ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

05-06-13

Israeli Horror Story

Avec les années, les Israéliens se sont fait une petite réputation. On leur prête bien volontiers un style ultra réaliste et austère ; loin de moi l'idée de vouloir contredire les faits : beaucoup de séries israéliennes (en particulier celles qui parviennent au spectateur européen) répondent en effet à cette définition. Mais toute règle a ses exceptions, et face à tous les Nevelot, Oforia et autres Srugim, voici l'une de ces exceptions : Hamagefa, un drama en 6 épisodes lancé courant avril sur HOT3.
Enfin je dis "drama", mais ce n'est pas évident au premier coup d'oeil, tant la série a pris pour principe de tout tourner en dérision, voire au grotesque.

Tout n'est qu'étrangeté dans Hamagefa. Une étrangeté au goût volontairement révoltant. Âmes téléphagiques fragiles s'abstenir.

Hamagefa ("le fléau", "l'épidémie", murmurent les traducteurs automatiques) se déroule dans un immeuble de standing où la population la plus privilégiée qu'on puisse imaginer vit dans son entre-soi. L'élite se complait dans un bâtiment vertigineux, entourée de quelques petites mains qu'elle fait mine de tolérer, afin que leur présence n'entâche pas leur existence insouciante.
Sauf que cette prétendue insouciance, qui évidemment ne masque que grossièrement des intrigues de caniveau dans lesquels les humains se complaisent toujours lorsqu'ils sont plongés dans l'oisiveté, n'aura qu'un temps, car un sombre jour, alors que se prépare un bal d'importance dans la résidence, un virus mystérieux s'introduit dans l'immeuble ultra-select, par l'entremise d'un étrange liquide visqueux et verdâtre, de toute évidence peu rassurant. Après avoir rapidement fait une première victime, le virus est signalé aux autorités qui décident de mettre le bâtiment en quarantaine séance tenante, alors que la grande soirée de gala a à peine commencé. Désormais, la haute société est réellement coupée du monde, mais de plaisir il n'est plus question... sauf que, dans leur tour d'ivoire, les résidents veulent à tout prix prolonger la fête, faisant dans un premier temps mine d'ignorer la catastrophe qui leur tombe dessus.

Si tout cela vous semble clair, ce n'est pas forcément aussi évident devant le pilote. La série s'ouvre sur un monologue cryptique sur fond de limaces, puis se lance dans une longue scène mystérieuse se déroulant dans l'immeuble après sa mise en quarantaine, au cours de laquelle nous suivons un étrange personnage portant un costume de lapin à faire hurler Anya de terreur, déambulant dans les couloirs déserts et inquiétants de la résidence.
Qui se cache sous les oreilles pelucheuses ? Pourquoi cet individu se cache-t-il, d'ailleurs ? L'épisode ne le dévoile que très lentement, soignant plus son atmosphère outrancière que son déroulement, à grand renfort de musique grandiloquente et de lumières poussiéreuses, et avec de nombreuses images en surimpression pour renforcer l'aspect surchargé du tout, apparemment pas encore assez de mauvais goût. Bien malin le téléphage occidental curieux qui y comprendra quelque chose dés le premier visionnage !

Nous allons progressivement découvrir que les personnages de Hamagefa, comme l'indique assez clairement le générique qui suit immédiatement les aventures du léporidé, sont clairement dans l'exagération eux aussi. Chacun est une caricature ambulante, de la richissime mémère avec son Youki, au chirurgien esthétique cupide qui consulte à domicile et se fait une clientèle sans sortir du bâtiment, en passant par l'obséquieux manager de la résidence... et le jeu des acteurs est, de façon ostensiblement volontaire, à l'avenant. Tout ça dans des tenues improbables (il suffit pour s'en assurer de jeter un oeil à la livrée de la réceptionniste ou à l'uniforme de l'infirmière) et des décors kitschissimes mettant la rétine au défi. Hamagefa est difficile à adorer au premier abord, et le pire, c'est que c'est voulu.

