ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

02-12-12

Soapesque (adj.)

Nashvillesoap

Bon alors c'est peut-être du fait de mon état de santé qui n'est pas génial, je ne sais pas ; mais je me suis rendue compte d'une chose : je ne sais plus quelle est la différence entre une série dramatique et un soap.

Ah, ne riez pas dans le fond : il n'y a pas que moi. ABC a de gros problèmes avec le concept également.
A vrai dire, ce sont justement ses séries qui ont suscité une interrogation chez moi, lorsque j'ai essayé de décrire Nashville à un tiers. Puis 666 Park Avenue. Puis Revenge. Puis... Et à chaque fois, l'adjectif "soapesque" revenait dans mon explication, suivi d'un "mais c'est pas un soap comme Les Feux de l'Amour, hein, non : c'est plutôt... comme un primetime soap". Ouhlà, attendez ! Mais en fait, toutes les séries d'une heure d'ABC sont soapesques, non ?
Non, et Dieu soit loué pour Last Resort. Mais quand même.

Il faut dire que la définition de soap opera est assez élastique par les temps qui courent, de toute façon.
Il y a encore quelques années, pour moi, un soap se définissait très clairement : c'était une série diffusée en quotidienne, aux intrigues extrêmement lentes et aux techniques narratives paresseuses, dotées de retournements de situation exagérés à intervalles réguliers (un jumeau maléfique, des personnages qu'on croyait morts qui réapparaissent, des bébés volés/échangés, etc.). Et ce, sur des années et des années et des années, jusqu'à ce que mort s'en suive.
Mais voilà : entretemps, la telenovela est entrée dans mon univers. en tous cas au moins sur le papier ; rapport au fait que je n'ai pas encore eu la possibilité de suivre une telenovela dont le sujet pique ma curiosité. Et une telenovela, eh bien, c'est une série en CDD, et ça, ça heurte un peu la vision que nous avons du soap, que ce soit aux USA ou en Europe.
Le problème de la telenovela, c'est son succès. En soi c'est bien, hein, tant mieux que des formats de fictions trouvent un souffle qui incitent les télévisions de la planète à adopter de nouveaux standards de durée ou de périodicité, je suis la première convaincue que la télévision, c'est quand même mieux quand on regarde ce qui se fait ailleurs ! Mais des séries comme Desperate Housewives, par exemple, sont typiquement des séries dramatiques qui lorgnent méchamment sur la copie des voisins, et relèvent en fait plus du soap sur pas mal d'aspect. En-dehors de la diffusion hebdomadaire, et sans doute aussi du budget, tout y est : c'est du primetime soap, clairement. Une fois par semaine, avec le savoir-faire des séries dramatiques américaines, un soap quand même.

Evidemment, la télévision américaine n'a pas attendu Desperate Housewives pour connaître le primetime soap. Des séries comme Dallas, Beverly Hills ou encore Melrose Place, pour n'en citer qu'une poignée, ont été qualifiées de primetime soap en leur temps sans que cela ne choque qui que ce soit. Pas même moi. Et s'en sont tirées avec un succès public incontestable, et, dans une certaine mesure, un certain succès critique, au sens où ces séries ont marqué leur époque, chacune à sa façon.

Cependant le terme de primetime soap semble toujours très négativement connoté. L'utiliser, c'est comme caractériser une série de qualificatifs pas franchement recommandables, sauf qu'en disant primetime soap, on peut le dire à mots couverts.
Par exemple j'attendais pas mal de choses de Desperate Housewives quand elle a commencé ; j'avais regardé la première saison de façon très régulière, en espérant que sa corrosivité irait croissant ; c'est l'inverse qui s'est passé et c'est la raison pour laquelle la série est devenue un primetime soap plus qu'une série dramatique. Un qualificatif assumé de façon très variée par les spectateurs qui ont poursuivi la série bien longtemps après que je me sois arrêtée. L'an dernier, j'ai décidé de regarder l'épisode final de la série, et il était clair pour moi qu'elle n'en méritait pourtant nul autre. Desperate Housewives n'était pas une série dramatique : c'était un soap hebdomadaire, diffusé en primetime (jusque là j'ai bon) dont le caractère over the top des situations n'avait plus rien d'impertinent.

Mais désormais, la définition semble encore élargie. Ce n'est pas simplement l'absence de second degré qui semble permette d'appeler une série un primetime soap. Certes, Revenge est extrêmement dépourvue d'humour, mais ce n'est clairement pas à ce défaut qu'elle doit sa parenté avec les soaps, mais plutôt à sa thématique de la vengeance, à son héroïne féminine, et à sa claire inspiration de formules venues des telenovelas. Peut-être aussi au jeu des acteurs, ou au moins à leur direction.

Voyons ailleurs ce qui se passe. Par exemple, Grey's Anatomy, en se concentrant tant sur les amours de ses personnages que son caractère médical semble passer totalement inaperçu, est clairement un primetime soap, non ? Et pourtant, objectivement, Urgences aussi était truffé d'intrigues personnelles : quelle est la nuance qui empêche de qualifier Urgences de primetime soap ? Et si, dans certains articles ou ouvrages, un auteur/analyste/vendeur de barbapapa quelconque décide d'utiliser ce terme, pourquoi cela me choque-t-il un peu, au point de quasiment le voir comme une insulte ?
Plus flou que celui de Grey's Anatomy est le statut de Nashville. De par la qualité du jeu de nombreux acteurs (je me repasse de temps à autres la scène pendant laquelle Rayna est interrogée en vue de la campagne de son mari, c'était d'une force incroyable), de par l'écriture qui n'a pas grand'chose à voir avec des intrigues à rallonge de mon point de vue, et de par l'impression de consistance et de sérieux qui émane, il me semble, de la façon dont son monde est construit, Nashville n'est pas vraiment un primetime soap selon ce qui me semble être la définition du "genre". Pourtant, difficile de ne pas parler de tournure soapesque dans les amours de l'une des stars ou les liens familiaux et financiers de l'autre ; mais n'est-ce pas un glissement de sens ?
A ce tarif-là, des séries comme Brothers & Sisters puis Parenthood sont-elles des primetime soaps ? Il m'est arrivé de le lire. Je trouve pourtant la chose plus difficile à admettre encore que pour Nashville. Le fait que les personnages forment une famille en proie à un certain nombre de retournements de situation (notamment la thématique de la demi-soeur cachée qui a lancé la première saison de Brothers & Sisters, et effectué plusieurs rebonds ensuite ; d'ailleurs j'ai jamais vu la fin de cette série, mais bon, pas le moment de se mettre des idées d'intégrale en tête).
Mais plus intrigant encore : pourquoi m'acharner à utiliser l'adjectif "soapesque" et/ou d'appeler primetime soap une série comme 666 Park Avenue ? C'est clairement une série fantastique ! Le simple fait que son héroïne (outre le fait d'être une jolie femme) vive dans un univers un peu plus luxueux que la moyenne et que des "méchants riches" occupent des rôles importants suffit-il à décrocher ce qualificatif ? Est-ce parce qu'on effleure la vie de plusieurs autres résidents de l'immeuble ? Ca semble un peu réducteur ! Et pourtant, j'aurais tellement de mal à dire que c'est simplement une série fantastique (et pas juste parce que je pourrais faire un jeu de mots sur "fantastique").

Au final, il me semble de plus en plus difficile d'établir clairement où est la ligne de démarcation entre une série dramatique et un primetime soap, à plus forte raison sur les networks où les intrigues dramatiques ont tendance à n'être pas aussi incroyablement sombres que sur le câble (qui irait dire que Breaking Bad est un primetime soap ? quoique, je me demande s'il est déjà arrivé à quelqu'un de parler de soap pour Mad Men ou Game of Thrones, à ce tarif-là).
Et surtout, accepter ce qualificatif est-il une façon de d'admettre que la série est inférieure à une série dramatique normale ? Sinon, comment surmonter ce réflexe ?
L'existence du primetime soap me semble difficile à nier, et pourtant, elle est aussi difficile à expliquer. La lecture de la définition de Wikipedia, en préambule de ma réflexion pour ce post, ne m'a par exemple pas du tout aidée, alors qu'on imagine qu'a priori, elle fait consensus...

Sans la fascination actuelle d'ABC pour tout ce qui ressemble à 1) un format facile à exporter en telenovela 2) une telenovela facile à adapter pour le primetime américain, peut-être que mes repères ne seraient pas autant brouillés. Peut-être que je serais capable de reconnaître un primetime soap aussi sûrement que je suis capable de faire la différence entre une comédie et un drama, ou entre un western et une série policière... Mais ce n'est qu'une supposition.

