ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

17-05-13

80s kids will know

Lorsque Reed between the Lines avait occupé mon automne, il y a de cela maintenant un an et demi (...cette deuxième saison se fait attendre, c'est interminable), j'avais esquissé un début de marathon The Cosby Show. Esquissé seulement : ça avait duré une petite douzaine d'épisodes, et je m'étais lassée.
Ce n'était simplement pas le bon moment ; c'est le danger quand on pense pallier au manque d'une série en regardant une autre qu'on croit proche.

En ce moment, c'est différent : je suis en plein marathon Brothers & Sisters ; ce qui signifie que, si les thèmes peuvent être voisins, The Cosby Show ne pâtit d'aucune forme de concurrence déloyale de la part du drama d'ABC. Du coup, j'ai fini l'intégralité de la première saison, dont voici un petit bilan en attendant, peut-être, un bilan plus général de la série. Parce que j'ai quand même Brothers & Sisters à finir, nan mais ho.

Et je dois dire que cette première saison m'a mise à genoux. J'avais pourtant, comme de nombreux spectateurs de ma génération, vu de nombreux épisodes de la série à l'occasion de ses multiples diffusions sur M6, en alternance avec Madame est Servie généralement, et pourtant, je ne les avais pas regardés. A l'époque je n'étais pas téléphage, faut-il préciser : je consommais de la télévision dans une fringale peu regardante, parce que chez moi, le meuble télé était sous clé, que mon père estimait que l'écran ne devait être allumé que pour le journal et les grands prix de Formule 1, et que tout ce qui pouvait être récupérer en-dehors de ce contrôle strict était bon à prendre, sans chercher à distinguer des critères de qualité, ou même vraiment faire attention à ce qui se regardait. Attraper des images par poignées, goulument, et les enfourner sans prendre le temps ni de mâcher ni de faire fonctionner les papilles. Vite, avant d'être prise sur le fait. Je ne dis pas que je ne riais pas, ça s'est sûrement produit, je ne dis pas non plus qu'il ne m'en est rien resté, car j'ai des souvenirs, quoique flous, de plusieurs épisodes ; c'est surtout que The Cosby Show a fait partie des séries que je regardais sans les laisser me marquer.
Pendant tout ces années où pourtant j'étais postée devant les épisodes à 20h, guettant le bruit de la porte du garage d'une oreille, je n'ai pas vraiment apprécié sa série à sa juste valeur.
Combien je le regrette et m'en réjouis à la fois aujourd'hui ! Je le regrette parce que j'étais clairement passée à côté de merveilles.

Mais je m'en réjouis car ce (re)visionnage est l'occasion de découvrir les trésors recelés par ce sitcom, à tort considéré, comme beaucoup de séries dont nous avons été nourris à l'époque, comme totalement anecdotique. Dans le Grand Livre de l'Histoire des Séries que nous avons tous un peu en tête, nous nous souvenons du Cosby Show pour avoir été la première comédie mettant en scène une famille afro-américaine à rencontrer un tel succès aux USA. Si naturellement il n'est pas inutile de se souvenir de cette donnée lorsqu'on parle de la visibilité des minorités à la télévision américaine et de leur évolution (bien que le Cosby Show soit loin d'être le premier "sitcom black" de l'histoire américaine - Beulah, en 1950, fut la pionnière du "genre", et Bill Cosby lui-même n'en était pas à son coup d'essai), elle ne doit pas être le seul critère sur lequel nous appuyer pour en parler. Et la seule nostalgie ne suffit pas.

TheCosbyShow_Season1

Car finalement, dans cette première saison au moins (on verra par la suite ?), il est plutôt anecdotique que les Huxtable soient afro-américains. En-dehors de quelques détails (certaines oeuvres accrochées sur leurs murs, la couleur peu représentée à la télévision d'une poupée de Rudy, etc.), rien ne distingue cette famille de celles que nous avons vues, beaucoup plus souvent, sur nos écrans. C'est sûrement en cela que la série est finalement si fine, dans son choix de normaliser ce qui restait pourtant plus une exception qu'autre chose à la télévision (même alors que Beulah précédait Heathcliff de 34 années).

Mais ce qui rend The Cosby Show proprement brillante, n'ayons pas peur des mots, c'est que c'est un sitcom avec une vraie thèse (contrairement à ce que beaucoup de comédies aujourd'hui voudraient vous faire croire, il ne s'agit pas d'un oxymore). Comme une poignée de créateurs de séries, Bill Cosby a quelque chose à dire, à communiquer, à partager ; il a un univers dans lequel il veut faire entrer les spectateurs afin de leur donner son point de vue sur le monde, à son échelle. Pas d'univers fantasmagorique à la Whedon ici ; Bill Cosby vit dans un monde au contraire très réaliste où il veut parler des rapports au sein du cercle familial. Dans l'espoir de les assainir, sans aucun doute : il ne faut évidemment pas oublier que c'est DOCTEUR Bill Cosby, s'il-vous-plaît, diplômé en sciences de l'éducation, qui a donné naissance à la série (chose que le générique rappelle au bon souvenir du spectateur étourdi). Et de la même façon qu'un Kelley va employer son expérience professionnelle pour donner son point de vue (et ses questions) sur la société, Cosby va faire de même avec la cellule familiale. Ah d'accord, elle a comparé Cosby à Kelley, on sait donc désormais que toute forme d'objectivité sera absente de ce post.
Regarder le Cosby Show n'est pourtant en aucune façon une leçon sur les valeurs familiales. En tant que grande consommatrice de fictions familiales depuis que j'ai su crocheter la serrure du meuble télé, et pour avoir vu l'intégralité oui, l'intégralité des 5 premières saisons de 7 à la Maison, je suis en mesure de vous assurer qu'il y a une énorme différence. Cosby écrit avec sa série le même manuel d'optimisme et d'humanisme que Gene Roddenberry avec Star Trek. Ah ouais, donc maintenant on en est à comparer Bill Cosby au Great Bird of the Galaxy, carrément.

A travers le Cosby Show, on devine quelles sont les convictions profondes de Bill Cosby ; la plus prégnante est le respect des enfants.
Cosby, par le truchement de Heathcliff Huxtable, met un point d'honneur à ne jamais les regarder de haut, il leur parle toujours avec clarté et honnêteté, et ne prend jamais leur intelligence à défaut. En somme, il traite chaque enfant, quel que soit son âge, comme un égal, tout en adaptant son discours à leur compréhension du monde, en bon pédagogue.
Un détail m'a particulièrement impressionnée. Il arrivera à deux reprises, pendant cette première saison, que Heathcliff, la mine accablée par la dernière bêtise inventée par un de ses rejetons, s'empare d'une batte de baseball avant de toucher deux mots à sa progéniture. C'est généralement le moment de toute série où je réprime difficilement un frisson, je l'admets. Mais la batte de baseball n'effleurera pas le plus petit popotin, pas même pour plaisanter : on ne lève pas la main sur les enfants, chez les Huxtable. Jamais. Se saisir de cette batte est plutôt une façon pour Bill Cosby de dire : "je pourrais régler les choses comme ça, et imposer mon autorité par la force et donc la peur" ; chaque fois, Heathcliff posera la batte aussi vite qu'il la prise et entamera une vraie discussion. Cette batte de baseball, c'est en fait la matérialisation de ce que Cliff expliquera à son fils dans un épisode : "dans le temps, quand le père voulait que le fils fasse quelque chose, il l'ordonnait et le fils s'exécutait. Mais on n'est plus dans le temps", racontera-t-il en substance (les histoires-fleuves de Heathcliff Huxtable ayant fait sa réputation...). Ce qui m'a impressionnée ? Les enfants n'ont pas de mouvement de recul, ils ne cillent pas, ils ne regardent même pas la batte quand il l'attrape ; il est acquis que cette batte n'a aucune existence dans leur rapport à leur père. Son utilisation n'est jamais qu'anecdotique.
L'un des meilleurs exemples au long de cette première saison (et, si mes souvenirs sont justes, des suivantes) de la volonté de Cliff de parler à ses enfants comme à des êtres sensés et de toujours privilégier ce mode, sera sa relation à Théo, unique fils de la maisonnée, un peu irresponsable mais pas mauvais bougre. Le Dr Huxtable passe un temps considérable à essayer à la fois de lui inculquer le sens des responsabilités et de préserver leur camaraderie. Ce sera sensible dans le pilote, comme j'ai pu le souligner par le passé, mais aussi dans l'épisode où Clair découvre un joint dans un livre de classe de Théo ; au lieu de virer à la prêche, l'épisode va au contraire prendre un tour surprenant quand les parents croient Théo sur parole (lequel affirme "c'est pas à moi", défense plutôt classique du genre), et que Théo insiste pour prouver son innocence afin de préserver l'estime de ses parents, qu'il n'avait pourtant jamais perdue. Dans la façon que Cliff et Clair ont d'adresser le problème, il est net d'emblée que personne ne va "engueuler" Théo. Il n'est pas question de le sermoner. Il ne vient à l'idée de personne de commencer par punir et poser les questions après (on n'est pas chez les Kyle de Ma Famille d'abord, ici !). On se parle, chez les Huxtable.
Mais le plus merveilleux dans cette famille, c'est que se parler n'est pas réservé aux situations "de crise". On prend aussi les décisions en commun comme dans une démocratie où chaque vote compte (c'est ce qui se passe quand Sondra veut passer l'été en France avec des amies), ou tout simplement on débat de sujets divers, pour le plaisir d'échanger des idées (à l'instar des questionnements soulevés sur le remariage par un ami du couple Huxtable qui a trouvé une nouvelle compagne de plusieurs décennies sa cadette). Il n'est pas rare que les enfants se sentent, dans ce contexte, autorisés à contester les décisions ou le comportement de leurs parents, comme quand Cliff découvre que Denise a un nouveau petit-ami qu'elle ne veut pas lui présenter car ses réactions sont souvent épidermiques, et que Vanessa comme Denise adressent à leur paternel des remontrances à ce sujet.
Cette croyance que les générations peuvent communiquer s'élargit au-delà de la relation parent-enfant ; dans un épisode, les parents d'Heathcliff viennent dîner, l'occasion de comparer les générations entre elles alors que Théo vient de se faire percer l'oreille en cachette de ses parents juste pour impressionner une fille. On en concluera d'ailleurs que si les modes opératoires changent, dans le fond, les adolescents restent les mêmes génération après génération, et les parents aussi. La fin de l'épisode, dans un joyeux brouhaha, montrera des personnes âgées partager avec leurs enfants et leurs petits-enfants leurs souvenirs de jeunesse sans fard ni faux-semblant (attention spoiler : grand-père Huxtable s'était fait tatouer sur le torse le nom de sa promise à l'époque du lycée !). Bill Cosby ne croit vraisemblablement pas au "white lie", considérant qu'il ne sert à rien de faire croire à une image immaculée des générations précédentes, et tenant en plus haute estime la franchise que l'espoir de servir de modèle parfait. Un autre épisode montrera au contraire Cliff Huxtable s'amuser avec plusieurs camarades de Rudy pendant de longues scènes ; mais je vais y revenir.

