ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

31-01-13

Drowning together

Ca se sera joué in extremis : oui, le mois de janvier aura réussi à nous apporter une solide nouveauté, donnant enfin un renouveau d'intérêt au défi que whisperintherain et moi-même nous sommes lancé ! Mesdames et messieurs, standing ovation pour The Americans !

TheAmericans

Les fictions sur l'espionnage ne sont pas exactement mon sujet préféré : et pour cause, j'ai découvert il y a quelques semaines que j'en regardais en définitive très peu (il y a bien eu Rubicon mais plus j'y pense plus je suis à peu près sûre de m'en être détournée au bout de quelques épisodes et de n'avoir pas vu le dernier épisode). Mais quand, en décembre, je me suis risquée à en tenter plusieurs (aussi différentes que peut l'être la palette de nuances de Hunted à Spy, en passant par Spooks et Covert Affairs), je n'en avais trouvé aucune pour tout-à-fait m'électriser ; c'est désormais chose faite.

Pourquoi ? D'abord, parce que The Americans trouve le moyen de parler de la Guerre Froide sans se dérouler dans les années 60, auxquelles beaucoup de fictions ont recours en général, préfèrant revenir sempiternellement à l'époque de la crise des missiles de Cuba et autres faits très notables de l'opposition entre les USA et la Russie. Ecarter cette facilité, c'est d'une part une bonne chose en soi, mais cela permet aussi d'apporter un peu de lumière sur une partie de la Guerre Froide beaucoup moins évoquée dans les séries. Bien que The Americans s'autorise quelques ponctuels fashbacks antérieurs, une grande partie de son action s'intéresse aux années 80 (promis, on est loin de The Carrie Diaries) et s'intéresse au rebond des hostilités entre les deux grandes puissances, un axe qu'on est loin de connaître sur le bout des doigts. C'est donc une première chose.

Mais l'autre raison, la principale raison, de l'excellence de The Americans, qui m'a fait me lever et applaudir à la fin de l'épisode, c'est que les opérations secrètes des héros de cette série ne sont pas au coeur de ce pilote, et a priori pas de la série. The Americans, d'abord et avant tout, est une série dramatique.
Rien n'est passé à la légère dans cet épisode inaugural, et surtout pas la couverture de nos deux agents. Elizabeth et Phillip forment en effet un couple qui se fait passer pour des Américains on-ne-peut-plus moyens, vivant en banlieue, avec deux beaux enfants, et toute la collection de clichés qui va avec ; sauf qu'ils sont donc des espions russes placés là depuis des années, infiltrés dans la société, totalement insoupçonnables tant ils font partie du décor depuis toujours. Derrière l'aspect gadget de ce résumé de leur situation, se cache pourtant une richesse dramatique dans laquelle The Americans va abondamment piocher, revenant à la fois sur la façon dont ce couple s'est formé, la vie des agents avant qu'ils ne se rencontrent, le lien qui les unit dorénavant, etc... Ils forment une équipe et une famille, et l'épisode va bien garder cela en tête dés qu'il va se passer quelque chose, ces deux caractéristiques n'étant jamais traitées en prétexte mais plutôt en opportunité de faire ressortir des conflits entre les personnages, qui eux-mêmes ne sont que l'expression de leur conflit interne. Dans le premier épisode, le personnage d'Elizabeth semble légèrement avantagé, mais légèrement seulement, car en réalité ce pilote se fait fort de décrire une relation complexe, vaste et pleine de sinuosités entre deux personnes qui sont ensemble, qu'elles le veuillent ou non, et qui ont appris à le vouloir par la force des choses, et qui, peut-être, sont en train de découvrir que la force des choses ne fait pas tout.

Je ne veux pas trop vous en dire, mais ce que ce pilote accomplit avec ses deux personnages n'est rien d'autre que brillant et vibrant, l'émotion est impeccablement amenée et montrée ; et cela, tout en menant son intrigue de façon relativement complète du point de vue de l'espionnage. En effet, la mission au début du pilote est réglée à la fin de celui-ci, laissant toute la place aux épisodes précédents pour d'autres missions peu feuilletonnantes, tout en ouvrant la voie à plusieurs fils rouges issus de l'exposition elle-même. Pour moi qui ai une nette préférence pour les débuts de pilotes (c'est après tout là que tout se joue, et donc que l'on met souvent le paquet), le dernier tiers de The Americans est une absolue merveille. La montée en puissance de son intrigue, mais aussi, et surtout, de l'exploration de ses personnages, offres quelques grandes scènes à un cast qui, par ailleurs, est absolument irréprochable. J'aurais envie de vous décrire plus en avant ces scènes, ces développements, mais je ne peux le faire sans vous spoiler, et ça me ferait mal au coeur de vous casser la moitié du plaisir de découvrir progressivement les beautés de ce pilote.

Oh oui, vous pouvez croire le buzz. Tout ce qu'on vous en a dit est vrai. Avec une écriture fine et solide à la fois, une structure souple, d'excellents personnages incarnés par d'excellents acteurs, ce qu'il faut d'émotion, et beaucoup d'intelligence, The Americans s'annonce, c'est certain, comme une série avec laquelle il faudra sérieusement compter.