D'ailleurs, le primetime soap est-il un genre, au sens du contenu, ou une structure ? Son nom semble essentiellement indiquer une case de diffusion, et pas vraiment expliciter le reste de sa condition. La fusion des genres, oui... Mais un genre bâtard issu du néant, non. Plus j'essaye de définir ce qu'est un primetime soap, plus j'ai l'impression qu'il s'agit d'une étiquette qu'on peut coller et décoller selon l'image que renvoie une série, mais qui n'a en réalité que peu à voir avec ses sujets ou sa formule. C'est une grande valise fourre-tout qui sert peut-être surtout à décrédibiliser une série qu'on ne peut/veut pas décrire comme suffisamment "sérieuse"...
Quand j'ai utilisé l'adjectif soapesque pour Nashville, je l'ai tout de suite regretté, parce que ça ne donnait pas une image attrayante de la série à mon interlocuteur qui ne la connaissait pas. La question que j'aurais dû me poser, c'est : pour quelle autre raison l'utiliser ? Qu'est-ce que le terme "primetime soap" décrit d'autre, finalement ?

Il y a probablement une part de fierté personnelle à dire qu'on ne regarde pas de primetime soap quand on est un téléphage un rien exigeant, ni à en recommander spontanément. Mais d'un autre côté j'avoue sans un soupçon de honte regarder des séries comme Happily Divorced, alors...
Le cas du primetime soap me laisse décidément perplexe... Je prends tous les points de vue que vous voudrez bien me livrer sur le sujet.

Posté par ladyteruki à 20:59 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

04-07-12

Not a joke

Il est peu de circonstances dans lesquelles j'apprécie de partager un visionnage d'inédit avec de la compagnie (par contre, revoir quelque chose que j'ai déjà vu, pas de problème). Votre voisin de canapé a toujours tendance, quel qu'il soit, à faire toute sortes de choses horripilantes, comme grignoter, parler, voire même, dans les moments les plus critiques, respirer, ce qui convenons-en est du plus haut agaçant, et anti-immersif au possible.
Mais en compagnie d'amis téléphages, sur Twitter, l'expérience s'avère au contraire délicieuse : les réactions, envoyées par écrit, sont parfaitement silencieuses, et si une scène devient particulièrement captivante et requiert votre indivisible attention, il suffit de mettre la video en plein écran pour être totalement à l'aise, et le tour est joué.
C'est ce système qui, précisément, a fait du visionnage de la première saison de Smash à la fois un moment de communion collective vécue dans la bonne humeur, et en même temps, une expérience propice à une découverte au calme, comme je les aime.
Bonus non-négligeable, tweeter en temps réel et réagir aux tweets des autres permet aussi bien de prendre un recul salvateur en cours de route que d'entretenir l'enthousiasme à l'issue d'un épisode.
Aurais-je aimé Smash sans l'effet de groupe ? Il est permis de se poser la question, et la réponse est : oui. Mais probablement pas au même degré, tant l'excitation renvoyée par notre petit groupe a permis à plusieurs reprises d'entretenir la motivation même pendant les quelques faiblesses de cette première saison, afin de pleinement profiter de ses qualités.

Pour toutes ces raisons, je tiens à remercier le #SmashEnsemble pour les soirées passées devant Smash. Ex aequo avec l'équipe du Ozmarathon, ces initiatives donnent tout leur sens aux possibilités de la social TV (et ce, sans s'encombrer d'impératifs horaires imposés par une chaîne, ce qui à mes yeux est un immense plus).

Alors que ce soir, les spectateurs de TFHein peuvent découvrir les débuts de la série, permettez-moi donc de chaleureusement remercier ceux avec lequels j'ai découvert la première saison de Smash, et avec lesquels j'ai hâte de découvrir la deuxième, et qui ont permis de faire de ces quelques mois une expérience téléphagiques à part, et inoubliables.
And now, on with the show.
Par contre évidemment, attention, quelques spoilers se baladent après l'image ; en matière de bilan de saison c'est un peu inévitable.

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La première saison de Smash nous permet donc d'assister à la façon dont une comédie musicale retraçant la vie de Marilyn Monroe voit le jour. Le sujet est, d'emblée, traité avec sérieux : il ne s'agit pas pour les créateurs de la comédie musicale de se ruer sur cette idée parce qu'elle semble juteuse, mais avant tout parce que le personnage les fascine.
Ces créateurs sont Julia et Tom, deux amis qui ont une longue histoire de collaboration derrière eux, et qui à la base, sont supposés faire une pause dans leur travail commun, le temps que Julia et son mari adoptent un enfant. Mais quand le nouvel assistant de Tom, Ellis, leur soumet l'idée, tout de suite, le cortège de mythes et de fantasmes autour de la blonde créature pique leur créativité, et les voilà lancés dans le projet.

Les premiers épisodes, s'ils mettent en place la quasi-totalité des personnages de la saison, vont ainsi faire la part belle au duo. Tom, le compositeur, et Julia, l'auteur, forment en effet un duo qui connait le métier, et qui donc sait très bien quel est le processus qui les attend avant que le spectacle n'aboutisse, et qui en même temps, de part cette histoire commune, permet de conserver énormément de fraîcheur. Ainsi en position de force pendant une bonne partie du processus de décision autour de la comédie musicale, Tom et Julia vont s'imposer comme des personnages fondamentaux de Smash, alors que bien souvent les scénaristes de la série font de leur mieux pour attirer notre attention ailleurs...

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Et notamment sur les deux chanteuses en lice pour le rôle principal de la comédie musicale, Karen et Ivy. Au lieu, comme pour le tandem précédent, de nous offrir une dynamique basée sur l'entente entre les personnages (et où l'on finit par les préférer ensemble que séparément), ici l'idée est de les mettre en concurrence au maximum, et se diviser les spectateurs en team Karen ou team Ivy, ce qui pendant la majeure partie de la saison va être totalement justifié (et donne d'ailleurs du piment aux échanges de tweets ; d'après mon expérience, les deux "teams" ont d'ailleurs pris la concurrence avec plus de bonne humeur que de véritable mauvais esprit, échappant au clivage trop profond qu'on peut avoir dans certaines fictions opposant deux personnages et donc deux catégories de spectateurs, et ici, Smash a toujours su fédérer ceux-ci autour de la série même quand ils n'étaient pas d'accord sur la chanteuse à retenir, ce qui me semble être un témoignage de son sens de l'équilibre).
Karen et Ivy sont naturellement le jour et la nuit. Ca a tendance à jouer à l'extrême en défaveur de l'une ou de l'autre, selon vos préférences. Ainsi, Karen est la provinciale typique, fraîchement débarquée à NYC et qui n'a jamais vraiment eu de travail à Broadway ; naïve, innocente, et limite parfois sainte-nitouche, elle a un gentil petit-ami avec qui elle vit dans un coquet appartement où tout va bien dans le meilleur des mondes. A l'inverse, Ivy est une chanteuse et danseuse qui depuis 10 ans use son fond de culotte sur les chaises des salles d'attente de casting, et qui n'a jamais eu son moment de gloire (si tant est qu'une telle chose soit amenée à se produire, ce qui n'est évidemment pas garanti) ; seule dans la grande ville, elle vit dans un petit studio d'où elle appelle sa mère qui a un don bien à elle pour la rabaisser sans s'en apercevoir. Pas étonnant que dans cette compétition où elle a probablement le plus à gagner, Ivy passe parfois pour une arriviste ; mais dans toute industrie du spectacle, cela semblerait plutôt être une qualité, si le spectateur n'était pas conditionné depuis toujours pour préférer les jeunes premières virginales.

