves sur Twitter les soirs de diffusion). Fort heureusement, ce genre de bestioles a peu de chances d'être croisée parmi les téléphages francophones, puisque je doute que nous ayons été bien nombreuses à suivre la première saison.

Le plus triste, c'est que je regarderai probablement quand même la seconde, car nulle part ailleurs on ne trouve de sorties aussi tragi-comiques que celles de Keisha...

SingleLadies-Keisha-1SingleLadies-Keisha-2SingleLadies-Keisha-3

Et pour celles qui manquent cruellement de culture : la fiche Single Ladies de SeriesLive.
Bonus : on n'aura ptet pas à se payer Val l'an prochain !

Posté par ladyteruki à 23:54 - Review vers le futur - Permalien [#]

19-07-11

Tellement mineur que vous ne saviez même pas que ça existait

On ne parle pas assez des séries de la chaîne IFC. C'est un tort parce que, personnellement, pour Portlandia comme pour Bollywood Hero, j'en avais apprécié la liberté de ton et l'impression de regarder de quelque chose sortant carrément des sentiers battus. Vous savez, pas une série où on écrit dans le post une phrase du genre "et finalement c'est original dans le genre", mais une série où on n'a pas besoin de le préciser tellement c'est évident. Alors après c'est une question de goût, on aime ou on aime pas, mais quand on se plaint d'une certaine répétitivité, d'un certain manque d'imagination voire même d'audace dans les grilles des chaînes américaines, on n'a pas le droit de snober les productions d'une chaîne comme IFC.

Bonus non-négligeable : la série dont je m'apprête à vous parler jouit d'un tandem d'actrices fort sympathique. A mes yeux en tous cas. Imaginez plutôt : retrouver Nicholle Tom (oui, Maggie dans Une Nounou d'Enfer, rien que ça), et l'étrange Laura Kightlinger (toutes les pièces ne sont pas d'origine mais j'avoue avoir un faible téléphagique pour elle depuis que je l'ai repérée ses apparitions dans Lucky Louie), c'est une bien étrange combinaison. Qui plus est, j'avoue que ça fait toujours plaisir de voir Azura Skye, avec sa tronche de travers et son petit air mesquin, et pourtant étrangement adorable, comme elle l'était déjà dans Zoe, Duncan Jack & Jane (mais pas du tout dans Buffy, brr, j'en fais encore des cauchemars).
Ah oui, alors bien-sûr, je suis pas en train de vous dire qu'on a un all star de la comédie américaine (quoique Kightlinger a une petite réputation, l'air de rien), mais que voulez-vous, ya des têtes qu'on aime bien, indépendamment de leur popularité par ailleurs.
Donc, ce soir, petit détour par The Minor Accomplishments of Jackie Woodman, une étrange comédie d'IFC.

MinorAccomplishments
Typiquement, le pitch de The Minor Accomplishments of Jackie Woodman aurait de quoi me mettre en colère d'ordinaire : c'est l'histoire d'une scénariste qui n'arrive pas à percer à Hollywood. Wow, c'est d'une originalité ! Attendez, pourquoi je n'écrirais pas une série sur les trucs fous qui peuvent se passer dans un cabinet ministériel, tant qu'on y est ?

Pourtant, la vraie bonne nouvelle de ce pilote, c'est que Jackie n'écrit quasiment pas pendant cet épisode, c'est simplement que son objectif est d'écrire et que ça va la mener dans un truc totalement délirant qui n'a rien à voir. En l'occurrence, en allant simplement bosser, Jackie et sa meilleure amie Tara (...j'aime bien cette phrase, on dirait que deux de mes héroïnes préférées de Showtime ont sympathisé !) vont avoir un accrochage avec le véhicule d'une quelconque star sur le retour, qui va les embarquer dans un sorte de secte. C'est vous dire si on part de loin quand même.
Résultat, on passe 90% de l'épisode dans cette secte (peuplée de connards de producteurs qui parlent de produire quelque chose qui serait "comme Sex & the City, mais avec des poissons"), et ça n'a plus grand'chose à voir avec les ambitions de Jackie, ou de Tara d'ailleurs puisqu'elle travaille pour une société de production. Et je dis tant mieux.

