ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

09-05-10

La vie devant soi

L'embarras du choix. En voilà une expression qui exprime bien mes possibilités en ce moment pour vous parler d'un film en particulier. Oh, évidemment, il y a toujours ce post sur The Breakfast Club que je n'ai pas fini alors que le coup de cœur date de février. Et puis, il y a des millions de films que je connais par cœur et dont je pourrais vous parler des heures.
Bon d'accord, pas des millions. Mais quelques uns.
Vous avez vu Dune par exemple ? Question idiote, tout le monde a vu le Dune de David Lynch dans sa version director's cut de 3 heures, et croyez-moi, si vous ne voulez pas être un paria sur ce blog, il vaut mieux pour vous, soit que ce soit vraiment le cas, soit que vous fassiez semblant le temps de rattraper votre retard pendant que j'aurai le dos tourné.

Bon alors : quel film ? Eh bien pourquoi pas celui que j'ai regardé cette nuit, par exemple... Pourquoi ? Eh bien parce que c'était un bon film, voilà pourquoi. Meilleur que Dune, non. Que The Fall non plus, évidemment. Mais c'était un bon film, alors...

C'est quoi le nom du film ? The Life Before Her Eyes
C'est plutôt quel genre ? Mortel
Qui on connaît là-dedans ? Uma Thurman, que je ne vous fait pas l'affront de vous présenter, et Evan Rachel Wood, principalement connue des téléphages pour Once & Again, et à présent il parait qu'elle est (mais ce n'est pas moi qui irai vérifier) dans True Blood.
Ça date de quand ? 2007, mais date de sortie en 2008
En résumé, de quoi ça parle ? Des conséquences d'un massacre dans un lycée.

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En moins résumé, de quoi ça parle ? Deux jeunes filles : Diana et Maureen. Ce sont les meilleures amies du monde, et pourtant elle n'ont rien en commun : l'une est délurée, l'autre est sage comme une image. Ces différences vont prendre une signification nouvelle alors que dans leur lycée, un élève ouvre le feu sur ses camarades et ses professeurs.
Et ça finit comment ? Comme j'aurais dû le prévoir si je ne m'étais pas laissée berner.

Pourquoi c'est bien ? The Life Before Her Eyes possède une narration bien particulière, qui met en parallèle trois ingrédients : d'une part, l'adolescence de Diana et Maureen, d'autre part, l'une d'entre elles parvenue à l'âge adulte, et enfin, et je pense que ça fait partie du récit, des plans contemplatifs lents et sourds. Cette expérience en trois dimensions est particulièrement intéressante parce qu'en fait elle attire toujours l'attention du spectateur sur un des deux autres axes que celui dont on vient de parler, permettant d'entretenir une sorte de suspense sans employer les ressorts habituels du thriller. C'est très habile, et c'est d'autant plus épatant quand on en est à la fin du film et qu'on se dit que, punaise, on aurait dû le voir arriver. Mais voilà, on est tombé dans le panneau, et pourtant Dieu sait que...!
Pourquoi c'est pas bien ? Narration très habile, on l'a dit. Esthétisme très convenable, pas forcément imaginatif mais très honnête. Excellente interprétation. Mais bon sang, tout le reste ! En fait, une fois arrivée à la fin du film, je me suis demandée si on s'était pas un peu foutu de ma gueule. Quelle est la morale à retirer de tout ça ? Je crains d'en avoir une idée. Le vrai problème de ce film, et j'ai mis un fichu temps à m'en apercevoir... c'est son histoire !