La saison va énormément jouer sur cette opposition. A la clé, il y a le personnage de Marilyn, un rôle qui à n'en pas douter façonnera leur carrière, et l'enjeu est forcément immense.
Le premier problème de la série est peut-être justement de se focaliser autant sur cette compétition, toute significative qu'elle puisse être. Intéressante dans les premiers temps, elle prend une tournure un poil répétitive ; il y a des moments pendant lesquels on a envie de trancher et d'en finir, même si les façons de trancher sont potentiellement multiples (soit Karen a le rôle, soit Ivy a le rôle, soit elles ont toutes les deux le rôle et incarnent chacune une période de la vie de Marilyn différente...). Pire encore, une autre concurrente est introduite ensuite : la production décide de plutôt engager une star, Rebecca, pour ce rôle. Est-elle à la hauteur ? On se pose les mêmes questions, à nouveau, qu'au début de la compétition entre Karen et Ivy. L'une d'entre elles va d'ailleurs lui servir de doublure, dans ce cas laquelle ? On ne s'en sort pas. Et tout ça pour en arriver au stade où finalement, attention ultime spoiler, Rebecca va quitter la production, et le rôle de Monroe va revenir à l'une de nos deux chanteuses, et il faut à nouveau décider laquelle. Mais argh, quoi !
Cette façon de systématiquement tout ramener à la lutte pour l'obtention du rôle de Marilyn a tendance à court-circuiter la majeure partie du processus créatif autour de la comédie musicale. J'ai pris un pied insensé à voir comment Julia et Tom concevaient leur spectacle (de façon non-linéaire, ils conçoivent d'abord les numéros et décident ensuite de l'histoire ; parfois des numéros se rajoutent et semblent composer un patchwork de chansons étrange sans fil rouge, c'est impressionnant parce qu'on se doute qu'au final, puisqu'il s'agit d'un biopic, tout prendra du sens), j'ai aimé certains détails, sur les répétitions, la conception de la mise en scène ou des décors. Mais au final, on a l'impression que ces parties-là sont plus faciles que d'embaucher le personnage central. Difficile de nier l'importance de cette décision de casting, naturellement, mais peut-être que cela simplifie à l'excès les problématiques d'une production aussi complexe et colossale quand même.

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Il faut pourtant admettre que, même quand cette tendance à se focaliser sur l'opposition Karen/Ivy a tendance à se faire longuette, elle n'est jamais mauvaise. C'est presque un miracle, et d'autres séries s'y seraient cassé les dents à n'en pas douter.
Le mérite en revient principalement à l'excellente écriture des personnages de la série, et leur toute aussi formidable interprétation. Smash bénéficie d'un cast pléthorique, et pourtant chaque personnage se montre sympathique et agréable (à deux exceptions près, Ellis et le fils de Julia, mais sur la quantité de personnages, c'est presque négligeable). Tom, Julia, Karen, Ivy, mais aussi Eileen leur productrice, Derek le metteur en scène, les stars potentielles du show, les danseurs du chorus (dont j'aurais bien aimé voir le recrutement, mais c'est une déformation), les amis des uns, les conjoints des autres, les guests de passage et le cousin de la boulangère, on aime tout le monde. Impossible de faire autrement. C'en est même fascinant parce que les personnages intégrés à la série pour jouer les "méchants", les insupportables, dans le genre de Derek par exemple, finissent toujours par se montrer profondément attachant.
C'est un luxe incroyable de voir tous ces personnages s'attirer votre affection. Certains parce qu'ils sont profondément humains, à l'instar de Julia qu'il est impossible de détester (même quand elle trompe son mari), et d'autres parce qu'ils sont incroyablement complexes, telle Eileen qui, derrière sa poigne de fer, cache une femme qui ne se cherche pas d'excuse mais qui ne cache pas non plus systématiquement ses fragilités. Et le plus appréciables est probablement que les personnages féminins autant que les personnages masculins sont tous denses de la même façon, tous très riches.

A certains moments, c'est ce qui fait la différence entre une série bêtement soapesque, et parfois Smash court un peu ce risque en se focalisant, outre la compétition entre ses deux héroïnes, sur les histoires personnelles des uns et des autres à l'excès, se mettant parfois en terrain gleessant, et une excellente série dramatique pleine de coeur, un peu comme ce que peut offrir une série comme Parenthood, mettons ; l'ornière est savamment évitée, bien que frôlée de justesse à plusieurs reprise, parce que Smash possède parfaitement ses personnages et refuse d'en faire des prétextes ou des caricatures.
Et c'est sans doute le deuxième problème de Smash. Alors que les textes des chansons de la comédie musicale sont un trésor de finesse et de références intelligentes et bien tournées, parfois, les intrigues sont un peu simplistes. On se prend à rêver que les scénaristes de Smash aient la plume de Julia, le talent pour capturer de nombreuses informations enrichissantes sur les personnages sans pour autant y passer des heures, le sens de la formule qui permette d'éviter des situations un peu cliché, et le coeur nécessaire pour ne pas les juger quand il est parfois un peu trop évident qu'on veut nous faire penser quelque chose de négatif d'un personnage qui s'est "mal comporté". Que le livret de la comédie musicale (qui n'est pas encore Bombshell) soit infiniment plus abouti que le scénario de la série me laisse penser que ce n'est pas la même personne qui s'en est chargé, ou bien que c'est le plus incroyable travail de character development que j'ai jamais vu (en l'occurrence en faveur uniquement de Julia).

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Alors évidemment, difficile de parler de Smash sans parler de ses numéros musicaux, qu'ils soient liés à la création de Bombshell ou non.

Ce sera d'ailleurs mon troisième et dernier reproche : un peu trop souvent, Smash décrète que, pour remplir ses obligations de série musicale, elle va sortir du contexte de la comédie musicale dont elle est supposée suivre la formation, et nous sort de son chapeau des chansons non-inédites (bon, encore...) dans un contexte n'ayant rien à voir. En dépit de l'excellence de ces numéros, et certains sont absolument inoubliables à l'instar de Cheers (Drink to that) par exemple, leur arrivée totalement impromptue dans les épisodes leur donne plus les apparences d'un prétexte, quand il faudrait leur conférer une aura bien différente pour leur rendre la gloire qu'ils méritent.
Le cas le plus WTF de la saison sera probablement le numéro bollywoodien, parfaitement mené, doté d'une ambiance généreuse, mettant en scène des personnages de la série peu habitués à être dans une séquence chantée à l'ordinaire, mais dans une séquence sans queue ni tête, n'apportant rien ni à la scène qui la précède, ni à aucune de celles qui suit. C'est vraiment dommage car le numéro est réussi, mais impossible de s'ôter de la tête l'impression très désagréable que les scénaristes l'ont un peu balancée là sans trop se creuser. Encore une fois, la writers' room de Smash aurait bien besoin d'une Julia.

Reste qu'au fur et à mesure de la saison, Smash révèle des chansons inédites de toute beauté.
Bombshell s'annonce, c'est certain, comme un immense spectacle, au point de faire regretter au spectateur de ne pas pouvoir y assister, la série nous présentant les numéros dans le désordre, parfois dans le cadre de répétitions, parfois avec une mise en scène aboutie, et mon plus grand souhait à ce jour concernant la production de Smash est qu'on nous fournisse, à un moment, une version intégrale de Bombshell, tant tout y est alléchant. Un DVD complémentaire ne serait pas du luxe et j'espère vraiment que les têtes pensantes chez NBC ne laisseront pas passer cette extraordinaire opportunité (la captation est malheureusement loin d'être systématique à Broadway...).
Quel que soit leur degré de raffinement au moment de nous les dévoiler, ces numéros sont toujours géniaux, donc. Qu'il s'agisse de la tendresse du duo entre Marilyn et Joe DiMaggio ("Mr. & Mrs Smith"), de la charismatique transformation de Norma Jean en Marilyn ("20th Century Fox Mambo"), de l'hilarant moment de légèreté ("Don't say yes until I'm finished"), de la puissance d'un solo de DiMaggio ("On Lexington and 52nd Street"), de l'emblématique thème d'ouverture de Bombshell ("Let me be your star") ou du grandiose final ("Don't forget me"), Smash réussit son coup à chaque fois.

Capable de mettre en scène de façon sublime comme drôle l'histoire de son héroïne, la comédie musicale sur Marilyn Monroe regorge de détails passionnants. Quiconque lit ne serait-ce que la biographie de la belle blonde sur Wikipedia découvrira dans les paroles de la plupart de ces numéros une foule de références, montrant bien que chez Smash, on n'a pas pris l'histoire de Marilyn comme un simple prétexte, mais bien qu'on possède le sujet jusqu'au bout des ongles.

