ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

01-03-13

Bouche à oreille

Amis téléphages, l'heure est venue pour moi de solliciter à nouveau vos lumières.
Eh oui, grand retour aujourd'hui des posts La une est à VOUS, dans lesquels, pour changer un peu (pas toujours les mêmes !), c'est votre responsabilité que de me convaincre de regarder une série. Ou pas, d'ailleurs. Enfin, tout est expliqué .

En ce moment, je traverse une période de léger flottement téléphagique. En-dehors de quelques absolus favoris (The Americans, Monday Mornings, et les visionnages de Smash avec le #SmashEnsemble), je ne regarde plus aucune série américaine dramatique de façon régulière (et plus qu'une japonaise : dinner, bien que l'enthousiasme se soit tassé). J'ai laissé tomber, même si ce n'est que temporairement, des séries comme The Good Wife, Unité 9 ou encore Nashville. Je n'ai tout simplement pas le jus. Evidemment, il y a toujours les pilotes que je regarde, mais en matière de suivi hebdomadaire, nan, j'ai goût à rien. Et ça fait depuis janvier comme ça ! En fait, comme j'ai abandonné mes visionnages en décembre lors du marathon Scrubs, c'est même pire que ça... Après avoir laissé passer plusieurs semaines de la sorte, me disant que ça allait revenir, que je n'avais qu'à passer à autre chose en attendant (l'occasion de rattraper des séries comme Raw, retenter le visionnage de Monroe, picorer des épisodes de Brain et bien-sûr regarder des films), mais je commence un peu à m'alarmer.
J'ai un peu tout tenté. C'est que, vous comprenez, des comédies que je suis en hebdomadaire, j'en ai plein, niveau dramédie je suis évidemment comblée par House of Lies (et ce, de multiples façons et dans toutes les positions), mais mon planning hebdomadaire manque cruellement de séries dramatiques. Ca me manque, en somme. Mais je n'ai pas le goût, pourtant, à reprendre ces séries abandonnées ; je pense que je suis rebutée par un effet "loin des yeux, loin du coeur", moins je les regarde, moins j'ai envie de les regarder, mais il en faudrait peu pour que la flamme qui m'animait il y a encore peu se ravive, sauf que le premier pas coûte.

En toute franchise, entre les plutôt bonnes raisons ("The Good Wife me plait plus en marathons ou mini-marathons", expérience avérée pendant les saisons précédentes ou je finissais toujours par préférer ce mode) et les excuses carrément piteuses ("ouais mais en ce moment j'ai envie d'engloutir des épisodes par 10 pour toutes mes séries dramatiques", mensonge éhonté comme le prouve le suivi régulier des séries sus-mentionnées), je ne peux plus laisser faire.

C'est là que je me suis dit : plutôt que de revenir à tout crin aux séries que je suivais cet automne, on va procéder par étapes et simplement trouver une série toujours en cours de diffusion, qui me soit nouvelle mais que je puisse, après rattrapage en mini-marathon, je serais d'humeur d'en faire autant pour d'autres. Une fois que j'aurai fait ça pour une série qui aura le goût de la nouveauté, ce sera plus facile de le faire pour d'autres abandonnées voilà trois mois !
Telle est ma logique ; on est d'accord que c'est boiteux mais c'est tout ce que je vois comme option, à part m'enfermer dans mon living, m'attacher à mon fauteuil et me forcer à regarder un épisode d'Unité 9 en me menaçant d'un flingue. Ce qui serait d'une part un peu ironique, et d'autre part vraiment dommage.

J'ai donc cherché quelle série pourrait bien correspondre à mon objectif, et l'une de celles qui revient régulièrement est Scandal.
Une partie de ma timeline Twitter semble en dire du bien, mais j'avoue que je ne saisis pas comment elle en arrive à cette conclusion après l'expérience désastreuse qu'a été le pilote pour moi. Et pourtant. S'il y a bien une chose qui ressort des réactions extatiques sur Scandal, c'est que la série a muté depuis le début de son existence, et qu'elle est arrivée à quelque chose qui a l'air plus abouti que sa formule ne le laissait initialement imaginer. Amis téléphages, l'heure est venue pour vous de me le confirmer (ou pas).

Dois-je (re)regarder Scandal ?

BoucheaOreille

Les pour :
- J'avais vaguement senti que Scandal se voulait un peu politique, et j'ai bien envie de ça en ce moment
- D'après les échos que j'en ai, Olivia Pope devient un personnage franchement intéressant, et la perspective d'assister à une telle évolution m'intéresse parce qu'assez peu de personnages, en ce moment, sont des héros en aussi évidente mutation

Les contre :
- Bah, déjà, je vois 10 raisons. Libre à vous d'en ajouter, étant bien entendu qu'il n'y en a aucune à retirer.
- Parce qu'on ne peut pas dire que je sois une fan de Shonda Rhimes (mais ça s'est ptet vu via le lien précédent)
- Parce qu'en ce moment, c'est la mode du "tout-soapesque" et que je n'ai pas envie de me lancer dans un truc qui me rappelle la qualité piteuse d'un Revenge ou Deception, avec une touche de thriller pour faire genre, mais quand même beaucoup de vide

Vu que plusieurs d'entre vous êtes pourtant convaincus que Scandal est en train de tourner au petit bijou, je ne doute pas que vous allez démonter mes arguments comme rien. Comme toujours dans cette rubrique, l'idée n'est pas forcément de me faire regarder absolument une série, mais d'être aussi bien capables de donner, vous aussi, des arguments pour et des arguments contre, de citer des qualités qui m'ont échappées comme des défauts qui hélas existent bien, histoire que je me fasse une idée.
Je compte sur vos bons conseils, amis téléphages, vous qui me connaissez bien : peut-être que Scandal n'est vraiment pas faite pour moi, c'est possible... mais y a-t-il une chance pour que je sois passée à côté d'une série qui me ravirait ?
Et dans ce cas... c'est à VOUS de m'en convaincre.

Posté par ladyteruki à 12:26 - La une est à VOUS - Permalien [#]

11-02-13

Zygomatiques au repos

Depuis quelques jours que je suis malade ("quelques jours ? Une éternité !", vous dira mon entourage essentiellement constitué de mauvaises langues infoutues de préparer une soupe de poulet potable), je redécouvre l'avantage de regarder des comédies. Alors que j'en avais mis un très grand nombre entre parenthèses, notamment en décembre pour faire de la place à mon marathon Scrubs, j'ai repris le visionnage de plusieurs séries, parmi lesquelles Les Bobos, The Neighbors ou encore New Girl que pourtant je ne pensais pas reprendre avant cet été. Les faits sont là : quand on est malade, c'est vachement plus sympa de regarder une comédie. Ou dix. Mais sitôt mon retard rattrapé sur ces séries, je me suis aperçue qu'un nouveau problème se posait : je commençais à être à court de formats d'une demi-heure ! C'est là que le défi avec whisperintherain intervient...

TheSpa

The Spa se déroule dans un complexe de beauté et de bien-être... oui, ou un spa, si vous appelez ça comme ça... et a priori le concept est bon. Il est tellement bon que, soyons sincères, il a déjà été en grande partie utilisé dans Vénus et Apollon, dont je me rappelle avoir vu des bribes d'épisodes (chaque bribe aperçue étant en général suivie d'un réflexe pavlovien de zapping : à l'époque, les séries françaises et moi, on n'avait pas encore signé la trève de 2012...). Et de par la variété de clients qui peuvent passer la porte, de par la raison d'être de ces entreprises, de par les interactions entre les différents membres du personnel, je peux comprendre le potentiel d'une série, et a fortiori d'une comédie, se déroulant dans ce contexte. Le problème, c'est que le résultat ne ressemble absolument pas à ce que je m'imagine. Et à vrai dire, le problème, c'est que ça ne ressemble à rien du tout.
Le premier épisode de The Spa, diffusé la semaine dernière, suit donc la directrice du... spa, oui si vous voulez, alors qu'elle passe une mauvaise journée et qu'elle doit gérer le personnel extravagant de l'établissement, de la pauvre assistante complètement stupide au professeur d'aérobic en fauteuil roulant. Evidemment rien ne se passe jamais comme il faudrait, la pauvre femme est entourée d'incompétents, et ainsi de suite.

Le soucis, c'est qu'en définitive, il ne se passe rien. Evidemment je n'attendais pas de The Spa qu'elle nous propose des intrigues de la profondeur insondable d'un drama, mais au minimum, je m'attendais à une histoire. Je sais, je suis d'une confondante naïveté. Mais au terme de son épisode inaugural, il apparait plutôt que The Spa fonctionne comme une série à sketches, où les séquences n'ont aucune sorte de continuité, se contentant de sortir une blague puis de passer à la suivante en oubliant la plupart de ce qui vient de se dire.
Mais ce qui est le plus déconcertant dans tout ça, c'est que plusieurs des gags n'ont strictement aucun rapport avec le contexte ! La scène qui m'a semblé être la plus longue portait par exemple sur le vieil homme chargé de la réparation, un type qui se balade en short ultra-moulant toute la journée et à qui la patronne fait remarquer que c'est vraiment indécent, vu le gabarit de son engin, de porter un short taillé aussi serré, et qu'il y a encore eu des plaintes. En quoi cette scène a-t-elle quoi que ce soit à voir avec le contexte du spa ? Ca pourrait se passer absolument n'importe où ! Et ça dure vraiment, vraiment longtemps, c'est insupportable. Alors non seulement ça ne fait pas rire, non seulement c'est pas très fin comme genre d'humour, mais en plus c'est interchangeable avec n'importe quelle autre série pas drôle et pas fine !

En toute honnêteté, je crois qu'il y a des formes d'humour qui me resteront étrangères ; l'humour britannique fait partie de ces choses-là (et, par ricochets, l'humour scandinave, qui lui est assez proche pour ce que j'ai pu voir). Il y a des comédies venues de Grande-Bretagne qui fonctionnent sur moi, c'est sûr, mais c'est une minorité, clairement ; et quand je me retrouve devant une comédie comme The Spa, je le ressens de façon encore plus évidente. Ca me rappelle mon embarras devant Benidorm par exemple (bon, ici d'autant plus à raison que c'est le même créateur), et comment cet humour n'est définitivement pas le mien.

Le seul intérêt de The Spa, ce sont les couleurs de ses décors : ça m'a rappelé qu'Äkta Människor sortait en DVD ce mois-ci en Australie. Eh, dans le genre associations d'idées, ya pire, quand même.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:25 - Review vers le futur - Permalien [#]

08-02-13

[DL] Les Bobos

Être malade et assignée à résidence pour cause de haute contagion (j'ai quand même réussi à choper pas moins de 3 virus en simultané... pardon si je me vante, hein, c'est la fierté qui parle) a diverses conséquences, l'une d'entre elles étant que ma capacité de concentration est fortement réduite ; il en découle que je me suis remise devant les épisodes des Bobos, alors que j'avais mis la série entre parenthèses (avec tant d'autres) en décembre à l'occasion du marathon Scrubs, rattrapant ainsi le petit retard accumulé depuis quelques semaines.
Bon, on aura l'occasion d'en reparler au moment du bilan, mais il est certain que ce n'est pas la série du siècle, hein. Il y a des épisodes très inégaux, et d'autres plus inégaux encore. Mais peu importe : le format à sketches correspond mieux à mon besoin téléphagique du moment.