Ca me fait un plaisir immense que d'avoir ressenti tous ces frissons devant ce premier épisode, non seulement parce que ça n'arrive pas souvent en ce début d'année (ce qui est un peu douloureux quand je compare à l'excellent mois de janvier 2012), mais aussi parce qu'assez peu de séries ces derniers temps sont capables de me laisser pantoise sur mon fauteuil, la mâchoire pendante et les yeux humides, avec pour seule envie de me plonger dans du Phil Collins jusqu'à la semaine prochaine. Une semaine ?! Je ne tiendrai jamais.
...Mon Dieu. Un coup de coeur. J'avais presque oublié comment c'était !

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:26 - Review vers le futur - Permalien [#]

27-10-10

Poudre de Merlinpinpin

Vos réactions ont été plutôt tièdes, mais tout de même nombreuses. Du coup, même si vous n'étiez pas forcément super encourageants, j'ai décidé de jeter un œil au pilote de Merlin, juste histoire de ne pas mourir idiote quand vous étiez si nombreux à avoir vu la série.

Merlinclique

En fait, j'ai même fait une incroyable découverte : un épisode de Merlin s'assortit à la perfection avec mon visionnage matinal d'un épisode ou deux dans le train (hélas souvent 2 en temps de grèves...). Et comme il y a 5 jours dans une semaine travaillée, l'air de rien, je me suis quand même enfilé 5 épisodes de Merlin depuis qu'on en a parlé ! La téléphagie est décidément quelque chose de bien imprévisible...

Et c'était tout comme vous m'aviez dit (comme quoi, on n'est pas forcément déçus quand on entend beaucoup de choses sur une série...!) : les intrigues répétitives, le character development inexistant, le personnage central charmant, la virile histoire d'amitié avec Arthur... Bref un truc sympatoche et franchement pas intellectuel, mais qui divertit. Parfait quand on a toutes les deux minutes les portes du train qui s'ouvrent et se ferment sur fond de sonnerie stridente et de pas pressés vers la sortie.

La série n'est (vraiment) pas exempte de défauts. Les effets spéciaux sont à mourir de rire, j'avais plus vu ça depuis, je sais pas, Xena au moins, et c'était dans les années 90 donc il y avait des circonstances atténuantes.
Mais surtout, il y a ce que j'ai pris l'habitude d'appeler le "prétexte de la mort", déjà parce que l'expression me plait, et surtout parce que dans les 2 premières minutes de l'épisode, il va y avoir un prétexte débile pour que quelqu'un soit à deux doigts de trépasser dans l'épisode. S'il faut brusquement inventer un père à un protagoniste alors qu'il n'a aucune autre utilité que de devenir la victime de la semaine, c'est pas grave, vogue la galère ! S'il faut inventer un personnage machiavélique sorti du néant pour l'y faire retourner au bout de 45 minutes, c'est pas grave, balance ce que t'as ! Et puis, cntractuellement, le dragon a droit à une apparition par épisode, en général sans la moindre utilité, pour parler par énigmes et s'envoler d'un air narquois (dans le monde de Merlin, les dragons sont des salopards), laissant son interlocuteur s'égosiller à la lueur d'une torche avec le désespoir de l'imbécile qui n'a pas compris et qui n'a certainement pas demandé à la bonne personne, mais que ça n'empêchera pas de revenir la semaine suivante refaire le même cirque, comme dans une espèce de relation sado-masochiste. Et puis, il y a aussi le fait que jamais au grand jamais un personnage malfaisant ne dévoilera ses intentions. La sorcière qui a droit à DEUX épisodes (un record) sur les cinq que j'ai vus, par exemple, on sait pas ce qu'elle veut et on s'en fout, elle est juste là pour dresser des obstacles de la semaine, avec un péril de la semaine qui donne lieu à un "prétexte de la mort". Tout-au-plus Gaius se fendra-t-il d'un pseudo-cliffhangerisant "mais on devrait peut-être lui dire", mais on sait très bien que les scénaristes n'ont pas la plus petite idée de ce dont il s'agit, sans quoi ils nous donneraient au moins de quoi vraiment nous demander de quoi il s'agit.
On n'est pas là pour se poser des questions, on n'est pas là pour exiger de la qualité, et on n'est même pas là pour des intrigues cohérentes et/ou feuilletonnantes, non, vous avez voulu de la magie, vous avez voulu un héros au grands yeux bleus, c'est ce que vous aurez et rien de plus.

Pour autant, on s'en fiche, car d'une part ça fait du bien d'avoir un personnage qui n'a aucune envie de sacrifier à l'adage "un grand pouvoir implique de grandes responsabilités", surtout parce qu'il y a quelque chose de vraiment moderne dans la façon d'aborder la série pseudo-historique dans le ton des dialogues, qui dans leurs meilleurs moments sont badins, amusants et rythmés. Franchement, sur une échelle intellectuelle allant de 0 à 10 (10 étant Rubicon et 0 étant la trépanation en regardant Smallville), Merlin se situe pile sur la moyenne, surtout pas plus, et pas moins en tous cas, et au moins on sait pour quoi on signe quand on commence, on n'est pas pris en traitre.
Cette semaine, ma série du train n'est plus Merlin, j'estime avoir fait le tour du sujet après ces 5 épisodes, mais c'est quand même pas mal pour une série qui ne m'enthousiasme pas plus que ça. Nan, c'est pas mal du tout, même...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Merlin de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 12:17 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

14-06-10

Pas sage

Rubicon, ou l'art de nager à contre-courant sans en avoir l'air. Une série pas sagement paramétrée pour cueillir le spectateur sans effort. Une série pas sage.