Mais outre les lyrics des chansons, et leur effet imparable pour retourner dans les années 50, au coeur de l'existence de Monroe, les numéros de Smash ont aussi énormément de mérite parce qu'ils tirent parfaitement partie des talents en présence, et en premier lieu Megan Hilty, impressionnante à chaque seconde, et Katharine McPhee, qui prouve qu'on peut venir de la télé réalité et avoir de l'avenir. Ensemble ou séparément, elles sont impeccables, et trouvent le moyen d'apporter un angle différent sur l'histoire racontée, mais jamais moindre que la voisine. Si version DVD il y a, idéalement, elle propose une version Karen et une version Ivy pour la version intégrale de Bombshell... musicalement, il est trop difficile de choisir entre les deux. Je crois d'ailleurs que les spectateurs divisés entre la team Karen et la team Ivy tomberont d'accord sur le fait que toutes les deux ont un grand talent, et que ce n'est pas à ce niveau que se passe la compétition.

Smash-AngeDechu

Au terme de ses 15 premiers épisodes, Smash a, c'est certain, quelques défauts (trois d'après mon compteur) mais une foule de qualités, allant de la sincérité de ses personnages à son talent pour capturer les réalités de l'univers de Broadway (rendant incroyablement bien l'univers si particulier de la fameuse avenue), en passant par un don incroyable pour créer une oeuvre musicale dans l'oeuvre musicale dont les qualités n'ont rien d'imaginaire.
Dotée, qui plus est, d'un cast irréprochable (personne n'a ici volé sa place, et il n'y a pas le moindre flagrant délit de belle gueule incapable), avec des interprétations parfaites comme celles d'Anjelica Huston, Debra Messing ou encore Megan Hilty, la série a peut-être une marge de progression devant elle, mais elle a tous les éléments pour offrir un résultat déjà bien solide en cette première saison.

Corriger les quelques errances de cette première quinzaine d'épisodes peut la conduire à rien moins que l'excellence, j'en suis convaincue.
Alors, je serai au rendez-vous l'an prochain pour la deuxième saison avec le plus grand des plaisirs. #SmashEnsemble, j'espère.

Posté par ladyteruki à 23:43 - Review vers le futur - Permalien [#]

29-05-12

What's wrong in this picture ?

Regardez bien ces photos... Qu'ont-elles en commun ?

SingleWhiteMale

Si vous ne voyez dans ces photos que du talent... eh bien, bon, d'accord, un point pour vous, je vous concède ça, certes. Mais ces photos de showrunners américains célèbres ont un autre point commun.
Pour mettre le doigt dessus, contentons-nous de nommer ce que nous voyons défiler : homme blanc. Homme blanc. Homme blanc chauve. Homme blanc. Homme blanc...

Je crois pourtant avoir, avec ce petit pseudo-PowerPoint, ciblé la plupart des showrunners tenant le haut du pavé, sur le territoire des États-Unis comme à l'international. S'il en manque qui ne soient pas des hommes blancs mais qui aient le même statut, croyez bien que c'est moins par mauvaise foi qu'en raison d'un total oubli, parce que là tout de suite, il ne m'en vient pas vraiment.

A cette première constatation, il faut cependant ajouter une précision : on parle ici de "célébrités" parmi les showrunners. Sitôt qu'on prête attention aux showrunners, toutes séries confondues, y compris les un peu moins célèbres, on trouve effectivement des femmes. Quelqu'un de ma timeline Twitter a, hier, transmis le lien suivant : "Six Female Showrunners Talk Ratings, Their Comedy Icons, and Internet Hate" (vu que j'ai laissé l'onglet ouvert mais que je n'ai pas gardé le tweet, je ne sais plus qui a tweeté ça ; en espérant que la personne se reconnaisse, merci pour le lien !).
Il y a donc, bel et bien, des showrunners de sexe féminin.

Mon post du jour s'intéresse donc à l'autre pendant de la problématique : qu'en est-il des showrunners de couleur ?

Le souci avec cette question, c'est que quand ce sont des personnes de couleur qui la posent, tout de suite on a l'impression que les débats sur la représentativité et les quotas sont de retour, et les histoires de quota sont rarement un sujet pacifique en rapport avec la télévision (ou ailleurs), j'en ai moi-même parlé il y a quelques années. L'avantage c'est que comme je suis blanche, la question ne se pose pas de savoir si je me sens mal représentée ou non, et l'existence de showrunners de couleur ou non n'a rien de personnel. C'est simplement une interrogation purement curieuse.
Mais, parce que ça fait plusieurs années que je tente régulièrement (avec un succès variable) des séries "blacks", et parce qu'au gré de mes voyages téléphagiques j'ai appris au moins une leçon qui est que le talent n'a pas de couleur, j'ai l'impression que la question est l'aboutissement logique de plusieurs années d'observation. Même si le sujet est, par essence, un peu glissant... Tentons donc, on verra bien.

Pardonnez par avance mon ignorance, mais des showrunners de couleur rencontrant vraiment le succès, il m'en vient seulement deux à l'esprit : Shonda Rhimes et Tyler Perry. 

ShondaRhimes TylerPerry

Bon en France, je sais bien que Tyler Perry ça nous parle pas, mais aux USA, si, et son succès est même largement supérieur à celui de Shonda Rhimes (qui a cependant le privilège de cumuler et d'être une femme ; bravo à elle et ses chromosomes, donc). Naturellement en cherchant bien, il y en a d'autres tout aussi colorés, mais leur carrière est couronnée de moins de succès ; ça va que je regarde Single Ladies et Reed Between the Lines, cela dit, parce que sinon les noms ne me viendraient pas facilement.

Et pourtant, je continue de lire, très régulièrement, sur des forums ou dans des tweets, qu'on manque de séries "blacks" et de personnages "blacks".
Un exemple près de nous : regardez le débat autour de Girls ; on a eu le même sur Friends et on s'en est toujours pas sortis, or ça va faire 20 ans, quand même ! Mais en tous cas ce débat existe toujours et on entend toujours des voix pour s'élever contre les séries avec uniquement des personnages blancs.

White girls are so pretty, skin as smooth as milk...

Ce qui est fou c'est que justement, il y a une sorte de boom des séries "black" actuellement, et c'est la première fois depuis le décès d'UPN qu'il y en a autant à l'antenne ; je ne vais pas les citer toutes, et j'en ai déjà mentionné quelques unes plus haut, mais on peut lister les sitcoms de Tyler Perry (deux d'entre eux actuellement à l'antenne, House of Payne, et For Better or Worse qui revient cet été et a l'originalité d'être dénuée de rires ; le troisième, Meet the Browns, vient de s'achever fin 2011 après 140 épisodes en trois ans !), The Game, et cet été, Bounce TV entrera dans la danse des séries originales avec un sitcom "black", Family Time.

Alors clairement, des séries "black", il y en a.
Mais je vais risquer une théorie : je crois que quand des gens (souvent des "blacks", puisqu'ils ressentent un défaut de représentation à la télé) disent que ça manque de séries de couleur, ils veulent dire en fait : "ça manque de série de couleur sur une chaîne qui ne nous serait pas réservée, et qui ne nous traiterait pas comme un sous-public".

Ce que ces messages me semblent dire en filigrane, c'est "pourquoi je me retrouve, au mieux, avec une série comme Grey's Anatomy, dans laquelle les personnages de couleur sont en minorité et où clairement on est dans du primetime soap ? Et pourquoi au pire je retombe sur des comédies de Tyler Perry ? Qui me touchera sincèrement avec un Parenthood black ? Pourquoi je peux pas avoir un A la Maison Blanche black ? (surtout depuis 2008) Où est mon Mad Men black ?"
Évidemment, toutes les séries ne sont pas, en toute objectivité, réalisables commercialement avec un casting à majorité ou unanimité "black". Game of Thrones "black" par exemple, pas sûre que ça ne fasse pas un puissant bide ; certains genres n'attirent pas le public "black" et ça reste une réalité du marché, mais force est de constater qu'avec le niveau de vie en nette progression, et l'accession de plus en plus fréquente depuis au moins une décennie à la middle-class et la upper-middle-class, les goûts téléphagiques évoluent, et c'est naturel (n'est-ce pas ce qui s'est passé pour le public blanc, après tout ?).
Un drama "black", ou un period drama "black", sont des possibilités qui semblent clairement sous-exploitées à l'heure actuelle à la télévision américaine... et c'est peut-être ça, le fond du problème.