Simplement, ça m'a rappelé combien cette saloperie de générique est difficile à oublier. Je dis "saloperie" parce que, eh bien, bien des spectateurs ont déjà eu l'occasion d'entendre cette chanson par le passé, dans un tout autre contexte ; alors si vous ne connaissez pas encore le générique des Bobos, glissez-y une oreille, vous allez tout de suite comprendre...

LesBobos
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Pour autant, j'adore ce générique... tout irritant qu'il soit à force de répétition. Déjà parce que c'est un peu la vocation d'une série sur les bobos que d'être irritante, non ?

Mais surtout, parce que si certains sketches tombent parfois un peu à côté de la cible, le générique met en plein dans le mille, et pointe parfaitement du doigt tout ce qu'on attend qu'une série appelée Les Bobos pourrait critiquer. Esthétiquement, conceptuellement, musicalement, le générique des Bobos est une absolue réussite. Et au bout du compte, c'est l'utilisation de cette musique qui est déjà une référence bobo en soi !

Je l'ai déjà dit, je le répète : Les Bobos n'est pas forcément la meilleure série de la terre, et il y a des choses sur lesquelles son concept est un peu flou. Mais sur le générique, elle a tout bon, alors régalez-vous, c'est cadeau !

Posté par ladyteruki à 23:28 - Médicament générique - Permalien [#]

01-02-13

The trouble with Girls

Il n'y a pas si longtemps, j'évoquais brièvement la "malédiction de la saison 2", qui fait que j'abandonne souvent une série au début de sa saison 2. Le processus est loin d'être conscient, d'ailleurs, et j'ai mis pas mal de temps à m'en apercevoir (alors que ça s'est produit pour Nurse Jackie, par exemple, donc il y a bientôt trois ans). Je n'ai pas encore réussi à analyser ce qui fait que c'est à ce moment-là que je bloque et que j'élimine certaines séries de mon planning ; à la limite ça semblerait plutôt logique, si je tombe en désamour à l'issue de la saison 1, que je ne reprenne jamais la série, plutôt que je la reprenne et qu'au plus fort de son début de saison, je baisse les bras. Bon, en tous cas les faits sont là, ça m'arrive très souvent, et pas de façon consciente.
L'abandon, quand j'en prends vaguement connaissance, se fait d'ailleurs en général avec une mauvaise foi caractérisée : je m'auto-convaincs que je reprendrai la série plus tard. Ainsi, je n'ai vu que trois épisodes de la saison 2 de Game of Thrones, mais je me soutiens mordicus que je finirai par voir la suite.

Cependant, pour la première fois, je suis sur le point d'abandonner une série au début de saison 2, très consciemment, et bien décidée à ne plus jamais y toucher. Cette série, c'est Girls, et si vous êtes sûrs que les spoilers ne vous font pas peur, et que vous êtes à jour sur le visionnage de la série, je vous explique pourquoi juste après l'image.

GirlsDontComeEasy

Plus les épisodes passent, plus j'ai du mal avec la réputation d'authenticité de Girls.
C'était, et c'est encore, l'argument majeur de nombreuses éloges à l'égard de la série (dont l'immensément touchante review de la saison 1 sur DNES), et c'est également, à peu près chaque semaine, ce que je lis dans des critiques d'épisodes (pour vous donner un exemple, cette review hebomdaire de Girls dit de l'épisode de dimanche que "it was reminiscent of every creative New Yorker’s early 20s", "it’s incredibly believable", "as realistic as it is", "which is totally something that happens"... pour un seul "unrealistic !"). Ayant fraîchement passé la barre des 30 ans, je m'attendrais naïvement à être capable de reconnaître deux ou trois choses de véridiques dans Girls, si ce n'est à travers mon vécu, au moins dans celui de quelques uns de mes proches, mais rien à faire. La racine du mal tient sûrement dans le fait que je ne suis pas une New-Yorkaise, mais d'un autre côté, Lullaby non plus, alors, bon, je reste perplexe.

En quoi Girls reflète-t-il quelque chose de réaliste ? J'ai beau lire et relire les personnes qui le pensent, je ne parviens pas à comprendre leur point de vue (sans même aller jusqu'à le partager). Je suis sûrement une vieille conne, mais à quel point est-il universel de s'organiser un mariage surprise, de prendre de la drogue pour le boulot, etc., franchement, on ne vit pas dans le même monde Lena et moi, et le plus dérangeant pour moi est d'avoir l'impression que tout le monde voit cette authenticité sauf moi. C'est une expérience téléphagique propre à remettre les fondements de votre vie en question, pour un peu ; je sais que je suis pas exactement une hispter qui fréquente les book parties et les clubs au quotidien, mais à ce point ! Girls a plein de qualités, mais l'authenticité n'en fait résolument pas partie à mes yeux, et la persistance du reste de l'univers à le prétendre me met dans une situation très inconfortable quand je regarde les épisodes.

Et puis, il faut quand même dire que plus les épisodes passent, plus cette réputation relève du paradoxe. On pouvait encore croire à la sincérité du propos en saison 1, quand Lena Dunham écrivait sur ce qu'elle connaissait ; mais un an plus tard, alors que le succès s'est invité dans sa vie, on peut se demander comment Girls est supposé conserver cet ancrage soi-disant réaliste. Cette saison 2 en fait d'ailleurs encore moins démonstration que la première, comme pour confirmer que désormais, Lena Dunham écrit sur ce qui est pour elle-même de la science-fiction.

Le soucis qui s'ajoute à celui-ci est que j'ai de plus en plus l'impression que Lena Dunham fait de l'écriture automatique ; et je reste à convaincre que l'écriture automatique fonctionne pour une série (peut-être un film, je n'en sais rien). Ca semble un peu antithétique.
C'était souvent en saison 1 qu'il semblait n'y avoir pas de but, pas d'arc, pas de fil conducteur. Mais là c'est patent que Dunham s'assied, son ordinateur sur les genoux, et se dit "tiens et si dans cet épisode, un personnage se faisait arrêter ? Et si là un personnage se mariait ? Et si là Hannah essayait d'obtenir un dédommagement pour harcèlement sexuel ?". Et on n'en entend plus jamais parler ensuite ; rien n'a jamais de conséquence dans Girls, ni sur les personnages eux-mêmes (mais cela pourrait s'expliquer par le fait qu'ils vivent dans un monde très largement immature où il n'y a pas besoin de gérer la moindre conséquence) ni même sur ce qui leur arrive. Tout n'est qu'accumulation d'anecdotes bizarres sans aucun lien les unes entre les autres ; si bien que Girls pourrait aussi bien être une anthologie et chaque épisode pourrait sans grand mal être regardé de façon totalement indépendante.
Clairement, le mariage de Jessa n'a conduit à rien (l'actrice a quelque chose comment douze secondes d'antenne dans chaque épisode de cette saison, même si c'est pour sortir la seule phrase qui m'a fait applaudir Girls), pas plus que le dépucelage de Shoshanna, par exemple, comme si Dunham s'était lassée des personnages impliqués sitôt qu'ils ont franchi ce "cap" ; elles ne sont désormais là que pour servir de vague panneau indicateur dans la trajectoire de Hannah et Marnie.

Alors d'un côté, oui, Girls est loin des recettes rigides suivies narrativement par la plupart des séries, et sous cet angle, la série est créative et peut-être même révolutionnaire. C'est tant mieux. Il faut savoir apprécier une série qui se libère des carcans narratifs des autres, c'est si rare. Mais pardonnez mon esprit formaté, j'aime quand même regarder une série pour qu'elle me raconte quelque chose.
Or, on en est à une saison et trois épisodes, et je ne sais toujours pas, en définitive, de quoi parle Girls. Je n'ai aucune idée ni de l'histoire qu'elle raconte (il n'y a pas d'histoire en réalité, juste une accumulation d'expériences sans queue ni tête), et je n'ai aucune idée de vers quoi elle tend, pour ses personnages ou, allez soyons fous, son message général.

Beaucoup semblent dire qu'elle prétend à une certaine authenticité, mais rien ne me semble authentique dans, par exemple, l'expérience de Marnie chez l'artiste Booth Jonathan cette semaine, à la fois dans la situation elle-même, et dans les réactions de la jeune femme.

Je ne comprends tout simplement pas ces personnages. Je ne comprends pas comment Hannah et Marnie peuvent d'un côté passer leur temps à s'auto-analyser en permanence, et en même temps, à être si peu en phase avec ce qui leur arrive, à juste laisser les choses leur arriver pour ensuite s'en plaindre pendant des lustres. Cette auto-victimisation constante, déjà présente en saison 1, de personnages qui assistent à leur propre vie depuis le fauteuil du passager, pour pouvoir mieux critiquer la conduite, commence à franchement me plaire ; surtout que les personnages, et Girls ne s'en cache pas, sont d'une certaine hypocrisie avec eux-mêmes sur ce même point (on l'avait vu dans la fameuse tirade du "no one could ever hate me as much as I hate myself, okay. So any mean thing someone's gonna think of to say about me, I've already said to me, about me, probably in the last half hour", déchirante de mauvaise foi, et dans à vrai dire toute la dispute entre Hannah et Marnie).
Girls montre en somme, semaine après semaine, des personnages qui restent passifs et qui vivent au jour le jour... pour pouvoir ensuite se plaindre de tout ce qui ne se passe pas comme ils le souhaiteraient. Il n'est pas indispensable qu'une série mette en scène uniquement des héros qui obtiennent l'approbation du public, il devient par contre nécessaire, à plus forte raison alors que plus d'une saison s'est écoulée, que cette dynamique ait des conséquences pour eux. Quelles que soient ces conséquences. Pitié, des conséquences, n'importe lesquelles.

Peut-être que, parce que je ne sais pas m'identifier à une série (si, récemment, j'ai eu l'impression de m'identifier à Scrubs, comprenne qui pourra... d'ailleurs était-ce vraiment de l'identification dans le fond, comment le saurais-je puisque le sentiment m'est étranger), que je persiste à regarder Girls alors que je ne suis pas en mesure de recevoir la série.
Peut-être que, mon vécu étant ce qu'il est, je ne suis pas équipée pour trouver dans Girls quelque chose qui semble apparaitre comme évident au commun des mortels. Des séries comme Girls impliquent quelque chose chez les spectateurs qui n'est pas nécessaire dans un grand nombre d'autres séries ; son ambition (présumée ? est-ce vraiment l'intention de Dunham dans le fond ?) d'être sincère et authentique sous-entend une expérience commune avec les spectateurs, et ceux qui n'ont pas cette expérience commune, comme moi, devraient peut-être se résoudre à ne pas regarder Girls.
Peut-être que le sentiment d'inconfort que je ressens devant Girls, depuis plus d'une saison à présent, est en fait le signe que cette série n'est pas faite pour moi, quel que soit le buzz qui a lieu autour.