Outre la position de Bill Cosby sur les rapports intergénérationnels, The Cosby Show est aussi une ode au partage des responsabilités domestiques et familiales, au point qu'on se demande pourquoi cela pose encore problème aujourd'hui si en 1984, le sujet est posé comme une évidence par la série.
On le sait, les Huxtable travaillent tous les deux : Heathcliff est gynécologue et obstétricien, Clair est avocate. Le premier travaille dans un cabinet aménagé au sous-sol de la maison, mais peut être appelé au beau milieu de la nuit, ou d'un évènement important, pour accoucher une patiente à l'hôpital ; la seconde ne compte pas ses heures de travail, et peut parfois enchaîner les heures supplémentaires en soirée. La résultante de ces deux vies très occupées, c'est que, paradoxalement, Cliff est plus facilement à la maison que Clair pour s'occuper des enfants, et considère tout-à-fait normal de les prendre en charge, parfois à la grande surprise de Clair. Celle-ci opposera une ou deux fois de la résistance, généralement parce qu'elle voudrait tout de même pouvoir s'occuper des enfants elle-même (comme dans l'épisode où Rudy tombe malade et que Clair a une réunion très importante qu'elle ne peut déplacer alors qu'elle ne souhaite que cajoler la petite), ou, parfois, parce qu'elle pense que son mari va être dépassé (il lui prouvera le contraire ; sauf dans la mesure où les enfants n'apprécient pas la cuisine de leur père !). Heathcliff et Clair sont donc à pied d'égalité dans la maisonnée, en partie parce que les circonstances s'y prêtent, et en partie parce que le Dr Huxtable éprouve un plaisir visible à passer du temps avec ses nombreux rejetons.
Quant à leur relation de couple, elle fait partie des choses les plus vibrantes de cette première saison. Quand on les voit ensemble, on ne se demande absolument pas comment Heathcliff et Clair ont pu avoir 5 enfants (alors que la question est légitime dans le cas des Camden de 7 à la Maison, pour prendre l'exemple le plus frigorifiant de couple télévisuel de parents supposés s'aimer). C'est bien simple, ils sont toujours l'un sur l'autre ! Ils s'aiment visiblement comme au premier jour (ils se sont pourtant connus au lycée, comme l'expliquera Heathcliff dans un épisode où il se souvient avoir choisi sa fac uniquement sur la base du choix de Clair), et cet amour ne se vit pas en cachette dans la chambre à coucher, bien que celle-ci soit évidemment le théâtre idéal pour leurs interactions. Dans le salon, la cuisine, PARTOUT ! Les Huxtable s'embrassent, se taquinent, s'entrelacent, s'allument, se suçottent les lobes d'oreille... ils sont inséparables, et très tactiles.
Leurs échanges ne se limitent pourtant pas à leurs nombreuses preuves d'amour physique : on se raconte sa journée (comme Heathcliff qui rentre à 3h du matin et raconte à son épouse à demi-endormie : "on dit qu'un bébé naît en moyenne toutes les 9 secondes, cette nuit, ils avaient choisi mon hôpital pour le faire"), on partage ses préoccupations, des plus profondes aux plus futiles ("si je meurs et que tu rencontres une femme qui me ressemble trait pour trait, est-ce que tu gardes ma photo ?"), ou évidemment, on discute des enfants. Le rapport d'égal à égal est valable dans tous les domaines.
D'ailleurs, preuve que Cosby est là avant tout pour parler d'un univers et non d'un couple, le Dr Huxtable aura l'occasion plusieurs fois d'expliquer ces principes à ces propres patients. Au mari d'une parturiente qui insiste pour se comporter comme chef de la maison (ce qui ennuie bien la future maman), il expliquera : "l'époque où on était le chef, sérieusement, ça date d'il y a 30 ans ! L'homme à l'ancienne, c'est fini ! Une relation, c'est bien plus que d'être le chef. Vous n'êtes pas le chef, elle ne sera pas le chef". Evidemment, comme on parle d'une comédie, la tirade se conclut sur : "le bébé sera le chef !"... mais le message est clair. Et il sera répété, de façon plus subtile et cette fois sur le ton de l'évidence, tout au long de cette première saison. On est en 1984, rendez-vous compte ; pourquoi a-t-on encore des débats sur le sexisme en 2013 alors que Bill Cosby avait classé tout ça il y a belle lurette ?

Il faut avouer que même si Cliff est, de toute évidence, au centre de la série, Clair est un personnage, pardon pour le jeu de mots, parfaitement lumineux. Phylicia Rashad a d'ailleurs l'air de passer de bons moments sur le plateau, éclatant de rire spontanément lorsque Bill Cosby fait le pitre, et apportant sa classe naturelle à son jeu d'actrice qui n'endosse jamais tout-à-fait dans le rôle du clown blanc. Clair est la voix de la raison... souvent. Pas tout le temps. Clair est bon public pour Cliff... jusqu'au moment où c'est elle qui va nous épater, nous prendre par surprise.
Personne ne s'enferme dans une caricature, dans le Cosby Show.

TheCosbyShow-Season1b

Quand j'avais 5 ans, ma mère m'avait laissé voir Rencontres du troisième type ; il est de notoriété dans ma famille qu'à l'issue de film, je me suis précipitée vers l'écran en répétant que je voulais rentrer dans la télé, et partir rejoindre les personnages (eh oui, déjà alors). J'ai ressenti cette émotion, que je n'avais plus connue depuis un quart de siècle, devant cette première saison du Cosby Show. Et quand je vous disais, plus tôt, que le premier volet de mon intégrale m'avait mise à genoux, ce n'est pas une image : je suis littéralement tombée devant mon écran, les joues en larmes, devant certaines scènes absolument magiques. MA-GIQUES. J'assume mes adjectifs.
Et pas juste parce que les Huxtable forment une famille géniale, ce que je me suis ingéniée à expliquer jusqu'à présent, mais aussi parce que la série offre des moments... eh bien, je l'ai dit, magiques.

Il suffit, pour se convaincre de l'énergie de certaines idées du Cosby Show, de voir les épisodes-ovnis comme Jitterbug Break (1x16) ou Slumber Party (1x22), à la narration fantaisiste.
Le premier raconte comment la famille Huxtable se prépare à passer un vendredi ou samedi soir ; les parents s'apprêtent pour sortir avec un couple d'amis pour aller danser, la babysitter annule sa venue et Denise est chargée de la remplacer, qui invite donc les amis avec lesquels elle devait sortir à venir à la maison. Denise, dont on apprend qu'elle pratique le breakdance avec une boombox dans la rue (hello, années 80). L'épisode commence donc de façon assez classique, mais son dernier quart d'heure sera en réalité entièrement dédié à faire danser les personnages dans le salon, ce salon que nous connaissons tous où les meubles ont été poussés par Denise, ses amis et Théo, et où chacun s'en donne à coeur joie sur du hip-hop, puis du jazz quand arrivent les amis des parents, des danseurs émérites qui prouvent qu'ils ont encore quelques tours dans leur manche, puis finalement, quand les deux générations se mettent à danser ensemble dans la joie et la bonne humeur. L'épisode ne veut a priori envoyer aucun message : chaque personnage prendra la suite d'évènements comme un bon moment dont il faut profiter, le bonheur du moment dans une maison qui n'en manque pas. Son but est simplement de finir sur une célébration de l'envie de danser. Le scénario de départ n'a été qu'une excuse pour profiter de ce moment magique du quotidien des Huxtable. "C'est pour ça que j'aime venir ici", soufflera leur ami dont la voix est couverte par la musique, "on ne sait jamais comment la soirée va finir".
Dans le second de ces deux épisodes, Rudy s'ennuie copieusement, et Heathcliff lui suggère (après lui avoir proposé d'être son camarade de jeu, et de s'être gentillement fait rappeler "tu es mon papa, pas mon copain" par la petite) d'inviter des amis à dormir. Huit enfants de cinq ans vont donc être lâchés dans la maison (huit !), alors que Clair est, une fois de plus, retenue à l'extérieur (une conférence, cette fois) et que Cliff doit donc gérer tout seul la petite tribu, même s'il embarque finalement Théo et Denise pour lui prêter main forte. L'épisode n'a pas de conclusion à proprement parler : où Cosby veut-il en venir en parlant de la pauvre Rudy qui se sent seule ? Nulle part, la pauvre n'aura pas plus de trois lignes de dialogues à partir du moment où ses camarades arrivent à la maison. L'épisode va en fait consister en une enfilade de scènes pendant lesquelles le Dr Bill Cosby va simplement interagir avec les enfants : leur parler (encore), jouer avec eux, les taquiner, et ainsi de suite. Reconnaissant que les petits bouts sont bruyants, il aura juste le temps de lancer un pari avec son propre père (de passage) afin d'essayer de réussir à faire taire les gamins pendant une minute. Et c'est tout. Juste ça : Bill Cosby et huit enfants joyeux. Les scènes sont longues, mais on s'en fiche. Ca respire la vie !