Alors après, The Minor Accomplishments of Jackie Woodman n'est pas vraiment hilarante. Je n'ai ri qu'une fois. Mais on ne cherche pas forcément à se taper sur les cuisses avec une comédie en single camera, donc en l'occurrence, ça fonctionne parce qu'on sent que c'est grotesque, mais que quelque part, c'est du vécu. C'est une façon de dresser des portraits au vitriol des créatures peuplant Hollywood, mais sans nécessairement en passer par les intrigues du genre Action!. J'adore Action!, mais au moins, ça change.

J'ai en fait surtout eu un problème avec le côté "les épisodes d'exposition c'est pour la populace" de ce pilote. J'adore un pilote original, et ça me plait qu'on décide de ne pas passer par les poncifs du genre. Mais certains d'entre eux ont de l'intérêt. Par exemple, l'amitié entre Jackie et Tara (héhé, j'adore) se sent dés le début, et elle est presque plausible en dépit de l'évidente différence d'âge, mais on nous balance un peu trop abruptement certains autres aspects comme : ce que fait Jackie dans la vie (vu qu'elle se rend au bureau, c'est ennuyeux de ne pas savoir tout de suite ce qu'elle y fait), qu'est-ce que c'est que cette histoire de tante qui faisait de roller-derby (surtout que d'après les résumés, c'est la motivation de Jackie pour écrire), ce genre de choses. On saute directement dans l'intrigue (même simpliste), les "gags" (même si on ne peut pas vraiment en parler en tant que tels parce que l'épisode ne tente même pas de nous faire rire), les dialogues souvent acerbes entre Jackie et Tara ( ^_^ ), et c'est quand même un peu rude.
Mais enfin, bon, au moins, ça justifie d'être sur IFC.

The Minor Accomplishments of Jackie Woodman n'est pas la perle insoupçonnée qu'on voudrait découvrir quand on se lance dans une série méconnue d'une chaîne indépendante, mais c'était quand même sympa. Alors... En fait, le titre est assez explicite sur ce qu'il y a à attendre de la série : elle accomplit deux-trois choses, mais ça reste mineur. Pour autant, c'est un joli véhicule pour Kightlinger. Si vous aimez bien sa tronche refaite, et surtout son type d'humour, ça devrait quand même vous plaire.

Et pour ceux qui... et zut. Quand je vous disais qu'IFC souffrait d'un manque de mise en avant.

Posté par ladyteruki à 23:33 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

17-07-11

Total ellipse of the heart (Part. 2)

En période de décompression téléphagique, c'est la même chose qu'après une relation amoureuse intense : il y a toujours un effet "rebound". Dans le cas (le mien) qui nous préoccupe (beaucoup), mon ex serait donc Roseanne, et mon rebound guy... Noah's Arc. Question 5
Ne me demandez pas, je ne sais pas d'où ça me vient. J'avais déterré les cagoules suite à mes posts sur Single Ladies (ça devient effrayant le nombre d'occurrences de ce tag sur ce blog...) et avais revu le pilote, dans le cadre d'un mini-cycle de séries blacks. Je persiste à penser que c'est une sous-culture américaine qui gagne à être approfondie, et je persiste à dire que j'ai pls de mal avec les comédies que les dramédies. Je cherche toujours mon pilote de Soul Food, d'ailleurs.
Bref.

NoahsArc
Donc voilà, j'ai passé le weekend (outre les deux excellentissimes épisodes de The Yard qui sont sortis après le pilote, outre le pilote de Crownies, outre le revisionnage de plusieurs scènes-clé de Game of Thrones, outre le pilote que je comptais vous proposer ce soir pis finalement ce sera la semaine prochaine, outre le pilote de Exes & Ohs, outre, outre, outre) devant Noah's Arc, et je dois dire que, quand on n'attend rien d'une série, celle-ci n'est pas si dégueulasse que ça. Étrangement on s'attache à certains personnages avec le temps (principalement Noah, qui en fait, malgré ses drôles de lèvres supersoniques, finit par être mignon comme un chaton ; un chaton avec de drôles de lèvres supersoniques, mais quand même), les intrigues sont indigentes mais maintenant que je regarde Single Ladies j'ai plus le droit de me plaindre de ce côté un peu Harlequin. Les mecs sont pas beaux, tout en muscles et dans des fringues pas possibles, donc je peux même pas dire que c'est parce que je me rince l'oeil. Non, c'est vraiment une pure série de transition.
Pourtant, une ou deux fois, j'ai versé une vague larmouchette (rapport au fait que Noah a des moues de chaton... avec de drôles de lèvres supersoniques, mais quand même), et il faut quand même reconnaître que la façon qu'a la série de traiter du HIV est plutôt courageuse (c'est pas le final de Corky mais ça se regarde, quoi).
C'est fou comme, quand on baisse un peu ses standards, on peut apprécier vaguement une série qu'on avait sévèrement flinguée il y a quelques années.

