ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

17-03-12

lady's world tour - Escale n°5

BlackMarch

Chose promise, chose due, voilà un nouveau world tour, avec plein d'infos sur plein de séries venues de plein de pays, comme le Dieu de la Téléphagie l'a voulu. Et puis aussi parce que je n'y avais pas consacré de post depuis quelques temps et que, bah, ya beaucoup de choses qui se sont passées dans l'intervalle, quoi...

LosArchivosdelCardenal
- ARGENTINE/CHILI : en état de siège
On a souvent en tête, quand on parle de séries d'Amérique du Sud, des telenovelas, ou, au pire, des nocturnas se déroulant de nos jours. Pas cette fois. Deux sociétés de production s'associent en effet pour produire une série historique intitulée Sitiados ; il s'agit de Promocine au Chili (déjà à l'origine de Los Archivos del Cardenal), et l'incontournable Pol-ka en Argentine (en France, nous la connaissons essentiellement pour avoir produit Epitafios). Sitiados, écrite par Carmen Lopez, se déroulerait en 1599, alors qu'un fort de Patagonie fait l'objet d'un siège de 3 années mené par les indiens Mapuche ; sur les 600 Espagnols regroupés à l'intérieur du fort, seuls 22 d'entre eux survivront... Pour mettre en place cette série ambitieuse, la chaîne chilienne TVN a décidé de mettre la main au porte-feuille ; ainsi, chacune de ces trois entités participera à hauteur d'1 million de dollars, faisant de Sitiados la série destinée à une chaîne gratuite la plus chère de l'histoire chilienne. En tout, douze épisodes sont prévus. Et tant qu'on en est à discuter de séries chiliennes, précisons que Los Archivos del Cardenal, qui mettait en scène un groupe ouvrant les dossiers des victimes de Pinochet, a obtenu une deuxième saison sur TVN, et qu'un film devrait également être produit ; d'où la photo de promo ci-dessus.

- ARGENTINE toujours : fans des années 80
La chaîne Telefe lançait ce lundi à 21h15 une nouvelle comédie, destinée à une diffusion en quotidienne du lundi au jeudi, du nom de Graduados. Elle met en scène des personnages ayant quitté le lycée en 1989 et se retrouvant à l'occasion de leur réunion d'anciens élèves, et s'apercevant que les sentiments passés n'ont pas toujours totalement disparu... La série met ainsi en parallèle des souvenirs des années 80 (avec musique et vêtements à l'avenant) et la vie des protagonistes au présent (les deux époques étant jouées par les mêmes acteurs...). Outre l'histoire de la série en elle-même, Graduados mérite d'être mentionnée parce qu'elle a permis à la chaîne Telefe de récolter pas moins de 48% des parts de marché le soir de sa diffusion, devenant le programme plus regardé non seulement de sa tranche horaire, mais aussi de toute la journée.

- MEXIQUE : vlan dans les dents
La chaîne sportive TDN, filiale de Televisa, a décidé de se lancer dans la fiction également. Elle diffusera ce lundi le premier épisode de Cloroformo, une série se déroulant dans l'univers de la boxe, et plus précisément dans un gymnase où se croisent les destins de 5 boxeurs différents qui en sont à des stades variés de leur carrière. En tout 13 épisodes sont prévus, et comme le démontre la bande-annonce, Cloroformo, c'est pas pour les demi-portions, c'est une série qui sent bon la sueur...

- CANADA : meurtres en famille
Outre l'annonce dont tout le monde a parlé relative à la date de démarrage de Saving Hope (même si je ne comprendrai jamais pourquoi  certains sites préfèrent annoncer son simulcast aux USA plutôt que la date de lancement dans son pays d'origine au Canada ; eh les mecs, on les cagoule ces séries, c'est pas comme si on vivait aux States, on s'en fout de NBC dans ce contexte !), qui d'ailleurs a été ajouté au Pilot Watch, CTV a aussi mis en branle deux nouveaux projets cette semaine. Le premier est Mark of Cain, une série fantastique créée par Tammy Marlowe Johnson (dont c'est la première série), qui s'intéresse à un homme condamné pour meurtre, et qui s'aperçoit qu'il est capable de voir un signal invisible qui lui indique quand d'autres personnes sont sur le point de tuer quelqu'un. Ca ressemble pour l'instant à une sorte de procedural, mais on n'a guère plus d'éléments pour s'en assurer à ce stade. L'autre projet est une comédie qui pour l'instant n'a pas de titre, mais qui serait fortement inspirée de Modern Family, et développée par Chris Leavins, l'un des acteurs de Todd and the Book of Pure Evil.