Ah, les joies du cinéma ! Les types qui font les castings sont des gens formidables, le dira-t-on jamais assez. Ils vous trouvent des ressemblances là où vous n'aviez jamais pensé en voir avant ça. Mais là, penser à mettre Evan Rachel Wood et Uma Thurman dans le même film, bon sang, c'est au moins aussi sadique que mettre Rosemarie DeWitt et Mary-Louise Parker dans le même film, vous voyez le truc ? Complètement dérangeant. Les types qui font les castings sont des gens tarés. J'ajoute que si j'étais Evan Rachel Wood, je le prendrais mal, physiquement.
La réplique qui tue : Tout au long du film, les scènes se succèdent pour nous montrer des photographies de l'adolescence de Diana et Maureen, le plus souvent ensemble ; leurs conversations sont alternativement anodines et pleines de petites perles de sagesse comme on a l'impression d'en sortir à 16 ans quand on se pose des questions sur... la condition humaine. Une fois, les deux jeunes filles se promènent près d'arrosoirs automatiques qui font tomber de fines gouttes de pluie sur elles ; Diana dit alors : "Peut-être qu'on est comme la pluie qui s'évapore, et qu'on va retourner dans l'atmosphère ? Regarde toute cette brume... Hm... Je me demande qui on est en train de respirer à cet instant ?".
La scène qui tue :
Je vais demander au moins de 16 ans de sortir de ce post, car la scène qui tue... tue vraiment. C'est la scène de la fusillade et c'est l'acte fondateur de tout le film. Mais ne croyez pas que je vous spoile quand je vous mets cette scène qui, d'ailleurs (et contrairement au nom du fichier), n'est peut-être pas vraiment la scène par laquelle commence le film, mais c'est tout comme. Franchement, cette scène, vous allez la voir trois ou quatre fois pendant le film si vous le regardez, donc sérieusement, il n'y a pas de suspense à ce stade. Chaque mot de ce post est pesé, croyez-moi ya pas l'ombre d'un spoiler dans ce post, et cette affirmation inclut le très violent (psychologiquement) passage ci-dessous. Comparativement, l'affiche en dit plus que moi sur l'issue du film !

TheLifeBeforeHerEyes___Extrait

Une note ? CagoulesCagoulesCagoules
Loin d'être le film qui va vous posséder pendant des semaines comme d'autres le font, The Life Before Her Eyes n'a rien d'un classique du cinéma, mais les critiques sont tout de même dures avec lui car, si on le laisse faire, ce film réussit tout-à-fait son entreprise.
Bilan : Un peu plus haut, je vous parlais de la structure du film. Elle fait partie de ses artifices, ne nous le cachons pas. Mais c'est aussi la grande force de The Life Before Her Eyes, dans le sens où ses trois volets, mis en parallèle, font leur œuvre lentement mais sûrement. Les nombreuses scènes de l'ordre du contemplatif, que j'évoquais, jouent parfaitement leur rôle à la fois de description (le film est l'adaptation d'un livre, après tout) et de plongée dans une certaine ambiance morbide. Bien-sûr que ce film parle de la mort, vous vous en doutiez déjà parce que j'en parle en ce moment, ce qui ne peut être anodin, et également parce que vous avez lu le résumé et que vous n'êtes pas plus bête qu'un autre ! Mais les très nombreuses scènes de ce type s'intercalent dans la narration pour donner une impression de malaise. Ça n'a pas été sans me rappeler les effets similaires dont je parlais dans Le Lagon Bleu, il y a quelques mois, on repose sur le même mode à vous montrer des choses qui en apparence, sont jolies, mais cachent en fait quelque chose de glauque et de sinistre sitôt que l'œil s'attarde. Et l'œil s'attarde. Parce que la caméra s'attarde. Je le disais, c'est habile.
Le film soulève aussi (à dessein) les questions sur la conscience, la culpabilité et d'autres valeurs morales qui semblent, après réflexion, peut-être un peu teintées de religion. Mais ne craignez pas l'endoctrinement, c'est juste mon interprétation... vous me direz ce que vous, vous en pensez.

Posté par ladyteruki à 02:17 - Comme au cinéma - Permalien [#]

16-09-08

Télé guidée...

C'est dur à admettre, mais même avec tous les moyens qui sont à ma disposition et la ferme volonté de vouloir donner leur chance à un maximum de séries, nouvelles et moins récentes, j'arrive quand même à me débrouiller pour passer au travers d'un certain nombre d'entre elles. C'est d'autant plus énervant que depuis quatre ou cinq saisons, je m'attache à essayer de tout voir. Alors quand je m'aperçois que j'ai loupé une série sympathique de 2007, mon sang se met à bouillir de rage envers moi-même.
Je suis une téléphage acharnée, ça s'est vu ?