Pourtant, je trouve de bons côtés chez Girls. J'aime particulièrement les interactions entre les personnages, la façon dont leur nombrilisme s'exprime souvent à travers la façon dont ils se confrontent les uns aux autres, je trouve, pour le coup, qu'il y a quelque chose de très juste dans la façon dont les oppositions entre Hannah d'une part, et, à vrai dire, le reste de la planète de l'autre, marquent une incompréhension mutuelle totale. Hannah et Marnie, et dans une moindre mesure Elijah, Adam et les autres, sont profondément incapables d'empathie (même s'ils sont sûrement convaincus du contraire). Ils ont désespérément besoin de l'approbation des autres et sont proprement dépourvus de toute capacité à approuver qui que ce soit, et c'est quelque chose de très rare à observer à la télévision.
La plupart des héros de Girls sont dans l'auto-fiction permanente, se racontent des histoires sur eux-mêmes... dont les autres ne sont pas dupes, et cela conduit à des choses fantastiques, ponctuellement.

Tout conflit est foncièrement fascinant à observer dans Girls ; mais là encore, ce que j'aime dans un conflit entre deux personnages de fiction, c'est quand il influe ensuite sur eux. Or dans Girls, uand un personnage dit ses quatre vérités à l'autre, ce dernier ne les absorbe jamais. Par exemple, j'ai absolument adoré la conversation entre Elijah et Marnie, avant et après qu'ils "couchent ensemble" (même si entre nous soit dit, il a tout juste trempé un orteil... ça ne compte même pas), la conversation avait quelque chose de brut qui faisait plaisir. Mais en-dehors des conséquences pour Hannah, cette rencontre pourtant si atypique pour l'un et l'autre n'a semblé porter aucune conséquence profonde, aucune remise en question, même. Marnie tente-t-elle de se faire passer pour la personne qu'elle n'est pas ? Et dans ce cas, qui est-elle ? Le sait-elle seulement ? Aveugles à eux-mêmes, ils continuent de tracer leur route... et de coucher avec des artistes contemporains imbus d'eux-mêmes, dans le cas de Marnie.
Comment s'étonner qu'il soit si facile de marcher sur les pieds de Hannah ou Marnie quand elles-mêmes refusent de prendre le contrôle de leur propre existence ?

Il est possible que je ne sois pas supposée regarder Girls, que rien ne m'y destine, mais il y a toujours, comme en saison 1, des instants, éphémères mais bel et bien là, pendant lesquels je trouve Girls vraiment bonne, vraiment incisive. Mais ces instants sont noyés dans des épisodes qui me mettent mal à l'aise non pas de par le recours à la nudité, au sexe, à la crudité, aux substances variées, et ainsi de suite, mais parce que les personnages eux-mêmes vivent dans un état perpétuel de flottement éthéré et de détachement de soi qui m'empêche de vraiment réussir à leur trouver quoi que ce soit de terrestre, et moins encore d'authentique.

Je ne demande pas que les personnages de Girls deviennent "likeable", j'espère juste qu'un jour, je comprendrai en quoi ils sont "relatable". C'est en prenant conscience de cette recherche, de cette course qui est la mienne depuis la saison 1, que j'ai compris qu'il faudrait peut-être, à un moment, jeter l'éponge.
Et ainsi admettre que non seulement je ne suis pas dans la cible de la série, mais que Girls, ce n'est pas pour moi.

Posté par ladyteruki à 19:20 - Review vers le futur - Permalien [#]

11-01-13

Tabula rasa

Entre les séries que je regardais en marathon, et celles que je suivais hebdomadairement, peu auront survécu au passage à l'année 2013.
Et par peu, je veux dire : aucune.

Pourtant il y en a plusieurs avec lesquelles je ne suis pas plus fâchée que ça : The Good Wife, Raising Hope, Nashville, Go On, The Neighbors, Underemployed... je me suis simplement interrompue dans leur visionnage pour céder la priorité à Scrubs, mais je n'ai pas l'ombre d'un grief.
Quant aux deux séries que je pensais dévorer en quelques semaines, soit Jack & Bobby et Drop Dead Gorgeous, eh bien... là encore, le passage à 2013 aura, pour une étrange raison, terminé d'achever ma motivation.

Il en résulte que j'ai abandonné toutes ces séries, et quelques autres. A l'heure où je vous parle, ça fait une dizaine de jours que je n'essaye même plus vraiment (j'ai regardé un Jack & Bobby le premier weekend de l'année, et c'est tout).
Il y a l'effet de manque provoqué par Scrubs qui joue sa part dans ce phénomène, et ça joue encore beaucoup même si ça devient embarrassant à avouer.

Ca ne m'était pas arrivé depuis... je crois en fait que ça ne m'était jamais arrivé... que de me désintéresser de toutes les séries que je regarde, quel que soit le rythme auquel je le fais, au même moment. ABSOLUMENT au même moment.

Cela ne signifie pas que je n'ai pas envie de séries, paradoxalement. J'ai toujours très envie de pilotes (mais quand n'ai-je pas envie de pilotes ?!), et puis il y a la perspective du retour de plusieurs séries, aussi, au nombre desquelles on compte House of Lies et Smash. Je les attends depuis de nombreux mois, et savoir les season premieres si proches me retient de rattraper mes autres séries dans l'intervalle. J'ai d'ailleurs reçu hier mon coffret de la première saison de House of Lies... si j'avais du temps ce weekend, je me ferais presque une intégrale, tiens.

HouseofLies-Season2

J'ai juste envie de rebooter tout mon programme téléphagique, et d'arrêter de me maudire parce que j'ai pris du retard (se répéter tous les jours "ah zut, un nouvel épisode de The Good Wife est sorti, j'ai même pas fini ceux du mois de décembre" n'aide pas). Je ne comprends pas pourquoi on s'impose, parfois, en tant que téléphages, de continuer à suivre un rythme qui ne nous correspond plus, alors que techniquement, rien ne nous y force.
Cette nuit, je me suis fait un film et un pilote au hasard, et j'ai totalement laissé tomber tout le reste. Ca faisait un bien fou d'arrêter de me dire qu'il fallait absolument que "je m'y remette" !
Vous savez quoi ? Si ces séries me plaisent vraiment, j'y reviendrai forcément. Je ne vais pas me mettre la rate au court-bouillon.

Pourvu que l'envie subsiste, du programme téléphagique de fin 2012 faisons table rase.

Mais la question du jour, c'est surtout : est-il possible de lire "tabula rasa" et ne pas penser à Buffy ? Vous avez trois heures.

Posté par ladyteruki à 23:43 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

05-01-13

Un peu tard

Lorsque j'ai préparé mon post sur l'année 2012, c'est avec énormément de nostalgie que j'ai repensé aux premiers mois de l'année écoulée, alors que je passais d'un coup de coeur à l'autre. Smash, Äkta Människor, 30° i Februari, House of Lies... les semaines se succédaient et il y avait toujours plus de séries qui me rendaient folle de joie. L'écriture de ce post m'a rappelé ces coups de coeur, mais aussi le fait que j'étais loin, en fin d'année, de me trouver dans le même état d'excitation.

Je vous avoue que depuis que j'ai fini Scrubs, l'ambiance est morose de ce côté-ci de l'écran.
J'ai lancé le marathon Jack & Bobby que j'attendais de démarrer depuis près de trois ans, et je ne le regrette pas, je m'envoie un épisode de Drop Dead Gorgeous à l'occasion en me disant que de toute façon ça ira vite, mais clairement on n'est pas dans le coup de coeur. Ce sont "juste" deux bonnes séries que je suis contente de regarder, et en théorie c'est déjà génial ; on est loin d'une période de creux pendant laquelle rien ne m'intéresserait. Mais rien non plus ne m'incite à la boulimie d'épisodes. Rien ne fait battre mon coeur. Quand je suis au boulot ou en train de faire des courses, je ne me dis pas que j'ai hâte de me faire un nouvel épisode ce soir de Jack & Bobby ou Drop Dead Gorgeous, ou quoi que ce soit d'autre...
Le pire c'est que j'ai mis en pause la plupart de mes autres visionnages, quelque part pendant le visionnage de l'intégrale de Scrubs, et que je n'en ai pas vraiment repris à ce jour alors que j'ai fini Scrubs à la mi-décembre environ. J'ai des épisodes de retard sur à peu près tout, et pas envie de m'y remettre. Généralement, ce n'est pas grave : ça m'arrive souvent de faire une ou deux semaines de pause le temps de finir un truc qui me captive plus, puis de reprendre. Dans mon fonctionnement, il y a toujours une part de séries à suivre hebdomadairement mais irrégulièrement, et d'autres à regarder d'une traite, en intégrale marathonienne, et ça finit par se rééquilibrer. Sauf que là, ça vient pas.

Ce n'est pas que je n'ai rien envie de regarder non plus. J'ai toujours envie de pilotes (je crois que c'est une constante qui n'est tout simplement jamais mise en compte dans ma façon de regarder les séries !), mais je ne regarde rien qui me donne envie de m'enflammer. Bon, on est entre nous, je peux bien vous le dire : je me soupçonne secrètement, quand je lance le pilote de Lieve Liza ou de Resident, de n'essayer qu'à moitié. Je me mets en colère contre ces séries, mais est-ce que j'essaye vraiment d'en regarder qui me chavirent ? Pourquoi précisément retenter une comédie médiocre comme How I met your mother maintenant ?
Est-ce que par le plus grand des hasards, je ne persisterais pas à regarder des choses qui ne peuvent se comparer à Scrubs ?

Il est fréquent qu'un marathon qui m'a vraiment électrisée me laisse un peu vidée, qu'il me faille un peu de temps pour me remettre en train. Ca n'a rien d'étonnant, surtout vu la rapidité à laquelle je m'enfile certaines intégrales. Dans le cas de Scrubs, faisons le calcul... 182 épisodes en un peu plus d'un mois ? Clairement, il y a un effet de manque qui est à attendre après un tel visionnage. Et ça m'est tellement arrivé que je considère que c'est la routine.
Je pensais d'ailleurs avoir dépassé cette phase de manque au bout de 2 visionnages du final de la saison 8, après avoir abondamment pleuré en chantant "Book of Love" plus que de raison (c'était un bien lamentable spectacle, d'ailleurs !). Au bout d'une semaine à dix jours, j'avais estimé que la page était tournée.

Vraisemblablement elle ne l'est pas. Et quand j'y regarde de plus près, je vois qu'il y a des détails qui ne mentent pas.
La page Scrubs n'est pas tournée, parce que les DVD de Scrubs sont encore sur ma table de chevet et je n'ai pas le coeur à les ranger dans la telephage-o-thèque, parce que le dernier DVD de la saison 8 est d'ailleurs encore dans le lecteur DVD portable de ma chambre, et parce que les extraits de Scrubs que je me suis mis sur mon smartphone n'en ont pas été effacés (alors que d'ordinaire, le roulement sur mon portable est rapide et régulier en matière d'extraits).

A la réflexion, l'état dans lequel je suis me rappelle celui qui est le mien après l'annulation d'une série que j'aime énormément. Je n'ai goût à rien d'autre, mais il me faut accepter qu'elle est annulée. Et ça me rend toute chafouine pendant un bout de temps, en général... je veux dire, je vous ai quand même bien parlé de Partners ces dernières semaines, par exemple.
Dans le fond, il est possible pourtant qu'il s'agisse du même symptôme. J'ai réalisé, un peu tard, que j'étais très éprise de Scrubs... et je vis en fait son annulation là, à retardement, mais douloureusement quand même.