En s'inspirant joyeusement d'une certaine idée du film d'angoisse classique (et en premier lieu La tour infernale, de toute évidence, jusque dans le style made in Hollywood des années 70), et en surfant sur la mode des épidémies et zombies de tous poils qui n'en finit pas de s'étendre sur les écrans de tous les pays, Hamagefa s'en donne à coeur joie. Mais il faut justement dépasser cet esthétisme excessif pour comprendre tout l'intérêt de la série.

Hamagefa

Car il est inutile d'étudier le pilote de Hamagefa pendant des heures, pour comprendre le sujet de la mini-série est avant tout une critique sociale des "huiles" (pun not intended) de la société, qui persistent à poursuivre leurs pompeuses cérémonies quand tout s'effondre.
En soulignant le ridicule de leur mode de vie, par des procédés volontairement dénués de tout charme, le créateur Yammi Wisler ambitionne de montrer à quel point les efforts désespérés de ses protagonistes sont voués à l'échec pour tous ceux qui observent la situation avec un tant soit peu de recul. Alors que l'épidémie empire, les contre-vérités faciles à croire s'effritent (tel le manager qui assure que ceux qui n'ont pas été en contact avec des étrangers à l'immeuble n'ont rien à craindre ; le propos n'est pas innocent). Les aisés habitants de l'immeuble commencent à se retourner les uns contre les autres, comme dans la plupart des farces politiques, comme le découvrira notre pauvre lapin rose.

Une prise de liberté sur la forme qui n'a pas fait l'unanimité en Israël, loin de là. La série s'est attiré quelques critiques lapidaires. Wisler, interrogé dans la presse, ne s'en émeut pas : à la base, il n'aime pas la télévision, il a refusé de travailler avec la chaîne câblée HOT3 avant de finalement se lancer dans Hamagefa, et il a surtout voulu voir jusqu'où la prétendue liberté de ton que lui avait vendu la chaîne pouvait aller. Il a voulu faire une expérience, point barre. Il ne cherche pas le succès ou la reconnaissance ; quelque part, on se dit, tant mieux pour lui...
Au terme de 3 années de développement dans cet esprit je-m'en-foutiste assez rare à la télévision, et d'un cynisme rarement égalé, Hamagefa a donc finalement vu le jour, n'en déplaise jusqu'à ses propres interprètes, dont certains ont eu beaucoup de mal à accepter de surjouer pour servir la vision de l'auteur, preuve que l'intention de Yammi Wisler est incomprise jusque dans ses rangs.

De par l'originalité de son ton qui opte pour la caricature extrême digne de la plus cheap des comédies afin de servir un propos profondément politique, mais aussi à cause de son choix de narration, Hamagefa, je ne vais pas vous mentir, n'est pas franchement facile à suivre en VOSTM, comme c'est souvent le cas pour les séries basées sur les dialogues et la comédie (fût-elle feinte). Aussi faut-il espérer que ce curieux ovni soit récupéré d'une façon ou d'une autre par des fées sous-titreuses.
Rien n'est moins sûr : la bizarrerie de Hamagefa est unique, mais il n'est justement pas du tout garanti que son intention soit comprise, et moins encore appréciée, par une chaîne ; pour preuve, même HOT3, au moment de la diffusion, a pris des précautions pour promouvoir sa série, dirons-nous diplomatiquement.

Voilà, c'est tout ; la fiction israélienne peut reprendre une activité normale.
D'ailleurs, pour prendre la relève de Hamagefa, ce 12 juin, HOT3 lance une nouvelle série, Ptzuim Barosh, un thriller violent mettant dos à dos deux amis... Vous pouvez voir la bande-annonce ci-dessous, et ainsi constater qu'on est beaucoup plus en terrain connu...

Posté par ladyteruki à 16:30 - Review vers le futur - Permalien [#]

10-05-13

Soyons curieux maintenant, avant qu'il ne soit trop tard

Aujourd'hui, j'avais initialement prévu de vous faire un post sur Hatufim. Ou plutôt à sa gloire. Pour féliciter arte, qui outre les excellentes séries scandinaves qu'elle ne cesse de nous proposer, s'attache à nous rendre curieux sur plein de pays, dont Israël, un formidable pays pour les séries comme j'ai eu l'occasion de vous le dire à peu près 712 fois dans ces colonnes. Mais après avoir lu les retours sur la diffusion d'hier, j'ai décidé de mettre mon post de côté, et d'aborder une autre question que souligne la diffusion de la série.
Et puis, après tout, combien de fois avez-vous déjà lu des articles comparant Hatufim à Homeland cette semaine ? Comme si vous aviez besoin du mien en plus. Mais au pire, je l'avais fait là.

