ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

22-04-13

Facultés d'adaptation (director's cut)

BlogFestivalSeriesMania

Cet après-midi, à Séries Mania, se tiendra un débat sur le thème "Adaptations, remakes et reboots : les séries sont-elles toujours aussi créatives ?", dont vous pouvez lire les problématiques sur le programme de Séries Mania.
Dans la formulation, le point de vue est clairement celui des séries américaines, sous-entendant par là que les séries US (notamment de network ; même si de nombreux projets du câble tendent à relativiser cette croyance ces dernières années) sont particulièrement sujettes au remake, à l'adaptation et au reboot. Du coup, je me suis dit qu'en marge de ce débat, j'allais vous parler... eh bien, du reste du monde, les habitudes ayant la vie dure.

Ces termes sont particulièrement connotés négativement dans notre imaginaire (on leur oppose l'innovation et l'originalité), ce que souligne, d'une façon générale, la formulation choisie pour la présentation de la table ronde. Loin de moi l'idée de prétendre que ces séries ressorties des cartons ou des catalogues des pays voisins sont systématiquement d'une folle originalité, mais cet instinct est peut-être un peu limité : l'adaptation et le remake ont parfois leurs vertus. Et pendant qu'inlassablement on débat de l'originalité de la télévision américaine, on oublie parfois que l'adaptation et le remake sont loin d'être des pratiques propres à la télévision US ; de ce fait, elles couvrent des réalités très diverses.

En effet, aux USA, la reprise de séries étrangères et/ou passées remplace le concept d'acquisition, tandis que dans la plupart des pays du monde, l'adaptation et le remake complètent les politiques d'acquisitions. Cette différence majeure explique que la démarche d'acquérir les droits d'une série pour en proposer une version locale n'a pas forcément les mêmes implications dans le panorama télévisuel d'un pays donné.
Promenons-nous donc parmi quelques adaptations récentes venues des quatre coins de la planète, et observons les différentes réalités qu'elles couvrent.

ObratnaiaStoronaLuny

Apprendre en copiant

Diffusée fin 2012,
Obratnaia Storona Luny ("dark side of the moon", les Russes étant moins familiers de Bowie que de Pink Floyd) reprend l'histoire de Life on Mars. Vu qu'assez peu de séries britanniques sont, pour le moment, adaptées ailleurs qu'aux États-Unis, ce cas peut sembler exceptionnel, mais rappelons que la Russie est coutumière des adaptations.

Le pays a, depuis environ le début des années 2000, déployé un goût prononcé (qui a dit douteux ?) pour les remakes. Mais jusque là, le phénomène s'était cantonné aux comédies (nord-américaines) et aux telenovelas (sud-américaines), donnant néanmoins des résultats souvent très probants au niveau des audiences, même si je ne souhaite à personne de voir un épisode de
Maia Prekrasnaia Niania, pas même à mon pire ennemi. Cela a conduit les grilles russes à être dominées, pendant plusieurs années, par des comédies et des soaps. C'était vrai à plus forte raison sachant que les séries dramatiques russes ont une nette propension à calquer leur format sur celui des mini-séries (les séries policières, comme souvent, faisant figure d'exception de par leur formule déclinable à l'envi). Les comédies, en revanche, sont inspirées de sitcoms américains ayant aisément franchi la centaine d'épisodes dans leur pays natal, et de telenovelas qui par définition ont également un nombre d'épisodes conséquent, et il y a donc du matériel pour longtemps ; du fait d'une structure généralement peu exigeante en termes de production value, les épisodes peuvent de surcroît être fabriqués "à la chaîne" en un temps record, c'est donc vraiment tout bénef !
En conséquence de quoi, il n'est pas rare qu'en Russie, pour un sitcom, une saison d'une vingtaine d'épisodes soit diffusée en quotidienne pendant quelques semaines, et qu'une autre saison la suive quelques mois plus tard : pourquoi diffuser une saison par an quand on peut en diffuser une tous les 6 mois en bossant vite fait ?

Adapter des formats d'une demi-heure a donc modifié le panorama russe, créant une nouvelle façon de produire (plus d'épisodes, plus de saisons) qui n'était pas dans les habitudes locales plus tôt. Le processus a été décrit dans
Exporting Raymond, documentaire qui montre le passage de Tout le monde aime Raymond à la moulinette d'un network russe ; l'expérience a d'ailleurs prouvé que le pilote de Voroniny, l'adaptation en question, n'a pas nécessairement été affligeant, ce qui prouve que le modèle a du bon non seulement d'un point de vue commercial, mais aussi qualitatif.
Bonus non-négligeable, les adaptations russes de sitcoms américains, qui semblent parfois risibles à un regard extérieur (et pas forcément à tort...), ont permis de former une génération complète d'auteurs de télévision russes à la comédie télévisée, qui jusque là, sans en être absente, restait marginale. Grâce à ces copycats, le paysage télévisuel russe s'est transformé ; à force de copier des œuvres originales (avec l'aide, bien souvent, d'auteurs ou producteurs de la série d'origine, faisant alors office de formateurs), la Russie a fait évoluer son marché intérieur.

Depuis quelques années, désormais, la Russie s'intéresse aux formats plus longs, et aux productions dramatiques plus ambitieuses. Ainsi était née, en 2010,
Pabieg, adaptation de Prison Break pour Perviy Kanal, et ainsi est née, il y a quelques mois, donc, Obratnaia Storona Luny, toujours sur la première chaîne.
Le cheminement reste strictement le même que celui qui a présidé à la commande d'adaptations de comédies : comme on sort de l'argent pour acheter les droits, ainsi que pour acheter également les scripts clé en main, on s'attend à rentabiliser l'investissement ; adapter des séries dramatiques étrangères se fait donc souvent avec l'espoir de les diffuser sur plusieurs saisons. L'adaptation, en Russie, ouvre donc une fois de plus la porte à des mutations du marché télévisuel national et de ses pratiques, puisqu'en-dehors des séries policières, le renouvellement de séries dramatiques originales était plutôt marginal jusque là. Production coûteuse,
Pabieg n'a pas tout-à-fait rencontré le succès espéré, et "seulement" deux saisons ont vu le jour (pas trouvé de trace d'une troisième qui serait en production, et les critiques semblent encourager Perviy Kanal dans ce sens). La raison se logeait dans sa production un peu pauvre comparée à l'originale, et son manque d'intérêt dans le contexte russe.

Ca a vraiment bien marché en revanche pour
Obratnaia Storona Luny cet hiver. Le succès de cette série est dû à plusieurs facteurs, inhérents à la question de l'adaptation. Ce n'est pas simplement une question d'acteurs ou de moyens qui a permis l'enthousiasme du public, même si l'acteur principal se débrouille plutôt bien et parvient à faire oublier John Simms (si-si, je vous jure). Ce qui a fait la différence, c'est bien l'équilibre trouvé entre savoir-faire étranger et capacité d'adaptation au contexte culturel de la Russie. Dans le cas d'Obratnaia Storona Luny, repartir dans en 1979 n'a évidemment pas le même sens pour un Russe que pour un Britannique, et la série a dû utiliser les spécificités de l'Histoire russe ; il fallait donc adapter le contexte d'origine à celui, plus complexe, de la Russie soviétique, et cela, le simple achat de script ne peut le couvrir. Obratnaia Storona Luny a donc usé des talents des auteurs russes pour la fiction historique (vaste question, il est vrai) afin d'offrir une œuvre profondément ancrée dans le contexte russe. A partir de là, l'aspect nostalgique (qui a fait le succès de Vosmidesiatye plus tôt en 2012) a sans aucun doute joué. A ce travail de fond s'ajoutait l'apport du savoir-faire britannique : la production a reçu l'aide d'un producteur de la BBC envoyé comme consultant. Le résultat, c'est une série russe qui se place aisément dans le haut du panier des séries dramatiques de par sa production value.

Et cela, il faut le noter, alors que le public russe a déjà vu
Life on Mars (sous le titre de Jizn na Marsie), avec des audiences décentes, mais pas épatantes. Ici, clairement, Obratnaia Storona Luny a été un succès (leader de sa case horaire sur Perviy Kanal), et a d'ailleurs été renouvelée pour une seconde saison, même si on ignore pour le moment quand elle sera diffusée.
C'est d'ailleurs le cas de toutes les séries étrangères adaptées par les chaînes russes jusqu'à présent : elles ont déjà été diffusées sur le sol russe par le passé ; on voit bien la différence avec les USA, qui adaptent ce qu'ils savent pertinemment qu'ils ne diffuseront jamais. Et ça n'a pas du tout l'air de déranger les spectateurs russes de voir deux fois des histoires similaires... peut-être parce que, depuis le temps, ce public perçoit que, dans les changements induits par la naturalisation d'une série, on peut trouver de nouvelles raisons de suivre une même histoire.

GalipDervis

Le besoin et l'envie

Lancée le mois dernier, 
Galip Derviş est l'adaptation turque de Monk, sur la chaîne Kanal D (un "derviş", qui se prononce derviche, est un... moine). Ce qui est intéressant en Turquie, c'est que, contrairement à la Russie, le rayonnement des séries turques est indubitable (pour vous en assurer, vous pouvez relire la première partie de ce post). La télévision turque connaît actuellement un véritable âge d'or, et n'a pas vraiment besoin d'adaptations dans ses grilles.
Pourtant, loin de mettre tous ses œufs dans le même copieux panier, la chaîne Kanal D a décidé, en marge de ses séries originales loin d'être dans les choux, de commander un nombre croissant d'adaptations, et d'adaptations de séries américaines de préférence :
İntikam (pour Revenge, souvenez-vous), Umutsuz Ev Kadinlari (pour Desperate Housewives, là encore, rappelez-vous, j'avais comparé les deux pilotes) et désormais Galip Derviş, donc, font quelques belles heures de télévision sur le sol turc. Pour l'anecdote, on note très peu d'adaptations de séries autres qu'américaines, à l'exception de 1 Erkek 1 Kadin, versions turque d'Un gars, Une fille (née sur la chaîne du satellite TürkMax, et reprise l'an dernier par le network Star TV).

Ce qui est intéressant, c'est que la Turquie mise avant tout sur des séries "légères" pour ses adaptations : les vraies séries dramatiques, les créations originales s'en chargent. Par contre, quant il s'agit des comédies, des dramédies et des primetime soaps, là, ok, on veut bien prendre des concepts étrangers. En gros, les Américains, on les aime bien, mais pour divertir la famille au sens large et/ou les ménagères ; pour des séries complexes, des reconstitutions historiques méticuleuses, des dramas sombres et des thrillers virils, on va se débrouiller nous-mêmes avec nos scénaristes, merci, on a tout ce qu'il nous faut.
Une position originale, sachant qu'il est généralement moins facile d'adapter des comédies et de trouver le succès (problème d'humour culturel) : dans une majorité de pays de la planète, un remake de comédie américaine est souvent voué à l'échec en termes d'audiences. Qui plus est, quand on sait que les Turcs produisent déjà plein de soaps à succès, qui eux-mêmes se regardent dans toute la région, voire plus, on ne peut pas dire que les chaînes turques soient à la traîne de ce coté-là, ni aient besoin d'aller acheter les scripts des copains.