ScrubsGoodOldDays

Il n'y a rien de pire que de découvrir qu'on a un coup de coeur pour une série dont on ne verra plus jamais un inédit.

Posté par ladyteruki à 23:42 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

04-01-13

Evil

Ce soir, c'est sans doute la dernière fois que je vous parle d'un pilote de la saison nippone passée, parce que, eh bien, on est en janvier, et une nouvelle ère commence ! Ce weekend, je vous proposerai en effet le traditionnel tour d'horizon de la nouvelle saison japonaise, mais je voulais quand même marquer une dernière fois l'arrêt sur un pilote, celui de Resident.

Resident-580

Resident était l'une des séries que je voulais tester au Japon cet automne, essentiellement pour deux raisons. D'abord, trop peu de séries médicales asiatiques sont passées sur mon écran (il y a eu Gyne, entre autres, mais je n'avais pas encore acheté Brain quand Resident a été annoncée, et j'avoue n'avoir jamais tenté VOICE).
Et puis ensuite, parce que comme c'est souvent le cas dans une saison nippone donnée, deux séries semblaient en concurrence sur un même créneau : Doctor X, sur TV Asahi, et Resident, sur TBS, diffusées face à face le jeudi à 21h, et se déroulant toutes deux dans un contexte médical. Or, Doctor X ne m'intéressait pas, parce que son pitch laissait lourdement entendre qu'on aurait en fait affaire à un procedural médical. Mes espoirs retombaient donc sur Resident, don't j'espérais beaucoup notamment parce qu'on y laissait entrevoir des possibilités d'ensemble show.

Et effectivement, le pilote commence, plus ou moins, comme un ensemble show, alors qu'un service d'urgences se partage les 5 nouveaux jeunes médecins venus y effectuer leur premier stage sur le terrain ; les titulaires ont leurs photos devant eux et se répartissent la responsabilité de leur résidence.
Ces 5 résidents (vu qu'ils n'ont jamais effectué le moindre geste jusqu'à présent, je suppose que dans une série américaine ils seraient plutôt des internes, mais je ne suis pas au fait du système nippon en la matière) ne se destinent aucunement à la médecine urgentiste, mais apparemment le stage est obligatoire et ils doivent en passer par-là, même si, pour certains, ce n'est pas de gaîté de coeur. Ainsi, Hinako Koiwai, qui se destine plutôt à l'anesthésie, n'a vraiment aucune forme d'intérêt pour les patients ; elle fait son travail sérieusement, mais sans enthousiasme et surtout en s'impliquant émotionnellement aussi peu que possible. A l'inverse, le jeune Junichi Manaka, héritier d'un célèbre chirurgien esthétique, est tellement attentif à ne froisser personne et surtout pas ses patients, qu'il en devient hésistant et maladroit. Kei Yazawa, qui n'a pas eu la chance d'avoir de l'argent, est un peu le surdoué de la classe, mais il est aussi très froid et distant et ne se lie pas aux autres résidents. Sachi Shinjou est quant à elle la plus calme, la plus douce, la plus patiente ; elle est plutôt focalisée sur l'observation et la conciliation.
Et puis, il y a Shizuku Miyama. C'est une tête forte, une grande gueule, mais aussi un médecin qui veut bien faire, et quelqu'un qui cache derrière sa volonté de fer une petite âme écorchée. Ce sera en réalité elle l'héroïne de ce pilote, et cela va apparaitre de plus en plus évident à mesure que celui-ci va avancer. Hélas pour nous, plus ce sera le cas, plus nous aurons la preuve de la paresse de Resident.

Eh oui, car il faut se rendre à l'évidence : Resident était cet automne pour le genre médical ce que TOKYO Aiport a pu être au même moment pour le genre, euh... aérien ?
C'est-à-dire qu'on a des personnages simplistes, se résumant complètement à la description que je viens de vous en faire avec un espoir mince, très mince de développement, qu'on balance dans un milieu médical classique (comprenez les urgences, sinon ça manque sans doute d'action). Et qu'on arrose tout ça de bons sentiments en pagaille, pour faire bonne mesure.

Ainsi, ce que l'on va apprendre sur Shizuku est classique de chez classique. La jeune femme est la fille d'un médecin dirigeant une petite clinique de province, lequel a toujours considéré que son fils prendrait la relève, même s'il n'a jamais eu le caractère assez fort pour devenir médecin. Shizuku, bien qu'ayant un tempérament trempé dans l'acier en fusion, et dotée de la furieuse manie de ne pas pleurer, étant née fille, la question ne se posait pas. Mais Shizuku, fascinée par la profession de son père (je vous passe les détails, mais l'explication est voulue lacrymale), s'entête tout de même et, en dépit de la certitude qu'elle a que son géniteur qui ne lui cèdera jamais la clinique, décide de devenir médecin coûte que coûte. Admettez qu'on a vu plus novateur en matière de background.
L'enjeu de ce pilote (et, on présume, de la série) est de savoir si le tempérament "particulier" de Shizuku la destine à être un bon médecin, mais aussi, si c'est le cas (bien-sûr que c'est le cas, c'est l'héroïne !) à quel prix. Par exemple, en cours de pilote, son Jules va la lâcher parce qu'il ne l'a pas vue depuis un mois, et surtout parce qu'elle ne pleure jamais (une rupture qui n'arrachera pas une larme à Shizuku, naturellement). Shizuku ne devrait-elle pas être plus vulnérable pour garder un homme ? Ne devrait-elle pas être plus élégante, aussi, comme c'est le cas de Hinako qui refuse de faire des gardes de nuit au prétexte que ça nuit à sa peau de pêche ? C'est une question intéressante et on remercie Resident de la poser avec finesse et... ah attendez, non.

Au contraire, Resident n'a pas une once de subtilité dans les veines. Quelques exemples.

Quand Shizuku se demande si elle a ce qu'il faut pour secourir une patiente, il faut que la patiente lui attrape le bras et lui dise "sauvez-moi, je ne veux pas mourir", et là Shizuku percute que, oh horreur, la patiente pourrait clamser... donc très logiquement elle lâche la patiente et laisse le reste de l'équipe s'en charger.
Quand une jeune patiente est en observation après une énième tentative de suicide, la solution de Shizuku est de lui retourner une claque et de lui intimer d'arrêter ses conneries. Le pire c'est que ça marche : la jeune suicidaire finira par s'en aller en disant qu'elle ne veut plus jamais voir Shizuku, et que pour ça, la solution est de ne plus chercher à se suicider. Des générations de psys se retournent dans leur tombe.
Mais ce n'est pas tout. Ponctuellement, d'autres de ses collègues vont se retrouver dans une situation difficile. Ce sera le cas de Junichi, qu'un patient visiblement saoûl refuse de voir ; après avoir fait une scène parce que Junichi voulait l'ausculter et peut-être lui faire passer un scan (suggestion : ne pas rester dans la salle d'attente si vous ne voulez pas qu'on vous examine ?), il s'en va donc sur ses deux pieds, laissant le jeune résident démuni parce qu'il n'a même pas pu approcher le vieil homme... J'ose à peine vous dire qui revient sur un brancard à la fin de l'épisode.

Dans tout ça, il y a un médecin plus expérimenté, forcément pas trop moche, et surtout, pas du tout bavard, qui garde un oeil sur Shizuku et qui a décidé à un moment du pilote que cette petite, elle avait ce qu'il faut, donc il va falloir la prendre sous son aile et lui expliquer les secrets du métier. Sauf qu'on a droit à quatre ou cinq scènes où, silencieusement, ledit médecin observe Shizuku sans être vu, et sans émettre un mot, parce que la première fois que les médecins titulaires se sont partagé les photos, on avait pas du tout compris que ça finirait comme ça, tiens.

Tout est à l'avenant, et cette paresse est fatigante. Resident s'inspire plus ou moins ostensiblement d'un peu tout : les premiers épisodes de Grey's Anatomy (il y a même un pont interne qui enjambe l'entrée de l'hôpital exactement comme au Seattle Grace), un peu de Scrubs... mais on est loin d'obtenir le même intérêt. Je ne tiens pourtant pas Grey's Anatomy en haute estime, mais même ce primetime soap médical a plus de délicatesse avec sa voix-off omniprésente que n'en aura jamais Resident ! Quant aux questionnements, vite abordés, sur le rapport des médecins à la mort des patients, j'ai le regret de vous apprendre qu'après avoir passé un peu plus d'un mois au Sacred Heart, je ne tolère rien qui inférieur à Scrubs en la matière (la barre est haute, d'accord, mais on ne peut plus se satisfaire de moins après ça !).

Du coup, ce qui aurait pu être une plutôt sympathique expérience, avec trois mois plutôt intelligents passés dans un monde médical bien construit, vire à la démence : ça crie, ça s'envoie des gifles, ça court dans les couloirs juste pour dire que ça court dans les couloirs, et ça passe d'interminables minutes à se retenir de pleurer parce que c'est le trait de caractère principal de l'héroïne (ça en dit long sur les qualités d'écritures de Resident !). Même si on ne veut pas s'engager sur du long terme avec une série, comme c'est souvent le présupposé en termes de séries asiatiques, il faut quand même admettre que ça fait beaucoup d'éléments à charge, et pas beaucoup de raisons de s'y mettre !
...Ce qui me rappelle que j'avais mis Brain en pause justement, entre autres, à cause de Scrubs... bon, c'est une toute autre dynamique, d'accord, mais dés que j'ai fini mes marathons en cours, je m'y recolle. Des expériences comme Resident n'en font que souligner l'urgence.

Posté par ladyteruki à 23:50 - Dorama Chick - Permalien [#]

25-12-12

Déballage de cadeaux

Ce soir, je ne suis pas spécialement en état de vous écrire un post, et je suppose qu'entre les victuailles dont vous vous êtes empiffrés, les litres d'alcool ingurgités (bon peut-être pas des litres), et les cadeaux que vous avez envie de déballer/étrenner, vous n'êtes pas plus à même que moi de vous lancer dans un post du genre du bilan de Scrubs (Timekeeper m'a dit que la lecture de ce post lui avait pris près d'une heure... et vous, quel est votre record ?).

Aujourd'hui, pas de grand discours, donc, juste un cadeau : le premier épisode de la série néerlandaise Overspel (avec sous-titres anglais).

Overspel-promoMiroir sur Uploaded

...Mais pour ceux qui manquent cruellement de lecture, il est toujours possible de lire mon post sur le pilote, et même de le commenter si vous voulez ajouter votre point de vue sur l'épisode après visionnage.
Je rappelle que le DVD d'Overspel est disponible avec sous-titres anglais, comme en témoignent les liens dans le post sur ledit pilote, donc si vous voulez voir la suite, vous savez quoi faire, et même comment.

Voilà, ça me fait plaisir, et ça ne m'a demandé aucun effort. Tout le monde est content !
Joyeux Noël !

Posté par ladyteruki à 23:00 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

19-12-12

Troubles cardiaques

En environ un mois, j'aurai donc revisité le Sacred Heart Hospital de fond en combles. Je ne vous cache pas que ce marathon impromptu ne faisait pas, mais alors, pas du tout partie de mes priorités, et que je me retrouve néanmoins avec le coeur bien abimé par cette séparation, parce que, eh bien, ce fut un accident heureux, mais qui hélas a bien dû trouver une fin.

