ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

12-07-13

[DL] Ptzuim Barosh

Aujourd'hui, je vous emmène en terre israélienne, afin de découvrir le générique de Ptzuim Barosh, le thriller qui a remplacé le bide de ce printemps, Hamagefa, sur la chaîne câblée HOT3, dont j'ai eu l'occasion de vous entretenir voilà quelques semaines.
...Et je vous rassure tout de suite si jamais l'ambiance atypique de Hamagefa vous avait refroidi : le changement de ton est radical !

PtzuimBarosh
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

C'est sous l'angle de la confrontation entre deux personnages borderline que HOT vend sa série, et on sent bien justement, dans ce générique, l'opposition entre les deux personnages masculins. Plus floue, déjà, est la présence du personnage féminin, qui n'apparait pas ici comme un enjeu amoureux (ça nous change) mais plus comme garant des quelques rares touches d'espoir, comme un personnage qui n'est pas encore tout-à-fait corrompu...
La musique manque légèrement de subtilité, et c'est mon seul regret ; avec juste un peu plus d'élégance, comme l'ont fait Hatufim ou Nevelot (dont les génériques sont assez similaires par leur côté à la fois plutôt abstrait, et très sombre), on tenait quelque chose de très prenant.

Personnellement, sans sous-titres, j'ai un peu peur d'attaquer un thriller isréalien, donc je n'ai pas vu l'intégralité du premier épisode. Mais la scène d'ouverture du pilote, que j'ai vue avant de parvenir au générique que je vous propose ici, baigne dans exactement la même ambiance obscure, urbaine et violente que le générique. Et pas qu'un peu, en fait. Si bien que ça n'en a été que plus frappant, car rares sont les génériques qui sont à la fois si esthétisés, et si proches de ce que l'épisode en lui-même peut montrer ! Voir le générique de Ptzuim Barosh donne en tous cas une idée assez nette de ce à quoi le spectateur peut s'attendre pour les premières minutes de ce thriller.

Pour le reste, il faudra compter soit sur le zèle du distributeur à l'international, soit sur la réactivité d'une société de production américaine qui s'empressera peut-être d'acheter les droits pour faire un remake...

Posté par ladyteruki à 23:55 - Médicament générique - Permalien [#]

05-06-13

Israeli Horror Story

Avec les années, les Israéliens se sont fait une petite réputation. On leur prête bien volontiers un style ultra réaliste et austère ; loin de moi l'idée de vouloir contredire les faits : beaucoup de séries israéliennes (en particulier celles qui parviennent au spectateur européen) répondent en effet à cette définition. Mais toute règle a ses exceptions, et face à tous les Nevelot, Oforia et autres Srugim, voici l'une de ces exceptions : Hamagefa, un drama en 6 épisodes lancé courant avril sur HOT3.
Enfin je dis "drama", mais ce n'est pas évident au premier coup d'oeil, tant la série a pris pour principe de tout tourner en dérision, voire au grotesque.

Tout n'est qu'étrangeté dans Hamagefa. Une étrangeté au goût volontairement révoltant. Âmes téléphagiques fragiles s'abstenir.

Hamagefa ("le fléau", "l'épidémie", murmurent les traducteurs automatiques) se déroule dans un immeuble de standing où la population la plus privilégiée qu'on puisse imaginer vit dans son entre-soi. L'élite se complait dans un bâtiment vertigineux, entourée de quelques petites mains qu'elle fait mine de tolérer, afin que leur présence n'entâche pas leur existence insouciante.
Sauf que cette prétendue insouciance, qui évidemment ne masque que grossièrement des intrigues de caniveau dans lesquels les humains se complaisent toujours lorsqu'ils sont plongés dans l'oisiveté, n'aura qu'un temps, car un sombre jour, alors que se prépare un bal d'importance dans la résidence, un virus mystérieux s'introduit dans l'immeuble ultra-select, par l'entremise d'un étrange liquide visqueux et verdâtre, de toute évidence peu rassurant. Après avoir rapidement fait une première victime, le virus est signalé aux autorités qui décident de mettre le bâtiment en quarantaine séance tenante, alors que la grande soirée de gala a à peine commencé. Désormais, la haute société est réellement coupée du monde, mais de plaisir il n'est plus question... sauf que, dans leur tour d'ivoire, les résidents veulent à tout prix prolonger la fête, faisant dans un premier temps mine d'ignorer la catastrophe qui leur tombe dessus.