Ainsi donc, merci à Ben pour avoir attiré mon attention sur Miss/Guided, que vraiment, j'ai laissée passer entre les mailles du filet. Quand on pense que j'ai trouvé le moyen de perdre mon temps devant des East Bound and Down et consorts, ça me rend dingue...

En apparence, Miss/Guided n'est pas un show révolutionnaire. Pensée comme une comédie en single caméra prenant pour décor le lycée d'une petite ville tranquille, elle ne paie pas de mine. Son héroïne, Becky, est une petite blonde frêle, une sorte de Jennifer Finnigan en plus moche, mal assurée, nerveuse et un peu coincée pour couronner le tout. C'est vrai qu'en même temps, on partait de loin, puisqu'elle avait fait partie des vilains petits canards quand elle était elle-même lycéenne. Globalement il y a quand même eu du progrès. Bref, peu d'arguments sur le papier.
C'est parce qu'il ne faut pas se fier à ce qu'il y a sur le papier !

Le principal point fort de Miss/Guided, c'est son utilisation des apartés. Dans la plupart des séries (je pense par exemple à Once and Again ou, pour rester dans le registre des comédies, à Malcolm), ces apartés serviraient à donner la possibilité aux personnages de dire leur vérité, d'une certaine façon. Ici, ça sert surtout à leur permettre de se montrer tels qu'ils ne sont pas, à se mentir. Tout le monde se raconte des histoires, là-dedans ! Il y a Bruce, totalement imbu de sa personne, qui pense que c'est ce qui lui donne une sorte d'autorité naturelle... il y a le beau Tim qui pense qu'on lui a proposé le boulot de prof d'espagnol par choix alors qu'on avait proposé au type de la maintenance au préalable... et évidemment il y a Becky, notre blondinette héroîne, certaine d'avoir le contrôle total de son existence. Eh bien, pas vraiment, et le contraste entre ce qui se passe, et le discours des personnages, est absolument délicieux. C'est un peu comme s'ils étaient en représentation pendant ces apartés : au lieu de se confier, ils tentent de donner une image reluisante de leur existence ; un peu comme s'il s'agissait d'une interview pour un reportage.
La seule qui semble être la même dans les deux circonstances, c'est Lisa, la nouvelle prof bien carossée.

Becky fait un peu penser à Ally McBeal. En mieux. Sans rire ! Déjà, elle se nourrit, elle. Et ensuite, elle n'est pathétique qu'en apparence. On développe bien plus facilement de la tendresse pour elle que pour l'avocate rachitique. Elle est nerveuse et peu sûre d'elle, mais elle y travaille d'arrache-pied, tout en assumant sa différence. Elle se raconte peut-être des histoires sur sa vie d'adulte, mais dans le fond, elle sait très bien ce qu'elle veut et les progrès qu'elle a encore à accomplir.
C'est vers la fin du pilote que, grâce au personnage de Tim dont on pensait depuis le début qu'il n'était qu'une belle gueule inaccessible, on prend la mesure du charme de la blondinette. Toute gauche et fragile soit-elle... elle est, d'une certaine façon, totalement pure. Et vraie. Et honnête. Et positive.

D'une certaine façon, tout l'attrait de Becky réside justement dans le fait qu'elle ne voit pas ses propres qualités, mais qu'elle fait de gros efforts pour se perfectionner et se voir comme quelqu'un qui n'est pas dans l'échec. Elle ne se croit pas arrivée, mais elle espère voir le bout du tunnel. C'est ce qui la rend touchante, et ce qui fait qu'elle inspire une pointe d'admiration, même dans ses scènes les moins glorieuses.