Contrairement à la plupart des séries de son époque (puis des années 90) à vocation familiale, The Cosby Show n'a donc, vous l'aurez compris, aucune ambition moralisatrice, et ne s'embarrasse pas de conclusions. La narration de nombreux épisodes de cette première saison n'aura pas conclusion claire, sans même aller jusqu'aux exemples que je viens de citer ; ce sont simplement des tranches de vie, légèrement plus comiques que celles que vous et moi avons pu connaître pendant notre propre vie familiale, mais qui ne sortent jamais de ce registre.
Même quand l'avant-dernier épisode de la saison s'aventure au centre communautaire du quartier (posant ainsi comme une nouvelle évidence que Cliff et Clair participent à la vie de quartier sur leur temps libre, of course), on évitera pourtant tous les écueils du genre. L'épisode, qui devait être un backdoor pilot, mettra en retrait les Huxtable pour souligner plutôt le quotidien de Tony, responsable du centre, et de sa petite-amie, conseillère et psy travaillant avec lui. L'épisode, qui porte le titre de Mr. Quiet, montre alors Tony qui fait la connaissance d'un petit garçon très secret, lequel vient de se faire battre par un groupe d'enfants, et refuse de parler à qui que ce soit de ce qui est arrivé. Va-t-on essayer de comprendre pourquoi on s'en est pris à lui et ainsi aborder, je ne sais pas, le problème du racisme ou des violences ? Va-t-on découvrir que le garçon, que Tony n'a jamais vu au centre communautaire, est un SDF à prendre en charge ? Pas du tout. Le seul "enjeu" de l'épisode est que Tony tente de se lier à l'enfant et de lui faire simplement dire son prénom, et l'épisode se concluera quand le petit rentre chez sa mère après avoir non seulement parlé à Tony, mais aussi dévoilé son surnom "pour les amis". Voilà, c'est tout. Pas de mission. Une tranche de vie qu'on ne prend pas pour prétexte à moraliser la discussion.
The Cosby Show, regardable par toute la famille, ne donne pas dans l'éducation des enfants, de toute façon, mais plutôt des parents. Si la série poursuit un but, c'est à la rigueur d'apprendre à ces derniers à parler aux plus jeunes, pas à aborder les problèmes rencontrés par ceux-ci pour les aider à grandir. La télévision de Bill Cosby n'éduque pas les enfants à la place des parents. Personne ne doit éduquer les enfants à la place des parents, voilà ce que croit Bill Cosby, et c'est pour ça qu'il faut apprendre aux parents à être pédagogues. A observer. A écouter. A parler. A interagir avec les plus jeunes, de façon simple mais sincère. Mais ça, vous l'aviez compris depuis le début de la lecture de ce post...

Avec son rythme souvent à contre-temps, et ses multiples tentatives d'expérimenter des structures narratives atypiques pour ne pas dire, parfois, inexistantes, la première saison du Cosby Show vaut largement le coup d'oeil. D'autant qu'au-delà de ça, ses gags sont tout simplement intemporels...

TheCosbyShow-Season1c

Pour conclure, je dirais : il faut signer où pour se faire adopter par les Huxtable ? Avec tout ça, mais aussi les coiffures de l'impossible, les pulls pas croyables, et les musiques d'un autre temps, j'ai eu l'impression de replonger dans l'enfance que je n'ai jamais eue, c'était un vrai délice.
...Et dire que ça, c'était pour une seule saison ! Bon, il est un peu acquis ce marathon, maintenant, non ?

Posté par ladyteruki à 16:39 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

29-05-12

What's wrong in this picture ?

Regardez bien ces photos... Qu'ont-elles en commun ?

SingleWhiteMale

Si vous ne voyez dans ces photos que du talent... eh bien, bon, d'accord, un point pour vous, je vous concède ça, certes. Mais ces photos de showrunners américains célèbres ont un autre point commun.
Pour mettre le doigt dessus, contentons-nous de nommer ce que nous voyons défiler : homme blanc. Homme blanc. Homme blanc chauve. Homme blanc. Homme blanc...

Je crois pourtant avoir, avec ce petit pseudo-PowerPoint, ciblé la plupart des showrunners tenant le haut du pavé, sur le territoire des États-Unis comme à l'international. S'il en manque qui ne soient pas des hommes blancs mais qui aient le même statut, croyez bien que c'est moins par mauvaise foi qu'en raison d'un total oubli, parce que là tout de suite, il ne m'en vient pas vraiment.

A cette première constatation, il faut cependant ajouter une précision : on parle ici de "célébrités" parmi les showrunners. Sitôt qu'on prête attention aux showrunners, toutes séries confondues, y compris les un peu moins célèbres, on trouve effectivement des femmes. Quelqu'un de ma timeline Twitter a, hier, transmis le lien suivant : "Six Female Showrunners Talk Ratings, Their Comedy Icons, and Internet Hate" (vu que j'ai laissé l'onglet ouvert mais que je n'ai pas gardé le tweet, je ne sais plus qui a tweeté ça ; en espérant que la personne se reconnaisse, merci pour le lien !).
Il y a donc, bel et bien, des showrunners de sexe féminin.

Mon post du jour s'intéresse donc à l'autre pendant de la problématique : qu'en est-il des showrunners de couleur ?

Le souci avec cette question, c'est que quand ce sont des personnes de couleur qui la posent, tout de suite on a l'impression que les débats sur la représentativité et les quotas sont de retour, et les histoires de quota sont rarement un sujet pacifique en rapport avec la télévision (ou ailleurs), j'en ai moi-même parlé il y a quelques années. L'avantage c'est que comme je suis blanche, la question ne se pose pas de savoir si je me sens mal représentée ou non, et l'existence de showrunners de couleur ou non n'a rien de personnel. C'est simplement une interrogation purement curieuse.
Mais, parce que ça fait plusieurs années que je tente régulièrement (avec un succès variable) des séries "blacks", et parce qu'au gré de mes voyages téléphagiques j'ai appris au moins une leçon qui est que le talent n'a pas de couleur, j'ai l'impression que la question est l'aboutissement logique de plusieurs années d'observation. Même si le sujet est, par essence, un peu glissant... Tentons donc, on verra bien.

Pardonnez par avance mon ignorance, mais des showrunners de couleur rencontrant vraiment le succès, il m'en vient seulement deux à l'esprit : Shonda Rhimes et Tyler Perry. 

ShondaRhimes TylerPerry

Bon en France, je sais bien que Tyler Perry ça nous parle pas, mais aux USA, si, et son succès est même largement supérieur à celui de Shonda Rhimes (qui a cependant le privilège de cumuler et d'être une femme ; bravo à elle et ses chromosomes, donc). Naturellement en cherchant bien, il y en a d'autres tout aussi colorés, mais leur carrière est couronnée de moins de succès ; ça va que je regarde Single Ladies et Reed Between the Lines, cela dit, parce que sinon les noms ne me viendraient pas facilement.

Et pourtant, je continue de lire, très régulièrement, sur des forums ou dans des tweets, qu'on manque de séries "blacks" et de personnages "blacks".
Un exemple près de nous : regardez le débat autour de Girls ; on a eu le même sur Friends et on s'en est toujours pas sortis, or ça va faire 20 ans, quand même ! Mais en tous cas ce débat existe toujours et on entend toujours des voix pour s'élever contre les séries avec uniquement des personnages blancs.

White girls are so pretty, skin as smooth as milk...

Ce qui est fou c'est que justement, il y a une sorte de boom des séries "black" actuellement, et c'est la première fois depuis le décès d'UPN qu'il y en a autant à l'antenne ; je ne vais pas les citer toutes, et j'en ai déjà mentionné quelques unes plus haut, mais on peut lister les sitcoms de Tyler Perry (deux d'entre eux actuellement à l'antenne, House of Payne, et For Better or Worse qui revient cet été et a l'originalité d'être dénuée de rires ; le troisième, Meet the Browns, vient de s'achever fin 2011 après 140 épisodes en trois ans !), The Game, et cet été, Bounce TV entrera dans la danse des séries originales avec un sitcom "black", Family Time.

Alors clairement, des séries "black", il y en a.
Mais je vais risquer une théorie : je crois que quand des gens (souvent des "blacks", puisqu'ils ressentent un défaut de représentation à la télé) disent que ça manque de séries de couleur, ils veulent dire en fait : "ça manque de série de couleur sur une chaîne qui ne nous serait pas réservée, et qui ne nous traiterait pas comme un sous-public".

Ce que ces messages me semblent dire en filigrane, c'est "pourquoi je me retrouve, au mieux, avec une série comme Grey's Anatomy, dans laquelle les personnages de couleur sont en minorité et où clairement on est dans du primetime soap ? Et pourquoi au pire je retombe sur des comédies de Tyler Perry ? Qui me touchera sincèrement avec un Parenthood black ? Pourquoi je peux pas avoir un A la Maison Blanche black ? (surtout depuis 2008) Où est mon Mad Men black ?"
Évidemment, toutes les séries ne sont pas, en toute objectivité, réalisables commercialement avec un casting à majorité ou unanimité "black". Game of Thrones "black" par exemple, pas sûre que ça ne fasse pas un puissant bide ; certains genres n'attirent pas le public "black" et ça reste une réalité du marché, mais force est de constater qu'avec le niveau de vie en nette progression, et l'accession de plus en plus fréquente depuis au moins une décennie à la middle-class et la upper-middle-class, les goûts téléphagiques évoluent, et c'est naturel (n'est-ce pas ce qui s'est passé pour le public blanc, après tout ?).
Un drama "black", ou un period drama "black", sont des possibilités qui semblent clairement sous-exploitées à l'heure actuelle à la télévision américaine... et c'est peut-être ça, le fond du problème.