Si tout cela vous semble clair, ce n'est pas forcément aussi évident devant le pilote. La série s'ouvre sur un monologue cryptique sur fond de limaces, puis se lance dans une longue scène mystérieuse se déroulant dans l'immeuble après sa mise en quarantaine, au cours de laquelle nous suivons un étrange personnage portant un costume de lapin à faire hurler Anya de terreur, déambulant dans les couloirs déserts et inquiétants de la résidence.
Qui se cache sous les oreilles pelucheuses ? Pourquoi cet individu se cache-t-il, d'ailleurs ? L'épisode ne le dévoile que très lentement, soignant plus son atmosphère outrancière que son déroulement, à grand renfort de musique grandiloquente et de lumières poussiéreuses, et avec de nombreuses images en surimpression pour renforcer l'aspect surchargé du tout, apparemment pas encore assez de mauvais goût. Bien malin le téléphage occidental curieux qui y comprendra quelque chose dés le premier visionnage !

Nous allons progressivement découvrir que les personnages de Hamagefa, comme l'indique assez clairement le générique qui suit immédiatement les aventures du léporidé, sont clairement dans l'exagération eux aussi. Chacun est une caricature ambulante, de la richissime mémère avec son Youki, au chirurgien esthétique cupide qui consulte à domicile et se fait une clientèle sans sortir du bâtiment, en passant par l'obséquieux manager de la résidence... et le jeu des acteurs est, de façon ostensiblement volontaire, à l'avenant. Tout ça dans des tenues improbables (il suffit pour s'en assurer de jeter un oeil à la livrée de la réceptionniste ou à l'uniforme de l'infirmière) et des décors kitschissimes mettant la rétine au défi. Hamagefa est difficile à adorer au premier abord, et le pire, c'est que c'est voulu.

En s'inspirant joyeusement d'une certaine idée du film d'angoisse classique (et en premier lieu La tour infernale, de toute évidence, jusque dans le style made in Hollywood des années 70), et en surfant sur la mode des épidémies et zombies de tous poils qui n'en finit pas de s'étendre sur les écrans de tous les pays, Hamagefa s'en donne à coeur joie. Mais il faut justement dépasser cet esthétisme excessif pour comprendre tout l'intérêt de la série.

Hamagefa

Car il est inutile d'étudier le pilote de Hamagefa pendant des heures, pour comprendre le sujet de la mini-série est avant tout une critique sociale des "huiles" (pun not intended) de la société, qui persistent à poursuivre leurs pompeuses cérémonies quand tout s'effondre.
En soulignant le ridicule de leur mode de vie, par des procédés volontairement dénués de tout charme, le créateur Yammi Wisler ambitionne de montrer à quel point les efforts désespérés de ses protagonistes sont voués à l'échec pour tous ceux qui observent la situation avec un tant soit peu de recul. Alors que l'épidémie empire, les contre-vérités faciles à croire s'effritent (tel le manager qui assure que ceux qui n'ont pas été en contact avec des étrangers à l'immeuble n'ont rien à craindre ; le propos n'est pas innocent). Les aisés habitants de l'immeuble commencent à se retourner les uns contre les autres, comme dans la plupart des farces politiques, comme le découvrira notre pauvre lapin rose.

Une prise de liberté sur la forme qui n'a pas fait l'unanimité en Israël, loin de là. La série s'est attiré quelques critiques lapidaires. Wisler, interrogé dans la presse, ne s'en émeut pas : à la base, il n'aime pas la télévision, il a refusé de travailler avec la chaîne câblée HOT3 avant de finalement se lancer dans Hamagefa, et il a surtout voulu voir jusqu'où la prétendue liberté de ton que lui avait vendu la chaîne pouvait aller. Il a voulu faire une expérience, point barre. Il ne cherche pas le succès ou la reconnaissance ; quelque part, on se dit, tant mieux pour lui...
Au terme de 3 années de développement dans cet esprit je-m'en-foutiste assez rare à la télévision, et d'un cynisme rarement égalé, Hamagefa a donc finalement vu le jour, n'en déplaise jusqu'à ses propres interprètes, dont certains ont eu beaucoup de mal à accepter de surjouer pour servir la vision de l'auteur, preuve que l'intention de Yammi Wisler est incomprise jusque dans ses rangs.