Alors pourquoi le faire ? Explication en trois étapes :
- à la différence des Russes, les Turcs pourraient très bien se passer d'adaptations, donc. Mais les séries étrangères sont jugées divertissantes (avec une dimension peut-être légèrement péjorative), au sens où un spectateur turc n'attend pas grand'chose d'une fiction américaine. Ça se regarde sans y penser, quand le public a tendance à s'investir dans une série nationale ;
- à la différence des Russes également, les Turcs ne tiennent pas avec ces remakes leurs plus gros succès d'audiences, et s'accommodent fort bien de cela ; à titre d'exemple,
Galip Derviş est diffusée trois fois par semaine (un inédit le jeudi à 23h, rediffusé ensuite le samedi après-midi et le dimanche matin) ; la série permet en outre à Kanal D de proposer une fiction originale sans redouter de se faire écraser par la grosse production que la chaîne publique TRT1 diffuse le jeudi soir à 22h50, Şubat, et qui attire un public plus exigeant : l'échec est moins cuisant si l'investissement initial est minime.
- enfin, à la différence des Russes encore, le public turc n'a pas souvent vu la série d'origine ;
Revenge n'est par exemple pas encore diffusée en Turquie, et vu que désormais c'est par İntikam que les spectateurs turcs ont pris connaissance du revengenda, il y a fort à parier que ce n'est pas pour tout de suite. Ou comment un network américain très désireux de vendre des droits d'adaptation à tout le monde (jurisprudence Desperate Housewives) a trouvé le partenaire parfait avec une chaîne turque désireuse de ne rien diffuser d'étranger en primetime.
Conclusion : les adaptations de séries étrangères sont, en fin de compte, plus ou moins des projets "bouche-trou" : ils font des audiences décentes, mais pas explosives, et on ne leur en demande pas tant de toute façon. Ils sont là à la fois pour offrir une programmation non-importée facile à produire (le travail de développement étant simplifié, par définition) et facile à diffuser à peu près quand on veut. Ça coûte peu cher, c'est flexible, ça a fait ses preuves, et de toute façon, le public ne s'y attachera pas, c'est juste pour passer le temps.
Les adaptations, les Turcs n'en ont aucun
besoin. Mais il semblerait que le public en ait envie, pour varier leur menu télévisuel, et pour les chaînes, ces mêmes adaptations servent de tampon dans les grilles. C'est aussi simple que cela.

Dans le cas de
Galip Derviş, la production turque reprend les ingrédients, jusque dans l'accompagnement musical, de la série Monk. Le copier-coller est flagrant (et évidemment assumé), à une nuance près : la version turque dure 90 minutes, comme toutes les séries turques...

Aaf

Refaire pour comparer ?

Dans le domaine de la comédie cette fois, parlons d'
Aaf!, l'adaptation aux Pays-Bas du sitcom Rosanne, sur RTL4. La chaîne néerlandaise n'en est pas à son coup d'essai en la matière : il y a quelques mois, elle avait par exemple lancé Golden Girls, l'adaptation, vous l'aurez deviné, de la série américaine des années 80 quasi-éponyme. Par le passé, elle a également adapté Tout le monde aime Raymond sous le titre Iedereen Is Gek Op Jack ; chez RTL Boulevard (on reste en famille, donc), on ambitionne d'ailleurs d'adapter La croisière s'amuse dans un avenir très proche.

Sur le papier,
Aaf! est tout ce qu'on redoute dans une adaptation d'un sitcom américain commençant légèrement à prendre de l'âge : une comédienne locale connue (Annet Malherbe, que les spectateurs français ont eu l'occasion de voir dans la série Gooische Vrouwen, alias Jardins secrets) à qui on offre un rôle qui a fait ses preuves et que tout le monde connaît. Le résultat est généralement kitschissime, car il n'est pas rare qu'au nom de la prétendue identité de la série originale, ou, au mieux, au nom de la nostalgie, la nouvelle série ressemble à s'y méprendre à la série originale, en dépit du fait qu'elles aient plusieurs décennies d'écart. Golden Girls, la série néerlandaise, avait exactement ce tort, qu'avait également la version espagnole, La Chicas de Oro (un gros bide pour La 1 en 2010) : pourquoi refaire une série des années 80 à l'identique quand des rediffusions suffiraient ?

La différence, c'est peut-être qu'
Aaf! est une adaptation intelligente d'une série qui ne l'était pas moins. La version néerlandaise (qui est à l'heure actuelle le seul remake officiel de la série Roseanne de par le monde) ne cherche absolument pas à faire mine de se dérouler dans les années 80/90, le pilote commençant même par une dispute entre les enfants autour de l'ordinateur, des réseaux sociaux et d'un iPhone, histoire de mettre les choses au point très vite. L'idée motrice de cette adaptation est avant tout de reprendre le sujet de Roseanne, et non son identité au sens strict, et ainsi de suivre les Jansen, une famille modeste... mais pas ouvrière. Eh oui, les réalités ayant changé depuis 1988, l'héroïne ne travaille plus sur une chaîne de montage, mais dans un call center. Les problèmes rencontrés par Annet Jansen et les siens sont les mêmes, touchant les spectateurs de la classe moyenne directement dans leur quotidien. Résultat : excellentes audiences, et surtout, la preuve qu'une adaptation n'est pas obligée de singer l'original.

Roseanne était une série engagée ? Le processus par lequel Aaf! a pris sa forme finale, et la comparaison entre l'original et l'adaptation, le sont tout autant : pour les classes très moyennes, tout change, et rien ne change. La crise reste la crise.

TonbiNHK

Valeur ajoutée

Un cas de figure que nous n'avons pas encore abordé est celui du remake à l'intérieur-même des frontières (qui est certainement le plus lourd reproche adressé aux séries américaines s'y risquant). Le Japon, parmi quelques autres, est friand de ce procédé, et l'a montré de façon plutôt éclatante ces derniers mois avec
Tonbi, un roman de Kiyoshi Shigematsu publié en 2008, dont deux adaptations différentes ont été diffusées à un an d'intervalle sur les écrans nippons.
Tonbi, l'histoire d'un père très modeste qui élève seul son jeune fils à qui il veut offrir le meilleur, emprunte toutes les recettes d'un drama familial émouvant et optimiste. Mais il se double aussi d'une dimension historique puisque tout commence dans les années 60, alors que le fils a trois ans ; l'histoire suit celui-ci jusqu'à l'adolescence.

En janvier 2012 d'abord, la NHK propose un tanpatsu (un téléfilm, ou téléfilm en deux parties dans le cas présent), qui trouve un succès critique incontestable ; c'est tout-à-fait le genre de séries que propose volontiers la chaîne publique, et qui lui confère son excellente réputation en matière de séries, bien que les audiences ne suivent pas toujours.
C'est le cas ici, car assez peu de spectateurs japonais ont regardé les deux volets, en dépit d'une diffusion à une heure de très grande écoute, le samedi à 21h. Il n'empêche : salué pour sa qualité, le
Tonbi de NHK (photo ci-dessus) va faire une jolie carrière internationale, et obtiendra d'ailleurs le prix de la Meilleure mini-série au festival de Monte-Carlo quelques mois plus tard.

Le succès à la fois du roman, mais surtout de l'adaptation qu'en fait NHK, n'échappe pas à TBS, qui met en chantier séance tenante sa propre adaptation, avec la rapidité propre à l'industrie télévisuelle japonaise. Rappelons que tous les trois mois, les chaînes japonaises changent intégralement leurs grilles de fictions (à l'exception de deux cases horaires pour la NHK qui ont respectivement un rythme semestriel et annuel), et lancent donc de nouveaux projets de séries tous les trimestres. Lancer un remake en un temps record ? Ça n'a rien d'une exception. Moins friande de tanpatsu familial, TBS opte de son côté pour un format plus classique, le renzoku : une dizaine d'épisodes diffusés hebdomadairement pendant la saison hivernale, de janvier à mars 2013, donc, le dimanche à 21h, case convoitée s'il en est, et parmi les rares dans les grilles japonaises à mettre en concurrence plusieurs fictions.

A ce stade on pourrait penser que le public japonais, qui n'avait pas accroché en masse à la première adaptation de NHK, ne va pas tellement se précipiter pour assister au remake. C'est oublier que la machine TBS connaît son affaire : le cast est irréprochable, le générique de sa version de
Tonbi est interprété par un chanteur très populaire, et ainsi de suite, bref tout est fait pour attirer un large public... et c'est effectivement ce qui se produit, avec des audiences deux fois plus importantes que pour le Tonbi de NHK dans une case pourtant plus difficile ! Le public est venu en masse, mais encore fallait-il le garder ; ça a été le cas, et même mieux : au termes de la diffusion, le 10e et dernier épisode a rassemblé 20% des parts de marché, un score devenu rare à la télévision nippone. Avec Tonbi, TBS a tenu son plus grand succès de la saison, avec une série qui n'avait rien d'inédit, mais qui, par la bonne combinaison de marketing intelligent et, évidemment, de qualité, a su toucher les spectateurs... D'ailleurs, la version 2013 de Tonbi a décroché deux récompenses aux Nikkan Sports Drama Grand Prix (un prix décidé par le vote des lecteurs de la revue Nikkan Sports), il y a quelques jours : un comme Meilleure Série, l'autre comme Meilleur acteur pour Masaaki Uchino.
En fait, TBS a démocratisé la recette initiale de
Tonbi : sans en dénaturer les qualités, la chaîne s'est appropriée le sujet pour en faire un vrai rendez-vous grand public, quand celui-ci était passé à côté d'une première version plus confidentielle. Une jolie vertu pour un remake, non ?

InTherapyAllStars-Legendes

Traitement local

Mais ces dernières années, le champion toutes catégories de l'adaptation, c'est
BeTipul. Les autres séries peuvent rentrer chez elles, il n'y a pas de match.
Le drama israélien a été adapté dans une liste de pays longue comme le bras : les États-Unis, bien-sûr, avec
In Treatment sur HBO (ce qui a permis à HBO Central Europe de sortir quatre versions locales, dont Terápia en Hongrie, et În Derivã en Roumanie), mais aussi aux Pays-Bas avec In Therapie, au Brésil avec Sessaõ de Terapia, en Argentine avec En Terapia, ou, plutôt sympathique pour nous autres francophones, En Thérapie au Québec. La liste est loin d'être exhaustive, et ça donne la montage ci-dessus, avec une tripotée de thérapeutes aux quatre coins de la planète, et je ne compte même pas les patients. Et je vous dis ça sans compter Shinryouchuu, version japonaise "inspirée de" BeTipul (traduction : j'ai pas voulu payer pour les scripts), tournée sur le monde du lycée.
Dernière victime en date de cette épidémie : l'Italie, qui s'y colle depuis quelques semaines sur Sky Italia, avec...
In Treatment, parce que pourquoi faire compliqué ?

La tactique adoptée pour la revente des droits par les Israéliens est assez différente de celle de la plupart des séries : il s'agit de chercher des interlocuteurs à portée limitée (chaînes du câble ou du satellite, par exemple ; ou dans le cas du Québec, à portée locale et non nationale), de façon à maintenir une certaine demande : la série est bonne, mais elle n'est pas facilement accessible dans une région donnée. Mieux que ça encore : le format ne coûte rien à produire (pour schématiser : un canapé et un fauteuil, et on est partis), est déclinable à l'infini dans une grande variété de langues (la preuve).
BeTipul n'a, de surcroît, presque jamais été diffusée à l'étranger (il me semble qu'une obscure chaîne câblée diffusant des programmes en hébreu l'a montrée aux USA, mais je vous dis ça de mémoire), et mise sur le fait que personne ne peut/veut acheter les droits de diffusion. De ce fait, pour les pays dans lesquels elle est adaptée, la série fait figure d'inédit total.
Il faut dire que non seulement son sujet, mais sa structure également, s'accommodent assez peu des contraintes des grandes chaînes. Même si l'on met de côté son aspect claustrophobique pas franchement avenant pour le très grand public, le format de
BeTipul repose sur une série d'entretiens diffusés de façon quotidienne : du lundi au jeudi, le personnage du psy reçoit ses patients, et le vendredi, c'est lui-même qui suit une thérapie. Combien de grandes chaînes se lanceraient dans pareil défi à une heure de grande écoute, à un échelon national, et en quotidienne ?
D'autant que le cahier des charges de
BeTipul est d'une inflexibilité incroyable : à l'instar de la plupart des séries israéliennes adaptées à l'étranger, la production est très regardante dans ce qui est fait dans chaque pays adaptant les droits, et il est frappant de constater à quel point les diverses versions reprennent tous, plan par plan, le même schéma. Les scénaristes locaux ont une marge de manœuvre extrêmement limitée.