- ECOSSE : coeur vaillant
La chaîne STV a annoncé il y a quelques jours avoir commandé un biopic insiré de la vie de William Wallace, alias Braveheart, qui a lutté pour l'unification des Ecossais et l'indépendance de l'Ecosse au 14e siècle. C'est Mick Davis (The Eleventh Hour) qui s'occupe du scénario, et selon les sources, STV compare son projet aussi bien à Game of Thrones que... Spartacus. Bon. La chaîne souhaite développer ce projet rapidement (le sujet de l'indépendance écossaise faisant partie des sujets politiques chauds du moment dans le coin), et présentera le projet lors du MIP TV le mois prochain. La série sera produite en partie par la société de distribution britannique DRG, qui s'est récemment lancée dans la production de séries scriptées originales ; ses projets incluent entre autres une co-production avec la Rai (Pirates of the East, en 6 épisodes et se déroulant en 1840) et a acquis les droits des romans policiers russes The Adventures of Erast Fandorin en vue de les adapter (les intrigues se déroulant à la fin du 19e siècle et au début du 20e). Bref que de l'historique.

Coacherna
- SUEDE : dites-leur ce qui ne va pas chez vous
Le final d'Äkta Människor est pour demain et vous vous demandez ce que SVT1 va bien pouvoir diffuser ensuite (et si vous ne vous le demandez pas, eh bien disons que j'ai devancé vos interrogations). La chaîne publique va totalement changer de registre, et troque la science-fiction contre la dramédie, avec la série Coacherna. On y découvre trois femmes qui ont décidé de changer de vie, et ont lancé une agence de coaching personnel... même si être capable d'aider les autres ne veut pas forcément dire qu'on maîtrise sa propre existence. Ce qui ne gâche rien, c'est qu'outre ses 3 personnages principaux féminins, la série est écrite par deux femmes ; on y trouvera aussi la réalisatrice de plusieurs des épisodes de 30° i Februari. Les épisodes de la dramédie ne dureront qu'une demi-heure, et seront suivis de la diffusion d'inédits de The Big C. Si vous voulez prendre le pouls de l'ambiance de la série, comme toujours SVT1 propose une bande-annonce sur le site officiel (hélas sans sous-titres).

- NORVEGE : recherche témoin oculaire
NRK met en branle un nouveau thriller apparemment intitulé Øyevitne (témoin oculaire ; pensez eyewitness), et pour cela elle recherche activement deux acteurs adolescents (l'annonce de la chaîne précise que l'âge des protagonistes sera situé entre 14 et 17 ans). Détail original, il leur faudra absolument être capables de parler en østlandsdialekt, c'est-à-dire un dialecte de l'est de la Norvège. Pas d'affolement ce pendant, le tournage n'étant prévu que pour la période d'août 2012 à février 2013, Øyevitne ne devrait pas être pour tout de suite...

- ALLEMAGNE : disparu en laissant une trace
ZDF vient d'annoncer la date de lancement pour sa nouvelle série criminelle, Die letzte Spur ("la dernière trace"), qui meublera ses vendredis à 21h15 à compter du 20 avril prochain (du coup, le Pilot Watch a été mis à jour). Le concept vous évoquera sans doute quelque chose, puisqu'il s'agit pour un groupe d'enquêteurs de retrouver des personnes disparues ; l'unité, basée à Berlin, sera dirigée par un homme, incarné par l'acteur Hans-Werner Meyer. La série prend la place dans la grille de la série SOKO Leipzig qui achève actuellement sa 16e saison.