De par l'originalité de son ton qui opte pour la caricature extrême digne de la plus cheap des comédies afin de servir un propos profondément politique, mais aussi à cause de son choix de narration, Hamagefa, je ne vais pas vous mentir, n'est pas franchement facile à suivre en VOSTM, comme c'est souvent le cas pour les séries basées sur les dialogues et la comédie (fût-elle feinte). Aussi faut-il espérer que ce curieux ovni soit récupéré d'une façon ou d'une autre par des fées sous-titreuses.
Rien n'est moins sûr : la bizarrerie de Hamagefa est unique, mais il n'est justement pas du tout garanti que son intention soit comprise, et moins encore appréciée, par une chaîne ; pour preuve, même HOT3, au moment de la diffusion, a pris des précautions pour promouvoir sa série, dirons-nous diplomatiquement.

Voilà, c'est tout ; la fiction israélienne peut reprendre une activité normale.
D'ailleurs, pour prendre la relève de Hamagefa, ce 12 juin, HOT3 lance une nouvelle série, Ptzuim Barosh, un thriller violent mettant dos à dos deux amis... Vous pouvez voir la bande-annonce ci-dessous, et ainsi constater qu'on est beaucoup plus en terrain connu...

Posté par ladyteruki à 16:30 - Review vers le futur - Permalien [#]

11-12-12

A fleur de peau

Contrairement à ce que semblent penser les Américains, les séries israéliennes ne valent pas que pour leur ambiance de thriller. On compte aussi de solides dramas et dramédies, avec un talent rare pour capturer des émotions vraies.
Par le passé, sur ce blog, quelques unes de ces séries ont été évoquées, parmi lesquelles Srugim, par exemple (un petit bijou que je vous recommande une nouvelle fois, en passant), ou d'autre beaux morceaux de bravoure comme Kathmandu, ou Nevelot. J'ai aussi eu l'occasion de jeter un oeil à un bout de pilote de Shvita (les plaisirs du streaming m'empêchant d'en voir le bout), et vraiment, on passe à côté d'une somme de séries incroyables de par le manque actuel de sous-titres (heureusement, vous pouvez consulter les posts évoquant ces séries en allant faire un tour parmi les tags). Un jour, peut-être...
...Peut-être pas si lointain pour certaines de ces séries, d'ailleurs.

Mais pour aujourd'hui, il faudra se contenter de VOSTM, mes amis. Pour autant, je crois la série du jour capable de parler de choses suffisamment universelles pour que la barrière de la langue ne pose problème que dans une infime minorité de scènes de son pilote, et je compte bien sur vous pour ne pas vous laisser rebuter pour si peu.
Oforia, puisque c'est son nom, a démarré le 30 novembre dernier sur la chaîne câblée HOT3, et il s'agit d'une série sur l'adolescence, mais dont on n'est pas bien sûr en la voyant qu'elle s'adresse tout-à-fait aux adolescents...

Oforia-Logo

Oh, il ne fait nul doute, lorsqu'on aborde Oforia, que son créateur Ron Leshem (journaliste et écrivain de son état) a vu Skins. C'est une évidence tant Skins a transformé la façon dont on aborde les séries sur les adolescents à la télévision, tentant de dépeindre de leur intimité comme leurs excès, si ce n'est même d'employer les seconds pour approcher la première. Et c'est aussi une évidence sur la forme, même si on doit plutôt celle-ci à la réalistrice Dafna Levin.
Mais comme beaucoup de grandes séries inspirées, Oforia nait des vagabondages de l'esprit de son créateur, à partir de ce que Skins a éveillé en lui ; il n'est pas question de simplement adapter officieusement ses méthodes ou son esprit : les problématiques abordées par Oforia dépassent la simple chronique. Oforia veut aller plus loin. Comme ses personnages, d'ailleurs.
Il faudra juste me pardonner si je n'ai pas retenu leurs noms, parce que, euh, en VOSTM et avec uniquement des sources en hébreu, j'atteins mes limites, je le confesse.