Je crois que la problématique a quand même un peu changé, en dépit de l'ironie dont je faisais preuve un peu plus haut. Il ne s'agit plus simplement de permettre au public "black" de se retrouver dans les séries sur un plan purement physique. Ce stade, sans être tout-à-fait dépassé comme le prouvent les nombreuses réactions autour de Girls, n'est toutefois plus le coeur du problème. Aujourd'hui, il s'agit de se retrouver dans la qualité des séries ; pour reprendre le débat de Girls, l'autre aspect du problème il n'existe à l'heure actuelle aucune série à la télévision dans laquelle une post-ado ou jeune adulte "black" puisse retrouver ses questionnements.
Non que cela signifie une désaffection totale des sitcoms "blacks" tels que nous les connaissons, Tyler Perry peut dormir tranquille et se racheter un nouveau studio à Atlanta ; mais qu'une nouvelle forme de diversité est appelée par les spectateurs "blacks", qui ne concerne pas seulement leur représentation, mais les conditions dans lequelles cette représentation se fait.
D'ailleurs, je parle ici essentiellement de fiction "black", parce que les latinos ont tellement de choix de networks spécialisés, que du côté du marché hispanique, inutile pour les networks de livrer bataille, la guerre est déjà perdue...

Les attentes téléphagiques du public "black" sont peut-être bien en train d'évoluer, en même temps que leur place dans la société américaine au sens large.
Et le problème, c'est que la télévision américaine n'évolue pas en même temps. Le succès de films comme The Help devrait pourtant contribuer à cette progression vers une télévision de qualité pour le public "black", mais il n'en est rien. Parce que les petites chaînes qui peuvent s'offrir des sitcoms "blacks" n'ont que très rarement les moyens de subventionner mieux. Et que quoi qu'on dise, la voie vers la démocratisation passe par les networks, parce qu'historiquement ça a toujours été le cas.

...C'est peut-être le moment ou jamais pour les networks américains d'arrêter de voir la vie en monochrome.

Posté par ladyteruki à 05:28 - Série de valeurs - Permalien [#]

16-08-11

Dream job

Retour au boulot après un weekend de trois jours, et alors que mon patron rentre de vacances. Adieu au pendu, au baccalauréat et à tout ce qui a occupé la 1e quinzaine d'août, pendant laquelle il n'y avait rien à faire. Fin de la rigolade. Les affaires reprennent.
Et pourtant je n'y suis pas allée à reculons, ni les épaules basses. En-dehors du fait que je dois me lever un peu tôt à mon goût, ça ne me dérange pas du tout.

Je me demande comment ça se fait.
Parce qu'on ne peut pas dire que les séries donnent beaucoup envie de bosser.

DreamJob
Déjà parce qu'on ne voit pas souvent les personnages travailler, en vrai. Dans les séries américaines, quasiment pas du tout. Dans les séries nippones, juste de quoi montrer une certaine image d'Epinal (ressemblant furieusement à un clip dans de nombreux cas).

Il y a l'école Roseanne ou Working Class. Des séries qui montrent à peu près régulièrement des personnages en train de bosser, mais pas vraiment de façon motivante. Ces personnages-là n'aiment pas leur travail, ils sont bloqués dedans pour payer leurs factures, et c'est tout. Motivation : zéro. Evidemment ya pas d'excitation intellectuelle folle à servir des sandwiches ou assembler des bouts de plastique à la chaîne, mais bon, les personnages ne sont pas obligés de se plaindre de leur boulot à longueur de temps non plus. Je sais bien que Roseanne est un cas particulier, et que la série repose sur ça pour soutenir son propos autant que Mariés, Deux Enfants, mais dans ce cas précis, admettons-le, le personnage principal n'aime pas le travail TOUT COURT. Quel que soit le boulot, ça ne va que si Roseanne peut ne rien faire (et dans ce cas-là elle se plaint que le patron est un emmerdeur, ou les clients, ou les collègues...). Mais ça fait quand même pas mal de mécontents si on ajoute les George de Dead Like Me et tous les jeunes travaillant à un moment ou un autre de la série dans un fast food quelconque (Buffy, this one's for you).

Ce n'est pas mieux dans l'immense majorité des séries comiques ou dramatiques. Quand un personnage a une profession, il n'y pose pas les pieds. Si, au début d'un épisode jusqu'à ce qu'on l'appelle et que l'intrigue commence, à la Parenthood, ou quand il y a une petite intrigue à tirer de ses relations de travail, genre Monica dans Friends. On ne le verra jamais aller au boulot et y passer du temps juste parce que ça fait partie de sa vie (8 à 10h par jour seulement, en plus). On part probablement du principe que ça va ennuyer le spectateur. Je trouve au contraire que ce serait, une fois de temps en temps (je ne dis pas dans TOUTES les séries), une bonne façon d'explorer le personnage, son caractère, son background même. Mais c'est comme si on cherchait des personnages auxquels s'identifier le plus possible, sauf sur le boulot. On ne veut pas entendre parler de travail. Les personnages gagnent leur vie par l'opération du Saint Esprit. C'est comme si une cigogne venait leur apporter leur chèque à la fin du mois.

Pour finir, il y a les séries se basant sur un univers professionnel, et là, difficile d'échapper à l'univers du travail ! Mais quand on y regarde de plus près, ces séries-là ne parlent pas souvent du monde du travail lui-même.
Déjà il faut retirer toutes les séries policières, qui parlent en général seulement des enquêtes elles-mêmes, et pas de l'ambiance de travail, des rapports avec la hiérarchie ou tout simplement de l'accomplissement qu'on ressent ou non (à l'exception de la franchise Law & Order, et encore, à des degrés divers selon la série). Ces angles sont le plus souvent cantonnés à 2mn dans un épisode trois ou quatre fois par saison, et après on n'en parle plus. Dans Les Experts, c'est ce qu'on décide de considérer du character development, faut de mieux dans 99% des épisodes (et puis soudainement arrivent les sweeps ou la fin de l'année, et là on s'inquiète un peu et dans ce cas le character development s'intéresse à la vie pseudo-personnelle d'un personnage ou deux).
Les séries médicales ou judiciaires ont souvent ce même problème, en particulier sur le long terme ; la première et éventuellement la deuxième saison parlent du degré de fatigue des personnages, de leur engagement dans le travail, de l'impact des cas rencontrés sur leur moral, et puis au bout d'un moment, bon, on repart sur les histoires persos, ça va bien maintenant. Et puis admettons-le, combien d'entre nous vont devenir chirurgien ou avocat ? Tout ça, c'est par soucis de dramatisation, mais pas du tout parce que le milieu va soudainement nous sembler familier. C'est une espèce d'exotisme de proximité : les personnages vont travailler, mais ils ne font pas un travail dans lequel la majorité de la population va se reconnaître.
Restent donc les séries qui sont bien obligées de passer du temps au travail. Et on doit reconnaître que ce sont le plus souvent des comédies qui s'en chargent le mieux, genre évidemment The Office, Outsourced ou Better Off Ted, ce qui n'est pas fait pour donner vraiment envie de bosser.

Je sais que je suis épouvantablement réac, je le sais, mais au nom du ciel, mais quelle série faut-il regarder pour apprendre à aimer le travail ? Pour apprécier ses collègues ? Pour montre ce que c'est vraiment que de démarrer ? Je n'en vois aucune.
L'autre jour sur Twitter, l'une des personnes que je suis, apparemment assez jeune et venant de commencer dans un nouveau boulot, disait sa déception d'avoir fait une bourde pour son premier jour. Je trouverais ça cool que, de la même façon que des séries accompagnent les ados pendant leurs vie au collège ou au lycée, et même à la fac, dans des situations diverses (en cours, en famille, entre amis, au sport...), il y en ait une que cette personne puisse regarder pour se dire "nan mais, des bourdes, on en fait tous en début de carrière, ça ira mieux avec le temps". Et pas forcément en mettant en jeu la vie d'un patient ou en envoyant un innocent en prison.
Des séries pour apprendre à explorer des choses variées, il y en a plein. Il y a des séries qui parviennent à me donner envie de vivre différemment, de vivre une histoire d'amour, de vivre des aventures, de vivre ailleurs... pour donner une idée sensible du monde du travail, je suis désolée, yen a pas.

Quand tu es personnage de série, ton boulot, soit tu le détestes parce qu'il est minable, soit tu t'y adonnes corps et âme parce qu'il fait partie des "nobles" professions qui dirigent la société. C'est comme si tous les spectateurs étaient des mères juives qui veulent que leur personnage favori soit médecin, ou avocat (parce que POTUS, c'était déjà pris), sinon c'est la misère.

Quand j'étais ado, je regardais Friends en me disant qu'avoir 30 ans, c'était avoir des dates et se retrouver entre copains. Je ne me disais pas qu'avoir 30 ans, ça pouvait être analyste financier (ou peu importe la profession qu'exerçait Chandler, d'ailleurs le flou autour de sa profession en dit long). En fait, je fais mentalement le tour des séries que je regardais, que mes camarades regardaient, que ma soeur regardait... pas moyen de trouver une seule série qui essaye de donner envie d'aimer le boulot. Ce ne devrait pourtant pas être une fatalité.