Mais malgré la rigidité apparente de son principe comme de ses modalités,
BeTipul, c'est aussi une série extrêmement adaptable, tout simplement parce qu'il est très simple de modifier un seul personnage pour lui donner une couleur locale. Ainsi, dans la version originale, l'un des patients de la première saison est un soldat israélien impliqué dans le conflit palestinien ; dans la version américaine, ce même soldat devient un GI qui a fait l'Irak. Dans le In Treatment italien, il n'y a plus de soldat, mais un policier travaillant en immersion sur une affaire mafieuse, et ainsi de suite. A côté de ce personnage, le couple en crise ou l'adolescente suicidaire sont suffisamment universels pour ne pas nécessiter l'intervention lourde de scénaristes dans les pays adaptant la série, ce qui simplifie d'autant le processus d'adaptation et donc de développement.

Contrairement aux exemples précédents, les multiples adaptations de
BeTipul ne s'insèrent dans aucune tendance, aucune mode dans un pays donné : c'est l'inverse. Le drama israélien est celui qui part à la conquête de la planète, et non le produit qui vient combler un besoin. Le besoin est créé autour de la série, de son procédé original, de son ton unique, et n'est pas déclinable au-delà de la seule franchise BeTipul par les chaînes qui en font l'acquisition.


L'adaptation et le remake sont-ils pure paresse ? Ce n'est donc pas toujours si simple. Osons le dire,
parfois, les remakes, adaptations et reboots ont même carrément du bon...

Posté par ladyteruki à 13:30 - Love Actuality - Permalien [#]

01-03-13

Bouche à oreille

Amis téléphages, l'heure est venue pour moi de solliciter à nouveau vos lumières.
Eh oui, grand retour aujourd'hui des posts La une est à VOUS, dans lesquels, pour changer un peu (pas toujours les mêmes !), c'est votre responsabilité que de me convaincre de regarder une série. Ou pas, d'ailleurs. Enfin, tout est expliqué .

En ce moment, je traverse une période de léger flottement téléphagique. En-dehors de quelques absolus favoris (The Americans, Monday Mornings, et les visionnages de Smash avec le #SmashEnsemble), je ne regarde plus aucune série américaine dramatique de façon régulière (et plus qu'une japonaise : dinner, bien que l'enthousiasme se soit tassé). J'ai laissé tomber, même si ce n'est que temporairement, des séries comme The Good Wife, Unité 9 ou encore Nashville. Je n'ai tout simplement pas le jus. Evidemment, il y a toujours les pilotes que je regarde, mais en matière de suivi hebdomadaire, nan, j'ai goût à rien. Et ça fait depuis janvier comme ça ! En fait, comme j'ai abandonné mes visionnages en décembre lors du marathon Scrubs, c'est même pire que ça... Après avoir laissé passer plusieurs semaines de la sorte, me disant que ça allait revenir, que je n'avais qu'à passer à autre chose en attendant (l'occasion de rattraper des séries comme Raw, retenter le visionnage de Monroe, picorer des épisodes de Brain et bien-sûr regarder des films), mais je commence un peu à m'alarmer.
J'ai un peu tout tenté. C'est que, vous comprenez, des comédies que je suis en hebdomadaire, j'en ai plein, niveau dramédie je suis évidemment comblée par House of Lies (et ce, de multiples façons et dans toutes les positions), mais mon planning hebdomadaire manque cruellement de séries dramatiques. Ca me manque, en somme. Mais je n'ai pas le goût, pourtant, à reprendre ces séries abandonnées ; je pense que je suis rebutée par un effet "loin des yeux, loin du coeur", moins je les regarde, moins j'ai envie de les regarder, mais il en faudrait peu pour que la flamme qui m'animait il y a encore peu se ravive, sauf que le premier pas coûte.

En toute franchise, entre les plutôt bonnes raisons ("The Good Wife me plait plus en marathons ou mini-marathons", expérience avérée pendant les saisons précédentes ou je finissais toujours par préférer ce mode) et les excuses carrément piteuses ("ouais mais en ce moment j'ai envie d'engloutir des épisodes par 10 pour toutes mes séries dramatiques", mensonge éhonté comme le prouve le suivi régulier des séries sus-mentionnées), je ne peux plus laisser faire.

C'est là que je me suis dit : plutôt que de revenir à tout crin aux séries que je suivais cet automne, on va procéder par étapes et simplement trouver une série toujours en cours de diffusion, qui me soit nouvelle mais que je puisse, après rattrapage en mini-marathon, je serais d'humeur d'en faire autant pour d'autres. Une fois que j'aurai fait ça pour une série qui aura le goût de la nouveauté, ce sera plus facile de le faire pour d'autres abandonnées voilà trois mois !
Telle est ma logique ; on est d'accord que c'est boiteux mais c'est tout ce que je vois comme option, à part m'enfermer dans mon living, m'attacher à mon fauteuil et me forcer à regarder un épisode d'Unité 9 en me menaçant d'un flingue. Ce qui serait d'une part un peu ironique, et d'autre part vraiment dommage.

J'ai donc cherché quelle série pourrait bien correspondre à mon objectif, et l'une de celles qui revient régulièrement est Scandal.
Une partie de ma timeline Twitter semble en dire du bien, mais j'avoue que je ne saisis pas comment elle en arrive à cette conclusion après l'expérience désastreuse qu'a été le pilote pour moi. Et pourtant. S'il y a bien une chose qui ressort des réactions extatiques sur Scandal, c'est que la série a muté depuis le début de son existence, et qu'elle est arrivée à quelque chose qui a l'air plus abouti que sa formule ne le laissait initialement imaginer. Amis téléphages, l'heure est venue pour vous de me le confirmer (ou pas).

Dois-je (re)regarder Scandal ?

BoucheaOreille

Les pour :
- J'avais vaguement senti que Scandal se voulait un peu politique, et j'ai bien envie de ça en ce moment
- D'après les échos que j'en ai, Olivia Pope devient un personnage franchement intéressant, et la perspective d'assister à une telle évolution m'intéresse parce qu'assez peu de personnages, en ce moment, sont des héros en aussi évidente mutation

Les contre :
- Bah, déjà, je vois 10 raisons. Libre à vous d'en ajouter, étant bien entendu qu'il n'y en a aucune à retirer.
- Parce qu'on ne peut pas dire que je sois une fan de Shonda Rhimes (mais ça s'est ptet vu via le lien précédent)
- Parce qu'en ce moment, c'est la mode du "tout-soapesque" et que je n'ai pas envie de me lancer dans un truc qui me rappelle la qualité piteuse d'un Revenge ou Deception, avec une touche de thriller pour faire genre, mais quand même beaucoup de vide

Vu que plusieurs d'entre vous êtes pourtant convaincus que Scandal est en train de tourner au petit bijou, je ne doute pas que vous allez démonter mes arguments comme rien. Comme toujours dans cette rubrique, l'idée n'est pas forcément de me faire regarder absolument une série, mais d'être aussi bien capables de donner, vous aussi, des arguments pour et des arguments contre, de citer des qualités qui m'ont échappées comme des défauts qui hélas existent bien, histoire que je me fasse une idée.
Je compte sur vos bons conseils, amis téléphages, vous qui me connaissez bien : peut-être que Scandal n'est vraiment pas faite pour moi, c'est possible... mais y a-t-il une chance pour que je sois passée à côté d'une série qui me ravirait ?
Et dans ce cas... c'est à VOUS de m'en convaincre.

Posté par ladyteruki à 12:26 - La une est à VOUS - Permalien [#]

13-01-13

[DL] İntikam

Il est possible que ce ne soit plus le cas en saison 2 (je ne la regarderai que l'été prochain, donc je n'en sais absolument rien), mais j'ai toujours regretté que Revenge n'ait pas de vrai générique. Bon, d'accord, j'avoue tout : je le regrette pour TOUTES les séries ! Mais c'est aussi le rôle d'un générique que de rappeler le contexte, et surtout la complexité, de la mythologie d'une série, en particulier si celle-ci ambitionne justement de faire trainer les choses en longueur autant que possible.

Fort heureusement, İntikam, la version turque de Revenge qui a commencé ce mois-ci, a retenu la leçon : la série propose un générique de plus de 2 minutes ! Et vu qu'İntikam est vraiment une copie-carbonne de Revenge (seule la couleur des cheveux de l'héroïne change, et encore, uniquement à l'âge adulte), je suis sûre qu'avec rien qu'un chouilla d'imagination, vous pouvez prétendre que ce générique est en fait celui de la version américaine !

Intikam
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Ce qui fonctionne plutôt bien dans ce générique, en premier lieu, c'est la façon dont il sert essentiellement de biopic à l'héroïne, tirant ainsi formidablement partie de la popularité de Beren Saat, actrice très populaire en Turquie depuis la diffusion du drama Aşk-ı Memnu entre 2008 et 2010 (une adaptation en telenovela de la série, intitulée Pasión Prohibida, sera d'ailleurs diffusée par la chaîne étasunienne Telemundo à partir du 22 janvier prochain... échange de bons procédés !).
Probablement que la distribution turque ne compte pas en son sein la présence d'une actrice comme Madeleine Stowe, c'est possible, ou tout simplement qu'il s'agit d'un choix ayant pour vocation, justement, de rappeler le contexte de l'histoire sur plus d'une décennie, et pas tant les dynamiques entre les personnages dans le présent. En tous cas, on voit assez peu la famille Arsoy (l'équivalent des Grayson), et même Hakan (l'homologue turc de Nolan ; vous pouvez en revanche le voir rapidement dans les bande-annonces, il semble très bien casté) est assez difficile à repérer. Rüzgar (alias Jack) fait une apparition éclair que vous pourriez manquer si vous clignez des yeux, mais ça s'arrête là. L'héroïne est ici, résolument, Yağmur (Emily) voire plutôt Derin (Amanda).

Mais sans doute que la plus grande réussite du générique d'İntikam est de s'inscrire parfaitement dans sa trajectoire d'adaptation, et de rester cohérent avec l'oeuvre originale. Je n'ai plus mes épisodes de Revenge à portée de main, mais je suis à peu près sûre que c'est le même thème que pendant les résumés des épisodes précédents, dans la version américaine. En tous cas ça fait illusion, et le petit air de piano qui ouvre ce thème colle formidablement bien à l'univers de la série. Ajoutez à cela la thématique du rouge (reprise dans la majorité du matériel promotionnel des deux versions), et vous obtenez un univers qui, d'emblée, apparait comme dense et cohérent.

Bref, un générique réussi, signe d'une adaptation qui a toutes les chances d'être elle aussi réussie (mais mon Turc est un peu rouillé en ce moment pour en jurer...).
Le plus ironique, c'est certainement que Revenge, comme plusieurs autres séries soapisantes d'ABC (Desperate Housewives, Grey's Anatomy...), est largement inspirée de soaps étrangers, et qu'elles se vendent formidablement bien en format justement aux fins d'être adaptés dans des pays à tradition de soap ! D'ailleurs je serais très étonnée que la Turquie soit le seul pays à s'offrir une version locale...