La série n'a cependant pas exactement été une découverte ; j'ai toujours pensé que Scrubs était une excellente comédie. Je n'avais, en toute sincérité, vu que la première saison en intégralité (plusieurs fois), c'était la seule que j'avais d'ailleurs dans ma telephage-o-thèque ; les saisons suivantes avaient été attrapées au vol, plusieurs vendredi soirs, sur M6, mais de façon irrégulière (qui peut être systématiquement chez lui chaque vendredi soir à minuit ?! même pas moi) et avec la sensation d'avoir plus souvent vu des rediffs d'épisodes des premières saisons qu'autre chose. Je ne les avais pas encore achetées, ce marathon en a été l'occasion.
J'allais découvrir grâce à lui que Scrubs est aussi, voire peut-être même avant tout, une fabuleuse série dramatique.

Je suppose qu'un visionnage sporadique (quand bien même mon souvenir si vif de l'épisode avec Kathryn Joosten était resté dans mon esprit comme l'un des plus grands épisodes de la décennie passée) n'aide pas vraiment à saisir ce genre de choses.
C'est d'ailleurs tout l'intérêt des marathons à mes yeux, décriés parfois par certains qui pensent que le caractère boulimique des intégrales enfournées en quelques semaines n'ont que des inconvénients ; au contraire, j'ai la sensation que c'est le meilleur moyen de saisir des subtilités qui échappent à un visionnage hebdomadaire (je me rappelle m'être fait cette même réflexion, déjà, pour le marathon Roseanne, lequel m'avait permis de repérer d'habiles mais discrets efforts de continuité, qui m'auraient échappé si j'avais laissé passer une semaine entre chaque épisode). Evidemment, une série, et le lien affectif qui se construit avec elle, bénéficie des années qui passe ; mais pour découvrir la richesse parfois insoupçonnée d'une fiction, je maintiens que pour moi, rien ne vaut le marathon.
Je reste pourtant convaincue que, avec le recul, j'aurais adoré faire plus attention à Scrubs dés le début, j'aurais voulu la suivre amoureusement d'année en année, me construire une histoire avec ses personnages au lieu de simplement les traiter à la plaisanterie, parce que la série a commencé quand j'avais 19 ans, et que j'y aurais certainement puisé énormément de choses au fil des années, en grandissant en même temps que les personnages. On ne refera pas l'histoire, hein, mais j'ai eu l'impression de n'ouvrir les yeux sur la véritable profondeur de Scrubs que sur le tard. Cependant, vaut mieux tard que jamais.

Alors si vous le voulez bien, poussons les portes battantes de cet hôpital pas comme les autres, et offrons-nous le luxe d'un bilan de la série...
De ce fait, oui, ça va être un post fleuve.

Scrubs_ItsDangerousToGoAlone_3

Ce qui m'avait sans aucun doute induite en erreur au début de Scrubs, c'est la facilité avec laquelle la comédie jongle entre les séquences farfelues au possible (et, presque contractuellement, il y en a au moins une par épisode quand la série commence) et les dialogues (ou monologues) à flux tendus, présentant d'ailleurs une parenté, tant au niveau du débit que de l'intelligence des échanges, avec Gilmore Girls.
Les épisodes ne ménagent aucun temps mort, et il faudra en fait plusieurs saisons avant que Scrubs ne se réconcilie totalement avec les silences, qu'elle a du mal à ménager, comme en témoignent ses effets sonores omniprésents et sa passion dévorante pour la musique (pas étonnant d'ailleurs que tant de soundtracks soient sortis pour la série, qui de ce point de vue serait plutôt à ranger dans la catégorie des séries pour ados qui font vitrine pour de nombreux artistes musicaux).

Dans cette cavalcade humoristique échevelée, où je comprends qu'il était facile de me perdre et de croire que Scrubs n'était quasiment que plaisanteries et séquences imaginées, très vite se détachent les joueurs essentiels de cette partie.

Il y a Zach Braff, évidemment, pas toujours excellent au départ, mais dont les maladresses ne sont pas dommageables puisqu'elles servent le personnage de JD (il sera par contre d'une épouvantable fénéantise en saison 9, mais on revient sur cette saison à part plus bas) ; Sarah Chalke, dont les efforts dans la peau d'Elliot n'ont rien à envier à Lucille Ball (pour une raison qu'il me faudra documenter, on la sent brutalement refroidie à peu près à mi-parcours, et ses prestations seront assez peu passionnées à partir de là) ; et John C. McGinley, qui impose rapidement son interprétation du Dr. Cox comme à la fois à contre-courant du reste des acteurs et de leur fonctionnement, et comme joueur de soutien essentiel (le drame est simplement que sur la fin de la série, il se contentera de s'auto-parodier).
A leurs côté, Donald Faison (Turk) et Neil Flynn (The Janitor) semblent se donner énormément de mal sans systématiquement atteindre leur but (Flynn est plus aidé par les scripts que Faison, paradoxalement), mais s'en tirent avec un peu de dignité tout de même.
Et puis, il y a les cancres... Judy Reyes propose, avec Carla, un éteignoir insupportable (elle connaîtra une phase lumineuse entre la fin de la saison 4 et le début de la saison 6 avant de disparaitre dans le néant), et souvent parfaitement redondant dans les scénarios. Quant à Ken Jenkins, en Dr. Kelso, est trop superficiellement renvoyé à jouer indéfiniment la même chose dans 2mn de chaque épisode pour avoir une chance immédiate de faire des merveilles (il est celui qui bénéficiera le plus du long terme).

Leur interprétation (comme le rôle accordé à leur personnage) vont évoluer avec le temps, vous le voyez, mais les débuts sont donc placés sous des auspices un peu bancals, alors que seuls trois acteurs trouvent parfaitement leur place d'emblée. Si l'humour saute donc aux yeux au début de la série plus que l'aspect dramatique, c'est parce que la comédie repose sur trois acteurs qui y excellent, mais qui doivent piloter chaque épisode sur leurs trois paires d'épaules en attendant que les autres se chauffent, ce qui ne leur laisse pas souvent le temps de vraiment aborder le côté émotionnel.

Et pourtant, il est là, cet aspect de Scrubs, très rapidement, comme je le disais, parce que dés l'épisode My Old Lady ; première d'une longue liste d'épisodes incroyablement touchants, profonds, et même scarifiants pour certains. Bill Lawrence est vraisemblablement un showrunner qui ne pense pas que faire de la comédie empêche d'aborder des interrogations graves et douloureuses, et qu'au contraire, l'humour est là pour atténuer le choc quand on veut vraiment se lancer dans un sujet pénible ; ce sont là les caractéristiques bénies entre tous d'un showrunner à mes yeux, comme vous le savez. Des caractéristiques qu'on retrouve parmi nombre de mes comédies préférées, telles que Rude Awakening ou Titus, à la différence que, Scrubs n'ayant aucune vocation autobiographique comme ces séries, Lawrence s'autorise de très nombreux sujets, beaucoup plus universels, et donc d'autant plus capables de toucher le spectateur. Il ne s'agit pas de vous inviter à partager les difficultés et les doutes d'un personnage à mille lieues de votre expérience, mais au contraire d'utiliser son existence pour aborder des sujets qui nous concernent tous, en particulier la mort.

Scrubs_ItsDangerousToGoAlone_1

Rarement une série aura autant parlé de la mort, de ce que c'est que d'y être confronté professionnellement ou personnellement. Je ne connais pas assez l'oeuvre de Lawrence (comme je peux par exemple connaître celle de Kelley), pour des raisons variées (je suis notamment allergique à Cougar Town), pour supposer qu'il s'agit là de quelque chose qui le hante, mais clairement, il y a une interrogation récurrente sur la vieillesse et/ou l'approche de la mort qui est véritablement l'un des grands thèmes de Scrubs.

Pour une comédie soutenue essentiellement par des personnages jeunes, rarement autant de personnages auront été des personnes âgées, fussent-elles de passage. Ainsi, au long de la série, plusieurs personnages en fin de vie vont défiler, chacun ayant le temps d'expliquer aux héros (généralement JD) comment ils font la paix avec leur mort imminente.
Car si JD, et occasionnellement les autres personnages impliqués dans ces storylines (Turk et le Dr Cox), sont révoltés ou effrayés, les futurs défunts sont en général d'un grand calme, quand bien même ils ont des peurs ou des questions, et ont tous en commun, surtout, de montrer une faculté étonnante à accepter leur sort. Dans Scrubs, il n'y a pas de personnage, pas même de passage, déterminer à "lutter contre la maladie" ; ce sera particulièrement palpable dans le cas du beau-frère et meilleur ami du Dr. Cox qui ne fait montre d'aucune combativité, ou dans une moindre mesure, de Turk qui, découvrant qu'il a le diabète, ne fera la démonstration d'aucune émotion négative (en-dehors du gag récurrent de la junk food sur laquelle il doit désormais faire une croix). Comme si la série avait déjà accompli 4 phases du travail de deuil, et se contentait d'explorer essentiellement le dernier stade. Scrubs n'est que douce-amère acceptation.

Il est de notoriété publique qu'en dépit de son caractère fantasque, Scrubs est la série la plus fidèle à la profession médicale. Cela vient en grande partie de son parti-pris : la série s'intéresse non pas aux cas médicaux (lesquels semblent faire parfois l'objet d'un tirage au sort pendant les épisodes), aux procédures ou aux traitements. Les médecins de la série n'interviennent pas sur les urgences, n'administrent quasiment aucun soin sous l'oeil de la camera (et les chirurgies se limitent la plupart du temps à montrer les médecins avec des gants tâchés de rouge, et avec un patient presque toujours hors-champs), et les scènes du personnel du Sacred Heart Hospital relevant du professionnel les montrent en général passant d'une chambre à une autre soit pour prescrire des examens ("we're gonna run some tests" étant probablement la phrase la plus prononcée de la série), soit pour en commenter les résultats ou éventuellement discuter du traitement. Allons donc jusqu'à avancer que si Scrubs est une série si fidèle à la profession qu'elle a choisie pour sujet, c'est parce qu'elle n'en montre en réalité aucun geste technique ; c'est à la fois une pirouette astucieuse, et une véritable ambition.