Hatufim-Portraits

Quelles que soient les qualités de Hatufim (et elles sont nombreuses), quel est foncièrement l'intérêt de diffuser une série dont le remake fait déjà tant parler ? La réponse est dans l'objectif qualitatif, pour ne pas dire téléphagique, qui est clairement celui d'arte depuis quelques années : proposer de bonnes séries, à la fois en gardant un oeil sur le monde et les tendances, à la fois en faisant son affaire de son côté sans s'embarrasser de suivre le troupeau. C'est un pari, peut-être pas quotidien, mais disons, trimestriel. Parfois ça marche, comme avec Äkta Människor.
Et parfois, ça donne Hatufim, 496 000 spectateurs hier soir.

Ouch. Oui, ça fait mal. Mais ça ne fait pas simplement mal parce que moins d'un demi-million de Français aura vu les premiers épisodes de cette excellente série. Ce ne fait pas simplement mal parce que "l'invasion" de séries israéliennes n'est pas pour demain après des résultats comme celui-là. Ca fait mal parce que, concrètement, le public des séries d'arte réagit au buzz. Or le buzz de Hatufim ne travaillait pas pour lui, d'abord parce qu'il y en avait très peu (le succès d'Äkta Människor, c'est aussi une campagne démentielle), ensuite parce que tous ceux qui en ont parler, tous, absolument tous, je prends l'absolu pari que vous ne trouverez pas d'exception à cette règle, ont comparé Hatufim à Homeland.
C'est-à-dire qu'on est parti du principe à la base qu'on allait regarder une histoire déjà très familière aux spectateurs, et que le jeu consistait à montrer les différences entre les deux versions, donc à partir du principe que la connaissance de Homeland par les spectateurs était telle que les spectateurs pouvaient en tirer des conclusions. ...On a quasiment fait passer Hatufim pour le remake !
Homeland, qui de surcroît, jusque là, n'a été diffusée en France qu'en crypté par Canal+, et dont le premier épisode a rassemblé sur la chaîne cryptée 1,3 million de spectateurs. Donc une portion de ces spectateurs allait forcément partir du principe que, bon, j'ai déjà vu une fois, ça va. Une autre portion n'a peut-être pas eu vent de la diffusion de Hatufim (c'est-à-dire que Hatufim ne fait pas les gros titres depuis plus d'un an et demi dés qu'on parle de séries, et n'a pas reçu d'Emmy Award). Et puis une portion a aussi décrété que les séries israéliennes, on veut bien être curieux, mais faut pas pousser quand même (j'en ai dans mon entourage... ou plutôt avais, les funérailles sont lundi).

La question de savoir si arte aurait finalement dû ne pas diffuser Hatufim ne se pose pas : c'est un choix éditorial en parfait accord avec l'identité que s'est forgée la chaîne, ces dernières années, dans le domaine des fictions acquises à l'étranger, c'est-à-dire le choix de la qualité et de l'intérêt intrinsèque de l'oeuvre, par opposition à ses chances évidentes de succès commercial. Personne n'a le sens de la prise de risque noble comme arte en matière de séries. Mais il lui faut déployer tout un couteau suisse de promotion pour réussir son pari ; or du point de ce point de vue, Hatufim était poignardée d'avance.

Par-delà le problème de Hatufim (la sortie en DVD fin mai devrait finalement atténuer nos peines ; vous avez de la chance, j'ai pas eu autant de bol avec Kommissarie Winter l'an dernier), la question qui se pose aussi est celle de l'avenir d'une série originale quand son remake nous est parvenu.
Des séries comme Ta Gordin, Rake ou Réttur deviendront obsolètes du jour où leur adaptation (quand elle voit le jour) aura achevé sa première minute sur les écrans américains.