Posté par ladyteruki à 23:57 - Médicament générique - Permalien [#]

03-01-13

Long story short

Premier revisionnage de l'année.
Pas forcément le mieux inspiré, mais avec tout ce que j'entends sur la série ces derniers temps, je me suis dit qu'il serait quand même une bonne idée de retenter son pilote, histoire de.

Alors, How I met your mother, comme ça on a vécu quelques saisons de trop ? (re)Voyons ça.

HowImet

Ah, eh bien, je confirme. Neuf saisons de trop.

Quand je regarde le pilote de How I met your mother, je ne suis pas seulement surprise que la série ait duré aussi longtemps, je suis surprise que le pilote ait eu le feu vert et ait passé l'épreuve de la commande.

L'idée de départ n'est évidemment pas mauvaise (du high concept pour un sitcom, il fallait y penser) et n'est pas en cause. Au contraire. Et d'ailleurs, dés cette introduction, on sent que les scénaristes ont une idée très claire sur le fait qu'ils vont balader longtemps les spectateurs (et les enfants) avec des tours et détours factices ; ça faisait partie des choses que je voulais vérifier, à vrai dire. A la limite, je préfère ça à une série qui prétend pouvoir tout finir rapidement mais qui, devant la perspective d'un renouvellement, décide soudain de prendre un itinéraire bis pour faire trainer les choses (genre Revenge), ici, les délais pour connaître le fin mot sont clairement annoncés : "it's a long story". Evidemment, le concept de How I met your mother appelle toutes sortes de retournements de situation afin de ne pas dévoiler la fameuse "mother" trop rapidement, et l'équipe de How I met your mother fait de son mieux avec les outils qu'elle a pour raconter sa petite histoire aussi longtemps que possible (nul doute qu'un concept similaire aurait été traité bien différemment par d'autres, genre Bill Lawrence, mais avec des si...).

Alors où est le soucis dans ce pilote, qu'au bout de trois visionnages je n'arrive toujours pas à trouver ne serait-ce qu'un petit peu sympathique ?
Je pourrais vous dire que les textes ne sont pas drôles, mais le plus fou, c'est que ce n'est même pas vraiment ce qui est en faute ici. Evidemment, pas mal de gags sont faciles, mais il s'agit d'un sitcom en multi-camera et toutes les séries ne peuvent pas avoir les tirades incisives de Roseanne ou facétieuses des Craquantes, non plus. A l'impossible nul n'est tenu. Donc du point de vue strictement écrit, ce n'est pas la panacée, mais ça reste tolérable.

Par contre, j'ai un énorme problème avec le cast. A un tel point que je ne sais pas qui pointer du doigt en premier. Trop de choix tue le choix.

Allez, optons pour celui qui devrait être le plus au top : Josh Radnor. Aussi bien sur le plan physique qu'humoristique, ce type m'évoque systématiquement Jimmy Fallon, a.k.a. le type qui se donne trop de mal. Et qui échoue. Il faudrait peut-être que je le voie dans autre chose, mais il n'arrive pas à convaincre. Suivant sur la liste : Neil Patrick Harris ; sa réputation de scene stealer dans la série a peut-être un fond de vérité, mais sûrement pas dans le pilote où il est pourtant limité à quelques gimmicks répétitifs ("suit up !"), chose dont il a l'air parfaitement conscient. On ne peut pas lui reprocher de ne pas se donner du mal. Rien à redire en revanche pour Cobie Smulders : son personnage est transparent et certainement pas conçu, à ce stade, pour avoir une once d'humour, donc jouer la jolie fille est nécessairement dans ses cordes.
Et en on arrive aux deux pires de la bande. Alysson Hannigan, qui mérite d'être renvoyée dans ses films potaches et d'y rester jusqu'à la fin de temps (mais je l'ai dans le nez depuis un truc que j'ai lu hier, aussi, j'avoue), le dispute à Jason Siegel, pour le titre de Membre Du Cast Qui A L'Air De Lire Ses Répliques Sur Un Prompteur Et De Découvrir Son Texte En Temps Réel. C'est un long titre, et il se mérite, ce qui explique qu'il y ait tant de compétition ; et de ce point de vue là, tous deux se donnent à fond.
Il est clair que c'est une maladie dont sont régulièrement frappés les comédiens de sitcom ; je suppose que les délais de tournage font ça, entre autre choses. Avec tout le respect que je dois à Partners, dont je vous ai pourtant bien rebattu les oreilles depuis l'automne, il y avait dans le cast quelques criminels de ce genre aussi. Il faut des comédiens exceptionnels pour ne pas au moins tomber dans ce piège une fois, et des comédiens exceptionnels, eh bien, How I met your mother n'en a pas. Au stade de son pilote en tous cas, elle en a un à peu près décent, un qui essaye très fort, une qui pour l'instant n'a pas matière à lever le petit doigt, et deux franchement médiocres.

Ce qui explique d'autant plus mal, je vous le disais, que ce pilote ait convaincu qui que ce soit d'être commandé. D'un autre côté je vous accorde que c'est la même chaîne qui a commandé après avoir vu le pilote de Two and a Half Men deux ans plus tôt.

J'espère souvent de mes revisionnages qu'ils me permettront de voir l'épisode revu (généralement un pilote) sous un oeil nouveau. Ca s'est déjà produit, je pense par exemple à Friday Night Lights. Du coup, j'entame généralement ces retentatives avec un esprit aussi objectif que possible, parce que c'est tout l'intérêt de l'exercice. Mais dans le cas de How I met your mother, impossible de changer d'avis ne serait-ce d'un iota à son sujet. Il y a des séries dont je ne partage pas l'enthousiasme, mais pour lesquelles je peux comprendre qu'on s'enflamme. How I met your mother n'en fait définitivement pas partie. C'est comme ça. Autant que je m'y fasse !
Ce sera ma dernière retentative du pilote de How I met your mother, parce que même en matière de revisionnages, il y a un moment où il faut savoir dire : "three strikes and you're out".

Posté par ladyteruki à 21:23 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

22-12-12

Impossible de trouver un titre sans faire de jeu de mots

whisperintherain et moi-même, vous le savez, nous sommes lancé pour défi de regarder absolument chaque pilote de la saison, et d'ensuite écrire une review sur absolument chacun des pilotes vus. Je vous avoue qu'il y en a pour lesquels c'est plus facile et plus motivant que pour d'autres... Deception, par exemple, ne me fascinait pas vraiment. Mais puisque le preair est sorti, je me suis dit : bon, une fois que c'est fait, c'est plus à faire. Si vous aussi vous hésitez à regarder le pilote, voilà qui pourrait bien vous aider à prendre, à votre tour, une décision...

Deception

Ah, ces riches ! Qui détesterait-on s'ils n'étaient pas si riches ?
Qui d'autre pourrait bien avoir des secrets de famille, des luttes internes et une incroyable faculté commune à lever le coude ? C'est, après Revenge, ce que Deception s'apprête une fois de plus à explorer (Deception, la série américaine de NBC qui commencera le 7 janvier, à ne pas confondre avec Deception, la série irlandaise de TV3 qui commencera... le 7 janvier !).

Et si je mentionne Revenge, c'est parce que la parenté saute aux yeux. Rien que les plans sur la cossue demeure des Bowers donne bien le contexte, dans tous les sens du terme, de Deception, qui a trouvé le moyen d'avoir, elle aussi, pour héroïne, une jeune femme extérieure à une famille puissante.  Joanna, c'est son nom, va s'insérer l'air de rien dans le quotidien de ces gens, qui cachent, à n'en pas douter, un lourd secret ; les souvenirs et les émotions passées vont évidemment s'en mêler.
Cette fois, au lieu de vraiment accomplir une revanche, il s'agit de trouver l'explication de la mort d'un des membres de la famille, Vivian, qui était à l'adolescence la meilleure amie de Joanna et dont la mort semble peu accidentelle ; par rapport à Revenge, ici on est du "bon" côté de la barrière puisque Joanna est également détective pour la police, et qu'elle est envoyée sur les lieux par un agent du FBI qui veut utiliser ses liens avec les Bowers. Il n'y a donc aucune sorte d'ambiguité morale (non que Revenge ait beaucoup exploré celle d'Emily, il est vrai), rendant instantanément suspect à peu près n'importe quel membre de la famille d'entrée de jeu. Je ne suis pas certaine qu'ajouter un contexte d'enquête policière soit une trouvaille intéressante, sans même parler du fait que je suis fatiguée de tous ces flics qui ont envahi mon écran depuis douze ans, mais au moins ça permet quelques petites variation par rapport à Revenge, notamment le fait que Joanna est épaulée par une équipe et non plongée seule dans les mystères de la somptueuse villa Bowers.

Sortis de ça, on n'a pas tellement affaire à une série d'une folle originalité. Les riches sont, comme toujours, des gens qui n'ont que des problèmes, quand Joanna est une fille gentille et adorable, et c'est normal, puisqu'elle est moins riche (sa mère travaillait pour les Bowers). Ils boivent beaucoup, abusent de substances variées, ils se détestent les uns les autres au point de se sauter à la gorge le soir-même de l'enterrement de Vivian, n'attendant même pas que le corps soit froid pour s'envoyer les pires horreurs à la tronche, et évidemment ils gèrent un empire (pharmaceutique, cette fois) qui n'est pas non plus tout blanc. Vous savez : comme font les riches.
Ainsi, Deception tente d'insérer des intrigues par-dessus l'enquête de Joanna mettant en scène les différents membres de la famille ; ces intrigues secondaires, en toute logique, devraient densifier les épisodes afin de rendre plus compliquée l'investigation sur la mort de Vivian. Mais pas du tout. Le coix de Deception, même si ça semble plus une marque d'incompétence qu'un choix, est d'évoquer toutes sortes d'intrigues qui sont incroyablement évidentes, au moins pour le spectateur, et qui empêchent de vraiment se poser de vraie question. Il n'y a, en réalité, pas grand suspense sur les origines de Mia, et ce sont environ deux bons tiers du pilote qui vont faire semblant de maintenir le mystère autour de la question en vain, parce que Joanna est, voyez-vous, beaucoup plus stupide que les spectateurs, ce qui augure d'énormément de choses pour la suite ! Même la question de la mort de Vivian est à moitié résolue à l'issue de cet épisode inaugural !
Alors, évidemment, il est possible qu'il y ait plein de retournements de situation (celui qui s'est débarrassé de l'arme du crime en pleurant n'est pas forcément celui qui a tué Vivian, admettons) ou de suspense qui vienne se greffer là-dessus (le père de Mia va peut-être débarquer et réclamer sa garde), mais pour l'instant, en n'ayant vu que le pilote, ça donne plutôt l'impression que les spectateurs vont en savoir systématiquement plus long que l'héroïne sur ce qui se passe dans la vie des Bowers, et ça fait un peu peur. Où le suspense quand la moitié des secrets de la maisonnée ont été percés en 45 minutes ?

A l'issue de ce premier épisode, c'est à se demander pourquoi quelqu'un pourrait choisir de regarder Deception quand tout est déjà fait dans Revenge ...en mieux !
Bon, d'accord, pas tout : Deception fait un peu moins cheap... mais comme sa distribution est aussi bien moins haute en couleur (moins de très mauvais élèves, pas vraiment de premier de la classe), ça revient à dire qu'à choisir, autant regarder Revenge avec ses défauts, que Deception avec son soucis de ne prendre absolument aucun risque.
Et pour que je recommande de regarder Revenge, il en faut.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 22:59 - Review vers le futur - Permalien [#]


02-12-12

Soapesque (adj.)