En se plaçant uniquement sur un niveau dialectique, Scrubs affiche sa volonté de traiter uniquement les dilemmes de la vie de médecin en milieu hospitalier, qu'il s'agisse d'interrogations quant la nature de la profession autant qu'à la carrière individuelle de chacun. A bien des degrés, la série pose la question : "quel médecin vais-je être ?", et explore les différentes façons de répondre à la question. Sauf que Scrubs ne se demande pas comment soigner ; la série se demande uniquement comment être un soignant. Dans les premières saisons, ces questions sont cristallisées par l'opposition manichéenne entre les docteurs Cox et Kelso, qui apparaissent comme deux alternatives radicalement opposées : le médecin qui soigne des cas particuliers au mépris de l'ordre général des choses, ou le gestionnaire qui a plus à coeur de préserver l'équilibre de l'hôpital que la santé d'un patient. Evidemment, les personnages et notamment JD découvriront progressivement qu'il existe une infinité de possibilités "d'être médecin" entre ces deux extrêmes, JD s'opposant à plusieurs reprises à ses supérieurs aussi bien pour aider des patients en particulier que pour accepter la notion de concession (ironiquement, c'est toujours le Dr. Cox qui incarnera la figure représentant ce contre quoi JD s'insurge, à la faveur d'évolutions de carrière successives qui lui feront endosser, à son corps défendant, les deux rôles opposés, celui du gestionnaire et celui du soignant).
L'un de mes moments préférés de la série (avec à peine un millier d'autres...) se situe par exemple pendant la fameuse 5e saison, et implique que ce paragraphe va comporter des spoilers. Le Dr. Cox découvre que ce qu'il pensait être sa plus grande victoire, à savoir réussir, grâce à son habituelle volonté de contourner le règlement pour venir en aide au plus vite, à activer la demande de transplantation de 3 patients suite au décès soudain d'une 4e patiente (Jill Tracy, une patiente récurrente qui est certainement celle qui remet le plus en question les certitudes de JD et du Dr. Cox), devient en fait son plus atroce cauchemar quand il apparait que les transplantations ont toutes condamné les patients : la donneuse était porteuse de la rage. En contournant les règles de validation du don d'organe, Cox a en réalité mis ses patients en danger. Le pétage de plomb est sans détour, et nous montre un Cox déprimé auprès duquel les personnages se relaient afin de le requinquer, évidemment en pure perte. Au départ ébranlé voire fâché, et refusant de prendre part à la rotation, JD va finalement aller voir son cher Perry Cox chez lui, en fin d'épisode, pour lui asséner l'un des monologues les plus emblématiques de la série : "I tried to convince myself the reason I didn’t come in before was because of you coming into work drunk. But that’s not it. I was scared. I guess after all this time, I still think of you as like this super hero, who will help me out of any situation I’m in. I needed that. But that’s my problem, you know? And I’ll deal with that. I guess I came over here to tell you how proud of you I am. Not because you did the best you could for those patients, but because after 20 years of being a doctor, when things go badly, you still take it this hard. And I gotta tell you man, I mean, that’s the kind of doctor I want to be".
En choisissant quel docteur ils vont devenis, les jeunes interns, puis residents, puis attendings (rarement une série médicale américaine aura d'ailleurs autant insisté sur la lente progression de carrière de ses héros par palliers), choisissent en réalité quel être humain ils vont devenis. Bill Lawrence s'est, en définitive, "simplement" chargé de trouver un contexte qui lui permette de mettre le caractère et les choix de ses personnages au défi dans un milieu professionnel. Et cette mission, Scrubs s'en aquitte systématiquement avec les honneurs.

ItsDangerousToGoAlone_4

Pas question pourtant pour la série de se montrer pesante. Au contraire, de nombreuses intrigues plus feuilletonnantes, et légères, viennent s'ajouter à ce propos de fond pour le moins pesant. En conséquence, jusqu'à la prochaine image, cette partie de ma review va être truffée de spoilers.

Ainsi, de la même façon que Ross et Rachel, JD et Elliot sont de véritables homards, dont les amours et les passions vont rythmer les saisons, avec autant de pas en avant que de pas en arrière.
Pour moi qui suis, vous le savez, peu friande de romances (et c'est un euphémisme !), et qui n'ai absolument jamais ressenti le soupçon de l'ombre d'une envie de shipper quelque couple fictif que ce soit, c'était une drôle d'expérience à faire, d'ailleurs. J'ai partagé mon temps entre être excédée par le yo-yo de leurs relations, et trouver que ne pas les mettre ensemble était absolument insupportable ; je ne pense pas les avoir shippés, car je n'ai à aucun moment pensé, au cours d'un épisode, "allez, mettez-vous ensemble !" ou moins encore espéré qu'ils s'embrassent, mais toute la période Kim a été assez frustrante parce qu'elle était illogique, tant il semblait couru d'avance qu'elle était vouée à l'échec (les rebondissements autour de la grossesse n'aidant pas).

Outre ce fil conducteur récurrent (mais heureusement, ne faisant pas l'objet de considérations à chaque épisode), l'épanouissement de la relation entre Turk et Carla occupe largement la première moitié de la série environ. Il faut dire que Scrubs a ici l'intelligence de partir du principe que Turk et Carla se sont trouvés, point barre. On ne trouvera pas la plus petite tentative de créer un faux-suspense sur leur avenir : Turk drague Carla, Carla se laisse draguer puis accepte de sortir avec Turk, puis ils vivent ensemble, se marient, et ont des enfants ; et personne ne peut prétendre qu'on ne le savait pas depuis la première saison. Ils forment le seul et unique couple qui va durer pendant absolument toute la série. Chacun de leurs problèmes, chacune de leurs querelles, chacune de leurs évolutions, seront accomplis par les scénaristes sans chercher à placer la moindre ambiguité sur leur avenir ; les Turkletons, c'est du solide, le genre de couple qui est construit pour durer, et on n'y reviendra plus. Au contraire, absolument chaque petit incident de leur vie consistera à montrer comment ils vont systématiquement faire front et surmonter l'obstacle, qu'il s'agisse de concilier leurs différences de tempérament et de maturité, ou de composer avec la sévère dépression post-partum de Carla. Quel que soit le degré, la relation de Turk et Carla est un pillier que personne ne remettra jamais en question.
A contrario, du côté de Perry Cox et de Jordan, la vie de couple n'est justement faite que d'à-coups et d'accidents. Mais c'est en fait ce qui les maintient ensemble, car rien ne les effraye plus que l'absence de drama (on le verra bien quand ils vont se dépêcher de divorcer lorsqu'il s'avèrera qu'ils étaient toujours mariés depuis des années, bien qu'ayant un enfant ensemble et vivant côte à côte). Peu de couples de télévision peuvent se vanter d'être aussi peu romantiques que les Cox-Sullivan, mais peu d'entre eux, aussi, montrent une relation sortant autant des clichés sur l'amour, le mariage et la famille. Car dans le fond, et même s'ils s'en défendent, Perry et Jordan vont fonder une famille tout-à-fait traditionnelle, simplement, dans l'esprit, leur relation et la façon dont ils la conçoivent fait souffler un vent de liberté, sans tomber dans le cliché de la phobie de l'engagement. Perry et Jordan sont tout avant tout  deux individus à la personnalité forte, fonctionnant parfaitement l'un sans l'autre, ne nécessitant absolument pas d'affection pour vivre, mais qui le veulent tout de même, et font leur vie ensemble. C'est la définition-même de la fameuse expression "choisir tous les jours d'être ensemble", et l'illustration faite de cette façon de voir le couple est trop rare à la télévision. En dépit de leurs vacheries incessantes, Perry Cox et Jordan Sullivan sont certainement le couple de télévision qui me parle le plus, paradoxalement...

Mais dans la série, le célibat n'a pas bonne presse, de toute façon, et tout le monde ou presque aura droit à sa romance ! Ted l'avocat, pourtant modèle du personnage repoussant (et parfaitement conscient de l'être), servant de souffre-douleur permanent à tout le monde de façon assumée, finira par trouver l'amour. Même le Janitor, personnage pourtant initialement conçu comme totalement imaginaire (dans le pilote, seul JD était supposé être capable de le voir) puis absolument antipathique (et qui grâce à son interprète, est finalement devenu partie prenante de l'aventure et a su s'étoffer un peu), finira par connaître le bonheur conjugal.

Mais Scrubs, en dépit de son cast principal déjà fort occupé par les amours tumultueuses qui l'agitent, c'est aussi une série où les personnages secondaires sont légion, et où chacun participe pleinement à la vie de l'hôpital. Ils sont une galerie foisonnante de personnages de passage, de rois du gimmick (comme The Todd), ou de rôles secondaires ou plutôt tertiaires qui font des apparitions persistantes et suivies au long de la série (comme le Dr. Mickhead qui a tué sa femme, mais sera innocenté).
Sauf qu'il ne s'agit pas de personnages ayant pour stricte fonction d'apporter des gags aux épisodes. Bien-sûr, c'est une tâche dont la plupart d'acquitte avec grâce, mais ce n'est pas tout. Ils composent, tous autant qu'ils sont, un panorama complexe et bruissant de visages et de fonctions, parmi lesquels les jeunes médecins apprennent à naviguer ; cela fait partie de l'apprentissage de toute personne entrant dans la vie professionnelle que d'apprendre à développer le sixième sens permettant de reconnaître les dynamiques internes, ou les personnes sur qui compter. C'est aussi un plaisir qui renforce l'expérience professionnelle que d'avoir des petits contacts en apparences anodins avec des collègues lointains, de cancanner sur la vie privée des autres employés, et de tout simplement participer à la vie d'une structure. Là encore, Scrubs atteint une parfaite universalité en utilisant le monde hospitalier comme cas particulier, mais totalement généralisable à toute expérience professionnelle ; l'institution hospitalière, bien qu'elle ait ses codes particuliers, est une entreprise comme une autre dans le fond, et pour moi qui regrette tant que peu de séries montrent le monde de travail pour ce qu'il peut être réellement lorsqu'on y entre (et pas nécessairement sous un angle négatif), la série parvient parfaitement à retranscrire ce sentiment diffus.
D'autant que JD, Turk et Elliot sont là pour rester un bon moment, pour se faire une place, et ils le savent bien ; il leur faut donc trouver leurs repères dans la jungle de leur lieu de travail, s'intégrer, se faire une place, une réputation ; ils doivent se créer leurs habitudes, trouver les endroits où se regrouper (d'abord le self de l'hôpital, puis le Coffee Bucks), ils doivent s'approprier un univers dense qui deviendra leur quotidien. La palette inouïe de personnages secondaires souligne cela.

Ce que Scrubs dépeint aussi, bien qu'évidemment sur le ton de la plaisanterie, c'est que plonger dans un nouvel univers professionnel, même s'il est aussi impressionnant et responsabilisant que le métier de médecin, voire peut-être même encore plus, n'a pas à être une quête douloureuse.
Les rêveries et les doutes de JD le montrent : le questionnement intérieur permanent est une bonne chose, bien que difficile. C'est un facteur d'apprentissage pratique et humain ; puis d'amélioration constante dans les deux domaines. Mais ce que démontrera la série au fil de ses saisons, comme en réponse à la fameuse phrase du générique, c'est que ce chemin n'a pas à être parcouru seul.

ItsDangeroustogoalone

Pour appuyer sa démonstration, Scrubs fait montre d'une richesse rarement égalée dans l'écriture de ses épisodes. Et ce très rapidement.
Bill Lawrence et sa bande de scénaristes tous terrains sont capables, en départ arrêter, de monter dans les émotions les plus intenses comme de courir un marathon de l'humour, et l'une des meilleures preuves, c'est la capacité de la writer's room à trouver des structures narratives originales permettant de souligner cette versatilité.