Parce que telle est encore la loi, dans un monde où, ironie du sort, les séries américaines s'inspirent de toujours plus de nationalités différentes : les USA ont toujours le dessus. Au moins commercialement, ce qui est amplement suffisant. arte a beau essayer de nous ouvrir l'esprit à d'autres espaces, d'autres possibilités télévisuelles, pour le moment, USA is the new black.

Il n'est pas suffisant qu'une chaîne comme arte (mais qui d'autre ?) s'aventure sur des terrains comme Hatufim. Il faut qu'elle débroussaille le champs des possibles et déniche elle-même, sans doute en augmentant encore la prise de risques, les perles de demain dont les exécutifs américains s'arracheront les droits quelques mois plus tard. Dégainer par exemple Penoza avec Red Widow qui passe sur les écrans américains (sans même parler de sa réussite ou non outre-Atlantique), ce serait déjà avoir perdu le pari.
Il faut, pour éviter le piège tendu par le parallèle Hatufim/Homeland, qu'arte diffuse sans attendre les Oforia, les Pressa, les SON, les Arven Efter Veronika (bon enfin, non, arte peut attendre la diffusion danoise pour cette dernière, on n'est pas des bêtes). Ou bien qu'elle choisisse des séries quasiment impossibles à adapter, comme Blackstone, Intersexions, Cloudstreet ou 30° i Februari. Il faut prendre une longueur d'avance. Il n'y a pas le choix.

Soyons curieux maintenant.

Posté par ladyteruki à 23:47 - Zappeur, Zappeur n'aies pas peur ! - Permalien [#]

27-04-13

We are family

SeriesMania-Saison4-Logo

Il est trop rare de pouvoir découvrir les séries que je vois apparaître à la télévision israélienne ; Ima & Abaz sera l'une des exceptions, grâce à la bienveillance de Series Mania qui l'a projetée hier soir sous le titre Mom & Dads. J'aurais préféré l'incroyable Oforia, mais ce sera peut-être pour une autre fois ?
Le pitch d'Ima & Abaz est assez simple : un couple gay a un bébé avec une femme célibataire. Contrairement à The New Normal (dont les deux premiers épisodes étaient également projetés lors de la même soirée), il ne s'agit pas ici pour le couple de trouver une mère porteuse ; Ima & Abaz est plutôt une histoire de polyparentalité.

La série commence alors que Talia, qui est donc la future maman, et enceinte jusqu'aux yeux, perd les eaux. C'est une idée vraiment intéressante que de prendre trois personnages aux relations déjà bien formées : tout ce petit monde se connaît sur le bout des doigts, l'immersion est donc totale dans les interactions entre ces trois parents.
Si Talia a perdu les eaux, il est un peu tôt cependant (elle ne doit pas accoucher avant un mois), aussi se rend-elle à l'hôpital un peu inquiète, prévenant les deux futurs papas. Les réactions de ceux-ci ne pourraient pas être plus différentes l'une de l'autre : alors que Sammy s'empresse, avec de deux ses amis (des folles très caricaturales), de donner un coup de main pour rassembler des affaires et les amener à la future maman, Erez décide de tout de même entrer dans le cabinet de son psy et de faire ses 45 minutes d'analyse (apparemment quotidiennes). On apprend par la suite que les rôles sont un peu inversés en l'occurrence, puisque c'est Erez le papa biologique du bébé !