Alors je sais bien. Une série n'a pas forcément pour rôle d'être pédagogique, et je suis la première à le dire. Mais sans aller jusque là, pouvoir se reconnaître dans le monde du travail, ça peut être l'objet d'une série dramatique sans aller jusqu'au prêchi-prêcha. Et d'ailleurs à l'origine, les séries policières avaient pour vocation de donner une bonne image des flics aux spectateurs, et ça a bien marché. Pourquoi on ne ferait pas la même chose avec des séries sur le monde du travail au lieu de toujours caricaturer ce que c'est que de bosser dans un milieu qu'on n'aime pas ?
D'ailleurs ça me donne l'impression que la plupart des séries s'adressent aux adolescents tant qu'ils vont en cours (collège, lycée, fac), puis ensuite, propose des personnages dans le monde du travail, comme s'ils y étaient entrés le plus naturellement du monde. Il n'y a rien entre les deux ?

Et puis, allez, je me doute... Les séries vont quand même pas prêcher contre leur paroisse ! Les gens qui aiment bosser, je suppose qu'ils ne sont pas censés aimer les séries, ils n'en regardent pas ; normal, ils sont au boulot ! Non ? C'est pas la logique ? On dirait que ça l'est, en tous cas. La symbolique derrière tout ça me laisse perplexe.
Je devine bien que les gens ne regardent pas forcément des séries pour qu'on leur rappelle leur quotidien pas marrant. Mais ça dépend des séries, parce qu'il y a aussi des gens capables de regarder Oz pendant plusieurs saisons, comme quoi les choses pas marrantes, quand c'est bien fait, ça peut être captivant. Je refuse de croire que tous les gens qui regardent des séries le font uniquement pour se vider la tête, ou alors il faut m'expliquer le succès de plein de séries. Parfois on veut du glamour, parfois on veut se sentir concernés. C'est le cas pour plein de thèmes : la famille, l'amour, l'amitié, l'argent...

Mais jamais je ne me sens concernée professionnellement dans une série. Jamais je ne me dis que ça me concerne et que ça reflète quelque chose de vrai (quitte à ensuite le détourner à des fins dramatiques). Parce que je fais partie de ces gens qui aiment bosser, qui apprécient (la majorité) de leurs collègues et même leur boss, et que les séries ne veulent pas parler de ça, des gens qui aiment bosser non pas parce qu'ils font un métier incroyablement utiles à la société (médecin, avocat, flic, reaper...), mais parce qu'ils ont l'impression de s'accomplir eux-mêmes. C'est gratifiant de gagner sa vie (quand on le peut), et c'est gratifiant de savoir qu'on fait quelque chose d'utile ou à peu près.
Où est la série qui me rappelle ce que c'est que de commencer dans un métier ? D'apprendre progressivement les codes implicites de la vie au travail ? De gagner son premier salaire ? De vivre en communauté dans un bureau, un service ou une entreprise où les gens s'entendent bien ? Je trouverais ça vraiment cool qu'une série me rappelle que bosser, ce n'est pas juste un boulet que je dois trainer pour payer mon loyer, mais aussi une façon d'être quelqu'un, d'exister. Je ne fais pas le métier le plus passionnant de la Terre. Je ne fais même pas le métier que j'aurais voulu. Je ne suis certainement pas considérée comme un pilier de la Nation quand je le fais. Mais ça fait quand même du bien de se sentir utile, et d'être payée à quelque chose que je sais bien faire. Pourquoi aucune série ne m'encourage jamais à ressentir ça ? Pourquoi le boulot, c'est soit le bagne si c'est un "vrai" métier, soit un sacerdoce si c'est un métier "utile" à la communauté ? Il devrait y avoir quelque chose au milieu.
Quel genre de message les séries envoient-elles sur le travail ?

Je regardais Julie Taylor commencer à penser à son avenir. Ca fait une saison, un peu plus, que je vois la plupart des personnages de Friday Night Lights envisager leur avenir. Mais aucun de ces personnages n'a envie de travailler dans quoi que ce soit, ils n'ont aucune envie, aucun objectif. Je ne suis pas très étonnée qu'ensuite ils pètent un câble pour avoir livré la pizza de trop et qu'ils prennent le large. Je ne suis pas très étonnée qu'ils plaquent l'université au bout de deux cours. Moi aussi j'aurais envie de tout plaquer si j'avais l'impression que ma vie ne rimait à rien. Est-ce que dans la série, personne ne va leur expliquer qu'il y a un travail qui pourrait leur plaire ? Une alternative aux dead-end jobs, et un but derrière les heures passées le cul vissé sur les bancs de la fac ? Ils ne résoudront pas forcément d'enquête complexe, ne feront pas nécessairement un triple pontage coronarien dans le couloir des urgences avec un stylo-bille, et ne remettront pas forcément la Constitution en question devant une haute Cour. Mais il y a quand même quelque chose d'autre entre ça et faire des petits boulots sans intérêt, non ?

C'est la réac en moi qui dit ça, et je le sais bien. Mais je me dis que s'il existait une, juste une série comme ça, qui donne envie de mener sa vie professionnelle au mieux, de comprendre ce qu'on peut tirer d'un boulot au niveau personnel et humain, et pas juste financier pour subventionner les cafés au Central Perk... je sais pas, on pourrait peut-être aussi en sauver quelques uns de l'autre côté de l'écran. Vous savez ? Côté canapé.

Posté par ladyteruki à 21:42 - Série de valeurs - Permalien [#]

28-05-11

Si j'avais un lingot, j'achèterais le jour, j'achèterais la nuit...

Eh bah je sais pas si c'est de regarder les millionnaires de Mesudarim (aw, pauvre Erez dans le 2e épisode !) ou juste le fait que j'aie trainé une ou deux heures dans les méandres d'Amazon la nuit dernière (je ne le fais jamais parce qu'Amazon n'accepte pas les chèques, mais là, j'avais une carte bancaire dans les mains), mais je me sens d'humeur matérialiste aujourd'hui...

COLLECTION
Opération COLLECTION (détail) (en bordel)

Chaque fois que je traine mes guêtres dans une FNUC, j'en ressors à la fois avec les bras chargés (je rappelle quand même que ça fait 10 ans que le personnel de ce genre d'établissements s'excuse en me voyant de n'avoir pas de caddie...), et pourtant avec un grand sentiment d'insatisfaction. Parce que pour chaque coffret Misfits embarqué avec enthousiasme, pour chaque Nurse Jackie acheté le jour de sa sortie, pour chaque The Tudors payé rubis sur l'ongle pour n'en pas louper une miette... il y a tous les coffrets qui ne rentrent pas avec moi. Parce qu'ils ne le peuvent pas. Et finalement je crois que c'est aussi ça qui me retient un peu d'achats fous genre "oh une intégrale de Will & Grace à 52€ la saison, c'est une affaire !", vous voyez ? L'impression d'un manque d'alternatives.

Posséder entre mes petites mimines une carte bancaire, cette nuit, avec un verre de whisky-fraise à la main (bah quoi, c'est de la fraise, c'est donc girly !), m'a servi d'électrochoc. Soudain il ne s'agit pas d'éviter le site d'Amazon parce que de toute façon on ne pourra rien y acheter. Ecumant page après page la rubrique import zone 1 des séries télé, je crois avoir réalisé pour la première fois que je passais quand même à côté de plein de trucs. Notamment qu'il n'est pas nécessaire de payer 52€ une saison de Will & Grace. Mais aussi, et c'est sans doute le pire, que tous les DVD qu'inconsciemment je semble chercher du regard dans les rayons de la FNUC (ou, quand je me sens d'humeur dépensière, dans le catalogue de CDiscount, que je ne consulte que quand une rentrée d'argent me brûle les doigts, et pour acheter des séries qui ne me plaisent que de loin et me semblent tout de même nécessaires dans ma telephage-o-thèque, genre les deux premières saisons de Lost), et qui n'y sont pas, parce qu'ils ne sortent pas sur notre territoire et ne font pas partie des "hits" qu'on place sur le rayon import, et qu'on trouve en fait tellement facilement sur Amazon, enfin disons, facilement si on arrive à trouver le moyen de naviguer dans leur arborescence un peu obtuse, bref, toutes les séries que vous et moi n'avons pas le réflexe d'acheter parce qu'on ne nous en parle pas, mais qui sont là ! Alors oui, je pourrais acheter la saison 1 de Parenthood quand elle sortira, et de vous à moi ça se produira probablement d'ici quelques semaines, mais maintenant, je ne peux plus ignorer qu'il y a des coffrets autrement moins évidents qui sont tout aussi faciles d'accès, et ça change tout dans mon rapport à la dépense téléphagique.