Ils ont une moyenne d'âge de 17 ans. Ils ne sont pas tous amis, loin de là. Certains ne se connaissent pas.
Ce qui les caractérise tous ? Le détachement. Les personnages d'Oforia vivent dans l'un de ces curieux mondes dans lesquels les adultes n'existent pas, au point qu'on serait en droit de se demander s'il n'y a pas un scénario à la Jeremiah là-dessous. Ce n'est pas un défaut, cependant ; l'absence absolument totale d'adultes ne se vit pas comme un travers de la série, mais simplement comme une partie de son propos. Livrés à eux-mêmes, les protagonistes n'ont donc rien qui les retient de plonger dans les excès.
Et c'est justement cet extrême détachement et la facilité des excès qui fait de ces personnages ce qu'ils sont.

Deux d'entre eux vivent ensemble ; l'un est un ancien enfant obèse devenu beau gosse avec l'âge, qui a décroché un rôle dans une telenovela adolescente et en tire un immense orgueil. Malheureusement pour lui, son orgueil est aussi profondément atteint par son manque de maturité sexuelle (il se soupçonne à vrai dire d'être impuissant, alors que ce n'est pas le désir qui manque) ; il vit avec son frère aîné de quelques années, un véritable jouisseur qui accumule les coups d'un soir et se préoccupe de l'éducation de son frangin comme des chemises qu'il ne prend pas le temps d'enfiler entre deux conquêtes.
Avec eux vit également l'un de leurs amis ; lui aussi a 17 ans, il est maigrichon et a un physique légèrement ingrat, mais il est aussi le petit chimiste de la bande, et prépare de nombreuses drogues dans un laboratoire qu'il a entièrement constitué dans la cuisine de la maison, en s'inspirant de videos trouvées sur internet ; une scène épique le mettra face à un gamin qui ne doit pas avoir plus de 12 ans, qui lui sert de revendeur, et auquel il dévoile sa panoplie : poppers, amphétamines, héroïne... les tiroirs débordent de substances non seulement prohibées, mais surtout, rarement propres à garder les pieds sur terre. Sauf que lui, la drogue, il la fabrique à la maison, mais il n'en consomme pas ; au contraire, il est plutôt raisonnable comme garçon, il ne boit même pas de bière et baisse les yeux lorsqu'il voit une fille impudique.
Il y a aussi cette fille. Elle est grosse, n'ayons pas peur des mots. Elle le sait. Tout le monde le sait. Elle va sur Chatroulette et personne ne prend même le temps de lui dire bonjour. Alors avoir une vie sexuelle, vous pensez. Sauf qu'elle a craqué sur un type, un inconnu (on va comprendre que c'est le fameux jouisseur), et qu'elle s'est mis en tête de coucher avec ce beau gosse ; sauf que voilà, elle n'a aucune expérience, et il le sait. Fort heureusement, elle a un meilleur ami gay qui vient d'emménager avec un couple de mecs trentenaires, et se tourne vers lui en dernier recours...
L'autre fille de la série est jolie, il n'y a aucun doute. Mais elle plane totalement. Son regard ne se fixe plus sur grand'chose, ou quand il le fait, c'est de façon blasée. Elle passe ses journées dans la petite piscine hors-sol sur le toit de son immeuble, aborbée dans la contemplation du ciel. Les garçons la rencontrent alors qu'ils viennent lui vendre de la drogue toute chaude sortie du four. Et pendant qu'ils trempent de longues heures dans la piscine, ils découvrent progressivement les marques à son poignet. Et elle s'en fiche, vraiment. Elle les aime, ces lignes sur son bras gauche, dans le fond ; ils racontent son histoire.
Et puis il y a ces deux garçons. Deux frères, sûrement. Ils sont partis pour l'Amérique du Sud. Ils cherchent quelqu'un. Une femme. Ils connaissent quelques mots d'Espagnol, mais clairement ils sont perdus. On n'est pas sûrs qu'ils puissent trouver.

A vrai dire, qu'ils n'aient pas de nom à ce stade pour moi est presque mieux que si j'étais capable de les nommer parfaitement. Ils sont ces personnages, et ils ne sont personne en particulier. Ils sont tout le monde.
En effet, pour la première fois depuis longtemps, et alors que je n'ai mais alors, aucun point commun avec ses personnages, j'ai regardé Oforia en ayant des bouffées de souvenirs remontant brutalement. Des bruissements, de vagues impressions, sont revenues par vagues, et pour moi dont les souvenirs sont essentiellement photographiques, retrouver l'espace d'une seconde une sensation, un sentiment, un état d'esprit, était à mon sens la preuve d'une vraie réussite de la part de l'épisode.