Intersexions

- AFRIQUE DU SUD : award season
Le weekend dernier, l'Afrique du Sud remettait les SAFTAs, dont rien que le nom devrait vous informer sur la nature... Au chapitre des fictions télévisées, c'est évidemment la série Intersexions, une série anthologique ayant pour thème central le SIDA, qui s'en est le mieux tirée ; vu son succès critique et public, ce n'est pas vraiment une surprise. Intersexions a donc remporté le titre de meilleure série dramatique, mais aussi le prix de la meilleure réalisation (pour les épisodes 4 ET 20), meilleure cinématographie (épisode 8), meilleur montage (épisode 20), meilleure composition musicale, meilleures coiffures et maquillages, meilleur son (épisode 4) et un autre prix célébrant ses scénaristes (Best Writing Team in a TV Drama Series). Comme c'était encore trop peu, le cast de la série n'est pas en reste : meilleur acteur dans un drama pour Siyabonga Radebe, et meilleure actrice dans une drama pour Lungelo Dladla. Je vous rassure, d'autres séries ont réussi à être mentionnées au cours de la cérémonie ! Ainsi, Ronnie Nyakale a reçu le prix du meilleur acteur secondaire pour son rôle dans Fallen, une série se déroulant dans le monde de la musique, lorsqu'un jeune homme reprend la société de production de son père mystérieusement disparu, et Harriet Manamela est distinguée au titre de meilleure actrice secondaire pour son rôle dans la deuxième saison de la série légale Sokhulu & Partners. Dans la catégorie des comédies, c'est le sitcom Gauteng Maboneng qui a reçu le titre principal ainsi que quelques prix techniques ; l'incontournable Stokvel a reçu l'award du meilleur ensemble, et les deux acteurs principaux de Ga Re Dumele ont également été récompensés. Enfin, le titre de meilleur soapie, décerné par le public, a été offert à Isidingo. Tous ces noms ne vous disent probablement rien (cependant ce n'est rien qu'une petite recherche Google ne saurait arranger), mais avouez qu'une petite piqûre de rappel sur la richesse insoupçonnée de la télévision sud-africaine ne peut pas faire de mal.
J'ajoute pour l'anecdote que la cérémonie des SAFTAs, cette année, a suscité une petite polémique lorsque le soapie 7de Laan n'a pas souhaité concourir dans les rubriques institutionnelles, et que la série n'a du coup pas été proposée dans le cadre du Prix du Public qui évidemment a été outré de ne pas pouvoir, lui, voter pour la série de son choix... tandis que la chaîne e.tv n'avait, elle, soumis aucune série, doutant de la transparence des SAFTAs. Certaines choses sont universelles !

- ESPAGNE : terre, terre !
On n'arrête pas une équipe qui gagne. Ou pas. Le tournage de l'une des prochaines séries d'Antena3, El Corazón del Océano, s'est achevé voilà quelques jours. La série, dotée de 6 épisodes de 70 minutes, passe donc en post-production. Elle raconte, au XVIe siècle la traversée de l'Atlantique par une jeune femme de la noblesse espagnole, alors qu'elle est envoyée en Amérique afin de participer au peuplement du nouveau continent ; il s'agit ici de suivre son périple au sein de l'équipage d'une caravelle, et pas son arrivée. Conçue comme une mini-série, El Corazón del Océano devrait être diffusée par Antena3 avant la fin de l'année. A ses risques et périls... même si le format court devrait limiter les éventuels dégâts.

- ESPAGNE encore : combien faut te payer pour que tu dégages ?
Chose promise chose due, on revient sur l'annulation de Plaza de España, la comédie dont on se demande comment elle a été commandée (elle avait quand même la super bonne idée d'être une comédie ultra-potache prenant la Guerre Civile espagnole comme contexte ; on a connu plus délicat). Lancée en juillet, la comédie avait fait un bon score pour son pilote, laissant juste assez de temps aux spectateurs pour réaliser que c'était pourri, avant de les voir s'échapper ensuite. TVE, qui avait eu la bonne idée de commander 26 épisodes en deux fois, avait donc mis la production en hiatus après 12 épisodes, trop contente de faire revenir sa série Aguila Roja dans la grille début septembre. Depuis, la chaîne avait consciencieusement évité le sujet. Mais cette fois c'est officiel, Plaza de España est vraiment annulée, et à cause de la 2e partie de saison qui n'a jamais été achevée, TVE devra payer 200 000 euros à la société de production. Mais elle est tellement pressée d'en finir que visiblement, elle a dû considérer que ça les valait. Rappelons que la chaîne publique connait des difficultés financières actuellement, alors queson budget a été largement amputé par le gouvernement espagnol...