Cette nuit, je m'en suis sortie avec une intégrale de Yes Minister et un coffret dont j'ignorais même l'existence, EZ Streets, ce qui a coincidé avec le moment où j'ai constaté avec la plus grande émotion que c'était une des premières fiches que j'avais faites sur SeriesLive, et que je n'en avais jamais vu l'ombre d'un épisode (triste réalité, mes amis : ça arrive souvent). Pour moins de 30€, j'ai échappé au pire, finalement.
Mais je découvre, oh, dix ans après tout le monde quoi, les vertus de l'achat en ligne AVEC UNE CARTE BANCAIRE.

Et soudain, s'acheter une intégrale des Craquantes ne relève plus de la fantaisie téléphagique, mais d'une potentielle réalité, comme un horizon immense. Ajoutons à cela la perspective de pouvoir acheter plus facilement des séries en import étranger genre Capitu (que j'ai toujours dans un coin de tête), et franchement, ça devient flippant. Je préférais quand mon monde était un peu plus petit, finalement !
On ne devrait jamais changer de boulot.

PS : que ceux qui trouvent qu'il est honteux que la rubrique Diagnostic COLLECTION n'ait pas connu de mise à jour depuis au moins un an et demi se manifestent, si je vous sens intéressés, je m'en chargerai la semaine prochaine. Mais si c'est juste pour moi, ça sert à rien : les DVD que j'ai, je les connais hein !

Posté par ladyteruki à 12:59 - Opération COLLECTION - Permalien [#]


10-09-10

To be continued... Parenthood

Avec le coup d'envoi de la nouvelle saison, et son lot de pilotes si attirants, on aurait presque tendance à oublier que les séries qu'on a regardées l'an dernier (et qui faisaient souvent partie des pilotes sur lesquels on s'est rués) vont revenir pour une saison supplémentaire. Et par "on", je veux dire "je", car je suis la première coupable. Dans l'euphorie de la rentrée, comment garder les pieds sur terre ? C'est une mission pour la rubrique To be continued...! Mardi, outre Life Unexpected dont on a parlé tout à l'heure, il y a une autre série qui revient, et qu'on aurait tort de snober : Parenthood.

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1x01 - La famille est réunie au grand complet, les choses sérieuses peuvent commencer.

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1x02 - Adam et Kristina vont devoir apprivoiser leur nouvelle vie avec Asperger...

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1x03 - Cette fois, ça y est, c'est pas trop tôt : saut dans le grand bain pour tout le monde !

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1x04 - Il y a les personnages sans surprise... et puis il y a les autres.

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1x05 - Oh, c'est vrai, sérieux, tu vas tout lui dire sans attendre d'être pris la main dans le pot de confiture ?

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1x06 - On devrait passer plus de temps avec Kristina...

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1x07 - Adam a raison, il y a beaucoup de choses qui vont un peu vite.

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1x08 - L'armure de perfection de Jasmine se brise enfin !

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1x09 - Ah, si seulement on avait le temps d'explorer certains personnages...

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1x10 - Les pièces du puzzle s'emboîtent parfaitement, hélas.

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1x11 - On a failli s'intéresser à la vie de Julia, pour une fois, mais... eh non, fausse alerte.

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1x12 - La morale de cette histoire est que si vous voulez faire des enfants, évitez de les faire en même temps que le reste de votre fratrie.

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1x13 - Des cris, des larmes, des retrouvailles, des séparations...

...Certaines intrigues valent plus que d'autres, et certains personnages sont clairement sous-employés, mais la famille Braverman a quand même fait de son mieux pendant cette saison pour offrir une grande variété d'intrigues. Je vous avoue que je ne croyais pas tellement à une deuxième saison. Mais, ma foi, elle n'est pas désagréable à suivre, alors autant lui donner un coup de main ! En tous cas, vous, vous n'avez aucune excuse pour ne pas regarder la suite mardi, parce que cette fois, vous avez tout un post pour vous le rappeler !

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Parenthood de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 20:41 - To be continued... - Permalien [#]

05-03-10

Ha ! Ha ! Famille nombreuse

Voilà deux posts que j'ironise et que je persiffle, mais en fait, je vous assure, j'ai bien aimé Parenthood.
Vous en aviez douté ? C'est bien mal me connaître ! Car enfin, c'est pas comme si, avec Brothers & Sisters (et bien que je me sois un peu calmée depuis ma période de fringale l'an dernier) ou Oishii Gohan, je ne vous avais pas expliqué en long et en large combien j'aimais les familles nombreuses, avec des ramifications et des pièces rapportées à n'en plus finir, qu'on pouvait suivre sur plusieurs années.
Je vous l'accorde, à ce stade il est prématuré (limite optimiste) de penser qu'on pourra suivre les Braverman sur plusieurs années.

Parenthood_Title2

Alors mettons fin immédiatement au suspense : non, Parenthood n'apporte rien de nouveau au genre. A la base, quand on lance le remake d'un film qui a déjà connu un remake télé, le principe n'est pas l'originalité, de toutes façons.
Mais Parenthood accomplit avec intelligence sa mission : parler d'une famille "normale". Si jamais la normalité a un quelconque rapport avec la famille du moins. Mais ce qui la différencie des séries qui risquaient de lui donner un trop fort goût de redite, c'est qu'il ne s'agit pas d'une famille un peu dérangée dans le genre de The Middle, ni moderne à tout crin comme peut l'être Modern Family. On ne cherche pas à nous présenter une famille qui a quelque chose qui sorte de l'ordinaire. C'est tout le principe. Les Braverman, c'est votre famille, c'est la mienne... les bons jours disons... on ne veut pas vous en mettre plein les yeux avec un couple gay ou avec des personnages absolument hauts en couleur, on n'a rien à démontrer, pas de société à dépeindre ou de cause à défendre. Regardez les familles autour de vous dans la vie : elles ont plus de chances de ressembler aux Braverman qu'à la plupart des familles de fiction. Et c'est de ça que la série veut partir, comme le faisait le film, pour parler de quelque chose de plus universel.

Alors justement, du film, que reste-t-il ?
Quelques éléments de l'histoire, d'abord. En fait le pilote est jalonné de passages qui sont clairement inspirés des moments-clé du film : le match de baseball, l'un des enfants qui revient vivre auprès des parents, l'un des enfants qui n'arrive pas à entrer dans la vie adulte mais se découvre un fils caché, la rencontre avec le personnel de l'école d'un gamin, le petit ami de l'adolescente un peu trop remuante, la mère divorcée qui recommence à fréquenter, le garçon qui voudrait vivre avec son père mais ne le peut pas, et évidemment, le spectacle de l'école.
Mais la série a aussi décidé de prendre tous ces éléments, et de n'en traiter aucun comme dans le film. Le match de baseball ne tourne pas au happy end. Le retard de Max n'est pas bénin. L'adolescente rentre dans le rang et ne cherche pas à revoir son petit ami. Le spectacle de l'école se déroule sans accroc.

C'est là qu'il est, le manifeste de Parenthood : on a bien vu le film, et on y a repéré plein de choses dont on a envie de parler. Mais on n'en parlera pas comme le film, c'est une autre génération, elle ne vit pas ces passages plus ou moins obligés de la même façon. Et c'est un choix que je respecte car sur pas mal de choses, les idées sont bonnes. Le rendez-vous de Sarah était une perle dans son genre. J'ai absolument adoré sa déception, sa colère et son émotion (dans cet ordre), c'était bien vu, ça exprimait plein de choses ; la frustration était présente mais montrée complètement différemment par rapport au film et ses remarques sur le vibromasseur.