C'est justement Erez qui va faire tout l'intérêt de cet épisode ; c'est une sacrée performance d'ailleurs quand on voit combien le personnage est irritant et insupportable, empêchant de surcroît les spectateurs d'avoir toute forme d'affection pour lui (et l'identification ayant très peu de chances de jouer de quelque façon que ce soit). A absolument chaque stade de l'évolution de l'accouchement, puisque c'est bien ce qui va se produire dans le pilote, Erez va être totalement désengagé de la situation. Emotionnellement, il n'est pas du tout impliqué, et du coup, il ne joue aucun rôle aux côtés de Talia, se faisant plusieurs fois rabrouer par Sammy. Et le pire c'est qu'il a l'air de n'en avoir cure ! A se demander comment il a fini par être le père biologique, ou même s'il a jamais eu le moindre désir d'enfant. Ajoutez à cela que, obsédé par la psychanalyse, il n'a de cesse d'expliquer aux autres leur propre comportement (difficile de ne pas être agacé !), et vous avez vraiment le portrait de l'antithèse du futur papa idéal. De son côté, Sammy tente d'agir dans un premier temps comme un pillier du trio, et même de toutes les pièces rapportées : il soutient Talia du mieux qu'il peut, recadre Erez, appelle la famille et les amis pour les prévenir, temporise avec le personnel médical quand quelqu'un pète un câble (notamment quand la réceptionniste refuse de donner des bracelets pour entrer à la nurserie à plus de 2 parents), ainsi de suite. Talia, quant à elle, est évidemment mise à rude épreuve physiquement, et éprouve des doutes sur l'avenir qui est le sien ; dans une conversation douce-amère avec une infirmière attentive, elle confiera qu'elle aurait sûrement voulu avoir une famille plus traditionnelle, mais enfin, les choses ne se sont simplement pas passées comme ça pour elle.
Le plus intéressant est que ces trois personnages n'ont aucun filtre (et surtout pas Erez). Ils sonbt soudés à un tel point, par les circonstances et par les mois déjà passés ensemble, qu'ils sont très clairs les uns avec les autres ; les mini-clashs qui jalonnent leur folle journée sont donc précieux, mais cela rend surtout les moments de tendresse encore plus touchants. Eux-mêmes n'avaient d'ailleurs peut-être pas réalisé à quel point ils étaient déjà soudais : Ima & Abaz commence en fait ici par un épisode qui nous montre une famille qui s'est déjà construite, mais qui ne va le réaliser qu'à ce moment charnière de leur vie familiale.

Family

Mais surtout, un peu dans le pilote, et surtout dans l'épisode suivant, ce qui fait la force d'Ima & Abaz, c'est qu'on y trouve d'entrée de jeu, derrière les situations drôles (et il y en a) ou attendrissantes (et elles ne manquent pas), une incroyable faculté à se demander ce que c'est que d'être parent, comme, je l'avoue, je n'ai jamais vu aucune série le faire.
Là où Talia se demande sur qui exactement elle peut compter (il faut dire qu'à part sa soeur, sa famille n'est pas certaine encore d'avoir bien avalé la pilule), craignant un peu d'être abandonnée avec la responsabilité du bébé, Erez quant à lui, cache qu'il souffre en fait énormément de ne rien ressentir vis-à-vis de la naissance puis de l'enfant ; Sammy, qui a toutes les apparences du papa parfait, va être de son côté renvoyé dans les cordes lorsqu'Erez lui fait brutalement remarquer qu'il compense sûrement pour n'être pas biologiquement relié à l'enfant. Par-dessus le marché, Sammy rêve secrètement de garder le bébé chez eux, et souffre que Talia rentre chez elle avec le bébé après l'accouchement.
C'est Erez qui va nous offrir les plus intéressantes questions : il ne reconnaît pas le bébé à la nurserie (on l'accuse d'avoir voulu voler un autre bébé), il décide au dernier moment de ne pas renconnaître l'enfant administrativement, et ainsi de suite. Son comportement imbuvable masque en fait la souffrance de savoir qu'il devrait ressentir quelque chose, du bonheur peut-être ? et que ce n'est pas le cas. Pire encore, quant il essaye de compenser, il est totalement indélicat et se met Talia (incapable d'allaiter) à dos en embauchant une nourrice, et la mettant devant le fait accompli ! Car dans le fond, qu'est-ce qu'être père, se demandent les deux papas : est-ce être lié par le sang ? Est-ce prendre les "bonnes" décisions en se basant sur des faits "objectifs" ?

Fort heureusement, dans Ima & Abaz, Talia, Erez et Sammy ont autant de tendresse dans leur drôle de petite famille que n'en avaient Alice, Richie et Mitch dans Threesome. C'est ce qui rend Ima & Abaz, en dépit de ses interrogations angoissées, terriblement attachante. Nul doute que tous les trois, à leur façon, vont progressivement s'améliorer. Quelque chose dans la franchise de leurs échanges nous le dit, dans l'absence d'hystérie de ces deux premiers épisodes, aussi, qui évitent les caricatures (y compris, dans le pilote, sur le sujet pourtant éculé de l'épisode d'accouchement).
Encore faudrait-il le vérifier en voyant les 10 épisodes qui n'ont pas été projetés à Séries Mania (sachant qu'en plus une 2e saison est en préparation), mais j'ai peu d'espoir à ce sujet. Dommage, Ima & Abaz est bien plus touchante et intelligente sur son sujet que peut l'être The New Normal, mais l'invasion des séries israéliennes sur les écrans français n'est pas encore pour aujourd'hui.