Je crois que la problématique a quand même un peu changé, en dépit de l'ironie dont je faisais preuve un peu plus haut. Il ne s'agit plus simplement de permettre au public "black" de se retrouver dans les séries sur un plan purement physique. Ce stade, sans être tout-à-fait dépassé comme le prouvent les nombreuses réactions autour de Girls, n'est toutefois plus le coeur du problème. Aujourd'hui, il s'agit de se retrouver dans la qualité des séries ; pour reprendre le débat de Girls, l'autre aspect du problème il n'existe à l'heure actuelle aucune série à la télévision dans laquelle une post-ado ou jeune adulte "black" puisse retrouver ses questionnements.
Non que cela signifie une désaffection totale des sitcoms "blacks" tels que nous les connaissons, Tyler Perry peut dormir tranquille et se racheter un nouveau studio à Atlanta ; mais qu'une nouvelle forme de diversité est appelée par les spectateurs "blacks", qui ne concerne pas seulement leur représentation, mais les conditions dans lequelles cette représentation se fait.
D'ailleurs, je parle ici essentiellement de fiction "black", parce que les latinos ont tellement de choix de networks spécialisés, que du côté du marché hispanique, inutile pour les networks de livrer bataille, la guerre est déjà perdue...

Les attentes téléphagiques du public "black" sont peut-être bien en train d'évoluer, en même temps que leur place dans la société américaine au sens large.
Et le problème, c'est que la télévision américaine n'évolue pas en même temps. Le succès de films comme The Help devrait pourtant contribuer à cette progression vers une télévision de qualité pour le public "black", mais il n'en est rien. Parce que les petites chaînes qui peuvent s'offrir des sitcoms "blacks" n'ont que très rarement les moyens de subventionner mieux. Et que quoi qu'on dise, la voie vers la démocratisation passe par les networks, parce qu'historiquement ça a toujours été le cas.

...C'est peut-être le moment ou jamais pour les networks américains d'arrêter de voir la vie en monochrome.

Posté par ladyteruki à 05:28 - Série de valeurs - Permalien [#]

02-03-12

Black March : ah oui tiens, et, au fait, pourquoi ?

BlackMarch

Nan parce qu'on déconne, on déconne, mais le Black March c'est pas juste un défi, comme ça, pour voir si on a de la volonté, pour se tester et ne pas télécharger alors que c'est possible (ô combien). J'ai déjà tenté le défi du "nan mais je vais pas télécharger pendant une période définie", au fait. Je sais que je le peux (au moins une semaine). Je n'ai rien à prouver.

Sauf qu'il ne s'agit pas simplement de ne pas télécharger : il s'agit de ne rien acquérir, ni légalement ni illégalement. De refuser de consommer des produits culturels pour montrer qu'à un moment, ça commence à bien faire d'être pris pour des... nan mais vous savez quoi, on va rester polis, en fait.
Outre l'évidente diète que cela implique, surtout pour quelqu'un qui tutoie tous les vigiles de la FNUC du coin et qui passe plusieurs heures par jour à écrire et réfléchir sur ce qu'elle passe plusieurs heures par jour à regarder, c'est donc avant tout un acte de revendication. Ou de désespoir.
Ou des deux.

Concrètement, on pourrait réduire la problématique à la suivante : le téléchargement VS l'achat légal.
Ce n'est pas tout-à-fait ce que couvre le Black March, il faut le noter : il s'agit plutôt de manifester le mécontentement de consommateurs qui se sentent pris pour des vaches à lait sans option légale satisfaisante pour accéder à des contenus, et qui voient le système répressif s'accentuer sans contrepartie aucune. La nuance a son importance.
Mais la pomme de discorde peut en gros se résumer à ce problème de l'illégalité contre la légalité.

Evidemment le sujet du téléchargement est vaste. Et, même si j'ai pu l'aborder plusieurs fois par le passé dans ces colonnes, je voulais le faire de façon aussi complète que possible, car les débats récents soulevés par le Black March (de façon plus ou moins explicite), avec différents interlocuteurs et sur divers supports, m'ont fait réfléchir à ma position sur pas mal d'aspects du téléchargement, parfois pour la réviser... et souvent non, il faut bien le dire.
Alors pour évoquer cette question sous un maximum d'aspects, je me suis assuré l'aide d'un producteur de télévision qui interviendra au cours de ce post, j'ai nommé : feu Stephen J. Cannell. A charge pour lui de se faire (selon les points de vue) l'avocat du diable ou au contraire la voix de la raison.
J'espère que je n'aurai pas à payer de droits sur l'utilisation de sa photo, mais en même temps, vu que les lois contre le téléchargement se foutent comme de leur première lettre de mise en demeure des copyrights dans le domaine photographique, je ne me fais pas trop de soucis.

Mais d'abord, commençons par le début : pourquoi je télécharge ? Parce que, oui, j'achète, c'est sûr. Mais je télécharge aussi. Alors pourquoi ?

Je télécharge parce que je ne peux pas me permettre financièrement d'acheter TOUT ce que je regarde.

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Merci Stephen, c'est très vrai. Je me rappelle d'ailleurs qu'à l'époque où je n'avais pas d'argent pour manger, je m'en passais aussi. Comme quoi il n'y a pas de vrai besoin fondamental dans la vie, ce n'est qu'une construction de l'esprit.
Dieu merci aujourd'hui, je n'ai plus à faire ce sacrifice et je peux me payer un deux pièces pas dégueulasse en proche région parisienne (ça n'a l'air de rien mais ça coûte quand même un méchant bras), de quoi remplir un frigo rhétorique (parce qu'en réalité j'ai pas encore de quoi me payer un frigo, mais en tous cas je mange à ma faim), et 2 ou 3 DVD ou livres à la fin du mois quand ya pas eu de tuile. Je n'ai hélas pas souvent le budget pour plus. J'ai déjà de la chance, dans mon entourage tout le monde ne peut pas consacrer autant.
En fait je ne devrais pas appeler ça un "budget culture", mais plutôt "somme rescapée à la fin du mois", parce que si je veux être totalement honnête, entre une visite chez le médecin (plus les médicaments) par-ci, ou une facture un peu plus corsée que d'habitude par-là, mon "budget culture" se calcule en regardant le nombre d'euros qui me séparent du découvert à la fin du mois, quand le reste est payé. "Mon budget culture" a, soyons honnêtes, remplacé le concept d'épargne. En gros, je ne suis pas SI privilégiée. Mais voilà, j'aime bien acheter quand même, alors déjà, j'ai fait un choix. Je ne cherche pas les médailles en disant cela, mais c'est aussi ça la réalité du consommateur, Stephen, et c'est ptet pas complètement idiot de le rappeler. Oui, une Porsche à 10 000 euros, on peut considérer que ce n'est pas cher pour ce que ça vaut, mais c'est encore trop cher pour la plupart des budgets, si tu veux, et faire mine de l'ignorer, et exiger que les gens déboursent de l'argent qu'ils n'ont pas, ce n'est pas une façon de réfléchir qui fait avancer le Schmilblik.

Et pourtant je télécharge. Je télécharge parce que soyons honnêtes, je suis une passionnée et j'ai de GROS besoins, comme ces gens au métabolisme capricieux (j'ai une cousine comme ça) qui ont besoin de faire 5 repas copieux par jour, juste pour ne pas tomber d'inanition.

La vérité c'est que je pourrais consommer moins, évidemment.
Après tout, la passion pour les séries télévisées, ce n'est pas la même chose que la faim, la vraie. On peut comprendre qu'on vole à manger, mais voler de la culture ? La culture n'est pas une nécessité pour vivre, si ?
Mais c'est aussi là qu'on touche à quelque chose qui me semble important : la culture ne devrait pas être optionnelle.
Regarder des séries, cela ne forme évidemment pas l'alpha et l'omega de la culture, mais cela en fait partie (et puis c'est difficile de se poser en artiste volé si on n'accepte pas que la télévision soit de la culture, ya une histoire de beurre et d'argent du beurre, littéralement). Mais cela peut s'appliquer à tout ce qui est téléchargé : cinéma, musique, livres... et si on commence à dire qu'on n'a pas à espérer avoir accès à la culture qu'on ne peut pas acheter, on commence à tenir des propos qui me dérangent énormément, Stephen. Parce que sans téléchargement, on laisse quoi comme option aux gens ? Le bombardement par des chaînes comme TFhein d' "oeuvres" qui sont rentables, et donc par définition, s'adressent au plus petit dénominateur commun. Si on n'admet pas que les gens aillent chercher plus loin que ce qu'on leur enfourne dans le bec à coups de rotation lourde sur les stations de radio musicales, et de diffusion charcutée les grandes chaînes de télévision, on détruit même le concept de culture pour tous. On admet que la culture n'est pas accessible à tous. Et c'est une idée qu'on pouvait faire semblant d'accepter sur le principe jusqu'au siècle dernier, et avant internet, mais qui aujourd'hui n'est plus acceptable une seule seconde, parce qu'on sait qu'en téléchargeant illégament, on pourrait avoir accès à la culture. Alors pourquoi accepter de rester dans l'ignorance ? Que se passe-t-il, Stephen, si les séries qui passent à la télévision, je ne les aime pas ? C'est TFhein sinon rien ? Que se passe-t-il, Stephen, si la musique que j'aime, aucune radio ne veut la diffuser ? C'est Lady Gaga ou le silence ? Je me prive de télévision et de musique ? Parce que je n'ai pas l'argent de faire autrement ?
La culture, c'est une façon de s'éduquer au monde. Et l'éducation, on est tous d'accord pour dire qu'on devrait ne pas dépendre de ses ressources financières pour y accéder, non ?
La variété de l'offre culturelle devrait être inscrite dans la Constitution, selon moi. Mais on m'écoute jamais quand il s'agit d'amender la Constitution.