Je vous ai parlé il y a quelques semaines d'Une Maman Formidable, Reba et Une Nounou d'Enfer, eh bien on est en plein dans le sujet. Il y a d'autres séries que je pourrais citer aussi, comme Rude Awakening. Qu'on-elles en commun, ces séries qui comptent parmi mes préférées ? (en même temps je vous l'accorde, j'en ai au moins 25, des séries préférées, mais côté comédies elles sont dans le Top5 en tous cas).
D'abord, leur personnage central est une femme. La trentaine passée, voire même pour certaines, flirtant avec la quarantaine (ou 29 ans en années Fran). Dans mon cas, on ne peut donc pas tellement parler d'identification que de projection.
Chacune, du fait de son parcours, se trouve au début de la série à une étape charnière, découlant d'une à plusieurs échecs, et c'est aussi ça qui me plaît : des personnages marqués par leurs erreurs, se trouvant dans une situation où il faut aller de l'avant.

Prenez Fran : elle a perdu 3 ans de sa vie avec un mec médiocre parce qu'elle subissait l'influence de sa marieuse de mère. En choisissant de quitter son boulot avec Danny, et se lancer dans un nouveau job au sein d'un milieu social plus élevé, en cherchant à tout prix le grand amour, sans transiger sur son sindépendance ni sa personnalité, elle s'efforce de s'améliorer. Lorsque Danny revient lui demander de l'épouser, déjà, à la fin de la première saison, elle peut constater le chemin parcouru.
C'est encore plus évident pour Reba qui soit se remettre de son divorce et qui devient progressivement moins bornée, moins autoritaire, qui cesse de se focaliser sur l'échec de son mariage ou ses enfants, et commence une carrière... pour finir par devenir la meilleure amie de celle qui lui a ravi son mari !
Quant à Grace, l'ex-alcoolique qui cherche à s'accomplir même si être une mère célibataire n'est pas de tout repos, elle veut tout à la fois : la famille, le travail, les amis, les amours, la stimulation intellectuelle (elle se cultive, va pour la première fois à l'opéra...) ; elle est en quête d'elle-même et d'un équilibre.
Et puis, dois-je vraiment aborder une fois de plus le cas Billie ? La belle a une addiction à combattre, une mère castratrice dont se libérer, sa vie professionnelle et sentimentale à remettre sur des rails, et pour couronner le tout, elle est en lutte permanente avec cette facette d'elle-même qui couche à droite et à gauche, et multiplie les tentatives d'autodestruction...

En fait, le rire naît précisément de là : de ce que ces femmes vont faire pour s'améliorer elles-mêmes, et donc pour améliorer leur existence. Avec ce que ça comportera, inévitablement, sur la route, de maladresse, d'échec, d'épuisement. Ce qui est justement drôle c'est que même quand la situation directe est surréaliste, le personnage et ses aspirations sont bien ancrées dans le réel, légitimes, et humains.
La confrontation de ces deux éléments, dos a dos, fait que les dialogues et les quiproquos sont drôles. Les autres types de personnages de séries humoristiques, ceux de type toonesque, ne jouent pas du tout sur le même registre ; ici, clairement, les gags fonctionnent parce qu'on investit les personnages, parce qu'ils semblent vrais.
Du coup, ceux qui ne ressentiront pas d'atomes crochus avec Fran, Reba, Grace ou Billie ne sauront pas vraiment rire avec elles.

D'aucuns diront que c'est ma préférence pour les séries dramatiques qui parle finalement à travers ces arguments, et ils auront peut-être raison, après tout... Mais bon, chacun vit sa téléphagie comme il lui plaît !

Si je m'apprête effectivement à continuer à suivre les aventures de Becky (le cagoulage se fait en tous cas dans ce sens pour le moment) pour ces mêmes arguments que ceux qui m'ont séduite dans les séries sus-citées, je dois dire que l'investissement est moindre parce que je sais que la série est courte. Ca me retient un peu, je dois dire. Comment s'installer confortablement auprès d'un personnage si on sait qu'on devra le quitter avant de pouvoir juger de lui sur le long terme ?
J'avoue qu'une série dramatique courte (genre une saison ou moins), ça ne me dérange pas tellement, mais une série comique courte ? Je suis moins sûre.

Donc finalement, au lieu de remercier Ben pour cette découverte, je vais peut-être plutôt lui en vouloir...

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture, attention attention, attachez vos ceintures : les fiches Une Nounou d'Enfer, Reba, Une Maman Formidable, Rude Awakening et, bien-sûr, Miss/Guided de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 19:56 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]
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