Oforia-Cast

Mais je vous l'ai dit, Oforia n'est pas qu'une simple chronique à la manière de Skins (d'ailleurs, les souvenirs que j'ai gardés du pilote de Skins sont ceux d'un épisode qui s'offrait aussi des moments de beauté et de poésie, et bien malin ou pervers celui qui en dénichera dans le premier épisode d'Oforia).
Oforia est l'histoire d'une pendule arrêtée. Pour ces quelques adolescents, on le comprend par une rapide scène à la fin du pilote, quelque chose s'est passé. Et ce quelque chose les a poussés dans une fuite. Dans Oforia, tout le monde cherche à s'échapper : de sa virginité, de son mal-être, mais surtout de soi-même. La série ne veut pas juste raconter les troubles d'adolescents parmi tant d'autres, elle veut expliquer pourquoi cela sont cassés, par quelque chose qu'ils tentent par tous les moyens d'occulter. Et si ce n'était pour cette scène... ils y parviendraient presque.

Le sentiment diffus et perturbant que tout cela distille n'est pas de l'ordre du thriller, pas du tout. Mais offre quelque chose d'infiniment plus feuilletonnant que le simple déroulé de la vie de ces personnages que quelque chose a figé et pourtant projetés ailleurs. Il s'agit d'explorer les manifestations de cette échappée, de comprendre les divers symptômes, sans vraiment saisir la cause. Quel est le mal qui ronge ces héros ? Pourquoi cette séquence de quelques secondes suffit-elle à rendre l'ensemble si étouffant ?

Pour le savoir (et, je l'admets, mise sur le trailer des épisodes suivants, diffusé à la fin du pilote), une fois n'est pas coutume quand je rédige un post sur le pilote, j'ai regardé le deuxième épisode, diffusée vendredi dernier. Il y a encore l'une de ces scènes, fugace, elle aussi. Mais juste un peu moins. Et suffisamment pour nous faire comprendre qu'Oforia ne prétend pas faire le portrait de jeunes, mais de ces jeunes.
Oforia, en dépit de sa capacité à parler de quelque chose dans lequel, je pense, on parviendra tous à reconnaître au moins un petit quelque chose, n'est pas une voix d'une génération ; c'est un drama intense qui a décidé de prendre les choses à rebours. De ne pas nous dire : "attention, là il y a eu un évènement terrible, et on va essayer de comprendre son incidence sur les personnages" mais qui au contraire nous donne à observer le fil de la vie de ces protagonistes, et de nous laisser l'occasion de deviner qu'il y a eu cassure. On en saura plus, les trailers de fin d'épisodes sont formels, sur ce qui s'est passé.
Quelques recherches sous Google permettent même d'en savoir un peu plus grâce à une bande-annonce sous-titrée en anglais, mais l'oeuvre d'Oforia n'est pas d'en faire le centre de son intrigue. C'est à un point tel qu'on dirait qu'elle refuse de se transformer en thriller, quand bien même elle en aurait tous les ingrédients.

Le plus fort, c'est qu'Oforia parvient à montrer toutes sortes de comportements ayant largement dépassé le stade de "borderline", sans jamais les juger. Du chimiste introverti à la petite grosse qui se rêve en fille facile, de l'accidentée de la vie au bogoss du quartier, la série nous apprend à les embrasser. On sait qu'ils sont cassés, irréparables sans doute, comme de jolis jouets neufs qu'on a maltraités dés le matin de Noël ; on les aime quand même. On souhaiterait juste comprendre (et pas simplement découvrir) pourquoi.

L'émotion permanente, mais pas exagérée, d'Oforia, son ton à la fois quasi-documentaire et profondément élégant, son choix trivial de montrer ses personnages dans toute leur nudité et leurs besoins naturels, et pourtant de les sublimer, sa façon de panacher les thèmes difficiles en parvenant à ne pas verser dans un pathos inutile, ses personnages pléthoriques et l'ombre qui planne, angoissante et pourtant diffuse, sur le background commun de ces héros, font d'elle un véritable coup de poing.