Nashvillesoap

Bon alors c'est peut-être du fait de mon état de santé qui n'est pas génial, je ne sais pas ; mais je me suis rendue compte d'une chose : je ne sais plus quelle est la différence entre une série dramatique et un soap.

Ah, ne riez pas dans le fond : il n'y a pas que moi. ABC a de gros problèmes avec le concept également.
A vrai dire, ce sont justement ses séries qui ont suscité une interrogation chez moi, lorsque j'ai essayé de décrire Nashville à un tiers. Puis 666 Park Avenue. Puis Revenge. Puis... Et à chaque fois, l'adjectif "soapesque" revenait dans mon explication, suivi d'un "mais c'est pas un soap comme Les Feux de l'Amour, hein, non : c'est plutôt... comme un primetime soap". Ouhlà, attendez ! Mais en fait, toutes les séries d'une heure d'ABC sont soapesques, non ?
Non, et Dieu soit loué pour Last Resort. Mais quand même.

Il faut dire que la définition de soap opera est assez élastique par les temps qui courent, de toute façon.
Il y a encore quelques années, pour moi, un soap se définissait très clairement : c'était une série diffusée en quotidienne, aux intrigues extrêmement lentes et aux techniques narratives paresseuses, dotées de retournements de situation exagérés à intervalles réguliers (un jumeau maléfique, des personnages qu'on croyait morts qui réapparaissent, des bébés volés/échangés, etc.). Et ce, sur des années et des années et des années, jusqu'à ce que mort s'en suive.
Mais voilà : entretemps, la telenovela est entrée dans mon univers. en tous cas au moins sur le papier ; rapport au fait que je n'ai pas encore eu la possibilité de suivre une telenovela dont le sujet pique ma curiosité. Et une telenovela, eh bien, c'est une série en CDD, et ça, ça heurte un peu la vision que nous avons du soap, que ce soit aux USA ou en Europe.
Le problème de la telenovela, c'est son succès. En soi c'est bien, hein, tant mieux que des formats de fictions trouvent un souffle qui incitent les télévisions de la planète à adopter de nouveaux standards de durée ou de périodicité, je suis la première convaincue que la télévision, c'est quand même mieux quand on regarde ce qui se fait ailleurs ! Mais des séries comme Desperate Housewives, par exemple, sont typiquement des séries dramatiques qui lorgnent méchamment sur la copie des voisins, et relèvent en fait plus du soap sur pas mal d'aspect. En-dehors de la diffusion hebdomadaire, et sans doute aussi du budget, tout y est : c'est du primetime soap, clairement. Une fois par semaine, avec le savoir-faire des séries dramatiques américaines, un soap quand même.

Evidemment, la télévision américaine n'a pas attendu Desperate Housewives pour connaître le primetime soap. Des séries comme Dallas, Beverly Hills ou encore Melrose Place, pour n'en citer qu'une poignée, ont été qualifiées de primetime soap en leur temps sans que cela ne choque qui que ce soit. Pas même moi. Et s'en sont tirées avec un succès public incontestable, et, dans une certaine mesure, un certain succès critique, au sens où ces séries ont marqué leur époque, chacune à sa façon.

Cependant le terme de primetime soap semble toujours très négativement connoté. L'utiliser, c'est comme caractériser une série de qualificatifs pas franchement recommandables, sauf qu'en disant primetime soap, on peut le dire à mots couverts.
Par exemple j'attendais pas mal de choses de Desperate Housewives quand elle a commencé ; j'avais regardé la première saison de façon très régulière, en espérant que sa corrosivité irait croissant ; c'est l'inverse qui s'est passé et c'est la raison pour laquelle la série est devenue un primetime soap plus qu'une série dramatique. Un qualificatif assumé de façon très variée par les spectateurs qui ont poursuivi la série bien longtemps après que je me sois arrêtée. L'an dernier, j'ai décidé de regarder l'épisode final de la série, et il était clair pour moi qu'elle n'en méritait pourtant nul autre. Desperate Housewives n'était pas une série dramatique : c'était un soap hebdomadaire, diffusé en primetime (jusque là j'ai bon) dont le caractère over the top des situations n'avait plus rien d'impertinent.

Mais désormais, la définition semble encore élargie. Ce n'est pas simplement l'absence de second degré qui semble permette d'appeler une série un primetime soap. Certes, Revenge est extrêmement dépourvue d'humour, mais ce n'est clairement pas à ce défaut qu'elle doit sa parenté avec les soaps, mais plutôt à sa thématique de la vengeance, à son héroïne féminine, et à sa claire inspiration de formules venues des telenovelas. Peut-être aussi au jeu des acteurs, ou au moins à leur direction.

Voyons ailleurs ce qui se passe. Par exemple, Grey's Anatomy, en se concentrant tant sur les amours de ses personnages que son caractère médical semble passer totalement inaperçu, est clairement un primetime soap, non ? Et pourtant, objectivement, Urgences aussi était truffé d'intrigues personnelles : quelle est la nuance qui empêche de qualifier Urgences de primetime soap ? Et si, dans certains articles ou ouvrages, un auteur/analyste/vendeur de barbapapa quelconque décide d'utiliser ce terme, pourquoi cela me choque-t-il un peu, au point de quasiment le voir comme une insulte ?
Plus flou que celui de Grey's Anatomy est le statut de Nashville. De par la qualité du jeu de nombreux acteurs (je me repasse de temps à autres la scène pendant laquelle Rayna est interrogée en vue de la campagne de son mari, c'était d'une force incroyable), de par l'écriture qui n'a pas grand'chose à voir avec des intrigues à rallonge de mon point de vue, et de par l'impression de consistance et de sérieux qui émane, il me semble, de la façon dont son monde est construit, Nashville n'est pas vraiment un primetime soap selon ce qui me semble être la définition du "genre". Pourtant, difficile de ne pas parler de tournure soapesque dans les amours de l'une des stars ou les liens familiaux et financiers de l'autre ; mais n'est-ce pas un glissement de sens ?
A ce tarif-là, des séries comme Brothers & Sisters puis Parenthood sont-elles des primetime soaps ? Il m'est arrivé de le lire. Je trouve pourtant la chose plus difficile à admettre encore que pour Nashville. Le fait que les personnages forment une famille en proie à un certain nombre de retournements de situation (notamment la thématique de la demi-soeur cachée qui a lancé la première saison de Brothers & Sisters, et effectué plusieurs rebonds ensuite ; d'ailleurs j'ai jamais vu la fin de cette série, mais bon, pas le moment de se mettre des idées d'intégrale en tête).
Mais plus intrigant encore : pourquoi m'acharner à utiliser l'adjectif "soapesque" et/ou d'appeler primetime soap une série comme 666 Park Avenue ? C'est clairement une série fantastique ! Le simple fait que son héroïne (outre le fait d'être une jolie femme) vive dans un univers un peu plus luxueux que la moyenne et que des "méchants riches" occupent des rôles importants suffit-il à décrocher ce qualificatif ? Est-ce parce qu'on effleure la vie de plusieurs autres résidents de l'immeuble ? Ca semble un peu réducteur ! Et pourtant, j'aurais tellement de mal à dire que c'est simplement une série fantastique (et pas juste parce que je pourrais faire un jeu de mots sur "fantastique").

Au final, il me semble de plus en plus difficile d'établir clairement où est la ligne de démarcation entre une série dramatique et un primetime soap, à plus forte raison sur les networks où les intrigues dramatiques ont tendance à n'être pas aussi incroyablement sombres que sur le câble (qui irait dire que Breaking Bad est un primetime soap ? quoique, je me demande s'il est déjà arrivé à quelqu'un de parler de soap pour Mad Men ou Game of Thrones, à ce tarif-là).
Et surtout, accepter ce qualificatif est-il une façon de d'admettre que la série est inférieure à une série dramatique normale ? Sinon, comment surmonter ce réflexe ?
L'existence du primetime soap me semble difficile à nier, et pourtant, elle est aussi difficile à expliquer. La lecture de la définition de Wikipedia, en préambule de ma réflexion pour ce post, ne m'a par exemple pas du tout aidée, alors qu'on imagine qu'a priori, elle fait consensus...

Sans la fascination actuelle d'ABC pour tout ce qui ressemble à 1) un format facile à exporter en telenovela 2) une telenovela facile à adapter pour le primetime américain, peut-être que mes repères ne seraient pas autant brouillés. Peut-être que je serais capable de reconnaître un primetime soap aussi sûrement que je suis capable de faire la différence entre une comédie et un drama, ou entre un western et une série policière... Mais ce n'est qu'une supposition.

D'ailleurs, le primetime soap est-il un genre, au sens du contenu, ou une structure ? Son nom semble essentiellement indiquer une case de diffusion, et pas vraiment expliciter le reste de sa condition. La fusion des genres, oui... Mais un genre bâtard issu du néant, non. Plus j'essaye de définir ce qu'est un primetime soap, plus j'ai l'impression qu'il s'agit d'une étiquette qu'on peut coller et décoller selon l'image que renvoie une série, mais qui n'a en réalité que peu à voir avec ses sujets ou sa formule. C'est une grande valise fourre-tout qui sert peut-être surtout à décrédibiliser une série qu'on ne peut/veut pas décrire comme suffisamment "sérieuse"...
Quand j'ai utilisé l'adjectif soapesque pour Nashville, je l'ai tout de suite regretté, parce que ça ne donnait pas une image attrayante de la série à mon interlocuteur qui ne la connaissait pas. La question que j'aurais dû me poser, c'est : pour quelle autre raison l'utiliser ? Qu'est-ce que le terme "primetime soap" décrit d'autre, finalement ?

Il y a probablement une part de fierté personnelle à dire qu'on ne regarde pas de primetime soap quand on est un téléphage un rien exigeant, ni à en recommander spontanément. Mais d'un autre côté j'avoue sans un soupçon de honte regarder des séries comme Happily Divorced, alors...
Le cas du primetime soap me laisse décidément perplexe... Je prends tous les points de vue que vous voudrez bien me livrer sur le sujet.

Posté par ladyteruki à 20:59 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

13-10-12

The color of money

Suite de notre challenge sur les pilotes de la saison ; whisperintherain et moi nous trouvons tous deux dans la position où ce challenge ressemble au tonneau des Danaïdes, mais ça devrait finir par se tasser. Je crois. En tous cas cette semaine, deux pilotes de la CW nous attendaient et, eh bien, quand il faut y aller, il faut y aller.
Lançons-nous donc dans celui qui a la meilleure réputation des deux, avec Arrow. Comme toujours, la review de mon camarade whisper sera en lien au bas de ce post sitôt qu'elle sera rédigée.

Arrow

Il y a eu une époque où la télévision américaine regorgeait de séries policières, notamment des séries procédurales, et même si, de mon point de vue, ce ne fut pas forcément la meilleure décennie de l'histoire de la télévision (en particulier sur les networks), il faut quand même admettre que la télévision américaine avait quelque chose de réconfortant. C'est vrai, ça rassure de se dire que la police, le FBI et Dieu sait qui d'autre, veille sur la population, s'assurant avec le plus grand professionnalisme qu'aucun crime ne reste impuni, et que tout sera mis en oeuvre pour que la population puisse dormir sur ses deux oreilles. Il a beaucoup été dit que ces séries étaient une réaction de la télévision américaine au 11 Septembre, inspirant aux spectateurs et tout simplement aux citoyens désarçonnés par une attaque sur leur propre sol, un sentiment de protection : oui, on veille sur vous, oui, on remuera chaque pierre jusqu'à trouver les coupables, oui,  il y a une Justice et elle fera son travail.
Pas étonnant qu'il y ait aussi peu de nouveautés policières cette année aux USA. On a tourné cette page, il faut croire. Ainsi, Arrow rejoint Nikita et surtout, bien-sûr, Revenge, parmi les séries présentant des héros qui ne croient plus en rien, et certainement pas que quelqu'un veille sur eux.