HaEmetHaEroma

- TURQUIE : entre quatre murs
La série israélienne HaEmet HaEroma, dont l'originalité est de se dérouler intégralement en huis clos dans un commissariat, alors qu'une jeune fille de 17 ans a disparu sans laisser de trace, fait des émules. Tandis qu'une version américaine est en développement sous le titre The Naked Truth (rien à voir avec Tea Leoni) par Clyde Philips, ou en tous cas l'a été à un moment mais on n'a plus trop de nouvelles, c'est maintenant c'est la chaîne turque STAR TV qui a décidé d'acheter une adaptation en 15 épisodes. C'est l'écrivain Hakan Günday qui est chargé de l'adaptation ; ce sera son premier scénario pour la télévision. Comme quoi, même quand on a une industrie télévisuelle très en forme, il n'y a pas de honte à s'inspirer des télévisions étrangères.

- KAZAKHSTAN : Oural sex
Le Kazakhstan, où vous ne saviez même pas qu'on faisait des séries, se prépare à se lancer dans une version locale officieuse de Sex & the City au mois d'avril. Ce sont 55 épisodes d'un coup qui sont ainsi en préparation depuis le mois de décembre (le tournage a commencé en février), mettant en scène quatre amies plus forcément toutes jeunes dans leurs diverses préoccupations de femmes célibataires en milieu urbain. La série s'appelle Padrouzki (Подружки) et c'est la société de production Sataifilms qui est sur le coup, alors qu'elle prépare en parallèle une autre série de 30 épisodes nommée Pariz (Парыз). Notre existence ne va pas changer pour si peu mais admettez quand même que c'est pas souvent qu'on a des nouvelles de la fiction de ce pays.

- EUROPE : des séminaires pour développer la fiction
Les professionnels de la télévision européenne se réuniront à Berlin du 24 au 29 avril, et du 9 au 15 juin, dans le cadre des deux sessions du European TV Drama Series Lab 2012. Les intervenants seront Neal Baer (A Gifted Man), Anne Bjørnstad (Lilyhammer), Klaus Zimmermann (Borgia), et Brian Seth Hurst (président de The Opportunity Management Company) mais aussi... Frank Spotnitz (X-Files mais aussi en train de développer une série pour HBO et BBC1) ! Cool non ? Les séries étudiées à l'occasion de ce séminaire seront Lilyhammer, Borgia et Engrenages. L'idée est d'explorer les ingrédients qui font le succès des séries en Europe, en essayant de déterminer ce qui peut être emprunté (ou non) au système américain. Bon alors ça coûte 4500 € de s'inscrire et il faut déjà justifier d'une expérience dans le milieu, mais quand même une initiative intéressante que je voulais mentionner.

Pas de news sur les séries irlandaises pour cette fois (je sais que vous aimez bien ça pourtant), mais une mauvaise nouvelle venant de ce pays : les studios dans lesquels les séries The Tudors et Camelot ont été tournées, Ardmore Studios, sont sur le point de fermer pour cause de mauvaise santé financière. Ardmore Studios existe depuis plus d'un demi-siècle, mais n'a pas réussi à attirer la production de Vikings, la série en préparation par la MGM.

Mon mot de la fin sera cependant une excellente nouvelle : la série israélienne Hatufim (dont Homeland est l'adaptation) sera prochainement diffusée par Channel 4 au Royaume-Uni, qui en a acquis les droits !
A quand la même chose en France ? Juste une suggestion...

Posté par ladyteruki à 19:06 - Love Actuality - Permalien [#]

13-03-12

L'histoire se répète (trop)

BlackMarch

Voilà deux jours que je tente laborieusement de rassembler mes esprits pour vous faire un petit world tour. Mais entre ma passion pour les tartes et le besoin de dormir au moins trois heures par jours (quitte à rêver d'encore plus de tartes), c'est un peu difficile. Ne désespérez pas, vous aurez un world tour particulièrement copieux avant la fin de la semaine.
Dans l'intervalle je voulais revenir sur la nouvelle qui est tombée aujourd'hui : Antena3 a annulé la série historique Toledo.

Toledo

Ou plutôt, comme le disent sobrement les Espagnols : elle ne l'a pas renouvelée pour une deuxième saison (le terme cruel d'annulation étant uniquement destiné aux séries pendues haut et court en place publique, comme Plaza de España, mais on y revient dans le world tour). On n'est pas des bêtes, on n'annule pas nos séries ; on se contente de ne pas les renouveler.
Pensée magique.