En fait, ça fait deux-trois heures que je tourne autour du pot, et que je me dis que, puisque j'ai réussi à trouver une bonne source pour dégoter les épisodes (pour cela, je vais vous donner l'astuce, il suffit d'un combo SuperDown + Download Helper, et je suis une téléphage comblée), je suis à ça de suivre une série israélienne sans sous-titres pendant l'intégralité de sa diffusion. Ce qui dans mon cas serait une première. Je ne suis pas obligée de prendre une décision ce soir, évidemment, je suis sans doute encore trop sonnée par la claque, mais... wow ! Oforia. Voilà une série qui n'a pas volé son nom.

Posté par ladyteruki à 21:13 - Review vers le futur - Permalien [#]

22-09-12

[DL] Ta Gordin

Israël semble avoir le vent en poupe aux USA. Jusque là, peu de projets de remakes US avaient réussi à faire séduire un large public (In Treatment est resté assez confidentiel, The Ex-List et Traffic Light ont été de cuisants échecs...), mais grâce à Homeland, et son buzz retentissant, les lignes sont en train de bouger. D'abord c'est Hatufim qui en a profité, obtenant même une commercialisation en DVD puis une diffusion en Grande-Bretagne ; désormais les vannes sont ouvertes pour plein d'adaptations.

Les Américains choisissent peut-être un peu mieux les projets à adapter, aussi : sont dans les tuyaux des versions américaines pour Asfur, Timrot Ashan (ça fait un bout de temps, mais pendant un moment on n'en entendait plus trop parler) et maintenant Ta Gordin. J'en oublie probablement. Je suppose aussi que Clyde Phillips va déterrer son projet d'adaptation de HaEmet HaEroma dans la foulée, enfouie dans un tiroir de HBO. C'est Ben Silverman qui doit être content, lui qui depuis trois ans fait son marché dans les formats locaux unscripted et parfois scripted...
J'ai l'impression que, de la même façon que les Américains adaptent uniquement des polars scandinaves, ils ont découvert un filon avec Hatufim, celui du thriller, et désormais ils vont s'ingénier à épuiser le filon comme si la télévision israélienne n'avait rien d'autre à proposer. Hey, je ne me plains pas : ça va apporter un éclairage sur la fiction israélienne, peut-être faciliter l'accès à certaines séries du catalogue, et je dis tant mieux. De la même façon que la fiction scandinave est devenue juste un chouilla plus accessible maintenant que les chaînes achètent des séries... même si ce sont quand même souvent les mêmes genres qui reviennent. L'essentiel c'est d'entrouvrir la porte, après tout.

Et puis, pour fréquenter ce blog et m'avoir vue me répandre sur certaines horreurs commises par des remakes, vous le savez : une adaptation, ça se choisit avec précaution, on ne peut pas tout adapter. Et quand bien même, encore faut-il savoir comment l'adapter.
Pour le moment, les comédies ou dramédies israéliennes n'ont pas fait leurs preuves, ce qui tend à indiquer qu'Asfur ou Zanzuri ne sont pas des succès assurés, et peut-être même que ces projets ne verront jamais le jour (dans le cas de Zanzuri, c'est même à espérer parce que nom d'un chien que c'est mauvais). J'ignore où en est le développement du remake de Hahaim Ze Lo Hakol pour CBS, mais l'absence de news depuis plusieurs mois est à mon avis également de cet ordre.
Il y a aussi des séries israéliennes qui sont vraiment incroyables, avec des pitches réellement originaux, mais qui sont impossibles à adapter hors de leurs frontières. On a parlé récemment de Srugim ou de Kathmandu, et ce sont de parfaits exemples de ce problème, avec Yehefim dont il faut que je vous cause à l'occasion ; une grande part de ce qui fait leur intérêt (la question religieuse) est justement ce qui fait que ces séries sont difficilement exportables en tant que formats. En revanche, il y a des dramas qui pourraient très bien faire la transition, comme Nevelot (d'ailleurs on avait vu le générique ici, si vous voulez) ou Blue Natali (c'était en projet à un moment ou j'ai rêvé ça la nuit ?) qui sont les premières à me venir à l'esprit. Peut-être même qu'à la place de Dani Hollywood, la CW devrait essayer d'adapter HaNephilim, aussi.
Cependant, si Timrot Ashan (dont la qualité de l'original est indiscutable) et/ou Ta Gordin réussissent leur implantation aux USA, on pourra considérer que l'essai est transformé, et d'autres s'engouffreront alors peut-être dans la brèche...