Bien-sûr, les histoires de vengeance n'ont pas attendu les saisons récentes pour voir le jour ; les intrigues conspirationistes non plus. Et à vrai dire il est difficile de parler d'une tendance étant donné l'échantillon [encore] faible de séries employant ce nouveau point de vue. Parlons plutôt d'une petite famille qui s'agrandit, pour le moment.
Mais il ne peut être tout-à-fait une coïncidence que le pouvoir financier soit devenu le nouveau criminel contre lequel les institutions ne peuvent rien (institutions qui, dans ces séries, se font allègrement manipuler par les puissants, au lieu d'être corrompues par eux, c'est déjà ça). Alors, qui est-ce qu'il reste pour se charger de rétablir un semblance de justice ? Le héros. Et lui seul. Il apparait alors comme hautement ironique que sa couleur totem soit celle des biffetons. Il ne peut vraiment faire confiance à personne. Il met d'ailleurs une belle énergie à ne plus rien ressentir ; il ne peut pas se permettre d'avoir un défaut dans sa cuirasse. Il affiche une froideur un peu feinte qui n'est évident qu'une façade (il faut que le spectateur continue de s'attacher à lui), et poursuit son oeuvre en cachette.

Arrow est évidemment, en plus d'un personnage solitaire et revenchard, un superhéros issu de l'univers des comics ; il a donc tout un tas de propriétés typiques de ce genre de personnages à la Bruce Wayne, mettant sa propre fortune au service de son travail de rétablissement de la Justice (c'est à cette seule condition qu'il est tolérable d'avoir un héros riche), et bénéficiant d'une aura un peu mystérieuse qui excuse tous les raccourcis et les invraisemblances (le type revient sur le sol américain avec une énorme malle, dans un navire battant pavillon étranger, et celle-ci n'est jamais passée une fois au scanner ; mais bien-sûr).

Mais si Oliver, le protagoniste d'Arrow, est un peu un cliché ambulant, on s'en accomode très bien, parce que c'est aussi le genre qui veut ça, et qu'au moins, c'est bien fait.
Il faut dire que la série ne fait pas dans la demi-mesure. Ici, pas d'effets spéciaux cheap ou de petite phrase un peu trop cinglante pour être prise au sérieux. Presque pas. Le pilote rivalise aisément avec les production cinématographiques analogues (et il y en a), ce qui est encore plus louable pour un budget de télévision. Pour une série de superhéros, par définition bourrée d'action, le pilote d'Arrow s'en sort la tête haute, et c'est cette efficacité avant tout qui fait plaisir.

...A condition d'être friand du genre. Mais dans mon cas, quand si peu de choses me plaisent en général dans les séries d'action, j'avoue avoir eu du mal à trouver mon content sur le plan émotionnel (personnage emmuré dans le silence oblige) ou dramatique. Certes, l'histoire de l'île paraît prometteuse, et apparaît de façon suffisamment récurrente pendant cet épisode inaugural pour qu'on puisse espérer des flashbacks non seulement nombreux mais aussi intéressants, dans les prochains épisodes, mais j'avoue ne rien trouver ici qui pique ma curiosité, même sur ce terrain.

L'épisode, en toute objectivité, mérite probablement une bonne partie des louanges que je lis depuis sa diffusion, notamment via Twitter. Mais il ne me convainc pas à titre personnel, parce qu'Arrow n'est tout simplement pas une série faite pour moi, quand bien même je ne trouve pas grand'chose à lui reprocher (ou quand mes reproches relèvent d'un manque d'intérêt pour son genre). Mais je félicite la CW pour son succès critique et, apparemment, public, un fait suffisamment rare pour la chaîne pour être noté.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:18 - Review vers le futur - Permalien [#]

02-10-12

Chambre avec vice

Courageusement, whisperintherain et moi-même poursuivons notre défi : regarder puis reviewer absolument chaque pilote de la rentrée. Ne nous laissons pas effrayer par l'ampleur de la tache, et passons donc à un nouveau pilote de cette rentrée américaine. Après les eaux profondes de Last Resort, voici maintenant d'autres ténèbres autrement plus urbaines, avec 666 Park Avenue...
Comme c'est la tradition, le lien au bas de ce post vous permettra d'accéder au blog de whisper ; ce lien sera mis à jour sitôt qu'il aura mis en ligne sa propre review.

666ParkAvenue

La soirée du dimanche soir sur ABC ne me fait pas rêver ; pour prendre la relève d'une série qui s'était dégonflée assez rapidement à mes yeux (Desperate Housewives, vite passée de critique des banlieues huppées à simple soap dramédique) et qui faisait tenir la soirée debout, désormais la chaîne mise sur une combo Once Upon a Time / Revenge / 666 Park Avenue. C'est bien, parce que les formats d'une heure cheap du network sont tous regroupés le même soir ! Et pourtant, 666 Park Avenue, sans jouir du meilleur pilote de tous les temps (loin s'en faut) parvient à donner un semblant de sérieux à cette soirée peu crédible en termes de qualité.

A mesure que la rentrée approchait, j'avais eu l'impression que la série serait essentiellement une chronique de la vie parfois un peu perturbante des habitants d'un building cossu de New York, où se dérouleraient des phénomènes étranges ; la situation semblait idéale pour utiliser la vie privée de ces différents voisins de pallier pour servir une fois de plus un soap, sauf que cette fois, on aurait quelques frissons de temps à autres...
A ma grande surprise, 666 Park Avenue n'est pas si soapesque que ça, et le fantastique n'est pas du tout un prétexte. Le pilote nous montre une série lorgnant sur le thriller surnaturel, assumant relativement bien son choix de genre, et c'est, il faut l'admettre, l'un des deux objets de mon réconfort à l'issue de ce premier épisode. Le pilote ne perd qu'assez peu de temps à disserter de la vie privée des uns et des autres (la seule notable exception étant le couple Brian/Louise, mais apparemment à dessein si on en croit la tournure des évènements) et se focalise énormément sur les caractéristiques redoutables des Doran, ainsi que sur l'emprise du couple sur les jeunes protagonistes de la série.

Le problème de 666 Park Avenue réside, si vous me passez l'expression, justement dans ce couple. Incarné par un Dave Annable aux airs éternels de ravi de la crèche et une Rachael Taylor très décorative mais pas franchement charismatique, ce duo nous promet quelques heures d'insupportable télévision. Le cliché des provinciaux qui débarquent dans la grande ville et qui est facile à berner et manipuler est insultant pour les provinciaux autant que pour les spectateurs ; du coup, la naïveté confondante des personnages augure du pire. Vu qu'à eux deux, ils cumulent tout juste le quart d'un QI d'huître, c'est pas demain la veille qu'ils vont comprendre ce qui se trame entre les murs du Drake. Pourtant, Jane est dépeinte comme une femme intelligente, mais seulement quand il s'agit de béton et de mosaïque, apparemment ; pour le reste elle est totalement stupide. D'un autre côté elle est blonde, certes. Mais ça n'excuse pas tout (et puis c'est même pas une vraie blonde).

Fort heureusement, Terry O'Quinn sauve les meubles. Son interprétation est comme toujours juste, il n'en fait pas des tonnes dans le mystère, et qui plus est, son personnage de Mister Doran est écrit sans lourdeur. Au lieu de prendre des airs énigmatiques, Doran passe à l'action à plusieurs reprises lors de cet épisode inaugural, ne laissant absolument pas planer le doute quant à sa véritable nature.
Ce qui en revanche est intéressant, c'est que les profils de ses "victimes" varient énormément. Pour un homme qui contracte un "bail" pour une raison noble, d'autres sont sans doute moins innocents. Le vice n'est pas l'apanage du propriétaire... En cela, le procédé n'est pas si éloigné de ce qu'explorait The Booth at the End (avec un concept sans doute plus propice à la complexité cependant), dans lequel aucun des co-contractants n'est vraiment tout blanc.
Mais ce qui évite d'avoir l'impression que le personnage est inutilement insondable est aussi, précisément, ce qui donne envie de se heurter brutalement et répétitivement la tête contre les belles pierres du Drake : comment pouvons-nous nous passionner pour la découverte progressive de l'identité de Doran par Jane, si nous savons tout d'entrée de jeu ? Jane ne semble-t-elle pas d'autant plus agaçante ? Evidemment, elle n'assiste pas aux scènes qui nous ont indiqué qui est Doran, on ne doute donc pas plus de son intellect que nécessaire, mais pour autant, cela ne change rien à l'impression de lenteur qui se dégage lentement des investigations de la jeune femme.

Mais peut-être que 666 Park Avenue a prévu ce problème, et qu'il y sera donné un tour de vis rapidement ; à ce stade, il n'est pas encore certain que la série va entièrement reposer sur la façon dont Jane va lentement comprendre quels genres de phénomènes se produisent dans l'immeuble. Il n'y a pas de quoi être défaitiste : pour l'instant, les deux personnages centraux sont stupides, mais les scénaristes ont l'air d'être en plutôt bonne possession de leurs moyens. Certes, ce ne sont pas des dialoguistes de génie, mais enfin, ce pilote est suffisamment bien ficelé pour ne pas craindre, à ce stade, qu'on se fasse trimbaler sempirternellement. Même s'il y a quelques lourdeurs, essentiellement dues au fait que les héros en savent moins que les spectateurs (ce qui implique toujours un problème de rythme et d'impatience), le pilote n'est pas de mauvais augure en ce domaine.

Un mot sur la réalisation, également : elle est plus léchée que ce que j'attendais. Par rapport aux effets spéciaux atroces de Once Upon a Time, ou au visuel toc de Revenge, il est clair à mes yeux que ça remonte le niveau de la soirée. Sans que l'apparence de l'épisode ne soit l'objet d'attentions aussi soutenues que pour certaines autres séries fantastiques (American Horror Story vient à l'esprit), il y a une volonté visible de soigner à la fois le contexte huppé de l'immeuble, et de montrer une série qui ne lésine pas trop sur les moyens lorsqu'il s'agit des angles plus fantastiques. Pas d'écran vert malheureux, pas de maquillage cheap... je m'attendais à pire et j'ai à plusieurs reprises été rassurée. 666 Park Avenue n'est pas un bijou, et n'impose pas forcément un style ultra-personnel d'entrée de jeu, mais il n'y a en tous cas, le résultat est élégant et efficace. Rien de pire pour une série fantastique qu'avoir des visuels qui décrédibilisent tout (I'm looking at you, Once Upon a Time) !

J'ai parlé plus haut de deux choses qui m'avaient réconfortée dans le pilote de 666 Park Avenue. La seconde, et non des moindres, est que je n'ai pas eu peur. Il y a des gens qui recherchent ça, grand bien leur fasse, en ce qui me concerne c'est vraiment un soulagement que de ne pas avoir eu besoin de regarder l'épisode avec une alèze sous les fesses. J'apprécie que ce premier épisode repose sur un fantastique qui ne cherche pas à vous faire attraper votre ours en peluche en appelant votre mère, le visage baigné de larmes, mais plutôt à bâtir une ambiance, un personnage même, calmement. Certes, on doit cela en partie au fait qu'on est sur un network, mais 666 Park Avenue n'est pas une série d'horreur ni d'épouvante, et ça fait du bien d'avoir du fantastique sans serrer les miches ; cependant, la scène dans la cave était plutôt réussie même sans faire piailler les spectateurs comme des fillettes, preuve d'un sens de la mesure fort appréciable pour la froussarde pathologique que je suis (et ça s'est aggravé ces dernières années, donc merci). Et j'ai regardé l'épisode de nuit, en plus ! Nan vraiment, c'est gentil d'avoir pensé aux chochottes comme moi.