Et puis, pour être tout-à-fait honnête, Stephen, toi et tes congénères (les vivants, en particulier, qui manifestent une plus grande cupidité) n'avez pas vraiment envie que je consomme moins. Vous n'avez pas vraiment envie que je réduise ma consommation, particulièrement dans le milieu de la télévision ou, comme dans celui du tabac, on espère bien que je vais avoir envie de toujours plus de paquets de cigarettes par jour, quitte à taper une clope à droite ou à gauche, et certainement pas que j'apprenne à être une fumeuse occasionnelle.
Soyons francs : la télévision fait ses thunes sur la quantité d'épisodes vus et sur l'appel d'air que cela induit lorsqu'une série s'arrête et qu'une autre commence. Du jour où un fan de séries se dit "ouais, bah tu sais quoi, après Buffy j'ai jamais vraiment pu accrocher à nouveau à une série", il est perdu pour l'industrie ; quand une personne est prête à regarder toujours plus, c'est là qu'elle est intéressante, comme en témoigne la multitude de spin-offs pour des séries procédurales qui ont pendant une bonne et large décennie bien profité ouvertement de ce phénomène jusque là exploité avec plus de discrétion. De la même façon que l'industrie agro-alimentaire rajoute du gras et du sucre pour donner envie aux gens de plus de gras et de sucre, et les gens qui fabriquent des séries espèrent bien que mon appétit ne va pas être satisfait de si tôt, et que je ne vais pas un seul instant envisager de consommer moins.
C'est le jeu, Stephen. Je ne me plains pas. Je sais que je suis encouragée dans une certaine forme d'addiction et que ça fait tourner ton industrie. Je pars du principe qu'à ce stade, c'est un crime sans victime : toi et les tiens faites votre beurre, et moi j'ai mon content de séries, et c'est un de mes péchés mignons comme d'autres ont l'alcool ou le shopping, finalement. Nous sommes, sur le plan de l'encouragement à l'addiction, deux entités adultes et consentantes, bien qu'un peu co-dépendantes.

Le problème c'est évidemment que, toi, Stephen, tu as une super série à me vendre... mais que ton copain JJ aussi, et son colocataire Joss tout pareil, sans parler de leur voisin d'à côté Bryan, ou de la sympathique Theresa qui occupe la maison d'en face. Et je ne peux hélas pas subventionner tout le quartier. Je l'ai dit, quand j'ai un budget culturel à la fin du mois, il ne dépasse pas 3 DVD ou livres, et ça inclut alors tous mes loisirs... or il s'avère que j'en ai plusieurs : séries, films, jeux videos, autobiographies, essais et ouvrages divers, DVD de Jmusic (j'ai la chance de ne pas être attiré par les CD), entre autres.
Du coup je suis obligée de faire un truc qui vous déplait beaucoup, à toi et ton voisinage : je fais des choix. En avril ce sera un coffret de la série de James et Glenn, par exemple, pas la tienne. Tu n'es pas le centre du monde, Stephen, j'ai des préférences et des priorités, et tu n'étais pas tout en haut de ma (longue) liste de séries à acquérir. Je vais probablement télécharger ta série, du coup. Et ça, c'est autant d'argent que, de ton point de vue, tu n'auras pas. Je ne l'avais pas, Stephen, mais ça te fait enrager que tu ne le gagnes pas.

En fait, Stephen, tu ne veux pas que je "m'en passe", de ta série, surtout pas ; ce n'est pas très honnête de me suggérer de me passer de quelque chose que toute ton industrie met tellement d'énergie à me vendre (et je ne me lance même pas dans la question des produits dérivés que ça ne te dérangerait pas que j'achète en plus). Tu veux juste que je la paie légalement, ce que je conçois. Simplement je ne le peux pas, en l'état actuel des choses.

Mais il y a un autre problème, Stephen. C'est que ta série, pour les besoins de la démonstration, vient de commencer aux USA. Et que même si je voulais vraiment débourser une part de mon budget culture, il n'y a tout simplement rien à acheter. Je la télécharge parce que c'est, à ce jour, la seule façon de voir ta série.

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Stephen, c'est absolument vrai. Et largement commenté, là aussi, dans divers post de ce blog : internet nous a donné les outils pour prétendre que nous pouvons tout regarder à tout moment. Et encore, moi je télécharge mes épisodes, il y a des gens qui vivent encore plus dans l'immédiateté et qui regardent en direct et en streaming au beau milieu de la nuit (et c'est pas plus légal).
On vit tous à présent, ou presque tous, dans le mythe que si une envie nous tombe dessus de regarder tel ou tel épisode, c'est possible à peu près dans l'heure. C'est ce qui fait que certains ont décidé de ne pas suivre le Black March, d'ailleurs : il y a telle série qui passe et ils ne veulent pas avoir à s'en priver jusqu'en avril. Un mois leur semble insurmontable. Toute ton industrie tournée vers l'encouragement de l'addiction a donc très bien fait son job, Stephen, et j'en profite pour tous vous saluer.

Y a-t-il un manque à gagner pour toi ? Non. Est-ce légal ? Non plus. D'ailleurs ça peut rester vrai pendant des mois, comme le rappelle l'excellent comic dédié à Game of Thrones de the Oatmeal.
Et encore, Game of Thrones a été choisie pour arriver en France par une chaîne française. C'est effectivement une question de patience, après tout.
Mais qui a acheté les droits de Reed between the Lines en France ? Personne. Ce n'est pas la culte de l'immédiateté qui est le seul à mettre en cause.

Au final, on est tous bien emmerdés.

Peut-être que si je pouvais acheter à un tarif décent (voir aussi : "budget culture") des épisodes rapidement après leur diffusion aux USA, les choses seraient différentes. Je crois par exemple énormément dans la licence globale.
Rappelons, et ce n'est à mes yeux pas du tout anodin, que ce que l'on reproche aux mecs de MegaUpload, c'est d'avoir proposé la licence globale à toute la planète sans mettre les artistes dans la boucle ; en gros, les dirigeants de MegaUpload s'en sont mis plein les fouilles en faisant ce que les majors se refusent à faire depuis des années, alors que la licence globale, ça fait des années qu'on essaye de leur suggérer !
Parce que MegaUpload a compris qu'on ne peut pas faire comme si ce monde d'immédiateté, pourtant, n'existait pas. Et tu ne peux pas exiger de moi, Stephen, que j'ignore la possibilité de regarder ta série le lendemain de sa diffusion, et en VO, pour la modique somme de quelques heures d'électricité. Ce n'est peut-être pas légal, mais c'est POSSIBLE, et tu ne peux pas le rendre impossible. Mais le modèle de MegaUpload (ainsi qu'en attestent les listes, dressées avec un enthousiasme juste un peu pervers par les médias, de voitures et de demeures, comme si les patrons de majors ne vivaient pas dans un luxe similaire) prouve que nous ne cherchons pas à avoir tout de façon gratuite. Les consommateurs sont prêts à payer.
Simplement, ils sont de plus en plus nombreux à ne pas être prêts à payer les tarifs pratiqués par les majors, à l'unité, avec des catalogues restreints, et des DRM en pagaille comme si on pouvait acheter le droit de louer un épisode pour plus cher que si on achetait le DVD (qu'en plus on a de fortes chances d'acheter quand même ultérieurement). Peut-être que si le modèle de MegaUpload avait été adopté plutôt par Universal, mettons, on n'en serait pas là... et je ne parle pas de la situation de Kim Dotcom et de ses copains, mais bien de la nôtre, à nous tous.

Mais, Stephen, il y a encore pire.

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Si.
Parce que le téléchargement illégal a DU MERITE. Je sais, ça parait invraisemblable.

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Bon alors, là, non, je t'interromps, Stephen, c'est juste pas possible. Je peux pas te laisser dire ça. Le téléchargement n'est pas du vol.
Quand tu as une histoire dans la tête et que je t'écoute raconter cette histoire, et qu'ensuite je me répète cette histoire dans mon coin, je ne la vole pas. C'est le propre de quelque chose d'immatériel : cela t'appartient toujours, mais se transmet. Du moment que je n'en dépose pas le brevet ou que je ne la vends pas à un autre, je n'ai rien volé du tout et ton histoire est toujours ton histoire. Et tu peux la faire breveter, tu peux la raconter à quelqu'un qui te payera pour la raconter, tu peux l'écrire ou l'enregistrer puis faire payer pour le support écrit ou audio ou video, et d'avoir adopté cette histoire dans un coin de ma tête, de me la raconter pour me divertir, ce n'est pas du vol. Tu peux considérer que mon devoir est de ne me rappeler de cette histoire que tu as à raconter qu'en achetant le support sur lequel tu as trouvé le moyen de la commercialiser. Mais tu ne peux pas dire que je te vole cette histoire, c'est inexact.
On vole un DVD, un livre, quelque chose qu'on peut mettre dans une poche ou un sac. Pas une histoire, pas un fichier. C'est une contrefaçon, tout au plus.

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Une fois encore c'est entièrement vrai, Stephen. C'est tout justement là qu'on touche à un sujet compliqué. Le coeur du problème est évidemment là, dans les questions financières.