Sur le papier, Toledo avait pourtant tous les atouts dans sa manche. Jugez plutôt : un contexte historique, une distribution comme issue des rêves les plus humides du public adolescent (Maxi Iglesias et ses méchants yeux bleus, venu de Física o Química puis Los Protegidos ; le blond Jaime Olías, issu d'Ángel o Demonio), un budget pas piqué des hannetons, une promo de malade, et un contexte historique.
Pardon si j'insiste mais, si les séries en costumes ont la côte un peu partout sur la planète, il faut dire qu'en Espagne, ça prend des proportions industrielles.

Si vous aimez les fictions historiques, laissez tomber tout ce que vous étiez en train de faire et prenez le premier vol pour Madrid, vous vous rendrez un service. C'est quelque chose que j'avais déjà pu aborder avec vous, d'ailleurs, quand j'avais commencé à me frotter à la télévision espagnole (notez d'ailleurs que pour l'instant, celle-ci arrive seconde dans mes préférences européennes après le Royaume-Uni). Mes tests parallèles de pilotes historiques provenant de 3 chaînes différentes (à savoir Tierra de Lobos, Aguila Rojas et Hispania) avaient abouti à la conclusion émerveillée que, sans pour autant brader l'individualité de ces séries, le courant historique en Espagne possédait des règles très précises qui conduisaient systématiquement au succès.
Eh oui la fiction espagnole, bien que fort dynamique en général, et proposant en définitive une variété décente de programmes prêts à satisfaire une plutôt large palette de publics, a quand même deux grands amours en ce moment : les séries historiques, et les fictions adolescentes fantastiques, genre El Internado ou justement... Ángel o Demonio (sachant que Twilight n'y est probablement pas étranger, mais pas uniquement). Que le monde est petit.
L'annulation de Toledo est en fait symptômatique de quelque chose : ce succès n'est plus systématique. Les deux modes en question sont en train de doucement péricliter, et il n'est pas encore très clair pour l'instant de savoir par quoi elles vont être remplacées ; en ce début d'année, le succès de Con el culo al aire et la persistance d'Aída laissent penser qu'on se dirigerait vers des comédies "populaires", mais c'est encore un peu tôt et peu pour le dire avec certitude.

Mais lorsque le projet Toledo est lancé officiellement à la fin de l'été, ça, Antena3 ne le sait pas encore. Elle pense avoir fait une affaire en or, parce que les séries historiques marchent. Globalement. Bon, euh, ouais, ya des ratées ici ou là, mais ça on n'y peut rien, disons qu'en général ça fonctionne bien ; c'est un peu comme CBS se disant "ouais, les séries policières, ça marche bien, donc go, on en commande encore plus". Personne n'irait dire à CBS que ça fait quelques temps que ça marche bien, que ça va finir par ne plus marcher si bien, et qu'il vaudrait ptet mieux faire quelque chose d'autre avant que ce ne soit la catastrophe. Personne n'irait même rappeler à CBS les quelques cas où ça n'a pas marché. CBS a raison de battre le fer tant qu'il est chaud. Sauf qu'un jour l'accident se produira. Et pour les séries historiques espagnoles, ça aura duré bien moins que 10 ans...

Tournée à l'automne 2011, Toledo jouit donc d'un budget plus que confortable (de quoi payer son cast, mais aussi 1200 figurants et les costumes tous neufs qui vont avec), de décors à tomber par terre alors que toute une ville médiévale a été reconstituée spécialement pour la série (1500m² sur mesure), d'un bon buzz, et de l'assurance des productions qui n'ont aucune raison de douter d'elles-mêmes. Alors, hein ? Pas de raison de craindre le pire !