Pour autant, est-ce que je vais poursuivre 666 Park Avenue ? Le plus fou c'est que je n'arrive pas à trouver d'éléments totalement négatifs, mais que je n'en ai pas envie plus que ça.
C'est vrai qu'il y a le fait que les deux benêts auxquels on est supposés se lier pour entrer avec eux dans l'univers du Drake sont assez insupportables, ce qui n'aide pas. Sans doute que sans eux, mon impression serait plus positive ; la perspective de suivre les deals de Mr Doran aurait revêtu de l'intérêt, sûrement.
Cette nuit, à l'issue de mon visionnage, j'étais assez pessimiste. Mais c'est à l'écriture de ce post que j'ai réalisé que je n'avais pas vraiment de grief contre le pilote ; simplement il ne m'a pas enthousiasmée. 666 Park Avenue n'est peut-être, tout simplement, pas mon genre. J'ai rarement été très enthousiaste pour une série fantastique (la science-fiction a, comparativement, plus souvent mes faveurs), après tout, et ces choses-là ne se forcent pas. Peut-être me laisserai-je tenter à nouveau dans quelques mois, à la faveur d'un trou dans mon emploi du temps téléphagique (mais certains disent que ces choses-là sont des mythes urbains ; on connait quelqu'un qui connait quelqu'un qui connait quelqu'un, mais le trou dans l'emploi téléphagique n'a jamais vraiment existé). Mais ce n'est pas garanti.

En tous cas, même si je ne reviens jamais à la série, disons qu'on se quitte bons amis. Je n'ai aucune envie de la réduire en charpie, je suis juste pas envoûtée. Vu le contexte, c'est peut-être pas plus mal, d'ailleurs !

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 12:07 - Review vers le futur - Permalien [#]

26-09-12

Love at second sight

Avec la rentrée, certaines séries ont repris. New Girl, par exemple ; j'avais rattrapé la saison vite fait cet été, je me demandais si j'allais suivre la saison 2 de façon régulière, eh bien pour le moment je n'ai trouvé aucune raison de le faire. Up All Night, aussi, puisque j'ai fini la saison 1 et embrayé sur la seconde ; la série est égale à elle-même (en dépit des changements) mais il n'y a pas de quoi en faire son coup de coeur de l'année ou même de la semaine.
Et du côté des pilotes, c'est pire : je redoute le moment où, parce que je n'aime pas laisser un défi inachevé, je vais devoir m'atteler à la review de Vegas. C'est atroce, j'ai à peine tenu une vingtaine de minutes. La dernière chose dont je me souviens avant d'avoir stoppé la lecture de l'épisode, c'est que j'en étais arrivée au point où j'essayais de trouver une formule à succès qui ne soit pas rempompée dans Vegas... un autre genre de challenge, en quelque sorte.

Unite9-ByNight

Alors, après cette soirée pas franchement concluante téléphagiquement, j'ai décidé de lancer le deuxième épisode d'Unité 9, et là, ouf, enfin, j'ai passé 45 vraies bonnes minutes de télévision. Il n'est pas dans mes habitudes d'écrire un post pour chaque épisode que je regarde pour une série donnée, mais il faut quand même que je vous dise : Unité 9, c'est vraiment de la qualité.

La première journée de Marie en prison (l'épisode reprend en effet quelques secondes après la fin du pilote) est de nature à faire pleurer le plus endurci des vikings comme une fillette. Sérieusement, l'atmosphère est incroyable, les silences sont terribles, et le regard de Guylaine Tremblay.. nom d'un chien, j'en tremble encore. A un moment, l'ambiance était tellement saturée de frustration, de colère et d'humiliation que j'avais envie de hurler. C'est très puissant et c'est sans aucune surenchère, c'est incroyable.
Que certaines scènes du pilote de Capadocia (qu'il faut vraiment que je reprenne un jour quand j'aurai le temps) me reviennent encore, et me vrillent les nerfs, bon, normal. Comment rester de marbre quand on voit ce qui se passe pendant l'émeute ? C'est violent, extrême, animal, c'est la démonstration de ce qu'il y a de pire en l'être humain, on ne peut pas rester insensible à ça, c'est même fait pour heurter le spectateur. Mais le deuxième épisode d'Unité 9 ne fait appel à rien d'extrême. Elle est là, la violence, dans le fait que c'est la procédure, tout ce qu'il y a de plus normal, tout ce qu'il y a de plus habituel... Shandy n'est pas révoltée, elle a vu ça on ne sait combien de fois. Mais on se met dans la peau de Marie, ce personnage pourtant si difficile à comprendre (on ne sait pas vraiment ce qu'elle a fait, encore moins pourquoi ; en plus elle parle très peu), et on vit cette arrivée en prison avec elle, et il est absolument impossible de ne pas ressentir la même claque au visage qu'elle.
Et ça fonctionne en fait d'autant mieux que rien n'est fait pour être choquant. Au contraire, la camera s'attarde sur le regard des surveillantes, et on n'y lit aucune haine, ou volonté d'humilier. Peut-être éventuellement du mépris, et encore, en interprétant déjà un peu. Ce que fait Unité 9, c'est attraper quelque chose de puissamment réaliste et de l'utiliser à des fins de dramatisation, et ça fonctionne incroyablement bien.
Sans compter qu'il y a des personnages qui commencent vraiment à devenir intéressants. Outre Marie, avec laquelle on apprend à se mettre au diapason, il y a Elise, vraiment touchante sur la fin de cet épisode ; Jeanne, qui a vraiment une énergie incroyable et qui en plus a une crisse d'alchimie avec Shandy ; Suzanne, qui est vraiment un personnage émouvant... On apprend aussi à connaître un peu mieux les surveillantes, dont Caroline, et ça fonctionne vraiment très bien d'introduire cet équilibre.

Quand je vois une série québécoise comme celle-là (et il y en a eu d'autres avant : Mirador, Malenfant, Apparences... pour ne citer que quelques unes parmi les meilleures), j'essaye de comprendre pourquoi je suis proprement incapable de trouver des séries françaises qui m'inspirent autant, qui me donnent à penser autant.
Je discutais la semaine dernière avec quelqu'un à qui j'expliquais que, oui, j'avais bien aimé les premiers épisodes d'Ainsi Soient-Ils, aussi choquant que ça puisse paraitre quand on me connait ne serait-ce qu'un peu. Mon plus gros problème en matière de fiction française, et cela inclut Ainsi Soient-Ils (j'en parlais au moment du pilote), c'est le phrasé des acteurs, rigide, incroyablement peu naturel. Ce n'est pas le seul problème que j'ai avec les séries françaises, mais c'est le plus difficile à surmonter parce que c'est, par essence, omniprésent pendant la quasi-totalité des dialogues (bien que ce soit plus prononcé, si vous me passez l'expression, chez certains acteurs que d'autres). Mon interlocuteur de dire alors : "ah, mais ça c'est à force d'écouter de l'anglais, moi je regarde tellement de séries françaises, j'ai l'habitude". Eh bien non, pourtant... J'en écoute aussi, des séries québécoises (mon Dieu, ne me dites pas que c'est au point où maintenant je pense "écouter une série"...), il y a du Français dans mes séries, j'en entends régulièrement. Et je me rappelle pourtant avec la plus nette des précisions combien les dialogues d'Apparences sonnaient juste, par exemple ; le mérite en revenait, c'est sûr, en partie, au scénariste Serge Boucher, mais aussi aux acteurs qui étaient capables de rendre les conversations naturelles. Ca, je suis désolée, mais j'ai énormément de mal à le retrouver dans des séries françaises.

Bon, non. Même en mettant de côté le travail que je fais sur moi-même en matière de séries françaises depuis quelques mois, Unité 9 est vraiment le genre de séries que j'aimerais suivre plus souvent, toutes nationalités confondues. Ce n'est même pas une question de drapeau : la série est bonne.
Tout simplement parce que c'est une série dramatique pure ! C'est pas du soap à la Revenge, c'est pas un procedural qui mange à tous les râteliers genre Vegas, c'est pas un gros concept qui camoufle de grosses lacunes comme Revolution. C'est 45mn de série dramatique, et rien que ça. Et j'adore la perspective d'avoir en tout 25 épisodes devant moi avec ce genre de promesses.

Vous l'aurez compris, je ne vais pas tarder avant de m'envoyer l'épisode suivant d'Unité 9 (le troisième ayant été diffusé hier soir).
A chaque rentrée, il y a des pilotes que j'aime bien, mais dont les épisodes suivants se dégonflent comme des baudruches. Je lis parfois que le pilote, c'est le plus difficile ; je ne conteste pas que l'exercice soit compliqué, mais de mon point de vue, la difficulté est plus grande encore pour le deuxième épisode. C'est tellement facile de bluffer le spectateur d'entrée de jeu... mais le tenir, lui faire sentir qu'il a envie de s'engager, qu'il est là pour le long terme ? Ce n'est pas à la portée de toutes les séries.
Il y a des tas de séries que je commence sans problème en début de saison pour lâcher quelque part au milieu de l'année. Je vous parie tout ce que vous voulez qu'à la fin de la saison d'Unité 9, je serai encore là. Une série comme ça, on ne la lâche pas.

Posté par ladyteruki à 22:49 - Review vers le futur - Permalien [#]

04-09-12

Moins douce que le miel

En découvrant Revenge, je m'étais promis de retenter le coup avec l'arrivée de l'été, une saison qui semblait bien plus propice, à bien des égards, pour apprécier ce thriller soapesque. Et j'avais raison, en fin de compte. Après avoir regardé, voilà 10 jours, le pilote pour la seconde fois, je me suis dit que plus vite c'était fait, plus vite c'était fini, et j'avais embrayé sur les épisodes suivants.
Revenge se situe dans cette étrange zone dans laquelle on classe les séries dont on ne peut décemment pas dire qu'on les aime, mais qu'on prend plaisir à suivre et qu'on ne déteste même pas vraiment. On est simplement conscient, en les suivant, qu'on pourrait passer notre temps à regarder quelque chose d'une qualité supérieure, soit sur le plan de l'écriture, soit de l'émotion, que les options pour le faire ne manquent pas, mais que, bon, voilà, maintenant qu'on a commencé, c'est quand même dommage d'arrêter.
Une zone un peu bâtarde qu'on ne peut même pas assimiler à du guilty pleasure (mais, ressentant très rarement de honte quel que soit le programme que je regarde, je ne suis toujours pas certaine de comprendre le concept de guilty pleasure, alors...) mais qu'on est physiquement incapable de qualifier de plaisir tout court...

En tous cas, toujours est-il que 10 jours plus tard, cette première saison est finie pour moi, et très franchement, je ne saurais toujours pas dire, arrivée à ce point, pourquoi je me suis tapé les 22 épisodes. Peut-être parce qu'une fois de temps en temps, je regarde des séries qui marchent plutôt que celles qui se font annuler comme des malpropres ? Qui peut dire. Mais en tous cas, l'heure est au bilan, et voici donc mon post sur cette première saison de Revenge, avec ses qualités, ses défauts, et ses défauts. Pardon si je me répète...