Mais c'est pas vraiment de Noah's Arc dont je voulais parler, mais de ce qui s'est passé au début de l'avant-dernier épisode de la saison 2. Du coup si jamais vous comptiez regarder la série, on sait pas ça peut arriver, genre si vous êtes en manque de Roseanne, je préconise de sauter ce paragraphe. Dans l'épisode précédent, Noah s'est fait attaquer dans une station-service, et méchamment abîmer because juste parce qu'il est gay (là encore, pas forcément le sujet que je pensais voir exploré en détail par une série dont le ton est de la gamme de Sex & the City), la scène clôturant l'épisode nous montrant Noah évanoui par terre. Et donc, l'épisode suivant, qui est l'avant-dernier épisode de la série, reprend... eh bien, à l'hôpital. Fin des spoilers mais restez sur vos gardes parce que je vais me servir de cette exemple dans ma démonstration.

Je vais reprendre ma diatribe anti-ellipse, parce que vraiment les ellipses m'énervent. Mais ici, ce n'est pas parce que je pense que l'ellipse rend la scène ridicule, ni lui confère un côté cliché. C'est parce que, dans notre cas, l'ellipse vient de gâcher un beau moment de téléphagie.

Est-ce que dramatiquement, ce n'était pas plus intéressant de se demander comment la suite se passait pour Noah ? Le mec est à terre, comment va-t-il s'en sortir ? Il appelle de l'aide ? Quelqu'un vient à son secours ? Combien de temps est-il resté comme ça (bon ça n'a pas besoin d'être en temps réel non plus, évidemment) ?

Même en ayant passé mon weekend avec Noah, Wade, Ricky et les autres, je me rends bien compte que le drame qui fait frémir, ce n'est pas vraiment la priorité de la série. On parle d'une dramédie avant tout. Mais si une dramédie veut explorer une intrigue sombre comme celle-ci, j'attends qu'elle le fasse avec un minimum de dramatisation.

Mais quand j'y réfléchis, combien j'ai vu de séries nous faire le coup de plonger le personnage dans une terrible situation, et après pouf, il est entouré par ses proches, à l'hôpital, ou à la maison, ou qu'importe, et on aborde directement la phase où le personnage va essayer de dépasser cette expérience traumatique. Moi je veux bien mais on ne m'a même pas vraiment montré à quel point elle était traumatique. Parce que le vrai traumatisme, on ne m'ôtera pas de l'idée qu'il n'a pas eu lieu pendant, mais bien après, quand l'adrénaline et les tentatives pour échapper au pire sont derrière. Pas pendant l'agression ou l'accident. Mais les secondes qui suivent, quand la douleur débarque et qu'on comprend ce qu'il vient de se passer. Et qu'il faut maintenant se tirer de là. Là on a un personnage qui agonise par terre, je voudrais savoir ce qui se passe dans sa tête ! Comment il fait pour se retrouver dans un endroit où il est en sécurité ?

Donc je n'aime toujours pas les ellipses (certaines sont nécessaires évidemment, mais je n'en démordrai pas, beaucoup n'ont pas autant d'intérêt que les scénaristes le croient), et cette fois j'ai une nouvelle raison de m'en plaindre.

Bon, sur ce je vous laisse, le dernier épisode m'attend. J'ai pas encore décidé si j'allais cagouler le film. J'espère que dans tous les cas, le Dieu de la Téléphagie me pardonnera ce weekend de péchés contre le bon goût téléphagique, et me guidera vers une série un peu plus solide rapidement. Je voulais me refaire le pilote de Friday Night Lights depuis plusieurs mois, c'est peut-être justement le moment ? Sinon évidemment j'ai plein d'autres trucs sur ma liste, comme finir l'intégrale de Gilmore Girls, m'envoyer enfin celle de Jack & Bobby, et tout et tout, mais vous savez ce que c'est, dans ces cas-là, on n'a envie de rien.

Posté par ladyteruki à 20:19 - Série de valeurs - Permalien [#]