Malheureusement, le gros bémol est que la série se prend épouvantablement au sérieux. Et là, avoir vu le film n'aide pas à faire passer la pilule du tout, car ce dernier, sans être une comédie tout du long, savait ménager des pauses pleines de fantaisie. Le film ose des passages totalement délirants, à l'instar du père qui imagine son fils au moment de la remise des diplômes à l'université, ou évidemment, de la métaphore du grand huit. Parenthood, en optant pour le réalisme à temps complet, ne s'autorise aucune respiration. Les scènes les plus légères gagnent essentiellement sur le plan du rythme, pas de l'humour (comme les quatre frères et sœurs qui s'empoignent dans la maison d'Adam, scène entre parenthèses très connotée Brothers & Sisters, ou encore quand Amber donne des conseils vestimentaires à sa mère). Et c'est très très fatiguant de voir tout ce petit monde accélérer la diction, tenter de faire dans la légèreté, mais n'être jamais drôle.
C'est sans doute là que Parenthood pèche le plus. Et c'est ce qui me refroidit un peu.

Mais bon, dans l'ensemble, le pilote de Parenthood est décent, voire correct, allons même jusqu'à le qualifier d'honnête.
Tous ces qualificatifs, ça me réchauffe le cœur, pas vous ?

Eh oui mais c'est la saison qui veut ça ; la téléphagie ne s'est pas encore relevée tout-à-fait de sa petite crise et on continue de trouver que ce qui est pas mal est suffisant, comparé à ce qui est pénible. Alors je vais laisser à Parenthood une chance de se détendre un peu, et puis on verra bien. Avec ce pilote, je n'ai pas l'impression qu'on ait trouvé la série du siècle. Mais des pilotes qui donnent cette impression, il n'y en a pas eu beaucoup cette année, de toutes façons...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Parenthood de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 22:51 - Review vers le futur - Permalien [#]

04-03-10

Rien à voir avec la choucroute

Est-ce que j'ai pensé à vous parler de Parenthood, récemment ? Je suis plus très sûre.
Réservant vicieusement mon post le plus rédigé pour le traditionnel rendez-vous du vendredi (c'est pas parce que depuis janvier, je suis passée en quotidienne, que je veux déprécier la valeur de ce moment rare et convivial où je récolte un commentaire de plus que le reste de la semaine...), je voudrais revenir ce soir sur une suite de... coïncidences, je crois qu'on peut appeler ça comme ça.

Parce qu'il faut le dire, le pilote de Parenthood présente de curieuses ressemblances avec celui de Brothers & Sisters. Si vous permettez, je vais vous montrer de quoi je parle :

- Le retour de la fille prodigue :
Le rappel des faits : Kitty Walker revient dans sa chère famille mais pas sans avoir laissé son homme de l'autre côté du pays.
La récidive : Sarah Braverman a divorcé de son mari, et quitte Fresno pour revenir vivre chez ses parents.
La pièce à conviction :
ParenthoodandSisters___1

- Le mouton à 5 pattes :
Le rappel des faits : Justin Walker n'a jamais vraiment réussi à prendre sa vie en main.
La récidive : Crosby Braverman a un gros problème avec les responsabilités et les engagements.
La pièce à conviction :
ParenthoodandSisters___2

- L'enfant qui donne du soucis :
Le rappel des faits : La petite Paige souffre du diabète.
La récidive : Max semble accuser un légère retard mental.
La pièce à conviction :
ParenthoodandSisters___4

- Le repas de famille :
Le rappel des faits : Sans verre d'alcool à la main et en-dessous de 5000 kcal par repas, les Walker ne peuvent pas communiquer.
La récidive : Sans verre d'alcool à la main et en-dessous de 5000 kcal par repas, les Braverman ne peuvent pas communiquer.
La pièce à conviction :
ParenthoodandSisters___3

- L'Oedipe mal réglé :
Le rappel des faits : Kitty et Nora Walker s'aiment très fort, peuvent compter l'une sur l'autre... mais se sautent à la gorge l'une de l'autre en permanence.
La récidive : Adam et Zeek Braverman s'aiment très fort, peuvent compter l'un sur l'autre... mais se sautent à la gorge l'un de l'autre en permanence.
La pièce à conviction :
ParenthoodandSisters___5

Comme je le disais, c'est FORCEMENT un hasard. N'allez pas croire qu'il y ait une quelconque impression de répétition dans le pilote de Parenthood...
...enfin, ça se trouve, si. Mais ça, on en reparle demain !

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Parenthood de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:32 - Review vers le futur - Permalien [#]

03-03-10

Le linge sale en famille

S'il le faut, on y passera la semaine ! Un rapide petit post sur Parenthood pour revenir sur quelques commentaires qui me sont venus à l'esprit pendant que je regardais le pilote...

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Parenthood_Pilot___9

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Parenthood de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:51 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

02-03-10

Au commencement était le film

Avec l'arrivée de Parenthood ce soir sur NBC (et si le post d'hier ne vous l'avez pas rappelé, SeriesLive s'en est également chargé), j'ai repensé à ces histoires de films qu'on transforme en série...
C'est vrai ça ! Aujourd'hui on parle surtout du trajet inverse, avec toutes ces séries qui sont adaptées pour le cinéma... ou celles dont on espère que ce sera le cas sans trop y croire... et du coup on oublie un peu souvent que ça s'est aussi pas mal fait dans l'autre sens.

Pour une liste (non-exhaustive) de bides, je vous encourage à vous reporter à l'excellent article de Television Without Pity qui recense quelques navets issus de films ayant toutes les apparences de l'honorabilité (enfin, je vous dis ça, mais je confesse n'en avoir pas vu la moitié ; et quand j'ai vu le film, c'est la série qui manque à mon tableau de chasse). C'est vrai qu'on pourrait aussi mentionner les adaptations réussies, mais où serait le plaisir ?

A première vue, ces adaptations télé ont l'air de toutes se ressembler, du moins sur le principe. Le motif semble évident : purement pécunier. Sans rire, vous ne pensiez tout de même pas que c'était pour l'amour de l'art, dites ? Un film rencontre du succès, pouf, on en fait une série. Plus rare est le cas du film qui fait un bide retentissant et se voit offrir une suite, avouons-le.
Mais alors justement, s'agit-il forcément d'une suite ?

Ça pourrait sembler logique de prime abord : la série permet alors de voir ce que deviennent les personnages qu'on avait aimés pendant le film, et qu'on était forcés d'abandonner au bout de 2 heures. Mais voilà, la plupart des acteurs reprennent pas leur rôle au moment de l'adaptation télévisée (alors que dans l'autre sens, c'est bizarre, faut moins les supplier ! Et après ça on nous dira que non-non, la télévision n'a plus rien à envier au cinéma de nos jours...). Donc par la force des choses, les personnages changent, puisqu'ils sont interprétés par de nouveaux acteurs.
Quand ce n'est pas, plus simplement, de nouveaux acteurs qui interprètent des personnages qui n'étaient pas du tout dans le film... Voilà, comme ça c'est clair.
Je récapitule donc les trois possibilités :
- mêmes personnages, mêmes acteurs que le film
- mêmes personnages, acteurs différents du film
- autres personnages, acteurs différents du film

Avec Parenthood, c'est finalement cette dernière solution qui a été retenue. Il était évident que les mêmes acteurs n'allaient pas resigner 20 ans après pour incarner à nouveau les mêmes personnages. Par contre, on aurait pu imaginer, 20 ans après, que la série tente de parler de la même famille à travers les yeux des dernières générations. Ce n'est pas le choix qui est fait. Le choix est au contraire radical, puisque Parenthood (la série de 2010) ne s'intéresse pas à la même famille que Parenthood (le film de 1989), qui avait pourtant été de la partie, bien qu'avec un nouvel éventail d'interprètes, dans Parenthood (la série de 1990). Vous m'suivez ?

Parenthood_All

Donc là, obligé, on se demande : attends deux secondes, ce ne sont plus les mêmes acteurs, ce ne sont plus les mêmes personnages, ce n'est même pas la même famille 20 ans après... euh, pourquoi ça s'appelle Parenthood, au juste ?

Bonne question, merci de l'avoir posée. On pourrait opter pour la réponse cynique : c'est juste histoire de capter l'attention du public qui connaît le film. Sinon, il y a, plus rassurante, la réponse porteuse d'espoir : c'est parce que la série va employer le même ton.

Mais comme je vous le disais hier dans mon bilan du film, il est difficile aujourd'hui d'avoir le même point de vue à la fois drôle et tendre qu'un film des années 80. La fiction a changé et le public attend plus spectaculaire (et il a raison, du moins en partie). Il faudra briller par la pertinence de son regard et se singulariser par son approche des rapports familiaux.
C'est donc là le défi de Parenthood, la série de 2010, si elle veut éviter le sort de Parenthood... la série de 1990.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Parenthood de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:15 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]


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