Il y a évidemment tous les épisodes voulus pour être spéciaux (chose que soulignera le making of de l'épisode dans les Bahamas oui, j'ai regardé un bonus de DVD, moi ! C'est vous dire le caractère exceptionnel de Scrubs), comme celui de conte de fées, l'épisode Muppets, l'épisode musical (dont il semble difficile à croire qu'il soit l'un des moins réussis, y compris musicalement, ce qui dépasse l'entendement), l'épisode sitcom...
Ces épisodes sont avant tout un condensé d'une vingtaine de minute de lâchage total, tant côté scénaristes que côté acteurs. Il s'agit de se faire plaisir en se mettant au défi, puis d'espérer que le défi se remporté et que le plaisir sera partagé. L'épisode sitcom est un excellent exemple : en soi, il n'est ni drôle ni même bien écrit ; mais pour quelqu'un qui vient du sitcom traditionnel comme Bill Lawrence, clairement, c'est un moment d'amusement avant tout. Le spectateur apprécie ces épisodes à la condition d'admettre comme présupposé que Scrubs est une grande famille de gens de la télévision qui s'adore et qui a envie de se lancer dans un délire, et que nous sommes invités à le partager quand bien même ce n'est pas exactement pour ce qui en résulte qu'on aime le plus la série. Ces épisodes fonctionnent principalement parce qu'à ce moment-là, on a le sentiment de faire partie de cette équipe.

Mais il y a les autres. Les vraies variations, les vraies innovations narratives.
Les épisodes à point de vue, par exemple, comptent parmi ces prouesses : Her story, His story, Their story, etc... sont autant de déclinaisons brillantes et vibrantes du principe sur lequel repose la série. Le meilleur de tous reste à mes yeux le premier volet de Their story, qui permet de rendre hommage à tous les personnages secondaires de la série à travers The Todd, Jordan et surtout Ted, qui offrent ici une remarquable opportunité de renouveler le propos de la série par un simple rafraîchissement de perspective.
Dés la première saison, Scrubs prouve ouvertement qu'elle est capable de contorsions intelligentes et osées avec son scenario, comme dans My Old Lady (encore !) qui parvient à apporter à la fois un regard plein d'humilité sur le métier de médecin, une interrogation sur la mort, comme on a pu l'évoquer plus tôt, et un twist final parfaitement maîtrisé.

Mon préféré (vous savez : avec 181 autres !) reste cependant My Way Home. Jonglant avec une agilité incroyable entre son propos, l'émotion qu'il véhicule, et une palette de références de la plus subtile à la plus évidente au Magicien d'Oz, l'épisode est l'un des meilleurs de l'histoire du format d'une demi-heure. Et il ne dure qu'une demi-heure ! On se prend à rêver à ce que pourraient faire les scénaristes avec un format d'une heure entre les mains !

D'autres épisodes encore, viennent gonfler les rangs de ceux qui vous font pousser un juron admiratif à la fin de l'épisode, et je ne peux tous les citer, mais pendant la plus grande partie de son existence, Scrubs va se faire un devoir de ne jamais se reposer sur ses lauriers, et c'est cette ambition, alors que la série fonctionne parfaitement sans ces coups de génie ponctuels, qui fait d'elle ce que j'ai presque envie d'appeler un chef d'oeuvre. Rien de moins.

ItsDangeroustogoalone-WizardofOz

Presque ? Oui, presque.
Ecoutez, les enfants, arrivés là, il faut qu'on s'asseye et qu'on parle. J'ai chanté les louanges de Scrubs depuis le début de ce post, les plus courageux d'entre vous ont vécu suffisamment vieux pour arriver à cette partie de la review, et je crois que vous avez mérité que je sois totalement franche avec vous.

Comme la plupart des gens qui ont vu l'intégralité de Scrubs, je m'apprête donc à me joindre au concert de sifflets accompagnant la saison 9.
Je n'étais pas très attentive au sort de la série à l'époque ; comme je la considérais comme une simple comédie (et que, soyons sincères, jusqu'à il y a quelques années, je déconsidérais énormément les comédies avant de m'atteler à la tâche d'en redécouvrir et réhabiliter quelques unes), je n'avais pas tellement suivi l'affaire de son annulation par NBC puis de sa récupération la maison-mère ABC. Très franchement, j'avais bien entendu un vague bruissement de mécontentement, mais je l'avais écarté de mes préoccupations rapidement.
Maintenant que j'ai achevé ce marathon, je comprends. Je comprends la colère, je comprends le dégoût, je comprends... l'incompréhension.

Que diable s'est-il passé ? Qui a tordu le bras à Lawrence et sa bande avec une telle insistance qu'il a montré tant de mauvaise volonté à écrire ces épisodes ? Ca a dû être d'une violence folle pour qu'on en arrive là.

La fin de la saison 8 donnait, déjà, des signes d'essoufflement ; certains acteurs donnaient des signes d'essoufflement, mais surtout, les sujets semblaient tourner en boucle, avec l'arrivée d'internes ne parvenant pas souvent à soulever des sujets originaux.
Mais avec encore quelques excellents épisodes dans ses manches (comme le puissant My Last Words) et surtout un season finale à mourir de chagrin (more on that in a bit), Scrubs montrait qu'elle n'était pas à l'agonie, elle semblait même mourir de sa belle mort. Mais il a fallu qu'un sorcier fou fasse revenir la série d'entre les morts, visiblement pour des raisons purement pécunières, et c'est un zombie qui est revenu à la vie.

Là où la saison 8 ramait pour renouveler les découvertes de ses internes, les étudiants en médecine de la saison 9 font tout simplement de la brasse coulée. Non que tous les personnages soient à jeter (comme le prouve la persistance de Denis "Jo" Mahoney, apparue l'année précédente, ou l'arrivée de Drew Suffin), mais ils n'ont clairement rien à raconter. Pire que ça : ils vont mal le raconter.
Il n'y avait aucun mal ni crime de lèse-majesté à changer la perspective, abandonnant la psyché délirante de JD (Zach Braff se contentant de n'apparaitre que dans quelques épisodes, et encore, uniquement parce qu'il était sous contrat je pense) pour entrer dans celle d'un novice ; mais en reprenant un personnage similaire à JD, en la personne de Lucy Bennett, l'échec est total. Il aurait bien mieux valu s'intéresser à un personnage portant un regard nouveau sur le monde de la médecine ; Drew, avec son background riche et son sarcasme (plus son rapport inédit au Dr. Cox) aurait été une cible de choix. Au lieu de ça, on est dans la répétition totale, et purement stérile, des mêmes questions posées sur le même ton, des insécurités et du monde de Bisounours (pardon, des chevaux). Quel intérêt ?

Pour couronner le tout, cette 9e saison s'arrête de façon honteusement abrupte et vaine, avec un épisode qui n'est pas une vraie conclusion à quoi que ce soit, et certainement pas à une série qui aura vécu près d'une décennie sur les écrans américains.
La flemmardise et l'absence de passion qui sont palpables à chaque épisode de cette saison ont de quoi donner l'impression à Whitney Cummings qu'elle écrit un chef d'oeuvre. C'est vous dire mon niveau de colère.
Et encore, ne me lancez pas sur les webisodes Scrubs: Interns.

Scrubs_Saison9

Dans ces conditions, je préfère donc m'en tenir au series finale de la saison 8 ; il était écrit pour après tout. Et il clot à merveille la série, avec encore une fois, la bonne dose d'intelligence, d'humour et d'émotion.

Je suis souvent émotive quand une série s'achève (même quand je ne l'ai intégralement découverte qu'à l'occasion d'un marathon d'un mois), c'est d'ailleurs sans doute ce qui explique que j'évite au maximum de regarder les épisodes finaux des séries que j'aime (toujours pas vu la fin de Pushing Daisies, et ceux qui ont suivi mes activités cette année savent que j'ai soigneusement évité d'en arriver là en écourtant mon Piemarathon cette année, parce que je suis une lâche dans ce genre de cas, et que je n'aime pas devoir dire adieux ; bon sang mais pourquoi croyez-vous que je ne sois pas cinéphile, enfin ?). Je redoute d'ailleurs la fin du Ozmarathon, mais on aura le temps de voir ça de près (déjà je vois bien que je renâcle à poster mes reviews, c'est un signe qui ne trompe pas, je me connais comme si je m'étais faite).
Mais à ce point ? C'était quasiment inédit ; il ne doit y avoir qu'une ou deux autres séries qui m'aient fait cet effet-là. Voilà comment les choses se sont passées, j'ai regardé l'épisode, passé 98% du temps à sangloter bruyamment, et à la fin, je me suis roulée en boule dans mon lit et j'ai pleuré une bonne heure d'affilée. C'était méchamment brutal, comme sensation de perte et de déchirement, et pourtant, je suis une chialeuse, téléphagiquement, c'est vous dire s'il y avait du niveau.

Là j'ai l'air de faire la maligne (ça se voit parce que mon vocabulaire s'est relâché), je fais semblant d'avoir pris du recul et de me moquer gentillement de ma réaction extrême, mais vous lisez le post de quelqu'un qui a dû s'y reprendre à plusieurs fois, aujourd'hui, pour écrire les morceaux de ce post, tout simplement parce qu'elle éclatait en sanglots (et j'écrivais pourtant mon post au bureau entre deux trucs, pas vraiment le contexte propice aux émotions débridées). Pas vraiment parce que j'avais terminé Scrubs, mais parce que ce final de la saison 8... je veux dire : ce final (le déni, ya que ça de vrai), m'a touchée de façon intense et totalement imprévisible.

Il y a environ un mois, je me suis lancé le pilote de Scrubs comme ça, pour déconner. Quelques semaines et 182 épisodes plus tard, je suis à l'agonie. La téléphagie est ainsi faite qu'on peut être surpris à chaque moment par des fictions qu'on juge parfois mineures, qu'on croit connaître parce qu'on les a survolées ; je n'ai jamais été capable d'être assidue avec une diffusion télé et je mesure, avec cette expérience, à quel point les marathons peuvent faire comprendre au téléphage qu'il passe à côté de véritables perles.
Scrubs s'est achevée il y a deux ans et demi, et je n'en ressens la brûlure qu'à présent. C'est un peu triste, mais moins que si j'avais continué de considérer la série comme une comédie plutôt réussie, avec quelques moments d'émotion, mais inoffensive.

Il va me falloir un bon bout de temps avant d'être capable de parler de Scrubs sans hoquet de chagrin. Peut-être bien que pour la première fois, je me suis vraiment, totalement, identifiée à une série. J'aime les séries qui parlent de choses tristes sur le ton de la rigolade, vous le savez bien !
Dans quelques mois, ou plus réalistement, dans quelques années, je me ferai sans doute un nouveau marathon au Sacred Heart Hospital. Mais là, tout de suite, j'ai surtout besoin d'un gros, gros hug de quelqu'un qui a une "odeur de figure paternelle", ou d'un "chocolate bear". Des volontaires pour consoler une téléphage au coeur brisé ?

Posté par ladyteruki à 22:54 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

12-12-12

Tu ne cilleras point

Vous vous rappelez quand j'ai dit que j'avais parfois du mal avec les séries britanniques ? Et la fois où j'ai évoqué le fait d'être assez peu friande de séries d'espionnage ? Voilà.
Donc j'ai testé Spooks.