Posté par ladyteruki à 22:38 - Review vers le futur - Permalien [#]

11-12-12

A fleur de peau

Contrairement à ce que semblent penser les Américains, les séries israéliennes ne valent pas que pour leur ambiance de thriller. On compte aussi de solides dramas et dramédies, avec un talent rare pour capturer des émotions vraies.
Par le passé, sur ce blog, quelques unes de ces séries ont été évoquées, parmi lesquelles Srugim, par exemple (un petit bijou que je vous recommande une nouvelle fois, en passant), ou d'autre beaux morceaux de bravoure comme Kathmandu, ou Nevelot. J'ai aussi eu l'occasion de jeter un oeil à un bout de pilote de Shvita (les plaisirs du streaming m'empêchant d'en voir le bout), et vraiment, on passe à côté d'une somme de séries incroyables de par le manque actuel de sous-titres (heureusement, vous pouvez consulter les posts évoquant ces séries en allant faire un tour parmi les tags). Un jour, peut-être...
...Peut-être pas si lointain pour certaines de ces séries, d'ailleurs.

Mais pour aujourd'hui, il faudra se contenter de VOSTM, mes amis. Pour autant, je crois la série du jour capable de parler de choses suffisamment universelles pour que la barrière de la langue ne pose problème que dans une infime minorité de scènes de son pilote, et je compte bien sur vous pour ne pas vous laisser rebuter pour si peu.
Oforia, puisque c'est son nom, a démarré le 30 novembre dernier sur la chaîne câblée HOT3, et il s'agit d'une série sur l'adolescence, mais dont on n'est pas bien sûr en la voyant qu'elle s'adresse tout-à-fait aux adolescents...

Oforia-Logo

Oh, il ne fait nul doute, lorsqu'on aborde Oforia, que son créateur Ron Leshem (journaliste et écrivain de son état) a vu Skins. C'est une évidence tant Skins a transformé la façon dont on aborde les séries sur les adolescents à la télévision, tentant de dépeindre de leur intimité comme leurs excès, si ce n'est même d'employer les seconds pour approcher la première. Et c'est aussi une évidence sur la forme, même si on doit plutôt celle-ci à la réalistrice Dafna Levin.
Mais comme beaucoup de grandes séries inspirées, Oforia nait des vagabondages de l'esprit de son créateur, à partir de ce que Skins a éveillé en lui ; il n'est pas question de simplement adapter officieusement ses méthodes ou son esprit : les problématiques abordées par Oforia dépassent la simple chronique. Oforia veut aller plus loin. Comme ses personnages, d'ailleurs.
Il faudra juste me pardonner si je n'ai pas retenu leurs noms, parce que, euh, en VOSTM et avec uniquement des sources en hébreu, j'atteins mes limites, je le confesse.

Ils ont une moyenne d'âge de 17 ans. Ils ne sont pas tous amis, loin de là. Certains ne se connaissent pas.
Ce qui les caractérise tous ? Le détachement. Les personnages d'Oforia vivent dans l'un de ces curieux mondes dans lesquels les adultes n'existent pas, au point qu'on serait en droit de se demander s'il n'y a pas un scénario à la Jeremiah là-dessous. Ce n'est pas un défaut, cependant ; l'absence absolument totale d'adultes ne se vit pas comme un travers de la série, mais simplement comme une partie de son propos. Livrés à eux-mêmes, les protagonistes n'ont donc rien qui les retient de plonger dans les excès.
Et c'est justement cet extrême détachement et la facilité des excès qui fait de ces personnages ce qu'ils sont.