Rubicon, c'est la série qui s'en fout si son personnage n'est pas sexy ni expressif et qu'il a les yeux clos à force de manquer de sommeil. Rubicon, c'est la série qui s'en fout si elle donne l'impression d'être tournée en Allemagne de l'Est. Rubicon, c'est la série qui s'en fout d'être lancée au cœur de l'été et de proposer uniquement de la pluie et de la neige pour ses décors. Rubicon, c'est la série qui s'en fout si t'as pas de respiration un peu plus légère pour te reposer le cerveau entre deux scènes tendues. Rubicon, c'est la série qui s'en fout si t'as pas fait attention, elle le répètera pas. Rubicon s'en fout de n'être pas facile d'accès, et si t'es pas content c'est le même tarif. Rubicon, c'est la série qui emmerde le spectateur au QI d'huître qui jusque là a cru qu'une série intellectuellement stimulante, c'était The Mentalist.

Voilà pour la profession de foi et, franchement, à ce stade j'ai l'impression que tout est dit. Derrière son aspect le plus repoussant possible (que je soupçonne d'être volontairement décourageant histoire de faire un premier tri parmi les spectateurs), Rubicon possède une grande finesse et une grande intelligence, dont elle partage les manifestations avec son personnage principal (un type apathique dont on sent bien qu'il a l'air plus âgé qu'il ne l'est vraiment) : Will Travers un génie, mais un génie suffisamment doué pour ne pas ressentir le besoin de prendre la pose toutes les 5 minutes et lancer un trait d'esprit pour se faire applaudir. Rubicon et Will ont ceci de commun qu'ils sont tellement intelligents qu'ils n'ont plus besoin d'en faire étalage. A vous de faire attention aux détails, à vous de rester aux aguets, et c'est finalement tellement plus satisfaisant de se dire qu'on a tenu tout le long sans faillir, alors que l'épisode a tenu le rythme sans vous laisser une seconde de répit.

Pas d'humour, pas d'action, pas d'affectif... ce pourraient être des repoussoirs puissants (mais au moins, ceux qui se lancent dans Rubicon savent tout de suite à quoi s'en tenir ; à titre d'exemple, quelqu'un comme Naka saura immédiatement que ça ne lui correspond pas, tout le monde sait immédiatement à quoi s'en tenir), mais ce sont aussi les meilleures qualités de ce pilote.

Ou plutôt : de cette moitié de pilote. Car le pilote complet, il fait deux heures et on a rendez-vous avec lui le 1er août. Nul doute qu'il devrait éponger un peu de la frustration qu'on ressent lorsque le sneak preview diffusé hier soir s'achève.
Ce premier morceau de pilote, s'il pose bien les bases de la série, et son univers d'espionnage aux relents de guère froide, laisse un peu sur notre faim au moment certainement le plus capable de nous donner des perspectives concrètes sur les questions qu'on va probablement de poser pendant toute la saison. Ça va, ça va j'ai compris, je reviens le 1er août !

De la même façon qu'il y a 3 ans, Mad Men, lancée en plein été, faisait figure d'original au milieu des grilles dominées par le soleil, Rubicon joue la carte de l'anti-conformisme, et n'hésite pas à jouer avec les époques. Vraiment, si on n'avait pas cité le 11 Septembre, j'aurais juré qu'on était sur la fin de la guerre froide. Dois-je préciser que passée la surprise, j'ai trouvé cet élément formidable ? Dans les services d'intelligence du American Policy Institute, on ne combat pas les terroristes, on se contente d'essayer d'avoir un temps d'avance sur eux, et pour cela, il faut décrypter, réfléchir, des heures et des heures sans avoir la garantie de comprendre. Dans un bureau de gratte-papiers dont la vie est tout sauf excitante, on voit à quoi ressemble le véritable travail derrière la sécurité nationale. Pour un Jack Bauer, combien de Will Travers, dans la vraie vie ? Ce n'est pas glamour, ce n'est pas rythmé, mais c'est fondamentalement plus utile qu'un barbouze qui croit pouvoir tout régler avec un flingue et un portable.

Lente, froide, terriblement angoissante par ses silences, Rubicon n'est pas faite pour tout le monde, ne vous caresse pas dans le sens du poil et n'a pas la prétention de s'en cacher. Mais c'est un délice que d'atterrir dans ce milieu prometteur.
La première partie du pilote posait avant tout l'ambiance ; maintenant, pour attaquer le vif du sujet, rendez-vous le 1er août.

Rubicon_PasSage

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Rubicon de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:01 - Review vers le futur - Permalien [#]


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