Revenge

Revenge est donc cette histoire classique de la personne seule contre tous qui cherche absolument à se venger des riches qui ont fichu sa vie en l'air (toujours des riches, forcément). Amanda Clarke n'avait en effet que 9 ans quand un soir, une unité anti-terroriste est intervenue dans la maison qu'elle partageait avec son père, arrêtant celui-ci avant de la confier aux services sociaux. Passée d'institution en institution, la petite fille grandit avec la conviction que son père est un terroriste ; elle ne le reverra plus. Devenue adulte, elle retourne sur les lieux du drame, les si huppés Hamptons. Son but ? Obtenir réparation de la famille qui a causé la perte de son père : les Grayson. Toute ressemblance avec la famille Gracen de Profit est évidemment fortuite. Ou bien ?
A partir des éléments que son père lui a laissés au moment de son émancipation, Amanda, devenue Emily Thorne, va donc lentement remonter la piste des Grayson, qui sont les véritables coupables ; leurs complices, un à un, vont tomber dans ses pièges successifs... mais ce n'est jamais assez.
Tant qu'elle n'aura pas été jusqu'au bout de son plan avec les Grayson, elle ne trouvera pas satisfaction. Et encore.

La saison va se dérouler en plusieurs étapes. La première sera de rayer un à un les pions "intermédiaires", ceux qui ont été utilisés, manipulés ou parfois même menacés par les Grayson, afin de faire porter la responsabilité de leurs actes à David Clarke, le père d'Amanda, puis de le faire disparaître. Cette séquence éliminatoire prend une poignée d'épisodes ; c'est un peu répétitif mais fort utile pour commencer à rassembler les pièces du puzzle. Car en effet, si Emily semble au courant de toute l'affaire, ce n'est pas du tout le cas des spectateurs, qui sont condamnés à apprendre de façon épisodique ce qui s'est réellement passé en 1991, quand les Grayson ont blanchi l'argent d'un groupe terroriste avant de faire porter le chapeau à Clarke ; pour couvrir cette couverture, il leur a ensuite fallu continuer à intriguer, aggravant leur cas.
Une fois les premiers éléments posés, et les personnages mineurs mis sur la touche afin à la fois de prouver le brio d'Emily et nous servir d'introduction à la mythologie de la série, Revenge se calme progressivement dans son trip auto-assumé Dix petits nègres, pour se recentrer sur la famille Grayson. On passe alors dans une autre phase, plus longue, pendant laquelle Emily semble s'infiltrer avec aisance dans la riche famille Grayson. Cela passe apparemment par une riche idée : faire en sorte que le fils aîné des Grayson tombe sous son charme, se fiancer à lui et...
Le problème majeur de Revenge, c'est justement ça : cette vengeance en cheval de Troie. Emily va passer le plus clair de son temps à avoir le regard haineux et à clamer à qui veut l'entendre (ou plutôt au seul habilité à l'entendre, son "ami" Nolan) que telle un Cylon, elle a un plan, et qu'elle finira par les avoir. Par se venger. Par obtenir un semblant de justice pour son père.
Mais quel est ce plan ? Aucune idée. C'est d'ailleurs ce qui fait la différence entre un vrai thriller et un simple soap : ce dernier se réserve la possibilité d'inventer un retournement de situation à la dernière minute, même extravagant, pourvu de prolonger un peu les choses au besoin. Il est clair que les scénaristes n'ont qu'une vague idée de l'objectif qui est celui d'Emily... Pourquoi veut-elle épouser le fils de la famille Grayson, par exemple ? C'est un axe central de la saison et pourtant on comprend mal en quoi cela lui permettra de se venger des Grayson mieux qu'elle ne l'a fait avec les autres gêneurs sur son passage. En fait le plan semble passablement ridicule : Emily/Amanda a le choix entre, disons, tuer l'un, l'autre ou les deux enfants de la famille Grayson d'une part, ou d'autre part coucher avec leur fils, risquer d'en tomber amoureuse, se coletiner la vie de famille de cette dynastie suspicieuse, pour... euh...? Pour arriver à quoi, en fin de compte ? Je suis bien incapable de le dire et j'ai vu toute la saison ! Les ressources qu'elle déploie, autant sur le plan de la manipulation, de la recherche que de la surveillance technique, lui sont à première vue bien plus utiles que se marier avec l'héritier de la famille ; ce n'est pas la meilleure façon d'obtenir des informations, comme son équipe avec Nolan le prouvera en de nombreuses reprises.
Sans ce manque de vue à long terme, Revenge pourrait aisément faire pardonner les axes les plus soapesques de son intrigue, comme les relations amoureuses de certains personnages secondaires, par exemple. Mais l'équilibre n'est pas préservé pendant ce tronçon longuet pendant lequel Emily semble piétiner sans raison.

L'avant-dernière partie de la série est pire encore. En introduisant un acte totalement parasite (la mort d'un des personnages secondaires qui n'avait pas vocation à faire partie de la mythologie centrale), la série décide de s'empêtrer dans une intrigue qui, pour le coup, ne pourrait pas hériter plus de la tradition des soaps. Qui est le meurtrier ? Est-ce le vrai meurtrier qui va être puni par la Justice ? Pourquoi donc en passer par là ? Eh bien probablement parce qu'à l'issue de la commande initiale, l'équipe de Revenge a reçu confirmation que des épisodes supplémentaires avaient été commandés, et que ce n'était absolument pas prévu. Alors forcément, on colle un patchwork d'intrigues histoire de gagner du temps jusqu'au final.

C'est dans cette dernière ligne droite que Revenge réussit réellement sa mission. D'abord avec ce qui reste probablement l'un des meillers épisodes de la saison, avec l'orchestration brillante de plusieurs flashbacks. Ensuite parce qu'enfin, plusieurs pièces placées depuis le tout début de la saison, et que c'est précisément ce qu'on attendait. Mais tous les éléments ne sont pas clairs, et certainement pas tous résolus parce que, eh bien, on va encore gagner du temps jusqu'à la saison 2. Fort heureusement, les pistes lancées pour cette seconde saison ne sont pas forcément décevantes, et permettront probablement d'éviter tout risque de répétition. Vu ce qu'on sait des scénaristes, c'est rassurant de savoir qu'au moins, on n'aura pas à tourner en rond, quand bien même cette fichue vengeance ne devrait pas s'accomplir avant une décennie.

Puisque son scénario n'est pas exactement d'une originalité à toute épreuve, que ses détours tordus sont plus souvent des prétextes que la preuve d'une intention claire sur le long terme, et que la mythologie, bien que complexe, ait tendance à pouvoir être artificiellement complexifiée au besoin, l'un des atouts dont Revenge avait besoin, c'est d'un cast solide.
De ce côté-là, il y en a vraiment pour tous les goûts. Emily VanCamp, pour commencer, démarre la saison en bien mauvais état ; peu convaincante lorsqu'il s'agit d'être venimeuse, elle a également tendance à répéter toujours les mêmes expressions lorsqu'elle complote dans le dos des Grayson. Cela s'arrangera fort heureusement en cours de saison, mais il manque tout de même quelques grammes de charisme dans son cocktail d'élégance, de finesse et de duplicité, qui feraient d'elle une héroïne comparable à d'autres grandes figures de la télévision. Jamais vraiment capable de décoller, et d'une scolarité insupportable lorsqu'il s'agit de lire un monologue sur un prompteur pour fournir l'abondante voix-off des épisodes, Emily VanCamp manque d'envergure. Ce n'est absolument pas le cas, en revanche, de sa némésis Victoria Grayson, qui a une aura de folie. On peut ricaner devant son visage refait, mais Madeleine Stowe sait donner le change, même avec une bouche passée au hâchoir. Au point même qu'elle est capable de donner le change quand ça ne sert à rien du tout. Battements de cils courroucés, pincement méprisant des lèvres, et petit sursaut des pommettes plein de fauceté, sont au programme au permanence même quand il n'y a rien à dire. Fort heureusement, Victoria Grayson est l'un des deux personnages les mieux écrits de la série ; elle a notamment droit aux seules séquences d'émotion réellement touchantes ; son drame personnel, c'est d'être tombée amoureuse de David Clarke alors qu'elle était mariée à Conrad Grayson, un homme prêt à tout pour sauver sa famille, son nom et son patrimoine. Peut-être que si elle avait quitté son mari plus tôt, on n'en serait jamais arrivés là, mais on ne le saura jamais parce que Victoria Grayson, que voulez-vous, tient aussi quand même à son standing. Et c'est un personnage rongé par le remords, mais aussi une femme qui pleure encore l'amour véritable dans sa vie, que nous offre Stowe. Ca me ferait un peu mal d'estimer qu'elle mérite une nomination aux Emmys, cela dit, et je crois que j'ai encore du mal à avaler que dans quelques jours, elle puisse prétendre au titre, mais enfin, elle a du mérite.
Quel est donc l'autre personnage génial de Revenge ? Mesdames et Messieurs, sous vos yeux ébahis : Nolan Ross. Plus âgé qu'Emily, il devient à la fois une sorte de voix de la raison, son geek de service (il en faut toujours un maintenant, c'est la loi, vous savez bien), et son animal de compagnie. Incarné par un Gabriel Mann qui sait apporter énormément de nuance à un personnage qui aurait pu jouer sempiternellement les faire-valoir, Nolan va dévoiler une grande vulnérabilité, un sens génial de la formule et de l'humour en général (je ris encore en pensant au "Revengenda" !), et va également démontrer un attachement et une loyauté sans limite envers Emily qui va mettre environ 20 épisodes avant de lui rendre la pareille. Hélas pour Gabriel Mann, il n'a pas la bouche pulpeuse de Madeleine Stowe, et il n'est nommé nulle part cette année.
Mention également honorable à la petite Emily Alyn Lind qui incarne une jeune Amanda très réussie et pour qui on signerait volontiers pour un épisode entier à ses côtés, si seulement les lois sur le travail des enfants le permettaient.
Et puis, il y a les mentions déplorables pour contrebalancer ce tableau d'honneur. Et il faut bien avouer que le cast de Revenge regorge de personnages qui n'ont pas hérité des meilleurs acteurs, à moins que ce ne soient l'inverse. Ca n'aide pas à se débarrasser du désagréable goût de trop peu de la série, et amplifie au contraire l'effet soap au rabais (ajoutez à cela les décors bling bling ; les effets spéciaux, heureusement progressivement abandonnés, pas très fins ; et l'abondance de soirées de l'ambassadeur, et vous touchez le jackpot). Ashley Madekwe, Josh Bowman et Nick Wechsler comptent parmi les très, très mauvais élèves de la classe. Certes leur rôle est ingrat, m'enfin faut ptet pas tout mettre sur le dos des scénarios, hein.

Alors du coup, à l'arrivée comme au départ, Revenge n'est pas une grande série. Il n'y a pas eu de véritable effort pour dépasser les apparences convenues, faciles, et un peu cheap, de son pilote. Elle se prend sans doute un peu trop au sérieux pour y parvenir, aussi. J'avais l'impression de pouvoir suivre le cheminement de pensée des scénaristes, et de ne pas avoir l'impression qu'ils s'éclataient. Pourtant, y a-t-il plus jouissif qu'une série sur la vengeance ? Plus libérateur ? Plus décomplexé ?
Revenge a une énorme marge de progression si elle veut entrer dans le panthéon des séries qui méritent vraiment leur succès. Il y a pire dans la vie que de devoir le vérifier en regardant la deuxième saison de Revenge, mais je ne pense pas le faire sur des semaines et des semaines, j'aurais vraiment l'impression de polluer mon emploi du temps téléphagique avec une série peu signifiante. On se donne donc rendez-vous l'été prochain pour le retour de la vengeance.

Posté par ladyteruki à 23:58 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]


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