De l'argent, tu en as reçu, rappelons-le, avant même que la série ne soit diffusée dans ton pays d'origine, en réalité. Et si c'est compliqué, c'est parce que d'un côté, tu as déjà été payé pour ton travail, et que d'un certain point de vue, cela devrait suffire ; mais d'un autre côté, c'est vrai que si ta série remporte un énorme succès par la suite, c'est normal que tu touches de royalties après la diffusion, et sur les ventes de DVD notamment.
Tu as déjà été payé une fois, donc. Alors, pourquoi les royalties ? Pourquoi devrais-tu toucher de l'argent APRES avoir gagné la somme initiale stipulée par ton contrat initial ? On pourrait se le demander. De la même façon que mon boulot me paye à venir faire mon boulot, et rien de plus, on pourrait se dire que chacun a rempli sa part du contrat et que ça s'arrête là. Et que, si j'ai créé, mettons, un système d'organisation dont on se servira même une fois que j'aurai changé de bureau, eh bien c'est absolument le même tarif, et que c'est même dans l'ordre des choses. Je laisse à la postérité la joie de bénéficier de ce que j'ai créé pour une somme initiale non-renégociable.
Pourtant les royalties sont une bonne chose pour un artiste. Si le contrat d'origine stipule que tu gagnes, mettons, $5 000 pour créer ta série, et qu'ensuite, la série se vend incroyablement bien en DVD, Blu-ray et VOD, eh bien tu n'en vois pas la couleur, de tout cet argent. C'est le distributeur qui s'en met plein les fouilles, et ça, ce n'est pas juste. Je comprends donc le concept de royalties. Et comprends bien que, pour qu'il y ait des royalties et que le système fonctionne, il faut que les gens achètent le DVD, le Blu-ray, ou le fichier via la VOD.
Il y a un autre soucis d'ailleurs. Pour que tu sois payé lorsque tu signes ton contrat (les $5 000 de départ), il faut que ton industrie fournisse de l'argent pour ton projet. Et il faut que ton projet soit suffisamment rentable pour que quelqu'un investisse ensuite dans le projet suivant. Il faut bien qu'il y ait des rentrées d'argent. Et pour cela, il faut bien qu'il n'y ait pas que des gens qui téléchargent illégalement. Je le comprends tout-à-fait.
C'est bien pour ça que je dis que c'est compliqué.

Je ne prétends donc pas qu'il faille une gratuité totale. Je dis juste que l'offre n'est pas en adéquation avec la demande, ni avec les moyens financiers de la demande. Comment expliquer que, en une période de crise, il faille supplier les majors (qui pourtant peuvent plus se le permettre que les indépendants) de baisser leurs tarifs ? Pourquoi les prix ne baissent-ils pas, ou si peu, alors que le pouvoir d'achat est un problème dans la plupart des pays du monde ?

Le problème, c'est bien que les choses ne peuvent plus fonctionner comme avant internet et son maudit culte de l'immédiateté et de la variété de l'offre culturelle.

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Bah, mon Stephen, presque.
Parce que pour presque conclure (bientôt, promis) ce n'est pas du vol, quand je télécharge, c'est aussi souvent que possible, un emprunt. En fait, la valeur de test du téléchargement me pousse ensuite, j'ose le dire, à faire de véritables investissements. Je fais la démarche de télécharger non par pingrerie, mais, en grande partie, parce que la découverte me permet ensuite de faire la démarche d'acheter ce dont je n'aurais pas eu envie de faire l'acquisition autrement, n'en connaissant pas le contenu, la qualité, l'intérêt.

Parlons concrètement. Rien qu'en 2011, outre mes achats de DVD "normaux", j'ai dépensé un peu plus de 200 € dans des coffrets de séries qui ne sont pas, et ne seront probablement jamais, commercialisés en France. Nommément : Mesudarim, The Circuit, Capitu, Koselig Med Peis, et Yes, Minister.
Sans le téléchargement, je n'aurais jamais dépensé cet argent dans l'investissement de ces DVD. Tu n'imagines quand même pas, Stephen, que j'aurais acheté le coffret d'une série dont je n'ai jamais vu une image ? Si je n'avais pas téléchargé le pilote de ces séries (et bien souvent, c'est à peine croyable mais pourtant vrai, uniquement lui), je n'aurais pas fait ces achats. Ton équivalent brésilien ou norvégien ont ainsi gagné de l'argent en plus, sans avoir déboursé un sou en promotion dans mon pays. Alors évidemment ça te fait une belle jambe, Stephen. Ce n'est pas TA série que j'ai ainsi acquise. Mais les faits sont là, le téléchargement n'est pas QUE mauvais.
Et d'ailleurs, ta série, si elle me plait, je vais faire mon possible pour l'acheter en DVD en import, et ce avant même de me poser la question de savoir si elle sera un jour disponible en France. Parce que si ça me plait, je veux le coffret DVD (et lui aussi, de la façon aussi immédiate que mes moyens le permettent, et sous condition évidemment que le DVD existe). En tant que passionnée, ça me semble normal, et même, nécessaire. Simplement si ta série est une grosse bouse, eh bien non, je ne vais pas payer, et encore, il y a la question du prix psychologique, j'attendrai peut-être, comme je l'ai fait pour les premiers coffrets de Lost, une promo sur CDiscount. Tout n'est pas noir et blanc.

J'irai même plus loin. On a parlé du culte de l'immédiateté. On se garde bien de rappeler que le téléchargement, la culture, tout ça, ne concerne pas que des oeuvres pour lesquelles il suffirait d'attendre quelques mois pour qu'il y ait une diffusion en France (en version doublée, à des horaires pas possibles, mais je ne vais pas entrer dans ces débats corollaires). Le téléchargement illégal, c'est aussi quand je cherche par tous les moyens comment mettre la main sur le pilote de Run for your life, qui n'a jamais été rediffusé en France depuis l'ORTF. Et encore, c'est une chance, parce qu'il y a tant de séries, même américaines, qui n'ont jamais été diffusées en France, et ne le seront jamais...
La culture c'est aussi permettre aux gens d'accéder à des vieilles séries qui sont impossibles à voir autrement. Je serais prête à payer de l'argent pour ça. Mais Stephen, ton industrie ne veut pas de cet argent-là, et ne me propose pas d'option.

Bien-sûr que ces exemples sont radicaux, et bien-sûr que tout le monde ne regarde pas des séries étrangères ou anciennes (c'est dommage, et je m'emploie à ce que ça change, mais c'est pas la question). Mais Stephen, je n'ai jamais prétendu m'exprimer au nom de qui que ce soit, sinon moi. Je ne revendique rien d'universel. Je pose juste les raisons qui font que le Black March m'apparait comme la seule façon de protester contre un système dont je ne peux pas sortir gagnante si je joue selon les règles du jeu, et où il m'apparait que je suis perdante à bien des égards si je ne télécharge pas.

Toutes les raisons qui font que je télécharge, prouvent qu'il y a quelque chose qui cloche dans le modèle actuel. A l'heure du numérique, il devrait être possible de faire des abonnements à la carte plutôt que de payer au fichier, de proposer à des internautes de payer pour se faire éditer un DVD (sans package) de la série de leur choix, etc...
Tiens, pourquoi n'y a-t-il pas de DVD pour les 3 dernières saisons d'Une Nounou d'Enfer, nulle part ? Parce que ce ne serait pas rentable, probablement, comme pour des dizaines d'autres séries distribuées seulement de façon partielle. Pourtant s'il existait un service de type "Netflix permanent", alors sans débourser d'argent en termes de fabrication (il s'agirait uniquement de graver des DVD, un matériel qui pourrait très bien être mutualisé pour toutes les séries du catalogue), Sony Pictures Home Entertainment pourrait vendre légalement des DVD de la série à un prix raisonnable, et à la carte, au coup par coup, sans craindre de pertes, plutôt que de créer de la demande et pousser les gens à se tourner vers le téléchargement illégal des produits qui ne sont pas commercialisés. Mais non.

Alors, Stephen, on fait quoi, à partir de là ? Tu proposes quoi ? On change quoi ?

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Je vois. La réponse habituelle, donc.
Eh bien écoute, dans ce cas, je  m'en retourne à mon Black March.

PS : lecteur, je m'en remets à toi pour trouver ci-dessous uniquement des commentaires construits et civilisés. Comme partout ailleurs sur ce blog, mais enfin, ça va mieux en le disant.

Posté par ladyteruki à 10:55 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

21-12-11

[DL] Reed between the Lines

Après avoir regardé le final de Reed between the Lines, ce qui, oui, sous-entend que j'ai regardé toute la première saison de cette comédie de BET (je suis la première surprise vu le peu d'antécédents que j'avais en la matière jusque là), je suis parvenue à plusieurs conclusions. La première, c'est que trois épisodes d'un coup c'est trop, quand même. Surtout quand ils ne constituent pas un final mais bien trois intrigues indépendantes. La seconde, c'est que justement, la série a l'air d'avoir été renouvelée pour une deuxième saison, et ça c'est quand même bien sympa. La troisième, c'est qu'on n'a quand même pas tant de comédies de ce genre à la télévision ces dernières années, et que même si parfois, Reed between the Lines se laissait aller à des histoires un peu trop politiquement correctes, globalement ça restait regardable par toute la famille sans overdose de bons sentiments, parce qu'elle a très vite su trouver son ton ; je vous ai déjà entretenus du sentiment de naturel qui en découle globalement, ne m'obligez pas à le répéter.