Du coup, pour célébrer cette perspective réjouissante, aujourd'hui je vous propose le générique de Ta Gordin, un bon petit thriller d'espionnage où, encore une fois, se pose la question du patriotisme : entre trahir ou servir la Nation, il faudra choisir. Comme je vous le disais, les projets US jouent la carte de la sécurité après Homeland...

Je me demande comment la version américaine (apparemment baptisée M.I.C.E.) va gérer le problème de la langue russe dans les épisodes ; dans la série originale, les dialogues en russe sont fréquents, assez longs, et les spectateurs israéliens peuvent les suivre avec des sous-titres (cela étant, je n'ai encore jamais vu un épisode de série israélienne diffusé sans sous-titres, donc les spectateurs sont habitués...), mais j'imagine mal ça dans une série américaine, pourtant il semble difficile, vu le pitch, d'y couper.
Cela dépendra peut-être de la chaîne qui achètera le projet puisque pour le moment cette information m'a échappée ou est tout simplement inconnue ; une chaîne du câble pourra envisager une série réellement bilingue, un network, ça semble très difficile. Mais de toute façon, le pilote de la série est bien trop bavard pour un network.

Bon, je vois que je m'étends sur le sujet, faut m'excuser, c'est l'enthousiasme... mais on avait dit qu'on parlait du générique de Ta Gordin, hein ! Alors on y va.

TaGordin
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !


Très sincèrement, ce n'est pas le générique préféré de ma collection. Essentiellement parce qu'il est assez opaque sur l'esprit de la série. On peut y piocher quelques indices sur ce qui se dit dans Ta Gordin, en matière d'espionnage, mais très franchement, ça reste très difficile d'accès tant le générique couvre des choses très variées et parfois même contradictoires en apparence.

En revanche j'aime beaucoup la musique. C'est le genre de titre un peu hybride qui reste en tête, qui est un peu électronique, un peu mystique, et qui fonctionne incroyablement bien. Ca reste bien en tête (mais c'est impossible à fredonner), aussi. Je trouve ça efficace en diable. D'ailleurs ça me rappelle un peu, dans un style musical différent, ce qui est accompli à première vue par le générique de Homeland (si l'on omet le fait que le générique de Homeland a aussi pour fonction de nous faire entrer dans la tête de Carrie), assez brouillon mais entêtant quand même.

Alors, de la même façon que Ta Gordin pourrait prochainement être repris sur les écrans américains parce que, tout d'un coup, d'autres ont envie de dupliquer le modèle qui a réussi pour Homeland, on n'est pas vraiment dans la surprise avec ce générique, pas plus qu'on ne l'est, à vrai dire, avec la série elle-même. Pour autant, puisque les USA se sont décidés à piocher dans le catalogue israélien pendant quelques temps (ça durera le temps de la période de grâce de Homeland, je présume), c'est quand même bien sympa d'entendre un peu parler des originaux.

D'ailleurs je me suis souvenue cette semaine que j'avais promis à Livia de mettre le premier épisode de Mesudarim (avec sous-titres) à sa disposition... Et dés que j'ai fini Srugim, je fais un sort à mon DVD d'Avoda Aravit, aussi. Alors, vous le voyez, on n'a pas fini de parler de séries israéliennes dans le coin !

Posté par ladyteruki à 16:24 - Médicament générique - Permalien [#]

04-06-12

[DL] Nevelot

Les Américains l'ont bien compris, ce qui se passe à la télévision israélienne est particulièrement intéressant. J'aimerais pouvoir vous dire que l'accès à ces fictions est aisé, cependant, mais c'est encore un bien difficile combat. Au mieux, quelques DVD sortent avec des sous-titres anglais, mais généralement à des prix prohibitifs (heureusement il y a quelques exceptions), ce sera d'ailleurs le cas cet été de Hatufim, mais globalement c'est encore un peu compliqué si on ne parle pas l'hébreu (et/ou qu'on ne s'appelle pas Ben Silverman, qui vu le nombre de concepts israéliens qu'il achète, tant scripted qu'unscripted, doit probablement recevoir des DVD toutes les semaines).