Spooks

Cela semblait en effet incontournable. Cependant, je crois que Spooks a relativement mal vieilli, au moins si l'on s'en réfère à son pilote.
Celui-ci a en effet toutes les apparences de la série britannique typique qui me repoussait il y a encore quelques années. Pour autant qu'il s'agisse, sur le fond, d'une fiction qui semble solide, je n'ai pas pu m'empêcher en la regardant de penser à toutes les fois où (c'était alors que j'avais encore la télévision chez moi) je me dépêchais de zapper en voyant Affaires non classées le samedi soir, notamment. Dans le cas d'Affaires non classées, pas de grief contre l'écriture, qui n'était en rien responsable ; simplement j'étais rebutée par le jeu des acteurs (assez rigide), la réalisation (assez chirurgicale), et l'esthétisme (assez glacial). Il se dégageait de l'ensemble quelque chose qui ne me parlait pas, qui ne m'invitait pas à entrer dans cet univers ; j'avais aussi le sentiment d'épisodes qui ne s'adressaient pas à moi, à ma génération (ce qui est ironique quand on sait que je regarde des vieilleries sans aucun froncement de sourcil). On était au tournant des années 2000 et pourtant quelque chose m'y agrippait le pied pour me tenir dans les années 90 ; c'était en tous cas comme ça que je le vivais (alors que, encore une fois, des séries des années 90, j'en ai regardé plein, paradoxalement !).
Le pilote de Spooks m'a ramenée à ce genre d'impressions. C'est vrai que c'est un pilote qui a 10 ans, mais c'est vrai aussi que c'est un pilote qui n'a que 10 ans (d'ailleurs, je ne voudrais pas faire de généralités, mais les séries anglaises ont quant même bien progressé en 10 ans, non ?). Ce genre de réflexe infondé est justement ce que j'essaie de combattre quand je m'attaque aux séries britanniques (et allemandes, ponctuellement). Alors, contrairement à tous ces samedis soirs où j'ai fui peu courageusement devant Affaires non classées, j'ai tenu bon devant le pilote de Spooks, même si, je l'avoue bien volontiers, il y a eu des scènes pendant lesquelles j'ai dû lutter pour rester concentrée.

Pourtant Spooks est d'autant plus impressionnante qu'elle emploie des ressorts typiques de la série d'espionnage, y ajoute des procédés issus de la série policière... pour aborder en réalité un sujet de société. Peu de séries d'espionnage (et peu de séries policières en-dehors de la franchise Law & Order) sont capables de faire ce genre de pirouettes.
Ainsi, le premier épisode de Spooks, dans lequel l'équipe du MI-5 se lance sur la piste d'une terroriste américaine pro-life qui fait sauter des médecins britanniques pratiquant des avortements (et, non, l'ironie de ces actions n'échappe pas aux agents). Comme tous les espions de télévision (ou presque), il va s'agir de mettre des gens sur écoute ou de se faire passer pour quelqu'un d'autre ; comme toutes les forces de l'ordre de télévision, il va être nécessaire de procéder à un interrogatoire... Mais tout cela ne se fait pas sans réfléchir, entre autres, au sens des actions de cette activiste à l'accent du Sud des Etats-Unis. C'est ce qui m'a plu, dans ce pilote, le fait que les agents, et notamment Tom Quinn, ne se contentent pas d'intervenir sur une affaire, mais aussi d'avoir leur propre ressenti à son sujet. La discussion qui en résulte avec la terroriste, pendant l'interrogatoire, se montre à ce titre fascinante.

Après un peu plus d'une semaine passée à observer toutes sortes d'espions et d'agents secrets, c'est là que j'ai réalisé que c'est assez rare, en fait, que ces personnages aient une opinion politique ; ce qui semble être un comble car leur activité est totalement politique ! Beaucoup d'espions tentent de discerner qui sont les gentils et les méchants comme s'il y avait un absolu : je travaille pour les gentils (= le Gouvernement), ou pour les vrais gentils (= les gens de mon organisation qui ne complottent pas contre le Gouvernement, dans les cas où la série d'espionnage mette en place des éléments conspirationnistes).
C'est le cas par exemple dans ALIAS, où une grande partie de la problématique au début était de savoir à qui faire confiance, de choisir son côté. Mais pas d'avoir une opinion, in fine, sur ce qui allait réellement arriver si un camps parvenait à ses fins. Et si le SD-6, en dépit du fait qu'il n'agisse pas dans l'intérêt du Gouvernement, servait mieux le bien général que la CIA ? La question ne semblait pas vraiment se poser à Sydney Bristow. Ces derniers jours, aucune question similaire n'a semblé se poser pour Annie Walker (de Covert Affairs) ou Sam Hunter (de Hunted) non plus, qui travaillent pour un organisme, quel qu'il soit, dont elles ne questionnent jamais les intentions, mais plutôt la nature des agissements.
Ici, Tom Quinn, dont nous pouvons voir qu'il a énormément de mépris (et sans doute un peu de colère voilée) pour sa cible l'activiste pro-life, affiche clairement que la raison pour laquelle il déploie son équipe sur cette affaire : c'est non seulement parce que, tuer des gens en piégeant leur voiture, c'est illégal, mais tuer des gens au prétexte qu'ils tuent des bébés, c'est effectivement absurde et immoral. Cet engagement du personnage dans la cause dans laquelle il a engagé ses forces et celle des agents travaillant avec lui donne une dimension dramatique qui m'a semblée précieuse à ce pilote.
Cela ouvre, en outre et évidemment, le débat sur la question pro-life/pro-choice, de façon plus originale qu'à l'ordinaire ; une tâche dont en général une série juridique s'acccomplit bien plus souvent qu'une série d'espionnage ; en cela, le point de vue sociétal du premier épisode de Spooks semble vraiment original étant donné le genre.

Malgré cette vision ambitieuse de la série d'espionnage (et un coup d'oeil au résumé de quelques autres épisodes de la série semble indiquer que c'est un esprit qui dépasse le cadre du pilote), Spooks, c'est aussi une grande humilité dans sa façon de montrer le travail d'espion. Cette humilité se traduit par le choix, d'une part, de montrer des hommes et non des superhéros (la seule raison pour laquelle la bombe n'explose pas en fin d'épisode... est un vulgaire coup de chance, sans quoi tout le monde sautait), capables de faire du bon travail, mais pas à l'abri d'une bévue. L'exemple absolument génial trouvé par le pilote est quand une maison doit être mise sous écoute, évidemment en laissant l'endroit intact pour que leur cible ne se doute de rien ; sauf que lorsque l'équipe a pénétré le bâtiment, ils craignent d'avoir laissé s'échapper le chat ! Le temps perdu à essayer de mettre la main sur un bête matou, dont l'absence suffirait à compromettre l'opération, et le sentiment d'absurdité de la bévue, renforcent l'impression que parfois, remplir une mission pour le MI-5 tient à peu de choses. A cela encore faut-il ajouter les insécurités des personnages, comme dans l'échange entre Danny et l'une des collègues, laquelle explique qu'elle ne se sent pas à l'aise parce qu'il y a une procédure qu'elle n'a quasiment jamais employée. Cette humilité est précieuse, surtout si on la compare à l'incroyable aplomb d'espions qui, même débutants, semblent toujours savoir comment se comporter, et connaître leur manuel par coeur. Imagine-t-on Jack Bauer (parfait exemple du personnage d'espion pas inquiété par les questions d'humilité) admettre qu'il n'a fait une manoeuvre qu'une fois lors de sa formation ? Pas vraiment. Pourtant cela donne en un instant une épaisseur appréciable aux personnages, et les rend incroyablement plus humains.

Spooks, c'est aussi, un peu, une série dramatique, et c'est Tom Quinn (encore lui) qui incarne cet angle dans cet épisode inaugural. L'homme entretient en effet une relation naissante avec une mère célibataire, à laquelle il doit mentir sur son identité ; il se fait passer pour Matthew Archer, un simple fonctionnaire travaillant dans un service informatique. Il est clair cependant que ce mensonge ne pourra durer qu'un temps, et Quinn en semble éminemment conscient. Lorsqu'il s'absente sous un prétexte fallacieux pour passer un coup de fil ("des serveurs ont sauté ?", lui demande sa dulcinée ; "presque tous", glisse-t-il avant d'aller appeler sa collègue Zoe à propos d'une terroriste internationale), ce mensonge ne reste pas innocent ; il est surpris en pleine conversation par la fille de sa petite-amie, laquelle répètera ensuite le prénom de "Zoe" en se brossant les dents le soir-même.
Quinn s'inquiète-t-il que le nom de "Zoe", répété par la petite, éveille des soupçons chez la femme qu'il aime ? Pas vraiment : un si petit détail ne peut pas suffire à dévoiler son secret, à quoi bon chercher à empêcher la gamine de le prononcer ou s'essayer à une explication précipitée ? Mais il semble aussi tout-à-fait clairvoyant quant au fait que le mensonge ne fonctionnera pas éternellement. En fin d'épisode, il explique tout simplement qu'il a un secret, et qu'il ne peut pas en parler, et que c'est comme ça, mais que ça ne l'empêche pas de ressentir de l'attachement.
J'ai trouvé ça très touchant, bien plus que s'il avait tenté de rattraper le coup. Ce n'est pas que son coup de fil mensonger soit une menace pour son secret, c'est que son secret soit une menace pour son couple qui est immédiatement posé comme question. Cela évite bien des artifices sur l'éternel thème de la double-vie des espions.

Pourquoi j'ai, au regard de ces excellents ingrédients, eu tout de même du mal avec le pilote de Spooks ? Eh bien parce que, comme je l'ai dit, il ne s'agit pas d'une série qui nous invite à entrer aisément dans son univers ; une fois de plus, j'étais rebutée par le jeu des acteurs (assez rigide), la réalisation (assez chirurgicale), et l'esthétisme (assez glacial), quand bien même le fond de cet épisode était, répétons-le encore une fois, parfaitement intéressant. Pour une série capable d'apporter quelque chose de si humain dans sa trame, que des facteurs de forme empêchent l'empathie, l'identification ou la plupart des formes d'émotion, est vraiment dommageable de mon point de vue. Je le ressens comme une mise à distance qui ne m'aide pas à m'intéresser au reste de l'épisode, ces phases plus typique des séries d'espionnage. Ce qui fait la force de Spooks, je le sens bien, c'est qu'elle offre un peu plus que l'espionnage, mais elle ne sait pas le mettre en valeur dans son pilote.

Alors je sais, je sais, ce n'est qu'un pilote, mais tout de même, c'est supposé donner envie, pas suggérer qu'il faudra lutter et s'accrocher pour attraper "le reste", la moëlle, ce qui fait l'intérêt de la série. C'est, très sincèrement, un effort que je ne m'imagine pas faire sur toute une saison, moins encore sur dix.
Cependant, je ne vous cache pas être assez satisfaite de moi : je n'ai pas flanché, j'ai résisté à mon envie d'arrêter le pilote et d'aller plutôt folâtrer dans les couloirs du Sacred Heart Hospital (et ce quand bien même je vienne de commencer la saison 8 de Scrubs), et j'ai réussi à trouver de bons côtés à ce pilote. La téléphage que j'étais il y a quelques années n'en aurait pas eu la patience ; ce n'est pas grand'chose, mais j'ai tenu bon !
Pour ma peine, j'ai gagné le droit d'aller retrouver JD et Turk, tiens !

Posté par ladyteruki à 18:37 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]