ReedbetweentheLines
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Alors, bon, ce n'est pas forcément le générique le plus ébouriffant de la planète, moi-même si je ne connaissais pas la série je le trouverais probablement rebutant, mais je voulais marquer le coup pour dire au revoir à la famille Reed, que j'ai trouvé si saine, si charmante, si vibrante.
Mais je suis certainement partiale : je n'ai jamais caché mon goût pour la science-fiction.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Reed between the Lines de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:00 - Médicament générique - Permalien [#]

14-11-11

Le Dr Spock peut se rhabiller

J'ai ptet des siècles de retard quand je le fais, mais je tiens toujours mes promesses. Et en l'occurrence j'avais promis sur Twitter que si vous trouviez le titre de la vieille comédie que je m'envoie en ce moment, je vous posterais le pilote, et bah voilà, 12 épisodes plus tard je concrétise.
En l'occurrence, cette comédie, c'est le Cosby Show, l'une des comédies que vous avez forcément vues si vous êtes un enfant des années 80 et que vous aussi vous avez biberonné du M6 soir et matin, ou, pour être plus exacte, soir et midi, ce qui était mon cas dés que je parvenais à atteindre la télévision.
Alors hop ! Retour des posts La preuve par trois avec le pilote en question !

ThecosbyShow-1
Le pilote commençait pourtant bien mal. Je ne pense pas avoir déjà vu le pilote (mais quand on est encore une téléphage haute comme trois pommes, on enregistre moins bien ce genre de choses) mais je gardais de la série, globalement, un plutôt bon souvenir. Et là, après une scènes entre Clair et les enfants, on voit débarquer Cosby qui se met à danser, et si vous êtes un enfant des années 80 vous savez combien regarder Cosby en train de danser est une expérience particulière, et la scène s'arrête à ça. On ignore pour quelle raison on entend des rires à cet instant. Et ça fait presque 3 minutes qu'on est là. Et je suis consciente qu'en vous disant ça, je ne vous donne pas envie de cliquer sur le petit icône en bas de post. Mais après, ça s'arrange, fort heureusement. Libéré du besoin de faire le clown, Cosby se retrouve face au mari d'une patiente, et là, il est véritablement drôle. La morale de cette histoire, c'est qu'il faut impérativement empêcher Cosby de faire de la comédie physique, au profit d'anecdotes parce que dés qu'il raconte des anecdotes, on reconnait son style, son humour, et ça fonctionne à fond. Cette note étant prise, on peut poursuivre.

ThecosbyShow-2
Pour moi qui suis en ce moment Reed between the Lines, c'est à la fois un plaisir et un choc que de retrouver Malcolm Jamal Warner dans cet EXCELLENTISSIME tête-à-tête avec Cosby. Essayer de donner à Theo un embryon de sens des réalités a toujours fait partie de mes meilleurs souvenirs de la série (la vérité c'est que j'essaye désespérément de me rappeler dans quel épisode il rêve que Cliff et Clair lui font payer un loyer et le traitent comme un étranger, parce que quand je l'avais vu cet épisode m'avait beaucoup marquée), et là j'étais vraiment à la fête. Cliff est le type de paternel qui, tout en étant sympa et marrant, va toujours essayer d'avoir raison pour pouvoir parvenir à ses fins éducatives. On le voit bien avec l'affaire du salaire : Theo pense que plus tard, son salaire sera de 3000$ par semaine, Cliff ne bronche pas et poursuit sa démonstration avec brio quand même.

ThecosbyShow-3
Rassurez-vous, il n'y en aura pas que pour Theo. Ce pilote est l'occasion de retrouver les 3 autres enfants Huxtable (dans ce pilote, il n'y a en effet que 4 enfants, et Clair est une femme au foyer ; ce sera rectifié dés le 2e épisode), à savoir la délicieuse Rudy dont le rire enfantin est des plus adorables, la sassy Vanessa, dont l'accent en VO lui donne une personnalité à la fois plus chiante et plus impressionnante, et enfin Denise, l'adolescente un peu délurée (toutes proportions gardées), qui auront chacune, à leur façon, l'occasion de briller un instant ou un peu plus, notamment en faisant tourner leur père en bourrique chacune son tour alors qu'il tente déjà de gérer le cas Theo.

Il se dégage de ce pilote une énorme bouffée de nostalgie. Peu de séries arrivent si bien à nous replonger dans les années 80, et personnellement je ne saurais que trop recommander le visionnage de ce pilote à ceux qui ne les ont pas connues. Pourtant, en-dehors de la scène d'introduction, on s'apercevra bien vite que la série n'a pas vieilli sur le plan de l'humour, et qu'elle possède toujours cette malice qui lui permet d'être regardée à la fois par les parents et par les enfants. Une qualité devenue bien rare pour la plupart des comédies du moment, comme j'ai déjà pu vous le dire, et personnellement je me régale de chacun des épisodes que j'ai pu regarder depuis, à la faveur d'un trou téléphagique dans mon planning.
Je ne sais pas encore si j'irai jusqu'au bout des 200 épisodes du Cosby Show, pour cette fois je ne me suis pas lancée avec l'idée d'aller au bout de l'intégrale et j'attends de voir venir, mais en attendant que je me décide, je prends énormément de bon temps. Je vous en souhaite tout autant devant ce pilote.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche du Cosby Show de SeriesLive.
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Posté par ladyteruki à 20:52 - La preuve par trois - Permalien [#]

04-11-11

Time and again

S'il est communément admis, bien qu'avec plus ou moins de mal selon les interlocuteurs parfois bornés, que tout le monde ne perçoit pas une même série de la même façon (ce qui rend instantanément l'usage des commentaires d'un blog plus passionnant), on sous-estime un peu d'autres sensations à géométrie variable en téléphagie.
La perception du temps en est une. Pas simplement parce que nous nous nourrissons uniquement d'images qui sont la photographie d'instants appartenant forcément au passé, mais simplement parce que, de par notre passion, nous modifions juste un peu la façon dont nous pensons notre rapport au temps.

AlaRecherche


Le degré de distortion temporelle que nous expérimentons tous, c'est celui qui apparait quand on découvre un épisode pour la première fois (mais vous pouvez l'avoir ressenti avec un film, un clip ou une publicité, également).
Lorsqu'on découvre les images pour la première fois, on a tendance à avoir l'impression que la video est plus longue, alors que si on la regarde une seconde fois peu de temps après, on trouve qu'elle passe plus vite. Mais il est vrai que je n'ai jamais fait le test avec un épisode de Derrick... Il y a probablement un phénomène cognitif derrière tout cela, d'ailleurs, venant du fait, je présume, que nous analysons avec plus d'intérêt une scène que nous découvrons pour la première fois, alors que si nous la connaissons déjà, notre cerveau s'économise sûrement la peine de l'étudier en détail (c'est probablement la même raison que celle qui fait que lorsque vous relisez une dissertation ou un post pour la 10e fois, vous ne voyez plus les fautes d'oretographe).
Cette perception faussée du temps n'a toutefois pas de conséquence grave, au contraire, c'est un petit arrangement avec le réel pour mieux profiter d'une intrigue donnée.

Cependant, il y a plus vicieux : la façon dont nous concevons le temps à cause des diffusions. Et c'est là que notre cerveau finit par nous jouer des tours.
Déjà, rien que les minutes précédant la diffusion d'un épisodes semblent tordues : elles sont à la fois plus lentes en raison de la publicité qui nous fait attendre, et en même temps, rien n'est jamais prêt : on n'est pas encore en face de l'écran, le téléphone a sonné ou on nous a appelé dans une autre pièce, on a oublié le jus d'orange pulpé à la cuisine, on a froid aux pieds et le plaid est au lavage, le chien réclame ses croquettes, enfin ya toujours quelque chose, quoi, et du coup c'est la précipitation de peur de manquer l'épisode, comme si le temps s'était accéléré juste pour nous narguer.
Outre l'effet de ralentissement du temps évoqué ci-dessus, on rappellera également que pendant l'épisode, le monde est supposé se mettre en pause, et ne reprendre la marche de son (à peu près) bon fonctionnement que 45 minutes plus tard.

Mais le plus fou, c'est que notre perception de la semaine dans sa totalité peut se trouver affectée par les diffusions. Même quand on ne les suit pas à la télé, d'ailleurs, on n'est pas totalement affranchis de l'emprise du temps : le simple fait de suivre la diffusion US nous asservit tout de même au calendrier, puisque vous n'avez pas le choix et êtes obligés d'attendre que l'épisode suivant soit diffusé. Mais ce calendrier est détendu comme un pull trop porté : aux coudes, par exemple, il est plus lâche ; et ainsi on se retrouve dans la situation absurde où la semaine revêt un caractère totalement déformé.
A titre personnel, par exemple, ma semaine commence très fort avec l'attente des séries du dimanche (PanAm, Homeland, The Walking Dead parce que ça va pas bien dans ma tête, The Good Wife que j'ai reprise, peut-être bientôt Hell on Wheels ?), suivie d'un lundi tout aussi fort en émotions (avec Enlightened, Threesome même s'il n'y en a plus pour long, Death Valley, et 2 Broke Girls). Ces deux jours sont des jours où les épisodes semblent se précipiter, où il n'y a jamais assez de temps pour rien. Et puis, vient la suite de la semaine. Un vaste désert d'ennui où les seules oasis sont Suburgatory, Reed between the Lines (avec, Dieu merci, DEUX épisodes), et maintenant Boss. Ces 5 jours-là, les jours ne passent pas, c'est interminable, je me rabats sur des vieux pilotes, des intégrales, du rattrapage, et le temps passe incroyablement plus lentement, c'en est désespérant. Pour le weekend, je me réserve en général également The Slap, histoire de meubler. Et la semaine suivante, ça recommence (enfin presque, tenant compte des fins de saisons et des hiatus, d'ailleurs Threesome va incroyablement me manquer).

Mais là où la distortion est flagrante, et où on sent bien toute la subjectivité de la chose, c'est que ma semaine ne ressemble qu'à ma semaine, selon la sélection de séries que je regarde. Un téléphage ne regardant que des comédies verrait probablement la semaine avec un regard totalement différent. En fait, personne n'a la même sensation de la semaine qui passe, car personne n'a exactement le même programme hebdomadaire que moi. Nous passons le même temps à respirer pendant ces 7 jours, et pourtant, aucun de nous ne vit la durée de cette semaine de la même façon.