Ne reste donc, pour prendre le pouls de la fiction israélienne, que la VOSTM, encore elle, et je dois dire que même si c'est plus difficile avec l'hébreu que des langue latines ou scandinaves, le pilote de Nevelot s'est laissé regarder.
Il était même très réussi, soyons clairs.

Nevelot est une mini-série diffusée en 2010 sur la chaîne câblée HOT, qui a remporté en août 2011 le prix du meilleur téléfilm ou meilleure mini-série lors des Israeli TV Academy Awards.

Les 5 épisodes durent environ une quarantaine de minutes chacun, et ont pour héros Ephraïm, un vieil homme qui fut autre fois soldat, et qui aujourd'hui porte sur la jeunesse de son pays un regard désabusé, voire écoeuré, alors qu'il constate comment les personnes âgées sont traitées par ces jeunes gens qui ne réalisent pas tout ce que sa génération a fait pour Israël.
Dans un premier temps, Ephraïm n'est qu'un petit vieux parmi tant d'autres ; il râle quand les jeunes voisins font la fête, il passe le plus clair de sa journée au café ou sur un banc, et il ne voit plus sa femme que comme faisant partie des meubles. Pourtant, progressivement pendant l'épisode, ce portrait assez banal d'un homme usé par le temps va glisser et marquer un dégoût encore plus marqué que la moyenne, sans doute, alors qu'il considère que cette jeunesse ingrate est en plus bien vulgaire à son goût. La mort accidentelle d'une vieille dame qui fut autrefois son grand amour, et qu'il avait perdue de vue, sert en quelque sorte de choc ultime, soulignant le contraste avec un passé qu'il voit comme nostalgique (aussi difficile ait-il été) et la cruauté du monde telle qu'il a ressent à présent. D'autant que la petite-fille de cette vieille dame, croisée à l'hôpital, est son portrait craché, à la différence qu'elle a l'air sacrément à la dérive, ce qui heurte d'autant plus les souvenirs d'Ephraïm.

Le basculement n'est donc plus loin et, un soir qu'Ephraïm et son meilleur ami profitent de l'air frais du large sur une plage, un jeune plus agressif que les autres leur manque de respect, le ton monte, et nos deux petits vieux finissent par l'agresser, ainsi que le copain qui l'accompagne. De cette action d'une très, très grande violence (les deux jeunes gens mourront sur le sable), va en quelque sorte remonter le goût du sang. Désormais incontrôlables, les deux anciens soldats vont laisser libre cours à leur pulsion de vengeance intergénérationnelle...

Dotée d'une excellente réalisation (le passage des flashbacks au présent est notémment très réussi), d'une voix off omniprésente mais qui fonctionne particulièrement bien dans ce contexte, et surtout d'un thème peu commun, Nevelot a effectivement de quoi accrocher le public. Alors, comme il ne sert pas à grand'chose de vous proposer l'épisode vu qu'il n'existe à ma connaissance aucun sous-titre, j'ai choisi de vous montrer aujourd'hui son générique, qui n'est pas totalement dénué d'intérêt, comme vous allez le voir.

Nevelot
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Le générique de Nevelot est d'une désarmante simplicité (mais pas autant que son logo, je vous rassure), et pourtant il m'a rappelé, sans doute en partie par association d'idées, celui de Hatufim (souvenez-vous) ; mais loin de porter autant d'espoir, Nevelot est au contraire la promesse de quelque chose de terrible se préparant. C'est très efficace, mais ce n'est pas le genre de générique que vous allez regarder ou écouter tous les quatre matins pour le plaisir. Trop étouffant.

A côté de ça, le logo ci-dessus, qui conclut ce générique, peut paraitre un peu trop simpliste au premier regard, mais ce qui fait toute la différence, c'est cette oiseau, dans le coin. Qui n'est pas n'importe quel oiseau mais un charognard, ce qui est très justement la traduction, semble-t-il, du terme "nevelot".

Tout est donc dans la symbolique, ce qui finalement colle plutôt bien à l'identité de Nevelot. Le genre de série qui mériterait de bénéficier d'une meilleure exposition (voire même d'une adaptation, ça a plutôt bien tourné pour Hatufim dans le fond), car ses thèmes pourraient trouver échos notamment en Europe, où les parallèles avec la Seconde Guerre Mondiale pourraient rendre cette histoire finalement assez universelle...

Posté par ladyteruki à 13:56 - Médicament générique - Permalien [#]