Deux d'entre eux vivent ensemble ; l'un est un ancien enfant obèse devenu beau gosse avec l'âge, qui a décroché un rôle dans une telenovela adolescente et en tire un immense orgueil. Malheureusement pour lui, son orgueil est aussi profondément atteint par son manque de maturité sexuelle (il se soupçonne à vrai dire d'être impuissant, alors que ce n'est pas le désir qui manque) ; il vit avec son frère aîné de quelques années, un véritable jouisseur qui accumule les coups d'un soir et se préoccupe de l'éducation de son frangin comme des chemises qu'il ne prend pas le temps d'enfiler entre deux conquêtes.
Avec eux vit également l'un de leurs amis ; lui aussi a 17 ans, il est maigrichon et a un physique légèrement ingrat, mais il est aussi le petit chimiste de la bande, et prépare de nombreuses drogues dans un laboratoire qu'il a entièrement constitué dans la cuisine de la maison, en s'inspirant de videos trouvées sur internet ; une scène épique le mettra face à un gamin qui ne doit pas avoir plus de 12 ans, qui lui sert de revendeur, et auquel il dévoile sa panoplie : poppers, amphétamines, héroïne... les tiroirs débordent de substances non seulement prohibées, mais surtout, rarement propres à garder les pieds sur terre. Sauf que lui, la drogue, il la fabrique à la maison, mais il n'en consomme pas ; au contraire, il est plutôt raisonnable comme garçon, il ne boit même pas de bière et baisse les yeux lorsqu'il voit une fille impudique.
Il y a aussi cette fille. Elle est grosse, n'ayons pas peur des mots. Elle le sait. Tout le monde le sait. Elle va sur Chatroulette et personne ne prend même le temps de lui dire bonjour. Alors avoir une vie sexuelle, vous pensez. Sauf qu'elle a craqué sur un type, un inconnu (on va comprendre que c'est le fameux jouisseur), et qu'elle s'est mis en tête de coucher avec ce beau gosse ; sauf que voilà, elle n'a aucune expérience, et il le sait. Fort heureusement, elle a un meilleur ami gay qui vient d'emménager avec un couple de mecs trentenaires, et se tourne vers lui en dernier recours...
L'autre fille de la série est jolie, il n'y a aucun doute. Mais elle plane totalement. Son regard ne se fixe plus sur grand'chose, ou quand il le fait, c'est de façon blasée. Elle passe ses journées dans la petite piscine hors-sol sur le toit de son immeuble, aborbée dans la contemplation du ciel. Les garçons la rencontrent alors qu'ils viennent lui vendre de la drogue toute chaude sortie du four. Et pendant qu'ils trempent de longues heures dans la piscine, ils découvrent progressivement les marques à son poignet. Et elle s'en fiche, vraiment. Elle les aime, ces lignes sur son bras gauche, dans le fond ; ils racontent son histoire.
Et puis il y a ces deux garçons. Deux frères, sûrement. Ils sont partis pour l'Amérique du Sud. Ils cherchent quelqu'un. Une femme. Ils connaissent quelques mots d'Espagnol, mais clairement ils sont perdus. On n'est pas sûrs qu'ils puissent trouver.

A vrai dire, qu'ils n'aient pas de nom à ce stade pour moi est presque mieux que si j'étais capable de les nommer parfaitement. Ils sont ces personnages, et ils ne sont personne en particulier. Ils sont tout le monde.
En effet, pour la première fois depuis longtemps, et alors que je n'ai mais alors, aucun point commun avec ses personnages, j'ai regardé Oforia en ayant des bouffées de souvenirs remontant brutalement. Des bruissements, de vagues impressions, sont revenues par vagues, et pour moi dont les souvenirs sont essentiellement photographiques, retrouver l'espace d'une seconde une sensation, un sentiment, un état d'esprit, était à mon sens la preuve d'une vraie réussite de la part de l'épisode.

Oforia-Cast

Mais je vous l'ai dit, Oforia n'est pas qu'une simple chronique à la manière de Skins (d'ailleurs, les souvenirs que j'ai gardés du pilote de Skins sont ceux d'un épisode qui s'offrait aussi des moments de beauté et de poésie, et bien malin ou pervers celui qui en dénichera dans le premier épisode d'Oforia).
Oforia est l'histoire d'une pendule arrêtée. Pour ces quelques adolescents, on le comprend par une rapide scène à la fin du pilote, quelque chose s'est passé. Et ce quelque chose les a poussés dans une fuite. Dans Oforia, tout le monde cherche à s'échapper : de sa virginité, de son mal-être, mais surtout de soi-même. La série ne veut pas juste raconter les troubles d'adolescents parmi tant d'autres, elle veut expliquer pourquoi cela sont cassés, par quelque chose qu'ils tentent par tous les moyens d'occulter. Et si ce n'était pour cette scène... ils y parviendraient presque.