Et ainsi, chaque téléphage forge lui-même son temps sur mesure, souvent sans même y penser. Tout cela... simplement parce que nous regardons des séries. N'y a-t-il pas là quelque chose de prodigieux ?

Alors j'avais juste envie, curieuse comme je suis, de vous demander : à quoi ressemble votre semaine téléphagique ?

Posté par ladyteruki à 17:40 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

22-10-11

Reed it after me

Reeditafterme

Après deux épisodes supplémentaires de Reed between the Lines depuis mon dernier post, je confirme mon verdict : c'est un sitcom au charme vraiment naturel (pourvu que l'on ne parte pas du principe que les deux termes sont incompatibles) qui lui donne une longueur d'avance sur beaucoup de séries en multi-camera de ces dernières années, y compris cette saison.

La série parvient à éviter dans 99% des cas le surjeu, la surenchère de comédie physique, et les blagues téléphonées qui sont l'apanage des pires séries du genre. J'ai presqu'envie d'envoyer un DVD à Chuck Lorre pour qu'il apprenne comment on fait rire les gens sans les prendre pour des crétins.

Si Tracee Ellis Ross lutte visiblement contre son réflexe de faire le singe (et surmonte ce handicap presqu'à chaque fois), les prestations de Malcolm Jamal Warner et Zoë Soul sont sans défaut. Impeccables. Toujours élégantes et sobres, mais drôles.
En particulier, Soul est une véritable révélation (et les scénaristes l'ont bien compris parce que son personnage est bien plus mis en valeur que celui de son jumeau), elle est d'une grande justesse, toujours extrêment fluide, et délivre la moindre ligne comme si elle venait d'elle... et elle n'a qu'une quinzaine d'années ! Quand je pense que ce n'est même pas une qualité qu'on trouve chez les comédiens rôdés aux comédies depuis plusieurs décennies... Ce sera un privilège, Mademoiselle, de suivre ce que vous allez devenir dans les prochaines années (surtout que vous n'étiez personne il y a encore quelques mois).

Les histoires sont également à louer ; la façon dont les quelques séances psy sont conduites (presque dénuées de blagues, en fait, mais vibrantes de rythme), la façon dont les intrigues parviennent à gentillement surprendre par leur déroulement et leur dénouement, la façon dont, tout simplement, cette famille est décrite. Il en ressort une grande envie de normalité tout en étant capable de rendre les choses drôles et c'est une qualité qu'on ne voit pas souvent.
C'est vraiment le mot "naturel" qui décrit le mieux mon ressenti vis-à-vis de cette comédie, et pourtant le terme parait si étranger au genre du multi-camera !

Il n'y a pas de cliché, pas de gentille maman ou de maman gaffeuse, de papa sévère ou de papa parfait, d'enfants terribles ou d'enfants transparents ; personne ne tombe dans la caricature. L'épisode où les parents s'aperçoivent que leur cadette est en réalité un petit monstre parvenait à être drôle, tendre, et terriblement honnête dans sa démarche et son traitement, et si vous n'avez rien contre l'idée de ne pas commencer par un pilote, je vous suggère (à ce jour, puisque seulement quatre épisodes ont été diffusés) de commencer par celui-là. S'il ne vous charme pas c'est que Reed between the Lines n'est pas pour vous. Mais j'en doute. Car c'est vraiment une série à la croisée des genres, plus subtile que la moyenne dans sa catégorie. Si j'étais vraiment quelqu'un de persiffleur, je dirais que si vous tolérez une seule série de Lorre, votre niveau d'exigence est trop bas pour que vous n'appréciez pas Reed between the Lines. Eh, c'est pas une attaque, j'ai regardé la première saison de Mike & Molly vous savez...

Je ne suis pas certaine que quelqu'un d'autre pense à vous le dire, mais rarement un sitcom m'aura fait cet effet-là (une comédie en single camera, plus facilement, à titre de comparaison), et je ne saurais que trop vous encourager à donner sa chance à cette comédie méconnue. Passez 20mn (ou 45, comme le font les spectateurs de BET) avec les Reed, et venez me dire ensuite que ce n'est pas meilleur que Whitney (duh !), ou 2 Broke Girls.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Reed between the Lines de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:33 - Review vers le futur - Permalien [#]

13-10-11

Bon boulot sur toute la ligne

Il y a des trucs que vous ne vous attendez pas à écrire dans une review, jamais ; "la nouvelle série de MTV est super", "j'adore l'humour de Damon Wayans", ou encore "il n'y a pas de comédie plus drôle que Whitney". Jusqu'au jour où l'une de ces choses devient vraies et remet en question tout l'ordre de l'univers.
C'est ainsi que je vous concocte un post sur la première saison d'Awkward. ! Si on m'avait dit.
En attendant, voilà une autre chose que je ne m'attendais pas à écrire dans une review : "j'ai envie de suivre un sitcom black".

Non que les sitcoms blacks ne soient pas drôles. Non, sincèrement, ce n'est pas ça ; c'est juste que la plupart d'entre nous (je suis et reste convaincue que les téléphages s'exprimant sont en majorité blancs) n'est pas dans la cible, et culturellement (à plus forte raison parce que les Afro-Américains sont une culture à part entière), et je soupçonne que si ces séries marchent bien, c'est parce qu'elles trouvent leur public. Ce public, ce n'est pas moi.
Et pourtant, je me suis sincèrement posé la question hier devant Reed between the Lines.

ReedBetweentheLines
Le titre était pourri. Les acteurs pas très intéressants. Le pitch tenait sur du papier à cigarettes. Regardez-moi ça, même la photo est bateau ! Tout indiquait que ce serait nul. Eh bien devinez quoi, pas du tout.

Le mérite en revient aux acteurs principaux et notamment Tracee Ellis Ross. Imbuvable dans le pilote de Girlfriends (que j'avais regardé l'été dernier, dans ma période "testons des séries blacks" consécutive au visionnage de Single Ladies), elle apparait comme sympathique dans Reed between the Lines. Son personnage n'est pas une bonne femme insupportable, ni bitchasse ni matrone, qui sont un peu les modèles qu'on trouve dans les comédies de ce genre. De son côté le personnage de Malcolm Jamal Warner n'est pas spécialement original mais, au moins, il a le mérite de n'être pas désagréable, le genre de mec distant qu'on n'apprécie pas souvent dans ces séries.

Et surtout, c'est fou, mais il se dégage une grande impression de naturel. La connivence entre le couple principal (les deux docteurs Reed) est palpable, et rend les diverses situations d'intimité totalement crédibles ; l'humour des situations et, plus souvent, des dialogues, ne s'en porte que mieux, on dirait que le couple rit ensemble, et non qu'ils veulent nous faire rire.
Plus épatant encore, les enfants s'en tirent bien, là où les rôles sont souvent attribués à des petites frimousses sans grand talent et ayant en général tendance à surjouer. La fille ainée, en particulier, parvient à être drôle sans jamais en rajouter, et c'est un immense soulagement. Le personnage le plus caricatural est celui de l'assistante de Carla, mais on le voit peu dans le pilote et ça ne gâche même pas la scène, dans laquelle Ross s'en sort si bien que ce n'est pas grave du tout. Les autres personnages secondaires sont très décents, par ailleurs, et notamment l'acupuncteur avec qui elle partage le cabinet, qui converse sur le même mode.
Et c'est certainement le plus important, en fait : les dialogues restent agréables même quand ils ne sont pas hilarants, parce que personne ne force, personne ne tente à tout prix d'avoir l'air drôle. Pour un peu, si elle était tournée dans d'autres conditions, Reed between the Lines pourrait tout-à-fait se passer des rires du public, mais ils sont relativement peu présents (volume sonore modéré, pas d'omniprésence fatigante) ce qui rend le problème quasiment anecdotique.
Au milieu de tout ça, l'intrigue, sans être très innovante, ne vire pas à la grosse farce insupportable, à l'exception d'une scène, vers la fin, un peu limite, mais fort heureusement vite écourtée.
L'épisode se clot sur une scène sympathique sans être touchante ni exagérément fleur bleue (Carla sort le grand jeu à Alex, un peu façon Whitney... et parvient à rendre la scène sympa, tendre et décontractée, sans en faire un truc aussi odieux et même limite sexiste que Whitney). La conclusion de l'épisode est bonne, disons les choses comme elles sont.

Le capital sympathie des personnages est tel que je me suis vraiment dit que ça me plairait bien de continuer l'aventure. Je vous avoue que c'est une première, en particulier après les expérience frustrantes, pour ne pas dire désastreuses, qu'ont pu être Are we there yet? et autres Meet the Browns.

Peut-être que Reed between the Lines n'est pas tant un sitcom black qu'un sitcom avec des blacks, et que les spécificités culturelles sont gommées. Mais en tous cas, c'est un sitcom sympathique, ça ne fait aucun doute. Personne ne vous braque un flingue sur la tempe pour rire, personne ne vous inflige une galerie de personnages insupportables et exagérés, personne n'a envie de gagner son salaire avec un scénario usé jusqu'à la corde (la façon dont on entre dans la vie professionnelle de Carla est sympathique, j'attends le tour d'Alex la semaine prochaine car sa pratique a l'air originale aussi), bref, c'est un sitcom, tout court. Loin des qualificatifs chromatiques et des sous-entendus qualitatifs qui s'y rattachent, Reed between the Lines est juste l'occasion de passer un bon moment avec des personnages qui ont tout compris à ce que le mot "naturel" veut dire.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Reed between the Lines de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 12:54 - Review vers le futur - Permalien [#]


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