Premier soucis à l'horizon : une sombre histoire de plagiat. Une série curieusement similaire a été soumise à Antena3 sous le nom de La Espada y la Cruz, et le soucis c'est que c'est franchement trop similaire pour ressembler à une coincidence ; les développeurs de La Espada y la Cruz portent donc plainte. Le tournage est temporairement mis en pause en attendant qu'un juge se prononce, entrainant quelques pécadilles financières. Mais Boomerang, qui produit la série et qui en a vu d'autres (elle produit ou a produit El secreto de Puente Viejo, Física o Química et Los Protegidos pour Antena3, c'est une affaire de confiance), reprend vite le chemin des studios après ce bref intermède, lorsque la cour finit par statuer en faveur de la défense.
Second soucis à l'horizon, les audiences du pilote, diffusé le 10 janvier dernier. Ce n'est pas un mauvais score (un peu plus de 3,5 millions de spectateurs, et 19,7% de parts de marché) mais ce n'est pas épatant, pour un lancement.
De là le troisième soucis a découlé, à vrai dire. L'Enfer d'Antena3 a commencé quand, semaine après semaine, les chiffres ont baissé de façon constante, tout ça pour atteindre un très piteux 11,8% de parts de marché le 28 février (2,1 millions de spectateurs, son plus bas score historique à ce jour). Le 9e épisode, diffusé le 6 mars dernier, reste très insuffisant alors que seulement 2,3 millions d'Espagnols se réunissent devant leur télévision (pour un résultat de 12,8% de parts de marché). On n'était pas partis de très très haut, mais Toledo aurait encore pu s'en tirer à bon compte en perdant peu de spectateurs ; là, c'est l'hémorragie. Heureusement qu'étant donné son budget, Antena3 n'a commandé que 13 épisodes ; la série achève de boucler les dernières scènes à mettre en boîte au moment où nous discutons, et hop, dans quelques jours, on replie tout et on rentre à la maison.
Evidemment ça n'a pas aidé qu'en face, les chaînes concurrentes n'aient pas fait de quartiers. Face aux matches de la Copa del Rey par exemple, pas facile-facile de rivaliser, et on l'a vu avec La Fuga d'ailleurs qui a eu exactement le même problème. Face à du foot. En Espagne. A-t-on idée.

Alors Toledo, un cas isolé ? Bah j'aimerais vous dire que oui, mais c'est plutôt la victime la plus frappante et la plus récente de l'hécatombe qui sévit parmi les séries historiques, et Antena3 est un peu en première ligne pour a avoir largement tiré sur la corde.
Ainsi, les audiences de Hispania, autrefois fer de lance d'Antena3, ont chuté gravement en 2011, au point de passer d'une moyenne de 4,3 millions de spectateurs pendant la première saison, à 2,7 millions, toujours en moyenne, pendant la saison 2. Du coup le personnage principal d'Hispania a été tué sauvagement dans un effort désespéré pour ameuter les spectateurs friands d'émotions fortes, et un court spin-off de conclusion, Imperium, sera diffusé dans le courant de l'année en guise d'épilogue, histoire d'essayer de sauver les meubles.
Tout n'est évidemment pas perdu pour Antena3, dont la série Gran Hotel s'est avérée être une réussite, bien qu'ostensiblement inspirée par le succès de Downton Abbey (y compris en Espagne). Cette série historique se passe néanmoins plus près de nous que la plupart des séries historiques espagnoles qui ont fait les audiences mirifiques de ces dernières années, et elle apporte une touche toute personnelle au mélange des clients et du personnel de l'hôtel de luxe où se déroule l'histoire, en ajoutant une mystérieuse disparition sur laquelle enquêter. Gran Hotel est d'ailleurs promise à une saison 2, comme quoi tout ne va pas SI mal. Non, tout n'est pas sombre, mais il n'empêche que Toledo est la preuve que quand on lance trois à quatre séries par an et par chaîne pour simplement suivre une mode ou deux, ça fait des dégâts assez vite, et ça rend la mode encore plus éphémère qu'elle ne l'est déjà par défintion. Le public espagnol s'est vite lassé des séries historiques ; normal, avec une nouveauté tous les 3 mois ou presque...

La leçon est-elle apprise ? Hélas, il semblerait que non.

Je vous ai dit un peu plus haut que les séries fantastiques pour adolescents étaient l'autre marotte des spectateurs espagnols. Le grand projet d'Antena3 pour le courant de l'année 2012 s'appelle Luna, el misterio de Calenda, créée par la même équipe que pour El Internado, dans laquelle une jeune fille suit sa famille composée d'une juge et d'un garde national, pour aller s'isoler dans un patelin pourri et mystérieux où elle va rencontrer le frisson de peur et d'amour, puisque des phénomènes étranges s'y produisent...
Pour cette série, c'est toute une ville qui a été construite par la production, avec un bar, une école, un tribunal... tout ça sur 1300m². Brrrr... cette histoire d'horreur a un air de déjà entendu.

Posté par ladyteruki à 23:16 - Love Actuality - Permalien [#]
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