Le sentiment diffus et perturbant que tout cela distille n'est pas de l'ordre du thriller, pas du tout. Mais offre quelque chose d'infiniment plus feuilletonnant que le simple déroulé de la vie de ces personnages que quelque chose a figé et pourtant projetés ailleurs. Il s'agit d'explorer les manifestations de cette échappée, de comprendre les divers symptômes, sans vraiment saisir la cause. Quel est le mal qui ronge ces héros ? Pourquoi cette séquence de quelques secondes suffit-elle à rendre l'ensemble si étouffant ?

Pour le savoir (et, je l'admets, mise sur le trailer des épisodes suivants, diffusé à la fin du pilote), une fois n'est pas coutume quand je rédige un post sur le pilote, j'ai regardé le deuxième épisode, diffusée vendredi dernier. Il y a encore l'une de ces scènes, fugace, elle aussi. Mais juste un peu moins. Et suffisamment pour nous faire comprendre qu'Oforia ne prétend pas faire le portrait de jeunes, mais de ces jeunes.
Oforia, en dépit de sa capacité à parler de quelque chose dans lequel, je pense, on parviendra tous à reconnaître au moins un petit quelque chose, n'est pas une voix d'une génération ; c'est un drama intense qui a décidé de prendre les choses à rebours. De ne pas nous dire : "attention, là il y a eu un évènement terrible, et on va essayer de comprendre son incidence sur les personnages" mais qui au contraire nous donne à observer le fil de la vie de ces protagonistes, et de nous laisser l'occasion de deviner qu'il y a eu cassure. On en saura plus, les trailers de fin d'épisodes sont formels, sur ce qui s'est passé.
Quelques recherches sous Google permettent même d'en savoir un peu plus grâce à une bande-annonce sous-titrée en anglais, mais l'oeuvre d'Oforia n'est pas d'en faire le centre de son intrigue. C'est à un point tel qu'on dirait qu'elle refuse de se transformer en thriller, quand bien même elle en aurait tous les ingrédients.

Le plus fort, c'est qu'Oforia parvient à montrer toutes sortes de comportements ayant largement dépassé le stade de "borderline", sans jamais les juger. Du chimiste introverti à la petite grosse qui se rêve en fille facile, de l'accidentée de la vie au bogoss du quartier, la série nous apprend à les embrasser. On sait qu'ils sont cassés, irréparables sans doute, comme de jolis jouets neufs qu'on a maltraités dés le matin de Noël ; on les aime quand même. On souhaiterait juste comprendre (et pas simplement découvrir) pourquoi.

L'émotion permanente, mais pas exagérée, d'Oforia, son ton à la fois quasi-documentaire et profondément élégant, son choix trivial de montrer ses personnages dans toute leur nudité et leurs besoins naturels, et pourtant de les sublimer, sa façon de panacher les thèmes difficiles en parvenant à ne pas verser dans un pathos inutile, ses personnages pléthoriques et l'ombre qui planne, angoissante et pourtant diffuse, sur le background commun de ces héros, font d'elle un véritable coup de poing.

En fait, ça fait deux-trois heures que je tourne autour du pot, et que je me dis que, puisque j'ai réussi à trouver une bonne source pour dégoter les épisodes (pour cela, je vais vous donner l'astuce, il suffit d'un combo SuperDown + Download Helper, et je suis une téléphage comblée), je suis à ça de suivre une série israélienne sans sous-titres pendant l'intégralité de sa diffusion. Ce qui dans mon cas serait une première. Je ne suis pas obligée de prendre une décision ce soir, évidemment, je suis sans doute encore trop sonnée par la claque, mais... wow ! Oforia. Voilà une série qui n'a pas volé son nom.

Posté par ladyteruki à 21:13 - Review vers le futur - Permalien [#]